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Le roux naît du mélange du jaune et du gris, le gris du mélange du blanc et du noir, et l’ocre du mélange du blanc avec le jaune
Le blanc uni au jaune et tombant dans du noir saturé donne une couleur bleu foncé ; le bleu foncé mêlé au blanc donne le pers, et le roux mêlé au noir, le vert
Quant aux autres couleurs, ces exemples font assez bien voir par quels mélanges on devrait en expliquer la reproduction pour garder la vraisemblance
Mais tenter de soumettre ces faits à l’épreuve de l’expérience serait méconnaître la différence de la nature humaine et de la nature divine
Et en effet Dieu seul est assez intelligent et assez puissant pour mêler plusieurs choses en une seule et, au rebours, dissoudre une seule chose en plusieurs, tandis qu’aucun homme n’est capable à présent et ne le sera jamais à l’avenir de réaliser aucune de ces deux opérations
Toutes ces choses ainsi constituées primitivement suivant la nécessité, l’artisan de la plus belle et de la meilleure des choses qui naissent les a prises, quand il a créé le dieu qui se suffit à lui-même et qui est le plus parfait
Il s’est servi des causes de cet ordre comme d’auxiliaires, tandis que lui-même façonnait le bien dans toutes les choses engendrées
C’est pourquoi il faut distinguer deux espèces de causes, l’une nécessaire et l’autre divine, et rechercher en tout la divine, pour nous procurer une vie heureuse dans la mesure que comporte notre nature, et la nécessaire en vue de la première, nous disant que, sans la nécessaire, il est impossible de concevoir isolément les objets que nous étudions, ni de les comprendre, ni d’y avoir part de quelque autre manière
À présent donc que, comme des charpentiers, nous avons à pied d’œuvre, entièrement triés, les matériaux dont il nous faut composer le reste de notre exposé, reprenons brièvement ce que nous avons dit en commençant et revenons vite au même point d’où nous sommes parvenus ici, et tâchons de finir notre histoire en lui donnant un couronnement en rapport avec ce qui précède
Or, ainsi qu’il a été dit au commencement, tout était en désordre, quand Dieu introduisit des proportions en toutes choses, à la fois relativement à elles-mêmes et les unes à l’égard des autres, dans toute la mesure et de toutes les façons qu’elles admettaient la proportion et la symétrie
Car jusqu’alors aucune chose n’y avait part, sauf par accident, et, parmi les choses qui ont des noms aujourd’hui, il n’y en avait absolument aucune digne de mention qui eût un nom, tel que le feu, l’eau ou tout autre élément
Mais tout cela, c’est Dieu qui l’ordonna d’abord et qui en forma ensuite cet univers, animal unique, qui contient en lui-même toutes les créatures vivantes et immortelles
Des animaux divins, c’est lui-même qui en fut l’artisan ; mais pour les animaux mortels, il chargea ses propres enfants de les engendrer
Ceux-ci prirent modèle sur lui, et, quand ils en eurent reçu le principe immortel de l’âme, ils façonnèrent ensuite autour de l’âme un corps mortel et lui donnèrent pour véhicule le corps tout entier, puis, dans ce même corps, ils construisirent en outre une autre espèce d’âme, l’âme mortelle, qui contient en elle des passions redoutables et fatales, d’abord le plaisir, le plus grand appât du mal, ensuite les douleurs qui mettent les biens en déroute, en outre la témérité et la crainte, deux conseillères imprudentes, puis la colère difficile à calmer et l’espérance facile à duper
Alors mêlant ces passions avec la sensation irrationnelle et l’amour qui ose tout, ils composèrent suivant la loi de la nécessité la race mortelle
Aussi, comme ils craignaient de souiller le principe divin, sauf le cas d’une nécessité absolue, ils logèrent le principe mortel, à l’écart du divin, dans une autre chambre du corps
Ils bâtirent, à cet effet, un isthme et une limite entre la tête et la poitrine, et mirent entre eux le cou, afin de les maintenir séparés
C’est dans la poitrine et dans ce qu’on appelle le tronc qu’ils enchaînèrent le genre mortel de l’âme
