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<title>Linguistique. La révolution générative</title>
<author>Nicolas Journet</author>
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<name>Bertrand Gaiffe</name>
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<note type="resume">Savez-vous qui, aux Etats-Unis, occupe la huitième place au palmarès des
personnalités les plus citées de tous les temps ? Après Jésus-Christ, Marx, Freud, Newton
et quelques autres, c'est le linguiste Noam Chomsky.</note>
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<author>Nicolas Journet</author>
<title>Linguistique. La révolution générative</title>
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<title level="a">Linguistique. La révolution générative</title>
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<date when="2000-09-01">Dossier</date>
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<biblScope type="issue" n="2001">100 ans de sciences humaines - Hors-série n° 30 - Décembre 2000/Janvier-Février 2001</biblScope>
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<term>Nicolas Journet</term>
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<head> Linguistique. La révolution générative </head>
<head type="author"> Nicolas Journet </head>
<p>
<hi rend="h3">Savez-vous qui, aux Etats-Unis, occupe la huitième place au palmarès des personnalités
les plus citées de tous les temps ? Après Jésus-Christ, Marx, Freud, Newton et quelques
autres, c'est le linguiste Noam Chomsky.</hi>
</p>
<p> Selon Howard Gardner, <quote><hi rend="i">« l'histoire de la linguistique moderne est en grande partie
celle de Chomsky lui-même et des réactions que ses idées ont provoquées dans la
communauté scientifique »</hi></quote><ref target="#1" type="lexique">(1)</ref>.</p>
<p>L'ère moderne en question commence en 1957 lorsque, sur recommandation de Roman Jakobson,
l'éditeur néerlandais Mouton accepte de publier l'essai d'un chercheur de 29 ans associé
au Laboratoire d'électronique du MIT de Boston : <bibl><title><foreign xml:lang="en"><hi rend="i">Syntactic Structures</hi></foreign></title></bibl>, le premier
texte théorique de Chomsky, contient déjà les idées essentielles qui amèneront
l'émergence, dix ans plus tard, d'une école générativiste, aujourd'hui incontournable aux
Etats-Unis et peut-être dans le monde. Dans ce texte, N. Chomsky développe une manière
tout à fait nouvelle de considérer le langage. Il prend, par exemple, les deux phrases
<quote><hi rend="i">« le chat a attrapé la souris</hi></quote> » et <quote><hi rend="i">« la souris a été attrapée par le
chat »</hi></quote> : elles ont le même sens, bien que l'ordre des termes soit changé. Pour
Chomsky, si ce sens est conservé, c'est qu'il existe à un niveau plus profond une
proposition qui dit que le chat (acteur) a agi (verbe) sur la souris (récepteur). Pour
lui, la formation du sens est, en premier lieu, une question de syntaxe. La phrase « Des
idées vertes et incolores dorment furieusement » est apparemment dépourvue de sens. Mais
nous pouvons lui trouver une signification poétique plus facilement qu'à « incolores des
idées furieusement dorment et vertes ». C'est la démonstration que certaines structures
syntaxiques sont plus indispensables à l'apparition du sens que les mots que l'on y
place.</p>
<p>Ce sont ces « phrases-noyaux », ainsi que les règles de transformations particulières à
chaque langue permettant de former des énoncés corrects, dont Chomsky affirme alors
qu'elles sont l'objet fondamental de la linguistique.</p>
<div>
<head> Une proposition révolutionnaire </head>
<p>Bien qu'elle hérite l'enseignement de Zellig Harris, la proposition de Chomsky va à
l'encontre de ce qui se fait à l'époque. En Europe comme aux Etats-Unis, la linguistique
structurale considère chaque langue comme un système en soi (mais qui peut être la
transformation d'un autre) susceptible de produire un nombre limité d'énoncés : c'est à
travers l'étude de ces corpus supposés finis et décomposables que l'on cherche à décrire
les différents systèmes de langues, en partant de leurs unités les plus petites (les
sons). Aux Etats-Unis, le grand maître de la discipline est Leonard Bloomfield,
descripteur de langues exotiques : pour lui, la théorie du langage est achevée, reste à
lui donner une matière. Par ailleurs, Bloomfield est un behavioriste convaincu : il ne
doute pas que la compétence langagière s'acquiert en même temps que la langue maternelle,
par imitation, essais et erreurs. Or, tout ce que pense Chomsky est d'emblée différent :
pour lui, la linguistique structurale ne parvient pas à expliquer la grammaire des
langues, ni à les comparer entre elles, parce qu'elle n'a pas une bonne théorie. Elle ne
voit pas que le langage est une machine à générer des phrases et que c'est à ce niveau que
se pose le problème du sens, pas en deça. Le sens est inséparable de la syntaxe et il
s'agit donc de comprendre comment, à partir de propositions bien formées, on peut générer
des phrases correctes dans une langue. Derrière tout cela, il y a l'idée que le langage
est une faculté mentale abstraite et créative capable, à partir d'un petit nombre de
structures universelles, de produire une infinité d'énoncés. Telles sont les bases de la
théorie qu'entre 1957 et 1965, Chomsky s'efforcera de faire reconnaître, usant aussi bien
de l'attaque que de la défense : son compte-rendu ironique, publié en 1959, du livre de B.
Skinner <title><hi rend="i">Verbal Behavior</hi></title> lui permet de se faire connaître comme polémiste acharné,
et n'est d'ailleurs qu'une escarmouche en comparaison de ce qui l'attendait plus tard.
Chomsky, dont les convictions libertaires sont au moins aussi radicales que ses idées
linguistiques, ne cessera de croiser le fer avec ses critiques scientifique et politiques.
En 1965 et 1966, il publiera coup sur coup les deux livres qui énoncent l'un la théorie
standard qu'il défendra pendant dix ans (<bibl><hi rend="i">Theory of Syntax</hi></bibl>), l'autre sa vision
générale du langage comme faculté humaine (<bibl><hi rend="i">Cartesian Linguistics</hi></bibl>). Déjà, selon
Robert Barsky, même ses adversaires ne peuvent plus vivre sans lui <ref target="#2" type="lexique">(2)</ref>.</p>
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