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twg_000012926700 | ma solitude parse et vagabonde, J'ai partout retrouv vos mains et vos genoux. Je vous voyais pareil la neuve campagne, Rticente et gonfle au mois de mars; pareil Au lis, dans le sermon divin sur la montagne; Pareil ces soirs clairs qui tombent du soleil; Pareil au groupe troit de l'agneau et du ptre, Et vos yeux, o le temps | 60 | gutenberg |
twg_000012926701 | flne et semble en retard, M'enveloppaient ainsi que ces vapeurs bleutres Qui s'chappent des bois comme un plus long regard. Si j'avais, chaque fois que la douleur s'exhale, Ajout quelque pierre quelque monument, Mon amour monterait comme une cathdrale Compacte, transparente, o Dieu luit par moment. Aussi, quand vous viendrez, je serai triste et sage, Je me tairai, je veux, | 60 | gutenberg |
twg_000012926702 | les yeux larges ouverts, Regarder quel clat a votre vrai visage, Et si vous ressemblez ce que j'ai souffert... L'AMITIE Je t'apporte le prix de ton bienfait... Mon ami, vous mourrez, votre pensive tte Dispersera son feu, Mais vous serez encor vivant comme vous tes Si je survis un peu. Un autre coeur au vtre a pris tant de lumire | 60 | gutenberg |
twg_000012926703 | Et de si beaux contours, Que si ce n'est pas moi qui m'en vais la premire, Je prolonge vos jours. Le souffle de la vie entre deux coeurs peut tre Si dment mlang, Que l'un peut demeurer et l'autre disparatre Sans que rien soit chang; Le jour o l'un se lve et devant l'autre passe Dans le noir paradis, Vous | 60 | gutenberg |
twg_000012926704 | ne serez plus jeune, et moi je serai lasse D'avoir beaucoup senti; Je ne chercherai pas retarder encore L'instant de n'tre plus; Ayant tout honor, les couchants et l'aurore, La mort aussi m'a plu. Bien des fronts sont glacs qui doivent nous attendre, Nous serons bien reus, La terre sera moins pesante mon corps tendre Que quand j'tais dessus. Sans | 60 | gutenberg |
twg_000012926705 | remuer la lvre et sans troubler personne, L'on poursuit ses dbats; Il rgne un calme immense o le rve rsonne, Au royaume d'en-bas. Le temps n'existe point, il n'est plus de distance Sous le sol noir et brun; Un long couloir, uni, parcourt toute la France, Le monde ne fait qu'un; C'est l, dans cette paix immuable et divine O | 60 | gutenberg |
twg_000012926706 | tout est ternel, Que nous partagerons, mes toujours voisines, Le froment et le sel. Vous me direz: Voyez, le printemps clair, immense, C'est ici qu'il naissait; La vie est dans la mort, tout est, rien ne commence. Je rpondrai: Je sais. Et puis, nous nous tairons; par habitude ancienne Vous direz: A demain. Vous me tendrez votre me et j'y | 60 | gutenberg |
twg_000012926707 | mettrai la mienne, Puis, tenant votre main Je verrai, dchirant les limbes et leurs portes, S'lanant de mes os, Un rosier diriger sa marche sre et forte Vers le soleil si beau... TU T'ELOIGNES, CHER TRE... Tu t'loignes, cher tre, et mon coeur assidu Surveille ta prsence, au lointain scintillante; Te souviens-tu du temps o, les regards tendus Vers l'espace, | 60 | gutenberg |
twg_000012926708 | ma main entre tes mains gisante, J'exigeai de rgner sur la mer de Lpante, Dans quelque baie heureuse, aux parfums suspendus, O l'orgueil et l'amour halettent confondus? A prsent, puise, immobile ou errante, J'abdique sans effort le destin qui m'est d. Quel faste comblerait une me indiffrente? Je n'ai besoin de rien, puisque je t'ai perdu... J'ESPRE DE MOURIR... J'espre | 60 | gutenberg |
twg_000012926709 | de mourir d'une mort lente et forte, Que mon esprit verra doucement approcher Comme on voit une soeur entrebiller la porte, Qui sourit simplement et qui vient vous chercher. Je lui dirai: Venez, chre mort, je vous aime, Aprs mes longs travaux, voici vos nobles jeux. J'ai longtemps refus votre secours suprme, Car si le corps est las, l'esprit est | 60 | gutenberg |
twg_000012926710 | courageux. Mais venez, dlivrez un courage qui s'use, Abrgez le combat, rendez l'univers L'immense posie embue et confuse Dont mon me et mon corps ont si longtemps souffert! Les torrents des rochers, le sable blond des rives, Les vaisseaux balancs, l'Automne dans les bois, Les btes des forts, surprises et captives, Mditaient dans mon coeur et gmissaient en moi! O | 60 | gutenberg |
twg_000012926711 | mort, laissez-les fuir vers la fort puissante, Ces fauves compagnons de mon silence ardent! Que leur native ardeur, froce et caressante, Peuple la chaude nuit d'un murmure obsdant. Ce n'tait pas mon droit de garder dans mon tre Un aspect plus divin de la cration; De savoir tout aimer, de pouvoir tout connatre Par les secrets chemins de l'inspiration! Ce | 60 | gutenberg |