Et, parce qu’une partie de l’âme est naturellement meilleure et l’autre pire, ils firent deux logements dans la cavité du thorax, en le divisant, comme on sépare l’appartement des femmes de celui des hommes, et ils mirent le diaphragme entre eux comme une cloison
La partie de l’âme qui participe du courage et de la colère, qui désire la victoire, fut logée par eux plus près de la tête, entre le diaphragme et le cou, afin qu’elle fût à portée d’entendre la raison et se joignit à elle pour contenir de force la tribu des désirs, quand ils refusent de se soumettre de plein gré aux prescriptions que la raison leur envoie du haut de sa citadelle
48 Quant au cœur, nœud des veines et source du sang , qui circule avec force dans tous les membres, ils le placèrent au corps de garde, afin que, lorsque la partie courageuse bouillirait de colère à l’annonce faite par la raison que les membres sont en butte à quelque injustice causée du dehors ou par les désirs intérieurs, chaque organe des sens dans le corps pût rapidement percevoir par tous les canaux les commandements et les menaces de la raison, leur obéir et s’y conformer exactement, et permettre ainsi à la partie la plus noble de commander à eux tous
En outre, pour remédier aux battements du cœur, dans l’appréhension du danger et dans l’éveil de la colère, les dieux, sachant que c’est par le feu que devait se produire ce gonflement des parties irritées, imaginèrent de greffer sur lui le tissu du poumon, qui est mou et 49 dépourvu de sang et qui, en outre, contient en lui des cavités percées comme celles d’une éponge, afin que, recevant l’air et la boisson, il rafraîchît le cœur et lui procurât du relâche et du soulagement, dans la chaleur dont il est brûlé
C’est pour cela qu’ils conduisirent les canaux de la trachée-artère jusqu’au poumon et qu’ils le placèrent autour du cœur comme un tampon, afin que le cœur, quand la colère atteint en lui son paroxysme, battant contre un objet qui lui cède en le rafraîchissant, fût moins fatigué et servît mieux la raison de concert avec le principe irascible
Pour la partie de l’âme qui a l’appétit du manger et du boire et de tout ce que la nature du corps lui rend nécessaire, les dieux l’ont logée dans l’intervalle qui s’étend entre le diaphragme et le nombril, et ont construit dans tout cet espace une sorte de mangeoire pour la nourriture du corps, et ils ont enchaîné là cette partie, comme une bête sauvage, mais qu’il faut nourrir à l’attache, si l’on veut qu’il existe une race mortelle
C’est donc pour que, paissant toujours à sa mangeoire et logée le plus loin possible de la partie qui délibère, elle causât le moins de trouble et de bruit et laissât la partie meilleure délibérer en paix sur les intérêts communs à tous et à chacun, c’est pour cela que les dieux l’ont reléguée à cette place
Et parce qu’ils savaient qu’elle ne comprendrait pas la raison et que, même si elle en avait d’une manière ou d’une autre quelque sensation, il n’était pas dans sa nature de s’inquiéter des raisons, et que jour et nuit elle serait surtout séduite par des images et des fantômes, les dieux, pour remédier à ce mal, composèrent la forme du foie et la placèrent dans la demeure où elle est
Ils firent le foie compact, lisse, brillant et doux et amer à la fois, afin que la puissance des pensées qui jaillissent de l’intelligence allât s’y réfléchir comme sur un miroir qui reçoit des empreintes et produit des images visibles
Elle pourrait ainsi faire peur à l’âme appétitive, lorsque, faisant usage d’une partie de l’amertume qui lui est congénère, elle se présente, terrible et menaçante, et que, la mêlant vivement à travers tout le foie, elle y fait apparaître des couleurs bilieuses, qu’en le contractant, elle le rend tout entier ridé et rugueux, et qu’en courbant et ratatinant le lobe qui était droit et en obstruant et fermant les réservoirs et les portes du foie, elle cause des douleurs et des nausées
