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twg_000012926800 | cuisant comme une poterie, Avec ses toits de brique, ardents, pourpres, poreux, Et le calme palmier de Bethlem prs d'eux, Cette abeille qui danse, ivre, imprudente et brave, Dans les bleus diamants de la chaleur suave, Me font un corps cleste, aux dieux appareill! --L'aigu soleil extrait des fentes du laurier, Des tangs sommeillants o le serpent vient boire, Une | 60 | gutenberg |
twg_000012926801 | opaque senteur qui semble verte et noire. L't, de tous cts sur le temps referm, Noie de lueurs l'azur, tale et parfum; La montagne bleutre a l'aspect hroque Du bouclier d'Achille et des guerriers puniques, Et je me sens pareille quelque aigle hardi Dont le vol palpitant touche des paradis! Mais je ne puis t'aimer! --Etincelants atomes, Jardins voluptueux, confitures | 60 | gutenberg |
twg_000012926802 | d'aromes, Baisers dissous, coulant dans les airs qui dfaillent, Chaude ivresse en suspens, lumire qui tressaille, Navires au lointain se dtachant du port, Promettant plus d'espoir que la gloire et que l'or, Dont le pont clair est comme un pays sans rivage, Ressemblant au dsir, ressemblant au nuage, Et dont les sifflements et la sourde vapeur Dispensent un diffus et | 60 | gutenberg |
twg_000012926803 | sensuel bonheur!... --O sifflets des vaisseaux, mugissements languides, Nostalgiques appels vers les les torrides, Sourde voix du taureau, plein d'ardeur et d'ennui, A qui Pasipha rpondait dans la nuit!... --Non, je ne puis t'aimer, tu le sens; les dieux mmes Sont venus vers mon coeur afin que je les aime; Laisse-moi diriger mes pas dansants et srs Vers mes frres | 60 | gutenberg |
twg_000012926804 | divins qui rgnent dans l'azur! --Mais toi, lorsque le soir rpandra de son urne L'ardeur mlancolique et les cendres nocturnes, Lorsqu'on verra languir l'air et l'arbre tonns, Lorsque tout l'Univers viendra se confiner Au cercle troit du coeur; quand, dans l'ombre qui mouille, On entendra le chant acharn des grenouilles Quand tout sera furtif, secret, mystrieux, O mon ami, rends-moi | 60 | gutenberg |
twg_000012926805 | le soleil de tes yeux! Plus beaux que la clart, plus srs, plus saisissables, Nous goterons ensemble un bonheur misrable. Tes deux bras s'ouvriront comme des routes d'or O mes rves courront sans halte et sans effort; La douce ombre que fait ton menton sur ta gorge Sera comme un pigeon traversant un champ d'orge; Je verrai dans tes yeux | 60 | gutenberg |
twg_000012926806 | profonds et fortuns Tout ce que l'Univers n'a pas pu me donner: O grain d'encens par qui l'on gote l'Arabie! Etroit sachet humain o je touche et dplie Des parfums, des pays, des temps, des avenirs, Plus que mon vaste coeur ne peut en contenir!... --Ainsi, qu'avais-je fait pendant cette journe? J'tais ivre, j'tais blouie! Etonne, Je parlais travers les | 60 | gutenberg |
twg_000012926807 | sicles transparents Aux bergers grecs, chantant sur le bord des torrents. La jeunesse, l'immense, aveuglante jeunesse Me leurrait de sa longue, expectante paresse, Et je ne pensais pas qu'il faut, pour tre heureux, tre comme un troupeau attendri et peureux Qui, lorsque nat la nuit provocante et bleutre, Se range sous la main et sous la voix du ptre. --Mais | 60 | gutenberg |
twg_000012926808 | le jour chancelant a quitt l'horizon. Un doux soupir entr'ouvre et creuse les maisons, Voici la nuit: l'air fuit, press, glissant, agile, Esclave libr qui rejoint son asile. Deux ormeaux dlicats, sous les brises penchants, Sont deux syrinx feuillues d'o s'lancent des chants. La lune plie au poids des nuages de jade, Comme un rocher poli sent bondir les dorades. | 60 | gutenberg |
twg_000012926809 | Nous sommes seuls; le soir semble nous engloutir. J'ai besoin d'un vivant, d'un constant avenir! Retiens par ta multiple et claire exubrance Mon me qu'attiraient l'espace et le silence; J'ai besoin de ton souffle humain, qui dit: Je suis Le compagnon sensible et mortel qui te suit Sur la route incertaine, et, plus tard, dans la terre O tu seras | 60 | gutenberg |
twg_000012926810 | poussire, oubli, ombre et poussire. Je suis ton me aile, et ce qui restera De toi, lorsque tes yeux, tes lvres et tes bras, Dont tu fis une aurore, une lyre, une pe, Seront aussi oisifs que des branches coupes... Ainsi me parlera la voix de cet ami. Alors, malgr l'lan de mon coeur insoumis, Portant dans mon esprit plus | 60 | gutenberg |
twg_000012926811 | d'clairs, de vertige Que la fougre n'a de pollen sur sa tige, Que dans sa profondeur et sa nappe la mer N'a de scintillements argents et amers, Je fermerai sur toi, cr mon image, Le cercle de mon rve, o l'toile des Mages Vers quelque nouveau dieu me conduisait toujours. J'tais comme un prophte veill sur les tours, Et qui, | 60 | gutenberg |
