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Destitué de son commandement par le parti démocratique (Xénophon, Helléniques, I, 1,27), il se réfugia à Sparte, au dire de Diodore, puis auprès de Pharnabaze
Il essaya ensuite de rentrer de force à Syracuse, mais il fut tué dans sa tentative (cf
Diodore, XIII, 18-19, 34, 38, 63 et Plutarque, Nicias, 26, 540 et 27, 541)
On voit par ce court résumé de sa carrière qu’Hermocrate était tout à fait désigné par son intelligence et son expérience politique et militaire pour apprécier la constitution de Socrate et montrer les applications qu’on pouvait en faire à l’humanité
Que Platon l’ait choisi, bien qu’il fût ennemi d’Athènes, il ne faut pas s’en étonner
Il se tient au-dessus de la mêlée et fait place dans ses ouvrages aux Grecs les plus illustres, quelle que soit leur origine
Il est encore question dans le Timée d’un cinquième personnage qu’une indisposition a retenu chez lui
On a conjecturé que c’était un étranger, parce que c’est à un étranger, Timée, que Socrate s’adresse pour savoir la raison de son absence
C’est tout ce qu’on peut dire de cet inconnu
LA TRILOGIE DU « TIMÉE », DU « CRITIAS », DE « L’HERMOCRATE »
Après avoir retracé les traits essentiels de sa constitution, Socrate demande aux trois personnages qui l’ont écouté la veille d’apprécier et de compléter ce qu’il a dit
Tous les trois sont qualifiés par leur science et leur expérience des affaires pour juger de ce qu’il y a de réalisable dans les idées de Socrate et pour proposer à leur tour les réformes propres à améliorer la société actuelle
Critias répond le premier
Il montre, par le mythe de l’Atlantide, que la constitution de Socrate est réalisable, puisqu’elle a déjà été réalisée à Athènes dans le passé
Mais, avant de développer ce qu’était cette constitution athénienne d’il y a neuf mille ans, il cède la parole à Timée
Pour faire voir ce que doit être l’homme, s’il veut remplir sa destinée, Timée remonte à la formation de l’univers
C’est sur l’ordre et l’harmonie de l’univers que l’homme doit se modeler pour atteindre le bonheur et la vertu
Dans la République, Socrate avait montré la correspondance qui existe entre l’État et l’individu
Timée, remontant plus haut, montre la correspondance qui existe entre l’âme du monde et l’âme de l’homme, entre le macrocosme et le microcosme
Quelles sont les conséquences qui en résultent pour la formation des sociétés humaines, le savant astronome qu’est Timée ne les a pas indiquées et s’est arrêté à la formation de l’homme
Critias prend la parole après lui et revient au mythe de l’Atlantide
Après avoir exposé la constitution politique des Athéniens de jadis et décrit leur pays et leur ville, il dépeint la civilisation des Atlantes et leur bonheur, tant qu’ils restèrent fidèles à la justice
Mais le jour vint où ils abandonnèrent la vertu de leurs ancêtres
Zeus, résolu de les châtier, assembla les dieux et leur dit : L’ouvrage finit à ces derniers mots
Le reste devait être le récit de la guerre, contre les Atlantes, dont Athènes sortit victorieuse
Ainsi la trilogie projetée par Platon n’a été exécutée qu’à moitié
Il avait déjà laissé inachevée la trilogie du Sophiste, du Politique et du Philosophe
Quel sujet comptait-il mettre dans la bouche d’Hermocrate ? On a fait à ce propos bien des suppositions
Peut-être voulait-il charger Hermocrate de proposer une constitution idéale en rapport avec l’exposition de Timée, et comme Critias avait dépeint la cité parfaite dans le passé, Hermocrate aurait dépeint la cité idéale des temps futurs
Dès l’antiquité on a supposé que Platon avait abandonné sa trilogie à mi-chemin, pour composer les Lois et que c’est dans les huit derniers livres des Lois qu’il faut chercher ce qu’Hermocrate devait dire
La supposition est vraisemblable
