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Mais, en fait, c’est la vue du jour et de
la nuit, des mois, des révolutions des armées, des équinoxes, des solstices qui
nous a fait trouver le nombre, qui nous a donné la notion du temps et les
moyens d’étudier la nature du tout | ||
C’est de la vue que nous tenons la
philosophie, le bien le plus précieux que le genre humain ait reçu et puisse
recevoir jamais de la munificence des dieux | ||
Voilà ce que je déclare être le
plus grand bienfait de la vue | ||
À quoi bon vanter les autres, de moindre
importance ? Seul, celui qui n’est pas philosophe peut gémir et se lamenter
vainement d’en être privé par la cécité | ||
Pour nous, disons que la cause de ce
grand bien est celle-ci : Dieu a inventé et nous a donné la vue, afin qu’en
contemplant les révolutions de l’intelligence dans le ciel, nous les appliquions
aux révolutions de notre propre pensée, qui, bien que désordonnées, sont
parentes des révolutions imperturbables du ciel, et qu’après avoir étudié à
fond ces mouvements célestes et participé à la rectitude naturelle des
raisonnements, nous puissions, en imitant les mouvements absolument
invariables de la divinité, stabiliser les nôtres, qui sont sujets à l’aberration | ||
Il faut répéter la même chose au sujet de la voix et de l’ouïe : c’est en vue
du même objet et pour les mêmes raisons que les dieux nous les ont données | ||
En effet la parole nous a été octroyée pour la même fin et elle contribue dans
la plus large mesure à nous la faire atteindre, et toute cette partie de la
musique consacrée à l’audition de la voix nous a été donnée en vue de
l’harmonie | ||
Et l’harmonie, dont les mouvements sont apparentés aux
révolutions de l’âme en nous, a été donnée par les Muses à l’homme qui
entretient avec elles un commerce intelligent, non point en vue d’un plaisir
irraisonné, seule utilité qu’on lui trouve aujourd’hui, mais pour nous aider à
régler et à mettre à l’unisson avec elle-même la révolution déréglée de l’âme
en nous | ||
Les mêmes déités nous ont donné aussi le rythme pour remédier au
défaut de mesure et de grâce dans le caractère de la plupart des hommes | ||
Dans ce que nous avons dit jusqu’ici, sauf quelques détails, il n’a été
question que des opérations de l’intelligence | ||
Il faut ajouter à notre exposition
ce qui naît par l’action de la nécessité ; car la génération de ce monde est le
résultat de l’action combinée de la nécessité et de l’intelligence | ||
Toutefois
l’intelligence a pris le dessus sur la nécessité en lui persuadant de diriger au
bien la plupart des choses qui naissent | ||
C’est ainsi et sur ce principe que cet
univers fut façonné dès le commencement par la nécessité cédant à la
persuasion de la sagesse | ||
Si donc nous voulons réellement dire comment il est
né d’après ce principe, il faut faire intervenir l’espèce de la cause errante et sa
propriété de produire du mouvement | ||
Il faut donc reprendre le sujet comme je
vais dire : il faut trouver un autre point de départ qui convienne à ce sujet
spécial et, comme nous l’avons fait pour ce qui précède, remonter à l’origine | ||
Il faut examiner quelle était, avant la naissance du ciel, la nature même du
feu, de l’eau, de l’air et de la terre, et quelles étaient leurs propriétés avant ce
temps | ||
Car jusqu’ici personne ne nous a expliqué leur génération, mais
comme si nous savions ce que peuvent être le feu et chacun de ces corps,
nous les appelons principes et nous les considérons comme un alphabet de
l’univers, alors qu’ils ne devraient pas même, si l’on veut observer la
vraisemblance, être assimilés à la classe des syllabes par un homme tant soit
peu intelligent | ||
Pour moi, voici ce que je compte faire aujourd’hui | ||
Le
principe ou les principes de toutes choses, ou quel que soit le nom qu’on
préfère, je n’en parlerai pas à présent, par la simple raison qu’il me serait
difficile d’expliquer mon opinion, en suivant le plan de cette exposition | ||
Ne
croyez donc pas que je doive vous en parler | ||
Moi-même je ne saurais me
persuader que j’aurais raison d’aborder une si grande tâche | ||
Mais je m’en
tiendrai à ce que j’ai dit en commençant, à la valeur des explications