twg_000012926712 | n'tait pas mon droit, aussi la destine, Comme un guerrier sournois, chaque jour, chaque nuit, Attaquait de sa main habile et forcene Le sublime butin qui me comble et me nuit. Mais venez, chre mort; mon me vous appelle, Asseyez-vous ici et donnez-moi la main. Que votre bras soutienne un front longtemps rebelle, Et recueille la voix du plus las | 60 | gutenberg |
twg_000012926713 | des humains: --Prenez ces yeux, emplis de vastes paysages, Qui n'ont jamais bien vu l'exact et le rel, Et qui, toujours troubls par de changeants visages, Ont vers plus de pleurs que la mer n'a de sel. Prenez ce coeur puissant qu'un faible corps opprime, Et qui, heurtant sans fin ses troites parois, Eut l'attrait du divin et le pouvoir | 60 | gutenberg |
twg_000012926714 | des cimes, Et s'levait aux cieux comme la pierre choit. Ah! vraiment le tombeau qui dvore et qui ronge, Le sol, tout compos d'tranges corrosifs, L'ombre fade et mouille o les racines plongent, Le nid de la corneille au noir sommet des ifs, Pourront-ils m'accorder cette paix sans seconde, Sommeil que mon labeur tenace a mrit, Et saurai-je, en mourant, | 60 | gutenberg |
twg_000012926715 | restituer au monde Ce grand abus d'amour, de rve et de clart? Hlas! je voudrais bien ne plus tre orgueilleuse, Mais ce que j'ai souffert m'arrache un cri vainqueur. Pour lancer encor ma voix temptueuse Il faudrait une foule, et qui n'aurait qu'un coeur! QUE M'IMPORTE AUJOURD'HUI... Que m'importe aujourd'hui qu'un monde disparaisse! Puisque tu vis, le temps peut glacer | 60 | gutenberg |
twg_000012926716 | les ts, Rien ne peut me frustrer de la sainte allgresse Que ton corps ait t! Mme lorsque la mort finira mon extase, Quand toi-mme seras dans l'ombre disparu, Je bnirai le sol qui fut le flanc du vase O tes pieds ont couru! --Tu viens, l'air retentit, ta main ouvre la porte, Je vois que tout l'espace est orn | 60 | gutenberg |
twg_000012926717 | de tes yeux, Tu te tais avec moi, que veux-tu qu'on m'apporte, A moi qui suis le feu? La nuit, je me rveille, et comme une blessure, Mon rve dchir te cherche aux alentours, Et je suis cet avare perdu, qui s'assure Que son or luit toujours. Je constate ta vie en respirant, mon souffle N'est que la certitude et | 60 | gutenberg |
twg_000012926718 | le reflet du tien, Dj je m'enfuyais de ce monde o je souffre, C'est toi qui me retiens. Parfois je t'aime avec un silence de tombe, Avec un vaste esprit, calme, tide, terni, Et mon coeur pend sur toi comme une pierre tombe Dans le vide infini! J'habite un lieu secret, ardent, mystique et vague O tout agit pour toi, | 60 | gutenberg |
twg_000012926719 | o mon tre est nant; Mais le vaisseau alerte est port par la vague, Je suis ton Ocan! Autrefois, tendue au bord joyeux des mondes, Dploye et chantant ainsi que les forts, J'coutais la Nature, insondable et fconde, Me livrer des secrets. Je me sentais le coeur qu'un Dieu puissant prfre, L'anneau toujours intact et toujours travers Qui joint le | 60 | gutenberg |
twg_000012926720 | cri terrestre aux musiques des sphres, L'avenir au pass. A prsent je ne vois, ne sens que ta venue, Je suis le matelot par l'orage assailli Qui ne regarde plus que le point de la nue O la foudre a jailli! --Je te donne un amour qu'aucun amour n'imite, Des jardins pleins du vent et des oiseaux des bois, Et | 60 | gutenberg |
twg_000012926721 | tout l'azur qui luit dans mon coeur sans limites, Mais resserr sur toi. Je compte l'ge immense et pesant de la terre Par l'escalier des nuits qui monte tes aeux, Et par le temps sans fin o ton corps solitaire Dormira sous les cieux. C'est toi l'ordre, la loi, la clart, le symbole, Le signe exact et bref par qui | 60 | gutenberg |
twg_000012926722 | tout est certain, Qui dans mon triste esprit tinte comme une obole, Au retour du matin. --J'ai longtemps repouss l'approche de l'ivresse, L'encens, la myrrhe et l'or que portaient les trois rois; Je disais: Ce bonheur, s'il se peut, Sagesse, Qu'il passe loin de moi! Qu'il passe loin de moi cet odorant calice; Mme en mourant de soif, je peux | 60 | gutenberg |
twg_000012926723 | le refuser, Si la consomption, les orgueils, le cilice Protgent du baiser. --Mais le Destin, pensif, alourdi, plein de songes, M'indiquait en riant mon martyre bloui. L'avenir aimant dj vers nous s'allonge, Tout ce qui vit dit oui. Tout ce qui vit dit: Prends, gote, possde, espre, Ta conscience aussi trouvera bien son lot, Car l'amour, radieux comme un verger | 60 | gutenberg |
twg_000012926724 | prospre, Est gonfl de sanglots: De sanglots, de soupirs, de regrets et de rage Dont il faut tout subir. Quelque chose se meurt Dans l'empire implacable et sacr du courage, Quand on fuit le bonheur! Et je disais: Seigneur, ce bien, ce mal suprme, Ma chaste volont ne veut pas le saisir, Mais mon tre infini est autour de moi-mme | 60 | gutenberg |
