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Guide pratique du diabète, 6e édition (2019, Elsevier Masson)
L’annonce doit donc être préparée, bienveillante, empathique et utiliser préférentiellement une écoute active — inciter le patient à s’exprimer avec des questions ouvertes et des silences (fiche 51). Références HAS, Guide Parcours de soin, diabète de type 2 de l’adulte 2014. www.has- sante.fr/portail/upload/ docs/application/pdf/2014-04/guide_pds_diabete_t_3_web.pdf. HAS, Actualisation du référentiel de pratiques de l’examen périodique de santé (EPS) Prévention et dépistage du diabète de type 2 et des maladies liées au diabète, 2014. www.has-sante.fr/portail/ upload/docs/application/pdf/2015- 02/7v_referentiel_2clics_diabete_060215.pdf. F I C H E 16 Les objectifs d’HbA1c dans le diabète de type 2 L’objectif du traitement hypoglycémiant à long terme est la prévention des complications de la micro- et de la macro-angiopathie. Les hypoglycémies chez les personnes à risque sont à éviter autant que l’apparition ou l’aggravation des complications chroniques et aiguës liées à l’hyperglycémie. Est-ce qu’équilibrer le diabète de type 2 prévient les complications ? j Les études randomisées disponibles dans le diabète de type 2 (UKPDS, ADVANCE, ACCORD, VADT) ont permis de montrer que l’équilibre du
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diabète prévenait l’apparition ou l’aggravation des complications de la micro-angiopathie, en particulier de la rétinopathie et de la néphropathie. j Par contre, le bénéfice du contrôle de la glycémie sur les événements cardiovasculaires est moins clair sur le court terme, d’autant que le risque cardiovasculaire est multifactoriel. j Vouloir normaliser à tout prix la glycémie chez des patients avec des anté- cédents cardiovasculaires s’est même avéré délétère (plus de décès dans l’étude ACCORD). j Il faut attendre plus de 10 ans pour voir apparaître un bénéfice cardiovasculaire de l’équilibre du diabète de type 2 : baisse de 20 % d’un critère composite au bout de 10 ans dans l’étude VADT et de 30 % du risque d’infarctus du myocarde au bout de 20 ans par exemple dans l’étude UKPDS). j Mais aucune étude n’a montré une baisse de la mortalité cardiovasculaire en équilibrant le diabète de type 2. j Il est donc plus efficace pour prévenir les événements cardiovasculaires dans le diabète de type 2 d’arrêter de fumer, d’avoir une pression artérielle à moins de Guide pratique du diabète © 2019, Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés. 94 Le diabète de type 2 140/90, et surtout un LDL-cholestérol à moins de 0,7 g/l, que de s’acharner à faire descendre l’HbA1c. j En revanche, la prévention de la micro-angiopathie sur le long terme nécessite d’avoir un bon contrôle glycémique (HbA1c < 7 % sans hypoglycémies). Ce que nous apprend l’étude UKPDS
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( United Kingdom Prospective Study) Cette étude, portant sur plus de 4 500 diabétiques de type 2 suivis pendant 10 ans, répartis en 4 groupes (régime, sulfamides, biguanides, insuline), a apporté la preuve qu’en matière de prévention de la micro-angiopathie, le bénéfice de l’équilibre glycémique était comparable dans le diabète de type 2 et dans le diabète de type 1. Elle a également montré que le bénéfice était plus faible en ce qui concerne la macro-angiopathie et en particulier la prévention primaire de l’insuffisance coronaire (-16 % NS d’infarctus du myocarde dans les groupes traités par sulfamides ou insuline versus le groupe contrôle traité par régime seul), confirmant en cela les études prospectives de cohortes, qui avaient montré qu’à 1 point d’HbA1c en plus, correspondait une augmentation de 10 à 15 % de la morbimortalité cardiovasculaire sur 10 ans. Cependant, le suivi des patients 10 ans après la fin de l’étude (post- UKPDS) a montré un bénéfice significatif en matière de morbimortalité cardiovasculaire dans le groupe « traitement dit intensif », montrant encore un bénéfice du traitement de l’hyperglycémie chez les diabétiques de type 2 en prévention primaire, mais après une durée de plus de 10 ans. L’UKPDS a encore montré que la metformine chez les sujets obèses avait un béné- fice cardiovasculaire important (-39 % d’infarctus du myocarde), indépendant de son efficacité hypoglycémiante. Enfin, elle a montré que les sulfamides hypoglycé- miants comme l’insuline n’augmentaient pas le risque cardiovasculaire, du moins en prévention primaire. Que nous ont appris les études ACCORD, ADVANCE et VADT ?
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Plusieurs études ont été rapportées en 2008 concernant les effets du traitement de l’hyperglycémie sur le risque de survenue d’infarctus du myocarde, d’accidents vasculaires cérébraux et de décès d’origine cardiovasculaire dans le DT2. L’étude ACCORD, portant sur 10 251 patients diabétiques de type 2, a dû être arrêtée prématurément au bout de 3 ans et demi, car les patients du groupe « traitement intensif de la glycémie » avaient présenté une augmentation significative de la mortalité cardiovasculaire de 35 %, avec une augmentation significative de mortalité toutes causes confondues de 22 %, soit 257 décès versus 207. Les objectifs d’HbA1c dans le diabète de type 2 95 Cette surmortalité a concerné des patients de 62 ans, en surpoids (93 kg), ayant 10 ans de diabète et une HbA1c à 8,3 % au début de l’étude. Les malades étaient majoritairement à haut risque cardiovasculaire : 35 % avaient des antécédents de maladie cardiovasculaire. L’HbA1c du traitement « intensif » s’est abaissée en quelques mois de 8,3 à 6,5 % pour atteindre en fin d’étude 6,4 %, tandis que dans le groupe « contrôle », l’HbA1c a baissé progressivement pour se maintenir ensuite autour de 7,5 %. Pourquoi a-t-on observé une augmentation de la mortalité dans l’étude ACCORD ? Le point essentiel est que l’étude ACCORD était la seule à avoir pour objectif une HbA1c inférieure à 6 %, ce qui n’est proposé à ce jour par aucune recommandation nationale ou internationale. L’objectif était même plus strict, puisqu’il était précisé que si la glycémie à jeun atteignait ou dépassait 1 g/l, ou si la glycémie 2 h après le début du repas atteignait ou dépassait 1,40 g/l, il fallait intensifier le traitement, même si l’HbA1c était inférieure à 6 %. Une étude a cherché à caractériser les patients victimes de la surmortalité dans le groupe « intensif » : patients très déséquilibrés à l’entrée dans
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l’étude (HbA1c > 9 %) et ayant résisté à l’intensification du traitement. Il semble donc que la mul-tiplication des traitements hypoglycémiants chez des patients qui y sont très résistants ait conduit à un trouble de rythme et/ou une hypoglycémie sévère isolée qui a été fatale. Les sociétés savantes américaine et européenne proposent donc dans leur recommandation de fixer un objectif glycémique moins strict (HbA1c à 8 %) chez les patients coronariens, avec une HbA1c élevée et baissant de moins de 0,5 % en 3 mois après intensification des traitements. Deux autres études (ADVANCE, ayant porté sur 11 140 patients diabétiques de type 2, et l’étude des VETERANS, ayant porté sur 1 791 patients à haut risque cardiovasculaire) n’ont pas confirmé ce résultat. Dans l’étude ADVANCE, l’HbA1c du groupe « traitement intensif » a atteint l’objectif de 6,5 % versus 7,5 % dans le groupe « contrôle ». Dans l’étude des VETERANS (VADT), le groupe « intensif » a atteint 6,9 % versus 8,4 % dans le groupe « contrôle ». Aucune de ces deux études n’a montré de surmortalité dans le groupe « traitement intensif ». Le principal résultat de l’étude ADVANCE est la réponse qu’elle a apportée à l’étude ACCORD, en montrant une absence de surmortalité chez les patients du groupe « traitement intensif » qui avaient obtenu une HbA1c à 6,5 %. En revanche, elle n’a pas montré de bénéfice sur les événements macrovasculaires du traitement intensif, qui permettait d’obtenir une HbA1c à 6,5 %. L’étude des VETERANS (VADT) n’a pas non plus trouvé de différences des événements cardiovasculaires entre le groupe « intensif » qui a atteint 6,9 % versus 8,4 % dans le groupe « contrôle ». Cependant, une diminution du critère composite « infarctus du myocarde + décès d’origine cardiovasculaire » apparaît dans le groupe qui a eu le traitement intensif pendant 5 ans, mais 5 ans plus tard.
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96 Le diabète de type 2 Conclusion j Contrôler la glycémie diminue le risque de micro-angiopathie dans les 5 ans. j Contrôler la glycémie diminue le risque cardiovasculaire, mais seulement dans les 10 à 15 ans chez des patients comme ceux de l’UKPDS en prévention primaire. j On peut donc penser que l’hyperglycémie intervient essentiel ement en favorisant la glyco-oxydation de la matrice extracellulaire, c’est-à-dire, en quelque sorte, le vieillissement de la paroi artérielle à l’origine de la médiacalcose. Ceci pourrait expliquer qu’un bénéfice du traitement intensif de la glycémie ne soit observé qu’après de nombreuses années et qu’à l’inverse, lorsqu’il existe des lésions calcifiées, on ne peut plus espérer de bénéfice d’un traitement intensif de la glycémie. Les objectifs d’HbA1c (tableau 16.1) j Pour chaque patient, on doit se demander pourquoi on traite la glycémie : prévention des complications de la micro-angiopathie ? de la micro-angiopathie ? de la déshydratation ? j Les objectifs seront modulés en fonction du contexte, et en particulier de l’espérance de vie et de l’état cardiovasculaire. j Si l’espérance de vie est courte, l’objectif ne doit pas être la prévention des complications chroniques, mais la prévention de la déshydratation et de l’infection. j Si le patient est déjà coronarien, l’objectif du traitement hypoglycémiant est uniquement de prévenir les complications graves de la micro- angiopathie, tout en évitant les hypoglycémies. Pour cela, une HbA1c autour de 7,5 % est suffisante.