Mais, lorsqu’un souffle doux, venu de l’intelligence, peint sur le foie des images contraires et apaise son amertume, en évitant d’agiter et de toucher ce qui est contraire à sa propre nature, lorsqu’il se sert pour agir sur l’âme appétitive d’une douceur de même nature que celle du foie, qu’il restitue à toutes ses parties leur attitude droite, leur poli et leur liberté, il rend joyeuse et sereine la partie de l’âme logée autour du foie et lui fait passer honorablement la nuit en la rendant capable d’user, pendant le sommeil, de la 50 divination , parce qu’elle ne participe ni à la raison ni à la sagesse
C’est ainsi que ceux qui nous ont formés, fidèles à l’ordre de leur père, qui leur avait enjoint de rendre la race mortelle aussi parfaite qu’ils le pourraient, améliorèrent même cette pauvre partie de notre être en y mettant l’organe de la divination, pour qu’elle pût toucher en quelque manière à la vérité
Ce qui montre bien que Dieu a donné la divination à l’homme pour suppléer à la raison, c’est qu’aucun homme dans son bon sens n’atteint à une divination inspirée et véridique ; il ne le peut que pendant le sommeil, qui entrave la puissance de l’esprit, ou quand sa raison est égarée par la maladie ou l’enthousiasme
C’est à l’homme dans son bon sens qu’il appartient de se rappeler et de méditer les paroles prononcées en songe ou dans l’état de veille par la puissance divinatoire ou par l’enthousiasme, de soumettre à l’épreuve du raisonnement toutes les visions aperçues et de chercher comment et à qui elles annoncent un mal ou un bien futur, passé ou présent
Mais quand un homme est dans le délire et qu’il n’en est pas encore revenu, ce n’est pas à lui à juger ses propres visions et ses propres paroles et le vieux dicton a raison qui affirme qu’il n’appartient qu’au sage de faire ses propres affaires et de se connaître soi-même
C’est pourquoi la loi a institué la race des prophètes pour juger les prédictions inspirées par les dieux
On leur donne parfois le nom de devins : c’est ignorer totalement qu’ils sont des interprètes des paroles et des visions mystérieuses, mais non pas des devins : le nom qui leur convient le mieux est celui de prophètes des choses révélées par la 51 divination
Voilà pour quelle raison le foie a la nature et la place que nous disons ; c’est pour la divination
Ajoutons que c’est dans le corps vivant qu’il donne les signes les plus clairs
Privé de la vie, il devient aveugle et ses oracles sont trop obscurs pour avoir une signification précise
Quant au viscère voisin, il a été fabriqué et placé à gauche en vue du foie, pour le tenir toujours brillant et pur, comme une éponge disposée en vue du miroir et toujours prête pour l’essuyer
C’est pourquoi, lorsque des impuretés s’amassent autour du foie par suite des maladies du corps, la substance poreuse de la rate les absorbe et les nettoie, parce qu’elle est tissée d’une matière creuse et exsangue
Il s’ensuit que, lorsqu’elle se remplit de ces rebuts, elle grossit et s’envenime, et qu’au rebours, quand le corps est purgé, elle se réduit et retombe à son 52 volume normal
En ce qui regarde l’âme, ce qu’elle a de mortel et ce qu’elle a de divin, comment, en quelle compagnie et pour quelle raison ses deux parties ont été logées séparément, avons-nous dit la vérité ? Pour l’affirmer, il faudrait que Dieu confirmât notre dire
Mais que nous ayons dit ce qui est vraisemblable, dès à présent et après un examen encore plus approfondi, nous pouvons nous hasarder à l’affirmer
Affirmons-le donc
Maintenant il faut poursuivre de la même façon la suite de notre sujet, c’est-à-dire la formation du reste du corps
Voici d’après quel raisonnement il conviendrait surtout de l’expliquer
Les auteurs de notre espèce avaient prévu quelle serait notre intempérance à l’égard du boire et du manger et que, par gourmandise, nous consommerions beaucoup plus que la mesure et le besoin ne l’exigeraient