probables, et j’essayerai, comme je l’ai fait dès le début, de donner, sur
chaque matière et sur l’ensemble, des explications aussi vraisemblables, plus
vraisemblables même que toutes celles qui ont été proposées | ||
Invoquons donc
encore une fois, avant de prendre la parole, la divinité, pour qu’elle nous
guide dans cette exposition étrange et insolite vers des doctrines
vraisemblables et reprenons notre discours | ||
Pour commencer cette nouvelle explication de l’univers, il faut pousser
nos divisions plus loin que nous ne l’avons fait jusqu’ici | ||
Nous avions alors
distingué deux espèces ; il faut à présent en faire voir une troisième | ||
Les deux
premières nous ont suffi pour notre première exposition : l’une, intelligible et
toujours la même, était supposée être le modèle, la deuxième, soumise au
devenir et visible, était la copie de ce modèle | ||
Nous n’avons pas alors
distingué de troisième espèce, ces deux-là semblant nous suffire | ||
Mais, à
présent, la suite du discours semble nous contraindre à tenter de mettre en
lumière par des paroles une espèce difficile et obscure | ||
Quelle propriété
naturelle faut-il lui attribuer ? Celle-ci avant tout : elle est le réceptacle et
pour ainsi dire la nourrice de tout ce qui naît | ||
Voilà la vérité ; mais elle
demande à être expliquée plus clairement, et c’est une tâche difficile,
spécialement parce qu’il faut pour cela résoudre d’abord une question
embarrassante sur le feu et les autres corps qui vont avec lui ; car il est
malaisé de dire de chacun de ces corps lequel il faut réellement appeler eau
plutôt que feu, et lequel il faut appeler de tel nom plutôt que de tous à la fois
ou de chacun en particulier, pour user d’un terme fidèle et sûr | ||
Comment
donc y parviendrons-nous, par quel moyen, et, dans ces difficultés, que
pouvons-nous dire de vraisemblable sur ces corps ? D’abord nous voyons que
ce que nous appelons eau à présent, devient, croyons-nous, en se condensant,
des pierres et de la terre, et qu’en fondant et se dissolvant, ce même élément
devient souffle et air ; que l’air enflammé devient feu, et qu’au rebours, le feu
contracté et éteint revient à la forme d’air, que l’air condensé et épaissi se
transforme en nuage et en brouillard, et que ceux-ci, comprimés encore
davantage, donnent de l’eau courante, que l’eau devient de nouveau de la
terre et des pierres, de sorte que les éléments, à ce qu’il semble, se
transmettent en cercle la naissance les uns aux autres | ||
Ainsi, puisque nul
d’entre eux ne se montre jamais sous la même figure, duquel d’entre eux
pouvons-nous affirmer positivement qu’il est telle ou telle chose et non une
autre, sans rougir de nous-mêmes ? Personne ne le peut | ||
Il est beaucoup plus
sûr de s’exprimer à leur sujet de la façon suivante | ||
Voyons-nous un objet
passer sans cesse d’un état à un autre, le feu, par exemple, ce n’est point cet
objet, mais ce qui a toujours cette qualité qu’il faut appeler feu ; ne disons pas
non plus que ceci est de l’eau, mais ce qui a toujours cette qualité, et ne
parlons jamais d’aucun de ces éléments comme ayant de la stabilité, ce que
nous faisons, quand nous les désignons par les termes ceci et cela, nous
imaginant indiquer quelque chose de déterminé | ||
Car ces éléments sont
fuyants et n’attendent pas qu’on puisse les désigner par ceci et cela et cet être
ou par toute autre expression qui les représente comme permanents | ||
Il ne faut
appliquer ces termes à aucun d’eux, mais les réserver à ce qui est toujours tel
et circule toujours pareil, quand on parle, soit de l’un d’eux, soit de tous
ensemble | ||
Ainsi, par exemple, nous appellerons feu ce qui a partout cette
qualité, et de même pour tout ce qui est soumis à la génération | ||
Mais ce en
quoi chacun des éléments naît et apparaît successivement pour s’évanouir
ensuite, cela seul peut être désigné par les expressions cela et ceci | ||
Au
contraire, ce qui est de telle ou telle qualité, chaud, blanc, ou de toute autre
qualité contraire, et tout ce qui en est dérivé, ne sera jamais désigné par le
terme cela | ||
Tâchons de mettre encore plus de clarté dans notre exposition | ||
Supposons