twg_000012926812 | s'merveillant d'avoir compris les causes Que l'obscur Univers son esprit propose, Appelle avec une ivre et sacrilge ardeur Plus d'astres, de secrets, d'orage et de douleur! --Mais ces ambitions d'une me insatiable, Sont un dsert, gonfl de tempte et de sable. Je prfre ce faste, ces pres transports, La douceur de ton me allie ton corps, Ces moments infinis, concentrs, | 60 | gutenberg |
twg_000012926813 | chauds et tristes O mon coeur, par le tien, reconnat qu'il existe, O, lorsque le dsir avide et violent Se dilue en un rve harass, grave et lent Par qui l'me est soudain comble et raffermie, Je sens,-- mon ami ail, suave, humain,-- Ton visage pensif enfoncer dans ma main Son odeur de nue et de rose endormie... AVOIR TOUT | 60 | gutenberg |
twg_000012926814 | ACCUEILLI... Avoir tout accueilli et cesser de connatre! J'avais le poids du temps, la chaleur de l't, Quoi donc? Je fus la vie, et je vais cesser d'tre Pendant toute l'ternit! J'ai voulu vivre afin d'puiser mon courage, Afin d'avoir piti, afin d'aimer toujours, Afin de secourir les humains d'ge en ge, Puisque l'ambition n'est qu'un plus long amour... --Un | 60 | gutenberg |
twg_000012926815 | bondissant dsir comme un torrent me gagne, Ah! que je hante encor le sommet des montagnes, Que je livre mes bras aux vents de l'Occident; Le vert genvrier de ses senteurs me grise, Un frein couvert d'cume clate entre mes dents, Se pourrait-il vraiment que l'univers dtruise Ce qu'il a fait de plus ardent! LA MUSIQUE DE CHOPIN Tandis que | 60 | gutenberg |
twg_000012926816 | ma mre jouait un prlude de Chopin. Le vent d'automne, usant sa rude passion, Elague le jardin et disperse les fleurs, Et les arbres, emplis de force et de fureur, Avec des mouvements de dngation Refusent d'couter ce sombre sducteur... Une humidit terne, plore, abattue, Enveloppe l'tang, se suspend aux statues, Rde ainsi qu'une lente et romanesque amante. La nue | 60 | gutenberg |
twg_000012926817 | est alourdie et pourtant plus distante. Le vent, comme un torrent dvers dans l'alle, Roule avec une voix cristalline et fle Des graviers reluisants et des pommes de pin... Et, dans la maison froide o je rentre soudain, Un prlude houleux et grave de Chopin, Profond comme la mer immense et remue, Pousse jusqu'en mon coeur ses sonores nues! --O | 60 | gutenberg |
twg_000012926818 | sanglots de Chopin, brisements du coeur, Pathtiques sommets saignant au crpuscule, Cris humains des oiseaux traqus par les chasseurs Dans les roseaux altiers de la froide Vistule! Soupirs! Gmissements! Paysages du ple Qu'entr'ouvre le boulet d'un soleil rouge et rond, Noir cachet de la foudre au coeur chenu des saules, Tristesse de la plaine et des cris du hron! O | 60 | gutenberg |
twg_000012926819 | Chopin, votre voix, qui reproche et rclame, Comme un peuple affam se rpand dans nos mes; Vous tes le martyr sur le gibet divin; Votre bouche a got le fiel au lieu du vin; Toute offense a meurtri votre coeur adorable; La mer se plaint en vous et arrache les sables, Chopin! Et nous pleurons les bonheurs refuss, Tandis que | 60 | gutenberg |
twg_000012926820 | votre sombre et musicale rage S'tend, sur l'horizon charg de lourds nuages, Comme un grand crucifix de cris entre-croiss! TU RESSEMBLES A LA MUSIQUE... Tu ressembles la musique Par la dtresse du regard, Par l'garement nostalgique De ton sourire humble et hagard; Les plus avides mlodies Qui me boivent le sang du coeur, N'ont pas de forces plus hardies Que | 60 | gutenberg |
twg_000012926821 | ta faiblesse et ta pleur. Les lumires dans les glises Ont le mme rayonnement Que ton visage, o je me grise Du got d'un nouveau sacrement. --Tu n'es qu'un enfant qui dfaille, Mais, par les rves de mon coeur, Tu ressembles la bataille, A Jsus parmi les docteurs, Aux hros morts sous les murailles, A tout ce qui lutte et | 60 | gutenberg |
twg_000012926822 | tressaille, Au Cid sur un cheval dansant, Au martyr dans le Colise. Sur qui la bte, harasse, Passe, comme un linge apaisant Tout tremp d'amour et de sang, Sa langue calme et repose... JE T'AIME ET CEPENDANT... Si vous m'aimez, dites combien vous m'aimez... SHAKESPEARE (Antoine et Cloptre). Je t'aime, et cependant, jamais tes ennemis Contre ton doux esprit ne | 60 | gutenberg |
twg_000012926823 | se seraient permis La lucide, subtile et lche violence Que mon amour pour toi exerait en silence. Je t'aime et, dans mon coeur, je t'ai fait tant de tort Que tu fus un instant devant moi comme un mort, Comme un supplici que la foule abandonne, A qui sa mre, enfin, ne veut pas qu'on pardonne... J'ai mpris ta joie, | 60 | gutenberg |
twg_000012926824 | ta peine, ton labeur, Ta tristesse, ta paix, ton courage et ta peur, Et jusqu'au sang charmant dont je vis par tes veines. Mes yeux ne voyaient pas o finirait ma haine; Mais j'ai fait tout ce mal pour ne pas dfaillir Du seul enchantement de ton clair souvenir; Pour pouvoir vivre encor, sans gmir dans l'extase Que tu sois | 60 | gutenberg |
