instruction stringclasses 1 value | input stringlengths 1 13.9k | output stringclasses 1 value |
|---|---|---|
Le
mode de réplétion et d’évacuation est le même que celui qui a donné
naissance à tous les mouvements qui se font dans l’univers et qui portent
chaque substance vers sa propre espèce | ||
Les éléments qui nous environnent
ne cessent de se dissoudre et d’envoyer à chaque espèce de substance ce qui
est de même nature qu’elle | ||
Il en est de même du sang | ||
Quand la perte est
plus grande que l’apport, l’individu dépérit et la vieillesse arrive ; quand elle
est plus petite, il s’accroît | ||
Dans la jeunesse, quand les triangles qui
constituent le corps sont encore neufs, ils maîtrisent ceux qui viennent du
dehors et l’animal grandit, nourri de beaucoup d’éléments semblables aux
siens | ||
Quand l’animal vieillit, les triangles constitutifs ne peuvent plus diviser
et s’assimiler les triangles nourriciers qui entrent ; alors l’animal dépérit | ||
Enfin, lorsque les liens qui tiennent assemblés les triangles de la moelle ne
tiennent plus, c’est la mort | ||
Cette théorie de la respiration, de la circulation, de la nutrition semble fort
embrouillée | ||
Elle diffère d’ailleurs de celles de Démocrite, d’Anaxagore,
d’Empédocle et de l’école hippocratique, et semble être propre à Platon | ||
Elle
confond les voies respiratoires, les voies sanguines et les voies digestives ;
elle ignore la distinction des veines et des artères et les mouvements du cœur | ||
L’auteur du De Respiratione, faussement attribué à Aristote, lui reproche de
placer l’expiration avant l’inspiration | ||
Enfin ce treillis qui traverse le corps
pour y rentrer ensuite est d’une invraisemblance choquante | ||
LES MALADIES DU CORPS | ||
Comment naissent les maladies ? Elles naissent lorsque les quatre
éléments qui composent nos corps sont en excès ou en défaut, lorsqu’ils
prennent une place qui n’est pas la leur, ou lorsque l’un d’eux reçoit en lui
une variété qui ne lui convient pas | ||
C’est seulement lorsque la même chose
s’ajoute à la même chose ou s’en sépare dans le même sens et en due
proportion qu’elle peut, restant identique à elle-même, rester saine et bien
portante | ||
Une seconde classe naît des compositions secondaires, moelle, os,
chairs, nerfs | ||
Quand ces compositions se forment à rebours de l’ordre naturel,
elles engendrent les maladies les plus graves | ||
Alors le sang se corrompt et il
s’y forme des humeurs connues sous le nom commun de bile | ||
Une maladie
grave a lieu, lorsque la densité de la chair ne permet pas à l’os de respirer
suffisamment, que l’os s’effrite dans le suc nourricier, que le suc nourricier
va dans les chairs et que les chairs, tombant dans le sang, aggravent le mal | ||
La pire de toutes les maladies, c’est quand la moelle souffre d’un manque ou
d’un excès d’aliments : alors toute la substance du corps s’écoule à rebours | ||
Une troisième espèce de maladies comprend les maladies dues à l’air, à la
pituite et à la bile | ||
Quand le poumon est obstrué et que l’air pénètre dans la
chair et n’en peut sortir, il s’ensuit deux maladies, le tétanos et
l’opisthotonos | ||
Lorsque l’air qui forme les bulles de la pituite blanche est
intercepté, c’est le mal sacré | ||
La pituite aigre et salée est la source des
maladies catarrhales | ||
Enfin la bile est la cause de toutes les inflammations | ||
LES MALADIES DE L’ÂME | ||
Quant aux maladies de l’âme, elles naissent de nos dispositions
corporelles | ||
Il y a deux sortes de maladies de l’âme : la folie et l’ignorance | ||
Les plaisirs et les douleurs sont les maladies les plus graves, parce qu’elles
nous mettent hors d’état d’écouter la raison | ||
C’est ce qui arrive à l’homme
dont la semence est trop abondante | ||
Mais on a tort de critiquer son
intempérance, comme si les hommes étaient volontairement méchants | ||
Ceux
qui sont méchants, le sont par suite d’une mauvaise disposition du corps et
d’une mauvaise éducation | ||
Par exemple, quand les humeurs de la pituite ne
trouvent pas d’issue pour sortir du corps, elles produisent la morosité et
l’abattement, l’audace ou la lâcheté, l’oubli, la paresse intellectuelle | ||
Comment conserver la santé ? En gardant la proportion entre l’âme et le
corps | ||
Quand l’âme est plus forte que le corps, elle le secoue et le remplit de
maladies ; si c’est le corps qui est le plus fort, il engendre dans l’âme
l’ignorance | ||
Il faut donc exercer à la fois l’âme et le corps, l’une par la
musique et la philosophie ; l’autre par la gymnastique, la promenade, enfin
par les purgations médicales, mais seulement dans les cas d’absolue
nécessité | ||
Mais le premier des devoirs, c’est de rendre la partie qui gouverne