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Mais l’intérêt des analogues du GLP-1 dans ce contexte peut conduire à leur prescription indépendamment de l’HbA1c, pour diminuer le risque de mortalité cardiovasculaire, d’autant qu’ils n’augmentent pas le risque d’hypoglycémie. j Pour les patients encore jeunes, en début de diabète, avec des coronaires encore saines, l’objectif est la prévention des complications de la micro- angiopathie à 5 ans, et des événements cardiovasculaires à 15 ans. On peut fixer l’objectif d’une HbA1c autour de 6,5 % sans hypoglycémie ni prise de poids. Prévention de la micro-angiopathie j Obtenir une HbA1c à moins de 6,5 % est atteignable au tout début du diabète, lorsque la résistance à l’insuline est encore facile à vaincre avec de la metformine seule, chez un sujet jeune, ayant une longue espérance de vie. (Les complications graves de la micro-angiopathie demandent 15 ans de diabète pour arriver.). j Un objectif d’HbA1c inférieure ou égale à 7,5 % permet dans l’immense majorité des cas d’éviter les complications graves de micro-angiopathie. Les objectifs d’HbA1c dans le diabète de type 2 97 (cid:0) 9 % < 2,1 1,50 2,5 ale)
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Person [Tenir c altération rénale, p risque glyc plu de d Sour (cid:0) Les objectifs d’HbA1c dans le diabète de type 2 99 Prévention de la macro-angiopathie j La prévention de la macro-angiopathie suppose de normaliser l’ensemble des facteurs de risque vasculaire. j Le bénéfice du traitement hypoglycémiant reste modeste, avec environ 10 à 15 % d’événements cardiovasculaires en moins pour 1 point d’hémoglobine A1c en moins, et surtout lointain : équilibrer le diabète diminue les événements cardiovasculaires 10 à 20 ans plus tard ! j L’objectif idéal est donc théoriquement la normalisation de l’hémoglobine A1c, à condition que le patient ait une très longue espérance de vie, des artères coronaires saines et de ne pas prendre de risque d’hypoglycémies répétées ni sévères.
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j En prévention secondaire, on se contentera d’une HbA1c entre 7 et 8 % sans hypoglycémie. Mais on peut légitimement se poser la question de rajouter un analogue de GLP-1 (le liraglutide en particulier), dans la mesure où ce traitement diminue la mortalité cardiovasculaire indépendamment de l’HbA1c chez les patients coronariens (étude LEADER). Cas particulier de la personne âgée Chez les personnes âgées ayant une espérance de vie inférieure à 10 ans et ne présentant aucune complication microvasculaire (fond d’œil normal), l’objectif glycémique doit être révisé afin d’éviter tout risque d’hypoglycémie, tout en évitant l’hyperglycémie trop importante qui favorise les infections à répétition, la déshydratation, voire le coma hyperosmolaire. Des glycémies pré-prandiales autour de 1,50 g/l (HbA1c < 9 %) paraissent alors acceptables. En revanche, s’il existe une rétinopathie (plus ou moins associée à une glomé- rulopathie) ou une neuropathie, quel que soit l’âge, il faut rechercher un « équilibre glycémique correct », c’est-à-dire un équilibre glycémique limitant le risque d’aggravation. Une glycémie pré-prandiale inférieure à 1,40 g/l, avec une HbA1c à moins de 8 %, est acceptable. Cas particulier de la patiente avec un diabète de type 2 souhaitant une grossesse : Objectif HbA1c < 6,5 % avec des glycémies à jeun inférieures à 0,95 g/l, des glycé- mies post-prandiales inférieures à 1,20 g/l, et avant l’arrêt de la contraception pour diminuer le risque de malformation fœtale. 100 Le diabète de type 2 Références
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Études randomisées sur le diabète et l’équilibre glycémique VADT (Veterans Affairs Diabetes Trial). N Engl J Med 2009;360:2. UKPDS (United Kingdom Prospective Diabetes Study). Lancet 1998;352:837-53. 854-65. UKPDS à 10 ans. N Engl J Med 2008;359:1577. ACCORD (Action to Control Cardiovascular Risk in Diabetes). N Engl J Med 2008;358:2545-59. ADVANCE (Action in Diabetes and Vascular Disease: preterax and diamicron Modified Release Controlled Evaluation). N Engl J Med 2008;358:2560-72. Étude randomisée sur le risque cardiovasculaire et le liraglutide LEADER (Liraglutide Cardiovascular Outcome in Type 2 Diabetes). N Engl J Med 2016;375:311. F I C H E 17 Les grands principes de la diététique du patient diabétique de type 2 Il est important de cibler les conseils diététiques donnés aux patients diabétiques de type 2 (encadré 17.1). Le but de l’accompagnement des patients est de leur donner du recul sur leur manière de se nourrir et de leur proposer des outils pour modifier dans la durée la qualité de leur alimentation.
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L’idée n’est pas d’obtenir une perte de poids rapide, dont on sait qu’elle conduit à une perte importante de masse musculaire et favorise à terme le rebond de poids. Le plus important est que le patient prenne conscience de ce qu’il mange, et amorce lui-même des changements qui le motivent. Encadré 17.1 La diététique du diabétique de type 2 j Préconise une alimentation variée et équilibrée. Pour que le rééquilibrage alimentaire soit durable, les régimes stricts sont à bannir. j Ne repose pas sur le changement radical des habitudes alimentaires. Les objectifs doivent être discutés avec le patient et devront être dans l’idéal formulés par le patient lui-même. j Nécessite de limiter, en priorité, les graisses et l’alcool. j N’encourage pas à s’orienter systématiquement vers les aliments dits allégés et les produits « pour diabétiques », sans augmenter les sucres à index élevés. j Devrait être systématiquement associée à une activité physique modérée et régu-lière. Là encore, il faudra discuter avec le patient et s’adapter en fonction de son état de santé, ses moyens, etc. Guide pratique du diabète
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© 2019, Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés. 102 Le diabète de type 2 Encadré 17.2 Le régime méditerranéen Un des seuls « régimes » ayant prouvé son efficacité dans l’amélioration du diabète, de la perte de poids et de la prévention cardiovasculaire est la diète méditerranéenne. Elle consiste à privilégier : j Les légumes : à chaque repas. j Les féculents et pains riches en fibres. j La consommation de légumineuses en guise de féculents : 2 fois par semaine. j Les fruits : maximum 3 portions par jour. j La consommation quotidienne de : – sauce SOFRITO (à base de tomates, ail frais, oignon, poireaux et huile d’olive) ; – noix, amandes et noisettes (non grillées et non salées) ;
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– laitages et fromages (maximum 1 portion/jour) au lait de chèvre et brebis. j La consommation de poissons/fruits de mer : au moins 3 fois par semaine. j L’utilisation exclusive d’huile d’olive comme matière grasse de cuisson et d’assaison-nement. j Une activité physique quotidienne. Elle consiste aussi à limiter la consommation de : j Viande rouge : moins de 2 fois par semaine. j Charcuterie grasse. j Confiseries et produits sucrés. j Produits transformés et raffinés. j Beurre et crème fraîche. j Boissons sucrées et alcoolisées (maximum 1 verre de vin rouge par repas).
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L’idéal serait que le patient adopte un « régime méditerranéen » (encadré 17.2), le seul à avoir démontré sa capacité à diminuer les événements cardiovasculaires. Mais il est probablement difficile de changer radicalement de culture culinaire. Contrairement aux idées reçues, l’objectif principal de la prise en charge est d’insister sur la diminution de la consommation des graisses avant même celle des sucres. En effet, un apport excessif, y compris de « bonnes graisses », augmente le surpoids et l’insulinorésistance. Focus 1 : les lipides Ils doivent représenter 35 à 40 % de l’apport énergétique total. Les graisses d’ajout j 1 à 2 cuillère(s) à soupe d’huile par repas principal et par personne. Toutes les huiles contiennent 100 % de lipides : elles sont donc à limiter ! Les grands principes de la diététique du patient diabétique de type 2 103 Toutefois, une consommation en acides gras mono- et polyinsaturés est recommandée en privilégiant les huiles de colza, d’olive et de noix. j Repère : pour évaluer les quantités de graisses d’ajout, demander au patient la durée de sa bouteille d’huile pour le foyer (recommandation : 1 litre d’huile pour 1 mois pour 2 adultes). j 10 à 15 g de margarine ou de beurre au petit déjeuner. Privilégier leur consommation crue ou fondue. Éviter la « cuisine au beurre » ou à la « crème fraîche ».
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À retenir 10 g d’huile (1 c. à soupe) = 15 g de beurre ou de margarine (1 noix) = 10 g de mayonnaise (1 c. à café bombée) = 30 g de crème fraîche à 30 % MG (1 c. à soupe). Les graisses de composition j Le fromage est à limiter à 1 portion par jour soit 30 à 40 g en alternant les types de fromages (max. 50 % de matière grasse [MG]). j Parmi les laitages, privilégier ceux inférieurs à 3,5 % MG. Ceux à 0 % MG n’ont pas vraiment d’intérêt car ils privent les consommateurs de certaines vitamines. Éviter les laitages gras type yaourt à la grecque, fromage blanc surmonté de chantilly, fromage blanc à 40 % MG, etc. (ces derniers sont aussi gras qu’une portion de fromage !). j Limiter la consommation de viandes grasses, charcuteries grasses, tartes salées/sucrées, viennoiseries, fast-food, fritures… j Néanmoins, il est recommandé de consommer une fois par semaine des poissons gras (saumon, harengs, sardines, maquereaux) pour leur apport en oméga 3. Focus 2 : les glucides Ils doivent représenter 50 à 55 % de l’apport énergétique total dont 15 à 20 % de glucides simples. En pratique, il est souhaitable de : j Privilégier les glucides à index glycémique bas. j Privilégier les céréales et pains complets (moins hyperglycémiants et plus ras-sasiants) en raison de leur teneur élevée en fibres.
