instruction stringclasses 1 value | input stringlengths 1 13.9k | output stringclasses 1 value |
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Le roux naît du mélange du jaune et du gris, le gris du mélange du blanc et du
noir, et l’ocre du mélange du blanc avec le jaune | ||
Le blanc uni au jaune et
tombant dans du noir saturé donne une couleur bleu foncé ; le bleu foncé
mêlé au blanc donne le pers, et le roux mêlé au noir, le vert | ||
Quant aux autres
couleurs, ces exemples font assez bien voir par quels mélanges on devrait en
expliquer la reproduction pour garder la vraisemblance | ||
Mais tenter de
soumettre ces faits à l’épreuve de l’expérience serait méconnaître la
différence de la nature humaine et de la nature divine | ||
Et en effet Dieu seul
est assez intelligent et assez puissant pour mêler plusieurs choses en une
seule et, au rebours, dissoudre une seule chose en plusieurs, tandis qu’aucun
homme n’est capable à présent et ne le sera jamais à l’avenir de réaliser
aucune de ces deux opérations | ||
Toutes ces choses ainsi constituées primitivement suivant la nécessité,
l’artisan de la plus belle et de la meilleure des choses qui naissent les a prises,
quand il a créé le dieu qui se suffit à lui-même et qui est le plus parfait | ||
Il
s’est servi des causes de cet ordre comme d’auxiliaires, tandis que lui-même
façonnait le bien dans toutes les choses engendrées | ||
C’est pourquoi il faut
distinguer deux espèces de causes, l’une nécessaire et l’autre divine, et
rechercher en tout la divine, pour nous procurer une vie heureuse dans la
mesure que comporte notre nature, et la nécessaire en vue de la première,
nous disant que, sans la nécessaire, il est impossible de concevoir isolément
les objets que nous étudions, ni de les comprendre, ni d’y avoir part de
quelque autre manière | ||
À présent donc que, comme des charpentiers, nous avons à pied d’œuvre,
entièrement triés, les matériaux dont il nous faut composer le reste de notre
exposé, reprenons brièvement ce que nous avons dit en commençant et
revenons vite au même point d’où nous sommes parvenus ici, et tâchons de
finir notre histoire en lui donnant un couronnement en rapport avec ce qui
précède | ||
Or, ainsi qu’il a été dit au commencement, tout était en désordre,
quand Dieu introduisit des proportions en toutes choses, à la fois relativement
à elles-mêmes et les unes à l’égard des autres, dans toute la mesure et de
toutes les façons qu’elles admettaient la proportion et la symétrie | ||
Car
jusqu’alors aucune chose n’y avait part, sauf par accident, et, parmi les
choses qui ont des noms aujourd’hui, il n’y en avait absolument aucune digne
de mention qui eût un nom, tel que le feu, l’eau ou tout autre élément | ||
Mais
tout cela, c’est Dieu qui l’ordonna d’abord et qui en forma ensuite cet
univers, animal unique, qui contient en lui-même toutes les créatures vivantes
et immortelles | ||
Des animaux divins, c’est lui-même qui en fut l’artisan ; mais
pour les animaux mortels, il chargea ses propres enfants de les engendrer | ||
Ceux-ci prirent modèle sur lui, et, quand ils en eurent reçu le principe
immortel de l’âme, ils façonnèrent ensuite autour de l’âme un corps mortel et
lui donnèrent pour véhicule le corps tout entier, puis, dans ce même corps, ils
construisirent en outre une autre espèce d’âme, l’âme mortelle, qui contient
en elle des passions redoutables et fatales, d’abord le plaisir, le plus grand
appât du mal, ensuite les douleurs qui mettent les biens en déroute, en outre
la témérité et la crainte, deux conseillères imprudentes, puis la colère difficile
à calmer et l’espérance facile à duper | ||
Alors mêlant ces passions avec la
sensation irrationnelle et l’amour qui ose tout, ils composèrent suivant la loi
de la nécessité la race mortelle | ||
Aussi, comme ils craignaient de souiller le
principe divin, sauf le cas d’une nécessité absolue, ils logèrent le principe
mortel, à l’écart du divin, dans une autre chambre du corps | ||
Ils bâtirent, à cet
effet, un isthme et une limite entre la tête et la poitrine, et mirent entre eux le
cou, afin de les maintenir séparés | ||
C’est dans la poitrine et dans ce qu’on
