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Merleau-Ponty Merlaud-Ponty est un nom de famille homophone, porté par :
Mètre Le mètre, de symbole m (sans point abréviatif), est l'unité de longueur du Système international (SI). C'est l'une de ses sept unités de base, à partir desquelles sont construites les unités dérivées (les unités SI de toutes les autres grandeurs physiques). Première unité de mesure du système métrique initial, le mètre (du grec , « mesure ») a d'abord été défini comme la partie d'une moitié de méridien terrestre, puis comme la longueur d'un mètre étalon international, puis comme un multiple d'une certaine longueur d'onde et enfin, depuis 1983, comme « la longueur du trajet parcouru par la lumière dans le vide pendant une durée d'un de seconde ». Historique. La première apparition du mètre date de 1650 comme étant la longueur d'un pendule battant la seconde, idée d'une « mesure universelle », c'est-à-dire d'un « "" » (selon l'Italien Tito Livio Burattini), d'où viendra le mot "mètre". Depuis cette date, il gardera toujours cet ordre de grandeur dans ses multiples définitions. « "Nous fixons l'unité de mesure à la dix-millionième partie du quart du méridien et nous la nommons mètre" ». Le , dans leur rapport à l'Académie des Sciences sur la nomenclature des mesures linéaires et superficielles, Borda, Lagrange, Condorcet et Laplace, définissent pour la première fois ce qui deviendra près d'un siècle plus tard l'unité de mesure internationale de référence des longueurs. Le mot « mètre » était déjà utilisé dans la langue française depuis plus d'un siècle dans des mots composés comme thermomètre (1624, Leurechon) ou baromètre (1666). Lois et décrets révolutionnaires. Le , l'Académie royale des sciences adopte le rapport d'une commission composée de Condorcet, Borda, Laplace et Monge et qui préconise de choisir, comme base du nouveau système universel de poids et mesures, la dix-millionième partie du quadrant du méridien terrestre passant par Paris. Le , l'Assemblée Nationale, sur la demande de Talleyrand et au vu du rapport de l'Académie des sciences, avait voté l'exécution de la mesure d'un arc de méridien de Dunkerque à Barcelone pour donner une base objective à la nouvelle unité de mesure. Delambre et Méchain sont chargés de la mesure précise de l'arc de méridien de Dunkerque à Barcelone. La triangulation s'opère de à fin , avec et deux bases : celle de Melun et celle de Perpignan. Les angles sont mesurés avec la méthode du cercle répétiteur de Borda. Les opérations ne sont pas encore achevées qu'en , un premier mètre provisoire doit être adopté. Fondé sur les calculs du méridien par Nicolas-Louis de Lacaille en 1758 et d'une longueur de 3 pieds 11 lignes , soit 443,44 lignes de la toise de Paris, ce mètre provisoire est proposé en par Borda, Lagrange, Condorcet et Laplace et adopté par décret le par la Convention. Avec la loi du 18 germinal an III (), la Convention institue le système métrique décimal et poursuit les mesures du méridien terrestre qui avaient été interrompues fin 1793 par le Comité de Salut public. Le , le prototype du mètre définitif, en platine, conforme aux nouveaux calculs du méridien, est présenté au Conseil des Cinq-Cents et au Conseil des Anciens par une délégation puis est déposé aux Archives nationales. La loi du 19 frimaire an VIII () édictée au début du Consulat, institue le mètre définitif. Le mètre provisoire fixé dans les lois du et du 18 germinal an III est révoqué. Il est remplacé par le mètre définitif, dont la longueur fixée par les mesures du méridien par Delambre et Méchain est de 3 pieds 11 lignes 296 millièmes. L'adoption du mètre. Après le Congrès de Vienne, Ferdinand Rudolph Hassler qui avait été poussé à émigrer aux États-Unis par les guerres napoléoniennes apporte à la cartographie américaine les méthodes en vigueur en Europe. A la même période, la géodésie du vieux continent s'organise sous l'impulsion de la Russie, puis de la Prusse où Johann Jacob Bayer propose la création de la "Mitteleuropäische Gradmessung" qui deviendra l"'Europäische Gradmessung" en 1867," Internationale Gradmessung" (Association géodésique internationale) en 1887 et enfin l'Association internationale de Géodésie en 1946. En France, le mètre est adopté comme unité exclusive dès 1801 sous le Consulat, puis sous le Premier Empire, jusqu’en 1812, lorsque Napoléon décrète l’établissement des mesures usuelles qui restent en vigueur jusqu’en 1840 sous le règne de Louis Philippe 1er. En 1801, la République helvétique, à l'instigation de Johann Georg Tralles, promulgue une loi introduisant le système métrique qui n'est jamais appliquée, car en 1803 la compétence pour les poids et mesures revient aux cantons. Sur le territoire de l'actuel canton du Jura, alors annexé à la France (Mont-Terrible), le mètre est adopté en 1800. Le canton de Genève adopte le système métrique en 1813, le canton de Vaud en 1822, le canton du Valais en 1824 et le canton de Neuchâtel en 1857. Le , Ferdinand Rudolph Hassler soumet à Albert Gallatin, secrétaire au Trésor des États-Unis, sa candidature à la réalisation du relevé côtier des États-Unis, où il avait apporté une copie du mètre des Archives en 1805. Les Pays-Bas adoptent le mètre à partir de 1816, suivis par la Grèce en 1836. En février-mars 1817, Ferdinand Rudolph Hassler standardise son appareil à mesurer les bases, calibré sur le mètre qui est l'unité de longueur adoptée pour la cartographie américaine. Entre 1821 et 1824, Carl Friedrich Gauss effectue le relevé cartographique du royaume de Hanovre. En 1832, Gauss, qui effectue des travaux sur le champ magnétique terrestre, propose d'ajouter la seconde aux unités fondamentales que sont le mètre et le kilogramme, sous la forme du système CGS (centimètre, gramme, seconde). En 1834, la base géodésique du Grand-Marais entre Walperswil et Sugiez est remesurée. Cette base doit servir d'origine à la triangulation de la carte Dufour, la carte de la Suisse qui sera primée lors de l'exposition universelle de 1855 à Paris. Pour cette carte au 1:100 000, le mètre est adopté comme unité de longueur. Cette même année 1834, Ferdinand Rudolph Hassler, "Superintendant of the Coast Survey" qui avait mesuré cette base en 1791 et 1797 avec Johann Georg Tralles, mesure à Fire Island au sud de Long Island une base géodésique au moyen de son appareil à mesurer les bases constitué de quatre barres de fer de deux mètres fixées ensemble totalisant huit mètres de longueur. L'idée fondamentale de cet appareil ingénieux consiste dans la substitution du contact optique au contact réél, et cette idée a déjà été réalisée dans l'appareil dont Tralles, alors professeur de mathématique à Berne, et Hassler son élève se sont servi, en 1797, pour mesurer la base du Grand-Marais en Suisse. La loi du interdit en France à partir de 1840 tous poids et mesures autres que ceux établis par les lois du 18 germinal an III () et du 19 frimaire an VIII () constitutives du système métrique décimal. En 1838, Friedrich Wilhelm Bessel publie un ouvrage sur ses travaux géodésiques dans l'est de la Prusse, et dans lequel il met en application, dans le domaine des observations géodésiques, la méthode des moindres carrés, découverte simultanément par Adrien-Marie Legendre et Gauss. Bessel est également à l'origine des investigations effectuées au sur la figure de la Terre au moyen de la détermination de l'intensité de la gravitation par le pendule et de l'utilisation du théorème de Clairaut. Les études qu'il conduit de 1825 à 1828 et sa détermination de la longueur du pendule battant la seconde à Berlin sept ans plus tard marquent le début d'une nouvelle ère de la géodésie. Lors de la tenue conjointe à Paris de l'Exposition universelle de 1855 et du second Congrès international de statistique, une association internationale visant à promouvoir l'adoption d'un système décimal uniforme pour les poids, les mesures et la monnaie est créée. Jean Brunner, un fabricant d’instrument de précision agréé par le Bureau des longitudes expose à l’exposition universelle une règle géodésique calibrée sur le mètre construite pour la carte de l’Espagne et étalonnée sur la toise de Borda employée pour la mesure de la Méridienne de Delambre et Méchain. La Règle espagnole deviendra une référence et des répliques en seront construites pour les plus grands pays d'Europe et pour l'Égypte. En 1863 à Madrid, Carlos Ibáñez e Ibáñez de Ibero et effectuent des mesures, afin de vérifier les caractéristiques de la règle utilisée en Égypte. En 1861, Johann Jacob Baeyer propose la création de l'Association pour la mesure des degrés en Europe centrale dont l'objectif est une nouvelle détermination des anomalies de la forme de la Terre au moyen de triangulations géodésiques précises, combinées à des mesures de la gravitation. La première assemblée générale de l'association a lieu à Berlin en 1864. Il y est décidé d'adopter la toise de Bessel, une copie de la toise du Pérou réalisée en 1923 par Jean-Nicolas Fortin à Paris, comme étalon international. En 1864, dans son rapport à la Commission géodésique suisse sur la conférence de Berlin, Adolphe Hirsch évoque sa crainte que le choix de la toise de Bessel comme étalon international ne détourne d'une adhésion à l'Association géodésique internationale la France, et les pays qui, comme l'Espagne et les États-Unis, emploient le mètre. La valeur de la Toise de Bessel, qui suivant le rapport légal alors admis entre le Mètre et la Toise du Pérou, devait être égale à 1,9490348 mètre, se trouvera être de 26,2 μm plus grande lors de mesures effectuées par J.-R. Benoît au Bureau international des poids et mesures. En effet, aux époques de définition de ces étalons, aucune échelle thermométrique n'était encore considérée comme normale, et l'on connaissait mal les écarts des divers thermomètres entre eux. Selon Charles-Édouard Guillaume, c'est la considération de cette divergence entre la toise du Pérou et celle de Borda d'une part et la toise de Bessel d'autre part qui amène l'Association pour la mesure du degré à envisager, lors de sa réunion à Neuchâtel en 1866, la fondation d'un Institut mondial pour la comparaison des étalons géodésiques, premier pas vers la création du Bureau international des poids et mesures. En 1866, A Neuchâtel, Ibáñez offre à la Commission permanente de l'Association géodésique deux de ses ouvrages traduits en français par Aimé Laussedat. Il s'agit de "Expériences faites avec l'appareil à mesurer les bases appartenant à la commission de la carte d'Espagne" qui relate la comparaison de la double-toise de Borda avec la règle espagnole et "Base centrale de la triangulation géodésique d'Espagne" qui contient le rapport de la comparaison de la règle espagnole et de la règle égyptienne. L'année suivante, l'Association géodésique pour la mesures des degrés en Europe adopte le mètre comme unité internationale. Le , le Congrès des États-Unis autorise l'utilisation du système métrique sur tout le territoire des États-Unis. En 1869, l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg invite celle de Paris à une action commune en vue d'assurer, par des mesures appropriées, l'emploi universel des unités métriques dans tous les travaux scientifiques. Depuis l'origine, le mètre a gardé une double définition; il est à la fois la dix-millionième partie du quart de méridien et la longueur représentée par le Mètre des Archives. La première est historique, la seconde est métrologique. Dès l'année 1870, une Commission internationale se réunit à Paris; bientôt dispersée, elle se réunit à nouveau en 1872. On discute beaucoup au sein de cette Commission, l'opportunité soit d'envisager comme définitives les unités représentées par les étalons des Archives, soit de revenir aux définitions primitives, et de corriger les unités pour les en rapprocher. La première solution prévaut, conformément au bon sens et conformément au préavis de l'Académie. Abandonner les valeurs représentées par les étalons, aurait consacré un principe extrêmement dangereux, celui du changement des unités à tout progrès des mesures; le Système métrique serait perpétuellement menacé de changement, c'est-à-dire de ruine. Dès la première session de la Commission internationale du mètre en 1870, Carlos Ibáñez e Ibáñez est intégré dans le Comité des travaux préparatoires. Lors de la séance du 12 octobre 1872, Carlos Ibáñez e Ibáñez de Ibero est élu président du Comité permanent de la Commission internationale du mètre qui deviendra le Comité international des poids et mesures (CIPM). Membre de la Commission permanente de l'Association géodésique internationale pour la mesure des degrés en Europe depuis 1871, Ibáñez en est élu président en 1874. En sa qualité de Président de la Commission permanente, le général lbáñez, appuyé par la grande majorité de ses collègues, saura vaincre, avec une fermeté admirable et infiniment de tact, tous les obstacles qui s'opposeront à la réalisation complète des décisions de la Commission du Mètre, et surtout à la création du Bureau international des poids et mesures. Les gouvernements, convaincus de plus en plus de l'utilité d'une telle institution dans l'intérêt des sciences, de l'industrie et du commerce, s'entendent pour convoquer au printemps de 1875 la Conférence diplomatique qui aboutit, le 20 mai de la même année, à la conclusion de la Convention du Mètre. Par la finesse déliée de son esprit diplomatique autant que par sa grande compétence scientifique, le général Ibáñez, qui représente l'Espagne dans la Conférence, contribue beaucoup à cet heureux résultat, qui assurera à plus de vingt États des deux mondes et à une population de 460 millions d'âmes la possession d'un système de poids et mesures métriques, d'une précision inconnue jusqu'alors, complètement identiques partout et offrant toutes les garanties d'inaltérabilité. Aussi, lorsque le Comité international des poids et mesures, chargé de la direction de cette institution internationale, sera nommé par la Conférence, il choisira dans sa première séance, à l'unanimité, le général Ibáñez pour président. Heinrich von Wild est autre exemple du rôle que des membres de la Commission internationale du mètre jouent dans la création des premières associations internationales. Après des études en sciences naturelles à Zurich, en physique à Königsberg, un doctorat à Zurich, un perfectionnement à Heidelberg et un privat-docent à l’Université et à l’École polytechnique de Zurich, dès 1858, Heinrich von Wild devient professeur de physique et d’astronomie à l’Université de Berne dont il est recteur de 1867 à 1868. Il dirige le Bureau fédéral des poids et mesures dès 1864. Appelé à Saint-Pétersbourg pour diriger l’observatoire central de physique, Wild supervise le développement du réseau russe d’observation météorologique et fait construire l’observatoire météorologique et magnétique de Pavlosk. En poste en Russie, Wild participe à la fondation de l’Organisation météorologique internationale et préside son comité dès 1880. Signataire du rapport de l'Académie de Saint-Pétersbourg au côté de Moritz von Jacobi et Otto Wilhelm von Struve, Wild est également délégué par la Russie à la Commission internationale du Mètre, à la Conférence diplomatique de 1875 et au Comité international des poids et mesures. En 1889, la première Conférence générale des poids et mesures (CGPM) redéfinit le mètre comme étant la distance entre deux points sur une barre d'un alliage de 90 % de platine et 10 % d'iridium. Le mètre étalon est une barre en « X » de de côté et de long. Les graduations donnent la longueur du mètre avec une précision de 10−7, soit un degré de précision trois fois plus grand que celui du mètre des archives de 1799. Cette barre étalon est conservée au BIPM à Saint-Cloud en France. Trente copies numérotées sont fabriquées et envoyées aux différents pays membres. Cela implique la mise au point d'un appareillage spécial permettant la comparaison des nouveaux étalons entre eux et avec le Mètre des Archives et la définition d'une échelle de température reproductible. Ces travaux donnent lieu à l'invention de l'invar qui vaudra à Charles Édouard Guillaume, directeur du Bureau international des poids et mesures le prix Nobel de physique en 1920. Au , le mètre s'impose comme unité de mesure avec l'émergence des premières associations scientifiques internationales grâce à la médiation d'Adolphe Hirsch, délégué par une Suisse que l'Europe a voulu neutre en 1815. En 1901, l'année même du décès de Hirsch, Albert Einstein adopte lui aussi la nationalité suisse. En 1905, un siècle après le départ de Ferdinand Rudolph Hassler pour les États-Unis, le physicien formé en Suisse enterre définitivement l'éther, sur lequel reposait la théorie cartésienne des vortex, et ouvre par un changement de paradigme la voie à la définition actuelle du mètre en affirmant que la lumière se propage dans le vide : Les mètres dématérialisés. En 1960, la Conférence générale des poids et mesures (CGPM) abroge la définition du mètre en vigueur depuis 1889, fondée sur le prototype international en platine iridié. Elle définit le mètre, unité de longueur du Système international (SI), comme égal à d'onde dans le vide de la radiation correspondant à la transition entre les niveaux 2p10 et 5d5 de l'atome de krypton 86. En 1983, la définition du mètre fondée sur l'atome de krypton 86 en vigueur depuis 1960 est abrogée. Le mètre, unité de longueur du SI, est défini par la CGPM comme étant la longueur du trajet parcouru dans le vide par la lumière pendant une durée de 1/299 792 458 de seconde. À compter du , la définition du mètre adoptée à la réunion de la CGPM de est : Dans cette définition, ΔνCs est la fréquence de la transition hyperfine de l’état fondamental de l’atome de césium 133 non perturbé égale à . La détermination de la longueur du mètre. Le , l'Assemblée nationale constituante se prononce pour la création d'un système de mesure stable, uniforme et simple. Le , Condorcet met sur pied une commission comprenant, outre lui-même, Jean-Charles de Borda, Coulomb, Joseph Louis de Lagrange, Laplace, Lavoisier et Tillet. La commission étudie trois possibilités de mesure : Elle rend son rapport en . La mesure au pendule est abandonnée d'une part à cause des variations de la gravitation terrestre, d'autre part à cause de l'interférence du facteur temps dans la détermination de l’unité de longueur avec le pendule. Le , sur la proposition de Borda - l'inventeur du pendule et du « cercle répétiteur » qui portent son nom - une commission chargée de fixer la base de l'unité des mesures est constituée. La commission est composée de Borda, Condorcet, Laplace, Lagrange et Monge. Des appareils de mesure géodésique précis et fiables sont nécessaires comme la règle pour les longueurs et le cercle répétiteur pour les angles, avec une précision d'une seconde d'arc, dont Borda est l'inventeur avec Étienne Lenoir. La mesure du cercle équatorial n'est pas retenue. C'est la grandeur du quart du méridien terrestre qui servira de base au nouveau système de mesure. Le rapport final sur le choix d’une unité de mesure présenté le par Condorcet à l’Académie propose que l’unité de longueur, baptisée « mètre », soit égale à la dix-millionième partie du quart du méridien terrestre. Il propose que l’on ne mesure pas le quart de méridien tout entier, mais seulement sur le parallèle et au niveau de la mer, l'arc de neuf degrés et demi qui sépare Dunkerque de Barcelone. Les précurseurs. Alors que Galilée affirmait l'isochronisme des pendules, Huygens trouve que la période du pendule dépend de l’amplitude de son mouvement pour les grandes oscillations. S'inspirant des recherches de Christopher Wren sur le cycloïde, il munit ses pendules d'arcs cycloïdaux qui garantissent l'isochronisme des vibrations en rendant la période indépendante de l’amplitude. A Paris, Huygens détermine la longueur du pendule qui bat la seconde à (). En 1659, Huygens introduit un paramètre supplémentaire dans le calcul de la période d'un pendule, la pesanteur, dont le pendule devient aussi un instrument de mesure. En 1668, le philosophe anglais John Wilkins propose une mesure universelle à unités décimales fondée sur une corrélation entre la longitude et une mesure du temps d'une seconde au pendule. Sa longueur fondamentale était de de Prusse soit de (un pouce de Prusse étant égal à ). En 1670 Gabriel Mouton propose un système de mesure décimal utilisant comme unité de mesure une fraction de la circonférence terrestre plutôt que la longueur d'un pendule ou les mesures du corps humain. Sa "virgula geometrica" avait comme longueur la six-cent-millième partie d'un degré d'un arc de méridien (environ ). Son multiple, la "virga" avait environ la taille de la toise (). En 1670, Jean Picard fait des mesures identiques de 440 lignes 1/2 d'un pendule battant la seconde à l’île de Heune, Lyon, Bayonne et Sète. En 1671, dans son livre "Mesure de la terre", il propose d'abandonner les étalons de mesure matériels comme la toise pour se référer à un original invariable et universel issu de la nature et prouvé par calcul. Il préconise une unité de longueur universelle, le « Rayon astronomique », à savoir la longueur d'un pendule à secondes. Mais en 1672, Jean Richer observe à Cayenne, soit à 4 à 5 degrés de l'équateur, qu'un pendule qui bat les secondes y est plus court qu'à Paris d'une ligne et un quart. L'observation est reprise par Huygens pour qui, si la pesanteur varie en fonction de la latitude, l'étalon de longueur défini par Picard ne peut pas être universel. En 1675, le savant italien Tito Livio Burattini publie "Misura Universale", ouvrage dans lequel il renomme la mesure universelle de Wilkins en mètre universel « metro cattolico » et la redéfinit comme étant la longueur d'un pendule qui oscille avec une demi-période d'une seconde, soit environ 993,9 mm actuels. En 1735 M. de Mairan trouve à 1/90 près, la même mesure que Picard, soit 440 lignes 17/30. En 1747, La Condamine présente à l'Académie des Sciences un nouveau projet d'une mesure invariable propre à servir de mesure commune à toutes les nations. Constatant que la longueur de la demi-toise est presque la même, à sept lignes près, que celle du pendule qui bat la seconde à l'équateur, il propose d'adopter la longueur du pendule comme demi-toise, le changement étant à peine sensible dans l'usage ordinaire selon lui. En 1780, le mathématicien Alexis-Jean-Pierre Paucton publie une "Métrologie ou Traité des mesures, poids et monnaies". Au sein d'un système décimal, il détermine une unité de mesure comme partie d'un degré de méridien et la baptise « métrétes linéaire » en adaptant à la mesure des longueurs le nom d'une unité de mesure grecque et romaine des volumes de liquides. Certains voient dans la coudée royale une mesure faisant partie d'un système reliant le mètre, la coudée et le nombre Pi. Effectivement, en prenant comme longueur de la coudée royale , le mètre serait égal au diamètre d'un cercle de circonférence six coudées avec une erreur relative inférieure à . Pour le dire autrement, la coudée égyptienne aurait été calculée sur la base d'un cercle d'un mètre de diamètre divisé en six parties dont la coudée serait le quotient. La géodésie comme base du premier mètre. L'étude de la Terre précède la physique et contribuera à l'élaboration de ses méthodes. Celle-ci n'est alors qu'une philosophie naturelle dont l'objet est l'observation de phénomènes comme le champ magnétique terrestre, la foudre et la pesanteur. De plus, la détermination de la figure de la Terre constitue à son origine un problème de la plus haute importance en astronomie, dans la mesure où le diamètre de la Terre est l'unité à laquelle toutes les distances célestes doivent être référées. Les mesures de l'arc de méridien sous l'Ancien Régime. En 1667 sous Louis XIV, l’Académie des Sciences conçoit l’idée d’un méridien de départ des longitudes qui passerait au centre des bâtiments du futur observatoire. L'Observatoire royal est situé en dehors de Paris pour faciliter les observations astronomiques. Les académiciens fixent son orientation nord–sud et établissent son axe de symétrie par observation du passage du Soleil pour devenir le méridien de référence pour la France. Pour mesurer une partie du méridien, la méthode utilisée depuis la Renaissance est celle de la triangulation. Au lieu de mesurer des milliers de kilomètres, on mesure les angles d’une suite de triangles adjacents. La longueur d’un seul côté d’un seul triangle, que les arpenteurs appellent « base », permet de connaître toutes les longueurs de tous les triangles. Des opérations géométriques permettent ensuite de déterminer la longueur du méridien. En 1669, Jean Picard mesure le premier le rayon terrestre par triangulation. L’arc de méridien de , choisi entre Sourdon et Malvoisine, mesure de Paris soit . Rapportée à un degré, cette mesure permet d’établir la longueur d’un méridien par l’abbé Picard pour qui « cette mesure, prise 360 fois donnerait la circonférence entière d’un méridien terrestre ». Dans son mémoire du à Colbert sur la cartographie de la France, Picard propose une mesure sur toute la France de la méridienne de l'Observatoire. Cette mesure devait servir à la fois à mesurer plus exactement la circonférence de la terre qu'à en établir une plus juste de la France. Au lieu de cartographier les provinces et assembler ensuite les différentes cartes, Picard propose un châssis général de triangulation de la France qu'on remplirait ensuite avec des cartes plus détaillées. Pour construire ce châssis, Picard propose de reprendre la voie du méridien qu'il avait commencé à mesurer et de mesurer l'axe Dunkerque-Perpignan passant par Paris. Picard meurt l'année suivante, fin 1682. Jean-Dominique Cassini reprend le projet en 1683 et se lance dans les mesures de la méridienne entre Dunkerque et Collioure. Mais Colbert meurt en et Louvois, qui lui succède, arrête les travaux de mesure de Cassini. Il meurt à son tour en 1691. Cassini reprend ses travaux en 1700-1701 sans pouvoir les achever. Son fils Jacques Cassini (Cassini II), effectuera cette mesure entre 1713 et 1718. La mesure de l'arc porte sur une distance cinq fois plus longue que celle effectuée par l’abbé Picard, elle est plus précise et sera provisoirement retenue en 1795 par la Convention pour la définition du mètre, la dix-millionième partie du quart du méridien terrestre. Dans ses "Principia" de 1687, Newton affirme que la Terre est aplatie aux pôles de 1/230. En 1690, à cause de sa conception différente de la gravité, Huygens trouve un aplatissement de 1/578 seulement, plus faible que celui de Newton. Pour vérifier ces théories, l'Académie des Sciences de Paris envoie, sur ordre du roi, deux expéditions géodésiques, l'une au Pérou en 1735-1744 avec La Condamine, Bouguer, Godin et Jussieu, et l'autre en Laponie en 1736-1737 avec Maupertuis, Celsius, et Clairaut. La mesure de longueurs d'arcs de méridien à des latitudes différentes doit permettre de déterminer la forme de la Terre. Les mesures de Maupertuis donnent un aplatissement de 1/178, proche de la valeur donnée par Newton et validant, un demi-siècle après la loi de la gravitation, le système newtonien de l'attraction universelle. En 1739, César-François Cassini de Thury (Cassini III) effectue une nouvelle mesure du méridien de Paris permettant la mise à jour des cartes de France et d'Europe. En 1784, il établit par triangulation, une carte précise de la France. Les mesures de la Méridienne de Paris par Delambre et Méchain. Dans son célèbre ouvrage "Théorie de la Figure de la Terre, Tirée des Principes de l'Hydrostatique" publié en 1743, Alexis Claude Clairaut (1713–1765) fait une synthèse des rapports existants entre la pesanteur et la forme de la Terre. Clairaut y expose son théorème qui établit une relation entre la pesanteur mesurée à différentes latitudes et l'aplatissement de la Terre considérée comme un sphéroïde composé de couches concentriques de densités variables. Vers la fin du , les géodésiens cherchent à concilier les valeurs de l'aplatissement tirées des mesures d'arcs méridiens avec celui que donne le sphéroïde de Clairaut tiré de la mesure de la pesanteur. En 1789, Pierre-Simon de Laplace obtient par un calcul prenant en compte les mesures d'arcs méridiens connues à l'époque un aplatissement de 1/279. La gravimétrie lui donne un aplatissement de 1/359. Adrien-Marie Legendre quant à lui trouve à la même époque un aplatissement de 1/305. La Commission des Poids et Mesures adoptera en 1799 un aplatissement de 1/334 en combinant l'arc du Pérou et les données de la méridienne de Delambre et Méchain. Le , un projet de décret inspiré par Lagrange, Borda, Laplace, Monge et Condorcet est proposé par Talleyrand. Celui-ci prévoit la mesure d'un arc de méridien de Dunkerque à Barcelone. Six commissaires doivent être nommés à l'Académie des Sciences pour mener à bien le projet. L'Assemblée adopte ce principe de la grandeur du quart du méridien terrestre comme base du nouveau système de mesures qui sera décimal. Elle mandate la mesure d'un arc de méridien depuis Dunkerque jusqu'à Barcelone. En commence la fabrication des cercles répétiteurs de Borda et Lenoir. À la fin du mois de , les deux commissaires Jean-Baptiste Joseph Delambre et Pierre Méchain et leurs opérateurs commencent la mesure du méridien. Elle est divisée en deux zones avec une jonction à Rodez : la partie Nord, de Dunkerque à Rodez était mesurée par Delambre et la partie sud, en remontant de Barcelone à Rodez, par Méchain. Pour les mesures de longueurs des bases des triangles, Delambre et Méchain utilisent les règles de Borda mises au point par Étienne Lenoir. En laiton et en platine, elles sont ajustées sur une toise et mesurent 12 pieds (environ 4 m). Pour mesurer les angles, c'est le cercle répétiteur mis au point par Borda et Étienne Lenoir en 1784 qui est utilisé. On mesure la longueur d’un côté du triangle reposant sur un terrain plat, puis on établit par visées les mesures des angles du triangle pour obtenir par des calculs trigonométriques la longueur de tous les côtés du triangle et par projection la distance réelle. La détermination des positions (longitude et latitude) des extrémités du segment de méridien est faite par une mesure astronomique. Le , un rapport de l'Académie des sciences à la Convention nationale donne l'état des travaux en cours. À cause des conditions politiques, le travail de mesure du méridien sera retardé et exécuté en deux temps de 1792 à 1793 et de 1795 à 1798. En , le Comité de Salut Public souhaitant en effet « donner le plus tôt possible l'usage des nouvelles mesures à tous les citoyens en profitant de l'impulsion révolutionnaire », la Convention nationale avait émis un décret instaurant un mètre fondé sur les anciens résultats des mesures de La Condamine en 1735 au Pérou, Maupertuis en 1736 en Laponie et Cassini en 1740 de Dunkerque à Perpignan. Les opérations de mesure du méridien de Delambre et Méchain sont suspendues fin 1793 par le Comité de Salut public. Celui-ci ne voulant donner de fonctions qu'à des hommes « dignes de confiance par leurs vertus républicaines et leur haine du roi », le (3 nivôse an 2), Borda, Lavoisier, Laplace et Delambre sont exclus de la Commission des poids et mesures. Condorcet, secrétaire de l'Académie Royale des sciences et instigateur du nouveau système de mesure, est arrêté et meurt en prison le . Lavoisier est guillotiné le . Mais, à la faveur de la loi du 18 germinal an III () portée par Prieur de la Côte d'Or, Delambre et Méchain seront à nouveau nommés commissaires chargés des mesures de la méridienne et les travaux pourront reprendre et s'achèveront en 1798. Le résultat des mesures de Delambre et Méchain est précis : 551 584,7 toises, avec une erreur remarquable de seulement 8 millionièmes. La longueur du quart de méridien calculée est alors égal à 5 130 740 toises et le mètre égal à 443,295936 lignes. La commission spéciale pour le quart du méridien et la longueur du mètre rédige son rapport le 6 floréal an 7 (). Le 4 messidor, l'Institut présente au corps législatif les étalons du mètre et du kilogramme en platine qui sont déposés aux Archives en exécution de l'article II de la loi du 18 germinal an 3 (). Avec la loi du 19 frimaire an 8 () édictée sous le Consulat, la longueur du mètre provisoire ordonnée dans les lois du et du 18 germinal an III (3 pieds 11 lignes 44 centièmes) est remplacée par la longueur définitive fixée par les mesures du méridien par Delambre et Méchain. Elle est désormais de 3 pieds 11 lignes 296 millièmes. Le mètre en platine déposé le 4 Messidor précédent au Corps législatif par l’Institut national des Sciences et des Arts est confirmé et devient l'étalon de mesure définitif des mesures de longueur dans toute la République. De la géodésie à la métrologie. En 1756 déjà, dans son article Figure de la Terre, Jean Le Rond d’Alembert évoque les limites des mesures d’arc de méridien. Au , la géodésie vit une révolution avec les progrès des mathématiques, ainsi que des instruments et méthodes d’observation avec la prise en compte de l’équation personnelle. L’application de la méthode des moindres carrés aux mesures d’arcs de méridien souligne l’importance de la méthode scientifique en géodésie. D’autre part, l’invention du télégraphe permet la mesure d’arcs de parallèle, et l’amélioration du pendule à réversion donne son essor à l’étude du champ gravitationnel terrestre. En outre, le début du est marqué par l'internationalisation de la géodésie. L'unité de longueur dans laquelle sont mesurées toutes les distances du relevé côtier des États-Unis est le mètre français, dont une copie authentique est conservée dans les archives du Coast Survey Office. Il est la propriété de la Société philosophique américaine, à qui il a été offert par Ferdinand Rudolph Hassler, qui l'avait reçu de Johann Georg Tralles, délégué de la République helvétique au comité international chargé d'établir l'étalon du mètre par comparaison avec la toise, l'unité de longueur utilisée pour la mesure des arcs méridiens en France et au Pérou. Il possède toute l'authenticité de tout mètre d'origine existant, portant non seulement le cachet du Comité mais aussi la marque originale par laquelle il se démarquait des autres étalons lors de l'opération de normalisation. Entre 1853 et 1855, le Gouvernement espagnol fait réaliser à Paris par Jean Brunner, un fabricant d'instruments de précision d'origine suisse, une règle géodésique calibrée sur le mètre pour la carte d'Espagne. La traçabilité métrologique entre la toise et le mètre est assurée par la comparaison de la règle géodésique espagnole avec la règle numéro 1 de Borda qui sert de module de comparaison avec les autres étalons géodésiques en France (voir plus haut la section : les mesures de Delambre et Méchain). Des copies de la règle espagnole sont effectuées pour la France et l'Allemagne. Ces étalons géodésiques seront employés pour les opérations les plus importantes de la géodésie européenne. En effet, Louis Puissant avait déclaré le devant l'Académie des sciences que Delambre et Méchain avaient commis une erreur dans la mesure de la méridienne de France. C'est pourquoi de 1861 à 1866, Antoine Yvon Villarceau vérifiera les opérations géodésiques en huit points de la méridienne. Quelques-unes des erreurs dont étaient entachées les opérations de Delambre et Méchain seront alors corrigées. Entre 1870 et 1894, François Perrier, puis Jean-Antonin-Léon Bassot procèderont à la mesure de la nouvelle méridienne de France. La règle de Brunner est également employée pour la mesure de trois bases de la nouvelle Méridienne de France dont les résultats sont publiés en 1930. Vers 1890, les trois bases de Juvigny, Perpigan et Cassel sont mesurées au moyen de l’appareil conçu par Ibáñez et Saavedra et construit par la maison Brunner Frères à Paris. En effet, constatant que la Méridienne de Delambre et Méchain est moins précise que les triangulations réalisées plus récemment en Grande-Bretagne et en Espagne dont la triangulation a été rattachée en 1865 à l’extrême sud de la Méridienne de France, le Bureau des Longitudes confie à François Perrier la tâche de diriger une nouvelle mesure de la Méridienne dont le levé est effectué de 1870 à 1892. Les travaux sont dirigés par Perrier jusqu’à sa mort en 1888, puis par Jean-Antonin-Léon Bassot et Gilbert Étienne Defforges (15.03.1852 – 28.03.1915). En 1879, Ibáñez et Perrier dirigent la jonction du réseau géodésique espagnol avec l'Algérie et permettent ainsi la mesure d'un grand arc de méridien qui s'étendra des Shetland aux confins du Sahara. Cette réalisation constitue une prouesse technique pour l'époque. Il s'agit d'observer des signaux lumineux se propageant à une distance allant jusqu'à 270 km par-dessus la Méditerranée. Les appareils nécessaires à la production des signaux lumineux électriques sont transportés dans des stations d'altitude situées sur les monts Mulhacén et Tetica en Espagne et Filhaoussen et M'Sabiha en Algérie. La triangulation de l'arc de Struve est terminée en 1855 et les triangulations du Royaume-Uni, de la France, de la Belgique, de la Prusse et de la Russie sont si avancées en 1860 que, si elles étaient connectées, une triangulation continue de l'île de Valentia, au sud-ouest de l'Irlande jusqu'à Orsk, sur le fleuve Oural en Russie serait obtenue. Il serait donc possible de mesurer la longueur d'un arc de parallèle à la latitude de 52°, d'environ 75° d'amplitude, et de déterminer, à l'aide du télégraphe électrique, la différence exacte de longitude entre les extrémités de cet arc, et d'obtenir ainsi un test crucial de la précision de la figure et des dimensions de la terre, dérivée de la mesure des arcs de méridien. Le gouvernement russe invite donc, à l'instigation de Friedrich Georg Wilhelm von Struve, puis de son fils Otto Wilhelm von Struve, astronome impérial de Russie, en 1860 les gouvernements de Prusse, de Belgique, de France et d'Angleterre à coopérer pour mener à bien ce projet. Il est alors nécessaire de comparer les différents étalons géodésiques utilisés dans chaque pays afin de combiner les mesures. Pour les Prussiens, le mètre des Archives n’est qu’un étalon secondaire dérivé de la toise du Pérou. En effet, en 1841, Bessel, prenant en compte des erreurs reconnues par Louis Puissant dans l’arc de méridien français, qui avait été prolongé en Espagne par Pierre Méchain, puis François Arago et Jean-Baptiste Biot, recalcule l’aplatissement du sphéroïde terrestre en utilisant également des arcs de méridiens mesurés en Amérique du Sud, en Europe continentale, au Royaume-Uni et en Inde. A cet égard, la mesure de la base centrale d'Espagne en 1858 prend une importance particulière dans la mesure où les géodésiens ne déterminent pas seulement les dimensions de leurs réseaux de triangles par la mesure des bases, mais ils contrôlent également la précision de leurs relevés par la mesure de bases de vérification. En effet, les prolongations des triangulations françaises en Espagne qui avaient semblé confirmer la longueur du mètre, n'avaient été vérifiées par la mesure d'aucune base. En 1864, Urbain Le Verrier, directeur de l’Observatoire de Paris refuse de se joindre à la première Conférence générale de l’Association pour la mesure des degrés en Europe centrale, car les travaux géodésiques français doivent encore être révisés. En 1866, lors de la réunion de la Commission permanente de l’association à Neuchâtel, Antoine Yvon Villarceau présente le résultat de sa vérification de la méridienne de France. Il confirme que le mètre est trop court. En 1861, après que Friedrich von Schubert (12.02.1789 – 15.11.1865) ait montré que les différents méridiens ne sont pas d’égale longueur, Elie Ritter un mathématicien genevois déduit, d’un calcul basé sur onze arcs méridiens couvrant 86 degrés de latitude, que l’équation du méridien diffère de celle de l’ellipse. Selon lui, le méridien est renflé aux environs du degré de latitude par une couche dont l’épaisseur est difficile à estimer en raison de l’incertitude concernant la latitude de certaines stations, notamment celle de Montjuïc près de Barcelone. En mesurant la latitude de deux stations à Barcelone, Méchain avait découvert que la différence de leur latitude était plus grande que celle prédite par une mesure directe par triangulation entre ces deux points. Nous savons à présent, qu’en plus d’autres erreurs dans la méridienne de Dunkerque à Barcelone, une déviation de la verticale défavorable donna une valeur erronée de la latitude de Barcelone et un mètre trop court par comparaison avec une définition plus large déduite de la moyenne d’un grand nombre d’arc. En effet, la définition théorique du mètre était inaccessible et trompeuse à l’époque de Delambre et Méchain, car la Terre est une boule qui peut grossièrement être assimilée à un sphéroïde aplati, mais qui en diffère dans le détail de telle façon à empêcher toute généralisation et toute extrapolation à partir de la mesure d’un seul méridien. De plus, jusqu’au , les déviations de la verticale seront considérées comme des erreurs aléatoires. Enfin, avant l’ère spatiale, la détermination du géoïde implique le développement des études gravimétriques autour du globe. Friedrich Wilhelm Bessel est également à l'origine des investigations effectuées au sur la figure de la Terre au moyen de la détermination de l'intensité de la pesanteur par le pendule et de l'utilisation du théorème de Clairaut. Les études qu'il conduit de 1825 à 1828 et sa détermination de la longueur du pendule simple battant la seconde à Berlin sept ans plus tard marquent le début d'une nouvelle ère de la géodésie. En effet, le pendule réversible tel qu'il est utilisé par les géodésiens à la fin du est en grande partie dû aux travaux de Bessel, car ni Johann Gottlieb Friedrich von Bohnenberger, son inventeur, ni Kater qui l'utilise dès 1818 ne lui apportent les perfectionnements qui résulteront des précieuses indications de Bessel, et qui le convertiront en l'un des plus admirables instruments qu'il sera donné aux scientifiques du d'employer. De plus, la coordination de l'observation des phénomènes géophysiques dans différents points du globe revêt une importance primordiale et est à l'origine de la création des premières associations scientifiques internationales. Carl Friedrich Gauss, Alexander von Humboldt et Wilhelm Eduard Weber créent le "Magnetischer Verein" en 1836. La création de cette association est suivie par la fondation de l'Association géodésique internationale pour la mesure des degrés en Europe centrale en 1863 à l'initiative du général Johann Jacob Baeyer. Le pendule réversible construit par les frères Repsold est utilisé en Suisse dès 1865 par Émile Plantamour pour la mesure de la pesanteur dans six stations du réseau géodésique helvétique. Suivant l'exemple donné par ce pays et sous le patronage de l'Association géodésique internationale, l'Autriche, la Bavière, la Prusse, la Russie et la Saxe entreprennent des déterminations de la pesanteur sur leurs territoires respectifs. Le Prototype international du mètre constituera la base du nouveau système international d'unités, mais il n'aura plus aucune relation avec les dimensions de la Terre que les géodésiens s'efforcent de déterminer au . Il ne sera plus que la représentation matérielle de l'unité du système. Si la métrologie de précision a profité des progrès de la géodésie, celle-ci ne peut continuer à prospérer sans le concours de la métrologie. En effet, toutes les mesures d'arcs terrestres et toutes les déterminations de la pesanteur par le pendule doivent impérativement être exprimées dans une unité commune. La métrologie se doit donc de créer une unité adoptée et respectée par toutes les nations de façon à pouvoir comparer avec la plus grande précision toutes les règles ainsi que tous les battants des pendules employés par les géodésiens. Ceci de manière à pouvoir combiner les travaux effectués dans les différentes nations afin de mesurer la Terre. Dans son livre, "The Measure of All Things. The Seven-Year Odyssey and Hidden Error that Transformed the World" qui fait actuellement référence sur le mètre, Ken Alder développe l’idée selon laquelle le traitement mathématique des erreurs a constitué un aspect fondamental du progrès scientifique. Au , les statisticiens savent que les observations scientifiques sont entachées par deux types d’erreur, les erreurs constantes d’une part, et les erreurs fortuites d’autre part. Les effets de ces dernières peuvent être corrigés par la méthode des moindres carrés. Les erreurs constantes doivent en revanche être soigneusement évitées, car elles sont provoquées par différents facteurs qui agissent de façon à toujours modifier le résultat des observations dans le même sens. Ces erreurs tendent donc à faire perdre toute valeur aux résultats qu’elles affectent. Toutefois, les erreurs systématiques et les erreurs aléatoires ne sont pas de natures différentes. En réalité, il n’y a que peu, voire aucune erreur aléatoire. Avec les progrès de la science, les sources d’erreur sont identifiées, étudiées et leurs causes sont précisées. Des erreurs tout d’abord classées comme fortuites seront plus tard considérées comme des erreurs systématiques. Il est donc crucial, afin de corriger les erreurs de température, de comparer à des températures contrôlées, avec la plus grande précision et à la même unité toutes les règles géodésiques. Le pendule réversible de Johann Georg Repsold favorise l’essor de l’étude du champ de gravitation de la Terre, dont les résultats vont permettre à Friedrich Robert Helmert de déterminer une valeur de l’aplatissement de la Terre remarquablement proche de la réalité. Le pendule réversible de Repsold est utilisé sous le haut patronage de l’Association pour la mesure des degrés en Europe centrale. Toutefois, ces résultats ne peuvent être considérés que comme provisoires. En effet, ils ne prennent pas en compte les mouvements que les oscillations du pendule impriment à son plan de suspension. Les mouvements du plan de suspension constituent un important facteur d’erreur de mesure de la durée des oscillations et de la longueur du pendule. La détermination de la gravité par le pendule est soumise à deux types d’erreur, la résistance de l’air et les mouvements que les oscillations du pendule impriment à son plan de suspension. Ces mouvements sont particulièrement importants avec le pendule de Repsold, car il a une importante masse, afin de contrecarrer l’effet de la viscosité de l’air. Alors que Plantamour procéde à une série d’expériences avec cet appareil, Adolphe Hirsch trouve le moyen de mettre en évidence les mouvements du plan de suspension du pendule par un ingénieux procédé d’amplification optique. Isaac-Charles Élisée Cellérier (8.01.1818 – 2.10.1889), un mathématicien genevois, et Charles Sanders Peirce mettent indépendamment au point une formule de correction qui permet d’utiliser les observations faites avec ces gravimètres. En 1875, la Commission permanente de l’Association pour la mesure des degrés en Europe réunie à Paris décide d’adopter le pendule réversible et de répéter à Berlin, la détermination de la gravité au moyen des différents appareils utilisés dans chaque pays, afin de les comparer et d’obtenir l’équation de leurs échelles. Comme la figure de la Terre peut être déduite des variations de la longueur du pendule, la direction de l’"United States Coast Survey" donne dès 1875 à Peirce l’instruction de se rendre en Europe, afin d’étudier les gravimètres utilisés dans les différents pays européens et de réviser les anciennes déterminations de la pesanteur de façon à les mettre en relation avec celles effectuées en Amérique. En 1887, l’Association pour la mesure des degrés en Europe change de nom pour devenir l’Association géodésique internationale et prend une importance mondiale avec l’adhésion des États-Unis, du Mexique, du Chili, de l’Argentine et du Japon. Les organismes internationaux. Napoléon III crée par décret en 1869 une Commission internationale du mètre qui deviendra la Conférence générale des poids et mesure (CGPM) et lance des invitations aux pays étrangers. Vingt-six pays répondent favorablement. Cette Commission sera en effet convoquée en 1870 ; mais, forcée par la guerre franco-allemande de suspendre ses séances, elle ne pourra les reprendre utilement qu'en 1872. Le , dix-sept états signent à Paris la Convention du Mètre dans le but d'établir une autorité mondiale dans le domaine de la métrologie. Dans ce but, trois structures sont créées. La Convention délègue ainsi à la Conférence générale des poids et mesures (CGPM), au Comité international des poids et mesures (CIPM) et au Bureau international des poids et mesures (BIPM) l'autorité pour agir dans le domaine de la métrologie, en assurant une harmonisation des définitions des différentes unités des grandeurs physiques. Ces travaux mènent à la création en 1960 du Système international d’unités (SI). La Convention est modifiée en 1921. En 2016, elle regroupait 58 États membres et 41 États associés à la conférence générale, comprenant la majorité des pays industrialisés. Le Comité international des poids et mesures (CIPM) est composé de dix-huit personnes, chacune issue d'un État membre différent de la Convention. Sa fonction est de promouvoir l'usage d'unités de mesures uniformes et de soumettre des projets de résolution allant en ce sens à la CGPM. Pour ce faire, elle s'appuie sur les travaux de comités consultatifs. La Conférence générale des poids et mesures (CGPM) est formée de délégués des États membres de la convention et se réunit tous les quatre ans en moyenne pour réviser les définitions des unités de base du Système international d’unités (SI) dont le mètre. Le Bureau international des poids et mesures (BIPM), basé au Pavillon de Breteuil à Sèvres non loin de Paris, a pour charge, sous la surveillance du CIPM, la conservation des prototypes internationaux des étalons de mesure, ainsi que la comparaison et l'étalonnage de ceux-ci avec les prototypes nationaux. En effet, lors de la création du BIPM, la comparaison des étalons de platine iridié entre eux et avec le Mètre des Archives implique le développement d'instruments de mesure spéciaux et la définition d'une échelle de température reproductible. Confronté aux conflits provoqués par les difficultés liées à la fabrication des étalons, le président du CIPM, Carlos Ibáñez e Ibáñez de Ibero intervient auprès de l'Académie des sciences pour éviter qu'elles n'empêchent la création en France d'un organisme international doté des moyens scientifiques nécessaires pour redéfinir les unités du système métrique en fonction du progrès des sciences. Conversions et repères. Relation avec d'autres unités de mesures. Il existe une relation entre l'unité de mesure (mètre), l'unité de masse (kilogramme), les unités de surface (mètre carré) et les unités de volume (mètre cube et litre, souvent utilisés pour désigner des volumes ou des quantités de liquides) : Dans certains métiers (archives, terrassement, de construction), on parle de « mètre linéaire (noté : « ml »). Il s'agit d'un pléonasme, puisque le mètre désigne précisément une longueur de ligne et que la norme précise qu'on ne doit pas affecter les noms d'unités de qualificatifs qui devraient se rapporter à la grandeur correspondante. Par ailleurs, le symbole ml, mℓ ou mL correspond dans le SI à millilitre, ce qui n'a rien à voir avec une longueur et est une "source de confusion". Toutefois, dans ces métiers, l'adjectif « linéaire » est ajouté pour signifier « en ligne droite » ou « horizontalement ». On emploie usuellement pour les gaz le normo mètre cube (noté Nm), anciennement « mètre cube normal » (noté m(n)), qui correspond au volume mesuré en mètres cubes dans des conditions normales de température et de pression. Cette unité n'est pas reconnue par le BIPM. Sa définition varie selon les pays et selon les professions qui l'utilisent. En fait, et de façon générale, (ici le volume). On doit donc dire « volume mesuré en mètres cubes dans les conditions normales de température et de pression », abrégé en « volume normal en mètres cubes ». Tout comme : et non (« tension efficace exprimée en volts » et non « volts efficaces »). Correspondance avec d'autres unités de longueur. Le mètre correspond à : Multiples et sous-multiples du mètre. Description de multiples. De fait, au-delà du milliard de kilomètres on utilise rarement l'unité standard : on lui préfère l'unité astronomique (ua), d'où est déduite l'unité dérivée, le parsec : ceci était nécessaire pour ne pas dénaturer les mesures précises de distance de parallaxe par une réévaluation de l'ua, liée à la valeur de la constante gravitationnelle (G). Cette situation peu œcuménique a été levée par les mesures directes par écho radar sur les planètes.
Marques de voitures
Maserati Maserati est un constructeur automobile italien spécialisé dans les voitures de luxe, de sport et de course, filiale du groupe Stellantis. Fondé par les frères Maserati en 1914, son symbole est un trident, inspiré de la fontaine de Neptune de Bologne. Historique. Les frères Maserati. La marque est créée en 1914 à Bologne par Alfieri Maserati, né dans une famille de sept frères, dont cinq furent impliqués dans le développement d’automobiles. Le sixième frère, Mario, un artiste, est supposé avoir dessiné l’emblème de la marque : un trident. Carlo, l'aîné, fut le premier à se lancer. Il fabriqua des vélos, puis des motos. Plus tard il devient pilote d'essai chez Fiat et Isotta Fraschini, mais il se tue en course en 1910. En 1917, Alfieri se lance dans la fabrication de bougies d'allumage. Alfieri et Ettore sont engagés en 1922 par la firme Diatto pour réaliser une première voiture de course : la . Malheureuse en Grand Prix, la Diatto sera pourtant une voiture rapide et fiable. Elle le montrera en enlevant son premier grand succès, en course d'endurance, aux de Monza, en 1924. La seconde voiture, une à moteur huit-cylindres, conçue par Alfieri, fut moins brillante, et son échec conduisit Diatto à se retirer de la course. En 1926, les deux frères décident de construire leurs propres voitures de course. C’est à cette date qu'est vraiment lancée la marque automobile Maserati. La première voiture Maserati fut développée sur la base de la Diatto et prit l'appellation de en 1926. C'est la première « vraie » Maserati. Elle devient vite la redoutable rivale des Bugatti. En 1926, elle gagne la Targa Florio. Alfieri meurt en 1932. Avec son décès, la firme perd son ingénieur et surtout son gestionnaire. Les trois frères Bindo, Ernesto et Ettore, continuent l'affaire. Bindo prend la direction générale, Ernesto la direction technique et Ettore a la responsabilité financière. Il s'avérera être le maillon faible de l'organisation qui malgré des succès sportifs et commerciaux sera vendue à Adolfo Orsi. Famille Orsi. En 1937, les frères Maserati vendent leurs parts dans la société à la famille Orsi. Adolfo Orsi est un grand industriel de la région de Modène qui a la passion de la course automobile. Conscient de ses limites, il prend soin de signer avec les trois frères Maserati un contrat qui les lie à la marque pour dix ans. Face à la montée en cylindrée et en puissance des constructeurs allemands et la règlementation défavorable, surtout à partir de 1933, Maserati concentrera ses efforts sur des moteurs plus petits, multicylindres et quelquefois suralimentés. Ces moteurs trouvent leur place dans des « voiturettes » ou Formule Junior (monoplaces de , généralement) telles que la 6CM. L'innovation reste toujours une priorité, la Maserati 8CM de 1932 sera la première voiture de sport équipée de commandes de freins hydrauliques. Maserati participe à des épreuves aux États-Unis en 1939 et 1940 où l'absence des compétiteurs allemands permettait encore de remporter quelques succès. Wilbur Shaw, au volant d'une Maserati Tipo 8CTF à moteur de trois litres , remporte la célèbre course américaine des 500 miles d'Indianapolis en 1939 et 1940 , et au sortir de la guerre, Louis Unser la non moins célèbre course de Pikes Peak en 1946 et 1947. Shaw s'impose aussi dans le championnat américain de course automobile AAA de 1939. En 1940, Maserati déménage à Modène. Lors de la Seconde Guerre mondiale, l'entreprise sera obligée de participer à l’effort militaire. L'activité automobile est arrêtée au profit de la conception et fabrication de bougies d'allumage et de batteries d'accumulateurs d'un côté et de petits utilitaires électriques d'un autre. Une fois la paix revenue, Maserati recommence à construire des automobiles de compétition. Un homme clé intègre l’équipe Maserati, l'ingénieur Alberto Massimino, un ancien de Fiat, passé aussi chez Alfa Romeo et chez Ferrari. Il sera responsable de la conception de tous les modèles compétition pendant dix ans. Avec lui et les ingénieurs Giulio Alfieri (1924-2002), Vittorio Bellentani et Gioachino Colombo (1903 - 1987), l'auteur du moteur V12 Ferrari, qui le rejoignent, Maserati retrouve les succès en course notamment avec le célèbre pilote Juan Manuel Fangio dans les années 1950 avec la A6GCM jusqu'au championnat du monde en 1957 avec la 250F. Fangio sera entouré d'autres pilotes célèbres comme Emmanuel de Graffenried (1914-2007), Louis Chiron (1899-1979) et le Prince Bira (1914-1985). Maserati se distingue ensuite dans les courses de voitures sport avec les Tipo 60 et Tipo 61 surnommées « "Birdcage" » (« cage à oiseau ») en référence à leur inhabituel châssis multitubulaire. Le pilote suisse Benoît Musy courra à titre privé sur A6GCS/53 en 1954, sur 300S en 1955 et enfin sur 200S avec laquelle il se tua à Montlhéry en 1956. En 1946, les premières voitures sportives de route sortent de l'usine Maserati, à commencer par la , présentée au Salon de Genève. Elle sera construite à environ . En 1947, le contrat que les frères Maserati et la famille Orsi avaient signé vient à terme. Ettore continue sa carrière chez Maserati. Bindo et Ernesto fondent, le , la firme O.S.C.A. qui développera des voitures de course et des modèles de sport. Après avoir été reprise par le groupe MV Agusta en 1962, celle-ci disparaîtra en 1967. En 1953, Adolfo Orsi devient le seul actionnaire de Maserati. Après une réorganisation complète, son fils Omer est nommé directeur général. Une activité motocyclette est lancée, mais se terminera rapidement en 1961. En 1957, la première Maserati de route est produite sur une ligne de production, c'est la 3500 GT. C'est à cette époque que Maserati instaure la tradition de donner à chaque modèle commercial le nom d'un vent : « Mistral », « Bora », « Merak » et bien d'autres seront utilisés pour baptiser ces automobiles. En 1958, les difficultés financières poussent le Groupe à stopper toutes les activités sportives directes. De nombreuses écuries privées deviendront alors la nouvelle clientèle de Maserati. En 1963, la première Maserati Quattroporte (quatre portes), dessinée par Pietro Frua voit le jour et ce sera la berline la plus rapide du monde de l'époque, mue par un moteur de d'abord et de ensuite. En 1966, Maserati dévoile la Ghibli, disposant d'un moteur de , qui sera une concurrente directe de la Ferrari Daytona et de la Lamborghini Miura. La marque sortira également une version spyder en 1969 ainsi qu'une version portée à en 1970. La Ghibli sera un grand succès malgré son prix d'époque qui dépassait celui de la Daytona. Mais les difficultés financières subsistent. Période Citroën. En 1968, Maserati passe sous le contrôle de Citroën. Ceci pour permettre à Citroën d'acquérir un moteur V6 pour équiper sa SM. Le moteur Maserati, spécialement étudié pour la SM avec notamment un arbre de transmission interne et une prise de force à l'avant pour entraîner les accessoires, s'est hélas révélé très peu fiable, avec notamment des casses très fréquentes du tendeur automatique de la chaîne de distribution primaire (les secondaires étaient entraînées par chaînes secondaires avec galets tendeur manuel implanté dans les culasses) et des ruptures de soupapes refroidies au sodium, mais il existe aujourd'hui des solutions pour les collectionneurs. Cette association donne naissance à trois nouveaux modèles Maserati équipés d'une hydraulique sophistiquée : la Bora (la grande), la Merak (la petite) et la Khamsin. Partageant les mêmes banques de composants et les mêmes designers que les Citroën, les habitacles de ces Maserati seront plus ou moins chargés d'éléments reprenant le design peu sportif de Citroën (volant monobranche, compteurs inclinés, commandes de phares et clignotants, commandes de chauffage). Le moteur Maserati et la boite de vitesses de la SM iront même équiper la Ligier JS2, une nouvelle marque automobile française qui démarre. Guy Ligier rencontre, à l'époque, d'énormes soucis pour remplir le compartiment moteur de sa voiture de course, qu'il essayera vainement de civiliser. La boîte de vitesses de la SM a également été utilisée par Lotus sur son Esprit. Le service compétition de Citroën a, à plusieurs reprises, équipé la DS du moteur Maserati de la SM, comme le prototype de Björn Waldegård, sur des rallyes-raids ou tout-terrain tels que le Rallye du Bandama. Parmi les pilotes du team Citroën, on trouve Bob Neyret, organisateur du dernier Citroën Sport Classic. Période Alejandro de Tomaso. Abandonnée par Citroën en faillite en 1975 à la suite de l'échec commercial de la SM à moteur V6, Maserati change une fois de plus de mains pour tomber sous la houlette du GEPI, une société d'État italienne chargée de la relance d'entreprises en difficulté. Reprise ensuite par Alejandro de Tomaso pour un montant très modique, elle surprend le monde automobile en produisant l'étonnante berline Biturbo et toutes ses descendantes : Biturbo Spider, Karif, 2.24V et 4.24V, et enfin la Maserati Racing sans oublier la Maserati Barchetta. Toutes ces voitures sportives partageront le même concept de moteur, recevant modèle après modèle de notables améliorations (voir la liste des moteurs de Maserati Biturbo). Dans une nouvelle série, Maserati introduira la Ghibli II et la Shamal. Période Chrysler. En 1983, Chrysler, qui souhaite offrir une gamme de véhicules haut de gamme, vient rencontrer Maserati. De ces discussions sortiront deux modèles à la finition luxueuse pour les consommateurs américains, équipés de moteurs Chrysler préparés par Maserati : la Chrysler TC (pour "Touring Convertible"), un cabriolet qui s'avère un échec commercial complet. Lee Iacocca, alors président de Chrysler et vieille connaissance d'Alejandro de Tomaso, investit de dollars dans l'entreprise. Mais Chrysler prendra trop de temps pour introduire le modèle sur le marché américain. Chrysler se retire quatre ans plus tard et Alejandro de Tomaso décide lui aussi de vendre ses parts. Reprise par Fiat et Ferrari. En 1987, l'entreprise est reprise par Fiat qui essaie dans un premier temps de faire fonctionner les équipes Ferrari et Maserati ensemble, chose hasardeuse attendu que les deux marques ont toujours été de sérieuses concurrentes. On en verra quelques traces dans des programmes d'amélioration de la qualité et de la fiabilité, comme avec la Quattroporte evoluzione. Ensuite, en 1997, le groupe Fiat décide de fusionner Maserati et Ferrari, les adversaires d'hier. En 2006, Fiat a constitué un pôle sportif milieu-haut de gamme avec Alfa Romeo et Maserati pour permettre à Ferrari de briller au firmament des marques automobiles. Cette année-là, Fiat annonce que Maserati distribuera la marque Alfa Romeo aux États-Unis en 2007. La production 2007 fut de et a atteint en 2014. En 2019, la marque affiche une chute des ventes record. En , Maserati annonce son engagement en Formule E. Montres Maserati. Morellato exploite sous licence le nom Maserati pour commercialiser des montres de moyenne gamme.
Condorcet Patronyme. Condorcet est un patronyme notamment porté par :
Marseille Marseille ("Marsiho" en occitan) est la principale ville française du littoral méditerranéen de Provence (Sud-Est de la France), chef-lieu du département des Bouches-du-Rhône et préfecture de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Plus ancienne ville de France, fondée vers 600 par des marins et des marchands grecs originaires de Phocée (aujourd'hui Foça en Turquie, près d'Izmir) sous le nom de , Marseille est depuis l'Antiquité un important port de commerce et de passage. Elle connaît un essor commercial considérable pendant la période coloniale et plus particulièrement au cours du , devenant une ville industrielle et négociante prospère. Héritage de ce passé, le Grand port maritime de Marseille (GPMM) et l'économie maritime constituent l'un des pôles majeurs de l'activité régionale et nationale, et Marseille reste le premier port français, le deuxième port méditerranéen et le cinquième port européen. Sa situation privilégiée en bordure de la Méditerranée permettant l'arrivée de nombreux câbles sous marins fait également de Marseille le neuvième hub de connexion au réseau internet mondial avec une des plus fortes croissances mondiales sur ce secteur. L'ouverture de Marseille sur la mer Méditerranée en fait depuis ses origines une des villes les plus cosmopolites de France, marquée par de nombreux échanges culturels et économiques avec l'Europe du Sud, le Proche-Orient, l'Afrique du Nord et l'Asie. Elle est d'ailleurs souvent considérée, depuis le , comme la sur le littoral méditerranéen français. En 2019, Marseille est la deuxième commune la plus peuplée de France avec . Son unité urbaine, qui s'étend au nord jusqu'à Aix-en-Provence, est la troisième de France avec , derrière Paris et Lyon. Depuis le , Marseille accueille le siège de la métropole d'Aix-Marseille-Provence, la seconde plus peuplée de France avec . Son aire urbaine est, quant à elle, la troisième de France après celles de Paris et Lyon avec en 2016. Ces chiffres font de Marseille la plus grande ville de Provence, du Midi de la France et de la région linguistique et culturelle d'Occitanie. Géographie. Localisation. Située dans le Sud-Est de la France, en Provence, Marseille est bordée par la Méditerranée à l'ouest et au sud, enserrée par les massifs de l'Estaque et de l'Étoile au nord, le massif du Garlaban à l'est, le massif de Saint-Cyr et le mont Puget au sud-est, le massif de Marseilleveyre au sud. Par les voies express, Marseille est à de Paris, de Lyon, de Nice, de Toulouse, de Grenoble, de Clermont-Ferrand, de Gênes, de Turin, de Genève et de Barcelone. La commune s'étend sur pour une densité de . Toutefois, en ne tenant compte que de la superficie constructible, soit environ, la densité réelle de la ville atteint . La latitude de la ville avait été calculée par le Grec Pythéas, né à Massalia vers 380 avant notre ère, avec une précision remarquable, faisant de Marseille la première ville au monde géolocalisée. Hydrographie. L'Huveaune et son affluent le Jarret, presque entièrement recouvert dans la partie urbaine de la ville, sont, avec le ruisseau de la Caravelle qui passe aux Aygalades, les principaux cours d'eau traversant Marseille. L'Huveaune et la Caravelle sont des fleuves côtiers aux débits relativement faibles. Le système hydrographique du bassin de la ville est caractéristique du milieu méditerranéen : le débit d'eau est faible mais ses cours d'eau connaissent des crues importantes en cas de pluie. L'eau est très fortement canalisée, souvent à la source même de ces cours d'eau et irrigue l'ensemble du bassin. Dans le cas des cours d'eau marseillais, ceux-ci sont réalimentés en eau par le trop-plein du canal de Marseille. Depuis plus de dix ans l'Huveaune, juste après le point de confluence avec le Jarret, est déviée vers la station d'épuration des eaux de Marseille car son embouchure naturelle au rond-point du David polluait les plages de la ville. L'eau traitée est ensuite rejetée au sud de la ville, dans les calanques, par l'émissaire de Cortiou, qui lui aussi pose un gros problème de pollution - d'autant plus que le rejet s'effectue dans un parc national d'exception. Marseille est alimentée en eau potable à 75 % par le canal de Marseille (eaux de la Durance) et à 25 % par le canal de Provence (eaux du Verdon). Mer. La commune de Marseille a une façade maritime de dont de calanques. Les calanques s'étendent sur plus de vingt kilomètres de côtes sur la mer Méditerranée entre le village des Goudes, au sud-ouest de la ville et Cassis. C'est un des sites les plus remarquables de France et une zone majeure de ressources naturelles et d'activités sportives. Les calanques comptent un million de visiteurs par an. À l'issue d'un processus entamé en 1999, un Parc national des Calanques a été créé en 2012, afin d'en protéger le patrimoine naturel sur terre et en mer. Il regroupe un territoire de sur terre, sur les communes de Marseille, Cassis et La Ciotat et en mer. C'est le premier parc national périurbain d'Europe. Les principales plages sont celles du Prado, des Catalans, de la Pointe-Rouge et la plage du Prophète. Les plages du Prado, officiellement « plages Gaston Defferre », ont été aménagées par les remblais obtenus par le creusement des tunnels du métro. En 2019, la ville de Marseille installe des capteurs en vue du réaménagement des plages pour les JO Paris 2024. Marseille compte également près de cent sites de plongée sous-marine, les plus renommés étant l'archipel de Riou, l'archipel du Frioul et l'île de Planier. La marégraphe de Marseille sert de référent altimétrique non seulement pour la France métropolitaine continentale (voir "Nivellement général de la France"), mais aussi pour la Suisse et le Liechtenstein (voir "Mètres au-dessus de la mer"). Sismicité. Si la région Provence-Alpes-Côte d'Azur comporte des zones à risques sismiques, en particulier dans les régions de Nice et d'Aix-en-Provence, les risques semblent plus négligeables pour Marseille. Climat. Le climat de Marseille est tempéré chaud de type méditerranéen, codé « Csa » selon la classification de Köppen. La ville bénéficie d'une durée exceptionnelle d'ensoleillement, avec plus de de soleil par année, notamment grâce au mistral, vent de secteur nord, froid et sec qui souffle en moyenne par an et qui dégage le ciel. À l'observatoire de Marseille, les précipitations annuelles moyennes sont de soit une des plus faibles de France avec de précipitations dépassant , principalement en automne-hiver. La température moyenne à Marseille est de . Malgré un climat généralement clément, des épisodes extrêmes sont enregistrés. Ainsi, le thermomètre a atteint le et le . Le et le , on a mesuré plus de de neige, ce qui a complètement paralysé la ville avec une couche atteignant ou dépassant dans certaines communes périphériques comme sur l'aéroport Marseille-Provence à Marignane, avec . Des précipitations diluviennes peuvent se produire à l'automne et provoquer des cumuls records en quelques heures, comme le avec ses dans la matinée ou plus récemment le double orage du avec en seulement ou le méga-orage stationnaire de la nuit du 22 au sur la banlieue nord-ouest de la ville aux Pennes-Mirabeau avec . La station météorologique de Météo-France installée sur la commune au Palais Longchamp et mise en service en 1867 permet de connaître en continu l'évolution des indicateurs météorologiques. Le tableau détaillé pour la période 1981-2010 est présenté ci-après. Urbanisme. Typologie. Marseille est une commune urbaine, car elle fait partie des communes denses ou de densité intermédiaire, au sens de la grille communale de densité de l'Insee. Elle appartient à l'unité urbaine de Marseille - Aix-en-Provence, une agglomération inter-départementale regroupant et en , dont elle est ville-centre. Par ailleurs la commune fait partie de l'aire d'attraction de Marseille - Aix-en-Provence, dont elle est la commne-centre. Cette aire, qui regroupe , est catégorisée dans les aires de ou plus (hors Paris). La commune, bordée par la mer Méditerranée, est également une commune littorale au sens de la loi du , dite loi littoral. Des dispositions spécifiques d’urbanisme s’y appliquent afin de préserver les espaces naturels, les sites, les paysages et l’équilibre écologique du littoral, par exemple le principe d'inconstructibilité, en dehors des espaces urbanisés, sur la bande littorale des , ou plus si le plan local d’urbanisme le prévoit. Occupation des sols. L'occupation des sols de la commune, telle qu'elle ressort de la base de données européenne d’occupation biophysique des sols Corine Land Cover (CLC), est marquée par l'importance des territoires artificialisés (56,7 % en 2018), en augmentation par rapport à 1990 (51,9 %). La répartition détaillée en 2018 est la suivante : zones urbanisées (45,9 %), milieux à végétation arbustive et/ou herbacée (27,6 %), zones industrielles ou commerciales et réseaux de communication (7,8 %), espaces ouverts, sans ou avec peu de végétation (7,1 %), forêts (6,9 %), espaces verts artificialisés, non agricoles (1,9 %), mines, décharges et chantiers (1,1 %), zones agricoles hétérogènes (1,1 %), eaux maritimes (0,4 %), eaux continentales (0,1 %). L'IGN met par ailleurs à disposition un outil en ligne permettant de comparer l’évolution dans le temps de l’occupation des sols de la commune (ou de territoires à des échelles différentes). Plusieurs époques sont accessibles sous forme de cartes ou photos aériennes : la carte de Cassini (), la carte d'état-major (1820-1866) et la période actuelle (1950 à aujourd'hui). Morphologie urbaine. Près de la moitié de la superficie communale est en territoire naturel inconstructible et la ville s'étale sur un territoire extrêmement vaste, héritage de la colonisation phocéenne qui organisait la ville entre un centre (les rives du Lacydon) et son terroir (le reste du territoire enserré par les collines entourant Marseille) : Marseille s'étend sur plus de , ce qui en fait la neuvième commune de la France métropolitaine par sa superficie ( plus grande que Paris, plus grande que Lyon). Sa densité ( par kilomètre carré) est largement inférieure à des villes entièrement urbanisées telles que Lyon () ou Paris (), comparable à celle de Toulouse () ; toutefois si on prend en compte uniquement sa zone habitable (), sa densité atteint , ce qui est comparable à Lille (). Marseille est une ville très accidentée, avec des rues parfois très pentues : le quartier le plus haut de Marseille, Les Trois-Lucs (), culmine à d'altitude. Le point le plus élevé du territoire marseillais est le sommet de l'Étoile à dans le massif du même nom. Longtemps cantonnée au nord de l'actuel Vieux-Port, la ville a fait l'objet d'un premier agrandissement au puis se développe au avec l'essor économique du port. Avec l'expansion de la ville de Marseille, de nombreux villages environnants ont fini par être intégrés à la ville. Aujourd'hui Marseille englobe . Début , l'effondrement de deux immeubles vétustes rue d'Aubagne dans le quartier de Noailles témoigne de la vétusté de l'habitat ; selon un rapport gouvernemental publié en 2015 par Marsactu, vivent dans des logements insalubres à Marseille. Euroméditerranée. Depuis 1995, les quartiers d'Arenc et de La Joliette, marqués par leur passé industriel, ainsi que le quartier de la Porte d'Aix, font l'objet d'une des plus importantes rénovations urbaines d'Europe. Parmi les grandes opérations, l'établissement public Euroméditerrannée a permis la rénovation de la Rue de la République, des Docks, la construction d'un parc autour de la Porte d'Aix, de plusieurs gratte-ciels aux Quais d'Arenc (dont la tour CMA-CGM et la Tour La Marseillaise) ainsi que du MuCEM ouvert en . L'opération a récemment été étendue à un autre secteur nommé "" vers les quartiers des Crottes et du Canet. Elle prévoit la construction d'une "Corniche Nord" au-dessus du littoral, d'un pôle multimodal de transport à Gèze, d'un parc le long du ruisseau des Aygalades et de l'extension du tramway vers le nord. Gestion des déchets. La saleté de la ville de Marseille est souvent dénoncée et débattue. Les défaillances du ramassage d'ordures, en particulier, font l'objet de critiques récurrentes, et ont été notamment attribuées au faible nombre d'heures de travail des éboueurs, en raison du système du « fini-parti » qui a été en vigueur pendant une quarantaine d'années, jusqu'en 2014. En , la ville de Marseille a reçu le « balai d'or » qui distingue la ville la plus sale de France après un vote sur internet initié par la chaîne de radio RMC. Assainissement. Jusqu'en 1987, les eaux usées de Marseille étaient rejetées en mer, dans la calanque de Cortiou, la ville ne s'étant jamais équipée d'une station d'épuration. Lorsque le réseau des égouts de Marseille fut construit à la fin du , cette solution parut alors la meilleure pour assainir la ville. En outre, à partir des années 1970, la Ville a fait dévier vers la calanque de Cortiou la rivière l'Huveaune, qui était tellement polluée que cela posait des problèmes sanitaires sur les plages du Prado. La station d'épuration des eaux de la métropole, inaugurée en 1987 est gérée par le Service d’assainissement Marseille Métropole (Seramm), filiale de Suez, et est équipée depuis 2019 d'une unité de méthanisation qui injecte du biométhane sur le réseau de transport de GRTgaz. Celle-ci a été construite par Suez Infrastructures de Traitements, GTM Sud et Prodeval. Eau potable. L'eau potable distribuée à Marseille a plusieurs fois été désignée « meilleure eau de France ». Voies de communication et transports. Marseille présente les particularités d'être la ville la plus embouteillée de France (et la ) et d'héberger le principal port français de croisière. Infrastructures routières. Parmi les d'agglomération françaises de plus de , Marseille est celle présentant, pour le transport, le taux de personnes tuées par million d'habitant le plus élevé après la communauté d'agglomérations du Pays basque. Ce taux est de par million d'habitants en 2018, alors que certaines villes équipées de métropolitains, comme Paris, Lyon ou Toulouse, présentent une mortalité deux fois moindre respectivement de 15, 20 et 17. Trois autoroutes pénètrent dans Marseille : L'A50 et l'A55 sont reliées entre elles par les tunnels du Prado-Carénage (à péage), du Vieux-Port et de la Major permettant une traversée de la ville de l'est au nord quasiment sans interruption. L'A7 (Les Arnavaux) et l’A50 (La Timone) sont reliées par l’A507, ou rocade L2 (un semi-périphérique), ouvert depuis le , après plusieurs décennies de chantier. Les anciennes nationales 8 (route de Marseille) et 113 par lesquelles on accédait à Marseille depuis le nord n'ont plus qu'un intérêt local et ont été déclassées en départementales. Trois autres routes rayonnent à partir de la ville : la D568 (ex-RN568, la route du Rove) au nord-ouest, la D908 (ex-RN8bis) au nord-est et la D559 (ex-RN559) à l'est, route de Cassis par le col de la Gineste. Toutes trois sont sinueuses et ont un profil accidenté, mais sont largement utilisées pour les trajets domicile-travail des habitants des banlieues qu'elles desservent (Côte Bleue, bassin de Valdonne-Fuveau, Cassis). La circulation routière est un problème majeur. Marseille est la ville française la plus embouteillée (et la ) en 2015. Un problème également majeur est la mortalité routière qui tue entre en 2018 et 101 en 2014. Les accidents constituant eux-mêmes un facteur supplémentaire d'embouteillages. L'agglomération d'Aix-Marseille-Provence s'illustre particulièrement par une mortalité importante des deux-roues motorisés ; la vingtaine de motards qui se tuent chaque année constitue près de la moitié des tués de l’agglomération. Transports urbains. Les transports urbains relèvent de la compétence de la métropole Aix-Marseille-Provence. Ils sont exploités sous la marque La Métropole Mobilité. À Marseille, les transports urbains sont historiquement exploités par la Régie des transports métropolitains, établissement public à caractère industriel et commercial, sous tutelle de la métropole. Bus. Marseille compte qui desservent l'ensemble de la ville ainsi qu'Allauch, Plan-de-Cuques et Septèmes-les-Vallons sur un réseau de . Les parcours et la numérotation des lignes de bus reprennent encore en grande partie celle du réseau de l'ancien tramway de Marseille presque entièrement supprimé à partir des . Des trolleybus ont circulé à Marseille jusqu'en 2004, où ils ont été remplacés par des bus classiques. En raison de l'étendue de la ville et des difficultés de circulation, la vitesse moyenne des bus de Marseille est relativement lente, à . Un dispositif de vidéo-verbalisation est mis en place afin de libérer les voies de bus du stationnement et améliorer la fluidité du trafic des autobus. Métro. Le réseau de métro comporte deux lignes représentant un total de et . La première ligne a été ouverte en 1977, la dernière extension datant de 2019 avec l'ouverture de la station Gèze sur la . Tramway. Le tramway compte trois lignes totalisant et . Le réseau a été ouvert en 2007. Bus à haut niveau de service. Trois lignes de bus à haut niveau de service ont été mises en service en 2014 et une autre est prévue. Navette maritime. De mars à septembre, un service de navette maritime est mis en place entre le Vieux-Port, la Pointe-Rouge, Les Goudes et le Vieux-Port et L'Estaque. Le transbordeur () permet de traverser le Vieux-Port de l'hôtel de ville à la place aux Huiles. Mis en service en 1880, c'est aujourd'hui principalement une ligne touristique. Vélos. Un système de vélos en libre-service (VLS) « Le vélo » a été mis en place en 2007. Il comporte , et , situées principalement en centre-ville et au sud-ouest, il fonctionne depuis 2013. La ville s'est toutefois vu décerner par la Fédération française des usagers de la bicyclette le prix du « Clou Rouillé » en 2013 qui épingle les communes pour les initiatives à ne pas faire en matière d'aménagements cyclables. Depuis 2011, la ville est régulièrement mise en avant pour le non-respect de la loi LAURE. L'association locale de promotion du vélo comme mode de transport, le Collectif Vélos en Ville a, en effet, intenté et gagné au tribunal administratif pour non-respect de cette loi pour des opérations de voirie sur la commune de Marseille. Institué en 2017, le Baromètre des villes cyclables est une enquête bisannuelle évaluant l'indice de satisfaction des usagers en France, sur une échelle allant de à . En 2017, la Ville de Marseille, se classe en “G”, avec une note globale de 1,98, ce qui en fait la ville dernière des 99 plus grandes villes de France. Lors de l’édition de 2019, elle a obtenu la note de 1,96 se retrouvant ainsi dernière des 11 plus grandes villes françaises, mais également dernière des 42 plus grandes villes de France. Gare routière. La principale gare routière de Marseille est située à Saint-Charles. Elle est exploitée par la RTM et accueille la majorité des autocars desservant les Bouches-du-Rhône (Cartreize), la région PACA (LER) ou l'Europe (Eurolines et IDBUS) ainsi qu'une navette vers l'aéroport. Desserte ferroviaire. La gare de Marseille-Saint-Charles, aboutissement de la ligne Paris-Lyon-Marseille, est inaugurée en 1848. La gare devient alors et pendant longtemps le point de passage obligé des voyageurs qui embarquent ensuite vers l'Afrique ou le Moyen-Orient. L'électrification de la ligne est achevée en 1962. L'ouverture de la LGV Sud-Est en 1981 signe l'arrivée du TGV. La ligne est prolongée en 2001 par la LGV Méditerranée, qui met Paris à de Marseille. Le , Eurostar a ouvert une ligne Londres-Marseille desservant aussi Avignon et Lyon et mettant ainsi Marseille à de Londres. Cette ligne directe n'existe plus en 2020. La gare Saint-Charles est également le terminus de la ligne de Marseille à Vintimille et accueille le trafic TGV vers l'ouest et le nord de la France, ainsi que celui d'Intercités du sud-ouest via Montpellier et vers la Savoie et la Suisse via Grenoble. Elle est également au cœur du réseau de Transport express régional de Provence-Alpes-Côte d'Azur (TER) dont la ligne vers Aix-en-Provence a été récemment rénovée et celle vers Toulon est en train d'être triplée. Dans le cadre du projet de la ligne nouvelle Provence Côte d'Azur destiné à relier Nice à Marseille, la gare de Marseille-Saint-Charles doit faire l'objet de travaux pour construire une nouvelle gare souterraine. À cette occasion, la gare de la Blancarde devrait également être réaménagée pour accueillir une gare TGV et un tunnel devrait être construit entre les deux gares. L'avantage de la gare de la Blancarde est d'être relié au réseau de tramway urbain, contrairement au pôle d'échanges de la gare Saint-Charles. Marseille compte en réalité onze autres gares ferroviaires sur son territoire urbain, dont les plus importantes sont celles de la Blancarde, de Saint Marcel ou encore celle de L'Estaque. Lors des élections municipales de 2020, l'idée de créer un RER métropolitain est émise par plusieurs candidats tels que Michèle Rubirola, Martine Vassal ou encore Sébastien Barles. En , la métropole Aix-Marseille Provence lance une étude pour mettre en place un schéma directeur de la desserte ferroviaire d'ici 2050 sur tout le territoire de la métropole en lien avec le plan de déplacements urbains dans le but de doubler l'usage des transports en commun. Ce schéma prévoit la création d'un réseau express métropolitain dont un RER qui reste, malgré tout, assez hypothétique. Les conclusions de cette étude sont attendues pour le . Le , le président de la République, lors d'un discours visant à présenter un projet pour redresser la ville, annonce l'accélération de la création d'un RER marseillais pour un coût de d'euros dont financés par l'État. Desserte aérienne. L'aéroport international Marseille-Provence se situe à du centre de Marseille, sur la commune de Marignane, au bord de l'étang de Berre. C'est le troisième aéroport de France hors Île-de-France. Son trafic est principalement orienté vers Paris, la Corse, l'Europe, et l'Afrique du Nord. L'ouverture en de l'aérogare MP2 entièrement consacrée aux compagnies à bas prix a permis de développer le nombre de passagers et de destinations, notamment vers l'Europe. En plus des liaisons vers Montréal et Toronto, une liaison vers New York a été ouverte en 2013. L'aéroport est desservi par des navettes d'autocars qui le relient à la gare Saint-Charles et à la gare d'Aix-en-Provence TGV et, depuis 2008, par la gare de Vitrolles-Aéroport-Marseille-Provence. Transport maritime. Marseille est l'un des principaux points d'accès à la Corse dans le cadre de la continuité territoriale. Toponymie. Attestations anciennes. De nos jours, le nom utilisé en occitan est "Marselha" ou "Marsiho". Étymologie. « Le nom de la localité est attesté pour la première fois sous la forme grecque ("Massalía", accent tonique sur le « i »). C'est sous ce nom qu'une ville est fondée par des Grecs venus de Phocée ( / ) et qui est toujours la ville de Foça près d'Izmir. L'origine de ce nom préoccupait déjà des écrivains de l'Antiquité. Ils ont avancé des explications plus ou moins fantaisistes qu'a résumées Antoine de Ruffi, le premier historien de la ville, au avec une ironie perceptible. Par exemple Aelius Herodianus a joint les mots "μάσσαι", lier et ἁλιεύς, pécheur, pour dire qu'à l'arrivée des Phocéens un pécheur se trouvait sur le rivage pour lier une amarre. À l'époque moderne on a pensé à deux autres mots μᾶζα et ἅλς. Le second signifie le sel ou une étendue marine salée près de la côte. Le premier vient d'une racine indo-européenne "mak" ou "mag", « pétrir », et désignait une grosse crêpe d'orge. Il a pris le sens de « masse » mais tardivement et paraît ne pas pouvoir justifier « masse de sel », ce qui constituerait une étymologie isolée. Le double sigma de Μασσαλία fait aussi difficulté puisque le dzêta persiste dans le mot composé μαζαγρέτας. Un dérivé désignant un gâteau d'offrande est attesté dans le culte de Dionysos à Phigalie, ce qui a permis d'évoquer de façon très hypothétique Marseille comme « ville des offrandes ». Le mot au sens de masse a été emprunté par le latin sous la forme du mot "massa" d'où est venu le mot français. Les toponymes "massa" de l'Italie du nord et du centre dont la signification est maison de campagne, tenure, de même que le provençal "mas", sont issus eux, à l'époque du haut Moyen Âge, du latin "manere", demeurer, qui a donné aussi plusieurs mots français comme manoir, masure, maison, etc. C'est sans rapport avec le nom grec de Marseille mais a pu faire penser à une étymologie , citée par Antoine de Ruffi puis Augustin-Jules-Esprit Fabre. Il existe en revanche un radical "massa" retrouvé sur tout le nord de la Méditerranée et remontant à la préhistoire (VII-IV millénaire avant J.-C.) signifiant « source ». Μασσαλία ne s'explique sans doute pas par le grec du point de vue étymologique, sans que nous puissions dire par quelle langue à l'époque de la fondation de la ville, ligure, étrusque ou autre, il le ferait de façon plus certaine. Albert Dauzat a proposé un radical "mas-" qui désignerait vraisemblablement une source, suivi d'un suffixe "-alia" qui peut se retrouver dans le nom de la ville phocéenne Ἀλλαλία, Alalia, située en Corse, aujourd'hui Aléria. Ernest Nègre a repris d'un élément aqueux, c'est-à-dire l'hydronyme "Massalia" courant en Grèce. Bénédicte et Jean-Jacques Fénié, qualifient le nom "Massalia" de ligure. À l'époque romaine, "Massalia" devient "Massilia" (avec déplacement de l'accent tonique sur le premier i). Ensuite, peu à peu à l'époque médiévale, "Massilia" s'altère en "Marsilia" dans les textes, mais coexiste avec une forme locale encore attestée en 1390 "Maselha". L'altération "Mas(s)-" > "Mars-" résulte sans doute d'un hypercorrectisme savant par analogie avec les nombreux types toponymiques en "Marsil-", "Marseil-", tels que Marsillargues (Hérault, "Marcianicus" vers 1031); Marseillan (Hérault, "de Marcelliano" 1098), pour lesquels le groupe /rs/ s'est précisément simplifié en /ss/ en occitan par assimilation du [r]. C'est pourquoi on trouve aussi Massillargues-Attuech (Gard) et "Massilhan", nom occitan de Marseillan par exemple. Ils sont généralement basés sur l'anthroponyme "Marcellus"> "" sans rapport avec l'étymologie de Marseille. aussi le français "massepain", anciennement "marcepain", issu de l'italien "marzapane". Marseille s'écrit "" en occitan provençal, forme qui diffère de celle mentionnée au "Maselha" mais que l'on retrouve dans la littérature occitane médiévale, notamment dans la Chanson de la croisade ou dans la "vida" de Folquet de Marseille. au côté d'autres formes divergentes (Marseilla, Masselha) La graphie ' correspond à la norme classique de l'occitan, tandis que "Marsiho" est la norme mistralienne. Cependant la prononciation est [maʀˈsijɔ] dans les deux cas, en effet la réalisation phonétique de la lettre « e » /e/ est très fermée, proche de celle du « i » français. On appelle la ville ' en italien, "Marsella" en catalan et en espagnol, ' en portugais, "Marseilles" ou "Marseille" en anglais, on l'a appelé "Massilien" autrefois en allemand mais "Marseille" de nos jours et enfin (') en arabe, où le mot arabe "" veut dire « port ». Pendant la Convention, en punition de son implication dans le mouvement fédéraliste, Marseille est temporairement débaptisée : du au , elle est officiellement nommée la et ainsi désignée. Histoire. Préhistoire. Les premiers vestiges de présence humaine dans le bassin Marseillais remontent à environ (paléolithique moyen). Au paléolithique supérieur la grotte Cosquer, alors non immergée, est occupée entre et avant le présent. Des fragments de poterie retrouvés sur la rive sud du Vieux-Port attestent de l'occupation humaine du site au et siècles avant notre ère. Au paléolithique, des populations ont vécu sur cet espace, en témoigne la présence d'un habitat sur un flanc des collines jouxtant le Riaux (cours d'eau). On y consommait des fruits de mer, les produits de la chasse et de la cueillette (les grottes, nombreuses, et les oppida environnants sont dignes d’intérêt à l'Estaque comme à Martigues, sur le site de la Cloche, ou encore de Verduron). Les falaises et grottes étaient occupées autour du lit du Riaux (cours d'eau), des vestiges retrouvés aux y prouvent une activité humaine datant du Magdalénien, soit entre , période des chasseurs-cueilleurs. Vers 10000 se termine la dernière période glaciaire : le gibier migrant vers les régions plus froides, les chasseurs-cueilleurs du pourtour méditerranéen laissent place à des groupes de pêcheurs qui se sédentarisent. La trace la plus ancienne de présence humaine sur l'actuel site habitable de la ville de Marseille remonte au Mésolithique. Seule une fouille atteste d'une occupation à cette période : la découverte et la mise au jour, en , d'aménagements relatifs à un habitat néolithique qui remonte à avant notre ère, près de la gare Saint-Charles, autour de la rue Bernard du Bois. On y a trouvé des silex taillés et un nombre important de coquillages marins. D'autres vestiges datant du néolithique (période d'agriculture et élevage) ont été retrouvées par Max Escalon de Fonton dans les grottes de L'Estaque durant les années 1940 : une céramique décorée (datée de ) ainsi que la sépulture d'un adolescent en position repliée. À proximité, dans la grotte Crispine du quartier Les Riaux furent retrouvés un foyer, des poteries néolithiques en terre noire, des petits grattoirs et de nombreux coprolithes de canidés (excréments fossiles). Antiquité. Massalia, cité grecque. La topographie première du site de la cité grecque est encore largement perceptible de nos jours, malgré les importantes modifications du . Promontoire entouré par la mer, le site est dominé par trois buttes successives : la butte Saint-Laurent ( d'altitude en 1840), la butte des Moulins () et la butte des Carmes (environ ). Fondation de la ville : la légende de Gyptis et Protis. La fondation de Marseille, qui remonte aux environs de 600, est le fait de colons grecs venus de Phocée, (aujourd'hui Foça en Turquie) ; ce peuplement fut notamment favorisé par les Phocéens fuyant les invasions perses en 546. Les conditions exactes de la fondation de la ville sont inconnues si ce n'est la légende rapportée par deux auteurs antiques : Justin et Aristote. D'après Justin, le territoire qui forme aujourd'hui Marseille était occupé par une tribu des Ligures, celle des Ségobriges, qui se serait implantée vers l'actuelle Allauch. Deux navarques grecs, Protis et Simos, arrivèrent avec leur flotte pour établir une base commerciale dans le port naturel du Lacydon et participer au commerce de l'étain et de l'ambre. Le jour de l'arrivée des Grecs, le chef de la tribu ligure, Nanos, organisa un festin au cours duquel sa fille Gyptis avait à choisir son époux en lui tendant une coupe d'eau. Les Grecs furent invités à se joindre au banquet et le jeune chef de ceux-ci, Protis, fut choisi, scellant ainsi la fondation d'une nouvelle cité qu'il érigea sur les bords de la corne du Lacydon. La date de cette rencontre fondatrice donnée par différents auteurs antiques est -600, avec des variantes. Si la plupart des éléments du récit relèvent de la légende, les découvertes archéologiques corroborent la présence de colons phocéens dans la baie du Lacydon au avant notre ère. Ce mythe pourrait être cependant contredit par l'interprétation de fouilles récentes sur le site de l'oppidum de Saint-Blaise. En effet, selon Jean Chausserie-Laprée, conservateur en chef du patrimoine de la Ville de Martigues, les découvertes archéologiques publiées en 2019 pourraient indiquer que cet oppidum, situé sur l'embouchure du Rhône, à une cinquantaine de kilomètres du port antique de Marseille, était la capitale des Ségobriges, et que les Phocéens avaient donc rencontré les Gaulois et installé leur première forteresse là-bas, avant de fonder Marseille. Évolution de Massalia. Les fouilles archéologiques ont révélé les vestiges des premières traces de l'habitat grec directement au contact d'un sol vierge sur la partie la plus occidentale de la butte Saint-Laurent. Très vite la ville s'agrandit et s'étend jusqu'au versant oriental de la butte des Moulins. Enfin, elle englobe la troisième butte (des Carmes) avant la fin du Une dernière extension à l'époque hellénistique lui permet d'atteindre une surface d'environ , que la ville ne dépassera plus avant le . La fortification grecque de la fin du a été retrouvée en deux points de la ville : au jardin des Vestiges et sur la butte des Carmes, lors de fouilles d'urgence dans les . Une reconstruction a lieu à l'époque grecque classique, dans la seconde moitié du et, vers le milieu du , l'ensemble de la fortification est reconstruite en grand appareil de calcaire rose. Ce rempart est encore visible dans le jardin des Vestiges. L'intérieur de la ville est découpé en îlots, avec des rues à angle droit qui constituent des ensembles cohérents, adaptés à la topographie naturelle du site. Ainsi le long du rivage les voies ont-elles des axes changeants, tandis que les pentes de buttes sont quadrillées de façon régulière. À l'extérieur des murs, les fouilles récentes ont mis en évidence une cadastration établie dès la fin du , ainsi que l'exploitation de carrières d'argile qui se trouvait abondamment dans le substrat géologique (site de l'Alcazar) ; par la suite se développe au même emplacement une culture de la vigne et probablement d'autres plantations. Les nécropoles sont connues soit par des découvertes anciennes soit par la fouille, en 1990, du parc Sainte-Barbe. La Marseille grecque connaît une forte croissance et devient une cité prospère, vivant des relations commerciales fortes avec la Grèce, l'Égypte, l'Asie Mineure puis Rome. La ville est indépendante et s'administre librement : elle est gouvernée par un directoire de choisis parmi (Strabon, , 1,5). Trois d’entre eux avaient la prééminence et l’essentiel du pouvoir exécutif. Marseille est le point de départ de la diffusion de l'écriture chez les peuples gaulois, qui ont appris à transcrire leur propre langue en caractères grecs et à rédiger leurs propres actes en grec. C'est aussi probablement par Marseille que sont introduits en Gaule les premiers vignobles. Marseille est alors cernée par une ceinture d'oppida dont on ne peut déterminer si certains faisaient fonction de protection contre ceux plus au nord, même si l'hypothèse a été avancée par François Villard : il ne semble pas y avoir de liens d'appartenance, sauf pour les Mayans dont la structure fait penser qu'il abritait une garnison, vraisemblablement grecque. Les échanges sont nombreux avec eux comme en témoignent les monnaies retrouvées sur le site du Baou Roux, de l'autre côté de l'Étoile. On relève : Cité romaine de Massilia. Au début de la deuxième guerre punique, Scipion est envoyé par Rome pour protéger Massilia, citée alliée, cible supposée de Hannibal qu'il pense trouver vers les Pyrénées, et bloquer ainsi son passage par la côte. Hannibal, n'a pas réussi à mettre les tribus gauloises de son côté et ses troupes sont attaquées depuis la péninsule ibérique, mais il est déjà plus au nord. Les tribus de la région de Massilia, future Provincia, alliées de Rome, sont évitées vers le milieu du mois d’août 218 av. J.-C. Ce sont , et qui auraient pu assiéger Massilia qui passent le Rhône à quatre jours de marche au nord de Marseille, soit à la hauteur du village actuel de Caderousse. Quand Scipion comprend son erreur, il laisse ses troupes continuer sur l'Ibérie mais revient pour préparer les légions dans la plaine du Pô. Massilia est épargnée. En 181 av. J.-C., les Massaliotes phocéens et leurs alliés helléno-celtes Cavares de la région de Cavaillon-Avignon-Orange appellent Rome au secours contre les pirates Ligures. Au cours du , Marseille se retrouve confrontée à la puissance grandissante de ses voisins gaulois, en particulier des Salyens. Pour faire face à leur menace, la cité fait encore appel à son alliée Rome, devenue la grande puissance méditerranéenne. La conquête réelle ne commence qu'en 120 av. J.-C., avec la campagne militaire du proconsul romain Gaius Sextius Calvinus, qui voit raser une partie des oppidda au nord de Massilia. Mais la province ne reçoit cependant son statut officiel qu'après le passage de Pompée dans les années 70 av. J.-C.. Colonie devant concurrencer Massillia, "Aquae Sextiae" (Aix), est fondée en 122 av. J.