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comme un temple, Que j'ai pris tmoin dans des deuils enflamms, N'ignore pas mon coeur hroque, et contemple La morte que je suis, qui vous a tant aim... SOIR SUR LA TERRASSE Nous sommes seuls; puisque tu m'aimes, J'aurai peur si je vois tes yeux; Evitons la douceur suprme: Ne restons pas silencieux. La terrasse est comme un navire; Qu'il
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fait chaud sur la mer, ce soir! On meurt de soif, et l'on respire L'ombre noire du jardin noir. Les alos fleuris s'lancent. Ecarte de moi, si tu peux, Tous ces parfums, tous ces silences, Qui s'accumulent peu peu; On entend rire sur la place. Je sens, tes yeux, que tu crois Que ce sont des corps qui s'enlacent: Ce
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soir, tout est dsir pour toi. L'cre odeur des filets de pche Pntre l'humble nuit qui dort. Sur ma main pose ta main frache Pour que je puisse vivre encor... O MON AMI, SOIS MON TOMBEAU O mon ami, sois mon tombeau, La jeune terre tincelante Et les jours d't sont trop beaux Pour une me jamais dolente! Je crains
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les regrets et l'espoir; Laisse-moi rentrer dans ton ombre, Comme les collines du soir Rejoignent la nuit ferme et sombre. Avec un coeur si lourd, si lent, Que veux-tu qu'aujourd'hui je fasse Du parfum des marronniers blancs, Et des promesses de l'espace? Je sais ce qu'un soir lisse et pur A bu de plaisirs et de peines! Les corbeaux flottent
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sur l'azur Comme un mol feuillage d'bne. Partout quel opulent loisir, Quelle orgueilleuse confiance Qui joint les appels du dsir Aux scurits du silence! Les oiseaux, dans le doux embrun De l'ther rose et des rames, Sont lgers comme des parfums Et glissent comme des fumes; On entend leurs limpides voix Incruster de cris et de rires Le ciel qui
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passe sur les bois Comme un lent et pompeux navire. --Mais je sais bien que vous mourrez, Et que moi, si riche d'envie, Je dormirai, le coeur serr, Loin de la dure et sainte vie; Toutes les musiques des airs, Tous ces effluves qui s'enlacent Fuiront le souterrain dsert O le temps ne luit ni ne passe; Et nous serons
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ce bois des morts, Ces branches sches et casses Pour qui les jours n'ont plus de sort, Pour qui toute chose est cesse! Et pourtant mon coeur ternel, Et sa tendresse inpuisable, Plus que l'Ocan n'a de sel, Plus que l'Egypte n'a de sable, Contenait les mille rayons De toutes les aubes futures... --tre un jour ce mince haillon Qui
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gt sous toute la Nature! UN ABONDANT AMOUR... Un abondant amour est pareil au silence, Rien de lui ne s'chappe et ne s'ajoute lui. Il agit dans sa calme et splendide substance, Plus vaste que l'espace et plus haut que la nuit. Les sicles rvolus et les saisons futures L'lisent comme un lieu d'attente et de repos. Il a tout
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absorb de l'immense nature, Au point d'tre l'ther, les cimes et les eaux. J'examine ce soir ma vie pre et compacte; J'ai fait ce que j'ai pu, d'un haut et triste coeur, Sachant que mes pensers et beaucoup de mes actes Ont sombr jamais, sans bruit et sans lueur. Je n'ai pas pu sauver le meilleur de moi-mme, Ces larmes,
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ces efforts, ces courages, ces freins, Dont j'ai su tour tour rompre mon coeur extrme, Ou le fermer avec des lanires d'airain. Ample comme les flots, et comme eux volontaire, J'ai fait plus que lutter, j'ai contredit le sort, Et dtournant mes yeux de la vie trangre, Dlaissant les vivants, j'ai voulu plaire aux morts. Je m'arrte prsent, et me
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laisse conduire Par les jours entranants qui mnent au tombeau; Que m'importe le temps qui me reste voir luire Un monde qui me fut trop cruel et trop beau. Je m'arrte, et me livre ta bont nouvelle, Cher tre, o je m'achve enfin. Je t'ai choisi Pour le point de dpart de ma vie ternelle; Dj mon coeur en toi
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jette un cri adouci. Je me lie ton me o se meuvent des ailes, Et mon esprit, qui fut l'immense fantaisie, Veut languir, les yeux clos, dans ta haute nacelle, Dlivr de l'espace et de la posie... LA MUSIQUE ET LA NUIT La Musique et la Nuit sont deux sombres desses Dont la ruse surprend les secrets des humains, Confidentes,
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ou bien sorcires ou tratresses, Elles puisent le sang des coeurs entre leurs mains. Je regarde ce soir les cieux hauts et paisibles O deux toiles ont un frntique clat, L'une semble plus fire et l'autre plus sensible, Tristes lvres d'argent qu'un Dieu jaloux scella! Et tandis que les doux violons des terrasses Blottissent dans la nuit leur sanglot musical,
