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|---|---|---|
C’est par la combinaison de
ces deux feux se rencontrant sur une surface polie que s’expliquent les
images formées par les miroirs | ||
De tous les présents des dieux, la vue est le
plus précieux : ils nous l’ont fait, afin qu’en contemplant les révolutions de
l’intelligence dans le ciel, nous réglions sur elles les révolutions de notre
propre pensée | ||
L’ouïe et la voix nous ont été données aussi pour la même fin | ||
Jusqu’ici, nous n’avons considéré dans la formation du monde que
l’action de l’intelligence : il faut y ajouter celle de la nécessité ; car la
génération de ce monde est le résultat de l’action combinée de la nécessité et
de l’intelligence | ||
LE LIEU | ||
Reprenons donc notre explication | ||
Nous avons jusqu’à présent distingué
le modèle intelligible et toujours le même, et la copie visible et soumise au
devenir | ||
Il faut y ajouter une troisième espèce, qui est comme le réceptacle et
la nourrice de tout ce qui naît | ||
Les quatre éléments se changent sans cesse
l’un dans l’autre ; mais ce en quoi chacun d’eux naît et apparaît
successivement pour s’évanouir ensuite, c’est quelque chose qui demeure
identique, une forme invisible qui reçoit toutes choses, sans revêtir elle-même
une seule forme semblable à celles qui entrent en elles, et qui participe de
l’intelligible d’une manière fort obscure, saisissable seulement par une sorte
de raison bâtarde | ||
On peut l’appeler le lieu | ||
LES CORPS COMPOSÉS DE TRIANGLES | ||
Avant la formation du monde, tous les éléments étaient secoués au hasard,
mais occupaient déjà des places différentes | ||
Dieu commença par leur donner
une configuration distincte au moyen des idées et des nombres | ||
D’abord il est
évident que le feu, la terre, l’eau et l’air sont des corps | ||
Or les corps ont pour
éléments des triangles d’une infinie petitesse | ||
Ces triangles sont scalènes ou
isocèles | ||
Les scalènes engendrent en se combinant trois solides, la pyramide,
l’octaèdre, l’icosaèdre ; les isocèles un seul, le cube | ||
De ces solides dérivent
les quatre corps élémentaires : le cercle est le germe de la terre, la pyramide
celui du feu, l’octaèdre celui de l’air et l’icosaèdre celui de l’eau | ||
La terre ne
peut pas se transformer en une autre espèce, mais les trois autres éléments le
peuvent | ||
Comment se fait-il que les éléments ne cessent pas de se mouvoir et
de se traverser les uns les autres ? C’est que le circuit de l’univers,
comprenant en lui les diverses espèces, est circulaire et tend naturellement à
revenir sur lui-même | ||
Aussi comprime-t-il tous les corps et il ne permet pas
qu’il reste aucun espace vide, et cette compression pousse les petits corps
dans les intervalles des plus grands et fait que les plus grands forcent les
petits à se combiner, et ainsi tous se déplacent pour gagner la place qui leur
convient | ||
DIVERSES ESPÈCES DE CORPS | ||
Il y a diverses espèces de feu, d’air et d’eau | ||
L’or, le cuivre, le vert-de-
gris sont des variétés d’eau ; la grêle, la glace, la neige en sont d’autres, les
sucs aussi ; le vin, l’huile, le miel, le verjus sont formés de feu et d’eau | ||
La
terre comprimée par l’air forme la pierre, la soude et le sel | ||
LES SENSATIONS | ||
Les différents corps entrant en contact avec le nôtre y font naître des
impressions accompagnées ou non de sensations | ||
L’impression que cause le
feu est quelque chose d’acéré ; car il est tranchant et réduit les corps en
morceaux et par là produit la chaleur | ||
L’impression contraire à celle de la
chaleur vient des liquides qui entourent notre corps et s’efforcent d’y
pénétrer ; ils compriment l’humidité qui est en nous ; celle-ci se défend en se
poussant en sens contraire : de là le frisson et le tremblement | ||
La dureté est la qualité des objets auxquels notre chair cède, et la mollesse
celle de ceux qui cèdent à notre chair | ||
Ceux-là cèdent qui reposent sur une
petite base ; ceux-là résistent qui ont des bases quadrangulaires et sont par là
solidement assis | ||
Le lourd est ce qui, d’après l’opinion vulgaire, tombe vers
le bas, et le léger ce qui monte vers le haut | ||
Mais, en réalité, il n’y a ni haut ni
bas, puisque le monde est sphérique | ||
Ce qui est vrai, c’est que le semblable
attire son semblable, et que, lorsque deux corps sont soulevés en même temps
par la même force, nécessairement le plus petit cède plus facilement à la
contrainte, tandis que le plus grand résiste et cède difficilement | ||
On dit alors
qu’il est lourd et se porte vers le bas, et que le petit est léger et se porte vers le
haut | ||
Pour les impressions de lisse et de rugueux, c’est la dureté jointe à
l’inégalité des parties qui produit la dernière, et l’égalité des parties unie à la