-C. Cliente de Jules César et de Pompée, Marseille refuse en -49 de prendre parti dans la guerre civile de César, tout en accueillant les émissaires de Pompée. Battue en mer et assiégée par trois légions pendant deux mois par César puis par son légat Caius Trebonius, la ville est prise ("Bellum Civile", , 34-36), privée de ses colonies[96]] et doit se soumettre à Rome. Les Romains la rattachent à la province Narbonnaise. Le reste des oppida subsistant est alors vraisemblablement rasé (La Cloche). À l'époque d'Auguste, la ville connaît une nouvelle grande phase de construction. L'agora-forum est reconstruit comme en témoignent les fragments de dallages découverts par Fernand Benoit au sud des Caves de Saint-Sauveur. Le forum est bordé à l'ouest par un autre grand édifice, le théâtre, dont quelques gradins ont été conservés jusqu'à nos jours dans l'enceinte du collège du Vieux-Port. Des thermes sont installés le long du port : les vestiges, remontés sur la place Villeneuve-Bargemon, sont aujourd'hui visibles quasiment à leur emplacement d'origine derrière l'hôtel de Ville. Pendant le Haut Empire, la zone portuaire est considérable : elle s'étend sur la rive nord de la calanque du Lacydon, en suit la corne du port (Jardin des Vestiges) dont le quai est reconstruit à l'époque flavienne, et se prolonge au fond du Vieux-Port actuel. Dans cette zone, les fouilles de la place Général-de-Gaulle ont dégagé une grande esplanade empierrée qui peut correspondre à des salines aménagées. De nombreux entrepôts à "dolia" sont connus ; une partie de l'un d'entre eux a été conservée en rez-de-chaussée du Musée des docks romains. Puis, durant le Bas Empire, la ville semble décliner légèrement au profit vraisemblablement d'Arles. Arrivée des premiers chrétiens. Le Haut Empire, voit l'arrivée des premiers chrétiens au dans la région comme l'illustrent certaine légendes (Les Saintes Maries, la Sainte Baume). Ils essaiment alors dans la région et fondent des ermitages, des monastères et des églises. Au cours des siècles suivants, de nombreux ermites occuperont les nombreuses grottes-ermitage des massifs entourant Marseille. Dès lors, leur présence influence fortement le paysage et la toponymie, la vie même des marseillais jusqu'aujourd'hui (Notre dame de la Garde: la Bonne Mère). Les Wisigoths qui s'installent en Aquitaine dès 418 sont ariens et font basculer la provence de ce coté des chrétiens opposés aux trinitaires. Lorsque le roi des Francs Clovis, qui opte vers 500 pour le christianisme nicéen conquiert la région, celle ci le suit ce qui mènera ses habitants chrétiens sur la voix du catholicisme. Antiquité tardive. Marseille se développe à nouveau à partir du de notre ère. À l'intérieur de la ville, la construction d'une première grande cathédrale marque la puissance de l'évêque, probablement Proculus, qui tient à rivaliser avec Arles. Deux basiliques funéraires ont été retrouvées en fouille. L'une, hypothétique, fouillée pour moitié dans l'emprise des immeubles du cours Belsunce par J. et Y. Rigoir en 1959 et par G. Bertucchi dans la construction du Centre Bourse en 1974. La seconde est clairement attestée par la fouille de M. Moliner, rue Malaval (2003-2004), avec la découverte d'une "memoria" intacte sous le chœur. Le voit aussi la fondation de l'abbaye Saint-Victor de Marseille par Jean Cassien. Sur la corne du port, comblée, se développe un habitat dont on retrouve la trace, hors les murs, jusqu'à l'actuelle bibliothèque de l'Alcazar (fouille M. Bouiron). Sur ce site, on a pu mettre en évidence une continuité directe avec les constructions romaines ; un groupe de bâtiments se développe progressivement entre le et le , avec dans un dernier état, un vaste bâtiment de type entrepôt. Les bâtiments sont abandonnés au début du . La vitalité du commerce est perceptible par les découvertes de productions céramiques venant de toute la Méditerranée, témoins privilégiés des marchandises qui affluent à Marseille durant la période ostrogothique et mérovingienne. Puis, prise dans les remous des conflits entre rois francs, la ville semble perdre de son importance à partir de la reprise en main de la Provence par Charles Martel et le pillage de la ville qui l'accompagne. Coté chrétiens, il n'existe pas encore de dogme lié à la relation entre le « Père » et le « Fils » jusque vers 318. Mais les Wisigoths qui s'installent en Basse Provence (siège de Marseille en 414) sont ariens et font basculer la provence de ce coté des chrétiens opposés aux trinitaires. Le royaume Wisigoth cède à son tour la région aux Burgondes ariens eux aussi en 472, puis les Ostrogoths, ariens eux aussi, pénétrent à leur tour en Provence en 512 pour défendre la provence contre les Francs. Lorsque le roi des Francs Clovis, qui opte vers 500 pour le christianisme nicéen obtient la région en 536, celle-ci le suit dans sa nouvelle religion, ce qui mènera ses habitants chrétiens sur la voix du catholicisme. Moyen Âge. Haut Moyen Âge et Moyen Âge central. Marseille est pillée par les Sarrasins en 838, des "razzias" faisant suite à la conquête musulmane de la péninsule Ibérique. D'autres pillages ont eu lieu, par des pirates grecs en 848. En 904, l'abbaye Saint-Victor se voit dotée de la rive sud du port par le roi de Provence Louis l'Aveugle. L'époque reste incertaine, avec les démêlés des derniers carolingiens tout entiers tournés vers l'Italie et n'hésitant pas à traiter avec les Sarrasins lorsque leurs ambitions le nécessitent. Ces derniers en 923 dévastent le monastère de Saint-Victor et le territoire marseillais. À partir du milieu du , la situation se stabilise. Le comte de Provence choisit un frère de l'évêque Honorat de Marseille, fils de Arlulfe de Marseille, Guillaume, comme vicomte de Marseille. Ses descendants seront pendant plusieurs générations soit évêque soit vicomtes de Marseille. La topographie de l'époque est difficilement perceptible. Il existe une fortification réduite sur le sommet de la butte Saint-Laurent, c'est le château Babon ("castrum Babonis") des textes du . Le nom de Babon fait référence à un évêque, mentionné à propos d'un polyptyque perdu de l'abbaye de Saint-Sauveur et qui pourrait avoir exercé au cours du . La délimitation de cette enceinte est difficile car cette fortification a déjà pratiquement disparu à la fin du et aucun vestige n'en est connu. Englobant une partie de la ville haute appartenant à l'évêque, elle devait contenir la zone du fort Saint-Jean et arriver jusqu'à la rue Fontaine-des-Vents, au voisinage de l'actuelle place de Lenche. M. Bouiron a mis en évidence, au contact de cette fortification, un deuxième ensemble fortifié centré autour de la Major, le bourg de la Major qui contient une partie de la butte des Moulins. Passé l'an mille, Marseille se révèle à nouveau un port florissant qui participe aux Croisades. Les Marseillais sont présents en Afrique du Nord et possèdent un quartier à Saint-Jean-d'Acre. Si la prise de cette dernière met un terme à l'aventure en Terre sainte, leur présence est largement attestée en Méditerranée tout au long du Moyen Âge. De nombreux conflits émaillent par ailleurs l'histoire entre les comtes de Provence et Marseille, qui jouit d'une certaine indépendance commerciale : Puis , devenu comte de Provence, fait perdre à Marseille son autonomie en 1257 avec les Chapitres de paix. L'indépendance économique et politique de Marseille par rapport à la France perdure jusqu'à la fin du quand le comté de Provence est rattaché au royaume. Bas Moyen Âge. La ville est touchée par la peste noire en 1347. En 1423, la prise de la ville par les Catalans et la destruction qui s'ensuit occasionnent un profond déclin à la fin du Moyen Âge. Le , le comte de Provence René d'Anjou, qui a succédé à son frère comme roi de Sicile et duc d’Anjou, arrive à Marseille et favorise par des privilèges le relèvement de la ville, qu'il considère comme une base maritime stratégique pour reconquérir son royaume de Sicile. Les Marseillais, en contrepartie, se chargent de la reconstruction des remparts. Le roi René, qui souhaite équiper l'entrée du port d'une solide défense, décide de faire construire sur les ruines de l’ancienne "tour Maubert", une nouvelle tour plus importante. Jean Pardo, ingénieur, en conçoit les plans et Jehan Robert, maçon de Tarascon, exécute les travaux. Cette construction s’échelonne de 1447 à 1453. Le roi fait édifier les fondations du piédestal, puis les travaux sont suspendus faute de crédits et c’est finalement grâce à l’aide des habitants de Marseille et notamment de la corporation des pêcheurs qu’ils peuvent reprendre. Cette tour, dite tour du roi René, sera englobée au dans le fort Saint-Jean construit sur ordre de . En 1516, , en pèlerinage dans la région, est attiré par la curiosité de voir un rhinocéros (cet animal est un cadeau du roi du Portugal au pape , le navire faisant escale sur l'île d'If). rend une visite à la ville et en profite pour en étudier la situation géographique et estime alors qu'elle manque de défense. En 1524, l'armée française perd la dernière bataille d'Italie et se replie, poursuivie par ses ennemis et leurs alliés. L'armée du Saint-Empire romain germanique pille les environs et assiège Marseille. La ville résiste et permet à l'armée française de se réorganiser et de contraindre l'armée du Saint-Empire de retourner sur ses terres. La prise de la ville est évitée de peu et rend encore plus évidente la nécessité de renforcer les défenses de la ville. ordonne la construction de deux forts royaux, l'un sur l'île d'If et l'autre, à Notre-Dame-de-la-Garde. Il fait ainsi bâtir le château d'If entre 1526 et 1529 et fait ériger un rempart en pierre à Notre-Dame de la Garde. En 1536, les travaux de Notre-Dame-de-la-Garde sont achevés, à temps pour défendre la ville contre les troupes de Charles Quint, qui est lui aussi repoussé. Les Templiers et les Hospitaliers. Les ordres militaires, ordre du Temple et ordre de Saint-Jean de Jérusalem, apparaissent à Marseille à la fin du , leur installation étant liée au développement des relations commerciales du port avec l’Orient. Les deux commanderies sont situées chacune à une extrémité du port de Marseille, celle des Templiers se trouvait à l'emplacement de l'actuelle église des Augustins en bordure du « barri vieux » prés de la "platea Templi", là où était vendues les céréales importées et du plan Fourmiguier où était radoubés les navires. Les Hospitaliers étaient à l'entrée du port où se situe aujourd'hui le fort Saint-Jean. L'ordre du Temple était présent vers 1171 lorsque le pape Alexandre III prend sous sa protection leur église. Les Templiers disposaient d'une chapelle et d'un embarcadère sur les îles du Frioul. La commanderie des Hospitaliers est construite sous les murailles du château Babon. Elle est mentionnée dès 1178. En 1202 le pape accorde aux Hospitaliers des droits de sépulture, ce qui entraîne un conflit avec l’église des Accoules. À cette époque la commanderie a une grande influence, d'où le souhait du comte de Provence, d'y être enterré. En 1216, le vicomte Uc de Baux permet aux Templiers et aux Hospitaliers d'assurer le transport des pèlerins et des marchands vers l'Espagne et l'Outre-mer. Puis un accord, avec la commune de Marseille datant de 1233, permet aux frères templiers et hospitaliers, d'envoyer en Syrie deux navires par an avec mille cinq cents passagers par navire. Des registres notariés du milieu du indiquent qu'au moins trois navires templiers et trois hospitaliers plus des navires nolisés partaient de Marseille pour Gênes, Chypre et Saint-Jean-d'Acre. Lors de l'accord entre Foulques de Villaret, Jacques de Molay et Clément V sur un nouveau passage en Terre sainte, les Hospitaliers restent seuls en lice après l'arrestation des Templiers. À l'automne 1309, Ramon d'Empúries, amiral de l'Ordre, passait de nombreux contrats pour l'armement, le ravitaillement et le transport de soldats tandis que le grand maître de l'Hospital fit construire seize galées à Marseille. Au et au les Hospitaliers affrétaient des navires pour des liaisons régulières avec Rhodes. Au début du , les Hospitaliers construisent une église à nef unique, dénommée église Saint-Jean, à proximité de l'église Saint-Laurent. Elle est englobée au cours du à l'intérieur des remparts du fort Saint-Jean. Au milieu du , les Hospitaliers font construire un nouveau bâtiment contigu à la tour Saint-Jean (actuellement tour du roi René) en bordure de la passe et appelé par la suite palais du commandeur. C'est dans ce palais que sont reçus les cardinaux de la suite papale lors de la venue d' à Marseille en 1365. Le 2 mars 1660, Louis XIV il entre dans Marseille par une brèche ouverte dans les remparts et il décide de la construction de deux ouvrages à l'entrée du port : au sud la citadelle Saint-Nicolas et au nord le fort Saint-Jean dont l'enceinte s’appuiera sur la commanderie hospitalière avec la tour du roi René et englobera la tour du fanal. La citadelle Saint-Nicolas est mis en chantier rapidement tandis que la construction du fort Saint-Jean est plus lente car elle nécessite le départ des Hospitaliers. Après transformation au ce palais devient une des plus belles demeures de la ville, la seule susceptible de loger princes et personnes de haute qualité. : la ville rebelle. Lors des guerres de Religion, Marseille parvient dans un premier temps à se tenir à l'écart des conflits et accueille de nombreux réfugiés des combats. Elle adhère toutefois à la Ligue catholique en 1589. À la mort d', Marseille refuse de reconnaître son successeur Henri de Navarre : « une gigantesque procession menée par les consuls se [rend] à la porte Réale » et érige une croix en signe de défiance de la « première [ville] christianisée du royaume. » En , le meneur des ligueurs radicaux, Charles de Casaulx, est élu premier consul. À l'automne 1592, le Conseil de ville rejette l'autorité du Parlement d'Aix et déclare ne plus obéir qu'à l'autorité du duc de Mayenne, chef de la Ligue. Casaulx prend alors des initiatives menant la ville sur la voie de l'indépendance : construction d'un fort à l'entrée du port, rétablissement d'un grenier à sel et affranchissement de la gabelle, création d'une imprimerie. En , Henri de Navarre abjure la foi protestante ; il est reconnu roi par le pape puis, en par le duc de Mayenne. Seule Marseille refuse de se soumettre et Casaulx demande l'aide de d'Espagne. Le , des troupes françaises se massent devant les remparts de la ville ; alors qu'il accourt sur place, Casaulx est assassiné par Pierre de Libertat, qui fait ensuite ouvrir les portes de la ville. En apprenant la réduction de la ville aurait dit : Marseille continue toutefois dans les années qui suivent à contester le pouvoir royal. En 1615, la population attaque le bureau de perception de la taxe foraine, tuant les commis et brûlant les registres. En 1634, une émeute de pêcheurs conteste la hausse du sel. En 1635, puis en 1644, des habitants se révoltent contre de nouveaux règlements royaux concernant les monnaies. En 1652, profitant de la Fronde aixoise, les Marseillais prennent les péages de Bouc-Bel-Air, d'Aubagne et des Pennes. En 1659, un émissaire du roi est pris à partie par la foule et mis en pièces. se rend alors sur place pour mettre fin aux troubles. En 1660, établi à Aix, il annonce que Marseille sera soumise à une occupation militaire et que les institutions municipales seront complètement réformées. La porte Réale, devant laquelle les comtes de Provence puis les rois de France devaient jurer de respecter les libertés de la ville avant d'y pénétrer, est abattue. Pour surveiller la ville, le fort Saint-Jean et le fort Saint-Nicolas sont construits à l'entrée du port. Le , fait symboliquement son entrée dans Marseille par une brèche ouverte dans les remparts, comme si la ville était conquise. : l'essor commercial. Si Marseille a pratiquement ignoré la Renaissance, elle se transforme à partir du , entre esprit classique et baroque, sous l'influence notamment de Pierre Puget. Après la soumission de la ville par , l'agrandissement en est décidé. Pour la première fois, Marseille s'étend au-delà de ses murailles médiévales. Le Cours (renommé Cours Belsunce en 1852), axe principal des nouveaux quartiers, est construit en 1670. En , Jean-Baptiste Colbert fait de Marseille un port franc, supprimant la quasi-totalité des droits. En 1685, un édit interdit aux marchandises du Levant d'entrer dans le royaume par un autre port que Marseille, qui se retrouve ainsi en situation de monopole. La Chambre de commerce, la plus ancienne de France, fondée en 1599, reçoit la gestion du commerce français avec le Levant et la Barbarie. Ces dispositions attirent une nouvelle prospérité grâce au commerce méditerranéen. À partir de 1700, Marseille se lance dans le commerce océanique, d'abord dans le trafic d'argent avec l'Amérique du Sud, puis des alcools, sucre et café avec les Antilles. L’"Embarquement du corps expéditionnaire de Minorque" par Jean-Joseph Kapeller, peint en 1756, montre avec une grande précision les façades de l'Arsenal des galères à gauche et de l'hôtel de ville à droite. La tour du Fort Saint-Jean se dresse au centre et au fond, à la sortie du grand bassin. À la fin du , Marseille est le premier port de Méditerranée, devant Gênes. Si la peste de 1720 porte un rude coup à la démographie de la ville ( sur ), celle-ci se rétablit vite et atteint son niveau d'avant la peste dès 1730. En dehors de la cité, le terroir marseillais, comprenant une cinquantaine de villages et de riches familles exploitantes agricoles, profite de cette prospérité. La principale richesse du terroir est le vin, qui est vendu en ville où aucun vin étranger n'est autorisé. Révolution et Empire. Il faut attendre la Révolution française et l'uniformisation du territoire français (langue, monnaie, droit) pour que Marseille qui jusqu'alors faisait partie des "provinces à l'instar de l'étranger effectif" via son port franc (liberté de commerce avec l'étranger mais droit de douane avec le reste des provinces françaises) perde cette spécificité qu'elle a toujours tenté de conserver. La ville accueille toutefois avec enthousiasme le début de la révolution, envoyant un bataillon de fédérés en 1792 à Paris qui arrivera en chantant le chant de guerre de l'armée du Rhin de Rouget de Lisle, chant qui prendra par la suite comme nom "La Marseillaise". Par la suite, révoltée contre la Convention en raison de la perte de ses libertés communales et rejoignant le parti fédéraliste, Marseille est officiellement débaptisée et désignée du au comme la ville « sans nom ». Au printemps, dans un souci d'apaisement, Maignet, qui remplace Fréron, redonne son nom à la ville. La "Marseillaise". En 1792, Rouget de Lisle, jeune officier du génie, compose à Strasbourg le "Chant de guerre de l'Armée du Rhin". Cet hymne, qui a été édité, parvient à Marseille qui a accueilli la Révolution avec enthousiasme. La ville, envoyant à Paris , leur offre un banquet, au cours duquel le général François Mireur chante l'œuvre venue d'Alsace. Elle soulève l'enthousiasme et les assistants la reprennent en chœur. Quand ils défilent dans les rues de Paris, leurs voix chaudes de Méridionaux, qui lancent à toute volée les strophes enflammées, électrisent la foule. Le nouvel hymne trouve aussitôt son nom : c'est "la Marseillaise". Une plaque commémorative de Rouget de Lisle est visible rue Thubaneau au centre de Marseille. Du au début du : Marseille, port des colonies. De 1860 au début de la Première Guerre mondiale. Le , avec son cortège d'innovations industrielles (dont l'apparition de la navigation à vapeur), la fin de la piraterie barbaresque et les traités de libre échange des , les conquêtes coloniales de la France à partir de 1830 puis le percement du canal de Suez en 1869, stimulent le commerce maritime et la prospérité de la ville, qui passe d'environ en 1870 à environ en 1940. La zone portuaire déborde de son périmètre historique (le Vieux-Port) et s'étend à partir de 1844 aux rivages Nord. Les actuels bassins de la Joliette sont ouverts en 1853, ceux du Lazaret et d'Arenc en 1856. La banque de Marseille la plus réputée est alors celle créée par au début de l'Empire. En 1870, Marseille se place au premier rang des ports d’Europe continentale avant de se laisser dépasser par Hambourg, Anvers et Rotterdam à la fin du siècle. En , les insurgés républicains proclament la Commune de Marseille. Celle-ci sera écrasée à l'issue d'une répression sanglante par les troupes du régime versaillais. L'économie de la ville est alors basée sur le négoce et l'industrie : production de corps gras, huile et savons, sucre, semoulerie, chimie, tuilerie, réparation navale et construction mécanique. Si la fin du est moins florissante, la période précédant la Première Guerre mondiale est le point culminant de ce système « industrialo-portuaire » marseillais : l'année 1913 est celle où le tonnage portuaire est le plus important, notamment les oléagineux. À cette époque se développent de petites entreprises créées par de nouveaux venus (sud de la France, Italie, Empire ottoman) et d'abord spécialisées dans le négoce et la transformation des produits coloniaux, puis des armateurs, négociants, fabricants d'huile, raffineurs de sucre et savonniers, voire banquiers. Dans ce système concurrentiel et de spéculation de marchés, défini par l'individualisme industriel, l'activité repose souvent sur un système familial. Très attachés à ce modèle libéral, bénéficiant d'une main d'œuvre étrangère peu qualifiée, ces patrons marseillais sont contre toute intervention « parisienne » du type d'investissement de capitaux privés ou de mise en place de réglementations publiques. Marseille célèbre cette richesse à travers les expositions coloniales de 1906 et 1922, qui connaissent un vif succès. Grands chantiers. L'accroissement territorial et démographique de la ville est à l'origine d'un chantier majeur : l'adduction des eaux de la Durance, décidée dès 1834 par le maire Maximin Dominique Consolat. Cette mesure s'impose d'autant plus que sévissent cette année-là une grande sécheresse et une épidémie de choléra. La construction par du canal de Marseille, long de , demande onze ans de travaux et l'eau de la Durance arrive le à Marseille. En 1862, afin de commémorer cet événement, l'architecte d'origine nîmoise Henri-Jacques Espérandieu (1829-1874) est chargé de réaliser un vaste monument « à la gloire de l'eau » ; c'est le palais Longchamp, qui est inauguré en . Ce dernier a également édifié la basilique de Notre-Dame-de-la-Garde à partir de 1853 (consacrée en 1864) et est intervenu aussi sur le grand chantier de construction de la nouvelle cathédrale de La Major, sur les quais de la Joliette. Il a réalisé également de 1864 à 1874 le palais des Arts situé place Carli et a participé à la construction de la monumentale préfecture. L'autre grand chantier est, comme partout en France à cette époque, l'arrivée du chemin de fer. Marseille est reliée à Avignon au début de l'année 1848, à Lyon en 1854, à Paris en 1857. La gare terminus, établie sur la butte Saint-Charles, fait l'objet de nombreux remaniements et aménagements jusqu'à la fin du siècle. En 1871, pendant le soulèvement de la Commune de Paris, la ville connaît une insurrection similaire qui dure quinze jours. La préfecture est bombardée et le chef des insurgés, un avocat modéré, Gaston Crémieux, fusillé six mois plus tard, au Pharo. En 1884 sévit une nouvelle épidémie de choléra. En 1891 débutent les travaux d’un réseau d'assainissement aboutissant à la construction d'un grand collecteur. Début. Au début du , la bourgeoisie issue de l'industrialisation négociante est peu présente dans les postes politiques. L'entre-soi familial met à distance, hormis quelques exceptions, les élites locales et les représentants de l'État. De même dans la ville, plutôt que d'intervenir au centre où se concentre l'espace industriel et ouvrier, ces industriels et négociants locaux s'installent dans les quartiers résidentiels du sud, renforçant une division de la ville entre quartiers populaires au nord et bourgeois au sud. Cette bourgeoisie ne mène pas de politique de logement ouvrier. La vaste opération du percement de la rue de la République renforce d'ailleurs la prudence des investissements immobiliers après de grandes difficultés de rentabilité dues à la faillite des frères Pereire et à la reprise par les grandes familles locales. La ville fait ainsi face à un surpeuplement important, découlant du faible nombre de logements construits entre 1880 et 1914 et renforcé par le peu d'impact de la loi sur les habitations à bon marché (HBM) en raison du faible investissement du patronat local dans ces nouveaux organismes, contrairement à ce qui se réalise à cette époque ailleurs en France. La poussée démographique ouvrière et immigrée rend l'urbanisation dispersée avec un morcellement des propriétés rurales, l'éclatement urbain par des lotissements et un phénomène important d'autoconstruction de maisons modestes. Cet éclatement urbain dans une commune à la superficie aussi vaste rend sa gouvernance difficile : « Le rapport entre une population aux revenus assez faibles et une surface énorme à entretenir, assainir et équiper, s'amenuise et rend pratiquement impossible la gestion municipale ». Pourtant, la période voit également l'essor industriel et des infrastructures portuaires. Ainsi, pour relier les quais du Port et de Rive Neuve, le pont transbordeur de Marseille est construit en dix-neuf mois, entre et . Chaos de l'entre-deux-guerres. En 1938, Marseille connaît un terrible incendie qui détruit totalement le magasin des Nouvelles Galeries, cause la mort de et endommage quelques immeubles de la Canebière. Devant l'ampleur du sinistre, les sapeurs-pompiers de Marseille, mal équipés et mal entraînés se montrent impuissants à éteindre l'incendie. Édouard Daladier qui est présent pour le congrès du Parti radical et logé dans l'hôtel de Noailles faisant face aux Nouvelles Galeries en flammes, déclare : . Le bataillon de marins-pompiers de Marseille, unité militaire, est créé par le décret-loi du et la ville, ayant par ailleurs de lourds problèmes financiers, est mise sous tutelle et dirigée par un administrateur extraordinaire jusqu'à la Libération en 1944. Seconde Guerre mondiale. Le , un bombardement allemand cause la mort de et en blesse une soixantaine d'autres, le jour même où le bataillon de marins-pompiers, récemment créé, quitte la caserne provisoire de la rue de Lyon et prend possession de celle du boulevard de Strasbourg. À la suite du débarquement américain en Afrique du Nord, le , les troupes allemandes franchissent la ligne de démarcation et Marseille se retrouve occupée le , comme le reste de la Zone libre. La ville souffre grandement de l'occupation et en particulier, lors de la Rafle de Marseille, le quartier du Panier au nord du Vieux-Port qualifié de « quartier criminel » par les nazis. Dans la nuit du 22 au , plusieurs milliers de personnes sont arrêtées et deux jours plus tard, le , le général SS Oberg, assisté du préfet René Bousquet, ordonne aux habitants du quartier du Vieux-Port d'évacuer leur domicile dans les deux heures, avec de bagages. sont expulsées. Dans les deux semaines qui suivent, sont dynamités, laissant un champ de ruines jusqu'à la Libération. Marseille subit également plusieurs alertes aériennes. Le bombardement américain du est particulièrement dévastateur et cause la mort de plus de , en blessant environ . Près de des troupes d'occupation trouvèrent également la mort. Le a lieu le débarquement en Provence. À cette occasion, l'occupant fait sauter les installations portuaires : plus de sont coulés et le célèbre pont transbordeur de Marseille détruit. Les FFI de Marseille (et parmi eux Gaston Defferre) préparent la libération de la ville. Le , ils lancent l'insurrection accompagnée d'un mot d'ordre de grève générale. Mais mal armés et peu nombreux, leur position est critique jusqu'à l'arrivée des tirailleurs algériens du général de Monsabert et des goumiers marocains du général Augustin Guillaume qui pénètrent à Marseille le 23. Les combats avec l'armée allemande se poursuivent plusieurs jours, jusqu'à la capitulation du général Hans Schaefer le . Le 29, le général de Lattre de Tassigny assiste au défilé de l'armée d'Afrique sur la Canebière. Des années 1950 à 1980 : les difficultés. Après la Seconde Guerre mondiale, l'urbanisation de la ville s'accélère dans le cadre de la reconstruction d'après-guerre. De grands ensembles sont construits dans les quartiers nord et une grande place est laissée à la circulation automobile par la construction d'autoroutes jusqu'au cœur de la ville. A partir de la fin des années 1960, la décolonisation et l'indépendance des anciennes colonies conduit le Port de Marseille à ne plus bénéficier de son monopole sur le commerce avec les colonies. L'économie marseillaise entre alors en recomposition. Marseille souffre également d'une mauvaise réputation liée à l'insécurité et aux affaires de grand banditisme ("", assassinat du juge Michel). En 1962, Marseille est le lieu de transit de la majorité des Pieds-noirs fuyant l'Algérie indépendante. Beaucoup s'installent ensuite dans la ville et sa région. En 1973, dans un contexte de tensions toujours très vives, dix ans après la défaite française en Algérie, et après l'assassinat d'un chauffeur de bus par un déséquilibré Algérien, la ville est le théâtre d'importantes violences racistes qui durent pendant plusieurs mois, d'août à décembre 1973. Ces violences font plusieurs dizaines de morts et se terminent par un attentat contre le consulat d'Algérie. En 1977 est mis en service le métro. Depuis les années 1990. Dans les , le projet Euroméditerranée de développement économique et de rénovation urbaine est lancé. De nombreuses infrastructures nouvelles et rénovations sont réalisées dans les : le tramway, la rénovation de l'Hôtel-Dieu en hôtel de luxe, Le Silo, l'agrandissement du stade Vélodrome, la tour CMA CGM, le musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée (MuCEM) ou encore la Villa Méditerranée. En 2013, Marseille est capitale européenne de la culture. Cette opération permet d'attirer à Marseille de visiteurs (avec une estimation de de visiteurs effectifs dont nombre venant de départements voisins, certains effectuant plusieurs visites). L'OCDE note que la ville connaît aujourd'hui un dynamisme économique dans le cadre du développement de son aire urbaine mais le rapport pointe encore l'importance des inégalités sociales et la fracture économique entre le sud de la ville et les quartiers nord. Le , aux alentours de , la ville est le théâtre d'un attentat djihadiste, un terroriste fait irruption sur le parvis de la gare de Marseille-Saint-Charles, il est équipé d'une arme blanche, dont un couteau. Les deux victimes âgées d'une vingtaine d'années ont été égorgées et poignardées, il a été abattu peu de temps après par des militaires d'une patrouille de l'opération Sentinelle qu'il s'apprêtait à attaquer. Daech revendique l'attaque le jour-même. Un an après, une plaque commémorative au nom des deux victimes est dévoilée ainsi qu'un hommage leur est fait. Politique et administration. Tendances politiques. Paysage politique. Ville industrielle, Marseille est très tôt un territoire d'implantation du socialisme en France : Clovis Hugues y est élu premier député d'un parti ouvrier en France en 1881 et Siméon Flaissières, le premier maire socialiste de la ville, est élu en 1892. Durant la majeure partie du , Marseille est acquise à la gauche. Après la Libération, la SFIO et le Parti communiste sont les deux principales forces politiques de la ville et le socialiste Gaston Defferre s'allie un temps à la droite contre les communistes pour conquérir la mairie. Il l'occupe jusqu'à sa mort en 1986. La domination de la gauche s'estompe progressivement à partir des . Aux élections de 1983 déjà, Gaston Defferre recueille moins de voix que son adversaire de droite Jean-Claude Gaudin et n'est réélu qu'à la faveur du découpage électoral. Robert Vigouroux succède à Gaston Defferre après son décès ; il est largement élu aux élections de 1989, remportant l'ensemble des secteurs en tant que dissident socialiste. En 1995, Jean-Claude Gaudin est élu maire et fait basculer la ville à droite pour la première fois depuis 1953. Ce basculement se produit également lors des scrutins nationaux : le candidat de droite arrive en tête à Marseille lors du second tour des élections présidentielles en 1995, 2002 et 2007 alors que Jean-Claude Gaudin est réélu en 2001, 2008 et 2014. Il annonce qu'il ne se représente pas aux municipales de 2020 et Michèle Rubirola est élue pour lui succéder à la tête du « Printemps marseillais », une coalition de partis et mouvements de gauche, qui élira Benoît Payan (PS) six mois plus tard après la démission surprise de Michèle Rubirola. Les scrutins à Marseille sont également caractérisés par un fort vote protestataire : en 1981, Georges Marchais y arrive en tête au premier tour, ainsi que Jean-Marie Le Pen en 1988, 1995 et 2002. Jean-Luc Mélenchon y arrive en tête du premier tour lors de l'élection présidentielle de 2017 et à celle de 2022. Géographie électorale. Le vote à Marseille est géographiquement divisé mais les derniers scrutins ont modifié la géographie électorale. Le nord de la ville (, , , , et ) est historiquement acquis à la gauche. Les bastions communistes, comme la Belle de Mai, y ont été progressivement remplacés par le vote socialiste dans les . Toutefois, le Rassemblement national réalise également ses meilleurs scores dans les et où il s'est imposé lors des élections municipales de 2014 avant d'être battu par la droite en 2020. Le sud, à l'inverse, est habituellement dominé par la droite (, , et ). Les quartiers est ( et ), longtemps socialistes, ont récemment basculé à droite à la faveur de la désindustrialisation de la Vallée de l'Huveaune et de changements sociologiques. À l'inverse, les et arrondissements, bastions historiques de Jean-Claude Gaudin, ont été remportés par la gauche en 2020. Le grand centre-ville (, , et ) est actuellement l'objet des batailles électorales les plus serrées. Subdivisions. Marseille est l'objet de la loi PLM et est, comme Paris et Lyon, découpée en arrondissements. Ceux-ci sont au nombre de 16 et sont regroupés par deux en huit secteurs. Chaque secteur dispose de son conseil et de son maire de secteur. Chaque secteur élit donc ses conseillers (303 au total), dont un tiers siège également au conseil municipal et élisent le maire de la ville : Marseille est par ailleurs découpée en et sept circonscriptions. Finances locales. Marseille est la grande ville française la plus endettée avec d'euros de dette en 2013, soit un endettement de par habitant (contre par habitant en moyenne pour les grandes villes en France). Justice. Marseille est le siège d'un tribunal judiciaire, d'un tribunal de commerce, d'un conseil de prud’hommes, d'un tribunal administratif et d'une cour administrative d'appel. La cour d'appel se trouve à Aix-en-Provence. Marseille abrite la prison des Baumettes, construite en 1934. En 2006, les conditions de vie de ce centre pénitentiaire ont été jugées choquantes et en 2012 le Contrôleur général des lieux de privation de liberté y dénonce « une violation grave des droits fondamentaux des personnes privées de liberté ». En , un nouveau bâtiment, « Les », est en construction afin de pallier ce problème d'insalubrité. Le centre de rétention administrative de Marseille est situé dans le quartier du Canet, dans le . Sécurité et criminalité. Grand banditisme. Liée à l'imaginaire de la ville depuis près d'un siècle, le milieu marseillais apparaît vraiment dans les avec les parrains François Spirito et Paul Carbone. Le milieu marseillais connait son heure de gloire dans les avec l'essor de la "", alors que la ville est au cœur d'un trafic international d'héroïne vers les États-Unis finalement démantelé par les autorités. , le milieu apparaît désorganisé comme il a pu l'être à d'autres moments de son histoire, faisant s'affronter violemment dans une « guerre de tous contre tous » les parrains traditionnels, corso-marseillais surtout, et les « néo-parrains des cités » dont la source principale d'enrichissement est le trafic de cannabis dans les cités les plus défavorisées de la ville. Cette situation explique la recrudescence des règlements de compte depuis le début des années 2000. Il n'y a jamais eu de mafia au sens originel du terme à Marseille. On lui préfère les termes de « pègre » au début du , ou de « milieu » et « crime organisé » aujourd'hui. Délinquance. La forte présence dans les médias nationaux de l'actualité des faits divers à Marseille, en particulier les règlements de compte, contribue à donner une mauvaise image de la ville et conduit certains médias à parler de désinformation. Deux autres facteurs expliquent la surmédiatisation des règlements de compte à Marseille : le fait que les banlieues font administrativement partie de la ville de Marseille et le fait que les règlements de compte sont généralement surmédiatisés, alors qu'ils ne représentent que 10 % des homicides commis en France chaque année. Si la ville de Marseille connaît un taux de meurtres liés à la drogue proportionnellement presque aussi élevé que celui de New York avec notamment des vols avec violence et des vols à la tire qui dépassent la moyenne nationale, la circonscription de sécurité publique de Marseille ne détient pour l'année 2008 que le fort taux de délinquance (sur plus de ), derrière notamment Nice, Avignon ou Cannes, avec un taux de faits de délinquance constatés de 114,04 pour , soit les deux tiers de la moyenne nationale. Nice, par exemple, connaît proportionnellement plus de crimes. Pour ce qui concerne les homicides volontaires, si Marseille se trouve dans le département où les homicides volontaires sont les plus nombreux en valeur absolue (55 en 2012), rapporté au nombre d'habitants, celui-ci ne se situe qu'à la sixième position en France. En 2017, "Le Canard enchaîné" avance que les chiffres de la délinquance en baisse à Marseille depuis 2012 sont faux. Selon le journal satirique, la police requalifierait les actes commis afin d'obtenir de meilleures statistiques. Le sentiment d’insécurité a toutefois poussé le gouvernement en 2012 à doter les Bouches-du-Rhône d’une Préfecture de police de plein exercice, la seule de France avec Paris. Défense. Marseille est le siège de l'état-major de la zone de défense et de sécurité Sud, de l'état-major zonal de la Gendarmerie nationale et de l'escadron de Gendarmerie mobile 11/6. Y sont stationnés, en 2018, l'état-major de la , le régiment étranger de cavalerie (au camp de Carpiagne), le commandement de la Marine à Marseille et le groupement de soutien de la base de défense de Marseille. Marseille abrite également l'Hôpital d'instruction des armées Laveran. En revanche, la préfecture maritime de la Méditerranée est située à Toulon. Le d'infanterie de marine est dissous en 2009 tandis que le de dragons est dissous en 2014. Le Bataillon de marins-pompiers constitue le corps municipal des pompiers de Marseille. Commandé par un officier général de marine, c'est une unité de la Marine nationale d'un effectif de . Il a été créé en 1939 à la suite de l'incendie des Nouvelles Galeries en remplacement du Corps municipal des sapeurs-pompiers, dissous à la suite de cette catastrophe. Les marins-pompiers de Marseille ont pour particularité d'être la seule unité militaire de l'armée française à agir selon les ordres et les directives d'un maire. Jumelages et partenariats. Marseille est jumelée avec quatorze villes et a également signé des pactes d'amitié et de coopération avec vingt-trois villes dans le monde. Jumelages. Toutes les villes avec lesquelles Marseille est jumelée (à l'exception de Marrakech) sont d'importantes villes portuaires. International. Marseille est le siège de quelques organismes internationaux et de recherche tels que l'Institut de recherche pour le développement (IRD), la Commission Méditerranée de Cités et Gouvernements locaux unis (CGLU) ou le Conseil mondial de l'eau. Y sont également implantés le bureau local de l'Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI), une antenne de la Banque mondiale, un bureau de l'Organisation internationale pour les migrations. sont établis à Marseille, soit la deuxième représentation consulaire de France après Paris. Le , les ministres des finances du G7 se sont réunis au Palais du Pharo. Marseille en grand. Le plan "Marseille en grand" est un plan d'investissement de d'euros pour la ville de Marseille annoncé par le président Emmanuel Macron le . Le préfet Laurent Carrié a été chargé en de la mise en œuvre du plan de développement "Marseille en grand". Population et société. Démographie. Évolution démographique. Après une grave crise dans les qui a vu la population passer de plus de à moins de (malgré un solde naturel assez positif), la population augmente de nouveau à partir des . Avec plus de , Marseille est la de France. Son unité urbaine est cependant la du pays (après Paris et Lyon) avec (2014), incluant Aix-en-Provence au nord, Istres, Martigues et Vitrolles à l'ouest et Aubagne à l'est. L'aire urbaine de Marseille - Aix-en-Provence est la de France après celle de Paris et celle de Lyon. L'agglomération marseillaise a même récemment absorbé la commune de Saint-Zacharie, qui fait partie du Var. En revanche, La Ciotat, qui fait partie du territoire Marseille-Provence, a été absorbée par l'unité urbaine de Toulon. Pyramide des âges. La population de la commune est relativement jeune. En 2018, le taux de personnes d'un âge inférieur à s'élève à 37,6 %, soit au-dessus de la moyenne départementale (35,3 %). À l'inverse, le taux de personnes d'âge supérieur à est de 24,5 % la même année, alors qu'il est de 26,3 % au niveau départemental. En 2018, la commune comptait pour , soit un taux de 52,64 % de femmes, légèrement supérieur au taux départemental (52,24 %). Les pyramides des âges de la commune et du département s'établissent comme suit. Une ville inégalitaire. Avec un coefficient de Gini de 0,436, Marseille est une des villes les plus inégalitaires de France, une partie de sa population étant très pauvre tandis que les grandes fortunes y sont également nombreuses. Le revenu moyen des 20 % les plus riches est ainsi supérieur au revenu moyen des 20 % les plus pauvres. Le sociologue André Donzel parle d'ailleurs de Marseille comme d'une « métropole duale » proche des configurations urbaines des pays en développement où se côtoient les plus riches comme les plus pauvres. La commune connaissait un taux de pauvreté de 25 % en 2011 qui dépassait même 40 % dans les quartiers nord de la ville et plus de 60 % dans certains quartiers prioritaires. En comparaison, ce premier chiffre est identique à celui de Lille ou de Montpellier, mais supérieur à celui de Lyon (15 %). Ceci s'explique dans une certaine mesure par le fait qu'une grande partie des banlieues pauvres de l'agglomération se situent administrativement au sein de la commune, contrairement à d'autres grandes villes de France. Les banlieues parisiennes, lyonnaises ou lilloises connaissent en effet une pauvreté comparable. À l'inverse, les et , au Sud et à l'Est de la ville, connaissaient en 2011 des taux de pauvreté (9 et 10 %) similaires à ceux des arrondissements les plus riches de Lyon ou Paris. De plus, environ marseillais sont soumis à l'impôt de solidarité sur la fortune avec un patrimoine moyen de d'euros, ce qui en fait la deuxième ville hors Île-de-France et la cinquième ville de France en nombre de redevables à l'ISF. De la même manière, quinze familles marseillaises figuraient en 2011 dans les fortunes professionnelles en France selon le magazine "Challenges". La fracture sociale est également spatiale, la ville étant globalement divisée entre des quartiers nord plus pauvres et un Sud plus riche. Ainsi en 2012, le taux de pauvreté dépassait 20 % au nord (, , , et ) — il atteignait même 55 % dans le en 2011 — Alors qu'au sud et à l'est (, , et ), il n'atteignait pas plus de 14 %. Ces contrastes se retrouvent dans le taux de personnes non-diplômées : en 2006 il s'élève à 25,27 % pour la ville (19,5 % pour la France métropolitaine) mais dans les , et , il dépasse les 40 %. Ces inégalités semblent s'être aggravées récemment : alors qu'en 2000, l'échelle de revenu était de 1 à 10, elle est de 1 à 14 en 2012. L’écart entre les revenus médians des quartiers les plus pauvres et ceux des plus riches est passé de entre 2000 et 2008. Entre la Cadenelle et Kalliste, le quartier le plus riche et le plus pauvre, l’écart entre le taux de diplômés supérieurs était de en 1990 alors qu'il est de 46 . La cité du parc Corot est décrite par un magistrat dans Le Monde comme . Elle est évacuée fin 2018. Une ville d'immigrations. Marseille est une ville dont la population s'est construite sur des vagues migratoires importantes successives, les trois plus importantes étant celles des Italiens à la fin du , des Arméniens et des Corses au début du , et des maghrébins qui arrivent massivement dans la seconde moitié du . Mais avant d'être une ville d'immigration, Marseille est depuis toujours à travers son port une ville de transit, d'arrivée et de départ, une étape pour beaucoup de voyageurs quittant l'Europe ou de réfugiés fuyant les persécutions. C'est donc une , de migrations diverses, temporaires ou permanentes. Avant le. Au cours du , l'importance que prend le port de commerce amène de nombreux négociants européens. Beaucoup de Suisses, d'Italiens, d'Allemands, d'Anglais, de Hollandais et de Grecs sont présents dans l'activité économique. L'historien Michel Vovelle estime que les Italiens sont déjà , pour une population totale de à la fin du . Ils représentent alors 70 % des étrangers résidents dans la ville. Cependant, il faut attendre la seconde moitié du siècle suivant pour voir leur nombre exploser. , le début des vagues migratoires. Dès la Restauration émerge une véritable communauté grecque à Marseille. De nombreuses familles négociantes, surtout originaires de Constantinople, Chios et Smyrne viennent grossir les rangs d'une population déjà présente au siècle précédent. On parle alors d'une véritable grecque à Marseille aux et . À partir du milieu du , parallèlement au déclin des industries traditionnelles, une industrie nouvelle se concentre autour de la ville. L'explosion des activités portuaires et la construction de la voie ferrée du PLM nécessitent une main d'œuvre importante que la Haute-Provence, foyer d'immigration et réservoir humain traditionnel de la ville, ne peut plus fournir. La croissance de Marseille est donc alimentée à partir de ce moment par une immigration extérieure et étrangère. La ville voit alors arriver de nombreux Italiens qui viennent occuper les emplois industriels aux dépens des Français dont la croissance démographique est bien plus faible. Parfois mal accueillis par les ouvriers locaux, ils sont la victime de violences en 1881, les Vêpres marseillaises. À partir de 1850 et jusqu'à l'entre-deux-guerres, l'immigration italienne va croître de manière spectaculaire et en 1934 ils sont dans la ville, où ils représentent environ les deux tiers de la population étrangère. À partir de cette période, la politique anti-exode du gouvernement fasciste nouvellement au pouvoir freine considérablement ce mouvement. Les historiens Émile Témime et Renée Lopez parlent d' entre les et 1914 tant leur immigration est importante dans la ville. , on estime que sur 3 a des ascendances italiennes soit près de . Première moitié du. Dans les , on observe une nouvelle augmentation du nombre d'étrangers et un renouvellement de la population qui renforce le caractère cosmopolite de la ville. Ainsi en 1935, si la population italienne reste considérable (15 % du total et 60 % des étrangers), elle est en recul par rapport aux dernières décennies. En effet, au début du trois nouveaux groupes d'arrivants lui succèdent : les Arméniens, les Espagnols et les Corses. Les Arméniens arrivent essentiellement entre 1923 et 1928, quittant les pays voisins de la Turquie actuelle dans lesquels ils s'étaient provisoirement réfugiés pour fuir le génocide. À l’exception de la période de guerre qui vient de s'achever, la ville n’avait jamais accueilli en si peu de temps autant de réfugiés. On estime que débarquent alors arméniens, même si tous ne s’installeront pas à Marseille. Ils vivent d'abord dans des camps de fortune avant de s'intégrer rapidement dans la vie socio-économique et de former des noyaux villageois dans les quartiers de Beaumont, Saint-Loup et Sainte-Marguerite, Saint-Jérôme et Saint-Mitre, entre autres. Si la population s’est depuis dispersée dans toute la ville au fil des années, certains quartiers comme Beaumont abritent encore une communauté importante. , on estime que vivent entre d’Arméniens à Marseille. Une autre source confirme cet ordre de grandeur en parlant de 10 % de la population actuelle. Au début du , fuyant la crise économique d'une île à dominante agro-pastorale, de nombreux Corses s'établissent dans les quartiers traditionnels d'immigration autour du Vieux-Port. Après la Seconde Guerre mondiale et la destruction d'une partie des Vieux-Quartiers qu'ils habitaient, ils se dispersent dans toute la ville et connaissent une progression sociale visible : nombreux sont devenus fonctionnaires, avocats ou médecins. Un certain nombre de Corses à l'inverse faisait partie du milieu marseillais. En 1965, on estimait que plus de vivaient à Marseille, ce qui lui valait alors le surnom de . Depuis les années 1950. Si l'immigration algérienne est présente avant le , c'est à partir des qu'elle explose réellement. Au recensement de 1975, 60 % des étrangers sont d'origine maghrébine. La reprise économique, l'encouragement du gouvernement français à la venue de travailleurs algériens et les répercussions de la décolonisation favorisent leur arrivée. La plupart d'entre eux sont des Algériens qui migrent pour le travail ou pour fuir les événements de la Guerre d'Algérie. Cette immigration est loin d'être homogène : aux côtés des Algériens, s'ajoutent les réfugiés juifs et pieds-noirs qui arrivent également en grand nombre. Les Algériens s'installent souvent dans le centre-ville, où ils remplacent les précédentes vagues migratoires, mais aussi dans des bidonvilles au nord de la ville. Ceux-ci sont par la suite remplacés par des cités destinées à l'origine à n'être que provisoires, avant d'être délaissées par les pouvoirs publics et où de nombreuses familles issues de l'immigration vivent encore. Les Algériens et leurs descendants représenteraient dans les années 2010 environ un quart des habitants de la Ville, ce qui ferait d'eux une des deux plus grandes communautés d'origine étrangère de la ville, avec les Italiens (bien qu'issus d'arrivées bien plus anciennes). Les Pieds-noirs représentent au moment de l'indépendance algérienne une population d'environ un million de personnes. En quelques mois en 1962, d'entre eux gagnent Marseille, dont environ seraient restés. Ils font face à une certaine hostilité des pouvoirs publics et d'une partie de la population. Les Juifs représentent en 1948 en Algérie et nombre d'entre eux quitteront leur pays pour la France aux côtés des Pieds-noirs. Si certains transitent par Marseille avant de gagner Israël, une majorité s'y établit définitivement. L'arrivée des juifs séfarades d'Algérie modifie d'ailleurs grandement la communauté israélite de Marseille, qui s'élèverait aujourd'hui à , soit la troisième communauté juive d'Europe, après celles de Paris et de Londres. À la suite de l'indépendance des Comores en 1975 et dans un contexte politique et socio-économique difficile sur l'archipel, une importante communauté comorienne s'installe également dans la ville, dans des proportions faisant de Marseille la devant la capitale Moroni, avec une population de selon des estimations de 2004, soit près de 10 % de la population marseillaise. Une ville multiculturelle. Si elle reste une ville de culture occidentale, Marseille devient au un point de rencontre entre un Orient souvent mythifié, source de richesse et de profusion, et un Occident transformé par l'industrialisation rapide nécessitant une main d'œuvre étrangère importante. Ainsi, même si l'immigration depuis le Moyen-Orient et l'Afrique ne démarre de manière importante qu'avec l'arrivée des Arméniens, au début du , puis, à partir des , avec l'immigration maghrébine, libanaise et comorienne, les vagues migratoires successives ont construit l'identité de la ville, définissant sa population comme un . Troisième ville arménienne du monde, première ville corse, première ville comorienne, troisième ville juive d'Europe et avec d'importantes communautés maghrébines et italiennes, Marseille est considérée par Jean-Claude Juan comme la ville la plus cosmopolite de toute la Méditerranée. Des quartiers du centre-ville comme Noailles, Belsunce et le Panier, qu'ont occupés beaucoup de ces nouveaux entrants à leur arrivée quelle que soit l'époque, sont restés multiculturels par essence, avec leurs magasins et restaurants italiens, corses, algériens, marocains, tunisiens, libanais Pour beaucoup d'observateurs, les rapports entre les communautés sont moins conflictuels à Marseille que dans le reste de la France. Selon l'historien Yvan Gastaut, « malgré les spécificités socioculturelles de chacune et l’attachement puissant de certaines de ces communautés à leurs traditions, la ville a toujours su absorber les nouveaux arrivants sans heurts, en faisant montre d’une grande tolérance, notamment en ce qui concerne la pratique des cultes », même si Sports. Marseille possède ainsi que quelques clubs d'envergure internationale. Équipements sportifs. Le stade Vélodrome, construit en 1937, a depuis 2014 une capacité de , ce qui en fait le plus grand stade de football de France après le Stade de France. Son club de football résident est l'Olympique de Marseille. Il a accueilli les coupes du monde de football de 1938 et de 1998, la coupe du monde de rugby à 2007 et l'Euro 2016. Le Palais des sports de Marseille, inauguré en 1989, est une salle omnisports d'une capacité de qui accueille chaque année le Tournoi de tennis de Marseille, le Trophée Massalia de gymnastique ou Challenge Jeanty de fleuret dames. La salle accueille quelques matches de basket-ball du club Fos Provence Basket. Le Palais omnisports Marseille Grand Est, inauguré en 2009, contient deux patinoires, dont la plus grande de France et un skatepark qui compte la plus grande rampe d'Europe. Il a accueilli les championnats de France de patinage artistique 2010 et est le lieu de résidence du Marseille Hockey Club. Marseille abrite le Bowl de Marseille, l'un des skateparks les plus réputés du monde dans les . Par ailleurs, la ville compte de tennis, municipaux, , municipaux, , de tennis, de golf, nautiques, , , de tir, , équestre, d'escalade et un fronton de pelote basque. La ville abrite aussi cinquante sites de plongée. Principaux clubs et personnalités sportifs. L'Olympique de Marseille évolue en et possède l'un des palmarès les plus importants du football français : 9 Championnats de France, 10 Coupe de France de football et une Ligue des Champions acquise en 1993. Le club a vu évoluer des joueurs emblématiques comme Josip Skoblar, Roger Magnusson, Marius Trésor, Abedi Pelé, Didier Deschamps, Chris Waddle, Basile Boli, Jean-Pierre Papin, Didier Drogba, Mamadou Niang, Fabien Barthez ou encore Franck Ribéry. Zinédine Zidane, joueurs de tous les temps, a grandi à La Castellane, un quartier du nord de Marseille. Éric Cantona, autant connu pour ses qualités de footballeur que pour ses frasques extra-sportives, est désigné comme étant l'un des meilleurs joueurs ayant évolué à et dans le championnat anglais. Le Cercle des nageurs de Marseille (C.N.M.), principal club de natation de la ville, détient également un palmarès important et a accueilli Camille Lacourt, Florent Manaudou, Frédérick Bousquet, Fabien Gilot. Il est la place forte actuelle du water-polo masculin français avec un de Champion de France conquis en 2017. Une partie des matches du club Fos Provence Basket se joue au Palais des sports de Marseille. Parmi d'autres personnalités sportives réputées figurent Jean Bouin, Samir Nasri, Rolland Courbis, Mathieu Flamini, Frank Lebœuf, Jean-Luc Ettori ou Sébastien Grosjean. Événements sportifs. L' est un tournoi de tennis masculin de l'. Le tournoi accueille : directs, issus des qualifications et bénéficiant d'une "". La ville accueille chaque année le semi-marathon de Marseille-Cassis depuis 1979. Il réunit chaque année . Le Mondial la Marseillaise à pétanque est une compétition bouliste annuelle organisée par le journal "La Marseillaise". Ce concours de pétanque, créé en 1962 par Paul Ricard, se dispute chaque année sur , à partir du premier week-end de juillet. Le tournoi est, hors compétitions officielles, le tournoi le plus prestigieux au niveau mondial. Par ailleurs, la ville accueille également les ' de beach-volley, le triathlon international de Marseille, a accueilli le Tour de France cycliste depuis 1947, accueille chaque année le Tour de France à la voile, la ' avec une des deux étapes européennes de la Coupe du monde de skateboard AIS, et enfin le Meeting d'athlétisme de Marseille. La ville a été promue capitale européenne du sport 2017 et est incluse dans le dispositif de la candidature de Paris pour l'organisation des Jeux olympiques d'été de 2024 pour les épreuves de voile et certains matchs de football. Santé. Marseille est un très important pôle régional et d'envergure national de santé. L'Assistance publique - Hôpitaux de Marseille (AP-HM) est le centre hospitalier régional de Marseille et gère les cinq hôpitaux publics de la ville : L'AP-HM est le troisième centre hospitalier universitaire de France, elle emploie dont . Autre hôpital public, Laveran est un hôpital d'instruction des armées. Les principales institutions hospitalières privées sont l'Institut Paoli-Calmettes (centre régional de lutte contre le cancer), l'hôpital Saint-Joseph et l'Hôpital européen. Selon un classement établi en 2014 par le magazine Capital, parmi les professionnels de santé recensés en France, 10 exercent à Marseille. Marseille est par ailleurs une station thermale avec la station de Camoins-les-Bains. Enseignement. Les établissements d'enseignement supérieur de la région sont répartis entre Marseille, où les enseignements portent traditionnellement sur les sciences exactes et la médecine, et Aix-en-Provence, consacré aux sciences humaines, aux lettres et au droit. Marseille comptait, en 2011-2012, . L'université d'Aix-Marseille a été créée le par la fusion des trois universités précédentes. Ses principaux campus marseillais se trouvent à Luminy (sciences et sport), Saint-Charles (sciences et lettres), Saint-Jérôme (sciences), Château-Gombert (sciences), La Timone (santé), Canebière (droit et économie) et Colbert (économie). L'université accueille en son sein Polytech Marseille et l'École de journalisme et de communication d'Aix-Marseille. Parmi les autres établissements d'enseignement supérieur et de recherche installés à Marseille on compte l'ECM, l'École nationale supérieure d'architecture, l’École pour l'informatique et les nouvelles technologies, l'École des Beaux-Arts, l'École nationale supérieure maritime, l’Institut polytechnique des sciences avancées, "" et un pôle régional de l'EHESS. Plusieurs lycées de Marseille accueillent des formations supérieures, BTS ou classes préparatoires, notamment le lycée Marie-Curie, le lycée Saint-Charles, le lycée Jean-Perrin, le lycée Saint-Exupéry et le lycée Thiers, le plus ancien lycée de la ville, où ont été formés de nombreux étudiants admis ensuite au concours d'entrée à des institutions aussi prestigieuses que l'École normale supérieure, l'École polytechnique ou encore l'École centrale. L'état délabré de certaines écoles primaires a été critiqué, notamment la présence d'amiante et le manque d'entretien des locaux par la municipalité. Médias. Marseille abrite les sièges de Provence-Alpes, de Provence Azur, la télévision locale d'informations, et d'OM TV, la chaîne officielle de l'Olympique de Marseille, fermée le . France Bleu Provence, la radio régionale de Radio France, est la en nombre d'auditeurs et la en part d'audience, avec à Marseille (9,9 % d'audience cumulée et 10,2 % de part d'audience). Parmi les radios locales on compte Radio Grenouille, RCF Dialogue ou Radio Star. Le principal quotidien régional diffusé à Marseille est "La Provence", propriété depuis 2013 du groupe Hersant et de Bernard Tapie. La ville compte de nombreux journaux et sites d'information locale : "La Marseillaise" (fondé en 1943 par le Parti communiste), "Le Ravi" (journal satirique), "CQFD, Marsactu" (journal en ligne), "Le Méridional" (journal en ligne). Le Pôle média de la Belle de Mai est un lieu consacré aux activités de l’image, du son et du multimédia. Cultes. Christianisme. Généralités. Le christianisme est introduit dans la ville au par des chrétiens d'Orient. Parmi les convertis se trouve Victor de Marseille, un officier romain tué pour sa foi et enterré sur une colline où sa sépulture sera plus tard transformée en un lieu de culte par Jean Cassien : l'abbaye Saint-Victor. C'est le plus ancien sanctuaire catholique de France et Saint-Victor devient rapidement l'emblème du christianisme marseillais. Haut lieu du catholicisme en Provence depuis , elle est jusqu'au Moyen Âge la plus importante nécropole chrétienne d'Europe. À la fin de l'Antiquité, Marseille possède un certain rayonnement spirituel dans le monde chrétien : elle est reconnue comme une ville de moines et on vient s'y installer pour sa pieuté. La cité a connu plusieurs cathédrales catholiques qui se sont succédé dont la Vieille Major ainsi que la dernière en date : Sainte-Marie-Majeure. Depuis le , suite aux vagues d'immigrations successives, Marseille a vu s'ériger de nouvelles paroisses catholiques dites de "chrétiens orientaux" dont Saint-Nicolas-de-Myre en 1821 mais aussi, beaucoup plus récemment, celle des catholiques ukrainiens, en 2018, en la chapelle Saint-Jean-du-Désert par le Père Mykola Hryvnak. Église arménienne. Marseille est un des trois diocèses français de l'Église apostolique arménienne. Le culte arménien possède la cathédrale des Saints-Traducteurs de Marseille ainsi que sept églises. À l'église Saint-Cannat, la liturgie est célébrée par l'Église orthodoxe roumaine. L'église de la Dormition-de-la-Mère-de-Dieu de Marseille, église orthodoxe grecque construite en 1845, contient une collection remarquable de près de quarante icônes datant du au . Orthodoxie. Différentes églises orthodoxes émaillent le territoire marseillais dont l'église de la Dormition-de-la-Mère-de-Dieu et Saint-Irénée qui dépendent de la Métropole orthodoxe grecque de France mais aussi Saint-Hermogène relevant, elle, du Patriarcat de Moscou. Protestantisme. Marseille compte près de cinquante églises issues du protestantisme : quatre paroisses de l'Église protestante unie de France (Le temple Grignan, inauguré en 1825, premier lieu de culte protestant construit à Marseille et ceux de Marseille-Provence, de Marseille-Nord et de Marseille-Sud-Est ; trente-six églises évangéliques ou Protestantes-Évangéliques (Répertoriées dans l'Annuaire évangélique 2017-2018). La plupart sont membres des fédérations représentatives nationales de la FPF (Fédération Protestante de France) et du CNEF (Conseil National des évangéliques de France). Par ailleurs, un certain nombre de groupes et d'associations protestants-évangéliques issus de l'immigration sont également implantés et actifs quoique non rattachés aux fédérations nationales. Islam. Du fait du commerce de la ville avec le Levant et l'Afrique du Nord, les contacts avec l'islam sont très anciens à Marseille : on rapporte par exemple la présence d'un dès le mais l'Égyptien Rifa'a al-Tahtawi indique en 1826 que et la population musulmane à Marseille reste assez faible jusqu'à la fin du . La majeure partie des musulmans de Marseille est issue des vagues migratoires des venues du Maghreb, puis du Liban et des Comores. Selon une étude réalisée en 2011, Selon différentes études et estimations, les musulmans représenteraient entre 20 et 40 % des habitants de la ville. Les musulmans marseillais semblent faire face à de par rapport au reste de la population. La ville compte une demi-douzaine de mosquées et une soixantaine de salles de prière. Le projet de construction d'une grande mosquée est récurrent depuis plusieurs décennies à Marseille. Dès 1937, Gaston Castel dessine les plans d'un centre islamique. En 2006, le conseil municipal autorise la construction d'une Grande mosquée dans le quartier Saint-Louis. Cependant le projet est toujours suspendu aujourd'hui faute de finances transparentes. Les restes considérés comme ceux de la mosquée de l'arsenal des galères sont en fait issus d'un édifice orientalisant, construit au près d'une villa détruite dans les . Judaïsme. La présence des Juifs à Marseille est très ancienne. Elle est attestée dès le et Grégoire de Tours rapporte que le juif Priscus, serviteur du roi , maria son fils à une juive de la ville. Selon Augustin Fabre, Marseille fut longtemps l'une des villes les plus propices pour les Israélites, grâce au Les juifs de Marseille avaient au les mêmes droits que les chrétiens et les statuts municipaux de la ville arrêtés en 1236 décrètent que tous les habitants de la ville avaient les mêmes franchises, peu importe leur confession. En 1257, les juifs sont même qualifiés de citoyens de Marseille. À partir de 1498 cependant, la population juive à Marseille diminua sensiblement lorsque expulsa les juifs de France. Ils furent à nouveau tolérés plus tard et peu d'années avant la révolution de 1789, on leur permit d'avoir un temple rue du Pont. En , durant la rafle de Marseille, les Allemands s'emparent de près du Vieux-Port avant de faire expulser puis détruire une partie du centre historique. À la suite de la décolonisation des pays du Maghreb dans les , de nombreux juifs séfarades s'installent dans la ville et font grossir la population israélite de la ville avant d'y devenir majoritaires. , il y a à Marseille, dont la Grande synagogue située rue Breteuil, construite en 1864. Selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, la ville abriterait la deuxième population israélite de France avec , soit plus de 9 % de la population. Cela représenterait la troisième communauté juive d'Europe, après celles de Paris et de Londres. Autres cultes. Il existe à Marseille une pagode bouddhiste dans le et une autre dans le . La ville compte également un temple appartenant au culte antoiniste, situé 32 traverse de Tiboulen et qui est en fonction depuis le . Économie. Entre 2000 et 2012, l'aire urbaine de Marseille a enregistré la deuxième plus forte croissance d'emploi des métropoles européennes de l'OCDE avec +2,1 % par an marquées, avec un taux de chômage des jeunes atteignant 50 % dans certains quartiers où plus d’un tiers de la population n’a pas de diplôme. Échanges portuaires. [[Fichier:Marseille harbour mg 6356.jpg|vignette|Le port industriel de Marseille vu de la [[Basilique Notre-Dame-de-la-Garde|Notre-Dame-de-la-Garde]].]] Marseille a de tout temps été une ville tournée vers la mer et le port a joué et joue encore un rôle de premier plan dans l'économie de la ville. Au , la ville est dans une situation clef pour les échanges entre la France et ses colonies : elle est au carrefour des routes commerciales qui relient l'Europe à l'Afrique, au Moyen-Orient mais aussi à l'Asie à partir de l'ouverture du [[canal de Suez]] en 1869. Le trafic portuaire explose alors, passant de exportés en 1820 à plus de en 1900. L'extension des activités portuaires, jusqu'alors concentrées dans l'actuel [[Vieux-Port de Marseille|Vieux-Port]], est alors nécessaire pour faire face à ce flux grandissant de marchandise : durant le [[Second Empire]], de nouveaux bassins agrémentés de quais sont créés à [[la Joliette]], au Lazaret ou à [[Arenc]]. Le port est de nouveau agrandi au , mais vers l'ouest, à l'extérieur de la ville. En 2013, le [[Grand port maritime de Marseille]], qui s'étend de Marseille à [[Fos-sur-Mer]], traite de tonnes de marchandises, principalement des hydrocarbures (60 % des trafics). Il s'agit ainsi du premier port français, du deuxième en Méditerranée derrière [[Algésiras]] et du cinquième en Europe. La croissance du trafic de [[Conteneurisation|conteneurs]] depuis 1990 a été très faible comparativement aux principaux concurrents méditerranéens, la part de marché du port de Marseille passant de 18,6 % en 1989 à 5,5 % en 2006 même si depuis 2012 le trafic est en forte augmentation (+15 % de 2011 à 2013) grâce notamment à la mise en service de nouveaux terminaux. Industries. Entre le et le , Marseille était une importante ville industrielle, produisant notamment du [[Savon de Marseille|savon]], des tuiles et de la céramique, des produits alimentaires (huiles ou pâtes), de la construction navale. Toutefois, la décolonisation et la crise de l'industrie française ont grandement affecté le secteur industriel de Marseille. En , la fermeture de l'Union Naval Marseille affecte la filière de la réparation navale à Marseille, qui employait encore plus de il y a trente ans. En , la réouverture de la , plus vaste forme de réparation navale de la Méditerranée, sur le port ambitionne de redynamiser ce secteur qui emploie à cette date environ . Marseille compte deux sites classés [[Directive Seveso|Seveso]]. Si une bonne partie de l'industrie lourde liée au port a été délocalisées autour de Fos-sur-Mer lors de l'extension du Grand Port Maritime, la ville continue d'accueillir néanmoins quelques sites de production (savonneries, tuileries, Pernod-Ricard, Haribo, [[Brasserie de la Valentine|Heineken]]), majoritairement dans les [[Quartiers nord (Marseille)|quartiers nord]] de la commune. Zones commerciales et touristiques. Le Centre Bourse, ainsi que la rue Saint-Ferréol, la [[Rue de la République (Marseille)|rue de la République]], la [[Rue de Rome (Marseille)|rue de Rome]] et le bas de la [[Rue Paradis (Marseille)|rue Paradis]] constituent le cœur commercial de Marseille avec des boutiques de vêtements, chaussures et mode pour l'essentiel. Marseille compte trois centres commerciaux importants à [[La Valentine (Marseille)|La Valentine]], [[Marseille Grand Littoral|Grand Littoral]], [[Terrasses du Port|La Joliette]] ; plusieurs autres sont en travaux à [[La Capelette]] et au Prado destinés à permettre à la ville de capter la consommation qui se fait jusqu'alors sur les territoires alentour. Depuis 2012, les commerces du centre-ville sont autorisés à ouvrir le dimanche. Cette autorisation n'a pas donné lieu à des ouvertures systématiques, les commerces de la rue Saint-Ferréol sont fermés le dimanche. Le [[Vieux-Port de Marseille|Vieux-Port]], le [[cours Julien]] et les alentours des [[plages du Prado]] concentrent de nombreux restaurants. Marseille est l'une des villes de France où le tourisme et la programmation de congrès professionnels ont tendance à augmenter fortement depuis une dizaine d'années : environ cinq millions de visiteurs s'y sont rendus en 2013, contre en 1996, notamment grâce à la [[Marseille-Provence 2013|Capitale européenne de la culture]]. Marseille est par ailleurs la deuxième ville de congrès en France et la au niveau mondial. Au cours de l'été 2020, le tourisme des Français s'y est développé en raison de l'épidémie de Covid-19 et le [[parc national des Calanques]] a lancé dans une cure de « démarketing », consistant à encourager les visiteurs à « aller voir d'autres espaces naturels proches ». Alors qu'un adjoint au maire au "[[tourisme durable]]" a été nommé après la prise de la mairie par une alliance de la gauche et des écologistes, la municipalité a eu un "désaccord profond" avec l'Office du tourisme de la métropole au sujet de [[tourisme durable#Marseille|la "surfréquentation" touristique]], objet d'un projet, baptisé "L'Eté marseillais", destiné à gérer l'afflux saisonnier. Marseille est récemment devenu l'un des dix premiers ports de croisière au monde, avec de croisiéristes accueillis en 2015, en hausse de 10,7 %. La ville a ainsi doublé son trafic en cinq ans mais reste toutefois encore loin de Barcelone ( de passagers), Rome () et des ports des Baléares (). [[Fichier:L'Estaque depuis le port 2.jpg|vignette|Le port de [[l'Estaque]].]] Marseille est aussi parmi les trois premiers complexes de plaisance d'Europe et compte quatre ports de plaisance importants : Pêche et agriculture. Marseille est un des principaux ports de pêche de la côte méditerranéenne française. Cependant, les pêcheurs se sont raréfiés ces dernières décennies. En effet, en 2012, pour tout le quartier maritime de Marseille, on ne comptait plus que pour pratiquant une pêche traditionnelle. Mode et textile. À partir du , Marseille accueille les étoffes que les marchands persans et indiens importent en Europe. La ville développe alors sa propre industrie textile et des centaines d'ateliers et de manufactures fleurissent jusqu'au . Des entrepreneurs français et étrangers investissent alors dans ce secteur, à l'image de l'industriel suisse [[Johann Rudolf Wetter]] dont la manufacture, créée à Marseille en 1744 et spécialisée dans les étoffes indiennes, comptait parmi les plus importantes de France. Au début du , les immigrants arméniens installent des petits ateliers artisanaux dans le quartier de [[Saint-Jérôme (Marseille)|Saint-Jérôme]] dont un nombre important subsistent et se muent parfois en succès commercial, comme les marques [[Karine Arabian]] ou K. Jacques Saint-Tropez. Dans les , les entrepreneurs maghrébins, spécialisés dans l'importation de textile, s'installent dans le quartier de [[Belsunce (Marseille)|Belsunce]]. Laurent Emsellem, fils d'un négociant du quartier, est le fondateur de la marque Kaporal, qui possède en 2013, . Contrairement aux autres aires urbaines françaises qui connaissent des baisses importantes de leur activité textile, le secteur de l'habillement progresse à Marseille où il représente pour en 2013. Depuis les , trois vagues successives de créateurs sont à l'origine de nombreuses marques à succès : [[Sun Valley (marque)|]], Parakian, Jezequel ou dans les ; Sessùn, [[Kulte]], Kaporal, [[Le Temps des cerises (marque)|Le Temps des cerises]] ou dans les ; Jayko, Zoé la fée ou Les Midinettes dans les ou encore [[JOTT]]. Recherche. La délégation Provence et Corse est le second pôle régional du [[Centre national de la recherche scientifique|CNRS]] après l’Île-de-France. Elle emploie près de dont auxquels il faut ajouter le personnel de l'[[université d'Aix-Marseille]] et des autres organismes de recherche tels que l'[[Institut national de la santé et de la recherche médicale|INSERM]] ou l'[[Institut national de la recherche agronomique|INRA]]. Ville portuaire souvent confrontée aux épidémies, Marseille concentre depuis longtemps des compétences en matière de lutte contre les infections : la ville produit en 2015 le tiers des publications scientifiques françaises en infectiologie et se place dans le des pôles de compétences mondiaux. En 2013 et 2014, avaient été déposés par des chercheurs marseillais, soit autant que de 1994 à 2013. Inauguré en 2018, un baptisé institut Méditerranée infection et dirigé par le Professeur [[Didier Raoult]] offre à Marseille et à la France l'un des lieux les mieux équipés dans le domaine de la recherche et du soin dans le domaine des maladies infectieuses au niveau européen voire mondial. Marché du travail. [[Fichier:Marseille - Tramway - Euroméditerranée (7670785286).jpg|thumb|Le quartier d'affaires de la Joliette.]] En 2008, sur les ayant un emploi, travaillaient dans la commune, dans une autre commune du département, dans une autre commune de la région, dans le reste de la France métropolitaine. Parmi ceux qui détenaient un emploi à temps complet à Marseille en 2008, 75,7 % avaient un contrat à durée indéterminée (y compris les titulaires de la fonction publique), 9,4 % étaient en contrat à durée déterminée, 6,3 % travailleurs indépendants, 3,8 % étaient employeurs, 1,6 % étaient apprentis, 1,5 % étaient intérimaires, 1,1 % en autres [[Contrat aidé|contrats aidés]], 0,5 % stagiaires rémunérés. Le nombre d'emplois dans la commune est passé de en 1999 à en 2008, dont par des travailleurs habitant hors de la commune. Marseille est le siège de la [[Chambre de commerce et d'industrie Aix Marseille-Provence]] (membre de la [[Chambre de commerce et d'industrie de région Provence-Alpes-Côte d'Azur]]) qui ne gère plus l'[[aéroport Marseille-Provence]] à [[Marignane]] depuis la réforme qui a affecté les chambres et commerce et d'industrie en France. Culture locale et patrimoine. Architecture et monuments remarquables. Préhistoire et Antiquité. [[Fichier:Prehistoric_Hand_Outline_Cosquer_Cave.JPG|vignette|Peinture de main humaine dans la [[grotte Cosquer]], datée de avant notre ère.]] Située au sud de la ville, la [[grotte Cosquer]], découverte en [[1992]], est une [[grotte ornée]] [[paléolithique]], fréquentée entre 27000 et 19000 [[avant le présent]], dont l'entrée située sous la mer rend l'accès difficile. Peu de traces existent encore de la ville grecque ou romaine. Les plus visibles sont celles du port antique, situé au nord-est de l'actuel [[Vieux-Port de Marseille|Vieux-Port]], dans le [[Jardin des Vestiges]] au cœur du [[Musée d'histoire de Marseille]]. On peut y trouver des restes des fortifications grecques, de la tour de défense, de la voie dallée romaine, du bassin d'eau douce ou des terrasses funéraires.Un aménagement et une valorisation spécifique en 2020 permet de mieux comprendre le fonctionnement du port antique. Moyen Âge. La ville s'étant toujours reconstruite sur elle-même, Marseille médiévale est, selon l'expression de [[Thierry Pécout]], une « ville de papier » que seuls historiens et archéologues peuvent faire revivre compte tenu de la disparition de nombreux bâtiments médiévaux et du remodelage de la ville aux époques modernes et contemporaines. L'[[Abbaye Saint-Victor de Marseille|abbaye Saint-Victor]], dont les parties les plus anciennes datent du , a été construite sur ce qui est peut-être le lieu de culte [[Christianisme|chrétien]] le plus ancien de [[France]]. La [[Chapelle Notre-Dame de la Galline|chapelle Notre-Dame-de-la-Galline]] aurait été construite sur un lieu de culte datant de 1042. La [[Vieille Major]], l'ancienne cathédrale de la ville, a été édifiée à partir du à l’emplacement d’une première église datant de la fin de l'Antiquité. L'[[Église Saint-Laurent de Marseille|église Saint-Laurent]], bâtie au dans un style [[Art roman provençal|roman provençal]], est la paroisse des pêcheurs de Marseille. Les Hospitaliers. Le fort saint Jean est sur l'ancienne fondation des [[Hospitaliers]] de l'[[ordre de Saint-Jean de Jérusalem]] et compte encore des vestiges de la chapelle du . Renaissance et période classique. Des trois forts construits à l'entrée du Vieux-Port par pour surveiller la ville au , seuls les forts d'Entrecasteaux et le [[fort Saint-Nicolas (Marseille)|fort Saint-Nicolas]] sont encore propriété du ministère de la Défense. Le [[Fort Saint-Jean (Marseille)|fort Saint-Jean]], dont la tour carrée fut construite au milieu du par [[René d'Anjou]], est intégré depuis 2013 au site du [[musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée]]. Protégé au titre des monuments historiques, il relève du ministère de la Culture depuis les années 1960, mais n'a été rendu accessible au public que récemment. De l'[[arsenal des galères]] qui occupait la rive sud du port, seule subsiste aujourd'hui la capitainerie. Bastides. [[Fichier:Marseille-Buzine78.JPG|vignette|Le [[château de la Buzine]], [[bastide (construction)|bastide]] marseillaise célèbre pour avoir été celle de [[Marcel Pagnol]].]] Les [[bastide (construction)|bastides]] constituent un élément caractéristique du terroir marseillais. Domaines secondaires de campagne de la bourgeoisie marseillaise, on en dénombrait plus de en 1773. Cette pratique était tellement répandue que Stendhal considérait que « c'est pour cela qu'il n'y a pas de spectacle le samedi : ce jour-là, dès que la Bourse est finie, chacun s'enfuit à sa Bastide […] ». On en recense encore 254 mais si certaines comme [[Château de la Buzine|la Buzine]] ont été rénovées ou reconverties, beaucoup sont en décrépitude et menacées de destruction. Second Empire. Beaucoup de monuments marseillais ont été construits lors de la seconde moitié du , alors que la ville était en plein essor économique, en particulier durant le [[Second Empire]]. C'est notamment le cas du [[palais du Pharo]] (1858), du [[Palais de la Bourse (Marseille)|palais de la Bourse]] (1860), de l'[[Hôtel de préfecture des Bouches-du-Rhône|hôtel de préfecture]] (1866) ou de l'[[Église Saint-Vincent-de-Paul de Marseille|Église des Réformés]] (1886), plus tardive et de [[style néogothique]]. [[Henri-Jacques Espérandieu]] est l'auteur de plusieurs monuments célèbres de la ville comme le [[Palais Longchamp]] (1862), la [[basilique Notre-Dame-de-la-Garde]] (1864) et le [[Palais des Arts (Marseille)|Palais des arts]] (1864). Construite entre [[1855]] à [[1864]] avec [[Henri Révoil]], Notre-Dame-de-la-Garde, aussi appelée la Bonne Mère, est célèbre pour son [[architecture romano-byzantine]] et sa statue en cuivre doré de la [[Vierge à l'Enfant]] qui domine l'édifice, œuvre du sculpteur [[Eugène-Louis Lequesne]]. Autre édifice romano-byzantin, la [[Cathédrale Sainte-Marie-Majeure de Marseille|cathédrale de la Major]], dans le quartier de [[La Joliette]], fut achevée en [[1893]] sur le site de l'[[Vieille Major|ancienne Major]] du dont subsistent le chœur et la travée. À cette époque est également percée la [[Rue de la République (Marseille)|rue de la République]], ornée de bâtiments [[Georges Eugène Haussmann|haussmanniens]] et qui relie le Vieux-Port au nouveau port de la Joliette. Patrimoine industriel. Marseille garde de nombreuses traces de son histoire industrielle et nombre de ces lieux sont en cours de reconversion. La [[manufacture des tabacs]], construite en [[1868]] dans le quartier de la [[Belle de Mai]] est, après avoir été longtemps une friche industrielle, est depuis la fin des années 1990, occupée par un [[Friche Belle de Mai|lieu culturel]], les [[Archives municipales de Marseille|Archives municipales]], l'INA, le CICRP et un [[Pôle média de la Belle de Mai|Pôle média]]. Dans le quartier de la Joliette, le [[CEPAC Silo|silo]] à céréales d'[[Arenc]] a été reconverti en salle de spectacle et les immenses [[Docks (Marseille)|docks]] ont été entièrement rénovés et convertis en bureaux et centre commercial. De l'industrie de la [[Savon de Marseille|savonnerie]] seules subsistent trois usines en fonctionnement dans les [[Quartiers nord (Marseille)|quartiers Nord]]. D'autres, parfois en friche, parsèment le nord et l'est de la ville. Architecture moderne. L'architecte [[Fernand Pouillon]] a construit de nombreux bâtiments dans les années qui ont suivi la [[Seconde Guerre mondiale]]. Il fut notamment chargé de la reconstruction du quartier du Vieux-Port détruit durant la [[Rafle de Marseille|rafle]] (les célèbres "immeubles Pouillon") ou du [[Station sanitaire de Marseille|Contrôle sanitaire]], depuis 2013 occupé par le musée Regards de Provence. [[Le Corbusier]] a construit en 1952 à Marseille sa [[Cité radieuse de Marseille|Cité radieuse]] (appelée localement « Le Corbusier » ou la « maison du fada »), exemple de l'[[Brutalisme|architecture brutaliste]] et de son principe d'[[Unité d'habitation]]. L'immeuble peut être visité et son [[toit-terrasse]] panoramique accueille un musée d'art contemporain, le [[MaMo]]. Architecture post-moderne. Dans le cadre de son renouveau urbain, la ville voit aujourd'hui la construction d'édifices d'[[Postmodernisme (architecture)|architecture post-moderne]] comme le [[Musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée]], la [[tour CMA-CGM]], la [[Villa Méditerranée]] et la tour La Marseillaise. Lieux et quartiers. [[Fichier:Marseille-corniche.jpg|thumb|La [[Corniche du Président-John-Fitzgerald-Kennedy|Corniche]] au niveau du "Petit Nice".]] Marseille est parfois surnommé , qui correspond au nombre de [[Quartiers de Marseille|quartiers officiels]], qui sont des subdivisions des arrondissements de la ville. Beaucoup sont d'anciens hameaux constitués autour de l'église paroissiale. De nombreux quartiers (officiels ou non) sont dotés d'une identité particulière. Ainsi, en centre-ville, [[Le Panier (Marseille)|Le Panier]] constitue ce qui reste de la vieille ville après la [[Rafle de Marseille|destruction]] de la [[Seconde Guerre mondiale]] : quartier populaire et lieu historique d'installation de nombreux immigrés, le Panier est connu pour ses rues étroites héritées du Moyen Âge. La [[Canebière]], artère emblématique de Marseille : elle s'étend du [[Vieux-Port de Marseille|Vieux-Port]] à l'église des Réformés. Elle est devenue célèbre mondialement à partir de la fin du , les marins étrangers s'arrêtant dans les nombreux cafés et bars de la rue tels le "Café turc" (1850), le "Café de France" (1854), le "Café allemand" (1866), ou encore le somptueux "Café Riche". [[Noailles (Marseille)|Noailles]], situé juste au sud de la Canebière, est connu pour son important marché parfois surnommé . À proximité du centre-ville, le [[cours Julien]] et [[Place Jean-Jaurès (Marseille)|la Plaine]] sont connus pour leur vie nocturne et le "". Dans le [[3e arrondissement de Marseille|]], la [[Belle de Mai]] est un quartier populaire qui s'est développé autour de la [[Manufacture des tabacs de Marseille|manufacture des tabacs]] reconvertie en [[Friche Belle de Mai|lieu culturel]]. La [[Corniche du Président-John-Fitzgerald-Kennedy|Corniche]], qui longe la mer au sud du Vieux-Port, a été aménagée au puis élargie de [[1954]] à [[1968]]. Elle est bordée à l'est de villas du — dont celle de la célèbre artiste marseillaise de music-hall [[Gaby Deslys]] — et côtoie le pittoresque [[Vallon des Auffes]]. Elle accueille le [[marégraphe de Marseille]], construit en [[1883]]. Le quartier le plus au sud le long de la côte, [[Les Goudes]], est formé de petits cabanons de pêcheurs épargnés par l'urbanisation du littoral. Au nord, [[l'Estaque]] est un quartier populaire, ancien lieu d'implantation d'usines, rendu célèbre par les peintures de [[Paul Cézanne]] et les films de [[Robert Guédiguian]]. Dans l'est, [[La Treille]] est un ancien village perché au sommet d'une colline et célèbre pour avoir accueilli l'écrivain et cinéaste [[Marcel Pagnol]]. Le [[Quartiers nord (Marseille)|nord de la ville]] est constitué d'un habitat disparate, entre des grands ensembles construits à partir des années 1960 comme [[la Castellane]], le Plan d'Aou ou la [[Kalliste-Granière-Solidarité|cité Kallisté]], mais aussi de nombreux noyaux villageois anciens comme [[l'Estaque]] située en bord de mer, [[Sainte-Marthe (Marseille)|Sainte-Marthe]] ou [[Château-Gombert]], quartiers où subsiste encore une activité agricole. On trouve également dans le nord de la ville le siège de nombreuses industries ou entreprises ([[Ricard]], [[Compagnie fruitière]], [[Haribo]]...). Patrimoine environnemental. Marseille est entourée par les massifs montagneux, dessinant un arc de cercle autour de la ville : au Nord, la [[chaîne de l'Estaque]], ou de la Nerthe, puis, du Nord de la ville jusqu'à l'Est, le [[massif de l'Étoile]] qui rejoint le [[Massif du Garlaban|Garlaban]] situé plein Est. Au Sud-Est se trouve le [[massif de Saint-Cyr]] et enfin, au Sud, le [[massif de Marseilleveyre]]. Marseille compte également plusieurs parcs urbains répartis sur l'ensemble de son territoire. Au centre-ville se trouve le parc [[Palais Longchamp|Longchamp]], le [[Parc du 26e Centenaire|parc du ]] et le jardin du [[Palais du Pharo|Pharo]]. Au Sud, se situent notamment le [[parc Borély]], aménagé entre 1860 et 1880 et au sein duquel se tient le [[château Borély]], le parc balnéaire des [[plages du Prado]] et le [[Parc Valmer]], tous deux situés en bord de mer, le parc de la [[campagne Pastré]], ou encore le [[parc de la Maison Blanche]], bâti en 1840 et qui abrite une bastide. Au [[Quartiers nord (Marseille)|nord]] de la ville, le [[parc François Billoux]] à [[Saint-Louis (Marseille)|Saint-Louis]], le [[parc du Grand Séminaire]] situé aux [[Les Aygalades|Aygalades]], le [[Parc Athéna (Marseille)|Parc Athéna]] à [[Château-Gombert]] et le parc de la [[Bastide de Montgolfier-la-Tour-du-Pin|Bastide Montgolfier]] à [[Sainte-Marthe (Marseille)|Sainte-Marthe]] ainsi que le [[Parc de Font Obscure]], en plein milieu des grands ensembles du [[14e arrondissement de Marseille|]] de la ville, sont également remarquables. Enfin, à l'Est de la ville se trouvent entre autres le parc Saint-Cyr, dans le quartier de [[Saint-Loup (Marseille)|Saint-Loup]] et le [[Château de la Buzine|parc de la Buzine]], célèbre pour être celui du "[[Le Château de ma mère|Château de ma mère]]" de [[Marcel Pagnol]]. Les [[Calanques]] constituent une zone naturelle majeure : elles accueillent presque de visiteurs par an et forment, depuis 2012, un [[parc national des Calanques|parc national]], le premier parc national périurbain d'Europe. Équipements et événements culturels. Musées. Marseille possède , soit le plus grand nombre en France après Paris, notamment le [[musée d'histoire de Marseille]], le [[musée Cantini]], le [[musée d'Art contemporain de Marseille|musée d'art contemporain]], le [[muséum d'histoire naturelle de Marseille|Muséum d'histoire naturelle]] et le [[musée des Beaux-Arts de Marseille|musée des beaux-arts]]. Faute de personnel, ils sont rarement ouverts simultanément. Le [[musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée]] (MuCEM), situé sur l'[[Promenade Robert-Laffont|esplanade du J4]] et dans le [[Fort Saint-Jean (Marseille)|fort Saint-Jean]], a ouvert en 2013. Il s'agit d'un musée national et du musée le plus visité de la ville, avec de visiteurs en 2013. Bibliothèques. [[Fichier:La bibliothèque de l'Alcazar.jpg|thumb|L'[[Alcazar (Marseille)|Alcazar]], ancien music-hall reconverti en bibliothèque.]] Avec municipales (soit une pour en 2019), Marseille est la ville française la moins bien lotie ; ces bibliothèques sont souvent en grève et leur gestion est décriée. La plus importante d'entre elles, l'[[Alcazar (Marseille)|Alcazar]], est située en centre-ville sur le Cours Belsunce. Autrefois célèbre salle de spectacle qui a vu se révéler de nombreuses stars du début du , le lieu est transformé en [[bibliothèque municipale à vocation régionale]] en 2004. Les huit autres sontː la bibliothèque du Merlan, la médiathèque de [[Bonneveine]], la bibliothèque des [[Cinq-Avenues]], la bibliothèque de la Grognarde, la bibliothèque de [[Saint-André (Marseille)|Saint-André]], la bibliothèque du [[Le Panier (Marseille)|Panier]], la bibliothèque de la [[Castellane (métro de Marseille)|station de métro Castellane]], et la médiathèque Salim-Hatubou dans la quartier du Plan d'Aou. Cinémas. En 2023, Marseille compte une douzaine de cinémas :2 grands multiplexes (Les 3 palmes et Le Joliette), des cinémas commerciaux de taille moyenne (Le Chambord, Le Prado, l'Artplexe, le Pathé Bonneveine et le Pathé Madeleine) et des cinémas ou salles d'Arts et Essai (Alhambra, La Baleine, Le César, Le Gyptis, Les Variétés, Le Vidéodrome 2). Le centre-ville concentre la majorité des cinémas, avec 8 cinémas sur 13, n'étant toutefois pas les plus grands d'entre-eux. Théâtres. [[Fichier:La Criee.jpg|vignette|La façade du [[La Criée (théâtre)|théâtre de la Criée]].]] Le [[Théâtre du Gymnase (Marseille)|théâtre du Gymnase]] est un [[théâtre à l'italienne]] construit dès [[1804]]. Au cours du , il fait office de salle de théâtre avec des acteurs comme [[Louis Jouvet]], [[Jean Weber]], mais aussi de salle de concert avec [[Jacques Brel]], [[Reda Caire]] ou [[Charles Aznavour]]. Fermé en 1980 pour cause de vétusté, il rouvre en 1986 grâce au mécène américain [[Armand Hammer]]. Il a également été rénové en 2015 ainsi que sa façade. [[La Criée (théâtre)|La Criée]] est le [[centre dramatique national]] de Marseille. Ancienne criée aux poissons, le théâtre est fondé en et se situe au 30, quai de Rive Neuve à Marseille. Parmi les autres théâtres de la ville : Le [[Badaboum Théâtre]], le [[Théâtre Massalia]], le Merlan, les Bernardines, Joliette-Minoterie, le Toursky. Opéra et ballet. [[Fichier:Marseille (France), the opera.JPG|thumb|L'Opéra de Marseille.]] L'[[Opéra municipal de Marseille]] a été construit en [[1920]] à la place du Grand-Théâtre de [[1786]], détruit par un incendie en [[1919]]. Il fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques depuis le . Marseille abrite un [[Ballet national de Marseille|ballet national]] depuis [[1972]]. Dénommée à l'origine Les Ballets de Marseille, la compagnie est composée d'une quarantaine de danseurs, avec [[Dominique Khalfouni]], ancienne étoile du [[Ballet de l'Opéra national de Paris]], comme étoile principale. On trouve aussi un lieu d'enseignement de la musique et de l'art dramatique, le [[conservatoire à rayonnement régional de Marseille]]. Salles de spectacle et lieux festifs. [[Fichier:Marseille Friche la Belle de Mai Toit terrasse.jpg|vignette|Événement sur le toit-terrasse de la [[Friche Belle de Mai]].]] [[Le Dôme (Marseille)|Le Dôme]] est la principale salle de spectacle de Marseille. Elle peut accueillir de selon la configuration du spectacle. Depuis son inauguration en 1994, la salle a accueilli en moyenne par an. [[CEPAC Silo|Le Silo]] est une salle de spectacle située à [[La Joliette]] depuis 2011 sur le site d'ancien silo à céréales. Le lieu se veut dans le style des théâtres à l'italienne constitués de plusieurs balcons autour d’un parterre central. La salle offre une capacité totale de dont la configuration varie en fonction du type de spectacle proposé. "L'Espace Julien", situé au [[cours Julien]], et le [[Moulin]] sont des salles d'envergures moyennes accueillant des événements complémentaires. La [[Friche Belle de Mai]] est un lieu culturel ouvert en 1992 à la place de l'ancienne [[Manufacture des tabacs de Marseille]]. Depuis 2002, elle abrite une salle de spectacle, le "Cabaret aléatoire", une salle de théâtre, de nombreux ateliers d'artistes, des terrains de sport ainsi qu'un skatepark. Depuis 2013, elle accueille également de nombreux festivals et autres événements festifs, notamment sur son vaste toit-terrasse. Les [[Terrasses du Port]], centre commercial ouvert en 2014 et situé à [[La Joliette]] abrite un toit-terrasse accueillant régulièrement des événements festifs avec un panorama sur la mer. Manifestations culturelles et festivités. La ville accueille de nombreux festivals, pour beaucoup créés ces vingt dernières années : Arts. Musique. [[Fichier:IAM_à_l'Olympia_de_Montréal.jpg|thumb|left|upright|[[IAM]] à l'Olympia de [[Montréal]].]] [[Fichier:Rio Loco 2015 Samedi - Occitanie-0581.jpg|thumb|right|Gari Greu du groupe [[Massilia Sound System]] en 2015.]] À la fin du s'illustrent les compositeurs [[Domenico Della-Maria]] et [[Stanislas Champein]], puis [[Ernest Reyer]] à la fin , ainsi que [[Henri Tomasi]] et [[Vincent Scotto]] au début du , le premier dans le [[Néo-classicisme (musique)|genre néo-classique]] et le second dans l'[[opérette]] et la [[chanson française]]. [[Paul Mauriat (musicien)|Paul Mauriat]] s'est lui fait connaitre dans le genre de la [[Musique de variétés]] du . Proche de [[New York]] et pionnière dans l'introduction et la diffusion du [[hip-hop]] en France, Marseille devient dans les une des principales scènes du [[hip-hop]] français et européen. Le mouvement hip-hop arrive à Marseille depuis le centre-ville, dans les quartiers de l'Opéra, de la Gare Saint-Charles et du cours Julien, avant de s'étendre aux [[Quartiers nord (Marseille)|quartiers nord]] et au reste du territoire. À la fin de la décennie, le groupe de danse des "" acquièrent une renommée nationale alors que le hip-hop n'en est qu'à ses balbutiements sur le Vieux Continent. [[Fichier:Festival des Vieilles Charrues 2015 - Soprano - 118.jpg|vignette|upright|[[Soprano (rappeur)|Soprano]] au [[Festival des Vieilles Charrues]] 2015.]] En 1993, le groupe [[IAM]] sort "[[Je danse le mia]]" qui connait un succès phénoménal et annonce l'âge d'or du rap marseillais. Parmi les albums les plus emblématiques de cette époque figurent "[[Métèque et mat]]" (1995) d'[[Akhenaton (rappeur)|Akhenaton]], "[[L'École du micro d'argent]]" d'IAM (1997), "[[Chroniques de Mars]]" (1998), compilation où figurent les principaux acteurs de l'époque, "[[Où je vis]]" (1998) de [[Shurik'n]], "Hier, Aujourd'hui, Demain" (1999) du [[3e Œil (groupe)|]], et "[[Art de rue (album)|Art de Rue]]" (2001) de la . À travers leurs textes, ils apportent un témoignage unique sur la misère sociale et les difficultés que traversait la ville dans les , notamment dans des titres comme "[[Demain, c'est loin]]" (1997) d'IAM. En 1997, [[Faudel]] tourne à Marseille le clip du single "Tellement N'brick" qui devient par la suite [[disque de certification|disque d'argent]]. En 2011, le rappeur américain [[Flo Rida]] tourne une partie du clip de son single "Good Feeling" de l'album "Wild Ones" à Marseille. À partir du début des , on note un déclin du hip-hop marseillais sur la scène française, malgré la présence d'artistes comme [[Psy 4 de la rime]], dont sont issus [[Soprano (rappeur)|Soprano]] et [[Alonzo (rappeur)|Alonzo]]. Il y a aussi [[Kenza Farah]], [[L'Algérino|L'Algerino]], [[Faf Larage]] ou [[Keny Arkana]]. Néanmoins, le hip-hop marseillais reste aujourd'hui un vivier de créativité avec l'émergence d'acteurs comme [[Under Kontrol]], champions du monde de , ou "", marque du collectif . La scène rock marseillaise est représentée par [[Dagoba]] (groupe de [[Death metal mélodique| mélodique]]), [[Eths]], [[Warrior Kids]], [[Oai Star]] ou [[Quartiers nord (groupe)|quartiers nord]]. Mêlant styles contemporains et traditionnels, , [[Moussu T e lei Jovents]] et [[Lo Còr de la Plana]] s'attachent à faire vivre la langue [[occitan]]e en la mariant à des courants contemporains. Spectacle vivant. À la fin du et au début du , Marseille est l'une ville-phare du [[cabaret]], de l'[[opérette]] et du [[music-hall]], comme l'atteste le succès de l'[[Alcazar (Marseille)|Alcazar]]. Parmi les grands noms de cette période, nombre d'entre eux comme [[Yves Montand]], [[Tino Rossi]], [[Alibert (chanteur)|Alibert]], [[René Sarvil]], [[Vincent Scotto]], [[Raimu]], [[Maurice Chevalier]], [[Gaby Deslys]], [[Félix Mayol]] ou encore [[Fernandel]] débutèrent à Marseille avant de connaître le succès dans la capitale. À Paris, on nomme alors ce mouvement l'[[opérette marseillaise]], des spectacles à la fois joués et chantés évoquant la vie méridionale, les romances légères et jouant des stéréotypes marseillais. Parmi les œuvres les plus fameuses, citons : [[Au pays du soleil (opérette)|"Au pays du soleil"]] (1932), [[Trois de la marine (opérette)|"Trois de la Marine"]] (1933), "[[Un de la Canebière]]" (1935), "[[Les Gangsters du château d'If (opérette)|Les Gangsters du château d'If]]" (1936)", [[Le Roi des galéjeurs (opérette)|Le Roi des galéjeurs]]" (1938) ou "[[Les Gauchos de Marseille]]" (1945). [[Maurice Béjart]], danseur et chorégraphe, a beaucoup contribué à la naissance de la [[danse moderne]] en France et en Belgique dans les . Cinéma et télévision. [[Fichier:Marcel Pagnol 1931.jpg|vignette|redresse|gauche|[[Marcel Pagnol]], célèbre romancier et metteur en scène marseillais.]] [[Fichier:Laleggeèlegge.JPG|vignette|L'acteur marseillais [[Fernandel]] aux côtés de l'Italien [[Totò]] dans "[[La loi, c'est la loi]]" (1958).]] [[Fichier:Robert Guédiguian Cannes 2015.jpg|vignette|redresse|[[Robert Guédiguian]] au [[festival de Cannes 2015]].]] L'histoire du cinéma marseillais est marquée par la représentation populaire construite autour de la ville. Ainsi, elle est tantôt décrite au travers de comédies, souvent dramatiques, accompagnées de leurs Marseillais populaires (la "[[Trilogie marseillaise]]" de [[Marcel Pagnol]], "[[La Bonne Étoile]]" de [[Jean Boyer (réalisateur)|Jean Boyer]] ou "[[À la vie, à la mort !]]" de [[Robert Guédiguian]]), tantôt à travers son [[milieu marseillais|milieu mafieux]] ("[[À bout de souffle]]" de [[Jean-Luc Godard]], "[[Borsalino (film)|Borsalino]]" de [[Jacques Deray]] ou "[[French Connection]]" de [[William Friedkin]]). [[Henri Verneuil]] (1920-2002), de son vrai nom Achod Malakian, débarque à Marseille à l'âge de quatre ans, sa famille fuyant le génocide arménien en cours en Turquie. En 1996, il reçoit le [[César du cinéma]] pour l'ensemble de sa carrière. Fils d'un docker et d'une poissonnière, [[Paul Carpita]] (1922-2009) naît dans une famille modeste. Il filme la cité portuaire, populaire et travailleuse, dans "[[Le Rendez-vous des quais]]" (1955), frappé d'interdiction puis censuré jusqu'en 1989, ou bien "Marseille sans le soleil" (1960). [[René Allio]] (1924-1995) voit dans sa ville natale, melting-pot culturel et social contrasté, un bassin d'expérimentation sociale. Il dresse de Marseille un portrait sans concession, partagé entre fascination et critique, dans "[[La Vieille Dame indigne|La Vieille Dame Indigne]]" (1965), "[[Retour à Marseille]]" (1979) ou "[[L'Heure exquise|L'heure exquise]]" (1980). [[Robert Guédiguian]] (1953-), fils d'immigrés arméniens et issu du milieu ouvrier, est à l'origine du renouveau du cinéma marseillais. Se définissant comme un « cinéaste de quartier », il expose avec humour et affection des thèmes comme le racisme, la pauvreté et la drogue sur fond de désillusion sociale dans "[[Marius et Jeannette]]" (1997), "[[À la vie, à la mort !]]" (1995) ou "[[La ville est tranquille|La Ville est tranquille]]" (2000). La cité phocéenne a été le siège de la saga "[[Taxi (film, 1998)|Taxi]]" écrit et produit par [[Luc Besson]]. Il s'agit d'une [[comédie policière]] [[Cinéma français|française]] dont le premier opus est sorti en [[1998 au cinéma|1998]]. Le film connait un grand succès public au [[Liste des plus gros succès du box-office en France|box-office français]] en cumulant pour le premier volet puis pour le deuxième. C'est également à Marseille qu'est filmée la série "[[Plus belle la vie]]", dans les studios de la [[Pôle média de la Belle de Mai|Belle de Mai]], et qu'est tournée la série de [[Netflix]] intitulée "[[Marseille (série télévisée)|Marseille]]". , Marseille est devenue la deuxième ville de France la plus filmée après [[Paris]] : elle a accueilli selon la mairie plus de en dix ans, dont en 2014. En 2015, le cinéma génère d’euros de retombées indirectes et d’euro de retombées directes. Littérature. [[Fichier:Petronius Arbiter by Bodart 1707.jpg|vignette|[[Pétrone|Petronius]] (Pétrone).]] Marseille a vu naître à travers son histoire plusieurs écrivains célèbres dont, parmi les plus fameux, [[Pétrone]] (14 - 66), [[Edmond Rostand]] (1868 - 1918), [[André Suarès]] (1868 - 1948), [[Marcel Pagnol]] (1895 - 1974) ou [[Antonin Artaud]] (1896 - 1948). Fidèle à sa réputation de ville de passage et de refuge, Marseille a souvent accueilli et inspiré les voyageurs qui y ont fait escale avant de partir vers l'[[Orient (géographie)|Orient]], comme [[Joseph Conrad]] ou [[Arthur Rimbaud]], ainsi que de nombreux écrivains fuyant les persécutions diverses du début du , à l'image d'[[Albert Cohen]] ou d'[[André Breton]]. Dans l'Antiquité émergent quelques écrivains notables comme [[Pétrone]], auteur supposé du "[[Satyricon]]", [[Salvien de Marseille]] () ou [[Jean Cassien]] (~360/365 - ~433/435), fondateur de l'[[abbaye Saint-Victor de Marseille]] et auteur d'une œuvre doctrinale importante qui a profondément influencé le [[monachisme]] occidental du à nos jours. Au cours du [[Moyen Âge]] s'illustrent les [[troubadour]]s [[Paulet de Marseille]] et [[Folquet de Marseille]] (~1155 - 1231). [[Fichier:BnF ms. 854 fol. 61 - Folquet de Marseille (2).jpg|gauche|vignette|upright|[[Folquet de Marseille|Folquet de Marselha]] (Folquet de Marseille).]] [[Robert Ruffi]] (1542 - 1638), écrivain et poète de [[Occitan|langue d'oc]], et [[Honoré d'Urfé]] (1567- 1625), auteur du premier [[roman-fleuve]] français, sont des figures importantes de la littérature française durant la [[Renaissance française|Renaissance]]. Au , la ville reste à l'écart de la renaissance [[Félibrige|félibréenne]] mais est, toutefois, le siège d'une importante littérature ouvrière en [[provençal]], sous l'inspiration du poète [[Victor Gelu]] et dont les auteurs s'autoproclament "troubaire marsihés". Au cours de cette période, Marseille accueille et inspire des voyageurs romantiques comme [[Stendhal]], [[Alexandre Dumas]] (qui y situe son roman "[[Le Comte de Monte-Cristo]]"), [[Gustave Flaubert]], [[Gérard de Nerval]], [[Victor Hugo]], [[Théophile Gautier]], [[François-René de Chateaubriand|Chateaubriand]] ou [[Arthur Schopenhauer]] (qui écrit être convaincu que ) C'est également à Marseille que [[Honoré de Balzac]] situe la résidence de la [[baronne de Macumer]] dans "[[Mémoires de deux jeunes mariées]]" ou que le père de [[Modeste Mignon de La Bastie]] revient avec sa fortune retrouvée dans "[[Modeste Mignon]]". [[Fichier:Honore-d-Urfe.jpg|vignette|upright|[[Honoré d'Urfé]].]] À la fin du siècle, le Marseillais [[Edmond Rostand]] écrit le célèbre "[[Cyrano de Bergerac (Rostand)|Cyrano de Bergerac]]" (1897). Le poète [[Arthur Rimbaud]] abandonne l'écriture dans la seconde partie de sa vie pour une vie d'aventurier et de marchands. Grand voyageur, Rimbaud séjourne plusieurs fois à Marseille, carrefour de tous les continents à la fin du . affirme le critique littéraire [[Jean-Baptiste Baronian]]. L'unique rencontre de Rimbaud avec le milieu littéraire marseillais s'incarne en la personne de [[Laurent de Gavoty]], directeur en 1889 du bimensuel "La France moderne", et célèbre pour avoir écrit la dernière lettre littéraire reçue par le poète français. Rimbaud a également été proche du poète marseillais [[Jean Lombard (écrivain)|Jean Lombard]], et certains spécialistes notent des influences réciproques dans leur écriture. Marseille est également le dernier voyage du poète : malade en 1891, il est débarqué dans ville et accueilli à l'[[hôpital de la Conception]] où il finit ses jours.[[Fichier:Edmond Rostand en habit vert 01.jpg|thumb|left|upright|[[Edmond Rostand]], auteur du célèbre [[Cyrano de Bergerac (Rostand)|Cyrano de Bergerac]].]][[Joseph Conrad]] arrive à Marseille en 1874 à l'âge de dix-sept ans dans l'espoir de devenir marin. La ville devient son port d'attache jusqu'en 1878, année où il décide de s'enrôler dans la marine anglaise. Deux de ses romans témoignent de son passage dans la cité : "[[La Flèche d'or (roman)|La flèche d’or]]", roman de la jeunesse, et "[[Le Frère-de-la-Côte|Le frère-de-la-côte]]", récit d’une dernière mission dans la [[Presqu'île de Giens|presqu’île de Giens]]. Le dramaturge marseillais [[Antonin Artaud]] marque lui le début du avec "[[Le Théâtre et son double]]" dans lequel il développe le concept de [[Théâtre de la cruauté]]. [[Albert Londres]], qui voyage à Marseille au même moment, écrit "Marseille, porte du sud" en 1927. [[André Suarès]] publie quant à lui en 1932 son fameux "[[Le Voyage du condottière]]". Le dramaturge marseillais [[André Roussin]] a aussi été directeur du [[théâtre de la Madeleine]] et membre de l'[[Académie française]]. [[Fichier:Antonin Artaud 1926.jpg|vignette|upright|[[Antonin Artaud]] est particulièrement connu pour le [[Théâtre de la cruauté]] qu'il a inventé.]] Le poète [[André Gaillard (poète)|André Gaillard]] s’installe à Marseille en 1920 avant d'y mourir neuf ans plus tard. Ami des [[Surréalisme|surréalistes]], proche du [[Le Grand Jeu (revue)|Grand Jeu]], il se lie à [[Léon-Gabriel Gros]] et [[Jean Ballard]], avec qui il collabore activement aux "[[Les Cahiers du Sud|Cahiers du Sud]]".[[Albert Cohen]] passe toute son enfance à Marseille, après que ses parents y ont émigré l'année de ses pour fuir les persécutions antisémites sur l'île grecque de [[Corfou]]. Il raconte cette période de sa vie passée dans le quartier de [[Place Jean-Jaurès (Marseille)|la Plaine]] au sein de plusieurs de ses œuvres comme "[[Le Livre de ma mère|Le livre de ma mère]]" ou "[[Ô vous, frères humains]]." Au [[lycée Thiers]], il rencontre Marcel Pagnol, avec qui il se lie d'amitié et imagine dans les hôtels chics de la [[Canebière]] une partie du récit de son roman le plus célèbre, "[[Belle du Seigneur]]." [[Fichier:Photo d'André Suarès.jpg|gauche|vignette|upright|[[André Suarès]].]] [[Marcel Pagnol]] devient célèbre avec son œuvre théâtrale la "[[Trilogie marseillaise]]", composé de "Marius" (1929), "Fanny" (1931) et "César" (1946), qu'il adapte ensuite au cinéma. Également célèbre, son autobiographie romancée est formée de "[[La Gloire de mon père]]" (1957), du "[[Le Château de ma mère|Château de ma mère]]" (1957), du "[[Le Temps des secrets|Temps des secrets]]" (1960) et du "[[Le Temps des amours|Temps des amours]]" (1977, inachevé). Enfin, son [[diptyque]] "[[L'Eau des collines]]", composé de "[[Jean de Florette (roman)|Jean de Florette]]" et de "[[Manon des sources (roman)|Manon des Sources]]", est publié en 1963. [[Walter Benjamin]] passe par Marseille à trois reprises : en 1926 et en 1928, puis juste avant son suicide en 1940. Près du [[Vieux-Port de Marseille|Vieux-Port]], il a pour ami le romancier et historien d’art [[Marcel Brion]] qui l’introduit auprès de Jean Ballard. La ville le fascine et il décrit ses expériences dans plusieurs récits comme "Hashish à Marseille". Durant la [[Seconde Guerre mondiale]], Marseille accueille les [[surréalisme|surréalistes]] avec, dans leurs rangs, [[André Breton]] qui y compose "", [[Victor Brauner]], [[Max Ernst]] ou [[André Masson (artiste)|André Masson]]. Réfugiés dans l’attente d’un visa à la [[La Pomme (Marseille)|villa Air-Bel]], siège du "Comité américain de secours aux intellectuels" créé par [[Varian Fry]], ils reconstituent un groupe et trompent l’ennui par des "[[cadavre exquis|cadavres exquis]] dessinés" et la création du [[Jeu de Marseille]], inspiré du [[Histoire des cartes de tarot#Tarot de Marseille|tarot de Marseille]]. [[Anna Seghers]], fuyant elle aussi les persécutions nazies, se réfugie dans la ville où elle situe la trame de son roman "[[Transit (roman)|Transit]]". [[Simone de Beauvoir]] obtient son premier poste de professeur à Marseille en 1931, tandis que [[Jean-Paul Sartre]] est nommé dans un lycée du [[Le Havre|Havre]]. [[René Char]] a également vécu et étudié à Marseille au début du . Dans la seconde moitié du , [[Jean-Claude Izzo]] et [[Philippe Carrese]], précurseurs du polar marseillais, situent plusieurs de leurs [[Roman noir|romans noirs]] dans leur ville natale. Peinture et sculpture. [[Fichier:Pierre-Puget-Francois Puget.jpg|thumb|left|upright|[[Pierre Puget]], célèbre sculpteur marseillais.]] [[Fichier:Monticelli - Aldeia Fantástica.jpg|vignette|"Paysage marin près de Marseille" (1882) d'[[Adolphe Monticelli]].]] [[Pierre Puget]], célébré comme « le Michel-Ange de la France » aux et natif de Marseille, est l'un des représentants de l'esprit classique français du [[Grand Siècle (histoire de France)|Grand Siècle]] dans la sculpture, avec des œuvres comme "[[Milon de Crotone (Puget)|Milon de Crotone]]" ou la [[Vieille Charité]]. Il est en outre l'un des introducteurs de l'art [[baroque]] en France. Au s'illustre le caricaturiste [[Honoré Daumier]]. Surtout connu pour ses caricatures d'hommes politiques et ses satires du comportement de ses compatriotes, il a changé la perception que nous avons sur l'art de la caricature politique.[[Fichier:Cézanne-La mer à l'Estaque-Musée Picasso.jpg|thumb|La mer à [[l'Estaque]], 1878-1879, [[Paul Cézanne]], huile sur toile, , Musée Picasso de Paris.]]Le sculpteur [[César (sculpteur)|César]], membre des [[Nouveau Réalisme|Nouveaux Réalistes]] à partir des et à l'origine, entre autres, du trophée de la cérémonie des [[César du cinéma]], a grandi dans le quartier de la Belle-de-Mai. Autre sculpteur célèbre de la ville, [[Auguste Carli]] est l'auteur de l'[[Escalier monumental de la gare de Marseille-Saint-Charles|Escalier monumental de Saint-Charles]]. Le designer [[Ora-ïto]] est connu pour ses créations atypiques, se voulant élégantes, futuristes, parfois humoristiques. Il commence sa carrière à la fin des en proposant des objets imaginaires en revisitant des produits existants comme un sac à dos [[LVMH - Moët Hennessy Louis Vuitton|Louis Vuitton]], une bouteille [[Heineken]] ou une mallette pour ordinateur portable [[Apple]]. De grandes marques comme [[Adidas]], [[L'Oréal|l’Oréal]], [[Davidoff]], [[Nike]], ou [[Guerlain]] vont rapidement s'intéresser à ses créations et le sélectionnent pour designer différents projets. En 2013, il crée un espace d'exposition contemporaine, le MaMo, au sommet de la [[Cité radieuse de Marseille|Cité Radieuse]] du [[Le Corbusier|Corbusier]].[[Fichier:Pouce-derdaumen.JPG|gauche|upright|vignette|"Le Pouce" de [[César (sculpteur)|César]]. Ludwig Museum, [[Coblence]].]]Aux entrées nord et sud du tunnel autoroutier de Saint-Antoine, se trouve une œuvre du sculpteur [[Jean-Marie Baumel]] nommée "Marseille et la mer Méditerranée". Les deux sculptures représentent, au nord, Marseille avec un bateau, l'[[Abbaye Saint-Victor de Marseille|abbaye de Saint-Victor]] et l'[[hôtel de ville de Marseille|hôtel de ville]] et, au sud, la Provence avec une allégorie de la région, le [[palais des papes d'Avignon]] et les [[arènes d'Arles]].[[Fichier:JR_Marseille.jpg|vignette|Collages de [[JR (artiste)|JR]] à la [[Belle de Mai]].]]La peinture marseillaise est quant à elle représentée par [[Adolphe Monticelli]], [[Joseph Garibaldi (peintre)|Joseph Garibaldi]], [[Henri Pinta]] ou [[Valère Bernard]], ce dernier étant également écrivain et poète d'expression occitane. Les paysages naturels et industriels du quartier de [[l'Estaque]] ont également été une source d'inspiration pour de grands peintres français qui y ont séjourné entre 1870 et 1914, tels que [[Paul Cézanne]], [[Georges Braque]], [[Charles Camoin]] (de 1906 à 1910), [[André Derain]] (en 1905), [[Raoul Dufy]], [[Othon Friesz]] (en 1907), [[Albert Marquet]] (de 1916 à 1918) et [[Auguste Renoir]]. Les œuvres [[impressionnisme|impressionnistes]] de Cézanne, premier de ces peintres à fréquenter [[L'Estaque]], ont eu une forte influence sur ses amis et les artistes contemporains. À partir des , l'[[Art urbain]] arrive à Marseille en même temps que le mouvement [[hip-hop]] et se développe dans le centre-ville, au [[Le Panier (Marseille)|Panier]] ou au [[cours Julien]]. La ville accueille de nombreuses associations, lieux et événements consacrés au [[Art urbain|]], comme le "", les murs de la rocade L2, ou la Galerie Saint-Laurent. Parmi les artistes contemporains, Marseille a vu naître Sandrot le . Cette artiste dont les sujets de prédilection sont les animaux, a réalisé en 2019 une fresque de représentant une baleine, visible dans le parc de Maison Blanche, mairie du et . Sur les [[plages du Prado]], les "Sept Portes de Jérusalem" de David Soussana symbolisent l'ouverture de Marseille vers [[Jérusalem|la ville trois fois sainte]]. Des œuvres de l'artiste [[Guillaume Bottazzi]] qui ont été réalisées dans le quartier du Prado, dans le [[6e arrondissement de Marseille|]] et dans le [[7e arrondissement de Marseille|]], sélectionnées par le [[Ministère de la Culture (France)|ministère de la Culture]], sont visibles chaque année à l'occasion des [[Journées européennes du patrimoine|Journées Européennes du Patrimoine]]. Sur la [[Corniche du Président-John-Fitzgerald-Kennedy|Corniche]] se trouve le [[Monument aux morts de l'Armée d'Orient et des terres lointaines|monument aux morts de l'Armée d'Orient]]. Le [[Parc du 26e Centenaire|parc du ]] héberge l’"Arbre de l'Espérance" qui symbolise la tolérance entre les religions et les communautés de la ville. Langues. [[Fichier:Dialectes de l'occitan selon Frederic Mistral.jpg|vignette|Carte des dialectes d'oc selon [[Frédéric Mistral]].]] Jusqu'au début du , la langue principale de Marseille est le [[provençal]] ou langue d'Oc moderne selon Mistral qui a été renommé en Occitan vers 1930 pour éviter les confusions avec le dialecte de Provence appelé le « provençal ». Le dialecte utilisé est celui du maritime dans sa forme occidentale. Aujourd'hui, malgré le très fort déclin de son usage, il subsiste de nombreuses associations culturelles, écrivains et groupes de musique utilisant cette langue à Marseille (, [[Moussu T e lei Jovents]] ou [[Lo Còr de la Plana]] pour les plus réputés). Le provençal a en outre laissé d'importantes traces dans la [[Toponymie occitane|toponymie]] ou la gastronomie locale mais également dans le français très caractéristique parlé par les habitants de la ville. En effet, le [[parler marseillais]] est influencé par le substrat linguistique [[provençal]] sur lequel il s'est greffé, mais aussi par les apports linguistiques dus aux diverses immigrations. L'accent marseillais est ainsi reconnaissable à une [[Parler marseillais#phonologie|prononciation particulière]] et se distingue également par un vocabulaire propre et un grand nombre d'expressions dont certaines sont entrées dans les dictionnaires usuels. Cette forme particulière de français a donné lieu à une importante production littéraire et musicale ([[Marcel Pagnol]], [[Jean-Claude Izzo]], [[Philippe Carrese]], [[Quartiers nord (groupe)|Quartiers Nord]], [[IAM]]). Si la langue majoritaire y est aujourd'hui le [[français]], on parle à Marseille une multitude de langues, en raison notamment de sa position portuaire sur le littoral méditerranéen et du fait qu'elle constitue une ville d'immigation : l'[[arabe|arabe maghrébin et syrien]], l'[[arménien]], le [[kabyle]], le [[comorien]], le grec et, dans une moindre mesure aujourd'hui, l'[[italien]] et l'[[espagnol]] mais également le [[Corse (langue)|corse]]. Gastronomie. [[Fichier:Marseille resto.jpg|vignette|gauche|Tout autour du [[Vieux-Port de Marseille|Vieux-Port]], de nombreux restaurants proposent une cuisine provençale typique.]] La cuisine de Marseille s'inscrit dans le cadre de la [[Cuisine de la Provence méditerranéenne|cuisine provençale]]. Parmi les spécialités typiques de la ville figurent la [[bouillabaisse]], les [[pieds paquets]], les [[Navette de Marseille|navettes]], les [[Chichi frégi|chichis frégi]]. Marseille est connue pour ses [[Camion-restaurant|camions à pizza]] et elle est parfois considérée comme une des capitales de la pizza avec [[New York]] et [[Naples]]. Inventée à Naples au , la pizza se répand rapidement à Marseille à partir des , les nombreux immigrés italiens reproduisant leur savoir-faire en ouvrant des restaurants traditionnels. À l'époque où Gaston Defferre était maire de la ville, il avait autorisé les fonctionnaires municipaux à cumuler leur activité avec une autre activité relevant du secteur marchand; c'est ainsi que des camions à pizza se sont implantés dans toute la ville, permettant aux fonctionnaires municipaux de trouver une source de revenus complémentaires après leur journée de travail. Les navettes, patisseries au beurre parfumées à l'eau de fleur d'oranger, ont été créées en mémoire des premiers chrétiens arrivés en bateau de terre sainte à Marseille avec Marie-Madeleine qui aurait passé sa première nuit à proximité de la basilique saint Victor. Elles sont bénies le jour de la Chandeleur, mais les meilleurs artisans de la ville en fabriquent chaque jour. Le [[pastis]], alcool à l'anis lancé sur le marché par [[Jules-Félix Pernod]] en 1918, puis commercialisé en 1932 par [[Paul Ricard]], est la boisson emblématique de la ville ainsi que, dans une moindre mesure, l'[[anisette]] [[Cristal (anisette)|Cristal]]. Très populaire dans le Nord et l'Est de la France, l'[[Picon|amer Picon]] a également été créé à Marseille. Symboles et devise. Les [[vicomtes de Marseille]] arboraient initialement la [[croix occitane|croix]] des [[Comté de Forcalquier|comtes de Forcalquier]] que l'on retrouvera ensuite sur les monnaies médiévales frappées à Marseille. [[Fichier:ArmesMarseille.jpg|thumb|Extrait de "l'Histoire de Marseille", par [[Louis Antoine de Ruffi]].]] Le [[Drapeau de Marseille|drapeau]] de Marseillena la particularité d'être très largement antérieur à son blason. La croix est une référence aux drapeaux des [[Croisade|Croisés]], tandis que l'azur est la couleur de la ville. Attesté depuis le , c'est l'un des plus vieux drapeaux français et européens. La première représentation conservée des armoiries de Marseille date, elle, de la fin du . Les armoiries sont supprimées le sous la [[Révolution française|Révolution]] car jugées associées à la noblesse. L'ancien écusson est à nouveau utilisé à partir de 1809 sous le [[Premier Empire]]. La devise officielle de Marseille est : en français et en provençal . Elle date de 1257 et s'écrivait à l'époque en [[provençal]] médiéval . Elle a pris en 1691 sa forme actuelle en latin. D'autres devises ont également existé : (devise antérieure à la prise de Marseille par en 1660, qui se traduit par ), , (1691), (1704), (1705), ou encore (1816). Voir aussi. Liens externes. [[Catégorie:Marseille|*]] [[Catégorie:Ancien chef-lieu de district]] [[Catégorie:Ville nouvelle du VIe siècle av. J.-C. en France]] [[Catégorie:Ville portuaire en France (Méditerranée)]] [[Catégorie:Ville universitaire en France]] [[Catégorie:Siège d'une Cour d'appel en France]] [[Catégorie:Archevêché français]] [[Catégorie:Commune abritant une commanderie de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem en France]] [[Catégorie:Ville d'art et d'histoire]] [[Catégorie:Commune touristique en France]] [[Catégorie:Station balnéaire dans les Bouches-du-Rhône]] [[Catégorie:Ville membre de l'Association internationale des maires francophones]] [[Catégorie:Ville-étape du Tour de France dans les Bouches-du-Rhône]] [[Catégorie:Ville titulaire de la croix de guerre 1939-1945]] [[Catégorie:Capitale européenne de la culture|Marseille]] [[Catégorie:Capitale européenne du sport]] [[Catégorie:Changement de nom de ville dans l'Histoire]] [[Catégorie:Ligures]] [[Catégorie:Éponyme d'un objet céleste]] [[Catégorie:Alleux, fiefs et seigneuries de l'ordre du Temple]] [[Catégorie:Commune desservie par un métro en France]]