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j Mettre l’accent sur l’association féculents-légumes verts/crudités aux repas, qui favorise une absorption plus lente des glucides et majore l’effet satiétogène. j Limiter les fruits à 2 ou 3 portions par jour (nécessaires pour couvrir les besoins en fibres, vitamines et minéraux mais riches en sucres). j Rendre occasionnelle la consommation d’aliments sucrés selon les équivalences ci-dessous : 104 Le diabète de type 2 À retenir Équivalences glucidiques 1 fruit moyen = 20 g de glucides peut être remplacé occasionnellement par : = j 2 boules de glace ou de sorbet j 1 mousse au chocolat (100 g)
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j 1 yaourt aux fruits sucré j 1 île flottante j 1 part de riz au lait ou semoule au lait (100 g) j 1 dessert lacté au caramel j 4-6 carrés de chocolat j 1 madeleine j 3 biscuits secs 60 g de pain = 30 g de glucides (= 6 carrés de sucre) = j 1 croissant ou 1 brioche ou 1 pain au lait j 1 gaufre ou 2 fines crêpes j
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1 fine tranche de cake ou de quatre-quarts À retenir 1 portion de fruit = j 250 g de fraise, framboises, groseilles j ½ melon j 1 grosse tranche de pastèque j 1 pamplemousse j 4 abricots ou prunes j 2 petites nectarines ou pêches j 3 clémentines j 2 kiwis j
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½ mangue ou ¼ ananas j 6 mirabelles j 1 orange ou 1 poire ou 1 pomme j 1 banane moyenne j 15 cerises ou grains de raisin Focus 3 : les boissons L’alcool Les boissons alcoolisées sont à limiter, car elles : Les grands principes de la diététique du patient diabétique de type 2 105 j favorisent la prise de poids (1 verre d’alcool servi au bar = 10 g d’alcool, soit 70 kcal) ; j aggravent l’insulinorésistance (l’alcool étant directement métabolisé en triglycérides par le foie). Repère : consommer maximum 2 verres de vin par jour (au cours des repas), sans toutefois dépasser 10 verres par semaine et en évitant d’en consommer systématiquement tous les jours. Les boissons sucrées
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On entend par boissons sucrées, les sodas, les jus de fruits, les thés glacés, certaines eaux aromatisées et les sirops. Elles sont à limiter fortement et idéalement à supprimer car elles : j favorisent les pics glycémiques ; j contribuent grandement à la prise de poids ; j entretiennent l’appétence pour le goût sucré. Il est possible de les substituer occasionnellement par leurs versions « light » ou « zéro » à base d’édulcorants de synthèse. Cependant, les effets de ces produits édulcorés sont toujours actuellement sujets à discussion et il a déjà été prouvé que leur consommation régulière a un impact négatif sur la flore intestinale. Ils sont donc à limiter de manière préventive. Par précaution, la consommation de ces sucres de synthèse est déconseillée pendant la grossesse. Focus 4 : l’activité physique Avec les patients atteints de diabète de type 2, le slogan « Manger, bouger » prend encore plus de sens pour favoriser l’équilibre glycémique. Il faut encourager le patient à lutter contre la sédentarité : j Marcher au minimum 30 minutes à 1 heure par jour. j Et/ou pratiquer une activité physique sportive 2 à 3 fois par semaine. j Privilégier les escaliers aux ascenseurs... L’index glycémique La notion d’index glycémique est complexe, mais elle a néanmoins toute son importance dans la prise en charge du patient diabétique. Cependant, il faudra veiller à aborder cette notion en fonction du niveau de compréhension du patient.
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Définition de l’index glycémique L’index glycémique (IG) (figure 17.1) est la méthode de classification des aliments glucidiques qui remplace celle des « sucres lents » et « sucres rapides ».
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106 Le diabète de type 2
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Figure 17.1. Échelle des index glycémiques. L’IG permet de comparer le pouvoir hyperglycémiant de ces aliments par rapport au glucose (qui représente l’IG maximal défini à 100). On distingue trois catégories d’aliments : j les aliments à IG élevé (> 70) ; j les aliments à IG moyen (50 à 70) ; j les aliments à IG bas (< 50).
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Les grands principes de la diététique du patient diabétique de type 2 107
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Figure 17.2. Facteurs influençant l’index glycémique. Quels bénéfices tirer de l’IG pour le diabète et la santé du patient ? Choisir des aliments à IG moyen ou bas (figure 17.2), permet de : 108 Le diabète de type 2 j Réduire les pics glycémiques post-prandiaux et à plus long terme favoriser un meilleur équilibre du diabète. j Favoriser une sensation de satiété durable et à plus long terme une meilleure gestion du poids. Les facteurs influençant l’index glycémique (tableau 17.1) Astuces pour abaisser l’IG des repas j Privilégier les aliments les moins transformés. Exemple : éviter les féculents à cuisson rapide, les purées en sachets, les compotes, les céréales soufflées… j Mettre de la couleur dans vos assiettes : tous les légumes sont intéressants pour leur apport en fibres et leur pouvoir satiétogène. j Remettre les légumineuses au menu : lentilles corail, lentilles vertes, pois cassés, pois chiches, fèves, haricots secs… j Éviter de prolonger la cuisson des féculents et préférez-les al dente. j Éviter de consommer un aliment à IG élevé (figure 17.1, en rouge sur le schéma) de manière isolée, il est recommandé de l’associer avec un aliment à IG bas (en bleu sur la figure). Tableau 17.1. Facteurs influençant l’index glycémique. La cuisson
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Plus la cuisson de l’aliment est prolongée, plus l’IG sera élevé. Exemple : les pâtes al dente ont un IG plus bas que les pâtes très cuites. La température La température a également un impact sur l’IG. Exemple : la pomme de terre froide en salade a un IG plus bas que la pomme de terre chaude. La texture Plus la texture de l’aliment est modifiée, plus l’IG sera élevé. Exemple : IG pomme entière < IG compote de pommes < IG jus de pommes La présence d’autres La présence de gras et/ou de fibres diminue l’IG du repas. nutriments (gras, fibres) Exemple 1 : associer des brocolis à un plat de pâtes réduit l’IG du plat. Exemple 2 : ajouter du beurre ou de la margarine sur du pain abaisse l’IG du petit déjeuner. La transformation La plupart des procédés industriels (ex. : la cuisson-extrusion…) industrielle augmente l’IG.
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Exemples : galettes de riz soufflé, céréales de petit déjeuner, biscuits apéritif soufflés… En conclusion L’IG est une notion essentielle qui peut être expliquée simplement au patient. Les grands principes de la diététique du patient diabétique de type 2 109 Cependant, il faut prendre en considération la grande variabilité individuelle : chaque aliment a une réponse glycémique différente d’une personne à une autre. Il ne faut donc pas faire de l’IG une règle absolue. Tout dépend également des portions dans l’assiette (on parle alors de charge glycémique, qui correspond à la capacité d’une portion de l’aliment à élever la glycémie). Idées reçues sur la diététique du diabète et régimes à la « mode » Petit aperçu des idées reçues des patients sur la diététique « Le pain et les pâtes sont des sucres lents » Pas forcément ! Le pain blanc a un index glycémique (IG) proche de celui du glucose et fait donc fortement monter la glycémie, surtout consommé en grignotage. Des pâtes très cuites ont un IG plus élevé que des pâtes al dente. C’est pour cela que la notion de sucres lents et rapides est désormais désuète. « Il faut supprimer les aliments sucrés lorsqu’on a un diabète de type 2 » Pas systématiquement !
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Il s’agit surtout d’une question de fréquence : consommer des produits sucrés dans le cadre d’une alimentation équilibrée est compatible avec le diabète. Les intégrer occasionnellement peut éviter une désinhibition secondaire à la frustration. Il faut cependant éviter de les consommer de manière isolée et trop fréquemment. « L’huile d’olive est moins grasse que le beurre » L’huile d’olive, comme toutes les autres huiles, contient 100 % de lipides. Le beurre est quant à lui composé d’environ 82 % de lipides. Cependant, la composition en acides gras est différente ; le beurre contient des acides gras saturés qu’il convient de limiter, et les huiles, des acides gras insaturés préconisés pour la prévention cardiovasculaire. À noter tout de même que l’huile d’olive à elle seule ne suffit pas à obtenir l’équilibre optimal en acides gras insaturés car elle contient uniquement des omégas 9. Il est donc souhaitable d’associer les huiles de colza et de noix pour un parfait équilibre en omégas 3 et 6. « La pomme de terre est un légume » La pomme de terre est un féculent composé d’amidon, au même titre que les pâtes, le riz et le pain. Elle est certes un peu moins sucrée que les pâtes et le riz mais son IG peut varier énormément suivant son mode de préparation (voir ci-dessus). 110 Le diabète de type 2 « Le sorbet est moins sucré que la crème glacée »
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Le sorbet est aussi sucré que la crème glacée. Il est cependant moins gras. Il sera donc plus hyperglycémiant. Ces deux desserts sont à consommer à l’occasion comme des aliments plaisir. On pourra néanmoins veiller à les consommer sous forme d’équivalences et préférentiellement en fin de repas : j 2 boules de sorbet = 1 fruit ; j 2 boules de crème glacée = 1 fruit + 1 portion de fromage. « Le miel a tellement de bienfaits qu’on peut en consommer très régulièrement » Le miel a certes des bienfaits, il n’en demeure pas moins un produit riche en sucre : 81 % de glucides ! À utiliser donc avec parcimonie. Il faut veiller également à ne pas le consommer à distance des repas en raison de son pouvoir hyperglycémiant. À noter que le miel d’acacia aurait un index glycémique moindre… « Si je saute des repas, je vais manger moins et donc perdre du poids » Le corps est très prévoyant ! Le fait de sauter un repas alors que la sensation de faim est présente n’est pas forcément une bonne idée. Quand on a faim, cela signifie que le corps a besoin d’énergie. Si aucun repas, donc aucune énergie, ne lui est apportée, alors il va puiser dans ses réserves. Sauf qu’au prochain repas, le corps va avoir tendance à stocker au maximum afin de ne pas manquer. « Quand on est diabétique, on ne peut pas manger de bananes, carottes ou betteraves » La banane fait, certes, partie des fruits les plus sucrés. Néanmoins, une petite banane pas trop mûre apporte la même quantité de sucres qu’une pomme ou une orange. Les carottes sont un peu plus sucrées que la moyenne des légumes (5 % de glucides), mais ne contiennent finalement que 6,5 % de glucides.