LES DATES DE L’ENTRETIEN ET DE LA COMPOSITION
À quelle époque faut-il placer l’entretien ? Si Hermocrate est jamais venu à Athènes pour assister à la fête des Panathénées, c’est probablement entre la paix de Nicias (421) et l’expédition de Sicile (415)
C’est donc dans cet intervalle que Platon a dû réunir à Athènes les interlocuteurs du Timée, si tant est qu’il se soit préoccupé en cela de la vraisemblance
Quant à la date de la composition, on pense généralement que le Timée et le Critias sont postérieurs à tous les autres dialogues, sauf les Lois, qui sont le dernier ouvrage de Platon
Les particularités du vocabulaire et du style patiemment étudiées rendent cette date à peu près certaine, mais elle est élastique, et nous n’avons aucune indication qui nous permette de préciser davantage et de fixer l’année, même approximativement, où ces dialogues furent composés
LES TRADUCTIONS ET LES COMMENTAIRES
Le Timée, assez rarement édité auparavant, a été souvent édité, traduit et commenté de nos jours
L’Allemand Boeckh, dont la science et la pénétration ont éclairci tant de problèmes relatifs à l’antiquité, a donné le premier, au commencement du XIXe siècle, une explication satisfaisante des proportions géométriques de l’âme du monde
Mais l’ouvrage capital sur le Timée, ce sont les Études d’Henri Martin (1841)
Elles se composent du texte, de la traduction et de commentaires où il éclaircit toutes les questions de mathématiques, d’astronomie, de musique, de biologie, etc
Zeller, Dupuis, Archer-Hind (édition anglaise), Fraccaroli (éd
italienne) ont complété les commentaires de Martin
En ces derniers temps, Apelt a donné une traduction du Timée, Rivaud a publié dans la collection Budé une savante édition du texte avec une traduction originale et une notice magistrale
Puis ont paru successivement trois traductions anglaises, en 1929 l’élégante traduction de Taylor qu’avait précédée un savant Commentaire sur le Timée ; la même année une traduction très précise de Bury, et en 1937 la traduction aussi exacte qu’élégante de Cornford, accompagnée d’un commentaire qui suit le texte paragraphe par paragraphe
Nous avons mis à profit ces ouvrages dans notre traduction
Pour le texte, nous avons suivi celui de Rivaud dans la collection Budé
Timée Personnages du dialogue Socrate, Timée, Hermocrate, Critias
SOCRATE I
– Un, deux, trois
Mais le quatrième de ceux qui ont été mes hôtes hier et qui me régalent aujourd’hui, où est-il, ami Timée ? TIMÉE Il a dû se trouver indisposé, Socrate ; car il n’aurait pas manqué volontairement cette réunion
SOCRATE C’est donc à toi et à ces messieurs de tenir aussi la partie de l’absent
TIMÉE Certainement ; nous n’y manquerons pas et nous ferons de notre mieux ; car il ne serait pas juste qu’après l’accueil si honnête que tu nous as fait hier, ceux de nous qui restent n’aient pas à cœur de te rendre la politesse
SOCRATE Eh bien, vous rappelez-vous toutes les questions sur lesquelles je vous avais proposé de parler ? TIMÉE En partie, oui
Pour celles que nous aurons oubliées, tu es là pour nous les remettre en mémoire
Ou plutôt, si cela ne t’ennuie pas, repasse-les en revue brièvement à partir du commencement, pour les mieux fixer dans nos esprits
SOCRATE C’est ce que je vais faire
Ce que j’ai dit hier au sujet de l’État revenait en somme à définir quelle est, à mon sentiment, la constitution la plus parfaite et par quels hommes elle doit être appliquée
TIMÉE Et je puis t’assurer, Socrate, que ta constitution nous a plu à tous
SOCRATE N’avons-nous pas commencé par séparer, dans l’État, la classe des laboureurs et de tous les autres artisans de celle des guerriers chargés de le 2 défendre ? TIMÉE Si