twg_000012926825 | ce parfum et que tu sois ce vase; Pour respirer un peu, sans que le jour et l'air M'assaillent de tes yeux plus brisants que la mer; J'ai fait ce mal pour mieux pouvoir, dans mon refuge, Scruter le fond soumis de mon coeur qui te juge, Car moi qui te voulais enchan dans les rangs, Courb comme un captif | 60 | gutenberg |
twg_000012926826 | sous les yeux du tyran, Je presse dans mes mains, si hautaines, si graves, Tes pieds humbles et doux qui sont tes deux esclaves... EN ECOUTANT SCHUMANN Quand l'automne attrist, qui suspend dans les airs Des cris d'oiseaux transis et des parfums amers, Et penche un blanc visage aux branches dcharnes, Reviendra, mon amour, dans la prochaine anne, Quels seront | 60 | gutenberg |
twg_000012926827 | tes souhaits, quels seront mes espoirs? Rverons-nous encor tous deux comme ce soir, Dans la calme maison qu'assaille la rafale, O l'humble chemine, en rougeoyant, exhale Une humide senteur de fume et de bois? Entendrons-nous, mes mains se reposant sur toi, Ces grands chants de Schumann, exalts, hroques, O le dsir est fier comme un sublime exploit, O passe tout | 60 | gutenberg |
twg_000012926828 | coup la chasse romantique Prcipitant ses bonds, ses rires, ses secrets Dans le gouffre accueillant des puissantes forts? --O Schumann, ciel d'octobre o volent des cigognes! Beffroi dont les appels ont des sanglots d'airain: Jeunes gens enivrs, dans les nuits de Cologne, Qui contemplez la lune parse sur le Rhin! Carnaval en hiver, quand la froide bourrasque Jette au dtour | 60 | gutenberg |
twg_000012926829 | des ponts les bouquets et les masques, --Minuit sonne la sombre horloge d'un couvent,-- Un falot qui brillait est teint par le vent... --Et puis, douleur profonde, inpuisable, avide, Qui monte tout coup comme une pyramide, Comme un reproche ardent que ne peut arrter La trompeuse, chtive, amre volupt! --O musique, par qui les coeurs, les corps gmissent, Musique! intuition | 60 | gutenberg |
twg_000012926830 | du plaisir, des supplices, Ange qui contenez dans vos chants oppresss La somme des regards de tous les angoisss, Vous tes le vaisseau dansant dans la tempte! Avec la voix des morts, des hros, des prophtes, Dans les plus mornes jours vous faites pressentir Qu'il existe un bonheur qui ressemble au dsir! --Pourtant je vois, l-bas, dans l'ombre dpouille Du | 60 | gutenberg |
twg_000012926831 | jardin o le vent d'automne vient gmir, Les trahisons, les pleurs, les mes tenailles, La vieillesse, la mort, la terre entre-baille... QU'AI-JE A FAIRE DE VOUS... Qu'ai-je faire de vous qui tes phmre, Trop douce matine, ther bleutre et chaud, O jubilation insense et lgre D'un moment que le temps engloutira si tt? Je vois que le lac tide est | 60 | gutenberg |
twg_000012926832 | comme une corbeille, Immobile et rvant, et si charg d'azur Qu'il cherche dverser son poids luisant et pur, Et que le vert feuillage a des bouquets d'abeilles! Je vois de blancs oiseaux, comme des nnuphars Se poser sur les flots que l'air croise et dcroise, Et les parfums monter, tranchants comme des dards, Dans l'azur frais, couleur de gel et | 60 | gutenberg |
twg_000012926833 | de turquoise! Les jardins ont l'aspect calme des paradis, Partout c'est le repos, le bourdonnant silence; Un matinal parfum de joie et d'abondance Exhale tendrement l'attente de midi. Qu'est-ce donc qui m'empche, terre complaisante, Doux ther caressant, sourire bleu des flots, Nature sans mmoire et toujours renaissante, De rentrer dans votre ample et sinueux complot? Ma jeunesse est en vous, | 60 | gutenberg |
twg_000012926834 | les arbres, le rivage, Le temps qui se balance et ne s'coule pas, Les matins toujours gais, les soirs pensants et sages Ont gard mes regards, mes rves et mes pas; Mais moi j'ai poursuivi la route, je dpasse Votre extase alanguie et votre enchantement, J'habite un continent dispers dans l'espace, O l'me a son domaine et son dchanement. Pays | 60 | gutenberg |
twg_000012926835 | sans arbre, et plus dvast que la lune, O sont les souvenirs, les morts, les passions, Et, brlante douleur parmi les infortunes, Les tragiques matins de nos dceptions. Mais aujourd'hui, ayant got toute amertume, Je suis sans volont; les mouvements du sort, Amenant mes pieds la vague et son cume, Font un long bercement qui me lasse et m'endort. Les | 60 | gutenberg |
twg_000012926836 | brouillards ont glac la Sibylle de Cumes! --O dsir! J'ai connu votre soif, votre faim, Vos passions de l'me et vos brlants thtres; Mais l'incendie altier et mortel s'est teint; Nous sommes prsent, mon coeur et le destin, Comme deux ennemis qui, s'estimant enfin, Cessent de se combattre... BENISSEZ CETTE NUIT... Bnissez cette nuit alanguie et biblique, Prtresse du coteau, | 60 | gutenberg |