appelle le tronc qu’ils enchaînèrent le genre mortel de l’âme | ||
Et, parce qu’une
partie de l’âme est naturellement meilleure et l’autre pire, ils firent deux
logements dans la cavité du thorax, en le divisant, comme on sépare
l’appartement des femmes de celui des hommes, et ils mirent le diaphragme
entre eux comme une cloison | ||
La partie de l’âme qui participe du courage et
de la colère, qui désire la victoire, fut logée par eux plus près de la tête, entre
le diaphragme et le cou, afin qu’elle fût à portée d’entendre la raison et se
joignit à elle pour contenir de force la tribu des désirs, quand ils refusent de
se soumettre de plein gré aux prescriptions que la raison leur envoie du haut
de sa citadelle | ||
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Quant au cœur, nœud des veines et source du sang , qui circule avec
force dans tous les membres, ils le placèrent au corps de garde, afin que,
lorsque la partie courageuse bouillirait de colère à l’annonce faite par la
raison que les membres sont en butte à quelque injustice causée du dehors ou
par les désirs intérieurs, chaque organe des sens dans le corps pût rapidement
percevoir par tous les canaux les commandements et les menaces de la raison,
leur obéir et s’y conformer exactement, et permettre ainsi à la partie la plus
noble de commander à eux tous | ||
En outre, pour remédier aux battements du
cœur, dans l’appréhension du danger et dans l’éveil de la colère, les dieux,
sachant que c’est par le feu que devait se produire ce gonflement des parties
irritées, imaginèrent de greffer sur lui le tissu du poumon, qui est mou et
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dépourvu de sang et qui, en outre, contient en lui des cavités percées
comme celles d’une éponge, afin que, recevant l’air et la boisson, il rafraîchît
le cœur et lui procurât du relâche et du soulagement, dans la chaleur dont il
est brûlé | ||
C’est pour cela qu’ils conduisirent les canaux de la trachée-artère
jusqu’au poumon et qu’ils le placèrent autour du cœur comme un tampon,
afin que le cœur, quand la colère atteint en lui son paroxysme, battant contre
un objet qui lui cède en le rafraîchissant, fût moins fatigué et servît mieux la
raison de concert avec le principe irascible | ||
Pour la partie de l’âme qui a l’appétit du manger et du boire et de tout ce
que la nature du corps lui rend nécessaire, les dieux l’ont logée dans
l’intervalle qui s’étend entre le diaphragme et le nombril, et ont construit dans
tout cet espace une sorte de mangeoire pour la nourriture du corps, et ils ont
enchaîné là cette partie, comme une bête sauvage, mais qu’il faut nourrir à
l’attache, si l’on veut qu’il existe une race mortelle | ||
C’est donc pour que,
paissant toujours à sa mangeoire et logée le plus loin possible de la partie qui
délibère, elle causât le moins de trouble et de bruit et laissât la partie
meilleure délibérer en paix sur les intérêts communs à tous et à chacun, c’est
pour cela que les dieux l’ont reléguée à cette place | ||
Et parce qu’ils savaient
qu’elle ne comprendrait pas la raison et que, même si elle en avait d’une
manière ou d’une autre quelque sensation, il n’était pas dans sa nature de
s’inquiéter des raisons, et que jour et nuit elle serait surtout séduite par des
images et des fantômes, les dieux, pour remédier à ce mal, composèrent la
forme du foie et la placèrent dans la demeure où elle est | ||
Ils firent le foie
compact, lisse, brillant et doux et amer à la fois, afin que la puissance des
pensées qui jaillissent de l’intelligence allât s’y réfléchir comme sur un miroir
qui reçoit des empreintes et produit des images visibles | ||
Elle pourrait ainsi
faire peur à l’âme appétitive, lorsque, faisant usage d’une partie de
l’amertume qui lui est congénère, elle se présente, terrible et menaçante, et
que, la mêlant vivement à travers tout le foie, elle y fait apparaître des
couleurs bilieuses, qu’en le contractant, elle le rend tout entier ridé et
rugueux, et qu’en courbant et ratatinant le lobe qui était droit et en obstruant
et fermant les réservoirs et les portes du foie, elle cause des douleurs et des
nausées | ||
Mais, lorsqu’un souffle doux, venu de l’intelligence, peint sur le foie