SOCRATE N’avons-nous pas assigné à chacun une seule profession en rapport avec sa nature, et un seul art, et n’avons-nous pas dit que ceux qui sont chargés de combattre pour tous ne doivent pas avoir d’autre fonction que de garder la cité contre ceux du dehors ou du dedans qui voudraient lui faire du mal, et qu’ils doivent rendre la justice avec douceur à ceux qu’ils gouvernent, parce qu’ils sont leurs amis naturels, et traiter sans pitié les ennemis qui leur 3 tombent sous la main dans les batailles ? TIMÉE Certainement
SOCRATE Aussi disions-nous que les gardiens doivent avoir une nature, à mon avis, éminemment courageuse et philosophe tout à la fois, pour qu’ils puissent, 4 comme il le faut, être doux aux uns, rudes aux autres
TIMÉE Oui
SOCRATE Quant à l’éducation, n’avons-nous pas dit qu’il fallait les élever dans la 5 gymnastique et la musique et dans toutes les sciences qui leur conviennent ? TIMÉE Certainement
SOCRATE Nous avons ajouté que ces gardiens ainsi élevés devaient se persuader qu’ils n’ont en propre ni or, ni argent, ni aucun autre bien, mais que, recevant, à titre d’auxiliaires, de ceux qui sont sous leur protection, un salaire de leur garde, salaire modeste, comme il convient à des hommes tempérants, ils doivent le dépenser en commun et vivre en communauté les uns avec les autres, dans le constant exercice de la vertu, à l’exclusion de toute autre 6 occupation
TIMÉE On l’a dit aussi, et dans ces termes mêmes
SOCRATE En outre, nous avons fait aussi mention des femmes et dit comment il faut mettre leurs natures en harmonie avec celles des hommes et les rendre pareilles, et leur donner à toutes les mêmes occupations qu’aux hommes, et à 7 la guerre et dans toutes les circonstances de la vie
TIMÉE Cela aussi a été dit et de cette façon
SOCRATE Et sur la procréation des enfants ? Il est aisé de se rappeler, vu sa nouveauté, ce que nous en avons dit
Nous avons décidé que toutes les femmes et tous les enfants seraient communs entre tous et nous avons pris des mesures pour que personne ne reconnaisse jamais ses propres enfants, que tous se considèrent comme de la même famille et voient des frères et des sœurs en tous ceux qui se trouvent dans les limites d’âge requises pour cela, des pères et des aïeux dans ceux qui remontent à des générations antérieures, et des enfants et des petits-enfants dans ceux qui appartiennent à des 8 générations postérieures
TIMÉE Oui, et cela est facile à retenir par la raison que tu viens d’en donner
SOCRATE Et, pour obtenir, si possible, des enfants doués dès leur naissance du meilleur naturel, ne nous souvenons-nous pas d’avoir dit que les magistrats de l’un et de l’autre sexe doivent, pour assortir les époux, s’arranger secrètement, en les faisant tirer au sort, pour que les méchants d’un côté et les bons de l’autre soient unis à des femmes qui leur ressemblent, sans que personne leur en veuille pour cela, parce qu’on attribuera ces unions au 9 hasard ? TIMÉE Nous nous en souvenons
SOCRATE N’avons-nous pas dit encore qu’il faudrait élever les enfants des bons et reléguer ceux des méchants dans les autres ordres de l’État, puis les observer sans cesse dans leur croissance, afin de faire revenir ceux qui en seraient dignes et d’envoyer à leur place ceux qui seraient indignes de rester parmi les 10 bons ? TIMÉE C’est exact
SOCRATE Et maintenant n’avons-nous pas, en le reprenant sommairement, repassé ce que nous avons dit hier ? Ou avons-nous encore, cher Timée, à regretter 11 quelque omission ? TIMÉE Non pas, c’est exactement cela que nous avons dit, Socrate
SOCRATE II
– Écoutez maintenant, à propos de l’État que j’ai décrit, quelle sorte de sentiment j’éprouve à son égard
Mon sentiment est à peu près celui d’un homme qui, ayant vu de beaux êtres vivants, soit représentés en peinture, soit réellement en vie, mais en repos, se prendrait à désirer de les voir entrer en mouvement et se livrer aux exercices qui paraissent convenir à leurs corps