twg_000012926837 | palme mlancolique! Car voici le berger dont mon rve est hant... --Cher ptre, accepte enfin la douce volupt. Quelle frayeur dj te plit et t'oppresse? Mon amour, montre-toi doux envers la caresse. Si tu veux, sois absent, tranger, endormi; Ferme tes calmes yeux, davantage, demi; Ferme tes yeux, afin que cette neuve aurore, Que les tendres baisers dans l'esprit font | 60 | gutenberg |
twg_000012926838 | clore, Se lve lentement sous tes cils abaisss, Sans que ton innocent orgueil en soit bless! Qu'aimais-tu dans ta vie adolescente et frache? La course dans les prs, le mol parfum des pches, Le transparent sommeil l'ombre du bouleau, Le rire des flots bleus dans les vives calanques? Mais l'amour est un fruit plus vivant et plus beau, Tout compos | 60 | gutenberg |
twg_000012926839 | de pulpe et d'me, o rien ne manque... Quitte cet air craintif, ce regard ddaigneux, C'est l'immortel plaisir qui rira dans tes yeux, Ainsi que l'alos brise sa sombre corce, Quand tu seras pareil, perdant ta faible force, A ces jeunes guerriers, orgueilleux et mourants, Qui gagnaient la bataille ardente en succombant... Hlas! ta douce main dans mes mains se | 60 | gutenberg |
twg_000012926840 | dbat; Ecoute, rien ne peut s'expliquer ici-bas. Pourquoi ce ciel d't, ces calmes rveries Du peuplier, debout sur la frache prairie, Qui semble tudier, mage silencieux, Les nuages qui sont le mouvement des cieux? Pourquoi cet abondant murmure des fontaines, Ces sureaux engourdis par leur suave haleine, Ces carillons lgers, s'envolant des couvents, Comme un pommier mystique effeuill par le | 60 | gutenberg |
twg_000012926841 | vent?... Ah! ces nobles langueurs que jamais rien n'exprime, Ces silences, combls de promesses sublimes, Le soir, cette fume aux toits bleus des hameaux, Ces rves des bergers, jouant du chalumeau Tandis que les brebis, dans la valle herbeuse, Ont le robuste clat d'une plante laineuse, Ces bonheurs du matin juvnile, o le corps Rejoint l'ternit en dpassant la mort, | 60 | gutenberg |
twg_000012926842 | Ces besoins perdus de piti ou de rage, Ces soleils, embrasant de muets paysages, Tu les possderas comme un raisin qu'on mord, Dans le bonheur gisant qui ressemble la mort! Ainsi sois bienveillant, doux envers la caresse; Console, et, si tu peux, abolis ma tendresse. Je meurs d'une suave et vaste vision: J'aime en toi l'infini avec prcision; Pour cacher | 60 | gutenberg |
twg_000012926843 | mon ardeur aux regards des toiles, Cher ptre, tends sur moi tes deux mains comme un voile. Vois, je serai, mes bras presss tes cts, Comme un fleuve immortel enserrant la cit. Mais ton front est svre et ta voix est confuse; Va-t'en, dj le jour lance ses clarts. J'entends dans les taillis tourner le vol des buses; Les marchands, | 60 | gutenberg |
twg_000012926844 | au lointain, jettent leurs cris flts. Voici l'ne, porteur de fruits; craignons la ruse Du matre qui le suit. Va-t'en de ce ct... Ah! faut-il que mon coeur en vain s'lance et s'use, Et que ce bonheur soit en toi, qui le refuses! Je t'aime et je voulais en t'aimant m'appauvrir. Ah! comme le dsir souhaite de mourir!... TOUT SEMBLE | 60 | gutenberg |
twg_000012926845 | LIBERE... Je regarde la nuit. Tout semble libr, L'esclavage du jour a dtendu ses chaines. Au bas d'un noir coteau, par la lune nacr, Un train lance des jets de sanglots effars; Les parfums, emmls l'un l'autre, s'entrainent. Malgr l'infinit des temps incorpors, Chaque nuit est intacte, hospitalire et neuve. J'entends le sifflement d'un bateau sur le fleuve. L'horloge d'un | 60 | gutenberg |
twg_000012926846 | couvent, dans l'espace attentif, Fait tinter douze coups insistants et plaintifs; Les parfums, dilats, sur les brises tressaillent; D'un exaltant dpart l'air est soudain empli. De secrtes rumeurs circulent et m'assaillent... --Hlas! tendres appels, o voulez-vous que j'aille? O mne le dsir? Quel rve s'accomplit? Cessez de me hler, voix des divins minuits! Je reste; j'ai tout vu dfaillir: je | 60 | gutenberg |
twg_000012926847 | n'espre Que la paix de ne plus rien vouloir sur la terre. Je suis un compagnon harass par le sort, Et qui descend, courb, la pente de la mort... LES SOLDATS SUR LA ROUTE... Les soldats sur la route avaient pass: les cuivres Rsonnaient, semblait-il, contre l'or du soleil. C'tait l'heure o le jour est l'adieu pareil, Et quitte un | 60 | gutenberg |
twg_000012926848 | monde en pleurs qui ne peut pas le suivre. Nous coutions le chant emport des clairons, Cet appel la mort exaltait mieux que vivre; Et nous tions tous deux demi-las, demi-ivres Du bruit d'ailes que fait la guerre sur les fronts! Que voulais-tu? Quel mont, quel sommet, quelle tombe T'attirait? Quel souhait de mourir avais-tu? Je vis bien ton effort | 60 | gutenberg |
twg_000012926849 | douloureux et ttu Pour fuir l'amour humain o toute me retombe. Et je sentis alors les forces de mon coeur Te rejoindre en un lieu plus grave que la joie, Plein de vent, de fume et d'clairs, o s'ploie L'archange des combats, sans fatigue et sans peur. Mon amour transform dlaissait ton visage Par qui tout est pour moi raison, | 60 | gutenberg |