Madrid Madrid ( ) est la capitale et la plus grande ville d'Espagne. Située dans la partie centrale du royaume, elle est également la capitale et la ville la plus peuplée de la Communauté de Madrid. En tant que capitale d'État, elle abrite la plupart des institutions politiques du pays, dont la résidence royale, le siège du gouvernement et le Parlement. Elle compte une population d'environ d'habitants "intra-muros" sur une superficie totale de , au sein d'une aire urbaine d'environ d'habitants en 2014. En comptant sa population intra-muros, Madrid est la deuxième ville de l'Union européenne, derrière Berlin. Ville mondiale, elle abrite le siège de nombreuses institutions, dont l'Organisation mondiale du tourisme, l'Organisation des États ibéro-américains, l'Académie royale espagnole et l'Institut Cervantes. Considérée comme l'une des principales places financières de l'Europe du Sud, elle partage le statut de cœur économique de l'Espagne avec Barcelone. Elle accueille le siège social des plus grandes entreprises du pays, comme Telefónica, Repsol ou Iberia. Les bâtiments d'architecture récente côtoient des constructions de style néo-classique, telles que la porte d'Alcalá, la place de Cybèle ou la Cathédrale de l'Almudena. Ville d'art, ses trois principaux musées, le musée du Prado, le musée Reina Sofía et le musée Thyssen-Bornemisza, comptent parmi les plus visités au monde. En outre, Madrid abrite deux des plus grands clubs de football au monde, le Real Madrid et l'Atlético de Madrid. Géographie. Situation. Très proche du centre géographique de la péninsule Ibérique, la colline des Anges ("Cerro de los Ángeles"), à environ au sud de la sierra de Guadarrama, la ville s'étend sur le plateau de la Meseta entre 600 et d'altitude. Située à d'altitude, Madrid est la deuxième plus haute capitale européenne, après Andorre-la-Vieille, qui s'élève à . Nichée au sud de la Meseta centrale, la ville appartient au bassin hydrographique du Tage. Madrid est située à à l'ouest-nord-ouest de Valence, à au sud-sud-ouest de Bilbao, à au sud-ouest de la frontière française (Roncevaux, Communauté forale de Navarre ; Arnéguy, Pyrénées-Atlantiques), à au nord-nord-est de Séville et à à l'ouest de Barcelone (les kilométrages indiqués représentent des distances orthodromiques, dites aussi « à vol d'oiseau »). Hydrographie. Le principal cours d'eau de Madrid est le Manzanares, qui traverse la ville du nord au sud en passant par le mont du Pardo où il alimente le barrage du même nom. C'est là qu'il reçoit les eaux des ruisseaux Manina et Tejada. Une fois le mont dépassé, la rivière poursuit son cours par la cité universitaire, puis brièvement par la Casa de Campo, où le ruisseau Meaques se jette dans son lit. Le Manzanares baigne ensuite l'espace urbain, vers le pont du Roi, où il est rejoint par le ruisseau Leganitos et par une autre rue qui passe sous la rue de Ségovie. Puis c'est au tour du ruisseau de la Fuente Castellana de s'y fondre. Il sert ensuite de frontière entre plusieurs arrondissements de la capitale, laissant au sud-ouest la Latina, Carabanchel, Usera et Villaverde et, au nord-est, Centro, Arganzuela, Puente de Vallecas et Villa de Vallecas. À la limite entre Arganzuela et Puente de Vallecas, il reçoit les eaux de l'Abroñigal, dont le lit coïncide presque totalement avec le parcours de l'autoroute M-30, et celles du Butarque, non loin de l'arrondissement de Villaverde. Lorsqu'il quitte la ville proprement dite, le Manzanares entre à Getafe par l'est, voyant ainsi le ruisseau Culebro le rejoindre. C'est à Rivas-Vaciamadrid qu'il se jette dans le Jarama. Climat. La ville de Madrid jouit d'un climat méditerranéen à influence continentale combiné avec un climat semi-aride. Madrid est classé dans « BSk » dans la classification de Köppen. La capitale est marquée par des hivers relativement modérés, avec des gels fréquents et de la neige occasionnelle. Durant cette période, les températures peuvent descendre jusqu'à , tandis que les étés sont très chauds. Juillet et août affichent fréquemment des températures journalières supérieures à . La température moyenne à Madrid est de , avec un maximum de , enregistré à l'aéroport de Madrid le . Le , ont été relevés à l'aéroport de Madrid. Madrid reçoit peu de précipitations. Ces dernières s'établissent autour de par an, atteignant leur minimum en été. La pluie ou la neige tombent en moyenne par an. S'il tombe de pluie en novembre et décembre, le mois d'août est le plus sec avec . Les températures sont relevées au niveau de trois stations de l'Agence d'État de la météorologie (AEMET), respectivement situées au parc du Retiro, à l'aéroport de Barajas et à celui de Cuatro Vientos. Effets du changement climatique. Les changements climatiques accélérés ont aggravé les problèmes environnementaux existants dans l'ensemble de la Méditerranée. Cela vaut également pour l'Espagne. Pour cinq domaines généraux et interdépendants (eau, écosystèmes, nutrition, santé et sécurité), les changements actuels et les scénarios futurs indiquent de manière constante des risques importants et croissants dans les décennies à venir. L'économiste britannique en climat Nicholas Stern résume ainsi la crise climatique en Espagne: « Si la température dépasse les limites de l'Accord de Paris, l'Espagne risque de se transformer en un désert saharien. » Les calculs du modèle de 2019 montrent que Madrid serait déjà transférée dans une autre zone climatique si le scénario RCP4.5 était appliqué. Le climat à Madrid en 2050 serait plus proche du climat actuel à Marrakech (Maroc) que du climat actuel à Madrid. Ce scénario est même considéré comme optimiste. Urbanisme. Le centre historique de Madrid correspond à l'ancienne médina, construite sur un emplacement stratégique. À cette époque, elle permet en effet de dominer la vallée du Manzanares, traversable à gué à cet endroit. L'extension de la ville originelle est limitée par la rivière ainsi que par un fossé aujourd'hui occupé par la rue de Ségovie. Au nord s'élève la forteresse musulmane ("alcazaba") et au sud s'étendent les quartiers mozarabe et juif. Lorsque Philippe II hisse Madrid au rang de capitale, elle n'est pas apte à recevoir la Cour et l'ensemble des administrations afférentes. Conjointement avec les autorités locales, la Couronne établit un règlement intitulé "Carga de Aposento" qui stipule que tout propriétaire d'un bâtiment de plus d'un étage doit céder l'un de ses niveaux pour le logement des fonctionnaires et du personnel de la Cour. Mécontents de cette décision, de nombreux Madrilènes réagissent en faisant construire les fameuses "casas a la malicia". Il s'agit de demeures ne comportant qu'un seul véritable étage, de sorte que leur propriétaire n'a pas à obtempérer audit règlement. Cette façon de contourner la loi a pour conséquence un rapide étalement urbain qui se réalise en une quarantaine d'années. Ce phénomène, par la suite conjugué à une nouvelle croissance en hauteur des bâtiments, configure l'essentiel de la morphologie de Madrid jusqu'au . L'inévitable développement urbain se voit limité par le cours du Manzanares et Madrid doit par conséquent s'étendre vers l'est. À partir du règne de Charles III, les artères qui débouchent sur l'actuel Prado deviennent des espaces de divertissement et de villégiature de l'aristocratie. C'est d'ailleurs à cette époque que la Couronne conçoit le paseo del Prado, premier tronçon d'un axe nord-sud qui s'étend aujourd'hui jusqu'au paseo de la Castellana. La croissance galopante du ne laisse pas le loisir d'aménager des places publiques et c'est pourquoi le règne de Joseph est caractérisé par l'ouverture de semblables espaces. Cette intense activité urbanistique lui vaut le surnom de "Pepe Plazuelas" (littéralement « Jojo placettes »). Pendant plusieurs siècles, la ville connaît peu de nouvelles extensions et il faut attendre l'œuvre du marquis de Salamanca, au , pour que la capitale fasse l'objet d'un vaste programme de construction. Après avoir abattu la muraille de Philippe IV, l'architecte Carlos María de Castro fait réaliser de nouveaux quartiers au nord de la ville, vers l'actuel périphérique M-20. Au début du , l'urbaniste Arturo Soria fait bâtir sa célèbre Cité linéaire. Cette époque est également propice au percement de grandes avenues, dont l'exemple le plus célèbre est la Gran Vía. Le périphérique M-30 définit le centre de la capitale, surnommé « amande centrale » ("almendra central"). Au-delà, Madrid comprend pour l'essentiel d'anciennes communes annexées après la guerre civile. Il s'agit également de quartiers nouveaux édifiés sur d'anciens terrains agricoles ou en remplacement de bidonvilles. Madrid abrite le plus grand bidonville d’Europe occidentale : Cañada Real Galiana, où vivent dans des conditions insalubres. La ville compte plus de vacants, soit environ 10 % du nombre total de logements. Toponymie. La plus ancienne attestation de nom de la ville remonte à 932 dans un document latin, "Ad civitatem quae dicitur Magerit". Selon l'orientaliste Jaime Oliver Asín, le terme de "Magerit" était également connu en castillan ancien. Ce vocable, qui doit se prononcer "Maŷriţ" ou "Maǧrīţ", serait à rapprocher de l'arabe "Maǧra" (مَجْرَى), mot qui désigne un ruisseau, un canal ou un aqueduc. Un des deux pluriels de ce nom est "Maǧriat" (مجريات), terme qui fait référence à un cours d'eau avec des ruisseaux. Au , le toponyme évolue vers "Madrit" puis vers "Madrid", dénomination attestée au . D'autres étymologies existent, ainsi celle qui rapproche ce nom du terme "madroño", qui désigne l'arbousier en espagnol. Cet arbre, présent sur les armoiries de la ville, était vraisemblablement le seul qui poussait dans la région à l'époque où le roi Alphonse VI s'en empara, au milieu du . Histoire. Moyen Âge. Fondée par l'émir arabe Muhammad vers la fin du , fait construire une forteresse pour protéger Tolède, l'antique capitale wisigothe autour de laquelle se développe la ville. En 1047, le roi Ferdinand de Castille entre dans Madrid, mais jugeant le lieu peu intéressant, il l'échange contre un tribut au roi de Tolède. Madrid appartient définitivement au royaume de Castille quand Alphonse VI prend la ville de Tolède en 1085. Mais en 1109, La ville est détruite par les Almoravides qui ne sont expulsés définitivement de la région qu'en 1132, après la victoire d'Alphonse VII à Villarrubia de los Ojos. Madrid étend progressivement sa domination sur d'autres villes comme Ségovie. Au cours des siècles suivants, le développement de la ville se poursuit, avec notamment la construction d'édifices religieux. Les "Cortes" de Castille se tiennent pour la première fois à Madrid en 1309 sous le règne de Ferdinand IV. Elles ont de nouveau lieu en 1329, 1339, 1391, 1393, 1419 et deux fois en 1435. Après l'unification des royaumes d'Espagne sous une couronne commune, les "Cortes" sont convoquées à Madrid avec une plus grande fréquence. Au , sous les règnes de Jean II et d'Isabelle la Catholique, de nouvelles règles d'urbanisme sont édictées et obligent, entre autres, Madrid à se doter de rues pavées. La maison de Habsbourg. Lors de la guerre des Communautés de Castille, menée par Juan de Zapata, Madrid rejoint le soulèvement contre Charles Quint et les révoltés prennent la forteresse de la ville le . Cependant, après la défaite des "comuneros" à Villalar, la ville est assiégée et occupée par les troupes royales à la mi-. En 1525, le roi de France François est fait prisonnier lors de la bataille de Pavie par l'armée de Charles Quint. Il est emprisonné à Madrid durant un an dans la tour des Lujanes. Un traité de paix est signé entre les deux puissances et François peut rentrer en France, laissant à Madrid ses deux fils comme garantie jusqu'à l'accomplissement des clauses dudit traité. En 1547, le prince héritier Philippe crée la Puerta del Sol et dix ans plus tard, la princesse Jeanne, sa sœur, fonde le couvent de religieuses franciscaines des Déchaussées royales. En , alors que la ville compte déjà , Philippe II transporte la cour de Tolède à Madrid, l'installant dans l'antique alcazar. Il fait ainsi de la ville la capitale du royaume d'Espagne. Madrid perd provisoirement son titre de siège du pouvoir royal quand Philippe III décide le d'installer la cour à Valladolid. Cependant, face au mécontentement populaire, la ville retrouve son statut de capitale de l'Espagne le . Le est marqué par de grands travaux d'aménagement comme la création de la Plaza Mayor et du palais du Buen Retiro. Avec l'installation définitive de la Cour à Madrid, sa population commence à augmenter de manière significative. En 1625, Philippe IV fait abattre les murailles de la ville, déjà dépassées par l'urbanisation, et fait édifier une nouvelle enceinte exclusivement pour des raisons fiscales. Les fonctions du gouvernement sont centralisées dans l'Alcázar royal, un ensemble de bâtiments situés sur le terrain occupé plus tard par le palais royal et la place d'Orient. Dans le même temps, le palais du Buen Retiro fait l'objet d'une extension connue sous le nom de "Casón del Buen Retiro". La maison de Bourbon. En 1700, Madrid voit arriver Philippe V, le premier roi de la dynastie des Bourbons, Le changement de dynastie donne une nouvelle impulsion à la capitale. Au goût des Bourbons, celle-ci est sombre, parcourue de rues étroites et encombrées, sans système d'égout. Il s'agit pour eux d'élever la ville au rang d'autres capitales européennes. Le , un incendie détruit l'Alcázar, symbole de la dynastie des Habsbourg en Espagne (événement malheureux à l'origine de la disparition d'un tiers de la collection royale de peintures). Philippe V décide de la construction d'un nouveau palais royal dont la première pierre est posée dès le . En outre, le monarque soutient l'édification de diverses infrastructures (ponts, hôpitaux, parcs, fontaines, bâtiments à usage scientifique) et promeut des ordonnances relatives à l'assainissement. La "Casa de Correos" (« maison de la Poste »), actuel siège du gouvernement de la communauté autonome de Madrid, est édifiée à partir de 1766 sous l'impulsion de Charles III. Le parc du Buen Retiro est ouvert au public l'année suivante. L'aménagement du quartier du Prado dans le dernier tiers du laisse un héritage architectural remarquable, notamment composé des fontaines de Neptune, de Cybèle et d'Apollon, du Jardin botanique royal et de l'Observatoire royal. Le cours des Récollets bénéficie également de ces travaux. La guerre d'indépendance. Le , le peuple de Madrid se soulève contre les troupes françaises stationnées sur place, ce qui marque le début de la campagne d'Espagne de Napoléon, qui installe son frère Joseph sur le trône espagnol. Ladite révolte est immortalisée par Francisco de Goya dans un célèbre tableau, tout comme l'est la répression effectuée par les Français le 3 mai. Le roi Joseph lance des projets visant à réaménager et aérer le centre de la ville. Il projette en effet plusieurs places majeures comme celle d'Orient ou Sainte-Anne. Il fait également transférer les cimetières à l'extérieur de la ville. En 1812, il doit cependant fuir Madrid après la bataille de Majadahonda et les troupes françaises sont expulsées d'Espagne un an plus tard. Le , Ferdinand VII fait une entrée triomphale dans les rues de Madrid. Restauration des Bourbons. Les processus successifs de désamortissement modifient radicalement le système de propriété immobilière. Ils favorisent également la concentration des collections artistiques en un seul lieu (musée de la Trinité, futur musée du Prado, ouvert en 1819) ainsi que le rapprochement de l'université d'Alcalá de Henares, qui devient par la suite l'Université complutense. Le , un soulèvement de la Garde royale est étouffé après des affrontements au Prado et sur la Plaza Mayor. Le , le général Riego est pendu, puis décapité. En 1831, la ville ouvre une des , cinq ans après l'inauguration du palais Brongniart à Paris. Cette période correspond en effet à un accroissement démographique et économique qui fait disparaître la ville pré-industrielle. Le règne d'Isabelle II est marqué par l'entrée de la ville dans l'ère technologique moderne, avec notamment l'ouverture des premières lignes de chemin de fer en Espagne, qui s'organisent peu à peu en étoile autour de la capitale. Cette dernière se dote logiquement de gares permettant d'accueillir les voyageurs — Atocha, Delicias et du Nord (aujourd'hui Príncipe Pío). Le premier trajet ferroviaire depuis Madrid ouvre le et mène jusqu'à Aranjuez. Les travaux du canal Isabelle-II, vaste réseau d'adduction et d'épuration des eaux, commencent la même année. Un semblable mouvement de modernisation peut également être observé dans le domaine artistique avec l'inauguration du Théâtre royal le . En matière littéraire, les bouleversements de l'époque stimulent la créativité d'auteurs comme Ramón de Mesonero Romanos. Ce dernier est célèbre pour ses tableaux de genre de la vie à Madrid typiques du "costumbrismo". Par ailleurs, un travail de conservation du patrimoine littéraire est engagé avec la création de la Bibliothèque nationale en 1866. En 1868, la muraille de Philippe IV est complètement abattue, ce qui permet aux plans d'urbanisme modernes de voir le jour. C'est notamment le cas du projet de Carlos María de Castro dès 1860 et surtout de celui de José de Salamanca. De telles planifications s'inscrivent de façon générale dans le mouvement des "ensanches", ces extensions urbaines rationnelles et ordonnées, à l'image de l"'Eixample" à Barcelone. De la révolution de 1868 à la guerre civile. Après la révolution de 1868, la volonté de modernisation des autorités ne faiblit pas, comme en témoignent la création de la Caisse d'épargne et Mont de piété en 1870, ou encore l'apparition l'année suivante des premiers tramways hippomobiles qui sont électrifiés en 1898. Les grands travaux se poursuivent. L'édification de la cathédrale de l'Almudena commence le . De son côté, l'architecte Carlos Velasco Peinado présente son projet de Gran Via qui reproduit, avec son quartier des affaires, le goût autrichien pour l'architecture grandiose. Comme toutes les grandes capitales européennes, Madrid se dote d'un métro dont la première ligne ouvre en 1919. Le tournant entre le et le se caractérise à Madrid par contestation des autorités en place qui va jusqu'à l'organisation d'attentats. Ainsi le le couple royal (Alphonse XIII et Victoire Eugénie) sort-il indemne d'une attaque dans la Calle Mayor. Le , c'est au tour du président du Conseil, José Canalejas, d'être assassiné sur la Puerta del Sol par l'anarchiste Manuel Pardiñas. Enfin, le , l'un de ses successeurs, Eduardo Dato, est tué place de l'Indépendance. Cela n'empêche pas la pensée scientifique de se développer dans la ville et de rayonner à l'international. À titre d'exemple, le , Madrid reçoit la visite d'Albert Einstein, qui participe à plusieurs conférences à l'université, à l'Athénée et à l'Académie royale. À cette occasion, il est reçu par la famille royale. La fin des années 1920 et le début des années 1930 voient de plus l'inauguration de lieux emblématiques de la capitale tels que les arènes de Las Ventas et l'aéroport de Barajas. Toutefois, l'époque est surtout restée dans les livres d'histoire par la proclamation de la Seconde République espagnole à Madrid le . Cet événement fait suite à la victoire des républicains aux élections municipales deux jours plus tôt. Guerre civile. Le début de la guerre civile qui entraîne le renversement de la République ne permet pas aux nationalistes, dont les premiers mouvements sont écrasés par les forces armées loyalistes, de conquérir Madrid. Les autorités locales décident alors de réprimer les opposants au régime républicain par le biais d'exécutions sommaires de prisonniers qui suivent les "sacas de presos". Elles tentent d'obtenir des informations sur le camp franquiste en ayant recours aux arrestations et à la torture, notamment dans le cadre de "checas" (lieux illégaux d'interrogatoire). Une des plus célèbres d'entre elles se trouve dans les sous-sol du Cercle des Beaux-Arts. De fait, dans la capitale, des tensions précèdent déjà le déclenchement du conflit. Ainsi le lieutenant de la "Guardia de Asalto" (corps de police républicain) José Castillo est-il assassiné le , puis, quelques heures plus tard, le député monarchiste José Calvo Sotelo. De même, le , des manifestants exigent la distribution d'armes devant les rumeurs de renversement de la République. Le , Madrid est bombardée par les troupes rebelles. Pour faire face aux combats, la première junte de défense de la ville est créée le , puis le gouvernement décide de quitter Madrid le pour établir la capitale de la République à Valence. Le lendemain commence la bataille de Madrid. En tant que bastion républicain, la capitale se défend contre les attaques rebelles pendant plus de deux ans, ce qui pousse les troupes franquistes à la contourner. Toutefois, après la chute du gouvernement, qui s'est réfugié en Catalogne en , Madrid dépose les armes au début de 1939. La chute de la ville marque la victoire finale des nationalistes. Régime de Franco. De 1948 à 1954, la commune de Madrid va intégrer dans ses limites les communes de Fuencarral, Aravaca, El Pardo, Chamartín de la Rosa, Hortaleza, Canillas, Canillejas, Barajas, Vicálvaro, Vallecas, Villaverde, Carabanchel Bajo et Carabanchel Alto. Le , le zoo de Madrid est inauguré à la Casa de Campo. Le , l'organisation séparatiste basque ETA assassine le président du Gouvernement, Luis Carrero Blanco, dans la rue Claudio Coello. Troisième restauration des Bourbons. Deux ans plus tard, Francisco Franco meurt le des suites d'une grave maladie. Juan Carlos est proclamé roi d'Espagne, et le il signe la nouvelle Constitution faisant de l'Espagne une monarchie constitutionnelle. La Constitution entre en application deux jours plus tard. En 1981, le colonel Antonio Tejero Molina prend d'assaut le Congrès des députés, mais le roi, soutenu par la population espagnole, s'oppose fermement au coup d'État. En 1992, Madrid porte le titre de capitale européenne de la culture. Le , la ville est frappée par des attentats islamistes qui causent la mort de . Depuis la fin du , Madrid s'est affirmée comme l'une des grandes capitales européennes tant sur le plan économique que culturel, avec un très grand dynamisme et une forte croissance. Politique et administration. Statut de capitale. Bien qu'elle soit la résidence de la cour depuis 1561, la ville n'a obtenu le statut juridique de capitale qu'avec l'avènement de la Seconde République et la promulgation de sa Constitution. Historiquement, Madrid n'a jamais joui officiellement du titre de "ciudad" (« ville »), ayant dû se contenter de celui de "villa" (« bourgade »). Sous la dictature franquiste, la loi du relative au régime spécial de Madrid confirme le statut de capitale, décision définitivement entérinée par la constitution de 1978. En 2006, le Parlement national adopte la loi relative au statut de capitale et au régime spécial de Madrid. En vertu de ce statut, elle héberge le Palais royal, le siège du gouvernement, le Parlement, le Tribunal suprême et le Tribunal constitutionnel. Gouvernement et administration municipale. La mairie ("Ayuntamiento"), qui gouverne et administre la municipalité, est formé par: une assemblée délibérante ("Pleno"), composé de élus au scrutin proportionnel pour quatre ans; le maire ("alcalde"), qui est investi par le "Pleno" parmi ses membres; et la "Junta de Gobierno", un organe collégial exécutif ou le maire, ses adjoints ("tenientes de alcalde") et les conseillers responsables des différents secteurs du gouvernement (tous nommés à titre facultatif par le maire parmi les conseillers municipaux) se rencontrent. Comme dans le reste des municipalités espagnoles, le maire exerce la présidence de la plénière par défaut, mais il peut déléguer la présidence à un autre conseiller. Depuis 2007, le siège principal de la mairie est dans le palais de Cybèle. Pour l'année 2018, le budget de la ville s'élève à la somme de . Les enquêtes d'opinion font ressortir que la sensibilité politique des électeurs madrilènes est notamment liée à leur classe sociale. La droite est majoritaire auprès des 35 % d'habitants les plus riches de la ville, alors que la gauche est majoritaire auprès des 65 % des habitants les plus pauvres. Cette polarisation s'accroit dès lors que les écarts de revenu augmentent. Le Parti Populaire (PP) et ses alliés ont cependant gagné la plupart des élections locales depuis le début des années 1990, notamment grâce à une mobilisation électorale traditionnellement plus élevée des classes aisées que des classes populaires et à un soutien plus marqué à la droite dans les quartiers à haut revenu qu'à la gauche dans les quartiers à faible et moyen revenu. Actualités politiques. Selon le quotidien "Le Monde", plus de de madrilènes ont été invités par la ville en 2017 à participer à un vote concernant les moyens de déplacement alternatifs dans leur ville. Ces différentes réformes visent à favoriser le déplacement à pied, à bicyclette ou encore en transports en commun. Arrondissements et quartiers. Madrid est divisée en 21 arrondissements ("distritos"), subdivisés en 129 quartiers ("barrios"). Population et société. Démographie. La population de Madrid a connu une lente augmentation entre 1877 et 1960 en raison de l'incorporation de diverses communes limitrophes : La Alameda, Aravaca, Barajas de Madrid, Canillas, Canillejas, Carabanchel Alto, Carabanchel Bajo, Chamartín de la Rosa, Fuencarral, Hortaleza, El Pardo, Vallecas, Vicálvaro et Villaverde. Avec l'industrialisation et l'exode rural, la population explose à partir des années 1960. Elle triple ainsi entre le recensement de 1940 et celui de 1970, ce qui, conjugué à l'absence de plans d'urbanisation, entraîne la création de zones résidentielles anarchiques et de bidonvilles, principalement au sud de la capitale. Les services publics fondamentaux ne s'y installent que plusieurs années après. Dès les années 1970, la croissance profite aux communes suburbaines et Madrid perd des habitants. Il faut attendre 1995 pour que la croissance de la population municipale reprenne, principalement grâce à l'immigration étrangère. Ainsi, selon les données officielles du , la population atteint environ d'habitants contre selon le recensement de 2001. En , l'aire urbaine de Madrid, qui s'étale aussi sur la Castille-La Manche et la Castille-et-León, compte environ 7 millions d'habitants et la Communauté, plus de . En 2008, 16,9 % des Madrilènes ne sont pas originaires d'Espagne. Depuis le milieu des années 1990, en effet, la communauté de Madrid, plus encore que le reste du pays, voit arriver des milliers d'immigrants d'Afrique (notamment du Maroc), d'Amérique latine (notamment d'Équateur, de Colombie et de Bolivie), d'Europe de l'Est (notamment de Roumanie et de Bulgarie) et d'Asie (notamment de Chine et du Pakistan). Tableau des résidents étrangers à Madrid en 2015. Lieux d'intérêt. Alonso Martínez. Le quartier s'étend entre la vaste place Colomb, qui honore Christophe Colomb, et la place Alonso Martínez. Il est bordé à l'est par le cours des Récollets et au sud par Chueca. C'est un quartier calme au charme discret, étroitement surveillé car il abrite les plus hautes institutions judiciaires espagnoles (le Tribunal suprême, l'Audience nationale et le Conseil général du pouvoir judiciaire) ainsi que le ministère de l'Intérieur, le siège du Parti populaire, l'Institut français de Madrid. Atocha. Ce quartier doit son nom à l'ancien ermitage d'Atocha, aujourd'hui basilique. Ici se trouve la gare Renfe d'Atocha, qui est la plus ancienne de Madrid et la plus grande d'Espagne. Construite en 1851, elle est célèbre pour son hall, qui abrite un jardin tropical, et, plus tragiquement, pour avoir été le point de convergence des trains de banlieue ("cercanías") frappés par les attentats du 11 mars 2004. Un monument érigé à la mémoire des victimes, prend la forme d'un grand cylindre de verre. En face de la gare, s'élève le Centre d'Art Reina Sofía, musée national d'art contemporain qui abrite des pièces maîtresses de Juan Gris, Joan Miró, Salvador Dalí et Pablo Picasso, dont le fameux "Guernica". AZCA / Nuevos Ministerios. C'est le quartier d'affaires de Madrid, où s'élèvent notamment les tours Picasso et Europa, ainsi que l'immeuble de BBVA. Un grand magasin de la chaîne El Corte Inglés y est présent. Depuis la station de métro "Nuevos Ministerios", la ligne 8 rejoint tous les terminaux de l'aéroport. Chueca. Quartier très animé lors de la Movida madrilène, Chueca avait été déserté dans les années 1980, devenant un repaire d'héroïnomanes. Ayant bénéficié, depuis, de l'évolution urbaine et d'une politique de réhabilitation de la municipalité, Chueca est devenu un quartier branché d'avant-garde, où restaurants, bars et discothèques côtoient les boutiques de mode. C'est aujourd'hui le quartier gay de la ville. Organisé autour de la "plaza Chueca", petite place haute en couleur, il est séparé du quartier voisin de Malasaña par deux rues commerçantes très animées, la "calle de Fuencarral" et la "calle de Hortaleza", bordées de nombreux magasins de jeunes stylistes, d'objets design ou de musique électronique. Las Cortes. Quartier petit mais dense en bâtiments abritant d'importantes institutions, qui fait la jonction entre Sol et le Prado, le long de la "carrera de San Jerómino". Le bâtiment le plus notable est celui du Congrès des députés ("Congreso de los Diputados"). Le musée Thyssen-Bornemisza se situe dans le périmètre, ainsi que la Banque d'Espagne, le Círculo de Bellas Artes, le théâtre de la Zarzuela ou encore le grand hôtel "Palace". Gran Vía. La « grand-rue » est l'avenue la plus importante du centre historique, regroupant actuellement de nombreux centres de services : cinémas, théâtres, hôtels, grands magasins, banques, ainsi que le siège central de Telefónica. En 1886, l'architecte Carlos Velasco Peinado proposa un projet de « Gran Via » à la municipalité, entre la "calle Alcalá" et la place San Marcial, actuelle place d'Espagne. En 1898, la municipalité demanda aux architectes Francisco Andrés Octavio et Jose Lopez Sallavery d'étudier un projet de prolongement de la rue Preciados, approuvé en 1901. Les premiers travaux pour sa construction débutèrent par la pose de la première pierre par le roi Alphonse XIII le , selon un plan d'aménagement de la ville de 1862. Avec ce grand projet d'urbanisme, s'inspirant de New York, s'affirma un style néo-classique madrilène établi par des architectes comme Antonio Palacios, Muguruza et Zuazo. Durant la guerre civile, de nombreux bâtiments furent la cible des bombardements aériens ou de l'artillerie Franquiste et dont les traces de balle sont encore visibles sur de nombreux édifices. Pendant la dictature elle porta le nom d'« avenue José Antonio » en hommage à José Antonio Primo de Rivera, puis elle retrouva son nom originel après la mort de Franco. Lavapiés. Officiellement dénommé "Embajadores", c'était au le quartier juif de Madrid. Aujourd'hui c'est un quartier populaire, accueillant de nombreux immigrés et des restaurants du monde entier. Le mélange cosmopolite attire aussi une population bohème d'artistes et de madrilènes à contre-courant. Les épiceries y proposent des ingrédients de toutes les cuisines du monde. On y trouve aussi de nombreux théâtres, des squats et des centres culturels tels que "la casa encendida" ou la salle de projection de la cinémathèque espagnole, le Cine Doré. Le fragile équilibre interethnique y est menacé par la forte pression spéculative des promoteurs immobiliers et la politique de « dépaupérisation » du centre-ville lancé par la mairie de Madrid. Malgré cela, le quartier continue toujours à souffrir d'une certaine réputation d'insécurité. La Latina. Quartier du centre historique, qui se déplie en petites rues tortueuses au sud de la "plaza Mayor", de part et d'autre de la "calle Mayor". Très fréquentée par les étudiants pour son charme, sa douceur de vivre et ses bars à tapas, la Latina entre en effervescence chaque dimanche matin à l'occasion du Rastro, le marché aux puces de Madrid, dont la tradition remonte à plusieurs siècles. C'est un immense marché en plein air où touristes et Madrilènes s'agglutinent en fin de matinée, autant pour y dénicher d'insolites objets que pour profiter de son ambiance festive. Malasaña. Originellement dénommé "Maravillas", le quartier fut ensuite adopté sous le nom officiel de "Malasaña". Manuela Malasaña était une jeune fille de la "calle de San Andrés", tuée lors du soulèvement du dos de mayo sous l'occupation napoléonienne en 1808. Le quartier est aussi souvent désigné sous le nom de "Tribunal". Lieu incontournable de la vie nocturne madrilène, organisé autour de la "plaza del Dos de Mayo" et de la station de métro Tribunal, Malasaña est un quartier vivant et bigarré, dont les rues étroites abritent d'innombrables bars et discothèques attirant une clientèle jeune et animée, principalement étudiante. Le mouvement de la movida est né dans ces rues et dans des locaux qui existent toujours tels que la "Via Lactea" ou la "Nueva Visión". Salamanca. Ce vaste quartier doit son nom à son promoteur, le marquis de Salamanca, qui le fit ériger ex nihilo au . Aujourd'hui, c'est le quartier huppé de la capitale espagnole, où résident les classes aisées. Il est délimité par le "paseo de la Castellana" (Ouest), la "calle de Joaquín Costa" (nord), la "plaza Manuel Becerra" (est) et le parc du Retiro (sud). La "calle de Goya", la "calle de Velázquez" et la "calle de Serrano" (la rue la plus chère de Madrid) en sont les principales artères. Les larges avenues organisées en damier de Salamanca tranchent avec l'imbroglio de petites rues qui forme les autres quartiers du centre de Madrid et sont bordées d'immeubles résidentiels de haut standing, de palaces et de magasins de luxe. C'est un quartier très élégant où il fait bon flâner et faire des emplettes (à condition d'en avoir les moyens) mais peu animé le soir venu. La résidence officielle de l'ambassadeur de France en Espagne, une magnifique villa du début de , se situe au cœur de Salamanca, à l'intersection de la "calle de Serrano" et de la "calle de María de Molina". Puerta del Sol. La Puerta del Sol est située au centre de la ville et elle en symbolise le cœur. Elle est aussi le point kilométrique zéro des distances à Madrid, elle est au centre géométrique du pays. En 2011, à la suite d'une manifestation le 15 mai à l'appel du mouvement ¡Democracia Real Ya! (Une vraie démocratie, maintenant), de nombreux manifestants ont occupé la place Puerta del Sol pendant plus d'une semaine, nuit et jour. Des dizaines de milliers de personnes s'y réunirent chaque jour, débattant et s'appropriant l'espace public. À la manière de la place Tahrir au Caire lors de la révolution égyptienne de 2011, la est devenue un symbole de la lutte en faveur d'une vraie démocratie lors des manifestations de mai 2011 en Espagne. Musées. Madrid comprend des musées importants, notamment des pinacothèques, qui constituent l'une des principales attractions touristiques de la ville. Le triangle de l'art regroupe trois centres de référence: le musée du Prado, le musée Thyssen-Bornemisza et le musée Reina Sofía. Le musée du Prado est l'un des plus importants musées au monde consacré principalement à la peinture. Cette pinacothèque est qualifiée, à défaut d'être la plus complète, comme la plus riche en raison de l'accumulation de chefs-d'œuvre. Sa collection se concentre sur la peinture antérieure au , en particulier l'espagnole, l'italienne et la flamande. Parmi les chefs-d'œuvre qu'il expose, figurent notamment : "Le Gentilhomme à la main sur la poitrine" de El Greco ; "Les Ménines", "La Reddition de Breda", "Les Fileuses", "La Forge de Vulcain" et "Le Triomphe de Bacchus" par Velázquez ; "La Maja nue", "La Maja vêtue", "La Famille de Charles IV", "Dos de mayo", "Tres de mayo", "Peintures noires" de Goya ; "Les Trois Grâces", "Le Jugement de Pâris", "L'Adoration des mages" de Rubens ; "Autoportrait aux gants", "Adam et Ève" de Dürer ; "La Descente de Croix" de Rogier van der Weyden ; "Le Jardin des délices", "Le Chariot de foin", "Les Sept Péchés capitaux et les Quatre Dernières Étapes humaines" et "La Lithotomie" de Bosch ; Charles Quint à cheval à Mühlberg, "La bacchanale de l'andrios" ("La bacanal de los andrios"), "Offrande à Vénus" ("Ofrenda a Venus"), "Danaé recevant la pluie d'or" du Titien ou "Les toilettes" ("El lavatorio") du Tintoret. Dans la peinture française, figurent des chefs-d'œuvre de Poussin, tels que "Le Triomphe de David" et "Le Parnasse" ; de Claude de Lorraine, un ensemble de paysages remarquables ; trois peintures de Simon Vouet et quatre de Sébastien Bourdon. Le ténébrisme présente des exemples frappants de Georges de La Tour, Nicolas Tournier et Valentin de Boulogne. Les portraits des Bourbons espagnols, tels que Jean Ranc, Louis-Michel van Loo ("La Famille de Philippe V (van Loo)") et Michel-Ange Houasse, ainsi que des Bourbons français, tels que Hyacinthe Rigaud et Antoine-François Callet, sont présents aux côtés de maîtres rococo tels que Watteau et Boucher, de même que les paysagistes Claude Joseph Vernet et Jean Pillement. Outre le chapitre pictural, il possède une remarquable collection de sculptures, d'époques gréco-romaine, de la Renaissance et autres, ainsi que des collections de dessins, d'estampes et d'arts décoratifs. Le Musée Reina Sofía est le musée national d'art contemporain. Ses collections couvrent l'art de la fin du , du et du , avec un accent particulier sur les artistes espagnols. Ainsi, il possède d'importantes collections de Pablo Picasso (avec "Guernica", l'un de ses chefs-d'œuvre), Salvador Dalí ("Le Grand Masturbateur" ("El gran masturbador")), Juan Gris avec dix-neuf peintures ("La bouteille d'anis" ("La botella de anís")) et Joan Miró (("La Maison du palmier" (1918) ("La casa de la palmera"), "Femme et chien devant la lune" (1936) ("Mujer y perro delante de la luna"), ou "Le sourire des ailes flamboyantes" (1953) ("La sonrisa de alas flameantes")). Dans le cour centrale, une de ses sculptures est exposée, Oiseau lunaire (Pájaro lunar) (1966). Les autres artistes représentés sont les surréalistes Francis Picabia, René Magritte, Óscar Domínguez et Yves Tanguy ; les cubistes Georges Braque (Bouteille et fruits, 1911 ("Botella y frutas, 1911") et Cartes à jouer et dés, 1914 ("Naipes y dados, 1914")), Robert Delaunay, Fernand Léger et Albert Gleizes; en plus de Julio González, Yves Klein, Lucio Fontana, Eduardo Chillida, Pablo Palazuelo, Pablo Serrano, Jean Arp, René Magritte, Antoni Tàpies, Francis Bacon, Pablo Gargallo, Alexander Calder, Mark Rothko, José Luis Gutiérrez Solana, Antonio Saura, Diego Rivera, Roberto Matta, Antonio López García, Miquel Barceló et Sam Francis, entre autres. Il abrite également une bibliothèque d'accès gratuit, spécialisée dans l'art, dont les fonds s'élèvent à plus de , sonores et près de . Le musée Thyssen-Bornemisza représente l'une des plus grandes collections d'art privées au monde, acquises pour l'essentiel par l'État espagnol. Ses collections présentent une vue panoramique de l'histoire de l'art, ordonnée par ordre chronologique, de sorte que la visite commence à la Renaissance et se termine au . Au deuxième étage, se situe le cycle du gothique final et de la Renaissance au baroque, en passant par le Quattrocento italien ; avec des auteurs de l'école allemande et flamande, tels que Jan van Eyck, Dürer et Hans Holbein le Jeune, et une galerie consacrée au Titien, au Tintoret, aux Bassano, au Greco, au Bernin et au Caravage, entre autres. Au premier étage, la collection de peintures néerlandaises est présentée, de Frans Hals à Max Beckmann ; avec des échantillons de réalisme, rococo, néoclassicisme, romantisme et mouvements impressionnistes. Le rez-de-chaussée regroupe des œuvres du , allant du cubisme aux toutes premières avant-gardes, en passant par le pop art. Certains chefs-d'œuvre contemporains de Picasso, Piet Mondrian, Marc Chagall et Edward Hopper se démarquent. Il convient de noter que ce musée est le seul en Espagne à présenter un panorama cohérent de tendances picturales telles que l'impressionnisme (Manet (Amazone en face), Renoir (Femme au parapluie dans un jardin, 1875), Monet (Le dégel à Vétheuil, 1881), Degas (Dames à la chapellerie, Danseuse en vert), Camille Pissarro (les paysages La forêt de Marly et rue Saint-Honoré, effet de pluie), Alfred Sisley (La crue de Port-Marly, 1876), Pierre Bonnard (Portrait de Misia Godebska) et Berthe Morisot) ; le postimpressionnisme, qui comprend, entre autres, 4 toiles de Van Gogh et une œuvre de Gauguin, auxquelles il faut ajouter huit peintures et une sculpture rare de cet auteur à la (Collection Carmen Thyssen-Bornesmisza) ; Toulouse-Lautrec auquel Paul Cézanne fait concurrence avec l'importante toile pré-publique (Paysanne assise (1905-06). Le musée présente également des exemples d'autres artistes du début du siècle : Edouard Vuillard, le symboliste Gustave Moreau, Ferdinand Hodler, Lovis Corinth, James Ensor (Le théâtre des masques) et Kees van Dongen. Peut-être Munchles éclipse-t-il (au moins par la gloire actuelle) ; l'expressionnisme allemand avec Ernst Ludwig Kirchner (huit œuvres, soulignant la Calle con buscona vêtue de rouge), Emil Nolde, Max Beckmann (autoportrait à la main levée et Quappi vêtu de rose), Franz Marc, Ludwig Meidner, Karl Schmidt-Rottluff ou Erich Heckel. Une mention spéciale doit être faite des artistes atypiques tels que Wassily Kandinsky, Lyonel Feininger et Egon Schiele. Le dadaiste Kurt Schwitters possède également un bon répertoire ou la peinture romantique européenne. L'échantillon de fauvisme est très petit : Henri Matisse a à peine un exemple mineur (les fleurs jaunes), bien qu'il faille souligner un paysage londonien cité du meilleur stade d'André Derain (le pont de Waterloo, 1906). Ainsi qu'à exposer des œuvres d'auteurs totalement absents des autres collections de l'État, telles que Jan van Eyck, Frans Hals, Piero della Francesca, Vincent van Gogh ou Friedrich. Autres musées : Fontaines. Madrid dispose de nombreuses fontaines, dont quelques-unes photographiées par Alfonso Begué en 1864 : Tours et gratte-ciel. Bien que Madrid n'ait jamais été une ville qui se démarque par ses gratte-ciel, au cours du , en particulier avec la construction de la Gran Vía, les premières ont été construites. Ce n'est qu'en 1953 que le premier gratte-ciel de Madrid se lève, l'Edificio España, et en 1957, il surpasse la Torre de Madrid. Dans les années 1980, les gratte-ciel AZCA, tels que la tour Picasso et la tour de télécommunication de Torrespaña, ont été construits, bien que cela ne soit généralement pas considéré comme un gratte-ciel. Au , la tour Titania (de de haut, érigée sur le site de la tour de Windsor détruite) a été construite à AZCA; et sur le Paseo de la Castellana, a été construit le parc d'activités Cuatro Torres Business Area, un complexe de quatre gratte-ciel de plus de de haut, le plus haut d'Espagne. Éducation. Plusieurs universités sont installées dans la communauté de Madrid. Système de santé. Le système de santé publique de la région de Madrid est le moins bien financé d’Espagne, la santé étant une compétence du gouvernement régional. Du fait du manque de moyens et de personnels, les soignants font état d’une surcharge de travail ingérable tandis que les délais de prise en charge des patients s’allongent. Il faut, en 2022, entre deux et trois semaines pour obtenir un rendez-vous avec un médecin généraliste. En novembre 2022 plusieurs centaines de milliers de personnes défilent pour dénoncer la mauvaise gestion de la présidente de région Isabel Díaz Ayuso et contre sa volonté de poursuivre la privatisation du secteur. Voies de communication et transports. Périphérique intérieur M30. L'Autoroute espagnole M-30 aussi appelée Circunvalación de Madrid est une voie circulaire qui a les caractéristiques autoroutières, excepté au nord de la ville sur l'Avenida de la Ilustracion faisant le tour de la capitale espagnole. D'une longueur de environ, c'est l'autovia la plus chargée d'Espagne avec plus de par jour qui y transitent et jusqu'à sur certains secteurs à l'est de la ville. Transports urbains. Le métro de Madrid offre un réseau dense qui le place en tête des systèmes de transports publics mondiaux. Il est ouvert de à . En parallèle, un réseau de tramway ainsi qu'un réseau de irriguent la ville. Enfin, on retrouve le Cercanías Madrid, qui relie le centre à la périphérie de la capitale espagnole. Restrictions d'accès pour les véhicules polluants. Le , le conseil municipal vote le plan « Madrid central » qui vise à restreindre l'accès au centre-ville pour donner la priorité aux piétons et aux résidents, ainsi qu'aux transports publics et aux véhicules propres. 150 caméras contrôlent les immatriculations des véhicules entrant par les voies d'accès au cœur de la capitale sur 5,2 kilomètres carrés autour de la Puerta del Sol et la Plaza Mayor. Les voitures des habitants du quartier, les véhicules peu polluants (hybrides ou à énergie verte), les services d'urgence ou de livraison, ainsi que les transports publics, taxis et VTC, peuvent librement accéder à la zone. Les places de stationnement en surface sont réservées aux résidents. Les autres véhicules avec éco-vignettes (diesel postérieur à 2006 et essence postérieur à l'année 2000), sont autorisés à entrer, à condition de se diriger vers un parking. La vitesse est limitée à 30 kilomètres heure dans les rues à deux voies. Un an après son application, un rapport de la fédération Transport & Environment salue les résultats de ce plan et estime qu'il a permis de réduire de 32 % les émissions de dioxyde d'azote () entre et . Il s'agit du meilleur taux d'amélioration de la qualité de l'air en Europe. Transports ferroviaires interurbains. La société nationale ferroviaire Renfe dessert toute la péninsule à partir de ses grandes gares ferroviaires : Transports aériens. L'aéroport Adolfo Suárez Madrid-Barajas est situé à 13 km au nord-est de Madrid. Son trafic a été victime de la crise économique en 2008 qui a durement frappé l'Espagne, la fréquentation a chuté de près de 22% entre 2008 et 2013 passant de 50,8 millions à 39,7 millions de passagers. En 2019 l'aéroport a accueilli 61,7 millions de passagers soit une augmentation de 6,6 % par rapport a 2018 L'aéroport est accessible grâce à la ligne 8 du métro de Madrid, le train reliant la gare de Madrid-Chamartín-Clara Campoamor au Terminal 4, en bus et en taxi Économie. Économie de la Renaissance au. À partir du règne de Philippe II la ville est devenue capitale. Pendant de nombreuses années, la ville resta une ville administrative, centralisant les activités de l'État. L'industrialisation est arrivée de façon massive après la guerre civile. Elle a été concentrée dans les domaines de mécanique de précision, électronique, pharmaceutique... Le centralisme étatique favorisa la croissance économique de la ville. De nombreuses entreprises y installèrent leur siège national pendant cette période. Économie de 1992 à 2009. Désindustrialisation urbaine. Récemment, le phénomène de désindustrialisation urbaine a laissé place à des activités tertiaires. Elles ne se limitent plus à l'administration d'État, mais sont surtout financières et liées aux communications (foires, conférences, trafic aéroportuaire). Cette vaste tertiairisation a permis à Madrid d'accéder au rang de métropole financière européenne et . La ville s'est ainsi hissée au des capitales les plus attractives de l'Union européenne, selon Cushman & Wakefield. Le tourisme constitue aussi un pôle économique d'importance. La ville joue sur son image vivante, moderne et attrayante pour captiver un tourisme culturel et festif. La ville de Madrid en 2003 avait un PIB de , représentant 10 % du revenu national. Les secteurs économiques de la ville, le plus important est le secteur tertiaire ou des services, qui représente désormais 85,09 % de l'économie de la ville. Ce secteur comprend les services financiers (31,91 % du total du PIB) et les entreprises (31,84 % du PIB total). Le reste du PIB est fourni par l'industrie (8,96 % du PIB total), le secteur de la construction (5,93 % du PIB total). L'agriculture a un caractère résiduel, de sorte que contribue seulement 0,03 % du total. Centres d'affaires. Madrid est le plus grand centre d'affaires en Espagne: En 2008, 72 % des 2000 plus grandes entreprises en Espagne avaient leur siège à Madrid [83] Et maintenant, 50,1 % des revenus des 5.000 plus grandes entreprises espagnoles sont générés par les sociétés dont le siège est à Madrid, ce qui représente 31,8 % d'entre eux [84]. Son économie est aussi tournée vers l'automobile avec le groupe français PSA, la construction navale (composants), l'agroalimentaire, l'industrie plastique, l'électronique, la télécommunication... Elle concentre 50 % des activités de haute technologie en Espagne (universités, centre de recherches, sièges d'entreprises...). Tourisme durable. C'est une des villes les plus visitées en Europe, derrière Paris et Londres grâce aux nombreuses activités pour les touristes, récréatives et culturelles mais aux foires et expositions : Madrid est le principal organisateur de la foire en Europe, en termes de superficie louée par les exposants. L'IFEMA, qui organise des salons comme FITUR, Madrid Fusion, ARCO, SIMO TCI, le moteur et la Cibeles Madrid Fashion Week. La ville fait partie des destinations sensibles à la thématique du tourisme durable, et figure au classement des 20 villes les plus vertes établié en 2021 par le site spécialisé European Best Destinations à la 15ème place. Alors que l'Espagne en général ne compte plus les manifestations de tourismophobie, Madrid est concernée par la multiplication de pancartes hostiles aux vacanciers, qui ont , sur les Ramblas de Barcelone ou dans certaines rues touristiques des îles Baléares. La très importante industrie touristique locale a estimé qu'il est . Construction. La construction est le secteur le plus dynamique de Madrid, estimé à 8,2 % en 2005. La tendance montre une augmentation de la construction non résidentielle, entraîné par le léger ralentissement de la croissance des prix immobiliers en 2005. Mais le secteur des services menant l'activité économique de Madrid, avec 85 % du total, et occupe les deux tiers de la population active. Les fonctions administratives traditionnelles, pour accueillir l'administration publique centrale, et financières (Madrid est le foyer de nombreuses entreprises qui opèrent en Espagne et en héberge la moitié du capital financier national), ont rejoint celles liées à transport ou de la force de la ligne Madrid-Barajas. En fait, les principaux centres d'emploi et de contribution au PIB de la ville de Madrid, sont du même aéroport et l'IFEMA, le parc des expositions de la ville, avec ses 4,7 millions de visiteurs annuels est la première exposition en Espagne et un des plus importants en Europe. Vie nocturne. La movida, mouvement culturel créatif, est apparue à la suite de la mort de Franco et a contribué à affirmer le caractère festif de la ville. Le mouvement initial fut favorisé par Enrique Tierno Galván, alors maire de Madrid et figure emblématique de la transition démocratique. Depuis l"'operación Luna" cependant, initiative de la municipalité et du gouvernement de la communauté autonome madrilène, les bars doivent fermer à trois heures, et les botellones sont interdits depuis 2002 (même s'ils demeurent toujours), ce qui a définitivement mis fin à la movida madrilène. Les principaux quartiers de la vie nocturne madrilènes sont : Achats. Madrid possède un grand nombre de magasins de mode, que ce soit au centre-ville ou dans les nombreux centres commerciaux, comme Las Rozas village/Heron City Madrid. La chaîne de grands magasins espagnole, El Corte Inglés, est aussi présente partout à Madrid (Preciados, Princesa, Salamanca, Azca...) Les principaux quartiers commerciaux sont : Cuisine madrilène. La cuisine locale est riche en charcuteries et produits consistants et s'apparente à celle de toute la Castille. Elle comprend des plats célèbres : Sports. Le plus célèbre club sportif de la ville de Madrid est le Real Madrid, considéré comme l'un des plus grands clubs omnisports du monde du fait, notamment, que ses sections football et basket-ball sont toutes deux les plus titrées en Championnat d'Europe des clubs. La section football réside au stade Santiago Bernabéu. L'autre célèbre club de football de la ville est l'Atletico de Madrid, résidant depuis au Stade Metropolitano, d'une capacité pour . Madrid fut candidate à l'organisation des Jeux olympiques de la de l'ère moderne en 2012. Le maire José María Álvarez del Manzano fut à l'origine de cette initiative. Alberto Ruiz-Gallardón, son successeur l'a poursuivie, mais les "Jeux de la de l'ère moderne" ont été célébrés à Londres. La ville olympique a été choisie et annoncée lors de la du Comité international olympique (CIO), le à Singapour, Madrid avait été éliminé au troisième tour. Madrid a été candidate aux Jeux olympiques d'été de 2016 qui auront finalement lieu à Rio de Janeiro, au Brésil. Madrid se représente pour organiser les Jeux olympiques d'été de 2020, mais échoue une nouvelle fois, devancée par Istanbul et Tokyo, désignée ville organisatrice. Madrid a été désignée « Capitale Européenne du Sport » pour l'année 2001. Tous les ans, au mois de mai, la capitale espagnole accueille le tournoi de tennis des Masters de Madrid. En 2014, Madrid devient la première ville en Europe à avoir deux clubs en finale de la ligue des champions de football. Cette finale oppose le 24 mai à Lisbonne les clubs de Atlético de Madrid au Real Madrid. En 2016, les deux clubs s'opposaient à nouveau à Milan pour la finale de la Ligue des champions. Culture et patrimoine. Monuments. Période musulmane. Vers le , les seigneurs musulmans de Madrid édifient une muraille défensive dont il subsiste quelques tronçons comme dans le parc Mohammed. Ils font aussi creuser des canaux d'irrigation et de transport des eaux ("qanats"). Période chrétienne médiévale. Entre 1083 et 1085, la ville passe sous contrôle chrétien et voit apparaître ses premières églises. Bon nombre d'entre elles sont par la suite détruites ou reconstruites dans un style différent, à l'image des églises Saint-André et Saint-Nicolas-de-Bari. Au , la tour et la maison des Luján sont édifiées sur l'actuelle place de la Bourgade ("plaza de la Villa"). Héraldique et bannière. Les armoiries de la ville, qui remontent au , montrent un ours brun avec un arbousier, une des légendes voulant que le nom originel de la cité soit "Ursaria" (le « pays des ours » en latin du fait de leur présence en nombre alors dans les forêts avoisinantes). Les sept étoiles présentes autour sur la partie bleue, qui représente le ciel symbolisent la Grande Ourse. Enfin, la couronne, dernier élément qui a été ajouté au blason en 1544, est le symbole de la monarchie. Le drapeau de Madrid présente un fond cramoisi orné en son centre des armoiries de la ville. Relations internationales. Jumelages. Liste des accords ("acuerdos") de jumelage: Liste des minutes ("actas") de jumelage: Union des Villes Capitales Ibéro-américaines. Madrid est membre de l'Union des Villes Capitales Ibéro-américaines qui a établi des relations fraternelles avec les villes suivantes par la publication d'une déclaration collective en :
Macintosh (, ) ou Mac est une série de différentes familles d'ordinateurs personnels conçus, développés et vendus par Apple. Le premier Macintosh est lancé le (il a été renommé Macintosh 128K dès le lancement du Macintosh 512K). Il constitue le premier succès commercial pour un ordinateur utilisant une souris et une interface graphique (au lieu d'une interface en ligne de commande). Le Macintosh remplace l'Apple II comme principal produit d'Apple. Cependant les parts de marché d'Apple baissent, avant un renouveau des Macintosh en 1998, avec la sortie de l'ordinateur grand public tout-en-un iMac G3, qui permet à Apple d'échapper à une probable faillite et marque un succès pour la firme. En 2021, les Macintosh visent principalement les marchés des professions artistiques, de l'éducation et des particuliers, avec les modèles suivants : Le principe de production des Mac repose sur un modèle d'intégration verticale : Apple se charge de la conception de ses machines et de certains de leurs composants et des logiciels de base en pré-installant son propre système d'exploitation sur tous les Mac. Ceci contraste avec la plupart des ordinateurs vendus avec des systèmes d'exploitation différents, pour lesquels plusieurs constructeurs se chargent de créer du matériel conçu pour utiliser le système d'exploitation d'une autre entreprise. Entre 1984 et 1994, les Macintosh fonctionnaient avec des processeurs de la famille 68000 de Motorola, avant d'utiliser entre 1994 et 2006 des processeurs PowerPC de l'Alliance AIM. En 2006, les Mac migrent vers les processeurs x86 d'Intel. Fin 2020 est annoncé le passage de tous les Mac à la puce Apple M1 (première puce Apple Silicon pour Mac) pour 2022. Les Mac ayant actuellement déjà migré vers M1 sont le MacBook Air, le MacBook Pro 13", le Mac mini et l’iMac 24 pouces qui, fin avril, s’offre aussi la puce M1 et par la même occasion une cure de jeunesse en adoptant un nouveau design Pour faire fonctionner son ordinateur Mac, Apple a développé une famille de systèmes d'exploitation spécifiques. Basés sur une interface utilisateur graphique, ils sont connus sous le nom de Système (versions de 1 à 7), avant de devenir Mac OS (7.6, 8, 9 et 10). À l'aube des années 2000, cette lignée est remplacée par Mac OS X, développé à partir de NeXTSTEP, rebaptisé OS X en 2012 puis macOS en 2016. Sur les Macintosh à microprocesseur Intel, il est possible d'installer des systèmes d'exploitation comme Microsoft Windows, Linux, FreeBSD ou bien d'autres. Avec les processeurs PowerPC ou même 68k, il était cependant déjà possible d'installer des systèmes d'exploitation UNIX tournant sous ces plates-formes matérielles. Histoire. De 1979 à 1984 : le développement. Le projet Macintosh débute à la fin des années 1970. Jef Raskin, employé d'Apple depuis 1978, avait dans l'idée de créer un ordinateur simple d'utilisation et peu cher et donc accessible aux consommateurs moyens. Il présente son idée à Mike Markkula, l'un des trois fondateurs d'Apple Computer, en . Celui-ci lui donne son feu vert en pour embaucher quelques personnes et monter une équipe au sein d'Apple, projet qui porte le nom de "Macintosh", du nom de la pomme préférée de Raskin, la McIntosh. Il faut cependant modifier pour des raisons légales l'orthographe du nom, trop proche de McIntosh Laboratory, constructeur de matériel Hi-Fi. Raskin rassemble toutes les idées récoltées pour cet ordinateur dans un recueil qu'il nomme "(Le Livre du Macintosh)". À la recherche d'un ingénieur pour monter un prototype de la machine, Raskin engage, sur recommandation de Bill Atkinson du projet Apple Lisa, Burrell Smith, qui, selon Atkinson, faisait un travail remarquable dans le département maintenance de l'Apple II. Au fil des années, il rassemble une grande équipe spécialisée dans le développement du Macintosh et de ses logiciels. Aux côtés de Raskin et Smith, on retrouve Atkinson, Chris Espinosa, Joanna Hoffman, George Crow, Bruce Horn, Jerry Manock, Susan Kare, Andy Hertzfeld et Daniel Kottke. Raskin était contre l'utilisation de deux éléments qui se sont avérés décisifs pour le succès du Macintosh : le microprocesseur Motorola 68000 et la souris. Il voulait utiliser un microprocesseur Motorola 6809, moins cher mais aussi moins performant car ne pouvant adresser plus de , ce qui l'aurait rendu rapidement limité. À la souris, Raskin préférait des touches du clavier affectées au pointage. Bud Tribble, à la tête de l'équipe des développeurs du Macintosh, intéressé par l'évolution que prenaient les programmes du Lisa, demande à Burrell Smith d'essayer d'incorporer le du Lisa dans le Macintosh tout en essayant de maintenir les coûts le plus bas possible. Smith relève ce défi en , en concevant un circuit imprimé embarquant le 68000, tout en portant de 5 à 8 mégahertz (MHz) sa fréquence. Le circuit comporte moins de puces de mémoire vive, ce qui permet de le rendre moins onéreux. Le modèle final, sorti en 1984, dispose de de mémoire morte et de mémoire vive constituée de 16 puces de . L'écran de est monochrome et affiche . Fin 1980, Michael Scott, CEO d'Apple Computer à l'époque, procède à une restructuration de l'entreprise. Steve Jobs est alors contraint de quitter le projet Lisa. Envoyé par Scott pour représenter l'entreprise à son introduction en bourse le , il ne convainc pas comme manager. C'est alors qu'il se tourne vers le projet Macintosh de Jef Raskin. Il y voit une revanche à son exclusion du projet Lisa. Jobs et Raskin ont à plusieurs reprises été en conflit. La souris fut un des sujets de discorde : Raskin ne voulait pas de la souris, Jobs au contraire ne voyait pas le Macintosh sans souris. Steve Jobs sortit vainqueur de la confrontation, puisque la souris a bien fait son apparition chez Apple avec le Macintosh. Ces confrontations répétées et le grand ego des deux personnages ont mené au départ de Jef Raskin du projet Macintosh et d'Apple Computer, officiellement le , presque deux ans avant le lancement officiel du Macintosh en . Selon Andy Hertzfeld, le , tel que le connaît le public aujourd'hui, n'a plus grand-chose à voir avec l'ordinateur qu'avait imaginé initialement Jef Raskin dans son . Il affirme aussi dans "Revolution in The Valley: The Insanely Great Story of How the Mac Was Made", co-écrit avec Steve Capps, que Steve Jobs souhaitait engager Jean-Michel Folon, pour créer un personnage représentatif de la marque, "Mr. Macintosh". 1984 : le lancement. Le lancement du premier Macintosh est accompagné d'une vaste campagne de publicité. Sa présentation à la presse en est suivie par une brochure de 18 pages publiée dans divers magazines en . Deux jours avant son lancement officiel, Apple fait diffuser le spot "1984" réalisé par Ridley Scott, au début du troisième quart temps, à la première coupure publicitaire après la mi-temps du Super Bowl XVIII. Ce spot dépeint un futur dystopique où le monde est dirigé par un , monde inspiré par le roman "1984" de George Orwell. Une athlète inconnue, incarnant le Macintosh (illustré par la présence du logo « Picasso » du Macintosh), vient libérer à l'aide de son marteau le monde de sa conformité et de , représentant IBM. Lors de la présentation du spot en 1983, Steve Jobs met en rapport le Big brother d'Orwell et la tentative d'IBM (selon Jobs) de dominer l'industrie informatique. Le Lisa 2 et le Macintosh sont lancés le . Pour mettre en valeur la nouvelle interface en attendant l'arrivée des premières applications tierces, ce dernier est livré avec les applications MacPaint et MacWrite. Ce jour-là, Apple tient au Flint Center au De Anza College son assemblée générale des actionnaires. Steve Jobs y présente pour la première fois le Macintosh, et on y voit l'ordinateur dessiner sur son écran (« Macintosh, follement génial »), ainsi que raconter une blague à l'aide de son synthétiseur vocal intégré. Les réactions qui suivent le lancement du Macintosh sont globalement positives. Sa facilité d'utilisation, son interface graphique, son prix relativement bas sont appréciés. Pour John J. Anderson du magazine Creative Computing par exemple, le Macintosh représente une avancée importante autant du côté matériel que du côté logiciel. Cependant, la machine n'est pas sans défaut. Anderson, comme beaucoup d'autres, notent un manque de mémoire vive, d'évolutivité (pas de port d'extension par exemple). Comme la machine est incompatible avec les autres systèmes, peu de logiciels sont disponibles. En , Microsoft porte Multiplan de MS-DOS vers le Macintosh, suivi par Microsoft Word en . La même année, Lotus Software lance Lotus Jazz après le succès de Lotus 1-2-3 sur l'IBM PC ; c'est cependant un échec. De son côté, Apple lance Macintosh Office avec la publicité "Lemmings" diffusée lors de la Super Bowl XIX. Contrairement à "1984", celle-ci est un échec car elle est perçue comme insultante envers les acheteurs potentiels. Apple fait évoluer son Macintosh en . Les modèles initiaux, qui ne disposent que de de mémoire vive et renommés pour cette raison Macintosh 128K, sont rejoints par les Macintosh 512K équipés, comme leur nom l'indique, de de mémoire vive. De 1985 à 1989 : l'ère de la publication assistée par ordinateur. La combinaison du Macintosh, de l'imprimante LaserWriter d'Apple – dotée d'un interpréteur pour le langage de description de page PostScript d'Adobe – et des logiciels spécifiques tels que MacPublisher, puis surtout Aldus PageMaker, permet aux utilisateurs de composer, préparer et visualiser directement des documents destinés à l'impression, sans devoir recourir aux onéreuses stations de travail spécialisées utilisées à cette époque. Cette activité est désormais connue sous le nom de "desktop publishing" ou publication assistée par ordinateur (PAO). Tout d'abord uniquement possible sur les Macintosh, la PAO est ensuite étendue aux autres ordinateurs personnels. Par la suite, des logiciels comme Macromedia FreeHand, QuarkXPress, Adobe Photoshop et Adobe Illustrator renforcent la position du Mac comme machine d'infographie et permettent d'étendre le marché de la PAO. Afin d'augmenter la connectivité de ses Mac, Apple lance le , le Macintosh Plus. Vendu, à son lancement, , il dispose, entre autres, d'un 1 mébioctet de mémoire vive extensible à et de l'interface SCSI. Cette dernière, révolutionnaire à l'époque, permet de relier jusqu'à sept périphériques, tels que des disques durs et des scanners, à l'ordinateur. Le Mac Plus est un succès immédiat et reste en vente jusqu'en sans que sa configuration ne soit modifiée. Avec et , il est le Macintosh resté en vente le plus longtemps. Malgré le lancement du Macintosh et sa place qui devient de plus en plus importante, Apple continue à faire évoluer sa famille , avec les lancements de l' en , de l' en et de l'Apple IIGS, premier ordinateur Apple avec une interface graphique en couleurs, en . En , sont lancés le Macintosh II et le Macintosh SE. Ils sont tous les deux équipés de l'Apple Desktop Bus (ADB) apparu avec l'Apple IIGS, utilisé pour connecter le clavier et la souris. Le Macintosh SE (SE pour « ») est le premier Macintosh Classic à disposer d'un port d'extension interne. Le Macintosh II marque un plus grand virage pour les Macintosh. Pour la première fois, un Macintosh adopte une architecture ouverte, avec plusieurs connecteurs d'extension et un design plus modulaire, proche de celui de l'IBM PC. Il pouvait accueillir un disque dur et deux lecteurs de disquettes 800K. Le Macintosh II est le premier de la série dont le processeur dépasse la fréquence initiale de , avec l'utilisation d'un Motorola 68020 cadencé à . L'évolution n'est pas seulement matérielle, mais aussi logicielle. L'une des principales innovations est Color QuickDraw présent dans la ROM. Cette bibliothèque graphique apporte la couleur, la gestion de la profondeur des couleurs, de la définition d'écran et d'écrans multiples. En , Apple lance le , qui permet de développer directement des logiciels pour le Macintosh, sur le Macintosh, au lieu de les développer à partir des Lisa avec le Lisa Workshop. En , lors de la Macworld Expo à Boston, Apple dévoile HyperCard et MultiFinder. Ce dernier est livré avec le Système 5 en et apporte le multitâche coopératif. Le Motorola 68030 fait son apparition avec les Macintosh IIx en . Il apporte un certain nombre d'améliorations par rapport à son prédécesseur le 68020, dont une unité de gestion mémoire embarquée. En sort le Macintosh SE/30, équipé d'un 68030 à , et en mars de la même année, le Macintosh IIcx, plus compact mais aussi avec moins de connecteurs. En septembre, Apple lance le Macintosh Portable, équipé d'un cadencé à et d'un écran à matrice active. Il s'agit de la première tentative de la firme de faire un Macintosh transportable et alimenté par une batterie. Au même moment, Apple lance Macintosh IIci, avec un processeur cadencé à . Il était le premier Macintosh à comporter une ROM dite (propre) supportant nativement plus de de mémoire vive, contrairement à ses prédécesseurs qui utilisaient une ROM dite (sale) qui contenait encore des blocs de code en 24 bits. Le Portable et le IIci sont les premiers Macintosh à utiliser des composants montés en surface. L'année suivante, en , arrive le Macintosh IIfx sur le marché à un tarif de . En plus de son 68030 cadencé à , il comporte une architecture interne améliorée utilisant de la mémoire vive plus rapide. Deux 6502 sont utilisés pour le traitement des entrées-sorties. De 1990 à 1998 : le déclin d'Apple. Microsoft Windows 3.0, sorti en , se rapproche visiblement du système des Macintosh tant en performances qu’en fonctionnalités. Les PC étaient, à l'époque déjà, des plates-formes alternatives et moins chères que le Macintosh. Apple, après avoir lancé le Macintosh IIfx, à l'époque le Macintosh le plus cher jamais vendu par la société, se lance sur le marché de l'entrée de gamme avec des machines abordables. Ainsi la firme lance trois nouvelles machines en : Ces trois machines se vendent bien, mais les marges d'Apple sur ces Macintosh sont plus faibles que sur les modèles antérieurs. 1991 voit la sortie de Système 7, une version réécrite en 32 bits du système Macintosh qui apporte des améliorations au niveau graphique (support du Truecolor), de l'adressage mémoire, des réseaux et de la gestion du multitâche (optionnel sous Système 6). En octobre de cette même année, sont lancés le Macintosh Classic II, le Macintosh LC II ainsi que deux nouvelles familles d'ordinateurs : les Macintosh Quadra, avec les modèles 700 et 900, qui occupent le haut de gamme d'Apple, et les PowerBook (100, 140 et 170), plus proches des ordinateurs portables actuels que le Macintosh Portable qu'ils remplacent. Conçus par Sony pour Apple, ils apportent quelques nouveautés qui deviennent standard par la suite, comme la position du clavier sous l'écran, laissant de la place pour un trackball et des repose-poignets. En 1992, afin de s'ouvrir un peu plus au grand public, Apple lance la gamme Performa, constituée de Macintosh déjà existants mais rebadgés pour l'occasion à destination des familles et du monde de l'éducation. Contrairement aux autres Mac, ils ne sont pas vendus par des revendeurs agréés et sont livrés avec des logiciels comme Claris Works afin d'être immédiatement opérationnels. Les PowerBook Duo, lancés à la fin de cette même année, premiers ultraportables d'Apple, peuvent être placés sur une station d'accueil afin d'en faire des ordinateurs de bureau avec toute la connectique correspondante. Cette famille d'ordinateurs reste en vente jusqu'en 1997 tout en évoluant avec le temps. En 1993, dans l'optique d'une ouverture vers un marché encore plus large, Apple lance les Macintosh Centris, placés entre les Performa et les Quadra, comme leur nom l'indique, au centre des gammes d'Apple. Ces derniers sont réintégrés moins de neuf mois plus tard à la gamme Quadra. 1994 voit l'arrivée de deux innovations majeures : l'apparition des pavés tactiles remplaçant les trackballs, avec le lancement de la des PowerBook, et l'abandon de de Motorola, remplacée par l'architecture PowerPC RISC conçue par l'alliance AIM formée par Apple, IBM et Motorola en 1991. Cette nouvelle famille de processeurs donne lieu à une nouvelle famille de Macintosh, les Power Macintosh, nom plus tard abrégé en Power Mac. En , après moins d'un an de production, Apple annonce en avoir vendu un million, montrant un relatif succès de ces machines. Cependant, en dépit de ses efforts, la part de marché d'Apple s’érode plus en plus au profit des compatibles PC basés sur des microprocesseurs d'Intel et le système Microsoft Windows. Cette tendance s'amplifie avec la sortie de nouveaux Pentium et celle de Windows 95. Ces derniers améliorent les capacités multimédia des PC et rapproche de plus en plus l'interface Windows du Système Mac. En réponse à cela, Apple lance un programme de licence de son système d'exploitation, permettant ainsi à d'autres entreprises de vendre leurs propres ordinateurs équipés du Système 7. Ces machines sont connues sous le nom de « clones ». Ces clones étaient censés faire gagner au système des parts de marchés, objectif qui n'est finalement pas atteint car les parts de marché des clones grignotent principalement celles du Macintosh d'Apple. En 1997, à la suite du retour de Steve Jobs chez Apple, la version 7.7 du système est renommée Mac OS 8, en lieu et place du défunt projet Copland. Apple n'ayant licencié que le Système 7 aux constructeurs tiers, cela permet à la firme de mettre fin à la commercialisation des clones. Pour célébrer les d'Apple, la firme sort en Twentieth Anniversary Macintosh, produit à . Il a la particularité d'être équipé d'un écran plat similaire à ceux trouvés à l'époque sur les PowerBook, une première pour Apple sur un ordinateur de bureau. De 1998 à 2006 : le renouveau. En 1998, après le retour de Steve Jobs à la tête de la société, Apple lance un nouvel ordinateur tout-en-un, l'iMac. L'écran et l'unité centrale s'y trouvent rassemblés dans un même boîtier en plastique transparent teint en Bleu bondi d'abord puis, plus tard, en d'autres couleurs. En plus de se démarquer des autres Macintosh par son design, il marque l'abandon des connecteurs ADB et SCSI, remplacés par deux ports USB. Le lecteur de disquette interne disparaît lui aussi, laissant le support de média amovible au lecteur de CD. De sa mise en vente, le , jusqu'à la fin de l'année, Apple en vend plus de . Ces ventes, ajoutés à celle des Power Macintosh G3, permettent à Apple de produire pour la première fois depuis 1995 des bénéfices. En 1999, l'aspect blanc et bleu du boîtier est appliqué au Power Mac G3 et à un nouveau venu, l'iBook, le premier ordinateur portable d'Apple destiné au grand public. Tel l'iMac, l'année précédente, l'iBook est un succès, devenant l'ordinateur portable le plus vendu aux États-Unis au dernier trimestre de 1999. Lors de cette même année, Apple commence à équiper ses machines du processeur PowerPC G4 avec la sortie des premières versions du Power Mac G4. Après avoir utilisé de nombreuses couleurs sur les iMac et les iBook, Apple opte pour le polycarbonate blanc pour ses machines grand public. Ainsi, le nouvel iBook sorti en 2001, l'iMac G4 et l'eMac, sortis tous les deux en 2002, arborent des boîtiers blancs, tandis que pour ses machines destinées aux professionnels, la firme à la pomme opte pour des boîtiers en métal : titane puis aluminium pour les PowerBook G4, et aluminium pour les Xserve. Le Power PC G4, laisse ensuite sa place au PowerPC G5 à partir de 2003, où il fait son entrée dans le Power Macintosh G5, puis dans l'iMac en 2004. Trop énergivore et dégageant trop de chaleur, Le G5 ne sera jamais intégré par Apple dans ses ordinateurs portables. En , Apple annonce son Mac mini, le Macintosh le moins cher jamais vendu par la firme, disponible à sa sortie pour /. Après la sortie de , le système a continué d'évoluer jusqu'à sa dernière version, la 9.2.2. Parmi les améliorations apportées se trouve le support du système de fichiers HFS+ dans la , la restriction aux processeurs PowerPC dans la et l'apparition du nano-kernel dans la . Le projet Copland ayant été abandonné, Apple avait racheté, en , NeXT pour faire du système d'exploitation NeXTSTEP la base du nouveau système d'exploitation des Macintosh, Mac OS X. Ce dernier est fondé sur le micro-noyau Mach implanté dans le noyau XNU, tous les deux utilisés par NeXTSTEP, et améliorés à partir du code issu de BSD pour être inclus dans le cœur de , Darwin. La première version bêta publique sort en . Vendue , elle permet d'avoir un aperçu du nouveau système et de pouvoir rapporter les bugs rencontrés. La première version de , 10.0 (nom de code ), est quant à elle disponible à partir du . Elle contient l'environnement "Classic", qui permet de faire fonctionner les applications conçues pour les versions antérieures de Mac OS. Par la suite, Apple publie des mises à jour majeures pour son système d'exploitation : 10.1 ' (), 10.2 ' (), 10.3 ' (), 10.4 ' (), 10.5 ' (), 10.6 ' (), 10.7 ' (), 10.8 ' (), 10.9 ' (), 10.10 ' (), 10.11 ' (), 10.12 ' (), 10.13 " (), 10.14 Mojave (), 10.15 Catalina () et la dernière en date 11.0 Big Sur (). De 2006 à 2020 : l'ère Intel. Mi-2005, lors de la ", Steve Jobs annonce qu'Apple met fin à l'utilisation de processeurs PowerPC dans ses ordinateurs, au profit de processeurs Intel. Il ajoute que le système a été développé dès le début dans l'optique de fonctionner tant sur les architectures x86 que PowerPC. Les premiers Mac à être équipés de processeurs Intel sont l'iMac, le Mac mini et les MacBook Pro. Le tout nouveau MacBook suit, puis le Mac Pro et, en dernier, les Xserve. En passant aux processeurs Intel, Apple remplace le préfixe « Power » des noms de ses machines destinés aux professionnels (Power Mac, PowerBook) par le qualificatif « Pro » (Mac Pro, MacBook Pro). Les ordinateurs portables deviennent tous des MacBook, nom qui sera ensuite décliné en fonction des modèles. Dès lors et jusqu'en 2020, tous les ordinateurs vendus par Apple utilisent des processeurs x86 conçus et fabriqués par Intel. Ils sont quelquefois appelés Macintel, sur le modèle du terme Wintel utilisé pour désigner les compatibles PC utilisant des processeurs Intel et le système d’exploitation Windows de Microsoft. Par l'intermédiaire de l'émulateur Rosetta, il est possible d'utiliser des applications PowerPC sur un Macintel, mais à une vitesse inférieure à celle des applications natives. L'environnement « "Classic" » n'est cependant pas pris en charge par les Macintel et « " ». L'utilisation de la même architecture de processeur que les PC permet de faire fonctionner un système Microsoft Windows sans l'aide d'un émulateur, tel que Virtual PC. En , un groupe de hackeurs est parvenu à faire fonctionner Windows XP sur un Macintel avec un outil qu'ils ont ensuite mis à disposition sur leur site. Le mois suivant, Apple annonce la sortie de la bêta publique de ", un utilitaire qui permet aux possesseurs de Mac intel d'installer Windows XP sur leurs machines. Les versions suivantes ont ajouté le support de Windows Vista et la correction de bugs, jusqu'à la sortie de la première version finale, intégrée au système . Alors que le Macintosh était depuis la fin des années 1980 la principale source de revenus d'Apple, la diversification des produits avec les lancements de l'iPod, l'iPhone puis de l'iPad, a vu la part de chiffre d'affaires générée par les Macintosh diminuer, passant sous les 50 % en 2007, pour ne représenter en 2010 plus que 30 %. L'iPhone et les applications étant devenues la première source de revenus pour Apple. Depuis 2020 : l'ère Apple Silicon. Le , Apple a annoncé son intention de faire passer ses ordinateurs Macintosh de processeurs Intel à des processeurs Apple, nommés Apple Silicon, basés sur une architecture ARM. La première puce de cette génération, la puce Apple M1, est présentée le 10 novembre 2020, en même temps que les nouveaux MacBook Pro, MacBook Air et Mac mini qui sont donc basés sur cette puce. Le 20 avril 2021, dans la keynote "Spring loaded" (printemps chargé), Apple annonce un nouvel iMac et un iPad Pro basés sur cette puce. En octobre 2021, de nouveaux MacBook Pro avec puces M1 Pro et M1 Max sont annoncés. Ils apportent un redesign, plus épais. Des ports sont rajoutés, réclamés par les utilisateurs, tels que le port de carte SD, HDMI ou encore MagSafe. Ces ports avaient été abandonnés en 2015 au profit de l'USB-C par apple dans son nouveau MacBook, pour pouvoir créer des design plus fins et parce que les designers d'Apple pensaient, tout comme pour le lecteur de disquette dans l'iMac originel, que ces ports devenaient inutiles et qu'il serait mieux de forcer l'unification d'utilisation des ports. Une autre nouveauté est l'ajout d'un écran Super Retina XDR ProMotion, ce qui permet d'avoir un plus bel écran mais surtout d'obtenir le 120 Hz adaptatif sur un Mac, jusqu'ici réservé à l'iPad et à l'iPhone. Les nouvelles puces M1 Pro et M1 Max permettent des performances très correctes par rapport au monde des PC, surtout en termes de GPU, tout en permettant un temps d'utilisation sur batterie très long (jusqu'à 21h sur le MacBook Pro 16"). Ces nouveaux MacBook Pro, disponibles en 14" ou 16" sont très avantageux pour le relatif prix bas. De plus, lors de l'évènement "Peak Performance" (performance optimale) Apple présente une nouvelle puce, la M1 "Ultra". Il s'agit en fait de deux puces M1 Max liées par une technologie propriétaire d'Apple : "UltraFusion". Cela permet d'en doubler les coeurs de CPU, de GPU et de Machine Learning mais aussi de doubler la RAM. Cette puce n'a actuellement (avril 2022) qu'une seule implémentation, le Mac Studio. Dans sa version la plus haute gamme, cette nouvelle gamme de Macintosh, en inclut une. Cet ordinateur est tourné autour de cette puce. Il reste simple et composé d'une alimentation, d'un SoC et d'un refroidissement qui prend plus de la moitié du volume. Il s'agirait de la dernière puce M de première génération. Les choix précurseurs. Il fut souvent analysé les choix brutaux pour l'utilisateur mais qui à terme donnèrent la tendance. Tels la suppression du lecteur CD, la réduction de la connectique au strict minimum, l'abandon progressif du disque dur au profit d'ordinateurs intégralement en mémoire flash et l'inclusion de puce à architecture ARM. Matériel et logiciel. Contrairement à IBM, qui a autorisé Microsoft à proposer MS-DOS à des tiers permettant l'apparition des Compatibles PC, Apple contrôle le matériel et les logiciels. Matériel. Bien que la conception des Macintosh relève directement d'Apple, leur montage est sous-traité auprès d'OEM asiatiques tels qu'Asus, Foxconn et . Le processeur utilisé par les Macintosh était, pendant plus de , un élément qui les distinguait des compatibles PC. Ces derniers ont toujours utilisé des processeurs Intel de la famille x86, du nom du jeu d'instructions introduit sur l'. Pour leur part, les Macintosh ont utilisé successivement des processeurs , puis des PowerPC, et depuis 2006 des processeurs identiques à ceux utilisés par les PC. Autre particularité qui distinguait les Macintosh des PC, les souris qui les équipaient ont toujours eu un seul bouton, alors que les souris destinées aux autres plates-formes étaient dotées de deux boutons, voire plus. Il a fallu attendre la sortie de pour que les Mac supportent les souris à plus d'un bouton et la sortie, en 2005, de la " pour voir apparaître une molette et le « clic droit », rendu possible, malgré la présence d'un seul bouton physique, par une détection tactile. Au fil des années, les Macintosh ont intégré les évolutions technologiques traduites, par exemple, par l'apparition ou la disparition d'interfaces. Ainsi, du côté des cartes d'extension, les Macintosh ont connu les NuBus ou les PDS dans la fin des années 1980 et le début des années 1990, puis le PCI, remplacé ensuite par le PCI Express. Les claviers et souris ont connu d'abord la solution maison ADB, avant d'utiliser l'USB dès son apparition sur l'iMac G3. Néanmoins, dès 1999, Apple tenta d'imposer l'interface qui succède à ADB, le FireWire. Mais la concurrence avec l' d'Intel, ainsi qu'un problème de paiement de licence, font que l'interface est délaissée par les périphériques numériques, avant qu'Apple la retire lors des révisions des Mac dans les années 2010. Apple s'associa ensuite avec Intel pour le Thunderbolt. Malgré l'évolution des technologies utilisées, certaines sont adoptées bien après être devenues des standards sur PC, tels le lecteur de carte SD ou la connectique HDMI. D'autres technologies, comme le disque Blu-ray ou l'interface eSATA, bien que présentes sur de nombreux PC, restent absentes des Macintosh. Comparés aux PC, à puissance similaire et composants similaires, les Macintosh sont considérés comme plus chers. Ce phénomène est parfois appelé « taxe Apple », en particulier par Microsoft dans ses publicités " (« je suis un PC »). Bien qu'elle ne soit pas une taxe en tant que telle, la différence de prix peut atteindre plusieurs centaines d'euros. Parmi les arguments mis en avant pour expliquer cette différence se trouvent la qualité du système d'exploitation et du service après-vente, ainsi que le design très élaboré des machines. Le remplacement de certains composants par d'autres plus véloces, souvent appelé , est considéré comme plus difficile sur les Macintosh car les pièces en question y sont souvent moins accessibles. À titre d'exemple, seule la mémoire vive et la carte AirPort peuvent être remplacées sur les iMac (à l'exception de la première génération d'iMac G3). Des machines comme les Power Macintosh ou les Mac Pro, dont l'unité centrale est une tour, possèdent des composants accessibles une fois les baies ouvertes, et il est ainsi possible de remplacer facilement des composants comme le disque dur, les cartes graphiques et d'extension et la mémoire vive. Depuis 2015, sur les MacBooks l'utilisation d'un modèle de clavier spécifique (dit à papillon) provoque des dysfonctionnements (touches coincées, inactives, ou caractères qui se répètent). En 2016, Apple change le mécanisme, mais le problème perdure et en , les utilisateurs continuent de se plaindre de ces problèmes de clavier. Certains Macbooks connaissent aussi des problèmes d'écran. Selon Kyle Wiens, cité par le média technologique "", la fiabilité des Macbooks chute depuis 2012"." Logiciel. macOS : le système d'exploitation. Le Macintosh 128K est le premier ordinateur personnel utilisant une interface graphique abordable à rencontrer le succès. L'utilisation de la métaphore du bureau tend à copier le monde réel. Des dossiers, des fichiers et une corbeille sont présents sur l'écran sous forme d'icônes affichées sur un bureau. En 1997, avec la version 7.6, le système est renommé Mac OS. Il continue son évolution jusqu'à sa dernière mise à jour en 2001 avec la version 9.2.2. Cette même année, Apple le remplace en lançant Mac OS X, basé sur NeXTSTEP et Darwin. Parmi les nouveautés apportées se trouvent l'interface Aqua et le dock. La compatibilité des logiciels avec les Macintosh lors des phases de transition d'architecture matérielle est gérée par le système d'exploitation par le biais de l'émulation. Ainsi, lors du passage de vers les PowerPC, , inclus dans les versions PowerPC de Mac OS, permettait d'utiliser des programmes 68k. Il en est de même lors du passage des processeurs PowerPC vers les processeurs x86 d'Intel avec Rosetta, inclus depuis Tiger dans le système d'exploitation, qui permet d'utiliser les applications PowerPC sur un Macintel. De même, l'architecture de Mac OS X étant différente de celle des Mac OS « classic », il a fallu faire appel à l'émulateur Classic inclus dans Mac OS X, des versions 10.0 à 10.4, afin de faire fonctionner d'anciennes applications sur ce nouveau système. Présenté par Apple comme plus sûr que Windows, Mac OS X n'est pas pour autant exempt de problèmes de sécurité. Il est la cible de virus, chevaux de Troie et autres logiciels malveillants. Des vulnérabilités lui sont connues, souvent montrées par des preuves de concept. Elles sont de manière générale corrigées à travers des mises à jour proposés soit par Apple, soit par des éditeurs tiers lorsqu'ils sont responsables des failles introduites par leurs logiciels. Bien qu'Apple conseille d'utiliser un logiciel antivirus, la rareté des virus et autres logiciels malveillants sur la plate-forme peut permettre de s'en dispenser, chose peu indiquée sous Windows. Une piste avancée pour expliquer cette rareté est la faible part de marché occupée par les Mac, rendant moins intéressant le développement d'un virus pour Mac plutôt que pour Windows car ce dernier touche un parc de machines plus large. Avec la version 10.9, Mac OS X a été renommé OS X. Depuis la version 10.12, OS X est devenu macOS, dans un souci d’uniformisation du nom des systèmes d'exploitation d’Apple (iOS, tvOS, watchOS). Fin 2020, sort la version 11, macOS Big Sur. Autres logiciels. En plus du système d'exploitation, les Macintosh sont livrés avec une série de logiciels maison préinstallés tels que la suite multimédia iLife, le lecteur de messagerie Mail et le navigateur web Safari. Initialement, Mac OS était le seul système utilisable sur un Macintosh. Le Macintosh démarrait la boîte à outils Macintosh, soit directement, soit grâce à l'Old World ROM, puis démarrait directement Mac OS, rendant impossible le démarrage d'un autre système. La solution principale de contournement, qui fut utilisée même par Apple pour A/UX, consistait à démarrer sur Mac OS puis, grâce à un chargeur d'amorçage, de démarrer le système souhaité. Cela fut nécessaire jusqu'à l'arrivée de l'Open Firmware. Aujourd'hui, les Macintosh sont capables de démarrer directement à partir de l'Open Firmware ou de l'Extensible Firmware Interface, s'ouvrant ainsi aux alternatives à Mac OS X sur Macintosh. Avec le passage à l'architecture Intel x86, le Macintosh a vu l'émergence de nouveaux logiciels de virtualisation, tels que VMware Fusion, Parallels Desktop ou VirtualBox. Ceux-ci permettent de faire tourner Microsoft Windows ou d'autres systèmes d'exploitation tout en restant sous Mac OS X et ce, presque à la vitesse maximale, en évitant une émulation matérielle coûteuse en ressources. De son côté, Apple fournit le logiciel Boot camp avec Mac OS X. Ce dernier permet d'installer facilement Windows XP, Windows Vista ou Windows 7 sur un Macintosh en fournissant les pilotes nécessaires au bon fonctionnement de la machine. Il est aussi possible d'installer une distribution Linux avec Boot Camp ; les pilotes ne sont cependant pas inclus : c'est donc à l'utilisateur de trouver ceux dont il a besoin pour sa machine. L'inverse, installer Mac OS X sur un ordinateur non-Macintosh, n'est normalement pas possible et, de surcroît, est interdit par le Contrat de Licence Utilisateur Final du logiciel. Des initiatives, tel que OSx86, rendent cette installation partiellement possible. Ces ordinateurs sont souvent dénommés Hackintosh, mot-valise issu des mots Hack et Macintosh. En raison de l'incompatibilité des logiciels destinés à Windows avec Mac OS X, le catalogue de logiciels disponibles est plus restreint. Néanmoins, les principaux logiciels sont multiplate-forme ; ainsi, il existe des versions pour Mac OS X de Microsoft Office, Mozilla Firefox, des logiciels d'Adobe, etc. Du fait que le système soit de type Unix et de son héritage de FreeBSD, de nombreuses applications destinées à Linux ou Unix peuvent fonctionner sous Mac OS X, souvent par l'intermédiaire de X11. Ventes et parts de marché. Sur le marché des ordinateurs, Apple a souvent représenté un marché de niche. Alors que a atteint, au meilleur de sa forme, plus de 15 % de parts de marché, le Macintosh est longtemps resté sous la barre des 10 %. Lors de son lancement en 1984, le Macintosh occupait 6 % des ventes d'ordinateurs personnels, le plaçant derrière le , les PC-DOS et les . Les mauvaises ventes de l'année 1985, conséquence de l'absence de nouveaux modèles, ne permettent pas au Macintosh de gagner des parts de marché. En 1986, l'arrivée du Macintosh Plus permet de légèrement inverser la tendance, mais les parts de marché n'atteignent alors plus que 4,2 %. Cette même année, les Compatible PC atteignent pour la première fois la barre des 50 % des ordinateurs personnels vendus. Depuis, ils n'ont jamais quitté cette position dominante sur le marché. À la fin des années 1980, les PC continuent à gagner des parts de marché, essentiellement au détriment des concurrents du Macintosh — principalement en devenant la référence pour les jeux vidéo en lieu et place de l'Amiga —, ce qui permet aux Macintosh d'occuper la deuxième place sur le marché des ordinateurs personnels. En 1991, les parts de marché des Macintosh passent de 5 ou 6 % à plus de 11 %. Ceci coïncide d'un côté avec une baisse des ventes de PC, résultat d'un manque de nouveauté, et, du côté du Macintosh, avec l'arrivée du , des Macintosh plus abordables avec les LC et Classic, et des Macintosh aux performances en forte hausse avec l'arrivée des Quadra. En 1993, les parts de marché du Macintosh atteignent un sommet avec 13 %. Le bonheur des uns faisant le malheur des autres, les autres concurrents du PC disparaissent quasiment du paysage des ordinateurs personnels, laissant les Macintosh et les PC seuls sur le marché. À partir de 1994, Apple perd des parts de marché au profit des PC, et ce jusqu'en 1999, et l'arrivée de l'iMac. En effet, et bien que les ventes de Macintosh soient en hausse, avec d'unités vendues en 1995, un record pour la firme à la pomme à l'époque, l'explosion du marché à partir de cette année avec l'arrivée de profite bien plus aux PC. Ainsi, les parts de marché, mais aussi les ventes, sont en baisse du côté d'Apple, pour atteindre d'unités vendues en 1998, contre presque de PC vendus la même année. En 1999, et grâce au succès de l’iMac, les ventes de Macintosh s'améliorent légèrement, pour se stabiliser à 2,7 % de parts de marché, avec d'unités vendus. Le gain de parts de marché fait son retour l'année suivante, avec de machines vendues, soit 3,3 % des ordinateurs personnels vendus. Cependant, la reprise est de courte durée. En 2001, avec l'arrivée de Windows XP et malgré la sortie de Mac OS X, les ventes diminuent, atteignant 2 %, soit un peu plus de d'unités vendues en 2004, laissant la plate-forme PC, essentiellement équipée de Windows, dominer le marché, et ce malgré les alternatives que sont Linux ou AmigaOS. Marketing et publicité. Pour accompagner le lancement de ses différents Macintosh, Apple a fait appel de manière récurrente à la publicité. Dans les années 1970 et le début des années 1980, les publicités couvrant le domaine informatique visaient presque exclusivement un public d'initiés ( entre autres), des entreprises, les États et les universités. À l'instar d'IBM avec son PC, Apple fait la promotion de son premier Macintosh auprès du grand public à travers une campagne d'envergure avec, entre autres, la diffusion du spot publicitaire 1984 lors du Super Bowl XVIII, le plus grand évènement télévisuel aux États-Unis, avec plus de de téléspectateurs cette année-là. Après le succès de 1984, Apple recommence l'année suivante avec Lemmings, une publicité pour son Macintosh Office qui échoue, car elle est ressentie comme offensant les acheteurs potentiels. Le Macintosh ne retourne sur les écrans du Super Bowl qu'en 1999, avec l'annonce d'Hal à Dave que les Macintosh n'ont pas subi le bug de l'an 2000. En plus de ces spots évènementiels, Apple utilise de la publicité plus conventionnelle dans la presse, par exemple pour le Macintosh Plus, les Performa, les Quadra ou même les PowerBook. Ces derniers sont l'objet d'une campagne dans les journaux et à la télévision, avec le slogan . Lors de la sortie de , Apple répond par une campagne de dénigrement du système de Microsoft. Une publicité d'Apple dans la presse disait , fonction présente sur Macintosh depuis sa sortie plus tôt. Un spot télévisuel est diffusé dans la même lignée : un conférencier est confronté à l'impossibilité de lancer sa présentation sous . Des individus du public lui suggèrent alors des lignes de code peu compréhensibles. Une voix off indique que si l'on cherche un ordinateur simple d'utilisation, il n'existe qu'une solution. À ce moment on entend une voix venant du public crier « Achetez un Macintosh ! » En 1997, peu après le retour de Steve Jobs à la tête de l'entreprise, Apple lance la campagne , censée redorer son blason, terni par le déclin qu'a connu la firme au milieu des . Accompagné d'un spot publicitaire, d'affichages urbains et de publicités dans la presse, la campagne est un succès, le spot rapportant même le premier Emmy Award consacré à une publicité en 1998. devient le slogan d'Apple jusqu'en 2002, année où la campagne Switch lui succède. Cette dernière met en scène de simples utilisateurs qui ont « "switché" » (« sont passés ») sur un Macintosh et qui racontent leurs déboires avec leur PC. Depuis 2006, Apple fait la promotion de ses Macintosh à travers la campagne Get a Mac. Ces publicités mettent en scène les personnages « Mac » et « PC », des personnifications des machines utilisant respectivement Mac OS X et Windows. À travers une petite discussion entre les deux protagonistes, les avantages du Macintosh sont mis en avant et les défauts de son concurrent (Windows) sont mis en exergue. En plus de la publicité conventionnelle, Apple organise des conférences pour faire la présentation et la promotion de ses nouveaux produits, dont les Macintosh. Ces conférences sont organisées soit dans le cadre de salons tels que les Macworld Conference & Expo, les Apple Expo ou les Worldwide Developers Conference, soit lors de simples conférences de presse souvent appelées . Les , souvent tenues par Steve Jobs depuis son retour à la tête de la firme (et ce, jusqu'à sa mort le ), se tiennent devant un public restreint (quelques dizaines de journalistes lors de Special Events sur le campus Apple, plusieurs centaines de personnes lors des évènements plus larges) et sont par la suite diffusées sur Internet. Impact et influences. Une large communauté s'est rapidement formée autour du Macintosh dès son apparition, certains se rassemblant sous forme de groupes d'utilisateurs (tel que le Berkeley Macintosh Users Group fondé en 1984). Des salons sont organisés pour la communauté en commençant par la Macworld Expo, dont la première édition a lieu à San Francisco en 1985. Ces évènements ne sont pas limités aux États-Unis, puisqu'on en retrouve de similaires à Londres avec la MacExpo, à Paris avec l'Apple Expo, à Tokyo avec d'autres Macworld Expo. De même, une presse spécialisée, puis, avec l'avènement d'Internet, des sites web consacrés au Macintosh se sont développés. Souvent d'abord limitée aux Macintosh, leur ligne éditoriale s'est étendue avec la diversification d'Apple, notamment avec la sortie de l'iPod et de l'iPhone. Le Macintosh a aussi inspiré les créateurs de séries d'animation ; c'est le cas par exemple de "Futurama" et des "Simpson", toutes deux créées par Matt Groening, où les ordinateurs qui apparaissent dans plusieurs épisodes s'inspirent grandement de certains modèles de Macintosh. Apparu avec l'Apple III, la touche pomme, devenue par la suite touche de commande, permet d'accéder à un certain nombre de raccourci clavier, tel que + pour quitter une application. L'animateur de télévision Thierry Ardisson clôturait son émission "Rive droite / Rive gauche" en disant « Pomme-Q ». De même, le quatrième album du chanteur français Calogero porte le nom de "Pomme C", la chanson de même nom débute sur la phrase "", empruntée à Vicky du synthétiseur vocal de Mac OS X.
Macintosh 68k Les Macintosh 68k sont les Macintosh basés sur un microprocesseur de la famille Motorola 68000. Ce sont les premiers Macintosh vendus de 1984 à 1995. Ils furent remplacés par les Power Macintosh à base de microprocesseurs PowerPC à partir de 1994. Le premier Macintosh 68k est le Macintosh 128K, et le dernier est le PowerBook 190. Le plus puissant est le Macintosh Quadra 840AV, doté d'un Motorola 68040 à 40 MHz, et sorti le à un prix de .