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Je sens se prparer dans le profond espace Un vhment complot pour le bien et le mal: Complot pour que tout coeur rejette son cilice, Pour qu'il ose affronter le dangereux bonheur, Car le torrent des sons et la nuit protectrice Incitent la vie avec une pre ardeur: Hlas! tout est amour ou cendres; la nature Par l'ternel retour et
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le long devenir Ne peut qu'terniser la puissante torture Qui meut dans l'infini la mort et le dsir. Chaque humain, son tour, servira de pture... Et l'me, fourvoye entre les grands instincts, Rpand sur leur fureur son anxit rveuse, Et, toujours innocente pouse du Destin, Accompagne en pleurant la bataille amoureuse. --Hlas! me hroque, oubliez-vous encor Que les parfums, les
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ciels, le verbe, les musiques Sont ligus contre vous, et que les faibles corps Sont la barque o prit votre grandeur tragique? --Montez, me orgueilleuse, levez-vous toujours, Allez, allez rver sur les hauts promontoires O, triste comme vous, la muse de l'Histoire Contemple,--par del les sicles et les jours, A travers les combats, les flots, les incendies, Au-dessus des palais,
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des dmes et des tours O la Religion mdite et psalmodie,-- La victoire sans fin du redoutable amour!... LA CONSTANCE Ce qu'il a commenc, le coeur doit le poursuivre, Toute tendresse a droit son ternit, La nature est constante, et son dsir de vivre Endurant tous les maux, luit d't en t. L'Automne au pourpre clat, si puissante et si
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digne, Qui maintient la nature au moment qu'elle meurt, Par son pressant effort dfend qu'on se rsigne A goter sans sursauts la paix lasse du coeur. Nul n'aura plus que moi prolong la douleur... II LES CLIMATS Tu viens de trop gonfler mon coeur pour l'espace qui le contient... SHAKESPEARE. SYRACUSE Excite maintenant tes compagnons du choeur clbrer l'illustre Syracuse!...
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PINDARE. Je me souviens d'un chant du coq, Syracuse! Le matin s'veillait, temptueux et chaud; La mer, que parcourait un vent large et dispos, Dansait, ivre de force et de lumire infuse! Sur le port, assailli par les flots aveuglants, Des matelots clouaient des tonneaux et des caisses, Et le bruit des marteaux montait dans la fournaise Du jour, de
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tous ces jours glorieux, vains et lents; J'tais triste. La ville illustre et misrable Semblait un Promthe sur le roc attach; Dans le grsillement marmoren du sable Pitinaient les troupeaux qui sortaient des tables; Et, comme un crissement de mtal brch, Des cigales mordaient un bl blanc et sch. Les persiennes semblaient jamais retombes Sur le large vitrail des palais
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somnolents; Les balcons espagnols accrochaient aux murs blancs Broys par le soleil, leurs ferrures bombes: Noirs cadenas scells au granit pantelant... Dans le muse, mordu ainsi qu'un coquillage Par la ruse marine et la clart de l'air, Des bustes sommeillaient,--dolents, calmes visages, Qui s'imprgnent encor, par l'clatant vitrage, De la vigueur saline et du limpide ther. Une craie enflamme enveloppait
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les arbres; Les torrents secs n'taient que des ravins pars, De vifs graniums, dchirant le regard, Roulaient leurs pourpres flots dans ces blancheurs de marbre --Je sentais s'insrer et brler dans mes yeux Cet clat forcen, inhumain et pierreux. Une suture en feu joignait l'onde au rivage. J'tais triste, le jour passait. La jaune fleur Des grenadiers flambait, lampe dans
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le feuillage. Une source, fuyant l'treignante chaleur, Dsertait en chantant l'aride paysage. Parfois sur les gazons brls, le pourpre pi Des trfles incarnats, le lin, les scabieuses, Jonchaient par cheveaux la plaine soleilleuse, Et l'herbage luisait comme un vivant tapis Que n'ont pas achev les frivoles tisseuses. Le thtre des Grecs, cirque torride et blond, Gisait. Sous un mrier, une
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auberge voisine Vendait de l'eau: je vis, dans l'troite cuisine, Les olives s'ouvrir sous les coups du pilon Tandis qu'on recueillait l'huile odorante et fine. Et puis vint le doux soir. Les feuilles des figuiers Caressaient, doigts lgers, les murailles bleutres. D'humbles, graves passants s'interpellaient; les pieds Des chevreaux au poil blanc, serrs autour du ptre, Faisaient monter du sol
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une poudre d'albtre. Un calme inattendu, comme un plus pur climat, Ne laissait percevoir que le chant des colombes. Au port, de verts fanaux s'allumaient sur les mts. Et l'instant semblait fier, comme aprs les combats Un nom charg d'honneur sur une jeune tombe. C'tait l'heure o tout luit et murmure plus bas... La fontaine Arthuse, enclose d'un grillage, Et
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portant sans orgueil un renom fabuleux, Faisait un bruit lger de pleurs et de feuillage Dans les frais papyrus, lancs et moelleux... Enfin ce fut la nuit, nuit qui toujours tonne Par l'insistante angoisse et la muette ardeur. La lune plongeait, telle une blanche colonne, Dans la rade aux flots noirs, sa brillante liqueur. Un solitaire ennui aux astres se