twg_000012926850 | paix, vrit; Et comme un fin rayon ml ma clart Je t'emportais dans un mystique paysage... --Mais la tideur du soir, les doux champs inclins, La splendide et rveuse impuissance des mes Dans mon coeur exalt faisaient plier les flammes, Comme un feu champtre est par le vent rfrn. Un ple tang dormait au cercle troit des saules, Les collines | 60 | gutenberg |
twg_000012926851 | versaient le bl mr comme un lait: Tes yeux o le dsir naissait et se voilait Avaient l'azur aigu et condens des ples. Nous coutions bruire, au bord des bois sans fond, Les cris pars, confus des geais, des pies-griches, Le murmure inquiet et suspendu que font Les pas ronds des chevreuils froissant des feuilles sches. La tristesse d'aimer sous | 60 | gutenberg |
twg_000012926852 | les cieux s'talait, Non faible, mais robuste, apaise, acceptante; Et je posais sur toi, chre me humble et tentante, Mes yeux o le pouvoir humain s'accumulait. Et lentement je vis dans tes yeux apparatre Le poison de mon rve, en ton me inject. Les clairons s'loignaient dans la brume champtre, De tout l'or du soir, seul mon coeur t'tait rest. | 60 | gutenberg |
twg_000012926853 | Je consolais en toi ton destin, irrit De n'tre pas la cible o tout frappe et pntre Pour quelque vague, immense, pre immortalit... --Mais que peut-on, hlas! un tre pour l'autre tre, En dehors de la volupt? LA TEMPTE La passion n'est que le pressentiment de la volupt. LUCRCE. A qui m'adresserai-je en ces jours misrables O, le coeur submerg | 60 | gutenberg |
twg_000012926854 | par un puissant dgot, J'entends autour de moi l'hallucinant remous D'une nergique voix qu'on sent infatigable? Elle dit, cette voix: Je suis la volupt; Comme fit le pass, l'avenir me consulte; Aux heures de repos pensif ou de tumulte C'est par moi que le coeur croit l'ternit! Un homme est orgueilleux quand il a du courage, Mais on ne peut | 60 | gutenberg |
twg_000012926855 | pas tre hroque avec moi. Les vaisseaux, les chemins, les rves, les voyages Amnent l'univers suppliant sous ma loi. Je rgne sur l'active et chancelante vie Comme un tigre onduleux, aux prunelles ravies; L'Orient dilat, engourdi, haletant, Tressaille dans mes bras, cadavre palpitant! Parfois, sous le climat brumeux des cathdrales, Je semble m'assoupir pendant vos longs hivers, Mais je jaillis | 60 | gutenberg |
twg_000012926856 | soudain, parse et triomphale, Du cri d'un maigre oiseau sur un glantier vert! En vain les repentants, les rveurs, les asctes S'enferment au dsert comme des emmurs, Je m'attache leur plaie ardente et satisfaite, Car je suis la douleur, plaisir transfigur! Lorsque devant l'autel flamboyant, les mystiques Essayent d'carter mon fantme jaloux, Je fais pleuvoir sur eux l'orage des musiques | 60 | gutenberg |
twg_000012926857 | Qui trompe leur prudence, et dit: Je vous absous. Je mens quand je me tais, je mens quand je protge, Partout o sont des corps, partout o sont des coeurs J'lance hardiment mon fourmillant cortge, Et le monde est empli de ma suave odeur. Quand les adolescents ou les amants austres Esprent me bannir de leurs sublimes voeux, J'attaque lentement | 60 | gutenberg |
twg_000012926858 | leur citadelle altire, Et comme un chaud venin je me rpands en eux; Ceux qui me sont vous ont de vagues prunelles O le danger projette un invincible attrait. Comme un ciel enfivr, sillonn par des ailes, Ces vacillants regards ont de mouvants secrets... Alors, moi qui sais bien que cette voix funeste Proclame la puissante et triste vrit, Je | 60 | gutenberg |
twg_000012926859 | demande, mon Dieu, quel combat et quel geste Eloignent des humains l'pre fatalit. --Seigneur, si la piti, la charit, l'extase, Si le stoque effort, si l'entrain mourir, Si la Nature, enfin, n'est jamais que ce vase D'o toujours le dsir tnbreux peut jaillir, Si c'est toujours l'amour anxieux qui s'exhale Des actives cits, des mers et de l'azur, Si les | 60 | gutenberg |
twg_000012926860 | astres ne sont, dlirantes vestales, Que des lampes d'amour au bord d'un temple impur, Si vous n'avez toujours, invincible Nature, Que le cruel souhait de vous perptuer, Si vous n'aimez en nous que la race future Qui fait natre sans fin les vivants des tus, Si la guerre, la paix, le grand lan des foules, La ronde agreste avec les | 60 | gutenberg |
twg_000012926861 | chansons du hautbois, Les arbres et leurs nids, l'ocan et ses houles, Et la tranquille odeur de l'hiver dans les bois, Ne sont toujours que vous, tnbreuse tempte, Solitaire torture ou frisson propag, Obstacle que rencontre une me qui halette Vers l'amour absolu, innocent et lger, Si l'hrosme mme, et son ardeur secrte, Ne sont pour les humains pudiques et | 60 | gutenberg |