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Les betteraves rouges contiennent, quant à elles, aux alentours de 9 % de glucides. Ce qu’il faut retenir, c’est de varier les fruits et légumes consommés. « Les produits allégés sont préférables » Il faut se méfier des allégations « sans sucre », « sans sucres ajoutés », « allégé en sucre », « light »…, sur les emballages des boissons, laitages, biscuits, confitures, etc. : j Ces mentions ne riment pas forcément avec moins de calories ou de sucres. On observe souvent une compensation de la diminution des sucres par une augmentation de la teneur en matières grasses ou inversement. j Leur consommation régulière n’a pas montré d’impact positif significatif sur l’équilibre glycémique, ni sur le poids. Les grands principes de la diététique du patient diabétique de type 2 111 « Le sirop d’agave ne contient pas de sucre » Le sirop d’agave contient 75 % de glucides dont 100 % de fructose. Il est donc à considérer comme un sucre d’ajout au même titre que le sucre de canne ou de betterave. Il a un IG plus bas que celui du sucre mais sa forme liquide encourage à en consommer davantage. « Tous les produits bio sont « bons » pour les diabétiques » « Bio » ne veut pas forcément dire moins riche en sucre ou moins riche en graisse… La mention bio fait seulement référence au mode de production du produit (sans pesticides…) ou des ingrédients le composant (sans OGM…). Il n’est
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en aucun cas le certificat d’un aliment à la qualité nutritionnelle irréprochable. Un produit industriel « bio » reste un produit industriel ! Régimes restrictifs à la mode et tendances (tableau 17.2) Ces régimes restrictifs : j seraient la plupart du temps contre-productifs et/ou néfastes pour la santé d’après les enquêtes de l’ANSES (Agence nationale de Sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) ; j peuvent engendrer des troubles du comportement alimentaire et une résistance à la perte de poids s’ils sont pratiqués à répétition, en particulier pour les régimes hyperprotéinés. Il faut encourager les patients à adopter une alimentation la plus variée possible en tenant compte de leurs goûts, de leur culture tout en l’associant à la pratique d’une activité physique régulière ; j peuvent également engendrer des troubles du transit provoqués par le faible apport en fibres ; j sont souvent synonymes de frustrations importantes pouvant engendrer des fringales majeures, préjudiciables pour la santé du patient. Il faut donc conserver les aliments plaisir en limitant leur fréquence. Les écarts alimentaires ponctuels n’ont pas d’impact majeur sur l’équilibre glycémique ; j peuvent être plus coûteux qu’une alimentation équilibrée. Il faut donc les éviter… En conclusion Actuellement, devant l’afflux de sources d’informations (internet, « recettes de grand-mère », articles des revues féminines, blogs, etc.), il devient difficile pour le patient, mais également pour le professionnel de santé, d’identifier le caractère scientifique de l’effet de mode. Les idées reçues restent très nombreuses… Le plus important est de garder à l’esprit la notion d’équilibre alimentaire en évitant les extrêmes. 112
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Le diabète de type 2 Tableau 17.2. Régimes restrictifs à la mode et tendances. Régime Principe Facteur Avantages & d’exclusion inconvénients sociale/ Intérêt pour le diabète Frustration et la santé Sans gluten Exclusion de tous les xx Pas d’intérêt démontré sur produits contenant l’équilibre glycémique. du gluten qui est une Les produits sans gluten
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protéine : seigle, avoine, sont souvent : blé, orge, kamut, épeautre. Plus riches en glucides, Très à la mode mais très ou ayant un IG plus élevé restrictif. (car utilisation de farines/ fécules de maïs ou de riz). Plus industriels, ils contiennent la plupart du temps plus d’additifs, d’émulsifiants et d’épaississants. Moins riches en fibres Plus coûteux. Cétogène Exclusion des glucides, xx Régime hyperlipidique
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majoration des apports avec notamment en lipides (80 à 90 % des majoration des graisses apports énergétiques saturées. totaux). Par conséquent, attention Les 10 à 20 % restants au LDL-cholestérol. sont répartis entre les Risque potentiel de protéines et les glucides. majorer l’insulinorésistance Aucun féculent n’est (à évaluer). consommé et les Régime hypoglucidique. quantités de fruits et Risque d’hypoglycémie si
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légumes sont contrôlées. insuline ou sulfamides Les corps cétoniques sont Besoin d’une alors la principale source supplémentation d’énergie. vitaminique. Indication médicale actuelle seulement en cas d’épilepsie pharmacorésistante. (cid:0) Les grands principes de la diététique du patient diabétique de type 2 113 (cid:0) Régime Principe Facteur Avantages &
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d’exclusion inconvénients sociale/ Intérêt pour le diabète Frustration et la santé LCHF Même principe que xx Idem régime cétogène Low Carb high le régime cétogène Fat mais moins strict sur la quantité de glucides. Consommation importante d’oléagineux (fruits à coque). Souvent associé à d’autres régimes restrictifs type « sans gluten » ou « sans
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lactose » … Paléo Régime qui dit être xx Carences en vitamine D et calqué sur les habitudes en calcium. alimentaires des hommes Surconsommation de préhistoriques : les produits carnés et donc de chasseurs-cueilleurs. protéines : risque d’atteinte Alimentation riche rénale à évaluer en protéines, fruits et Régime hypoglucidique légumes. Pas de céréales, majorant le risque légumineuses ou produits
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d’hypoglycémie si insuline laitiers. ou sulfamides Hyperprotéiné La consommation des xxx Risque d’acétose. sources alimentaires de Effet « yoyo » ascendant protéines est privilégiée. démontré : aggravation Listes d’aliments interdits du surpoids après phase et autorisés. d’amaigrissement En général, le régime se Surconsommation de décompose en plusieurs protéines majorant le phases : la phase risque d’atteinte rénale.
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d’attaque, de croisière, Régime hypoglucidique de consolidation et de majorant le risque stabilisation. d’hypoglycémie si insuline ou sulfmides Régime hypolipidique même en graisses de bonne qualité. (cid:0) 114 Le diabète de type 2 (cid:0) Régime Principe Facteur Avantages & d’exclusion inconvénients
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sociale/ Intérêt pour le diabète Frustration et la santé Sans lactose Le lactose est un glucide x Pas d’intérêt sur l’équilibre naturellement présent glycémique. dans le lait. Risque de carence en Exclusion du lait et calcium. limitation des laitages selon la tolérance du patient. Pas de lactose dans le fromage donc a priori pas de restriction.
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Sans lectine La lectine est une x Pas d’intérêt sur l’équilibre protéine végétale glycémique. présente surtout dans les Risque de consommation légumineuses, certaines insuffisante en fibres. céréales, la plupart des végétaux et dans le lait. Vegan Mode de vie prônant xx Risque de carence en l’exclusion de tous les vitamine B12. produits animaux ou issus Risque de carence en fer.
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des animaux : Risque de consommation - viandes, poissons, œufs excessive en glucides - produits laitiers (fruits, féculents, pain…). - beurre/crème fraîche - miel 5-2 Régime hypocalorique xxx Risques d’hypoglycémie Jeûne strict (à moins de durant les durant les 2 jours de intermittent 500 kcal/j pour les 2 jours de restriction majeure (pour
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femmes et moins Restriction le régime 5-2) et la longue de 600 kcal/j pour période de jeûne (pour les hommes) durant le jeûne intermittent) si 2 jours de la semaine : insuline ou sulfamides alimentation Sensation de faim exclusivement à base importante de légumes verts sans Effet non encore évalué matière grasse, viandes dans le diabète sur la perte maigres et laitages de poids. maigres.