twg_000012926725 | Un cercle de dsir; Des gnrations, des sicles, des mmoires Ont mis leur esprance et leur attente en moi; Je suis le lieu choisi o leur mystique histoire Veut prir sur la croix. Une pre, une divine, une ineffable treinte, Un baiser que le temps n'a pas encor donn Attendait, pour jaillir hors de la vaste enceinte, Que mon dsir | 60 | gutenberg |
twg_000012926726 | ft n. Dans les puissants matins des meutes d'Athnes Ainsi courait un peuple ivre, agile, enflamm, Que la Minerve d'or, debout sur les fontaines, Ne pouvait pas calmer... --J'accepte le bonheur comme une austre joie, Comme un danger robuste, actif et surhumain; J'obis en soldat que la Victoire emploie A mourir en chemin: Le bonheur, si cribl de balles et | 60 | gutenberg |
twg_000012926727 | d'entailles, Que ceux qui l'ont connu dans leur chair et leurs os Viennent rver le soir sur les champs de bataille O gisent les hros... JE DORMAIS, JE M'EVEILLE... Je dormais, je m'veille, et je sens mon malheur. --Comme un coup de canon qu'on tire dans le coeur, Vous clatez en moi, douleur retentissante! Un instant de sommeil est un | 60 | gutenberg |
twg_000012926728 | faible rempart Contre la Destine, assure et puissante. Ne verrai-je jamais vos fraternels regards, N'entendrai-je jamais votre voix rassurante? Quoi! Mme avant la mort, il est de tels dparts? Qui parle en moi? Mon corps, mes pensers sont pars. Je ne distingue plus ma chambre familire; Peut-tre ma raison a perdu sa lumire? Un aussi grand chagrin n'est pas net | 60 | gutenberg |
twg_000012926729 | aussitt; J'essaierai, mais pourrai-je accepter ce fardeau? Que seront mes repos, que seront mes voyages Si je ne vois jamais l'air de votre visage? Mon esprit, comme une pre et morne ternit, Embrasse un monde mort, des astres dvasts. Je ne peux plus savoir, tant ma vie est exsangue, Si c'est vous, ou si c'est l'univers qui me manque. Et | 60 | gutenberg |
twg_000012926730 | mme en songe, dans la pensive clart, Je me dbats encor pour ne pas vous quitter... ON NE PEUT RIEN VOULOIR... On ne peut rien vouloir, mais toute chose arrive, Je ne vous aime pas aujourd'hui tant qu'hier, Mon coeur n'est plus une eau courant vers votre rive, Mes pensers sont en moi moins divins, mais plus fiers. Je sais | 60 | gutenberg |
twg_000012926731 | que l'air est beau, que c'est le temps qui brille, Que la clart du jour ne me vient pas de vous, Et j'entends mon orgueil qui me dit: Chre fille, Je suis votre refuge ternel et jaloux. Quoi, vous vouliez trahir le dsir et l'attente? Vous vouliez tancher votre soif d'infini? Vous, reine du dsert, qui dormez sous la tente, | 60 | gutenberg |
twg_000012926732 | Et dont le coeur vorace est toujours impuni? Vous qui rviez la nuit comme un palmier d'Afrique A qui le vaste ciel arrache des parfums, Vous avez souhait cet humble amour unique O les pleurs consols tarissent un un! Vous avez souhait la tendresse peureuse, L'lan et la stupeur de l'antique animal; On n'est pas la fois enivre et heureuse, | 60 | gutenberg |
twg_000012926733 | L'univers dans vos bras n'aura pas de rival; Comme le Sahara suffoqu par le sable Vous brlerez en vain, sans qu'un limpide amour Verse votre chaleur son torrent respirable, Et vous donne la paix que vous fuiriez toujours... --Et, tandis que j'entends cette voix forte et brve, Je regarde vos mains, en qui j'ai fait tenir Le flambeau, la moisson, | 60 | gutenberg |
twg_000012926734 | l'vangile et le glaive, Tout ce qui peut tuer, tout ce qui peut bnir. Je regarde votre humble et dlicat visage Par qui j'ai voyag, vogu, chant, souffert, Car tous les continents et tous les paysages Faisaient de votre front mon sensible univers. --Vous n'tes plus pour moi ces jardins de Vrone O le verdtre ciel, gisant dans les cyprs, | 60 | gutenberg |
twg_000012926735 | Semble un pan du manteau que la Vierge abandonne A quelque ange perdu qui le baise en secret. Vous n'tes plus la France et le doux soir d'Hendaye, La cloche, les passants, le vent sal, le sol, Toute cette vigueur d'un rocher qui tressaille Au son du fifre basque et du luth espagnol; Vous n'tes plus l'Espagne, o, comme un | 60 | gutenberg |
twg_000012926736 | couteau courbe Le croissant de la lune est plant dans le ciel, O tout a la fureur prompte, funbre et fourbe Du dsir satanique et providentiel. Vous n'tes plus ces bois sacrs des bords de l'Oise, Ce silence pur, studieux, musical, Ce sublime prau monastique, o l'on croise Le songe d'Hlose et les yeux de Pascal. Vous n'tes plus pour | 60 | gutenberg |
twg_000012926737 | moi les faubourgs du Bosphore O le veilleur de nuit, compagnon des voleurs, Annonce que le temps coule de son amphore Pesant comme le sang et chaud comme les pleurs. --Ces soleils exalts, ces oeillets, ces cantiques, Ces accablants bonheurs, ces clairs dans la nuit, Dsormais dormiront dans mon coeur lthargique Qui veut se repentir autant qu'il vous a nui; | 60 | gutenberg |
