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il eut recours à l'homme, implora son adresse.
l'homme lui mit un frein, lui sauta sur le dos,
ne lui donna point de repos
que le cerf ne fût pris, et n'y laissât la vie;
et cela fait, le cheval remercie
l'homme son bienfaiteur, disant : je suis à vous,
adieu. je m'en retourne en mon séjour sauvage.
non pas cela, dit l'homme ; il fait meilleur chez nous :
je vois trop quel est votre usage.
demeurez donc, vous serez bien traité,
et jusqu'au ventre en la litière.
hélas! que sert la bonne chère
quand on n'a pas la liberté !
le cheval s'aperçut qu'il avait fait folie ;
mais il n'était plus temps : déjà son écurie
etait prête et toute bâtie.
il y mourut en traînant son lien.
sage s'il eût remis une légère offense.
quel que soit le plaisir que cause la vengeance,
c'est l'acheter trop cher, que l'acheter d'un bien
sans qui les autres ne sont rien.
<|sep|>
<|titre|>le loup et le chien maigre<|titre|>
autrefois carpillon fretin
eut beau prêcher, il eut beau dire ;
on le mit dans la poêle à frire.
je fis voir que lâcher ce qu'on a dans la main,
sous espoir de grosse aventure,
est imprudence toute pure.
le pêcheur eut raison ;
carpillon n'eut pas tort.
chacun dit ce qu'il peut pour défendre sa vie.
maintenant il faut que j'appuie
ce que j'avançai lors de quelque trait encor.
certain loup, aussi sot que le pêcheur fut sage,
trouvant un chien hors du village,
s'en allait l'emporter ; le chien représenta
sa maigreur : jà ne plaise à votre seigneurie
de me prendre en cet état-là ;
attendez, mon maître marie
sa fille unique. et vous jugez
qu'étant de noce, il faut, malgré moi que j'engraisse.
le loup le croit, le loup le laisse.
le loup, quelques jours écoulés,
revient voir si son chien n'est point meilleur à prendre.
mais le drôle était au logis.
il dit au loup par un treillis :
ami, je vais sortir. et, si tu veux attendre,
le portier du logis et moi
nous serons tout à l'heure à toi.
ce portier du logis était un chien énorme,
expédiant les loups en forme.
celui-ci s'en douta. serviteur au portier,
dit-il ; et de courir. il était fort agile ;
mais il n'était pas fort habile :
ce loup ne savait pas encor bien son métier.
<|sep|>
<|titre|>le rat et l'elephant<|titre|>
se croire un personnage est fort commun en france.
on y fait l’homme d’importance,
et l’on n’est souvent qu’un bourgeois :
c’est proprement le mal françois .
la sotte vanité nous est particulière.
les espagnols sont vains, mais d’une autre manière.
leur orgueil me semble en un mot
beaucoup plus fou, mais pas si sot.
donnons quelque image du nôtre,
qui sans doute en vaut bien un autre.
un rat des plus petits voyait un eléphant
des plus gros, et raillait le marcher un peu lent
de la bête de haut parage,
qui marchait à gros équipage.
sur l’animal à triple étage
une sultane de renom,
son chien, son chat, et sa guenon,
son perroquet, sa vieille, et toute sa maison,
s’en allait en pèlerinage.
le rat s’étonnait que les gens
fussent touchés
de voir cette pesante masse :
comme si d’occuper ou plus ou moins de place
nous rendait, disait-il, plus ou moins importants.
mais qu’admirez-vous tant en lui vous autres hommes?
serait-ce ce grand corps, qui fait peur aux enfants ?
nous ne nous prisons pas, tout petits que nous sommes,
d’un grain moins que les eléphants.
il en aurait dit davantage ;
mais le chat sortant de sa cage
lui fit voir en moins d’un instant
qu’un rat n’est pas un eléphant.
<|sep|>
<|titre|>le cerf malade<|titre|>
en pays pleins de cerfs un cerf tomba malade.
incontinent maint camarade
accourt à son grabat le voir, le secourir,
le consoler du moins : multitude importune.
eh ! messieurs, laissez-moi mourir.
permettez qu'en forme commune
la parque m'expédie, et finissez vos pleurs.
point du tout : les consolateurs