densité qui produit la première | ||
Quant aux impressions communes à tout le
corps, elles arrivent à la conscience, quand un organe facile à mouvoir les
transmet tout autour de lui | ||
S’il est difficile à mouvoir, l’impression reste en
lui et le sujet n’en a pas la sensation | ||
Quand l’impression est contre nature et
violente, il y a douleur ; plaisir, quand il y a retour à l’état normal | ||
L’impression qui se produit avec aisance ne cause ni douleur, ni plaisir | ||
LES SAVEURS, LES ODEURS, LES SONS, LES COULEURS | ||
Les saveurs paraissent résulter de certaines contractions et de certaines
divisions, mais aussi dépendre particulièrement des qualités rugueuses ou
lisses des corps | ||
Pour les odeurs, il n’y a pas d’espèce bien définie | ||
Elles naissent de
substances en train de se mouiller, de se putréfier ou de s’évaporer | ||
La seule
distinction nette qui soit en elles est celle du plaisir ou de la peine qu’elles
produisent | ||
Le son est un coup donné par l’air à travers les oreilles au cerveau et au
sang et arrivant jusqu’à l’âme | ||
Le mouvement qui s’ensuit, lequel commence
à la tête et se termine dans la région du foie, est l’ouïe | ||
Ce mouvement est-il
rapide, le son est aigu ; s’il est plus lent, le son est plus grave | ||
La couleur est une flamme qui s’échappe des corps et dont les parties sont
proportionnées à la vue de manière à produire une sensation | ||
Parmi les
particules qui se détachent des corps, et qui viennent frapper la vue, les unes
sont plus petites, les autres plus grandes que celles du rayon visuel, et les
autres de même dimension | ||
Ces dernières ne produisent pas de sensation, ce
sont celles que nous appelons transparentes | ||
Ce qui dilate le rayon visuel
donne le blanc, ce qui le contracte, le noir | ||
Lorsqu’une autre sorte de feu plus
rapide heurte le rayon visuel et le dilate jusqu’aux yeux, il en fait couler du
feu et de l’eau que nous appelons larmes | ||
La combinaison de certains feux du
dehors et du dedans donne un mélange de couleurs qui éblouit, et c’est de
l’amalgame de ces couleurs que naissent les autres couleurs | ||
3E SECTION : FORMATION DE L’HOMME | ||
Dieu, ayant ainsi ordonné le monde et engendré les animaux divins,
chargea ceux-ci de former les animaux mortels | ||
Prenant modèle sur son
œuvre, ils façonnèrent autour de l’âme un corps mortel et dans ce corps ils
construisirent une autre espèce d’âme, l’âme mortelle avec ses passions de
toutes sortes, mais ils logèrent séparément l’âme divine et l’âme mortelle : ils
mirent l’une dans la tête et l’autre dans la poitrine et placèrent entre elles
l’isthme du cou | ||
Et parce qu’une partie de l’âme mortelle est meilleure que
l’autre, ils logèrent la meilleure entre le diaphragme et le cou, plus près de la
tête, afin qu’elle fût plus à portée d’entendre la raison et de se joindre à elle
pour contenir de force les appétits réfractaires à la raison | ||
LES DIFFÉRENTS ORGANES | ||
Le cœur, nœud des veines et source du sang qui circule dans les bronches,
est placé comme un corps de garde pour transmettre aux organes les
commandements de la raison | ||
Sur le cœur les dieux greffèrent le poumon
pour le rafraîchir et en amortir les battements | ||
Quant à la partie de l’âme qui a
l’appétit du boire et du manger, ils la reléguèrent entre le diaphragme et le
nombril, où ils lui bâtirent une sorte de mangeoire pour la nourriture du
corps | ||
Pour contenir les appétits déraisonnables, ils firent le foie, compact,
lisse et brillant, pour que les pensées de l’intelligence vinssent s’y réfléchir
comme dans un miroir, et que, faisant usage de la bile, qui lui est congénère,
il effrayât l’âme appétitive, en lui causant des douleurs et des nausées | ||
Mais
lorsqu’un souffle doux venu de l’intelligence peint sur le foie des images
contraires, il rend joyeuse et sereine la partie de l’âme logée autour du foie et
la rend capable pendant le sommeil de la divination, dont les prédictions sont
interprétées par les prophètes | ||
Près du foie, se trouve la rate, dont la
substance poreuse absorbe les impuretés qui s’amassent autour du foie,
qu’elle maintient ainsi pur et brillant | ||
Le bas-ventre sert de réceptacle au
superflu des aliments : les dieux y enroulèrent les intestins pour les retenir
plus longtemps et empêcher le corps d’en réclamer sans cesse et de distraire
ainsi l’homme de l’étude de la philosophie | ||
Les os, la chair et toutes les substances de cette sorte ont leur origine dans
la génération de la moelle | ||
Les dieux formèrent la moelle en allongeant les
triangles réguliers et polis des quatre éléments et ils y attachèrent les liens
vitaux qui unissent l’âme au corps | ||
Une partie de la moelle qui devait