twg_000012926738 | Allez vers votre simple et calme destine; Et comme la lueur d'un phare diligent Suit longtemps sur la mer les barques tonnes, Je verserai sur vous ma lumire d'argent... UN JOUR, ON AVAIT TANT SOUFFERT... Un jour, on avait tant souffert, que le coeur mme, Qui toujours rebondit comme un bouclier d'or, Avait dit: Je consens, pauvre me et pauvre | 60 | gutenberg |
twg_000012926739 | corps, A ce que vous viviez dsormais comme on dort, A l'abri de l'angoisse et de l'ardeur suprme... Et l'on vivait; les yeux ne reconnaissaient pas Les matins, la cit, l'azur natal, le fleuve; Toute chose semblait la fois vieille et neuve; Sans que le pain nourrisse et sans que l'eau abreuve On respirait pourtant, comme un feu mince et | 60 | gutenberg |
twg_000012926740 | bas. Et l'on songeait: du moins, si rien n'a plus sa grce, Si ma vie arrache a rejoint dans l'espace Le morne labyrinthe o sont les Pharaons; Si je suis trangre ma voix, mon nom; Si je suis, au milieu des raisins de l'automne, Un arbre foudroy que la rcolte tonne, Je ne connatrai plus ces supplices charnels Qui sont, | 60 | gutenberg |
twg_000012926741 | de l'homme au sort, un reproche ternel. Calme, lasse, le coeur rompu comme une cible, J'entrerai dans la mort comme un hte insensible... --Mais les fureurs, les pleurs, les cris, le sang vers, Les sublimes amours qui nous ont harasss, Les fauves bondissants, tmoins de nos dlires, Ont suivi lentement le doux chant de la lyre Jusque sur la montagne | 60 | gutenberg |
twg_000012926742 | o nous nous consolions; Les voici remuants, les chacals, les lions Dont la soif et la faim nous font un long cortge... --J'avais cru, mon enfant, que le pass protge, Que l'esprit est plus sage et le coeur plus troit, Que la main garde un peu de cette altire neige Que l'on a recueillie aux sommets purs et froids O | 60 | gutenberg |
twg_000012926743 | plane un calme oiseau plus lger que le lige. Mais hlas! quel orage tincelant m'assige? Lourde comme l'Asie et ses palais de rois, Je suis pleine de force et de douleur pour toi! JE ME DEFENDS DE TOI... Je me dfends de toi chaque fois que je veille, J'interdis mon vif regard, mon oreille, De visiter avec leur tumulte empress | 60 | gutenberg |
twg_000012926744 | Ce coeur dsordonn o tes yeux sont fixs. J'erre hors de moi-mme en ngligeant la place O ton clair souvenir m'exalte et me terrasse. Je refuse ma vie un baume essentiel. Je peux, pendant le jour, ne pas goter au miel Que ton rire et ta voix ont laiss dans mon me, O la plaintive faim brusquement me rclame... --Mais | 60 | gutenberg |
twg_000012926745 | la nuit je n'ai pas de force contre toi, Mon sommeil est ouvert, sans portes et sans toit. Tu m'envahis ainsi que le vent prend la plaine. Tu viens par mon regard, ma bouche, mon haleine Par tout l'intrieur et par tout le dehors. Tu entres sans dbats dans mon esprit qui dort. Comme Ulysse, pieds nus, dbarquait sur la | 60 | gutenberg |
twg_000012926746 | grve; Et nous sommes tout seuls, enferms dans mon rve. Nous avanons furtifs, confiants, hasardeux, Dans un monde infini o l'on ne tient que deux. Un mur prudent et fort nous spare des hommes, Rien d'humain ne pntre aux doux lieux o nous sommes. Les bonheurs, les malheurs n'ont plus de sens pour nous; Je recherche la mort en pressant | 60 | gutenberg |
twg_000012926747 | tes genoux, Tant mon amour a hte et soif d'un sort extrme, Et tu n'existes plus pour mon coeur, tant je t'aime! Mon vertige est scell sur nous comme un tombeau. --Ce terrible moment est si brlant, si beau, Que lorsque lentement l'aube teint ma fentre, C'est en me rveillant que je crois cesser d'tre... LA DOULEUR Lion, supporte avec | 60 | gutenberg |
twg_000012926748 | courage ton sort intolrable! HERODOTE. Quand la douleur est vaste, ardente, sans mlange, Quand elle aveugle ainsi qu'un tnbreux soleil, Elle est dans l'eau qu'on boit et dans le pain qu'on mange, Et dans les rideaux du sommeil! Comme l'odeur du sel sur les routes marines, Comme les chauds parfums de Corse ou d'Orient, Elle emplit le poumon, tourdit la | 60 | gutenberg |
twg_000012926749 | narine, Et griffe ainsi qu'un diamant! Les arceaux de l'azur, le fier tranchant des cimes, La longueur des cits et leurs hauts monuments, Ne sont qu'une eau rampante et qu'un gristre abme Auprs de son envolement! --Douleur qui me comblez, chantez, voix infinie! Attachez mon cou vos froids colliers de fer; Qu'importent l'esclavage et la dure agonie, Je vois les | 60 | gutenberg |