Mercure Le nom propre Mercure (du latin ', le dieu ou la planète) et, par antonomase, le nom commun mercure, prennent différentes significations selon le contexte. Anthroponyme. Prénom. Mercure est un prénom masculin, notamment porté par :
Mulholland Drive (film) est un film à énigme néo-noir américano-français écrit et réalisé par David Lynch et sorti en 2001. Il raconte l’histoire de Betty Elms (Naomi Watts), aspirante actrice fraîchement arrivée à Los Angeles, qui se lie d’amitié avec une femme amnésique (Laura Harring) rescapée d’un accident grâce auquel elle a échappé à un meurtre. Le récit expose d’autres faits sans liens apparents, qui finissent par se connecter de diverses manières, tandis que des scènes et des images surréalistes s’ajoutent à la narration mystérieuse. Le film, à l’origine destiné à être un pilote de série télévisée, est en grande partie tourné en 1999, Lynch ayant alors la volonté de laisser la fin ouverte dans l’éventualité d’une série. Cependant, après le visionnage de la version, les responsables de l’audiovisuel le rejettent. Lynch dote alors le projet d’une fin le transformant en long métrage. Le résultat, hybride entre pilote et long métrage, couplé au style si particulier de Lynch, laisse le sens général des événements dépeints dans l’œuvre sujet à interprétation. Le public, les critiques et même l’équipe de tournage en sont réduits à spéculer sur la signification du film après le refus du réalisateur de définir ses intentions sur son récit. Lynch s’en tient à résumer son œuvre comme . Classé dans le genre des thrillers psychologiques, est salué par de nombreux critiques et offre à son réalisateur le prix de la mise en scène au festival de Cannes 2001 ; Lynch est également nommé pour l’Oscar du meilleur réalisateur lors de la cérémonie de l’année suivante. Ce film propulse les carrières de Naomi Watts et de Laura Harring alors qu’il marque la fin de celle d’Ann Miller, l’actrice y interprétant son dernier rôle. est régulièrement considéré comme l’un des meilleurs films de David Lynch aux côtés d’"Eraserhead" (1977) et de "Blue Velvet" (1986). En 2012, la revue britannique "Sight & Sound" réalise un sondage réunissant plusieurs centaines de critiques au cours duquel est cité parmi les plus grands films de l’histoire du cinéma. En France, les "Cahiers du cinéma" l’élisent meilleur film de la décennie 2000. Le critique du "New York Times", A. O. Scott, qualifie l’œuvre de . Synopsis. Présentation générale. Une nuit, à Hollywood, une jeune femme, Rita (Laura Harring), devient amnésique à la suite d’un accident de voiture sur la route de . Elle fait ensuite la rencontre de Betty (Naomi Watts), un jeune espoir de Hollywood qui vient d’arriver à Los Angeles. Ensemble, elles vont chercher des réponses à leurs interrogations dans une aventure onirique, entre rêve et réalité. Résumé détaillé. Avant même l’apparition du générique, le film débute par une scène onirique représentant des jeunes gens dansant le swing sur un fond mauve ; une femme (Naomi Watts), accompagnée d’un couple âgé, s’avance pour recevoir les applaudissements. Un lit aux draps rouges d’où sort une respiration haletante est aperçu. Un nom de rue apparait : Mullholland Drive. Une limousine conduit en pleine nuit une mystérieuse femme aux cheveux noirs (Laura Harring) mais s’arrête avant d’atteindre sa destination : ses chauffeurs menacent la passagère avec une arme quand une autre voiture, conduite par des jeunes gens ivres, les percute violemment. Seule rescapée de l’accident, la femme, devenue amnésique, erre sur la route sinueuse, par et à Hollywood ; cette route domine l’agglomération éclairée de Los Angeles. Elle s’étend sous les buissons d’une villa. Sur les lieux de l’accident, les enquêteurs trouvent une boucle d’oreille ; elle leur donne à penser qu’une passagère s’est enfuie vers la ville. À l’aube, celle-ci se glisse dans l’appartement qu’une femme rousse plus âgée s’apprêtait à quitter. Dans un , nom d’une chaîne de restauration rapide, Dan (interprété par Patrick Fischler) raconte à son ami le cauchemar composé d’un horrible personnage derrière le bâtiment. Quand ils examinent les lieux, le personnage apparaît et Dan s’évanouit d’effroi. Alors que la femme aux cheveux noirs dort, plusieurs appels téléphoniques énigmatiques sont entendus, suggérant que quelqu’un est à sa recherche. Betty Elms (personnage interprété par Naomi Watts), venue de Deep River au Canada, débarque à l’aéroport de Los Angeles : elle souhaite devenir actrice et bavarde avec un couple âgé rencontrés dans l’avion ; ce trio est celui aperçu à la fin de la séquence d’ouverture. Betty arrive à la villa Havenhurst où loge sa tante Ruth, actrice partie en tournage au Canada. Elle est accueillie par la propriétaire, Coco (Ann Miller), qui lui laisse les clés de l’appartement. C’est dans cet appartement que la femme aux cheveux noirs s’est réfugiée après l’accident ; la découvrant nue dans la douche, Betty suppose qu’elle s’y est installée avec l’accord de sa tante. La femme brune, l’esprit confus et ne se souvenant plus de son véritable nom, choisit celui de « Rita » après qu’elle aperçoit une affiche du film "Gilda", dans lequel joue Rita Hayworth. Dans les bureaux d’un producteur de cinéma, deux hommes d’affaires mafieux font pression pour qu’un réalisateur hollywoodien du nom d’Adam Kesher (interprété par Justin Theroux) embauche leur protégée pour tenir le rôle-titre du film : c’est une actrice inconnue appelée Camilla Rhodes (personnage interprété par Melissa George). Le réalisateur refuse. Après avoir quitté la salle de réunion, il fracasse le véhicule des gangsters avec un club de golf puis s’enfuit. Alors qu’il est au volant, il reçoit un appel de sa secrétaire qui l’informe que Ray, son directeur de production, a licencié toute son équipe. Elle le supplie de se rendre au bureau pour régler la situation, mais Adam préfère finalement rentrer chez lui. Une fois arrivé, il découvre que sa femme est au lit avec le nettoyeur de la piscine, un nommé Gene (interprété par Billy Ray Cyrus). Sous le coup de la colère, Adam s’empare d’un pot de peinture rose et le verse sur les bijoux de sa femme ; elle se met à le frapper et il la plaque au mur. Gene, plus fort que lui, le jette hors de sa maison. Peu après, des hommes de main envoyés par les mafieux surgissent et, prenant Gene pour Adam, le passent à tabac ainsi que la femme. Réfugié à l’hôtel, Adam apprend peu après que sa banque a fermé son compte ; il est par conséquent ruiné. Sur conseil de son agent, il accepte de rencontrer un mystérieux personnage appelé Le Cowboy : celui-ci l’exhorte à embaucher Camilla Rhodes pour son propre bien. Dans un autre bureau du centre-ville, Joe Messing (interprété par Mark Pellegrino), un tueur à gages maladroit, tue l’homme visé mais abat aussi une femme qui se trouvait dans un bureau voisin, puis un homme de ménage qui fait irruption, déclenchant le signal d’alarme à incendie. Le tueur s’enfuit en emportant un carnet avec une liste de numéros de téléphone. Pour aider Rita à recouvrer la mémoire, Betty lui suggère de chercher une pièce d’identité dans son sac à main : elles y trouvent une somme de plusieurs milliers de dollars et une étrange clef bleue. Afin d’en savoir plus sur l’accident de Rita, elles se rendent au restaurant où une serveuse du nom de Diane prend leur commande ; cela déclenche chez Rita le souvenir du nom de « Diane Selwyn ». Après une recherche dans l’annuaire téléphonique, elles appellent la seule femme qui porte ce nom, mais personne ne décroche. Rita aide Betty à répéter la scène d’essai qu’elle doit jouer devant les producteurs. Elle l’interprète de façon maladroite, en victime mélodramatique, et a l’impression de courir à l’échec. Cependant, lorsqu’elle est devant les producteurs, elle retourne complètement sa prestation et en fait, avec une totale assurance, une scène violente et érotique. Les producteurs, éblouis, l’engagent aussitôt. Un agent l’emmène voir le plateau du film que réalise Adam : "L’histoire de Sylvia North". C’est au tour de Camilla Rhodes de passer l’audition pour le rôle-titre du film, Adam annonce : . Presque immédiatement après avoir engagé Camilla, Adam se retourne et regarde fixement Betty. Les deux se regardent comme envoûtés, mais Betty s’enfuit avant de rencontrer Adam en expliquant qu’elle avait promis de retrouver quelqu’un. Elle rentre à la villa et s’entend avec Rita pour partir à la recherche de Diane Selwyn. Betty et Rita arrivent à l’appartement présumé de Diane Selwyn et questionnent une voisine. Cette dernière leur dit que celle-ci a disparu depuis quelques jours et qu’elle doit passer récupérer des affaires laissées chez Diane. Les deux amies frappent à la porte de Diane, sans succès, puis pénètrent dans l’appartement par une fenêtre qui n’était pas verrouillée. Dans la chambre, elles découvrent le cadavre d’une femme morte depuis plusieurs jours. Terrifiées, elles retournent à la villa et Betty coiffe Rita d’une perruque blonde. Cette nuit-là, Betty invite Rita à partager le lit avec elle au lieu de dormir sur le canapé. Rita se met au lit, nue, et après quelques instants, les femmes se retrouvent à faire l’amour. Betty dit à Rita qu’elle l’aime. Rita réveille Betty à deux heures du matin en parlant espagnol ; elle insiste pour que toutes deux se rendent à une salle de spectacle, à l’atmosphère inquiétante, du nom de Club Silencio. Sur scène, un homme explique dans un mélange de langues que tout n’est qu’illusion. Son spectacle est suivi de celui d’une femme (Rebekah Del Rio) qui chante le titre "Crying" de Roy Orbison en espagnol et . Alors qu’elle paraissait chanter de tout son cœur, elle s’évanouit mais le chant se poursuit : il s’agit de . Betty ouvre son sac à main et en sort une boîte bleue dont la serrure semble correspondre à la clef de Rita. De retour à l’appartement, Rita retrouve la clef mais Betty a disparu. Elle se décide à déverrouiller la boîte qui tombe à terre. Ruth entre à ce moment, cherche la provenance du bruit mais ne voit personne. Le Cowboy se montre à la porte de la chambre de Diane Selwyn, lui intimant de se réveiller. Diane Selwyn (interprétée par Naomi Watts) se réveille dans son lit. Enfilant un peignoir sale, elle se rend dans la pièce principale pour répondre. C’est la même voisine que Betty et Rita ont rencontrée, toujours impatiente de récupérer le reste de ses affaires dans l’appartement de Diane. La voisine rassemble ses affaires ; elle mentionne, en sortant, le passage de deux détectives, toujours à sa recherche. À ce moment-là, Diane remarque une clef de couleur bleue, sur sa table basse. Elle voit ensuite Camilla Rhodes (jouée par Harring) dans la cuisine, ravie, puis réalise son état d’hallucination. Diane se rend alors sur le plateau du film où Adam dirige Camilla. Celui-ci profite d’une scène pour embrasser Camilla devant Diane, bouleversée. Invitée par Camilla, Diane se rend à une fête organisée chez Adam, sur Mulholland Drive. La limousine qui la conduit s’arrête avant d’atteindre la maison (à l’endroit de l’accident du début du film). Camilla apparaît dans les buissons et lui fait emprunter un raccourci à travers le jardin. Adam semble amoureux de Camilla. Au cours du repas, Diane explique être venue à Hollywood après le décès de sa tante qui y travaillait, avec l’argent de son héritage ; elle dit aussi avoir rencontré Camilla lors d’une audition pour "L’Histoire de Sylvia North" dont le réalisateur est Bob Brooker. Une autre femme (jouée par Melissa George) embrasse Camilla : toutes deux se retournent vers Diane et lui sourient. Adam et Camilla s’apprêtent à faire une annonce importante (leur mariage), mais ils n’y parviennent pas et s’éparpillent en rires et baisers ; Diane les observe en pleurant. Diane rencontre le tueur à gages au restaurant : elle lui donne une photo grand format de Camilla et une importante somme d’argent. La serveuse chargée de la table porte un badge au nom de Betty. Le tueur à gages explique à Diane que, une fois le travail fait, elle trouvera une clef bleue. Diane lui demande ce qu’ouvrirait cette clef, le tueur à gages se contente d’éclater de rire. En levant les yeux, Diane remarque Dan : il se tient debout au comptoir. Derrière le restaurant, un sans-abri, est montré en possession de la boîte bleue. La clef bleue posée sur la table en face d’elle, Diane est terrorisée par des hallucinations montrant le couple de personnes âgées. Elle court jusqu’à son lit en hurlant puis se tire une balle dans la tête. Le visage du sans-abri apparaît alors dans la chambre. Dans la scène finale, une femme auparavant aperçue au club murmure . Production. Genèse et développement. Conçu à l’origine pour être une série télévisée, doit initialement prendre la forme d’un pilote de produit pour Touchstone Television et distribué sur le réseau du groupe ABC. Tony Krantz, l’agent qui était responsable du développement de "Twin Peaks", est à l’idée de faire une autre série télévisée. David Lynch vend le projet aux cadres du groupe en s’appuyant uniquement sur un scénario dans lequel Rita survit à un accident de voiture, elle possède en liquide dans son sac à main et une clef bleue ; le personnage de Betty tente de l’aider à découvrir qui elle est. Un cadre d’ABC se souvient : . Lynch montre à ABC un premier montage du pilote. La personne qui l’a vu, selon Lynch, le regarde à six heures du matin, prend un café et se lève. Il déteste le pilote et ABC l’annule immédiatement. Pierre Edleman, l’ami parisien de Lynch, lui rend visite et commence à lui parler de la possibilité de faire du film un long métrage. Edleman retourne à Paris. Canal+ souhaite donner de l’argent à Lynch pour en faire un long métrage et les négociations durent un an. Lynch dépeint l’attrait qu’exerce l’idée d’un pilote, malgré la connaissance des contraintes du médium télévisuel : . Le scénario comprend des éléments profondément ancrés dans le monde réel et d’autres appartenant au genre fantastique ; c’était déjà le cas dans la précédente série de Lynch, "Twin Peaks". Un travail préparatoire est finalement lancé pour l’élaboration d’arcs narratifs comme le mystère de l’identité de Rita, la carrière de Betty et le projet de film d’Adam Kesher. L’actrice Sherilyn Fenn déclare dans un entretien que l’idée originale de est venue au cours du développement d’une série dérivée dédiée à son personnage d’Audrey Horne issu de la série "Twin Peaks". Distribution des rôles. Lynch sélectionne Naomi Watts et Laura Harring grâce à des photographies d’elles. Il les invite séparément à venir effectuer des entretiens d’une demi-heure et leur explique qu’il n’a vu aucun de leurs précédents travaux au cinéma ou à la télévision. Alors qu’elle se rend à cet entretien, Harring est impliquée dans un accident sans conséquence, elle y voit un caractère fatidique en apprenant plus tard que son personnage lui-même serait impliqué dans un accident de voiture dans le film. Lors du premier entretien, Watts portait un jean et était arrivée par avion de New York : Lynch lui demande de revenir le lendemain en . Deux semaines plus tard, il lui propose le rôle. Lynch a expliqué le choix de cette actrice : Justin Theroux rencontre également Lynch à sa descente d’avion. Après un long vol et sans avoir beaucoup dormi, Theroux se présente vêtu de noir et avec les cheveux en désordre. Lynch apprécie cette apparence et décide de conserver des vêtements similaires et la même coiffure pour le personnage d’Adam. Le jeune acteur refuse un rôle dans la série télévisée "Wasteland" et choisit plutôt le projet de Lynch. Au total, la directrice de casting Johanna Ray attribue cinquante rôles parlants rien que pour le pilote. Tournage. Le tournage pour le pilote s’effectue à Los Angeles et dure six semaines à partir de . Mais les producteurs ne sont finalement pas satisfaits du résultat obtenu et décident de ne pas programmer sa diffusion. Parmi les objections figurent le scénario non linéaire, Naomi Watts et Laura Harring sont considérées comme trop vieilles, le fait que le personnage d’Ann Miller fume n’est pas apprécié, enfin des excréments de chien filmés en gros plan achèvent de dissuader les producteurs d’accepter le projet. Lynch se rappelle : . Après l’abandon du projet par ABC, Pierre Edelman de la société française Studiocanal rencontre Lynch et lui demande s’il peut visionner la cassette du pilote. Celui-ci est d’abord réticent, mais accepte finalement. Edelman revient voir Lynch et se dit prêt à en faire un long métrage. Après de nombreuses tractations étalées sur une année et « des tonnes de fax », les droits sont obtenus par Studiocanal. Le studio français finance alors le film à hauteur de sept millions de dollars. Ce choix d’une production française à travers Studiocanal et Alain Sarde pourrait également refléter la volonté du réalisateur de s’éloigner du système hollywoodien. Le script est réécrit et détaillé afin de se conformer aux exigences d’un long métrage. Du passage d’un pilote à fin ouverte vers un film demandant la résolution des trames, Lynch dit : . Le résultat consiste en dix-huit nouvelles pages de script qui comprennent la relation amoureuse entre Betty et Rita ainsi que les événements se déroulant après l’ouverture de la boîte bleue. Watts exprime son soulagement de l’abandon du projet par ABC : elle trouvait le personnage de Betty unidimensionnel sans la partie plus sombre du film qui fut ajoutée par la suite. Le réalisateur considère lui aussi qu’ABC a eu un rôle majeur en refusant le pilote, il s’agissait selon lui d’une étape nécessaire. La reprise du tournage est difficile : beaucoup de décors, de costumes et d’accessoires ont été égarés, Lynch doit également faire face à une panne d’inspiration. Cependant, les problèmes rencontrés entraînent l’apparition d’idées inédites qui n’auraient peut-être jamais vu le jour autrement. Les nouvelles scènes, d’une longueur cumulée de , sont tournées en . Theroux déclare avoir abordé le tournage sans comprendre entièrement de quoi retournait l’intrigue : . Theroux affirme que la seule réponse que Lynch lui a donnée concernant le personnage de réalisateur hollywoodien est qu’il n’entretenait pas de lien autobiographique avec Lynch. Watts déclare avoir essayé de flouer Lynch en lui faisant croire qu’elle avait résolu l’intrigue, et que lui-même se délectait de la frustration des acteurs. , déclare Laura Harring au sujet du tournage de la scène de sexe entre les personnages d’elle et Watts. . Bande originale. La bande originale de est supervisée par Angelo Badalamenti ; ce dernier a déjà travaillé avec Lynch à plusieurs reprises : au cinéma, ils collaborent sur les films "Blue Velvet", "Sailor et Lula", "Twin Peaks", "Lost Highway" et "Une histoire vraie" ; Badalamenti réalise également la bande originale de plusieurs projets télévisuels de Lynch. La collaboration entre Lynch et Badalamenti est qualifiée de « tandem », comparable à ceux formés par Nino Rota et Federico Fellini, Bernard Herrmann et Alfred Hitchcock, ou bien Sergueï Prokofiev et Sergueï Eisenstein. Sur "AllMusic", la critique Heather Phares considère que cette bande originale est meilleure que celle de "Lost Highway". Grâce à son travail sur , Badalamenti est nommé pour différents prix. L’American Film Institute, lors de sa remise de prix, le place parmi les quatre compositeurs de l’année ; il est également nommé au BAFTA de la meilleure musique de film. Badalamenti effectue par ailleurs un caméo au cours du film dans le rôle de Luigi Castigliane, gangster aux goûts très affirmés en matière d’expresso. Les critiques remarquent que la partition inquiétante de Badalamenti, qualifiée comme , contribue à l’impression de mystère, alors que s’ouvre le film sur la limousine de la femme aux cheveux noirs. Cela contraste avec les sonorités éclatantes et pleines d’espoir jouées lors de l’arrivée de Betty à Los Angeles : la composition . Daniel Schweiger, journaliste spécialiste des musiques de film, observe que la participation de Badalamenti à la bande originale alterne entre , où . Badalamenti décrit un procédé particulier de design sonore appliqué à ce film : il fournit à Lynch des pistes à tempo lent de dix à douze minutes de long qu’ils appellent ; Lynch . Dans "Télérama", Louis Guichard compare la bande originale à une . David Lynch fait figurer deux chansons des années 1960, l’une après l’autre ; elles sont jouées alors que deux actrices auditionnent en effectuant du playback. Selon Mark Mazullo, après analyse de la musique employée dans les films de Lynch, les personnages féminins de ses différentes œuvres sont souvent incapables de communiquer à travers les canaux habituels et sont réduits au playback, ou bien sont étouffés dans leur communication. Le titre ' de Connie Stevens est joué alors que la caméra effectue un plan panoramique vers l’arrière et révèle ainsi plusieurs illusions ; la reprise de la chanson ' par Linda Scott est entendue lors de l’audition de la première Camilla Rhodes ; le spécialiste du cinéma Eric Gans considère que cette chanson symbolise la prise d’autonomie de la jeune actrice. À l’origine composé par Jerome Kern pour être chanté en duo, ce second morceau interprété par Linda Scott prend une connotation homosexuelle dans le film selon Gans. Contrairement à ', des parties de ' sont déformées pour suggérer de Camilla. Au moment où la chanson est jouée, Betty vient d’entrer dans le studio d’enregistrement où Adam auditionne des actrices pour son film. Elle voit Adam, lui fait les yeux doux et s’enfuit brusquement après qu’Adam déclare à propos de Camilla, évitant ainsi son inévitable rejet. Au cours de la scène se déroulant en pleine nuit dans l’étrange théâtre Club Silencio, un acteur déclare : ; l’acteur parle tour à tour anglais, espagnol et français dans la version originale mais seulement en espagnol et en français dans la version française. L’interprétation a cappella et en espagnol de (qui devient "") par Rebekah Del Rio est qualifiée de ; cette interprétation est . Lynch avait souhaité utiliser la version de "Crying" par Roy Orbison pour "Blue Velvet", il avait cependant changé d’avis après avoir écouté le titre "In Dreams" du même artiste. Del Rio, qui a popularisé la reprise en espagnol et qui a reçu son premier contrat d’enregistrement grâce à cette chanson, explique que Lynch s’est déplacé à Nashville où elle vivait ; elle a chanté ce morceau pour lui sans savoir qu’il l’enregistrait. Lynch lui crée alors un rôle dans le film et emprunte la version qu’elle avait chantée à Nashville. La chanson est utilisée lors de la scène du club, Betty et Rita l’écoutent envoûtées et en larmes, peu avant que leur idylle ne prenne fin et soit remplacée par la relation difficile entre Diane et Camilla. Selon un spécialiste du cinéma, la chanson et l’ensemble de la scène de théâtre marquent la désintégration des personnalités de Betty et de Rita, ainsi que de leur relation. Avec l’utilisation de plusieurs langues et d’une chanson pour dépeindre des émotions aussi primaires, un critique de cinéma affirme que Lynch affiche sa méfiance à l’égard du discours intellectuel et choisit de transmettre son message par les images et les sons. L’effet désorientant de la musique, qui joue alors que del Rio n’est plus là, est décrit comme . L’album CD sort en sur le label américain Milan Records. Accueil. Sortie du film et box-office. Le film est présenté en avant-première au Festival de Cannes 2001 au sein de la sélection officielle ; il y reçoit un accueil très favorable. Lynch reçoit le prix de la mise en scène à égalité avec Joel Coen pour "The Barber". La sortie nationale a lieu le aux États-Unis : le film est projeté dans lors du premier week-end d’exploitation, puis dans au cours de la semaine suivante. Au Canada, la sortie a lieu le , le en France et le en Belgique. En Amérique du Nord, le film est vu par plus de aux États-Unis et par environ au Québec ; en Europe, les meilleurs résultats sont effectués en France où il attire plus de . rapporte finalement au box-office mondial pour un budget estimé à . Accueil critique. Depuis sa sortie, a selon les universitaires Jay Lentzner et Donald Ross. Sur le site d’agrégation de critiques Rotten Tomatoes, le film obtient un taux d’approbation de 84 % sur la base de , avec une note moyenne de 7,7/10. Le consensus critique du site indique que . Sur Metacritic, le film obtient une note moyenne pondérée de sur la base de , ce qui indique une « acclamation universelle ». De nombreux critiques saluent le film : Roger Ebert du "Chicago Sun-Times", qui avait jusque-là proposé des avis mitigés ou négatifs sur les précédents films de Lynch, donne quatre étoiles sur quatre à . Il écrit : . En , Ebert place dans sa liste de "". Dans le "New York Times", Stephen Holden dit que le film . Il ajoute que l’œuvre, quand elle est observée avec légèreté, présente une facette de mais qu’approchée avec plus de gravité elle devient une . Dans le "San Francisco Chronicle", Edward Guthmann évoque un film et ajoute qu’. Toutefois, l’auteur estime que reste inférieur à "Blue Velvet". Dans le magazine "Rolling Stone", Peter Travers écrit que . James Hoberman de "The Village Voice" qualifie le long-métrage de et en fait . Bien qu’il reçoive une large majorité de critiques positives, rencontre aussi ses détracteurs. Ainsi, Rex Reed officiant au "New York Observer" affirme qu’il s’agit du plus mauvais film qu’il a visionné au cours de l’année 2001 : il le qualifie d’. Dans le magazine "New York", Peter Rainer n’est pas beaucoup plus convaincu : . Rainer souhaite également un renouvellement dans les thèmes choisis par le réalisateur. Desson Howe du "Washington Post" y voit une œuvre incohérente et prétentieuse. Dans "Variety", Todd McCarthy est plus partagé : s’il apprécie , il regrette en revanche la plongée dans le monde imaginaire de Lynch () qui coïncide avec la disparition de la cohérence narrative dans les minutes. Le critique américain James Berardinelli accuse le réalisateur de tromper son public : . Le théoricien du cinéma Ray Carney associe les failles narratives, les retournements de situation, et les doubles à l’absence de profondeur des personnages. La presse francophone partage en général des avis très positifs. Dans les "Cahiers du cinéma", le critique Thierry Jousse évoque la naissance d’une . Louis Guichard de "Télérama" parle de . Dans "Le Soir", Philippe Manche qualifie le film de . En Suisse, "L’Express" évoque une . Sur le site francophone Allociné, les de presse réunies donnent une note de . Distinctions. Lynch est nommé à l’Oscar du meilleur réalisateur pour . Le film est nommé à quatre reprises aux Golden Globes, dans les catégories du meilleur film dramatique, de la meilleure réalisation et du meilleur scénario. Il est nommé au prix du meilleur film au New York Film Critics Circle 2001 et par la Online Film Critics Society. Éditions en vidéo. Le DVD du film sort en aux États-Unis et au Canada, et en septembre de la même année en France. Cette édition est dépourvue de chapitrage Lynch considérant que cela l’œuvre, au même titre que les commentaires audio. Malgré les craintes du réalisateur quant à une potentielle démystification, un feuillet contenant « Les de David Lynch pour percer les secrets du film » est inséré dans la boîte ; selon un critique ces indices pourraient en fait être de « fausses pistes ». L’idée d’incorporer ce feuillet dans le DVD revient au distributeur Studiocanal ; Lynch a accepté après avoir l’assurance que ces indices seraient suffisamment abstraits. La qualité de l’image et du son est louée, mais l’absence de contenu supplémentaire est parfois regrettée. Les versions suivantes disposent d’un chapitrage, d’une interview du réalisateur à Cannes et une vidéo des moments forts de la première ; une édition HD DVD sort en en France. La version Blu-ray du film est disponible en en zone B, et est éditée par Studiocanal. Du contenu inédit accompagne cette édition : une introduction vidéo de Thierry Jousse ; un documentaire de intitulé ', qui présente une analyse du film par plusieurs réalisateurs et acteurs ; deux documentaires de chacun s’apparentant à des making-of (' et ') ; une interview de la productrice Mary Sweeney et deux du compositeur Angelo Badalamenti ; un livret de contenant l’essai ' d’Adam Woodward. Cette collection avait déjà accueilli un précédent film de David Lynch : "Elephant Man". En , le film est proposé en format DVD et Blu-ray dans la prestigieuse Criterion Collection dans une version restaurée en résolution 4K sous la direction du réalisateur et du directeur de la photographie Peter Deming. Cette nouvelle édition inclut des interviews inédites avec des membres de l’équipe de tournage, des scènes supprimées et un extrait de l’ouvrage "" de Chris Rodley. La grande qualité de cette édition est saluée, la méticulosité de Lynch vis-à-vis des éditions en vidéo étant évoquée comme l’une des raisons possibles de cette réussite. Cette restauration 4K est ensuite exploitée en France en DVD et Blu-ray par Studio Canal, en , avec des bonus reprenant en grande partie ceux du Blu-ray 2010 mais aussi deux interviews de l’édition Criterion 2015. Le , Criterion annonce que six films vont bénéficier d’une sortie en 4K Ultra HD, parmi lesquels "Mulholland Drive". Criterion précise que chaque titre sera disponible dans un combo pack 4K UHD+Blu-ray comprenant un disque 4K UHD du long métrage ainsi que le film et des bonus sur le Blu-ray d’accompagnement. Criterion confirme le que "Mulholland Drive" va sortir le sous forme de pack de disques 4K et Blu-ray. Analyse. Thèmes et interprétations. En qualifiant succinctement son film d’, David Lynch se refuse à proposer des commentaires quant à la signification et au symbolisme de l’œuvre : cela entraîne de nombreux débats et des interprétations multiples. David Sterritt, critique au "Christian Science Monitor", s’accorde avec Lynch pour dire que le réalisateur , contrairement à certains films plus anciens de Lynch. Néanmoins, Justin Theroux suppose que Lynch apprécie la variété des significations que les spectateurs perçoivent : . Le critique du "New York Times" Anthony Oliver Scott écrit que l’œuvre agit comme une . Dimension onirique et réalités alternatives. Une des premières interprétations du film s’appuie sur l’analyse des rêves afin d’expliquer que la première partie de l’œuvre est rêvée par la véritable Diane Selwyn : celle-ci a trouvé dans l’innocente et prometteuse « Betty Elms » son alter ego onirique ; elle reconstruit son histoire et sa personnalité à la manière d’un vieux film hollywoodien. Dans le rêve, Betty trouve le succès, elle est séduisante et mène l’existence fantasmée d’une actrice appelée à devenir célèbre. Le dernier cinquième du film expose la morne, mais véritable vie de Diane : elle connaît un échec à la fois personnel et professionnel. Elle organise l’assassinat de Camilla, son ancienne amante, mais incapable de faire face à la culpabilité, elle l’imagine à nouveau comme la femme dépendante, malléable et amnésique qu’est Rita. Cependant, des indices sur cette inévitable disparition ne cessent d’apparaître au cours de son rêve. Cette interprétation est similaire à celle que Naomi Watts a formulée dans un entretien : . Les premières expériences de Watts à Hollywood forment un parallèle à celles de Diane. Avant de connaître le succès, elle a essuyé des échecs sur le plan professionnel effectué des auditions pour des rôles qu’elle pensait inaccessibles et rencontré des gens ne respectant pas leurs engagements. Elle se souvient : . Le journal britannique "The Guardian" a interrogé six critiques de renom pour connaître leur propre interprétation du sens général de . Neil Roberts du "Sun" et Tom Charity de souscrivent à la théorie selon laquelle Betty est la représentation par Diane d’une vie plus heureuse. Roger Ebert et Jonathan Ross semblent accepter cette interprétation, mais tous deux hésitent à surinterpréter le film. Ebert spécifie : . Ross remarque que certaines intrigues sont des impasses : . Philip French de "The Observer" considère une allusion à la tragédie de Hollywood, tandis que Jane Douglas de la BBC repousse la théorie de la vie de Betty comme rêve de Diane ; elle avertit également du risque de trop analyser. La sociologue Siobhan Lyons rejette également la théorie du rêve, affirmant qu’il s’agit d’une . Lyons pense plutôt que Betty et Diane sont en fait deux personnes différentes qui se ressemblent, un motif courant parmi les vedettes hollywoodiennes. Une interprétation similaire encore fait exister Betty et Rita d’une part, Diane et Camilla d’autre part dans des univers parallèles qui communiquent parfois entre eux. Une autre théorie est que la narration représente un ruban de Möbius, une bande subissant une torsion et qui ne présente ni commencement ni fin. Cette référence géométrique avait déjà été utilisée pour décrire la structure narrative de "Lost Highway". Ou bien alors le film dans son ensemble est un rêve, mais le rêveur est inconnu. La répétition de renvois à des lits, à des chambres et au sommeil symbolise la forte influence des rêves. Rita s’endort à plusieurs reprises ; ces moments d’endormissement sont séparés par des scènes sans rapport visible : les clients qui discutent au restaurant , l’arrivée de Betty à Los Angeles, la scène du tueur à gages incompétent. Cela pourrait suggérer que Rita rêve ces passages. Le plan d’ouverture du film zoome sur un lit occupé par un dormeur inconnu : cela nécessite, selon la spécialiste de cinéma Ruth Perlmutter, de s’interroger sur le rapport à la réalité de ce qui suit. Kelly Bulkeley, professeur d’étude des rêves, affirme que la première scène au restaurant, qui est la seule où le rêve est explicitement mentionné, illustre . L’être monstrueux du rêve, sujet de la conversation des hommes au restaurant, apparaît à nouveau à la fin du film, juste avant et juste après que Diane se suicide. Bulkeley soutient que cette seule discussion sur les rêves dans cette scène offre une ouverture vers . Lynch explique que l’idée de ce personnage de clochard effrayant lui est venue des qu’il ressentait quand il prenait son petit-déjeuner au , qui renvoie au Denny's Restaurant sur Sunset Boulevard. Le philosophe et théoricien du cinéma Robert Sinnerbrink constate, de façon similaire, que les images suivant le suicide apparent de Diane ébranlent l’interprétation « rêve et réalité ». Après que Diane a tiré, le lit est recouvert de volutes de fumée, puis Betty et Rita se sourient mutuellement. Une femme perchée sur le balcon du Club Silencio murmure ensuite « "Silencio" » alors que l’écran redevient noir. Sinnerbrink écrit que , il évoque aussi la possibilité que cette . Le théoricien du cinéma Andrew Hageman, se référant à cette même séquence, expose l’idée que . Un autre théoricien du cinéma, David Roche, écrit que les œuvres de Lynch ne racontent pas simplement des histoires policières, mais qu’elles forcent plutôt le spectateur à se faire enquêteur afin de donner un sens à la narration. Ainsi , comme les autres films de Lynch, frustre . Avec les films de Lynch, le spectateur est toujours et par conséquent . Roche remarque également que de nombreux mystères soulevés dans le film demeurent sans réponse par les personnages qui sont confrontés à des impasses, comme Betty et Rita, ou bien qui cèdent à la pression comme Adam. Même si le public continue à chercher un sens à l’histoire, les personnages n’essaient plus de résoudre leurs mystères. Roche en conclut que est un film à énigme non pas parce qu’il permet au public de trouver la solution à un problème, mais parce que le film lui-même est un mystère qui forme un ensemble du film. Une réflexion sur Hollywood. Malgré la prolifération de théories, les critiques remarquent qu’aucune explication n’est satisfaisante au vu de tous les détails lacunaires et des interrogations surgissant du film. Pour Stephen Holden du "New York Times", . James Hoberman de "The Village Voice" fait écho à ce jugement et qualifie le film d’. a pu être comparé au classique de 1950 de Billy Wilder, "Boulevard du crépuscule" ("" en version originale) auquel il rend hommage par son titre même. Ce film noir conte également une histoire de rêves brisés à Hollywood ; au début du film de Lynch, le spectateur remarque que Rita traverse Sunset Boulevard de nuit. En plus des titres qui empruntent le nom de rues célèbres de Los Angeles, est . Lynch a utilisé cette expression de à plusieurs reprises lors de la conférence de presse du Festival du film de New York en 2001. Le titre du film renvoie à une culture hollywoodienne mythique. Le réalisateur lui-même habite à proximité de Mulholland Drive, dans une interview il dit : . Watts a également côtoyé cette route avant que sa carrière ne démarre : . Michel Chion inscrit le film de Lynch dans du cinéma hollywoodien des années 1990 où s’étaient illustrés Robert Altman ("The Player"), les frères Coen ("Barton Fink") et Tim Burton ("Ed Wood"), . Le critique Gregory Weight avertit le spectateur d’une interprétation cynique des événements racontés dans le film : selon lui, Lynch montre plus que . Si Lynch met en avant la tromperie, la manipulation et les mauvais prétextes dans la culture hollywoodienne, il insuffle également une dimension nostalgique au film et reconnaît que le véritable art provient de ce cinéma conventionnel auquel il rend hommage à travers le choix d’acteurs chevronnés comme Ann Miller, Lee Grant et Chad Everett. Il dépeint aussi Betty comme une actrice extraordinairement talentueuse dont les compétences sont découvertes par des gens puissants de l’industrie du divertissement. Steven Dillon effectue un commentaire comparant les positions contrastées entre la nostalgie perceptible dans le film et la putréfaction de Hollywood : il affirme que est une critique de la culture hollywoodienne en tant que condamnation de la « cinéphilie », c’est-à-dire la fascination de la création cinématographique et de l’imaginaire associé. Harring a donné son interprétation après avoir visionné le film : . Une histoire d’amour. Les relations entre Betty et Rita et entre Diane et Camilla divisent les critiques : certains ont été véritablement émus par la sincérité qui s’en dégage alors que d’autres n’en font que peu de cas. Glenn Kenny, rédacteur de la critique du film pour l’édition américaine de "Première", déclare que la relation entre Betty et Rita est ; Thierry Jousse des "Cahiers du cinéma" écrit que l’amour entre ces deux femmes est . Le critique Philip Lopate indique que le rôle central de l’interlude romantique entre Betty et Rita est d’autant plus émouvant et délicat que Betty . Une autre critique indique que . La chaîne de télévision américaine Independent Film Channel a choisi Betty et Rita comme couple romantique emblématique du cinéma des années 2000. Charles Taylor explique ce choix : . Certains théoriciens du cinéma affirment que Lynch insère l’homosexualité dans la dimension esthétique et thématique du film. Le film non linéaire est , comme l’affirme Lee Wallace, . La présence de miroirs et de sosies tout au long du film . La codépendance dans la relation entre Betty et Rita a été comparée aux relations féminines dans deux films similaires, "Persona" (1966) d’Ingmar Bergman et "Trois femmes" (1977) de Robert Altman ; ces films dépeignent également les identités de femmes vulnérables qui s’emmêlent, s’échangent et finissent par fusionner : . Lynch rend directement hommage à "Persona" dans la scène où Rita porte une perruque blonde, coiffée exactement comme les cheveux de Betty. Rita et Betty se regardent ensuite dans le miroir, . Le miroir et le dédoublement, qui sont des thèmes proéminents tout au long du film, servent à rendre encore plus étranges la forme et le contenu du film. Plusieurs théoriciens reprochent à Lynch de perpétuer les stéréotypes et les clichés sur les lesbiennes, les bisexuelles et les relations lesbiennes. Rita (la femme fatale) et Betty (l’écolière) représentent deux personnages lesbiens classiques. Heather Love identifie deux clichés clefs utilisés dans le film : . En même temps, il présente le triangle lesbien tragique, , perpétuant ainsi le stéréotype de la bisexuelle qui . Maria San Filippo reconnaît que Lynch s’appuie sur les archétypes classiques du film noir pour développer la trahison finale de Camilla : ces archétypes . Pour Love, le désir exclusivement lesbien de Diane se situe si elle est rejetée. Diane constitue le cliché de la lesbienne tragique qui se languit du bisexuel dans la relation hétérosexuelle. Dans son analyse, Love note la réponse particulière des médias au contenu lesbien du film : . Elle souligne que le film emploie un thème classique en littérature et au cinéma dans sa peinture des relations lesbiennes : Camilla est terriblement belle et abordable, elle rejette Diane et lui préfère Adam. La réaction commune au film suggère que les relations contrastées entre Betty et Rita d’une part, et entre Diane et Camilla d’autre part sont alors que . La relation lesbienne modifie également l’image de femme fatale prêtée au personnage de Rita puisqu’elle semble perdre ses capacités destructrices vis-à-vis des hommes en leur préférant les femmes. L’hétérosexualité comme élément primaire est importante dans la dernière moitié du film, car la fin ultime de la relation de Diane et Camilla découle du mariage du couple hétérosexuel. Lors de la fête d’Adam, ils commencent à annoncer que Camilla et Adam vont se marier ; à travers des rires et des baisers, la déclaration est retardée, car elle est évidente et attendue. La fermeture hétérosexuelle de la scène est interrompue par un changement de scène. Comme le suggère Lee Wallace, en planifiant un coup contre Camilla, . Pour Joshua Bastian Cole, le personnage d’Adam sert de faire-valoir à Diane, ce qu’elle ne pourra jamais être, ce qui explique pourquoi Camilla la quitte. Dans son fantasme, Adam a sa propre intrigue secondaire qui mène à son humiliation. Si cette intrigue secondaire peut être comprise comme un fantasme de vengeance né de la jalousie, Cole soutient qu’il s’agit d’un exemple du regard transgenre de Diane : . Le contact visuel prolongé de Diane avec Dan au est un autre exemple du regard transgenre. Pour Cole, et leurs noms similaires (Dan/Diane), ce qui n’est pas une erreur. Il souligne que la compréhension lesbienne du film a éclipsé les interprétations trans potentielles ; sa lecture du regard trans de Diane est une contribution à la narration lesbienne du film. Naomi Watts et Laura Harring se sont exprimées dans différents médias quant à la relation qu’entretiennent leurs personnages à l’écran, mais leurs propos sont divers, voire contradictoires. Watts dit de la scène d’amour : . Cependant, dans une autre interview, Watts a déclaré . Harring a aussi donné sa vision de la scène : . Heather Love s’accorde plus ou moins avec la perception de Harring puisqu’elle déclare que l’identité dans n’atteint pas l’importance du désir : . La représentation de Los Angeles, entre rêves et désillusions. Comme "Boulevard du crépuscule" de Billy Wilder, tire son nom d’une route importante de Los Angeles. David Lynch se sert de l’imaginaire et des fantasmes produits par la ville et rendus indissociables de la ville elle-même pour construire l’idée d’une ville du rêve, d’une « ville-studio ». L’identité cinématographique de Los Angeles témoigne d’une hypertrophie de Hollywood qui agit comme une : Hollywood est en effet le cadre principal de l’intrigue, le lieu principal du tournage et le cadre symbolique et historique utilisé par le film. Dans le récit, Hollywood reflète la nostalgie d’ qui correspond à peu près à l’époque du tournage de "Sunset Boulevard". Cette nostalgie est ainsi visible lors des deux auditions que passe Betty : la première se déroule dans le cadre contemporain d’un gratte-ciel du ' alors que la seconde prend place dans le microcosme des studios Paramount ; ces ellipses spatio-temporelles révéleraient donc des . De la même façon, la traversée des lieux emblématiques de la ville participe à cette construction de la ville fantasmée par Betty à son arrivée à l’aéroport, notamment lorsqu’elle regarde avec admiration la pancarte '. Mais cette ville du fantasme mise en place par le réalisateur ne dure qu’un temps. Lynch procède en effet à la déconstruction du rêve dans la seconde moitié du film. Il brise pour cela la réalité spatiale entre les différents lieux qui composent l’ensemble urbain en suggérant la distance ou la proximité grâce à l’utilisation de certains plans. La rencontre entre Adam Kesher et Le Cowboy est explicite à ce titre : après avoir reçu un appel téléphonique lui enjoignant de rejoindre Le Cowboy dans un ranch, Adam est montré effectuant un trajet de nuit en voiture, puis a lieu la rencontre proprement dite. Le plan suivant cette scène survient sans transition, il s’agit d’un survol panoramique du panneau Hollywood, de jour. Cette absence de transition suggère que le ranch et le panneau Hollywood appartiennent à des univers distants spatialement et symboliquement. Cependant, la distance insinuée par le film n’existe pas puisque le ranch est en réalité situé au pied du panneau. La déconstruction du mythe de Los Angeles utilise aussi le rapprochement des lieux. La villa de la tante Ruth est dépeinte de la même façon que l’univers des studios : la caméra effectue un zoom lent sur la porte de la villa puis sur celle des studios Paramount ; Betty est s’enfuie en courant des studios, puis Betty et Rita quittent Havenhurst en courant aussi. Lynch rapproche spatialement et symboliquement la villa du monde factice des studios : le bonheur de Betty a déjà quelque chose de faux. Encore une fois, cette distance n’est pas celle de la réalité géographique de la ville. Le réalisateur a aussi recours à la banalisation des lieux mythiques pour déconstruire le fantasme. Cela se traduit par la sobriété d’effets lors des scènes montrant ces endroits : il y a une économie des mouvements de caméra, la musique angoissante est souvent absente. Encore une fois, l’exemple de l’audition de Betty dans les studios est parlant : les acteurs sont médiocres, le scénario est insipide, la musique est absente, même les félicitations de l’équipe semblent surjouées. L’unité urbaine et sociale rêvée se déconstruit peu à peu. Le modèle urbanistique de la ville est dit « postmoderne », c’est-à-dire composé de lieux discontinus ce qui se traduit dans la narration par la somme de récits subjectifs issus de personnages aux identités plurielles. La fragmentation spatiale se double d’une fragmentation sociale symbolisée par les nombreux appels téléphoniques au cours du film : . Néanmoins, ces tentatives téléphoniques n’aboutissent pas à recréer des liens comme en témoigne l’échange infructueux entre Adam et sa secrétaire à propos des problèmes de tournage. Une lecture possible de l’espace angelin dans le film se rattache à la dimension dantesque, c’est-à-dire aux symboles de l’enfer, du purgatoire et du paradis tels que mis en scène dans la "Divine Comédie". La villa du serait ce . Dans la véritable Los Angeles, les numéros d’Havenhurst Drive ne dépassent pas 1436. La disparition de la villa dans la seconde partie du film conforte cette idée : le paradis étant maintenant constitué par la villa d’Adam qui surplombe Los Angeles. Cependant, Diane n’a pas sa place dans ce paradis puisqu’il s’agit du lieu où elle avoue son échec professionnel et son échec amoureux : cette réception est organisée pour les fiançailles d’Adam et Camilla et Diane confie enchaîner les rôles sans importance. La villa du réalisateur s’associe alors au traumatisme de Diane et la phrase peut s’entendre comme un euphémisme, l’accident en question est affectif. Ainsi, la Los Angeles de la fin du film décrirait une sorte de descente aux enfers en montrant la ville et la population qui ne participent pas à la "" rêvée au début du film : il s’agit du fast-food avec le clochard monstrueux, ou bien encore des maisons décrépies de Sierra Bonita où le cadavre est découvert. Personnages principaux. Betty Elms (Naomi Watts). Betty Elms est la nouvelle venue à Los Angeles. Cette jeune femme chaleureuse et talentueuse est à la fois mais aussi . Sa façon intrépide et presque enjouée de venir en aide à Rita car il s’agit de la bonne chose à faire peut rappeler l’héroïne de romans policiers Alice Roy (Nancy Drew en version originale). Au début du film, tout son personnage repose sur le cliché de la fille naïve issue d’une bourgade. Mais c’est pourtant l’identité de Betty, ou la perte de celle-ci, qui est l’un des points centraux de l’œuvre. Selon la critique Amy Taubin, le rôle de Betty est de personnifier le conscient et l’inconscient du film lui-même. Pour interpréter son personnage, Naomi Watts s’est inspirée de Doris Day, de Tippi Hedren et de Kim Novak ; elle remarque que Betty est une adepte de sensations fortes, une femme qui . Une théorie propose ainsi que puisque Betty s’est insérée dans le système hollywoodien naïvement, mais avec avidité, elle est devenue une ayant l’a détruite. Amy Taubin suggère que Betty puisse être une réincarnation de Sandy de "Blue Velvet", un précédent film de Lynch : Deep River, en Ontario, est la ville d’origine de Betty, c’est également le nom de l’immeuble d’appartements dans lequel vit Dorothy, la femme fatale de "Blue Velvet". S’étant libérée des contraintes de la petite ville, Sandy renaît en tant que Betty, elle est attirée par une femme brune et mystérieuse, et comme Dorothy, elle tombe amoureuse d’elle et s’égare. Malgré ce que pourrait suggérer le caractère de son personnage, Betty fait preuve d’une grande ampleur et fait forte impression lors de son audition. La scène d’abord répétée en échangeant les répliques avec Rita est et . Lors de cette répétition, Betty joue aussi faiblement que le texte est écrit. En entrant dans la pièce étroite où se tient l’audition, Betty est nerveuse, mais une fois face à son partenaire de jeu (Chad Everett), elle transforme le texte en une scène de puissante tension sexuelle qu’elle parvient à contrôler et à transmettre à tous ceux présents dans la pièce. Quand la scène se termine, la dimension sexuelle disparaît instantanément ; Betty se tient debout et attend timidement les commentaires. L’analyse du critique George Toles explique que la révélation de la capacité cachée de Betty vole la vedette au personnage de Rita en s’arrogeant sa dimension mystérieuse ; cet élément indiquerait aussi le goût de Lynch pour les personnages trompeurs. Selon Ruth Perlmutter, les capacités d’actrice de Betty incitent à se demander si elle ne joue pas le rôle de Diane dans un rêve ou dans une parodie de film qui se retourne finalement contre elle. Rita (Laura Elena Harring). Le personnage de Rita est à la fois celui qui s’apparente à la victime sans défense et mystérieuse, mais il s’agit aussi du stéréotype de la femme fatale à la beauté sombre. Ainsi, le critique Roger Ebert est si impressionné par la performance de Laura Harring qu’il déclare : . Rita est l’objet de désir, en opposition directe avec l’assurance affirmée de Betty. Elle est aussi le premier personnage auquel le public peut s’identifier : étant montrée dans un état de confusion et de peur, ne sachant pas qui elle est réellement et ne comprenant pas ce qui se passe autour d’elle, elle pourrait symboliser le désir de donner du sens au film à travers la quête de son identité. Sans utiliser la menace, Rita parvient à ce que Betty la couve, la console et lui apporte son aide. Son amnésie en fait un personnage évidé qu’un critique qualifie de . Puisqu’elle a perdu la mémoire et ne peut pas se reposer sur un cadre référentiel pour savoir comment se comporter, l’analyse de ce personnage montre que ce sont ses actions qui sont les plus sincères de la première partie de l’œuvre. Cependant, Todd McGowan, auteur d’un ouvrage sur les thèmes dans les films de Lynch, considère que la première partie de peut s’entendre comme issue de l’imagination de Rita, jusqu’à ce que survienne Diane Selwyn ; Betty est alors vue comme un objet permettant à Rita de dépasser son anxiété vis-à-vis de sa perte d’identité. Selon l’historien du cinéma Steven Dillon, Rita est la transformation imaginée par Diane d’une ancienne colocataire : une scène fait état d’un conflit entre Diane et ladite colocataire, cette dernière ramasse ses effets personnels avant de s’en aller, et cela coïncide avec l’arrivée de Rita dans la villa. Lorsque Rita et Betty découvrent le corps en décomposition, elles s’enfuient de cet appartement et l’image se trouble puis se recompose à plusieurs reprises. David Roche estime que l’absence d’identité de Rita entraîne une rupture qui . Elles rentrent immédiatement chez la tante de Betty. Rita se coupe les cheveux et enfile une perruque blonde afin de se déguiser, mais cela augmente aussi considérablement sa ressemblance avec Betty. Cette transformation peut être envisagée comme le mélange des deux identités. Des indices visuels viennent étayer cette hypothèse, comme certains angles de caméra qui approchent leur visage au point qu’ils n’en forment presque qu’un seul. Un autre élément s’accorde à cette théorie ; après la scène d’amour, la personnalité de Rita est plus affirmée qu’auparavant, c’est bien elle qui insiste pour se rendre au Club Silencio à deux heures du matin. Cette position de supériorité serait alors un signe avant-coureur de la domination totale qu’exerce plus tard Camilla. Diane Selwyn (Naomi Watts). Diane Selwyn est une femme dépressive et passablement frustrée : elle vit dans l’ombre de Camilla qu’elle idolâtre et aime, mais qui ne lui rend pas son affection. Elle est la plupart du temps considérée comme la version réelle de la trop parfaite Betty, ou bien il pourrait s’agir d’une version décadente de Betty après avoir vécu trop longtemps à Hollywood. Selon Steven Dillon, le scénario du film , mais puisque Rita est elle-même vide, Diane , ce qui l’entraîne dans une forme de dépression puis la pousse à se suicider. Diane est alors vue comme la personnification de l’insatisfaction comme l’illustre la scène de masturbation où elle ne parvient pas à atteindre l’orgasme. Cette scène montre . Le dévouement de Diane envers Camilla pourrait aussi s’apparenter à une manifestation de narcissisme, puisque Camilla incarne tout ce que souhaite Diane et tout ce qu’elle veut être. Jeff Johnson, auteur d’un livre sur la morale dans le cinéma de Lynch, affirme que même si elle est présentée comme une femme faible et une véritable ratée, Diane est le seul personnage dont le code moral reste intact dans la seconde partie du film. Son sentiment de culpabilité et ses remords transparaissent dans son suicide et dans certains éléments de la première partie du film : l’effroi que ressent Rita, le cadavre en décomposition et le jeu d’illusions au Club Silencio indiquent que quelque chose va de travers dans le monde de Betty et de Rita. En s’émancipant vis-à-vis de Camilla, Diane meurt de son conditionnement moral. Camilla Rhodes (Melissa George, Laura Elena Harring). Camilla Rhodes ne se résume pas à un nom et à un visage sur une photo que des mafieux menaçants veulent faire figurer dans le film d’Adam. Un critique qualifie Camilla de , elle est en effet presque invisible dans la première partie de , quand Melissa George incarne le personnage. Mais après l’ouverture de la boîte bleue, le rôle est interprété par Laura Elena Harring et Camilla prend une nouvelle ampleur : elle symbolise désormais , elle constitue l’objet de la frustration de Diane. Camilla contraste fortement avec Diane, la première est plus sensuelle que jamais et semble avoir . Juste après avoir avoué à Diane qu’elle la rend folle, Camilla lui explique qu’elles doivent cesser leur relation. Lors d’une séance de tournage, Adam donne ses indications quant à la forme que doit prendre une scène de baiser entre Camilla et un autre acteur. Il demande que les différents techniciens évacuent le plateau, mais, à la demande de Camilla, Diane est autorisée ou invitée à rester. Adam embrasse alors Camilla afin de montrer à l’autre acteur comment procéder, mais le baiser prend le pas sur le tournage quand Adam demande d’éteindre les projecteurs. Au lieu de se venger de la terrible humiliation que lui a fait subir Camilla, comme cela est suggéré dans la conversation que Diane tient avec le tueur à gages incompétent, un critique considère Rita comme la représentation vulnérable issue du désir de Diane pour Camilla. Adam Kesher (Justin Theroux). Adam Kesher est présenté sous la forme d’un réalisateur à succès qui subit des humiliations les unes après les autres. Justin Theroux déclare à propos de son rôle : . En effet, après la perte du contrôle artistique de son film, sa femme le trompe avec l’homme chargé de nettoyer sa piscine (interprété par Billy Ray Cyrus), puis Adam se fait jeter de sa demeure surplombant Hollywood. Il se rend alors dans un hôtel miteux où il paie en espèces. Cependant, le tenancier vient bientôt frapper à sa porte et lui explique que son paiement par carte bancaire n’a pas été accepté par la banque qui a dépêché deux employés. Pompeux et vaniteux, Adam est le seul personnage dont la personnalité semble plus ou moins rester la même tout au long du film. Il est en même temps l’une des personnifications de Hollywood, et un maillon soumis au sein de ce système. Une analyse du personnage d’Adam affirme que puisqu’il a capitulé en acceptant de prendre Camilla Rhodes pour son film, la gaieté de Betty et sa capacité à aider Rita disparaissent : la responsabilité de son déclin incombe alors aux représentants des studios. Michel Chion souligne combien, dans la filmographie de David Lynch, . D’autres personnages de moindre importance ont fait pression sur Adam pour qu’il inclue Camilla Rhodes dans son film : il s’agit du Cowboy (joué par Monty Montgomery, crédité en tant que Lafayette Montgomery), des Frères Castigliane (Dan Hedaya et Angelo Badalamenti), ainsi que de Mr. Roque (Michael J. Anderson). Pour plusieurs universitaires du cinéma, ces personnages incarnent la mort de la créativité et dépeignent . Ann Miller qui tient le rôle de Coco, la propriétaire qui accueille Betty dans sa nouvelle résidence, s’apparente à la vieille garde hollywoodienne qui protège la nouvelle venue dans la première partie de l’œuvre. Au contraire, à la fin du film, Ann Miller interprète la mère d’Adam Kesher qui réprimande Diane pour être arrivée en retard à la réception et qui l’écoute à peine lorsque celle-ci raconte ses débuts en tant qu’actrice. Style. Le style cinématographique de David Lynch fait l’objet de nombreuses publications qui utilisent des qualificatifs tels que , et . Todd McGowan écrit : . La juxtaposition de différents éléments tels que les cauchemars et les fantasmes, les situations et personnages surréalistes ou stéréotypés, les scénarios non linéaires, le travail de la caméra, le son et l’éclairage permet à Lynch de mettre le spectateur au défi de ne pas croire à ce qu’il est en train de vivre. De nombreux personnages de sont des archétypes qui ne peuvent être perçus que comme des clichés : le nouvel espoir hollywoodien, la femme fatale, le réalisateur non conformiste et les agents de pouvoir louches que Lynch ne semble jamais pleinement explorer. En mettant en scène ces personnages rebattus dans situations sinistres et inquiétantes, Lynch confère à ces scènes des propriétés oniriques et étranges. Puisque le scénario dans lequel évoluent ces personnages fait explicitement références aux rêves, aux fantasmes et aux cauchemars, c’est au spectateur de décider si ce qu’il voit est la réalité ou non. Une analyste de cinéma, Jennifer Hudson, écrit à son sujet : . David Lynch a recours à plusieurs méthodes pour tromper le spectateur dans . Le personnage mystérieux de M. Roque, qui semble contrôler les studios de cinéma, est interprété par l’acteur nain Michael J. Anderson (également présent dans "Twin Peaks"). Anderson, qui n’a que deux répliques et est assis dans un énorme fauteuil roulant en bois, est équipé de prothèses de bras et de jambes en mousse surdimensionnées afin de donner l’impression que sa tête est anormalement petite. Pendant la fête d’Adam et Camilla, Diane voit Camilla (jouée par Laura Harring) avec Adam à son bras, se pencher et embrasser profondément la même femme qui est apparue comme Camilla (Melissa George) avant l’ouverture de la boîte bleue. Les deux femmes se retournent ensuite et sourient à Diane. Le critique de cinéma Franklin Ridgway écrit que la représentation d’un tel acte délibéré, , ne permet pas de savoir si Camilla est aussi capricieuse qu’elle le semble, ou si la paranoïa de Diane ne permet au public que de voir ce qu’elle ressent. Dans une scène qui suit immédiatement l’audition de Betty, le film montre une femme qui chante sans accompagnement visible, mais lorsque la caméra recule, la salle se révèle être un studio d’enregistrement. La caméra poursuit son recul et il s’avère finalement qu’il s’agit d’un plateau de tournage sur lequel Betty vient d’arriver pour rencontrer Adam. M. Ridgway insiste sur le fait qu’un tel leurre mis en place par ce cadrage astucieux de la caméra fait douter le spectateur de ce qui lui est présenté : . Selon Stephen Dillon, les différents choix de mise en scène effectués tout au long du film, à l’instar du recours à la caméra à l’épaule, permettent au spectateur de . Toutefois, Lynch, à certains moments, , si bien que les multiples perspectives empêchent les différentes situations de se rejoindre, ce qui perturbe considérablement . Andrew Hageman note également que le travail de la caméra dans le film , comme dans la scène de où . Ce choix de mise en scène fait que . L’universitaire Curt Hersey identifie quant à lui plusieurs techniques d’avant-garde utilisées dans le film, notamment les différentes fréquences d’images, les mouvements de caméra non traditionnels, la brutalité des transitions , mais aussi l’usage d’effets spéciaux numériques, d’images non diégétiques, d’une narration non linéaire et d’intertextualité. La première partie du film, qui établit les personnages de Betty, Rita et Adam, est mise en scène de façon classique et rationnelle pour un film de Lynch. La seconde partie du film, qui représente la réalité aux yeux de nombreux spectateurs, est toutefois réalisée très différemment, ce qui lui confère une dimension tout aussi surréaliste que la première partie. Les scènes de Diane présentent un montage plus haché et un éclairage plus sombre qui symbolisent son appauvrissement physique et spirituel. Ces caractéristiques contrastent avec la première partie du film où Betty et Rita brillent de lumière, où les transitions entre les scènes sont fluides et où . Dans la première partie du film, les scènes se succèdent par le biais de plans panoramiques des montagnes, des palmiers et des immeubles de Los Angeles. Dans la partie la plus sombre du film, le son permet de passer à la scène suivante sans référence visuelle à l’endroit où elle se déroule. Lors de la fête de Camilla, au moment où Diane est le plus humiliée, on entend le bruit de la vaisselle qui s’écrase, ce qui nous amène immédiatement à la scène où la vaisselle est jetée dans le restaurant et où Diane parle avec le tueur à gages. Sinnerbrink note également que plusieurs scènes du film, comme celle où Diane hallucine de Camilla après son réveil, celle où on aperçoit la créature derrière le après le suicide de Diane, ou encore la dans la première partie du film, créent l’effet étrange où les spectateurs sont confrontés à des personnages ou des situations familiers dans un contexte différent. Similairement, Hageman juge la première scène chez comme , car c’est une scène où . L’auteur Valtteri Kokko identifie trois groupes de : le "doppelgänger" de plusieurs personnages joués par les mêmes acteurs, les rêves et un objet quotidien qui déclenche la disparition de Rita et la vie réelle de Diane. Un autre élément récurrent dans les films de Lynch concerne ses expérimentations avec le son. Il déclare ainsi dans une interview : . Dans la scène d’ouverture du film, lorsque la femme aux cheveux noirs trébuche sur , le son suggère qu’elle est maladroite. Après que Lynch y ajoute , la maladresse de Laura Elena Harring se transforme en terreur. Lynch introduit également de discrets grondements dans certaines parties du film qui, selon les critiques, renforcent la peur et l’inquiétude. Hageman souligne l’existence d’un , et ajoute que la scène où l’homme s’effondre derrière le est particulièrement intéressante de ce point de vue. En effet, le son normal est étouffé par un vrombissement, bruit qui . La fin de "Mulholland Drive" avec la femme du Club Silencio qui murmure est autre un exemple des tromperies sonores et des choix surréalistes de Lynch, selon Ruth Perlmutter, qui écrit : . Michel Chion insiste sur ce point : . Place du film dans l’œuvre de David Lynch. aborde des thèmes récurrents dans le cinéma de David Lynch. Comme dans "Lost Highway" (1997) puis dans "Inland Empire" (2006), la structure narrative témoigne d’une certaine complexité qui laisse une forte place à l’interprétation et qui joue en quelque sorte avec le spectateur. Ce dernier pourrait être invité à reconstituer au fur et à mesure des visionnages pour en proposer une version plus conforme à ce qui est attendu. La que l’on voit exprimée dans est présente dans "Inland Empire", "Lost Highway", "Blue Velvet", ou encore "Twin Peaks". Le cinéma est au cœur du film en tant qu’objet singulier ; Thierry Jousse parle d’une relation post-maniériste, . Ainsi, les références cinématographiques sont omniprésentes et plus ou moins évidentes dans les films de Lynch : pour , une liste non exhaustive cite "Boulevard du crépuscule" (1950) de Billy Wilder, "Gilda" (1946) de Charles Vidor, "Persona" (1966) d’Ingmar Bergman ainsi que "Le Magicien d'Oz" (1939) de Victor Fleming. Les renvois au premier film sont effectués à travers un panneau indiquant "Sunset Boulevard", le thème des espoirs déçus à Hollywood est partagé ; une affiche du film de Charles Vidor est visible dans la villa et Rita choisit son nom en référence à Rita Hayworth ; partage avec "Persona" les thèmes du handicap féminin et de l’entraide féminine, la question de l’identité est primordiale dans le film de Bergman ; enfin, de nombreuses références autant visuelles que diégétiques sont faites au "Magicien d’Oz" : la scène du "jitterbug" en ouverture renverrait par exemple à la danse ensorcelée dans le "Magicien d’Oz". Enfin, le dualisme est une caractéristique habituelle de l’œuvre de Lynch. Ce qui semble bon possède souvent un revers négatif, voire horrible. Contrairement à la première partie dépeignant une vision idéalisée de Hollywood, le rêve de Diane, puis ce qui est considéré comme la réalité donne à voir une suite d’échecs menant à la mort. Postérité et classements. Plusieurs organisations, journaux et sites web spécialisés font de le meilleur film de l’ puis de la : c’est le cas de la Los Angeles Film Critics Association, des "Cahiers du cinéma", du site IndieWire, de "Slant Magazine", de "Reverse Shot", de "The Village Voice" et "Time Out New York", qui pose la question rhétorique suivante en référence aux attentats du 11 septembre 2001 : . Il est également élu meilleur film de la décennie par deux sondages du magazine "Film Comment", l’un réalisé auprès de et l’autre auprès des lecteurs du magazine. Le film figure sur de nombreuses listes des dix meilleurs films de la décennie, en troisième position pour "The Guardian", le journal canadien Journal Pioneer, Peter Travers du magazine "Rolling Stone" et le critique Scott Mantz d’"Access Hollywood". En 2010, est nommé deuxième meilleur film d’art et d’essai de tous les temps par "The Guardian". En 2008, plusieurs auteurs et journalistes écrivant dans les colonnes du "Los Angeles Times" établissent un classement des films ayant le mieux réussi à retranscrire à l’écran Los Angeles depuis les années 1990 ; s’y trouve à la onzième position. Le magazine "Empire" place quant à lui au rang de sa liste des cinq cents plus grands films jamais réalisés. Il est aussi classé sur la liste des à voir avant de mourir établie par Channel 4. Un article de 2011 du magazine en ligne américain "Slate" range parmi les « nouveaux classiques » de la décennie passée ; la critique Dana Stevens loue notamment la capacité du film à entraîner de long débats dix ans après sa sortie. En 2012, un ensemble de plusieurs centaines de critiques et de réalisateurs réunis par la revue britannique "" place parmi les cinquante plus grands films de l’histoire du cinéma à la place. Ayant reçu de critiques, il est l’un des deux seuls films du à figurer dans cette liste avec "In the Mood for Love" (2000). Dans un sondage réalisé par la BBC en 2015, il est classé meilleur film américain de tous les temps. L’année suivante, arrive premier du classement des meilleurs films des seize premières années du de la BBC. En , le film est présenté dans la section Cannes Classics au Festival de Cannes 2021. a également fait l’objet d’un contentieux. En 2004, un utilisateur français n’a pu effectuer une copie du DVD du film sur une cassette VHS, pour la regarder dans le cadre familial. Il attaque au tribunal judiciaire de Paris, avec l’aide de l’Union fédérale des consommateurs-Que Choisir, l’éditeur vidéo et le distributeur (respectivement : Les Films Alain Sarde et Studiocanal), pour n’avoir pas pu exercer son droit à la copie privée. En 2008, la procédure aboutit à un arrêt de la cour de cassation définissant la copie privée comme une exception devant céder en cas d’atteinte portée à l’exploitation normale de l’œuvre.
Martin Heidegger Martin Heidegger (), né le à Meßkirch et mort le à Fribourg-en-Brisgau, est un philosophe allemand. D'abord étudiant auprès d'Edmund Husserl et immergé dans le projet phénoménologique de son maître, son intérêt se porte rapidement sur la question du . Elle le guidera ensuite tout au long de sa réflexion et c'est en tentant de répondre à celle-ci, à l'occasion de la publication de son ouvrage "Être et Temps" ("") en 1927, qu'il rencontre une immense notoriété internationale, débordant largement le milieu de la philosophie. Dans les années 1930 a lieu ce qu'il appelle le « tournant » de sa pensée au moment de l'écriture de l"Introduction à la métaphysique". Il cherche à préparer un nouveau commencement de pensée, qui éviterait l'enfermement de la métaphysique – celle-ci étant devenue, pour lui, un mot qui rassemblait, selon Hans-Georg Gadamer . La "Heidegger Gesamtausgabe", édition complète des œuvres, en cours de publication, comprend plus de cent volumes, dont les ouvrages majeurs sont "Être et Temps" (', 1927) et ' (""), ouvrage publié de manière posthume (1989 pour l'édition allemande et 2013 pour la traduction française). Heidegger est considéré comme l'un des philosophes les plus importants et influents du : sa démarche a influencé la phénoménologie et partie de la philosophie européenne contemporaine ; elle a eu un impact bien au-delà de la philosophie, notamment sur la théorie architecturale, la critique littéraire, la théologie et les sciences cognitives. L'influence de Heidegger sur la philosophie française a été particulièrement importante. Elle s'est notamment exercée par le truchement des philosophes Jean-Paul Sartre, Jean Beaufret, Emmanuel Levinas, Jacques Derrida, Maurice Merleau-Ponty, voire Michel Foucault. Il est également l'un des philosophes dont la personnalité et l'œuvre sont les plus controversées en raison de son attitude durant la période 1933-1944, où il fut recteur de l'université de Fribourg après l'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler, puis de 1933 à 1944 où il est resté adhérent au parti national-socialiste. Plusieurs ouvrages ont paru pour analyser les rapports entre Heidegger et le nazisme. La publication en 2014 de ses "Cahiers noirs" a déclenché une polémique concernant l'antisémitisme de certains passages. Biographie. Premières années. Martin Heidegger est né à Messkirch (Allemagne) le . Élevé dans un milieu Heidegger fait ses études secondaires aux petits séminaires de Constance (1903-1906), puis de Fribourg (1906-1909). Pendant l'été 1907, le père Conrad Gröber, directeur du petit séminaire de Constance et futur archevêque de Fribourg, lui offre la dissertation de Franz Brentano intitulée "De la diversité des acceptions de l'être d'après Aristote" (1862). Heidegger affirme à plusieurs reprises que ce livre a été son , le conduisant à la lecture d'Aristote, dont il écrit dans "Mon chemin de pensée et la phénoménologie" (1963) que la phrase : a décidé de son . Cette lecture provoque chez Heidegger une question, que Jean Beaufret résume ainsi : Selon Heidegger lui-même, cette demeure . Dès 1909, il lit les "" d'Edmund Husserl, dont il attend et qu'il relira, les années suivantes, de manière . En , il entre comme novice au sein de la Compagnie de Jésus, à Tisis, près de Feldkirch, qu'il quitte pour des raisons de santé en octobre suivant. Avec peu de moyens financiers, il se porte alors candidat au séminaire de Fribourg, où il entre pour le semestre d'hiver 1909. En 1911, il souffre à nouveau de problèmes cardiaques, ce qui fait douter les responsables de l'école de ses capacités à devenir prêtre, eu égard à son état de santé. En été, en convalescence, il se rend compte qu'il préfère la philosophie à la théologie et décide de renoncer à la prêtrise. À la recherche d'une forme de sécurité financière, il décide de s'inscrire pour le semestre d'hiver 1911-1912 à la faculté de sciences naturelles de l'Université de Fribourg en mathématiques, physique et chimie, afin de devenir professeur, tout en poursuivant ses études de philosophie. Son éducation religieuse, qui lui donne l'occasion d'approcher la tradition scolastique, rend son parcours atypique, à une époque où les séminaires de philosophie sont dominés par le néo-kantisme. En 1913, il écrit sa thèse de doctorat en philosophie, "Doctrine du jugement dans le psychologisme", sous la direction de Artur Schneider. En 1914, il est réformé pour raison de santé. Il prononce en 1915 la conférence "Le concept de vérité dans la philosophie moderne". Il se destine alors à nouveau brièvement à la prêtrise, avant d'abandonner définitivement la religion. Il dira plus tard que celle-ci est radicalement incompatible avec la philosophie. Le , il est habilité à enseigner, comme chargé de cours, après avoir présenté sa thèse d'habilitation écrite sous la direction du néo-kantien Heinrich Rickert, qui a été traduite en français sous le titre "Traité des catégories et de la signification chez Duns Scot". Sa leçon inaugurale s'intitule "Le concept de temps dans la science historique". À l'automne 1916, il devient l'assistant personnel de Husserl, dont il partage les réflexions et les recherches sur la phénoménologie. Cependant, il se détache rapidement de l'enseignement de son maître : dès l'origine, en continuant hors des heures de cours l'approfondissement des "Recherches logiques" de Husserl, que celui-ci juge déjà dépassées, puis progressivement, de 1923 à 1927, en reprochant à Husserl son tournant vers une philosophie de la subjectivité transcendantale et plus encore son cartésianisme ; il continue néanmoins à admirer les "" Mobilisé en 1917, il est affecté au service météorologique de l'armée à Verdun. Dès 1919, il reprend ses cours à l'université de Fribourg où il acquiert une renommée universitaire. Durant ces années, les universitaires pensaient qu'avec le talent de Heidegger la philosophie renaissait à elle-même. Déjà, cependant, il entreprenait une critique radicale de la tradition, notamment dans le "Rapport Natorp", un rapport manuscrit sur l'état de ses travaux adressé en 1922 au professeur Paul Natorp, où il procède à une critique sévère de la métaphysique dite de la attribuée à Aristote et base de sa "Physique". Il se marie le avec Elfride Petri (1893-1992), protestante ; leur mariage est d'abord prononcé selon le rite catholique puis cinq jours plus tard selon le rite évangélique. Ils ont ensemble deux fils : Jörg en et Hermann en . Marbourg et Fribourg (1923-1933). En 1923, il est nommé professeur non titulaire à l'Université de Marbourg, qui est alors le foyer principal européen du néo-kantisme, où il collabore avec le théologien protestant Rudolf Bultmann qui réinterprète le Nouveau Testament à la lumière du futur chef-d'œuvre de son jeune collègue "Être et Temps". Ce dernier livre est, selon Hans-Georg Gadamer, . Ses nouveaux collègues sont : Nicolai Hartmann, Paul Natorp et Hermann Cohen ; quant à ses étudiants à Marbourg on peut citer : Hans-Georg Gadamer, Hannah Arendt, Karl Löwith, Gerhard Krüger, Leo Strauss, Jacob Klein, Günther Anders, et Hans Jonas. Ce séjour à Marbourg et le contact avec ses nouveaux collègues furent particulièrement positifs pour le jeune professeur. À partir de ses lectures d'Aristote, il commence à développer sa problématique personnelle relative à la question du "sens de l'être". Ses travaux sur la phénoménologie de la vie religieuse à partir de l'étude de Saint Augustin, de Paul et de Luther l'orientent vers une conception de l'être humain qui va privilégier l'existence sur l'essence. L'année suivante, il a une liaison clandestine avec Hannah Arendt, une de ses élèves, future philosophe de renom. Cette liaison se poursuivra avec plusieurs correspondances tout au long de leur vie. Le , il présente à Husserl, à l'occasion d'une réception pour les 67 ans de celui-ci, le manuscrit de "" ("Être et Temps"), son premier ouvrage, qui est publié l'année suivante, à la demande du doyen de l'Université de Marbourg. En 1928, il prend la suite de son maître Husserl, parti à la retraite, à l'Université de Fribourg. 1929 fut l'année de la controverse de Davos où eut lieu une confrontation célèbre entre Ernst Cassirer, représentant du néo-kantisme, et Heidegger. En 1931, un poste lui est proposé à l'Université de Berlin, poste qu'il refuse après une discussion avec un de ses amis paysans. Heidegger resta à l'Université de Fribourg-en-Brisgau pour le restant de sa vie enseignant, déclinant de nombreuses offres. Ses étudiants les plus illustres furent : Hannah Arendt, Günther Anders, Hans Jonas, Karl Löwith, Charles Malik, Herbert Marcuse, Ernst Nolte, Emmanuel Levinas. Sous le régime nazi (1933-1945). Les années terribles de 1933 à 1945 furent philosophiquement les plus prolifiques, tant pour ce qui est de l’œuvre publiée, que celle non publiée, les de Heidegger. C'est du début de cette période que date la "", le dans son œuvre. Heidegger a commencé à sympathiser avec le nazisme en 1930. Lors des élections de 1932, il vote pour le NSDAP, et y adhère l'année suivante. Le , il est élu recteur de l'Université de Fribourg-en-Brisgau, trois mois après l'avènement d'Adolf Hitler comme chancelier du Reich (le ). Heidegger affirme dans un entretien accordé en 1966 au "Spiegel" que sa prise en charge du rectorat se fit à la suite de l'appel de l'ancien recteur von Möllendorf, un social-démocrate obligé de démissionner, qui lui demanda de se présenter pour empêcher la nomination d'un fonctionnaire nazi. Heidegger prononce alors le , dans lequel il fait vœu de s'appuyer sur l'Université pour élever le niveau spirituel de l'Allemagne. Lors de sa prise de responsabilité, Heidegger publie dans un journal universitaire un qui s'achève ainsi : . Il explique au "Spiegel" qu'il s'agissait du seul compromis qu'il ait concédé avec les étudiants SA, et dans une lettre à Hans-Peter Hempel qui l'interrogeait sur cette phrase, . Pour les historiens Hugo Ott, Bernd Martin et Guillaume Payen, ainsi que pour d'autres, Heidegger œuvre à l'introduction la plus large possible du "Führerprinzip" dans l'Université allemande : le discours de rectorat serait même en cela « un autoportrait du philosophe en Führer ». Heidegger forme avec d'autres, comme Alfred Bäumler ou Ernst Krieck, l'avant-garde de cette réforme. Heidegger travaille (« probablement en collaboration directe avec Krieck », selon H. Ott), à la réforme des statuts de l'université dans le Land de Bade, qui fait de l'université de Fribourg le stade le plus avancé, dans toute l'Allemagne, dans la mise en œuvre de cette réforme. Karl Löwith rapporte que Heidegger ne faisait pas mystère de sa foi en Hitler. Heidegger affirme cependant avoir . Toutefois, selon le témoignage d'Ernesto Grassi rapporté par Hugo Ott, l'autodafé des livres juifs et marxistes a bien eu lieu à l'université de Fribourg sous le rectorat de Heidegger : écrit ainsi Grassi. L'historien Raul Hilberg a établi qu'en 1933 Heidegger, suivant les instructions du Ministère prussien de l'Éducation, mit fin au versement des allocations de la plupart des étudiants boursiers de l’université de Fribourg ; il étendait ainsi la portée de la loi sur la révocation des fonctionnaires juifs (dite « loi sur la restauration de la fonction publique »). Selon Emmanuel Faye, en parlant d'« anéantissement total » de l'ennemi intérieur, Heidegger aurait même appelé à l'extermination des Juifs : Pour Guillaume Payen, : on était dans . De nombreux défenseurs de Heidegger parlent d'un engagement de quelques mois. Kostas Axelos écrit : "Heidegger fut national-socialiste pendant quelques mois, publia des textes et prononça des discours nazis. C’est un fait." Quant à André Glucksmann : "Heidegger fit en 1933, durant quelques mois, des discours nazis […] Laissons aux docteurs qui ont la chance d'échapper à cette misère le soin de démontrer qu'elle est uniquement "misère allemande", qu'il convient de brûler Heidegger pour six mois de sympathie nationale-socialiste et qu'il faut glisser sur cinquante années passées par d'autres à saluer le socialisme (national) de la patrie de l'archipel du goulag." Allongement de cette durée d’engagement avec Hadrien France-Lanord : "dix mois", mais pour François Fédier toujours "quelques mois" dans l'avant-propos à "Heidegger à plus forte raison" (Fayard, 2007). Servanne Jollivet, avec un ton critique, reprend ce discours : "Plus que d’une erreur, il semble bien qu’il faille parler ici d’une véritable compromission, participation consciente et réfléchie au national-socialisme, tout du moins pendant les premiers mois de son engagement en tant que recteur de l’Université de Fribourg, tout en précisant qu’il n’assume cette charge qu’appelé par son ancien recteur et soutenu en cela par ses pairs, porté par l’espoir de pouvoir orienter, et en un certain sens infléchir, la politique universitaire." Heidegger donne sa démission de recteur le : pour Hugo Ott, il l'aurait fait après avoir été désavoué par le ministère de l'éducation du Bade dans la gestion d'Adolf Lampe, qui assurait l'intérim d'une chaire. Heidegger écrit alors dans un cahier noir : Après cette date, pour Jean-Michel Salanskis, il n'est donc plus membre actif de l'administration nationale-socialiste, et quitte le parti nazi. Pour Hugo Ott (ainsi que pour Victor Farias), ce n'est pas le cas et a un autre projet, en Prusse celui-là : l'Académie prussienne des professeurs, en cohérence avec sa lettre de démission : Les témoignages d'étudiants au sujet de cette période sont contradictoires, certains voyant en lui un admirateur du nazisme continuant sa propre , d'autres voyant dans ses cours l'une des seules échappatoires à la pensée totalitaire nazie. Il poursuit son enseignement jusqu'en 1944, où il est réquisitionné dans la milice en tant que pour effectuer des travaux de terrassement en bordure du Rhin. Durant cette période, il traite notamment longuement de la philosophie de Nietzsche. L'après-guerre (1945-1976). En 1945, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, les autorités alliées victorieuses lui interdisent d'enseigner. Cela n'empêche pas sa pensée d'influencer considérablement la vie intellectuelle, notamment via "L'Être et le Néant" de Jean-Paul Sartre, d'inspiration heideggerienne. Le penseur allemand prend toutefois ses distances avec l'existentialisme sartrien dans sa "Lettre sur l'humanisme" de 1946. Dès 1945, commence avec Jean Beaufret un dialogue qui ne prend fin qu'à la mort du penseur. La célèbre "Lettre sur l'humanisme" . En dépit de l'interdiction d'enseigner, Heidegger donne toute une série de conférences ; après "Pourquoi des poètes" de 1946, suivent quatre conférences intitulées "Regard dans ce qui est : La chose, Le Dispositif, Le danger, Le tournant" qui sont données au Club de Brême en 1949. De février à mai 1946, après un épisode dépressif, il séjourne à la clinique psychiatrique de Badenweiler, dirigée par L'interdiction d'enseigner est levée en 1951, et Heidegger reprend ses cours. Son premier séminaire porte sur Aristote. Les cours les plus célèbres d'après-guerre sont : "Qu'appelle-t-on penser ?" (1951-1952), "Le Principe de raison" (1955-1956). En 1951, il prononce la célèbre conférence : "Bâtir, habiter, penser" suivie de : "L'homme habite en poète", "Qui est le Zarathoustra de Nietzsche ?", "Science et méditation", "La question de la Technique". En 1955, il est convié en France par Maurice de Gandillac et Jean Beaufret, pour présenter une conférence à Cerisy. Il séjourne chez Jacques Lacan. Il est ensuite régulièrement invité en Provence par le poète René Char pour tenir des séminaires, retranscrits dans "Questions IV". En 1958, Heidegger prend sa retraite de l'Université, mais il continue d'animer des séminaires et de participer à des colloques jusqu'en 1973, et notamment le séminaire tenu à Fribourg avec Eugen Fink sur "Héraclite" en 1966-1967, trois séminaires au Thor en Provence avec Jean Beaufret. De ces années , on trouve un résumé dans le petit livre de Alain Boutot consacré à Heidegger. Heidegger meurt le à Messkirch, où il est enterré. La même année est publié le premier volume des "Œuvres complètes" (""), qui comprendra environ 110 ouvrages. À partir de 1989, commence la publication des , écrits dans les années 1935 à 1940 et restés volontairement scellés jusqu'à cette date, notamment les ", "traduit en français chez Gallimard par François Fédier sous le titre "". La période de gestation. Les précurseurs. La pensée d'Heidegger est selon Servanne Jollivet le fruit de sources diverses : L'influence du milieu. C'est autour de quelques thèmes majeurs comme la "Phénoménologie de la Vie", la "Logique et l'interprétation d'Aristote", le "concept de Temps", la toute nouvelle "Phénoménologie husserlienne", l"'Interprétation de l'Histoire et de l'historicité", à l'occasion de fréquents débats et polémiques avec ses collègues, tenants de courants plus traditionnels (néo-kantisme, psychologisme, historicisme), que s'est forgée la forte originalité intellectuelle du jeune professeur à Marbourg. Servanne Jollivet en fait le détail et conclut : . Compte tenu de la nouveauté et de la richesse de ces travaux de jeunesse récemment dévoilés par la publication intégrale des œuvres, il n'est plus possible, note Marlène Zarader, de considérer cette période comme simplement préparatoire à son maître ouvrage, à savoir "Être et Temps". Les controverses de Marbourg et le rejet des philosophies dominantes. Pour qui s’intéresse aux œuvres, travaux et conférences de jeunesse de Martin Heidegger, la principale difficulté consiste essentiellement à les , c'est-à-dire à les inscrire dans les discussions intellectuelles de son temps et non à les lire à la lumière de travaux ultérieurs. C'est tout récemment que l'intérêt pour ce premier Heidegger, détaché d'une perspective généalogique sur "Être et Temps", s'est manifesté. Dans cette perspective, le premier ouvrage en langue française consacré au « jeune Heidegger » date de 1996, issu d'un colloque organisé par Jean-François Marquet et Jean-François Courtine à la Sorbonne. Au début du , des débats très vifs opposent les tenants du néo-kantisme (Heinrich Rickert), les sociologues (Georg Simmel), les philosophes de la vie (Wilhelm Dilthey, Karl Jaspers) et les historiens (Oswald Spengler) sur la question de l'objectivité des sciences historiques. Heidegger renvoie tout le monde dos à dos en trouvant superficielles ces querelles, car les idées de succession de génération, de compatibilité ou non de cultures, de cycles historiques, de sens du progrès, ne sont pas basées sur une justification préalable. Même si cette réalité est suffisamment stable et déterminée pour faire l'objet d'une science, il estime que la question philosophique principielle du fondement reste en suspens. Heidegger rejette, au cours de débats et controverses, la philosophie dominante de son temps, le néokantisme, apparue vers le milieu du , à laquelle il reproche son abstraction. La controverse sans doute la plus célèbre est la Controverse de Davos avec Ernst Cassirer, ainsi que, selon le témoignage de Hans-Georg Gadamer, le projet de limiter la philosophie à l'histoire des problèmes. Avec le kantisme, il rejette aussi le cartésianisme et toutes les philosophies issues des sciences positives ou subjuguées par leurs méthodes : l'anthropologie philosophique, la psychanalyse ou encore la philosophie de la vie. Enfin, il reproche à Husserl l'ambition quasi scientifique de sa phénoménologie, à laquelle il préfère une phénoménologie plus orientée sur l'herméneutique et , dénommée la facticité. Il critique, en outre, les principes de l'anthropologie moderne : les notions de sujet, de vie et de personne. Tout au long de son œuvre revient la critique du cartésien qui aurait ignoré le sens d'être du « Je suis », relève Marlène Zarader. Les premiers travaux. La question de l'histoire. Heidegger rencontre le problème de l'histoire tel qu'il est posé dans les controverses méthodologiques du début du . En rejetant les positions des uns et des autres, Heidegger intervient dans des débats qui opposent les tenants du néo-kantisme (Heinrich Rickert), les sociologues (Georg Simmel), les philosophes de la vie (Wilhelm Dilthey, Karl Jaspers), ainsi que les historiens (Oswald Spengler), sur la question de l'objectivité des sciences historiques. Pour Heidegger, toutes ces conceptions ont la même absence d'assise solide, car elles se fondent sur un même préjugé, le présupposé qu'il y a une réalité originaire donnée, à base de cohérence et d'enchaînement de faits historiques, pouvant faire l'objet d'une science, par exemple l'observation de la succession des générations, de l'existence de cultures différentes, des cycles historiques, d'un apparent sens général d'évolution que l'on qualifie de ou de , qui ; pour Heidegger, il s'agit d'abord de les fonder. La question de la théologie. Françoise Dastur rappelle la phrase de Heidegger : , car poursuit-elle . Heidegger réintroduit la problématique théologique dans la philosophie sous la forme d'une critique d'un aspect particulier de la métaphysique qu'il nomme onto-théologie, science qui depuis son appellation par Kant lie l'Être et Dieu (ou premier principe). Pour lui, la théologie dogmatique repose sur un fondement, un système philosophique, qui n'est pas issu directement du questionnement croyant auquel Heidegger veut revenir. Selon Hans-Georg Gadamer : . Le christianisme primitif, continue l'interprète, va , et donc être considéré par Heidegger comme un témoin privilégié contre toutes les visions du monde « rassurantes » d'inspiration religieuse ou philosophique. Jean-Claude Gens note que un accès vers ce qu'il appelait alors la . La reconquête des concepts primitifs de la foi chrétienne, poursuit Jean-Claude Gens, Dans les années passées à Marbourg, Heidegger a entretenu un dialogue fécond avec la théologie dialectique protestante et notamment avec le théologien Rudolf Bultmann. Sous l'impulsion d'une relecture des épîtres de Paul, ainsi que des œuvres de Luther et de Kierkegaard, il exerça, à travers l'analytique existentiale d"'Être et Temps", sur Rudolf Bultmann et le renouveau de théologie protestante, une influence « décisive », selon l'expression employée par le rédacteur de "l'Encyclopédie du Protestantisme". Les sources d'inspiration. Aristote redécouvert. Pour Hans-Georg Gadamer, seuls ceux qui étaient présents à Marbourg dans les salles de cours, dans les années 1920, ont pu mesurer le poids de la présence réelle d'Aristote dans la pensée du jeune professeur, mais d'un Aristote nouveau, libéré de toutes les interprétations scolastiques déformantes accumulées. Jean-Claude Gens notera à ce propos l'importance de Martin Luther dans la redécouverte d'Aristote. Dans le cadre de ses travaux sur le fondement philosophique de la logique, Heidegger découvre que même chez Aristote, la ' n'est pas une activité éthérée, détachée de la vie et de nature intemporelle, mais au contraire le fait d'un ' historique, engagé dans une existence déterminée. Il affirme que ce ne sont ni les Grecs ni Aristote qui furent à l'origine de cette coupure fondamentale entre théorie et pratique, mais leurs interprètes scolastiques qui l'exagérèrent en portant une attention exclusive à sa « métaphysique » au détriment des autres œuvres comme l"Éthique à Nicomaque", et "De Anima". Les écoles, nous dit Françoise Dastur, ont fait d'Aristote , un penseur qui n'aurait compris l'être de l'« étant » qu'à travers la "", réduction à laquelle Heidegger s'oppose en exhumant un Aristote phénoménologue avant la lettre. Étienne Pinat, à propos du cours "Introduction à la recherche phénoménologique", souligne . S'il est possible de ressusciter Aristote, note de son côté Philippe Arjakovsky . Il s'agira, pour Heidegger, de mettre en évidence l'enracinement de la "theoria" et de la "praxis" dans le nouveau concept de « Souci », que lui avait fait découvrir, par ailleurs, sa fréquentation du Livre X des Confessions de Saint Augustin et ses travaux sur la vie des premiers chrétiens, dont il va s'acharner à trouver les linéaments dans l'œuvre même du Stagirite en s'appuyant sur le concept de « prudence », la "Phronesis" () ; « Souci » qui va devenir progressivement l'essence même de l'« être » de l'homme dans "Être et Temps". En outre, avec l'appui de l'héritage aristotélicien, le jeune professeur de Marbourg va pouvoir innover en interprétant systématiquement les phénomènes fondamentaux de la vie facticielle (les manières de se comporter du ""), qui avaient été dégagés antérieurement, pour les porter, eux aussi, au niveau de déterminations catégoriales, qui seront à la base des futurs « existentiaux » (ou « catégories de l'existence ») dans "Être et Temps". Source religieuse. Sa sensibilité catholique l'a ouvert au caractère tragique et précaire de l'existence, ainsi que l'a souligné Jean Greisch. Hans-Georg Gadamer insiste également sur les origines religieuses du chemin de pensée du philosophe. Marlène Zarader décèle plutôt chez Heidegger un héritage hébraïco-biblique qui constituerait un impensé de sa philosophie ; le privilège accordé dans ses premiers cours à la "Phénoménologie de la vie religieuse", c'est-à-dire au vécu de la foi par rapport à la phénoménologie de la religion chez les premiers chrétiens, ayant, suggère-t-elle, pour conséquence d'occulter tout l'héritage proprement hébraïque dans la pensée occidentale. À ces sources religieuses anciennes s'ajoute l'influence plus contemporaine du penseur chrétien Kierkegaard, mettant l'accent sur les « tonalités affectives », sur la compréhension heideggerienne des concepts d', d' et d'. Impulsion phénoménologique. Son maître Edmund Husserl lui offre avec la phénoménologie une méthode d'exploration de la réalité et la formation à une exigence, le . Heidegger se convainc d'abord que c'est dans l'expérience la plus pragmatique et la plus naïve du monde que l'homme prend conscience de lui-même et de ce qui l'entoure, remarque Christoph Jammes : . La primauté est reconnue à la quotidienneté ordinaire. Le "" y reçoit la première expérience concrète de l', de . Heidegger pense trouver dans l' de la vie factive, comme le suggérait déjà Wilhelm Dilthey dans son affirmation (), le fondement recherché. Les voies et les moyens. Le langage et la logique. , observe Heidegger d'après Jean Greisch, qui précise qu'. Son rapport à l'existence est donc pour le penseur plus essentiel que son enfermement dans les règles de la et de la grammaire, dont la tradition s'est rendue coupable. Pour preuve, . Le tournant herméneutique de la phénoménologie. C'est dans les années 1919-1923, correspondant au premier séjour de Heidegger à Fribourg comme "", que le jeune professeur commence à prôner un retour à l'expérience concrète de la vie pour contrer la vision exclusivement théorique de la philosophie traditionnelle, et orienter ses recherches sur la vie facticielle, en laquelle il commence à voir la source de tout sens ainsi que le fondement du philosopher, qui va constituer le chemin par lequel il cherche à se distinguer de la philosophie dominante de son époque. Parce que de grands noms de la philosophie du comme Hannah Arendt, Hans-Georg Gadamer, Max Horkheimer, Hans Jonas, Karl Löwith, J. Ritter, furent ses auditeurs, les cours de cette période se révèlent être une source centrale pour la compréhension de la philosophie de ce siècle. Alors que les premiers essais de Heidegger de 1912 à 1915 le portaient à soutenir la nécessité d'une philosophie logique, comme science rigoureuse, dans la lignée des "Recherches logiques" de Husserl et de l'enseignement de son professeur néo-kantien Heinrich Rickert, se met progressivement en place, au contact de la "Lebensphilosophie", une philosophie de la vie, et face au constat d'une une phénoménologie herméneutique proprement heideggérienne. En perdant son caractère scientifique, la philosophie en tant qu'auto-compréhension de la vie garde néanmoins son caractère originaire en tant que savoir pré-théorique. Jean Greisch note que sur « l'analyse existentiale », Heidegger met en œuvre . La transformation et l'appropriation de vieux concepts. C'est dans la ré-appropriation de très vieux concepts grecs comme "Phusis", "Logos", "Alètheia" (relevés par Marlène Zarader ; celle-ci les qualifie de ) et le travail d'interprétation effectué sur les concepts aristotéliciens, ainsi que leur transformation dans le cadre de son analytique existentiale, que s'expose la pensée du philosophe. L'inventivité sémantique. Heidegger, pour mieux traduire sa pensée, innove avec le langage – soit qu'il utilise des mots courants dont il détourne ou déplace le sens à partir de considérations étymologiques, comme avec "A-lètheia" ou "Da-sein", soit qu'il se livre à des reconstructions grammaticales, construisant ainsi des néologismes, comme avec '. À l'exception de ' qui selon Kostas Axelos a , la plupart des mots utilisés par Heidegger sont présents dans le dictionnaire allemand. Ces innovations, qui constituent un frein à la compréhension de sa pensée, occasionnent plusieurs polémiques, dont une majeure en France concernant les choix de traduction. Les traductions posent en effet des problèmes de choix, dans toutes les langues : utiliser un vocabulaire courant pour expliquer la notion en jeu, utiliser le mot correspondant au mot allemand dans son sens d'origine, ou inventer des néologismes. En France, la traduction d"'Être et Temps" par Vezin suscite une polémique intense. Sa version provoque selon les auteurs un « tollé », un « scandale », sachant qu'avec la traduction alternative, non autorisée, d'Emmanuel Martineau, ainsi que celle antérieure de Rudolf Boehm et Alphonse De Waelhens (1972), toutes trois sont jugées par Dominique Janicaud comme relevant d'un . Toutefois, Dominique Janicaud parle ensuite de la de la version de Martineau, qu'il a appréciés. Françoise Dastur évoque, à propos de l'accueil d"'Être et Temps" en France, . Penser et non philosopher. Heidegger lui-même, rapporte Jean Beaufret, a déclaré au colloque de Cerisy-la-Salle en 1955 : . Il a souvent marqué sa préférence pour l'appellation de (""), en direction de ce que Jean Beaufret qualifie de pensée plus . Heidegger s'oppose à la pensée explicative traditionnelle par les causes, pour laisser « venir et accueillir », ('), ce dont il est question dans le langage, que la chose soit formulée ou non. Hadrien France-Lanord note que, s'agissant du concept métaphysique, le travail de Heidegger en vue de laisser le phénomène advenir dans sa manière singulière. Contrairement à tous ses prédécesseurs, il accordera, sous le nom de ', une place toute particulière à l' qui toujours se réserve et fonde l'unité du texte ou de la pensée. Heidegger se distingue de ses prédécesseurs en ce qu'il pratique une dans l'étude de leurs œuvres. Pour Alain Boutot . Christian Sommer rappelle cette remarquable sentence de Heidegger : . La déconstruction. Que la question du ait pu être, en tant que telle, oubliée depuis les Grecs, entraîne une autre question quant à la nature et la solidité du fonds permanent de réponses ontologiques qui dominent depuis lors la pensée philosophique. Sur quelle espèce d'évidence est ainsi assise l'idée de l', lorsqu'elle est déterminée comme ? Pour Heidegger, note Christian Dubois, . Tout « questionner » philosophique serait dans l'histoire de la philosophie souterrainement pré-orienté par un sens évident et enfoui, qu'il s'agit de mettre au jour. C'est par un travail de « déconstruction » ("") de la tradition, qui n'est en rien une destruction au sens français, mais un démontage intéressé des pièces, que Heidegger compte y parvenir. Le premier déploiement de pensée. Publié en 1927 en vue de l'obtention d'une chaire professorale à Marbourg, son maître livre, "Être et Temps", est qualifié d'« ontologie fondamentale ». Servanne Jollivet, dans son sommaire, présente "Être et Temps" comme l'aboutissement d'une recherche en vue d'un enracinement vital de la philosophie comme science originaire. C'est pourquoi l'expression d'« ontologie fondamentale » (science de l'être en tant qu'être), couramment utilisée à propos d"'Être et Temps", ne correspondrait pas véritablement au dessein de ce livre, parce que cette ontologie recouvrant une « analytique de l'existence » remarque Pascal David. L'être et le temps. L'ouvrage "Être et Temps". Selon Christian Dubois, quiconque tente de pénétrer dans la pensée de Martin Heidegger doit commencer par lire "Être et Temps" (1927). Néanmoins Maxence Caron suggère, compte tenu du fait qu’"Être et Temps" est une œuvre , qu'il est plus judicieux, pour accéder à la pensée heideggerienne, de commencer par lire certains cours de la fin des années 1920, récemment traduits en français, qui encadrent la publication de l’œuvre. Les lecteurs francophones disposent de plusieurs traductions : - celle partielle de Rudolf Boehm et Alphonse De Waelhens en 1964, - celle, autorisée, de François Vezin, complète et enrichie de notes du traducteur, - celle d'Emmanuel Martineau, partielle, non autorisée et hors commerce mais accessible en ligne. Pour ce qui concerne le commentaire, le public francophone dispose de deux ouvrages récents de Jean Greisch et de Marlène Zarader. Mais "Être et Temps", malgré son importance, nous dit Christian Dubois, . Cet ouvrage, premier aboutissement de la pensée d'Heidegger, est une de ces œuvres majeures de la philosophie que certains ont comparé à la "Métaphysique" d'Aristote. Toutefois, elle n'est que la première partie d'un projet qui ne fut pas mené à terme. Il s'agissait au départ de développer une intuition de Heidegger quant au sens temporel de l'. À cette époque, Heidegger n'ayant pas encore rompu totalement avec la métaphysique, il s'agissait de parvenir à lui assurer un fondement solide par l'exploration du sens unitaire de l'Être qu'Aristote avait éludé en concluant à la polysémie incontournable de ce concept. Heidegger entreprend de dévoiler ce sens unitaire en partant de la temporalité de l'étant concerné, le "" que les premières études avaient mis au jour dans son exploration de la . L'homme lui-même n'est plus défini comme une nature, une essence invariable et universelle, mais comme un . L'existence prend le pas sur l'essence avec la célèbre formule tirée du § 9 d"Être et Temps", qui donnera naissance à l'existentialisme : . De l’aveu même de son auteur, cette tentative aboutit à un échec, la deuxième partie et la troisième section de la première partie n'ayant jamais pu être rédigées. De cet échec, Heidegger retire la conviction que la métaphysique est définitivement dans l'incapacité d'atteindre sa propre vérité, à savoir la différence de l'être et de l'étant. (Christian Dubois) Telle qu'elle fut livrée, cette œuvre, avec celles qui la précisent, marque néanmoins, par sa nouveauté, un tournant important dans la philosophie occidentale, selon Levinas. On y trouve l'apparition de nouveaux concepts majeurs pour l'histoire de la philosophie, tels que le "", avec ses multiples "guises" ou "modes" sous lesquels ce "Dasein" journalier et quotidien apparaît : Monde et mondéité, être-au-monde, être-pour-la-mort, être-avec, être-en-faute, être-jeté. Le problème de la conjonction de l'être et du temps a été réabordé d'un point de départ différent à l'occasion de la conférence de 1962 "Temps et être" : (Alain Boutot) Le coup d'envoi de la question de l'être. De sa lecture de la thèse de Franz Brentano, le jeune Heidegger avait retenu que pour Aristote « l'être se dit de multiples manières », et outre son sens catégorial, il se dit aussi au sens de propriété, de possibilité, d'actualité et de vérité, que Brentano avaient négligés. L'édition intégrale des œuvres de Heidegger, la "", qui devrait comporter quand la publication en sera achevée, sera en grande partie constituée de ses cours, dont beaucoup entreprennent de réinterroger la tradition philosophique occidentale depuis ses origines grecques à travers ses principaux représentants (Platon et Aristote, Kant, Hegel et Nietzsche). Alain Boutot souligne : . Alain Boutot estime en outre que, de la lecture dans sa jeunesse de la dissertation de Franz Brentano intitulée "De la signification multiple de l'étant chez Aristote", Heidegger avait retenu . Boutot ajoute : Au seuil de son livre "Être et Temps", Heidegger écrit : . Ce lien de compréhension entre être et temps est aussi souligné par Christian Dubois : . L'histoire métaphysique (ou histoire de la philosophie) va apparaître, écrit Jacques Taminiaux, . La question du temps. Avec le fondement du Temps, Heidegger cherche à établir que l'être de l'homme n'est pas seulement , comme l'on dit habituellement, mais qu'il « s'identifie » au temps. Selon l'expression d'Alain Boutot . Le temps ordinaire, celui des horloges, dérive de la temporalité propre du " : . Ce temps « extatique », propre au ", dans une conférence de 1924, se décompose en trois moments ou "extases" : l'« à-venir », l'« avoir été », le « présent ». Cette conférence est suivie du cours sur les "Prolégomènes à l'histoire du concept de temps" professé à Marbourg en 1925, dans lequel ce devient le phénomène qui se trouve à l'origine du temps normal ou vulgaire. Ce dernier n'est plus alors qu'un temps dérivé, qui trouve son fondement et sa possibilité dans le premier ; pour distinguer ce temps originaire, Heidegger le qualifie de , ou . Cet « être-là », est qualifié de temporal, selon Françoise Dastur, . La question de l'existence. C'est donc à une analyse de l'existence du "", autrement dit des vécus de l'homme, que Heidegger procède à travers ce qu'il appelle l'« analytique existentiale » qui tiendra lieu d' ; analyse dont il espère qu'elle va pouvoir lui procurer la base métaphysique recherchée, et qui l'amène à explorer la structure d'un nouveau concept, celui d'« être-au-monde ». Le rapport à une extériorité, à une « totalité » (l'homme est être-au-monde, il n'est pas possible de penser l'homme sans le monde), est ce qui se donne en toute priorité lorsque l'on cherche à caractériser l'homme en son être. L'« être-au-monde » se présente comme une structure unitaire en mouvement, complexe, que Heidegger va tenter d'unifier dans ses multiples moments en faisant appel au concept de « souci ». Ce « souci » ("") reflète selon Jean Greisch . Le ' dans le , est dans la nécessité de réaliser l'une ou l'autre de ses possibilités : soit être responsable de son existence, en ce cas il est qualifié d', soit déposer cette responsabilité et être considéré comme . L'inauthenticité est le fait d'un ' qui se comprend lui-même à partir de ce dont il se préoccupe et non pas à partir de son propre fini, et dans ce cas se laisse conduire par le , qui représente l'expression de l'opinion moyenne. Le ' vivant la plupart du temps sur un mode impropre, se convoque lui-même (l'appel de la conscience) au nom de son étrangeté essentielle à quitter le « On », c'est-à-dire à quitter sa fascination pour le monde. Une nouvelle approche de l'être : le Dasein. La notion de ' tente de thématiser, selon Alain Boutot, l'homme que nous sommes nous-même, à travers sa détermination la plus essentielle, à savoir : . L'« être » de cet étant, révèle progressivement sa complexité tout au long de l'analytique qui lui est consacrée dans "Être et Temps". Au cœur de cette analyse, apparaît d'abord une structure fondamentale l'« être-au-monde », puis les multiples "guises" ou "modes" sous lesquels le ' journalier et quotidien apparaît : « être-jeté » ; « être-avec » ; « être-en-faute » ; « être-vers-la-mort ». Hadrien France-Lanord note à propos du "" . Une nouvelle approche du Monde. résume Dominique Saatdjian. La plupart du temps ignorée, cette mondéité (ce qui fait qu'un monde est monde, son essence) se montre dans "Être et Temps" d'une manière fugitive, au sein même de l'« ustensilité », lorsqu'elle ne joue plus, à même l'outil cassé et la rupture de la chaîne des renvois (voir les choses du monde). Le deuxième déploiement de pensée. Alain Boutot résume ainsi l'orientation de ce deuxième déploiement, correspondant au « Tournant » ("") des années 1930 : . La question de la vérité. Dès "Être et Temps", Heidegger interroge un concept pivot de la métaphysique, celui de , défini depuis Aristote comme adéquation entre l'idée et la chose, qui de fait s'est historiquement prêté à de nombreuses variations rappelle Jacques Taminiaux. Dans des analyses célèbres portant sur des fragments de textes attribués aux premiers pré-socratiques, Heidegger exhume le comme "Alètheia" ou dévoilement ('), qui n'est pas un concept de relation, mais que Heidegger interprète, en prenant appui sur l'« a » privatif appliqué à la ', comme l'expression d'un « surgissement hors du retrait ». Une première mutation de l'essence de la vérité est survenue avec la détermination platonicienne de l'être comme ', premier pas que Heidegger va qualifier de « catastrophe ». Les époques de la vérité. Ce concept, après sa forme scolastique, a subi au cours du temps de nombreuses autres métamorphoses, mais la variation décisive pour l'avènement du règne de la « Technique », c'est-à-dire, de la modernité, se trouve formulée dans les travaux de Descartes avec la prévalence absolue de la « vérité-certitude » qui impose aux choses de se soumettre, dans un complet renversement, à la "mathesis". Connaître est devenu le moyen de s'assurer d'un pouvoir sur l'étant. L'oubli de l'être et le tropisme grec. Hans-Georg Gadamer déclare à propos de la lecture que fait Heidegger des premiers penseurs : Il s'agit pour Heidegger de conquérir, à l'encontre de toutes les visions réductrices qui prétendent comprendre à partir de nos préoccupations modernes un tout autre monde, une dimension qui fasse droit à leurs pré-occupations de penseurs dans la Grèce archaïque (celle d'Homère). Dépassement de la métaphysique et autre commencement. Après l'échec d"Être et Temps" et l'épisode du Rectorat (1933), s'affirme le thème, nouveau pour lui, du . La problématique du va laisser place à la question de la , dont la révélation du « voilement » accaparera dorénavant les efforts du philosophe, note Jean Grondin. Quant à l'idée d'un « autre commencement », il ne faut pas l'entendre en un sens chronologique où un « commencement » succéderait à un « autre commencement », dans un enchaînement causal, car il ne fait signe vers aucune philosophie de l'histoire, ni sur l'idée d'un progrès de l'humanité ou celle d'un déclin, tout ceci appartient en propre à la métaphysique et à son besoin de . L' prétend, par-dessus la métaphysique, reprendre source directement à l'origine, à l'écoute de la dynamique cachée de l'histoire de l'. Il s'agit, de se retourner pour retrouver, à travers la , le point inaugural d'un autre chemin possible de la pensée, d'un . , écrit Martina Roesner. L'époque de la Technique comme phase ultime de l'histoire de l'être. Dans ses derniers travaux, Heidegger s'est attaché à mettre au jour les fondements métaphysiques de la modernité. L'étude de ces fondements , à faire un pas en deçà de la Technique, que Jacques Taminiaux qualifie de . , écrit Alain Boutot. Pour Heidegger la technique moderne (sens trivial actuel) ; en son essence la Technique est en vertu duquel, . La Technique est parallèle à l'universalisation de la pensée calculatrice , ajoute Jacques Taminiaux. Alain Boutot expose : . C'est cette volonté de calculabilité universelle, y compris sur l'humain, que Heidegger va explorer sous le nom de dans son cours sur Nietzsche, et dont il fait commencer le règne avec la naissance de la métaphysique. Jacques Taminiaux dans sa contribution intitulée "L'essence vraie de la Technique" fait un bref résumé de l'histoire de la métaphysique. Dans une étape ultime, l'époque moderne de la Technique, dessine un homme, bien moins maître de lui, mis en demeure par le " – traduit difficilement par « dispositif », ou « déferlement de la Technique ». Jacques Taminiaux constate : Un drôle d'humanisme. L'homme habite en poète. Heidegger, inaugure dans ses œuvres de maturité un humanisme de l'« habiter », dans une espèce de retour à l'« éthos » – " grec – contre un humanisme traditionnel de l'« essence », où la question de l'homme . Cet humanisme que Heidegger lui-même qualifie d' (), expression rapportée par Jean-François Marquet. Ce dernier précise, en redéfinissant le terme « "Wesen" » à partir de son étymologie tirée du vieil allemand : En parallèle, Heidegger souligne dans la "Lettre sur l'humanisme" combien est importante ce qu'il appelle , cet par la parole en tant que . Par le langage, , comme le dit Hölderlin, dans une expression que Heidegger reprend à son compte. Encore faut-il que le langage demeure dans la vérité de son essence et ne se dégrade pas, au point de devenir un simple outil de communication, auquel cas, comme le dit Jean-François Marquet, le destin de l'homme d'aujourd'hui resterait . Dans cette même "Lettre sur l'humanisme", Heidegger recourt à la métaphore du berger ; l'homme perd ce qui lui restait de caractère auto-centré pour devenir, dans son "", le lieu, l'éclaircie, où peut se déployer l'événement de l'être ; il se fait . L'errance de l'homme. Ailleurs, dans "Introduction à la métaphysique", publié en France en 1958, Heidegger soutient, que l'homme est par essence "Unheimlich", c'est-à-dire sans abri et sans foyer, livré sans défense aux turbulences de l'être, thèse que Heidegger aurait tirée de la lecture des tragédies de Sophocle, selon Françoise Dastur, notamment "Œdipe roi", interprétation qui est reprise avec force dans la "Lettre sur l'humanisme". Alain Boutot précise que selon Heidegger . Un monde se donne à voir. L'œuvre d'art comme dévoilement. Dans la conférence de 1935 "L'origine de l'œuvre d'art" ("), Heidegger lie la question de l'essence de l'art à celle de l'« être ». L'expérience qu'il en fait, remarque Alain Boutot, tourne le dos à la démarche « esthétique » traditionnelle centrée sur le goût, qui . , précise Christian Dubois. La destruction des présupposés de la science esthétique, qui va , est solidaire de la destruction de l'histoire de l'ontologie. L'œuvre d'art va devenir une puissance qui ouvre et installe un monde, la vérité de l'être qui s'y exprime ne sera plus l'effet de la connaissance humaine mais celui d'une ", d'un dévoilement – , écrit Christian Dubois. La poésie avec Hölderlin. Heidegger consacrera, à partir des années 1930 et jusqu’à la fin de sa vie, de nombreuses études à la poésie et notamment à celle de Hölderlin, avec lequel il entreprend un véritable dialogue au sommet. On ne saurait exagérer l'importance du poète, estime Heidegger. Selon Christian Dubois : L"Ereignis" et la Quadrité. La dernière figure du monde s'expose sous le concept d'Uniquadrité (""), qui regroupe les quatre puissances élémentaires du ciel, de la terre, des hommes et du divin, dont Alain Boutot précise qu'il est , et que Heidegger met au jour pour la première fois dans la conférence "La chose" – « choses » dont il montre, à travers l'exemple de la cruche, que l'être (la « choséité ») ne se limite pas à l'utilité. Le danger (""). Avec Heidegger, l'Être est sommé de rendre compte des pires excès de l'histoire contemporaine (notamment l'extermination industrielle de l'homme par l'homme). Il s'agit de s'atteler à la tâche de penser ce qui les a rendus possibles, écrit Gérard Guest, .<br>Heidegger nous en avertit : Heidegger aura été le penseur du et celui de la , notamment celui qui nous avertit du danger qui gît au cœur de , lequel a d'ores et déjà atteint . Critiques de fond et principales controverses. Un certain nombre de penseurs se sont illustrés en apportant des critiques de fond à la pensée heideggérienne, tels, en premier, son professeur, Edmund Husserl, mais aussi Helmuth Plessner, Georg Misch, Ernst Cassirer, Emmanuel Levinas, Hans-Georg Gadamer, Eugen Fink, Michel Henry. Les critiques animées principalement par des motivations politiques quant à l'attitude de Heidegger vis-à-vis du Reich, comme celles de Karl Löwith, ont été écartées.C'est peut être à travers les jugements critiques consacrés à son œuvre que l'on mesure le mieux l'ampleur de l'apport de Martin Heidegger à la philosophie contemporaine. Pour Edmund Husserl, Heidegger a trahi la phénoménologie. Il est impossible ici de détailler tout ce que le philosophe Heidegger doit à son maître Edmund Husserl. Pour Husserl, le discours sur l'Être est la même chose que l'installation dans l'attitude naturelle, note Gérard Granel. Dans les marges de son exemplaire de "Sein und Zeit", Husserl note : Selon Hadrien France-Lanord, cette lecture repose sur , qui conduit Husserl à croire que Heidegger est . Selon Robert Brisart, Heidegger cherche, au contraire du reproche de Husserl, . À quoi Heidegger répliquera que "l'ego transcendantal" de son maître n'est à tout prendre qu'un "subjectivisme transcendantal" et que lui seul, en reprenant à neuf la question de l'être, abandonnée depuis longtemps, a pu s'extraire de la perspective anthropologique qui imprègne toute la pensée philosophique depuis Descartes. C'est d'ailleurs ce même argument qu'il va opposer à ceux qui veulent l’intégrer dans la philosophie de l'existence ("") en compagnie de Kierkegaard, Jaspers et Sartre. C'était reprendre d'une manière moins révérencielle le constat de divergence établi dès 1927 où dans une célèbre lettre à Husserl, Heidegger a bien mis en évidence le point fondamental qui le séparait de son maître : Autrement dit, avec Heidegger, l' ne doit pas tant porter sur les vécus de conscience, que sur l'être pour qui on peut parler de tels vécus, et qui est par là capable de phénoménalisation, à savoir le "", c'est-à-dire, l'existant. Helmuth Plessner et la critique de l'analytique existentiale. Dès 1928, Helmuth Plessner, dans son livre "Les degrés de l'organique et l'homme", se démarque explicitement de la voie de l'analytique du "Dasein", accusée d'écarter la au profit de l'. La question essentielle qui fait débat en ce début de , c'est la question de l'essence de l'homme, de son unité, et donc l'élaboration d'une qui puisse rassembler l'ensemble de ses déterminations. Helmuth Plessner, qui s'appuie sur les travaux des biologistes, considère qu'il y a de la naturalité dans la capacité de l'homme à transformer son environnement naturel en environnement culturel. Face à Heidegger et à la primauté qu'il accorde à l'existence, Helmuth Plessner soutient que , et qu'il n'y a pas, ce point acquis de la primauté de la vie, de désaccord profond sur l'analytique du "Dasein". Pour Heidegger, néanmoins, le malentendu est autre ; il réside dans la possibilité même d'une , qui reste pour lui un concept ambigu, soit la définition de l'homme comme un étant parmi d'autres étants, et donc une simple ontologie régionale, soit un étant dit certain, à la manière cartésienne, ce qui implique comme fondement la subjectivité humaine. Dans l'un et l'autre cas, l'anthropologie scientifique ne peut prétendre à être un fondement de la pensée philosophique. Comme le dit Heidegger, l'anthropologie devient une sorte de « dépotoir » de toutes les questions non résolues. Helmuth Plessner élargit sa critique en soulignant le caractère anhistorique de l'analytique existentiale et les conséquences qu'elle entraîne. Heidegger ne proposerait que des définitions de l'existence humaine, à partir desquelles aucune analyse politique ne puisse être élaborée, ni aucune décision prise par rapport à une conjoncture historique et politique. Or, explique Helmuth Plessner, l'essence de l'homme n'existe pas, elle ne tient dans aucune définition, parce qu'il est appelé à se déterminer lui-même dans l'histoire, de manière historique et selon les situations où il devient ce qu'il a décidé d'être. Helmuth Plessner soutient que l'Homme ne peut être contenu dans . En 1931, il écrit "Le Pouvoir et la nature humaine", après la percée des nationaux-socialistes aux élections de 1930. C'est dans ce contexte qu'il exhorte la philosophie à se réveiller de son rêve, à cesser de croire qu'elle pourra saisir le de l'homme. Son concept d'historicité l'amène à penser qu'elle doit se risquer dans le domaine de la politique et prendre la responsabilité de s'affronter à ses dangers. Toujours selon Helmuth Plessner, la politique est définie manière très comme , ce que les Grecs appelaient le ' et ce pourquoi Machiavel associait la ' à la ' nécessaire à l'homme politique. Et en 1931, l'impératif du moment, pour un philosophe, est précisément de saisir la dimension politique qui construit l'homme, son appartenance à un peuple qui est son trait distinctif, et l'importance de la nationalité ('). Helmuth Plessner adresse par là une seconde critique à Heidegger : celle de ne pas accorder suffisamment d'attention à la nationalité, à partir de laquelle se posent tous les problèmes politiques d'un peuple. L'homme n'existerait que dans l'horizon de son peuple. Selon Plessner, la philosophie de l'authenticité ne fait que creuser le fossé, traditionnel en Allemagne, entre . Selon lui, Heidegger favorise ainsi l'indifférence en politique. Ernst Cassirer et la défense du rationalisme. La rencontre de Davos, en 1929 a donné lieu à une confrontation célèbre entre Ernst Cassirer, tenant de la tradition rationaliste, et Heidegger. Le débat s'est noué autour de l'interprétation du kantisme ainsi que de la place de l'angoisse et de la finitude. Ce qui, pour Heidegger, est une situation indépassable, peut être pour Cassirer transcendé dans la succession infinie des formes intellectuelles et dans la percée éthique vers l'intelligible et les valeurs universelles. Cassirer était l’un des chefs de file de l’école de Marbourg, un courant philosophique qualifié de . Le kantisme affirme que la raison est inapte à comprendre le monde tel qu’il est. D’où cette conséquence révolutionnaire : la vérité ultime sur le monde sera à jamais inaccessible à la pensée. Dans sa "Critique de la raison pure", Kant affirme en effet que la connaissance sur le monde est bornée par des . En d’autres termes, nos connaissances sont modelées par des cadres mentaux qui préexistent à toute expérience. Ainsi, la perception du temps (linéaire), de l’espace (à trois dimensions), ou de la causalité (chaque chose à une cause qui la précède) ne reflètent peut-être pas la nature profonde du monde, mais expriment plutôt la structure de notre esprit. Tel était le sens de la inaugurée par Kant. Ernst Cassirer poussait plus loin la démarche kantienne. Kant s’est surtout intéressé aux pouvoirs et aux limites de la . Or notre connaissance passe aussi par d’autres formes de connaissance : le langage, le mythe, l’art, qu'Ernst Cassirer rassemble sous le nom de . Pour l’homme, l’eau est aussi une idée, un mot, qui renvoie à d’autres mots, d’autres idées : la fraîcheur, la pureté, la mer, la vie Le serpent effraie la souris qui ne voit en lui qu’un danger mortel. Pour l’homme, le serpent peut aussi prendre la figure d’un symbole : il évoquera le poison, la tentation, le sexe masculin C’est par ce jeu de correspondances que fonctionnent les mythes ou la poésie, précise Cassirer. La fonction du symbole est d’ouvrir la pensée humaine à une créativité et une liberté sans fin, c'est lui qui établirait la démarcation entre l'homme et l'animal. Heidegger a une conception plus rude de l'être de l'homme, comme et « être-vers-la-mort », plongé dans le temps, aux prises avec sa liberté, sa finitude, et sa mort. Ce débat portait au fond sur la nature de la pensée et le propre de l’homme. La pensée est-elle réductible au langage et à ses comme le pense Ernst Cassirer ? Est-elle plutôt ancrée dans l’image et la perception du temps, comme le pense Heidegger ? Le langage ou l’imagination : quel est le propre de l’homme ? Voilà la question qui fut posée à Davos. L'écart théorique ne doit pas toutefois être exagéré, comme le soutient Servanne Jollivet : Cassirer le kantien n'était pas tout à fait insensible à la reconduction effectuée par Heidegger de tout étant subsistant à un mode plus originaire qui serait son . Rudolf Carnap et la logique du langage. En 1931, Rudolf Carnap reprend les idées développées par Wittgenstein dans son "Tractatus logico-philosophicus". Passant au crible un passage d"'Être et Temps", il en conclut à un énoncé dénué de sens (pseudo-proposition ). Une partie de la controverse est centrée sur l'utilisation de "nichts" / "Das Nichts", que Heidegger modifiera dans une version ultérieure. Cette polémique induira une opposition durable entre les deux hommes : Heidegger parlera encore en 1964 de de la philosophie contemporaine. Emmanuel Levinas et la revendication éthique. Selon Emmanuel Levinas, Heidegger, en exaltant les rapports pré-techniques de l'homme avec la nature, conduirait l'ontologie à devenir une ontologie de la nature, puissance impersonnelle et sans visage, matrice des êtres particuliers subordonnant le rapport à autrui à la relation avec l'être en général, menant fatalement à la tyrannie. Dans "Heidegger, Gagarine et nous", Levinas écrit percevoir chez Heidegger, fasciné par Hölderlin, , ; d'où sa conviction que Heidegger considère négativement tout ce que l'homme a rajouté à la nature.D'ailleurs la nature y parle poétiquement et anonymement, mais aussi le langage, dont le centre de gravité n'est plus dans l'homme, le prochain, mais dans l'Être. D'où pour un philosophe porté par la tradition juive tel que Levinas, la dénonciation immédiate de la tentation de l'enracinement et du paganisme naturaliste dont Heidegger se ferait l'écho. Levinas ira jusqu'à dire que la Technique nous délivre des attachements terrestres (sic), des dont elle nous a montré . Dans "Totalité et Infini", Levinas décrit l'homme dans un rapport au monde essentiellement axé sur la sensibilité, la jouissance et le jeu, rapport étranger à la finalité et à l'utilitarisme qu'ignorerait le "" heideggérien dans son être-au-monde imprégné de significativité. Ici le monde des choses ne s'ordonne pas prioritairement en vue d'une finalité (produire un objet, satisfaire un besoin), mais d'abord dans et par la jouissance qu'elles peuvent procurer. Il y a de la jouissance dans l'absorption de nourriture avant sa nécessité biologique, comme dans l'étude avant le diplôme, et même dans la souffrance du gréviste de la faim qui se repaît de la compassion publique ; la sensibilité et la jouissance sont premières et antérieures à toute intentionnalité et représentation. Levinas écrit : . Plus obsédante et pourtant moins justifiée, sur le plan de l'analyse du ", apparaît la revendication éthique à travers l'ineffabilité du visage d'autrui, de celui qu'il présente comme infiniment autre, que Levinas reproche à Heidegger de n'avoir pas perçue. Il est certain que Heidegger évite le langage prophétique, mais on ne peut rien en déduire quant à la capacité de l'être-avec d'entendre ou non l'appel de celui que Levinas nomme « l'infiniment autre » ; la conception de Heidegger échappe sur ce plan (comme sur les autres) à la critique de Levinas. Enfin, de la priorité de l'éthique sur l'ontologie fondamentale, Levinas est amené à attribuer à ce qu'il appelle le rôle moteur dans la constitution du sujet autonome et dans la naissance de la conscience de soi comme d'emblée « en dette », rôle que Heidegger confie en tout premier lieu à l'anticipation de sa mort par le ". Gérard Bensussan expose une différence essentielle entre et l' : si l'Angoisse met le "" en face de lui-même, et le révèle à soi, l'Inquiétude le , le déporte de l'être plus absolument, le met en présence du , du désert humain de son , et ceci d'une manière irréparable. Michel Henry et la complexité du Monde de la vie. Entre Heidegger et Michel Henry, Jean Greisch relève, après quelques convergences, une opposition frontale sur des positions phénoménologiques fondamentales quant à l'être humain. L'un et l'autre ont, à des étapes différentes de leur parcours, pris appui sur une interprétation phénoménologique du christianisme, plus précisément du christianisme primitif pour Heidegger (se reporter à "Phénoménologie de la vie religieuse"). Jean Greisch fait d'abord état de trois convergences phénoménologiques manifestes : Ce qui les oppose c'est d'abord l'impossibilité pour Michel Henry de souscrire à la thèse d'un monde qui, comme horizon de compréhensibilité, consacre, pour lui, le triomphe de la représentation, et cette dernière ne peut en aucun cas nous permettre de comprendre la vie chrétienne. Ils sont ensuite opposés sur leur vision de Descartes. Heidegger, afin d'asseoir sa polémique anticartésienne et sa propre vision, aurait déformé dans "Nietzsche II" le sens du en assimilant abusivement ' et ', réduisant le représenté à un "étant devant soi", un "disponible". , interprétation qui va permettre à Heidegger d'enchaîner son argumentation sur la marche de la métaphysique vers la primauté absolue de la Subjectivité. Michel Henry veut sauvegarder l'essence originelle et immanente de la pensée et de la phénoménalité et lutter contre l'idée de la représentéité. La phénoménalité originelle s'accomplit comme ipséité dans une auto-affectation immédiate et sans distance. Michel Haar, le "Dasein" à l'épreuve de la vie. Dans son livre "Heidegger et l'essence de l'homme", Michel Haar met à l'épreuve de la vie, notamment, les concepts fondamentaux de "", d'être-pour-la-mort, d' et de . Il en relève les contradictions et les limites. Hans-Georg Gadamer. Selon Jean Grondin, Hans-Georg Gadamer, lui-même philosophe célèbre, élève et ami personnel de Martin Heidegger, nous offre à travers son livre "Les chemins de Heidegger" un témoignage exceptionnel sur le chemin de pensée complexe de son maître, avec ses impasses, ses reprises et ses percées révolutionnaires. Ce livre n'est toutefois pas un simple panégyrique mais un dialogue plein de doutes ainsi qu'une confrontation de haut niveau. Gabriel Marcel. Si Gabriel Marcel semble rejoindre Heidegger sur la question de la Technique, il s’est en revanche totalement opposé à une de ses thèses fondamentales, selon laquelle l'homme serait un être-pour-la-mort, autrement dit obsédé par la mort. L'horizon existentiel de l'homme ne saurait être la mort, nous dit Gabriel Marcel – en ignorant la signification existentiale de l'expression être-pour-la-mort. Selon lui, lorsque l’homme se voit confronté au temps comme un parcours entre un point de départ et un point d’arrivée, son humanité se réduit. Le cri existentialiste héroïque qui veut doter de signification la vie dénuée de tout sens est, pour Marcel, existentiellement une illusion. L’homme n’est pas un être-pour-la-mort même s’il est un être mortel. Paul Ricœur. Paul Ricœur (1913-2005), faisant référence à Spinoza, affirmait que la philosophie est une méditation de la vie et non de la mort. Heidegger se serait trompé en plaçant le "Dasein" dans une projection déterminée par l’horizon de la finitude. Günther Anders. Günther Anders, philosophe et essayiste allemand, élève de Heidegger dans les années 1920 et premier époux d'Hannah Arendt, dans son livre "Sur la pseudo-concrétude de la philosophie de Heidegger", critique radicalement l'ontologie heideggérienne présente dans ses textes d'avant la Seconde Guerre mondiale, notamment "Être et Temps" (1927), et du concept de "". Publié en 1948 lors de son exil aux États-Unis en tant que juif allemand, il tente de démontrer que la pensée existentiale d'Heidegger comportait déjà les éléments de compatibilité avec le nazisme, notamment par son intérêt pour l'abstraction dépolitisante de l'être et du désintérêt pour la réalité humaines des êtres. Northrop Frye. Northrop Frye, critique littéraire canadien anglais, écrivit qu'Heidegger posait la question comme ceci: «pourquoi y a-t-il des choses au lieu du vide ?», alors que lui Frye dirait : «pourquoi voulons-nous savoir?». Pour Frye, vouloir savoir converge vers le processus de comprendre l'emprise de la culture sur la vie sociale. Pourtant il ajoutait qu'Heidegger voyait l'homme comme le serviteur du langage et que cette vision rattache l'humain à une transcendance de sa condition. Pierre Bourdieu. En 1975, Pierre Bourdieu se livre à une violente attaque contre "Être et Temps", sur la base d'une analyse lexicale. Notoriété et influence. Hans-Georg Gadamer parlera de succession de pensées et de chemins nouveaux, exerçant une influence presque sur la philosophie européenne des cinquante dernières années du . Heidegger eut notamment pour élèves : Hannah Arendt, Leo Strauss, Emmanuel Levinas, Jean Wahl, Hans Jonas, Herbert Marcuse, Max Horkheimer, Oscar Becker, Walter Biemel, Karl Löwith, Hans-Georg Gadamer, Eugen Fink, Jan Patočka, Peter Sloterdijk et Blankenburg. L'importance donnée à Heidegger dans les courants de la phénoménologie et de la philosophie postmoderne est très grande. De nombreux philosophes de renom en Europe ont été soit formés à la pensée de Heidegger, soit largement influencés par son œuvre. En Italie, c'est le cas de Giorgio Agamben, Massimo Cacciari, Ernesto Grassi et Gianni Vattimo, parmi d'autres ; en Allemagne, Ernst Tugendhat et Peter Sloterdijk ; en Espagne, José Ortega y Gasset, Xavier Zubiri et Julián Marías ; en Grèce, Kostas Axelos ; en Roumanie, Alexandru Dragomir. Aux États-Unis ou au Canada, nombreux sont également les penseurs qui, tels Hubert Dreyfus, Stanley Cavell ou Richard Rorty, ou encore Charles Taylor, se réfèrent à Heidegger et ont reconnu son influence. Emmanuel Levinas parle à ce propos de . La réception de l'œuvre heideggérienne parmi les philosophes analytiques est différente. À l'exception d'une recension favorable d"'Être et Temps" par Gilbert Ryle dans l'article peu de temps après sa publication, les contemporains analytiques de Heidegger considérèrent autant le contenu que le style comme des exemples de la pire façon de faire de la philosophie. De grands noms issus de ce courant ont toutefois été influencés par la pensée du philosophe allemand, notamment Richard Rorty. Plus généralement, on retrouve une « filiation Heidegger » dans plusieurs régions du monde : en Europe – avec, outre la France, l'Italie, la Scandinavie, la République tchèque –, en Iran, au Japon ou encore au Brésil, les États-Unis constituant un cas bien à part. Influence de Heidegger en France. Il est nécessaire ici de se reporter essentiellement à l'étude de Dominique Janicaud, "Heidegger en France", publiée en 2005. L'auteur restitue l'histoire de ce cheminement à travers les différentes étapes de la traduction de ses textes, des commentaires et des polémiques qui ont marqué la réception de la pensée du philosophe. La première traduction d'une œuvre d'Heidegger en langue française a été réalisée en 1937 par Henry Corbin ; il s'agit de "Qu'est-ce que la métaphysique ?". Toutefois, Françoise Dastur note : C'est sans doute en France que l'influence occidentale de Heidegger fut la plus prégnante. On doit néanmoins à Georges Gurvitch d'être le premier, en 1928, à avoir fait état de l'importance de "" dans son cours à la faculté des lettres de Paris. Mais il faudra attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour voir percer son influence : à partir de cette époque, il fut un penseur auquel firent référence une pléiade d'auteurs et d'intellectuels de différents courants ou disciplines : Influence de Heidegger au Japon. Le Japon découvre dès 1924 la pensée d'Heidegger, à partir des premiers commentaires publiés sur son œuvre. De nombreux élèves de Kitarō Nishida et de l'École de Kyoto viennent se former en Allemagne, où ils découvrent la phénoménologie, soit en travaillant avec Husserl, soit directement avec Heidegger. C'est le cas de Tokuryu Yamanouchi, qui en 1921 après son retour au Japon introduit le premier la notion de phénoménologie dans son pays. Hajime Tanabe, arrivé en Allemagne en 1922, travaille tout d'abord avec Alois Riehl, avant de rejoindre Husserl à Fribourg, et de découvrir Heidegger, qu'il considère jusqu'à la fin de sa vie comme le plus grand philosophe depuis Hegel. Kiyoshi Miki, venu lui aussi en 1922, commence par travailler auprès de Heinrich Rickert puis rejoint Marbourg en 1924. Il y partage de nombreuses conversations avec Heidegger, et son premier livre publié au Japon, un an avant la parution d'"Être et Temps", comporte de nombreux germes de l'idée du "Dasein" et des analyses de Heidegger sur l"'être-vers-la-mort". En 1936, Keiji Nishitani vient à son tour étudier pendant deux ans avec Heidegger, et son œuvre est empreinte de leurs dialogues. Parmi les autres Japonais à s'être penchés de près sur l'œuvre de Heidegger, on peut citer Tetsurō Watsuji, qui après deux ans passés auprès de lui publia en 1930 une critique du "Dasein", lui reprochant de ne prendre en considération que le temps, en oubliant l'espace. Ou encore le maître de thé et penseur Shin'ichi Hisamatsu, avec qui Heidegger eut des échanges sur l'art et la peinture, dont Paul Klee. Cette réceptivité de la philosophie japonaise aux travaux d'Heidegger doit beaucoup à l'ouverture intellectuelle de ce dernier à d'autres modèles de pensée que celui de la philosophie occidentale, qu'il juge trop . Son amitié avec Shūzō Kuki, et ses échanges avec lui à la fin des années 1920, se retrouvent dans dans "Acheminement vers la parole". Réception aux États-Unis. Au début des années 1930, Heidegger attire, parmi les nombreux étudiants étrangers assistant à ses cours, des Nord-Américains dont Marjorie Grene. Ceux-ci sont les premiers à introduire sa pensée aux États-Unis, mais aussi les premiers à y porter un regard critique. Grene, bien qu'en partie influencée par lui (elle aussi est par exemple fortement critique vis-à-vis du "Cogito" de Descartes), prend toutefois ses distances lors de la rédaction en 1957 de son ouvrage "Heidegger". À cette réception tiède, fait écho la position très critique de Heidegger à l'encontre des États-Unis et de l', qui représentaient à ses yeux les pires aspects de la modernité "Être et Temps" a été traduit en anglais en 1962 ; William Blattner, dans son introduction à la lecture de l'ouvrage, estime que les premiers lecteurs anglophones ont d'abord découvert Heidegger après la Seconde Guerre mondiale à travers la lecture de Sartre, l'influence de "L'Être et le Néant" étant alors forte, et ce n'est que bien plus tard qu'ils en feront une lecture autonome, ce qui les amènera d'ailleurs à analyser autrement le contenu d"'Être et Temps". L'influence combinée de Hubert Dreyfus, avec son étude de 1991 sur "Être et Temps", "", et les très nombreux articles de Richard Rorty compilés la même année dans "Essays on Heidegger and Others: Philosophical Papers", entraînent un foisonnement des études sur Heidegger dans le domaine universitaire, du moins . Parmi eux, Blattner cite Charles Guignon, Mark Okrent, Taylor Carman. La traduction en anglais de l'ouvrage posthume "Apports à la philosophie : De l'Avenance", qui parait en 1999 sous le titre "Contributions to Philosophy (From Enowning)", est considérée comme la seconde œuvre d'importance de Heidegger. Réception dans le monde arabe et islamique. La réception de Heidegger est évidente dans les œuvres de plusieurs philosophes, théologiens, et historiens de la philosophie et de l’art du monde arabo-musulman depuis le avec Charles Malik, Abdurrahmân Badawî, Ahmad Fardid, et à présent avec Fethi Meskini, Ismail El Mossadeq, Reza Davari Ardakani, Nader El-Bizri, etc. La présence de la pensée heideggérienne dans les mouvements philosophiques islamiques et arabes ouvre de nouvelles trajectoires de son influence dans des traditions intellectuelles différentes de la philosophie européenne. La tradition de Heidegger occupe une place importante dans les débats philosophiques qui animent la vie intellectuelle dans le monde islamique et arabe, et particulièrement en ce qui concerne la radicalité de sa pensée à propos de l’existence, la divinité, l’herméneutique, la critique de la métaphysique, ses réflexions sur la question de la Technique, etc. Ces dialogues avec la philosophie de Heidegger depuis la fin des années 1930 font partie du transfert du savoir dans l’époque moderne, et en particulier entre l’Europe et le monde arabo-musulman. Cela a déjà inauguré un nouveau champ de recherches qui n’est pas assez bien connu jusqu’à présent dans les cercles des études heideggériennes. Heidegger et le nazisme. Adhérent au parti nazi de 1933 à 1944, il s’est retiré au bout de quelques mois de toute action politique. Le degré d'implication de Heidegger sous le Troisième Reich et l'influence des théories nazies sur sa pensée font l'objet d'interrogations et de débats nombreux et polémiques, particulièrement en France. Deux groupes s'opposent : Sans vouloir attaquer ou défendre Heidegger, des historiens se sont aussi intéressés à son nazisme : Raul Hilberg, et surtout Hugo Ott, Bernd Martin, Gottfried Schramm, Domenico Losurdo, Guillaume Payen, et dans une moindre mesure, Johann Chapoutot. Pour Guilaume Payen, n'est Au centre se trouve l'histoire sous l'Allemagne nazie . La controverse fut notamment lancée par Karl Löwith en 1946, dans la revue "les Temps modernes", mais surtout en 1987 en France par Víctor Farías avec le livre "Heidegger et le nazisme", auquel répondit point par point le livre de François Fédier, "Heidegger – Anatomie d'un scandale", et se poursuit encore aujourd'hui, notamment avec la publication de ses "Cahiers noirs" ainsi que des lettres à son frère qui remettent à jour la polémique comme la presse française a déjà pu s'en faire l'écho. En 1945, Heidegger proposa une explication de son attitude : Je croyais que Hitler, après avoir pris en 1933 la responsabilité de l’ensemble du peuple, oserait se dégager du Parti et de sa doctrine, et que le tout se rencontrerait sur le terrain d’une rénovation et d’un rassemblement en vue d’une responsabilité de l’Occident. Cette conviction fut une erreur que je reconnus à partir des événements du 30 juin 1934. J’étais bien intervenu en 1933 pour dire oui au national et au social (et non pas au nationalisme) et non aux fondements intellectuels et métaphysiques sur lesquels reposait le biologisme de la doctrine du Parti, parce que le social et le national, tels que je les voyais, n’étaient pas essentiellement liés à une idéologie biologiste et raciste. Paru en , l'essai d'Emmanuel Faye, "Heidegger, l'introduction du nazisme dans la philosophie", prétend néanmoins ouvrir de nouvelles perspectives de recherches permettant de mettre en doute les explications fournies par Heidegger concernant son implication politique. De nombreux extraits de ses séminaires inédits de 1933 à 1935, cités et commentés par E. Faye tout au long de son essai, tendraient à démontrer le nazisme de Heidegger. Cet essai a fait l'objet d'une violente polémique et de nombreux articles en France et à l'étranger de à , année de sa seconde édition, articles tous référencés dans cette dernière. Un débat avec François Fédier fut organisé à la télévision sur la chaîne Public Sénat. E. Faye pense que le regard existentialiste humaniste sur Heidegger aurait contribué à masquer l'idéologie politique (national socialiste) de Heidegger, qui, de manière cryptée, imprégnerait toute sa philosophie. Les défenseurs de Heidegger, pour leur part, dans l'ouvrage collectif "Heidegger, à plus forte raison", dénoncèrent ces analyses comme des contresens sur sa philosophie, qui serait sans rapport avec quelque idéologie que ce soit, allant même jusqu'à accorder à Heidegger une forme de au nazisme. Débats sur l'antisémitisme des "Cahiers noirs". Le début de la publication en 2014 des carnets privés de Heidegger, intitulés collectivement les "Cahiers noirs", a apporté un nouvel éclairage sur ce que l'on a appelé « l'antisémitisme de Heidegger » et sa relation au nazisme. Leur éditeur, Peter Trawny, leur a consacré un livre, traduit en français sous le titre "Heidegger et l'antisémitisme – Sur les « Cahiers noirs »" qui a de nouveau suscité une polémique. L'expression "Cahiers noirs", choisie par Heidegger lui-même, désigne un ensemble de trente-quatre cahiers manuscrits à couverture de toile noire, contenant divers textes écrits entre 1931 et 1976 environ, dont une première partie, collectivement intitulée "Réflexions" ("Ûberlegungen") et représentant 14 carnets, a été publiée en 2014. Cet ensemble d'environ pages comporte, selon Hadrien France-Lanord, . Dans ces passages, le judaïsme ("Judentum") est à plusieurs reprises caractérisé par un « don particulièrement accentué pour le calcul », une figure que Trawny rapproche de celle du Juif marchandeur ("Schacherjude"). Un passage caractérise également le judaïsme à partir de l'absence de sol ("Bodenlosigkeit"), Heidegger évoquant la forme « peut-être la plus ancienne » du « gigantesque » ("Riesigen") que serait « l'aptitude tenace pour le calcul, le trafic et la confusion sur lesquels l'absence de monde de la judéité est fondée ». Trawny considère cette observation comme « un type d'antisémitisme » auquel Heidegger donne « une interprétation philosophique épouvantablement poussée », le Juif apparaissant comme « le sujet calculant, dépourvu de monde, dominé par la « machination » ». En revanche, François Fédier conteste les analyses de Trawny. Il estime que « Trawny se trompe en considérant cette analyse de Heidegger comme antisémite [et que Heidegger] ne voit le judaïsme que comme la première victime de ce "gigantesque" ». Selon Fédier, . Hadrien France-Lanord souligne que dans un autre passage des mêmes "Cahiers", Heidegger , qu'il juge . Il considère toutefois que des . De son côté, Peter Trawny pose la question de l'étendue de la de la pensée de Heidegger par ce qu'il considère être un antisémite. Au total, selon Étienne Pinat, la contextualisation de ces passages des "Cahiers noirs" soulève un débat où s'affrontent le de l'antisémitisme de Heidegger et la réduction de sa pensée à celui-ci, illustrés respectivement par les analyses de François Fédier et d'Emmanuel Faye, et où le point de vue de Trawny, selon lequel , pourrait représenter une voie moyenne. Guillaume Payen souligne que les Cahiers noirs sont souvent hermétiques, et que donc leur interprétation doit rester prudente. C'est ce qu'il veut montrer à partir d'un passage au centre du débat sur l'antisémitisme, génocidaire ou non, de Heidegger : « Ce n’est que lorsque ce qui est essentiellement “juif” au sens métaphysique ("das wesenhaft “Jüdische” im metaphysischen Sinne") combat ce qui est juif ("das Jüdische") que le comble de l'anéantissement de soi ("Selbstvernichtung") dans l'Histoire est atteint ; à condition que ce qui est “juif” se soit accaparé partout pleinement la domination, de sorte qu'également le combat contre “ce qui est juif” et lui d'abord parvienne en l’empire ("Botmäßigkeit") de ce dernier. » Pour le philosophe italien Maurizio Ferraris, « Le génie de "Être et Temps" est ce même couillon qui écrit dans les Cahiers noirs que les Juifs se sont autodétruits, comme si Goebbels et d’autres n’y étaient pour rien...". Donatella Di Cesare, à l’origine des propos de M. Ferraris, fait le lien entre esprit juif et technique moderne dans l'esprit de Heidegger, et, voyant la contemporanéité de ce passage avec les camps de la mort, elle en conclut que « le nom de l’extermination est pour Heidegger "Selbstvernichtung" », une autodestruction des Juifs par la technique moderne. Pour Payen, ce texte ne concerne pas les juifs en tant que tels : il s'agit de «ce qui est juif » ("das Jüdische"), pas des juifs ("Juden"). Heidegger ne réfléchit pas aux camps de la mort, mais à « la généralisation et à la montée en puissance destructrice de la Seconde Guerre mondiale, avec, en creux, l’espoir que de cette conflagration mondiale, de cet auto-anéantissement de la modernité décadente et déracinée un nouveau commencement puisse s’élever. » Annexes. Liens externes. Généralités Sources Pensée Thèmes Concepts
Monkey Island Monkey Island est une série de jeux vidéo d'aventure créée par LucasArts (alors appelée LucasFilm Games). Le créateur de l'univers de "Monkey Island" et ses personnages est Ron Gilbert, qui est le chef de projet sur les deux premiers opus, mais ne participe pas aux troisième et quatrième épisodes. Un cinquième opus, développé par Telltale Games sous forme de cinq épisodes, est publié de juin à . Le sixième jeu, marquant le retour du créateur original, est sorti en 2022. Univers. Contexte. "Monkey Island" se déroule au , du temps de la piraterie, dans les Caraïbes et dans l'île de Mêlée. Malgré ce contexte, la série comporte de nombreux anachronismes, du fait du genre humoristique des jeux. Ces anachronismes, si l'on se cantonne à l'œuvre de Ron Gilbert seule, peuvent également être interprétés comme les indices conduisant à la conclusion de l'opus 2. Géographie. Mêlée Island. Mêlée est sans aucun doute l'île la plus connue de toutes les Caraïbes et ce pour plusieurs raisons. Tout d'abord, le gouverneur Elaine Marley a fait du manoir de l'île sa résidence principale. Ensuite, LeChuck y fera des visites régulières, notamment pour enlever Elaine. Guybrush Threepwood y commencera son aventure, et le siège de "Vaudoo International" se trouve au milieu de la ville. Par un curieux hasard, l'île est constamment plongée dans le noir. Cela ne semble déranger personne, et ce n'est qu'un prétexte pour les pirates pour continuer de s'enivrer encore et encore. Dans cette optique, le Scumm Bar est l'endroit idéal; véritable réserve de grog, il fut tout d'abord quartier général du conseil des pirates, seul habilité à décréter qui peut ou ne peut pas être un pirate. Il sera par la suite propriété d'Ignace Frometon avant d'être racheté et transformé en "Lua Bar", bar à thème hawaïen où l'on sert du poisson cru sur des tapis roulants (comme dans un bar à sushi). Stan avait également choisi l'île pour fonder un commerce, les « bateaux d'occase tout neufs », proposant des navires de plus ou moins bonne qualité à des prix défiant toute concurrence et abritant un distributeur automatique de grog, sujet de plusieurs gags de la série. Stan parti, le commerce sera repris par une femme obèse, "la" capitaine du port. L'île est composée d'une grand forêt labyrinthique où il est difficile de se repérer. Mystérieusement, il existerait un moyen de relier cette forêt avec la crypte de l'île du Sang (Blood Island). Au centre de la forêt se trouve la cabane de Carla, la Reine du Sabre de l'île de Mêlée, ancien compagnon d'arme du Capitaine Smirk. La dernière attraction est l'île de Hook, reliée à Mêlée par un curieux filin. On y trouve un cabanon habité par Meathook, un pirate borgne et à deux crochets, gardant précieusement une créature immonde ; lui survivre constitue une épreuve de courage que Meathook considère comme exceptionnelle. Monkey Island. Il s'agit de l'île mystérieuse qui a donné son nom à la série entière. Repaire du pirate fantôme LeChuck, c'est un endroit mystérieux que l'on ne peut atteindre que par l'intermédiaire d'un typhon vaudou. Peu nombreux sont ceux qui ont pu fouler le sable de l'île ; outre LeChuck et son armée démoniaque, on peut y trouver Herman Toothrot, un ermite échoué par hasard sur l'île avec un compagnon mort entre-temps (selon les versions, il cherchait l'île à bord du "Singe des Mers" ou a été poussé dans le fameux typhon par Ozzie Mandrill), une tribu de cannibales devenus végétariens — qui quitteront l'île pour rejoindre l'île du Sang — Guybrush Threepwood et son équipage (composé de Carla, Otis et Meathook), un prêtre-fantôme et des singes. Leur présence est en réalité le centre de l'absurde de l'existence de l'île, car comme le mentionne Guybrush dans le premier épisode, il n'y a pas de singes aux Caraïbes. Cela n'empêche pas d'y trouver une forte proportion de macaques, de chimpanzés et même une variété unique, le "singe à trois têtes". À noter qu'au moins deux autres personnages ont pu atteindre l'île, le Capitaine Dread (dans "") et son navigateur, qui a servi de base pour une boussole sophistiquée aux cannibales. On dit qu'il est impossible de s'enfuir de l'île aux Singes, pourtant Guybrush y parviendra à quatre reprises : à la fin du premier épisode, au début et à la fin du troisième et à la fin du quatrième opus. Carla, Otis et Meathook parviendront également à s'enfuir une fois, mais avec énormément de difficulté semble-t-il, même si l'on ne saura rien du « comment ». Cette expérience a semble-t-il été fort traumatisante, surtout pour Otis qui ne peut plus supporter de voir un singe. La topographie de l'île évoluera selon les épisodes, et des aménagements divers y seront même effectués pour la rendre plus « accueillante ». La découverte de l'île aux Singes constitue, avec la mort du pirate LeChuck, le grand objectif du jeu. Guybrush Threepwood arrive sur l'île embarqué à bord du "Singe des Mers", seul navire à avoir jamais pu faire la traversée (pilotée par des singes néanmoins au retour ; on apprendra que c'est Herman Toothrot qui l'enverra en éclaireur) avec Otis, Carla et Meathook ; il atteindra l'île par accident après avoir préparé une potion vaudou. L'île a grossièrement la forme d'une croix, traversée d'Ouest en Est par une chaîne montagneuse infranchissable avec un promontoire à l'Ouest, refuge d'Herman et un pic à peu près au centre de l'île que l'on peut escalader et où se trouvent de curieuses formations rocheuses instables. Non loin de là, coulent une cascade et une rivière dont le cours se poursuit vers le Sud jusqu'à un lac. Une faille se trouve également dans cette zone. Le Nord de l'île se démarque principalement par la présence du village des indigènes cannibales. Enfin, l'Est accueille la Tête de Singe Géante. Il s'agit d'une tête de singe sacrée que vénèrent les cannibales ; ils l'ont ainsi protégée par une haute barrière fermée par un système secret et entourée par des totems et des idoles. Afin d'ouvrir la grande tête, il convient d'avoir une clé en forme de coton-tige qu'il faut insérer dans l'oreille gauche de l'idole. La tête est en réalité l'entrée vers une série de couloirs complexes où coule en contrebas une rivière de lave, la roche parsemée de morceaux de corps humains. Au fin fond de cet enfer, se trouve le repaire du pirate LeChuck et la crique de lave où il mouille son navire spectral. L'île aux Singes est absente de cet épisode, puisqu'on ne la foule pas réellement ; si l'on s'en tient à l'hypothèse ne considérant que les deux premiers épisodes (voir la section "Le secret de l'île aux Singes" pour plus de détails), on ne l'aperçoit jamais. Si l'on considère l'ensemble des épisodes, on apprend que l'île Dinky est reliée à l'île aux Singes par une série de souterrains qui finissent par aboutir au "carnaval de Big Whoop" (voir partie suivante). Dans le troisième épisode "The Curse of Monkey Island", Guybrush revient sur l'île aux Singes dans les deux derniers actes et plus spécialement aux alentours de la tête de singe géante. L'entrée de l'enfer, ou "Big Whoop" selon cette chronologie a été aménagée en parc d'attractions gigantesque, le "Carnaval de Big Whoop" dont l'attraction principale reste le grand parcours de montagnes russes qui passe par les laves des cavernes infernales. Les pirates venant se détendre dans le parc finissent tous par être transformés en squelettes morts-vivants, et rejoignent ainsi l'armée de LeChuck. Le parc court sur toute la partie orientale de l'île, et on peut y trouver toutes sortes d'attractions tels que des jeux d'adresse ou une loterie, ainsi que des boutiques comme des vendeurs de glace. Si l'ambiance est festive, il s'agit d'une apparence afin de mieux attirer les crédules. Dans cette optique, il semble être devenu facile pour quiconque d'atteindre l'île auparavant inaccessible. Le parc fonctionne grâce à des dynamos « singe-électrifiés », c’est-à-dire grâce à l'énergie mécanique des singes qui pédalent sur des vélos, produisant ainsi l'énergie du parc. Dans cet épisode, l'île a subi de profondes modifications. Le village des cannibales a été déserté par ces derniers à la suite du vacarme provoqué par le Carnaval de Big Whoop et a été investi par des singes guidés par "Jojo", un primate à l'intelligence et à la parole humaine (dans le deuxième épisode de la saga, Guybrush enlève un singe pianiste aussi du nom de Jojo et s'en sert comme clef à molette sur l'île de Phatt). Le Carnaval a été détruit après que LeChuck est sorti de sa prison de glace que Guybrush avait créée, ne laissant plus que la Tête de Singe, sans barrières ni idoles. On apprend dans cet épisode que la tête est en argent massif (bien qu'elle fût jaunâtre dans le premier opus). La chaîne montagneuse a disparu, écroulée à cause de la colère de LeChuck ; cela a déclenché l'activité du volcan sur la partie ouest de l'île (qui était avant éteint et d'où coulait de l'eau). La lave de ce dernier coule en continu, alimentée sans doute par les fleuves des cavernes des enfers. Une église a été fondée non loin de là, dirigée par un prêtre-fantôme qui idolâtre LeChuck comme un dieu. Il est capable de célébrer des mariages de zombies, les époux voyageant à bord d'une barque rose sur les traînées de lave. Au sud de l'île est apparue une falaise, percée de trous et de couloirs où l'on peut s'amuser à faire rouler des rochers. Enfin, une vallée, peut-être la faille d'origine qui s'est agrandie, a servi à la création d'une mine menant à une machine complexe. Personnages récurrents. Personnages principaux. Le jeu fonctionne sur la lutte permanente entre trois protagonistes : Guybrush Threepwood, le héros de la série à proprement parler est le personnage dirigé par le joueur ; LeChuck, pirate mort-vivant et principal antagoniste de la série ; et Elaine Marley, dont sont amoureux Guybrush et LeChuck mais sans réciprocité pour ce dernier. C'est parce que Guybrush libèrera Elaine, enlevée par LeChuck dans le premier épisode, que ce dernier cultivera une haine profonde envers lui, cherchant à tout prix à se venger (voir les parties consacrées aux personnages pour plus d'informations). Personnages secondaires. Outre ces trois protagonistes, la série fait intervenir régulièrement trois personnages : Personnages importants et/ou récurrents. Enfin, des personnages qui apparaissent au cours d'un ou deux épisodes peuvent être importants pour l'intrigue. On peut ne pas les revoir nécessairement tout au long de l'épisode : Liste des jeux. La série des "Monkey Island" compte six épisodes. Les deux premiers opus sont remastérisés en 2009. Les trois premiers épisodes sont des jeux de point'n click ; le quatrième abandonne l'utilisation de la souris pour la 3D à l'instar de Grim Fandango, dont il reprend le même moteur de jeu. La série, commencée en 1990 avec "The Secret of Monkey Island", connaîtra un très grand succès, notamment avec "Monkey Island 2: LeChuck's revenge" et ses graphismes très travaillés, dignes d'un dessin animé (256 couleurs à l'époque). Dans cette série qui deviendra une référence en matière de jeux d'aventure, le joueur incarne un parfait anti-héros, un pirate raté nommé Guybrush Threepwood. Chaque épisode se déroule sur des îles imaginaires des Caraïbes sans référence temporelle précise. Le cinquième sera un point'n click comme les trois premiers mais sous format de cinq épisodes téléchargeables à un mois d'intervalle. Le succès de la série provient d'un mélange d'humour, d'aventure et d'énigmes, le tout orchestré comme une super-production hollywoodienne. L'humour repose principalement sur l'absurdité des situations, de nombreux anachronismes et références culturelles contemporaines et des personnages très stéréotypés. Dans chaque épisode, Guybrush doit réussir à vaincre ses opposants (généralement le fantôme LeChuck) au travers d'une succession d'énigmes (Voir les parties correspondant aux jeux pour plus de détails sur les intrigues). "Monkey Island" fut le premier jeu d'aventure non bloquant, c'est-à-dire où le joueur ne peut arriver à un état qui l'empêche de finir le jeu, et sans mort, c'est-à-dire sans risque de perdre son personnage (un "easter egg" permet de mourir, mais il est difficile d'en subir les conséquences en jouant normalement). Ces deux caractéristiques garantissent donc au joueur de ne jamais devoir recommencer le jeu du début ou d'une précédente sauvegarde. Depuis, la plupart des jeux d'aventures adhèrent à ces deux principes. Le , LucasArts sort une version "remastérisée" du premier opus sur les plateformes PC et Xbox 360. Outre l'amélioration graphique et sonore du titre, il est possible de basculer à tout moment vers la version originale du jeu. Le basculement vers la version originale n'est disponible qu'en version anglaise. Cette version est le premier jeu en téléchargement chez LucasArts. Le , le second opus remastérisé, "Monkey Island 2 Special Edition: LeChuck's Revenge", est téléchargeable chez LucasArts sur les mêmes supports que le premier et propose le même type d'améliorations graphiques ainsi que le passage de l'ancienne à la nouvelle version en temps réel. Depuis le rachat de Lucasfilm en 2012 par Disney, l'avenir de la série est incertain. Ron Gilbert a exprimé son envie de faire une suite à "Monkey Island 2" qu'il appellerait "Monkey Island 3" en rachetant les droits de la série. Le , les fans de "Monkey Island' ont lancé une pétition pour que Disney vende les droits à son créateur, droits détenus par LucasArts. Le sixième volet, "Return to Monkey Island", est finalement annoncé officiellement en avril 2022 par Ron Gilbert. Il est développé via son studio de développement Terrible Toybox et édité par Devolver Digital et Lucasfilm Games, entretemps ressuscité par Disney et ayant repris sa première dénomination. Le jeu est sorti le sur PC et Nintendo Switch. Plusieurs créateurs originels de "Monkey Island" sont impliqués dans le projet, notamment Michael Lang et Dave Grossman. La question de sa place dans la chronologie reste à résoudre. Analyse. Le secret de l'Île aux Singes. Au cours de la série, la question du « vrai » secret de l'île aux Singes se pose de façon récurrente. Selon que l'on s'arrête au récit mis en œuvre par Ron Gilbert (épisodes 1 et 2) ou que l'on intègre les opus suivants, différentes interprétations sont possibles : totalement secondaire dans le premier cas, centrale dans le second. Il s'agit de la question posée par le titre du premier épisode. La question d'un « secret » de l'île aux Singes n'est jamais formellement énoncée. Ce secret peut être simplement l'existence du royaume souterrain où se trouve LeChuck. Dans Monkey Island 2, lorsque Guybrush demande à LeChuck ce qu'est ce secret, celui-ci lui répond : « Tu le sauras bien assez tôt ». Cependant, il faut noter qu'excepté au cours dudit dialogue, il n'est pas question d'île aux Singes dans cet opus, et nul ne foule "a priori" son sol (le lien entre l'île Dinky et l'île aux Singes n'est explicité que dans l'opus suivant, que l'on peut considérer ou non comme canonique). Néanmoins, dans le troisième épisode, durant l'interrogatoire conduit au début la partie V ("Le baiser du Singe-Araignée"), on apprend que LeChuck ignore totalement ce qu'est ce secret, mais qu'il sait que celui-ci est « bien gardé par les indigènes de l'île ». Enfin, le quatrième épisode peut sembler apporter une réponse le secret de l'île aux Singes pouvant être que la statue de tête de singe est en réalité une machine géante. Dans Escape from Monkey Island, le quatrième acte ("Retour vers l'enfer", en référence à l'acte III du premier épisode) se termine en effet par une découverte : la tête de singe géante que l'on croyait n'être que l'entrée vers les enfers cache en réalité un mécanisme complexe dissimulant un robot de singe mécanique géant, fonctionnant à la lave et grâce aux singes, qui permet de grandes prouesses. À noter que, pour l'activer, il faut utiliser la même procédure que pour fabriquer l'insulte suprême (un corps d'homme en or, une tête de singe en argent, un chapeau en bronze et le sceau officiel de l'île de Mêlée), ce qui suggère que l'insulte suprême pourrait également être part du « secret de l'île aux Singes ». L'hypothèse du fantasme enfantin. Cette hypothèse du fantasme enfantin ne fonctionne que si on ne considère que les deux premiers épisodes de la série, c'est-à-dire les deux épisodes conçus par le scénariste original Ron Gilbert. Il conviendrait donc de considérer les troisième et quatrième opus comme des greffons, pensés a posteriori pour donner une suite tant attendue à cette série pleine de succès après le départ de Ron Gilbert de LucasArt, hypothèse appuyée par l'absence totale de continuité entre la fin de "Monkey Island 2" et "The Curse of Monkey Island". Toutefois, Ron Gilbert serait seul habilité à dire si oui ou non son intention était bel et bien de raconter l'histoire ainsi. La conclusion de l'épisode 2 considère en effet les deux premiers tomes comme les rêveries de Guybrush, perdu dans un parc à thème l'immergeant dans le monde des pirates lors d'une visite en famille. On imagine alors que Guybrush s'invente une aventure où il se battrait en pirate courageux contre son frère "tyrannique" pour l'amour de cette Gouverneur-Maman tant chérie (voir plus bas), remplaçant les combats d'épée en joute de jurons enfantins, se mesurant avec d'autres pirates dans des concours de crachats, tout cela sur fond de boissons alcoolisées diaboliques (auxquelles à aucun moment il ne touche), de magie vaudou édulcorée, jusqu'à ce que le rêve s'étiole, petit à petit, dans les coursives interdites d'une attraction. Cette vision a pour mérite de ne pas souffrir des incohérences scénaristiques, des mélanges d'histoires fantastiques et de ce florilège de rappels au monde moderne développés ci-dessous, que l'on pourrait considérer alors comme autant d'éléments piochés par un petit Guybrush peu sensible aux anachronismes dans le décor réel des attractions au gré de ses errances. Une série d'indices tendent à prouver que tout se joue dans l'imaginaire de l'enfant. Cependant, le , Ron Gilbert écrit sur sa page Twitter: Soutiens à cette hypothèse dans "Lechuck's Revenge". Mais tandis qu'ils s'éloignent, les yeux de Chuckie s'éclairent d'une lumière surnaturelle, et Elaine, qui se révèle être la mère des deux enfants, se demande si Guybrush n'est pas tombé sous l'influence d'un sort vaudou. Ces deux derniers détails offrent une ouverture à un éventuel épisode 3, que Ron Gilbert ne réalisera pas du fait que Disney possède les droits de la franchise. La sortie de "Return to Monkey Island", attendue courant 2022, devrait permettre à Ron Gilbert de pouvoir enfin livrer sa vision sur la fin du deuxième jeu et lui offrir une suite directe. Le Big Whoop. Le "Big Whoop" (littéralement, le "grand cri") est la quête centrale de l'épisode 2, et un élément central de l'épisode 3. Il y est décrit comme un fabuleux trésor. Personne, parmi les personnages rencontrés par Guybrush, ne sait ce dont il s'agit réellement. Les seuls à avoir dessiné une carte de l'île où repose le trésor sont le Capitaine Marley (grand-père d'Elaine Marley), Rapp l'Oignon, Rhum Rogers et Lindy le mousse, membres d'un même équipage. Ceux-ci divisèrent la carte en quatre parties et firent tout pour éviter qu'on ne la retrouve. Les rumeurs disaient que le trésor se trouvait sur une certaine "île d'Inky", qui n'existe pas. Il se trouve en réalité sur l'île Dinky ("île des mignons"), qui offre un passage vers un réseau souterrain bien mystérieux, qui permet notamment via un ascenseur de rejoindre la ville de Mêlée.