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Puis alimentation « normale » les 5 jours restants. Jeûne d’une durée de 16 h du dîner jusqu’au déjeuner le lendemain. F I C H E 18 Activité physique et diabète de type 2 L’activité physique est aussi importante pour le traitement du diabète de type 2 que l’équilibre alimentaire. L’activité physique, ce n’est pas seulement le sport. C’est aussi l’activité quotidienne (marche à pied, montée des escaliers, natation, vélo, jardinage, promenade du chien…). Pour être efficace, elle doit être suffisamment prolongée et régulière. Il s’agit d’un changement de comportement. L’intérêt pour l’activité physique permet de « rompre » avec l’obsession calorique en orientant le patient vers une prise en charge plus globale de sa santé. Mais cela suppose une réappropriation du corps en surpoids et/ou vieilli, souvent rejeté par le patient. L’activité physique a un effet psychologique bénéfique. Elle peut être le moyen de retrouver un plaisir corporel oublié ou négligé. Elle peut être l’occasion de sortir d’un processus d’isolement et de résignation grâce au
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développement d’activités collectives. Globalement, l’activité physique a un effet antidépresseur. Dans l’étude Échantillon national témoin représentatif des personnes diabétiques (ENTRED 2007) : 18 % des patients diabétiques interrogés déclaraient souhaiter plus d’informations sur l’activité physique (contre 45 % pour l’alimentation, par exemple), 64 % des médecins interrogés signalaient que l’adhésion aux conseils en activité physique était un problème difficile à résoudre en pratique. Quelques définitions j L’activité physique est définie par « tout mouvement corporel produit par la contraction des muscles squelettiques, entraînant une dépense d’énergie supé- rieure à celle du repos ». Cela inclut le sport, mais aussi l’activité dans la vie quotidienne, dans le cadre professionnel, celle liée aux transports et réalisée au cours des loisirs. Chaque activité est caractérisée par quatre notions (FIT : fréquence, intensité, temps et circonstances). Guide pratique du diabète © 2019, Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés. 116 Le diabète de type 2 j L’activité physique est le plus souvent quantifiée en termes de MET ( metabolic equivalent task, « équivalent métabolique ») qui associe la durée et l’intensité. Un MET correspond à la dépense énergétique d’un sujet au repos, assis, pendant 1 h. Cela correspond à peu près à 1 kcal/kg de poids. On parle d’activité de faible intensité quand la dépense énergétique est inférieure à 3 METs, d’activité d’intensité modérée entre 3 et 6 METs et
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d’activité de forte intensité entre 6 et 9 METs. Le tableau 18.1 illustre la dépense énergétique au cours de quelques activités courantes. j Endurance : activités qui permettent de développer avant tout les capacités cardiorespiratoires. j Résistance : activité qui vise une augmentation de la masse et de la force musculaire et qui sont réalisées contre une résistance (poids du corps, poids…). j La sédentarité : comportement indépendant de l’activité physique qui correspond aux comportements au cours desquels la position assise ou couchée est dominante et la dépense énergétique très faible, voire nulle (1 à 1,5 MET). Par exemple, regarder la télévision ou des vidéos, travailler sur ordinateur, lire, conduire… activités nettement favorisées par la disponibilité actuelle des multiples types d’écran (ordinateur, télévision, téléphones portables…). Rôles de l’activité physique dans le diabète de type 2 j Spécifiques : prévention de la survenue du diabète : réduction de 30 à 50 % dans un délai de 3 à 6 ans de l’incidence du diabète de type avec ces mesures comportementales par rapport à des patients qui ne modifiaient par leur mode de vie. Cet effet survient indépendamment de la perte de poids et persiste sur le long terme ; Tableau 18.1. Équivalences d’activité en fonction de leur intensité. Activités légères Activités modérées Activités intenses
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Moins de 3 METs Entre 3 et 6 METs Plus de 6 METs • Marcher lentement • Marcher rapidement • Courir, marcher sportive- • Nager lentement (6 km/h) ment • Jardîner • Jouer au golf en portant • Nager (vitesse de • Pédaler à vélo sans faire ses clubs compétition) d’effort • Nager normalement • Faucher • Nettoyer les meubles, • Tondre la pelouse
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• Jouer au tennis en simple dépoussiérer • Jouer au tennis en double • Faire du vélo à plus de • Faire du vélo à 8-14 km/h 15 km/h ou en montée sur terrain plat ou peu pentu • Step, gymnastique 1 MET correspond à la dépense énergétique au repos, soit 1 kcal par kg de poids corporel et par heure. Activité physique et diabète de type 2 117 réduction de l’HbA1c chez les personnes diabétiques : de 0,6 % (0,3-0,9) pour des entraînements de l’ordre de 3 séances de 60 min hebdomadaires, indépendamment de toute restriction calorique et de toute perte de poids. Ce gain d’HbA1c est du même ordre de grandeur que celui obtenu par les nouveaux traitements anti-diabétiques. Cet effet est obtenu quel que soit le type d’entraînement (résistance ou endurance ou mixte), tant qu’il est supervisé et semble d’autant plus important que le volume hebdomadaire est élevé. j Sur les complications du diabète : les études d’intervention ont démontré un effet très favorable de l’activité physique sur l’artérite oblitérante des membres inférieurs (augmentation du périmètre de marche et augmentation du périmètre de marche sans douleur de l’ordre de 80-120 m pour des entraînements en endurance de 2 séances supervisées par semaine) ;
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l’étude d’intervention sur le mode de vie Look AHEAD a montré une réduction de 30 % de l’évolution vers le très haut risque de maladie chronique rénale chez les patients dans le groupe intensif (objectif -7 % du poids par mesures diététiques et pratique d’au moins 175 min d’activité physique modérée à intense par semaine) en partie attribuable à la réduction de poids, de l’HbA1c et de la pression artérielle ; quelques études tendent à montrer un bénéfice sur les douleurs neuropathiques et l’équilibre pour les patients pratiquant une activité physique d’intensité modérée. j Non spécifiques mais intéressants dans le contexte du diabète type 2 : impact sur les facteurs de risque cardiovasculaire (diminution de la pression artérielle et des triglycérides et augmentation du HDL ; effet neutre sur le LDL-cholestérol) ; amélioration de la capacité cardiovasculaire ; réduction de la mortalité et des cancers. j Ne permet pas perdre de poids aux niveaux habituellement pratiqués : pour les niveaux d’entraînement qui permettent de réduire l’HbA1c de 0,6 %, la perte de poids n’est en moyenne que de 540 g… Plusieurs explications sont possibles : la dépense énergétique liée à l’activité physique est faible par rapport à la dépense totale des 24 h ; la dépense énergétique de repos et les apports alimentaires sont nettement variables d’un sujet à l’autre… Au-delà des variations de poids, c’est l’impact sur la composition corporelle qui est intéressant : l’activité physique permet de maintenir, voire d’augmenter la masse maigre, en particulier les exercices contre résistance ; elle permet de réduire la masse grasse, sans que la distinction entre masse grasse sous-cutanée et masse grasse viscérale soit facile à mettre en évidence. La préservation de la masse musculaire est importante puisqu’elle constitue le premier poste d’utilisation du glucose. 118
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Le diabète de type 2 Les recommandations La Société francophone du diabète a publié des recommandations pour le patient diabétique de type 2 dans l’optique de mieux contrôler l’HbA1c et la survenue des maladies chroniques. Ces recommandations sont peu différentes de celles de la population générale. Elles visent à : j Limiter la sédentarité à 7 heures maximum par jour entre le lever et le coucher. La qualité de ce temps sédentaire doit aussi être modifiée en « rompant » les temps de sédentarité (par exemple, les temps passés assis au bureau ou derrière l’ordinateur) par des pauses d’au moins 1 min pendant lesquelles les sujets passent de la position assise ou couchée à la position debout avec une activité physique considérée comme faible au niveau intensité. j Promouvoir l’activité physique dans le quotidien (activités dites non structurées), en privilégiant les déplacements à pied, les escaliers par rapport aux ascenseurs ou escalators… Puis la difficulté peut être augmentée en augmentant l’intensité (marche rapide pour les déplacements), ou en rajoutant des charges (revenir à pied avec ses courses), ou en choisissant des zones avec un dénivelé (monter un pont), en réalisant des flexions pour ranger ou nettoyer. j Pratiquer 150 minutes d’activité d’endurance par semaine au moins 3 j/ semaine avec pas plus de 2 j consécutifs sans activité physique ; d’intensité : au moins modérée (tableau 18.1), correspondant à 40-60 % de la VO2 max. (consommation maximale d’oxygène). Les repères qui peuvent être donnés au patient est d’être en aisance respiratoire (pouvoir continuer à parler en cours d’exercice) ou de ressentir l’effort comme « un peu difficile » ou encore de viser une fréquence cardiaque d’entraînement (FCE) par la formule suivante : FCE = FC
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repos + 0,6 (FC max. - FC repos). La fréquence cardiaque maximale est déterminée par l’épreuve d’effort cardiaque ou peut être calculée théoriquement par 220 moins l’âge du sujet. j Y associer deux séances hebdomadaires non consécutives de renforcement musculaire : 3 séries de 8 à 10 répétitions par exercice pour chaque grand groupe musculaire. j Des exercices de souplesse peuvent être ajoutés. Mécanismes physiopathologiques de l’exercice (aigu) et de l’entraînement (chronique) j Pendant l’exercice : augmentation de la captation musculaire de glucose par la contraction musculaire (transport + métabolisme du glucose) dans les muscles sollicités par des voies indépendantes de l’insuline. j Période post-exercice : augmentation de la captation du glucose en réponse à l’insuline pendant plusieurs heures (quel que soit le type d’exercice) ; Activité physique et diabète de type 2 119 augmentation de la capacité de stockage du glycogène dans les muscles mobilisés pendant l’exercice qui dépend en partie de l’importance de la déplétion en glycogène. j Entraînement en endurance : augmente la sensibilité à l’insuline (par exemple, la captation du glucose chez les mêmes sujets avant et après 6 semaines d’entraî-
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nement en endurance est augmentée de 30 % à 40 % 48 à 72 h après la dernière session d’exercice). j Entraînement quel que soit le type (endurance et/ou résistance) : augmentation de la signalisation post-récepteur de l’insuline, des transporteurs de glucose GLUT-4, de la capacité oxydative du muscle, de la quantité de glucose et d’insuline délivrée au muscle par augmentation de la densité capillaire et de la vasodilatation, modification de la composition musculaire (augmentation des fibres oxydatives de type 1). j Plus, spécifiquement, l’entraînement contre résistance augmente la masse musculaire et donc la capacité totale à utiliser le glucose. Attention Risque d’hypoglycémie ? j Les hypoglycémies sont possibles chez les patients traités pas insuline ou glinides ou sulfamides (fin d’après-midi particulièrement exposée). Un traitement par metformine et/ou inhibiteur DPP4 et/ou analogue du GLP1 ne peut pas provoquer d’hypoglycémie. j En pratique, l’action hypoglycémiante de l’activité physique est nette et donc évaluable par le malade lui-même grâce à la mesure de la glycémie capillaire au bout du doigt avant l’effort et 1 à 2 h après effort. En pratique La prescription doit être : j individualisée en fonction des stades de changement de comportement et adaptée à l’enquête préalable ;