twg_000012926750 | mondes entr'ouverts! J'ai vu l'immensit moins vaste que mon tre; L'espace est un noyau que mon coeur contenait; Je sais ce qu'est avoir, je sais ce qu'est connatre, J'englobe ce qui meurt et nat! L'ange qui fit rver Jsus sur la montagne, Qui lui montra le monde et tenta son esprit, M'a, dans les calmes soirs des verdtres campagnes, Tout | 60 | gutenberg |
twg_000012926751 | soupir et tout appris! Serai-je dsormais l'ermite magnanime Qui vit de son secret, par-del les humains? Pourrai-je conserver, ddaigneuse victime, La solitude de mes mains? Pourrai-je, quand rsonne, Printemps, ta cadence, Ivre du seul orgueil et des seules pitis, Ecouter la secrte et chaste confidence Qui va des soleils mes pieds? O Douleur! je comprends, arrtez vos batailles: Au travers | 60 | gutenberg |
twg_000012926752 | de mes pleurs j'entrevois vos projets; Un chaud pressentiment m'blouit et m'assaille; C'est dans ce feu que je plongeais! Je sais,--moi qui vous tiens, vous respire, vous touche, Moi qui vis contre vous et qui bois votre vin Dans un dur gobelet coll contre ma bouche,-- Quel est votre dessein divin; Vous prparez la vie avec vos sombres armes, Le | 60 | gutenberg |
twg_000012926753 | corps que vous brisez rve d'ternit, Hlas! les purs sanglots, les tremblements, les larmes Aspirent la volupt! SEIGNEUR, POURQUOI L'AMOUR... Seigneur, pourquoi l'amour et son divin supplice Sont-ils, entre deux coeurs noblement rapprochs, Comme un glaive qui rend une inique justice, Et qui toujours chtie un mystique pch? Tour tour l'un des deux est votre humble victime, Il doute, il | 60 | gutenberg |
twg_000012926754 | est brlant, bondissant, abattu; Les regards hbts il mesure l'abme O le buisson ardent parlait, et puis s'est tu... --Mon Dieu, dans ces amours, la douleur est si forte Que, malgr le courage, on ne peut pas vouloir tre celui des deux qui chancelle, et qui porte Tout le poids d'un si lourd et cuisant dsespoir; Faut-il que l'un des | 60 | gutenberg |
twg_000012926755 | deux seulement reste libre, Que tour tour l'on ait le calme ou le dsir, Et que l'amour ne soit que l'instable quilibre D'tre celui des deux qui ne va pas mourir? Faut-il que l'un des deux brusquement se repose Dans le bonheur amer et puissant d'aimer moins, Et d'tre, la faveur de cette froide pause, Non plus le combattant vaincu, | 60 | gutenberg |
twg_000012926756 | mais le tmoin; D'tre celui des deux qui n'est pas l'humble esclave Dont on voit panteler la muette terreur, Et dont les yeux, pareils des torrents de lave, Font un don infini de soupirs et de pleurs. --On a besoin parfois de la douleur de l'autre, De ses bras suppliants, de son front inquiet Pench comme celui du plus doux | 60 | gutenberg |
twg_000012926757 | des aptres Sur son cleste ami, qui songe et qui se tait. On a besoin de voir sourdre au bord de la vie Cet ineffable sang des larmes de cristal, Offrande qui toujours rpond notre envie D'pier la douleur et son puissant signal; --Et moi, qui me revts de vos grces prcoces, Comme un brlant frelon dans un lis engouffr, | 60 | gutenberg |
twg_000012926758 | Cher tre par qui j'ai, plus qu' mon tour, pleur, Pourrai-je pardonner mon me froce La paix qui m'envahit quand c'est vous qui souffrez? LE CHANT DU PRINTEMPS O Moires infinies, desses ariennes, dispensatrices universelles, ncessairement infliges aux mortels! (_Hymnes Orphiques._) Le silence et les bruits, soudain, dans l'air humide Ont ce soir un accent plus vaste et plus ardent; | 60 | gutenberg |
twg_000012926759 | Sur le vent aminci Fvrier fuit, rapide, Quelqu'un revient, je sens qu'il vient, c'est le Printemps! Hte mystrieux, il est l sous la terre, Il est prs du branchage plor des forts, Il monte, il s'est risqu, il ne peut pas se taire, Et son premier frisson rpand tous ses secrets! --Il passe, mais personne encore sur la route Ne | 60 | gutenberg |
twg_000012926760 | peut le souponner, je regarde, j'coute: --Oui, je t'ai reconnu, sublime Dpouill! Sordide vagabond sans fleurs et sans feuillage, Qui rampes, et rpands sur les chemins mouills Cette clart pensive et ces poignants prsages! Oui, je t'ai reconnu, ton souffle est devant toi Comme un tide horizon o flotteront les graines; Le silence attentif et fourmillant des bois S'emplit furtivement | 60 | gutenberg |
twg_000012926761 | de ta languide haleine. Oui, je t'ai reconnu ce trouble du coeur Qui arrte ma vie et la rend palpitante, Je suis la chasseresse ayant surpris l'odeur De la jeune antilope tourdie et courante! --Ah! qui me tromperait, Printemps terrible et doux, Sur ton subtil arome et sur ta ressemblance, Je sais ton nom secret que les lis et les | 60 | gutenberg |
twg_000012926762 | loups Proclameront la nuit dans le puissant silence! Je sais ton nom profond, chuchot, recouvert, Mystrieux, sournois, dbordant, formidable, Qui fait tressaillir l'eau, les corces, les airs, Et germer jusqu'aux cieux la cendre imprissable! C'est toi l'Eros des Grecs, au rire frmissant, Le jeune homme qui Pan, sonore et frntique, Enseigne un chant par qui le flot phosphorescent Rpond au | 60 | gutenberg |