Mandacou Située en Bergeracois dans le sud du département de la Dordogne, Mandacou est une ancienne commune française qui a existé depuis 1790 jusqu'en 1972. De 1973 à 2010, elle devient commune associée à Plaisance, avant d'y être définitivement intégrée en 2011. Géographie. Mandacou représente la partie nord-ouest de la commune de Plaisance. Elle est bordée à l'est par la Banège, et à l'ouest par son affluent, le Courbarieux. Toponymie. La première mention écrite connue du lieu, "Mandaco", date de l'an 1464. Ce toponyme peut dériver d'un nom de personnage d'origine germanique : "Manacholdus", mais pourrait aussi être d'origine préceltique, avec "manda" signifiant « hauteur » ou « limite », suivi d'un préfixe non expliqué. Villages, hameaux et lieux-dits. Outre le bourg de Mandacou proprement dit, le territoire se compose d'autres villages ou hameaux, ainsi que de lieux-dits : Histoire. Le bourg de Mandacou est implanté au-dessus d'un gisement préhistorique. Mandacou est une commune créée à la Révolution. Le , elle s'associe en fusion-association avec Eyrenville et Falgueyrat, formant ainsi la nouvelle commune de Plaisance. Le , les trois communes fusionnent définitivement. Démographie. Le dernier dénombrement de population officiel de Mandacou est celui de l'année 2008, mis en ligne le . Il fait apparaître une population municipale de .
Élément-trace métallique La notion d’éléments-traces métalliques, ou ETM tend à remplacer celle de métaux lourds mal définie car englobant des métaux toxiques réellement "lourds" à d'autres (métalloïdes) l'étant moins. Tous les ETM sont toxiques ou toxiques au-delà d'un certain seuil et certains sont radioactifs (radionucléides). Leurs concentrations environnementales (eau, air, sol, organismes) résultent d'apports anthropiques (industrie, transports…) et naturels (volcanisme et altération des minéraux primaires) ; émis dans l'environnement, ils y sont redistribués dans les profils du sol via la pédogenèse et la bioturbation, et dans les écosystèmes via les phénomènes de bioassimilation et bioconcentration. Les concentrations supposées naturelles théoriques en ETM sont dites « "fond géochimique" ». Selon les éléments et le contexte (acidité du milieu, synergies entre ETM ou entre ETM et d'autres polluants, spéciation chimique), ils sont plus ou moins bioassimilables et peuvent être bioconcentrés par la chaine alimentaire. C'est pourquoi certains font l'objet d'un suivi (réglementaire ou volontaire) dans l'eau, l'air (associés aux aérosols ou poussières), les sols, l'alimentation, les boues d'épuration, etc. De nouveaux problèmes sont posés par les nanoparticules métalliques en raison de leurs propriétés nouvelles (et alors que certains sont depuis peu déjà largement utilisées ; le nanoargent par exemple). Certains métaux sont indispensables à faibles doses (oligoéléments) et d'autres hautement toxiques ; il a donc été récemment (2010) proposé de compléter les bilans sanguins et bilans de santé classiques par un "profil métallique". Dans les cycles biogéologiques. L"'abondance moyenne globale normalisée" de l'élément dans la roche de la croûte est dite « valeur de Clarke » ("Clarke value" pour les anglophones), qui représente pour un métal donné dans le sol ou dans le sédiment ou dans un matériau géologique désigne sa teneur moyenne dans le monde dans ce substrat. On se réfère parfois à cette valeur moyenne, via le facteur d'enrichissement (EF) pour un élément chimique donné dans un "compartiment de l'environnement" pour estimer qu'un taux de tel ou tel élément est anormalement élevé dans ce compartiment, ce qui peut être un indice de pollution. Problèmes de définition. La notion de « "métal lourd" » est un concept factuel, industriel, avant tout empirique, sans définition scientifique précise, ni technique unanimement reconnue. À titre d’exemple, un rapport d’information au Sénat français "Les effets des métaux lourds sur l’environnement et la santé", indiquait : Définitions européennes. L'Europe a tranché en proposant en 2000 une définition qui vaut pour le droit européen et celui des États membres, notamment dans le domaine des déchets : « métal lourd » désigne , et de manière plus générale, une « substance dangereuse » est . Utilisations. Beaucoup d'ETM ont une utilité dans le processus biologique : par exemple le fer est un composant essentiel de l’hémoglobine, le zinc, le cuivre et le sélénium sont des oligo-éléments indispensables. Tous les éléments-traces métalliques sont présents naturellement à l’état de traces dans le sol. L’activité humaine peut avoir renforcé cette présence ; en effet, nombre d'ETM jouent un rôle important dans la vie quotidienne : La combustion de combustibles fossiles solides ou liquides (charbon, produits d'origine pétrolière) est également susceptible de rejeter des métaux dans les cendres, vapeurs et fumées. De tous les combustibles, le bois-énergie est, en France métropolitaine, le principal émetteur de métaux lourds dans l'atmosphère (excepté le mercure et le nickel). Cinétique environnementale. La disponibilité et biodisponibilité d'un ETM introduit dans l'environnement dépend de nombreux facteurs, et dans un premier temps des processus suivants : … et dans un second temps, d'autres facteurs de disponibilité sont : Les ETM posant le plus de problèmes directs et immédiats pour l'environnement et la santé sont ceux qui sont les plus toxiques et qui sont émis sous forme d'ions ou de nanoparticules, ou associés aux aérosols de petite taille. Quand ils sont présents dans l'air (pollution routière, industrielle, combustion, etc.), ils sont principalement évacués du compartiment atmosphérique par dépôt humide. Ils se retrouvent alors dans les sols, les sédiments et l'eau interstitielle puis dans les organismes et les écosystèmes, auxquels ils peuvent poser problème. Certains invertébrés (vers par exemple) peuvent les fixer grâce à des molécules chélatrices (métalloprotéines en général) et en excréter une partie via leur mucus ou excréments ; ils peuvent alors les remonter en surface du sol ou des sédiments ; ces métaux ou métalloïdes sont alors à nouveau biodisponibles pour les bactéries, les plantes ou d'autres espèces qui peuvent à nouveau les bioaccumuler. Impacts écotoxicologiques. Comme les organochlorés auxquels ils peuvent ajouter leurs effets négatifs, les ETM massivement rejetés par l'Homme dans l'eau, l'air, et sols sont d’importants contaminants des écosystèmes, du réseau trophique. À la différence de la plupart des autres polluants, ils ne sont pas biodégradables ni dégradables. On les retrouve en particulier très concentrés par les animaux situés en tête de chaine alimentaire ; oiseaux marins prédateurs et cétacés superprédateurs notamment) et de là parfois de la chaîne alimentaire humaine. Impacts sur les végétaux. Les éléments-traces métalliques peuvent être également bioaccumulés dans les tissus des plantes et induire des perturbations au niveau de leur métabolisme. À la suite du phénomène de bioconcentration, les ETM peuvent, en effet, se retrouver dans les végétaux à des concentrations supérieures aux concentrations présentes dans le milieu. À noter qu’une accumulation d’ETM dans une plante ne se traduira pas nécessairement pas une altération de la santé de la plante ou par l’apparition de symptômes visibles de contamination. L’effet toxique de ces éléments varie avant tout selon le type de métal présent, sa concentration dans la plante, le temps d’exposition et selon l’espèce végétale affectée. Les éléments-traces métalliques peuvent induire des effets négatifs sur la santé générale des espèces végétales en interférant avec plusieurs mécanismes : absorption des nutriments du sol, photosynthèse, germination, division cellulaire, croissance. Les ETM présents dans le sol sous forme de cations ( Cd+2, Cr+6, Cu+2, Ni+2) peuvent entrer en compétition avec d’autres cations du sol qui servent normalement de nutriments essentiels pour la plante ( Ca2+, K+, Mg2+). L’absorption des ETM par le complexe racinaire de l’individu entraîne ainsi l’inhibition ou la stimulation de l’absorption des cations du sol, ce qui modifie le métabolisme de la plante. Par exemple, l’absorption de Cadmium pourrait engendrer une moins grande assimilation de Potassium (à la suite de l'effet de compétition) et provoquer une carence de ce nutriment. Ces métaux provoquent également la diminution de la concentration en chlorophylle dans la plante, une baisse de photosynthèse à la suite d'une altération du transport des électrons et d'une perturbation des enzymes du cycle de Calvin ( perturbation de la Rubisco, une enzyme fixant le atmosphérique nécessaire à la photosynthèse). La diminution de la teneur en chlorophylle s’explique par le fait que les ETM ont pour effet de dégrader la membrane des thylakoïdes. Au niveau de la germination, les éléments-traces métalliques induisent une diminution du taux de germination des semences végétales. En effet, il a été démontré que le Nickel, par exemple, affectait l’activité de plusieurs enzymes (amylase, protéase et ribonucléase), ce qui retardait la germination et la croissance chez les différentes plantes étudiées. Le cadmium, pour sa part, induit des dommages aux membranes des graines en plus de diminuer les réserves de nutriment de l’embryon végétal contenues dans les cotylédons. Ces ETM entraînent aussi des perturbations dans la division cellulaire des végétaux. En effet, il a été démontré que le cadmium, le mercure et le plomb (entre autres) ont la capacité d’endommager le nucléole des cellules et d’inhiber les activités enzymatiques DNase et RNase, ce qui provoque en bout de ligne une interruption de la synthèse de l’ADN. La plante, tout dépendamment du niveau de stress causé par les ETM, peut voir sa croissance réduite et afficher des signes de maladies (taches) à la surface des feuilles. Ces signes de chloroses résultent à la fois d’une perte de chlorophylle et d’une carence en fer dans l’organisme végétal. Des nécroses sont également observables lors d’intoxication plus graves. Tolérances des végétaux. Certaines plantes ont développé, au fil de l’évolution, des mécanismes de résistance face à la présence d’éléments-traces métalliques dans le milieu. Une première stratégie végétale consiste à simplement retarder l’absorption des métaux et ainsi diminuer au maximum la concentration en élément toxique dans l’organisme. D’autres plantes séquestrent les métaux dans leurs vacuoles foliaires tandis que d’autres les accumulent dans des trichomes (excroissance végétale) présents au niveau de l’épiderme. Dans les deux cas, les végétaux évitent ainsi que les éléments toxiques entrent en contact avec le mésophylle (partie intérieure de la feuille) et viennent agir sur le métabolisme. Une autre stratégie consiste à précipiter les ETM ou à former un complexe entre un ligand et le cation métallique (chélation), ce qui permet de détoxifier la plante. Stratégies de dépollution des environnements contaminés aux ETM. Traitement chimique par lavage. L'extraction par lessivage (puis traitement des eaux) consiste en une inondation du sol par de l'eau ou des agents chimiques, puis, en une récupération de l'eau, suivie généralement d'un traitement. Les polluants peuvent également être récupérés dans les mousses formées à la suite d'une aération et d'agents chimiques adéquats. Traitement biologique. Remédiation par les plantes. La remédiation par les plantes (Phytoremediation) est l'utilisation de plante pour le chélate des métaux. On trouve déjà plusieurs utilisations de plantes comme bio-remédiateurs. Remédiation par les algues. La remédiation par les algues, ou phycoremédiation, est l'utilisation des algues pour dépolluer un milieu. Les algues constituent un champ intéressant ; notamment pour leur tolérance connue aux ETM et polluants organiques persistants, leur croissance rapide, leur rapport surface/volume important (permettant ainsi une plus grande surface absorbante), les phytochélatines (protéines qui chélatent les métaux et les empêchent d'être toxiques), et leurs potentiels pour la manipulation génétique. Résistance des algues. De nombreuses études démontrent que les algues constituent d’efficaces bioindicateurs. Par exemple, la concentration en cadmium, plomb, zinc dans le tissu algal des "Enteromorpha" et "Cladophora" augmente proportionnellement avec la concentration de métaux dans l’eau. "Chlorophyta" et "Cyanophyta" ont des facteurs de bioconcentration et de bioaccumulation élevés par rapport aux autres espèces. "Phacophyta" (algue brune) a une forte affinité avec les métaux lourds grâce aux polysaccharides sulfates et alginates. Le tableau ci-dessous représente plusieurs espèces d'algues et les métaux auxquelles elles sont résistantes. Ingénierie génétique appliquée à la phycorémédiation. Des études montrent l'efficacité de stockage d'ETM dans les tissus des végétaux sont supérieurs avec des organismes sur-exprimant les protéines chélatant les métaux lourds (phytochélatines, nicotianamine et metallothionine notamment). Projets de dépollution ETM par les algues. Plusieurs projets de dépollution des ETM par les algues ont été mis en place. Teneur, fonctions et effets biologiques. Certains ETM (principalement classés dans la période 4) sont nécessaires - à l'état de traces - pour certains processus biologiques vitaux. Ce sont notamment le fer, le zinc et le cuivre. Le fer et le cuivre sont respectivement nécessaires au transport de l'oxygène et des électrons, alors que le zinc participe à l'hydroxylation et à la spermatogenèse. Le mercure et le plomb n'ont aucune utilité connue. Toxique pour la cellule quelle que soit leur dose, ce sont des purs contaminants de l'organisme. Le plomb interfère négativement avec le métabolisme du calcium. Le cobalt (via la vitamine B12 participe à la synthèse de certains complexes et au métabolisme cellulaire. Le vanadium et le manganèse sont des cofacteurs de la régulation enzymatique ; une infime dose de chrome est nécessaire à l'utilisation du glucose ; le nickel participe à la croissance cellulaire) ; l'arsenic favorise à très faible dose la croissance métabolique chez certains animaux, et possiblement chez l'humain. Le sélénium est un antioxydant fonctionnel et se montre indispensable à la production de certaines hormones. La période 5 et la période 6 du tableau de Mendeleïev contiennent moins de métaux lourds oligoéléments. Ceci est cohérent avec l'hypothèse voulant que les métaux les plus lourds ont tendance à être moins abondants à la surface de la terre et donc ont moins de chances d'être essentiels pour le métabolisme. Dans la période 5 on trouve le molybdène qui catalyse des réactions redox. Le cadmium (hautement toxique pour l'humain) semble nécessaire à certaines diatomées] marines dans le même but ; L'étain est nécessaire à la croissance de plusieurs espèces. Au sein de la période 6, le métabolisme de certaines archaea et bactéries a besoin du tungstène. Une carence en métaux essentiels de l'une des périodes 4 à 6 peut exacerber la sensibilité à l'intoxication par des métaux lourds (saturnisme, hydrargyrisme, Maladie Itai-itai). Mais inversement tout excès en ces métaux peut avoir des effets très néfastes pour la santé. En moyenne, un corps humain contemporain de 70 kg contient 0,01 % de métaux lourds, soit environ 7 g (moins que le poids de deux carrés de sucre). Il s'agit pour l'essentiel de fer (~4 g), de zinc (~2,5 g) et il est contaminé par du plomb (~0,12 g), 2 % de métaux légers (~1,4 kg), et près de 98 % de non-métaux (eau principalement) (Parmi les éléments communément reconnus comme des métalloïdes, B et Si ont été comptés comme les non-métaux ; Ge, As, Sb et Te en tant que métaux lourds). Quelques ETM ou métaux lourds non essentiels ont des effets biologiques. Ainsi, le gallium, le germanium (métalloïde), l'indium et la plupart des lanthanides se montrent capables de stimuler le métabolisme, alors que le titane favoriserait la croissance des plantes. Impact toxicologique. De nombreux effets physiologiques délétères sont démontrés pour les ETM au-delà de certains seuils parfois très faibles (dans le cas du plomb ou du méthylmercure par exemple), chez l'humain et dans le modèle animal, pour un grand nombre d'espèces (mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons). L’impact toxicologique des ETM dépend toutefois beaucoup de leur forme chimique (nommé « espèce chimique »), de leur concentration, du contexte environnemental (ce pourquoi on cherche à cartographier les pollutions, et notamment dans les anciennes régions industrielles), de leur biodisponibilité et de la possibilité de passage dans la chaîne du vivant (le réseau trophique). Il existe aussi une certaine composante génétique faisant que l'organisme est plus ou moins capable d'excréter certains métaux toxiques (plomb par exemple). Enfin des effets synergiques aggravants peuvent exister entre différents ETM. On distingue en particulier les trois métaux mercure, plomb, cadmium, pour lesquels d’une part on n’a pas pu mettre en évidence de rôle positif pour l’activité biologique, et qui d’autre part peuvent être à l’origine d'intoxications ou de maladies chroniques graves, même à faibles doses ; par exemple l’absorption de plomb provoque le saturnisme, particulièrement grave chez l’enfant, le cadmium détruit les reins et dégrade le foie, et le mercure est un puissant neurotoxique. L'aluminium pourrait présenter une neurotoxicité chez l'être humain, cependant les seuils d'exposition et l'étendue de ces effets font encore l'objet de recherches. Inversement, d'autres métaux sont nécessaires (oligo-éléments), et d'autres encore semblent, au moins sous forme métallique (ce n'est pas le cas sous forme ionique) sans effets sur l'organisme ; ces derniers sont considérés comme « bio-compatibles » et utilisés en chirurgie ou dentisterie, comme le titane et l’or, ou des métaux communs comme le fer, ne peuvent être mis sur le même plan que le mercure, le plomb et le cadmium. D’autres métaux peuvent être très toxiques sous certaines formes (chromeVI, cuivre oxydé ("vert de gris")…). L’utilisation de certains ETM est donc strictement réglementée, voire interdite dans certaines applications. Le rejet dans l’environnement en fin d’utilisation doit être évité, et ces métaux recyclés. Dans l'étude de la santé, en complément du traditionnel bilan sanguin ou des analyses d'urine, il a été récemment proposé par des praticiens hospitaliers de considérer le profil métallique des individus. Les amalgames dentaires (dits « plombages ») et qui sont largement utilisés dans les pays francophones et anglo-saxons font aujourd'hui l'objet d'une polémique car ils contiennent certains métaux lourds toxiques : mercure, mais aussi argent et étain. Certains pays comme la Suède, l'Allemagne, le Danemark, le Japon, la Russie et la Norvège en limitent l'utilisation et les trois derniers les ont tout simplement interdits. En France et en Belgique, il a été considéré que les preuves de leur toxicité étaient insuffisantes pour en déduire une nocivité non compensée par les avantages du mercure. Les thermomètres au mercure ont été interdits à la vente dans l'Union européenne. Les piles au mercure sont interdites en Europe (directive 98/101/CE) depuis pour des problèmes environnementaux. En 2021, 97 à 100 % des Français (adultes et enfants) sont contaminés aux ETM avec des taux supérieurs ou égaux à ceux relevés en 2006-2007. L'alimentation et le tabac sont les principales sources de contamination. Santé publique France recommande de manger du poisson deux fois par semaine dont un poisson gras (pour leur vertus nutritionnelles), mais en diversifiant les espèces et les lieux de pêche (pour limiter les concentrations en polluants). Étiologie. Hormis des maladies telles que le saturnisme, la myofasciite à macrophages, l'hydrargyrie ou maladie Itai-itai directement induites par un seul métal, les pathologies induites par les métaux sont probablement le plus souvent multifactorielles, plusieurs métaux pouvant agir en synergie (positive ou négative) et pouvant aussi interagir avec d'autres toxiques ou substances naturellement chélatrices ou protectrices. Des facteurs environnementaux semblent en cause dans un certain nombre de cas de maladies neurodégénératives. Certains métaux lourds toxiques et neurotoxiques, comptent parmi les premiers suspects. Le mercure et le plomb, en particulier, pourraient agir en synergie pour inhiber ou tuer des cellules nerveuses. Certains pesticides sont également suspectés de pouvoir aussi agir en synergie avec des métaux. Monnet-Tschudi et son équipe ont en 2006 publié une longue liste de preuves de responsabilité des métaux lourds, en tant qu'initiateurs de maladies neurodégénératives ou en tant que les aggravant. Suivi environnemental, évaluation de la pollution par les ETM. Dans de nombreux pays, la présence d'ETM (notamment le plomb, le mercure et le cadmium) dans l'eau, l'air, les sols agricoles et certains aliments, matières (peintures par exemple) et objets (jouets pour enfants par exemple) fait l'objet d'analyses régulières. En France, les sols agricoles qui peuvent être pollués par différentes sources d'ETM (dépôts humides ou secs provenant de la pollution de l'air, engrais, épandages de lisiers, des fumiers ou de composts contaminés, plomb de chasse, séquelles de guerre) sont suivis par un observatoire de la qualité des sols et un "Réseau de mesure de la Qualité des sols" (RMQS) sur la base d'échantillonnages réguliers faits un réseau de sites expérimentaux et de placettes supposées représentatives. La circulation verticale des ETM est un élément important de leur connaissance. Elle a par exemple été étudiée en Midi-Pyrénées et dans un bassin versant expérimental (Auradé, Gers), confirmant des différences de comportement selon l'élément et le type de sol en lien avec l'hydrologie et certains processus pédogénétiques. Dans ces régions le fond géochimique est localement enrichi en ETM anomaux (d'origine anthropique a priori). 2 à 5 % des sites sont ainsi enrichis en cadmium (présent dans certains engrais) et 5 à 8 % en cuivre (présent dans certains pesticides, lisiers et boues d'épuration épandues). Là des organismes comme les collemboles les bioaccumulent (pour la part labiles des ETM et principalement dans les sols à pH faibles, c'est-à-dire acides). Dans ces territoires la charge critique (dose au-delà de laquelle des effets néfastes irrémédiables sont attendus (charge critique) dépendait fortement du type d’agriculture, mais l'étude a conclu que le « flux critique » était dépassé par le flux actuel pour 34 % des sites RMQS pour le cadmium et pour 80 % des sites concernant le plomb.
Minerai Un minerai (du latin "minera", mine) est une roche contenant des minéraux utiles en proportion suffisamment intéressante pour justifier l'exploitation d'une mine, et nécessitant une transformation pour être utilisé par l'industrie. Par extension, le terme « minerai » peut également désigner directement les minéraux exploités. Types de minerais. La plupart des minerais métallifères sont : Risque d'épuisement des ressources. La civilisation industrielle utilise des quantités importantes de minéraux et de métaux lourds. À la suite d'une demande croissante en métaux et autres ressources minérales, les minerais sont exploités à des teneurs de plus en plus faibles et dans des conditions d'extraction de plus en plus coûteuses (par exemple les puits profonds d'extraction du charbon, ou les sables bitumineux pour le pétrole) voire destructrices de l'environnement. Le risque d'épuisement de ces ressources naturelles est en particulier lié au gaspillage de ces mêmes ressources, souvent dispersées après leur usage, plutôt que d'être recyclées. De plus, dans de nombreuses applications, l'absence de récupération est associée à une pollution diffuse de l'environnement par des produits très toxiques. Les perspectives mondiales indiquent que pour de nombreux éléments (tels que l'argent, le fluor, l'étain, le zinc et le nickel), les réserves actuelles ne permettront que de couvrir deux à trois décennies d'exploitation. Il est cependant permis de penser que la durée des réserves disponibles serait prolongée par la mise en place systématique du recyclage. Évolution de la production. L’extraction mondiale annuelle de matériaux est passée de 27 milliards de tonnes dans les années 1970 à 92 milliards de tonnes en 2017, ce chiffre pourrait plus que doubler avant 2060. Lien avec le changement climatique et la chute de biodiversité. Selon l’ONU, le développement rapide de l’extraction de matériaux est le principal responsable des changements climatiques et de la pression sur la biodiversité.
Massachusetts Institute of Technology Le ' ('), en français Institut de technologie du Massachusetts, est un institut de recherche américain et une université, spécialisé dans les domaines de la science et de la technologie. Établissement privé situé à Cambridge, dans l'État du Massachusetts, à proximité immédiate de Boston, au Nord-Est des États-Unis, le MIT est considéré comme une des meilleures universités américaines (classée sixième américaine par Forbes en 2022). Il édite la "Technology Review", une revue scientifique consacrée aux sciences de l'ingénieur et à l'innovation. Description. Au , le MIT est un chef de file mondial pour l'enseignement et la recherche en science et en technologie. Il intervient aussi dans d'autres domaines comme le "management", l'économie, la linguistique, les sciences politiques et la philosophie. Le cursus le plus suivi est celui d'ingénieur, avec , puis celui des sciences. Ce qui caractérise le MIT est sa proximité avec le monde industriel et sa très forte implication dans la recherche scientifique et technologique, à laquelle les étudiants participent dès leur première année de cursus. En 2002, elle a été la première université à mettre l'intégralité de ses cours en ligne sur Internet, le "MIT ". Les étudiants du MIT ont été les lauréats de parmi , dont William Bradford Shockley, inventeur du transistor, et Kofi Annan, ancien secrétaire général des Nations unies, ce qui en fait la universitaire au niveau mondial en termes de prix Nobel. Cependant, seuls 35 % de ces nobélisés avaient été formés au MIT, et seul le quart d'entre eux étaient affiliés au MIT lors de leur nobélisation. Organisation. Le MIT se décompose en qui contiennent : Parmi ses départements et écoles les plus célèbres, on compte : Certains laboratoires sont transversaux, tels le dirigé par Alan Grodzinsky, dont la plupart des chercheurs font partie de la ou, dans une moindre mesure, de la . Histoire. En 1861, le du Massachusetts a approuvé une charte pour l'intégration de la « de Boston et la Société d'histoire naturelle », présentée par William Barton Rogers, un scientifique naturel. Rogers a cherché à établir une nouvelle forme d'enseignement supérieur pour relever les défis posés par les progrès rapides de la science et des techniques dans le milieu du . Avec la Charte, approuvée, Rogers a commencé la collecte de fonds, l'élaboration d'un curriculum et la recherche d'un endroit convenable. Le plan Rogers avait pour but quatre principes : la valeur éducative de connaissances utiles, la nécessité du ", l'intégration professionnelle et l'enseignement des arts libéraux au niveau du baccalauréat (équivalent anglo-saxon de la licence). Le MIT a été un pionnier dans le recours à l'instruction de laboratoire. Au départ école d'architecture, le MIT devient rapidement pluridisciplinaire. Le MIT a été la première université de la nation à avoir un curriculum en architecture (1865), en génie électrique (1882), génie sanitaire (1889), l'architecture navale et génie maritime (1895), l'ingénierie aéronautique (1914), de la météorologie (1928), la physique nucléaire (1935), et de l'intelligence artificielle (1970). Au milieu des années 1960, les chercheurs du MIT ont tenu un rôle important dans la mise au point du système de navigation du module lunaire Apollo. En 2001, le MIT a annoncé qu'il prévoyait de mettre un grand nombre de cours en ligne dans le cadre de son projet . En 2008, il compte près de pour .
Marché commun du Sud Le Marché commun du Sud, couramment abrégé ' (de l'espagnol ) ou ' (du portugais ), est une communauté économique qui regroupe plusieurs pays de l'Amérique du Sud. Il est composé de l'Argentine, du Brésil, du Paraguay, de l'Uruguay et du Venezuela (suspendu depuis ). On trouve également des pays associés tels que le Chili, la Colombie, le Pérou ou l’Équateur. La Bolivie a signé son acte d'adhésion le mais il manque encore les ratifications du Brésil et du Paraguay. En 2015, un protocole amendé prenant en compte le retour du Paraguay dans l'institution est ajouté au traité d'adhésion. Pour l'instant le pays conserve son statut de membre associé. Il fut créé le par le traité d'Asunción qui établit : « La libre circulation des biens, services et des facteurs productifs entre les pays dans l'établissement d'un arsenal externe commun et l'adoption d'une politique commerciale commune, la coordination de politiques macroéconomiques et sectorielles entre les États et l'harmonisation des législations pour atteindre un renforcement du processus d'intégration ». Actuellement, le Mercosur permet la libre circulation des citoyens. Les langues officielles sont l'espagnol et le portugais selon l'article 46 du . Le guarani jouit du même statut depuis la décision 35/06 du "Consejo Mercado Común" (2006). Le Mercosur représente 82,3 % du PIB total de l'Amérique du Sud et d'autre part, se constitue comme la zone économique et la plateforme industrielle la plus dynamique et compétitive de tout l’hémisphère sud. Il est considéré comme le économique du monde en termes de volume d'échange. Historique. Le Mercosur est né le . Le nom a été créé le et la date d'entrée en vigueur est le avec la signature du traité d'Asunción par le Brésil, l'Argentine, le Paraguay, l'Uruguay et plus récemment le Venezuela, en 2012. C'est le troisième marché intégré au monde, après l'Union européenne et l'ALÉNA (NAFTA en anglais). Le Mercosur se veut un outil de coopération beaucoup plus poussé que l'ALÉNA (Accord de libre-échange nord-américain, simple zone de libre-échange sans tarif extérieur commun et sans volonté de rapprochement politique ou juridique). Ses buts sont la libre circulation des biens, des services et des facteurs de production, la création d'un tarif extérieur commun, le rapprochement des politiques économiques et l'harmonisation des législations entre les membres. La coopération, même si des progrès ont pu être notés dans le développement des échanges et dans la volonté d'un développement de la démocratie (disparition des coups d'État militaires sous peine d'exclusion possible du Mercosur) souffre toujours de la relative pauvreté de la zone (même si elle reste moins élevée que dans le reste de l'Amérique latine) et surtout de la rivalité économique et politique entre les deux « grands » que sont le Brésil et l'Argentine. La Déclaration de Cuzco (Pérou) du prévoit son intégration progressive dans une union politique et économique de toute l'Amérique du Sud, l'Union des nations sud-américaines qui prévoit une fusion du Mercosur avec la Communauté andine (Colombie, Équateur, Pérou et Bolivie) et l'intégration du Chili, du Guyana et du Suriname. Le du à Ouro Preto (Brésil) officialise l'entrée de trois nouveaux membres associés : l'Équateur, la Colombie et le Venezuela. Lors de ce sommet, le Panama et le Mexique ont annoncé envisager d'intégrer le Mercosur. La dimension politique et sociale croissante a aussi été soulignée, avec la nécessité de faire directement parvenir les bénéfices de l'intégration aux citoyens. Par ailleurs, le FOCEM (Fonds pour la convergence structurelle du Mercosur) a été créé, afin de compenser le désavantage souffert par les petits pays (Uruguay et Paraguay) qui s'ouvrent à la concurrence sans pouvoir exporter suffisamment de produits à forte valeur ajoutée. Le FOCEM demeure cependant d'envergure modeste, et le rééquilibrage du Mercosur est l'une des principales revendications du Front large au pouvoir en Uruguay. En 2005, au regard des accords avec les objectifs et principes établis dans le traité d'Asunción, a été approuvée la Décision CMC N° 28/05 réglementant les conditions nécessaires pour l'adhésion d'un nouvel État membre au Mercosur. Lors du sommet de à Rio, la Bolivie et l'Équateur ont exprimé leur intérêt de devenir membres à part entière. De nouvelles adhésions pourraient faire glisser le projet économique vers un ensemble de plus en plus politique. Si les échanges commerciaux intrazone sont passés en 16 ans de 4 à 30 milliards de dollars, les petits pays tels que l'Uruguay et le Paraguay semblent en avoir moins profité. Le sommet du à Asuncion s'est déroulé sous haute tension puisqu'il s'agissait d'éviter une dissolution de l'organisation à la suite de mécontentements des divers partenaires. Le Venezuela intègre le Mercosur le , après décision au sommet de Mendoza. Le , la Bolivie signe son accord d'adhésion au Mercosur. Le Venezuela est suspendu le pour non-respect de la charte du marché commun. Cette décision fait suite au durcissement du régime vénézuélien face à ses opposants et à l'arrivée au pouvoir de dirigeants de droite dans la région, notamment Mauricio Macri en Argentine et Michel Temer au Brésil. En , Emmanuel Macron annonce que son pays s'oppose à l'accord de libre-échange UE-Mercosur. Il accuse le président brésilien Jair Bolsonaro d'avoir menti sur le climat, à la suite des incendies dévastateurs qui ravagent la forêt amazonienne. Membres. Membres permanents. Les États membres sont : Le , le Mercosur réuni en sommet à Mendoza, décide de suspendre le Paraguay à la suite de la destitution du président Fernando Lugo. Le , c'est le Venezuela qui est suspendu. Le , le Venezuela est à son tour suspendu pour une durée indéterminée en raison de ce qui est qualifié de « violation de l'ordre constitutionnel » par le Mercosur. En effet, l'élection d'une Assemblée constituante le dans un contexte de contestation et de violence incite de nombreux pays à ne pas reconnaître le nouveau parlement. Pays associés. Les pays associés au Mercosur sont :
Mehen Dans la mythologie égyptienne, Mehen est un dieu serpent qui entoure la cabine de la barque de Rê et le protège lors de son passage nocturne dans l'univers inférieur (la Douât, l'Au-delà). Son nom signifie l'Encercleur, dérivé du verbe mehen, « entourer », « encercler ». On en trouve des mentions dans les textes des pyramides et les textes des sarcophages. On le retrouve également dans les livres funéraires royaux des tombes de la vallée des Rois, notamment dans le livre de l'Amdouat (litt. "Le Livre de ce qu'il y a dans l'Au-delà") et le livre des Portes. Dans l'Amdouat, il apparaît à la de la nuit comme protecteur de Rê. Il est un symbole de protection et de régénération. On peut également l'associer à l'Ouroboros. Il a donné son nom a un jeu pratiqué dans l'Égypte antique, le jeu du serpent.
Mertseger Mereretséger ("Celle qui aime le silence") est une déesse de la mythologie égyptienne protectrice des ouvriers de Deir el-Médineh, près de Thèbes. Elle était représentée sous les traits d'un cobra royal femelle et définie comme « la fille de Maât, au cœur de la région sacrée ». Déesse du silence, elle ne révèle ses secrets qu'aux "justes de voix" ("mȝˁ-ḫrw"). Elle est la protectrice des tombes, tapie dans la fraicheur et le silence qu'elle affectionne ; elle veille sur les morts. De tempérament doux, voire rassurant, Mertseger compte parmi les divinités que le peuple se plaît à adorer. Elle porte également le nom de « la Cime », en référence à la montagne surplombant le village de Deir el-Médineh où elle résidait. Symboles et culte de la déesse Mereretséger. Son culte n'est attesté qu'à l'époque ramesside au Nouvel Empire et seulement sur la rive gauche thébaine. Elle est souvent représentée sous la forme d'un serpent lové à tête de femme, ou plus rarement d'une femme à tête de serpent. On lui connaît aussi l'aspect d'un sphinx à tête de serpent, ou encore un serpent ailé que coiffent trois têtes : une de femme, une de serpent et une de vautour. Sa tête est le plus souvent coiffée du serre-tête. Elle peut aussi porter un "modius" qu'entourent des "uraeii". Deux plumes, un disque solaire, l'atef, la couronne rouge ou la couronne hathorique peuvent aussi la coiffer. Ses symboles sont les serpents, en particulier les non-venimeux. Son élément est la terre, puisqu'elle est serpent. Ses couleurs sont le noir et le jaune. Des fêtes essentiellement populaires lui sont dédiées, comme ce fut le cas à Deir el-Médineh. Ses lieux de cultes les plus connus sont les nécropoles de la montagne thébaine, le village ouvrier de Deir el-Médineh, Deir el-Bahari et Esna.
Meskhenet Dans la mythologie égyptienne, Meskhenet (également appelée Meskhent ou Maskhonit) est la personnification des assises du monde. Elle est le fondement de tout édifice et le lit de briques de l'accouchement. Elle est assistée de Rénénoutet, déesse de l'allaitement des enfants. Au royaume des morts, à chaque "psychostasie" ou « pesée des âmes », Meskhenet se tient à côté de la balance et témoigne du caractère du défunt et de la façon dont il a mené sa vie. Son discours influera sur le jugement final. Elle préside aux accouchements, protégeait les enfants qui allaient naître et qui étaient juste nés et en fixait le destin dans sa vie. Le papyrus Berlin 3027 précise également qu’elle protégeait l’enfant des mauvais sorts. En tant que déesse de la naissance elle établit le destin des nouveau-nés en particulier des futurs rois. Serge Sauneron a traduit ainsi une légende d'une scène du temple d'Opet à Karnak qui fait référence à Meskhenet : "Providence qui décide de l’existence, porteuse de richesses sans nombre, elle accroît le temps de vie de celui qui est à ton service ; elle compte les années abondantes pour celui que tu aimes, mais elle envoie son destin funeste à qui transgresse ta volonté".
Min (dieu) Dans la mythologie égyptienne, Min est un dieu ithyphallique du neuvième nome de Haute-Égypte qui portait le nom de "Minou" (le foudre de Min). Divinité de la fertilité et de la reproduction. Il est « "le taureau de sa mère" », la déesse ciel qu'il féconde chaque soir pour donner naissance au soleil. D'autres traditions font de lui le protecteur des pistes du désert Arabique, ou le géniteur qui fertilise la terre pour permettre la moisson. Il est représenté sous les traits d'un homme momiforme debout le pénis en érection, coiffé de deux hautes plumes et tenant un fléau dans sa main droite levée. Il finit par être absorbé par Amon pour devenir Amon-Min, puis par Horus devenant Min-Horus capable de faire taire Seth. Dieu tutélaire de la ville de Coptos, on trouve également des centres de son culte dans les villes de Akhmîm, de Qift et de Louxor. Min est sans doute une des divinités les plus anciennes de l'Égypte. Figuré à l'époque prédynastique sous l'aspect d'un fétiche, il est représenté dès la sous forme humaine, le bras droit tenant le flagellum levé dans son dos, la peau couleur noire rappelant la couleur du limon, le phallus (pénis en érection), symbole de fertilité et procréation, une laitue romaine au pouvoir aphrodisiaque souvent à ses côtés. Sa tête est coiffée d'un ruban enserrant deux hautes plumes. Son corps est gainé dans un linceul, ce qui lui donne la forme d'une momie, portant le linceul osiriaque. Au Nouvel Empire, lors des couronnements ou des jubilés (fête-Sed) le pharaon cherchait auprès de Min à récupérer ses pouvoirs de force et de fertilité. Lors des grandes fêtes de Min au moment des moissons, il coupait la première gerbe qu'il offrait au dieu. Par syncrétisme, il fut identifié à Amon sous Amon-Min, permettant à Amon de récupérer les pouvoirs de fertilité. Les représentations du dieu Min sont nombreuses en Égypte et couvrent toute l'histoire pharaonique, faisant de lui l'un des dieux principaux du panthéon égyptien. Ses lieux de culte sont Coptos, car on attribuait à Min le pouvoir de protéger les routes caravanières qui traversaient le désert oriental en direction de la mer Rouge, et Akhmîm, en Haute-Égypte. Il est aussi avec la déesse Hathor, « la dame de la turquoise et de l'améthyste », le roi et protecteur des mines et des carrières, en somme de tout ce qui est lié à la montagne. Ainsi, de nombreuses stèles sont érigées pour se faire pardonner, car les Égyptiens considéraient les activités minières comme du vol et seuls des monuments et offrandes d'encens pouvaient les pardonner.
Montou Montou est le dieu de l’antique ville d'Hermonthis , (nome de Thèbes), lié à l’origine au culte du soleil et dieu faucon de Thèbes où il était vénéré en tant que dieu de la guerre et protecteur des armes. Son nom signifie « nomade ». Au cours de la période ptolémaïque il fut associé par les Grecs à Apollon. Nom. Le nom de Montou est techniquement translittéré en "Mnṯw" (signifiant « Nomade »). En raison de la difficulté de transcrire les voyelles égyptiennes, il est souvent transcrit en français sous la forme Montou, Mentou, Monthou, Montjou, Ment ou Menthou, (évent. Montoz (géo.)). Rôle et caractéristiques. Rôle. Dieu très ancien, Montou était à l'origine une manifestation de l'effet brûlant de Rê, le soleil - et en tant que tel, il apparaissait souvent sous le nom de Montou-Rê. Le caractère destructeur de cette caractéristique l'a conduit à acquérir les caractéristiques d'un guerrier et à devenir un dieu de la guerre très vénéré. La guerre et le combat sont associés dans la pensée mythique égyptienne, à la création du monde, ou à sa transformation. Les Égyptiens pensaient que Montou s'attaquerait aux ennemis de Maât (c'est-à-dire de la vérité, de l'ordre cosmique) tout en inspirant, dans le même temps, de glorieux exploits guerriers. Il est possible que Montou-Rê et Atoum-Rê aient symbolisé les deux royautés, respectivement, de la Haute et de la Basse-Égypte. Lorsqu'il était associé à Horus, l'épithète de Montou était « Horus du bras fort ». En raison de l'association des taureaux enragés avec la force et la guerre, les Égyptiens croyaient également que Montou se manifestait sous la forme d'un taureau blanc au museau noir nommé Boukhis (hellénisation de l'original Bakhâ : un taureau vivant vénéré en Hermonthis) - au point que, à la Basse époque (- av. J.-C.), Montou était également représenté avec une tête de taureau. Ce taureau sacré spécial avait des dizaines de serviteurs et portait des couronnes et des vêtements précieux. Montou avait plusieurs épouses : Iconographie. Dans l'art égyptien, Montou était représenté comme un homme à tête de faucon ou de taureau, la tête surmontée du disque solaire (en raison de son lien conceptuel avec Rê) et de deux plumes. Le faucon était un symbole du ciel et le taureau un symbole de force et de guerre. Il pouvait également manier diverses armes, comme une épée courbe, une lance, un arc et des flèches, ou des couteaux, cette iconographie militaire était très répandue dans le Nouvel Empire (- av. J.-C.). Dieu tutélaire de la région thébaine. Il était également vénéré comme l'un des patrons de la ville de Thèbes et de ses forteresses. Ainsi, des rois des et , originaires de cette ville, honorent Montou dans leur propre nom de Sa-Rê : près de six rois portent le nom de "Montouhotep", signifiant « Montou est satisfait », un roi porte le nom de "Montouhotepi", signifiant également « Montou est satisfait », et un roi porte le nom de "Montouemsaf", signifiant « Montou est sa protection ». En plus d'être des rois originaires de région thébaine, le contexte guerrier de ces règnes joue également un rôle dans le choix d'honorer cette divinité dans le nom même du roi. Montou et les rois guerriers. Le culte de ce dieu militaire jouit d'un grand prestige sous les rois de la , dont l'expansionnisme et les succès militaires conduisent, vers 2055 av. J.-C., à la réunification de l'Égypte, à la fin d'une période de chaos connue aujourd'hui sous le nom de Première Période intermédiaire, et à une nouvelle ère de grandeur pour le pays. Cette partie de l'histoire égyptienne, connue sous le nom de Moyen Empire (vers 2055-1650 av. J.-C.), est une période au cours de laquelle Montou assume le rôle de dieu suprême, avant d'être progressivement dépassé par l'autre dieu thébain Amon, destiné à devenir la divinité la plus importante du panthéon égyptien. À partir de la , Montou est considéré comme le symbole des rois en tant que souverains, conquérants et vainqueurs, ainsi que comme leur inspirateur sur le champ de bataille. Les armées égyptiennes étaient surmontées des insignes des « quatre Montou » (Montou de Thèbes, d'Hermonthis, de Médamoud et de Tôd : les principaux centres de culte du dieu), tous représentés en train de piétiner et de transpercer les ennemis avec une lance dans une pose pugnace classique. Une hache de combat cérémoniale, appartenant au kit funéraire de la reine , grande épouse royale du roi guerrier Ouadjkheperrê Kames (vers 1555-1550 av. J.-C.), qui vécut tout à la fin de la , représente Montou sous la forme d'un fier griffon ailé : une iconographie clairement influencée par la même origine syriaque qui a inspiré l'art minoen. Les plus grands rois généraux d'Égypte se sont appelés « Taureau puissant », « Fils de Montou », « Montou est avec son bras droit fort » ( : qui était aussi le prénom d'un fils de , d'un de et d'un de . (vers 1479-1425 av. J.-C.), le « Napoléon d'Égypte », était décrit dans l'Antiquité comme un « Montou vaillant sur le champ de bataille ». Une inscription de son fils (1427-1401 av. J.-C.) rappelle que le roi de dix-huit ans était capable de tirer des flèches à travers des cibles en cuivre tout en conduisant un char de guerre, commentant qu'il avait l'habileté et la force de Montou. Le petit-fils de ce dernier, (vers 1388-1350 av. J.-C.), s'appelait lui-même « Montou des souverains » malgré son propre règne pacifique. Dans le récit de la bataille de Qadesh (vers 1274 av. J.-C.), aurait vu l'ennemi et « se serait déchaîné contre lui comme Montou, Seigneur de Thèbes » : Lieux de culte. Son lieu de culte est la région thébaine où plusieurs sanctuaires lui sont consacrés :
Mout Dans la mythologie égyptienne, Mout ("La mère"), la féminine, a engendré le dieu lunaire Khonsou et symbolise les valeurs maternelles. Déesse dangereuse, elle se transforme en lionne aux griffes acérées, mais sait aussi, drapée en vautour, veiller sur les hommes et leur redonner la vie. Elle est la déesse vautour du sud de l'Égypte. Dans la triade de Thèbes, elle est la mère de Khonsou et l'épouse d'Amon. Elle a l'aspect de Sekhmet, mais plus généralement celui d'une femme coiffée de la couronne blanche ou d'un vautour. Symboles et culte de la déesse Mout. Ses aspects. Elle est représentée sous la forme d’un vautour, ou sous celle d’une femme portant sur la tête la dépouille d'un vautour, parfois surmontée du pschent (la double couronne d'Égypte), tenant un sceptre de papyrus et le signe Ânkh. Lorsqu'elle est une des formes de la « Déesse Lointaine » elle est alors représentée sous la forme d'une lionne aux griffes acérées. Elle fut aussi parfois représentée avec des ailes comme déesse du ciel, apparaissant comme un vautour ou comme une vache derrière Amon émergeant des eaux du Noun. Ses attributs divins. Ce sont le "pschent", la dépouille de vautour et parfois le disque solaire. La déesse porte souvent le sceptre floral des déesses. Ses animaux sacrés. Le vautour Ses éléments. La terre, l'air, le feu. Ses couleurs. Le bleu, le rouge et le jaune. Ses fêtes. Ce sont celles de la triade thébaine, c'est-à-dire liées à Amon. On citera la fête d'Opet, ainsi que la belle fête de la vallée. Ses lieux de culte. Le principal se trouve à Karnak, dans l'enceinte dite de Mout. D'autres sanctuaires sont attestés à Napata, Hermonthis, Bubastis, Memphis et Tanis.
Ministère (religion) Les ministères sont les fonctions nécessaires à l'organisation des différentes institutions religieuses. L'adjectif « ecclésiastique » est propre aux confessions chrétiennes.
Mnevis
Maât Maât est, dans la mythologie égyptienne, la déesse de l'harmonie cosmique, de la rectitude (ou conduite morale), de l'ordre et de l'équilibre du monde, de l'équité, de la paix, de la vérité et de la justice. Elle personnifie l'ensemble de ces concepts, et à ce titre elle est la régulatrice de la course des astres, des saisons, ainsi que des actions des mortels et des dieux qui ont fait surgir le désordre du chaos au moment de la création. Elle est l'antithèse de l"'isfet" (le chaos, l'injustice, le désordre social, la corruption, la violence, la malveillance...). Symbolique. Maât est une entité symbolisant la norme universelle : l'équilibre établi par le Créateur, la justice qui permet d'agir selon le droit, l'ordre qui fait conformer les actes de chacun aux lois, la vérité, la droiture et la confiance. Maât est toujours anthropomorphe, comme la plupart des concepts abstraits personnifiés : c'est une femme, en général assise sur ses talons, ou debout. Elle est la plupart du temps vêtue de la longue robe collante des déesses et porte leurs bijoux habituels. Maât confère aux autres dieux certaines de ses qualités, mais ne leur prête pas son aspect et ne prend pas non plus l'apparence d'autres divinités. Son attribut est la plume-nom (la même est portée par Shou). Elle tient souvent le signe de vie. L'élément de Maât est l'air et la couleur de sa peau est ocre jaune. Maât est d'abord de dimension divine : elle est la mère de Rê dont elle est aussi la fille et l'épouse, elle est aussi la sœur mystique de pharaon, elle assure l'équilibre cosmique et c'est donc grâce à elle que le monde fonctionne de façon harmonieuse. Elle est également la lumière que Rê apporte au monde. Elle est fondamentalement liée à l'institution pharaonique, le premier devoir de Pharaon étant de faire respecter la loi de Maât dans toute l'Égypte. C’est pourquoi, sur les murs des temples, pharaon est représenté faisant l'offrande de Maât à une divinité : c’est dire que, dans ses actes, il se conforme aux exigences de la déesse. Ainsi, lorsque , dans le temple d'Abydos, offre Maât aux dieux principaux, sous forme d'une statuette de la déesse, il leur démontre sa compétence et sa rectitude ; en retour, les dieux lui procurent vie et domination (Osiris) et force victorieuse (Horus). La mission de pharaon relève de Maât : « "in maât" » (amener Maât, organiser le pays et assurer son unité), « "der isfet" » (repousser Isfet, notamment repousser les ennemis) ; la célèbre palette de Narmer transcrit cette double mission. On peut évoquer aussi l'hymne solaire du Moyen Empire : Ré a installé le souverain sur la terre des vivants à jamais et à toute éternité de sorte qu'il juge les hommes et anéantisse Isfet. Maât est aussi l'expression sociale et juridique de l'ordre établi et le symbole de la justice et de l'équité. Dans les faits, c'est le rôle du vizir, qui porte le titre de « Prophète de Maât », que de rendre la justice au nom de la déesse et donc de pharaon qui l'incarne : Dans la pesée de l'âme, Maât, aussi légère qu'une plume, est le contrepoids du cœur qui doit être aussi léger qu'elle pour que le ka, l'âme du défunt, puisse accéder au monde des bienheureux. Elle est représentée par une femme coiffée de la plume d'autruche ou simplement par cette plume elle-même. À une époque plus tardive, « maât » signifie également la vérité ou la connaissance juste de soi. Culte. Parfois, « maât » se présentait en fait comme un concept abstrait, telle « la vérité », dont la divinité ne représentait qu'une manière d'allégorie ; cependant, Maât était aussi vivement présente dans les divers récits mythologiques mettant en scène les dieux personnifiés de l’Égypte antique. L'acception du terme de Maât oscille donc entre abstraction et personnification en fonction de son contexte. La déesse Maât apparaît représentée comme une dame debout ou assise, portant sur sa tête son symbole, la plume d'autruche verticale, portant un Djed, un ouash et une ânkh. Durant le règne d'Akhenaton, et plus tard, elle fut également représentée comme une femme ailée. Elle était vénérée dans le sanctuaire de Karnak, dans le temple de Deir el-Médineh et beaucoup d'autres temples égyptiens dédiés à d'autres dieux. Elle avait également un temple à Memphis. Mythologie. Le principal hiéroglyphe qui la représente est une plume d'autruche en parfait équilibre. Ce symbole apparaît dans la représentation du jugement d'Osiris, au moment où étaient pesés sur une balance à deux plateaux, d'un côté, le hiéroglyphe de Maât (avec sa plume légère, symbole d'harmonie et de justice universelle) et de l'autre, le cœur du défunt (symbole de sa conscience). Si celui-ci ne pesait pas plus que la plume de Maât, le défunt pourrait rester dans l'au-delà éternellement. Sinon, Ammout le dévorait. La loi de Maât. La loi de Maât peut être retrouvée dans le chapitre 125 du "livre des morts des Anciens Égyptiens", aussi appelée les « 42 lois de Maât », la « déclaration d'innocence » ou les « confessions négatives ». Celui qui est juste, qui vit dans la constante application des lois de la Maât est appelé Maakherou. C'est le cas par exemple de certains grands prêtres des temples. Politique. Maât, en tant que garante de l’ordre et de l’équilibre aussi bien cosmique que terrestre, est, à ce double titre, le principe unifiant de la société égyptienne antique. À cette époque, la survie est de tous les instants et la communauté est le lieu où elle s’organise. Les sujets qui ne doivent pas faillir dans leur travail quotidien portent la responsabilité du groupe. Ils se doivent alors de respecter l’ordre établi pour garantir leur subsistance mais également pour assurer l’ordre cosmique. C’est dans leurs œuvres et dans le respect de la maât (concept de justice et d’équilibre personnifié par la déesse Maât), dictée par Pharaon, que tous participent à l’équilibre et à la justice. Le juste est ce que dicte le roi et le respect de sa parole juste par les sujets maintient l'ordre dans la cité et dans les cieux. La domination de Pharaon est alors assurée par ces enjeux fondamentaux. Ainsi c'est grâce à Maât révérée par lui que Pharaon, trait d'union fondamental entre l'humain et le divin en Égypte antique, est le garant tout à la fois de la justice et de l'ordre social comme de l'ordre cosmique. Comme plus haut chef religieux d'Égypte, la première mission de Pharaon est donc de mettre en œuvre la maât sur terre. En tant que concept de justice qui prend forme dans le divin et se fonde sur l'équilibre, la maât peut être rapprochée de deux conceptions politiques. Il s'agit de celles développées chez deux penseurs grecs, Platon et Aristote, dont les influences sont majeures, notamment en occident. De Platon, nous reconnaissons l’ordre et l’équilibre maintenu et cela par le respect de chacun de la place qu'il occupe dans la société (le dirigeant, le guerrier et l’artisan), ainsi que du bon accomplissement de sa tâche pour la communauté. C’est de l’équilibre de ces trois composantes de la société que l’ordre et la justice émanent. Il se pourrait d'ailleurs que ce ne soit pas par hasard que la politique égyptienne et celle de Platon soient liés. En effet, il est mentionné à plusieurs reprises dans l’histoire que Platon a voyagé en Égypte à son époque, qu'il a discuté avec certains sages et qu'il en ait été inspiré. Et si ce n’est pas le cas, nous ne pouvons tout de même pas douter de sa connaissance très précise de la société égyptienne. Plusieurs indices en attestent : Platon lui-même parle de la culture égyptienne, et même, parfois, il la vante. Dans ses propres écrits, ou même dans ceux de ses contemporains, nous retrouvons un vocabulaire bien établi pour parler de l’Égypte : « les pyramides » (πυραμίς), « le papyrus » (πάπυρος), « le Nil » (Νείλος), etc … Ce qui laisse donc penser que les Grecs, dont Platon, en avait une bonne connaissance. Ainsi, nous sommes mis sur la piste d’une éventuelle inspiration de Platon pour constituer sa vision de la politique. Nous en sommes sûrs lorsque nous lisons les écrits d’Hérodote sur l’Égypte, lus eux-mêmes par Platon. En effet, Platon décrit précisément la société égyptienne organisée en hiérarchie, séparant les guerriers, les artisans et les gouvernants. Une fois les différentes parties définies, il ne reste qu’à penser l’harmonie entre elles pour que la société fonctionne bien, et ainsi, que chacun y soit heureux. Vient alors chez les Égyptiens le concept de Maât, la déesse de l’ordre, de l’harmonie et par là-même de la vérité. Nous retrouvons beaucoup de similitudes entre le panthéon égyptien et le panthéon grec, cependant il s’avère que l’équivalent grec de Maât soit la philosophie platonicienne elle-même. En effet, toute l’entreprise platonicienne consiste à harmoniser son âme par le moyen de sa raison, et de la même manière, harmoniser la société par le moyen d’un être raisonnable. L’être raisonnable selon Platon, c’est le philosophe, celui qui sait harmoniser les parties de son âme, et ainsi, qui saura harmoniser les parties de cette grande âme qu’est la cité. La politique du philosophe-roi est donc une politique ordonnée, mettant en valeur la nature de chacun tout en empêchant que les individus s’aliènent. Autrement dit, celui qui doit gouverner la cité, c’est l’homme qui agit avec sagesse. Allégoriquement, s’il y avait un dieu grec de l’harmonie, de l’ordre et de la vérité, nous pourrions facilement dire qu’il guide ce roi, qu’il lui « souffle à l’oreille ». Or c’est exactement ce qu’il est dit de la déesse Maât, qu’elle « souffle à l’oreille » du pharaon ses agissements. Par ailleurs, la royauté comme elle est décrite chez Platon n’est pas un système politique commun à son époque et à ses alentours, il paraît donc fort probable que la figure du philosophe-roi soit directement inspirée des pharaons.  De la philosophie d'Aristote, élève de Platon, nous remarquons la perspective d’une justice qui ne s'exerce que dans la cité. En effet, si le principe de justice égyptien maât est bien agissant en dehors de la cité en ce qu'il maintient l'ordre cosmique, c'est d'abord l'obéissance des sujets du pharaon à cette loi dans la cité qui lui donne son efficience.
Minute
Midi-Pyrénées Midi-Pyrénées ( ) est une ancienne région du sud-ouest de la France qui correspondait approximativement à l'ancien Haut-Languedoc et en partie (au sud-ouest de la Garonne) à la Gascogne. La région s'étendait sur plus de ce qui en faisait la deuxième plus vaste région de France derrière la Guyane et la première de métropole. Sa plus grande ville était Toulouse, qui était également sa préfecture et le siège de son conseil régional. La région regroupait huit départements : Ariège, Aveyron, Haute-Garonne, Gers, Lot, Hautes-Pyrénées, Tarn et Tarn-et-Garonne. Dans le cadre de la réforme territoriale, Midi-Pyrénées a fusionné avec la région Languedoc-Roussillon. Cette fusion est entrée en vigueur le . La région Occitanie est le nouveau nom de celle-ci. Histoire. Instituée sous la République, la région a cessé d'exister en janvier 2016 lors de sa fusion avec Languedoc-Roussillon. Cette fusion reconstituant peu ou prou le territoire du comté de Toulouse, augmenté du Gers, des Hautes-Pyrénées, du Comminges et du Couserans. Administration. Les départements issus de la partie ouest du Languedoc (Haute-Garonne et Tarn), de l'est de la Guyenne et Gascogne (Aveyron, Gers, Lot, Hautes-Pyrénées et Tarn-et-Garonne) et du Comté de Foix (Ariège) furent inclus dans la région administrative de Midi-Pyrénées qui recouvrait ainsi huit départements. Midi-Pyrénées Géographie. Midi-Pyrénées était située dans le Sud de la France. Elle était la plus vaste de France métropolitaine, avec une superficie de comparable à celle du Danemark, et plus grande que celles de pays tels que la Belgique ou la Suisse. La limite sud était constituée par la frontière avec l'Espagne et la principauté d'Andorre. Midi-Pyrénées était limitrophe avec quatre régions françaises : l'Aquitaine à l'ouest, le Limousin au nord, l’Auvergne au nord-est et le Languedoc-Roussillon à l'est. Midi-Pyrénées comptait huit départements : l’Ariège, l’Aveyron, la Haute-Garonne, le Gers, le Lot, les Hautes-Pyrénées, le Tarn et le Tarn-et-Garonne. Son chef-lieu est Toulouse, qui est aussi le chef-lieu du département de la Haute-Garonne. La Garonne est le fleuve principal avec ses cinq affluents : le Gers, l'Ariège, le Lot, la Save et le Tarn. Il y a deux massifs montagneux importants en Midi-Pyrénées : les Pyrénées au sud et le Massif central au nord-est de la région. Les Pyrénées ne constituent pas forcément une frontière naturelle avec l'Espagne : le Val d'Aran en Espagne, également de culture occitane et frontalier avec la région Midi-Pyrénées, se situe versant nord des Pyrénées et constitue le prolongement naturel de la haute vallée de la Garonne. Transports. Réseau routier. Midi-Pyrénées est traversée par les autoroutes A20, A61, A62, A64, A66, A68 et A75. Économie. L'économie midipyrénéenne est très largement dominée par le puissant pôle urbain de Toulouse. La capitale régionale rayonne sur toute la région ainsi que sur des villes limitrophes telles que Carcassonne (en Languedoc-Roussillon), Albi, Montauban, Tarbes . L'activité principale est l'industrie aéronautique avec plus de . Airbus, premier constructeur mondial d'avions commerciaux, emploie à lui seul environ dans la région, dont au siège. Le siège de Météo-France, le CNES, Airbus Defence and Space, et Thales Alenia Space en font également le premier pôle spatial européen avec plus de . L'agriculture et les agro-industries sont le premier employeur régional avec plus de , dont dans les agro-industries. Toulouse est également un pôle tertiaire très important, ainsi qu'un pôle de recherche de premier ordre grâce à la présence de ses trois universités ainsi que de nombreuses grandes écoles : Toulouse est la troisième ville étudiante (en nombre d'étudiants) après Paris et Lyon. Des pôles économiques secondaires se développent petit à petit dans le reste de la région. L'agglomération de Tarbes, la deuxième de la région, est également un pôle industriel (Nexter, centre de démantèlement d'avion Tarmac Aerosave, etc.). L'agglomération d'Albi, la troisième de la région, prend également une part croissante dans l'économie régionale. De plus en plus d'entreprises de services s'y installent, attirées par les prix beaucoup plus attractifs que dans la métropole toulousaine. Les laboratoires Fabre génèrent également de nombreux emplois en Midi-Pyrénées, notamment à Castres. L'agriculture est également très importante dans la région et représente le second pôle agricole français. On trouve les vignobles de Fronton, de Gaillac dans le Tarn, de Cahors dans le Lot, de Marcillac, des Côtes-de-millau dans l'Aveyron, de Madiran, dans les Hautes-Pyrénées. Enfin, en 2012, 16 millions de touristes viennent visiter Midi-Pyrénées et parmi eux 15 %, soit 2,4 millions d'étrangers. Ils dépensent 6 milliards d'euros par an. Le tourisme se développe assez rapidement. Le tourisme urbain à Toulouse et dans d'autres villes, mais également le tourisme vert (Quercy, Lot, Comminges) croissent dans la région. Enfin les nombreuses stations de sports d'hiver attirent aussi de nombreux touristes dans les Pyrénées. Les principales nationalités qui visitent la région sont les Néerlandais (22 %), les Italiens (21 %), les Britanniques (13 %), les Espagnols (10 %), les Belges (9 %), les Allemands (7 %) Le Conseil Régional Midi-Pyrénées a fusionné en début d'année 2015 son agence de développement économique Midi-Pyrénées Expansion et son agence régionale de l'innovation Midi-Pyrénées Innovation. Aujourd'hui, 56 personnes travaillent au sein de Madeeli, la nouvelle agence qui accompagne les entreprises et les collectivités souhaitant se développer en Midi-Pyrénées. Population. La population n'évolue pas de manière similaire dans les 8 départements que comporte la région. Le département connaissant la plus forte croissance est la Haute-Garonne. L'Ariège, le Lot et le Tarn-et-Garonne connaissent une légère augmentation de la population. Celle du Tarn connaît également une hausse remarquable. Enfin, la population augmente moins dans les départements de l'Aveyron, du Gers et des Hautes-Pyrénées mais ces départements affichent un solde migratoire positif. Dans son ensemble, la région voit sa population augmenter; elle figure donc dans les régions les plus attractives de France avec la région Provence-Alpes-Côte d'Azur et la région voisine du Languedoc-Roussillon. Démographie. Midi-Pyrénées compte au dont : Les résidences secondaires. Ce tableau indique les communes midipyrénéennes qui comptaient en 2008 plus de résidences secondaires. Culture. Musées. Albi : Auch : L'Isle-Jourdain : Éauze : Figeac : Millau : Montauban : Rodez : Saint-Céré : Saint-Gaudens : Souillac : Toulouse : Nombreuses galeries d'art Célèbres Midi-Pyrénéens. Artistes Musiciens Écrivains Personnalités politiques et activistes Hommes de science et explorateurs Hommes d'affaires Belligérants Cinéma Spectacle. Albi : Argelès-Gazost : Beaucens : Blagnac : Montauban : Ramonville : Tournefeuille : Rodez : Tarbes : Toulouse : Marciac : Foix : Patrimoine naturel et bâti. Midi-Pyrénées a créé un label pour identifier certains sites à caractère exceptionnel, sous le nom de « Grands Sites de Midi-Pyrénées » En tout, 25 sites sont classés, d'un commun accord entre la région Midi-Pyrénées et les collectivités locales (communes, communautés de communes, communautés d'agglomérations, etc.) Le classement organisé par département : Saint-Lizier - Grotte de Niaux Rodez - Conques - Viaduc de Millau - Villefranche-de-Rouergue-Najac Auch - Marciac - Flaran-Baïse-Armagnac Toulouse - Canal des Deux-Mers - Saint-Bertrand-de-Comminges - Luchon Pic du Midi de Bigorre - Lourdes - Pont d'Espagne - Gavarnie Cahors - Figeac - Rocamadour - Vallée de la Dordogne - Saint-Cirq-Lapopie Albi (UNESCO) - Cordes-sur-Ciel - Sorèze, Revel-Lac de Saint-Ferréol Moissac - Canal des Deux-Mers "Ceci est une liste des lieux bâtis et naturels les plus importants de Midi-Pyrénées qui en font des lieux de haut-tourisme" Environnement. Midi-Pyrénées abrite de nombreux habitats précieux, des espèces animales rares dont l'ours des Pyrénées, l'euprocte ou le Desman, mais aussi parmi la flore plus de 300 espèces rares, ce qui s'explique par la grande variété des reliefs, sols et climats. La région compte plusieurs sites classés Seveso. En 2011, un SRCE (Schéma régional de cohérence écologique) sera élaboré pour encadrer la mise en œuvre de la Trame verte et bleue, conformément à la loi Grenelle II et au Grenelle de l'environnement. Surveillance de la qualité de l’air en région Midi-Pyrénées. Sport. Rugby. De nombreux clubs de la région participent aux championnats professionnels et amateurs de rugby. Pour la saison 2015-2016 : Rugby à XIII. Le Toulouse olympique XIII est le seul club midi-pyrénéen présent dans le Championnat de France de rugby à XIII Football. Le Toulouse Football Club ainsi que le Rodez Aveyron Football évolue dans l'élite du football français, la Ligue 2. L'US Colomiers et le Tarbes PF participent au championnat de France amateur de football (CFA). Les autres clubs de la région (dont Luzenac Ariège Pyrénées, le Montauban FC TG, le Castres FC, le Blagnac FC et le Balma Sporting Club) jouent dans des divisions inférieures. Football féminin. Pour la saison 2015-2016, deux clubs régionaux seront en compétition dans le Championnat de France de football féminin : l'ASPTT Albi et le Rodez Aveyron Football. L'équipe féminine du Toulouse FC évolue en . Cyclisme. Chaque année le Tour de France passe dans la région, notamment pour les étapes de haute montagne dans les Pyrénées. Des coureurs originaires de la région ont participé à "la Grande Boucle", dont Didier Rous, Christophe Rinero, David Moncoutié et Laurent Jalabert (double vainqueur du classement par points et double vainqueur du classement de la montagne) sont les plus connus. Courses régionales : Équipes :
Mano Negra Mano Negra est un groupe de rock alternatif français, originaire de Sèvres. Actif entre 1987 et 1994, il est formé autour de son meneur Manu Chao. Le nom du groupe s'inspire du terme La Mano Negra, qui signifie « La Main noire » en espagnol, expression désignant le travail illégal ou . Le groupe compte au total quatre albums studio, "Patchanka" (1988), "Puta's Fever" (1989), "King of Bongo" (1991), et "Casa Babylon" (1994). Biographie. Origines. La Mano Negra, qui signifie « La Main noire » en espagnol, expression désignant le travail illégal ou , est le nom d'un groupe anarchiste andalou supposé de la fin du . Cependant c'est en lisant une bande dessinée (la série "Condor" de Dominique Rousseau) que l'idée est venue aux membres du groupe. Mano Negro était le nom d'une bande de guérilleros en Amérique du Sud. C'est surtout le symbole de la main noire qui leur plut. Avant de faire partie de la Mano Negra, les membres évoluent dans différents groupes. Santiago Casariego joue avec les groupes Joint de culasse, Les Flappers, Hot Pants, Parachute et les Kingsnakes ; Antoine Chao avec les groupes Joint de culasse, Chihuahua et Los Carayos ; Manu Chao avec les groupes Joint de culasse, Les Flappers, Hot Pants, Parachute, Kingsnakes et Los Carayos ; Alain Wampas (qui fait partie de la formation originelle) avec les groupes Les Wampas et Los Carayos ; Thomas Darnal avec les groupes Garage Psychiatrique Suburbain et Khadija and the Elefunk Men ; Daniel Jamet avec les groupes Les Volés, Les Reactors, les Casse-pieds, Bernadette Soubirou et ses Apparitions ; Philippe Teboul avec les groupes Les Volés, Les Casse-pieds, Bernadette Soubirou et ses Apparitions ; Jo Dahan avec les groupes Les Volés, Les Casse-pieds, Bernadette Soubirou et ses Apparitions ; et Pierre Gauthé avec les groupes Century, Waka Waka et Têtes Raides. Prémices et "Patchanka" (1987-1988). Après la fin du groupe Hot Pants, Manu Chao participe activement à Los Carayos, mais il a le projet d'un autre groupe. Il réunit autour de lui plusieurs musiciens d'autres groupes notamment Alain des Wampas, ou encore Mamack des Chihuahua et bien sûr la base de Mano Negra : Manu, Santi et Tonio. Mano Negra est alors formée en 1987. Manu Chao rencontre les Casse-pieds alors qu’ils jouent dans le métro, et invite le groupe composé de Laurent Huni, Manu Layotte, Daniel Jamet, Jo Dahan et Philippe Teboul pour l’enregistrement de "Patchanka" avec le futur tube "Mala Vida". Le titre "Vieux Moisi" est édité sur la compilation "Mon Grand Frère Est Un Rocker" en 1987. Mano Negra publie son premier album studio, "Patchanka", en 1988, sur le label Boucherie Productions. Environ exemplaires seront écoulés. Après la sortie de "Patchanka", le groupe n'est pas encore fixé, chacun continue avec son autre groupe, ce qui pose un problème pour les concerts : les musiciens ne sont pas toujours disponibles. Manu Chao convainc les Casse-pieds, Tonio, Santi et Thomas Darnal de ne jouer que pour Mano Negra. Un soir, Manu et Daniel assistent à un concert de Têtes Raides et sont impressionnés par le talent de Pierre Gauthé qui devient alors le trombone du groupe. Mano Negra est alors au complet. Le groupe commence alors à tourner à travers la France dès octobre et se forge une solide réputation. Mano Negra signe un contrat avec Virgin Records, grâce au succès du titre "Mala Vida". "Puta's Fever" (1988-1990). En 1988, Bernard Batzen devenu le manager du groupe leur conseille de construire leur propre société, la SARL Patchanka. Ainsi, grâce à ce nouveau manager, Mano Negra enchaîne les concerts, voit alors sa notoriété grimper et devient un grand groupe de rock français. Boucherie Productions ne peut plus suivre techniquement, ni sur les domaines logistique et financier. Le groupe signe alors chez Virgin Records, qui ne leur offre pas plus d'argent, mais plus d'indépendance. Mano Negra garde sa liberté artistique et décide des titres de l'album, des singles destinés aux radios, du marketing, des affiches, de la promotion, et, enfin, de ne pas avoir de producteur. Thomas Darnal réalise toujours les pochettes en toute liberté. Ainsi, c’est sous le label Virgin que sort, le , le deuxième album "Puta's Fever", qui s'affirme punk rock ; le succès est encore plus grand. L’album s'illustre notamment avec les singles "King Kong Five" et "Pas assez de toi". Le troisième single, "Sidi 'h' Bibi" ne passe pas sur les radios françaises parce que chanté en arabe, en pleine guerre du Golfe. L'album se vend à exemplaires en France et vaut au groupe le Bus d'Acier de 1990. Un mois après la sortie de "Puta's Fever" le groupe part sillonner la France entière : de novembre 1989 à janvier 1990 il fait plus de cinquante concerts en France et aussi quelques dates en Belgique, en Suisse et aux Pays-Bas. Puis ils partent aux États-Unis, en octobre et , faire la première partie de la tournée d’Iggy Pop. Malheureusement, le rêve se transforme en un mois et demi de prise de tête avec l'équipe technique d’Iggy Pop (les balances de Mano Negra qui se font avec des basses mises en sourdine, l’interdiction de toucher aux lumières…) Le groupe restera très marqué par cette mauvaise expérience. "King of Bongo" (1991-1993). Le groupe part à Cologne, en Allemagne, enregistrer leur troisième album "King of Bongo", qui sort le . L’album est un mélange de plusieurs styles musicaux : reggae ("Out of Time Man"), ska ("It's My Heart"), salsa ("El Jako"), java revue et corrigée ("Madame Oscar"), voire chanson réaliste ("Le Bruit du frigo"). Mano Negra entreprend une tournée avec 41 dates en province et quelques festivals durant l'été, dont un gigantesque concert gratuit sur le parvis de La Défense pour le Festival Paris quartier d'été. "Cargo 92". Pour la célébration du de la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb, Royal de luxe et Mano Negra et d'autres groupes de rock décident de refaire le voyage à bord d'un vieux cargo acheté et retapé pour l'occasion. Ils partent en mars pour la tournée "Cargo 92". Le voyage est éprouvant : les pannes sont fréquentes, la quantité de carburant nécessaire est impressionnante. Dans sept ports de l’Amérique latine, ils présentent "La Véritable histoire de France". La situation politique et sociale est parfois instable et les villes en ébullition, de Caracas à Buenos Aires, en passant par Rio de Janeiro et La Havane, le voyage des artistes pendant cinq mois est enrichissant mais souvent difficile. Ce voyage est ensuite prolongé par une tournée au Japon où Mano Negra enregistre, en décembre 1992, le premier live, "In the Hell of Patchinko". Au retour de cette tournée, en janvier 1993, Jo Dahan et Tonio quittent le groupe. Leur départ crée un déséquilibre. Daniel Jamet part lui aussi, se sentant de moins en moins écouté par Manu Chao, en particulier pendant le mixage des albums (qu'il réalise seul). Il semble aussi que la mort d'Helno, le chanteur des Négresses Vertes, ait été un facteur déclencheur de sa décision. Gambeat et Madjid Fahem remplacent Jo Dahan et Daniel Jamet pour les concerts. "Casa Babylon" et séparation (1993-1994). Mano Negra reprend, à la fin de 1993, la route avec les French Lovers, les musiciens brésiliens Garrincha et Sorriso, des trapézistes, des anciens du Royal De Luxe, pour la tournée "El Expresso del Hielo", en train à travers la Colombie. Mais le train trop lent ( maximum), la drogue à trop bon marché, les finances inexistantes, rendent l'ambiance insupportable. Le , deux semaines après le départ, Santi, Philippe, Kropol et Jean-Marc, un autre cuivre du groupe, retournent en France. Seul Tom reste, et encore, il n'accompagnera pas Manu Chao à Paris. À leur retour, les séances d'enregistrement de Casa Babylon, leur quatrième album, s'étalent sur deux années : commencées à Ornano et finies à Cologne en 1994. Puis Manu Chao tourne avec Radio Bemba pendant deux ans, en continuant sous le nom de Mano Negra alors que la plupart des membres du groupe ont changé. La fin définitive de Mano Negra intervient après les nombreuses réunions, entre 1994 et 1995, de la société Patchanka qui statue que Manu Chao n'aura plus désormais le droit d'utiliser le nom Mano Negra, sauf si un minimum de cinq musiciens du noyau y participent. Après la séparation. Un best-of intitulé "Best of", est publié en 1998, et en 1999 en Amérique du Nord. Après une tournée sur plusieurs continents, les membres se dispersent dans d'autres projets musicaux. Notes et références. http://www.leparisien.fr/hauts-de-seine-92/il-y-a-30-ans-la-turbulente-naissance-de-la-mano-negra-a-sevres-28-12-2017-7474302.php
École maternelle en France En France, l’école maternelle est destinée aux enfants des classes de toute petite section (à partir de deux ans ou plus, selon les secteurs) jusqu'à la grande section. Elle précède l'école élémentaire avec laquelle elle constitue l'école dite primaire. Elle scolarise en 2014, 11,8 % des enfants de deux ans et la quasi-totalité des enfants de trois à cinq ans. Facultatif jusqu'à la rentrée 2019, l'enseignement a été rendu obligatoire à partir de trois ans, soit environ la classe de petite section. On peut retrouver actuellement en France maternelles publiques, ainsi que privées. Le cycle maternel constitue un élément important du système éducatif français et se donne pour but d'assurer l'éveil et la socialisation des jeunes enfants. Histoire. Initiatives du. Les premiers lieux d'accueil de très jeunes enfants ouvrent dès la fin du avec des initiatives comme celle du pasteur Jean-Frédéric Oberlin qui crée dès 1771 une « école de tricots » dans les Vosges. Les autres créations sont plus proches des actuelles garderies. Ce type d'école se développe surtout au début du avec la révolution industrielle. Leur vocation première est essentiellement sociale : il s'agit d'offrir un lieu de protection aux enfants des ouvrières, afin de les soustraire aux dangers de la rue. C'est pourquoi la maternelle est d'abord nommée « salle d'asile » ou « salle d'hospitalité » comme celle fondée par Adélaïde Piscatory de Vaufreland, marquise de Pastoret, ou encore Louise Scheppler, simple paysanne d'Alsace et collaboratrice la plus proche du Pasteur Oberlin. De la salle d'asile du à l'école maternelle. Dans les années 1810-1820, le modèle des "" du Royaume-Uni inspire des pionnières comme Émilie Oberkampf. Cette dernière réunit à partir de 1826 d'autres femmes désireuses de propager ces établissements et elles ouvrent la première salle d'asile parisienne en 1826. En 1831, un « cours normal pour la formation des éducatrices » est créé. Dans les années suivantes, les salles d'asile évoluent dans un sens plus pédagogique. En 1833, la loi Guizot oblige chaque commune à ouvrir une école primaire. La même année, Jean-Denis Cochin publie "Le Manuel des salles d’asile". Ce manuel donne des conseils sur le fonctionnement de ces établissements, des modèles d’emploi du temps Ce projet d’ouverture des salles d’asile est destiné aux enfants de deux à six ans issus des milieux pauvres. Les salles ont à la fois pour but l’éducation des enfants et de libérer les femmes de la contrainte de garder leurs enfants. Ce projet est adopté sur le plan national. Cette institution est à l’origine de l’école maternelle. Déjà, en 1826, en France, une initiative féminine avait abouti à la création d’un établissement pouvant recevoir quatre-vingts enfants. Cependant, en 1833, les salles d’asile sont encore une invention récente et peu de villes en possèdent (9 à Paris et Strasbourg, 4 à Lyon, 1 à Chartres). La loi Falloux (1850) leur consacre trois courts articles, qui marquent la volonté de laisser une grande liberté aux salles d'asile privées, d'organiser le contrôle de l'État sur elles et de les intégrer dans le système scolaire en n'hésitant pas à employer le terme de programmes. L'année 1881 marque de nombreux changements concernant l'enseignement. En effet, en 1881 les salles d'asile sont remplacées par les premières écoles maternelles et le personnel est remplacé par des institutrices formées spécifiquement pour l'enseignement en école élémentaire. La loi du , proposée par Jules Ferry et défendue par le ministère de l'instruction publique, rend l'école publique et laïque. Le décret du donne pour mission principale à l'école maternelle d'offrir la possibilité aux enfants d'obtenir les soins nécessaires à leur développement physique, moral et intellectuel. Le une loi est créée afin de rendre l'enseignement obligatoire pour les enfants de six à treize ans. Les écoles maternelles. Pendant la Troisième République, l'école maternelle est sous l'autorité de Pauline Kergomard qui en est la première inspectrice générale. Celle-ci s'oppose à la tendance qui veut faire de ces écoles des lieux d'instruction à part entière, voulant plutôt favoriser le « développement naturel » de l'enfant. Les maternelles ont dès l'origine été conçues comme devant accueillir les enfants des deux sexes et constituaient ainsi les seules écoles à pratiquer la mixité, longtemps refusée pour les autres niveaux d'enseignement. Quant aux adultes chargés de s'occuper des enfants de ces écoles, il s'agissait exclusivement de femmes. Une « école d'application » est une école élémentaire ou maternelle comme une autre, qui participe en plus à la formation des futurs Instituteurs (professeurs des écoles). Les écoles d'application étaient rattachées jusqu'en 1991 aux écoles normales d'instituteurs et les étudiants y « appliquaient » (mettaient en pratique), sous la direction des maîtres d'application qui y enseignaient, ce qu'ils apprenaient en théorie à l'école normale. Les écoles normales d'instituteurs ont été remplacées en 1991 par les Instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM) qui leur ressemblaient, mais qui depuis 2010 fonctionnent différemment. En 2011, les écoles d'application existent toujours, de même que les maîtres d'application (désormais appelés « maîtres formateurs ») qui y enseignent. Ce sont des maîtres qui possèdent une qualification certifiée de formateur, qui ont une classe comme les autres mais qui accueillent régulièrement dans leur classe des futurs professeurs des écoles en stage. Ils sont déchargés de classe une partie de leur temps de service sur lequel ils vont visiter leurs étudiants dans d'autres écoles où ils effectuent des stages en responsabilité. Ils leur donnent des cours alliant théorie et pratique, les conseillent et les évaluent. Ce sont en général des maîtres chevronnés, à la pointe de la pédagogie, des maîtres « modèles ». En 2013, les IUFM sont remplacés par les ESPE (Écoles Supérieures du Professorat et de l'Éducation), puis en 2019, par les INSPE (Institut National Supérieur du Professorat et de l'Éducation). En 2013, 82 % des enseignants de l'école primaire (élémentaire + maternelle) sont des femmes. En 2006-2007, 23,4 % des enfants de deux ans étaient scolarisés en France (), selon le ministère, contre 35,3 % en 2000-2001, selon le magazine "L'Express", le . Selon le ministère, l'école maternelle scolarise, en 2012, 11 % des enfants de deux ans et la quasi-totalité des enfants de trois à cinq ans. En 2013, ce taux monte à 11,9 %, pour ensuite régresser à 11,8 % en 2014 et 11,5 % en 2015. Depuis la réforme sur les rythmes scolaire de 2013, imposée par la loi (décret du relatif à l'organisation du temps scolaire dans les écoles maternelles et élémentaires), des temps d'activités périscolaires (TAP) ont été mis en place en école maternelle et élémentaire et sont organisés par la commune. Mais cela n'est pas appliqué dans la totalité des écoles. Souvent, pour les élèves de maternelle, les écoles remplacent ces temps d'activités par le temps de sieste, mais certaines combinent les deux. Le temps conseillé pour ces activités est d'environ une demi-heure en début d'après-midi et varie selon la fatigue des enfants. Les activités proposées ne sont pas en lien avec l'apprentissage mais sont plus tournées vers les loisirs (danse, chant, jeux, promenades, etc.) cela permet d'alléger le rythme de la semaine des élèves. En , de nouveaux programmes scolaires ont été mis en application et les cycles d'apprentissages remaniés. En effet le , appelé « cycle des apprentissages premiers » regroupe les classes de toute petite, petite, moyenne et grande section. Le dénommé « cycle des apprentissages fondamentaux » regroupe les classes de cours préparatoire, cours élémentaire de première et deuxième année. Le appelé « cycle de consolidation » regroupe le cours moyen de première et de deuxième année ainsi que la . Le dernier cycle est le cycle d'approfondissement et regroupe les dernières classes de collège. Le gouvernement a annoncé à la fin de que l'âge de l'instruction obligatoire sera baissé de six à trois ans à partir de la rentrée 2019. Ainsi, la loi pour une École de la confiance, promulguée au Journal Officiel le , a abaissé l'âge d'obligation d'instruction de l'enfant à son troisième anniversaire. Depuis la rentrée scolaire du , tous les enfants fêtant leur anniversaire de trois ans, ont l'obligation de recevoir l'instruction (à l'école maternelle ou à la maison). Organisation. L'école maternelle est destinée aux jeunes enfants de trois (parfois deux) à six ans. Elle comprend traditionnellement trois classes : la petite section (PS), la moyenne section (MS) et la grande section (GS), et compte aussi parfois une toute petite section (TPS) pour les enfants de moins de trois ans. Avant la rentrée du , la fréquentation de l'école maternelle n'était qu'optionnelle, l'instruction des enfants n'étant obligatoire qu'à partir de l'année où l'enfant fêtait son sixième anniversaire. Depuis la loi pour une École de la confiance, promulguée au Journal Officiel le , l'âge d'obligation d'instruction de l'enfant est descendu à son troisième anniversaire. L'école maternelle est ouverte à tous les enfants résidant en France, et donc indépendamment de leur nationalité. Les classes de très petite (TPS), petite (PS), moyenne (MS) et grande (GS) sections forment le « cycle des apprentissages premiers ». Depuis la Loi d'orientation de 1989, la classe de grande section appartient à la fois au « cycle des apprentissages premiers » se déroulant à l'école maternelle et au « cycle des apprentissages fondamentaux » qui regroupe aussi le cours préparatoire (CP) et le cours élémentaire (CE1) de l'école élémentaire. Juridiquement, les écoles maternelles ne sont pas des établissements publics autonomes. Elles n'ont pas de budget de fonctionnement comme les établissements publics locaux d'enseignement (EPLE), collèges et lycées. Le personnel enseignant, ainsi que les aides-éducateurs et assistants d'éducation, dépendent de l'Éducation nationale. Les agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles (ATSEM) dépendent de la mairie. La commune a la responsabilité des bâtiments et finance les dépenses matérielles. Les enseignants appartiennent aux mêmes corps que ceux exerçant dans les écoles élémentaires. Les écoles maternelles sont regroupées avec les écoles élémentaires au sein de circonscriptions dirigées par un "Inspecteur de l'Éducation nationale" (IEN). Celui-ci procède, entre autres tâches, à l'évaluation des enseignants des écoles de sa circonscription. La législation impose la présence d'un "agent territorial spécialisé des écoles maternelles" (ATSEM) dans les classes de maternelle, les municipalités restant libres d'apprécier le nombre de classes par ATSEM. Un ATSEM pour deux classes est la norme la plus souvent utilisée. Parfois, on trouve un de ces agents de dans chaque classe pour assister l'enseignant. Ces titulaires du CAP petite enfance sont des agents territoriaux, salariés de la commune d'implantation de l'école, qui sont chargés d'assister les enseignants dans les activités pédagogiques (sans jamais les remplacer), d'aider les enfants dans leurs activités de la vie quotidienne (repas, hygiène) et d'aider à la préparation (ou à la remise en état) matérielle des activités. Il n'y a pas une ATSEM par classe en maternelle, la présence d'une ATSEM est seulement obligatoire en petite section (PS) et TPS. Si le directeur n'est pas le supérieur hiérarchique du personnel enseignant, il est souvent président de la « coopérative de l'école » à laquelle cotisent les parents et la mairie et qui, avec un budget limité, permet de financer des projets. La scolarité primaire se déroule à l'école maternelle puis à l'école élémentaire, chaque structure étant placée sous la responsabilité d'un directeur d'école ou bien les deux structures étant regroupées sous l'appellation « école primaire » et placées sous la responsabilité d'un seul directeur. Dans l'enseignement privé, toutes les écoles maternelles sont fondues dans des écoles primaires de huit classes. Programmes. Depuis le décret du , à la suite de la loi d'orientation de 1989, l'enseignement primaire est organisé en trois cycles pluri-annuels, des objectifs devant être atteints non plus à la fin d'une année scolaire, comme auparavant, mais en fin de cycle. L'école maternelle est concernée par deux cycles : le ou cycle des apprentissages premiers pour son ensemble, et le ou cycle des apprentissages fondamentaux pour la GS uniquement . En , l'école maternelle ne sera alors plus constituée que d'un seul cycle, le « cycle des apprentissages premiers » composé de la TPS, la PS, la MS et la GS. L'enfant dispose de trois ans pour acquérir l'ensemble des compétences du cycle considéré. Par exemple, un élève entrant en aura trois ans pour acquérir une lecture courante, ainsi qu'une compréhension explicite de textes. Cet apprentissage, réparti sur l'ensemble du cycle, peut être en voie d'acquisition dès la grande section, pour les plus matures ; durant le cours préparatoire pour la plus grande partie des élèves ; pour certains enfants, cet apprentissage n'est parfois possible que durant l'année de CE1. Cycle 1 des apprentissages premiers. Niveaux concernés : l'ensemble de la maternelle (TPS-PS-MS-GS). Le bulletin officiel spécial du est consacré au programme d'enseignement de l'école maternelle, entré en vigueur à la rentrée scolaire 2015. L'enseignement en s'organise autour de cinq grands domaines d'apprentissage : L'école maternelle constitue une phase essentielle dans le processus d'apprentissage puisque les enfants découvrent et s'initient progressivement aux bases du travail effectué en classe préparatoire et puisqu'elle constitue le premier pas de l'enfant dans le processus d'apprentissage. La réforme introduite par la Loi d'orientation de 1989, guidée, d'une part, par une volonté d'industrialiser les processus d'éducation et de systématiser l'évaluation, et d'autre part, de satisfaire les attentes en matière de performance et de précocité, n'a pas eu les résultats attendus, les troubles de l'apprentissage et l'échec scolaire ayant nettement progressé Controverses. L'école maternelle fait l'objet de critiques, notamment : Les défenseurs de l'école maternelle mettent en avant plusieurs arguments :
Mai 68 Les événements de mai-, ou plus brièvement Mai 68, désignent une période durant laquelle se déroulent, en France, des grandes manifestations ainsi qu'une grève générale et sauvage, accompagnée d'occupations d'usines et de bâtiments administratifs, de la généralisation de forums de discussions et propositions sociales et politiques, d'une paralysie presque complète du système économique et de l'administration, et d'une ébauche d'organisation de relations sociétales égalitaires dans toute la France. L'historiographie de Mai 68 a rappelé à partir des années 1990 que près de dix millions de personnes ont fait grève juste avant la négociation des accords de Grenelle qui actent un relèvement de 35 % du SMIG, le salaire minimum. La révolte étudiante parisienne et dans les villes universitaires, a gagné le monde ouvrier et pratiquement toutes les catégories de population sur l'ensemble du territoire, pour constituer le plus important mouvement social du en France. Ce mouvement est caractérisé par une vaste révolte spontanée antiautoritaire (« ici et maintenant »), de nature à la fois sociale, politique et culturelle, dirigée contre le patriarcat , le paternalisme, les structures autoritaires, le capitalisme, le consumérisme, et pour l'instauration de relations égalitaires dans le travail, les études, la famille, et, plus immédiatement, contre le pouvoir gaulliste en place. Les événements de mai-juin provoquent la mort d'au moins sept personnes et des centaines de blessés graves dans les affrontements, aussi bien du côté des manifestants que des forces de l'ordre. Avec le recul des années, les événements de mai-juin 1968 apparaissent comme une rupture fondamentale dans l'histoire de la société française, matérialisant une remise en cause des institutions traditionnelles. Contexte. Contexte économique. Paradoxalement, la crise de mai- survient au terme d'une décennie de prospérité inégalée. Sur le plan économique, c'est l'apogée des « Trente Glorieuses », avec un taux de croissance stable de l'ordre de 5 %. Le PIB par habitant en parité de pouvoir d'achat augmente lui aussi beaucoup pendant les années 1960, de l'ordre de 5 % par an. Les conditions de vie s'améliorent en parallèle : entre 1954 et 1968, le taux de foyers disposant d'une baignoire ou d'une douche passe de 10 % à la moitié, et ceux équipés d'une toilette d'un quart à la moitié. La société de consommation s'est installée dans les mœurs, sans que l'on prenne vraiment conscience de toutes ses implications ni des déséquilibres mondiaux qui se développent. Toutefois, la société française est très inégalitaire, l'indice de Gini est élevé : certains sont exclus de cette période d'enrichissement rapide. En outre, cette croissance est aussi liée à la concurrence internationale accrue dans le cadre du marché commun européen lancé par étapes à la suite des traités de Rome de 1957. Les barrières douanières entre les Six sont levées le . Dans ce contexte, la pression sociale et salariale s'accroît tandis que persistent de profondes inégalités : Depuis plusieurs mois, voire une année, des symptômes importants d'une détérioration de la situation économique française ont fait leur apparition. Le nombre de chômeurs s'accroît régulièrement : début 1968, ils sont déjà près de , soit un taux de chômage de 2 %. Les jeunes se trouvaient les premiers touchés et en 1967, le gouvernement doit créer l'ANPE. La grande grève des mineurs de 1963 a signalé le malaise d'un monde de la mine qui vit ses dernières années avant le début d'une crise fatale. Un nombre important de grèves se tiennent aussi entre 1966 et 1967, en région parisienne comme en province. Deux millions de travailleurs sont payés au SMIG et se sentent exclus de la prospérité, dont beaucoup d'ouvriers des usines, de femmes ou de travailleurs immigrés. Les salaires réels commencent à baisser et les travailleurs s'inquiètent pour leurs conditions de travail. Les syndicats s'opposent ainsi aux ordonnances de 1967 sur la Sécurité sociale. Des bidonvilles existent encore, dont le plus célèbre est celui de Nanterre, directement sous les yeux des étudiants. Même les catégories les plus privilégiées ne sont pas sans motifs d'inquiétude : la massification de l'enseignement supérieur a entraîné sur les campus d'innombrables problèmes de locaux, de manque de matériel, de transports. En 1967-1968, le gouvernement reparle aussi de « sélection scolaire », ce qui inquiète les étudiants. Contexte politique. Sur le plan politique, le mouvement survient en une période d'usure de la République gaullienne, en place depuis 1958. En 1965, lors de la première élection présidentielle au suffrage universel direct tenue depuis 1848, le général de Gaulle a été mis en ballottage par François Mitterrand et Jean Lecanuet à la surprise générale. Aux élections législatives de 1967, sa majorité à l'Assemblée nationale se réduit à un seul siège. Les centristes tel Valéry Giscard d'Estaing assortissent de réserves critiques leur soutien au pouvoir (le « oui, mais » de 1967). Les démocrates-chrétiens tels Jean Lecanuet restent hostiles. La droite extrême et l'extrême droite ne pardonnent pas au général le procès de Vichy ni l'« abandon » de l'Algérie française. Les gaullistes s'irritent du maintien à Matignon de Georges Pompidou, jugé trop conservateur. Quant à ce dernier, une sourde rivalité l'oppose depuis 1965 au général de Gaulle, dont il lorgne en silence la succession. Le , le slogan « Dix ans, ça suffit ! » traduit dans les défilés une certaine lassitude de l'opinion. De Gaulle était arrivé au pouvoir grâce à des tensions sociales particulières survenues autour du coup d'État du 13 mai 1958 en jouant habilement de circonstances exceptionnelles en apparaissant comme un recours après l'émeute du 13 mai et la prise du pouvoir par l'armée à Alger. De ce fait, aux yeux de ses opposants, la légitimité de son régime reste fortement entachée par les soupçons d'un « coup d'État » originel. En dépit des succès du pouvoir (fin de la guerre d'Algérie et de la décolonisation, résorption de la crise économique, monétaire et financière, croissance soutenue) et de l'acclimatation progressive de la Constitution française du 4 octobre 1958 renforçant le pouvoir exécutif par un régime semi-présidentiel, renforcé par l'élection du président de la République au suffrage universel direct et ayant recours durant plusieurs années aux référendums (voir comme exemple le Référendum français sur l'élection au suffrage universel du président de la République), ses pratiques autoritaires suscitent une critique croissante. Ainsi l'ORTF, détentrice du monopole de l'audiovisuel, se fait ouvertement le relais de la propagande officielle. À Paris, le préfet Maurice Papon, responsable des tueries du 17 octobre 1961 et du 8 février 1962, n'a été remplacé qu'en 1967 par Maurice Grimaud, lettré humaniste venu de la gauche mendésiste. D'autre part, la politique extérieure de prestige de Charles de Gaulle et son nationalisme ne répondent pas nécessairement aux attentes plus matérielles, culturelles et sociales de la majorité des Français, vu son âge (78 ans). En , un célèbre éditorial de Pierre Viansson-Ponté dans "Le Monde" constate que « la France s'ennuie », reprenant le constat prophétique de Lamartine sous le gouvernement Guizot quelques années avant la révolution de 1848. Le Parti communiste français, de loin la première force de gauche, peine à se déstaliniser. Les bureaucraties d'URSS et d'Europe de l'Est répugnent aux jeunes militants d'extrême gauche, dont le modèle se situe désormais plutôt du côté de Cuba ou de la Chine populaire. Parallèlement, les gauches non-communistes ne parviennent pas à sortir de leurs divisions et de leurs discrédits. Aussi un espace est-il ouvert pour que des groupuscules « gauchistes » (trotskistes, prochinois) se multiplient, en marge des grandes organisations officielles. La politisation et l'agitation sont entretenues dans la jeunesse, par exemple, par les comités Vietnam, formés majoritairement de lycéens et étudiants, qui dénoncent « l'impérialisme américain » visible par la guerre du Viêt Nam. La guerre froide fait aussi naître des idées antinucléaires. Les universités de Clermont-Ferrand, Nantes, Montpellier ou Nancy sont en ébullition bien avant le Mouvement du 22 mars, qui leur fait référence dans ses premiers tracts. Origines culturelles. Mai 68 ne se comprend que dans un monde en rapide mutation. L'accélération de l'exode rural et de l'urbanisation, l'augmentation considérable du niveau de vie, la massification de l'éducation nationale et de l'université, l'avènement de la culture des loisirs, du spectacle et des médias de masse, représentent des changements accélérés et sans précédent en moins d'une génération. Les années 1960 sont aussi celles de l'affirmation de la jeunesse (qui représente un tiers de la population) en tant que catégorie socio-culturelle et politique à part entière. En particulier, la jeunesse a maintenant sa propre culture, avec une presse qui lui est destinée ("Hara-Kiri", "Actuel"), des émissions de radio très suivies ("Salut les copains") ou ses chanteurs attitrés (les Rolling Stones, les Beatles, Johnny Hallyday). Elle a aussi ses propres malaises et ses propres revendications (notamment en matière de liberté sexuelle) que les pouvoirs publics et le monde adulte tardent à comprendre. Sur le plan religieux, la France, encore très catholique, vient de suivre avec passion le concile Vatican II, qui a profondément rénové le catholicisme traditionnel, et surtout les mouvements d'action catholique. En particulier, les Scouts de France représentant à l'époque une part non négligeable des jeunes chrétiens, ont modifié les rapports hiérarchiques dans leurs structures, remettant en cause, à partir de 1964, un modèle de type militaire et introduisant la collégialité des décisions au sein des équipes. La Jeunesse étudiante chrétienne en ébullition doit être reprise en main par la hiérarchie dès 1964. Le mouvement des prêtres-ouvriers, dont la condamnation est levée en 1965, reprend son essor. Beaucoup de chrétiens se préoccupent de rénover les relations des fidèles aux autorités religieuses, de revisiter les pratiques et les dogmes, voire de concilier foi et révolution. Sur le plan sociologique, la dynamique de groupe s'est répandue pendant les années 1960 dans les formations des responsables de toutes les organisations et des entreprises. La mode est au débat. Mais les clivages sociaux sont encore extrêmement rigides. 92 % des étudiants viennent encore de la bourgeoisie. Le paternalisme autoritaire est omniprésent. On commence à ouvrir des lycées « mixtes », mais beaucoup d'établissements scolaires sont encore réservés aux garçons ou aux filles. Celles-ci ne sont pas autorisées à porter le pantalon. Par ailleurs, il est interdit de fumer dans un établissement ou que les garçons, dans les universités, accèdent aux internats de filles. La France a autorisé l'usage de la pilule contraceptive en , mais elle est encore peu répandue. L'éducation n'a pas encore connu de réformes structurelles et le décalage est criant entre les aspirations d'une jeunesse et les cadres moraux qu'ils ressentent comme dépassés. Sur le plan philosophique, plusieurs auteurs ont eu une influence importante au moins sur une partie du mouvement, pendant et après : le freudo-marxiste Wilhelm Reich, dont le livre " La fonction de l'orgasme " paru en 1927 en anglais et son manifeste, "", est paru en 1936 ; le livre d'Herbert Marcuse "L'Homme unidimensionnel", sous-titré "Essai sur l'idéologie de la société industrielle avancée", paru en France en 1964 puis réédité en 1968 ; les ouvrages des membres de l'Internationale situationniste tels le "Traité de savoir vivre à l'usage des jeunes générations", de Raoul Vaneigem, paru en 1967 ; "La Société du spectacle", de Guy Debord, paru en 1967; et leur pamphlet collectif " De la misère en milieu étudiant considérée sous ses aspects économique, politique, psychologique, sexuel, et notamment intellectuel et de quelques moyens pour y remédier. "; À l'École normale supérieure de la rue d'Ulm, le philosophe communiste Louis Althusser a formé une génération de penseurs marxistes-léninistes français, qui forment l'embryon des premières organisations maoïstes. Cependant, peu des penseurs éminents de l'époque prennent part en personne au mouvement, dont l'explosion les surprend autant que tout le monde. En général, ils sont initialement perplexes, réservés voire hostiles. Une partie de la jeunesse radicalisée regarde avec fascination vers les mouvements révolutionnaires du tiers-monde : Ho Chi Minh, Che Guevara, Fidel Castro servent de modèle pour certains, tandis que l'irruption sur la scène chinoise des jeunes gardes rouges donne l'impression que la jeunesse en tant que telle peut avoir un pouvoir politique dans la société et remettre en cause l'autorité des adultes et des pouvoirs. On suit aussi attentivement les luttes menées aux États-Unis par le mouvement d'émancipation des Noirs, ou encore par les "sit-in" et les diverses recherches du mouvement hippie et étudiant, notamment à l'université de Berkeley. En , des incidents retentissants opposent étudiants du Mouvement des étudiants allemands socialistes ("Sozialistischer Deutscher Studentenbund") et autorités ouest-allemandes. Le caractère international de ces mouvements permet de replacer les événements français au sein d'une dynamique mondiale. Prémices ( à compléter, c.f: sources dans le dernier sujet de la discussion ) Origines immédiates. Le "Mouvement du 22 Mars", prenant le relais de la contestation menée par de petits groupes (tels les situationnistes, les "enragés" de René Riesel et les anarchistes), se fait connaître ce jour-là en occupant la salle du conseil des professeurs au dernier étage du bâtiment B, la tour administrative de la faculté de Nanterre. Sa principale revendication est la protestation contre des arrestations d'étudiants opérées deux jours plus tôt lors d'une manifestation contre la guerre du Viêt Nam. Le , une journée « anti-impérialiste » est organisée à l'université de Nanterre, conduisant notamment à l'interruption d'un cours de René Rémond. Le doyen Pierre Grappin décide alors la fermeture administrative de la faculté, ce qui provoque la diffusion du mouvement de contestation, dès le lendemain, au Quartier latin et à la Sorbonne, et le début, proprement dit, de Mai 68. Antiautoritaire, le mouvement est porteur d'un idéal politique très libertaire au sens des libertés individuelles et très critique vis-à-vis de la société de consommation, de l'autoritarisme, de l'impérialisme. Le mouvement joue aussi de thèmes touchant à la vie de tous les jours, comme le droit d'accès pour les garçons aux résidences universitaires des filles et la libération de la sexualité. Mouvement spontanéiste, le "" émerge par sa pratique systématique de l'action directe (occupations de bâtiments administratifs, notamment) et se développe grâce à la démocratie directe en assemblées générales ouvertes à tous. Tout en refusant l'institutionnalisation en « organisation », il provoque un processus d'auto-organisation des étudiants « ici et maintenant ». Il n'y a pas eu à proprement parler de « figures de proue » du mouvement, qui est demeuré « multiforme » et sans organisation centralisée. Certains sont cependant devenus, "a posteriori", des emblèmes du mouvement, même si leurs discours, singuliers, ne sauraient résumer la diversité d'opinions qui existaient au sein du mouvement et si, pour certains, ce discours postérieur a parfois consisté à réécrire les événements : parmi eux, Serge July et Daniel Cohn-Bendit. Ce dernier a publié son autobiographie, "Le Grand Bazar", aux Editions Dqenoel, dès 1975. Ce livre est la première publication de la photo "Daniel Cohn-Bendit face à un CRS devant la Sorbonne", de Gilles Caron, cinq ans après son décès, utilisée dès la couverture de l'ouvrage et l'une des plus médiatisée au . L'écrivain Robert Merle (prix Goncourt 1949), professeur d'anglais à la faculté de Nanterre, a consacré un roman entier, "Derrière la vitre", à la journée du 22 mars et à celles qui l'ont précédée. On y retrouve beaucoup de figures de l'époque, ainsi qu'une analyse des causes et rêves du mouvement. Cet ouvrage sur les événements, est complété par celui de Kristin Ross sur les discours qui ont été tenus sur Mai 68, de 1968 à nos jours. Les causes de ce mouvement sont diverses. Des analyses évoquent l'idée qu'une grande rigidité cloisonnait les relations humaines et les mœurs et celle d'un début de dégradation des conditions matérielles après la période de reconstruction suivant la Seconde Guerre mondiale. À l'époque, de nombreux bidonvilles jouxtent Paris, notamment celui de Nanterre. Les étudiants qui se rendaient dans la faculté fraîchement construite découvrirent ce milieu, la pauvreté, la condition ouvrière. Le mécontentement naissant dans le milieu étudiant sera relayé par celui qui se profilait depuis plusieurs années dans le secteur ouvrier. Événements. Les événements superposèrent essentiellement un mouvement étudiant et un mouvement ouvrier, tous deux d'exceptionnelle ampleur. Au-delà des revendications matérielles ou salariales, et de la remise en cause du régime gaullien installé depuis 1958, ils virent se déployer une contestation multiforme de tous les types d'autorité. Une partie active du mouvement lycéen et étudiant revendiqua notamment la « libéralisation des mœurs », et au-delà, contesta la « vieille Université », la société de consommation, le capitalisme, le patriarcat, le paternalisme et la plupart des institutions et valeurs traditionnelles. Le « Mai français » s'inscrit par ailleurs dans un ensemble d'événements dans les milieux étudiants et ouvriers d'un grand nombre de pays. Il ne se comprend pas sans ce contexte d'ébullition générale de part et d’autre du rideau de fer, notamment en Allemagne, en Italie (Mai rampant), aux États-Unis, au Japon, au Mexique et au Brésil, sans oublier la Tchécoslovaquie du printemps de Prague ou la Chine de la révolution culturelle. Pour la politiste Isabelle Sommier, le caractère international de Mai 68 s'explique par la crise internationale des partisans du marxisme à cette époque, l'émergence d'une sociabilité autonome de la jeunesse, les problèmes structurels apportés par la démocratisation des universités, et le rejet de la guerre du Vietnam. En France, ces événements prennent cependant une coloration particulière car d'importantes manifestations d'étudiants sont rejointes à partir du par la plus importante grève générale du en France, dépassant celle survenue en juin 1936 lors du Front populaire. Elle paralyse complètement le pays pendant plusieurs semaines et s'accompagne d'une recherche effrénée de prise de parole, d'une frénésie de discussions, de débats, d'assemblées générales, de réunions informelles et d'auto-organisation pour la fourniture de nourriture, et de recherche de plaisirs, dans la rue, à l'intérieur des organismes, des entreprises, des administrations, des lycées et des universités, des théâtres, des maisons de jeunes, des maisons de la culture, et plus généralement dans tout le pays, ses villages, ses cités et dans les familles. Explosion souvent confuse et complexe, parfois violente, plus souvent encore ludique et festive, Mai 68 apparaît comme un moment d'illusion révolutionnaire lyrique, de foi ardente et utopique en la possibilité d'une transformation radicale de la vie et du monde. Ce que refléta notamment une prolifération d'affiches, de graffiti et de slogans imaginatifs, dont l'un est « Élections, piège à cons » Parfois qualifiée de « révolution manquée », et malgré le large recours à la rhétorique et aux symboles des révolutions françaises précédentes , Mai 68 ne vit en réalité aucune tentative de putsch ni de guerre civile, bien que plusieurs organisations et mouvances révolutionnaires, gauchistes, anarchistes et situationnistes, aient lutté activement dans le mouvement et participé à son organisation. Phases. Les historiens divisent classiquement le déroulement de Mai 68 en trois phases, une « période étudiante » du 3 au 13 mai (le est la date de la grande grève qui a mobilisé tous les secteurs), une « période sociale » du 13 au 27 mai (la date des accords de Grenelle), et une « période politique » du au (date des élections législatives). Avant comme après le rejet par la base, le , des accords de Grenelle, négociés par le Premier ministre Georges Pompidou avec les syndicats, Charles de Gaulle apparaît dépassé par les événements. Après sa disparition-surprise de 24 heures le 29 mai, il revient de Baden-Baden, quartier général de l'armée française en Allemagne, et reprend l'initiative en décrétant le la dissolution de l'Assemblée nationale. La lassitude et le retournement de l'opinion publique, initialement favorable au mouvement, amènent un raz-de-marée gaulliste aux élections anticipées du . Les grèves cessent progressivement courant juin et les hauts lieux de la contestation, tels que la Sorbonne et l'Odéon à Paris, et les grandes usines, sont évacués par la police. Mai 68 a suscité, dès l'époque, de nombreuses controverses et interprétations divergentes sur sa nature et sur ses causes, comme sur ses héritages. Il s'est prolongé en ouvrant la voie aux nouvelles formes de contestation et de mobilisation des années 1970 (nouveaux mouvements sociaux) telles que l'autogestion, l'écologie politique, les mouvements féministes, le « retour à la terre » avec des communautés alternatives ou bien la Lutte du Larzac, l'effervescence des luttes de libération (armées) en Corse, au Pays Basque, en Bretagne, en Alsace et aussi du nationalisme occitan, qui comporte comme les quatre autres exemples des composantes syndicales, culturelles, des organisations de masse et de jeunesse. Au-delà du Mouvement autonome, qui est l'héritier plus ou moins direct des émeutes de 1968, l'événement a eu un impact considérable sur le plan social et surtout culturel, en étant à l'origine de nombreux « acquis sociaux » et de nombreuses réformes sociétales des années suivantes. Résumé général des événements. Forces en présence. L'éclatement de la crise surpris le pouvoir, ainsi que pratiquement toutes les organisations, partis et syndicats organisés. Le camp du pouvoir ne fut pas plus uni que celui de la contestation. Le Parti communiste français et la CGT, refusèrent dans un premier temps de joindre leur cause à celle des étudiants vus comme « bourgeois » et "a fortiori" de leurs dirigeants d'inspiration libertaire ou issus des divers groupuscules gauchistes. Ceux-ci étaient souvent eux-mêmes divisés (maoïstes, trotskistes), dans sa frange la plus nombreuse, libertaire anti-léniniste, et incertains quant à l'attitude à avoir face au mouvement. Au sommet de l'État, la crise aggrava les divergences entre le général de Gaulle, peu compréhensif envers ce qu'il qualifie le 19 de « chienlit », et partisan d'une répression immédiate, et son Premier ministre, Georges Pompidou, qui préféra jouer la carte de la modération et de la compréhension pour mieux laisser le mouvement s'essouffler de lui-même. Les forces centristes et les gauches non-communistes (Pierre Mendès France, François Mitterrand) tentèrent difficilement de canaliser vers la construction d'une autre possibilité politique que le régime gaullien un mouvement antiautoritaire largement indifférent à la question de la prise du pouvoir. Déroulement d'ensemble. Vendredi 3 mai. Le vendredi , la cour de la Sorbonne est occupée par à manifestants selon les sources, dont une partie venus de Nanterre, fermée par le doyen Pierre Grappin après des affrontements. Plusieurs orateurs s'expriment dans des mégaphones lors du rassemblement dans la cour. Parmi eux, l'un des sept étudiants qui doivent passer en conseil de discipline à Nanterre le lundi suivant, Daniel Cohn-Bendit est filmé par l'ORTF. Ces images du ne sont diffusées que deux semaines plus tard, le , dans un reportage du magazine Zoom qui a subi de nombreuses coupes au montage. Des étudiants s'arment de bâtons et de pierres, présentés comme "matériel anti-fasciste", car une rumeur annonce que le mouvement d'extrême droite Occident va organiser une marche sur l'établissement pour le faire évacuer par la violence. Le recteur de l'académie de Paris, président du conseil de l'université, requiert les forces de police pour « rétablir l'ordre en expulsant les perturbateurs ». La Sorbonne est évacuée de force, de nombreux étudiants arrêtés, mais des étudiantes appellent à les libérer. Dans la soirée, des centaines d'étudiants et de passants affrontent violemment les forces de l'ordre. Selon un rapport de police : « Ils appliquent une technique de harcèlement ponctuée de heurts sévères, mais de courte durée. À 20h25, trois commissaires […], conjuguant les efforts de leurs effectifs, dégagent les abords du Luxembourg au prix d'actions vigoureuses et en s'aidant de grenades lacrymogènes. Des ébauches de barricades sont successivement abandonnées par des manifestants agressifs qui, pour dégager certains des leurs, se ruent en bandes sur nos effectifs ». 