des images contraires et apaise son amertume, en évitant d’agiter et de
toucher ce qui est contraire à sa propre nature, lorsqu’il se sert pour agir sur
l’âme appétitive d’une douceur de même nature que celle du foie, qu’il
restitue à toutes ses parties leur attitude droite, leur poli et leur liberté, il rend
joyeuse et sereine la partie de l’âme logée autour du foie et lui fait passer
honorablement la nuit en la rendant capable d’user, pendant le sommeil, de la
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divination , parce qu’elle ne participe ni à la raison ni à la sagesse | ||
C’est ainsi que ceux qui nous ont formés, fidèles à l’ordre de leur père,
qui leur avait enjoint de rendre la race mortelle aussi parfaite qu’ils le
pourraient, améliorèrent même cette pauvre partie de notre être en y mettant
l’organe de la divination, pour qu’elle pût toucher en quelque manière à la
vérité | ||
Ce qui montre bien que Dieu a donné la divination à l’homme pour
suppléer à la raison, c’est qu’aucun homme dans son bon sens n’atteint à une
divination inspirée et véridique ; il ne le peut que pendant le sommeil, qui
entrave la puissance de l’esprit, ou quand sa raison est égarée par la maladie
ou l’enthousiasme | ||
C’est à l’homme dans son bon sens qu’il appartient de se
rappeler et de méditer les paroles prononcées en songe ou dans l’état de veille
par la puissance divinatoire ou par l’enthousiasme, de soumettre à l’épreuve
du raisonnement toutes les visions aperçues et de chercher comment et à qui
elles annoncent un mal ou un bien futur, passé ou présent | ||
Mais quand un
homme est dans le délire et qu’il n’en est pas encore revenu, ce n’est pas à lui
à juger ses propres visions et ses propres paroles et le vieux dicton a raison
qui affirme qu’il n’appartient qu’au sage de faire ses propres affaires et de se
connaître soi-même | ||
C’est pourquoi la loi a institué la race des prophètes
pour juger les prédictions inspirées par les dieux | ||
On leur donne parfois le
nom de devins : c’est ignorer totalement qu’ils sont des interprètes des
paroles et des visions mystérieuses, mais non pas des devins : le nom qui leur
convient le mieux est celui de prophètes des choses révélées par la
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divination | ||
Voilà pour quelle raison le foie a la nature et la place que nous disons ;
c’est pour la divination | ||
Ajoutons que c’est dans le corps vivant qu’il donne
les signes les plus clairs | ||
Privé de la vie, il devient aveugle et ses oracles sont
trop obscurs pour avoir une signification précise | ||
Quant au viscère voisin, il a
été fabriqué et placé à gauche en vue du foie, pour le tenir toujours brillant et
pur, comme une éponge disposée en vue du miroir et toujours prête pour
l’essuyer | ||
C’est pourquoi, lorsque des impuretés s’amassent autour du foie
par suite des maladies du corps, la substance poreuse de la rate les absorbe et
les nettoie, parce qu’elle est tissée d’une matière creuse et exsangue | ||
Il
s’ensuit que, lorsqu’elle se remplit de ces rebuts, elle grossit et s’envenime, et
qu’au rebours, quand le corps est purgé, elle se réduit et retombe à son
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volume normal | ||
En ce qui regarde l’âme, ce qu’elle a de mortel et ce qu’elle a de divin,
comment, en quelle compagnie et pour quelle raison ses deux parties ont été
logées séparément, avons-nous dit la vérité ? Pour l’affirmer, il faudrait que
Dieu confirmât notre dire | ||
Mais que nous ayons dit ce qui est vraisemblable,
dès à présent et après un examen encore plus approfondi, nous pouvons nous
hasarder à l’affirmer | ||
Affirmons-le donc | ||
Maintenant il faut poursuivre de la
même façon la suite de notre sujet, c’est-à-dire la formation du reste du corps | ||
Voici d’après quel raisonnement il conviendrait surtout de l’expliquer | ||
Les
auteurs de notre espèce avaient prévu quelle serait notre intempérance à
l’égard du boire et du manger et que, par gourmandise, nous consommerions
beaucoup plus que la mesure et le besoin ne l’exigeraient | ||
Aussi, pour éviter
que les maladies ne détruisissent rapidement la race mortelle et qu’elle ne