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j progressive pour éviter le risque de blessure et augmenter la compliance ; j suivie : pour ritualiser ce nouveau comportement, conseiller des équivalences pour éviter la lassitude, mesurer et valoriser les progrès réalisés et définir de nouveaux objectifs ; j précise : type d’activité, fréquence, intensité, durée. Évaluer (enquête d’activité physique) : j le niveau de pratique actuel et antérieur dans les différents secteurs d’activité physique (tableau 18.2) ; j les obstacles (tableau 18.3) ; 120 Le diabète de type 2 Tableau 18.2. Questions pour évaluer le niveau d’activité physique en pratique clinique. Type d’activité Noter Professionnelle La profession principale Domestique Les activités réalisées à domicile (ex. : travail d’entretien de la maison…) Loisirs et sports Les activités actuelles et antérieures en identifiant l’activité de marche au cours des loisirs Transports, trajets
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• Le temps de trajet habituel (heures/jour) • Le mode de trajet « actif » (marche, vélo…) Occupations • Le temps passé : sédentaires • devant un écran : TV/vidéo/ordinateur (heures/jour) • au travail et en dehors du travail • en position assise (heures/jour) Tableau 18.3. Les obstacles. Obstacles Motivations Facteurs internes : - dépistage d’un syndrome d’apnées du - fatigue permanente sommeil - craindre de ne pas obtenir de bénéfices - découverte de nouvelles activités concrets physiques - ne pas avoir envie de montrer son corps
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- découverte de sensations agréables lors - avoir peur de se faire mal de la pratique de certaines activités - avoir peur du regard des autres - effets de l’activité physique sur la - ne pas aimer l’activité physique en général glycémie - n’avoir jamais fait de sport de sa vie - obtention de bénéfices pour sa santé - ne pas se sentir capable - manquer de confiance en soi - avoir peur des hypoglycémies - ne pas se sentir au niveau des autres… Absence de facteurs renforçants : pas de Associations de diabétiques qui font de soutien dans l’entourage l’activité physique, entourage motivé pour encourager à faire de l’activité physique État de santé : arthrose, insuffisance Antalgiques, ajustement des traitements, si
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respiratoire besoin réadaptation à l’effort en institution Facteurs structurels ou institutionnels : Piscine ou parcours de marche à proximité moyens de transport, moyens financiers, du domicile, temps libre à tel moment de manque de temps libre la journée… Représentations de l’activité physique, par En parler exemple : activité physique = sport = se faire mal ; l’activité physique domestique n’est pas de l’activité physique ; l’activité physique est efficace uniquement si l’on se fait mal ; il faut maigrir avant de faire de l’activité physique Le manque de connaissance des effets Le médecin reste la principale source d’information des patients sur les modifica- tions du mode de vie Activité physique et diabète de type 2
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121 j le lieu de vie et l’environnement (lieux de pratiques accessibles, sécurité, escaliers…) ; j S’aider des outils éventuellement connectés tels que podomètre, actimètre, tels qu’ils peuvent être utilisés dans la surveillance des glycémies, ou non connectés tels que semainier, mesure de la fréquence cardiaque, échelle visuelle analogique adaptée à différents paramètres tels que la dyspnée d’effort, les douleurs, la motivation, etc.). S’entendre sur un objectif Cela implique d’informer sur les bénéfices à en attendre (améliorer l’HbA1c ou la capacité cardiaque, éviter un traitement supplémentaire, stabiliser le poids, consolider les efforts diététiques…) et rechercher les fausses croyances (l’activité physique fait maigrir par exemple). Avoir évalué le retentissement du diabète : j Les recommandations conjointes Société française de cardiologie/Alfédiam de 2004 prévoient le dépistage de l’ischémie silencieuse pour des patients de plus de 45 ans et qui veulent reprendre une activité physique. j Attention particulière aux pieds en cas de risque podologique. De toute façon, l’activité physique suppose des soins d’hygiène rigoureux pour éviter macération et mycoses, le traitement des cors et des durillons et l’achat de chaussures confortables n’ayant pas de coutures intérieures saillantes susceptibles de blesser lors du frottement à la marche, avec toujours le port de chaussettes. j Une rétinopathie proliférante est une contre-indication temporaire aux activités physiques violentes responsables de poussées hypertensives susceptibles de déclencher une hémorragie rétinienne. Trouver des lieux de pratique de l’activité physique : j les associations ou fédérations habituelles qui proposent parfois des programmes spécifiques
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ou adaptés à la reprise de l’activité physique (randosanté de la FFRP, association Siel bleu www.sielbleu.org) ; j les associations spécifiques (Union Sport et Diabète) ; j les réseaux pour le diabète (ANCRED : www.ancred.fr) ou autres réseaux (UNRS : www.unrsante.fr) ; j les associations de patients : Association française des diabétiques (AFD : www. afd.asso.fr), Collectif interassociatif sur la santé (www.leciss.org) ; j possibilité de faire appel ponctuellement aux structures de réadaptation cardiovasculaire pour les patients porteurs d’une pathologie cardiovasculaire ; j chez les personnes âgées ou ayant une surcharge pondérale importante, la prescription initiale de séances de kinésithérapie peut aider à la reprise de l’activité et de la confiance en ces capacités physiques. 122 Le diabète de type 2 Références American Diabetes Association. Lifestyle Management: Standards of Medical Care in Diabetes. Diabetes Care 2019;42(Suppl. 1):S46-60. Duclos M, et al. Activité physique et diabète de type 2 : référentiel de la Société francophone du diabète (SFD), 2011. Med Mal Metab 2012;6(1):80-96. Expertise collective Inserm. Activité physique : contextes et effets sur la santé. Paris : Inserm ; 2008. Umpierre D, Ribeiro PA, Schaan BD, Ribeiro JP. Volume of supervised exercise training impacts glycae-mic control in patients with type 2 diabetes: a systematic review with meta-regression analysis. Diabetologia 2013 Feb;56(2):242-51.
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F I C H E 19 L’auto-surveillance glycémique dans le diabète de type 2 j Quand le patient est sous insuline, l’auto-surveillance glycémique est indispensable et totalement prise en charge par la CPAM. j Les systèmes de mesure continue du glucose (comme le flash glucose monitoring Freestyle Libre®) ne sont pris en charge que chez les patients ayant au moins 3 injections d’insuline par jour. j Dans les autres cas, la CPAM ne prend en charge que 200 bandelettes de lecture glycémique par an. Il est nécessaire de discuter avec le patient de l’utilité de cette surveillance et de l’accompagner sur des actions thérapeutiques. En effet l’auto-surveillance ne s’accompagne d’une baisse d’HbA1c significative que si elle aide le patient à agir. C’est ce que l’on appelle l’auto-contrôle. Attention Auto-contrôle au moment de la découverte du diabète j est très utile pour permettre au patient de prendre conscience d’une maladie asymptomatique : la mesure de la glycémie remplace le symptôme manquant et permet d’intégrer le fait que l’on est diabétique ; j
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permet de visualiser l’impact des différents aliments (en faisant un test 2 heures après le repas) et de juger des effets de ses efforts diététiques et du bénéfice de l’activité physique ; j permet au patient d’adapter éventuel ement son traitement médicamenteux en fonction d’algorithmes fixés par le médecin (par exemple pour des doses de repaglinide) ; Guide pratique du diabète © 2019, Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés. 124 Le diabète de type 2 j pour atteindre un objectif d’HbA1c < 7 %, les objectifs glycémiques sont : – moins de 1,3 g/l au réveil, – moins de 1,8 g/2 heures après un repas, – moins de 1,2 g/l avant le dîner ; j
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on peut proposer au patient de faire un test une fois dans la semaine le matin, une fois avant le dîner, et de regarder les glycémies post-prandiales uniquement des repas dont il souhaite découvrir l’impact. Il découvrira peut être ainsi que son petit-déjeuner est très hyperglycémiant et deman-dera des conseils diététiques ; j attention : l’intérêt de l’auto-surveillance est très limité si le patient ne peut en tirer aucune décision pratique. Une glycémie élevée entraîne alors un sentiment d’impuissance, voire de culpabilité, d’échec, conduisant à une frustration-dépression. Il est donc essentiel que le patient ait les moyens d’agir pour corriger une glycémie élevée. j C’est le rôle du médecin de l’accompagner pour cela. Attention Auto-contrôle pour dépister les hypoglycémies chez les patients traités par insulinosécréteurs (sulfamides et glinides) j Le patient doit avoir des bandelettes pour vérifier par exemple 2 fois dans la semaine sa glycémie de 17 h 00 : c’est l’heure des hypoglycémies sous sulfamides, qui se manifeste souvent par une fringale, poussant le patient à prendre une collation, ce qui le fait grossir. j Le patient doit avoir des bandelettes pour voir en cas de malaise si celui-ci est dû à une hypoglycémie, ce qui doit faire revoir les doses du traitement à la baisse. Attention
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Auto-contrôle post-prandial quand une HbA1c haute est discordante avec une glycémie correcte au réveil Dans ce cas, elle permet de repérer le repas le plus hyperglycémiant : la glycémie 2 heures après le repas dépasse 1,8 g/l. Si l’HbA1c est au-dessus de l’objectif, il faut aider le patient à mettre en place, en fonction de ses choix, des mesures : j diététiques : diminuer les aliments à index glycémique élevé (pain, jus de fruit...) et les remplacer par des protéines (laitages, fromage, poisson, viande, soja, tofu) ou des aliments à index glycémique bas (certains fruits, légumes secs, pâtes…) ; j médicamenteuses : analogues de GLP-1, repaglinide, insuline rapide ; j l’activité physique pluri-hebdomadaire peut faire diminuer aussi les glycémies post-prandiales. L’auto-surveillance glycémique dans le diabète de type 2 125 Attention Les horaires de mesure de la glycémie capillaire à privilégier j
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Le matin à jeun, où la glycémie reflète la production hépatique nocturne de glucose pouvant justifier une escalade thérapeutique. Cette glycémie est en règle générale bien corrélée à l’HbA1c. j Le soir, avant le dîner, où la glycémie est en général la plus basse de la journée : elle permet le dépistage d’hypoglycémie asymptomatique ou paucisymptomatique chez des diabétiques traités par sulfamidés. j heures après les repas s’il s’agit de comprendre pourquoi l’HbA1c est haute alors que la glycémie à jeun est correcte j Au réveil, chez le patient avec une seule insuline basale. j Au réveil, avant chaque repas, voire au coucher, chez les patients sous insuline basale + bolus, pour adapter les doses d’insuline rapide et lente. Lorsque les repas sont peu variables en qualité et quantité, que les doses d’insuline sont toujours les mêmes, et que l’HbA1c est à l’objectif, on peut assouplir cette surveillance : une glycémie le matin et avant le dîner par exemple. j Deux à 3 fois par jour de façon transitoire en cas de déstabilisation aiguë et/ou de pathologie intercurrente (infection, corticothérapie…). j Pour le patient, il est important qu’il connaisse ses objectifs glycémiques pour prendre des décisions (tableau 19.1) Tableau 19.1. Les cibles de glycémie correspondant aux cibles d’HbA1C.