twg_000012926763 | long appel des astres pathtiques! C'est toi le renouveau, toi par qui l'aujourd'hui Est diffrent d'hier comme le jour de l'ombre; Toi qui, d'un autre bord o ton royaume luit, Fais retentir vers nous des fanfares sans nombre. Un ordre plus formel que la soif, que la faim, Commande par ta voix rapide, active, urgente, Et du fond des taillis | 60 | gutenberg |
twg_000012926764 | et des gouffres marins Monte le chaud soupir des btes mergeantes! --Je te suivrai, Printemps, malgr les maux constants, Je te suivrai, j'irai sans dfense et sans armes Vers ce vague bonheur qui brille au fond du temps Comme un fixe regard irrit par les larmes! Je te suivrai, malgr le souvenir des morts, Malgr tous les vivants engloutis dans | 60 | gutenberg |
twg_000012926765 | mon me, Malgr mon coeur qui n'est qu'un gmissant effort, Malgr mon fier esprit qui rsiste et me blme. --Mais quoi! ce n'est donc pas le neuf et frais bonheur Qui ce soir me tentait par son doux sortilge? Ces espoirs, ces souhaits, ces regrets, ces langueurs, Hlas! c'est le pass, beau comme un long arpge; Hlas! c'est le pass, | 60 | gutenberg |
twg_000012926766 | ce courage ingnu, Ce sublime dsir de mourir et de vivre Que ma jeunesse avait quand je vous ai connu, Vous, qui ftes la page insigne dans le livre! Hlas! c'est le pass, ce parfum dans le vent, Cet moi dans les airs, ces grelots des voitures, Cet orgueilleux besoin d'tre encor plus vivant, Et de recommencer, puisqu'hlas! rien ne | 60 | gutenberg |
twg_000012926767 | dure! Ainsi je me croyais mle au renouveau, Je ne suis que l'ardente et grave prisonnire Qui sur ses poignets las sent le poids des anneaux, Qui pleure sur la route et regarde en arrire! Hlas! c'est le pass que je cherche toujours, C'est vers lui que j'allais! Comme s'il est possible De retrouver le sacre unique de l'amour, Et | 60 | gutenberg |
twg_000012926768 | d'aborder encore cette le sensible Qui, dsormais, n'a plus de barques alentour, Et luit sur l'onde comme un roc inaccessible O des archers courants nous ont choisis pour cible... JE VOUS AVAIS DONNE... Je vous avais donn tous les rayons du temps, Les senteurs que l'azur panche, Et la lueur que fait, dans le Sud clatant, Le soleil sur les | 60 | gutenberg |
twg_000012926769 | maisons blanches! Je n'ai jamais repris ce que je vous donnais, Si bien que dans ces jours funestes Je suis un tranger que nul ne reconnat, A qui rien du monde ne reste. Je vous avais donn les Chevaux du Matin Qu'un dieu fait boire aux eaux d'Athnes, Et le sanglot qui nat, sur le mont Palatin, Du bruit des | 60 | gutenberg |
twg_000012926770 | plaintives fontaines. Parfois, quand j'apportais entre mes faibles doigts Le printemps qui luit et frissonne, Vous me disiez: Je n'ai de dsir que de toi, Coupe tes mains et me les donne. Mais ces dons exalts n'taient pas suffisants, La rose manque la guirlande, Je conservais encor la pourpre de mon sang, Ce soir je vous en fais l'offrande. --O | 60 | gutenberg |
twg_000012926771 | mon ami, prenez ce sang si gai, si beau, Si fier, si rapide et si sage, Qui, dans ses bonds lgers, refltait les coteaux, Et la nue son passage! Que de mon coeur fervent vos timides mains Il coule, abondant et sans lie, Afin que vous ayez, dans le dsert humain, Une coupe toujours emplie. Dj mon front plaintif est | 60 | gutenberg |
twg_000012926772 | moins brillant qu'hier, Mais la douleur ne rend pas laide, Le visage est sacr quand il est pre et fier Comme les sables de Tolde; Un visage est sacr quand il s'puise et meurt Comme un sol que l't dvaste, Sur qui les lourds pigeons et les ombres des fleurs Font des taches sombres et vastes. Un destin est sacr | 60 | gutenberg |
twg_000012926773 | quand il a contre lui Toute une foule qui s'lance, Et que, sous cet affront, il s'enivre, et qu'il luit Comme l'olivier et la lance! Un destin est sacr quand il est ce soldat Qu'un guerrier somme de se rendre, Et qui, pressant toujours son fer entre ses bras, S'crie en riant: Viens le prendre! --Je ne rendrai qu' vous | 60 | gutenberg |
twg_000012926774 | les armes de mon coeur. Mes dieux qui sont en Crte et dans l'le d'Egine, Permettent que l'extrme et fidle langueur A cet excs de grce et de douceur s'incline, Mais nul autre que vous, sur les plus durs chemins, Ne me verra pliant sous l'angoisse divine, Laissant tomber mon front, laissant pendre mes mains, Emmlant mes genoux, telle qu'on | 60 | gutenberg |
twg_000012926775 | imagine Cloptre enchane au triomphe romain... O MON AMI, SOUFFREZ... O mon ami, souffrez, je saurai par vos larmes, Par vos regards teints, par votre anxit, Par mes yeux plus puissants contre vous que des armes, Par mon souffle, qui fait bouger vos volonts, Par votre ardente voix qui s'lve et retombe, Par votre garement, par votre air dmuni, Que | 60 | gutenberg |