twg_000012926862 | hardis Que l'espoir d'tre exclus de votre impure fte, Et l'honneur d'chapper votre joug maudit, Laissez-moi m'en aller vers les froides tnbres O l'accueillante mort nous laisse reposer, Et qu'enfin je me mle ces restes funbres Qu'une sublime horreur prserve du baiser! LA NUE EST RADIEUSE... La nue est radieuse, et sa splendeur inerte Etale un mol azur plein de | 60 | gutenberg |
twg_000012926863 | frache langueur. On voit glisser sur l'eau une pniche verte O trane un filet de pcheur. La lumire d'argent assaille le feuillage Avec une fureur de foudre et de frelons; Et puis midi s'enfuit, et le doux paysage Mdite dans la paix d'un soir limpide et long. De blancs oiseaux, poss comme une ronde cume, Dvalent mollement sur le lac | 60 | gutenberg |
twg_000012926864 | aplani. Septembre est un volcan qui flamboie et qui fume Dans un ondoiement infini! Les abeilles, tournant parmi d'pais aromes, Font un remous de chants et de suavit. On voit, sur les chemins, s'loigner le fantme De l't lourd de volupt... Et pourtant, mon coeur, cette paix onctueuse Qui t'environne et veut tendrement t'envahir, S'tend comme un dsert aux vagues | 60 | gutenberg |
twg_000012926865 | sablonneuses, Autour de ton triste dsir! Tu te sens tranger parmi cette indolence, Tu ne reconnais rien dans ce calme sommeil; Et ton sort fait un poids obscur dans la balance O monte un placide soleil... Les feuillages, les flots, la rive romanesque, La barque qui descend comme un bouquet sur l'eau, Les montagnes, au loin peintes comme des fresques, | 60 | gutenberg |
twg_000012926866 | La fume aux toits des hameaux, Ne te captivent plus, car la vie irrite A, depuis ton enfance, arrach tes abris, Et ton pass tragique est une eau dmonte O des navires ont pri. --Hlas, triste coeur, marin des rafales, Vous si brave parmi la nuit et l'ocan, Comment goteriez-vous la douceur qui s'exhale De ce soir sans douleur, qui | 60 | gutenberg |
twg_000012926867 | ressemble au nant? LA PASSION Lorsque, semblable au vent qui flagelle les monts, Notre esprit plein d'ardeur indomptable et sublime, Bondit soudain plus haut que d'invisibles cimes, Et descend jusqu'aux pieds de ceux que nous aimons; Quand un front nous parat si chaud dans les tnbres, Qu'enivrs des rayons qui nous viennent de lui, Nous pourrions jamais, loin du jour | 60 | gutenberg |
twg_000012926868 | qui reluit, Vivre contents parmi des tentures funbres, Nous ne pouvons pas croire ces calmes moments, A ces froids lendemains, monotones, paisibles, Qui reviennent toujours, d'une marche insensible, Recouvrir la douleur et les emportements. Non, nous ne voulons pas, ayant t la flamme Dont le sommet s'arrache et vole vers le ciel, Cesser d'tre le lieu du sacre essentiel Qui, | 60 | gutenberg |
twg_000012926869 | d'un corps foudroy, fait une plus grande me. Nous voulons demeurer ce Dieu crucifi, A qui, sous un ciel bas, les avenirs rpondent, Et qui, les pieds saignants et pendants sur les mondes, A quelque immense espoir s'est pourtant confi! Non, nous ne voulons pas renoncer ces heures O, chargs de transmettre et goter l'infini, Nous sommes l'inconnu, transfigur, bni, | 60 | gutenberg |
twg_000012926870 | Par qui la race parse et future demeure... --Que tout vous soit soumis, divine passion, Prenez les dieux, les morts, les vertus, les victoires, Les instants radieux ou blesss de l'histoire, Pour btir jusqu'aux cieux vos rclamations! Passion qu'un orchestre invisible accompagne, O, fondu comme l'or bouillant dans les enfers, Le coeur liquide et chaud dans un autre se perd, | 60 | gutenberg |
twg_000012926871 | Comme l'eau du printemps s'arrache des montagnes. Candide passion, dont l'unique remords Est de ne pas tuer ceux que tu favorises, Quand l'immobile ardeur et les yeux qui se brisent Ont fait se ressembler le dsir et la mort... Mais l'antique Nature, indolente et lasse, Rveuse sans vigueur dont nous sommes issus, A chaque instant dfait l'tincelant tissu Que nos | 60 | gutenberg |
twg_000012926872 | mains suspendaient sa gorge glace. Et l'on vit rsistant, rvolt, gravissant L'chelle imaginaire o frmissent les anges, Et toujours la Nature, indcise, mlange Sa brume hostile et froide la splendeur du sang. Et l'on s'efforce en vain, jusqu' ce que, malade, Redoutant sa ranon, craintif, irrsolu, Le pauvre espoir humain, enfin, ne puisse plus Tenter fidlement l'intrpide escalade! Et c'est | 60 | gutenberg |
twg_000012926873 | sans doute ainsi qu'un jour plus morne encor, A l'heure o dans la nuit l'aube terne se lve, Sans dsir, sans amour, sans rvolte et sans rve, Les corps dsabuss consentent la mort... JE NE PUIS PAS COMPRENDRE... Je ne puis pas comprendre encor que tu sois n, Tous les jours je contemple, avec les sens de l'me, Dans l'infini | 60 | gutenberg |