574 personnes sont arrêtées, dont Jacques Sauvageot, le dirigeant de l'UNEF, principal syndicat étudiant, mais aussi José Rossi, Hervé Chabalier, Henri Weber, Guy Hocquenghem, Daniel Cohn-Bendit, Brice Lalonde, Bernard Guetta ou Alain Krivine. Cette intervention des forces de l'ordre à la Sorbonne, à la demande du recteur Jean Roche, sans préavis ni négociations, est très mal vécue par les étudiants, qui se pensaient protégés par le statut universitaire. Dès le , le doyen de Nanterre, Pierre Grappin, le doyen de la Faculté des sciences de Paris, Marc Zamansky, et l'ancien recteur Jean Capelle critiquent cette violation du sanctuaire universitaire. La journée d'émeute fait 481 blessés à Paris : étudiants et policiers. Lundi 6 mai. Le , huit étudiants de Nanterre, dont Daniel Cohn-Bendit, Jean-Pierre Duteuil et René Riesel, sont convoqués par le rectorat en commission disciplinaire ; les professeurs de Nanterre Henri Lefebvre, Guy Michaud, Alain Touraine et Paul Ricœur les accompagnent en soutien. Les étudiants réagissent aussitôt par des manifestations violentes contre les forces de l'ordre : jets de pavés, puis barricades. Ces manifestations reprennent ensuite à l'annonce de peines de prison pour les manifestants, pendant lesquelles commencent à fleurir les slogans libertaires. Le bilan est de plus de policiers blessés et arrestations. Le président du SNEsup (syndicat des enseignants du supérieur), Alain Geismar, décide de soutenir les manifestants. Les membres du parti communiste et de certaines organisations d'extrême gauche (maoïstes de l'UJC(ml), derrière Robert Linhart) sont d'abord pris de court : pour eux, la révolution est censée venir des ouvriers, et non des étudiants ; de plus, les revendications du Mouvement du 22 Mars leur paraissent , et surtout . Après un moment de flottement, ils essayent toutefois de gagner les ouvriers à cette « révolte ». La CGT, pour sa part, ne les suit pas et son secrétaire général de l'époque, Georges Séguy, s'en explique plus tard devant les médias : . Des manifestations de soutien aux étudiants parisiens ont lieu à Strasbourg et à Brest, tandis qu'au contraire à Dijon plusieurs centaines d'étudiants défilent aux cris de , entre autres slogans. Le , Jean Schalit, ex-dirigeant de l'Union des étudiants communistes (UEC) qui avait rénové son organe de presse, "Clarté", fonde le journal "Action", auquel participent Reiser, Siné, Wolinski, ainsi que Jean-Paul Dollé, Jean-Marcel Bouguereau, Guy Hocquenghem, Bernard Kouchner, André Glucksmann. D'hebdomadaire, celui-ci devient rapidement quotidien, tirant jusqu'à cent mille exemplaires qui sont vendus dans la rue. Vendredi 10 mai. Après une manifestation place Denfert-Rochereau qui a rassemblé en fin d'après-midi lycéens et étudiants ( personnes selon la police), dans la nuit du au , les étudiants et lycéens occupent le Quartier latin et dressent plusieurs dizaines de barricades qui sont finalement prises d'assaut, à partir de deux heures du matin, par policiers : c'est la . La dernière barricade rue Thouin tombe à 5 heures 30. Au petit matin : voitures détériorées, incendiées, des rues dévastées et dépavées, comme après une scène de guerre, policiers blessés et au moins une centaine de manifestants « dont le nombre est impossible à déterminer, la plupart ne s'étant pas fait connaître ». Au total, 469 personnes sont interpellées. Parmi elles, selon les sources policières, on trouve Patrick Topaloff, Michel Vauzelle ou Évelyne Pisier. Entre autres, Alain Krivine ou Hervé Chabalier, de la JCR, Daniel Cohn-Bendit, du Mouvement du 22 Mars, de nombreux « vieux » de l'Union des étudiants communistes (Alain Forner, André Sénik, Jean-Louis Peninou, Michel Butel, Prisca Bachelet, Serge July) ou de l'UNEF, René Riesel, Guy Debord, de l'Internationale situationniste, sont présents lors de ces manifestations. Face à la répression policière, la population (y compris les professeurs) a tendance, depuis les premiers jours, à éprouver majoritairement plutôt de la sympathie pour les étudiants. À l'aube, syndicats et partis appellent à une démonstration de solidarité pour le surlendemain. Le Centre catholique des intellectuels français (CCIF), dirigé par René Rémond, qui, en voyage en Italie, délègue ses pouvoirs à Jean-Marie Mayeur, s'abstient prudemment de toute déclaration concernant l'agitation étudiante, ne condamnant ni ne soutenant le mouvement ; le professeur d'histoire Pierre Riché compare celui-ci aux contestations étudiantes du . Les professeurs sont en effet divisés : à Nanterre, Anne Zink, Claude Willard, Denise Grodzynski, François Billacois, Jean-Claude Hervé, Pierre Goubert et Simone Roux sont plutôt favorables aux revendications étudiantes, sinon à leur forme; Jacques Heers, Frédéric Mauro, François Crouzet, François Caron ou André Chastagnol s'y opposent. À Strasbourg, la faculté de Lettres est occupée ; à Aubagne les collégiens se mobilisent, revendiquant notamment la présence de délégués dans les conseils de discipline et conseils de classe ; à Marseille lycéens se placent à l'entrée de la faculté de sciences. Le , de retour d'Afghanistan, le Premier ministre Georges Pompidou cède aux revendications du SNESup et de l'UNEF et ordonne la réouverture des universités. Il exige que les forces de police quittent la Sorbonne, afin de calmer la situation. On croit alors qu'il tergiverse et cède, mais en réalité ce mouvement est tactique : il espère que les excès des étudiants déconsidéreront leur mouvement au regard de l'opinion. Sceptique face à cette ligne de modération tactique, le général de Gaulle reste pour l'heure à l'écart, en se réservant la possibilité d'intervenir si besoin. Appel à la grève du dimanche 12 mai. Le , la CGT lance un appel à la grève générale pour le lendemain. L'avant-veille, soir du , le magazine télévisé "Panorama", présentant ce qui se passait depuis le début du mois de mai, avait été censuré. Le samedi, les personnels de l'ORTF s'insurgent contre cette censure par un communiqué à l'AFP, le jour où les images sur les violences policières de la nuit de vendredi à samedi ont "bouleversé la France entière" ou presque, rappelle l'historienne Michelle Zancarini-Fournel. L'appel de la CGT est repris par les étudiants, la SNESup, un syndicat enseignant, la CFDT et la FEN (Fédération de l'Education Nationale) et Force Ouvrière. "Les appels syndicaux à la grève générale de vingt-quatre-heures insistent tous sur la solidarité entre étudiants et ouvriers : là où deux mondes demeuraient le plus souvent séparés, la violence policière vient les rapprocher", selon l'historienne Ludivine Bantigny dans son livre "1968". Cet appel à la grève des 5 principaux syndicats suit de très longues tractations entre eux, de 10h à 18h, à la Bourse du Travail de Paris. Alain Geismar, secrétaire général du SNESup, insiste pour que les figures du mouvement étudiant soient en tête du cortège juste à côté des leaders syndicaux qui n'en voulaient pas en raison du climat de violence verbale des deux précédentes semaines. La "popularité du mouvement" fait que "tout le monde défile ensemble", derrière un "mot d'ordre commun" ("Dix ans ça suffit!"), qui "rassemble", car pour la première fois depuis le retour au pouvoir de Charles de Gaulle en 1958, le régime est remis en cause, expliquera Alain Geismar, secrétaire général du SNESup. Lundi 13 mai. Le lundi , une immense manifestation composée de lycéens, d'étudiants et de grévistes ouvriers et employés venus de toute la France traverse Paris. Au milieu de l'après-midi toutes les artères principales situées dans un polygone Gare de l'Est, Gare du Nord, Bonne Nouvelle, Châtelet, Bastille, République sont pleines des manifestants. Le syndicat CFDT, la CGT et la FEN parlent d'un million de manifestants. Les estimations les plus sérieuses (surface occupée par la foule des manifestants) font état de personnes. La préfecture de police en dénombre , mais l'ORTF en annonce . Les syndicats revendiquent également un total un million de manifestants dans une trentaine d'autres villes du pays. Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir avaient demandé les jours précédents à rencontrer une délégation de Nanterre, où une assemblée générale a mandaté deux représentants, Alain Geismar et Herta Alvarez, lycéenne de 18 ans, fille d'anarchistes espagnols. Reçus chez Simone de Beauvoir jusqu'à 2 heures du matin, ils soulignent « l'humilité de Sartre, vérifiant qu'il comprend bien ». Cette nuit de discussion vise aussi à écarter Alain Geismar d'éventuelles violences. Une semaine plus tard, le , Sartre va aussi interviewer Daniel Cohn-Bendit sur le « programme » et les « objectifs » à long terme des étudiants, même si ce dernier refuse catégoriquement qu’il y en ait, car "définir un programme" serait "inévitablement paralysant" et car "ce désordre (...) permet aux gens de parler librement". Daniel Cohn-Bendit écrit un mois après que "Personne chez nous n’a lu Marcuse. Certains lisent Marx, bien sûr, peut-être Bakounine, et, parmi les auteurs contemporains, Althusser, Mao, Guevara, Henri Lefebvre. Les militants politiques du Mouvement du ont à peu près tous lu Sartre". Finalement la Sorbonne sera rouverte, sur ordre du Premier ministre Georges Pompidou et restera un des foyers de la contestation. Grève au lendemain du 13 mai. Le débrayage général commence le jour de la manifestation puis, compte tenu de son énorme succès, se poursuit le lendemain, le mardi . Au petit jour, 500 métallos de l'usine Claas de Woippy (Moselle), débraient, relayés quelques heures plus tard par les ouvriers de l'usine Sud-Aviation à Bouguenais, qui est la première usine occupée, en référence aux occupations de 1936. Puis, la grève s'étend petit à petit à tout le pays. L'appel également lancé de la Sorbonne le par le comité d'occupation pour l'occupation immédiate de toutes les usines en France et la formation des conseils ouvriers suscite les craintes des autorités (communiqué de 19 heures de Pompidou). Le chef de l'État, le général de Gaulle, en voyage officiel en Roumanie du au , n'accorde initialement pas beaucoup d'attention à ces manifestations. Il laisse son Premier ministre s'en occuper : on dira de celui-ci plus tard que « rares sont les hommes politiques, tel M. Pompidou, pour encaisser à ce point pendant les insultes ». Les situationnistes se retirent de la Sorbonne le après avoir constaté l'impossibilité de faire respecter la démocratie directe, qu'ils avaient tenté d'instaurer par le comité d'occupation élu, et s'en vont créer le Conseil pour le maintien des occupations, rue d'Ulm, pour tenter de susciter l'auto-organisation du prolétariat ouvrier dans les usines. Les différents léninistes présents dont les JCR s'emparent alors du pouvoir de la Sorbonne, qu'ils ne lâchent plus jusqu'à son évacuation au mois de juin après la défaite de la grève. Grève générale. Sans mot d'ordre aucun, et à la surprise des responsables de chaque camp, la grève générale symbolique prévue pour le ne s'arrête pas ce jour-là. Le mouvement ne fait au contraire que s'étendre rapidement dans les jours qui suivent : c'est la première grève générale sauvage de l'Histoire. C'est aussi la première fois qu'une grève générale paralyse un pays parvenu au stade de la société de consommation. Des grèves et occupations d'usine spontanées se multiplient. La première a lieu à l'usine Sud-Aviation Bouguenais, en Loire-Atlantique, le avec ; cette grève ouvrière à Nantes sera à la fois du premier et du plus long des mouvements ouvriers de Mai 68, prenant fin le . Dans le Nord Pas-de-Calais, où la plus grande manifestation a eu lieu dès le 11 mai, 85% des mineurs sont en grève et des meetings géant se succèdent chez Usinor-Denain. Le , dix millions de salariés ne travaillent pas (en grève ou empêchés de travailler). Les syndicats, débordés par la poursuite de cette grève spontanée au-delà de la journée du 13 mai, reprennent petit à petit la tête du mouvement. L'acceptation par les « grévistes sauvages » de l'autorité de leurs syndicats de tutelle immobilise la grève dans une situation de "statu quo" qui perdure jusqu'au 30 mai. De la sorte, les portes des usines se referment devant les manifestations des étudiants venus défiler à Billancourt, au grand dam des « gauchistes » qui rêvent d'une union sacrée entre intellectuels et ouvriers. Mais les ouvriers eux-mêmes se méfient de ces étudiants qu'ils identifient à la classe montante de leurs dirigeants actuels. Cependant, les syndicats, par cette action, n'isolent pas seulement les ouvriers des influences « petites-bourgeoises » des étudiants, mais aussi des travailleurs d'autres entreprises et empêchent, de la sorte, qu'ils se reconnaissent ainsi des intérêts communs dans cette lutte. Quoi qu'il en soit, leurs revendications du moment ne peuvent en aucun cas être alignées sur les revendications typiques des grèves classiques lancées par la CGT ou la CFDT. Certaines restent, certes, traditionnelles par certains côtés (augmentation des salaires, meilleures conditions de travail), mais d'autres sont nouvelles : il s'agit, en effet, de revendications qualitatives (autonomie, responsabilité du salarié, forme de cogestion des entreprises). Le Parti communiste marxiste-léniniste de France, dans l'édition du de son journal "L'Humanité nouvelle", parle de « première victoire révolutionnaire » et de « Pompidou capitulant devant la grève générale et les mobilisations des étudiants et ouvriers ». Libération de la parole. Dans tout le pays, la parole se libère et devient pour quelques semaines la raison d'être des Français. Enthousiasmé ou catastrophé, dubitatif ou méditatif, chacun selon sa sensibilité participe ou observe. Des dialogues intenses se nouent dans les rues, entre inconnus, et à travers les générations. L'un des symboles de ces lieux de débats est le théâtre de l'Odéon à Paris, qui à partir du 16 mai, selon le communiqué lu lors d'une conférence de presse télévisée . Il devient aussi un lieu où l'on peut entendre s'affronter, dans des débats pris très au sérieux jour et nuit, quelques syndicalistes délégués de chez Renault, des ménagères du quartier, des étudiants, un groupe de jeunes de droite de Neuilly-sur-Seine, un groupe de lycéens d'une banlieue ouvrière, des artistes célèbres (Michel Piccoli, Raymond Rouleau, Sami Frey), des professeurs, un conseiller municipal, un ou deux cadres d'entreprise, pendant que quelques défenseurs de la libération sexuelle se retrouvent dans les coulisses du théâtre. De son côté, Jacques Chirac est mandaté par Pompidou pour aller rencontrer clandestinement les syndicats afin de préparer les futures négociations, les syndicats étant, il est vrai, les seuls à encore tenir à peu près le pays alors que l'autorité de l'État est devenue pratiquement inexistante, et le gouvernement de l'Élysée complètement fantoche selon le témoignage de Michel Jobert. Basculement. Les accords de Grenelle du 27 mai, négociés entre Pompidou, le patronat et les syndicats, laissent croire un moment à la reprise du travail en échange d'une fournée d'acquis sociaux. Les acquis envisagés sont sans précédent depuis la Libération, voire depuis les accords Matignon du , mais aussi sans commune mesure avec ces mêmes accords, ceux de Grenelle étant plus à même d'être remis en cause que ceux de 1936 : droit syndical dans l'entreprise, augmentation du SMIG de 35 %, paiement des jours de grève à 50 % Le point de basculement coïncide avec l'annonce des accords de Grenelle faite par le secrétaire général de la CGT, Georges Séguy, aux ouvriers de Boulogne-Billancourt. Dissolution de l'Assemblée nationale. C'est justement ce , qu'au plus fort de la contestation et du désarroi, de Gaulle disparaît pendant plusieurs heures, à la surprise générale. Pompidou et la majorité sont alors plongés dans une certaine angoisse. Sans prévenir personne, de Gaulle va consulter le général Massu en Allemagne, au lieu de se rendre comme annoncé à Colombey. Veut-il s'assurer symboliquement le soutien de l'armée, dont nul ne souhaite en réalité l'intervention ? Veut-il déconcerter l'adversaire et jouer sur la peur du vide, alors que l'opinion commence à se retourner devant l'absence de perspective du mouvement ? Épuisé et déconcerté, a-t-il eu un authentique moment de passage à vide, voire la tentation de se retirer ? Il semble que toutes ces raisons se soient conjuguées. Dans un entretien avec Michel Droit, le , de Gaulle déclare : . Revenu à Paris le lendemain midi 30 mai, de Gaulle accepte la proposition de Georges Pompidou de dissoudre l'Assemblée nationale pour organiser de nouvelles élections législatives. L'après-midi, tandis qu'une marche de soutien au gouvernement, menée par André Malraux et Michel Debré, réunit sur les Champs-Élysées entre (selon la préfecture de police) et un million de manifestants (selon les gaullistes), de Gaulle fait un discours offensif : il annonce qu'il ne se retire pas et qu'il ne change pas de Premier ministre. Il organise des élections législatives anticipées . De la sorte, de Gaulle fait ressortir, dans son discours, la vieille rivalité entre le parti communiste et le gaullisme: . Il annonce aussi qu'il est prêt à mettre en œuvre l'article 16 de la Constitution qui permet au chef de l'État, dans des circonstances jugées exceptionnelles, de s'octroyer le pouvoir absolu dans le pays si le peuple ne se plie pas à ses décisions : . Dans son communiqué du , le Parti communiste marxiste-léniniste de France dénonce alors les « accents d'apprenti dictateur » de De Gaulle, comparé à Napoléon au moment du coup d'État du 18 Brumaire et met en garde les travailleurs contre « le danger fasciste », tout en pointant la responsabilité des « révisionnistes », c'est-à-dire du PCF et de la CGT. Juin : fin du mouvement et affrontements. Le 31 mai, l'essence revient dans les stations-services et la presse rapporte que des chars convergent vers Paris et que des unités en armes se regroupent au camp de Frileuse. La police et l'armée reprennent possession d'émetteurs de l'ORTF occupés. Après , alors que la base, depuis le 27, avait rejeté unanimement les accords de Grenelle, les syndicats laissent la place aux CRS pour chasser les derniers récalcitrants et éteindre ici ou là les derniers brasiers de révolte. Ainsi, plusieurs épisodes violents se déroulant début juin – affrontements à Renault-Flins les 7 et 10 et à Peugeot-Montbéliard-Sochaux le 11 – ont pour conséquence la mort de Gilles Tautin, Pierre Baylot et Henri Blanchet. Les grèves cessent progressivement. Une troisième « nuit des barricades » au Quartier latin les 11 et 12 juin n'est plus que le fait d'irréductibles. Le , plusieurs organisations « gauchistes » sont dissoutes. L'Odéon et la Sorbonne sont évacués sans difficulté par la police le . De nombreux journalistes grévistes de l'ORTF sont licenciés, tandis que la répression s'abat sur certaines figures du mouvement, tel Daniel Cohn-Bendit, interdit durablement de séjour. Élections législatives de fin juin. Les élections des 23 et 30 juin s'achèvent sur un raz-de-marée électoral pour les gaullistes, dont le groupe emporte la majorité absolue à l'Assemblée, situation sans précédent. Mais ces jours ont aussi porté en germe un net refroidissement des relations entre Georges Pompidou et le général de Gaulle : aussitôt les élections remportées, ce dernier le remplace par Maurice Couve de Murville à la tête du gouvernement. Néanmoins, les Français ont appris à apprécier en ces jours-là le vrai vainqueur de la crise : de Gaulle n'est plus irremplaçable et, après l'échec du référendum du , suivi de sa démission immédiate, Georges Pompidou accède à l'Élysée, après élections. De Gaulle, pour sa part, vote depuis l'Irlande où il prend quelques jours de vacances avec son épouse. L'échec politique du mouvement n'empêche pas un certain succès social et culturel : jamais ratifiés, les accords de Grenelle sont tacitement appliqués un temps avant d'être, les années passant, en grande partie absorbés par les multiples réformes, en particulier le passage du salaire minimum à par mois (environ 730 euros de 2018). L'Université napoléonienne est démantelée fin 1968 par la loi Faure, la décentralisation relancée. Si la tentative du Premier ministre Jacques Chaban-Delmas (1969-1974) de satisfaire certaines aspirations de Mai 68 se heurte au plus grand conservatisme de Pompidou, d'autres demandes sont satisfaites par le président Valéry Giscard d'Estaing en 1974 (dépénalisation de l'interruption volontaire de grossesse, fin de la censure, majorité civile à 18 ans), puis par la gauche au pouvoir après 1981 (libéralisation de l'audiovisuel, loi Defferre sur la décentralisation). Morts et blessés. Les événements ont causé, à l'échelle nationale, la mort d'au moins cinq à sept personnes. Le chiffre probable est de sept morts, toutes survenues après le . De plus, selon Raymond Marcellin, nommé ministre de l'Intérieur le , les affrontements avec les forces de l'ordre ont fait environ 2 000 blessés, dont 200 graves. On crédite parfois le préfet de police de Paris, Maurice Grimaud, d'avoir « évité tout mort à Paris », notamment grâce à sa lettre aux policiers : « Je veux leur parler d’un sujet que nous n'avons pas le droit de passer sous silence : c’est celui des excès dans l'emploi de la force ». On oublie souvent que son appel à la modération dans la répression vient bien tard, le , alors que de nombreux et graves dérapages des forces de l'ordre ont eu lieu depuis les premiers jours du mouvement. Maurice Grimaud signale de plus qu'un CRS, le commandant Journiac, est gravement blessé au front par un pavé jeté des toits, dans la nuit du 10 au 11 mai, rue Gay-Lussac, à Paris. Il meurt un an plus tard, dans un accident de voiture, à la suite d'un malaise occasionné par les séquelles de sa blessure. Mort du commissaire René Lacroix à Lyon. La mort qui cause le plus de retentissement est celle du commissaire René Lacroix, à Lyon dans la nuit du 24 mai. Selon les dires de la police (qui se révéleront faux, deux ans plus tard, lors du procès Raton et Munch) il est mort « écrasé par un camion dont la pédale d'accélérateur est bloquée ». En 2008, lors des 40 ans de Mai 68, un témoin affirme avoir vu « ce camion envoyé de derrière. Il a foncé tout droit puis a calé devant la première rangée de forces de l'ordre. La pierre sur l'accélérateur avait certainement sauté », sans écraser quiconque. Dans leur rapport d'autopsie publié dans le "Bulletin de médecine légale et de toxicologie médicale" de novembre et décembre 1970, les docteurs Védrinne et Vitani, médecins légistes, confirment les constatations du docteur Louis-Paul Rousset, chirurgien de garde à l'hôpital Édouard-Herriot de Lyon : ce document de médecine légale, qui précise l'étendue et la gravité des lésions, permet d'affirmer que le décès du commissaire Lacroix est bien consécutif à un choc traumatique et hémorragique secondaire à l'écrasement dont il a été victime. Cependant, ces conclusions des médecins légistes font l'objet de controverses en 1970 lors du procès de Raton et Munch, accusés d'être à l'origine de la mort du commissaire Lacroix. Ce procès est le théâtre d'un énorme rebondissement le dernier jour : le témoignage du docteur Grammont, l'interne de l'hôpital Édouard-Herriot qui s'est chargé du commissaire Lacroix et qui a conclu à un infarctus. « Ce médecin avait lu dans les journaux que le commissaire avait été renversé par le camion, ce qui lui avait brisé plusieurs côtes. Du coup, il avait décidé de venir spontanément à la barre pour dire que c’était faux et que le policier présentait tous les signes d’un infarctus ». Selon le docteur Grammont, alors interne de l'hôpital et qui s'est chargé du commissaire Lacroix aux urgences, le commissaire Lacroix est mort d'une crise cardiaque plus d'une heure après son arrivée aux urgences de l'hôpital Édouard-Herriot : « Le commissaire venait d'avoir un infarctus. C'est en lui faisant un massage cardiaque, que je lui ai cassé plusieurs côtes. Sur les électrocardiogrammes, on doit voir qu'il est mort d'un infarctus, mais ces preuves ont disparu ». Le , Raton et Munch sont relaxés. Le décès du commissaire Lacroix constitue un basculement dans la perception des événements par la population. « Les étudiants n’apparaissent plus comme les victimes d’une répression policière excessive, mais comme les responsables d’une violence meurtrière ». Conséquences de Mai 68. Sur le plan politique. Accords de Grenelle. Une augmentation de 35 % du SMIG à par mois et de 10 % des salaires, la création de la section syndicale d’entreprise, actée dans la loi du , font entre autres l'objet des accords de Grenelle, à la suite de négociations menées en particulier par le jeune haut fonctionnaire Jacques Chirac, et la reprise du travail s'effectue progressivement au début du mois de juin. La police et la gendarmerie évacuent au fur et à mesure les différents lieux occupés. Décret de dissolution du 12 juin 1968. Le décret présidentiel du 12 juin 1968, en application de la loi du 10 janvier 1936 sur les groupes de combat et milices privées, dissout onze mouvements jugés extrémistes, dont : Le décret épargne toutefois l'organisation d'extrême-droite Occident. René Capitant, ministre de la Justice, argüe : « Le mouvement Occident a employé la violence, parfois, mais il ne s'est pas dévoilé comme un mouvement subversif ». La dissolution de l'Organisation communiste internationaliste, de la Fédération des étudiants révolutionnaires et du groupe Révoltes est annulée, à la suite de trois requêtes (l'une émanant de Pierre Boussel, "alias" Lambert) pour annulation du décret en raison d'un excès de pouvoir, accepté par le Conseil d'État. L'Internationale situationniste, qui apparaît rétrospectivement comme le mouvement le plus subversif et qui a le plus inspiré les idées de Mai 68, n'est pas concernée par ce décret de dissolution, mais ses membres jugent préférables de s'exiler, un temps, en Belgique. Dissolution de l'Assemblée nationale le 30 mai 1968. La dissolution de l'Assemblée est un droit exclusivement réservé au Président de la République. Cette démarche consiste à annuler le mandat de tous les députés en exercice et de provoquer des élections législatives anticipées. Les élections législatives de voient la très large victoire des gaullistes, regroupés dans le parti renommé pour l'occasion Union pour la défense de la République. On s'est beaucoup interrogé sur ce retournement de la peur, tant les médias donnaient l'impression que la population penchait pour le mouvement étudiant. Au fond personne à gauche n'avait donné l'impression de maîtriser ce qui se passait et la solution paraissait être provisoirement en dehors du mouvement, dans la stabilité institutionnelle. De plus les gaullistes reçoivent la confiance du pays car la dissolution a engendré une consultation directe du peuple à la suite des événements. Référendum sur la régionalisation et le rôle du Sénat du 27 avril 1969 et départ du général de Gaulle. Le général de Gaulle avait souhaité un référendum en . Georges Pompidou avait plaidé et obtenu la dissolution de l'Assemblée nationale. De Gaulle ne renonce pas à son projet de référendum. Il perçoit que a mis en exergue un besoin de démocratie plus directe et plus proche du peuple. Il imagine de décentraliser certains lieux de décision et de refonder le Sénat en changeant profondément ses critères de recrutement. C'est l'objet de ce référendum. Il met tout son poids politique dans la balance en promettant de partir si les Français répondent « non ». Le non l'emporte avec 52,41 % (80,13 % de votants, 77,94 % de suffrages exprimés). Comme il l'avait indiqué, le général de Gaulle part. Défiance à l'égard du politique. La fin des années 1970 a été appelée par certains (comme Gilles Lipovetsky) « l'ère du vide ». L'élection de François Mitterrand en 1981, sur le thème très "Mai 68" de « "Changer la vie" », apparaît comme une flambée d'espoir ou une crise de panique catastrophique, selon les courants, dans cette évolution politique en France. Mais cette attitude désillusionnée sur la classe politique reprend le dessus et est encore très présente avec une défiance croissante vis-à-vis du militantisme et du personnel politique. Sur l'Université de Paris. Mai 68 étant largement provoqué par les problèmes liés à la massification de l'enseignement supérieur , la loi Faure du dissout l'Université de Paris en 13 établissements, numérotés de I à XIII, permettant d'absorber cette hausse d'effectifs. C'est la fin de l'ancienne Université de Paris telle qu'elle avait existé de 1150 à 1970, et la perpétuation du système français d'enseignement supérieur à deux vitesses, entre Grandes Écoles et Université. Dans la sphère culturelle. D'une manière générale, Mai 68 a été une des plus grandes contestations de l'ordre existant. La singularité française est le lien entre la contestation intellectuelle et le monde ouvrier. Mai 68 est une ouverture brutale de la culture française au dialogue social et médiatique, qui s'infiltre dans tous les rouages de la société et de l'intimité familiale, et une étape importante de prise de conscience de la mondialisation de la société moderne (après les guerres « mondiales ») et de la remise en cause du modèle occidental de la « société de consommation ». L'une des principales influences de Mai 1968 se situe au niveau socio-culturel, comme l'a reconnu François Mitterrand lors du de Mai 68. On assiste à une désaffection des Français pour la sphère publique et politique et pour le militantisme en général. Les événements de marquent une division politique qui a des répercussions dans la société française, par exemple lors de la scission de l'université Lyon-II en 1973. Actuellement, on situe parfois les personnalités politiques selon le « côté » des barricades où elles se situaient. Le qualificatif péjoratif de « gauchiste », créé par Lénine en 1920 dans "La Maladie infantile du communisme (le « gauchisme »)", entre alors dans le langage courant. De nouvelles valeurs apparaissent. Elles sont notamment centrées autour de l'autonomie, de l'antiautoritarisme, la primauté de la réalisation personnelle, la créativité, la pluridisciplinarité et la valorisation de l'individu impliquant le refus des règles traditionnelles de la société et la remise en cause de l'autorité. La redéfinition de nouvelles règles se construit autour de l'idée d'autogestion et du communautarisme. Le concept d'autogestion est concurrencé par celui de cogestion, cher à Edgar Faure dans sa réforme de l'enseignement qui suit et, d'une manière générale, très en vogue dans les organisations politiques inquiètes de cette évolution jugée « anarchique ». On considère souvent la libération sexuelle comme l'un des grands thèmes de Mai 68. En réalité ce n'est que dans les années suivantes ( à essentiellement) que les débats sur les mœurs prennent place, corrélativement à l'arrivée des contraceptifs modernes. Le féminisme aussi se développe durant ces années, avec son mouvement le plus radical, le Mouvement de libération des femmes (MLF), dont la première manifestation publique a lieu en 1970 et qui joue un grand rôle dans l'implosion du militantisme traditionnel au profit de thèmes féministes, comme l'autorisation de l'avortement (1975), la remise en cause de la répartition des tâches dans le couple (« Qu'est-ce qui est plus long : faire cuire le steak d'un révolutionnaire ou celui d'un bourgeois ? »), la « naissance sans violence ». La dénonciation des régimes de l'est se confirme (publication de "L'Archipel du Goulag", "Le Cri des pierres"). Cette désillusion concernant le communisme, juste après un engagement politique intense , débouchera sur un pessimisme généralisé dans les milieux de gauche, un autodénigrement systématique de tout ce qui a pu exister avant mai 68. L'influence de Mai 68 est manifeste dans la pédagogie scolaire en France. De disciple, l'élève devient un sujet pouvant intervenir dans la pédagogie dont il est l'objet : c'est la coéducation. La dimension de la parole libre, du débat, s'accroît. La discipline autoritaire fait place à la participation aux décisions. Les enseignants ont été parfois déstabilisés dans l'idée qu'ils se faisaient de leur métier. On a critiqué ensuite cette évolution jugée souvent trop permissive. Elle a aussi été à l'origine de la participation des élèves et des parents aux conseils de classe et de la redéfinition des règlements scolaires dans les établissements dès . Dans le cinéma. Dès , le renvoi d’Henri Langlois, directeur de la Cinémathèque française, avait ému les réalisateurs. Le cinéma milite par le biais de cinétracts, certains de la main de Jean-Luc Godard. Des états généraux du cinéma s’organisent. Le Festival de Cannes est interrompu, notamment sous la pression des cinéastes contestataires présents (beaucoup venant de la Nouvelle Vague) comme Roman Polanski, Jean-Luc Godard, François Truffaut, Claude Lelouch. Aucun prix n'est remis. L'année suivante est créée la Quinzaine des Réalisateurs par la Société des Réalisateurs de Films, une sélection parallèle du festival se réclamant des cinéastes. Dans le domaine économique et social. Le conflit de la société des montres « Lip », conduit par Charles Piaget du Syndicat CFDT, à Besançon en 1973, est une illustration très médiatisée de cette évolution, avec une expérience de mise en œuvre de l'autogestion de l'entreprise. Cette influence a aussi des conséquences en 1973 dans des mouvements de remise en cause de l'armée et de la force de frappe nucléaire et d'une manière générale dans les mouvements écologiques (Brice Lalonde) et anti-militaristes (la lutte du Larzac, dont est issu José Bové, le courant de la non-violence) et les fameuses ONG comme « Médecins sans frontières » (Bernard Kouchner), directement issues de la prise de conscience planétaire des mouvements de Mai 68. C'est aussi la période de la naissance de l'idée de « Halte à la croissance ? » (1972), titre d'une publication du Club de Rome fondé en 1968. Si l'on en croit le magazine "L'Expansion", le rythme annuel d'augmentation de la productivité « s'accrut » pendant les trois années qui suivirent Mai 68. Dans le monde chrétien. Une partie des chrétiens est bouleversée par les événements qu'ils perçoivent dans le sillage du Concile de Vatican II, même si l'encyclique "Humanæ vitæ", publiée en , est surtout connue pour son refus de la contraception. La communauté œcuménique des Frères de Taizé devient l'un des pôles structurants de ce bouleversement. Au début des années 1970, jusqu'à quarante mille jeunes, venus du monde entier, mais beaucoup de France, se rassemblent autour d'eux chaque semaine de Pâques dans le petit village bourguignon de Taizé, qui compte d'ordinaire cinquante habitants. Chacun est invité à participer au « Concile des jeunes ». On crée des « fraternités », dans le monde communiste comme dans le monde occidental ou en Amérique latine, à l'image des premiers chrétiens et auprès des plus pauvres. Ces extraits de textes de Taizé expriment le bouleversement chrétien en écho aux événements de Mai 1968 : , . Ce « signe de contradiction » deviendra ultérieurement « signe de réconciliation ». À cette époque s'amplifie également le mouvement des prêtres ouvriers et le mariage des prêtres. Surtout le nombre de pratiquants dans les églises occidentales traditionnelles va suivre une décroissance considérable et traumatisante pour les responsables religieux. Libération sexuelle. La « libération sexuelle », également appelée révolution sexuelle, recouvre les changements substantiels du comportement et des mœurs sexuels intervenus en Occident à la fin des années 1960 et au début des années 1970. Le mouvement hippie est dans ces années un promoteur de l'amour libre. La sexualité, en particulier, n'y est plus perçue uniquement comme moyen de reproduction. L'expression "peace and love" est souvent associée au mouvement hippie. Durant l'été 1967, l'expression "Summer of Love" (en français "Été de l'amour") désigne les événements qui se déroulèrent dans le quartier de Haight-Ashbury, à San Francisco (Californie), où des milliers de jeunes du monde entier se réunirent librement pour une nouvelle expérience sociale. Cette période s'accompagne d’une « révolution du droit » en Occident : les femmes acquièrent le droit à la contraception et le droit à l'avortement. Durant les rapports sexuels, le risque de maladies sexuellement transmissibles ne l'est plus que dans une moindre mesure. La révolution sexuelle se développe dans ce contexte. On parle d’« amour libre ». Analyses. Mai 68 a fait l'objet d'un certain nombre d'interprétations. On a pu y voir un grand moment de l'histoire du mouvement ouvrier avec l'une des plus importantes grèves générales. D'autres ont vu dans le mouvement de Mai 68 un mouvement étudiant anti-autoritaire contestant les hiérarchies établies. D'autres encore ont considéré Mai 68 comme un mouvement étudiant et lycéen visant la libéralisation des mœurs, commençant par la mixité dans tous les établissements de l'éducation nationale. Ce mouvement a été alors analysé comme le ferment de l'individualisme post-moderne. Se pose la question de savoir quelle est la nature des événements de Mai 68 et de son héritage en particulier contestataire. Contrairement à ce qui a pu être écrit "a posteriori", Mai 68 n'est pas le résultat d'une « génération spontanée » : tous les acteurs majeurs du mouvement ont déjà une forte expérience militante, souvent issue de l'opposition à la guerre d'Algérie, de l'émergence du gauchisme anti-stalinien des années 1960 et du mouvement libertaire. Pour l'historien René Gallissot, « Mai 68 fut [par ordre décroissant] un mouvement anti-autoritaire, un mouvement a-nationaliste, un mouvement contre-culturel ». Selon le sociologue Alain Touraine . Pour l'historien Patrick Rotman . Alain Geismar, une des personnalités marquantes des événements, met l'accent sur l'Université : . L'historienne Michelle Zancarini-Fournel évoque . Le professeur de sciences politiques Boris Gobille affirme : « Au moment où il survient, Mai 68 a quelque chose de proprement inouï : non pas tant parce qu'il n'a pas été anticipé et que son ampleur surprend, mais parce qu'il fait entendre publiquement des paroles auparavant refoulées, réduites au silence ou même pas imaginées, et parce qu'il inscrit sur la scène du visible et dans l'arène publique, des acteurs, des sujets, des enjeux et des pratiques qui n'y avaient pas droit de cité jusqu'alors ». Une analyse générationnelle voit dans Mai 68 le symbole de l'arrivée au pouvoir de la génération des Baby boomers par opposition aux générations précédentes, même si cette analyse peut être nuancée. Répercussions internationales. Belgique. Le , le Cercle du Libre Examen de l'université libre de Bruxelles organise un rassemblement contre la dictature des colonels en Grèce où sont invités à prendre la parole Mélina Mercouri, Vassilis Vassilikos (auteur du livre dont est inspiré "Z", le film de Costa-Gavras), l'association Rigas Phereos et l'Association belge pour la défense de la démocratie en Grèce. À l'issue de cette réunion, plusieurs centaines d'étudiants constitués en « assemblée libre » organisent l'occupation de l'auditoire Paul-Émile Janson. Cette occupation durera 47 jours. Cette date marque le début du Mai 68 bruxellois et les politologues parleront d'un « Mouvement du » à l'origine des événements. Ce n'est pas le seul campus à vivre son Mai 68, à l'université de Liège également, les étudiants entrent en contestation. Répercussions historiques et politiques. Les répercussions historiques de Mai 1968 se sont invitées dans la campagne pour l'élection présidentielle française de 2007, lorsque le candidat Nicolas Sarkozy affirme que Mai 68 a s'attirant la critique de Daniel Cohn-Bendit. Le débat se poursuit à l'automne suivant, quand Henri Weber l'accuse d', jusqu'aux . , a dénoncé l'écrivain Michel Houellebecq. , selon l'universitaire Serge Audier. Dès 1985, Luc Ferry publie, avec Alain Renaut, un livre intitulé "La pensée 68", dans lequel il remet brutalement en cause une partie de la production intellectuelle de l'époque. Ce débat reprend lors de l'élection présidentielle française de 2017 lorsque Maël de Calan, candidat à la présidence de LR, estime que « Sur le plan économique, l’esprit de 68 a favorisé l’essor de la consommation de masse. Il fallait « jouir sans entrave » : une société de consommation et de loisirs allait ainsi définitivement supplanter une société de privation et de travail. » Quelques slogans soixante-huitards, écrits et peints. Des artistes du mouvement de la figuration narrative, regroupés en particulier au Salon de la jeune peinture au début des années 1960, ont tenu un discours militant marqué à l'extrême gauche et donnaient à leur art un objectif de transformation sociale. Bernard Rancillac, Eduardo Arroyo, Gilles Aillaud et Henri Cueco ont ainsi participé à l'Atelier populaire des Beaux Arts. L'École des Beaux-Arts, occupée pendant 46 jours dès le , sélectionnait les projets d'affiche, punaisés sur une corde, tous les soirs lors d'une assemblée générale à 19 heures, qui durait entre une heure et dix heures. Une grande partie de ces affiches réagissaient à chaud à l'actualité du jour, et collant à une réalité de souffrance, salaires et conditions de travail, selon son animateur permanent le peintre Pierre Buraglio, dans un climat d'ouvriérisme. Plus de dix mille personnes y sont passées, dont 300 artistes, selon le peintre Gérard Fromanger. Les salariés des différents secteurs s'y pressent pour à cet atelier très politisé, où les artistes deviennent des se mettant , produisant en un mois, en sérigraphie, jour et nuit, 600.000 à un million d'affiches, toute placardées sur les murs, dont certaines reproduites à 3 000 exemplaires. Les artistes, parmi lesquels des militants maoïstes, du PCF, des JCR de la FER ou des ex-"Jeune Peinture", créent une de sérigraphie. Une exposition pour le cinquantenaire de Mai 68 à l'École des Beaux-Arts en a exposé 415 différentes. L'affiche de Bernard Rancillac « Nous sommes tous des Juifs et des Allemands » , dessinée le et représentant Daniel Cohn-Bendit après son expulsion en Allemagne, est la seule des 415 qui n'a jamais été affichée dans la rue par les étudiants, même après sa reformulation votée par l'assemblée générale des étudiants, qui a décidé le de remplacer le slogan par Nous sommes tous « indésirables », selon une déclaration de l'historien Christian Delporte le . Les initiatives locales fleurissent aussi sur le plan artistique. Dans l'usine Berliet occupée à Vénissieux, en banlieue de Lyon, les lettres du fronton sont inversées pour former le mot liberté. D'autres slogans prennent la forme de graffitis, la plupart sur les murs de Paris par Christian Sebastiani, que son camarade de l'Internationale Situationiste Guy Debord baptisera en 1972 « le poète des murailles », avec des bombes de peinture destinées au combat de rues. Le sociologue Jean-Pierre Le Goff explique, trente ans après, le rôle des slogans de Mai 68 : La grève se diffuse à partir du par capillarité, des grands sites de production industrielle vers les usines plus modestes. Dans les hôpitaux, et aux PTT, les grévistes veillent au traitement des urgences, pour n’autoriser que les appels ou les soins de première nécessité.Le secteur tertiaire (poste, hôpitaux, banques, grands magasins) a cessé de fonctionner à la fin de la première semaine, le , ce qui fait remonter le chiffre de 7 millions de grévistes. Plusieurs de ces slogans, considérés comme faisant partie de Mai 68 sont antérieurs au mouvement et leurs auteurs parfois en opposition à ce mouvement. Certains de ces slogans seront repris et détournés par la publicité commerciale. Affiches. À partir du à Paris, l'« Atelier populaire », émanation de l'École des beaux-arts de Paris, produit plusieurs dizaines d'affiches en sérigraphie, avant d'être rejoint par d'autres « ateliers populaires » à Strasbourg, Montpellier, Marseille, Lyon, Grenoble, Dijon, Caen et Amiens. Imprimées à plusieurs milliers d'exemplaires, ces centaines d'affiches marquent le visuel des événements et l'image qui en reste plusieurs décennies après. Aucune de ces affiches n'est signée, si ce n'est collectivement : « Atelier populaire ». Pas de droit d’auteur individuel, mais une mise en avant du travail collectif au service des travailleurs en lutte. « Travailler sur sa petite idée personnelle, même juste, c’est rester dans le cadre étroit de la conception bourgeoise », précise un tract adressé aux « camarades créateurs ». En l'absence d'auteurs connus, ces affiches sont entrées dans le domaine public. En mai et , l’intersyndicale de la Bibliothèque nationale de France (BnF) prend part aux mouvements. Dans le même temps, une centaine d’agents volontaires font preuve d’ingéniosité et s’activent pour collecter tracts, affiches, banderoles, qui forment aujourd’hui un témoignage unique du mouvement de Mai 68. En 1982, elles sont réunies, en partie, par la BnF en un ouvrage à l’occasion de l’exposition « Les affiches de mai 68 ou l'Imagination graphique » (consultable en ligne) ; en 2008, la BnF organise une nouvelle exposition d'affiches et de photographies « Esprit(s) de Mai 68 - Prenez vos désirs pour des réalités ». L'évolution du récit de Mai 68 en 50 ans. Historiographie de Mai 68 Sources et bibliographie. Bibliographie. Années 1968-1970. En , 124 livres sont déjà répertoriés sur le sujet dans les catalogues de la Bibliothèque nationale de France (désormais BnF). Émissions radiophoniques. "Chronique de Mai – Mai 68, vingt ans après…" de Dominique Chagnaullaud, série de sept émissions d'une heure réalisées par Jean-Jacques Vierne à l'occasion du des événements. Première diffusion sur France Culture entre le et le . À base d'archives sonores, ces chroniques reprennent les principaux événements de Mai 68, de Nanterre à sa fin :
Mont Fuji Le est une montagne du centre du Japon qui se trouve sur la côte sud de l'île de Honshū, au sud-ouest de l'agglomération de Tokyo. Avec d'altitude, il est le point culminant du Japon. Situé dans une région où se rejoignent les plaques tectoniques pacifique, eurasienne et philippine, la montagne est un stratovolcan toujours considéré comme actif, sa dernière éruption certaine s'étant produite fin 1707, bien que le risque éruptif soit actuellement considéré comme faible. À son sommet a été construit un observatoire météorologique et malgré les conditions climatiques rigoureuses, la montagne est une destination extrêmement populaire en particulier pour les Japonais, qu'ils soient shintoïstes ou bouddhistes, en raison de sa forme caractéristique et du symbolisme religieux traditionnel dont il est porteur. Il a ainsi été le sujet principal ou le cadre de nombreuses œuvres artistiques, notamment picturales au cours des siècles. Pourtant, cette fréquentation fragilise l'environnement. Aussi, le , il est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO sous le titre « Fujisan, lieu sacré et source d'inspiration artistique ». Toponymie et étymologie. Du fait de l'existence de différentes méthodes de transcription du japonais, le mont Fuji possède différents noms, dont certains sont erronés. Ainsi, en japonais, le mont Fuji se prononce "Fujisan" mais, en raison d'une erreur de lecture du kanji 山, il arrive que les Occidentaux l'appellent « Fujiyama ». Parler de « mont Fujiyama » est en tout cas une faute, "yama" signifiant déjà « montagne ». Il est également faux de dire que "san" est ici le suffixe honorifique さん, visant à personnifier le mont Fuji ; "san" signifie bien ici « montagne, mont ». Parmi la bonne trentaine d'autres noms japonais pour le mont Fuji, devenus obsolètes ou poétiques, figurent , , et . Les kanji pour le mont Fuji, et , signifient respectivement « richesse » ou « abondance » et « un homme avec un certain statut » mais ces caractères sont probablement un ateji, c'est-à-dire qu'ils ont probablement été sélectionnés en raison de la similitude de leur prononciation avec les syllabes du nom mais sans pour autant posséder un sens particulier. Dans les méthodes de romanisation "Nippon-shiki" et "Kunrei", le nom est transcrit "Huzi". Lors de l'exposition universelle de San Francisco en 1939, une photographie géante était ainsi titrée « Mont Huzi ». Néanmoins, la transcription "Fuji", selon la méthode Hepburn, reste la plus courante dans le monde. L'origine du nom Fuji reste incertaine. Une étymologie populaire récente affirme qu'il provient de (négation + chiffre 2), signifiant « sans égal ». Une autre affirme qu'il provient de (négation + « échappement »), signifiant « sans fin ». Un enseignant classique japonais de la période Edo, Hirata Atsutane, explique quant à lui que le nom est dérivé d'un mot ayant pour sens « une montagne s'élevant avec la forme de l'épi d'un plant de riz ». Un missionnaire britannique, John Batchelor (1854-1944) émet l'hypothèse que le nom provient du mot aïnou pour « feu » ("fuchi") de la déesse Kamui Fuchi mais il est contredit par le linguiste japonais Kyōsuke Kindaichi (1882-1971) sur la base des développements phonétiques. Aussi, "huchi" signifie « vieille femme » et "ape" « feu », "ape huci kamuy" étant la déesse du feu. Des recherches sur la distribution des noms de localités incluant "fuji" suggèrent que l'origine du nom est yamato plutôt qu'aïnu. Enfin, un toponymiste japonais, Kanji Kagami, explique que le nom a la même racine que « glycine » ("fuji") et « arc-en-ciel » (variante de "niji") et provient de ses « longues pentes bien formées ». Un texte du "Taketori monogatari" dit que le nom vient d'« immortel » et de l'image d'abondants soldats grimpant les versants de la montagne. En référence au mont Fuji, entre au Japon sont surnommées « Fuji ». C'est notamment le cas du mont Rishiri (appelé « Rishiri Fuji »), du mont Yōtei (« Ezo Fuji »), du mont Iwaki (« Tsugaru Fuji »), du mont Iwate (« Nanbu Fuji » ou « Nanbu Kata Fuji »), du mont Chōkai (« Dewa Fuji »), du mont Bandai (« Aizu Fuji »), du mont Haruna (« Haruna Fuji »), du mont Nantai (« Nikkō Fuji »), du mont Mikami (« Ōmi Fuji »), du mont Daisen (« Hōki Fuji » ou « Izumo Fuji »), ou encore du mont Kaimon (« Satsuma Fuji »). Géographie. Situation. Le mont Fuji est situé dans le centre du Japon et de l'île principale de Honshū, encadré par les monts Akaishi des Alpes japonaises à l'ouest, les monts Okuchichibu au nord et l'océan Pacifique au sud et à l'est. Administrativement, il est situé à cheval sur les préfectures de Shizuoka au sud et de Yamanashi au nord. S'élevant à d'altitude au pic appelé Shin-Fuji, il constitue ainsi le point culminant du Japon, visible les jours de beau temps de Tokyo situé à moins de au nord-est. Il est bordé au nord par les cinq lacs "Fujigoko" : le lac Motosu, le lac Shōji, le lac Sai, le lac Kawaguchi et le lac Yamanaka. Il est possible de voir le volcan depuis ces plans d'eau et du lac Ashi. À ses pieds s'étend la forêt d'Aokigahara ainsi que des villes comme Gotenba à l'est, Fujiyoshida au nord et Fujinomiya au sud-ouest reliées avec le reste de la mégalopole japonaise, dont l'agglomération de Tokyo qui se trouve au nord-est, par un dense réseau de communication constitué de routes, d'une autoroute et d'un tronçon du réseau de trains à grande vitesse Shinkansen. Topographie. La topographie du mont Fuji est dictée par le volcanisme dont il est né : de la forme d'un cône quasi-symétrique de trente kilomètres à sa base, ses pentes prononcées et régulières s'élèvent jusqu'à d'altitude, conférant un volume de à ce stratovolcan. Il est couronné par un cratère de 500 à de diamètre pour une profondeur comprise entre 100 et . La seule véritable irrégularité de ses pentes est constituée par le cratère Hōei-zan situé approximativement à d'altitude. Géologie. Le mont Fuji est un stratovolcan faisant partie de la ceinture de feu du Pacifique et dont les éruptions majoritairement explosives le classent comme un volcan gris. Le volcan se situe à l'aplomb de la jonction triple entre la plaque philippine et les micro-plaques de l'Amour et d'Okhotsk de la plaque eurasienne. Ces plaques forment respectivement les parties occidentale et orientale du Japon ainsi que la péninsule d'Izu. Le mont Fuji constitue le volcan le plus septentrional de l'arc volcanique formé par l'archipel d'Izu. Outre le sommet principal couronné par un cratère sommital, les flancs et les pieds du mont Fuji comportent une cinquantaine de dômes, de cônes et de petites bouches éruptives. Les scientifiques ont identifié quatre phases d'activité volcanique distinctes dans la formation du mont Fuji. La première phase, appelée "Sen-komitake", est composée d'un cœur d'andésite récemment découvert en profondeur sous la montagne. La deuxième, "Komitake-Fuji", consiste en une couche de basalte probablement formée voici plusieurs centaines de milliers d'années. Il y a environ, le « Vieux Fuji » se serait formé par-dessus le "Komitake-Fuji". Enfin, le « Nouveau Fuji » se serait formé en lieu et place du sommet du « Vieux Fuji », il y a environ. Le mont Fuji est actuellement classé actif avec un faible risque éruptif. La dernière éruption enregistrée a commencé le et s'est terminée autour du , durant l'époque d'Edo. Elle est parfois appelée « grande éruption Hōei ». Pendant cet évènement, un nouveau cratère volcanique, ainsi qu'un second pic, appelé "Hōei-zan", s'est formé à mi-pente, sur le versant sud-est de la montagne. Les scientifiques prédisent une activité volcanique mineure dans les prochaines années. Climat et végétation. Du fait de l'altitude élevée du sommet du mont Fuji, plusieurs climats s'étagent le long de ses pentes. Une grande partie de la montagne se trouve au-delà de l'étage alpin où règne un climat montagnard très froid et venteux en raison de l'altitude ce qui y limite le maintien de la végétation qui n'a toujours pas réussi à se régénérer complètement depuis la dernière éruption survenue il y a trois siècles. Ce climat rigoureux ne permet pas la fonte prononcée de la neige tombée au cours de l'hiver et qui se maintient jusqu'au mois de mai, des névés subsistant parfois toute l'année. Le bas des pentes est en revanche couvert de forêts et les pieds de la montagne, jouissant d'un climat plus tempéré, sont cultivés. La température moyenne annuelle est de et les températures moyennes mensuelles s'étalent de à en août. Les records de température enregistrés sont de le et de . Le , la station météorologique a également mesuré la vitesse record de vent pour le Japon avec , soit environ , au moment du passage d'un typhon. La haute altitude du mont Fuji et son éloignement relatif par rapport aux autres montagnes du Japon provoquent parfois en cas de vent l'apparition de turbulences atmosphériques appelées allée de tourbillons de Karman. Ainsi, le , le Boeing 707 du vol 911 de la British Overseas Airways Corporation, pris dans ce type de turbulences, se disloque en plein vol et s'écrase près du mont Fuji, peu de temps après son décollage de l'aéroport international de Tokyo-Haneda, en ne laissant aucun rescapé ( et onze membres d'équipage étaient présents dans l'appareil). Histoire. Histoire éruptive. À la suite de la phase du « Vieux Fuji », une période de d'inactivité s'est déroulée, pour prendre fin il y a avec la phase actuelle du « Nouveau Fuji ». Les éruptions du mont Fuji présentent des coulées de lave, des émissions de magma, de scories et de cendre volcanique, des effondrements et des éruptions latérales, d'où le qualificatif de « grand magasin des éruptions ». Les cendres du Nouveau Fuji sont souvent noires et ses éruptions sont récentes en termes de couches géologiques. Des informations précieuses sont consignées dans les documents historiques japonais du . Ils présentent une série d'éruptions représentatives. Le mont Fuji durant la Préhistoire. Quatre éruptions explosives se sont déroulées à l'époque Jōmon, il y a environ , connues sous les noms "Sengoku" (Sg), "Ōsawa" (Os), "Ōmuro" (Om) et "Sunazawa" (Zn). Comme le vent souffle généralement de l'ouest dans la région du mont Fuji, la plupart des éjectas sont tombés à l'est mais, dans le cas de "Ōsawa", les scories et cendres ont été portées par un vent d'est jusqu'aux environs de Hamamatsu. Il y a environ, le versant oriental du volcan s'est effondré et des coulées de boue ont dévalé vers la région de Gotenba jusqu'à la plaine d'Ashigara à l'est et la baie de Suruga à travers la ville de Mishima au sud. Cet incident est appelé aujourd'hui . L'éruption de Jōgan. En 864 (sixième année de l'ère Jōgan), une éruption se déroule sur le versant Nord-Est du mont Fuji produisant une grande quantité de lave. De la lave comble le vaste , le divisant en deux et formant les actuels et . Cet évènement est connu sous le nom d' et le lieu est actuellement couvert par la dense forêt d'Aokigahara. L'éruption de Hōei. La dernière éruption du mont Fuji, survenue en 1707 (quatrième année de l'ère Hōei), est connue sous le nom de « grande éruption de Hōei ». Ayant débuté 49 jours après le tremblement de terre de Hōei, qui figure parmi les plus puissants jamais enregistrés au Japon, elle s'est déroulée sur le versant Sud-Ouest du mont Fuji et a formé trois nouvelles cheminées volcaniques, nommées « première », « deuxième » et « troisième cheminée ». Bien qu'elle n'ait pas engendré de coulée de lave, cette éruption est remarquable par la propagation des cendres volcaniques et des scories émises jusqu'à une région aussi éloignée qu'Edo (ancien nom de Tokyo) située à cent kilomètres au nord-est. Le volume d'éjectas a été estimé à , soit un indice d'explosivité volcanique qui pourrait être estimé à 4. L'année suivante, les débris volcaniques accumulés dans les champs près du cours de la rivière Sakawa, située à l'est de la montagne, sont mobilisés par les pluies, comblent le lit du cours d'eau et forment çà et là des barrages temporaires. L'averse des 7 et provoque une avalanche de cendre et de boue qui détruit les barrages, provoquant alors une inondation dans la plaine Ashigara. Autres éruptions connues. Seize éruptions ont été enregistrées depuis 781. La plupart se sont déroulées durant l'époque Heian avec douze éruptions entre 800 et 1083. Parfois, les périodes d'inactivité peuvent durer des centaines d'années comme entre 1083 et 1511. Actuellement, aucune éruption n'a eu lieu depuis l'éruption Hōei, il y a plus de 300 ans. Prévention. La prévention des risques éruptifs est assurée par le Comité de coordination pour la prévention des éruptions volcaniques dépendant de l'Agence météorologique japonaise en ce qui concerne la prévision et le suivi sismique des évènements, le cabinet du Premier ministre en ce qui concerne la mise en place d'un plan d'évacuation et le Ministère du territoire, des infrastructures et du transport pour la protection contre les risques de glissement de terrain. Ainsi, entre et , le nombre de secousses telluriques sous le volcan est passé d'une ou deux par mois à 35 en septembre, 133 en octobre, 222 en novembre, 144 en décembre puis 36 en , faisant craindre le pire, avant que tout ne rentre dans l'ordre. Ces secousses étaient pour la plupart du type basse fréquence et se situaient à quinze kilomètres de profondeur, au nord-est du sommet. En , la pression de la chambre magmatique est de , soit l'équivalent d'une pression atmosphérique de , faisant craindre une éruption théoriquement envisageable à partir d'une pression de . Cette forte pression est due à des mouvements tectoniques provoqués par le séisme de 2011 de la côte Pacifique du Tōhoku. Première ascension. La première ascension connue du mont Fuji est datée de 663 et a été réalisée par le moine bouddhiste En no Gyōja. Le premier non-Japonais à gravir le volcan est sir Rutherford Alcock en 1860. Le shintoïsme, tout comme le bouddhisme, impose des interdits en rapport avec tout ce qui touche au sang. Les femmes, par exemple, du fait de la menstruation, sont considérées comme impures. En conséquence, elles sont exclues des lieux saints des deux religions, en particulier des montagnes comme le mont Fuji. Le statut de ce dernier dans la culture japonaise incite cependant des femmes à braver cet interdit ; en 1832, Takayama Tatsu, une jeune femme membre d'une secte adoratrice du mont Fuji, se joint, vêtue d'une tenue d'homme, à un groupe de pèlerins et effectue, avec la bienveillance de son maître spirituel, la première ascension connue du volcan par une femme. À la fin de l'ère Edo, les autorités religieuses, soucieuses d'attirer davantage de croyants aux temples et sanctuaires, commencent à envisager la levée de l'interdiction faite aux femmes d'escalader les montagnes sacrées afin de favoriser leur visite des lieux saints construits au pied des montagnes ou sur leurs pentes. Ainsi, dès la première année de l'ère Man'en (1860-1861), l'ascension du mont Fuji est permise aux femmes jusqu'à la huitième station, à l'altitude d'environ . Ce mouvement d'ouverture s'accélère les années suivantes sous l'impulsion de personnalités étrangères ; en , le diplomate britannique Harry Smith Parkes gravit le mont Fuji en compagnie de son épouse, Fanny Parkes, qui devient la première femme non-japonaise à entrer dans le périmètre sacré du volcan. La présence d'une femme, étrangère de surcroît, au sommet du mont Fuji n'ayant suscité ni opposition ni protestation dans le pays, des Japonaises prennent l'initiative de demander l'autorisation d'y accéder à leur tour. Cinq ans plus tard, le gouvernement de Meiji lève par ordonnance l'interdiction dans tout le pays. Depuis, le mont Fuji constitue une destination touristique populaire et nombreux sont les Japonais qui le gravissent au moins une fois dans leur vie. Présence militaire. Des samouraïs pratiquaient jadis leur entraînement au pied du mont Fuji, près de la ville actuelle de Gotenba. Le shogun Minamoto no Yoritomo a pratiqué le "yabusame" dans la région au début de l'époque de Kamakura. Depuis 2006, les Forces japonaises d'autodéfense aux camps de "Kita-Fuji" (nord-est) et "Higashi-Fuji" (sud-est), ainsi que le Corps des Marines des États-Unis au "Camp Fuji" (plaine de Kantō) possèdent des bases militaires au pied du volcan. Activités. Ascension. L'ascension du mont Fuji est relativement aisée bien que pouvant se révéler éprouvante du fait de la grande distance horizontale à parcourir entre le lieu de départ pédestre et le sommet. Il arrive que ses sentiers soient bondés, le volcan étant un lieu de pèlerinage populaire, hormis en hiver lorsqu'il est alors recouvert de neige et de glace. La période la plus fréquentée pour gravir le mont Fuji dure du au en raison de l'ouverture estivale des refuges et autres commodités touristiques ainsi que de la circulation des bus jusqu'à la cinquième station, la dernière accessible par la route et la plus proche du sommet. Chaque année, le nombre de visiteurs gravissant le mont Fuji est d'environ , dont 30 % d'étrangers. L'ascension peut prendre entre trois et huit heures et la descente entre deux et cinq heures. La randonnée est divisée en dix stations et la route se termine à la cinquième station, à environ d'altitude, dont les refuges ne sont pas souvent ouverts la nuit pour les randonneurs. Quatre itinéraires majeurs partent vers le sommet depuis cette cinquième station : "Kawaguchiko", "Subashiri", "Gotenba" et "Fujinomiya" (dans le sens des aiguilles d'une montre) avec quatre itinéraires secondaires depuis les pieds de la montagne : "Shojiko", "Yoshida", "Suyama" et "Murayama". Les stations réparties le long des différents itinéraires se trouvent à des altitudes variées : la plus haute, la cinquième station localisée à "Fujinomiya", est suivie par celle de "Kawaguchiko", de "Subashiri" et enfin de "Gotenba". Même si elle n'est que la deuxième plus haute station parmi les cinq, "Kawaguchiko" est la plus fréquentée en raison de son vaste stationnement. Bien que la plupart des randonneurs ne montent pas par les itinéraires de "Subashiri" et de "Gotenba", beaucoup les empruntent lors de leur descente afin de profiter de leurs sentiers recouverts de cendres volcaniques. Ainsi, il est possible de couvrir la distance séparant la septième de la cinquième station en seulement trente minutes. Il est également possible d'effectuer l'ascension avec un vélo tout terrain afin de profiter de la descente, même si l'exercice est particulièrement risqué en raison de la foule et de la difficulté à contrôler la vitesse. Les quatre itinéraires depuis le pied de la montagne offrent l'accès à des sites historiques : "Murayama" est le plus ancien alors que "Yoshida" présente de nombreux sanctuaires anciens, des maisons de thé et des refuges tout au long du sentier d'où sont parfois visibles des ours noirs d'Asie. Chaque 26 août, une retraite aux flambeaux est organisée, passant par les temples shintô et se rendant jusqu'au sanctuaire de Yoshida. Ces itinéraires qui ont récemment gagné en popularité sont par conséquent restaurés. Au sommet, le sentier permet de gagner chacun des huit pics situés sur le rebord du cratère sommital et dont le plus élevé comporte le système radar. Les grimpeurs ayant fait l'ascension de nuit, outre le fait d'avoir évité l'éprouvante randonnée sous le soleil, ont le privilège d'assister au lever du soleil depuis le sommet, évènement particulièrement apprécié des Japonais, spécialement dans la nuit du au et cela malgré les conditions climatiques difficiles. Il est possible ensuite d'observer le panorama durant la descente. Jusqu'à fin mai, le mont Fuji offre différents itinéraires de ski de randonnée sur son versant Nord-Est, à partir de la (). La route d'accès est ouverte à partir de 3 heures du matin. Sport. Les parapentistes décollent du voisinage du parking de Gotenba, entre Subashiri et le pic Hōei-zan, sur le versant sud de la montagne, ou parfois d'autres endroits selon la direction du vent. Plusieurs écoles de parapente utilisent les vastes pentes mi-sablonneuses mi-herbeuses du volcan comme terrain d'entraînement. En 1913, une première course de montagne est organisée depuis la gare de Gotemba jusqu'au sommet du volcan. La course est ensuite rallongée en format « montée et descente » mais ce nouveau format particulièrement difficile voit des concurrents s'évanouir. La course est alors transformée en relais ekiden en 1923, suivant un parcours en boucle sur le flanc du volcan. Suspendue lors de la Seconde Guerre mondiale, la course est brièvement relancée au début des années 1950 puis de manière permanente depuis 1976. La course du mont Fuji voit le jour en 1948. Partant de l'ancienne ville de Fujikamiyoshida (actuelle Fujiyoshida), elle rallie le sommet du volcan en suivant l'itinéraire "Yoshida". Depuis 2012, un ultra-trail appelé Ultra-Trail Mt.Fuji se dispute chaque année en avril au pied du mont Fuji. L'épreuve intègre l'Ultra-Trail World Tour en tant que cinquième étape d'un circuit mondial de dix courses lors de sa fondation en 2013. Il existe également un circuit automobile au pied du mont Fuji : le Fuji Speedway. Le tracé de a été créé en 1965 et a accueilli le Grand Prix du Japon de Formule 1 en 1976 et 1977. Cette année-là, un grave accident impliquant la Ferrari de Gilles Villeneuve entraîne la mort d'un spectateur et d'un commissaire de piste. Le Japon est privé de Grand Prix jusqu'en 1987 où il se déroule, jusqu'en 2006, à Suzuka. En 2000, le circuit du mont Fuji devient la propriété de Toyota et finalement, en 2007, la compétition y fait son retour avec la victoire de Lewis Hamilton. Protection environnementale. Le mont Fuji fait partie du parc national de Fuji-Hakone-Izu au même titre que les cinq lacs de Fuji, Hakone, la péninsule d'Izu et l'archipel d'Izu. Il est l'habitat de nombreuses espèces d'oiseaux sauvages ce qui lui vaut d'être appelé : , et est connu pour abriter de rares espèces de lézards, en particulier le lézard "Takydromus tachydromoides". Candidat depuis 2007, le mont Fuji est inscrit sur la liste des biens culturels du patrimoine mondial de l'UNESCO en . Le projet, né au début des années 1990, semblait impossible à réaliser tant les conditions environnementales sont drastiques mais cette perspective a poussé les autorités à se lancer dans un plan de nettoyage de cette montagne emblématique. Observatoire. En 1932, une station météorologique temporaire est installée au sommet du mont Fuji. Elle récolte de nombreuses informations qu'elle envoie par onde VHF. En 1936, il est décidé de la transformer en station permanente, ce qui en fait la plus élevée au monde à l'époque. Un des buts de la station météorologique est d'obtenir des données en altitude afin de mieux alimenter les modèles atmosphériques pour prévoir les typhons en mesurant la température de l'air, l'humidité et la pression atmosphérique. Le , l'installation est complétée par le radar météorologique du mont Fuji d'une portée de possédant une antenne circulaire de cinq mètres de diamètre. Malgré les conditions météorologiques difficiles, il est utilisé en ces lieux jusqu'à fin 1999 alors que sa fonction de veille lointaine est remplacée par les satellites météorologiques. L'antenne, le radôme et l'équipement de soutien sont redescendus en 2004 au pied de la montagne, au nouvel observatoire millimétrique de Fujiyoshida, où ils font partie d'un musée. Musées. Sur les rives du lac Kawaguchi, l'un des cinq lacs du Mont Fuji, le musée d'art Kawaguchiko permet de voir une petite collection de peintures et de photographies directement liée au mont Fuji. Industries. Les eaux souterraines du mont Fuji et des alentours sont utilisées à des fins pharmaceutiques, pour les industries papetières et comme eau minérale grâce à leur richesse en vanadium. Il existe de célèbres sources d'eau chaude tout autour du volcan qui ont permis l'essor du thermalisme. Le nom de « Fuji » sert de franchise à un certain nombre d'entreprises au Japon, l'une des plus connues étant Fujifilm, la marque de film photo et le fabricant d'appareils photos et caméras numériques. Dans la culture populaire. Représentations artistiques. Du fait de son profil montagneux exceptionnellement symétrique, le mont Fuji est devenu un des symboles du Japon. Après avoir alimenté l'inspiration de nombreux poètes, il apparaît dans d'innombrables représentations picturales ("emaki" ou rouleaux illustrés, mandalas comme le "Fuji-sankei", estampes "ukiyoe" ou encore artisanat). La plus ancienne retrouvée est un dessin sur le papier d'une porte coulissante datant environ du . Il a été l'objet d'un attachement tout particulier des peintres japonais du qui, comme le maître de l'estampe nipponne Hokusai (1760-1849) avec ses "Trente-six vues du mont Fuji" ("Fugaku Sanjūrokkei", 1831), ont fortement influencé l'impressionnisme européen. En 1835, le même Hokusai publie sa série les "Cent vues du mont Fuji" ("Fugaku Hyakkei") sous la forme de trois livres en noir et gris. Parallèlement, un autre grand artiste, Hiroshige (1797-1858), présente en 1833-1834 les "Cinquante-trois Stations du Tōkaidō" qu'il déclinera dans une dizaine d'éditions totalement originales jusqu'en 1857. Il peint également deux séries personnelles des "Trente-six vues du mont Fuji". Dans la même période, Utagawa Kuniyoshi (1798-1861) a peint quelques représentations du mont Fuji. Plus récemment, Kobayashi Kokei (1883-1957) a peint "Fuji" et Yokoyama Misao (1920-1973) le "Fuji rouge" ("Aka-Fuji"). Shinya Shimoto, qui peint essentiellement des tableaux liés aux catastrophes naturelles, a consacré toute une série de peintures au mont Fuji. Symbolisme religieux. Le mont Fuji est une montagne sacrée depuis le . De nombreux synonymes japonais du mont Fuji rendent eux aussi compte de son caractère religieux. Dans le shintoïsme, la légende raconte qu'un empereur ordonna de détruire au sommet de la montagne un élixir d'immortalité qu'il détenait : la fumée qui s'en échappe parfois serait due à ce breuvage qui se consume. De plus, selon la tradition, les divinités shintô "Fuji-hime" et "Sakuya-hime" y habiteraient tout comme "Konohana-no-Sakuya-hime", « La princesse qui fait fleurir les arbres » (en particulier les cerisiers). Le bouddhisme vénère quant à lui sa forme rappelant le bouton blanc et les huit pétales de la fleur de lotus. Toutes ces raisons font que son ascension est interdite aux femmes jusqu'en 1872 : une chapelle appelée "Nyonin-do" (« refuge des femmes ») leur permet d'attendre à l'abri leurs maris, fils ou frères. Afin de vénérer les nombreuses divinités des différentes religions, plusieurs sanctuaires, tels que le Fujisan Hongū Sengen-taisha et les sanctuaires Asama, ont été bâtis sur ou aux pieds du mont Fuji et de nombreux torii jalonnent le parcours afin de marquer les limites de l'enceinte sacrée. Des confréries ("Fuji-kō") s'y sont établies depuis le afin de vénérer la montagne et d'y organiser des pèlerinages, à l'instar de Hasegawa Takematsu en 1630. Ces groupes construisent alors des répliques du mont Fuji à petite échelle appelés pour leurs membres qui ne peuvent pas faire le pèlerinage. C'est à l'époque du décès de Jikigyō Miroku (1671-1733), mort en jeûnant au mont Fuji, que la foi s'est transformée en religion et que l'ascension est devenue rituelle, même si sa pensée a été mal interprétée. Plus récemment, des sectes spécifiquement dédiées au culte du mont Fuji ont été créées, principalement dans les années 1940 comme celle de "Fuji-Gōho" fondée en 1946 par Ito Gensaku et celle de "Fuji-Kyō" fondée en 1948 par Hasegawa Teruhiro. Littérature. Dans le roman "Ni d'Ève ni d'Adam", Amélie Nothomb raconte sa découverte du mont Fuji.
Minitel Le Minitel (pour « Médium interactif par numérisation d'information téléphonique ») est un type de terminal informatique destiné à la connexion au service français de Vidéotex baptisé Télétel, commercialement exploité en France entre 1980 et 2012. Donnant accès à des services variés préfigurant ceux du futur Internet, et utilisant pour cela le réseau français Transpac qui lui-même préfigurait la future infrastructure de transmission d'Internet, il a hissé la France au premier plan de la télématique mondiale grâce au premier service au monde de fourniture gratuite ou payante d’informations télématiques. Il fut un succès considérable et resta longtemps en usage, y compris en concurrence d’Internet. Par métonymie, le mot « Minitel » a fini par désigner l'ensemble du service Vidéotex en France ainsi que les éléments de réseau (concentrateurs, points d'accès) destinés à rendre ce service. Historique. Cette technologie de communication a été créée par le ministère des Postes et Télécommunications et utilisée en France des aux . Contexte. Dès septembre 1973, "Le Monde" estime que le , dont certaines entreprises sont déjà équipées, sera un téléphone au cadran remplacé par un mini-clavier, pour communiquer avec un ordinateur, qui pourrait être expérimenté auprès des particuliers. Il souligne que le Japon comptait en 1972 plus de à clavier répartis entre Tokyo et Osaka, dont 60 % permettant d'accéder au réseau mis au point par le ministère des télécommunications pour consulter une bibliothèque d'une centaine de programmes scientifiques, mais que la concurrence des calculettes, déjà limite le nombre de consultations à par jour en moyenne. Le Japon veut alors investir de yens dans un réseau de transmission par câble coaxial reliant -test à un centre de télévision et d'informatique pour faire du télé-shopping, suivre des cours, lire leur journal, . L'année 1972 a ainsi considèrent les professionnels français, car , mais le principal problème est celui des programmes. En France, une expérimentation est prévue à L'Isle-d'Abeau. Plus généralement, une étude du BIPE évalue alors le marché français des terminaux de tout type à de francs en 1975, et prévoyait une multiplication de ce nombre par 6 sous les cinq prochaines années. Les ingénieurs du Centre national d'études des télécommunications (CNET), qui ont depuis la fin des développé des systèmes de transmission et de commutation téléphonique, puis dans les années 1960 réalisé des ordinateurs, contribuent dans les années 1970 à former une vision de la télématique du futur. Ils sont soutenus pour cela par les moyens financiers considérables investis dans le plan de rattrapage téléphonique des . Dans ce cadre, le Centre commun d'études de télévision et télécommunications (CCETT), à Rennes puis à Cesson-Sévigné dans sa banlieue, a élaboré les spécifications du réseau Transpac puis, sous la direction de Bernard Marti, spécifié le Minitel qui utilisera Transpac via des points d'accès spécialisés. Le projet d'ensemble « Annuaire Électronique et Minitel » (1979-1985) a été supervisé par Jean-Paul Maury, directeur du projet). Le nom "Minitel" a été trouvé par Roger Tallon, designer du TGV Atlantique et d'un prototype de terminal Télétex "VTX 120" pour la Compagnie générale de constructions téléphoniques, qui ne sera pas retenu. D'après Bernard Marti, le nom « Minitel » serait l'abréviation de « Médium interactif par numérisation d'information téléphonique ». En 1977 la remise au président de la République française, Valéry Giscard d'Estaing, du rapport sur l'informatisation de la société rédigé par Simon Nora et Alain Minc, accélère la prise de conscience par les dirigeants et par l'opinion française d'une révolution technologique, baptisée « télématique » : la connexion à distance de terminaux permet la visualisation de données informatiques stockées dans des ordinateurs, à travers les réseaux de télécommunications. En 1978, la France décide de tirer parti de Transpac, son réseau de transmission de données, en lui ajoutant des points d'accès, via le réseau téléphonique, pour des terminaux peu onéreux, les Minitels. Cette décision est rendue publique par Gérard Théry, directeur de la DGT, à l' de Dallas (Texas) qui réunit le gratin mondial des télécommunications. Il y annonce avec une certaine emphase le déclin de l'ère du papier. À l'étranger, dans une ambiance d'émulation internationale, les ingénieurs américains, anglais ou allemands accompagnent les recherches des ingénieurs du Centre national d'études des télécommunications. Ainsi en Europe d'autres systèmes sont étudiés, tous fondés sur la norme Vidéotex : , le Ceefax, le . Aux États-Unis est élaboré le système NAPLPS. Conçu comme vecteur de vente à domicile, il met l'accent sur un affichage en couleurs de qualité photographique. Mais la déception est sévère en raison du coût des composants et du faible débit des lignes de l'époque — surtout aux États-Unis : l'affichage de certaines pages pouvait prendre une durée de "six minutes". Le mélange de texte et graphiques, qui ne posait pas de problème avec les caractères semigraphiques de basse qualité du Minitel, n'était pas possible sans faire monter le coût de réalisation du terminal à des valeurs prohibitives en mémoire vive et en mémoire morte. Expérimentations. En France, la phase d'expérimentation de Télétel et du Minitel commence en 1980 à travers plusieurs opérations sur le terrain. Expérience de Saint-Malo. Alors qu'il est prévu de fabriquer de Minitels, Valéry Giscard d’Estaing, devant le lobby de la presse qui voit un concurrent dans cette nouvelle technologie, se ravise et décide de lancer des expérimentations. En , à Saint-Malo, les utilisateurs de l'annuaire électronique sont équipés ( et 35 particuliers). L'expérience de Saint-Malo s'achève en décembre 1982. Parallèlement, en 1981, sont distribués en Ille-et-Vilaine. Il s'agit de tester ce nouveau service chargé de remplacer l'annuaire papier. Il devait aussi alors alléger le service traditionnel des renseignements, passablement saturé devant la croissance du parc téléphonique fin des . Il se justifiait aussi par l'efficacité d'un service de renseignements recouvrant l'ensemble des abonnés au téléphone en forte croissance. Les publications des annuaires papier, constamment dépassées, créaient une forte demande sur les renseignements téléphoniques alors assurés par des fonctionnaires des PTT. Expérience Télétel 3V. Afin de désamorcer tout contentieux éventuel avec la presse quotidienne nationale et régionale face aux inquiétudes déontologiques, économiques et juridiques l'Administration des PTT organise une autre expérience incluant d'autres services (petites annonces, informations, messageries) qui se déroulera à Vélizy. À l'automne 1980, volontaires de Versailles, Vélizy-Villacoublay, Jouy-en-Josas, Buc, Bièvres et Les Loges-en-Josas reçoivent un terminal Vidéotex. Du côté des services, près de participent à l'expérience, se donnant ainsi l'occasion de tester ce nouveau moyen de communication auprès du public. Les services remportant la plus large adhésion seront les annuaires téléphoniques pages blanches et pages jaunes (services gratuits), la presse, la vente par correspondance, la SNCF, les banques ainsi que la messagerie. Si l'expérience de Vélizy reste un symbole dans le monde de la télématique, c'est que cette expérience est la source de la création de la formule « kiosque télématique » qui permet de répartir les revenus entre l'opérateur et les fournisseurs de services, notamment à travers le 3615. En effet, si les éditeurs de presse ont progressivement compris l'intérêt de cette expérience, ils voulaient en tirer des revenus. Conséquemment, d'après des discussions auxquelles participent notamment ("le Parisien Libéré"), (Hachette Filippacchi), les hommes de la DGT ont l'idée d'utiliser le système de surtaxation utilisé pour le réveil téléphoné. Cela donne lieu, en , à la création du kiosque mis en priorité et en exclusivité à la disposition de la presse. À Vélizy, le premier terminal n'a pas d'écran et se glisse sous le téléviseur : simple décodeur, il permet de consulter une vingtaine de services sur l’écran du téléviseur. La télécommande est élémentaire : juste un clavier alphanumérique en majuscules. Un groupe d'utilisateurs passionnés fonde l'AATEL (Association des abonnés à TéléTEL), qui devient une véritable interface entre les testeurs et la DGT - DACT (Direction générale des télécommunications - Direction des affaires commerciales et télématiques) qui dirige le projet. De leur côté, les entreprises offrant des services pour Minitels créent l'AFTEL (Association française des fournisseurs de services télématiques). L'accès à leurs serveurs se font via le réseau Transpac par le numéro d'. La toute première messagerie, uniquement par boîtes aux lettres, est baptisée M3V. On peut y échanger des messages privés, ou par l'intermédiaire de groupes de discussion thématiques. À l'époque, la DACT et les fournisseurs de services pensent qu'il ne s'agit que d'un gadget ludique : pour eux l'avenir de la télématique réside dans l'information, et non la communication. Il est même question de supprimer cette messagerie. Mais l'AATEL se bat pour la conserver et démontrer qu'elle est une motivation primordiale des utilisateurs, ce que confirmera le développement de la télématique grand public en France. C'est seulement fin 1982 qu'apparaît le premier Minitel. L'expérience est définitivement arrêtée au printemps 1984. Expérience Gretel. À l'hiver 1981, les "Dernières Nouvelles d'Alsace" lancent le service expérimental Gretel sur un quartier pilote à Strasbourg. L'expérience débute avec 80 foyers, puis est progressivement étendue. Les premiers services proposés sont des consultations des actualités, des programmes de télévision et de cinéma, et de la météo, ainsi que quelques jeux. On trouve aussi un service de messagerie électronique de type courriel avec une notion de boîtes aux lettres. Mais ce qui fait exploser le succès de l'expérience est le lancement en 1982 du premier service de messagerie instantanée, principe découvert à la suite d'un piratage. Ce nouveau service représente très rapidement jusque 85 % du trafic. L'ancêtre des messageries instantanées et de l'internet social est alors né. C'est ainsi qu'apparaissent des services créés par de jeunes entrepreneurs comme Thierry Roze et Xavier Niel. Lancement. La réalisation du Minitel ayant été confiée à trois industriels différents (Matra, Radiotechnique (Philips) et Télic-Alcatel), le prix de série put être négocié au plus bas en tenant compte d'une hypothétique, mais probable, baisse future des prix de revient par l'évolution technologique et l'accroissement des quantités produites (courbe d'apprentissage) par les fournisseurs. Le programme Télétel (nom du réseau des terminaux appelés Minitel) est reconnu dans le monde entier comme le premier réseau télématique grand public et comme un succès commercial. Les services sont facturés en fonction de la durée des communications, indépendamment des distances entre utilisateur et serveur. Lancé en France en 1982 par les PTT (devenus La Poste et France Télécom), le minitel permet d'accéder à des services en ligne dont les plus populaires sont : Entre 1984 à 1988, l'essor du Minitel explose grâce au succès des messageries instantanées, nées des expériences des services STEL à Nice et GRETEL à Strasbourg (serveur à l'initiative des "Dernières Nouvelles d'Alsace"), ainsi que SM à Paris (Serveur médical de ). Au printemps 1985 naît la première messagerie grand public sur le 3615, créée par deux anciens de Teletel3V pour "le Parisien libéré", nommée MESPL. L’État français, par le ministère des PTT, a fortement encouragé le développement du Minitel. Les PTT ont ainsi distribué gratuitement les terminaux de base, les modèles plus évolués étaient loués ou vendus, tels que le Minitel couleur, le Minitel 10 équipé d'un combiné téléphonique ou encore dans les années 1990 le "Magis" et le "Magis Club" équipés de lecteurs de cartes à puce. Cette décision était motivée par les économies de fabrication, de distribution et de recyclage de "millions" d'annuaires papier "chaque année". Ainsi, les foyers équipés de Minitel ne recevaient plus que les pages jaunes, au lieu des pages blanches et des pages jaunes. Ce modèle économique, inventé pour le Minitel et consistant à subventionner le terminal par le prix du service, a été fortement critiqué à l'époque par la presse. Il a depuis été repris pour les services de téléphonie mobile. La facturation s'effectuait également par comptabilisation sur la facture téléphonique. Un serveur pouvait, soit être contacté directement par le réseau téléphonique ( d'appel direct), soit être connecté à un des réseaux kiosques (3613, 3614, 3615). Seul le 3618 ou service MIAMI (service de communication de Minitel à Minitel) est resté en service jusqu'au . En effet ce service ne dépendait pas du même réseau support. Expériences à l'étranger. Au milieu des années 1980 seuls à terminaux avaient été exportés et aucun pays n'avait accepté le système français de Vidéotex en entier. Deux groupes de presse anglo-saxons, Times Mirror et Knight-Ridder, ont abandonné en 1986 leurs expériences de "Vidéotex", qui était alors le nom générique du minitel à l'international, après y avoir perdu de dollars, faute d'avoir su mettre les appareils à la disposition du public visé à un coût supportable. Une forte expansion. Le Minitel (programme Télétel) revint à plus de huit milliards de francs en équipements de terminaux avec une durée de vie estimée de huit ans pour les Minitel . Pendant le même laps de temps, le chiffre d'affaires des services télématiques atteint les de francs et les économies de papier atteignirent de francs par an . Au cours de l'année 1985, le million de Minitel est dépassé en trombe et la croissance du trafic est telle qu'au cours de l'été 1985 les ordinateurs du réseau Transpac, qui véhicule le trafic Télétel, sautent, prenant de court l'administration des PTT. Cette panne de , causée par le succès des services liés , conduit à une altération prolongée du service pour la plupart des abonnés au Minitel. La situation ne redeviendra normale qu'au bout de deux semaines. Au cours de la même année 1985, le réseau affiche plus de d’heures de communication via le minitel par mois. Puis « fin janvier 1986, le parc des minitels atteint 1,4 million d'unités (dont dans les entreprises et 1,1 million au domicile des particuliers) ». Au début des , le Minitel équipait de foyers. Il dépassait de loin le nombre d'utilisateurs du réseau CompuServe, qui offrait en Amérique du Nord des services semblables, et plus encore de qui lui ressemblait davantage parce qu'utilisant lui aussi une interface graphique rudimentaire. Au tournant des années 1980-1990, les Américains s'intéressèrent de très près au réseau Vidéotex français : à un moment où les Français s'interrogeaient sur l'avenir du Minitel, le futur vice-président Al Gore envoya un jeune homme, David Lytel, enquêter en France non sur les techniques utilisées mais sur les contenus des services Teletel offerts. Ce rapport contribua à la préparation du discours sur « les autoroutes de l'information » prononcé par Al Gore en 1994. Le réseau Télétel du Minitel comportait au départ deux types de facturation : 3613 (communication payée par le service) et 3614 (communication payée par l'usager, – – par heure environ, pas de rémunération du service, réduction en heures creuses). En fut créé le système kiosque avec le 3615. La rémunération du service est – – par heure environ, payés par l'usager, dont () pour le service et () pour France Télécom, système de « taxation arrière » souhaité par l'industrie de la presse pour rendre son contenu payant. Ces numéros courts à quatre chiffres ont remplacé les numéros initiaux, au gré de l'évolution du plan de numérotation de l'opérateur historique : L’apparition du kiosque en 1984 fait exploser le nombre de services qui passe de 145 en 1984, à en 1985, en 1987 et en 1995. Cette année-là, les services génèrent près d’un milliard d’équivalents euros de revenus pour un parc installé de de terminaux. Les messageries dont les messageries roses participent fortement à la diffusion du Minitel. Elles représentent 50 % des appels en 1990. Les serveurs (numéros de téléphone) auxquels on se connectait avec un Minitel étaient appelés des services Télétel. C'était en effet des passerelles vers le réseau Télétel, basé sur Transpac, qui permettait de mettre en relation les Minitel avec les serveurs des prestataires de service. En marge de ces services Télétel, il était tout à fait possible de composer des numéros classiques à 8 puis , que ce soit pour se connecter à un autre Minitel configuré en mode « retourné » ou pour accéder à des serveurs « RTC » directement connectés sur le réseau téléphonique commuté, donc non surtaxés. Une communauté de passionnés fréquentait ainsi régulièrement ces micro-serveurs similaires (en plus accessibles) aux serveurs BBS qui se développaient aux États-Unis et ailleurs. À l'échelle locale, des collectivités proposaient également de tels serveurs Minitel à accès direct. Aujourd'hui encore, de nombreux systèmes de télégestion utilisent ce système, aussi bien en appel entrant (visualisation de données et d'événements ou émission d'ordres) qu'en appel sortant (télé-alarme). France Télécom engage un processus pour proposer l'annuaire électronique 3611 sur ordinateur et plus seulement sur Minitel et développe le site www.pageszoom.com (qui sera vendu en 2006 à l'Américain KKR). En octobre 1995, la Direction des annuaires de France Télécom en présente une maquette au salon International des Télécommunications à Genève. En avril 1997 le site "Les Pages Zoom" (www.lespageszoom.com) ouvre. Il comporte les Pages jaunes, les Pages blanches, un service de photos de ville (qui sera copié dix ans plus tard par Google Street View), une cartographie et un moteur de recherche de pages web intégrant celui de la société Echo. En juillet 1998, le service "Les Pages Zoom" obtient le LISA Award du meilleur annuaire au monde sur Internet à Boston et le portail voila.fr ouvre au public. Les annuaires de France Télécom sont ensuite devenus accessibles sous la marque « www.pagesjaunes.fr ». La gestion du service des annuaires de France Télécom est transférée à l'ODA. En 2000, le Minitel est encore utilisé par près de de personnes (pour d'habitants), avec un parc de près de de terminaux. Il restait toujours très utilisé, y compris pour les transactions commerciales, à tel point que certains moteurs de recherche comme Yahoo! ou AltaVista avaient un service Minitel. Cependant les services à facturation de ou supérieur étaient vivement concurrencés par le Web. L'arrêt prévu, en du annuaire électronique, est reporté devant le nombre significatif de connexions. En 2008, le 3611 a enregistré à connexions par mois, et représentait encore « 80 des de connexions Minitel réalisées » l'année précédente, en 2007. Le 3611 s'arrêta, comme les autres services Minitel, le . Apogée et concurrence d'Internet. L'apogée du nombre de foyers équipés d'un Minitel est atteint en 1993, avec un pic à . Quant à l'utilisation des services, elle atteint son maximum en 2003, avec un peu moins de de Minitels et à peu près autant d'ordinateurs individuels simulant des Minitels pour utiliser les services Télétel. Le nombre de ces services a été supérieur à en 1995 et 1996, puis est descendu à en 2003, en 2005 et environ en 2008. En 2005, le nombre des appels (hors annuaire électronique) est de , en baisse de 26% par rapport à 2004. PagesJaunes Groupe est créé, afin de regrouper les activités d’édition d’annuaires en France, à l’international, et les autres activités de l’entreprise. En septembre 2006, France Télécom vend pour d'euros le groupe PagesJaunes aux fonds d’investissement américain KKR et Goldman Sachs basés à New York, qui détiennent alors 54 % du capital de l’entreprise, le reste étant coté en bourse 5. En , selon le groupe France Télécom, le réseau de Minitel enregistrait encore de connexions mensuelles sur de services Vidéotex, dont un million sur le 3611 (annuaire électronique). En 2010, de personnes utilisaient encore le minitel, pour de chiffre d'affaires. Arrêt du service. Le réseau Télétel est fermé par France Télécom - Orange le 30 juin 2012, conséquence de la décroissance des usages malgré de timides tentatives d'évolutions du Minitel, face à la concurrence d'Internet désormais facilement accessible depuis les ordinateurs personnels. Certains, tels Bernard Marti, critiquent le manque de volonté de certains dirigeants à aller vers davantage d'affichage d'images ou de dessins. Certains rares sites Minitel (comme les micro-serveurs) restent néanmoins accessibles sur le réseau téléphonique (RTC), indépendamment du réseau Télétel. Hors de France. Le système Minitel a été implanté avec plus ou moins de succès dans plusieurs pays : En 1988, Bruno Lussato, spécialiste des systèmes informatiques, disait : . Technique. Le Minitel est un terminal informatique passif, c'est-à-dire qu'il se comporte uniquement comme un clavier et un écran, avec une très faible capacité de traitement (traitement du protocole vidéotex) et pas de dispositif de stockage. Les services sont accessibles depuis une ligne de téléphone grâce au modem V23 incorporé ( en réception, en émission). Le Minitel était muni de prises en T pour la connexion au réseau téléphonique de France Télécom. L'écran du Minitel est une matrice texte d'une taille de par en mode Vidéotex ( de gris) et se base sur un système de codage qui lui est propre. Un jeu de caractères graphiques, chacun constitué de pixels, lui permet d'afficher des images en mode « mosaïque », un peu à la manière de l'art ASCII. Caractéristiques du Minitel 1B. Toutes les caractéristiques fonctionnelles du plus : Caractéristiques du Minitel 2. Toutes les caractéristiques fonctionnelles du plus : Différents modèles. Les caractéristiques techniques des Minitel étaient décrites dans des ouvrages de référence intitulés « STUM » (Spécifications Techniques d'Utilisation du Minitel), qui se déclinaient par modèle (, , ). Elles étaient disponibles initialement auprès du CNET puis de France Télécom. En dépit de normes détaillées, il existait de légères différences entre modèles, et surtout entre fabricants. Il était possible pour le serveur d'« interroger le Minitel » pour en récupérer le modèle exact et, éventuellement, adapter le service : Les étaient équipés de « mouchards » : deux zones mémoire de qui pouvaient être écrites et/ou lues par le serveur auquel le Minitel était connecté (équivalent d'un « cookie » sur le Web). La Commission nationale de l'informatique et des libertés les déclara illégaux, en particulier parce que le contenu des mouchards ne pouvait pas être directement consulté par l'utilisateur du terminal. Dans la pratique, quelques serveurs permettaient à l'utilisateur de consulter ces mouchards et d'y écrire les caractères de son choix. SM permettait aussi d'écrire un message de son choix dans les mouchards d'un autre utilisateur connecté à ce service, qui en était prévenu par un message. Premiers modèles. Les premiers modèles ont été livrés avec un clavier alphabétique (ABCDEF), choix de suite critiqué au moins par un ingénieur de La Radiotechnique impliqué dans le projet, déroutant pour les habitués des claviers normalisés des machines à écrire ou des terminaux informatiques en AZERTY ou QWERTY, sans arranger réellement les non-familiers des claviers. Ils ont été vite abandonnés au profit de la disposition AZERTY. Les premiers modèles ne permettaient pas de garder à l'écran la mémoire de la dernière page consultée quand on se déconnectait du service consulté en ligne, car la page d'accueil du réseau s'affichait aussitôt. Deux solutions s'opposaient : rester connecté (et continuer à payer) pour garder cette page à l'écran, ou placer un boîtier de mémoire entre la ligne et le Minitel. Ces deux solutions étant coûteuses, la solution vint d'utilisateurs ayant trouvé qu'il suffisait de débrancher la prise téléphonique sans appuyer sur « Fin de Connexion ». Une autre possibilité était de frapper très rapidement, deux fois, cette même touche. Au sein même de l'équipe de création du premier Minitel, la majorité était favorable à la technique du terminal passif, finalement adoptée. D'autres défendaient l'idée d'équiper le Minitel d'un processeur avec un bus, ouvrant la possibilité de cartes d'extension et un système d'exploitation. Les partisans de cette option, rétrospectivement plus favorable, n'ont pas obtenu gain de cause, principalement pour des raisons de prix de revient. Pendant quelques semaines a été exposé à la Fnac, magasin français de vente de matériels électroniques et libraire, un curieux hybride qui intégrait un micro-ordinateur, le Sinclair ZX81, dans un Minitel. Ainsi était réalisé le mariage du clavier écran modem sans processeur (le Minitel) avec le micro-ordinateur sans écran (le Sinclair). Pour trouver un micro-ordinateur communicant à cette époque, il faut se tourner vers le SMT Goupil G1, équipé d'un modem acoustique. Sur les premiers modèles de Minitel 10 (équipés d'un téléphone), la touche permettant de composer sans décrocher n'était pas une touche ordinaire, mais exerçait une pression sur le contact de détection du combiné au travers d'une tringle munie d'un ressort (ce qui lui donnait un toucher très particulier). Le Minitel de base ne comportait pas de numéroteur (il fallait numéroter sur le téléphone et appuyer sur « Connexion/Fin »). Néanmoins comme il était également muni d'une prise péri-informatique (une simple liaison série), certains programmeurs arrivèrent à le faire numéroter en envoyant des séries de décrocher/raccrocher simulant la numérotation par impulsion. Ceci a été appelé la procédure « takatakata ». Le Minitel a été ponctuellement utilisé en Côte d'Ivoire et des modèles ont été conçus pour le Japon et la Grèce (voir photo dans la galerie ci-dessus). Il a été intégré dans diverses applications industrielles (terminal de gestion de magasins de stockage, de lignes de production, d'enregistrement de résultats de contrôles qualitatifs et quantitatifs, de gestion de programmes d'équipements informatisés) ou de service [commandes par les réparateurs des pièces détachées auprès de Service SA (groupe Philips), par exemple]. En 1987, pour réaliser les premières connexions transatlantiques, Jean-Louis Fourtanier, directeur du centre serveur CTL qui héberge nombre de services Vidéotex de presse, exporte clandestinement des Minitel aux États-Unis et au Canada permettant à des utilisateurs des deux rives de dialoguer en direct. Fin de vie et recyclage. Conséquences d'Internet. À la fin des années 1990, le Minitel commence à être directement concurrencé par certains sites web (Internet), bien que le taux d'équipement en Minitel soit encore sans comparaison avec celui des micro-ordinateurs équipés d'un modem et d'un abonnement Internet. En 1997, le Minitel rapportait six milliards de francs. Puis, Lionel Jospin, le Premier ministre, a souhaité favoriser Internet au détriment du Minitel. En 2003, le Minitel représentait 47 % des revenus de l'ensemble Télétel, Audiotel, Internet. Plusieurs points clés différencient le Minitel et Internet : Il existe cependant un débat autour de la question « le Minitel a-t-il favorisé, ou pas, l'émergence d'Internet ? » : Cependant, l’intérêt porté par France Télécom au Minitel n’a eu aucun effet à long terme sur le développement des sociétés basées sur le ou l’adoption de l’utilisation d’Internet en France ; les rangs de la France sont à peu près égaux à ceux des États-Unis et de l'Allemagne en ce qui concerne la pénétration actuelle de l'internet à haut débit dans les ménages. Le Minitel étant un terminal ; techniquement il peut être utilisé pour accéder à Internet en mode texte. Anecdotiquement, des passerelles Minitel/Internet ont été mises en place pour accéder à certains services internet depuis le Minitel (messagerie électronique et Usenet) et même des services professionnels (bancaires…). Un serveur de conversation comme "XYZ" créa quelque temps un site web du même nom permettant de se connecter depuis un ordinateur. Les connectés par ce moyen ne rapportaient rien, mais assuraient une « masse critique » de connectés susceptible de retenir les usagers Minitel du même serveur. i-Minitel. "i-Minitel" est une norme lancée en 2000, qui permettait à l'utilisateur d'accéder à des services Minitel via l'Internet avec un ordinateur, une connexion bas débit ou haut débit, et un logiciel navigateur spécialisé. Le service n'est pas disponible hors de la France métropolitaine (outre-mer ou étranger) parce qu'il faut avoir une ligne fixe France Télécom. Le service est désormais fermé du fait de la fin du Minitel. Impact environnemental et démantèlement. En 2004, un article de ZDNet annonce que . Ce que dément l'opérateur. La même année, un article du site web "Brest-ouVert" estime que . En 2012, "La Dépêche du Midi" écrit : , ce qui est confirmé par France Télécom - Orange. C'est à Toulouse que sont démantelés les Minitel collectés par France Télécom - Orange. Minitel 2.0. Benjamin Bayart a proposé d'appeler « » le processus de centralisation d'Internet en général, et du Web en particulier, lors des Rencontres mondiales du logiciel libre, à Amiens vendredi . Cette tendance à la centralisation, porteuse d'atteintes à la neutralité du réseau et de réduction des potentialités des acteurs de ce réseau, rapprochent, selon lui, Internet du modèle du Minitel : un dispositif totalement centralisé dans lequel il faut solliciter l'autorisation d'émettre et où la norme est la réception. Préservation et restauration. Depuis l'arrêt officiel du kiosque télétel en juin 2012, plusieurs initiatives font renaître le patrimoine numérique autour du Minitel : Dans la culture populaire. Roman. Le développement français historique du Minitel est cité, sur un ton largement polémique, et sans enquête contradictoire, dans "Comédies Françaises", un roman d’Éric Reinhardt publié en 2020 aux Éditions Gallimard. Le roman évoque l'arrêt du réseau Cyclades, lancé dans le cadre du Plan Calcul français et basé sur une technologie de Datagramme. Il impute cet arrêt à ce que le président Valéry Giscard d'Estaing, selon lui malencontreusement influencé par Ambroise Roux, aurait négligé la technologie des datagrammes développée par Louis Pouzin, au profit de la technologie du Minitel. Le roman raconte l'une des premières révolutions numériques, celle des années 1971 à 1975, marquée par la croissance exceptionnellement forte du volume de données dans les ordinateurs et les prémices d'Internet, via les réseaux d'ordinateurs comme Arpanet et le Réseau Cyclades, dans un contexte technologique marqué par une très forte innovation. Cinéma. Dans le film à suspens psychologique français "3615 code Père Noël" réalisé en 1989 par René Manzor, le jeune Thomas de Frémont désirant (et croyant) contacter le père Noël en compagnie de son ami Pilou, discute à distance avec l'antagoniste du film en utilisant son Minitel personnel. Dans le film "La Personne aux deux personnes" (2008), un faux journal télévisé animé par Patrick Poivre d'Arvor annonce le décès par accident de l'inventeur du Minitel. Série télévisée. "3615 Monique", série sortie en 2020 sur OCS, retrace l'histoire de trois jeunes étudiants qui vont monter le premier service de Minitel rose grâce à une expérimentation locale. La série développe l'impact de cette nouvelle technologie sur la société française des années 1980 entre libération sexuelle et élection de François Mitterrand. Musique. En 1987, la chanteuse Marie-Paule Belle sort en 45 tours la chanson "Mini-Minitel", écrite par son autrice Françoise Mallet-Joris et composée par elle-même. En 1989, Michel Polnareff chante "Goodbye Marylou", où il évoque des discussions sur Minitel avec une certaine Marylou. En 1991, les Inconnus citent le service dans leur chanson à succès "C'est toi que je t'aime (vachement beaucoup)." En 2017, Seth Gueko cite également le service sur le morceau "Grand Paris" de l’album "Prose Élite". Blagues autour du Minitel. Du temps du Minitel, on pouvait entendre parler du « 3615 code quinenveut » des Deschiens ou du « 3615 code j'existe » de Valérie Lemercier. Internet. Le vidéaste Web Usul anime l'émission "3615 Usul" entre 2011 et 2014 sur Jeuxvideo.com.