finît tout de suite, avant d’atteindre sa perfection, les dieux prévoyants
disposèrent ce qu’on appelle le bas-ventre pour servir de réceptacle au
surplus de la boisson et de la nourriture, et ils y enroulèrent les intestins sur
eux-mêmes, de peur que la nourriture, en passant rapidement, ne forçât le
corps à réclamer rapidement aussi d’autres aliments, et, le rendant insatiable,
n’empêchât toute l’espèce humaine de cultiver la philosophie et les muses et
d’obéir à la partie la plus divine qui soit en nous | ||
Pour les os, les chairs et toutes les substances de cette sorte, voici
comment les choses se passèrent | ||
Toutes ont leur origine dans la génération
de la moelle ; car c’est dans la moelle que les liens de la vie, puisque l’âme
est liée au corps, ont été fixés et ont enraciné la race mortelle ; mais la moelle
elle-même a été engendrée d’autres éléments | ||
Dieu prit les triangles primitifs
réguliers et polis, qui étaient les plus propres à produire avec exactitude le
feu, l’eau, l’air et la terre ; il sépara chacun d’eux de son propre genre, les
mêla les uns aux autres en due proportion, et en fit la moelle, préparant ainsi
la semence universelle de toute espèce mortelle | ||
Puis il y implanta et y
attacha les diverses espèces d’âmes, et au moment même de cette répartition
originelle, il divisa la moelle elle-même en autant de sortes de figures que
chaque espèce devait en recevoir | ||
Une partie devait, comme un champ fertile,
recevoir en elle la semence divine ; il la fit exactement ronde et il donna à
cette partie de la moelle le nom d’encéphale, dans la pensée que, lorsque
chaque animal serait achevé, le vase qui la contiendrait serait la tête | ||
L’autre
partie, qui devait contenir l’élément mortel de l’âme, il la divisa en figures à
la fois rondes et allongées et il les désigna toutes sous le nom de moelle | ||
Il y
attacha, comme à des ancres, les liens de l’âme entière, puis construisit
l’ensemble de notre corps autour de la moelle, qu’il avait au préalable
enveloppée tout entière d’un tégument osseux | ||
Il composa les os de cette façon : ayant passé au crible de la terre pure et
lisse, il la délaya et la mouilla avec de la moelle, puis la mit au feu, ensuite la
plongea dans l’eau, et derechef la remit au feu, puis dans l’eau, et, la faisant
passer ainsi à plusieurs reprises dans l’un et l’autre élément, la rendit
insoluble à tous les deux | ||
Alors il s’en servit pour façonner autour du cerveau
de l’animal une sphère osseuse, dans laquelle il laissa une étroite ouverture | ||
Puis, autour de la moelle du cou et du dos, il façonna des vertèbres, qu’il fixa
pour la soutenir, comme des pivots, à partir de la tête jusqu’à l’extrémité du
tronc | ||
Ainsi, pour protéger toute la semence, il l’enferma dans une enveloppe
pierreuse, à laquelle il mit des articulations, utilisant en cela la nature de
l’Autre, comme une puissance insérée entre elles, pour permettre les
mouvements et les flexions | ||
Considérant d’autre part que la contexture de la
substance osseuse était plus sèche et plus raide qu’il ne convenait et aussi
que, si elle devenait très chaude ou au contraire se refroidissait, elle se
carierait et corromprait vite la semence qu’elle contient, pour ces raisons, il
imagina l’espèce des nerfs et de la chair, de manière qu’en liant tous les
membres ensemble avec les nerfs qui se tendent et se relâchent autour de
leurs pivots, il rendît le corps flexible et extensible, tandis que la chair devait
être un rempart contre la chaleur et une protection contre le froid, et aussi
contre les chutes, parce qu’elle cède au choc des corps mollement et
doucement, à la façon d’un vêtement rembourré de feutre | ||
De plus, comme
elle contient en elle une humeur chaude, elle devait en été, en transpirant et se
répandant au-dehors, procurer à tout le corps une fraîcheur naturelle, et, au
rebours, pendant l’hiver, le défendre suffisamment, grâce à son feu, contre le
froid qui l’assaille du dehors et l’enveloppe | ||
C’est dans cette intention que celui qui nous modela, ayant fait un
harmonieux mélange d’eau, de feu et de terre, y ajouta un levain formé