twg_000012926874 | des mois, cet instant fortun O ta vie la vie a rattach sa flamme! Mon coeur est plus brlant que l'air sous l'Equateur; Je quitte un froid dsert o j'errai dans les sables; Je ne sais pas comment ce pass lamentable Est devenu lumire, est devenu chaleur! L'huile d'or du soleil sur les mers levantines, Les astres fourmillant dans les | 60 | gutenberg |
twg_000012926875 | grottes des cieux, La fougue des vaisseaux sur les vagues marines Sont rflchis pour moi dans chacun de tes yeux. Je respire, mon front contre tes genoux frles, A l'ombre de ta bouche aux rivages vermeils; Et mon coeur se dissout vers tes chaudes prunelles, Comme un ptre tendu, hum par le soleil! L'amour que le matin a pour toutes | 60 | gutenberg |
twg_000012926876 | les choses Lorsqu'il comble d'azur le torrent, les glaeuls, Le chanvre, les osiers, les goyaves, les roses, Mon coeur plus chaud que lui le rpand sur toi seul! Quand je te vois, quand tu me parles ou me touches, Je suis comme un mourant de soif dans le dsert, Qui verrait l'eau du puits monter jusqu' sa bouche, Et le | 60 | gutenberg |
twg_000012926877 | fruit du manguier s'incliner sur les airs. Je suis ton centre exact, immuable et mobile, Tes deux pieds, nuit et jour, sont poss sur mon coeur, Comme le clair soleil pend au-dessus des villes Et dcoche aux toits bleus ses flches de chaleur. Toute bont du monde est en toi dpose; Je n'imagine rien que ne puisse gurir Le rire | 60 | gutenberg |
twg_000012926878 | de ta bouche et sa tide rose, O visage par qui je peux vivre et mourir! TENDRESSE J'coute prs de toi la musique, et je vois Ta bouche et ton regard respirer la fois; Nous sentons notre vie abonder cte cte: Ce que la destine apporte ou ce qu'elle te Ne peut plus nous toucher; nous sommes accomplis Comme deux | 60 | gutenberg |
twg_000012926879 | morts anciens dans l'ombre ensevelis, Et qui, rigides, font un infini voyage... Il me suffit de voir scintiller ton visage Pour dguster la paix du milieu de l't. --Dsir immacul, passion innocente: T'absorber par le coeur, sans que le corps ressente Aucune humaine volupt! LE MONDE INTERIEUR Car l'exceptionnel, voil ta tche... NIETZSCHE. Il est des jours encor, o, malgr | 60 | gutenberg |
twg_000012926880 | la sagesse, Malgr le voeu prudent de rtrcir mon coeur, Je m'lance, l'esprit gonfl de hardiesse, Dans l'attirant espace inond de bonheur! Je regarde au lointain les arbres, les verdures Retenir le soleil ou le laisser couler, Et former ces aspects de calme ou d'aventures Qui bercent le dsir sur un branchage ail! Mais quand je tente encor ces clestes | 60 | gutenberg |
twg_000012926881 | conqutes, Cette ivre invasion dans le divin azur, J'entends de toutes parts la nature inquite, Me dire: Tu n'as plus ton vol puissant et sr. Tu es sans foi; va-t'en vers les corps, vers les mes, Rien de nous ne peut plus se mler ton coeur. Tu n'es plus cette enfant, libre comme la flamme, Qui montait comme un jet | 60 | gutenberg |
twg_000012926882 | de bourgeons et d'odeurs! Nous fmes ta maison, ta paix et ton refuge, Tu n'avais pas, alors, connu le mal humain, Mais tes pleurs effrns, plus forts que le dluge, Ont dtruit nos moissons et troubl nos chemins. Nous ne serions pour toi qu'un dcor taciturne Qui te fut sans secours dans d'insignes douleurs; Fuis l'aube vaporeuse et l'toile nocturne, | 60 | gutenberg |
twg_000012926883 | Ton dsir s'est vou au monde intrieur! L'aurore, les matins, les brises, les feuillages, Les cieux, frais et bombs comme un clotre vivant, Les cieux qui, mme alors que l't les ravage, Contiennent la splendeur immobile des vents, Tu les verras au bord des visages qui rvent, O la pleur ressemble des soleils couchants, Au fond des yeux, tremblants comme | 60 | gutenberg |
twg_000012926884 | un lac o se lve L'orchestre des flots bleus, des rames et des chants! Tu les recueilleras au creux des mains ouvertes O coule en fusion l'or de la volupt, Il n'est pas d'autre azur, ni d'autres forts vertes Que ces embrasements plus fauves que l't! L'amour qui me ressemble et qui n'a pas de rives Te rendra ces transports, | 60 | gutenberg |
twg_000012926885 | ces transes, ces clarts, Ces changeantes saisons, riantes ou plaintives, Qui t'avaient attache notre immensit. --Et je me sens alors hors du monde, infidle, Etrangre aux splendeurs des prs dlicieux, O le feuillage uni et nuanc rappelle La multiplicit du regard dans les yeux. Et je reviens vous, ardente et monastique, O Mditation, Archange audacieux, Ville haute et sans borne, | 60 | gutenberg |
twg_000012926886 | parse et sans portique, O mon coeur violent a le pouvoir de Dieu!... JE NE ME REJOUIS DE RIEN... Je ne me rjouis de rien, j'ai trop longtemps Attendu le bonheur qu'enfin ton coeur me donne; Je ne sais, quand la joie enfin sur moi s'tend, Si je te remercie ou si je te pardonne... J'ai gard la fatigue et | 60 | gutenberg |