Météorologie La météorologie est une science qui a pour objet l'étude des phénomènes atmosphériques tels que les nuages, les précipitations ou le vent dans le but de comprendre comment ils se forment et évoluent en fonction des paramètres mesurés tels que la pression, la température et l'humidité. Le mot vient du grec ancien (« qui est au-dessus de la terre »), qui désigne les particules en suspension dans l'atmosphère et , « discours » ou « connaissance ». C'est une discipline qui traite principalement de la mécanique des fluides et de la thermodynamique mais qui fait usage de différentes autres branches de la physique, de la chimie et des mathématiques. Purement descriptive à l'origine, la météorologie est devenue un lieu d'application de ces disciplines. Pour ce faire elle doit s'appuyer sur un réseau cohérent d'observations : le premier du genre — qui concerne un territoire multinational étendu — apparaît en 1854, sous la direction du français Le Verrier qui établit un "réseau européen de données atmosphériques" et fonctionne de manière opérationnelle dès 1856. La météorologie moderne permet d'établir des prévisions de l'évolution du temps en s'appuyant sur des modèles mathématiques à court comme à long terme qui assimilent des données de nombreuses sources dont les stations, les satellites et les radars météorologiques. La météorologie a des applications dans des domaines très divers comme les besoins militaires, la production d'énergie, les transports (aériens, maritimes et terrestres), l'agriculture, la médecine, la construction, la photographie aérienne ou le cinéma. Elle est également appliquée pour la prévision de la qualité de l'air ou de plusieurs risques naturels d'origine atmosphérique. Historique. L’histoire de la météorologie connaît trois périodes. Tout d'abord, très tôt, durant l'Antiquité, les hommes essaient d'interpréter les phénomènes météorologiques qui rythment leur vie. Cependant, ils ne se fient qu'à leurs sens et affrontent les colères de la nature. Durant cette période, les Chinois sont les premiers à avoir une démarche rigoureuse face aux phénomènes météorologiques. C'est donc en Chine que les plus anciennes observations météorologiques sont avérées dès 1216 avant J.C.. En Europe, ce sont les philosophes Grecs précédant Socrate qui essaient d'expliquer les phénomènes du ciel et de l'atmosphère par l'usage de la raison. Anaximandre est le premier à expliquer les phénomènes météorologiques par l'intervention des éléments et non par des causes divines. Xénophane de Colophon (-580/-475) a décrit à peu près correctement le cycle de l'eau, selon le témoignage d'Aétius : « C'est de la chaleur du soleil, comme cause principale, que proviennent tous les météores. Celui-ci pompe l'humidité de la mer ; l'eau douce, en raison de sa légèreté, se sépare, puis se résolvant en brouillard, forme les nuages ; par suite de l'épaississement la pluie tombe, à moins qu'elle ne se dissipe en vents. » Aristote, pour sa part, invente le terme « météorologie » et l'applique aux sciences de la Terre en général, et non spécifiquement aux sciences de l'atmosphère. Il invente la première rose des vents en classant les vents de la Grèce en fonction de leur orientation, et élabore, dans son traité des "Météorologiques", la théorie dite du « Grand hiver », où il essaie de rationaliser les changements climatiques selon un principe cyclique de compensation du chaud et du froid, du sec et de l'humide, avec l'idée que tout changement en un point du globe doit pouvoir se compenser ailleurs afin de maintenir un équilibre global des climats. Ce qui a été un océan humide jadis est aujourd'hui un continent sec, et réciproquement, selon un ordre de temps qui dépasse l'échelle de l'histoire humaine. Tout cela implique donc des refroidissements régionaux durables (« Grand hiver ») où la mer remplace la terre, et des réchauffements climatiques parallèles ailleurs, suffisamment importants pour assécher des régions entières du globe. À compter du , après la chute de l'Empire romain d'Occident et le changement climatique de 535-536, commence en Europe une deuxième période de l'histoire de la météorologie alors que ces événements conduisent à une régression brutale qui ira jusqu'à la Renaissance du XIIe siècle. Ce début du Moyen Âge mène à l'abandon d'une grande partie des savoirs gréco-romains, hormis dans les bibliothèques de quelques monastères. Il n'en subsiste que quelques dictons météorologiques issus de recettes transmises oralement et d'observations plus ou moins rigoureuses. La météorologie n'est alors qu'une pseudo-science. Malgré tout, les dictons, loin de la rigueur scientifique, ne sont pas tous dépourvus de sens. Le monde byzantin, pour sa part, a conservé l'héritage gréco-romain, mais s'épuise en défense militaire de ses territoires contre l'empire arabo-musulman. Ce dernier assimile avec plus ou moins de perspicacité l'héritage gréco-romain (celui-ci se rediffuse partiellement en Europe lors de la Renaissance du XIIe siècle) et perpétue, voire développe, des savoirs cohérents jusqu'au . L'arrivée au des réfugiés byzantins fuyant les conquêtes arabes se solde par un retour de nombreux textes gréco-romains. La troisième période de l'histoire de la météorologie commence par la naissance de la météorologie moderne, et donc la fin de l'empirisme et des dictons. L'idée d'effectuer des observations régulières comme base de travail en météorologie revient à partir du . Ce sont d'abord une série d'instruments qui sont développés comme Galilée qui construisit un thermoscope, ancêtre du thermomètre, Evangelista Torricelli qui créa le premier vide artificiel et utilisa le concept pour imaginer le premier baromètre et Robert Hooke qui redécouvre le principe de l'anémomètre pour mesurer la vitesse du vent, instrument essentiel à la navigation. Ensuite, c'est l'étude des phénomènes météorologiques. En Europe, Blaise Pascal découvre que la pression diminue également avec l'altitude et en infère qu'il y a un vide au-delà de l'atmosphère et Edmund Halley cartographie les alizés comprend que les changements atmosphériques sont causés par le réchauffement solaire diurne. En Amérique, Benjamin Franklin remarque que les systèmes météorologiques vont d'ouest en est en Amérique du Nord, publie la première carte scientifique du Gulf Stream, montre que la foudre est un phénomène électrique, relie les éruptions volcaniques et le comportement de la météo et spécule sur les effets de la déforestation sur le climat. Au début du des concepts plus généraux font jour. Le britannique Luke Howard écrit "On the Modification of Clouds" dans lequel il donne les noms que nous connaissons maintenant aux nuages à partir du latin. Francis Beaufort introduit son échelle descriptive des vents destinée aux marins, l'échelle de Beaufort, qui relie les effets du vent sur les vagues à sa force en nœuds. En 1835, dans un article "Sur les équations du mouvement relatif des systèmes de corps", Gaspard-Gustave Coriolis décrit mathématiquement la force qui porte son nom : la force de Coriolis. Cette force est essentielle dans la description du mouvement des systèmes météorologiques comme Hadley l'avait pressenti un siècle auparavant. En 1838, William Reid publie sa controversée "Law of Storms", décrivant le comportement des dépressions, qui divise la communauté scientifique durant dix années. En même temps, les premiers réseaux d'observations se développaient. En 1654, sur les conseils du jésuite Luigi Antinori, Ferdinand II de Médicis inaugure le premier réseau météorologique mondial coordonné par la "Société météorologique de Florence". En 1849, le "Smithsonian Institution", sous la direction du physicien Joseph Henry commence à mettre sur pied un réseau de stations météorologiques d'observation aux États-Unis. Les observations seront disséminées rapidement grâce à l'invention en 1837 par Samuel Morse du télégraphe. Urbain Le Verrier, directeur de l'observatoire de Paris, et le vice-amiral Robert FitzRoy font de même en Europe en 1856 et 1860 . Tous les réseaux d'observations mentionnés jusqu'à présent étaient indépendants. Une information météorologique cruciale pouvait donc ne pas être transmise. Ceci était particulièrement important en mer. Le principal promoteur d'échanges internationaux sera l'américain Matthew Fontaine Maury. En 1853, une première conférence des représentants de dix pays se réunit à Bruxelles pour formaliser une entente et normaliser le codage des données météorologiques. En 1873, l'Organisation météorologique internationale est fondée à Vienne par les pays ayant un service météorologique. En 1902, après plus de 200 lâchers de ballons, souvent effectués de nuit pour éviter l'effet de radiation du soleil, Léon Teisserenc de Bort découvrit la troposphère, la tropopause et la stratosphère, ce qui lance l'aérologie appliquée à la météorologie. En 1919, en Norvège, l'école de Bergen, sous la direction de Vilhelm Bjerknes, développa l'idée des masses d'air se rencontrant le long de zones de discontinuité qu'on nomma les fronts. En alliant la force de Coriolis, ces notions et la force de pression, elle expliqua la génération, l'intensification et le déclin des systèmes météorologiques des latitudes moyennes. Encore aujourd'hui, les explications météorologiques simplifiées que l'on voit dans les médias utilisent le vocabulaire de l'école norvégienne. Durant la Seconde Guerre mondiale, la météorologie devint un instrument essentiel de l'effort de guerre et put bénéficier d'un soutien jamais vu jusqu'à ce moment. Des écoles furent mises sur pied pour former des techniciens et des météorologues en grand nombre car elle joua un rôle de premier plan pour le routage des navires et des convois de ravitaillement, le déploiement de l'aviation et la planification des opérations militaires. La guerre météorologique de l'Atlantique nord, entre autres, vit les Alliés (la Grande-Bretagne en particulier) et l'Allemagne être en compétition pour l'accès à des données météorologiques fiables dans l'Atlantique Nord et l'Arctique. Après la guerre, en 1951, l'Organisation météorologique mondiale (OMM) est fondée par l'ONU en remplacement de l'Organisation météorologique internationale créée en 1873 pour la diffusion des données météorologiques. La météorologie étant reliée à la mécanique des fluides (voir section "science météorologique"), dès 1922 Lewis Fry Richardson publia "Weather prediction by numerical process" qui décrivait comment les termes mineurs des équations de mouvement de l'air pouvaient être négligés pour résoudre plus facilement les conditions futures de l'atmosphère. Cependant ce ne sera qu'avec la venue des ordinateurs, à la suite du second conflit mondial, que son idée sera vraiment mise en pratique à partir des années 1950. C'était le début de la prévision numérique du temps, une formulation sous forme de programmes informatiques de plus en plus complets permettant de résoudre les équations météorologiques. De nouveaux instruments sont ensuite développés : Le développement des ordinateurs plus puissants dans les années 1970 et des superordinateurs dans les années 1980 mène à une meilleure résolution des modèles de prévision numérique du temps. Les recherches sur l'atmosphère, les océans et leurs inter-relations, de phénomènes de grande échelle tels El Nino et les cyclones tropicaux ou de fine échelle comme les orages améliorent les connaissances des phénomènes météorologiques. Il s'ensuit une meilleure paramétrisation des équations. De plus, les instruments de collecte de données ont grandement évolué depuis 1960 : automatisation de cette collecte, télédétection et amélioration de leur résolution amenant des sondages plus précis de l'atmosphère. Plus récemment, l'étude des tendances de températures et de la concentration de CO2 a pris de l'essor. À partir de la fin du , la majorité des scientifiques ont reconnu l'existence d'un réchauffement climatique depuis le début de l'ère industrielle. Au début du , un rapport d'experts internationaux a reconnu l'action humaine comme étant le plus probable responsable d'un tel réchauffement et a prédit une poursuite de celui-ci. Science météorologique. Le but de la météorologie est de trouver les lois régissant la dynamique du fluide que l'on nomme l'air et de pouvoir prédire son comportement futur. L'air est un fluide compressible, formé de différents gaz et se trouvant dans une mince couche à la surface d'un référentiel en rotation (la Terre). La météorologie étant une branche de la physique, la théorie des fluides, le calcul des forces et la thermodynamique sont mises à profit pour expliquer le comportement de l'atmosphère. Comportement à échelle large. En premier lieu, pour expliquer le mouvement de l'air à l'échelle planétaire, échelle dite "synoptique", on se heurte à sept inconnues : Il faut donc sept équations : Les équations de bilan de l'énergie de la thermodynamique tiennent compte des changements de phase d'une des composantes importantes de l'atmosphère : l'eau. Résoudre ces équations n'est pas facile car elles comportent de nombreux termes qui n'agissent pas tous à la même échelle. Par exemple, dans les équations de quantité de mouvement, les équations calculent le mouvement de l'air par la différence entre le gradient de pression et la force de Coriolis. Comme les forces en cause sont presque égales, la différence sera de quelques ordres de grandeur plus petite. Une erreur de calcul donne donc de grandes différences dans le résultat. De plus, l'atmosphère est un système où les variables changent de valeur en chaque point. Il n'est pas possible de la sonder avec une résolution qui nous permettrait de parfaitement définir son état initial. C'est pourquoi, les premiers météorologues ont d'abord développé des modèles conceptuels empiriques pour expliquer le comportement de l'atmosphère. Les fronts, creux barométriques et autres termes si bien connus dans le vocabulaire des présentateurs météo proviennent de ces premières explications du temps. Elles ont été rendues possibles par le développement des moyens de sondage de l'atmosphère par l'aérologie. Par la suite, les théories de la dynamique de l'atmosphère et les données obtenues par les radiosondages ont permis de développer des modèles mathématiques en utilisant seulement les termes les plus importants dans les équations et en simplifiant la structure de l'atmosphère. Avec l'avènement de l'informatique, les termes négligés ont pu être graduellement incorporés bien qu'on ne soit pas encore parvenus à les incorporer tous (voir Prévision numérique du temps). Toutefois, la météorologie est encore handicapée par la très faible densité de données disponibles. Les stations de sondage sont éloignées de plusieurs centaines de kilomètres les unes des autres et même si des capteurs à distance tels les satellites et les radars augmentent la définition de l'analyse, toutes ces informations comportent des imprécisions assez grandes. C'est pourquoi, la prévision du temps est encore un mélange entre les calculs venant des équations et l'expérience du météorologiste. Comportement à échelle fine. Les équations vues précédemment comportent certaines hypothèses qui tiennent pour acquis que les mouvements de l'air et la condensation se produisent assez lentement pour que la pression, la température et le contenu en eau s'adaptent graduellement. Cependant, lorsque l'on descend à des échelles plus fines, de l'ordre de quelques mètres à quelques kilomètres, et lorsque les mouvements sont rapides, certaines de ces équations ne sont que des approximations. Par exemple, l'équation de l'équilibre hydrostatique n'est pas respectée dans les orages où l'eau contenue dans les volumes d'air en ascendance, condense plus lentement qu'on pourrait le penser. En effet, les variations de pression et de température se produisent non linéairement dans ce cas. Le rôle de plusieurs chercheurs en météorologie est donc d'enquêter sur les phénomènes à petite échelle comme les orages, les tornades et même sur des systèmes à plus large échelle, comme les cyclones tropicaux, qui comportent des items à fine échelle. Couche limite. Les échanges de chaleur, d'humidité et de particules se produisent en plus grande partie dans la mince couche d'air juste au-dessus de la surface terrestre. Nous parlons ici de l'interaction océan-atmosphère, soulèvement orographique, convergence par le relief, zone urbaine versus rurale, etc. Le frottement est partout présent mais très variable dans cette couche et il cause de la turbulence ce qui rend très complexes ces échanges. Ceci donne lieu à une paramétrisation de ceux-ci dans le calcul des équations. L'étude de la couche limite est donc un des domaines importants de la recherche en météorologie. Échelle planétaire. Les échelles précédentes étaient toutes reliées au comportement des systèmes météorologiques de quelques minutes à quelques jours. Il existe cependant des cycles qui durent des mois ou même des années. Ces comportements planétaires sont également régis par les équations primitives atmosphériques sous la forme de développement d'onde, comme les Ondes de Rossby, qui vont se propager dans l'atmosphère et donner des oscillations de résonance. L'étude de l'échelle planétaire est également reliée aux échanges de chaleur et d'humidité entre les Tropiques et les régions polaires. Un exemple connu de cette échelle est le phénomène "El Niño", une anomalie de température de la surface de la mer dans le Pacifique sud qui est relié à un changement des alizés dans cette région et qui revient à des intervalles variables. Moins connus sont l’"Oscillation de Madden-Julian", l’"Oscillation nord-atlantique" et d'autres, qui influencent la trajectoire des dépressions des latitudes moyennes. Cette échelle tend vers celle de la climatologie. Spécialités. Instrumentation. La météorologie dépend de la collecte de la valeur des variables de l'atmosphère mentionnées précédemment. Les instruments comme le thermomètre et l'anémomètre ont d'abord été utilisé individuellement, puis souvent regroupés dans des stations météorologiques terrestres et maritimes. Ces données ont été d'abord très éparses et prises par des amateurs. Le développement des communications et des transports a forcé les gouvernements de tous les pays à mettre sur pied au sein de leurs services météorologiques des réseaux d'observation et à développer de nouveaux instruments. Dans ces réseaux nationaux les instruments et leur implantation obéissent à des normes sévères, afin de biaiser le moins possible l'initialisation des modèles. Le développement des ballons à la fin du , puis des avions et des fusées au a permis de collecter des données en altitude. Finalement, les radars et satellites ont permis depuis la seconde moitié de ce siècle de compléter la couverture à l'ensemble du globe. La recherche continue d'améliorer les instruments et d'en développer de nouveaux. Prévision météorologique. L’histoire de la prévision du temps remonte à des temps immémoriaux avec les oracles et devins. Elle ne fut pas toujours bien vue. Ainsi une loi anglaise de 1677 condamnait au bûcher les météorologues, taxés de sorcellerie. Cette loi ne fut abrogée qu'en 1959 mais ne fut pas toujours appliquée à la lettre. Ainsi le "Group Captain" James Stagg, météorologue en chef, et les membres de ses trois équipes de prévision, purent prédire une accalmie pour le débarquement de Normandie le matin du , sans crainte de subir ce sort. La science moderne date vraiment de la fin du et du début du . La prévision météorologique est une application des connaissances en météorologie et des techniques modernes de prises de données et d’informatique pour prédire l’état de l’atmosphère à un temps ultérieur. Elle s’est cependant affirmée depuis la Seconde Guerre mondiale avec l'entrée en jeu des moyens techniques comme le radar, les communications modernes et le développement des ordinateurs. On retrouve plusieurs domaines d'application des prévisions dont : Technologies de contrôle météorologique. Il n'existe dans la littérature scientifique aucun mécanisme de modification délibérée du temps ou du climat qui démontre, théoriquement ou en pratique, une capacité pour affecter le temps à grande échelle de manière contrôlée. Seules quelques méthodes ont pu, jusqu'ici, donner des résultats localisés, dans des circonstances favorables. Voici quelques exemples de technologies visant à obtenir un certain contrôle sur certaines conditions atmosphériques : Recherche. Beaucoup reste à faire pour comprendre et paramétrer les phénomènes météorologiques. Comme mentionné antérieurement, les équations qui régissent l'atmosphère sont complexes et les données "in situ" difficiles à obtenir dans certains cas. Les interactions à méso et micro échelles dans un orage ou un cyclone tropical sont difficilement reproductibles en laboratoire. Les chercheurs sur des sujets comme la micrométéorologie, la microphysique des nuages et l'interaction air-mer doivent effectuer un raisonnement de physique fondamentale, puis utiliser des simulations mathématiques qu'ils comparent aux observations. Phénomènes météorologiques. Circulation atmosphérique. La circulation atmosphérique est le mouvement à l'échelle planétaire de la couche d'air entourant la Terre qui redistribue la chaleur provenant du Soleil en conjonction avec la circulation océanique. En effet, comme la Terre est un sphéroïde ayant un axe de rotation incliné de par rapport à son plan de translation autour de notre étoile, la radiation solaire incidente au sol varie entre un maximum aux régions faisant face directement au Soleil (équateur) et un minimum à celles très inclinés par rapport à ce dernier (Pôles). La radiation réémise par le sol est liée à la quantité d'énergie reçue. Il s'ensuit un réchauffement différentiel entre les deux régions qui ne peut persister sous peine d'une augmentation sans fin de ce dernier et c'est ce qui crée la circulation atmosphérique. La pression à la surface et en altitude se répartit donc en zones organisées où la pression est un maximum (anticyclone), un minimum (dépression), un minimum local (creux barométrique), un maximum local (crête barométrique). Les zones où les basses températures provenant des Pôles rencontrent les chaudes températures venant de l'Équateur se nomment des fronts : Front froid, front chaud et front occlus. Certains systèmes météorologiques ont des noms particuliers : cyclones tropicaux, mousson, haboob, El Niño, blocage d'air froid, etc. El Niño, la Niña. El Niño et l’oscillation australe (OA) sont les deux pôles d'un même phénomène appelé ENSO qui affecte le sud du Pacifique. Les cycles de ce dernier perturbent l’équilibre thermodynamique du couple océan (El Niño) – atmosphère (oscillation australe). Il est à l’origine d’importantes modifications de la circulation atmosphérique et océanique ayant des impacts mondiaux. L’opposé d’El Niño est La Niña qui amène des températures océaniques anormalement froides sur l’est du Pacifique autour de l’équateur. L’activité orageuse est renforcée sur l’ouest du bassin du Pacifique alors que les alizés gagnent en intensité. Les effets de La Niña sont à peu près opposés à ceux d'El Niño. La Niña et El Niño ne se suivent pas toujours, seulement en moyenne une fois sur trois, mais la succession rapide de conditions climatiques très différentes d’un régime à l’autre peut engendrer un important stress sur la végétation. Vent. Le vent est un mouvement de l’atmosphère. Il apparaît sur toutes les planètes disposant d’une atmosphère. Ces mouvements de masses d’air sont provoqués par deux phénomènes se produisant simultanément : un réchauffement inégalement réparti de la surface de la planète par l’énergie solaire et la rotation de la planète. Une représentation des variations de force moyenne des vents selon leur orientation, et par là le repérage des vents dominants, peut être fait sur les secteurs d'une rose des vents. Sur Terre, plusieurs régions ont des vents caractéristiques auxquels les populations locales ont donné des noms particuliers. Les vents sont une source d’énergie renouvelable, et ont été utilisés à travers les siècles à divers usages, par les moulins à vent, la navigation à la voile ou plus simplement le séchage. En montagne, le vol à voile utilise pour partie le vent (vol de pente) et en général (montagnes et plaines) les courants ascendants générés par l’échauffement des particules d'air. La vitesse du vent est mesurée avec un anémomètre mais peut être estimée par une manche à air, un drapeau, etc. Les vents peuvent être réguliers ou en rafales. On retrouve des corridors de vent très forts le long des zones de contraste de températures qu'on appelle courant-jets. Sous les orages, la transformation du cisaillement horizontal du vent en tourbillon vertical donne une tornade ou une trombe marine. Le même phénomène peut se produire sans nuage et donne un tourbillon de poussière. La descente de l'air vers le sol avec les précipitations dans un orage donne une rafale descendante. En mer, les fronts de rafales sont appelées grains. Le relief est aussi la cause de vents catabatiques ou anabatiques. Nuages et précipitations. L'atmosphère terrestre est constituée principalement d’azote (près de 80 %), d'oxygène et de vapeur d'eau. Ses mouvements verticaux permettent la compression ou la dilatation de ce gaz selon la loi des gaz parfaits dans un processus habituellement adiabatique. La quantité maximale de vapeur d’eau que peut contenir l'air est fonction de la température de celui-ci. Lorsque l'air s'élève, il se dilate et sa température diminue, permettant la condensation de la vapeur d'eau, à saturation, en gouttelettes. Un nuage est alors formé. Un nuage est donc un ensemble de gouttelettes d’eau (ou de cristaux de glace) en suspension dans l’air. L’aspect du nuage dépend de la lumière qu’il reçoit, de la nature, de la dimension, du nombre et de la répartition des particules qui le constituent. Plus l’air est chaud, plus il peut contenir de la vapeur d’eau, et plus le nuage sera important. Plus les mouvements verticaux de l'air sont forts, plus le nuage aura une extension verticale importante. On distingue deux types principaux de nuages : les nuages stratiformes, qui proviennent du mouvement à grande échelle de l'atmosphère, et les nuages convectifs qui eux se forment localement quand l'air est instable. Ces deux types de nuages peuvent se retrouver à tous les niveaux de la troposphère et sont subdivisés selon la hauteur où ils se trouvent (basse, moyenne, élevée). Si le mouvement vertical est suffisant, les gouttelettes ou les cristaux de glace fusionneront pour donner des précipitations liquides ou solides : pluie, bruine, neige, grêle, grésil, verglas et granule de glace. Elles seront sous forme continue avec les nuages stratiformes et sous formes d'averses ou d'orages dans ceux convectifs. D'autres hydrométéores se forment au sol comme la brume et le brouillard. Phénomènes accessoires. Les phénomènes météorologiques sont souvent accompagnés de ou produisent des phénomènes secondaires. Le vent soulève du sol des solides non aqueux, des lithométéores, qui restent en suspension dans l’atmosphère. La brume sèche est ainsi une suspension dans l’air de particules invisibles à l'œil nu et sèches, suffisamment nombreuses pour donner à l’air un aspect opalescent. Dans les régions sèches, la brume de sable est une suspension de poussières ou de petits grains de sable qui restent dans l’air après une tempête de vent. Le chasse-poussière ou chasse-sable est de la poussière ou du sable soulevés du sol à des hauteurs faibles ou modérées par un vent suffisamment fort et turbulent. Quand le vent augmente, on assiste à des tempêtes de sable ou de poussière qui atteignent de grandes hauteurs. Quand un vortex très local se forme dans les régions désertiques, il y a souvent des tourbillons de poussière, un genre de tornade sans nuages. Certains phénomènes lumineux sont dus à la réflexion, la réfraction, la diffraction ou à l'interférence de la lumière sur les particules présentes dans l’atmosphère. Ce sont des photométéores. Ainsi, le halo et les parhélies, qui peuvent apparaître autour du Soleil ou de la Lune, sont dus à la réfraction ou la réflexion de la lumière sur des cristaux de glace dans l’atmosphère. Ces phénomènes ont la forme d’anneaux, d’arcs, de colonnes ou de foyers lumineux. Autour du Soleil, les halos peuvent avoir certaines couleurs alors qu’autour de la Lune, ils paraissent toujours blancs. De même, la couronne est constituée d'un ou de plusieurs anneaux colorés observables autour du Soleil ou de la Lune lorsqu'il (elle) se trouve derrière des nuages minces comme les altocumulus. Elle est due à la diffraction de la lumière sur les particules des nuages. D'autres phénomènes sont dus à la diffraction de la lumière. L'irisation, généralement du bleu et/ou du vert pâle, est la présence de couleur sur les bords des nuages à cause de la diffraction de la lumière. Une gloire est formée d'anneaux colorés qui apparaissent autour de l’ombre de l’observateur sur un nuage ou le brouillard en contrebas. L'arc-en-ciel, dont les couleurs vont du violet au rouge, apparaît lorsque la lumière venant d'une éclaircie passe dans une atmosphère remplie de gouttes de pluie. Les anneaux de Bishop sont un phénomène lumineux qui apparaît sur des particules solides, après une éruption volcanique par exemple, formant des anneaux bleuâtres à l’intérieur et rouges à l’extérieur, causé par la diffraction des rayons lumineux sur ces particules. Le mirage est dû aux densités différentes des couches d’air que traverse le rayon lumineux. Deux cas peuvent se produire : sur un sol surchauffé un objet éloigné devient visible, mais en image inversée, comme s’il se réfléchissait sur une étendue d’eau. C’est le mirage des déserts (le même phénomène se produit sur les routes goudronnées). Sur un sol plus froid que l’air, l’image de l’objet paraît au-dessus de l’objet vu directement. De tels mirages s’observent souvent en montagne ou au-dessus de la mer. C’est ainsi que l’on peut voir des objets situés en dessous de l’horizon. Les pied-de-vents sont des rayons solaires passant entre les nuages et vus à contre-jour, rayons qu'on perçoit alors comme un faisceau lumineux dans le ciel ou comme une « douche de lumière ». Il y a également diverses manifestations de l’électricité atmosphérique sous forme de lumières ou de bruits, appelées électrométéores. La plupart sont associés aux orages où on observe des décharges brusques d’électricité. Il s'agit de la foudre, de l'éclair et du tonnerre. Le feu de Saint-Elme est un type particulier de foudre. Finalement, bien que non associées à la météorologie, les aurores polaires, sont des phénomènes lumineux apparaissant dans les hautes couches de l’atmosphère en forme d’arcs, de bandes ou de rideaux. Les aurores sont fréquentes aux hautes latitudes où les particules ionisées du vent solaire sont déviées par les pôles magnétiques et viennent frapper l'atmosphère. Environnement. Réchauffement climatique. Le réchauffement climatique est un phénomène d'augmentation de la température moyenne des océans et de l'atmosphère, à l'échelle planétaire et sur plusieurs années. Dans son acception commune, ce terme est appliqué au changement climatique observé depuis environ 25 ans, c'est-à-dire depuis la fin du . La plupart des scientifiques attribuent la plus grande partie de ce réchauffement aux émissions de gaz à effet de serre (GES) d'origine humaine. La probabilité que le réchauffement climatique depuis 1950 soit d'origine humaine est de plus de 90 % selon le du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) chargé d'établir une synthèse des connaissances scientifiques actuelles sur le sujet. Cette thèse n'est contestée que par une minorité de personnalités. L’American Meteorological Society indique que le changement climatique exacerbe les événements météorologiques extrêmes. Climatologie appliquée. En tant que discipline mesurant différentes sources d'énergies ou ressources renouvelables (l’ensoleillement, le vent, les précipitations, etc.), la météorologie permet de mesurer les quantités d’énergie renouvelable et eau disponibles et de prévoir leur disponibilité dans le temps. Elle améliore le repérage des situations les plus propices aux sources alternatives d'énergie, qui peuvent contribuer à limiter le réchauffement et permet de mieux adapter l'habitat bioclimatique et les besoins en efficience énergétique à chaque contexte climatique. Les anglophones parlent aussi de biométéorologie et bioclimatologie, et en France des formations spécialisées dans le domaine environnemental sont diffusées, entre autres par Météo-France qui propose des modules comme « Météorologie de l'environnement », « Météorologie pour le potentiel éolien » et « Environnement ». L'épidémiologie, et l'écoépidémiologie font aussi appel aux sciences du climat.
Mayday est une expression utilisée internationalement dans les communications radio-téléphoniques pour signaler qu'un avion ou qu'un bateau en détresse est dans une situation de catastrophe irrécupérable provoquant la mort des personnes non secourues, par exemple en cas d'incendie à bord, ou de naufrage. En cas de détresse, comme l'appel d'urgence moins prioritaire pan-pan, il doit être répété trois fois : "« Mayday, Mayday, Mayday »". Historique. L'appel de détresse universel Mayday est inventé en 1923 par , chef officier radio à l'aéroport de Croydon à Londres (Royaume-Uni). Les autorités lui avaient demandé de trouver un terme signalant une détresse et qui soit facilement compris par tous les pilotes et le personnel au sol en cas d'urgence. Mockford choisit une transcription anglophone phonétique de la prononciation de l'expression française (version raccourcie de l'expression ) car la plupart des vols à destination de Croydon provenaient à l'époque de l'aéroport du Bourget, en France. L'usage de Mayday, équivalent parlé du message en morse SOS, est prescrit par la Conférence de Washington de 1927 de l'« International Radio Telegraph Convention » et applicable depuis le pour les transports aériens et maritimes. Deux exemples de messages de détresse reprenant le vocable « Mayday ». Exemple maritime. Mayday est utilisé lors d'un danger grave ou imminent à bord que des vies humaines sont en danger. Par exemple le navire est en train de couler, il y a le feu à bord, le navire coule, danger de chavirement, forte gîte, acte de piraterie, voie d'eau, incendie, explosion, échouement, navire désemparé à la dérive, non maître de sa manœuvre, abandon du navire, abordage, collision, naufragés abandonnés à leurs sorts, dangereuse retombée volcanique sur le navire, radioactivité dangereuse, vague scélérate ...<br> On l'émet jusqu'à ce qu'une station côtière réponde. Dans la mesure où aucune station terrestre n'accuse réception, alors seulement, une station mobile maritime peut le faire, elle le fait sur la même fréquence. Il est de la forme : Ce qui donne par exemple : Accusé réception du message de détresse : Enfin, si un navire en perdition est incapable de transmettre un message de détresse, une autre station peut servir de relais. Le message prend alors cette forme : Lorsqu'une procédure de détresse est en cours, le silence est imposé sur la fréquence utilisée par la station côtière chargée de la coordination des secours ("Silence Mayday"). À la fin de la procédure le message « Silence fini » sera émis et les communications normales pourront reprendre. Exemple aéronautique. Mayday est utilisé lorsque des vies humaines sont en danger. Par exemple, l'avion est en feu, certaines commandes principales de vol sont inopérantes, plusieurs des moteurs sont en panne. Le commandant d'un avion de ligne est tenu d'initier une situation de détresse s'il a moins de carburant que la limite légale de 30 minutes (Turbopropulseur et Jet) ou de 45 minutes (moteur à pistons). Par exemple : Soit, en français : On peut également passer le code 7700 au transpondeur (signal de détresse). Les appels de détresse (Mayday) sont généralement utilisés dans les cas suivants :
Méthane Le méthane est un composé chimique de formule chimique , découvert et isolé par Alessandro Volta entre 1776 et 1778. C'est l'hydrocarbure le plus simple et le premier terme de la famille des alcanes. Comme fluide frigorigène, il porte la dénomination « R50 » dans la nomenclature des réfrigérants, régie par la d'ANSI/ASHRAE. Assez abondant dans le milieu naturel, le méthane est un combustible à fort potentiel. Gazeux dans les conditions normales de température et de pression, il peut être sous cette forme, généralement par gazoduc, ou à l'état liquéfié par des méthaniers et plus rarement des camions. D'énormes quantités de méthane sont enfouies dans le sous-sol sous forme de gaz naturel. L'essentiel du méthane des terrains sédimentaires est produit de façon anaérobie par les archées dites "méthanogènes". De grandes quantités, difficiles à évaluer, sont également produites par réaction de l'eau de mer sur les péridotites des dorsales océaniques et présentes sur le plancher océanique sous forme d'hydrates de méthane (stables à basse température et haute pression). Les volcans de boue, les énergies fossiles, les décharges publiques (gaz de décharge), la digestion du bétail (notamment des ruminants), les rizières, les estuaires pollués (méthane des zones humides, gaz de marais) et les feux de forêts dégagent aussi beaucoup de méthane. Le méthane est naturellement présent dans l'atmosphère terrestre, mais les apports anthropiques ont plus que doublé sa concentration depuis la révolution industrielle. Elle atteignait en 1998. Après une période de stabilisation de 1999 à 2006 à environ , la croissance de sa concentration a repris en 2007 à un rythme de 5 à par an, atteignant en 2020. Des analyses isotopiques suggèrent que cet accroissement récent du méthane atmosphérique serait principalement d'origine non fossile. Le méthane persiste moins de dix ans dans l'atmosphère où il est détruit par des radicaux hydroxyle OH•, mais c'est un gaz à effet de serre bien plus puissant que le dioxyde de carbone , avec un potentiel de réchauffement global plus élevé, responsable, au niveau actuel de sa concentration, de quelques pour cent de l'effet de serre total à l'œuvre dans notre atmosphère. Ainsi, à titre comparatif, sur un horizon de , relâcher une certaine quantité de méthane dans l'atmosphère a un effet sur le réchauffement climatique environ neuf fois plus important que de brûler cette même quantité de méthane en . Histoire. En 1776, Alessandro Volta découvre le méthane en étudiant le gaz des marais de l'îlet Partegora, qui s'échappait de zones humides proches de sa maison. Il en prélève des capsules issues du sédiment du lac Majeur et en isole la fraction inflammable dont il comprend qu'il est issu de la décomposition des plantes. En 1910, Söhngen écrit que le méthane se forme de façon si considérable aux Pays-Bas . C'est à cause du grisou (essentiellement constitué de méthane), responsable jusqu'à nos jours de nombreuses catastrophes minières, que sont mises au point les lampes de sûreté dans les mines de charbon, notamment la lampe de Davy (1817). L'impact du méthane sur le climat est inconnu, puis suspecté jusqu'en 1976 où l'on démontre que le méthane est effectivement un puissant gaz à effet de serre. Les observations issues de l'exploration spatiale ont montré l'omniprésence du méthane dans l'Univers. Méthane, paléo-environnement et paléoclimats. Sur la Terre, en tant que gaz à effet de serre, le méthane a toujours joué un rôle majeur dans le cycle du carbone, la chimie atmosphérique et le climat mondial. Du méthane d'origine abiotique, comme du , était très présent dans l'atmosphère de la Terre primitive avant que la vie n'y apparaisse et n'y introduise l'oxygène (qui a permis l'apparition de la couche d'ozone). Après l'apparition de la vie bactérienne, l'essentiel du méthane terrestre a eu une origine biologique (fossile ou directe). Des émissions géologiques naturelles de "méthane fossile" existent encore, aujourd'hui principalement liées au volcanisme (environ par an (Tg/an) de méthane émis, soit 10 % environ des émissions annuelles). Le calcul des émissions géologiques passées, et plus encore l'évaluation des sources de méthane selon les époques, ont été associés à de grandes incertitudes, mais elles se précisent. En 2017, Petrenko ont quantifié dans des carottages de glace polaire le méthane contenant du radiocarbone (14), montrant que le méthane d'origine géologique n'a pas dépassé durant la dernière période de réchauffement (fin de la dernière glaciation) (95 % de confiance), en moyenne lors du réchauffement brutal qui s'est manifesté entre le Dryas récent et le préboréal (il y a environ ). Ces émissions « géologiques » n'étant "a priori" pas moindres que celles d'aujourd’hui, les auteurs ont conclu sur cette base que les émissions actuelles de méthane géologique (environ ) sont surestimées, et donc que les estimations actuelles d'émissions anthropiques de méthane ont, elles, été sous-estimées. Cette étude a aussi confirmé les données antérieures montrant que l’augmentation rapide d’environ 50 % de la fraction molaire de méthane atmosphérique lors de l’événement préboréal-Dryas était en très grande partie due à des sources telles que les zones humides et secondairement (moins de 19 %) aux anciens réservoirs de carbone que sont les clathrates marins, pergélisol et le méthane emprisonné sous la glace. Formation, stockages naturels. Surface et sous-sol. Le méthane est l'hydrocarbure naturel le plus présent dans l'air. C'est le principal constituant du biogaz issu de la fermentation de matières organiques animales ou végétales en l'absence de dioxygène. Une quantité importante de méthane est aussi produite en milieu aérobie. Méthane issu d'environnements anoxiques. C'est le produit final de la décomposition anoxique de la matière organique par des archées méthanogènes ne vivant qu'en milieu anaérobie (sans oxygène). Il est naturellement produit par voie enzymatique, lors du métabolisme énergétique anaérobie des archées, dans les zones humides peu oxygénées comme les marais, tourbières et certains estuaires et lagunes, ainsi que dans certains sols cultivés (plutôt tropicaux, sans grandes différences entre système labouré, en semis direct ou en travail superficiel) et/ou longuement inondés (mais dans ces milieux peuvent également se trouver des organismes méthanotrophes qui en consomment une partie ou la totalité). Les sols en semis direct absorbent cependant en moyenne par hectare et par an de plus qu'en cas de labours. Le se forme aussi dans le rumen et le tube digestif de nombreux animaux (de certains invertébrés jusqu'aux mammifères, herbivores principalement). Il est présent en faible quantité dans les gaz intestinaux humains. C'est le seul hydrocarbure classique pouvant être obtenu rapidement et facilement via un processus biologique naturel. Loin derrière le gaz naturel (méthane fossile), le méthane renouvelable (biogaz) est néanmoins en plein développement (Suède, Allemagne, Danemark, Viêt Nam, Cambodge, Chine, Inde) (voir section #Utilisation). Méthane non-bactérien et d'origine aérobique. Depuis les années 2000, les biologistes découvrent ou confirment que des végétaux, des champignons, des algues et les cyanobactéries (terrestres et aquatiques) peuvent aussi produire du méthane, de même qu'en présence d'oxygène, via des voies de production et des exigences biologiques longtemps incomprises, mais en quantité importante : les estimations varient entre 10 et 60 millions de tonnes de méthane émises par an, pour les seules feuilles des plantes, pour un total compris entre 60 et 240 millions de tonnes par an, soit 10 à 30 % des émissions annuelles globales. Ce gaz non bactérien provient aux deux tiers des régions tropicales. Ces émissions par la végétation, ajoutées à celles des marécages et peut-être à celles des fonds marins, seraient un des moteurs du changement climatique historique. En 2022, trois chercheurs russes (Bruskov, Masalimov et Chernikov) montrent que "Bacillus subtilis" et "Escherichia coli" produisent du méthane quand elles sont en présence de fer libre et d'espèces réactives de l'oxygène (ROS), issues du métabolisme et renforcés par le stress oxydatif). Les ROS produisent des radicaux méthyle, eux-mêmes issus de composés organiques contenant des groupes méthyle liés au soufre ou à l'azote. Ces radicaux méthyle sont alors l'intermédiaire nécessaire à l'apparition du méthane dans les cellules (phénomène aussi maintenant connu chez beaucoup d'autres organismes des domaines "Bacteria", "Archaea" et "Eukarya" et dans plusieurs lignées cellulaires animales (y compris humaines), chez lesquels le stress oxydatif semble toujours augmenter cette production de méthane. Les auteurs supposent même que (ce qui ouvre des pistes nouvelles pour l'étude du cycle biochimiques du méthane, du fer et peut être l'amélioration de la production de biogaz). Ce phénomène étant plus important en zone tropicale chaude et l'augmentation de la température de l'eau augmentant la production des ROS, on peut craindre que ce méthane puisse aussi contribuer aux boucles de rétroaction positive contribuant à accélérer le réchauffement climatique. Fonds marins. Le méthane produit par la réaction de serpentinisation entre les péridotites et l'eau de mer dans les dorsales océaniques peut rester piégé sous forme d'hydrates de méthane (clathrates) ou s'échapper dans l'atmosphère. Des quantités importantes de méthane sont stockées sous forme d'hydrates de méthane au fond des océans (où leur exploitation est envisagée) et dans les pergélisols. Ces deux réservoirs pourraient jouer un rôle important dans les cycles climatiques et, selon des observations d'une équipe d'océanographes en 2014, ils commencent à perdre une quantité croissante de méthane dans l'atmosphère. Le "débullage" de méthane à partir des sédiments marins, sur les lignes de fractures du plancher océanique, est considéré comme un indice de risque sismique élevé, voire comme un possible précurseur des tremblements de terre (sous réserve de confirmation à la suite des expériences en cours, en mer de Marmara, sur la faille nord-anatolienne au large de la Turquie). Un documentaire intitulé "Méthane, rêve ou cauchemar" sur Arte (2014 fait état de la découverte que le méthane issu des planchers océaniques, à une profondeur minimale de , est presque totalement absorbé par des bactéries avant d'atteindre une remontée de ). L'accident de la plateforme de Deepwater Horizon, survenu dans le golfe du Mexique, a libéré une très grande quantité de méthane sur le plancher océanique dont aucune trace ne subsistait après six mois, un temps considéré comme très court au regard de la quantité de méthane s'étant échappé du puits d'extraction endommagé. Le fait que le méthane ait été absorbé par des micro-organismes n'implique pas pour autant que l'incident n'ait pas de conséquence pour l'environnement, en particulier à cause de l'acidification de l'océan qui en résulte. Propriétés physico-chimiques. Dans les conditions normales de température et de pression, le méthane est un gaz incolore et inodore. Environ deux fois plus léger que l'air, il est explosif en milieu confiné (grisou). En milieu non confiné il se dilue dans l'air et s'échappe vers la haute atmosphère, où il a moins tendance à former des nuages explosifs que les gaz plus lourds que l'air (propane, butane) ; par contre c'est un puissant gaz à effet de serre. Solubilité du méthane dans l'eau. Elle dépend beaucoup de la température et de la pression (il diminue avec l'une et augmente avec l'autre). Ainsi le grisou minier peut être en partie solubilisé et transporté par de l'eau (qui contient alors aussi du radon ainsi que du dioxyde de carbone et du dioxyde de soufre qui l'acidifient). Selon l'Ineris une eau à initialement saturée en gaz de mine sous une pression de (équivalente à de charge hydraulique), va perdre lors de sa détente environ de méthane et de par m d'eau. Dégazage spontané. Les hydrates de méthane immergés fondent en libérant des chapelets de bulles, mais sans variation brusque. De même, les micropoches de méthane produites par les bactéries du sédiment se libèrent en formant des bulles qui remontent dans la colonne d'eau, notamment dans la tourbe (où le phénomène est difficile à suivre) et les vases estuariennes, et plus ou moins vite selon la teneur en matière organique et la porosité/viscosité du substrat. Ce "bullage" représente dans les zones humides une fraction importante et probablement sous-estimée des émissions de méthane et de gaz à effet de serre. Des "chambres à flux" automatisées fonctionnant en continu ont été combinées à un spectroscope pour mieux quantifier ces bulles et leur teneur en . À titre d'exemple, dans un milieu pauvre de zone tempérée, en 2009, le bullage variait d’une heure à l’autre, avec un pic nocturne de libération (de 20 h 00 à 06 h 00, heure locale) bien que les flux stables (c’est-à-dire ceux avec une augmentation linéaire de la concentration de dans l’espace de tête de la chambre) ne présentaient pas de variabilité quotidienne. Les taux de bullage moyens saisonniers ont culminé à 843,5 ± 384,2 « événements » par mètre carré et par jour en été, avec en moyenne de rejetée par « événement ». Il est aussi démontré que la flore des marais (y compris salée) influe sur la quantité de méthane saisonnièrement libérée dans l'air ou l'eau (avec par exemple "Carex rostrata". Les dates et l'importance des inondations ou des sécheresses jouent aussi. Inflammation et combustion. Le méthane est un combustible qui compose jusqu'à 90 % le gaz naturel. Son point d'auto-inflammation dans l'air est de . La réaction de combustion du méthane s'écrit : La combustion du méthane à libère une énergie de (), soit (). Le gaz naturel (constitué à plus de 90 % de méthane) est transporté par navires (méthaniers) à une température de et à une pression voisine de la pression atmosphérique. Les réservoirs sont construits sur le principe de la bouteille isotherme et leur capacité peut aller jusqu'à de gaz liquide par réservoir. Un méthanier comportant plusieurs réservoirs, sa cargaison peut actuellement atteindre de gaz naturel liquéfié (GNL). Les futurs méthaniers pourront transporter jusqu'à de GNL. Le volume du méthane à l'état gazeux est égal à son volume à l'état liquide, à pression atmosphérique. Présent à tous les stades de l'industrie pétrolière, mais mal valorisé, il est fréquemment brûlé en torchère, ce qui contribue à l'effet de serre (les pétroliers restreignent donc ce procédé). Dans l'Univers. Dans les nuages interstellaires. Du méthane a été retrouvé à l'état de traces dans plusieurs nuages interstellaires. Sur Titan. Le méthane est présent partout sur Titan, et même à l'état liquide sous forme de lacs, de rivières, et de mers, particulièrement près du pôle nord de l'astre. Sa présence en a été établie dès 1944. Au point que la chaleur dégagée par la sonde Huygens, lors de l'impact du a provoqué un notable dégagement de méthane gazeux. L'atmosphère de Titan, satellite de Saturne, est principalement constituée d'azote avec une proportion de méthane allant de 1,4 % dans la stratosphère jusqu'à 4,9 % au niveau du sol. Il ne pleuvait pas lorsque la sonde Huygens s'est posée sur Titan, mais l'ESA n'exclut pas que des averses de méthane y soient fréquentes. Simplement, l'aridité du sol absorberait rapidement ces précipitations, à la manière des déserts terrestres. Sur Mars. L'un des résultats les plus étonnants de la sonde spatiale Mars Reconnaissance Orbiter, en orbite autour de Mars depuis le , provient de l'étude détaillée en 2008 de la région de Nili Fossae, identifiée début 2009 comme source d'importants dégagements de méthane. Ce gaz a été détecté dès 2003 dans l'atmosphère de Mars, aussi bien par des sondes telles que Mars Express que depuis la Terre ; ces émissions de se concentreraient notamment en trois zones particulières de la région de Syrtis Major Planum. Or le méthane est instable dans l'atmosphère martienne, des études récentes suggérant même qu'il soit six cents fois moins stable qu'estimé initialement (on évaluait sa durée de vie moyenne à ) car le taux de méthane n'a pas le temps de s'uniformiser dans l'atmosphère et demeure concentré autour de ses zones d'émission, ce qui correspondrait à une durée de vie de quelques centaines de jours ; la source de méthane correspondante serait par ailleurs plus puissante qu'estimé initialement, émettant ce gaz une soixantaine de jours par année martienne, à la fin de l'été de l'hémisphère nord. Les analyses géologiques menées en 2008 par la sonde Mars Reconnaissance Orbiter dans la région de Nili Fossae ont révélé la présence d'argiles ferromagnésiennes (smectites), d'olivine (silicate ferromagnésien , détectée dès 2003) et de magnésite (carbonate de magnésium ), ainsi que de serpentine. La présence simultanée de ces minéraux permet d'expliquer assez simplement la formation de méthane, car, sur Terre, du méthane se forme en présence de carbonates — tels que le détecté dans la région en 2008 — et d'eau liquide lors du métamorphisme hydrothermal d'oxyde de fer(III) ou d'olivine en serpentine , particulièrement lorsque le taux de magnésium dans l'olivine n'est pas trop élevé et lorsque la pression partielle de dioxyde de carbone est insuffisante pour conduire à la formation de talc mais aboutit au contraire à la formation de serpentine et de magnétite , comme dans la réaction : La probabilité de ce type de réactions dans la région de Nili Fossae est renforcée par la nature volcanique de Syrtis Major Planum et par l'étroite corrélation, observée dès 2004, entre le taux d'humidité d'une région et la concentration de méthane dans l'atmosphère. Le méthane détecté par Curiosity lors d'une trentaine d'analyses de l’atmosphère n'est présent qu'à l'état de traces (, à comparer aux de la Terre), mais sa fluctuation saisonnière (passage de 0,3 à ) intrigue, car elle est trois fois plus importantes que ce que prévoient les théories disponibles. Elle pourrait éventuellement être l'indice d’une présence de vie microbienne (actuelle ou fossile) et/ou résulter d'une ou plusieurs source(s) abiotique(s) : réaction d'eaux chaudes avec des olivines (évoquées plus haut), attaque par des UV solaires de météoroïdes et poussières stellaires riches en carbone minéral (car deux pics saisonniers se sont produits environ 15 jours après une pluie de météores martiens), désorption à partir d’une roche dont les pores ou feuillets s’ouvrent en été quand il fait plus chaud ; ou peut être ne s’agit il que d’une augmentation relative (ce serait le qui gelant en hiver aux pôles diminuerait dans l'atmosphère en donnant l’impression qu’il y a plus de méthane à ce moment, mais le phénomène devrait alors être plus marqué en plein hiver martien, à moins que des courants aériens n’apporte en fin d’été ce méthane jusqu’à l’emplacement de Curiosity)... Le débat est en cours. Sur les planètes géantes. On trouve également du méthane sous forme de nuages et de brume sur Uranus et Neptune, de gaz non condensé dans les atmosphères de Jupiter et de Saturne ; ainsi que peut-être sur les exoplanètes Epsilon Eridani c et Fomalhaut b. Utilisation. Les gisements fossiles de gaz naturel comportent entre 50 et 60 % de méthane, le gaz naturel brut est épuré avant d'être injecté sur le réseau de distribution. La proportion de méthane présent dans le gaz naturel que nous utilisons est supérieure à 90 % dans la plupart des gaz. Le méthane « biologique » ou biogénique, ou biogaz, qui est produit par la fermentation anaérobie de matière organique comporte 50 à 80 % de méthane, (60-65 % généralement) Le biogaz produit dans les décharges pourrait être (bien davantage) récupéré et valorisé sous forme d'électricité, de chaleur ou comme carburant automobile. Pour l'instant, seules quelques expériences isolées (dans des fermes, des déchetteries…) ont vu le jour, spécialement dans les régions les plus froides (nord de l'Allemagne, de la France, Scandinavie), (voir l'expérience en prison rwandaise). Le méthane est valorisable comme combustible mais d'autres usages en seraient possibles. Par exemple, des chercheurs ont réussi à transformer à température presque ambiante () du méthane en un ester (propanoate d'éthyle) potentiellement valorisable. Pour ce faire, un carbène (composé très réactif) a été introduit dans une liaison du méthane via un catalyseur organométallique. Biocarburant de troisième génération. Pour produire un méthane de décharge assez pur et pour faire un bon biocarburant de troisième génération, un « digesteur anaérobie » inspiré de la digestion anaérobie à l'œuvre dans la panse des bovins est expérimenté au Canada. Des microorganismes méthanogènes vivant en symbiose avec les vaches savent produire plus de méthane que de , mais ils ont des besoins précis, en température et humidité notamment. La difficulté est de conserver les conditions de vies optimales de ces organismes dans un milieu constitué de déchets, ce qui est expérimenté au moyen d'électrodes régulant la température du milieu. Ce sont ensuite des fibres creuses constituées d'une membrane perméable qui devraient séparer le du méthane, lequel pourra ensuite être brûlé comme source d'énergie, utilisé par la carbochimie ou compressé et stocké. Il est aussi possible de produire du méthane à partir du aérien par électrométhanogénèse, c'est-à-dire à l'aide d'un courant électrique grâce à une biocathode ou de façon abiotique. Stockage énergétique. Dans la perspective d'une transition vers des énergies renouvelables, des chercheurs de l'entreprise autrichienne Solar Fuel Technology (Salzbourg), en coopération avec l'Institut Fraunhofer de recherche sur l'énergie éolienne de Leipzig (IWES), le Centre de recherche sur l'énergie solaire et l'hydrogène de Stuttgart (ZSW) et l'université de Linz ont mis au point une solution de stockage de l'énergie sous forme de méthane. L'énergie électrique excédentaire d'origine éolienne ou photovoltaïque est utilisée pour décomposer de l'eau en dihydrogène et dioxygène (électrolyse de l'eau), puis le dihydrogène est combiné avec du dioxyde de carbone par une réaction de méthanation (réaction de Sabatier). L'un des principaux intérêts de ce procédé est d'utiliser les infrastructures (réservoirs et conduites de gaz) existantes, dont la capacité de stockage serait suffisante pour couvrir les besoins de méthane de l'Allemagne pendant plusieurs mois, par exemple pendant une période où le solaire et l'éolien ne peuvent couvrir les besoins énergétiques. Contribution au réchauffement climatique. Un gaz à effet de serre. Le méthane est un gaz à effet de serre qui contribue au réchauffement climatique, pris en compte en tant que tel par la directive 2003/87/CE. Il absorbe une partie du rayonnement infrarouge émis par la Terre, et l'empêche ainsi de s'échapper vers l'espace. De plus, il contribue aussi indirectement à l'effet de serre, en diminuant la capacité de l'atmosphère à oxyder d'autres gaz à effet de serre (comme les fréons). Son utilisation comme combustible émet du dioxyde de carbone à hauteur de (les avoisinent ). L'influence du méthane sur le climat est moins importante que celle du , mais est tout de même préoccupante. L'un des principaux enseignements du cinquième rapport d'évaluation du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) en 2014 est que l'influence du méthane a longtemps été sous-estimée, son potentiel de réchauffement global (PRG) à cent ans passant de 21 dans le cadre du protocole de Kyoto, à 28 et même 34 en prenant en compte les rétroactions climatiques. Le méthane persiste moins de dix ans dans l'atmosphère, où il est détruit par des radicaux hydroxyle OH•, mais c'est un gaz à effet de serre bien plus puissant que le , responsable, au niveau actuel de sa concentration, de quelques pour cent de l'effet de serre total à l'œuvre dans notre atmosphère. Ainsi, à titre comparatif, sur un horizon de , relâcher une certaine quantité de méthane dans l'atmosphère a un effet sur le réchauffement climatique environ neuf fois plus important que brûler cette même quantité de méthane en . Le méthane est le deuxième gaz responsable du dérèglement climatique (forçage radiatif de en 2011) derrière le (), mais loin devant les fréons () et le protoxyde d'azote (). Une molécule de méthane absorbe en moyenne plus de rayonnement qu'une molécule de dioxyde de carbone sur une période de , son PRG est donc de 28 ; à échéance de , son PRG est même de 72. Une étude publiée en décembre 2016 par plus de 80 scientifiques issus de laboratoires du monde entier met en garde contre la sous-estimation usuelle de la contribution du méthane au réchauffement climatique : le méthane contribue pour 20 % au réchauffement en cours (contre 70 % pour le ), parce que, malgré sa concentration beaucoup plus faible, son potentiel de réchauffement global (PRG) est plus élevé. Ceci implique que pour tenir l'objectif de rester sous la barre des on ne peut se contenter de limiter les émissions de dioxyde de carbone, mais qu'il faut aussi réduire celles de méthane. En 2019, l'Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA) annonce que les concentrations atmosphériques de méthane ont atteint un record en 2018. En juillet 2020, une étude réalisée par une centaine de chercheurs réunis dans le révèle une hausse continue des émissions de méthane depuis 2007 (+9 % par an), avec une forte accélération depuis 2014. Ces émissions atteignaient en 2017, dont 60 % dues aux activités humaines : agriculture et déchets (38 %), production et utilisation de combustibles fossiles (18 %), biomasse et biocarburant (5 %). Elles proviennent pour (32 %) d'Asie, dont (9 %) de Chine, pour (20 %) d'Afrique et du Moyen-Orient, d'Amérique du sud, pour (16 %) d'Amérique du nord, pour de Russie et Asie centrale et d'Europe. Les chercheurs estiment que l'agriculture et les déchets ont contribué à hauteur de 60 % à la hausse des émissions mondiales, l'exploitation du pétrole et du gaz à plus de 20 %, et celle du charbon à plus de 10 %. Ils prônent une quantification plus régulière des émissions de méthane, à l’image de ce qui est fait pour le : le méthane ayant une durée de vie plus courte que le dioxyde de carbone dans l’atmosphère, une baisse des émissions peut être rapidement bénéfique pour le climat. Méthane et ozone. Le méthane interagit avec l'ozone, différemment dans les hautes et les basses couches de l'atmosphère. Selon les modélisations tridimensionnelles disponibles en chimie de la troposphère, diminuer les émissions anthropiques de pourrait être . Variation historique (depuis l'Empire romain). Les émissions de méthane provenant des marais, des bovins, des feux de végétation, ou des combustibles fossiles ont toutes une signature isotopique spécifique. Les bactéries méthanogènes des zones humides absorbent plus d'isotopes plus légers du carbone (12C) alors que le méthane fossile est plutôt enrichi en carbone plus lourd (13C). Le méthane issu des incendies de brousse ou de forêt est situé entre les deux. On sait aussi aujourd’hui finement analyser le méthane piégé dans les glaces, ce qui a par exemple permis en 2012 de confirmer l'hypothèse posée il y a quelques années par le climatologue William Ruddiman, qui estimait que l'impact de l'humanité sur le climat date d'avant le récent « Anthropocène » et de bien avant la révolution industrielle. Selon l'étude isotopique du méthane des glaces antarctiques parue dans la revue "Nature" en octobre 2012, les variations passées du taux de méthane et sa composition démontrent que des feux de végétation probablement anthropiques enrichissent depuis le au moins le taux atmosphérique de méthane. L'analyse fine de deux carottes de glace du forage glaciaire NEEM1 (Groenland) couvrant environ a été faite avec une précision jamais atteinte en termes de dosage, analyse et résolution temporelle. Elle montre ou confirme qu'entre un siècle et le , le monde avait déjà connu trois périodes d'augmentation des taux de méthane (à l'échelle de quelques siècles) et une tendance longue à la décroissance de la signature isotopique 13C du méthane. Selon ces données, les modèles d'équilibre isotopique de l'atmosphère et les données paléoclimatiques de cette période (température, précipitations) ainsi qu'au vu des données de la démographie humaine, les feux de végétation liés à la déforestation, au chauffage, à la cuisson et la métallurgie avaient diminué au moment du déclin de l'Empire romain et de celui de la dynastie Han (Chine), pour réaugmenter durant les grandes déforestations et l'expansion médiévale. L'Homme "semble" être responsable de 20 à 30 % des émissions totales de méthane par les feux de végétation entre un siècle et le . Variations récentes de teneur de l'air. Le taux de méthane dans l'atmosphère terrestre atteignait en 1984. Il a augmenté graduellement jusqu'à atteindre (Partie par milliard) en 1998. Après une période de stabilisation de 1999 à 2006 à environ , la croissance de sa concentration a repris en 2007 à un rythme de 5 à par an, atteignant en 2020. Des analyses isotopiques suggèrent que cet accroissement récent du méthane atmosphérique serait principalement d'origine non-fossile. Le taux est en 2018 entre , soit ou . Il s'est maintenu entre de 2000 à 2010 avec une grande variation suivant la latitude. Dans le passé, le taux de méthane dans l'atmosphère a varié souvent parallèlement à la température. Ce taux a augmenté d'environ 150 % depuis 1750 et atteint aujourd'hui un taux inégalé dans l'histoire, principalement en raison des activités humaines. Une augmentation des teneurs a été constatée en 2008-2009. Les modélisations informatiques du taux du dans l'air ont permis de remonter à la source des émissions pour les vingt dernières années de mesures atmosphériques. Selon ces travaux, la réduction des émissions et/ou une utilisation plus efficace du gaz naturel dans l'hémisphère Nord (amélioration de l'étanchéité des tuyaux de gaz, récupération du grisou ou du gaz de décharge pour produire de l'électricité) ont permis une baisse des émissions dans les années 1990, mais une nette augmentation des émissions provenant de combustibles fossiles dans le nord de l'Asie a ensuite de nouveau été constatée (2006…). Le recul des zones humides, par drainage entre autres, et, dans une moindre mesure, les feux de brousse, expliquent aussi les variations mesurées du atmosphérique sur vingt ans. Le méthane serait responsable d'environ 20 % du réchauffement moyen enregistré depuis le début de la révolution industrielle. On estime que sans sa présence, la température moyenne de surface de la Terre serait . Le calcul du potentiel de réchauffement global (PRG) du méthane est périodiquement réévalué par le GIEC au vu des connaissances nouvelles. Ce PRG tend à augmenter, il y a doublement du forçage radiatif additionnel qui lui est attribué entre 2007 et 2013, ce qui le rapproche du (il est passé de tous effets confondus et le forçage radiatif du est ), les scientifiques montrant qu'il contribue plus que ce que l'on pensait au réchauffement, avec une source nouvelle et en augmentation forte aux États-Unis qui sont les fuites de méthane des forages et installations de gaz de schiste ou gaz de couche ou encore les émissions du pergélisol, . L'augmentation régulière de la concentration du méthane dans l'atmosphère pourrait aussi être en partie liée à une diminution de la teneur de l'atmosphère en radical hydroxyle (le destructeur naturel du méthane dans l'air). Origine des émissions. Globalement, les émissions de méthane vers l’atmosphère sont estimées entre 500 et , dont environ 60 % sont d’origine anthropique. Les principales sources sont, par ordre décroissant d'importance quantitative, estimées comme suit : Détection par satellite. Un réseau de mesures et d'analyse se met en place au niveau mondial, à l'initiative de différents groupes comme et , parfois à l'aide d'intelligence artificielle, exploitant des images satellites accessibles aux scientifiques. Ce réseau devrait permettre d'identifier les émissions afin de les réduire. La mission d'observation de la Terre "EMIT" de la NASA, lancée dans l'espace en juillet 2022, a identifié une cinquantaine de sites « super-émetteurs » dégageant d'importantes quantités de méthane. Au Turkménistan, l'instrument a identifié douze panaches issus d'une infrastructure gazière et pétrolière à l'est de la ville portuaire de Hazar ; certains de ces panaches s'étendent sur plus de . Dans l'État américain du Nouveau-Mexique, un autre panache long d'environ a été détecté au niveau de l'un des plus grands champs pétrolifères du monde. En Iran, au sud de Téhéran, un panache d'au moins a été observé, issu d'un complexe de traitement des déchets. D'autres émetteurs ont été identifiés en Asie centrale, au Moyen-Orient et dans le sud-ouest des États-Unis. Prospective. Les variations futures de ces émissions sont incertaines, mais on prévoit une augmentation de consommation des sources fossiles, marines et agricoles, des déchets, du fait de la démographie mondiale, de l’industrialisation de certains pays et de la demande croissante en énergie, ainsi que du réchauffement climatique. Le taux atmosphérique mondial de méthane s'était stabilisé puis est reparti à la hausse (+3 % environ de 2007 à 2015)) outre l’augmentation des sources déjà connues, cette hausse pourrait aussi être due à une baisse du taux atmosphérique d'hydroxyle, une molécule qui , notamment vis-à-vis du méthane qu'elle dégrade. Des inondations tropicales accrues et un effet du réchauffement sont peut-être aussi en cause. Comme la fonte de la glace de mer arctique, ceci est un nouveau signal d'une perturbation écologique et climatique du système Terre. Remarque : certaines archées méthanotrophes (qui consomment le méthane) sont à l'origine de puits naturels de méthane (par exemple dans les forêts anciennes).), mais leur rôle écosystémique et leurs usages potentiels sont encore mal évalués. Puits de méthane. Ils sont encore mal cernés, mais la contribution du méthane à certains réseaux trophiques, et certains mécanismes de dégradation du méthane dans l'eau ou l'air pourraient avoir été sous-estimée. On sait aujourd’hui que : L'évolution de la concentration de l'air en méthane semble marquer le pas (2007) ; cela pourrait s'expliquer par une destruction accélérée de molécules d'ozone , catalysée par des radicaux NO• en plus grande quantité. Réduire les émissions de méthane. La réduction des émissions de méthane, comparée à celle du dioxyde de carbone, peut se révéler plus économique et plus efficace dans l'atténuation du changement climatique, étant donné son fort potentiel de réchauffement global et son temps de séjour dans l'atmosphère relativement court, de neuf ans. Divers moyens permettent de réduire les émissions de méthane pour diminuer son action sur l'effet de serre : Stratégie européenne de réduction des émissions de méthane. La Commission européenne présente le 14 octobre 2020 sa stratégie de réduction des émissions de méthane : création d'un observatoire international afin d'améliorer la mesure et le partage d'informations, renforcement de la surveillance via la galaxie satellitaire Copernicus, directive prévue en 2021 pour imposer aux industriels des énergies fossiles de mieux détecter et réparer les fuites de méthane et interdire les pratiques de torchage et de dégazage systématiques, extension du champ d'application de la directive relative aux émissions industrielles aux secteurs émetteurs de méthane non encore couverts, demande aux États membres d'un effort de traitement des mines de charbon abandonnés, pression sur les pays partenaires commerciaux pour réduire l'impact méthane de l'énergie importée, incitations à réduire les émissions dans l'agriculture par l'innovation en matière d'alimentation animale et de gestion d'élevage, renforcement de la collecte des déchets et résidus agricoles non recyclables qui peuvent servir à produire du biogaz et des biomatériaux, amélioration de la gestion du gaz de décharge. Le 15 décembre 2021, la Commission européenne présente son projet détaillé pour la réduction des émissions de méthane du secteur de la production d'énergie, qu'elle espère réduire de 80 % en 2030 par rapport à 2020 : les industriels du gaz, du charbon et du pétrole devront effectuer des mesures régulières à la source de leurs fuites de méthane, avec vérification par des experts indépendants. Les industriels auront ensuite, selon la nature des problèmes identifiés, de 5 à 15 jours pour y remédier. Afin de lutter contre les émissions « importées » de méthane, elle imposera aux importateurs d'énergie fossile la transparence sur le niveau d'émissions de méthane de leurs fournisseurs et les efforts de ces derniers pour les réduire, puis, à compter de 2025, elle durcira les règles sur les importations d'énergie fossile issue de producteurs aux efforts jugés insuffisants. COP26. Le 2 novembre 2021, lors de la COP26, à l'appel des États-Unis et de l'Union européenne, plus de 80 pays s'engagent à réduire d'ici à 2030 d'au moins 30 % les émissions de méthane. Selon l'ONU, tenir ce nouvel objectif pourrait éviter de réchauffement d'ici aux années 2040. L'administration américaine a dévoilé auparavant une série de nouvelles réglementations destinées à faire la chasse au méthane dans l'industrie pétrolière et gazière aux États-Unis, susceptibles de réduire de 41 millions de tonnes ses émissions de 2023 à 2035, selon l'Agence américaine de protection de l'environnement. Cependant, certains des plus grands émetteurs de méthane issu des mines de charbon n'ont pas signé l'accord, en particulier la Chine, la Russie et l'Inde, qui représentent un tiers des émissions. Synthèse du méthane. Synthèse photocatalytique. Des chercheurs du laboratoire d’électrochimie moléculaire de l'Université Paris-Diderot ont montré que la conversion photochimique de en méthane à température ambiante et par un , associé à la lumière solaire était possible, ce qui ouvre de nouvelles perspectives qui, à long terme, peuvent espérer aboutir à des applications industrielles. Elle pourrait alors réduire les effets de la consommation de combustibles fossiles et aider à diminuer les émissions de . Jusqu’ici, les principales voies explorées pour l’élimination physicochimique du industriel étaient principalement électrochimiques. Pour être « soutenables », elles nécessitent une production renouvelable et propre d’électricité mais des approches photochimiques activées par la lumière du soleil sont également envisageables. Parmi les photocatalyseurs et les électrocatalyseurs moléculaires inventoriés, seuls quelques-uns semblent à la fois stables et sélectifs pour la réduction du . Mais la plupart de ces catalyseurs produisent surtout du monoxyde de carbone (CO, toxique) ou de l’acide formique (HCOOH). Les catalyseurs pouvant dans certaines conditions générer avec un rendement faible à modéré des hydrocarbures semblent encore plus rares. Un complexe électrocatalytique moléculaire s’était déjà montré comme le plus efficace et le plus sélectif pour convertir le en CO ; il s’agit de la tétraphénylporphyrine de fer fonctionnalisée par des groupes triméthylammonium. On a montré en 2017 que sous irradiation ultraviolette il peut aussi catalyser la réduction de en méthane à température et pression ambiantes. Utilisé dans une solution d'acétonitrile contenant un photosensibilisateur et un donneur d'électrons sacrificiel, ce catalyseur fonctionne avec régularité durant quelques jours, en produisant principalement du CO (par photoréduction du ) mais Heng Rao et ses collègues ont constaté qu’une exposition du à ce produit conduite en deux stades permet d'abord de réduire le en CO puis de synthétiser du méthane (avec une sélectivité atteignant jusqu'à 82 % et un « rendement quantique » (efficacité légère) de 0,18 %). On est encore très loin d’un prototype industriel, mais les auteurs estiment que cette expérience pourrait être un prélude à d’autres découvertes de catalyseurs moléculaires qui rendraient possible une production lente mais douce d'un combustible gazeux à partir de et des ultraviolets de la lumière solaire. Biosynthèse. Le méthane est considéré comme une source d'énergie intéressante et durable s'il n'est pas d'origine fossile mais renouvelable et soutenable dans sa fabrication. Comme l'humanité émet trop de dioxyde de carbone dans l'air, un système de conversion directe de en est activement recherchée pour à la fois protéger le climat et stocker une énergie renouvelable. Des solutions sans catalyseur rare, cher ou toxique sont recherchées. Les chercheurs peuvent pour cela s'inspirer du vivant (biomimétique) car du méthane pur est depuis des milliards d'années efficacement et abondamment produit par quelques espèces microbiennes dites « méthanogènes », dans l'eau ou dans l'appareil digestif d'autres organismes. Une clé semble être la "méthyl-coenzyme M réductase", l'enzyme de la biogenèse du méthane (qui permet aussi l'utilisation du méthane comme source d'énergie (par oxydation anaérobie)). Cette enzyme a un facteur auxiliaire dit , un tétrapyrrole modifié contenant du nickel qui favorise la catalyse à travers un intermédiaire méthyle radical/Ni(II)-thiolate intermédiaire. On ignore encore comment la coenzyme F430 est synthétisée (à partir d'une composé commun, le uroporphyrinogène III), mais on sait que sa synthèse implique une chélation, une amidation, une réduction d'anneau macrocyclique, une lactamisation et la formation d'anneau carbocyclique. Les protéines catalysant la biosynthèse de la coenzyme F430 (à partir de sirohydrochlorine, appelée CfbA-CfbE) ont été récemment identifiées, permettant d'envisager des systèmes recombinants basés sur ces groupes métalloprothétiques. Cette meilleure compréhension de la biosynthèse d'un coenzyme de la production de méthane par les microbes complète les voies biosynthétiques connues pour une famille des composés importants incluant la chlorophylle, l'hème et la vitamine B. Dans la nature, la plupart du méthane est produit dans un milieu aqueux, ce qui peut inspirer des solutions techniques immergées, mais la plupart des sources massives de anthropique sont gazeuses. Une première méthode de conversion de en (pilotée/catalysée par la lumière et utilisant une hème, c'est-à-dire une porphyrine contenant du fer) a été proposé en 2018 par deux chercheurs allemands (Steinlechner et Junge) du de l'Université de Rostock et d'autres chercheurs travaillent sur des complexes métalliques ou organométalliques utiles et sur les moyens de doper ce type de réaction chimique. Méthane et biodiversité. Le méthane a probablement depuis longtemps des effets sur la biodiversité et inversement, notamment via le climat qu'il peut modifier ou via les communautés microbiennes formant le microbiote intestinal des animaux. Une hypothèse est que certains groupes d'invertébrés (métazoaires dont le métabolisme et le cycle de reproduction peuvent alors augmenter) ont par le passé bénéficié de phases de réchauffement marins ; l'explosion cambrienne (« Big Bang de l'évolution ») pourrait avoir été liée à des alternances assez rapprochées de phases intenses de puits (clathrates) et d'émissions de méthane bionique, liées à des déplacements tectoniques de plaques (migration vers les pôles puis l'équateur). Ces migrations ( ou TPW) auraient eu des conséquences tectoniques, biogéochimiques et donc climato-écologiques, notamment via des changements de la circulation thermohaline océanique, conséquences intimement reliées entre elles ; l'aspect stochastique de ces évènements aurait au Cambrien dopé la radiation évolutive des métazoaires. Selon Kirschvink et Raub en 2003, une « mèche au méthane » aurait pu mettre l'étincelle de cette explosion cambrienne. Remarque : au cambrien le soleil était un peu plus petit et moins chaud qu'aujourd'hui. Lors du dernier grand réchauffement (maximum thermique du passage Paléocène-Éocène), il y a 56 millions d'années, les ancêtres des mammifères sont apparus, mais de nombreux autres groupes se sont éteints. Si le méthane est aujourd'hui essentiellement associé à des milieux anoxiques pauvres en espèce, on y trouve aussi quelques espèces méthanotrophes qui en dépendent. On a par exemple récemment identifié : Mesure. Sa mesure en laboratoire est bien maitrisée, mais on cherche à développer des moyens de mesures plus légers, rapides, faciles à utiliser et moins coûteux, pour mesurer les faibles doses de méthane discrètement émises dans les eaux douces, salées, estuariennes, l'air, les sols & sédiments ou lors de certains phénomènes (évents marins, fonte de pergélisols, geysers, fuites de gaz, dont de gaz de schiste, etc.)
Massilia Massilia est le nom en latin de la Marseille antique, fondée au par les Phocéens. Il dérive du grec "Massalia" (même sens).
Moule Moule peut faire référence à : Nom commun. Nom féminin : Nom masculin :
Minerve (mythologie) Minerve () est, dans la mythologie romaine, la déesse de la pensée élevée, de la sagesse, de l'intelligence, des métiers et de ceux qui les pratiquent ainsi que de la guerre comprise sous l'angle de la réflexion stratégique et du savoir-faire tactique (par opposition au courage brutal de Mars). Elle est patronne des artisans et est, avec Jupiter et Junon, une des divinités de la triade capitoline, à laquelle sont dédiés le temple de Jupiter capitolin et les capitoles des autres villes de l’Empire romain. Lors du lectisterne de , elle a été assimilée à la déesse grecque Athéna, héritant d’une grande partie des mythes liés à celle-ci. Elle devient alors également la déesse de la sagesse, de la stratégie, de l'intelligence, de la pensée élevée, des lettres, des arts, de la musique et de l'industrie. Étymologie. Notée "Menerva" ou "Minerva", son nom se rattache probablement à la racine indo-européenne *"men-", « pensée ». Menrva, déesse de la mythologie étrusque, elle-même dérivée d'une déesse de la lune italique *"Meneswā" (« celle qui mesure »). Culte. L'origine du culte de Minerve est obscure. On lui a longtemps attribué une origine étrangère à Rome même s'il ne faut pas exclure qu'elle ait été indigène. Varron lui attribue une origine sabine. La tradition romaine la fait venir de Faléries où son culte est attesté par des inscriptions archaïques. Un temple romain, celui de la "Minerva Capta" (« Minerve prise ») est celui de la Minerve de Faléries. Sa statue apparait pour la première fois lors du lectisterne de associée à Neptune, à l'instar du couple Athéna-Poséidon. Selon Ovide, elle est fêtée par les artisans, les médecins et les enseignants. En ce sens, son culte se rapproche de la déesse celtique Brigit. Elle est célébrée le lors des "Quinquatries". C'est aussi le jour où les élèves remercient leurs professeurs en leur offrant un cadeau, le "minerval". Son culte, surtout dans la classe des lettrés hellénisés, est progressivement rapproché de celui d'Athéna. Cette équivalence a pu se fonder d'abord sur le patronage reconnu aux deux déesses sur les arts et métiers, mais suivant le processus ordinaire c'est à Athéna dans tous ses emplois qu'elle est bientôt assimilée. Elle devient ainsi "custos urbis", « gardienne de la cité ». Elle remplace progressivement Nerio, la compagne du dieu Mars dans la vieille religion romaine, par identification avec "Athéna Niké" (« victorieuse ») et Bellona. Il faut néanmoins attendre le temps de Pompée pour la voir traitée cultuellement en "Athéna Niké", bénéficiaire d'une fondation de "manubiis", c'est-à-dire faite à partir du prix de vente d'un butin. Le culte de "Minerva Medica" peut s'expliquer par la participation des médecins aux "Quinquatries" ; la déesse est leur patronne. Son culte se répand progressivement dans tout l'Empire romain, avec l'extension de celui-ci. On la retrouve à Nîmes, à Bath, Chichester. Sanctuaires. Elle a son logement dans le temple à trois "cellae" du Capitole. Il y avait jusqu'en 207 un temple dédié à Minerve sur l'Aventin et un temple dédié à "Minerva Capta" (« Minerve captive ») sur la colline du Caelius. Cette chapelle contenait une statue de la déesse apportée de Faléries après la prise de la ville en . Il existait également sur le forum de Nerva un temple de Minerve qui fut construit par Domitien. Mythes et légendes. Par syncrétisme avec Athéna, Minerve est la fille de Jupiter et de la nymphe Métis. Ayant entendu que si Métis avait un fils, le roi des dieux (Jupiter) serait détrôné : il l'avala, alors qu'elle était enceinte d'une fille. Quelques mois plus tard, Jupiter pris d'un violent mal de tête demanda à Vulcain de lui fendre le crâne ; Minerve sortie de la plaie du dieu du Ciel et de la Terre déjà ceinte de son armure, casquée et armée d'une lance. Le symbole de Minerve est la chouette symbole de la sagesse et aussi de la virginité. Dans la philosophie. La figure de Minerve apparaît dans la préface des Principes de la philosophie du droit, du philosophe allemand Hegel : Allégorie de la philosophie, la chouette représente le pris par la conscience sur l'action. Les progrès techniques, c'est-à-dire l'action, précèderaient toujours la conscience humaine. Ce décalage justifierait ainsi une , selon le philosophe Edgar Morin. Musique. Louis-Nicolas Clérambault compose vers 1700, une cantate, "Le bouclier de Minerve", opus 13.
Médicament Un médicament est toute substance ou composition présentée comme possédant des propriétés curatives ou préventives à l'égard des maladies humaines ou animales. Par extension, un médicament comprend toute substance ou composition pouvant être utilisée chez l'être humain ou l'animal ou pouvant leur être administrée, en vue d'établir un diagnostic médical ou de restaurer, corriger ou modifier leurs fonctions physiologiques en exerçant une action pharmacologique, immunologique ou métabolique. L'ensemble de la chaîne des médicaments (recherche, production, contrôle qualité, distribution en gros, délivrance aux patients, pharmacovigilance) est sous la responsabilité de spécialistes diplômés des médicaments, les pharmaciens. Définition élargie. Définition officielle. La notion de médicament est précisément définie en France par l'article L5111-1 du Code de la santé publique. On peut distinguer différents types de médicaments selon leur utilisation, leurs composants, leur mode d'enregistrement réglementaire : Actions. Un médicament peut avoir une ou plusieurs actions, décrites comme : Substance active et excipient. Le médicament est composé de deux sortes de substances : d'une ou plusieurs substances actives (aussi désigné principe actif — c'est souvent la substance active qui est désignée dans le langage courant par médicament) et d'un ou plusieurs excipients. La ou les substances actives sont constituées d'une quantité de produit active (dose) ayant un effet pharmacologique démontré et un intérêt thérapeutique également démontré cliniquement. Il est à remarquer que toute substance pharmacologiquement active ne constitue pas nécessairement la base d'un médicament et encore moins d'une thérapie médicamenteuse. Les excipients sont des substances auxiliaires inertes servant à la formulation de la forme galénique ou destinée à créer une absorption par le corps. Ces excipients sont le plus souvent des substances inertes sur le plan pharmacologique. Les excipients permettent de formuler la ou les substances actives, c’est-à-dire de présenter la substance active sous une forme galénique déterminée. La formulation permet en plus de présenter le médicament sous la forme la plus adaptée pour la voie d'administration souhaitée et éventuellement, le cas échéant, de moduler la vitesse de libération de la substance active vers l'organisme. Comme exemple d'excipients on citera : l'eau et le saccharose sont les deux excipients constituant le sirop simple — ou encore, pour des formes sèches, le ou les amidons modifiés et la ou les celluloses modifiées sont des agents de délitement utilisés dans des formes sèches (comprimés, gélules) pour accélérer la désintégration (ou encore délitage) de celles-ci une fois arrivées dans l'estomac. Les excipients sont dans leur très grande majorité, des substances chimiquement inertes et pharmacologiquement inactives. Mais il s'avère qu'ils ne sont pas toujours exempts d'effets pharmacologiques sur certains patients. En effet, certains excipients sont connus pour être à l'origine d'effets secondaires (e.g. réactions allergiques ou d'intolérance) chez une minorité de patients particulièrement sensibles. On parle alors d'excipient à "effet notoire". On citera en exemple le lactose chez des patients intolérants au lactose. Le prescripteur ou le pharmacien devra en tenir compte lors de la prescription et de la dispensation du médicament. Ceci est très important notamment lors de la substitution d'un "produit princeps" par une forme générique du produit original. Le produit générique n'étant pas nécessairement formulé avec les mêmes excipients que le produit princeps d'origine. Ceci est une des raisons pour lesquelles un patient peut ne pas tolérer les produits génériques de substitution. Il est à remarquer qu'une substance active peut être par exemple un produit de contraste (sulfate de baryum) qui n'est pas pharmacologiquement actif car il n'est pas destiné à traiter le patient mais à aider à poser le diagnostic (il est actif sur le rayonnement auquel sera exposé le patient). La galénique (de Galien, médecin de l'Antiquité) ou « art de formuler les médicaments », va permettre de présenter la substance active à des doses différentes et sous différentes formes galéniques (les formes d'administration de la substance active au patient). On parlera de comprimés, de gélules, de capsules molles, de suppositoires, d'ampoules, de gouttes (orales, oculaires ou nasales), de collutoires, de collyres, de pommades, de gels et crèmes, de solutions, d'ovules, d'emplâtre ou de dispositifs transdermiques On peut ainsi classer les formes galéniques selon la voie d'administration aux patients pour laquelle elles ont été conçues. On parlera alors d'injectables (ampoules de solution ou de suspension, implants…) destinées aux différentes voies parentérales (sous-cutanées, intraveineuse, intramusculaires, intra-articulaires…). Ces formes doivent être stériles, apyrogènes et, parfois, isotoniques. Les autres formes liquides non injectables sont destinées aux voies orales (à avaler "" ou sublinguales, à enrobage entérique ou à désintégration rapide), nasales, auriculaires et oculaires, dermiques mais aussi transdermiques (timbre ou patch). Il existe encore des formes pour la voie, rectale, oculaire, auriculaire Une spécialité pharmaceutique est un médicament qui a un nom commercial (qui fait l'objet d'une propriété commerciale, nom commercial dit aussi nom de fantaisie). Chaque spécialité fait l'objet d'un enregistrement auprès des autorités de santé, qui est préparé industriellement selon des normes très strictes (les bonnes pratiques de fabrication) et est vendu par un laboratoire pharmaceutique. Sous son même nom de marque, il existe différentes formes pharmaceutiques et différents conditionnements, chacun faisant l'objet d'un enregistrement spécifique. Une même spécialité pourra être commercialisée éventuellement sous un ou plusieurs noms de marque et restera protégée tant qu'elle fera l'objet d'une propriété intellectuelle et d'une protection des droits intellectuels et/ou commerciaux (brevet, exclusivité commerciale, licence). Une fois la propriété intellectuelle perdue (épuisement des droits du ou des brevets), le médicament peut être commercialisé sous des formes dites génériques (en plus des formes commerciales existantes). Les formes génériques devant être bioéquivalentes au premier produit de marque mis sur le marché appelé encore produit « princeps » ou spécialité originale. Ce n'est pas parce que l'on absorbe des doses équivalentes d'une même substance active sous des formes différentes (une solution au lieu d'un comprimé par exemple) que l'effet pharmacologique recherché sera équivalent. La prise à jeun ou après un repas change également l'effet pharmacologique de la substance active. On parle alors de disponibilité de la substance active ou encore de « biodisponibilité ». Deux formes offrant la même biodisponibilité seront dites bioéquivalentes. Principe de bioéquivalence. Le principe de bioéquivalence décrit deux médicaments contenant la même quantité de substance active. Les substances actives sont dites bioéquivalentes si, pour un même groupe d'individus, leurs effets thérapeutiques sont estimés biologiquement équivalents. Des différences au niveau des caractéristiques physiques des substances actives (structure cristalline ou polymorphisme, taille des cristaux) ou caractéristiques de formulation (présence de certains excipients, compression, délitement, enrobage..) peuvent faire que deux formes galéniques qui contiennent la même quantité de substance active sont très différentes au niveau de leur mise à la disposition de cette substance active au niveau du système digestif. Il en est de même pour des formes injectables où l'on injecte des substances actives en suspension. Mais comme il est difficile et surtout très coûteux de tester une équivalence thérapeutique basée sur des tests cliniques et/ou biologiques, on teste en fait les variations de la concentration plasmatique de la substance active inchangée au cours du temps, variation consécutive à la prise du médicament au t=0. La courbe de biodisponibilité est représentée par la concentration plasmatique en inchangé Cp = f(t). C'est la mesure de l'aire sous la courbe qui donne la biodisponibilité de la substance active tel que présenté dans la forme galénique. Deux médicaments bioéquivalents donnent des moyennes d'aires sous la courbe (donc de concentrations plasmatiques en produit inchangé = f(t) qui sont équivalentes dans une population d'une vingtaine d'individus sains. Pour enregistrer un produit générique, il est nécessaire de démontrer par une étude de bioéquivalence que la forme générique est bioéquivalente à la forme princeps. Les problèmes de bioéquivalence existent cependant et se posent de façon importante pour des substances actives peu solubles (solubilité aqueuse inférieure à ) lorsqu'elles sont administrées par voie orale ou pour des formes galéniques modifiées telles que les formes à libération prolongée, appelées encore formes retard. Pour des formes en solution vraie et présentées en injectable et injectées par voie IV en bolus, il n'existe par définition aucune différence de bioéquivalence entre formes puisque la biodisponibilité est totale (on dit alors que la biodisponibilité est absolue et égale à 1, quelle que soit la spécialité injectable utilisée. En revanche, pour des solutions orales, la biodisponibilité n'est plus absolue mais relative, car elle est relative à la vitesse de transit gastrique de chaque individu (à jeun, pendant ou après un repas, repas léger ou gras, etc.) et à une fenêtre d'absorption duodénale, si celle-ci existe. Par voie orale, on est donc toujours dans le relatif. Pour assurer une qualité de biodisponibilité des formes galéniques orales, dans la pratique industrielle, on teste la vitesse de dissolution des formes galéniques orales en laboratoire (test de dissolution) et ceci sur chaque lot avant de le libérer vers la distribution. Les injectables à libération prolongée (formes intra-musculaire, intra-articulaire, implants, etc.) peuvent, en revanche, montrer des biodisponibilités fort différentes entre elles et par rapport à la forme IV bolus. Ceci ne signifiant pas nécessairement des effets thérapeutiques essentiellement différents ou nécessairement supérieurs ou inférieurs. Là commence le domaine de la pharmacocinétique en liaison avec la toxicité (animale et humaine) et les études cliniques (animale et humaine). Historique. Au début du n'étaient considérés comme médicaments qu'une douzaine de produits de synthèse et une centaine de produits naturels. Au début du , nous utilisons des centaines de substances synthétiques et il ne reste que très peu de remèdes courants d'origine exclusivement naturelle. Le a vu l'essor des médicaments de synthèse produits par des laboratoires pharmaceutiques. Depuis peu, les protéines, molécules du vivant, sont de plus en plus utilisées comme médicament. Développement. Création. Actuellement, pour une utilisation en santé humaine et animale, de la découverte d'une nouvelle substance active à l'Autorisation de mise sur le marché (AMM) en passant par la mise au point de(s) (la) forme(s) galénique(s) (le médicament délivré en officine), généralement une période de 10 à 15 ans se sera écoulée et plusieurs centaines de millions d'euros auront été investies. Le processus de développement peut être décrit selon les étapes suivantes : Les dernières phases de recherche enclenchées dans le développement d'un nouveau médicament sont les études cliniques : depuis près de vingt ans, les différentes études cliniques qui doivent être réalisées à l'appui d'une demande d'enregistrement (demande d'AMM) font l'objet d'une standardisation internationale (harmonisation ICH) reconnue par tous les pays de l'OCDE. Elles sont structurées en trois phases avant la mises sur le marché et une, la phase , après cette mise sur le marché. Pour chaque nouvelle indication thérapeutique et parfois aussi par catégorie de formes galéniques (injectable, orale, topique…), il sera nécessaire de reconsidérer le plan clinique existant et de voir si les études cliniques existantes peuvent être utilisées à l'appui de la nouvelle indication / forme pharmaceutique ou si de nouvelles études sont nécessaires et doivent être entreprises avant d'aller plus avant. Lors de la mise sur le marché de copies génériques les études de bioéquivalence seront entreprises. Une substance active va donc faire l'objet d'études cliniques quasiment de façon continue pendant toutes les années de sa présence sur le marché. Études cliniques. Les différentes études cliniques se font en quatre phases. Phase. La phase est dite d'innocuité (ou encore de tolérance) du produit. Elle est généralement menée sur des volontaires sains. Elle vise à établir la dose minimale active (si son activité peut être mise en évidence sur le volontaire sain) et surtout pour établir la dose maximale tolérable, en doses uniques croissantes et/ou répétées. Pour des produits comme des antibiotiques, des anticancéreux, des hormones, l'utilisation de volontaires sains est exclue. On cherche à connaître la pharmacocinétique ADME de la molécule (c'est-à-dire la vitesse d'absorption (A = la vitesse de passage dans le sang à partir d'une solution orale), M = la vitesse de métabolisation (transformation biologique par le foie et d'autres organes), D = la vitesse de distribution et de répartition dans les différents tissus à partir du compartiment plasmatique et E = la vitesse d'élimination de la molécule par l'organisme aussi appelée "). Les données ADME préalablement collectées sur les modèles animaux (rat, souris, chien et singe) servent d'encadrement et de comparaison pour les données ADME humaines. Comme il n'est pas éthique d'exposer des volontaires sains à des produits très actifs (anti-cancéreux, antithyroïdiens, hormones, antibiotiques), cette phase est dans ce cas réalisée en phase sur des patients qui eux peuvent bénéficier de l'effet thérapeutique supposé du produit testé. Dans tous les cas, l'accord du patient, après une information éclairée, est indispensable. Aucune expérimentation ne peut se faire à l'insu du patient et sans son accord « éclairé » par les explications du responsable de l'étude. Phase. Elle consiste en des tests dits de biodisponibilité sur patients volontaires et d'efficacité sur patients volontaires. Elle vise à établir la relation entre dose et effet. On établit le domaine (range) des doses actives à partir des données obtenues sur animaux en toxicologie préclinique. On établit le « range » des doses actives tolérées sans chercher à atteindre une dose maximale qui serait toxique. Ce " deviendra progressivement la posologie du produit pour telle indication. C'est lors de ces tests que l'on détecte les premiers effets secondaires, qui une fois confirmés en phase et seront souvent les effets secondaires principaux du produit. Si ces effets sont trop importants par rapport à l'intérêt de l'effet thérapeutique apporté, le développement du produit sera arrêté. Phase. Le médicament dont l'activité pharmacologique a été confirmée en phase doit être testé pour évaluer son intérêt clinique réel. Cette phase vise à établir le rapport entre bénéfice et risques. Le candidat médicament est comparé à un médicament de référence et toujours à un placebo (lorsqu'il n'existe pas d'opposition éthique à ne pas administrer de substance active au patient volontaire) dans une plus large étude clinique. Une randomisation (tirage au sort) est effectuée pour déterminer quel bras de traitement sera le patient. L'expérimentation dite « double aveugle » est un standard actuellement (ni le patient, ni le médecin ne savent si c'est un médicament, le placebo ou la référence qui est administrée). Ces méthodes statistiques sont un gage de rigueur et de qualité des données générées dans l'étude. Les données de toxicologie animale et d'innocuité clinique (innocuité = phase 2), les données cliniques (efficacité) et les données pharmaceutiques (qualité) sont rassemblées en un dossier dit de demande d'enregistrement qui est déposé pour obtenir une autorisation de mise sur le marché (AMM) à l'Agence européenne (EMEA). Si l'autorité estime (évaluation sur dossier uniquement) que les informations déposées à l'appui de la demande d'enregistrement sont suffisantes, elle autorise la commercialisation du médicament mais uniquement dans les indications cliniques approuvées. Si l'autorité estime qu'un complément d'information est nécessaire, elle exigera des compléments d'information à déposer avant de commercialiser la spécialité ou à remettre dans un délai assez court un an deux ans, mais sans empêcher la mise sur le marché du médicament. Le plus souvent, lorsqu'il s'agit d'un médicament contenant une nouvelle molécule (NCE = ""), celle-ci est couverte par des droits de propriété intellectuelle (brevet ou patent). Cette propriété s'obtient par le dépôt d'une demande de brevet. Cette propriété intellectuelle une fois accordée, court sur une période maximale de 18 à 20 ans depuis le dépôt de la demande de brevet. Au bout d'un certain nombre d'années, le brevet de la substance active tombe dans le domaine public, et ainsi ouvre la possibilité de copie par des laboratoires spécialisés dans la production de médicaments génériques. Ces « génériques » doivent aussi faire l'objet d'enregistrement auprès des autorités de santé. Ces produits étant (on ne dit plus équivalents mais) "essentiellement similaires" aux produits originaux qualifiés de "princeps", seule la partie pharmaceutique du dossier d'AMM est déposée pour obtenir un enregistrement. Une période dite de protection des données de 5 ans peut être obtenue auprès des autorités de santé pour empêcher les copies génériques d'un produit original, innovateur qui a mis longtemps pour être développé, plus que sa période de protection du brevet. Ainsi, il ne faut faire pas de confusion pour le médicament entre la protection des droits de propriété industrielle (brevet, CCP) qui est accordée par les agences de propriété industrielle (INPI au niveau national, Office Européen des Brevets au niveau européen) et les protections dites réglementaires auxquelles s'engagent les agences de santé (ANSM au niveau national ou EMA Agence Européenne du Médicament au niveau européen). La protection offerte par les agences de santé porte ainsi sur les données cliniques de développement dans l'indication considérée du médicament princeps. En France, un médicament expérimental est produit selon des critères de qualité équivalent au produit mis sur le marché. La loi dit que (annexe de la décision du modifiant l'arrêté du modifié relatif aux bonnes pratiques de fabrication (industrie pharmaceutique)) "tout principe actif sous une forme pharmaceutique ou placebo expérimenté ou utilisé comme référence dans une recherche biomédicale, y compris les médicaments bénéficiant déjà d'une autorisation de mise sur le marché, mais utilisés ou présentés ou conditionnés différemment de la spécialité autorisée, ou utilisés pour une indication non autorisée ou en vue d'obtenir de plus amples informations sur la forme de la spécialité autorisée". Phase. La phase (ou post-marketing) est le suivi à long terme d'un traitement alors que le traitement est autorisé sur le marché. Elle doit permettre de dépister des effets secondaires rares ou des complications tardives. Cette phase est à la charge des laboratoires. Catégories thérapeutiques. Parmi les médicaments, des familles thérapeutiques sont notamment retrouvées : qu'on pourrait regrouper en 6 catégories plus vastes : Les hypnotiques (somnifères) et les anxiolytiques sont quelquefois rassemblées sous le nom de « psycholeptiques », terme qui est en fait assez vaste. Cette classification selon Delay et Deniker (1957) a été modernisée plus tard par Pelicier et Thuillier (1991). Prescription et dispensation. Traditionnellement, les médicaments sont prescrits par les médecins à leurs patients qui vont se les procurer chez leur pharmacien. En France. Certains médicaments peuvent être obtenus sans ordonnance (automédication ou médication officinale) ; en France, lorsqu'un médicament est acheté sans être prescrit, il n'est pas remboursé par l'assurance maladie, mais il peut l'être par certaines mutuelles. Dans la plupart des pays, un médicament doit avoir obtenu une autorisation de mise sur le marché (AMM) pour être vendu. L'AMM est connue sous l'appellation « NDA » (') aux États-Unis et sous « NDS » (') au Canada. Les organismes de régulation de la santé dressent des listes de médicaments en fonction des risques que représentent leur prise. Par exemple, en France, il existe plusieurs listes de substances vénéneuses : les médicaments qui renferment ces substances ne peuvent être acquis que sur ordonnance (sauf cas limités d'exonération) : Les différences entre ces listes sont surtout théoriques et ne garantissent pas forcément une description précise du caractère dangereux du médicament. Par exemple, le sécobarbital est classé comme stupéfiant tandis que le phénobarbital, dont le profil addictogène et nocif est comparable, ne figure que sur la Liste ainsi que la liste des psychotropes. De ce fait, ces classements ne sont pas des garanties et de nombreux produits figurent d'ailleurs sur deux registres complémentaires. Du fait de l'émergence régulière de nouvelles substances l"'Arrêté du fixant la liste des substances classées comme stupéfiants" ainsi que celui fixant la "liste des" "psychotropes" sont fréquemment consolidés, et ont uniquement cours jusqu'à ce qu'une version ultérieure ne les remplace. Selon leurs particularités et leurs conditions d'utilisation ou de manipulation, certains médicaments en France sont soumis à des « conditions de prescription » telles que : Administration. Le médicament peut s'administrer, selon sa forme galénique, par plusieurs voies d'administration : Efficacité et évaluation. L'efficacité et l'évaluation du médicament tiennent compte de la balance bénéfice/risque, des effets secondaires et paradoxaux, des interactions et contre-indications. Le profil de risque est surtout lié à la relation entre les effets secondaires et la maladie soignée. Rapport bénéfice/risque. Le rapport bénéfice/risque est pris en compte - ainsi des effets secondaires sévères seront indéniablement mieux acceptés pour échapper à un cancer que pour éviter la douleur ou l'obésité. Du côté du médecin, celui-ci doit prendre en compte dans ce rapport au risque la durée du traitement (effet cumulatif), et ne pas négliger le risque sur le fœtus quand il s'agit d'une femme enceinte (exemple : "thalidomide", mieux connu sous le nom "Softenon"). La posologie et les effets secondaires connus doivent être inscrits sur la notice accompagnant le médicament. De plus, certains médicaments sont strictement réglementés et ne peuvent être prescrits que sous certaines conditions (voir prescription, distribution). Les données récoltées, touchant un grand nombre de patients, sont transmises aux autorités de santé qui réévaluent la balance bénéfice/risque du médicament. Il peut en ressortir des effets graves qui n'étaient pas apparus lors des études cliniques et ainsi mener le laboratoire ou l'autorité à retirer le médicament. Évènement indésirable. Les événements indésirables médicamenteux concernent des effets indésirables iatrogènes qui peuvent être graves (Évènement indésirable grave (EIG)), qu'ils soient le fait d'une erreur médicamenteuse ou non. Réactions anaphylactiques. Les médicaments peuvent provoquer une réaction anaphylactique ou anaphylactoïde. C'est le cas par exemple de l'acide acétylsalicylique, des inhibiteurs de l'enzyme de conversion de l'angiotensine et des sartans, des pénicillines, des céphalosporines, des produits de contraste, des anesthésiques locaux, des anti-inflammatoires non stéroïdiens. Des réactions croisées sont possibles, par exemple entre les pénicillines et les céphalosporines. Les bêtabloquants peuvent aggraver l'évolution d'une réaction anaphylactique et contrecarrer la réponse à l'adrénaline. Effets paradoxaux possibles. La prescription d'un médicament n'est pas neutre - les effets induits ne sont pas toujours légers, ils peuvent être graves. Les effets secondaires peuvent à leur tour être mal interprétés, comme symptômes d'autre chose, ou d'une aggravation de l'état de la personne… ce qui complique singulièrement la situation et peut conduire à des prescriptions supplémentaires (inadaptées) à d'autres effets secondaires, et aussi à une dépendance. Les Français sont les plus gros consommateurs au monde de somnifères (3 fois plus que les Britanniques, ou que les Allemands) dont les effets secondaires peuvent être la dépression, avec ou sans tendances suicidaires, des états phobiques, l'agressivité et un comportement violent. Dans le domaine des antibiotiques, une sur-prescription peut aboutir, à terme, à des infections plus difficiles à traiter du fait de la sélection de germes résistant aux antibiotiques. Les impacts environnementaux ou secondaires (via l'alimentation) de médicaments humains ou vétérinaires (dont perturbateurs endocriniens) semble avoir été sous-estimés. Certains résidus, via l'urine et les excréments ne sont pas dégradés par les stations d'épuration ou sont ingérés et semblent déjà poser problème, nettement détectable sur la fertilité d'espèces marines ou d'eau douces, notamment vivant en aval des exutoires de stations d'épuration. Certains médicaments (chimiothérapie, désinfectants) contiennent des substances qui ne sont pas dégradables (métaux lourds). La détection et la filtration de ces substances sont encore à leurs débuts. Un suivi des médicaments dans l'eau est mis en place en France. Interactions médicamenteuses. Une grande partie de l'étude d'un principe actif concerne la recherche d'interactions avec d'autre substances médicamenteuses ou non. Cette étude se focalise essentiellement sur les cytochromes , des enzymes importantes du foie. Pharmacovigilance. Après la mise sur le marché du médicament, celui est surveillé en vie réelle. La pharmacovigilance est un dispositif qui permet de s'assurer de la sécurité du médicament en veillant à l'émergence d'effets secondaires ou indésirables. Les études ont permis d'en identifier la plupart mais lorsque le médicament est utilisé sur des centaines de milliers ou des millions de patients il est nécessaire de surveiller les réactions. Des réévaluations du bénéfice/risque peuvent être conduites par les autorités de santé allant potentiellement jusqu'au retrait du produit. Les entreprises pharmaceutiques doivent déclarer aux autorités de santé tout au long de la commercialisation de leur produit : Elles doivent également soumettre des rapports périodiques actualisés de pharmacovigilance (periodic safety update report (PSUR)) contenant notamment une mise à jour de l’ensemble des informations recueillies au niveau mondial sur la sécurité d’emploi du médicament. Les médecins prescripteurs doivent aussi notifier également les effets secondaires non attendus, non connus ou graves. L'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) tient à jour des infos de disponibilité, retraits de médicaments et des messages de pharmacovigilance. Les associations de patients et patients peuvent aussi déclarer (signaler) les effets secondaires dont ils ont connaissance. Les laboratoires pharmaceutiques peuvent conduire des études post-autorisation : PASS (étude de sécurité) ou PAES (études d’efficacité). Contre-indications. La plupart des médicaments ont une liste de contre-indications à leur utilisation. Il s'agit généralement de pathologies qui seraient aggravées avec la prise dudit médicament. Aspects commerciaux. Appellation. Les médicaments sont commercialisés classiquement sous leur nom de marque. La marque est un élément de protection industrielle au même titre que le brevet. Lorsqu'un dossier d'AMM est déposé aux autorités de santé, le nom de marque fait l'objet d'un examen minutieux. La marque d'un médicament a perdu de sa valeur avec le développement d'une politique de développement de génériques (médicaments concurrents à un médicament princeps, qui sont autorisés à l'issue de la période de brevet ou CCP). Les prescriptions par les médecins se font encore le plus souvent par nom de marque mais le développement des logiciels d'aide à la prescription permet au pharmacien de délivrer un médicament générique, normalement moins cher pour la Sécurité sociale. Ce droit de substitution a pu être considéré comme une atteinte aux droits de propriété industrielle. De plus en plus, on emploie la DCI ou encore « dénomination commune internationale » pour identifier et prescrire les médicaments en général mais surtout les produits devenus génériques ; la DCI correspond à l'appellation internationale de la substance active, appellation reprise dans toutes les publications scientifiques. En exemple : acide acétylsalicylique (ASA pour "") pour "Aspirine" qui était initialement une marque commerciale de la firme Bayer. Vente. Les 10 médicaments les plus vendus au monde en 2006 (en milliards de dollars) Vente sur Internet. Depuis le , la législation française autorise la vente en ligne de médicaments sans ordonnance selon l’ordonnance relative au renforcement de la sécurité de la chaîne d’approvisionnement des médicaments. Cette ordonnance précise les conditions et recommandations relatives aux sites de e-pharmacie. La vente depuis un site commerçant nécessite pour chaque pharmacie en ligne soit rattachée à un établissement physique et d’être agrée par l’ARS (agence régionale de santé), le ministère de la Santé et l’ordre des Pharmaciens. Ce dernier est dans l’obligation de laisser publiquement accès à la liste des sites de pharmacies ayant l’autorisation de vendre des médicaments en ligne. Modèle « kiwi ». Depuis 1993 en Nouvelle-Zélande, et depuis 2008 aux Pays-Bas, un nouveau médicament ne peut bénéficier d'un remboursement que dans deux cas : si la sécurité sociale est convaincue de son caractère réellement innovant ou si son fabricant le met sur le marché à un prix inférieur à celui des médicaments équivalents. Lorsque des médicaments génériques existent, des appels d'offres sont lancés tous les 3 ans sous forme d'enchère inversée. Seul celui proposé au prix le plus bas est alors remboursé par la sécurité sociale via les prescriptions. Grâce à ce système, les médicaments sont souvent 3 à 5 fois moins chers en Nouvelle-Zélande ou aux Pays-Bas. Selon une estimation d'un médecin, il permettrait d'économiser près d'un 1,5 milliard d'euros par an en Belgique ; selon GSK, appliquer les prix néo-zélandais augmenterait son chiffre d'affaires de 6 % ; selon la ministre belge de la santé, Maggie De Block, ce système n'est pas applicable dans une économie ouverte et devrait être établi au niveau européen. Prix des médicaments. L'OCDE, dans divers rapports, a publié ses travaux sur le prix des médicaments. Son objectif est de formuler des propositions permettant à fois d' assurer aux laboratoires pharmaceutiques un retour sur investissement tout en rendant accessibles les médicaments arrivant sur le marché, dans un contexte marqué par a nécessité de limiter les dépenses de santé. L'OCDE a consacré un rapport spécifique aux prix excessifs. L’OCDE constate la spécificité de la demande de médicaments : pour la plupart les patients ne choisissent pas et ne paient pas ou ne paient que partiellement, le coût étant pris en charge par des tiers. Les médicaments sont souvent indispensables ce qui conduit à une demande inélastique. Les tiers payeurs, compagnies d’assurance ou systèmes de santé publique ont peu de moyens de contrôle et enfin les médecins qui prescrivent ne sont ni les consommateurs ni les payeurs. Cela a conduit les États à mettre en place des systèmes de réglementation. La plupart de celles-ci tablent sur la concurrence pour exercer un effet de modération sur les prix, en particulier en ce qui concerne les médicaments qui ont perdu la protection d’un brevet et l’apparition des génériques. L’accessibilité économique des médicaments est un problème encore plus difficile pour les pays en développement. L'OMS consacre régulièrement des travaux sur ce sujet. Pays consommateurs. Les trois pays les plus consommateurs de médicaments prescrits sont les États-Unis, la Chine et le Japon. Problèmes soulevés. Critiques de l'industrie pharmaceutique. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la Commission de la Transparence et la revue "Prescrire", sur de médicaments, il en existe la moitié qui posent des problèmes : 35 % qui ont un effet nul et 15 % un effet quasiment nul. La revue publie en une liste de . Selon le professeur David Healy : Pour Marcia Angell, médecin et ancienne membre de la rédaction en chef du "", . Accès et surconsommation. Pour les pays ayant signé la charte des Nations unies, la protection des populations (sûreté, protection de la santé) face aux accidents quotidiens, maladies et catastrophes (calamités), est une des fonctions de l'État (articles 3, 22 et 25 de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948). Il est donc de la responsabilité de l'État d'assurer un accès aux soins, et notamment aux médicaments, en fonction de l'état de santé de la personne et non pas de ses revenus. Se posent alors deux problèmes : le financement et la régulation de la consommation médicamenteuse. Si des personnes n'ont pas les moyens de s'acheter des médicaments, le coût doit donc en être assuré par l'État, donc par les impôts, cotisations sociales ou taxes d'une manière ou d'une autre (sur le tabac, l'alcool) ; il s'agit de fait d'un moyen de redistribution des richesses. Les individus ayant des revenus « suffisants », mais ne pouvant pas couvrir des soins très onéreux, peuvent également contracter une assurance organisant la mutualisation du risque. Par rapport à un produit de consommation courante, le médicament a une particularité : dans la majorité des cas, celui qui l'utilise (le patient), celui qui le choisit (le médecin prescripteur) et celui qui le paye (l'assurance-maladie) sont distincts. L'un des risques est celui de ne plus pouvoir financer d'autres dépenses utiles. Les dépenses liées à l'allongement de la durée de vie, (dont les Affections longue durée (ALD) en France, qui représentent 60 % des dépenses de l'Assurance-maladie) augmentent et continueront d'augmenter fortement, dans les années à venir. C'est tout l'ensemble du système de soins qui est en question… Médicaments périmés. La consommation de médicaments périmés peut entraîner des intoxications. En France, les médicaments non utilisés (MNU) peuvent être rapportés chez le pharmacien, qui les transmet à Cyclamed, organisme chargé de les détruire. Les MNU ne sont plus triés pour être réutilisés par des associations humanitaires comme Médecins du Monde ou l'Ordre de Malte dans le cadre de leurs actions depuis le (car le tri pour réutilisation revenait trop cher à ces organismes). Ils sont brûlés dans des incinérateurs. Les emballages peuvent être valorisés avec les cartons recyclables, seuls les blisters et restes de médicaments peuvent être envoyés à Cyclamed. Ceci peut représenter toutefois un gâchis considérable. L'analyse de médicaments périmés depuis plus de 20 ans jusqu'à 30 ans a ainsi montré que les principes actifs étaient en majorité toujours présents en quantité acceptable, sauf pour les antibiotiques. Lieu de conservation. Les médicaments doivent être conservés dans des lieux secs et frais et hors des zones humides. Ils ne doivent donc pas être entreposés dans la salle de bains ou la cuisine où il y a beaucoup d'humidité. Les médicaments périssables tels que certains antibiotiques, les solutions d’inhalation et les gouttes oculaires doivent être conservés au réfrigérateur. Une intention particulière doit être observé concernant les sirops et les crèmes. S'ils sont entamés, la date de péremption indiquée sur l’emballage n’est plus valable et la durée de conservation n’est alors plus que de un à trois mois au maximum. Contamination environnementale. Des résidus médicamenteux contaminent l'environnement (eau et sol en particulier) via les excrétats d'humains ou animaux traités (urine, excréments, exudats, poils, desquamations, mucus et autres fluides provenant des organismes vivant ou de leurs cadavres). Certains sont des hormones ou des perturbateurs endocriniens rejetés dans le milieu avec les urines, qui peuvent agir à doses infimes et qui sont retrouvées dans des réservoirs destinés à produire de l'eau potable. Quels sont les impacts du viagra retrouvé dans des lacs ou rivières s'interrogeait R. Masters en 2001. Dans les pays riches (dont en France), globalement, les mêmes molécules sont trouvées dans les eaux traitées d’origine souterraines ou superficielle, ce qui montre une contamination déjà générale de l'environnement terrestre, avec des variations pour certaines molécules : par exemple, la caféine, comme on s’y attendait est plus fréquente en surface, de même en France que l’époxycarbamazépine, l’oxazépam et l’hydroxyibuprofène (jusqu’à ), alors que la carbamazépine est plus souvent trouvée dans les eaux traitées d’origine souterraine (ce qui laisse penser qu’elle se dégrade plus vite en surface).<br>Du point de vue toxicologique et écotoxicologique, Il faudrait ajouter à ces listes les pesticides (dont les phytosanitaires, qui sont les « médicaments des plantes », et d’autres molécules indésirables, et évaluer les synergies possibles entre ces polluants ; et étudier la capacité de certains organismes à éventuellement bioconcentrer ces produits En France, selon les données publiées par l'ANSES en 2011 280 échantillons d’eaux traitées ont été prélevés dans tous les départements métropolitains et d’outre-mer (dont 2/3 d’eaux venant de la nappe et 1/3 venant d’eaux superficielles). On y a recherché 76 molécules de médicaments humains ou vétérinaires, dites « prioritaires » dont 45 molécules ont pu être dosées (limites de quantification : , chromatographie liquide couplée à un spectromètre de masse). Dans les eaux brutes, il existe plus de molécules que dans les eaux traitées (en général avec moins de ). En surface 70 % des prélèvements ne renfermaient pas de molécule en quantités mesurables par les moyens utilisés. 30 molécules ont été détectées 1 fois ou plus (dont 16 au-dessus des limites de quantification). Les résidus médicamenteux ont atteint (dans moins de 1 % des échantillons). Dans les eaux traitées : Le , un premier "Plan national sur les résidus de médicaments dans l'eau", a été lancé conjointement par les ministères chargés de l’Écologie et de la Santé pour évaluer et prioriser, en 18 « actions », le risque éventuel lié à la présence de molécules issues de médicaments dans l’eau, les conséquences écosystémiques possibles ainsi que pour a santé et les modes de gestions et de contrôle possibles. Il doit aussi proposer des actions de réduction de la dispersion médicamenteuse dans l’eau, tout en développant la recherche. Dans ce cadre, l'AFSSAPS et l'ANSES vont proposer une méthode d'évaluation des risques sanitaires (fin 2011), qui sera appliquée à la carbamazépine puis aux autres molécules identifiées lors de la campagne 2011.
