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comme alexandre ; et plein de confiance
chez le marchand tout droit il s'en alla ;
se mit à table : on vit tant d'assurance
en ses discours et dans tout son maintien,
qu'on ne crut point qu'il se doutât de rien.
ami, dit-il, je sais que tu me quittes ;
même l'on veut que j'en craigne les suites ;
mais je te crois un trop homme de bien :
tu n'as point l'air d'un donneur de breuvage.
je n'en dis pas là-dessus davantage.
quant à ces gens qui pensent t'appuyer,
ecoute-moi. sans tant de dialogue,
et de raisons qui pourraient t'ennuyer,
je ne te veux conter qu'un apologue.
il était un berger, son chien, et son troupeau.
quelqu'un lui demanda ce qu'il prétendait faire
d'un dogue de qui l'ordinaire
etait un pain entier. il fallait bien et beau
donner cet animal au seigneur du village.
lui berger pour plus de ménage
aurait deux ou trois mâtineaux,
qui lui dépensant moins veilleraient aux troupeaux
bien mieux que cette bête seule.
il mangeait plus que trois : mais on ne disait pas
qu'il avait aussi triple gueule
quand les loups livraient des combats.
le berger s'en défait : il prend trois chiens de taille
a lui dépenser moins, mais à fuir la bataille.
le troupeau s'en sentit, et tu te sentiras
du choix de semblable canaille.
si tu fais bien, tu reviendras à moi.
le grec le crut. ceci montre aux provinces
que, tout compté mieux vaut en bonne foi
s'abandonner à quelque puissant roi,
que s'appuyer de plusieurs petits princes.
<|sep|>
<|titre|>le laboureur et ses enfants<|titre|>
travaillez, prenez de la peine :
c'est le fonds qui manque le moins.
un riche laboureur, sentant sa mort prochaine,
fit venir ses enfants, leur parla sans témoins.
gardez-vous, leur dit-il, de vendre l'héritage
que nous ont laissé nos parents.
un trésor est caché dedans.
je ne sais pas l'endroit ; mais un peu de courage
vous le fera trouver : vous en viendrez à bout.
remuez votre champ dès qu'on aura fait l'août.
creusez, fouillez, bêchez, ne laissez nulle place
où la main ne passe et repasse.
le père mort, les fils vous retournent le champ
deçà, delà, partout ; si bien qu'au bout de l'an
il en rapporta davantage.
d'argent, point de caché. mais le père fut sage
de leur montrer avant sa mort
que le travail est un trésor .
<|sep|>
<|titre|>la querelle des chiens et des chats et celle des chats et des souris<|titre|>
la discorde a toujours régné dans l'univers ;
notre monde en fournit mille exemples divers :
chez nous cette déesse a plus d'un tributaire.
commençons par les éléments:
vous serez étonnés de voir qu'à tous moments
ils seront appointés contraire.
outre ces quatre potentats,
combien d'êtres de tous états
se font une guerre éternelle ?
autrefois un logis plein de chiens et de chats,
par cent arrêts rendus en forme solennelle,
vit terminer tous leurs débats.
le maître ayant réglé leurs emplois, leurs repas,
et menacé du fouet quiconque aurait querelle,
ces animaux vivaient entre eux comme cousins ;
cette union si douce, et presque fraternelle,
édifiait tous les voisins.
enfin elle cessa. quelque plat de potage,
quelque os, par préférence, à quelqu'un d'eux donné,
fit que l'autre parti s'en vint tout forcené
représenter un tel outrage.
j'ai vu des chroniqueurs attribuer le cas
aux passe-droits qu'avait une chienne en gésine.
quoi qu'il en soit, cet altercas
mit en combustion la salle et la cuisine ;
chacun se déclara pour son chat, pour son chien.
on fit un règlement dont les chats se plaignirent,
et tout le quartier étourdirent.
leur avocat disait qu'il fallait bel et bien
recourir aux arrêts. en vain ils les cherchèrent.
dans un recoin où d'abord leurs agents les cachèrent,
les souris enfin les mangèrent.
autre procès nouveau. le peuple souriquois
en pâtit : maint vieux chat, fin, subtil, et narquois,
et d'ailleurs en voulant à toute cette race,
les guetta, les prit, fit main basse.
le maître du logis ne s'en trouva que mieux.
j'en reviens à mon dire. on ne voit sous les cieux
nul animal, nul être, aucune créature,
qui n'ait son opposé ; c'est la loi de nature.
d'en chercher la raison, ce sont soins superflus.
dieu fit bien ce qu'il fit, et je n'en sais pas plus.
ce que je sais, c'est qu'aux grosses paroles