twg_000012926887 | la stoque peur Du messager antique, entreprenant sa course Sans savoir s'il mourra de soif ou de chaleur Avant de rencontrer le platane ou la source. --Et maintenant ton coeur s'est entr'ouvert au mien, Tu m'aimes! Mais il n'est plus temps qu'on me dlivre. Je porte un vague amour, plus grave et plus ancien, Qui t'avait prcd, et ne peut | 60 | gutenberg |
twg_000012926888 | pas te suivre... DESTIN IMPREVISIBLE Destin imprvisible, obscur dispensateur, Qui rpandez l'amour et les maux dans l'espace, J'tais comme un chevreuil puis par la chasse, Et pourtant je voulais goter ce bonheur! Sachant ce qu'il en cote et ce qu'il faut qu'on souffre Quand la pauvre me peine effleure le plaisir, Je rdais cependant sur le bord de ce gouffre, | 60 | gutenberg |
twg_000012926889 | L'esprit boulevers par l'immortel dsir. Plus chaud qu'une fort o l'incendie avance, L'Eros impitoyable appuyait sur mes yeux Ses regards dbordants, fermes, audacieux, Qui semblent rvler le monde et la science. Mais, Destin profond, matre des fronts brlants, Vous n'avez pas permis l'ineffable aventure, Peut-tre vouliez-vous m'pargner la torture Dont tout humaine joie est le commencement. Je vous entends, Destin, | 60 | gutenberg |
twg_000012926890 | j'irai, paisible et lasse, Sans le fol tremblement qui soulevait mon coeur. Et c'est un tmoignage infini de vos grces Que dj vous m'ayez refus le bonheur... COMME LE TEMPS EST COURT... Comme le temps est court qu'on passe sur la terre Si peu de matins vifs, Si peu de rverie heureuse et solitaire Dans des jardins nafs; Si peu | 60 | gutenberg |
twg_000012926891 | de la jeunesse, et si peu de surprise, De beaux jeux excitants, Comme le premier soir o l'on a vu Venise, O l'on entend Tristan! Hlas! ne pouvoir dire au temps fougueux d'attendre, Ne me dtruisez pas! Les autres qui viendront ne seront pas plus tendres, N'ont pas de plus doux bras. Elles ne diront rien que ma voix, avant | 60 | gutenberg |
twg_000012926892 | elles, N'ait chaudement trac; Qu'importent leurs chansons de douces tourterelles, Leur coeur est dpass! Ah! qu'encor, que toujours je m'unisse mon rve Ail, brusque et brlant, Comme l'ivre Lda s'abat et se soulve Prs de son cygne blanc! --Mais vous serez dissous, coeur clatant et sombre, Vous serez l'herbe et l'eau, Et vos humains chris n'entendront plus dans l'ombre Votre | 60 | gutenberg |
twg_000012926893 | ternel sanglot... VOUS EMPLISSEZ MA VIE Nous ne serons jamais une seule momie Sous l'antique dsert et les palmiers heureux... MALLARME. Vous emplissez ma vie et vous tes ailleurs, Votre esprit loin du mien voit se lever l'aurore; Vous tes tout ml au monde extrieur, Quand je ne l'entends plus, votre voix parle encore. Mon coeur votre coeur toujours communicant, | 60 | gutenberg |
twg_000012926894 | Se reprsente avec un dvorant dlice Le pain qui vous nourrit, l'eau vous dsaltrant, L'air que vous respirez, et qui seul m'est propice. Mon coeur toujours tendu et prolong vers vous Ressemble par l'effort ces rades marines Qui jettent sur les flots un bras triste et jaloux Vers les dansants vaisseaux qu'entranent les ondines. --Tu vis, et c'est cela ton | 60 | gutenberg |
twg_000012926895 | radieux pch! Je le sens bien, ta vie est la cible clatante Que vise mon angoisse avide et haletante; Je rve d'un dsert o ton doux front, pench, Souffrirait avec moi la soif et la famine... --O mon cher diamant, je suis la sombre mine Qui souhaite garder ton noble clat cach! Est-ce donc pour mourir que je t'ai recherch? | 60 | gutenberg |
twg_000012926896 | AINSI LES JOURS ONT FUI... Ainsi les jours ont fui sans que mes yeux les comptent; Je n'ai pas vu passer les mois et les saisons; Je cherchais seulement si l'anne assez prompte Apporterait un peu de calme ma raison. J'ai, sous le ciel sans joie, attendu sans faiblesse Qu'un ocan d'amour se desscht sur moi; Je ne pouvais prvoir | 60 | gutenberg |
twg_000012926897 | quelle heure s'abaisse Le soleil effrayant des douloureux mois. Enfant, j'avais lutt contre les destines Avec l'lan du flux et du reflux des mers; Mais une me trop lasse est surtout tonne: Je ne m'vadais pas de cet anneau de fer. --J'ai su que rien ici n'est donn nous-mme, Qu'on est un mendiant du jour o l'on est n, Que | 60 | gutenberg |
twg_000012926898 | la soif se gurit sur les lvres qu'on aime, Que notre coeur ne bat qu'en un corps loign. J'ai construit jusqu'aux cieux la tour de ma dtresse, N'interrompant jamais cet puisant labeur; Il reluit de dsirs, il brle de caresses, Et les vitraux sont faits du cristal de mes pleurs; Et maintenant, debout sous l'azur qui m'coute, Je vois, dans | 60 | gutenberg |
twg_000012926899 | un triomphe l'aurore pareil, Ma fconde douleur se dresser sur ma route Comme un haut monument baign par le soleil. Et je suis aujourd'hui, au centre de ma tche, Une contre o luit un ternel t; Et pour ceux qui sont las, dsesprs ou lches, Une eau pleine d'amour, de force et de gat; Seul le dme des nuits, funbre | 60 | gutenberg |
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