qu’un artiste modèle avec de l’or des figures de toute sorte, et qu’il ne cesse
pas de changer chacune d’elles en toutes les autres, et que, montrant une de
ces figures, on lui demande ce que c’est, la réponse de beaucoup la plus sûre,
au point de vue de la vérité, serait : c’est de l’or | ||
Quant au triangle et à toutes
les autres figures que cet or pourrait revêtir, il n’en faudrait pas parler comme
d’êtres réels, puisqu’elles changent au moment même où on les produit ; et
s’il y a quelque sûreté à admettre qu’elles sont « ce qui est de telle qualité »,
il faut s’en contenter | ||
Il faut dire la même chose de la nature qui reçoit tous
les corps : il faut toujours lui donner le même nom ; car elle ne sort jamais de
son propre caractère : elle reçoit toujours toutes choses sans revêtir jamais en
aucune façon une seule forme semblable à aucune de celles qui entrent en
elle | ||
Sa nature est d’être une matrice pour toutes choses ; elle est mise en
mouvement et découpée en figures par ce qui entre en elle, et c’est ce qui la
fait paraître tantôt sous une forme, tantôt sous un autre | ||
Quant aux choses qui
entrent en elle et en sortent, ce sont des copies des êtres éternels, façonnés sur
eux d’une manière merveilleuse et difficile à exprimer ; nous en reparlerons
une autre fois | ||
Quoi qu’il en soit, il faut, pour le moment, se mettre dans l’esprit trois
genres, ce qui devient, ce en quoi il devient et le modèle sur lequel ce qui
devient est produit | ||
En outre, on peut justement assimiler le réceptacle à une
mère, le modèle à un père et la nature intermédiaire entre les deux à un
enfant | ||
Il faut observer encore que, si l’empreinte doit présenter toutes les
variétés qu’il est possible de voir, le réceptacle où se forme cette empreinte
serait malpropre à ce but, s’il n’était dépourvu de toutes les formes qu’il doit
recevoir d’ailleurs | ||
Si, en effet, il avait de la ressemblance aux choses qui
entrent en lui, quand les choses de nature opposée ou totalement différentes
viendraient s’imprimer en lui, il les reproduirait mal, parce que ses propres
traits paraîtraient au travers | ||
Il faut donc que ce qui doit recevoir en lui toutes
les espèces soit en dehors de toutes les formes | ||
Il en est ici comme dans la
fabrication des onguents odorants, où le premier soin de l’artisan est
justement de rendre aussi inodore que possible l’excipient humide destiné à
recevoir les parfums | ||
C’est ainsi encore que, pour imprimer des figures dans
quelque substance molle, on n’y laisse subsister absolument aucune figure
visible et qu’au contraire on l’aplanit et la rend aussi lisse que possible | ||
Il en
est de même de ce qui doit recevoir fréquemment, dans de bonnes conditions
et dans toute son étendue, les images de tous les êtres éternels : il convient
que cela soit, par nature, en dehors de toutes les formes | ||
C’est pourquoi il ne
faut pas dire que la mère et le réceptacle de tout ce qui est né visible ou
sensible d’une manière ou d’une autre, c’est la terre, ou l’air ou le feu ou
l’eau, ou aucune des choses qui en sont formées ou qui leur ont donné
naissance | ||
Mais si nous disons que c’est une espèce invisible et sans forme
qui reçoit tout et qui participe de l’intelligible d’une manière fort obscure et
très difficile à comprendre, nous ne mentirons pas | ||
Autant qu’on peut,
d’après ce que nous venons de dire, atteindre la nature de cette espèce, voici
ce qu’on en peut dire de plus exact : la partie d’elle qui est en ignition paraît
toujours être du feu, la partie liquéfiée de l’eau, et de la terre et de l’air, dans
la mesure où elle reçoit des images de ces éléments | ||
Mais il faut, en poursuivant notre enquête sur les éléments, éclaircir la
question que voici par le raisonnement | ||
Y a-t-il un feu qui soit le feu en soi et
toutes les choses dont nous répétons sans cesse qu’elles existent ainsi en soi
ont-elles réellement une existence individuelle ? Ou bien toutes les choses
que nous voyons et toutes celles que nous percevons par le corps sont-elles
les seules qui aient une telle réalité et n’y en a-t-il absolument pas d’autre
nulle part ? Parlons-nous en l’air, quand nous affirmons qu’il y a toujours de