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raconte; Je contemplais le globe au front mystrieux, Et qui, ruine auguste et calme dans les cieux, Semble un fragment divin, retir, radieux, De vos temples, Gla, Sgeste, Slinonte! --O nuit de Syracuse: Urne aux flancs arrondis! Logique de Platon! Ame de Pythagore! Ancien Testament des Hellnes; amphore Qui verses dans les coeurs un vin sombre et hardi, Je sais
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bien les secrets que ton ombre m'a dits. Je sais que tout l'espace est empli du courage Qu'exhalrent les Grecs aux genoux bondissants; Les chauds rayons des nuits, la vapeur des nuages Sont faits avec leur voix, leurs regards et leur sang. Je sais que des soldats, du haut des promontoires, Chantant des vers sacrs et saluant le sort, Se
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jetaient en riant aux gouffres de la mort Pour retomber vivants dans la sublime Histoire! Ainsi ma nuit passait. L'ache, l'anet crpu Rpandaient leurs senteurs. Je regardais la rade; La paix rgnait partout o courut Alcibiade, Mais,--noble obsession des ges rvolus,-- L'ther semblait empli de ce qui n'tait plus... J'entendis sonner l'heure au noir couvent des Carmes. L'espace regorgeait d'un
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parfum d'orangers, J'coutais dans les airs un vague appel aux armes... --Et le pouvoir des nuits se mit propager L'amoureuse esprance et ses divins dangers: O dsir du dsir, du hasard et des larmes! LES SOIRS DU MONDE O soirs que tant d'amour oppresse, Nul oeil n'a jamais regard Avec plus de tendre tristesse Vos beaux ciels ples et fards!
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J'ai dlaiss ds mon enfance Tous les jeux et tous les regards, Pour voguer sans peur, sans dfense, Sur vos tangs qui veillent tard. Par vos langueurs la drive, Par votre tide oisivet, Vous attirez l'me plaintive Dans les abmes de l't... --O soir naf de la Zlande, Qui, timide, ingnu, riant, Semblez raconter la lgende Des pourpres ts d'Orient!
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Soir romain, aride malaise, Et ce cri d'un oiseau perdu Au-dessus du palais Farnse, Dans le ciel si sec, si tendu! Soir bleu de Palerme embaume, O les parfums pais, fumants, S'ajoutent la nuit pme Comme un plus fougueux lment! Sur la vague tyrrhnienne Dans une vapeur indigo, Un voilier fend l'onde paenne Et dit: Je suis la nef Argo!
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Par des ruisseaux couleur de jade, Dans des senteurs de mimosa, La fontaine arabe s'vade, Au palais roux de la Ziza. Dans le chaud bassin du Muse, Les verts papyrus, s'effilant, Suspendent leur frache fuse A l'azur sourd et pantelant: O douceur de rver, d'attendre Dans ce clotre aux loisirs altiers O la vie est inerte et tendre Comme un
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repos sous les dattiers! --Catane o la lune d'albtre Fait bondir la chvre angora, Compagne indocile du ptre Sur la montagne des cdrats! Derrire des rideaux de perles, Chez les beaux marchands indolents, Des monceaux de fraises dferlent Au bord luisant des vases blancs. Quels soupirs, quand le soir dpose Dans l'ombre un surcrot de chaleur! L'oeillet, comme une pomme
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rose, Laisse pendre sa lourde fleur. L'emportement de l'azur brise Le chaud vitrail des cabarets O le sorbet, comme une brise, Circule, aromatique et frais. La foule adolescente rde Dans ces nuits de soufre et de feu; Les ventails, dans les mains chaudes, Battent comme un coeur langoureux. --Blanc sommeil que l't surmonte: Des fleurs, la mer calme, un berger;
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O silence de Slinonte Dans l'espace immense et lger! Un soir, lorsque la lune argente Les temples dans les amandiers, J'ai ramass prs d'Agrigente L'amphore noire des potiers; Et sur la route pastorale, Dans la cage o luisait l'air bleu, Une enfant portait sa cigale, Arrache au pin rsineux... --J'ai vu les nuits de Syracuse, O, dans les rocs roses
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et secs, On entend s'irriter la Muse Qui pleure sur dix mille Grecs; J'ai, parmi les gradins bleutres, Vu le soleil et ses lions Mourir sur l'antique thtre, Ainsi qu'un sublime histrion; Et comme j'ai du sang d'Athnes, A l'heure o la clart s'enfuit, J'ai vu l'ombre de Dmosthne Auprs de la mer au doux bruit... --Mais ces mystrieux visages,
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Ces parfums des jardins divins, Ces miracles des paysages N'enivrent pas d'un plus fort vin Que mes soirs de France, sans bornes, O tout est si doux, sans choisir; O sur les toits pliants et mornes L'azur semble fait de dsir; O, l-bas, autour des murailles, Prs des tangs tasss et ronds, S'loigne, dans l'air qui tressaille, L'appel embu des