twg_000012926776 | ma vie a sur vous cet empire infini Qui vous attache moi comme un mort sa tombe! O mon ami, souffrons, puisque jamais le coeur Ne convainc qu'en ouvrant plus large sa blessure; Puisque l'me est froce, et puisqu'on ne s'assure De l'amour que par la douleur! NOUS N'AVIONS PLUS BESOIN DE PARLER Nous n'avions plus besoin de parler, j'coutais | 60 | gutenberg |
twg_000012926777 | Le rve sillonner votre pensif visage; Vous tiez mon dpart, mes haltes, mes voyages, Et tout ce que l'esprit conoit quand il se tait. L'emmlement des bls courbs, des ronciers mme, N'tait pas plus serr ni plus inextricable Que notre coeur uni, qui, comme le doux sable Joignant le grain au grain, ne semble que lui-mme. --Je me souviens surtout | 60 | gutenberg |
twg_000012926778 | de ces soirs de Savoie O nos regards, pareils ces vases poreux, A ces alcarazas qu'un halo d'onde noie, Scintillaient de plaisir, et se livraient entre eux L'ineffable secret du rve et de la joie. Soirs d'Aix! Soirs d'Annecy, villes renommes, Qui mlez aux senteurs des les Borromes Je ne sais quel plus franc et plus candide espoir, Que j'aimais | 60 | gutenberg |
twg_000012926779 | vos toits bleus, d'o montait la fume, Les cloches des couvents, qui tissaient dans le soir De longs hamacs d'argent o l'me inanime S'abandonnait, tandis que flottait, chaud, prcis, Le subjuguant parfum du caf qu'on roussit. Je revois les soirs d'Aix, l'auberge et ses tonnelles, La montagne si proche, accostant le ciel pur, Les frais ptunias entasss sur le mur, | 60 | gutenberg |
twg_000012926780 | Le char rustique, avec le cheval qu'on dtelle. Et les lacs! Soif des coeurs vous buvez cette eau O passe comme un ange une barque deux voiles! Nous rptions tous deux, sans profrer de mots, L'hymne ternel que dit le silence aux toiles. Mon ami, votre esprit et ses nobles soupirs Semblait plus que le mien altr de sublime; Mais | 60 | gutenberg |
twg_000012926781 | dj vos pensers recherchaient leurs loisirs; Et la paix, mollement, a combl vos abmes... --C'est en moi seulement que rien ne peut finir. J'AI VU A TA CONFUSE... J'ai vu ta confuse et lente rverie, A ton front dtourn, douloureux et prudent, Que mon visage en pleurs, qui s'irrite et qui prie, Te semble un masque ardent. En vain ta | 60 | gutenberg |
twg_000012926782 | voix m'enchante et ton regard m'abreuve, Et mon coeur clatant se brise dans ta main; Tu cherches vers le ciel quelque invisible preuve De mon dsir humain. Tu cherches quel troit, quel oppressant symbole, Ml de calme espoir, de silence et de Dieu, Joindrait mieux que ne font les pleurs ou la parole, Ton esprit et mes yeux. Et tandis | 60 | gutenberg |
twg_000012926783 | que ton coeur, craintif et solitaire, A mon immense amour n'est pas habitu, Moi je suis devant toi comme du sang par terre Quand un homme est tu... JE MARCHAIS PRS DE VOUS... Je marchais prs de vous, dans mon jardin d'enfance. Le soir uni luisait; une calme innocence Emanait des chemins, dplis sous les cieux Ainsi qu'un long secret | 60 | gutenberg |
twg_000012926784 | franc et silencieux... On entendait le lac, sur l'escalier de pierre, Murmurer sa liquide et rveuse prire Qui, mollement, se heurte au languissant refus Qu'oppose au coeur actif la nuit qui se repose... Nous marchions lentement dans le verger touffu, O frachissait l'odeur des poiriers et des roses. J'coutais votre voix aux sons plaisants et doux. Hlas! je vous aimais | 60 | gutenberg |
twg_000012926785 | dj pour quelque chose De vague, d'infini, d'antrieur vous... Un peuple de silence environnait ma vie. Les fleurs au front baiss, par la nuit asservies, Exhalaient je ne sais quel confiant repos Entre la calme nue et les miroirs de l'eau. J'tais bonne pour vous, soigneuse, maternelle, Je souffrais de sentir votre voix comme une aile Battre votre gosier et | 60 | gutenberg |
twg_000012926786 | haleter vers moi; Ma main aux doigts muets s'irritait dans vos doigts; L'aspect fidle et sr de la nuit renaissante Me rendait ma jeunesse, attentive et pensante. Quelle limpidit dans l'ther blanc et noir! J'entendais s'chapper, des roses amollies, L'loge de l'altire et mystique folie Qui brise le rel pour augmenter l'espoir... --O sublime vaisseau de la mlancolie, Nul amour | 60 | gutenberg |
twg_000012926787 | ne s'gale aux promesses du soir! Le lac, les secs soupirs des grillons dans les plaines, Les pleurs minutieux de l'troite fontaine, L'espace recueilli et cependant pm, Libraient tout coup, de ses rveuses chaines, Le dsir ternel en mon coeur enferm; Je songeais, par del les prsences humaines; Votre voix me devint inutile et lointaine: Je n'avais plus besoin de | 60 | gutenberg |