aussi belle et bonne que possible | ||
Comme nous avons trois âmes, il faut
veiller à ce que leurs mouvements soient proportionnés les uns aux autres et
donner à chacune la nourriture et les mouvements qui lui sont propres | ||
L’âme
divine, en particulier, doit se nourrir des pensées de l’univers et des
révolutions circulaires afin de modeler et de corriger d’après elles les pensées
relatives au devenir | ||
CRÉATION DES ANIMAUX | ||
Il ne nous reste plus à traiter que la création des animaux | ||
Les animaux ne
sont autre chose que des hommes châtiés et dégradés | ||
Les hommes lâches et
malfaisants furent changés en femmes à leur seconde incarnation | ||
Ce fut alors
que les dieux créèrent le désir de la génération entre les deux sexes | ||
Les
hommes légers qui discourent des choses d’en haut et s’imaginent que les
preuves les plus solides en cette matière s’obtiennent par le sens de la vue
furent métamorphosés en oiseaux | ||
Les animaux pédestres sont issus des
hommes qui ne prêtent aucune attention à la philosophie et qui n’ont pas
d’yeux pour observer le ciel | ||
Ils appuient leurs quatre pieds sur la terre, parce
qu’ils sont fortement attirés par la terre | ||
Les plus inintelligents, les reptiles,
n’ont même pas de pieds | ||
Enfin la quatrième espèce, l’aquatique, la plus
stupide de toutes, n’a qu’une respiration impure et trouble dans l’eau | ||
C’est
ainsi que les animaux se métamorphosent les uns dans les autres, suivant
qu’ils gagnent ou perdent en intelligence et en stupidité | ||
VALEUR SCIENTIFIQUE DU « TIMÉE » | ||
Qu’un lecteur moderne qui n’est pas initié à la philosophie ancienne
vienne à lire le Timée, il sera saisi d’un étonnement profond | ||
Un monde
composé d’assemblages de triangles, les quatre éléments pris pour des corps
simples qui se transforment les uns dans les autres, une âme triple logée en
trois endroits différents du corps, le foie réfléchissant l’intelligence et
menaçant ou calmant l’âme appétitive, une explication des maladies d’une
fantaisie déconcertante, la métamorphose des hommes en femmes et en
animaux de toute sorte, un Dieu qui ne crée pas le monde, mais qui ordonne
un monde coéternel avec lui, qui prend modèle sur des Formes ou êtres
éternels et immuables qui existent en dehors de lui, égales, sinon supérieures
à lui, qui se fait aider dans sa tâche par des dieux subalternes, des astres qui
sont des dieux, des âmes où l’intelligence tourne en cercle comme les astres,
tout cela lui paraîtra extravagant et l’auteur un rêveur en délire | ||
Cependant, ce système du monde est l’œuvre d’un des esprits les plus
profonds et les plus brillants qui aient honoré l’humanité | ||
Il résume toute la
science contemporaine ; car Platon emprunte à toutes mains, aux philosophes,
aux mathématiciens, aux astronomes, aux médecins, aux orphiques, aux
croyances et aux superstitions populaires ; mais il a fondu tous ces emprunts
en un système original, d’après sa propre philosophie | ||
Ce système, en effet,
repose sur la théorie des Formes ou Idées | ||
Ces Idées sont, dans sa pensée, les
seuls êtres réels et les seuls connaissables, parce qu’ils sont éternels et
immuables | ||
Elles forment une hiérarchie dominée par l’Idée du Bien | ||
C’est
sur le modèle des Idées et en vue de réaliser l’Idée du Bien que Dieu a
organisé le monde ; mais la copie est nécessairement imparfaite | ||
Elle est
sujette à un perpétuel changement, où le nombre qui le mesure est la seule
notion fixe que nous puissions en avoir | ||
Les Pythagoriciens faisaient du
nombre le principe des choses | ||
Platon prend comme eux le nombre, exprimé
par des proportions et des figures géométriques pour en faire le fond même
des choses, et, comme le triangle et le cercle sont les figures les plus simples
et les plus parfaites, il compose tous les éléments de triangles et donne à
l’ensemble la forme sphérique | ||
Il accepte d’autre part la doctrine courante de
son temps que l’univers est formé des quatre éléments, terre, eau, air et feu | ||
Il
ne pouvait évidemment devancer son temps et savoir que ces éléments ne
sont pas des corps simples | ||
Mais cette ignorance vicie son explication de
l’univers | ||
Sa méthode ne pouvait d’ailleurs le conduire à la vérité | ||
Si l’on peut
connaître l’univers, ce n’est point la méthode déductive qu’il emploie, c’est
par l’observation, l’expérimentation, l’induction | ||
Il pose en principe dans la
République (III, 529) que les constellations visibles sont bien inférieures aux
constellations vraies, perceptibles seulement par la raison et l’intelligence, et
que c’est de ces constellations invisibles qu’il faut partir pour connaître les
autres | ||
Que peut-on espérer d’une pareille méthode pour la connaissance de