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clairons... DANS L'AZUR ANTIQUE Esprances des humains, lgres desses... DIOTIME D'ATHNES. Sous un ciel haletant, qui grsille et qui dort, O chaque fragment d'air fascine comme un disque, Rome, lourde d't, avec ses oblisques Dresss dans les agrs luisants du soleil d'or, Tremblait comme un vaisseau qui va quitter le port Pour voguer, pavois de ses mts ses cryptes, Vers
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l'amour fabuleux de la reine d'Egypte. Les buis des vieux jardins, comme un terne miroir Tendaient au pur ther leur cristal vert et noir. Un cyprs balanait mollement sous la brise Sa cime dlicate, entr'ouverte au vent lent, Et un jet d'eau montait dans l'azur jubilant Comme un cyprs neigeux qu'un vent lger divise... J'errais dans les villas, o l'air
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est imprgn Du solennel silence o rve Polymnie: Je voyais refleurir les temps que remanie La vie ingnieuse, incessante, infinie; Et, comme un messager antique et printanier, De frais ruisseaux couraient sous les mandariniers. Dans un jardin romain, un vieux masque de pierre M'attirait: travers ses lvres, ses paupires On voyait fuir, jaillir l'azur torrentiel; Et ce masque semblait, avec
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la voix du ciel, Hler l'amour, l'espoir, les avenirs farouches. Une mme clameur s'lanait de ma bouche, Et, pleine de dtresse et de flicit, Je m'en allais, les bras jets vers la beaut!... --J'ai vu les lieux sacrs et sanglants de l'Histoire, Les Forums crouls sous le poids clair des cieux, La nostalgique paix des Arches des Victoires O l'azur
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fait rouler son char silencieux. J'ai vu ces grands jardins o le palmier qui rve, Elanc dans l'ther et tordu de plaisir, Semble un ardent serpent qui veut tendre vers ve Le fruit dlicieux du douloureux dsir. Les soirs de Sybaris et la mer africaine Prolongeaient devant moi les baumes de mon coeur; L'Arabie en chantant me jetait ses fontaines,
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Les mes me suivaient ma suave odeur. Comme l'pre Sicile, pique et sulfureuse, Je contenais les Grecs, les Latins et les Francs, Et ce triangle auguste, en ma pense heureuse, Brillait comme un fronton de marbre et de safran! Un jour l't flambait, le temple de Sgeste Portait la gloire d'tre ternel sans effort, Et l'on voyait monter, comme un
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arpge agreste, Le coteau jaune et vert dans sa cithare d'or! Le blanc soleil giclait au creux d'un torrent vide; Des chevaux libres, fiers, prs des hampes de fleurs S'brouaient; les parfums pais, gluants, torrides Mettaient dans l'air combl des obstacles d'odeurs. Des lzards bleus couraient sur les piliers antiques Avec un soin si gai, si chaud, si diligent, Que
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l'imposant destin des pierres lthargiques Semblait ressuscit par des veines d'argent! Des insectes brlants voilaient mes deux mains nues: Je contemplais le sort, la paix, l'azur si long, Et parfois je croyais voir surgir dans la nue La lance de Minerve et le front d'Apollon. Devant cette splendeur sereine, ample, quitable, O rien n'est dchirant, imptueux ou vil, Je songeais
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lentement au bonheur misrable De retrouver tes yeux o finit mon exil... * * * * * Je jette sous tes pieds les noirs pipeaux d'Euterpe, Dont j'ai fait retentir l'azur universel Quand mes beaux cieux luisaient comme des coups de serpe, Quand mon blanc Orient brillait comme du sel! Je quitte les regrets, la volont, le doute, Et cette
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immensit que mon coeur emplissait, Je n'entends que les voix que ton oreille coute, Je ne rciterai que les chants que tu sais! Je puiserai l't dans ta main faible et chaude, Mes yeux seront sur toi si vifs et si pressants Que tu croiras sentir, dans ton ombre o je rde, Des frelons enivrs qui gotent ton sang! Car,
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quels que soient l'instant, le jour, le paysage, Pourquoi, doux tre humain, rien ne me manque-t-il Quand je tiens dans mes doigts ton lumineux visage Comme un tissu divin dont je compte les fils?... PALERME S'ENDORMAIT... Palerme s'endormait; la mer Tyrrhnienne Rpandait une odeur d'cre et marin btail: Odeur d'algues, d'oursins, de sel et de corail, Arome de la vague
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o meurent les sirnes; Et cette odeur, nageant dans les tides embruns, Avait tant de hardie et vaste violence, Qu'elle semblait une pre et pntrante offense A la terre endormie et presque sans parfums... Le geste de bnir semblait tomber des palmes; Des barques s'loignaient pour la pche du thon; Je contemplais, le front baign de vapeurs calmes, La figure
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des cieux que regardait Platon. On entendait, au bord des obscures terrasses, Se soulever des voix que la chaleur harasse: Tous les mots murmurs semblaient confidentiels; C'tait un long soupir envahissant l'espace; Et le vent, haletant comme un oiseau qu'on chasse, En gerbes de fracheur s'enfuyait vers le ciel... --Creusant l'ombre, crasant la route caillouteuse, L'indolente voiture o nous tions