Aussi, pour éviter que les maladies ne détruisissent rapidement la race mortelle et qu’elle ne finît tout de suite, avant d’atteindre sa perfection, les dieux prévoyants disposèrent ce qu’on appelle le bas-ventre pour servir de réceptacle au surplus de la boisson et de la nourriture, et ils y enroulèrent les intestins sur eux-mêmes, de peur que la nourriture, en passant rapidement, ne forçât le corps à réclamer rapidement aussi d’autres aliments, et, le rendant insatiable, n’empêchât toute l’espèce humaine de cultiver la philosophie et les muses et d’obéir à la partie la plus divine qui soit en nous
Pour les os, les chairs et toutes les substances de cette sorte, voici comment les choses se passèrent
Toutes ont leur origine dans la génération de la moelle ; car c’est dans la moelle que les liens de la vie, puisque l’âme est liée au corps, ont été fixés et ont enraciné la race mortelle ; mais la moelle elle-même a été engendrée d’autres éléments
Dieu prit les triangles primitifs réguliers et polis, qui étaient les plus propres à produire avec exactitude le feu, l’eau, l’air et la terre ; il sépara chacun d’eux de son propre genre, les mêla les uns aux autres en due proportion, et en fit la moelle, préparant ainsi la semence universelle de toute espèce mortelle
Puis il y implanta et y attacha les diverses espèces d’âmes, et au moment même de cette répartition originelle, il divisa la moelle elle-même en autant de sortes de figures que chaque espèce devait en recevoir
Une partie devait, comme un champ fertile, recevoir en elle la semence divine ; il la fit exactement ronde et il donna à cette partie de la moelle le nom d’encéphale, dans la pensée que, lorsque chaque animal serait achevé, le vase qui la contiendrait serait la tête
L’autre partie, qui devait contenir l’élément mortel de l’âme, il la divisa en figures à la fois rondes et allongées et il les désigna toutes sous le nom de moelle
Il y attacha, comme à des ancres, les liens de l’âme entière, puis construisit l’ensemble de notre corps autour de la moelle, qu’il avait au préalable enveloppée tout entière d’un tégument osseux
Il composa les os de cette façon : ayant passé au crible de la terre pure et lisse, il la délaya et la mouilla avec de la moelle, puis la mit au feu, ensuite la plongea dans l’eau, et derechef la remit au feu, puis dans l’eau, et, la faisant passer ainsi à plusieurs reprises dans l’un et l’autre élément, la rendit insoluble à tous les deux
Alors il s’en servit pour façonner autour du cerveau de l’animal une sphère osseuse, dans laquelle il laissa une étroite ouverture
Puis, autour de la moelle du cou et du dos, il façonna des vertèbres, qu’il fixa pour la soutenir, comme des pivots, à partir de la tête jusqu’à l’extrémité du tronc
Ainsi, pour protéger toute la semence, il l’enferma dans une enveloppe pierreuse, à laquelle il mit des articulations, utilisant en cela la nature de l’Autre, comme une puissance insérée entre elles, pour permettre les mouvements et les flexions
Considérant d’autre part que la contexture de la substance osseuse était plus sèche et plus raide qu’il ne convenait et aussi que, si elle devenait très chaude ou au contraire se refroidissait, elle se carierait et corromprait vite la semence qu’elle contient, pour ces raisons, il imagina l’espèce des nerfs et de la chair, de manière qu’en liant tous les membres ensemble avec les nerfs qui se tendent et se relâchent autour de leurs pivots, il rendît le corps flexible et extensible, tandis que la chair devait être un rempart contre la chaleur et une protection contre le froid, et aussi contre les chutes, parce qu’elle cède au choc des corps mollement et doucement, à la façon d’un vêtement rembourré de feutre
De plus, comme elle contient en elle une humeur chaude, elle devait en été, en transpirant et se répandant au-dehors, procurer à tout le corps une fraîcheur naturelle, et, au rebours, pendant l’hiver, le défendre suffisamment, grâce à son feu, contre le froid qui l’assaille du dehors et l’enveloppe
C’est dans cette intention que celui qui nous modela, ayant fait un harmonieux mélange d’eau, de feu et de terre, y ajouta un levain formé d’acide et de sel, et composa ainsi la chair, qui est molle et pleine de suc