l’astronomie ? C’est pourtant celle qu’il applique dans son exposé de la
formation du monde | ||
Il suppose démontré que le démiurge n’a rien fait qu’en
vue du bien et il voit partout la présence du divin | ||
Or, si nous observons le
monde, au lieu de ces astres qui sont des dieux, nous voyons l’espace infini
rempli de masses de feu d’une chaleur effroyable allumées dans un but qui
nous échappe, des planètes, éclaboussures de ces masses, qui circulent autour
d’elles comme d’inutiles satellites, sur la terre des êtres infimes qui se
détruisent tous les uns les autres, et le meilleur d’entre eux, l’homme, qui naît
avec une foule de vices, qui tue pour sa nourriture ou pour son plaisir tous les
êtres de la terre et qui se détruit lui-même par des guerres insensées, sans
attendre la mort infaillible qui est la plus grande de ses misères | ||
On pourrait
croire que le démiurge qui s’est amusé à construire un pareil monde est un
fou, un assassin affamé de meurtre, en tout cas un esprit méchant | ||
Cependant
Platon ne voit en lui qu’un Dieu juste et bon, et il a été suivi en cela par une
foule de philosophes qui ont déclaré que tout est pour le mieux dans le
meilleur des mondes | ||
C’est que Platon est un idéaliste qui détourne les yeux
du mal pour ne voir que le bien | ||
Cet être chétif qu’est l’homme, sujet à tant
de misères et de vices, s’est fait néanmoins une haute idée de la justice et de
la science : c’est là ce que Platon considère comme divin en lui | ||
C’est le désir
d’établir le règne de la justice parmi les hommes qui a fait de Socrate un
apôtre ; c’est le même désir qui anime Platon et qui a fait de lui, malgré les
erreurs de sa cosmologie et de sa politique, un guide de l’humanité | ||
LES PERSONNAGES DU « TIMÉE » | ||
Les interlocuteurs du Timée sont au nombre de quatre : Socrate, Critias,
Timée et Hermocrate | ||
Socrate ne paraît dans le Timée que pour résumer l’exposé qu’il a fait la
veille sur la meilleure constitution politique et pour tracer le programme des
entretiens qui doivent compléter cet exposé | ||
Critias se charge d’abord de
montrer que la constitution de Socrate s’est trouvée jadis réalisée à Athènes,
neuf mille ans en çà | ||
Ce Critias, petit-fils du Critias qui avait recueilli le récit
de Solon, était fils de Callaischros, lequel était frère de Glaucon, qui fut le
père de Platon | ||
Il était donc l’oncle de Platon à la mode de Bretagne | ||
On sait
le rôle politique qu’il joua après la chute d’Athènes et comment il fut tué à la
bataille du Pirée en 403 | ||
Il passait pour un philosophe, et c’est en cette qualité
qu’il figure dans le Charmide | ||
Homme politique et philosophe, il était donc
qualifié pour donner son avis sur le plan de constitution élaboré par Platon | ||
Nous avons déjà vu que Platon prend habilement soin de rappeler sa noble
origine en faisant place à toute sa parenté dans ses dialogues | ||
Timée de Locres ne nous est connu que par Platon qui nous apprend qu’il
avait rempli des fonctions importantes dans sa patrie et qu’il était savant dans
les sciences de la nature, et particulièrement en astronomie | ||
Parce qu’il était
de Locres et que c’est dans la Grande Grèce que le pythagorisme s’est
développé, on a voulu en faire un pythagoricien | ||
Le Timée de Locres,
ouvrage qui lui a été attribué, est un ouvrage apocryphe, composé sur les
données du Timée de Platon | ||
On a supposé, non sans vraisemblance, qu’il
n’était qu’un prête-nom, dissimulant Platon lui-même | ||
Hermocrate est généralement identifié avec Hermocrate, fils d’Hermon,
qui fut pendant l’expédition de Sicile (415-413) le meilleur conseiller et le
meilleur général des Syracusains | ||
Au témoignage de Thucydide, « il joignait
à l’intelligence la plus rare les plus grands talents militaires et une éclatante
valeur » | ||
Dès avant la guerre, député à l’assemblée de Géla, il avait persuadé
aux Siciliens de mettre fin à leurs querelles et de renvoyer les Athéniens qui
proposaient leur alliance aux ennemis de Syracuse (Thucydide, IV, 58-66) | ||
C’est lui qui releva le courage de ses compatriotes à l’annonce de l’arrivée de
la flotte athénienne (ibid | ||
, VI, 32-35) et qui, après leurs premières défaites,
les consola et les ranima (ibid | ||
, VI, 72-73), leur assura la neutralité de
Camarine (ibid | ||
, VI, 75-80) et les décida, avec l’aide de Gylippe, à livrer une
bataille navale (ibid | ||
, VII, 20) | ||
Après la défaite des Athéniens, il se joignit
aux Spartiates pour combattre les Athéniens dans la mer Égée (ibid | ||
, VIII, 26,
45, 85) |
Subsets and Splits
No community queries yet
The top public SQL queries from the community will appear here once available.