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on en vient sur un rien, plus de trois quarts du temps.
humains, il vous faudrait encore à soixante ans
renvoyer chez les barbacoles .
<|sep|>
<|titre|>rien de trop<|titre|>
je ne vois point de créature
se comporter modérément.
il est certain tempérament
que le maître de la nature
veut que l'on garde en tout. le fait-on ? nullement.
soit en bien, soit en mal, cela n'arrive guère.
le blé, riche présent de la blonde cérès
trop touffu bien souvent épuise les guérets ;
en superfluités s'épandant d'ordinaire,
et poussant trop abondamment,
il ôte à son fruit l'aliment .
l'arbre n'en fait pas moins ; tant le luxe sait plaire!
pour corriger le blé, dieu permit aux moutons
de retrancher l'excès des prodigues moissons.
tout au travers ils se jetèrent,
gâtèrent tout, et tout broutèrent,
tant que le ciel permit aux loups
d'en croquer quelques-uns : ils les croquèrent tous ;
s'ils ne le firent pas, du moins ils y tâchèrent.
puis le ciel permit aux humains
de punir ces derniers : les humains abusèrent
à leur tour des ordres divins.
de tous les animauxl'homme a le plus de pente
à se porter dedans l'excès.
il faudrait faire le procès
aux petits comme aux grands. il n'est âme vivante
qui ne pèche en ceci. rien de trop est un point
dont on parle sans cesse, et qu'on n'observe point.
<|sep|>
<|titre|>le mal marie<|titre|>
que le bon soit toujours camarade du beau,
dès demain je chercherai femme ;
mais comme le divorce entre eux n'est pas nouveau,
et que peu de beaux corps hôtes d'une belle âme
assemblent l'un et l'autre point,
ne trouvez pas mauvais que je ne cherche point.
j'ai vu beaucoup d'hymens, aucuns d'eux ne me tentent :
cependant des humains presque les quatre parts
s'exposent hardiment au plus grand des hasards ;
les quatre parts aussi des humains se repentent.
j'en vais alléguer un qui, s'étant repenti,
ne put trouver d'autre parti,
que de renvoyer son epouse
querelleuse, avare, et jalouse.
rien ne la contentait, rien n'était comme il faut :
on se levait trop tard, on se couchait trop tôt,
puis du blanc, puis du noir, puis encore autre chose;
les valets enrageaient, l'epoux était à bout ;
monsieur ne songe à rien, monsieur dépense tout,
monsieur court, monsieur se repose.
elle en dit tant, que monsieur, à la fin,
lassé d'entendre un tel lutin,
vous la renvoie à la campagne
chez ses parents. la voilà donc compagne
de certaines philis qui gardent les dindons
avec les gardeurs de cochons.
au bout de quelque temps, qu'on la crut adoucie,
le mari la reprend. eh bien ! qu'avez-vous fait ?
comment passiez-vous votre vie ?
l'innocence des champs est-elle votre fait ?
assez, dit-elle ; mais ma peine
etait de voir les gens plus paresseux qu'ici ;
ils n'ont des troupeaux nul souci.
je leur savais bien dire, et m'attirais la haine
de tous ces gens si peu soigneux.
eh, madame, reprit son époux tout à l'heure,
si votre esprit est si hargneux
que le monde qui ne demeure
qu'un moment avec vous, et ne revient qu'au soir,
est déjà lassé de vous voir,
que feront des valets qui toute la journée
vous verront contre eux déchaînée ?
et que pourra faire un epoux
que vous voulez qui soit jour et nuit avec vous ?
retournez au village : adieu. si de ma vie
je vous rappelle et qu'il m'en prenne envie,
puissé-je chez les morts avoir pour mes péchés
deux femmes comme vous sans cesse à mes côtés.
<|sep|>
<|titre|>la matrone d'ephese<|titre|>
s'il est un conte usé, commun, et rebattu,
c'est celui qu'en ces vers j'accommode à ma guise.
et pourquoi donc le choisis-tu ?
qui t'engage à cette entreprise ?
n'a-t-elle point déjà produit assez d’écrits ?
quelle grâce aura ta matrone
au prix de celle de pétrone ?
comment la rendras-tu nouvelle à nos esprits ?
sans répondre aux censeurs, car c'est chose infinie,
voyons si dans mes vers je l'aurai rajeunie.
dans ephèse il fut autrefois
une dame en sagesse et vertus sans égale
et selon la commune voix
ayant su raffiner sur l'amour conjugale.
il n’était bruit que d'elle et de sa chasteté :