Voilà précisément ce que j’éprouve à l’égard de l’État que j’ai dépeint
J’aurais plaisir à entendre raconter que ces luttes que soutient un État, il les affronte contre d’autres États, en marchant noblement au combat et se comportant pendant la guerre d’une manière qui réponde à l’instruction et à l’éducation des citoyens, soit dans l’action sur les champs de bataille, soit dans les négociations avec les autres États
Or sur ce terrain, Critias et Hermocrate, je me rends bien compte que je ne serai jamais capable de louer dignement de tels hommes et une telle république
Et pour ce qui est de moi, il n’y a pas là de quoi s’étonner ; mais je m’imagine qu’il en est de même des poètes, aussi bien de ceux d’aujourd’hui que de ceux d’autrefois
Ce n’est pas que je méprise le moins du monde la race des poètes ; mais il saute aux yeux que la tribu des imitateurs imitera très aisément et fort bien les choses au milieu desquelles elle a été élevée, et que ce qui est étranger à l’éducation qu’ils ont reçue est difficile à bien imiter par des actions, plus difficile encore par des discours
Quant à l’espèce des sophistes, je la tiens pour très experte en plusieurs sortes de discours et en d’autres belles choses, mais j’ai peur qu’errant comme ils le font de ville en ville et n’ayant nulle part de domicile à eux, ils ne soient hors d’état de comprendre tout ce que font et disent des hommes à la fois philosophes et politiques, qui payent de leur personne à la guerre et dans les combats et discutent les affaires avec tout monde
Reste l’espèce des gens comme vous, qui, par leur naturel et leur éducation, tiennent à la fois du philosophe et du politique
Notre ami Timée, par exemple, qui est citoyen de la ville si bien policée de Locres en Italie, et qui dans son pays ne le cède à personne ni pour la fortune ni pour la naissance, a exercé les plus grandes charges et joui des plus grands honneurs dans sa patrie, et il s’est élevé de même au faîte de la philosophie dans toutes ses branches
Quant à Critias, nous savons tous ici qu’il n’est étranger à rien de ce qui nous occupe
Pour Hermocrate, de nombreux témoignages nous forcent à croire qu’il est, de par son naturel et son éducation, à la hauteur de toutes ces questions
C’est en pensant à vos talents qu’hier, quand vous m’avez prié de vous exposer mes vues sur l’État, j’y ai consenti de grand cœur
Je savais que personne ne serait plus capable que vous autres, si vous le vouliez, de poursuivre un pareil propos
Car après avoir engagé la cité dans une guerre honorable, il n’y a que vous parmi les hommes de notre temps qui puissiez achever de lui donner tout ce qui lui convient
Maintenant que j’ai traité la question dont vous m’aviez chargé, je vous prie à mon tour de traiter celle que je vous propose à présent
Après vous être concertés entre vous, vous êtes convenus d’un commun accord de reconnaître mon hospitalité en me rendant discours pour discours
J’ai fait toilette pour recevoir la vôtre et vous m’y voyez tout disposé
HERMOCRATE Sois sûr, Socrate, que, comme l’a dit notre ami Timée, nous y mettrons tout notre empressement et que nous n’alléguerons aucun prétexte pour te refuser
Dès hier même, en sortant d’ici, pour gagner la chambre où nous logeons chez Critias, nous avons, à peine arrivés, et même avant, tout le long de la route, réfléchi à ce que tu demandes
Critias nous a fait alors un récit reposant sur une ancienne tradition
Redis-le-lui, Critias, pour qu’il nous aide à juger si elle répond ou non à ce qu’il requiert de nous
CRITIAS C’est ce qu’il faut faire, si notre troisième compagnon, Timée, est aussi de cet avis
TIMÉE Oui, j’en suis
CRITIAS Écoute donc, Socrate, une histoire à la vérité fort étrange, mais exactement vraie, comme l’a jadis affirmé Solon, le plus sage des sept sages