twg_000012926788 | vous pour vous aimer... TEL L'ARBRE DE CORAIL... Tel l'arbre de corail dans les mers pacifiques, Le rose crpuscule, en l'azur transparent Jette un feu vaporeux, et mes regards errants Boivent ce vin rveur des soirs mlancoliques! Un oiseau printanier, comme un fifre enchant Gaspille de gais cris, acides, brefs, suaves. L'univers vit en lui, son ardeur sans entrave Hle, | 60 | gutenberg |
twg_000012926789 | et semble attirer le vaisseau de l't! --Qui veux-tu fasciner, oiseau de douce augure? Les morts restent des morts, et les vivants sont las D'avoir tant de fois vu, sur de froides figures, Le destin qui les guette et qui les accabla! Je sens bien que le ciel est tide; l'tendue Balance sur son lac la promesse et l'espoir. Une | 60 | gutenberg |
twg_000012926790 | toile, incitant l'hirondelle perdue, Fait briller son cleste et liquide abreuvoir. Et tout est orageux, furtif, paen, mystique; Les rves des humains, aussi vieux que le temps, Groupent leur frnsie, hsitante ou panique, Dans la vasque odorante et moite du printemps! Les nuages pourprs tranent comme un orage Dont on a dispers la foudre et le chaos; Tout se dilue | 60 | gutenberg |
twg_000012926791 | et luit. Ciel au calme visage, Tu viens sduire l'homme et les yeux des oiseaux! --Pauvre oiseau, est-ce donc ces trompeuses coutumes, Renaissant chaque fois que s'tend la tideur, Qui te font oublier l'incessante amertume D'un monde qui transmet la cigu et les pleurs? Ton dlire est le mien; je sais qu'on recommence A rver, vouloir, d'un coeur naf et | 60 | gutenberg |
twg_000012926792 | plein, Chaque fois qu'apparat le ciel d'un bleu de lin; Et que le courage est une longue esprance... Oui, l'espace est joyeux, le vent, dans l'arbrisseau, D'un doigt arien creuse une flte antique. L'univers est plus vif qu'un bondissant cantique; Les fleuves, mollement, gonflent sous les vaisseaux; Les torrents, les brebis viennent d'un mme saut Ecumer dans la plaine, o | 60 | gutenberg |
twg_000012926793 | l'hiver lthargique Fond, et suspend sa brume aux hampes des roseaux. L'eau s'arrache du gel, le lait emplit la cruche, Les abeilles, ainsi que des fuseaux pansus, Vont composer le miel au liquide tissu, Blond soleil familier de l'corce et des ruches! C'est cet allgre veil que tes yeux ont peru: Oiseau plein de grelots, hochet des Mnades, Hros bard | 60 | gutenberg |
twg_000012926794 | d'azur, calice rugissant, Je t'entends divaguer! Tes montantes roulades Ont l'invincible lan des jets d'eau bondissants. Matelot enivr dans la vergue des arbres, Tu mens en dsignant de tes cris blouis Des terres de dlice et des golfes de marbre, Et tout ce que l'espoir a de plus inou; Mais c'est par ce sublime et candide mensonge, Par ce got | 60 | gutenberg |
twg_000012926795 | de vanter ce qu'on ne peut saisir, Que l'esclavage humain peut tirer sur sa longe, Et que parfois nos jours ressemblent au dsir! T'AIMER. ET QUAND LE JOUR TIMIDE... T'aimer. Et quand le jour timide va renatre, Entendre, en s'veillant, derrire les fentres, Les doux cris jaillissants, disperss, des oiseaux, Eclater et glisser sur la brise champtre Comme des grains | 60 | gutenberg |
twg_000012926796 | lgers de grenades sur l'eau... --T'esprer! Et sentir que le golfe halette En bleutres soupirs vers le ciel libre et clair; Et voir l'eucalyptus, dans la liqueur de l'air, Agiter son feuillage ainsi que des ablettes! --Voir la fte blouie et profonde des cieux Recommencer, et luire ainsi qu'au temps d'Homre, Et, bondissant d'amour dans la sainte lumire, La montagne | 60 | gutenberg |
twg_000012926797 | acre incisant le ciel bleu! --Et t'attendre! Goter cette impudique ivresse De songer, sans encor les avoir bien connus, A ton regard voil d'amour, tes bras nus, Au doux vol hsitant de ta jeune caresse Qui semble un chaud frelon par des fleurs retenu! --Et puis te voir enfin venir entre les palmes, Innocent, assur, sans crainte, les yeux calmes, | 60 | gutenberg |
twg_000012926798 | Vers mes bras enivrs o le destin fatal Te pliera durement et te fera du mal; Alors saisir tes mains, comme la brusque chvre Mord la fleur de cassie et rompt le myrte troit; Et, les yeux clos, avoir, pour la premire fois, Bu l'humide tideur qui dort entre tes lvres... --O cher ptre, inquiet et dsormais terni. J'ai vcu | 60 | gutenberg |
twg_000012926799 | pour cela, qui est dj fini! CANTIQUE Amphore de Ccrops, verse ta rose bachique! (Anthologie grecque.) Mon amour, je ne puis t'aimer: le jour clate Comme un blanc incendie, au mont des aromates! Le gazon, telle une eau, frachit au fond des bois: Un dlire sacr m'entrane loin de toi. --Cette odeur de soleil treignant la prairie, Ce doux hameau, | 60 | gutenberg |
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