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Objectif HbA1c Glycémie mg/dl Glycémie mg/dl avant les repas 2 heures après repas HbA1c < 6.5 % 80-120 < 160 HbA1c < 7 % 80-130 < 180 HbA1c < 8 % 80-140 < 200 HbA1c < 9 % 80-150 < 220 HbA1c < 9 % et éviter à 130-150 < 220
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tout prix les hypoglycémies F I C H E 20 Quelle stratégie thérapeutique dans le diabète de type 2 ? Le diabète est une maladie évolutive. Si le patient ne se mobilise pas pour changer sa manière de s’alimenter et reste sédentaire, les glycémies à jeun et post-prandiales augmentent régulièrement avec le temps sous l’effet d’un déclin progressif des cellules bêta, entraînant une défaillance insulinosécrétoire, peut-être associée à un déclin des hormones incrétines et à une insulinorésistance qui s’accroît parallèlement au poids. C’est pour cette raison qu’il est nécessaire dans la majorité des cas d’avoir recours à une escalade thérapeutique au cours du temps pour maintenir un même objectif glycémique. Si le début du traitement est univoque, prescription de la metformine en monothérapie chez tout le monde en l’absence de contre-indication, la stratégie devient plus complexe et moins univoque dès lors qu’il s’agit de passer à la bithérapie. L’arrivée de nouvelles classes thérapeutiques d’anti-diabétiques a apporté un plus vaste choix thérapeutique. Les différentes sociétés savantes françaises (figure 20.1), européennes et américaines ont récemment (2018-2019) rapporté des stratégies d’intensification du traitement basées sur les études publiées et les avis des experts.
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Elles ont en commun une volonté d’individualiser à la fois les objectifs du traitement, avec des cibles d’HbA1c variant avec l’âge, l’ancienneté du diabète, l’existence de comorbidités, et la manière d’y parvenir en privilégiant certains traitements chez certains types de patients (exemple : les analogues du GLP-1 chez les patients souffrant d’obésité ou chez les patients avec un antécédent cardiovasculaire). Guide pratique du diabète © 2019, Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés. 128 Le diabète de type 2 Figure 20.1. Recommandations de la Société francophone de Diabétologie, 2017. Monothérapie La stratégie du traitement est simple au départ lors de la découverte du diabète, chez les patients ayant une longue espérance de vie : la metformine est recommandée en première intention par toutes les sociétés savantes, associée bien sûr à la diététique et à l’activité physique. La metformine est
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prescrite avec au début de la maladie un objectif un d’HbA1c ≤ 6,5 %. Elle est ensuite maintenue, qu’elle que soit l’empilement successif des molécules, y compris l’insuline. En effet, elle ne donne aucun effet délétère sur le long terme, elle ne donne pas d’hypoglycémie, elle limite la prise de poids, et a une propriété protectrice sur le plan cardiovasculaire. Bithérapie Si l’objectif n’est pas atteint malgré une posologie optimale de metformine, plusieurs alternatives sont possibles : j La bithérapie orale associant la metformine à un sulfamide hypoglycémiant est la bithérapie la plus ancienne. Elle est recommandée par la HAS en 2013 en raison de son faible coût et de l’impression de sécurité liée au recul que nous avons sur cette association. Mais elle s’associe à un risque de survenue d’hypoglycémies. Ce risque sera d’autant plus important que le patient sera âgé, insuffisant rénal, polymédicamenté et/ou peu réceptif à une éducation minimale. Elle comporte aussi un risque de prise de poids en moyenne de 2 kg. Enfin les sulfamides hypoglycémiants n’ont pas d’effet protecteur cardiovasculaire. j Les sociétés savantes françaises, européennes et américaines recommandent en 2e intention (2018-2019) plutôt un inhibiteur de la DPP4, car il ne provoque ni hypoglycémie ni prise de poids. Quelle stratégie thérapeutique dans le diabète de type 2 ? 129 Ces molécules n’ont pas d’effet protecteur cardiovasculaire, la sitagliptine ayant montré son inocuité cardiovasculaire, tandis que la saxagliptine augmente le risque d’hospitalisation pour insuffisance cardiaque dans une étude. j Les sociétés savantes françaises, européennes et américaines recommandent chez certains patients en 2e intention un analogue de GLP1.
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Le liraglutide chez les patients ayant un antécédent cardiovasculaire. En effet, cette molécule a montré (étude LEADER) chez ces patients en prévention secondaire sa capacité à diminuer significativement (-22 %) la mortalité cardiovasculaire et la mortalité toute cause (-15 %). En revanche, le liraglutide n’est pas recommandé en présence d’une insuffisance cardiaque sévère (ayant nécessité une hospitalisation) en raison du risque observé dans une étude d’augmenter le risque d’être ré-hospitalisé pour poussée d’insuffisance cardiaque (étude FIGHT). Un analogue du GLP-1 chez les patients ayant une obésité étant donnée leur capacité à faire perdre du poids sans risque d’hypoglycémie. Dans l’ordre d’efficacité démontrée sur la perte de poids : semaglutide > liraglutide > dulaglutide > exenatide. Chez les patients ayant une néphropathie chronique (micro-albuminurie positive), les sociétés savantes européennes et américaines (2018) recommandent d’utiliser en 2e intention un analogue du GLP1 (liraglutide) car celui-ci a montré dans une étude post hoc de l’étude leader qu’il ralentissait l’évolution vers la protéinurie. Il serait tout au moins justifié chez un patient ayant une micro-albuminurie, voire une protéinurie évolutive malgré une prise en charge optimale (fiche 43). j Quelle que soit la molécule prescrite, il convient d’évaluer son efficacité dans les 3 à 6 mois. Si l’HbA1c, malgré une adhésion correcte du patient au traitement, n’a pas diminué d’au moins 0,5 %, il faut l’arrêter. Et après ? Si malgré une bithérapie efficace (baisse d’au moins 0,5 % d’HbA1c), l’HbA1c repart à la hausse avec le temps, on a trois possibilités en fonction du contexte et du choix du patient : j Arrêter l’inhibiteur de DPP4 et introduire un analogue de GLP-1 en cas d’obé- sité ou d’événement cardiovasculaire (liraglutide) ou de maladie rénale chronique.
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j Rajouter un sulfamide. j Rajouter une insuline basale. Si le patient a déjà de l’insuline basale, quel médicament peut être associé ? j On garde la metformine. j Un analogue de GLP-1 sera préféré dans un 1er temps à l’insuline rapide car il évite la prise de poids et les hypoglycémies. 130 Le diabète de type 2 j On peut essayer de voir si un inhibiteur de DPP4 et/ou un sulfamide peuvent encore garder une efficacité à ce stade. j Sinon, il faut rajouter de l’insuline rapide au moment du repas responsable de l’hyperglycémie. j Si l’analogue de GLP-1 a permis une perte de poids significative et/ou une baisse de l’HbA1c significative, on peut le maintenir avec l’insuline basal/bolus. Références Étude FIGHT: JAMA 2016;316(5):500-8. LEADER. Liraglutide Cardiovascular Outcome in Type 2 Diabetes. N Engl J Med 2016;375:311. Prise en charge médicamenteuse de l’hyperglycémie dans le diabète de type 2. Prise de position de la Société francophone de Diabétologie. Médecine des Maladies métaboliques : oct2017 ; vol 11 ; N°6. F I C H E 21
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Quand et comment prescrire l’insuline dans le diabète de type 2 ? Les principaux obstacles à l’instauration de l’insulinothérapie sont la représentation de l’insuline par les patients, la prise de poids, et le risque d’hypoglycémie. La représentation de l’insuline par les patients doit être l’objet de discussions et d’un accompagnement très en amont. La prise de poids parfois importante, corrélée surtout au niveau d’hyperglycémie initiale et à la dose d’insuline, est problématique en cas d’obésité pré-existante. Elle est liée à la réduction calorique secondaire à la suppression de la glycosurie, et à l’effet anabolisant de l’insuline sur le métabolisme protido-lipidique. En fait, tout se passe comme si la prise de poids sous insuline correspondait au retour au poids régulé qu’aurait eu le patient en l’absence de diabète. Le risque d’hypoglycémie, en particulier nocturne, guide le choix de l’insuline lente et l’adaptation des doses. Quand prescrire l’insuline ? j La place de l’insuline a tendance à reculer dans l’algorithme de traitement du diabète de type 2 en raison du risque d’hypoglycémie et de prise de poids lié à ce traitement. j Elle est introduite : habituellement lorsque l’HbA1c n’est pas à l’objectif et que les autres anti-diabétiques (metformine, sulfamides hypoglycémiants, inhibiteurs de DPP4) ont déjà été utilisés ; mais certains patients (rares) peuvent souhaiter utiliser l’insuline plus tôt, à la place des médicaments dont ils craignent les effets secondaires ou les
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effets à long terme ; Guide pratique du diabète © 2019, Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés. 132 Le diabète de type 2 lorsqu’il y a une contre-indication (insuffisance rénale, insuffisance respiratoire sévère…) ou une intolérance aux autres anti-diabétiques ; lorsqu’il y a des signes de carence insulinique : hyperglycémie avec polyurie + polydipsie + amaigrissement ; chez le patient âgé qui a souvent des contre-indications aux autres anti- diabétiques, chez qui un analogue du GLP1 n’est pas indiqué en raison de son effet anorexigène, et chez qui l’insuline permet le passage d’une IDE au domicile ; il paraît légitime en 2019 de prescrire un analogue du GLP-1 avant l’insuline en cas de : – obésité avec présence ou risque de complication (SAS, arthrose…), – antécédent cardiovasculaire : le liraglutide en particulier a prouvé dans une étude randomisée et contrôlée chez des patients avec un antécédent cardiovasculaire qu’il diminuait la mortalité cardiovasculaire et la mortalité toute cause (étude LEADER), – néphropathie : le liraglutide en particulier a montré dans l’analyse post hoc de l’étude citée ci dessus qu’il prévenait l’aggravation de la micro- albuminurie, – risque important lié aux hypoglycémies (conduite, métier en hauteur…).