Pour les nerfs, il les composa d’un mélange d’os et de chair sans levain, tirant de ces deux substances une seule substance intermédiaire en qualité, et il se servit de la couleur jaune pour la colorer
De là vient que les nerfs sont d’une nature plus ferme et plus visqueuse que les chairs et plus molle et plus flexible que les os
Dieu s’en servit pour envelopper les os et la moelle, liant 53 les os l’un à l’autre au moyen des nerfs , puis il recouvrit le tout d’une enveloppe de chairs
À ceux des os qui renfermaient le plus d’âme il donna la plus mince enveloppe de chair et à ceux qui en contenaient le moins, l’enveloppe la plus ample et la plus épaisse
En outre, aux jointures des os, là où la raison ne montrait pas quelque nécessité de placer beaucoup de chair, il en fit pousser peu, de peur qu’elle ne gênât la flexion des membres et n’appesantît le corps en lui rendant le mouvement difficile
Il avait encore un autre motif : c’est que les chairs abondantes, éparses et fortement tassées les unes sur les autres, auraient par leur rigidité rendu le corps insensible, affaibli la mémoire et paralysé l’intelligence
Voilà pourquoi les cuisses et les jambes, la région des hanches, les os du bras et de l’avant-bras et tous nos autres os qui n’ont pas d’articulations, et aussi tous les os intérieurs qui, renfermant peu d’âme dans leur moelle, sont vides d’intelligence, tous ces os ont été amplement garnis de chairs ; ceux, au contraire, qui renferment de l’intelligence, l’ont été plus parcimonieusement, sauf lorsque Dieu a formé quelque masse de chair pour être par elle-même un organe de sensation, par exemple l’espèce de la langue ; mais, en général, il en est ce que nous avons dit
Car la substance qui naît et se développe en vertu de la nécessité n’admet en aucune façon la coexistence d’une vive sensibilité et d’os épais et de chair abondante
Autrement, c’est la structure de la tête qui, plus que toute autre partie, aurait réuni ces caractères, s’ils eussent consenti à se trouver ensemble, et l’espèce humaine, couronnée d’une tête charnue, nerveuse et forte, aurait joui d’une vie deux fois, maintes fois même plus longue, plus saine, plus exempte de souffrances que notre vie actuelle
Mais en fait les artistes qui nous ont fait naître, se demandant s’ils devaient faire une race qui aurait une vie plus longue et plus mauvaise, ou une vie plus courte et meilleure, s’accordèrent à juger que la vie plus courte, mais meilleure, était absolument préférable pour tout le monde à la vie plus longue, mais plus mauvaise
C’est pour cela qu’ils couvrirent la tête d’un os mince, mais non de chairs et de nerfs, puisqu’elle n’a pas d’articulations
Pour toutes ces raisons la tête qui fut ajoutée au corps humain est plus sensible et plus intelligente, mais beaucoup plus faible que le reste
C’est pour les mêmes motifs et de la même façon que Dieu mit certains nerfs au bas de la tête autour du cou et les y souda suivant un procédé symétrique, et s’en servit aussi pour attacher les extrémités des mâchoires sous la substance du visage
Quant aux autres, il les distribua dans tous les membres pour lier chaque articulation à sa voisine
Pour l’appareil de la bouche, ses organisateurs le disposèrent, comme il l’est actuellement, avec des dents, une langue et des lèvres, en vue du nécessaire et en vue du bien ; ils imaginèrent l’entrée en vue du premier et la sortie en vue du second
Car tout ce qui entre pour fournir sa nourriture au corps est nécessaire, et le courant de paroles qui sort de nos lèvres pour le service de l’intelligence est le plus beau et le meilleur de tous les courants
Pour en revenir à la tête, il n’était pas possible de la laisser avec sa boîte osseuse toute nue, exposée aux rigueurs alternées des saisons, ni de la couvrir d’une masse de chairs qui l’eût rendue stupide et insensible
Or, comme la substance de la chair ne se dessèche pas, il se forma autour d’elle une pellicule qui la dépassait en grandeur et qui se sépare d’elle : c’est ce que nous appelons aujourd’hui la peau