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assis S'enfonait dans la nuit opaque et sinueuse, Sous le ciel nonchalant, immuable et prcis; C'tait l'heure o l'air frais subtilement pntre La pierre au grain serr des calmes monuments; Je n'tais pas heureuse en ces divins moments Que l'ombre enveloppait, mais j'esprais de l'tre, Car toujours le bonheur n'est qu'un pressentiment: On le gote avant lui, sans jamais le
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connatre... Dans un profond jardin qui longeait le chemin, Des chats, l'esprit troubl par la saison suave, Jetaient leurs cris brlants de vainqueurs et d'esclaves. Sur les ployants massifs d'oeillets et de jasmins, On entendait gmir leur ardente querelle Comme un mordant combat de colombes cruelles... --Puis revint le silence, indolent et puissant; La voiture avanait dans l'ombre permable. Je
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songeais au pass; les vagues sur le sable Avec un calme effort, toujours recommenant, Dposaient leur fardeau de rumeurs et d'aromes... Les astres, attachs leur sublime dme, De leur secret regard, fourmillant et pressant, Attiraient les soupirs des yeux qui se soulvent... --Et l'espace des nuits devint retentissant Du cri silencieux qui montait de mes rves! LE DESERT DES SOIRS
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Dans la chaleur compacte et blanche ainsi qu'un marbre, Le miroir du soleil tale un bleu cerceau. Comme un troupeau secret d'ariens chevreaux La rapace chaleur a dvor les arbres. Palerme est un dsert au blanc scintillement, Sur qui le parfum met un dais pesant et calme... Les stores des villas, comme de jaunes palmes, Aux vrandas, qui n'ont ni
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portes ni vitrail, Sont suspendus ainsi que de frais ventails. La mer a laiss choir entre les roses roches Son immense fardeau de plat et chaud mtal. Un mur qu'on dmolit vibre au contact des pioches; Une voiture flne au pas d'un lent cheval, Tandis que, sous l'ombrelle ouverte sur le sige, Un cocher sarrasin mange des citrons mous. La
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chaleur duveteuse est faible comme un lige; Sa molle densit a d'argentins remous. --Je suis l; je regarde et respire; que fais-je? Puisque cet horizon que mon regard contient Et que je sens en moi plus aigu qu'une lame, Mon esprit ne peut plus l'enfoncer dans le tien... Je ddaigne l'espace en dehors de ton me... LE PORT DE PALERME
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Je regardais souvent, de ma chambre si chaude, Le vieux port goudronn de Palerme, le bruit Que faisaient les marchands, diviss par la fraude, Autour des sacs de grains, de farine et de fruits, Sous un beau ciel, teint de splendeur et d'ennui... J'aimais la rade noire et sa pauvre marine, Les vaisseaux dlabrs d'o j'entendais jaillir Cet ternel souhait
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du coeur humain: partir! --Les vapeurs, les sifflets faisaient un bruit d'usine Dans ces cieux o le soir est si lent venir... C'tait l'heure o le vent, en hsitant, se lve Sur la ville et le port que son aile assainit. Mon coeur fondait d'amour, comme un nuage crve. J'avais soif d'un breuvage ineffable et bni, Et je sentais s'ouvrir,
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en cercles infinis, Dans le dsert d'azur les citernes du rve. Qu'est-ce donc qui troublait cet horizon combl? La beaut n'a donc pas sa gurison en elle? Par leurs puissants parfums les soirs sont accabls; La palme au large coeur souffre d'tre si belle; Tout triomphe, et pourtant veut tre consol! Que signifient ces cieux sensuels des soirs tendres? Ces
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jardins exhalant des parfums sanglotants? Ces lacets que les cris des oiseaux semblent tendre Dans l'espace intrigu, qui se tait, qui attend? --A ces heures du soir o les mondes se plaignent, O mortels, quel amour pourrait vous rassurer? C'est pour mieux sangloter que les tres s'treignent; Les baisers sont des pleurs, mais plus dsesprs. La race des vivants, qui
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ne veut pas finir, Vous a transmis un coeur que l'espace tourmente, Vous poursuivez en vain l'incessant avenir... C'est pourquoi, forats d'une ternelle attente, Jamais la volupt n'achve le dsir! LES SOIRS DE CATANE Catane languissait, clatante et maussade; Le laurier-rose en fleurs du jardin Bellini Portait un poids semblable de pourpres grenades; C'tait l'heure o le jour a lentement
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fini De harceler l'azur qu'il flagelle et poignarde. Les voitures tournaient en molle promenade Sous le moite branchage aux parfums infinis... On voyait dans la ville troite et sulfureuse Les tudiants quitter les Universits; Leur figure fonce, active et curieuse, Rayonnait de hardie et frache libert Sous le flau splendide et morne de l't... Bousculant les marchands de fruits et