d’acide et de sel, et composa ainsi la chair, qui est molle et pleine de suc | ||
Pour les nerfs, il les composa d’un mélange d’os et de chair sans levain, tirant
de ces deux substances une seule substance intermédiaire en qualité, et il se
servit de la couleur jaune pour la colorer | ||
De là vient que les nerfs sont d’une
nature plus ferme et plus visqueuse que les chairs et plus molle et plus
flexible que les os | ||
Dieu s’en servit pour envelopper les os et la moelle, liant
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les os l’un à l’autre au moyen des nerfs , puis il recouvrit le tout d’une
enveloppe de chairs | ||
À ceux des os qui renfermaient le plus d’âme il donna la
plus mince enveloppe de chair et à ceux qui en contenaient le moins,
l’enveloppe la plus ample et la plus épaisse | ||
En outre, aux jointures des os, là
où la raison ne montrait pas quelque nécessité de placer beaucoup de chair, il
en fit pousser peu, de peur qu’elle ne gênât la flexion des membres et
n’appesantît le corps en lui rendant le mouvement difficile | ||
Il avait encore un
autre motif : c’est que les chairs abondantes, éparses et fortement tassées les
unes sur les autres, auraient par leur rigidité rendu le corps insensible, affaibli
la mémoire et paralysé l’intelligence | ||
Voilà pourquoi les cuisses et les
jambes, la région des hanches, les os du bras et de l’avant-bras et tous nos
autres os qui n’ont pas d’articulations, et aussi tous les os intérieurs qui,
renfermant peu d’âme dans leur moelle, sont vides d’intelligence, tous ces os
ont été amplement garnis de chairs ; ceux, au contraire, qui renferment de
l’intelligence, l’ont été plus parcimonieusement, sauf lorsque Dieu a formé
quelque masse de chair pour être par elle-même un organe de sensation, par
exemple l’espèce de la langue ; mais, en général, il en est ce que nous avons
dit | ||
Car la substance qui naît et se développe en vertu de la nécessité n’admet
en aucune façon la coexistence d’une vive sensibilité et d’os épais et de chair
abondante | ||
Autrement, c’est la structure de la tête qui, plus que toute autre
partie, aurait réuni ces caractères, s’ils eussent consenti à se trouver
ensemble, et l’espèce humaine, couronnée d’une tête charnue, nerveuse et
forte, aurait joui d’une vie deux fois, maintes fois même plus longue, plus
saine, plus exempte de souffrances que notre vie actuelle | ||
Mais en fait les
artistes qui nous ont fait naître, se demandant s’ils devaient faire une race qui
aurait une vie plus longue et plus mauvaise, ou une vie plus courte et
meilleure, s’accordèrent à juger que la vie plus courte, mais meilleure, était
absolument préférable pour tout le monde à la vie plus longue, mais plus
mauvaise | ||
C’est pour cela qu’ils couvrirent la tête d’un os mince, mais non de
chairs et de nerfs, puisqu’elle n’a pas d’articulations | ||
Pour toutes ces raisons
la tête qui fut ajoutée au corps humain est plus sensible et plus intelligente,
mais beaucoup plus faible que le reste | ||
C’est pour les mêmes motifs et de la même façon que Dieu mit certains
nerfs au bas de la tête autour du cou et les y souda suivant un procédé
symétrique, et s’en servit aussi pour attacher les extrémités des mâchoires
sous la substance du visage | ||
Quant aux autres, il les distribua dans tous les
membres pour lier chaque articulation à sa voisine | ||
Pour l’appareil de la bouche, ses organisateurs le disposèrent, comme il
l’est actuellement, avec des dents, une langue et des lèvres, en vue du
nécessaire et en vue du bien ; ils imaginèrent l’entrée en vue du premier et la
sortie en vue du second | ||
Car tout ce qui entre pour fournir sa nourriture au
corps est nécessaire, et le courant de paroles qui sort de nos lèvres pour le
service de l’intelligence est le plus beau et le meilleur de tous les courants | ||
Pour en revenir à la tête, il n’était pas possible de la laisser avec sa boîte
osseuse toute nue, exposée aux rigueurs alternées des saisons, ni de la couvrir
d’une masse de chairs qui l’eût rendue stupide et insensible | ||
Or, comme la
substance de la chair ne se dessèche pas, il se forma autour d’elle une
pellicule qui la dépassait en grandeur et qui se sépare d’elle : c’est ce que