chaque objet une forme intelligible et n’est-ce donc là que du verbiage ? Il est
certain que nous ne pouvons pas affirmer qu’il en est ainsi, sans avoir discuté
la question et prononcé notre jugement, ni insérer dans notre discours déjà
long une longue digression | ||
Mais si nous trouvions une distinction
importante, exprimable en peu de mots, rien ne serait plus à propos | ||
Pour ma
part, voici le jugement que j’en porte | ||
Si l’intelligence et l’opinion vraie sont
deux genres distincts, ces idées existent parfaitement en elles-mêmes : ce sont
des formes que nous ne pouvons percevoir par les sens, mais seulement par
l’esprit | ||
Si, au contraire, comme il semble à quelques-uns, l’opinion vraie ne
diffère en rien de l’intelligence, il faut admettre que tout ce que nous
percevons par le corps est ce qu’il y a de plus certain | ||
Mais il faut reconnaître
que ce sont deux choses distinctes, parce qu’elles ont une origine séparée et
n’ont aucune ressemblance | ||
Car l’une est produite en nous par l’instruction,
l’autre par la persuasion ; la première va toujours avec le discours vrai, l’autre
ne raisonne pas ; l’une est inébranlable à la persuasion, l’autre s’y laisse
fléchir | ||
Ajoutons que tous les hommes ont part à l’opinion, mais que
l’intelligence est le privilège des dieux et d’un petit nombre d’hommes | ||
S’il en est ainsi, il faut reconnaître qu’il y a d’abord la forme immuable
qui n’est pas née et qui ne périra pas, qui ne reçoit en elle rien d’étranger, et
qui n’entre pas elle-même dans quelque autre chose, qui est invisible et
insaisissable à tous les sens, et qu’il appartient à la pensée seule de
contempler | ||
Il y a une seconde espèce, qui a le même nom que la première et
qui lui ressemble, mais qui tombe sous les sens, qui est engendrée, toujours
en mouvement, qui naît dans un lieu déterminé pour le quitter ensuite et périr,
et qui est saisissable par l’opinion jointe à la sensation | ||
Enfin il y a toujours
une troisième espèce, celle du lieu, qui n’admet pas de destruction et qui
fournit une place à tous les objets qui naissent | ||
Elle n’est elle-même
perceptible que par un raisonnement bâtard où n’entre pas la sensation ; c’est
à peine si l’on y peut croire | ||
Nous l’entrevoyons comme dans un songe, en
nous disant qu’il faut nécessairement que tout ce qui est soit quelque part
dans un lieu déterminé, occupe une certaine place, et que ce qui n’est ni sur la
terre ni en quelque lieu sous le ciel n’est rien | ||
À cause de cet état de rêve,
nous sommes incapables à l’état de veille de faire toutes ces distinctions et
d’autres du même genre, même à l’égard de la nature éveillée et vraiment
existante, et ainsi d’exprimer ce qui est vrai, à savoir que l’image, parce que
cela même en vue de quoi elle est façonnée ne lui appartient pas et qu’elle est
comme le fantôme toujours changeant d’une autre chose, doit, pour cette
raison, naître dans autre chose et s’attacher ainsi en quelque manière à
l’existence, sous peine de n’être rien du tout, tandis que l’être réel peut
compter sur le secours du raisonnement exact et vrai, lequel établit que, tant
que les deux choses sont différentes, aucune des deux ne pouvant jamais
naître dans l’autre, elles ne deviendront pas à la fois une seule et même chose
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et deux choses | ||
Prenez donc ceci pour le résumé de la doctrine que j’ai
établie d’après mon propre jugement : l’être, le lieu, la génération sont trois
principes distincts et antérieurs à la formation du monde | ||
Or, la nourrice de ce qui naît, humectée et enflammée, recevant les formes
de la terre et de l’air et subissant toutes les modifications qui s’ensuivent,
apparaissait sous des aspects de toute espèce | ||
Et parce que les forces dont elle
était remplie n’étaient ni égales ni en équilibre, elle n’était en équilibre en
aucune de ses parties ; mais ballottée inégalement dans tous les sens, elle était
secouée par ces forces et leur rendait secousse pour secousse | ||
Emportés sans
cesse les uns dans un sens, les autres dans l’autre, les objets ainsi remués se
séparaient, de même que, lorsqu’on agite des grains et qu’on les vanne avec