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de tomates, Encombrant les trottoirs comme un torrent htif, Les chvres au poil brun, uni comme l'agate, Dans ce soir oppressant et significatif, Fixaient sur moi leurs yeux directs, o se dilate Un exultant entrain satanique et lascif. Comme un tide ouragan presse et distend les roses, Le soir faisait s'ouvrir les maisons, les rideaux; Des balcons de fer noir
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emprisonnaient les poses Des nostalgiques corps, penchs hors du repos, Comme on voit s'incliner des rameuses sur l'eau... Des visages, des mains pendaient par les fentres, Tant les femmes, ployant sous le poids du dsir, S'avanaient pour chercher, attirer, reconnatre, Parmi les bruns garons qui flnaient loisir, Le porteur ternel du rve et du plaisir... Tout glissait vers l'amour comme
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l'eau sur la pente. Le ciel, languide et long, tel un soupir d'azur, Etalait sa douceur langoureuse et constante O gisaient, comme l'or dans un fleuve ample et pur, Les jasmins safrans mls aux citrons mrs. L'espace suffoquait d'une imprcise attente... Elgants, dbouchant de la rue en haillons, Des jeunes gens montaient vers le bruyant thtre Que d'lectriques feux teintaient
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de bleus rayons. Leur hte ressemblait des effusions, Chacun semblait courir aux nuits de Cloptre. Des mendiants furtifs, quand nous les regardions, Nous offraient des gteaux couleur d'ambre et de pltre. Sur la place, o brillaient des palais d'apparat, La foule vers minuit s'entassait, sinueuse: Les pauvres, les seigneurs glissaient bras contre bras; Un orchestre opulent jouait des opras, L'air
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se chargeait de sons comme une conque creuse; Enfin tout se taisait; la foule restait tard. On voyait les serments qu'changeaient les regards, Et c'tait une paix limpide et populeuse... Au lointain, par del les faades, les gens, La mer de l'Ionie, ploye et sereine, Sous l'clat morcel de la lune d'argent Comme une aube mouille lanait son haleine... Les
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bateaux des pcheurs, qu'un feu rouge clairait, Suivaient nonchalamment les vagues poissonneuses. Le parfum du btail marin, piquant et frais, Ensemenait l'espace ainsi qu'un rude engrais. Le ciel, ruche d'bne aux toiles fivreuses, A force de clart semblait vivre et frmir... --Et je vis s'enfoncer sur la route rocheuse Un couple adolescent, qui semblait obir A cette loi qui rend
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muets et solitaires Ceux que la volupt vient brusquement d'unir, Et qui vont,--n'ayant plus qu' songer et se taire,-- Comme des trangers qu'on chasse de la terre... A PALERME, AU JARDIN TASCA... J'ai connu la beaut plnire, Le pacifique et noble clat De la vaste et pure lumire, A Palerme, au jardin Tasca. Je me souviens du matin calme O
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j'entrais, fendant la chaleur, Dans ce paradis, sous les palmes, O l'ombre est faite par des fleurs. L'heure ne marquait pas sa course Sur le lisse cadran des cieux, O le lourd soleil spacieux Fait bouillonner ses blanches sources. J'avanais dans ces beaux jardins Dont l'opulence nonchalante Semble descendre avec ddain Sur les passantes indolentes. L'ardeur des arbres parfums Flamboyait,
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dense et clandestine; Je cherchais parmi les collines Naxos, au nom doux et dfunt. Comme des ruches dans les plaines, Des entassements de citrons Sous leurs arbres sombres et ronds Formaient des tours de porcelaine. Les parfums suaves, amers, De ces citronniers aux fleurs blanches Flottaient sur les vivaces branches Comme la fracheur sur la mer. Creusant la terre purpurine,
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D'alertes ruisseaux ombrags Semblaient les pieds aux bonds lgers De jeunes filles sarrasines! Je me taisais, j'tais sans voeux, Sans mmoire et sans esprance; Je languissais dans l'abondance. --O pays secrets et fameux, J'ai vu vos grces accomplies, Vos blancs torrents, vos temples roux, Vos flots glissants vers l'Ionie, Mais mon but n'tait pas en vous; Vos nuits flambantes et
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prcises, Vos maisons qu'un pliant rideau Livre au chaud caprice des brises; Les pas sonores des chevreaux Sur les pavs prs des glises; Vos monuments tumultueux, Beaux comme des tiares de pierre, Les hauts cyprs des cimetires, Et le soir, la calme lumire Sur les tombeaux voluptueux, Les quais crayeux, o les boutiques, Regorgeant de fruits noirs et secs, Affichent
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la noblesse antique Du splendide alphabet des Grecs; L'tincelante ardeur du sol, O passent, riches caravanes, Des mules vtues en sultanes Trottant sous de blancs parasols, Toutes ces beauts trangres Que le coeur obtient sans effort, N'ont que des promesses de mort Pour une me intrpide et fire, Et j'ai su par ces chauds loisirs, Par ce got des saveurs