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j De nouvelles études en cours en 2019 risquent d’élargir encore les indications des analogues du GLP1 si ceux-ci prouvent un bénéfice sur la mortalité chez les patients diabétiques de type 2 non coronariens. Comment travailler en amont avec le patient sur ses représentations ? j La prescription d’insuline ne doit être ni dramatisée ni banalisée. Elle est rarement urgente et doit être discutée pendant plusieurs consultations si nécessaire. j Surtout, il paraît essentiel d’en discuter précocement dans la prise en charge éducative pour souligner que cette étape thérapeutique est liée au caractère évolutif de la maladie, caractérisée par un déficit insulino- sécrétoire progressivement aggravé. Le patient n’a pas à se sentir coupable. j Prévenir le patient qu’avec les injections, le patient ne devient pas dépendant de l’insuline comme dans le diabète de type 1. On peut commencer l’insuline et l’arrêter. On reviendra simplement à l’état antérieur des glycémies. On peut tout à fait proposer un essai au patient, puis un arrêt, avec une réévaluation des bénéfices/inconvénients du traitement après quelques semaines. j L’insuline est un outil pour continuer de garder le diabète sous contrôle et éviter les complications. On pourrait la proposer au début du diabète. On ne le fait pas, uniquement parce que c’est plus pratique de prendre des comprimés. Quand et comment prescrire l’insuline dans le diabète de type 2 ? 133 Mais quelques patients préfèrent l’insuline qui est une hormone naturelle, qui n’est pas un traitement chimique et n’a pas d’effets secondaires sur le long terme.
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j L’injection d’insuline n’est pas douloureuse avec les aiguilles microfines de 4 mm. La glycémie au bout du doigt est beaucoup plus douloureuse qu’une injection d’insuline. j Pour éviter la prise de poids, la mise en place de l’insuline doit s’accompagner d’une nouvelle évaluation de la diététique, et si possible d’une reprise de l’activité physique. j De nouvelles insulines diminuent le risque d’hypoglycémie. L’hypoglycémie se prévient en adaptant au mieux les doses, et se corrige avec un resucrage. Comment prescrire l’insuline ? À savoir Insulinothérapie basale j Le patient doit savoir faire des glycémies capillaires. j Il faut lui apprendre à s’injecter l’insuline (fiche 13). j Le patient doit connaitre les signes de l’hypoglycémie et la manière de se resucrer (fiche 25). j La recommandation actuelle est de débuter par une insuline lente, appelée basale. j L’insuline lente a comme unique objectif de contrôler la glycémie du réveil. Elle n’est pas faite pour contrôler les glycémies post-prandiales. Le but est de freiner la production hépatique nocturne de glucose pour rétablir une glycémie à jeun satisfaisante.
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j Les insulines lentes qui permettent de limiter le risque d’hypoglycémie par rapport à l’ancienne NPH Insulatard, sont la glargine 100 (Lantus® ou Abasaglar®), la glargine 300 (Toujeo®) et la degludec 200 (Tresiba®). la glargine 300 a l’intérêt d’être concentrée (volume 3 fois plus faible) et donne moins d’hypoglycémie < 0,54 g/l que la glargine 100 dans des études randomisées ; l’équilibre glycémique obtenu et le risque d’hypoglycémie sont comparables dans une étude randomisée entre degludec (Tresiba®) qui est concentrée à 200 U/ml, et glargine 300 U/ml (Toujeo®). La glargine 300 donne moins d’hypoglycémie pendant la période de titration. La dose nécessaire de glargine 300 est plus importante (de 20 % en moyenne) que celle de degludec. Entre ces deux insulines, il convient donc de choisir en fonction de l’évolution des prix, celle qui coûte le moins cher à notre système de soin. 134 Le diabète de type 2 j Ces trois insulines peuvent être injectées au dîner. j La dose initiale est de 8 à 10 unités. j Il faut enseigner au patient la titration : augmenter de + 2 unités tous les 3 jours tant que la glycémie du réveil n’est pas à l’objectif. j Si l’on vise une HbA1c < 7 %, il faut atteindre une glycémie de réveil entre 0,8 et 1,3 g/l. j Si l’on vise une HbA1c < 8 %, il faut atteindre une glycémie de réveil entre 1,3 et 1,6 g/l.
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j Si l’on vise une HbA1c < 9 %, il faut atteindre une glycémie de réveil entre 1,5 et 1,8 g/l. j En cas de survenue d’une hypoglycémie, il faut diminuer la dose de -2. j Il faut accompagner le patient dans cette titration et le prévenir que la dose efficace est autour de 0,3 jusqu’ à 1 u/kg et par jour d’insuline lente. j Il faut maintenir la metformine. j Il faut arrêter ou diminuer les sulfamides et les inhibiteurs de DPP4, quitte à les réintroduire secondairement. Si l’on maintient les sulfamides, il faut prévenir le patient d’arrêter ce traitement en cas d’hypoglycémie en journée. j Il faut garder l’analogue de GLP1 si celui-ci a permis une perte de poids ou une amélioration de l’HbA1c. j Si la baisse de la glycémie à jeun est difficile à obtenir, il faut demander au patient de noter ses glycémies au coucher. Il est possible que la difficulté vienne d’une glycémie post-prandiale trop élevée au dîner, qui nécessiterait l’introduction d’une insuline rapide au dîner. j L’avis d’un spécialiste peut être souhaitable en cas de difficulté. Quand et comment rajouter de l’insuline rapide ? Dans deux cas : j si l’HbA1c n’est pas à l’objectif malgré une glycémie du réveil correcte ; j si la glycémie du réveil a du mal à baisser en raison d’une glycemie post- prandiale élevée après dîner. Dans ces deux cas, il est préférable d’utiliser d’abord un analogue du GLP- 1 plutôt que de l’insuline rapide, car les analogues sont aussi efficaces pour faire baisser l’HbA1c, provoquent moins de prise de poids, pas d’hypoglycémie, et sont plus simples d’utilisation. Le patient passe à deux
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injections : une d’insuline lente, une d’analogue du GLP-1. Il existe en 2019 un mélange de l’analogue du GLP-1 liraglutide avec l’insuline degludec dans le même stylo (Xultophy®). C’est aussi l’occasion de reparler de la diététique et de l’activité physique qui peuvent permettre d’éviter les injections d’insuline rapide. En cas de contre-indication ou d’intolérance aux analogues du GLP1, on rajoutera une injection d’analogue rapide au repas qui entraîne une glycémie post-prandiale trop haute : Quand et comment prescrire l’insuline dans le diabète de type 2 ? 135 j Si l’on vise une HbA1c < 7 %, il faut atteindre une glycémie post prandiale < 1,8 g/l. j Si l’on vise une HbA1c < 8 %, il faut atteindre une glycémie post- prandiale < 2,1 g/l. j Si l’on vise une HbA1c < 9 %, il faut atteindre une glycémie post- prandiale < 2,4 g/l. j La dose est habituellement de 0,1 à 0,2 u/kg/repas. j Le patient doit apprendre à faire varier sa dose en fonction de sa glycémie pré- prandiale. On peut lui remettre une grille de doses après l’avoir faite évoluer progressivement avec lui. Cette grille est personnalisée. Elle se construit de manière pragmatique en fonction de la réponse du patient à
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l’insuline, de la composition habituelle de ses repas et de son activité physique. j Seule la metformine est poursuivie. Les autres traitements sont arrêtés. j Le recours aux multi-injections d’insuline doit privilégier un schéma basal/ bolus progressif (pas à pas), plutôt que les injections d’insuline prémélangée. Celles-ci sont utiles en cas de difficultés de compréhension du patient ou de difficultés d’acceptation de plusieurs injections, mais l’objectif glycémique doit être moins strict pour éviter les hypoglycémies. j Attention aux patients dont la glycémie résiste au schéma basal/bolus. Une catégorie particulière de patients, à haut risque de décès en cas de traitement intensifié, a été identifiée par l’étude ACCORD. Il s’agit de patients avec un diabète très déséquilibré (HbA1c > 9 %) et dont la glycémie ne baisse pas lorsque l’on intensifie les traitements. Il est alors recommandé chez ces patients de se contenter d’un objectif d’HbA1c à 8 %. F I C H E 22 Prise en charge des facteurs de risque cardiovasculaire chez le patient diabétique de type 2 Le patient diabétique de type 2 est à haut risque cardiovasculaire en raison de la présence associée au diabète d’une HTA et d’une dyslipidémie très athérogène qui lui est particulière.
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Nous ne rappellerons pas ici tout l’accompagnement nécessaire pour aider un patient diabétique à arrêter de fumer. Le tabac reste le facteur de risque cardiovasculaire le plus important, et prioritaire à prendre en charge. Que nous disent les études sur l’objectif tensionnel à atteindre ? j La première étude, UKPDS, a montré que le contrôle de la pression artérielle (pression artérielle à 140/82 mmHg versus 161/94 mmHg) entraînait une réduction significative de 30 % de la mortalité due au diabète, de 44 % des accidents vasculaires cérébraux, de 56 % de l’insuffisance cardiaque, mais aussi de 37 % des complications microvasculaires et de 47 % de la détérioration de la vision. j L’étude HOT, ayant porté sur 18 590 patients âgés de 50 à 80 ans, dont 1 601 diabétiques, a montré que l’abaissement de la pression artérielle diastolique de 90 à 80 mmHg réduisait de moitié le nombre d’événements cardiovasculaires majeurs et au tiers la mortalité cardiovasculaire chez les patients diabétiques, alors Guide pratique du diabète © 2019, Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés. 138 Le diabète de type 2 que la réduction n’était pas significative chez les non-diabétiques. Mais il s’agit d’une analyse post hoc sur un sous-groupe de patients. j L’étude ACCORD-BP qui a comparé chez des patients diabétiques en prévention secondaire un objectif tensionnel à moins de 120/80 versus moins de 140/90 et n’a pas retrouvé de diminution des événements cardiovasculaires en dehors des AVC, mais avec un rapport bénéfice/risque non concluant. À partir de l’ensemble de ces études, les recommandations françaises (HAS 2016) définissent comme seuil d’intervention et comme objectif pour les patients diabétiques les mêmes que ceux de la population générale : une