recevoir en elle la semence divine prit la forme ronde : nous la désignons
sous le nom d’encéphale | ||
L’autre partie qui devait contenir l’élément mortel
de l’âme fut divisée en figures rondes et allongées, et les dieux construisirent
l’ensemble de notre corps autour de cette moelle qu’ils avalent au préalable
enveloppée dans un tégument osseux | ||
Ils composèrent les os de terre pure et lisse trempée dans de l’eau et
passée au feu et s’en servirent pour enfermer le cerveau et la moelle du cou et
du dos | ||
Ils lièrent tous les membres ensemble au moyen des nerfs | ||
Entendons ici
les tendons, que Platon confond avec les nerfs, qu’il n’a pas connus | ||
En se
tendant et en se relâchant, les tendons rendent le corps flexible et extensible | ||
Ils imaginèrent la chair pour être un rempart contre la chaleur et une
protection contre le froid et les chutes | ||
Elle est composée d’un mélange
d’eau, de feu et de terre auquel s’ajoute un levain formé d’acide et de sel,
tandis que les tendons sont un mélange d’os et de chair sans levain | ||
La chair
servit à envelopper les os et la moelle | ||
Ceux des os qui renferment le moins
d’âme ont une épaisse enveloppe de chair ; ceux qui en contiennent le plus
ont une enveloppe plus mince, parce que des chairs épaisses rendraient le
corps insensible et paralyseraient l’intelligence | ||
La peau de la tête est une sorte d’écorce de la chair qui arrosée par
l’humidité qui sort des sutures du cerveau, s’est étendue tout autour du crâne | ||
Elle est trouée de piqûres de feu, d’où il sort des fils qui sont les cheveux,
destinés à protéger le cerveau | ||
La peau, les cheveux et les ongles sont en effet
autant de moyens de protection | ||
Quand ils eurent formé le corps, les dieux créèrent les plantes, pour le
nourrir | ||
Les plantes sont des êtres vivants, mais qui n’ont que la troisième
âme | ||
LA CIRCULATION ET LA NUTRITION | ||
Platon décrit ensuite l’appareil de la circulation du sang et de la nutrition | ||
Les dieux, dit-il, ont creusé des canaux au travers de notre corps, comme on
fait des conduits dans les jardins : ce sont les veines qui transportent le sang à
travers le corps | ||
Pour irriguer le corps, ils ont tissé d’air et de feu un treillis
pareil à une nasse | ||
L’entrée en est formée par deux tuyaux, dont l’un est
divisé en forme de fourche | ||
À partir de ces tuyaux, il a étendu des sortes de
joncs circulairement à travers tout le treillis jusqu’à ses extrémités | ||
Tout
l’intérieur du treillis est composé de feu, les tuyaux et l’enveloppe sont
composés d’air | ||
Les dieux ont mis en haut dans la bouche toute la partie
formée de tuyaux, et, comme elle était double, ils ont fait descendre un tuyau
par la trachée-artère dans le poumon, et l’autre dans le ventre le long de la
trachée-artère | ||
Tantôt tout le treillis de la nasse passe dans les tuyaux
composés d’air, et tantôt les tuyaux refluent vers la nasse, dont le treillis
pénètre au travers du corps, qui est poreux, et en sort tour à tour, les rayons
du feu intérieur suivant le double mouvement de l’air auquel ils sont mêlés, et
cela se reproduisant tant que l’animal subsiste | ||
Ce phénomène porte le nom
d’inspiration et d’expiration, et tout ce mécanisme sert à nourrir et à faire
vivre notre corps en l’arrosant et en le rafraîchissant | ||
Car, lorsque le feu qui
est au dedans de nous suit le courant respiratoire qui entre ou qui sort, et que,
dans ces perpétuelles oscillations, il passe à travers le ventre, il prend les
aliments et les disperse à travers les conduits par où il passe, et, au moyen des
veines, les fait couler par tout le corps | ||
LA RESPIRATION | ||
Comment se produit la respiration ? L’air que nous exhalons et qui vient
des parties chaudes qui entourent le sang et les veines, pousse en cercle l’air
avoisinant et le fait pénétrer dans les chairs poreuses de notre corps | ||
Là, il
s’échappe à son tour et sort en refoulant l’air extérieur | ||
L’effet des ventouses, la déglutition, la trajectoire des projectiles et tous
les sons s’expliquent de même, comme aussi le cours du sang, la chute de la
foudre et l’attraction de l’aimant : il n’y a pas de vide ; tous les corps se
choquent en cercle et, se divisant ou se contractant, ils échangent leurs places
pour regagner chacun celle qui lui est propre | ||
Pour en revenir à la respiration,
le feu divise les aliments, il s’élève au dedans de nous du même mouvement
que le souffle et, en s’élevant avec lui, il remplit les veines en y versant les
parcelles divisées qu’il puise dans le ventre, et c’est ainsi que des courants de
nourriture se répandent dans le corps entier des animaux | ||
Ces particules
deviennent du sang et sont colorés en rouge, parce que le feu y domine |
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