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relles, Qu'on tait, parmi vos plaisirs, Plus loin des choses ternelles Qu'on ne l'tait par le dsir!... AGRIGENTE O nymphe d'Agrigente aux lgantes parures, qui rgnes sur la plus belle des cits mortelles, nous implorons ta bienveillance! PINDARE. Le ciel est chaud, le vent est mou; Quel silence dans Agrigente! Un temple roux, sur le sol roux Met son reflet
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comme une tente... Les oiseaux chantent dans les airs; Le soleil ravage la plaine; Je vois, au bout de ce dsert, L'indolente mer africaine. Brusquement un cri triste et fort Perce l'air intact et sans vie; La voix qui dit que Pan est mort M'a-t-elle jusqu'ici suivie? Et puis l'air retombe; la mer Frappe la rive comme un socle; Tout
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dort. Un fanal rouge et vert S'allume au vieux port Empdocle. L'ombre vient, par calmes remous. Dans l'ther pur et pathtique Les astres installent d'un coup Leur brasillante arithmtique! --Soudain, sous mon balcon branlant, J'entends des moissonneurs, des filles Dfricher un champ de bl blanc, Qui gicle au contact des faucilles; Et leur fivre, leur sche ardeur, Leur clameur nocturne
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et paenne Imitent, dans l'air plein d'odeurs, Le cri des nuits leusiennes! Un ptre, sur un lourd mulet, Monte la cte tortueuse; Sa chanson lascive accolait La noble nuit silencieuse; Dans les lis, lourds de pollen brun, Le blement mlancolique D'une chvre, ivre de parfums, Semble une flte bucolique. --Donc, je vous vois, cit des dieux, Lampe d'argile consume, Agrigente
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au nom spacieux, Vous que Pindare a tant aime! Porteuse d'un songe ternel, O compagne de Pythagore! C'est vous cette ruche sans miel, Cette parse et gisante amphore! C'est vous ces enclos d'amandiers, Ce sol dur que les boeufs gravissent, Ce dsert de sches mlisses, O mon me vient mendier. Ah! quelle indigente agonie! Et l'on comprendrait mon moi, Si
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l'on savait ce qu'est pour moi Un peu de l'Hellade infinie; Car, sur ce rivage humble et long, Dans ce calme et morne dsastre, Le vent des fltes d'Apollon Passe entre mon coeur et les astres! L'AUBERGE D'AGRIGENTE Rien ne vient souhait aux mortels... PAUL LE SILENTIAIRE. Dans un de ces beaux soirs o le puissant silence Rpond soudain, dans
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l'ombre, l'esprit, interdit D'couter cet lan venant des Paradis Contenter le dsir qu'on a depuis l'enfance; Dans un de ces soirs chauds qui nous fendent le coeur, Et, comme d'une mine o gisent des turquoises, Viennent extraire en nous de secrtes lueurs, Et guident vers les cieux notre pensive emphase; Dans ces languides soirs qui font monter du sol Des
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soupirs de parfums, j'tais seule, en Sicile; Une cloche au son grave, branlant l'air docile, Sonnait dans un couvent de moines espagnols. Je songeais la paix rigide de ces moines Pour qui les nuits n'ont plus de dchirants appels. --Sur le seuil chaud du misrable htel O l'air piquant cuisait des touffes de pivoines, Deux chevaux dtels, mystiques, solennels, Rvaient
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l'un contre l'autre, auprs d'un sac d'avoine. La mer, l'infini, balanait mollement L'impondrable excs de la clart lunaire. Les chvres au pas fin, comme un peuple d'amants Se cherchaient travers le sec et blanc froment: L'imprieux besoin de dompter et de plaire Rencontrait un secret et long assentiment... La nuit, la calme nuit, desse agitatrice, Regardait s'amasser l'amour sur les
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chemins. Une palme ployait son pompeux artifice Prs des maigres chevaux qui, songeant demain, Aux incessants travaux de leur race indigente, Se baisaient doucement. Dans le moite jardin, Vous mditiez sans fin, palme nonchalante! Que j'tais triste alors, que mon coeur touffait! Un rve catholique et sa force exigeante M'empchait d'couter les bachiques souhaits De la puissante nuit qui brille
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et qui fermente... Et j'aimais ta douceur pudique et ngligente, Palmier de Bethlem sur le ciel d'Agrigente! L'ENCHANTEMENT DE LA SICILE Je suis mu comme le dauphin des mers qui, au milieu des flots paisibles, se plat au doux son de la flte. PINDARE. Clestes horizons o mollement oscille La bleutre chaleur qui baigne la Sicile, Malgr nos froids hivers
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et mes longs dsespoirs Je n'ai rien oubli de la douceur des soirs: Ni le dattier debout sur son ombre toile, Ni la fontaine arabe, au marbre soufre et noir, Qui fait gicler son eau rigide et fusele, Ni l'htel du rivage aux teintes de safran, Ni la jaune mosque ombrageant ses glycines, Ni les vaisseaux, taills dans un bois
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odorant, Et qui passent, le soir, sur la mer de Messine... --Ah! comme je connais, Palerme, ta splendeur, Le tropical jardin, les cafiers en fleurs, Les sonores villas par la chaleur uses, Et le bruit de satin des pigeons du muse! Muse o je voyais l'Arabie et ses ors, Ses pots de blanc mica, ses lgers miradors Imprgner de santal