Grâce à l’humidité du cerveau, cette peau crût et se ferma sur elle-même de manière à revêtir tout le tour de la tête
L’humidité qui montait sous les sutures l’arrosa et la referma sur le sommet 54 de la tête, en la ramassant dans une sorte de nœud
Ces sutures, qui affectent toutes sortes de formes, sont l’effet de la puissance des cercles de l’âme et de la nourriture ; elles sont plus nombreuses, si la lutte entre ces deux influences est plus vive, moins nombreuses, quand elle est moins violente
Toute cette peau, le dieu la troua tout autour de la tête par des piqûres de feu ; quand elle fut percée et que l’humidité s’écoula dehors au travers d’elle, tout le liquide et toute la chaleur qui étaient purs s’en allèrent ; mais ce qui avait été formé par un mélange avec les éléments dont la peau elle-même était composée, soulevé par le mouvement, s’étendit dehors en un long fil aussi fin que la piqûre ; mais repoussé, à cause de la lenteur du mouvement, par l’air extérieur qui l’environnait, il revint se pelotonner à l’intérieur sous la peau et y prit racine
C’est suivant ces procédés que la nature a fait naître les cheveux dans la peau : c’est une substance en forme de fil de même nature que la peau, mais plus dure et plus dense, à cause de la constriction opérée par le refroidissement, lorsque chaque cheveu qui se détache de la peau se refroidit et se condense
C’est ainsi que notre créateur a fait notre tête velue, en utilisant les causes que nous avons mentionnées
Il pensa qu’au lieu de chair, les cheveux devaient être pour la sûreté du cerveau une enveloppe légère, propre à lui fournir de l’ombre l’été et un abri pendant l’hiver, sans entraver ni gêner en rien la sensibilité
En outre, à la place où les nerfs, la peau et les os ont été entrelacés dans nos doigts, un composé de ces trois substances, en se desséchant, devint une seule peau dure qui les contient toutes
Elle fut façonnée par les causes auxiliaires que nous avons dites, mais achevée, et ce fut là la cause essentielle, en vue des créatures qui devaient exister par la suite
Ceux qui nous construisaient savaient qu’un jour les femmes et les bêtes naîtraient des hommes ; ils savaient en particulier que parmi les créatures beaucoup auraient besoin de griffes pour maint usage
C’est pour cela qu’ils ébauchèrent chez les hommes dès leur naissance la formation des ongles
C’est dans ce dessein et pour ces raisons qu’ils firent pousser à l’extrémité des membres la peau, les cheveux et les ongles
Lorsque toutes les parties et tous les membres de l’animal mortel eurent été réunis en un tout, il se trouva que cet animal devait nécessairement vivre dans le feu et dans l’air
Aussi fondu et vidé par eux, il dépérissait, quand les dieux imaginèrent pour lui un réconfort
Mêlant à d’autres formes et à d’autres sens une substance parente de la substance humaine, ils donnèrent ainsi naissance à une autre sorte d’animaux
Ce sont les arbres, les plantes et les graines, aujourd’hui domestiqués et éduqués par la culture, qui se sont apprivoisés avec nous
Auparavant il n’y avait que les espèces sauvages, qui sont plus anciennes que les espèces cultivées
Tout ce qui participe à la vie mérite fort justement le nom d’animal ; et ce dont nous parlons en ce moment participe de la troisième espèce d’âme, celle dont nous avons marqué la place entre le diaphragme et le nombril, qui n’a aucune part à l’opinion, au raisonnement, à l’intelligence, mais seulement à la sensation agréable et désagréable, ainsi qu’aux appétits
En effet le végétal est toujours passif, et sa formation ne lui a pas permis, en tournant en lui-même et sur lui-même, en repoussant le mouvement extérieur et usant seulement du sien propre, de raisonner sur rien de ce qui le concerne et d’en discerner la nature
Il vit donc à la manière d’un animal, mais il est fixé au sol, immobile et enraciné, parce qu’il est privé du pouvoir de se mouvoir par lui-même