nous appelons aujourd’hui la peau | ||
Grâce à l’humidité du cerveau, cette peau
crût et se ferma sur elle-même de manière à revêtir tout le tour de la tête | ||
L’humidité qui montait sous les sutures l’arrosa et la referma sur le sommet
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de la tête, en la ramassant dans une sorte de nœud | ||
Ces sutures, qui
affectent toutes sortes de formes, sont l’effet de la puissance des cercles de
l’âme et de la nourriture ; elles sont plus nombreuses, si la lutte entre ces
deux influences est plus vive, moins nombreuses, quand elle est moins
violente | ||
Toute cette peau, le dieu la troua tout autour de la tête par des piqûres de
feu ; quand elle fut percée et que l’humidité s’écoula dehors au travers d’elle,
tout le liquide et toute la chaleur qui étaient purs s’en allèrent ; mais ce qui
avait été formé par un mélange avec les éléments dont la peau elle-même
était composée, soulevé par le mouvement, s’étendit dehors en un long fil
aussi fin que la piqûre ; mais repoussé, à cause de la lenteur du mouvement,
par l’air extérieur qui l’environnait, il revint se pelotonner à l’intérieur sous la
peau et y prit racine | ||
C’est suivant ces procédés que la nature a fait naître les
cheveux dans la peau : c’est une substance en forme de fil de même nature
que la peau, mais plus dure et plus dense, à cause de la constriction opérée
par le refroidissement, lorsque chaque cheveu qui se détache de la peau se
refroidit et se condense | ||
C’est ainsi que notre créateur a fait notre tête velue,
en utilisant les causes que nous avons mentionnées | ||
Il pensa qu’au lieu de
chair, les cheveux devaient être pour la sûreté du cerveau une enveloppe
légère, propre à lui fournir de l’ombre l’été et un abri pendant l’hiver, sans
entraver ni gêner en rien la sensibilité | ||
En outre, à la place où les nerfs, la peau et les os ont été entrelacés dans
nos doigts, un composé de ces trois substances, en se desséchant, devint une
seule peau dure qui les contient toutes | ||
Elle fut façonnée par les causes
auxiliaires que nous avons dites, mais achevée, et ce fut là la cause
essentielle, en vue des créatures qui devaient exister par la suite | ||
Ceux qui
nous construisaient savaient qu’un jour les femmes et les bêtes naîtraient des
hommes ; ils savaient en particulier que parmi les créatures beaucoup
auraient besoin de griffes pour maint usage | ||
C’est pour cela qu’ils
ébauchèrent chez les hommes dès leur naissance la formation des ongles | ||
C’est dans ce dessein et pour ces raisons qu’ils firent pousser à l’extrémité
des membres la peau, les cheveux et les ongles | ||
Lorsque toutes les parties et tous les membres de l’animal mortel eurent
été réunis en un tout, il se trouva que cet animal devait nécessairement vivre
dans le feu et dans l’air | ||
Aussi fondu et vidé par eux, il dépérissait, quand les
dieux imaginèrent pour lui un réconfort | ||
Mêlant à d’autres formes et à
d’autres sens une substance parente de la substance humaine, ils donnèrent
ainsi naissance à une autre sorte d’animaux | ||
Ce sont les arbres, les plantes et
les graines, aujourd’hui domestiqués et éduqués par la culture, qui se sont
apprivoisés avec nous | ||
Auparavant il n’y avait que les espèces sauvages, qui
sont plus anciennes que les espèces cultivées | ||
Tout ce qui participe à la vie
mérite fort justement le nom d’animal ; et ce dont nous parlons en ce moment
participe de la troisième espèce d’âme, celle dont nous avons marqué la place
entre le diaphragme et le nombril, qui n’a aucune part à l’opinion, au
raisonnement, à l’intelligence, mais seulement à la sensation agréable et
désagréable, ainsi qu’aux appétits | ||
En effet le végétal est toujours passif, et sa
formation ne lui a pas permis, en tournant en lui-même et sur lui-même, en
repoussant le mouvement extérieur et usant seulement du sien propre, de
raisonner sur rien de ce qui le concerne et d’en discerner la nature | ||
Il vit donc
à la manière d’un animal, mais il est fixé au sol, immobile et enraciné, parce
qu’il est privé du pouvoir de se mouvoir par lui-même |
Subsets and Splits
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