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l'air o sa paix infuse, Tandis que, tel un dieu embras, fascinant, Qui darde sur les coeurs son dsir et sa ruse, Le grand blier d'argent du port de Syracuse Avait je ne sais quoi d'avide et de tonnant... Mettant sur mon regard mes deux mains comme un masque, J'abordais la chaleur de midi. Dans les vasques, Le pompeux papyrus
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condensait sa fracheur. Une voiture avec un baldaquin de toile Menait Bara, dormant sur la hauteur Parmi des ronciers blancs et des chants de cigales, Comme un mauresque hospice enduit d'un lait de chaux... Montral et son clotre ouvrait l'azur chaud Sa cuve o grsillaient les bananiers d'Afrique. L'glise, ruisselant de fires mosaques, Elanant ses piliers, minces comme des mts,
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O l'or se suspendait en lumineuses grappes, Ressemblait, par l'ardent et monastique clat, A vous, sainte brlante, Rose de Lima, Que l'on voit alanguie auprs d'un jeune pape... Des muletiers passaient en bonnet espagnol; La fleur de l'alos refltait sur le sol Le miracle tonn d'un calice de braise. Des enfants transportaient des paniers, o les fraises Bondissaient, retombaient, se
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mouvaient, rouge essaim, Comme un jet d'eau pourpr qui pique le bassin. Un marchand grec, coiff de noire cotonnade, Repoussait de ses cris et de ses sombres mains L'assourdissant troupeau de hargneuses pintades Qui mordait son fardeau et barrait le chemin; Effront, laissant voir son torse nu qu'il cambre, Un jeune homme, allong sur le jaune talus, Regardait de ses
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yeux scintillants et velus Le sublime soleil abonder sur ses membres Comme un flot de liqueur coule d'un flacon d'ambre... L'horizon tressaillait d'un vertige or et bleu. --Et puis toujours, l-bas, je voyais, pure et vaste, La mer au grand renom, qui touche dans ses jeux Les Cyclades, dormant sur des vagues de feu, Le rivage d'Ulysse et celui de
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Jocaste, L'herbe o des bergers grecs prludaient deux par deux... --Et je songeais,--puissante, parse, solitaire,-- Mle au temps sans bord ainsi qu'aux lments, Attirant vers mon coeur, comme un trange aimant, Tous les rves flottant sur l'amoureuse terre; J'attendais je ne sais quel grave et sr plaisir... Mais due aujourd'hui par tout ce qu'on espre, Ayant tout vu sombrer, ayant
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tout vu flchir, O mon coeur sans repos ni peur, je vous vnre D'avoir tant dsir, sachant qu'il faut mourir! L'AIR BRULE, LA CHAUDE MAGIE... Que tu es heureuse, cigale, quand, du sommet des arbres, abreuve d'une goutte de rose, tu dors comme une reine. ANACREON. L'air brle, la chaude magie De l'Orient pse sur nous, Nous prissons de nostalgie
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Dans l'ther trop riche et trop doux. On entrevoit un jardin vide Que la paix du soir inclina, Et l-bas, la mosque aride Couleur de sable et de grenat. La dure splendeur trangre Nous tourdit et nous doit: Je me sens triste et mensongre: On n'est pas bon loin de chez soi. Ce ciel, ces poivriers, ces palmes, Ces balcons
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d'un rose de fard, Comme un vaisseau dans un port calme, Rvent aux transports du dpart. Ah! comme un jour brlant est vide! Que faudrait-il de volupt Pour combler l'abme torride De ce continuel t! Des oeillets, lourds comme des pommes, Epanchent leur puissante odeur; L'air, autour de mon demi-somme, Tisse un blanc cocon de chaleur... Dans la chambre en
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faence rouge O je meurs sous un ventail, J'entends le bruit, qui heurte et bouge, Des chvres rompant le portail. --Ainsi, c'est aujourd'hui dimanche, Mais, dans cet exil haletant, Au coeur de la cit trop blanche, On ne sent plus passer le temps; Il n'est des saisons et des heures Qu'au frais pays o l'on est n, Quand sur le
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bord de nos demeures Chaque mois bondit, tonn. Cette pesante somnolence, Ce chaud clat palermitain Repoussent avec indolence Mon coeur plaintif et mon destin; Si je meurs ici, qu'on m'emporte Prs de la Seine au ciel lger, J'aurai peur de n'tre pas morte Si je dors sous des orangers... LES JOURNEES ROMAINES L'ther pris de vertige et de fureur tournoie,
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Un luisant diamant de tant d'azur s'extrait. Virant, psalmodiant, le vent divise et ploie La pointe faible des cyprs. C'est en vain que les eaux cumeuses et blanches, Captives tout en pleurs des lourds bassins romains, S'lvent bruyamment, s'battent et s'panchent: Neptune les tient dans sa main. Je contemple la rage impuissante des ondes; Dans cette vague parse en la
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