des cribles et des instruments propres à nettoyer le blé, ce qui est épais et
pesant va d’un côté, ce qui est mince et léger est emporté d’un autre, où il se
tasse | ||
Il en était alors de même des quatre genres secoués par leur réceptacle ;
remué lui-même comme un crible, il séparait très loin les uns des autres les
plus dissemblables, et réunissait autant que possible sur le même point les
plus semblables ; aussi occupaient-ils déjà des places différentes avant que le
tout formé d’eux eût été ordonné | ||
Jusqu’à ce moment, tous ces éléments ne
connaissaient ni raison ni mesure | ||
Lorsque Dieu entreprit d’ordonner le tout,
au début, le feu, l’eau, la terre et l’air portaient des traces de leur propre
nature, mais ils étaient tout à fait dans l’état où tout se trouve naturellement
en l’absence de Dieu | ||
C’est dans cet état qu’il les prit, et il commença par
leur donner une configuration distincte au moyen des idées et des nombres | ||
Qu’il les ait tirés de leur désordre pour les assembler de la manière la plus
belle et la meilleure possible, c’est là le principe qui doit nous guider
constamment dans toute notre exposition | ||
Ce qu’il me faut essayer
maintenant, c’est de vous faire voir la structure et l’origine de chacun de ces
éléments par une explication nouvelle ; mais, comme vous êtes familiers avec
les méthodes scientifiques que mon exposition requiert, vous me suivrez | ||
D’abord il est évident pour tout le monde que le feu, la terre, l’eau et l’air
sont des corps | ||
Or, le genre corporel a toujours de la profondeur, et la
profondeur est, de toute nécessité, enclose par la nature de la surface, et toute
surface de formation rectiligne est composée de triangles | ||
Or, tous les
triangles dérivent de deux triangles, dont chacun a un angle droit et les deux
autres aigus | ||
L’un de ces triangles a de chaque côté une partie de l’angle droit
divisée par des côtés égaux ; l’autre, des parties inégales d’un angle droit
divisées par des côtés inégaux | ||
Telle est l’origine que nous assignons au feu
et aux autres corps, suivant la méthode qui combine la vraisemblance avec la
nécessité | ||
Quant aux origines plus lointaines encore, elles ne sont connues
que de Dieu et des hommes qu’il favorise | ||
Maintenant, il faut expliquer comment peuvent se former les plus beaux
corps, qui sont au nombre de quatre, et dissemblables entre eux, mais tels que
certains d’entre eux peuvent être engendrés les uns des autres en se
dissolvant | ||
Si nous y réussissons, nous tiendrons la vérité sur l’origine de la
terre et du feu et des corps qui leur servent de termes moyens | ||
Car nous
n’accorderons à personne qu’on puisse voir des corps plus beaux que ceux-là,
chacun d’eux formant un genre unique | ||
Appliquons-nous donc à constituer
harmoniquement ces quatre espèces de corps supérieurs en beauté, afin de
pouvoir dire que nous en avons bien compris la nature | ||
Or, de nos deux triangles, celui qui est isocèle n’admet qu’une forme ;
celui qui est scalène, un nombre infini | ||
Dans ce nombre infini, il nous faut
encore choisir le plus beau, si nous voulons commencer correctement | ||
Maintenant, si quelqu’un peut en choisir et en indiquer un plus beau pour en
former ces corps, je lui cède le prix et le tiens non pour un ennemi, mais pour
un ami | ||
Pour nous, parmi ces nombreux triangles, il en est un que nous
regardons comme le plus beau à l’exclusion des autres : c’est celui dont est
formé le troisième triangle, le triangle équilatéral | ||
Pourquoi ? Ce serait trop
long à dire | ||
Mais si quelqu’un, soumettant le cas à sa critique, en découvre la
raison, je lui accorderai volontiers le prix | ||
Choisissons donc deux triangles
dont le corps du feu et celui des autres corps ont été constitués, l’un isocèle,
l’autre dans lequel le carré du grand côté est triple du carré du petit | ||
Ce que
nous avons dit là-dessus était obscur : c’est le moment de préciser davantage | ||
Les quatre espèces de corps nous paraissaient toutes naître les unes des
autres : c’était une apparence trompeuse |
Subsets and Splits
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