Mémoire morte Originellement, l'expression mémoire morte (en anglais, : ROM) désignait une mémoire informatique non volatile (c’est-à-dire une mémoire qui ne s’efface pas lorsque l’appareil qui la contient n’est plus alimenté en électricité) et dont le contenu est fixé lors de sa programmation, qui pouvait être lue plusieurs fois par l'utilisateur, mais ne pouvait plus être modifiée. Avec l'évolution des technologies, la définition du terme "mémoire morte (en français) ou (en anglais)" a été élargie pour inclure les mémoires non volatiles dont le contenu est fixé lors de leur fabrication, qui peuvent être lues plusieurs fois par l'utilisateur et qui ne sont pas prévues pour être modifiées. Elles peuvent parfois cependant l'être par un utilisateur expérimenté, éventuellement avec un matériel spécial. Ces mémoires sont les UVPROM, les PROM, les EPROM et les EEPROM. Utilisation. Les mémoires mortes sont utilisées, entre autres, pour stocker : Le temps d’accès à la mémoire morte est de l’ordre de grandeur de comparativement à un temps d’accès d’environ pour la mémoire vive. Pour accélérer le traitement des informations, les données stockées dans la mémoire morte sont généralement copiées dans une mémoire vive avant d’être traitées. On appelle cette opération le . Types. Les mémoires mortes sont classées selon la possibilité de les programmer et de les effacer :
Miguel de Icaza Miguel De Icaza (né en 1972 à Mexico) - parfois surnommé MDI - est un programmeur mexicain, principalement connu pour avoir été le meneur du projet GNOME. Parcours. Il fut le meneur du projet libre GNOME lancé en 1997 et destiné à apporter la convivialité au système GNU/Linux (en alternative à KDE, basé sur la bibliothèque graphique Qt, à l'époque propriétaire). En 1999, il reçoit le prix pour le développement du logiciel libre de la FSF pour sa contribution au logiciel libre à travers le projet GNOME. Par la suite, il devient l'un des cofondateurs de la société Ximian (initialement appelée "Helixcode"), qui commercialise notamment des versions paquetées de GNOME. Ximian est ensuite rachetée par Novell, où Miguel de Icaza a travaillé jusque 2011 en qualité de vice-président chargé du développement. Miguel de Icaza est connu pour son franc-parler et son goût pour la polémique. Il a en particulier alimenté la « guerre des bureaux » entre KDE et GNOME et s'est fait remarquer par . puis en déclarant que Linux en tant qu'OS de bureau « grand public » était un échec. Un débat s'est ensuivi avec Linus Torvalds, Alan Cox et de nombreux autres intervenants sur la page Google+ de Sriram Ramkrishna. Il a également lancé en 2001 le projet Mono, une mise en œuvre libre de la plate-forme de développement Microsoft .NET. Il n'a pas participé aux négociations qui ont précédé l'accord du passé entre Novell et Microsoft, lequel concerne en partie le projet Mono et les risques de poursuite pour violation de brevets. En 2011, à la suite du rachat de Novell par Attachmate, il fonde Xamarin pour poursuivre le développement de Mono. Après un succès grandissant d'année en année, Xamarin est revendu à Microsoft le . Le à la conférence Build de Microsoft, il déclare être heureux de rejoindre l'équipe .Net et que cela ponctue l'entretien d'embauche le plus long de sa vie. À cette conférence, il annonce la gratuité de la solution Xamarin intégrée à Visual Studio ainsi que le passage du Runtime Xamarin en Open Source. Cinéma. En 2001, il a fait une apparition dans le film "Antitrust".
Multimètre Un multimètre (parfois appelé "contrôleur universel") est un ensemble d'appareils de mesures électriques regroupés en un seul boîtier, généralement constitué d'un voltmètre, d'un ampèremètre et d'un ohmmètre. Les fonctions voltmètre et ampèremètre sont disponibles en continu et en alternatif. Types. Il existe plusieurs types de multimètre : Description. Le choix du type de mesure (de l'instrument), du calibre ou échelle de mesure se fait généralement à l'aide d'un commutateur rotatif, des boutons poussoirs peuvent commander des fonctions supplémentaires. Les multimètres les plus récents, souvent les plus simples d'emploi, choisissent automatiquement le bon mode et le bon calibre. D'autres fonctions de mesure peuvent être disponibles selon le degré de sophistication du multimètre :
Morcheeba Morcheeba est un groupe de musique britannique originaire de Londres, mélangeant downtempo, trip hop, rhythm and blues et pop. Il est formé des frères Paul Godfrey (DJ) et Ross Godfrey (guitare et clavier) ainsi que de la chanteuse Skye Edwards. Skye Edwards a quitté le groupe en 2003, en raison de divergences musicales, selon les membres du groupe. Elle a été remplacée en 2005, pour l'album "The Antidote" par la chanteuse Daisy Martey. Daisy Martey a quitté le groupe en et a été remplacée par la choriste/saxophoniste australienne Jody Sternberg. En 2008, pour la sortie de l'album "Dive Deep", c'est la chanteuse française Amanda Zamolo, découverte via MySpace, qui est la chanteuse principale. Skye fait son retour dans la formation en 2010 pour le septième album "Blood Like Lemonade". Formation. La formation originale du début des années 1990 comprenait Paul Godfrey (platines), Ross Godfrey (guitare et clavier) et Skye Edwards (chant). La voix de Skye est rapidement devenue la marque de fabrique de Morcheeba. Le nom du groupe peut se comprendre comme "More Cheeba", c'est-à-dire « Plus d'herbe (à fumer) ! » ou « Encore de l'herbe ! ». Ce sens a été confirmé sans ambiguïté par Paul Godfrey lors du concert à l'Olympia en . « Mor » signifie également « Middle of the road » pour indiquer que la musique de Morcheeba flirte entre une musique populaire et une musique plus expérimentale. Daisy Martey (précédemment dans le groupe Noonday Underground) rejoint le groupe en 2005 après le départ de Skye Edwards, qui se lançait alors dans une carrière solo. La voix de Skye Edwards était devenue un élément primordial du son de Morcheeba dans les esprits de nombre de fans du groupe, aussi ce changement engendra-t-il des réactions partagées. C'est d'ailleurs pour cette raison que les frères Godfrey remplacèrent Daisy par une autre chanteuse - Jody Sternberg - pour leurs représentations scéniques, sans formellement l'exclure. L'album "Dive Deep" des frères Godfrey est paru en . Différents artistes y furent invités dont Judie Tzuke, Amanda Zamolo, Thomas Dybdahl, Bradley Burgess et Cool Calm Pete. Sur la tournée de l’album Dive Deep, les chansons sont interprétées par Manda Zamolo et Bradley Burgess. L'album "Blood Like Lemonade", sorti le , marque le retour de Skye Edwards au sein du groupe et un retour aux sources musicales du groupe. Après s'être à nouveau réunis, les membres de Morcheeba sortent l'album "Blaze Away" en , cinq ans après "Head Up High". En sort le dixième album du groupe, "Blackest Blue".
Massive Attack Massive Attack est un groupe musical britannique, originaire de Bristol, précurseur de la musique trip hop. Il se compose, à l'origine, de Robert Del Naja ("3D"), Adrian Thaws ("Tricky"), Grant Marshall ("Daddy G") et Andrew Vowles ("Mushroom"). Le style du groupe est en constante évolution : au début proche du hip-hop, du groove, voire de la soul, il aborde par la suite la musique électronique, et un son plus électrique à la fin des années 1990. Chaque album est enrichi par de très nombreuses collaborations et la participation systématique de Horace Andy. Le musicien Adrian Thaws ("Tricky") quitte le groupe en 1994 après la sortie de l'album "Protection". En désaccord avec l'évolution du style musical, Andrew Vowles ("Mushroom") quitte le groupe en 1998, à la sortie de l'album "Mezzanine". Le groupe sort cinq albums, de 1991 à 2010, ainsi que plusieurs albums remix, singles et maxis. Biographie. Bristol, fin des années 1980. , mari et manager de la chanteuse Neneh Cherry et, aujourd'hui, membre du groupe CirKus, rencontre trois jeunes DJ et producteurs, issus d'un sound system local : The Wild Bunch. Pressentant un succès discographique possible, il leur propose d'aller en studio, pour composer un disque. 3D se souvient : Ce premier album fut baptisé "Blue Lines", et il posa, ni plus ni moins, les bases du grand melting pot sonore des années 1990, et du trip hop, en particulier. Très lié au mouvement hip hop naissant en Angleterre (3D est reconnu aujourd'hui comme pionnier du graffiti en Europe), le groupe choisit le nom Massive Attack, en référence à un graff de sur un mur du à Bristol, posé en réaction contre l'intervention de la police au cours d'une rave. Sur la pochette du single "Unfinished Sympathy", ce nom apparaît toutefois réduit à Massive, pour cause de première guerre du Golfe l'année de sa sortie en 1991. Après le succès de "Blue Lines", les contradictions rattrapent le groupe, qui décide de prendre son indépendance vis-à-vis de Cameron McVey, mais sans vraiment savoir dans quelle direction aller. Le départ de la chanteuse Shara Nelson n'arrange pas les choses. Appuyés par leur ami et producteur Nellee Hooper, confortés par des chanteurs de talent, les trois musiciens s'enferment en studio, redéfinissant à nouveau les contours de leur musique. En 1994, l'album "Protection" voit le jour. Selon Robert Del Naja : « Tricky et moi avons malgré tout réussi à collaborer sur deux textes, et de mon côté j’ai également travaillé avec les gars des Startled Insects, Bob et Tim. Mushroom a installé un petit studio dans son garage pour affiner des démos. C’est comme cela que nous avons réussi à rassembler un album qui tenait à peu près la route. Moi, je ne voyais plus G depuis un moment déjà ; à cette époque Massive Attack était vraiment constitué par Mush et moi, mais nous travaillions de manière très séparée. » Moins révolutionnaire, mais d'un génie mélodique et sonore remarquable, il marque une nouvelle étape pour le groupe. Alors que beaucoup d'autres artistes se seraient installés dans ce style confortable, et terriblement en phase avec leur temps, la remise en cause et le conflit deviennent presque le mot d'ordre au sein du groupe. En 1997, le groupe participe à la bande originale du film "Le Chacal", en enregistrant "Superpredators", un morceau utilisant un sample de "Metal Postcard" de Siouxsie and the Banshees. En 1998, paraît "Mezzanine", leur troisième album. Après une tournée, le trio réfléchit à son quatrième album. Lassé de ne pouvoir exprimer sa sensibilité musicale, plus proche des musiques noires, Mushroom quitte le groupe en 1999, laissant Daddy G et 3D seuls aux commandes. Les deux compères décident de reprendre le concept mis en œuvre lors de l'enregistrement de "Mezzanine" : En 2003, sort finalement le quatrième album du groupe, "100th Window", composé avec la chanteuse irlandaise Sinéad O'Connor, l'ingénieur du son Neil Davidge et enregistré avec Horace Andy, mais sans Daddy G. 3D : « Cette époque était particulièrement obscure, le "11 Septembre" annonçant des guerres imminentes. L’ambiance est devenue symptomatique d’un sentiment d’isolement et de l’obligation d’agir seul. Aussi, tout le monde autour de moi réclamait un album de Massive Attack... Je suis satisfait du résultat mais je ne pourrais plus produire un album de cette façon. » Il devient numéro 1 des charts britanniques en février et le groupe démarre une tournée centrée sur l'engagement de 3D contre la Guerre d'Irak. En 2006, sort leur best-of, "Collected", et le groupe annonce la sortie d'un nouvel album pour qui sera finalement repoussé au printemps 2009. Il sortira finalement en . Composé de , "Heligoland" marque le retour du musicien Grant Marshall (alias Daddy G), qui aurait rejoint Massive Attack en 2006. Le , une tournée européenne est annoncée pour début 2016, elle doit se clôturer au Zénith de Paris le . En 2016, Massive Attack sort son premier EP depuis 5 ans : "", sur lequel collaborent Roots Manuva, Tricky, Azekel et Young Fathers. Puis "The Spoils" avec Hope Sandoval, et "Dear Friend" avec Ghostpoet. Pour fêter le vingtième anniversaire de la sortie de Mezzanine, en avril 2018, l'intégralité de l'album est encodé dans des molécules ADN. En , Massive Attack sort un nouvel EP intitulé "Eutopia". Au fil de trois titres, ils exposent les défaillances d’un système mondial en matière de climat, que la pandémie de COVID-19 a fait transparaître. Le , le groupe annonce sur Twitter l'annulation de la tournée européenne qui aurait dû se tenir de mai à juillet, en raison de problèmes de santé d'un des membres. Collaborations. De nombreux artistes ont gravité autour de Massive Attack, notamment : Massive Attack a entraîné dans son sillage un certain nombre de groupes, comme Portishead, et a créé le label Melankolic, pour promouvoir de nouveaux artistes britanniques (Craig Armstrong, Alpha...) et est considéré comme l'un des précurseurs d'un style de musique nouveau, à base de samples, le trip hop. Le leader 3D est connu pour ses engagements politiques altermondialistes, ses positions pacifistes, sur le conflit irakien, et pour le développement de l'esprit écologique mondial. Il a défrayé la chronique en 2002, interrogé par la police sur une affaire de pédophilie - et rapidement innocenté - et de détention de drogue. Il fait défiler, par ailleurs, des bandes annonces pendant ses concerts, pour sensibiliser le public. Toujours en 2002, avec son ami Damon Albarn, il achète une page entière du NME, consacrée normalement à la publicité, afin de sensibiliser les lecteurs à la guerre en Irak. Pour l'album "Heligoland", paru en , on trouve les collaborations de : Clips. "Blue Lines" (Disponibles sur le DVD "Eleven Promos") "Protection" (Disponibles sur le DVD "Eleven Promos") "Mezzanine" (Disponibles sur le DVD "Eleven Promos") "100th Window" "Collected" "Heligoland" "Ritual Spirit" "The Spoils EP"
Molière Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, baptisé le à l'église Saint-Eustache de Paris, et mort le soir du , à son domicile de la rue de Richelieu, est le plus célèbre des comédiens et dramaturges de langue française. Issu d'une famille de marchands parisiens, il s'associe à avec une dizaine de camarades, dont trois membres de la famille Béjart, pour former la troupe de l'Illustre Théâtre, laquelle, en dépit de débuts prometteurs et malgré la collaboration de dramaturges de renom, ne parvient pas à s'imposer durablement à Paris. Engagés à Pâques 1646 dans une prestigieuse « troupe de campagne » entretenue par le duc d'Épernon, gouverneur de Guyenne, puis par plusieurs protecteurs successifs, Molière et ses amis Béjart parcourent pendant douze ans les provinces méridionales du royaume. Au cours de cette période, Molière compose quelques farces ou petites comédies en prose et ses deux premières comédies en cinq actes et en vers. De retour à Paris en 1658, il devient vite, à la tête de sa troupe, le comédien et auteur favori du jeune et de sa cour, pour lesquels il conçoit de nombreux spectacles, en collaboration avec les meilleurs architectes scéniques, chorégraphes et musiciens du temps. Il meurt brutalement, à l’âge de . Grand créateur de formes dramatiques, interprète du rôle principal de la plupart de ses pièces, Molière a exploité les diverses ressources du comique et pratiqué tous les genres de comédie, de la farce à la comédie de caractère. Il a créé des personnages individualisés, à la psychologie complexe, qui sont rapidement devenus des archétypes. Observateur lucide et pénétrant, il peint les mœurs et les comportements de ses contemporains, n'épargnant guère que les ecclésiastiques et les hauts dignitaires de la monarchie, pour le plus grand plaisir de son public, tant à la cour qu'à la ville. Loin de se limiter à des divertissements anodins, ses grandes comédies remettent en cause des principes d'organisation sociale bien établis, suscitant de retentissantes polémiques et l'hostilité durable des milieux dévots. L'œuvre de Molière, une trentaine de comédies en vers ou en prose, accompagnées ou non d'entrées de ballet et de musique, constitue un des piliers de l'enseignement littéraire en France. Elle continue de remporter un vif succès en France et dans le monde entier, et reste l'une des références de la littérature universelle. Sa vie mouvementée et sa forte personnalité ont inspiré dramaturges et cinéastes. Signe de la place emblématique qu’il occupe dans la culture française et francophone, le français est couramment désigné par la périphrase . Biographie. La jeunesse de Molière. Famille. Fils de Jean Poquelin (1595-1669) et de Marie Cressé (1601-1632), Jean-Baptiste Poquelin est né dans les premiers jours de 1622, ce qui fait de lui, à quelques années près, le contemporain de Cyrano de Bergerac, de Furetière, de Tallemant des Réaux, de Colbert, de D'Artagnan, de Ninon de Lenclos, de La Fontaine, du Grand Condé et de Pascal. Le , il est tenu sur les fonts baptismaux de l'église Saint-Eustache par son grand-père Jean Poquelin († 1626) et Denise Lecacheux, son arrière-grand-mère maternelle. Les Poquelin de Paris, nombreux à l'époque, sont originaires de Beauvais et du Beauvaisis. Les parents du futur Molière habitent, dans le quartier très populeux des Halles, la maison dite du « Pavillon des singes », à l'angle oriental de la rue des Vieilles-Étuves (actuelle rue Sauval) et de la rue Saint-Honoré, où son père, Jean, marchand tapissier, a installé son fonds de commerce deux ans plus tôt, avant d’épouser Marie Cressé. Les fenêtres donnent sur la placette dite carrefour de la Croix-du-Trahoir, qui depuis le haut Moyen Âge est l'un des principaux lieux patibulaires de la capitale. Les deux grands-pères de Jean-Baptiste tiennent eux aussi commerce de meubles et de tapisseries, à quelques pas de là, dans la rue de la Lingerie. Poquelin et Cressé sont des bourgeois cossus, comme en témoignent les inventaires après décès. Du côté maternel, un de ses oncles, , collabore à la musique des ballets de cour et est nommé en 1654 compositeur de la musique des Vingt-Quatre Violons du Roi. Il jouera d'ailleurs les comédies ballets de son neveu. En 1631, Jean Poquelin père rachète à son frère cadet, Nicolas, un office de , dont cinq ans plus tard il obtiendra la survivance pour son fils aîné. La même année, il perd sa femme, sans doute épuisée par six grossesses survenues entre et , et se remarie avec Catherine Fleurette, qui meurt à son tour en 1636, après lui avoir donné trois autres enfants. Études. Sur les études du futur Molière, il n’existe aucun document fiable. Les témoignages sont tardifs et contradictoires. Selon les auteurs de la préface des "Œuvres de Monsieur de Molière" (1682), le jeune Poquelin aurait fait ses humanités et sa philosophie au prestigieux collège jésuite de Clermont (l'actuel lycée Louis-le-Grand), où il aurait eu . Dans sa "Vie de M. de Molière" publiée en 1705, Grimarest lui donne pour condisciples deux personnages qui seront plus tard ses amis avérés, le philosophe, médecin et voyageur François Bernier et le poète libertin Chapelle. Ce dernier avait pour précepteur occasionnel Pierre Gassendi, redécouvreur d'Épicure et du matérialisme antique, lequel, écrit Grimarest, , l'aurait admis à ses leçons avec Chapelle, Bernier et Cyrano de Bergerac. Toutefois, la présence même de Jean-Baptiste Poquelin au collège de Clermont est sujette à caution. Ainsi François Rey fait-il remarquer que . Certains, notant que , en viennent à douter même que Molière ait fait des études régulières, sans toutefois exclure la possibilité qu'il ait été l'élève de Gassendi entre 1641 et 1643. À sa sortie du collège, s'il faut en croire un contemporain, le jeune homme serait devenu avocat. Les avis sur ce point sont partagés, mais, quoi qu'il en soit, Molière ne s’est jamais paré du titre d'avocat et son nom ne figure ni dans les registres de l'université d'Orléans où il était possible d'étudier mais aussi d'acheter sa licence de droit, ni dans ceux du barreau de Paris. Toujours est-il que « de nombreux passages de ses comédies supposent de sa part une connaissance précise des règlements et des procédures de justice ». Des débuts difficiles. Première carrière parisienne : l'Illustre Théâtre. Au tournant de l'année 1643, Jean-Baptiste Poquelin, d'ores et déjà émancipé d'âge et qui a renoncé à la survivance de la charge de son père, reçoit de celui-ci un important acompte sur l’héritage maternel. Il a quitté la maison de la rue Saint-Honoré et demeure à présent rue de Thorigny, dans le quartier du Marais, non loin des Béjart. Le , par-devant notaire, il s’associe avec neuf camarades, dont les trois aînés de la fratrie Béjart (Joseph, Madeleine et Geneviève), pour constituer une troupe de comédiens sous le nom de l'Illustre Théâtre. Ce sera la troisième troupe permanente à Paris, avec celle des « grands comédiens » de l’hôtel de Bourgogne et celle des « petits comédiens » du Marais. Tout, à commencer par les termes mêmes du contrat d'association, suggère que le jeune Poquelin s'est engagé dans le théâtre pour y tenir les rôles de héros tragiques aux côtés de Madeleine Béjart, de quatre ans son aînée. À la mi-septembre, les nouveaux comédiens louent le jeu de paume dit des Métayers sur la rive gauche de la Seine, au faubourg Saint-Germain. En attendant la fin des travaux d'aménagement de la salle, ils se rendent à Rouen, afin de s'y produire pendant la foire Saint-Romain, qui se tient du au . Rouen est la ville où réside alors Pierre Corneille, mais aucun document ne permet d'affirmer, comme le font les épigones de Pierre Louÿs, que Molière a mis à profit ce séjour pour nouer des relations avec l'auteur du "Cid" et du "Menteur". La salle des Métayers ouvre ses portes le . Pendant les huit premiers mois de représentations, le succès de la nouvelle troupe est d'autant plus grand que, le jeu de paume du Marais ayant brûlé le , ses locataires ont dû partir jouer en province pendant sa reconstruction. En , le théâtre du Marais, refait à neuf et doté d'une salle équipée à présent de , accueille de nouveau le public, et il semble que la salle des Métayers commence alors à se vider. Cela pourrait expliquer la décision, prise en décembre, de déménager sur la rive droite au jeu de paume de la Croix-Noire (actuel 32, quai des Célestins), plus près des autres théâtres. Molière est seul à signer le désistement du bail, ce qui pourrait indiquer qu'il est devenu le chef de la troupe. Cependant, ce déménagement vient accroître les dettes de la troupe et, dès le , les créanciers entament des poursuites. Au début du mois d'août, Molière est emprisonné pour dettes au Châtelet, mais peut se tirer d’affaire grâce à l'aide de son père. À l’automne, il quitte Paris. Nom de scène « Moliere ». C'est au cours du premier semestre de 1644 que Jean-Baptiste Poquelin prend pour la première fois ce qui deviendra son nom de scène puis d'auteur. Le , il signe (sans accent) un document notarié dans lequel il est désigné sous le nom de . Selon Grimarest, . Certains auteurs voient dans ce choix un hommage au musicien et danseur Louis de Mollier (vers 1615-1688), auteur en 1640 d'un recueil de "Chansons pour danser". Selon Paul Lacroix, par exemple, on peut avancer ; Elizabeth Maxfield-Miller considère, quant à elle, comme « très plausible » l'hypothèse que . D'autres font remarquer que le patronyme Molière avait été illustré, plus tôt dans le siècle, par l'écrivain François de Molière d'Essertines, proche des milieux libertins et auteur d'un roman-fleuve dans le goût de "L'Astrée" intitulé "La Polyxene de Moliere", dont une quatrième réédition vient de paraître en cette année 1644 où Jean-Baptiste Poquelin adopte son nom de scène. Cependant l’hypothèse la plus probable, selon l’historien Georges Forestier, est à chercher du côté des usages des comédiens professionnels. Il rappelle que la grande majorité des comédiens du choisissent des noms de scène se référant à des fiefs imaginaires, tous champêtres : Pierre le Messier, sieur de Bellerose, Guillaume Desgilberts, sieur de Montdory, Josias de Soulas, sieur de Floridor, Zacharie Jacob, sieur de Montfleury. Pour en rester à la seule lettre B, on n’en finirait pas de dénombrer les Beaubourg, Beauchamps, Beauchâteau, Beauchesne, Beaufort, Beaulieu, Beaumont, Beaupré, Beauval, Bellefleur, Bellefond, Belleroche, Bellerose, Bellonde, Boisvert, sans oublier Edme Villequin, sieur de Brie, dont l’épouse dite de Brie fut l’une des vedettes de la troupe de Molière. Or, ajoute Forestier, dans les mois qui suivirent la constitution de L’Illustre Théâtre, tous les garçons prirent des noms de théâtre champêtres. Joseph Béjart devint le « sieur de La Borderie », Germain Clérin le « sieur de Villabé », Georges Pinel le « sieur de La Couture », Nicolas Bonenfant, le « sieur de Croisac », et Nicolas Mary s’était depuis longtemps fait connaître comme le « sieur Des Fontaines ». Et Molière signa « De Molière ». Or, des dizaines de lieux-dits ou de villages français se nomment Meulière ou Molière, et désignent des sites où se trouvaient des carrières de pierres à meule ; en Picardie, les « mollières » sont des terres marécageuses et incultes. Il est donc très probable que Molière ait choisi à son tour un fief campagnard imaginaire, ce qui expliquerait qu'il ait commencé par signer et ait été régulièrement désigné comme . Les années de province (1646-1658). À l'automne 1645, Molière et ses compagnons du "Théâtre Illustre" tentent une tournée dans l'ouest de la France, mais elle ne semble pas avoir été fructueuse et on les retrouve empêtrés dans les procès en décembre. Heureusement, Molière et ses amis Béjart (Joseph, Madeleine et Geneviève, bientôt rejoints par leur mère qui amène le petit Louis, âgé de 16 ans) sont engagés durant le relâche de Pâques 1646 par la plus réputée des "troupes de campagne", la troupe du duc d'Épernon, gouverneur de Guyenne, et dirigée par Charles Dufrenne. En avril 1646, il quitte Paris avec cette troupe. Il passe les douze années suivantes à parcourir les provinces du royaume, principalement la Guyenne, le Languedoc, la vallée du Rhône, le Dauphiné, la Bourgogne, avec des séjours réguliers à Lyon, parfois longs de plusieurs mois. Même si une chronologie complète n'a pas pu être établie, on a repéré la présence de la troupe à Agen, Toulouse, Albi, Carcassonne, Poitiers, Grenoble, Pézenas, Montpellier, Vienne, Dijon, Bordeaux, Narbonne, Béziers et Avignon (voir carte ci-contre). À cette époque, des troupes itinérantes sillonnent les routes de France, menant le plus souvent une vie précaire, dont Scarron a brossé un tableau haut en couleur dans son "Roman comique" en 1651. En dépit de la célèbre déclaration formulée le par à l'initiative de Richelieu, déclaration qui levait l'infamie pesant sur les comédiens, l’Église continue, dans de nombreuses villes, petites ou grandes, de s'opposer aux représentations théâtrales. Quelques troupes cependant jouissent d’un statut privilégié, qu'elles doivent à la protection d'un grand seigneur amateur de fêtes et de spectacles. C’est le cas de celle que dirige alors le comédien Charles Dufresne et qui est entretenue depuis vingt ans par les puissants ducs d’Épernon, gouverneurs de Guyenne. C'est cette troupe qui, au cours de l'année 1646, recueille les Béjart et Molière, lequel sera progressivement amené à en prendre la direction. Dès 1647, elle est appelée à jouer pour le comte d’Aubijoux, lieutenant-général du roi pour le Haut-Languedoc, , qui lui assure une , l'invitant à se produire à Pézenas, Béziers, Montpellier. Durant l'été 1653, le prince de Conti, qui, après avoir été l'un des principaux chefs de la Fronde, capitule à Bordeaux et se rallie au pouvoir royal, quitte Bordeaux pour venir s'installer avec sa cour dans son château de la Grange des Prés à Pézenas. Il est à présent le troisième personnage du royaume. En septembre, la troupe de Dufresne-Molière est invitée à y donner la comédie devant le prince et sa maîtresse. Ce sera le début d'une étroite relation intellectuelle entre le prince et le comédien, dont Joseph de Voisin, confesseur de Conti, témoignera quinze ans plus tard : Monseigneur le prince de Conti avait eu en sa jeunesse tant de passion pour la comédie qu’il entretint longtemps à sa suite une troupe de comédiens, afin de goûter avec plus de douceur le plaisir de ce divertissement ; et ne se contentant pas de voir les représentations du théâtre, il conférait souvent avec le chef de leur troupe, qui est le plus habile comédien de France, de ce que leur art a de plus excellent et de plus charmant. Et lisant souvent avec lui les plus beaux endroits et les plus délicats des comédies tant anciennes que modernes, il prenait plaisir à les lui faire exprimer naïvement, de sorte qu’il y avait peu de personnes qui pussent mieux juger d’une pièce de théâtre que ce prince. Molière et ses camarades pourront dès lors se prévaloir, dans tous les lieux où ils joueront, de la protection et des largesses de « Son Altesse Sérénissime le prince de Conti ». Le musicien et poète d’Assoucy, qui passe plusieurs mois avec eux en 1655, décrit une troupe accueillante où l’on fait bonne chère et qui jouit d’une large prospérité. En 1653 ou 1655, alors qu'elle séjourne à Lyon, la troupe crée "L'Étourdi ou les Contretemps", première « grande comédie » de Molière, largement imitée d'une pièce italienne. Exploitant des procédés typiques de la "commedia dell'arte", Molière donne au rôle de Mascarille, qu'il interprète, une exceptionnelle importance, le faisant paraître dans 35 des 41 scènes que compte la pièce ; ce qui fait écrire à l'historienne Virginia Scott que Molière avait alors — comme le montrent les portraits en habit de César peints par Sébastien Bourdon et les frères Mignard. Au cours de cette période, Molière compose aussi un certain nombre de farces. Citant l'une de ces petites pièces, "Le Docteur amoureux", que la troupe devait jouer en devant le roi, La Grange écrira : « Cette comédie et quelques autres de cette nature n'ont point été imprimées : il les avait faites sur quelques idées plaisantes, sans y avoir mis la dernière main, et il trouva à propos de les supprimer lorsqu'il se fut proposé pour but, dans toutes ses pièces, d'obliger les hommes à se corriger de leurs défauts. Comme il y avait longtemps qu'on ne parlait plus de petites comédies, l'invention en parut nouvelle, et celle qui fut représentée ce jour-là divertit autant qu'elle surprit tout le monde. » Ces farces obtiennent un vif succès, comme en témoigne le contemporain Donneau de Visé, qui souligne ce qu'elles doivent aux Italiens : Grimarest met également l'accent sur l'inspiration italienne de ces farces : Pour sa part, Henry Carrington Lancaster note que, si Molière a écrit de courtes farces, . Adaptées à un public qui avait pour l'improvisation « un goût vif et naturel », ces farces, dont la plupart ne nous sont pas parvenues, ont recours, selon des recherches récentes, aux . Divers spécialistes ont identifié dans les pièces de cette époque des modules dramatiques facilement réutilisables d'une pièce à une autre, dans lesquels la répétition de phrases ou de sections de phrase peut se prolonger de façon élastique . En ce sens, Molière peut être vu, selon Claude Bourqui, comme , voire, selon un critique anglais, comme le . En même temps, loin d'être un imitateur servile, Molière a transcendé ce répertoire par la cohérence de sa vision et l'arrimage délibéré du ressort comique à des questions pertinentes pour ses contemporains, ainsi que l'avait noté La Grange, cité plus haut. En 1656, le prince de Conti, , retire sa protection à la troupe et lui interdit de porter plus longtemps son nom. Au cours du mois de , Molière fait représenter à Béziers sa deuxième « grande comédie », "Le Dépit amoureux", pour les États de Languedoc. Dans les dernières semaines de l'automne 1657, la troupe séjourne à Avignon. Molière s'y lie d'amitié avec les frères Nicolas et Pierre Mignard, qui peignent plusieurs portraits de lui et un tableau le représentant en dieu Mars étreignant Vénus-Madeleine Béjart. Au début de 1658, la troupe, qui est dès lors considérée comme la meilleure du royaume, décide de gagner Paris pour tenter de s'y implanter. Les comédiens commencent par se rendre à Rouen, d'où Molière et Madeleine Béjart peuvent faire aisément des allers et retours à la capitale, afin de trouver une salle et de s'assurer les appuis nécessaires. Le début de la gloire. Le théâtre du Petit-Bourbon. Au début de l'automne 1658, Molière et ses camarades (Dufresne, Madeleine, Joseph, Geneviève et Louis Béjart, Edme et Catherine de Brie, Marquise Du Parc et son mari René, dit Gros-René) sont agréés par Philippe d'Orléans, dit « Monsieur », frère unique du roi, qui leur accorde sa protection. Le , ils se produisent au Louvre devant , Anne d'Autriche, Mazarin et les comédiens de l'hôtel de Bourgogne. Ils jouent successivement "Nicomède" de Corneille et une farce de Molière qui n'a pas été conservée, "Le Docteur amoureux". À la suite de cet « examen réussi », la salle de théâtre du Petit-Bourbon, vaste et bien équipée, est mise à leur disposition. Ils l'occuperont pendant deux ans, jouant en alternance avec Scaramouche et ses camarades de la troupe italienne. C'est sans doute durant cette période que Molière perfectionne son jeu en étudiant les techniques du grand acteur comique qu'était Tiberio Fiorilli. La « Troupe de Monsieur » commence à représenter le . Outre de vieilles pièces, la troupe joue "L'Étourdi" et "Le Dépit amoureux", qui sont fort bien accueillis. Au cours du relâche de Pâques 1659, Dufresne prend sa retraite, laissant à Molière l'entière direction de la troupe. Entrent deux acteurs comiques, le célèbre « enfariné » Jodelet et son frère L’Espy, ainsi que Philibert Gassot, sieur Du Croisy et Charles Varlet, sieur de La Grange. Ce dernier a laissé un registre personnel, conservé à la Comédie-Française, dans lequel il notait les pièces jouées, la recette et ce qu’il jugeait important de la vie de la troupe. Ce document permet de suivre dans le détail le répertoire joué par Molière à partir de 1659. Le , Molière fait représenter une nouvelle pièce, la « petite comédie » des "Précieuses ridicules", dans laquelle il joue le rôle du valet Mascarille. Satire féroce du snobisme et du jargon de certains salons parisiens mis en vogue notamment par Madeleine de Scudéry, la pièce remporte un vif succès et crée un effet de mode. Selon le « nouvelliste » Jean Donneau de Visé, . Le sujet est copié et repris. Molière fait imprimer sa pièce à la hâte parce qu’on tente de la lui voler, ainsi qu'il s'en explique dans une préface qui ne manque pas de piquant. C’est la première fois qu’il publie, il a désormais le statut d’auteur. Plusieurs hauts personnages invitent la troupe à venir représenter "Les Précieuses" dans leurs hôtels. De retour de Saint-Jean-de-Luz, où il est allé épouser l'infante Marie-Thérèse d'Espagne, voit la pièce le . Deux jours plus tard, il verra "Sganarelle ou le Cocu imaginaire", « petite comédie » en vingt-trois scènes en vers, qui sera, jusqu'à la mort de Molière, la comédie la plus souvent représentée par la troupe. Cette pièce suscite un tel intérêt qu'il s'en publie rapidement une édition pirate, due à Neuf-Villenaine, pseudonyme de Donneau de Visé. Dans l'épître de cette édition, intitulée « À un ami », ce dernier écrit : La nouvelle troupe suscite dans le public parisien un véritable engouement, qu'elle doit moins aux tragédies qu'elle continue sans succès de mettre à l'affiche, qu'aux comédies de Molière, qui vont constituer peu à peu l'essentiel du répertoire. Le , le frère cadet de Molière, Jean III Poquelin, meurt. La charge de tapissier et valet de chambre du roi revient de nouveau à l'aîné. Il la gardera jusqu'à sa mort. Elle impliquait qu'il se trouve chaque matin au lever du roi, un trimestre par an. Dans son acte d'inhumation, il sera dit . Selon la préface de son œuvre parue en 1682, . Le , Antoine de Ratabon, surintendant des bâtiments du roi, donne l'ordre d'entamer les travaux de démolition du Petit-Bourbon, pour faire place à la future colonnade du Louvre. Une nouvelle salle, située dans le Palais-Royal, demeure de Philippe d'Orléans et Henriette d'Angleterre, est mise à la disposition de la Troupe de Monsieur, qui la partagera, là encore, avec les comédiens italiens. Le théâtre du Palais-Royal. La salle du Palais-Royal, entièrement rénovée, ouvre ses portes le . Le , la troupe y crée une nouvelle pièce de Molière, la comédie héroïque "Dom Garcie de Navarre", dans laquelle il tient le rôle-titre aux côtés de Madeleine Béjart. Mais elle ne donnera lieu qu'à sept représentations consécutives, et ce fiasco, qui marque la fin des espoirs de l'acteur Molière pour s'imposer dans le genre tragique , ramène définitivement l'auteur sur le terrain de la comédie. Cette œuvre aujourd'hui délaissée n'en reste pas moins un moment charnière dans la carrière de Molière dramaturge. Jean de Beer écrit : Hostile à l'emphase qui prévalait alors dans l'interprétation de la tragédie, Molière était partisan d'une diction « naturelle », et ce souci du naturel se révèle aussi dans son style, qui cherche . Grimarest, qui enseignait lui-même la déclamation, fournira plus tard un autre élément susceptible d'expliquer l'échec que Molière rencontra dans les rôles sérieux : Dans les commencements qu'il monta sur le théâtre, [Molière] reconnut qu'il avait une volubilité de langue dont il n'était pas le maître et qui rendait son jeu désagréable ; et des efforts qu'il faisait pour se retenir dans la conversation, il s'en forma un hoquet qui lui demeura jusques à la fin. Mais il sauvait ce désagrément par toute la finesse avec laquelle on peut représenter. Il ne manquait aucun des accents et des gestes nécessaires pour toucher le spectateur […] Il est vrai qu'il n'était bon que pour représenter le comique. Il ne pouvait entrer dans le sérieux, et plusieurs personnes assurent qu'ayant voulu le tenter, il réussit si mal la première fois qu'il parut sur le théâtre qu'on ne le laissa pas achever. Depuis ce temps-là, dit-on, il ne s'attacha qu'au comique. Le , la troupe crée "L'École des maris", une petite comédie en trois actes. Le succès est tel que le surintendant des finances Nicolas Fouquet passe commande à Molière d'un spectacle pour la fête à laquelle il a convié le roi et sa cour pour le , dans le cadre somptueux de son château de Vaux-le-Vicomte. C’est la première fois que Molière crée une pièce pour la cour. Connaissant le goût de pour les ballets, il crée un nouveau genre, la comédie-ballet, intégrant comédie, musique et danse : les entrées de ballet ont le même sujet que la pièce et sont placées au début et dans les entractes de la comédie. Ce seront "Les Fâcheux", pochade en trois actes et en vers, , s'il faut en croire son auteur. Le roi ayant observé qu’un fâcheux auquel Molière n’avait pas pensé méritait sa place dans la galerie, Molière modifie rapidement le contenu de sa pièce pour y ajouter la scène du chasseur importun (). Pour concevoir et mettre au point le spectacle dans lequel s'insère sa comédie et qui intègre la musique et la danse, Molière a collaboré avec Jean-Baptiste Lully pour la musique, Pierre Beauchamp pour la danse et Giacomo Torelli pour la scénographie. À partir de septembre, le spectacle, donné au Palais-Royal avec et en faisant , rencontre un public nombreux et lui aussi enthousiaste. La saison est une des meilleures de la troupe. Cette première comédie-ballet (Molière en composera quatre ou cinq autres) soulève l'enthousiasme de La Fontaine, qui écrit à son ami Maucroix : Mariage et paternité. Le , Molière signe un contrat de mariage avec Armande Béjart, « âgée de vingt ans ou environ », qu'il épouse religieusement le . Dans les deux occasions, la jeune femme est dite fille de Joseph Béjart et Marie Hervé, et sœur de Madeleine Béjart, son aînée de vingt ans ou plus. Toutefois, certains contemporains voient en elle la fille de Madeleine. C'est ce qu'affirmera Nicolas Boileau en 1702, et c'est la thèse que Grimarest défendra trois ans plus tard dans sa "Vie de M. de Molière", précisant même qu'Armande est une fille que Madeleine a eue avant de connaître le jeune Poquelin, de « Monsieur de Modène, gentilhomme d'Avignon ». De fait, Esprit de Rémond de Modène et la jeune Madeleine Béjart ont eu le une fille qui, huit jours plus tard à l'église Saint-Eustache, a reçu le prénom de Françoise, et ils seront, en 1665, respectivement parrain et marraine d'Esprit-Madeleine Poquelin, fille de Molière et d'Armande. Les historiens s'accordent à voir la future « Mademoiselle Molière » (Armande Béjart) dans la jeune « Menou » qui, en 1653, jouait le rôle d'une néréide dans une représentation de l"Andromède" de Corneille donnée à Lyon par Molière et ses camarades. L’acte de baptême d'« Armande Grésinde Claire Élisabeth Béjart » aurait pu établir sa véritable filiation, mais il n'a pas été présenté lors de la signature du contrat de mariage, et il n'a jusqu'à présent pas été retrouvé. L'incertitude née de la grande différence d'âge entre les deux « sœurs » Béjart sera exploitée par les ennemis de Molière, qui, à plusieurs reprises au cours de la décennie suivante, insinueront qu'Armande serait la propre fille de Molière et de son ancienne maîtresse. Ainsi, dans une requête présentée à au plus fort de la « querelle de "L'École des femmes" » (voir ci-dessous), le comédien Montfleury, ridiculisé par Molière dans "L'Impromptu de Versailles", accusera celui-ci . Molière et Armande auront un premier fils, Louis, baptisé le avec pour parrain et pour marraine Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans, mais cet enfant meurt à huit mois et demi. Ils auront ensuite une fille, Esprit-Madeleine, baptisée le , morte en 1723 sans descendance ; une autre fille, Marie, morte peu après sa naissance à la fin de l'année 1668 et un deuxième fils, Pierre, baptisé le et mort le mois suivant. Ce mariage a fait couler beaucoup d'encre. La jeune Armande, au dire de ses détracteurs, aimait se faire courtiser par une foule d'admirateurs, au grand dam d'un Molière fort jaloux et dont les rieurs se moquaient d'autant plus qu'il avait mis en scène des personnages de mari trompé : Ce thème sera exploité dans la pièce "Élomire hypocondre" (1670) et, plus encore, dans la biographie romancée "La Fameuse Comédienne" (1688), qui dresse de « la Molière » un portrait extrêmement négatif. Grimarest, qui s'appuie sur les souvenirs de Baron et de nombreux témoignages, laisse entendre que le couple n'était pas heureux et présente Armande comme « une coquette outrée ». Dans les moments difficiles, Molière se retirait dans la maison qu'il louait dans le village d'Auteuil depuis le milieu de la décennie 1660-1670. Toujours amoureux de sa femme, il l'aurait décrite sous les traits de Lucile dans "Le Bourgeois gentilhomme" (). Le temps des polémiques. La querelle de "L'École des femmes". Le , la troupe crée "L'École des femmes", quatrième grande comédie de Molière, dans laquelle il bouscule les idées reçues sur le mariage et la condition des femmes. Le succès, éclatant, consacre Molière comme grand auteur. C'est de cette période, en particulier, que les historiens datent le début de ses relations avec Nicolas Boileau, qui fait paraître en ses célèbres dans lesquelles il défend vigoureusement la pièce : . Cependant, quelques littérateurs en quête de notoriété pointent dans la pièce ce qu'ils feignent de considérer comme des indices d’immoralité, telle la fameuse scène du « le… » (), et d’impiété, telle la prétendue parodie de sermon dans les recommandations d’Arnolphe à Agnès, et des commandements divins dans les "Maximes du mariage ou les devoirs de la femme mariée, avec son exercice journalier" (). À cela s'ajoutent des comédies jouées par la troupe concurrente de l’hôtel de Bourgogne, qui mettent en cause la moralité de Molière et l’attaquent sur sa vie privée. La querelle de "L’École des femmes" va durer plus d’un an et nourrir les entretiens des salons parisiens. Molière, qui semble avoir d'abord bien accueilli la publicité que lui attiraient ces critiques, réplique une première fois en au Palais-Royal par "La Critique de l'École des femmes", dans laquelle un des personnages revient sur le scandale provoqué par la scène du « le… ». Faisant valoir , il montre que l'art de la comédie est plus exigeant que celui de la tragédie : En juin, fait dispenser ses premières « gratifications aux gens de lettres ». Molière, qui fait partie des bénéficiaires, compose et fait paraître à cette occasion un "Remerciement au Roi" en vers libres. Sa gratification sera renouvelée tous les ans jusqu’à sa mort. En octobre, il présente devant la cour "L'Impromptu de Versailles", sorte de , dans laquelle il met en scène sa propre troupe en train de répéter et demande solennellement à ses ennemis de cesser de l'attaquer sur sa vie privée. L’interdiction du "Tartuffe". Le , dans le salon de la reine-mère Anne d'Autriche au Louvre, Molière présente devant la famille royale une comédie-ballet, "Le Mariage forcé", dans laquelle il reprend son personnage de Sganarelle et où danse, costumé en Égyptien. Du au , la troupe de Monsieur est à Versailles pour les fêtes des Plaisirs de l'île enchantée, qui sont en quelque sorte l’inauguration des jardins de Versailles. C’est un véritable et sa troupe contribue beaucoup aux réjouissances des trois premières journées. Le deuxième jour, elle crée "La Princesse d'Élide", dont Molière, pressé par le temps, n'a pu versifier que le premier acte et une scène du deuxième. Le soir du 12, alors qu'une partie des invités du roi a regagné Paris, la troupe crée une nouvelle comédie de Molière intitulée, semble-t-il, "Le Tartuffe ou l'Hypocrite". Cette première version en trois actes est chaudement applaudie par le roi et ses invités. Le lendemain pourtant, ou le surlendemain, se laisse convaincre par son ancien précepteur, le tout nouvel archevêque de Paris Hardouin de Péréfixe, d'interdire les représentations publiques de la pièce . Cette satire de la fausse dévotion, en plaçant la religion sous un jour comique sinon ridicule, scandalise les milieux dévots. La pièce de Molière prend en effet position sur une question éminemment politique, celle de la séparation de l'Église et de l'État : Quelques semaines après la première représentation, le curé Pierre Roullé, farouche adversaire du jansénisme, publie un opuscule intitulé "Le Roy glorieux au monde, ou , le plus glorieux de tous les Roys du monde", dans lequel il traite Molière de . Molière se défend par un premier "", à l'été 1664, dans lequel il cite les outrances de ce pamphlet comme contraires au jugement favorable qu'avait d'abord donné le roi et invoque pour sa défense le but moral de la comédie : Louis XIV ayant confirmé l'interdiction de représenter la pièce en public, Molière entreprend de la remanier pour la rendre conforme à son argumentation. On sait, par une lettre du duc d’Enghien, qu'au début de l'automne 1665 il est en train d’ajouter un quatrième acte aux trois actes joués à Versailles l'année précédente. À la fin de , Molière profite d’un passage du roi chez son frère et sa belle-sœur à Saint-Cloud pour obtenir l’autorisation de représenter une nouvelle version en cinq actes. La pièce s’appelle désormais "L’Imposteur" et Tartuffe y est renommé Panulphe. Créé le au Palais-Royal devant une salle comble, le spectacle est immédiatement interdit sur ordre du premier président du Parlement, Guillaume de Lamoignon , interdiction redoublée le par l’archevêque de Paris, qui fait défense à ses diocésains, sous peine d’excommunication, de représenter, lire ou entendre la pièce incriminée. Molière tente d'obtenir l'appui de en écrivant un "", que La Grange et La Thorillière sont chargés d'aller présenter au roi, qui fait alors le siège de Lille. Cette démarche reste sans succès. Pour que la pièce soit définitivement autorisée, sous le titre "Le Tartuffe ou l'Imposteur", il faudra attendre encore un an et demi et la fin de la guerre contre les jansénistes, ce qui donne à les coudées franches en matière de politique religieuse. Cette autorisation intervient au moment exact de la conclusion définitive de la Paix clémentine, aboutissement de longues négociations entre, d’un côté, les représentants du roi et le nonce du pape Clément IX et, de l’autre, les représentants des « Messieurs » de Port-Royal et des évêques jansénistes. La coïncidence est frappante : l’accord étant conclu en , c’est le qu’une médaille commémorant la Paix de l’Église est frappée. Et c’est le , deux jours avant la première du "Tartuffe", que le nonce du pape remet à deux dans lesquels se déclarait entièrement satisfait de la et de l' des quatre évêques jansénistes. "Le Tartuffe" définitif est ainsi créé le . C’est le triomphe de Molière, sa pièce le plus longtemps jouée ( jusqu’à la fin de l’année) et son record de recettes. Triomphe et mise en cause du "Festin de Pierre", puis protection royale. Le dimanche , la troupe de Monsieur crée "Le Festin de Pierre ou l'Athée foudroyé", comédie de Molière qui constitue la troisième adaptation française de la légende de Don Juan. C'est un triomphe : la recette dépasse même celles de "L'École des femmes", et les suivantes s'accroîtront encore durant les deux premières semaines du carême. Donné quinze fois jusqu'au , le spectacle n'est pas repris après le relâche de Pâques. Le texte de Molière ne sera édité qu'après sa mort et il faudra attendre cent cinquante ans pour qu'il soit rejoué sur une scène française. Au cours du relâche de Pâques, un libraire spécialisé dans la publication de pièces de théâtre, et en particulier celles qui ont été créées à l'hôtel de Bourgogne, met en vente un libelle au titre presque anodin : "Observations sur une comédie de Molière intitulée « Le Festin de Pierre »", dans lequel un « sieur de Rochemont », dont on ignore aujourd'hui encore la véritable identité, s'en prend avec une extrême violence à Molière et à ses deux dernières pièces : "Le Tartuffe" et "Le Festin de Pierre". Le succès de ce pamphlet est immédiat et presque aussi important que celui de la comédie qu'il dénonce. Deux partisans de Molière prennent sa défense quelques mois plus tard : le premier n'a jamais été identifié ; le second serait Jean Donneau de Visé selon René Robert et François Rey. Ils seront rejoints en août par Charles Robinet, ancien détracteur de Molière et principal rédacteur de la "Gazette" dite de Renaudot. Le roi fait taire les adversaires de Molière en prenant la troupe sous sa protection. Selon François Rey, l'événement aurait eu lieu le , dans le cadre d'une grande fête donnée par à Versailles et où la troupe de Molière a été appelée à jouer "Le Favori" de , qu'elle vient de créer au Palais-Royal. Ce jour-là, écrira plus tard La Grange dans son "Registre", en se trompant apparemment de date et de lieu, . Désormais, les trois troupes françaises de Paris sont directement sous l'autorité royale. L'apogée de sa carrière. Contrairement à une idée reçue depuis le , on ne voit pas que Molière ait eu à souffrir des polémiques occasionnées par ses trois pièces réputées les plus audacieuses. Comédies-ballets créées à la cour et comédies unies créées à la ville ou à la cour alternent avec un succès qui se dément rarement jusqu'à la mort de Molière en . Et les critiques qui ont cru que "Le Misanthrope", créé en , manifestait le désarroi de Molière face aux difficultés rencontrées par "Le Tartuffe" n'ont sans doute pas pris suffisamment en compte le témoignage, il est vrai tardif, de Nicolas Boileau, selon lequel "Le Misanthrope" aurait été entrepris dès le commencement de 1664, c'est-à-dire parallèlement au "Tartuffe". Certes, Molière dut patienter cinq ans avant que son "Tartuffe" reçoive enfin l'autorisation d'être représenté en public, et il lui fallut transformer sa pièce pour en gommer le côté trop manifeste de satire de la dévotion. L'Église et les dévots ne furent cependant pas dupes et continuèrent de juger la pièce dangereuse. Si Molière n'a jamais voulu renoncer à cette pièce, quoique interdite, c'est qu'il se savait soutenu par les personnages les plus puissants de la cour, à commencer par le roi lui-même, et qu'il était certain qu'une comédie qui ridiculisait les dévots attirerait la foule dans son théâtre. Parallèlement, Molière put donner l'impression de s'orienter vers des sujets en apparence inoffensifs : c'est du moins ainsi que l'interprétèrent les critiques du . En fait, Molière passa d'une satire à une autre, en apparence plus inoffensive et moins dangereuse : celle de la médecine et des médecins . La troupe. La troupe est d’une stabilité exemplaire. À Pâques 1670, elle compte encore trois acteurs du temps de l’Illustre Théâtre : Molière, Madeleine Béjart et sa sœur Geneviève. Sept en faisaient partie lors des débuts à Paris (les mêmes plus Louis Béjart et le couple De Brie). Neuf y jouent depuis le remaniement de 1659 (les mêmes, plus La Grange et Du Croisy). Les nouveaux sont La Thorillière (1662), Armande Béjart (1663) et André Hubert (1664). Un seul départ volontaire : celui de Marquise Du Parc, qui, à Pâques 1667, passe à l'hôtel de Bourgogne, où elle créera le rôle-titre de l’"Andromaque" de Racine. Un seul départ à la retraite : celui de L'Espy, frère de Jodelet. En 1670, Louis Béjart demande à son tour à quitter le métier ; il a . Les comédiens s’engagent à lui verser une pension de aussi longtemps que la troupe subsiste. En , le jeune Michel Baron, alors âgé de , entre dans la troupe. Molière tenait tellement à l’y avoir qu'il avait obtenu une lettre de cachet du roi pour l’enlever, malgré son contrat, à la troupe de campagne dont il faisait partie. Ce dernier a une part et le couple Beauval, comédiens chevronnés, une part et demie. La compagnie compte désormais huit comédiens et cinq comédiennes, pour douze parts et demie. Madeleine Béjart meurt le , un an jour pour jour avant Molière. Elle est inhumée sans difficulté sous les charniers de l'église Saint-Paul. Elle a en effet reçu les derniers sacrements, après avoir signé (sous la contrainte) l'acte de renonciation solennelle à la profession de comédienne. Elle jouissait d’une large aisance. Son testament favorise grandement sa sœur (ou sa fille) Armande. Pour les comédiens de Molière, c’est la prospérité. Pour les cinq dernières saisons (1668-1673), le bénéfice total annuel de la troupe s'élève en moyenne à , contre les cinq saisons précédentes, à répartir en douze parts environ. Molière est riche. Roger Duchêne a calculé que, pour la saison 1671-1672, sa femme et lui ont reçu à eux deux pour leurs parts de comédiens, plus ce que Molière a eu de la troupe comme auteur et ce que les libraires lui ont versé pour la publication de ses pièces. Il s’y ajoute les rentes des prêts qu’il a consentis et les revenus qu’Armande tire de l’héritage de Madeleine, soit au total plus de , l’équivalent, ajoute Duchêne, du montant de la pension que verse au comte de Grignan pour exercer sa charge de lieutenant général au gouvernement de la Provence. Durant les quatorze saisons de son activité parisienne, entre 1659 et 1673, la troupe a joué quatre-vingt-quinze pièces pour un total de , publiques ou privées. Les sept dernières saisons de Molière. Saison 1665-1666 : le , la Troupe du Roi crée devant la cour réunie à Versailles "L'Amour médecin", comédie-ballet en trois actes et en prose. Ce a été, écrit Molière dans sa préface, . : très longue interruption des représentations de la troupe. Le bruit court que Molière est malade. Saison 1666-1667 : en mars, paraît la première véritable édition de ses "Œuvres complètes" en deux volumes et à pagination continue. Elle contient neuf pièces et est imprimée et mise en vente par un cartel de huit libraires, avec des « lettres [de privilège] obtenues par surprise », ce qui amènera Molière à confier la publication de sa comédie suivante, "Le Misanthrope", à un libraire, Jean Ribou, qui en 1660 avait piraté "Les Précieuses ridicules" et "Sganarelle ou le Cocu imaginaire". Le , il donne la première représentation publique du "Misanthrope", sa pièce, dans laquelle il joue le rôle d'Alceste. Cette « grande comédie » est une pièce . Au lieu de montrer un amoureux dont les desseins sont contrariés par un rival ou un père intransigeant, le protagoniste y est son propre adversaire. La pièce sera jouée jusqu’à la fin du règne de (1715). Le , au Palais-Royal, Molière crée "Le Médecin malgré lui", qu'il appelle une « petite bagatelle ». Selon son contemporain Subligny : Le , la troupe part à Saint-Germain pour de grandes fêtes données par le roi, qui mobilisent toutes les troupes de Paris et dureront jusqu’au . Elle joue dans le "Ballet des Muses" et donne trois comédies ("Pastorale comique", "Mélicerte" et "Le Sicilien"). Le poète de la cour Benserade écrit à cette occasion : Mars- : maladie de Molière. Le , première du "Sicilien" à Paris. La recette est la plus faible jamais réalisée par la création d'une pièce de Molière. Celle-ci est toutefois considérée comme la meilleure partition musicale de Lully, grâce à . Le , création de "L'Imposteur", réécriture du "Tartuffe", interdit immédiatement. Ordonnance de Péréfixe qui menace d'excommunication toute personne qui verrait, lirait ou écouterait cette pièce. Molière se retire de la scène pendant plusieurs mois. Saison 1667-1668 : le , "Amphitryon", comédie en trois actes et en vers libres adaptée de Plaute, est créé au Palais-Royal. Le roi et la cour assistent à la aux Tuileries. Outre son appartement parisien, Molière loue une maison à Auteuil, où il se retire pour lire et se reposer, et où il invite ses amis, notamment Chapelle. Saison 1668-1669 : c’est une saison faste. Pour célébrer la paix d’Aix-la-Chapelle (), le roi donne à sa cour des fêtes grandioses. Plus de deux mille personnes assistent au Grand Divertissement royal, pastorale avec chants et danse. La musique est de Lully, le texte de Molière. La comédie "George Dandin" est enchâssée dans la pastorale. "L’Avare", comédie en cinq actes et en prose, est créé le au Palais-Royal. Après "Amphitryon" créé en janvier, c’est la deuxième pièce adaptée de Plaute en une année. Molière la jouera 47 fois dans son théâtre. Les recettes, assez modestes, montrent à l'évidence que le public ne s'est pas passionné pour la pièce, alors que celle-ci deviendra l’un de ses plus grands succès. "L'Avare" est parfois caractérisé, à l'instar du "Misanthrope" et des "Femmes savantes", comme une « comédie sérieuse », Harpagon n’étant pas un personnage entièrement comique. Le triomphe du "Tartuffe", enfin joué librement le , va faire oublier le relatif échec de "L'Avare". Saison 1669-1670 : la troupe a suivi la cour à Chambord du au . C’est là qu’est joué "Monsieur de Pourceaugnac", nouvelle comédie-ballet, où . La pièce est plus dure pour les médecins que "Le Malade imaginaire", aussi âpre que "L'Amour médecin". Reprise à Paris en novembre, elle y obtient un vif succès. Pour le carnaval, un spectacle est commandé à Molière : ce seront "Les Amants magnifiques", comédie en cinq actes et en prose, . Le spectacle donné à Saint-Germain, en , . Saison 1670-1671 : , qui vient de recevoir à Versailles l'ambassadeur ottoman Soliman Aga, veut donner à sa cour une comédie-ballet où des Turcs apparaissent sur scène à leur désavantage. Molière compose le texte, Lully la musique : l'ensemble donne "Le Bourgeois gentilhomme". Le texte et l'intrigue n'ont ici qu'une importance secondaire, l'accent étant mis sur le côté spectaculaire d'une pièce qui se termine dans une . Donnée sept fois devant la cour en , puis au Palais-Royal à partir du , la pièce est . En , dans la grande salle des Tuileries, la Troupe du Roi crée devant la cour la tragédie-ballet de "Psyché". Pressé par le temps, Molière a dû demander l'aide de Pierre Corneille et Philippe Quinault pour la versification. La musique est de Lully. La jeune Esprit Madeleine Poquelin joue le rôle d'une petite Grâce accompagnant Vénus. Saison 1671-1672 : "Les Fourberies de Scapin", créées le , sont un échec : seulement, avec des recettes de plus en plus faibles. À croire que le public a partagé l'opinion que Boileau exprimera deux ans plus tard dans son "Art poétique" : La pièce connaîtra le succès après la mort de Molière : de 1673 à 1715. En , le roi commande pour l’arrivée de la nouvelle épouse de Monsieur un ballet, "La Comtesse d'Escarbagnas", joué plusieurs fois devant la cour. Le , "Les Femmes savantes", septième et dernière grande comédie en cinq actes et en vers de Molière, est créée au Palais-Royal. C'est un franc succès : de recette. Bussy-Rabutin estime que c'est . La pièce sera affichée sans discontinuer jusqu'au , en deçà et au-delà du relâche de Pâques. Le roi la verra deux fois, la première à Saint-Cloud, le , la seconde le à Versailles ; ce sera alors la dernière fois que Molière jouera à la cour. Le , Molière et sa famille s’installent rue de Richelieu, dans une vaste maison à deux étages avec entresol. Le , la troupe donne la première représentation du "Malade imaginaire", employant huit chanteurs et nombre de danseurs et musiciens. Loin d'être secondaires, les intermèdes musicaux occupent plus d'une heure dans la pièce et la musique de Charpentier, . C'est un succès : La quatrième sera fatale à Molière. Avec "Monsieur de Pourceaugnac" (1669), "Le Bourgeois gentilhomme" (1670) et "Le Malade imaginaire" (1673), Molière est parvenu, écrit Georges Forestier, . En même temps, comme le fait remarquer Ramon Fernandez, "Monsieur de Pourceaugnac" présente , comme c'était déjà le cas dans "Amphitryon", "George Dandin" et "L’Avare" : Molière s'est désintéressé de la leçon morale de la comédie. Le conflit avec Lully et la réponse de Molière. À partir de 1664, et pendant huit ans, Molière et Lully, surintendant de la musique royale, collaborent avec succès, Lully composant la musique des comédies de Molière pour les grandes fêtes royales. Comme Molière, il pensait jusqu’alors l’opéra en français impossible. Le succès de "Pomone", premier opéra français, le fait changer d’avis. En , Lully obtient du roi l’exclusivité des spectacles chantés et interdit aux troupes théâtrales de faire chanter une pièce entière sans sa permission. La troupe de Molière proteste, une bonne partie de son répertoire étant constituée de comédies-ballets. Le , le roi lui accorde la permission d’employer et , à peu près l’effectif utilisé par son théâtre. Le , "La Comtesse d'Escarbagnas" est donnée au Palais-Royal avec une musique nouvelle de Marc-Antoine Charpentier, récemment revenu de ses études à Rome. En septembre, un nouveau privilège accorde à Lully la propriété des pièces dont il fera la musique. Molière confie aussi à Marc-Antoine Charpentier les intermèdes musicaux de pièces anciennes qu'il reprend, tel "Le Mariage forcé" dont le trio burlesque « La, la, la, la, bonjour » est resté célèbre. Le goût du roi va à l’opéra, au détriment de ce que pratique Molière, attaché à l’importance du texte parlé et à la primauté de l’écrivain sur le musicien. Mais le roi aime aussi la comédie. Le succès du "Bourgeois gentilhomme" et le triomphe de "Psyché" avec une musique de Marc-Antoine Charpentier au Palais-Royal, le , lui ont aussi confirmé que la troupe peut prospérer en jouant des pièces avec ballets et parties chantées pour le seul public parisien. « Malade imaginaire » et maladie réelle : légendes et réalités. Depuis le et surtout le siècles, amateurs de Molière et historiens se sont interrogés sur la santé de cet auteur qui a été emporté par la maladie au sortir de la quatrième représentation du "Malade imaginaire", le 17 février 1673, et ils ont reconstruit l'histoire de sa santé à partir de la fin. Découvrant que Molière était resté éloigné du théâtre à deux reprises en février 1666 et en avril 1667 et qu'on avait alors craint pour sa vie – le 1666, le protestant Élie Richard écrit à son cousin Élie Bouhéreau, qui habite Dublin : et en avril 1667 le gazetier Charles Robinet écrit : – ils en ont déduit que des rumeurs avaient commencé à courir sur sa santé dès 1665 et qu'il aurait rechuté en 1666, premières atteintes du mal qui allait le ronger puis l'emporter huit ans plus tard. En fait, les gazetiers, qui ont continué à signaler les maladies et les fièvres qui mettaient en danger les personnages les plus importants de Paris et de la Cour et qui avaient les yeux constamment fixés sur Molière, n'ont plus jamais signalé quelque maladie, quelque défaillance, quelque accès de fièvre et ont manifesté, comme tous les contemporains, une surprise extrême à l'annonce de sa mort (voir l'article Mort de Molière). De la même manière, les historiens ont lu au sens littéral des passages contenus dans une comédie-pamphlet intitulée "Élomire hypocondre" (1670) : Mais la lecture de l'ensemble du texte fait découvrir au contraire que c'est un Molière en pleine forme qui énonce ce symptôme et que sa femme se désespère de voir qu'il se croit malade alors qu'il a toute sa santé : l'intention de l'auteur d"'Élomire hypocondre" était de retourner contre Molière la satire anti-médicale contenue dans la plus récente comédie-ballet de Molière ("Monsieur de Pourceaugnac") et de présenter Molière comme un hypocondriaque qui se croit malade et veut consulter des médecins et des guérisseurs qui se moquent de lui. Dans la préface de l'édition posthume des "Œuvres de Monsieur de Molière", attribuée à La Grange, un comédien entré dans la troupe en 1659 et qui y est resté jusqu'à la fin, ce dernier écrit : Après la mort de Molière, aucune des très nombreuses épitaphes qui circuleront dans les semaines et les mois suivants ne laissera pourtant entendre que Molière était malade ; bien au contraire, beaucoup joueront avec le paradoxe que Molière, à jouer le malade et à feindre le mort en scène, a été rattrapé par la maladie et par la mort qui s'est ainsi vengée. C'est à partir d'un roman biographique diffamatoire entièrement tourné contre Armande Béjart ("La Fameuse Comédienne", anonyme, 1687) qu'est apparu le thème d'un Molière hanté par les infidélités de sa femme et progressivement rongé par la jalousie au point de s'en rendre de plus en plus malade. La même idée sera reprise par son premier biographe, Grimarest ("La Vie de Monsieur de Molière", 1705), ouvrage qui pourrait ensuite avoir influencé divers recueils de souvenirs sur le grand comédien. Ainsi lit-on, sous la plume de Jacques de Losme de Montchesnay (1666-1740), confident de Boileau, l'anecdote selon laquelle cet ami de Molière lui aurait conseillé de quitter le théâtre, du moins comme acteur : La maladie devait toutefois progresser et se transformer en bronchite chronique pour finalement dégénérer en pneumonie ou en pleurésie. C'est à partir de ces divers témoignages , que l'histoire de la création de sa dernière comédie a été reconstituée. Il est en effet frappant qu'en 1673, Molière crée au Palais-Royal une comédie mêlée de musique (de Marc-Antoine Charpentier) et de danses, "Le Malade imaginaire", sa trentième pièce, dans laquelle il joue le personnage d'Argan, qui doit feindre d'être mort et dont une des répliques est précisément : Beaucoup de critiques ont dès lors estimé que le choix d'un tel sujet ne saurait être attribué à une pure coïncidence. Patrick Dandrey y voit . D'autres critiques ont reconstitué tout le parcours de Molière à partir de cette dernière pièce, tel Gérard Defaux, selon qui Molière était certainement conscient qu'il allait livrer sa dernière pièce : Une mort légendaire. Les circonstances. Le , un an jour pour jour après la mort de Madeleine Béjart, la Troupe du Roy donne la quatrième représentation du "Malade imaginaire". Molière, qui y tient le rôle d'Argan, se sent plus fatigué qu'à l'ordinaire par sa « fluxion de poitrine », mais il refuse d'annuler la représentation. Selon le témoignage de La Grange (ci-contre), la mort serait survenue sur les dix heures du soir au 40, rue de Richelieu, ce que confirme la requête qu'Armande Béjart, veuve du défunt, a fait parvenir à l’archevêque de Paris, et dans laquelle elle fournit divers détails omis par Grimarest, notamment les allées et venues qui ont duré plus d’une heure et demie pour trouver un prêtre. Cette requête est le témoignage le plus fiable avec celui de La Grange. L'idée selon laquelle il fut pris d'un malaise sur scène et qu'il était n'apparaît que dans des récits romancés postérieurs qui s'accordent seulement sur le fait qu'il mourut quelques heures plus tard. Se fondant sur les souvenirs très peu fiables (si l'on en croit ses contemporains) de l'acteur Michel Baron, Grimarest a donné un récit circonstancié de cette fin, entièrement centré sur le seul Baron, qui sera repris sous des formes plus ou moins épurées par les historiens des , alors même qu'il est par avance contredit par le texte de la requête présentée par Armande Béjart à l'archevêque de Paris au lendemain de la mort de Molière : L’inhumation. Molière n’ayant pas signé de renonciation à sa profession de comédien, il ne peut recevoir une sépulture religieuse, car le rituel du diocèse de Paris subordonne l’administration des sacrements à cette renonciation faite par écrit ou devant un prêtre. L’Église est embarrassée. Le curé de Saint-Eustache ne peut, sans faire scandale, l’enterrer en faisant comme s’il n’avait pas été comédien. Et, de l’autre côté, refuser une sépulture chrétienne à un homme aussi connu risquait de choquer le public. La solution était de s’adresser à l’archevêque de Paris, ce que fait Armande le dans sa requête, où elle affirme que des trois prêtres de la paroisse de Saint-Eustache auxquels elle avait fait appel pour porter l'extrême-onction à Molière, deux avaient refusé de venir et le troisième était arrivé trop tard. Pour plus de sûreté, elle va se jeter aux pieds du roi, qui la tout en faisant écrire à l'archevêque . Ce dernier, après enquête, recueillies, permet au curé de Saint-Eustache d’enterrer Molière, à condition que cela soit . Molière est donc enterré de nuit le 21 février dans le cimetière de la chapelle Saint-Joseph. Le récit de la cérémonie est fait par un témoin anonyme sur un pli adressé à un prêtre de l'église Saint-Joseph : Le suivant, "La Gazette d'Amsterdam" consacrera un article à la mort et à l'enterrement de Molière. Du 13 au suivant, on procède à un inventaire de ses biens. La fin brutale d'un comédien aussi célèbre et controversé donna lieu à une centaine d’épitaphes et de poèmes. La plupart exprimaient de l'hostilité à l'égard de Molière, d'autres célébraient ses louanges, comme l’épitaphe composée par La Fontaine : Le , désireuses d’honorer les cendres des grands hommes, les autorités révolutionnaires firent exhumer les restes présumés de Molière, et ceux de La Fontaine qui reposait dans le même lieu. L’enthousiasme étant retombé, les dépouilles restèrent de nombreuses années dans les locaux du cimetière, puis furent transférées en l'an VII au musée des monuments français. Quand ce musée fut supprimé, en 1816, on transporta les cercueils au cimetière de l’Est, l'actuel Père-Lachaise, où ils reçurent une place définitive le . Épilogue. Une semaine après la mort de Molière, les représentations reprennent : "Le Misanthrope" d'abord, avec Baron dans le rôle d'Alceste, puis "Le Malade imaginaire", avec La Thorillière dans celui d'Argan. Au cours de la clôture de Pâques, Baron, La Thorillière et le couple Beauval quittent la troupe pour rejoindre l'hôtel de Bourgogne ; un mois plus tard, le roi reprend aux camarades de Molière la salle qu'il avait accordée en 1660 à la et la donne à Lully, afin d'y représenter ses spectacles d'opéra. En 1680, un décret royal fait obligation à la Troupe du Roy à l'hôtel de Guénégaud de fusionner avec la Troupe Royale de l'hôtel de Bourgogne : c'est la naissance de la Comédie-Française. La nouvelle compagnie, assez nombreuse pour se partager entre Paris et les lieux de résidence de la cour, joue désormais tous les jours de la semaine, et non plus seulement les . En 1682, La Grange, à qui Armande Béjart avait remis tous les papiers de son défunt mari, publie les "Œuvres de Monsieur de Molière" en huit tomes, dont les deux derniers, intitulés "Œuvres posthumes", donnent à lire pour la première fois des pièces que Molière n'avait jamais fait paraître. Selon certains, La Grange n'aurait pas hésité à modifier les dialogues de plusieurs comédies ; ce faisant, il inaugurait une pratique éditoriale qui s'est prolongée jusqu'aujourd'hui. Le premier volume s'ouvre sur une préface non signée mais assurément composée par La Grange et qui constitue la première notice biographique consacrée à Molière. En 1705, Jean-Léonor Le Gallois de Grimarest publie, sous le titre de "", la première véritable biographie du , dont une grande partie des éléments lui a été fournie par le comédien Michel Baron et qui, maintes fois rééditée en dépit des critiques dont elle a été l'objet dès sa parution, reste un document incontournable. En 1723, la postérité de Molière s'éteint avec la mort de sa fille, Esprit-Madeleine Poquelin. La vie de Molière reste encore mal connue. Nous ne possédons de lui ni lettres, ni brouillons, ni mémoires. Les maisons dans lesquelles il a vécu ont disparu. Les seuls restes tangibles de son existence sont un ensemble d'actes notariés signés de sa main et le fauteuil dans lequel il a eu un malaise lors de sa dernière représentation (reproduit plus haut). L'homme Molière. Aspect physique et traits de caractère. On attribue à mademoiselle Poisson un portrait de Molière assez précis, que Jean-Louis Ignace de La Serre a reproduit en 1734 : Ce jugement est corroboré par de nombreux témoignages, tous, il est vrai, postérieurs à la mort de Molière. Dès 1674, Samuel Chappuzeau fait un vibrant « Éloge de Molière » : La même année, dans la comédie "L'Ombre de Molière", Brécourt dresse de son ancien camarade de scène un portrait tout aussi flatteur, le décrivant comme . Dans la préface de 1682, La Grange, qui a été son camarade durant plus de treize ans, le décrit comme : Ce côté rêveur est également mentionné par Grimarest : De même, Nicolas Boileau En 1663, dans sa comédie "Zélinde ou la véritable critique de l'École des femmes", Donneau de Visé présente Élomire [Molière] appuyé sur un comptoir et silencieux, Et Donneau précise plus loin que Molière semblait cacher sous son manteau des tablettes sur lesquelles il notait les propos entendus ou dessinait les grimaces des gens qu'il observait. Plusieurs anecdotes attestent qu'il était aussi d'un tempérament impatient et . Grimarest relève également qu', qu' et que . L'acteur et le chef de troupe. En ce qui a trait à ses qualités d'acteur, Selon Donneau de Visé, À propos du jeu de Molière dans "Sganarelle", il écrit dans ses commentaires publiés sous le pseudonyme de Neuf-Villenaine : , ajoutant que Molière comme acteur avait . En revanche, Molière était médiocre dans le genre sérieux et se faisait régulièrement siffler dans des rôles tragiques. Comme le note Charles Perrault en 1697 : Ses qualités d'acteur ainsi que l'avaient tout naturellement porté à la tête de ses camarades et il a laissé le souvenir d'un . Perfectionniste, il préparait la représentation d'une nouvelle pièce par des répétitions précises et minutieuses, qui pouvaient parfois durer plus de deux mois. Donneau de Visé en donne ce témoignage : Lors de la représentation du "Tartuffe" en , Charles Robinet note : Comme le souligne René Bray, Ses camarades continuèrent à lui faire confiance car il s'était acquis leur loyauté et, même au cours des pires moments qu'elle eut à traverser, . Il lui fallut aussi arbitrer à plusieurs reprises les rivalités de préséance entre les trois comédiennes vedettes de la troupe : Madeleine Béjart, la plus ancienne, la Du Parc renommée pour sa beauté et la De Brie dont le talent était remarquable. Excellent improvisateur, il a été jusqu'à l'automne 1664 l"orateur" de la troupe, chargé de présenter la pièce avant la représentation pour obtenir l'attention du public tout en vantant l'intérêt ou le mérite des acteurs. Cette tâche, qui exigeait , fut ensuite confiée à La Grange. Ses amis et connaissances. Molière ne semble pas avoir eu de véritables liens d'amitié avec les comédiens de sa troupe, à l'exception de Baron, et un historien a pu souligner comme « l'un des paradoxes du personnage, modèle de tous les comédiens français, [le fait] que sa vie professionnelle ait été entièrement vouée au théâtre, alors que ses amitiés, ses attachements, ses goûts, ses intérêts intellectuels […] le portaient vers les salons et les compagnies savantes, vers des poètes, des traducteurs, des philosophes, des médecins, des physiciens, des voyageurs ». On relève ainsi, parmi ses fréquentations plus ou moins proches, le poète libertin Chapelle, le philosophe François de La Mothe Le Vayer, précepteur de Monsieur, son fils l'abbé La Mothe Le Vayer, aumônier de Madame et passionné de comédie, et sa nièce Honorée de Bussy. Il fréquentait aussi le médecin et voyageur François Bernier, vulgarisateur de l'œuvre de Gassendi, le mathématicien et physicien Jacques Rohault, le secrétaire d'État Louis-Henri de Loménie de Brienne, les peintres Nicolas et Pierre Mignard, les frères Pierre, Gilles et Nicolas Boileau, l'avocat Bonaventure de Fourcroy, le nouvelliste et dramaturge Jean Donneau de Visé, longtemps son détracteur, ainsi que son médecin Armand-Jean de Mauvillain. Il a également compté parmi ses amis Jean-Baptiste Lully, avec qui il collabora jusqu'en 1672, et un certain M. de Saint-Gilles, intendant de Brienne, qui avait été l'ami de Cyrano de Bergerac et d'Henry Le Bret, dont on sait peu de choses, mais qu'au dire de Boileau, Molière aurait peint dans "Le Misanthrope" sous le nom de Timante. Il recevait parfois ses amis dans la maison qu'il louait à Auteuil depuis 1667. Une soirée est restée célèbre sous le nom de « souper d'Auteuil », auquel participaient entre autres Chapelle, Baron, Lully, Alexis de Sainte-Maure, marquis de Jonzac, premier écuyer de Monsieur, et François du Prat, chevalier de Nantouillet. Molière penseur de la société de son époque ? La critique est divisée sur la façon de juger Molière. On l’a décrit comme « un bourgeois qui possède un sens aigu du travail et de la responsabilité envers sa troupe », un ou un écrivain engagé. À la suite de Henry Becque et Émile Faguet, certains moliéristes, comme Paul Bénichou et René Bray, affirment la primauté chez Molière de l’homme de théâtre et du praticien de la scène sur le penseur et l'homme de lettres, alors que d'autres voient en lui un philosophe et un . Ses comédies, qui reproduisent la nature en peignant la réalité sociale, contiennent cependant suffisamment d'ambiguïté dans l'exagération même des portraits qu'elles peignent pour se prêter à des lectures contradictoires : Selon Cyril Chervet, il importe de dépasser les ambiguïtés de la tradition biographique pour se centrer sur les pièces et les textes qui les accompagnent, qui révèlent Sans être « libertin » au sens moderne du mot ni porteur d'un système philosophique précis, Molière apparaît comme un homme qui et dont les pièces présentent des échos de disputes philosophiques qui servent . À partir de 1658, année où sa troupe est agréée par le frère du roi, . Loin de s’en tenir à représenter des divertissements anodins, il s’attaque alors à des sujets qui touchent au vif certaines institutions ou pratiques établies. Dès 1659, il propose dans "Les Précieuses ridicules" une critique du parler précieux dont l’effet est dévastateur sur les tenants de cette mode. Le grammairien Gilles Ménage se souvient de la première représentation de la pièce : . Avec "L'École des maris" (1661) et plus encore "L'École des femmes" (1662), Molière se moque des tyrans domestiques et plaide en faveur de l’éducation des femmes. Il affiche aussi une audace et une maîtrise dans le maniement des sous-entendus qui commencent à inquiéter les milieux dévots. Allant encore plus loin dans la critique sociale, il dénonce dans "Le Tartuffe" les escroqueries qui se commettent sous le couvert de la dévotion et revendique le droit pour la comédie de travailler à réformer les mœurs, contestant ainsi la compétence exclusive que l'Église prétendait avoir en ce domaine. Ainsi que l'ont noté des critiques : Grâce à la protection du roi, Molière jouissait assurément d'une position sociale relativement enviable ; cela n'empêche, selon Roger Duchêne, que trois de ses comédies : "L'École des femmes", "Le Festin de Pierre" et "Le Tartuffe", . En faisant de la comédie un lieu de débats de société, il serait ainsi devenu pour les milieux dévots l'adversaire à combattre. À bien des égards, L'œuvre. L'œuvre de l'écrivain Molière est indissociable de son métier d'acteur : Au total, il a tenu À l'exception de quelques préfaces et poèmes de circonstance, cette œuvre est entièrement dramatique et se compose d'une trentaine de comédies, accompagnées ou non d'entrées de ballet et de musique. Dans ses débuts, au cours de ses treize années de carrière provinciale (voir plus haut), il a composé des farces, dont deux seulement, "La Jalousie du Barbouillé" et "Le Médecin volant", ont été conservées. Sources. Selon Claude Bourqui, Accusé d'avoir fait plusieurs emprunts au "Pédant joué" de Cyrano de Bergerac, Molière aurait répondu : Au cours de ses pérégrinations en province, Molière pratique la farce dans le style italien de la "commedia dell'arte" dont il assimile les procédés et les structures dramatiques, tout en retenant aussi des personnages types, tels Scapin ou Covielle, ou créant de nouveaux noms à consonance italienne, tels Mascarille ou Sganarelle. Dans ce théâtre, le rapport au texte est très fluide et laisse aux acteurs une marge d'improvisation. L'une de ses premières farces, "Le Médecin volant", serait peut-être adaptée du ' d'un anonyme italien. "L'Étourdi" est assurément imité de ' de Niccolò Barbieri (Turin, 1628), dans lequel apparaît Scappino (Scapin). "Le Dépit amoureux" est inspiré d'une pièce de Nicolo Secchi, ' (1581). De même, "Le Festin de Pierre" reprend la légende de Don Juan, que Tirso de Molina avait portée au théâtre en 1630 avec ', mais il est douteux que Molière ait lu cette première version, et les historiens s'accordent à dire qu'il a emprunté principalement au "Festin de Pierre" de Dorimond (1659) et à celui que les Italiens jouaient dans le début des années 1660. "Le Médecin malgré lui" Molière adapte aussi des pièces du théâtre antique. Son "Amphitryon" reprend, à quelques scènes près, celui de Plaute, tandis que "L'Avare" est une adaptation de l"" ("La Marmite)". "Psyché" est tirée d'un passage des "Métamorphoses" d'Apulée. Parfois, les adaptations sont masquées. Aux "Adelphes" de Térence, il emprunte quelques éléments de "L'École des maris" et à son "" la structure des "Fourberies de Scapin". "Dom Garcie de Navarre ou le Prince jaloux" est adapté d'une pièce de Cicognini, tandis que "La Princesse d'Élide" est adaptée d'une pièce d'Agustin Moreto. Molière emprunte parfois des éléments à diverses sources, : "L'École des maris" combine une comédie espagnole d'Antonio Hurtado de Mendoza avec une farce italienne ; "L'École des femmes" contamine une nouvelle de Scarron avec une farce italienne ; "Le Tartuffe" emprunte surtout à Flaminio Scala, Vital d'Audiguier et Antoine Le Métel d'Ouville ainsi que, de façon accessoire, à une nouvelle de Scarron, "Les Hypocrites", qu'il contamine avec des ' italiens et, selon certains, il emprunterait aussi à la pièce de Pierre l'Arétin, '. Dans "Les Précieuses ridicules", Molière exploite à titre accessoire un ouvrage de Charles Sorel sur "Les Lois de la galanterie", tout en reprenant la trame de "L'Héritier ridicule" (1649) de Paul Scarron. Il construit aussi des intrigues en combinant des idées de personnages qu'il a trouvés dans le "Décaméron" de Boccace, les nouvelles de Straparole ou les fabliaux du Moyen Âge. Le personnage du "Misanthrope" pourrait lui avoir été suggéré par une pièce de Ménandre, dont il connaissait des fragments, comme l'indique une déclaration qu'il aurait faite à un ami après le succès des "Précieuses" : . Molière avait des lectures étendues : l'inventaire de sa bibliothèque mentionne quelque d'histoire et de littérature, dont de comédies françaises, italiennes et espagnoles. Les formes du comique. Molière a pratiqué la plupart des genres dramatiques de comique : farce, comédie d'intrigue, comédie de mœurs, comédie de caractère, comédie-ballet. Comme le note Forestier : Tous ses procédés se ressemblent par l'effet qu'ils provoquent : . Paul Léautaud, quant à lui, voit chez Molière « un comique douloureux, comme est le vrai comique ». Il intègre dans sa création, tout comme dans son jeu d'acteur, des personnages fort différents : . Il ne se répète jamais et n’enferme pas ses personnages dans des stéréotypes : ses médecins se comportent tantôt comme des avocats, tantôt comme des prêtres. « Chacune de ses pièces est une entité organique ("an organic whole") avec son type de comique et son propre rythme ». Chez Molière, le comique, loin d'être gratuit, vise à attirer l'attention sur des défauts courants ou à stigmatiser des réalités sociales : En un sens, c'est la fonction classique du rire, dont Bergson a dit qu'il est Ainsi que l'observe Patrick Dandrey, . Il ne s'attaque pas à des pratiques réputées malhonnêtes, mais aux comportements non réfléchis et aux multiples illusions par lesquelles les humains s'aveuglent sur eux-mêmes. Et sa critique n'épargne pratiquement personne : Molière a pour ambition de fournir à ses contemporains un miroir de leurs ridicules, comme il l'affirme dans "La Critique de l'École des femmes" : Le public était à même de se reconnaître dans les ridicules mis en scène. Or, faire rire aux dépens de grands personnages ne va pas sans risques, comme Il s'en explique notamment dans "L'Impromptu de Versailles" : En élevant l'art de la comédie au niveau jusque-là tenu par la tragédie, Molière était conscient d'innover et s'est expliqué sur ses choix théoriques dans "La Critique de l'École des femmes" (1663). Comme le souligne Robert Garapon : Comique verbal. Molière a recours à toutes les formes du comique verbal : équivoque, répétition, aparté, quiproquo, dialogue de sourds, éloge paradoxal ou parodie. Il réussit à harmoniser des styles différents chez un même personnage en jouant sur l'exagération, la répétition et la symétrie. Il ne répugne pas au calembour, pourvu que celui-ci s'accorde à son personnage : L'éloge paradoxal apparaît notamment dans "Le Festin de Pierre", où le valet Sganarelle fait l'éloge du tabac, tandis que le héros, Dom Juan, fait l'éloge de l'infidélité amoureuse et de l'hypocrisie. Ce même procédé peut prendre la forme de l'antiphrase, comme dans le passage où Sbrigani félicite Nérine de ses exploits, en réalité des méfaits qu'il présente comme des actions louables (voir encadré ci-contre). Le comique inhérent à un éloge paradoxal peut n'être pas saisi par celui qui en est l'objet. Ainsi, dans "Monsieur de Pourceaugnac", l'Apothicaire fait un éloge outré d’un médecin sans que celui-ci y trouve à redire : L'amphigouri est une autre figure propre à susciter le rire. En présence d’un homme bien portant, ce même médecin pose son diagnostic au moyen d’un long discours émaillé de jargon professionnel : Dans "Le Médecin malgré lui", Sganarelle feint d'être médecin et recourt à du pseudo-latin ainsi qu'à des termes techniques médicaux auxquels il mêle des absurdités (encadré). Il termine par une conclusion devenue proverbiale : Molière recourt volontiers à des déformations du français par un parler étranger ou régional, tels les propos en pseudo-turc dans "Le Bourgeois gentilhomme". Dans "Monsieur de Pourceaugnac", un personnage camoufle son origine en affectant d'être un marchand flamand : Plus loin, Lucette feint d'être une Gasconne qu'aurait épousée jadis M. de Pourceaugnac : Dans la scène suivante, Nérine feint d'être une autre épouse de M. de Pourceaugnac et ses déclarations, en picard, font écho de façon parodique aux affirmations de la pseudo-Gasconne dans une : Molière recourt évidemment à l'exagération, qui est un ressort comique d'autant plus efficace qu'elle s'accorde avec le personnage dont elle caricature le caractère. Ainsi, dans "L'Avare", Harpagon, ayant perdu la cassette contenant sa fortune, fait venir la police. Il s’ensuit cet échange : Comme l'a noté Ramon Fernandez, ces divers procédés sont renforcés par le découpage des scènes et le rythme des dialogues, qui ressemblent à des mouvements de danse : Comique gestuel et visuel. Molière exploite toutes les ressources du comique visuel hérité de la farce et de la "commedia dell'arte" : poursuites, coups de bâton, gesticulations, grimaces. Les contemporains ont laissé de nombreux témoignages de son extraordinaire plasticité corporelle : Même ses adversaires reconnaissaient son talent de comédien. Selon Donneau de Visé, alias Villenaine : Ainsi que nous en prévient Molière dans la préface des "Précieuses ridicules", la seule lecture du texte de ses pièces ne saurait donc rendre justice aux multiples éléments déclencheurs du comique que la mise en scène fait apparaître : . Il choisit pour ses personnages des costumes très colorés, auxquels il ajoute parfois des accoutrements extravagants. Par exemple, Mascarille, le « petit marquis » des "Précieuses ridicules", joué par Molière lui-même, est ainsi décrit par une spectatrice de l'époque : Dans "L'École des femmes", Arnolphe, impuissant à se faire aimer d'Agnès, en vient à la supplier en des termes ridiculement dramatiques : Cette déclaration était accompagnée de , comme nous l'apprend un personnage de "La Critique de l'École des femmes". Molière fait volontiers apparaître ses personnages sous des déguisements pour tromper ou mystifier. Dans "Le Malade imaginaire", la jeune servante Toinette se déguise en vieux médecin pour émettre un diagnostic qui se termine par la fameuse réplique du « poumon » (). Dans "Dom Juan", c'est Sganarelle qui se déguise en médecin et prescrit des émétiques aux effets funestes (). Dans "Amphitryon", Mercure prend la figure du valet d'Amphitryon, Sosie, pour servir les desseins amoureux de Jupiter. Le garçon amoureux se déguise en intendant dans "L'Avare", en fils du Grand Turc dans "Le Bourgeois gentilhomme", en maître de musique dans "Le Malade imaginaire" : cela lui permet dans chacun de ces cas de . Jusqu'en 1661, Molière a recours à un masque quand il interprète le personnage de Mascarille. Par la suite, il jouera Sganarelle sans masque, mais se noircit les sourcils et la moustache au charbon ou à l'encre. Il continue cependant à utiliser des masques faits sur mesure pour certains personnages, tout particulièrement les médecins dans plusieurs pièces, dont "L'Amour médecin" et "Le Malade imaginaire". Il imagine des situations proprement burlesques, comme dans "Monsieur de Pourceaugnac" où un intrigant persuade un provincial un peu épais de se travestir en femme pour échapper à ses poursuivants (). La bouffonnerie des déguisements relève donc aussi du comique de situation. Situations cocasses et renversements de perspective. Le comique de situation abonde dans les pièces de Molière : un personnage tient à voix haute des propos qu’il dément en aparté ; le mari sort de sa maison sans voir l'amant qui y entre ; un personnage que l’on sait attaché à la ruine d’un autre personnage accable ce dernier de compliments outrés dont il ne croit pas un seul mot. Ou encore, comme le signale Bergson : Un déclencheur courant est un renversement radical de situation ou de perspective. Ainsi, dans "L'Avare", le courtier Simon présente à Harpagon un emprunteur potentiel qui n'est autre que Cléante, son fils. Le père découvre que son fils est dépensier, en même temps que le fils découvre que son père est un usurier : La mise en scène de deux personnages contrastés produit aussi un effet comique, comme le note Bergson, parce que la dissemblance attire l'attention sur leur physique plutôt que sur le contenu de leurs propos : Manies et traits de caractère ridicules. Dans une étude sur le génie de Molière parue en 1736, l'écrivain et comédien Luigi Riccoboni oppose la comédie de caractère à la comédie d'intrigue : alors que, dans cette dernière, l'action et ses rebondissements sont essentiels, la première se consacre d'abord à peindre des caractères d'où découlera une action. À cet égard, . Une source importante du comique moliéresque réside en effet dans la conception des personnages principaux, souvent affligés d'une manie poussée jusqu'à l'invraisemblance. C'est cette manie qui suscite le comique, selon la thèse du philosophe Henri Bergson qui, dans son étude sur le rire, s'appuie sur les pièces de Molière pour montrer que le rire est suscité par le spectacle . Le rire est par lequel l'individu et la société tendent à se préserver : Comme le note Jacques Scherer, Cette manie pousse les personnages à un tel niveau d'aveuglement qu'ils deviennent leurs pires ennemis. Ainsi, dans "L'Avare", Harpagon, rendu fou par le vol de sa cassette, s'écrie : Les contemporains ont si bien reconnu en Molière , qu'ils l'ont surnommé « le peintre » et ont trouvé en lui un nouveau Térence, auteur latin considéré alors comme . L'ensemble de ses pièces compte quelque . Poussant les portraits des principaux jusqu'à la caricature, Molière a réussi à en faire des types : Tartuffe reste le modèle de la dévotion feinte, Harpagon est l'avarice personnifiée, Argan est le malade imaginaire par excellence, Monsieur Jourdain est le type du bourgeois sot et vaniteux qui croit pouvoir s'acheter une apparence de noblesse. Les noms propres sont souvent révélateurs : Trissotin est le modèle du pédant « triplement sot » dans "Les Femmes savantes", le médecin Diafoirus dans "Le Malade imaginaire" évoque quelque lavement « foireux », le bourgeois Gorgibus est le père des précieuses ridicules, Arnolphe dans "L'École des femmes" s'appelle « de La Souche », patronyme fort approprié à un homme hanté par le cocuage et anxieux d'assurer la transmission de son titre, etc. Comique de répétition. Molière exploite les effets comiques produits par la répétition, tant sur le plan verbal des dialogues que dans les grandes structures de l’action. Un exemple célèbre de répétition verbale est la scène du "Malade imaginaire" où la servante Toinette déguisée en médecin émet le même diagnostic (« le poumon ») à chacun des symptômes énumérés par Argan. De même, la réplique récurrente « Sans dot ! » que fait Harpagon aux arguments opposés à son projet de marier sa fille au vieil Anselme. Parfois, les répétitions s'enchaînent en séries, montrant chez Molière , comme lorsque l'apothicaire offre un clystère à M. de Pourceaugnac : Cette même séquence réapparaît quelques scènes plus loin, lorsque M. de Pourceaugnac fait le récit de ses mésaventures à celui-là même qui les a machinées, mêlant le comique de répétition au comique de situation : On trouve aussi nombre de cas de répétition structurelle. À cet égard, la répétition d’un quiproquo est doublement comique. Dans "George Dandin ou le Mari confondu", Lubin, qui est au service de l’amant, se trompe par trois fois sur La répétition est comique parce qu'elle suggère, comme l'a noté Bergson, l'idée d'un automatisme non maîtrisé : Les décors de Molière. Molière prenait grand soin non seulement des costumes, mais aussi des décors, même pour des représentations en plein air, comme celle qu'il donna de "George Dandin ou le Mari confondu" à Versailles en 1668 : De nouvelles possibilités scéniques s’étaient mises en place dès le début du dans les grandes salles parisiennes : l’Hôtel de Bourgogne, le théâtre du Marais, la salle du Petit-Bourbon et tout particulièrement le théâtre du Palais-Royal, dont Philippe Cornuaille a reconstitué l'architecture scénique à un moment clé de son histoire grâce à l’observation de plans et de documents jusqu’ici peu ou pas exploités. Pour la plupart des comédies de Molière créées à la ville, il n'existe que peu de commentaires ou de documents contemporains touchant à la scénographie, hormis un manuscrit exceptionnel concernant "Le Festin de Pierre" et quelques mémoires présentés par des fournisseurs, notamment pour la création du "Malade imaginaire" avec la musique composée par Marc-Antoine Charpentier. La plupart du temps, c’est la fonction même du décor induite par l’action qui aide à visualiser celui-ci. Il est en effet possible de cadastrer des périmètres où le décor prend toute son importance, tant il est lié à l’action. Les exemples de "L'École des maris" et de "L'École des femmes" sont frappants avec le déplacement parfois progressif, parfois brutal, d’un endroit à un autre, d’un décor de maison vers un autre décor. Le regroupement des comédies par thème aide à mieux discerner une évolution dans tel ou tel type de scénographie et souligne l’importance que pouvait accorder Molière à la fonction dramaturgique d’un décor. Les copieuses relations faites par La Fontaine, Félibien ou la "Gazette" donnent un luxe de détails sur les décorations de la plupart des "comédies-mêlées" de Molière. En plus d’une fonction inscrite dans l’action, les décors et la scénographie prennent alors une forte valeur ornementale et spectaculaire. Quelques gravures publiées à grands frais à l’occasion de divertissements royaux restent les uniques représentations visuelles crédibles de certaines mises en scène, comme ces illustrations de "George Dandin" ou de "La Princesse d’Élide". Réception critique et interprétations. Réception et diffusion. En France. De son vivant, les détracteurs de Molière lui reprochaient de recourir à la farce, considérée comme un genre bas et vulgaire , mais il avait pour lui l'élite intellectuelle de l'époque. Dès 1663, l'influent critique Jean Chapelain louait Molière pour la qualité de son invention et les morales de ses pièces, tout en le mettant en garde contre un excès de bouffonnerie. La même année, Donneau de Visé écrit dans ses "Nouvelles Nouvelles" : Quant à Boileau, il assistait à ses pièces et y riait de bon cœur, même s'il dénonce dans "L'Art poétique" les disparités de ton et ce qu'il juge être des faiblesses dans l'œuvre de Molière. Selon un de ses interlocuteurs, il . À qui lui demandait , Boileau aurait répondu que c'était Molière. On a cru pendant longtemps que La Fontaine évoquait dans "Les Amours de Psyché" (1669) la petite société littéraire où il retrouvait Molière, Racine et Boileau vers 1660. On sait aujourd'hui qu'il n'en est rien. Tout comme Molière, il assigne à l'œuvre la nécessité de "plaire". Dès 1661, il lui consacre un petit poème dans une lettre à son ami François de Maucroix et écrit son épitaphe en 1673 (voir plus haut). La même année, Brécourt publie une comédie intitulée "L'Ombre de Molière", dans laquelle le dramaturge est confronté dans l'au-delà à une poignée de ses personnages désireux de se venger de lui pour les avoir tournés en ridicule. Molière a donc bien donné lieu à un phénomène de , comme le note un critique moderne, et Vingt ans après la mort de Molière, Bossuet fustige « ce rigoureux censeur des grands canons, ce grave réformateur des mines et des expressions de nos précieuses », qui « étale cependant au plus grand jour les avantages d'une infâme tolérance dans les maris », qui « sollicite les femmes à de honteuses vengeances contre leurs jaloux », et « a fait voir à notre siècle le fruit qu'on peut espérer de la morale du théâtre, qui n'attaque que le ridicule du monde, en lui laissant cependant toute sa corruption ». Et l'« aigle de Meaux » de conclure en citant l'évangile de Luc : Dans son "Dictionnaire historique et critique" (1697), Pierre Bayle emprunte une bonne partie de son article sur Molière à l'édition des "Œuvres complètes" (1682), ajoutant : Au siècle suivant, Molière est et est considéré comme un . Dès 1705, Grimarest, son premier biographe, estime que . Voltaire écrit une ' (1739), Chamfort produit un ' et Diderot souligne son génie créateur. Diverses pièces de Molière servent alors de canevas à des dramaturges satirisant les lieux de sociabilité des Lumières : Palissot ("Le Cercle", 1755 ; "Les Philosophes", 1760), Rochon de Chabannes ("La Manie des arts", 1763), Poinsinet ("Le Cercle", 1764), Jean-Jacques Rutlidge ("Le Bureau d’esprit", 1776), Dorat ("Les Prôneurs ou le Tartuffe littéraire", 1777), Jean-Louis Laya ("L’Ami des lois", 1793). En revanche, Jean-Jacques Rousseau reprend contre Molière les griefs que lui ont faits les dévots rigoristes du siècle précédent : Prenons [le théâtre comique] dans sa perfection, c’est-à-dire, à sa naissance. On convient, et on le sentira chaque jour davantage, que Molière est le plus parfait auteur comique dont les ouvrages nous soient connus ; mais qui peut disconvenir aussi que le théâtre de ce même Molière, des talents duquel je suis plus l’admirateur que personne, ne soit une école de vices et de mauvaises mœurs, plus dangereuse que les livres mêmes où l’on fait profession de les enseigner ? Son plus grand soin est de tourner la bonté et la simplicité en ridicule, et de mettre la ruse et le mensonge du parti pour lequel on prend intérêt ; ses honnêtes gens ne sont que des gens qui parlent, ses vicieux sont des gens qui agissent et que les plus brillants succès favorisent le plus souvent ; enfin l’honneur des applaudissements, rarement pour le plus estimable, est presque toujours pour le plus adroit. Cette critique morale de Rousseau vaudra à Molière d'être quelque peu exclu du répertoire pendant les années de la Terreur (1793-1794). Le redécouvre son théâtre, qui est célébré par Hugo, Gautier, Stendhal, Balzac et le critique Sainte-Beuve. Dans "" (1840), Musset expose ses impressions après une représentation du "Misanthrope", signalant tristement que et admirant cette . Molière est de loin l'auteur le plus souvent mis en scène à la Comédie-Française depuis sa fondation il y a plus de trois siècles : en 2008, cette institution totalisait de ses pièces contre pour Racine et pour Corneille. Ses comédies les plus souvent jouées sont "Le Tartuffe", "L'Avare" et "Le Malade imaginaire". À l'étranger. Très vite, la renommée de Molière dépasse les frontières et des traductions de ses pièces commencent à apparaître, la première étant celle de "L'Amour médecin" en néerlandais, en 1666, bientôt suivie par une adaptation de "L'Étourdi" en anglais, par Dryden (1667). Avant la fin du , son œuvre est traduite en italien par Nicolo Castelli. Elle est traduite en anglais, d'abord partiellement par John Ozell (1714), puis intégralement par Baker et Miller (1739). La personne de Molière inspire une étude à Luigi Riccoboni ("Observations sur la Comédie et le génie de Molière", 1736) et la pièce "Il Moliere" à Carlo Goldoni (1751). Son œuvre est introduite au Japon à partir de 1868 par Koyo Osaki, où elle est immédiatement . Elle est maintenant disponible, au moins partiellement, dans plus d'une cinquantaine de langues. Selon Simone Bertière, . Son sens aigu de l'observation le rend universel : . Au terme d'une étude sur son œuvre , un critique américain concluait : . Une renommée mondiale. À l'approche des célébrations entourant le quatrième centenaire de sa naissance, un dossier du journal "Le Monde" le présente comme étant : Molière est l'incarnation du théâtre dans les pays de langue arabe ; introduit en Chine vers 1930, il y est le dramaturge français le plus connu, notamment grâce à "L'Avare" et "Le Tartuffe" ; au Sénégal, il a été récemment traduit en wolof ; toujours joué aux États-Unis, au Brésil et en Russie, son étoile a un peu pâli en Europe, où . Interprétations modernes. La critique moderne est divisée sur l'interprétation à faire de cette œuvre, car Au contraire de René Bray, qui écrit, non sans provocation, que , Gérard Defaux estime que et que son théâtre . Les pièces se prêtent en effet à des lectures et interprétations parfois très divergentes comme le montrent les mises en scène : Pour sa part, Bernard Sobel donne du "Dom Juan" une lecture sociologique, montrant . De même, dans sa mise en scène du "Tartuffe" en 1990, il et présente cette pièce comme . Dès lors, le comique est évacué au profit du message politique. À l'étranger, Molière a parfois aussi été replacé dans un contexte actuel. Ainsi, Bill Dexter , en utilisant une traduction-adaptation écrite à l'occasion du tricentenaire de la pièce par Tony Harrison. "Le Tartuffe" a souvent aussi été transposé dans un cadre moderne, que ce soit dans la version anglaise de Ranjit Bolt en 2002 ou dans l'adaptation québécoise de Denis Marleau en 2016. Mise en question de la paternité des œuvres. La paternité des œuvres de Molière est quelquefois l’objet de contestations depuis qu’en 1919 le poète et romancier Pierre Louÿs annonça, dans la revue littéraire "Comœdia", avoir mis au jour une supercherie littéraire. Selon lui, Molière n'aurait pas écrit lui-même ses pièces et aurait eu Pierre Corneille pour , ou, plus précisément, Molière aurait été le prête-nom de Corneille. Cette remise en question, quasiment oubliée après l'éclat de Pierre Louÿs, s'est renouvelée et un peu intensifiée depuis les années 2000, notamment avec la publication dans une revue scientifique anglo-saxonne de deux articles, dont le plus récent est le résumé d'une thèse de doctorat russe. Par des méthodes statistiques différentes, ces deux articles constatent la proximité entre le vocabulaire et la syntaxe des deux auteurs et en déduisent que la théorie de Pierre Louÿs est valide. L'un repose sur le calcul de la du point de vue lexical ; l'autre repose sur l'analyse de données syntaxiques. Dans les deux cas, l'enquête n'a toutefois pas été élargie aux autres auteurs de comédies du pour vérifier si la proximité entre le vocabulaire et la syntaxe de Corneille et de Molière ne se retrouverait pas aussi chez leurs confrères. Or, justement, une étude plus récente a montré que, si l'on élargit le corpus à d'autres auteurs, la proximité observée entre certaines comédies de Corneille et de Molière n'a rien d'exceptionnel. Un site internet, ouvert en 2011 sous la direction de Georges Forestier, déploie un ensemble d’arguments historiques, philologiques, stylistiques et lexicologiques, ainsi que des témoignages d’époque et des travaux récents qui réfutent la thèse de Louÿs et recense les prétendues qui ont pu donner du crédit à cette thèse. Fin 2019, une nouvelle étude statistique, à l'aide de six méthodes différentes mais concordantes, attribue sans ambiguïté 37 pièces de Molière, Corneille et trois de leurs contemporains à leurs auteurs putatifs : Molière est bien un auteur différent des quatre autres et notamment de Pierre Corneille. Molière dans les autres arts et la culture. La vie de Molière. Au théâtre. Sa vie et des épisodes qui y sont rattachés sont mis en scène dans des pièces de théâtre, tels "L'Impromptu du Palais-Royal" de Jean Cocteau (1962) ou "La Petite Molière" de Jean Anouilh et Roland Laudenbach. Dans le roman. Mikhaïl Boulgakov consacre à l'affaire Tartuffe un drame intitulé "La Cabale des dévots", dont il reprend ensuite des éléments dans "Le Roman de monsieur de Molière" (1933), qui tente de combler les vides que l'absence de documents a laissés dans la vie de l'écrivain. Dans "Baptiste ou la dernière saison" (1990), Alain Absire expose les intrigues qui hantent la dernière saison du dramaturge. Au cinéma et à la télévision. Molière apparaît aussi comme personnage secondaire dans des films historiques, tels que "Si Versailles m'était conté…" (1953) et "Si Paris nous était conté" (1955) de Sacha Guitry, "Marquise" (1997) de Véra Belmont, "Le Roi danse" (2000) de Gérard Corbiau et "Jean de La Fontaine, le défi" (2007) de Daniel Vigne. Au total, . Adaptations de ses pièces. Plusieurs pièces de Molière ont donné lieu à des adaptations au cinéma, à la télévision, à l'opéra ou en bande dessinée. Les détails et références se trouvent dans les pages consacrées à chacune des pièces. Les pièces les plus souvent adaptées sont :
Marseillaise
Mika Waltari Mika Toimi Waltari, né le à Helsinki et mort le dans la même ville, est un écrivain finlandais, célèbre pour ses romans historiques traduits dans de nombreuses langues et auteur de quelques romans policiers. Biographie. Mika Waltari est le fils de Toimi Armas Waltari, un pasteur luthérien, aumônier de prison né en 1881, et de son épouse Olga Maria Johansson. À cinq ans, Waltari perd son père. Tout jeune, il assiste à la guerre civile finlandaise à Helsinki. Plus tard, il s'inscrit à l'université d'Helsinki comme étudiant en théologie, selon les vœux de sa mère. En 1927, il lance avec le dessinateur la bande dessinée "" avec textes écrits en vers sous les images, publiée jusqu'en 1975. Mais rapidement il abandonne la théologie en faveur de la philosophie, l'esthétique et la littérature, et il obtient son diplôme de maître en 1929. Pendant ses études, il collabore à divers magazines et écrit des poèmes et des histoires. Il obtient la publication de son premier livre en 1925. Paris. Pendant ses études universitaires Waltari part à Paris en 1927. Il y écrit son premier grand roman "Suuri illusioni" (La Grande illusion), très apprécié par la jeunesse finlandaise. En termes de style, le roman est considéré comme l'équivalent finlandais des œuvres des écrivains américains de la "Lost Generation". Le livre de Waltari est un roman historique, qui a lieu au , le héros est un Finlandais qui se rend à Paris à vingt ans et y mène une vie plutôt bohème.
Médiatif En linguistique, le médiatif est un mode verbal permettant de rapporter un discours ou une information sans prendre position quant à sa véracité. Le non médiatif au contraire indique que le locuteur s'implique dans l'assertion. Le médiatif est parfois appelé mode oblique. On utilise aussi parfois le terme (non) testimonial, mais celui-ci présente une ambigüité d'interprétation, dans la mesure où il ne précise pas qui est considéré comme étant témoin des faits ou de la situation rapportés (toutefois, généralement testimonial équivaut à non médiatif) ; ou encore (non) assumé. Claude Hagège a proposé le terme médiaphorique (c'est-à-dire référant à un intermédiaire) pour caractériser les outils grammaticaux permettant à un locuteur d'imputer à autrui ce qu'il asserte (ouï-dire, déduction, témoignage tiers). La notion de médiatif s'apparente à celles de modalité épistémique et d'évidentialité. Exemples. Dans diverses langues, comme le bulgare, le turc,et quelques langues d'Amérique du sud et du nord, etc., on utilise ainsi des formes verbales spécifiques pour marquer que le locuteur a été témoin, ou tout au moins garantit l'exactitude des faits qu'il présente (ou non). En bulgare, le médiatif recouvre trois sous-systèmes : En français, où le médiatif n'existe pas, on peut utiliser à la place le conditionnel, comme le font les médias : En basque, le locuteur peut exprimer cette prise de distance par rapport à un énoncé rapporté en utilisant la particule modale « omen », l'un des rares mots que l'on peut placer entre verbe significatif et auxiliaire, et que l'on traduit souvent par une incise comme "paraît-il" ou "dit-on" :
Morphème En linguistique, le morphème est un concept et un outil pour l'analyse linguistique qui renvoie selon les auteurs à des acceptions légèrement différentes : il peut en effet désigner soit le plus petit élément significatif grammatical d'un mot (isolé par segmentation et le plus souvent dépourvu d'autonomie linguistique par opposition au lexème), soit plus largement une unité minimale de signification. Dans cette deuxième acception, il est alors fait la distinction entre morphème lexical (synonyme en ce cas de lexème ) et morphème grammatical (marques grammaticales ou morphèmes au sens restreint) . Enfin, plus récemment, en grammaire générative, il existe un sens plus abstrait, caractérisant un processus de transformation et regroupant différents morphes. La morphologie est en linguistique l'étude des morphèmes. Par exemple, le mot "chanteurs" est composé selon les auteurs de trois morphèmes, le premier lexical et les deux seconds grammaticaux : "chant"- « chant », -"eur"- « celui qui fait » et -"s" (marque du pluriel à l'écrit seulement) ou (école Martinet), d'un lexème et de deux morphèmes. Un autre exemple est "couraient", qui est composé de "cour"- « courir », -"ai"- (marque de l'imparfait) et -"ent" ( personne du pluriel à l'écrit, « ils »). Cet exemple est sans segmentation de mot : "pomme de terre" est composé de trois morphèmes (deux morphèmes lexicaux, « pomme » et « terre », et un morphème grammatical, « de ») mais constitue en lui-même un seul nouveau morphème lexical ou lexème qui a un sens propre, différent de pomme ou terre, et qui contient la signification « pomme de terre », le légume en question. De même que le phonème, le morphème est une entité abstraite, qui est susceptible de se réaliser de plusieurs manières dans la chaîne parlée : ainsi, en français, la préposition "en" est un morphème, mais selon qu'elle est suivie par un mot qui commence par une voyelle ou par une consonne, elle est réalisée [] (comme dans "en France" []) ou [] (comme dans "en Italie" []), phénomène phonétique que l'on désigne couramment par l'expression « faire la liaison en français », ou par le terme plus technique de « sandhi externe ». Un autre exemple est qu'en finnois, le morphème exprimant l'inessif (la désinence qui indique qu'il se situe dans un lieu) peut se réaliser, selon les mots, de deux manières différentes, selon l'harmonie vocalique : "-ssa" ou "-ssä". Ainsi, en notant "talossa" « dans la maison » mais "päässä" « dans la tête », on note par convention ce morphème sous la forme "-ssA" ("A" est une variable qui peut prendre les valeurs "a" ou "ä"), et on dit que "-ssa" et "-ssä" sont les morphes (ou les allomorphes) de "-ssA". Typologie des morphèmes. Morphèmes lexicaux ou grammaticaux. Il existe deux grandes catégories de morphèmes : les morphèmes lexicaux (lexèmes) et les morphèmes grammaticaux (grammèmes). Dans la terminologie de la linguistique fonctionnelle d'André Martinet, ces deux catégories sont regroupées sous le nom de monème (il faut bien distinguer que monème désigne l'unité significative de première articulation pour désambiguïser le terme morphème), et le terme de morphème est réservé aux seuls morphèmes grammaticaux. Les morphèmes grammaticaux sont en nombre limité et appartiennent à une classe fermée, tels que "tu", "à", "et".etc. Il s'agit de pronoms, prépositions, conjonctions, déterminants, affixes : des listes de mots qui ne varient pratiquement jamais. Les morphèmes lexicaux appartiennent à une classe ouverte, tels que "lave", "vite", "lune", etc. Il s'agit de noms, adjectifs, verbes ou adverbes. On y ajoute des mots récents (comme "c'est méga bien"). Morphèmes liés ou libres. On peut dire d'un morphème qu'il est : Morphèmes dérivationnels et flexionnels. Parmi les morphèmes liés, on distingue traditionnellement deux classes : les morphèmes dérivationnels et les morphèmes flexionnels. Morphèmes dérivationnels. Les morphèmes dérivationnels, ou affixes, servent à la création de nouveaux mots lexicaux par dérivation. On distingue deux types principaux de morphèmes dérivationnels selon deux critères : la place qu'ils occupent par rapport à la base lexicale sur laquelle ils se greffent et leur effet sur la catégorie de la base. La dérivation peut s'opérer à la fois par une préfixation et une suffixation, et on parle alors de dérivation parasynthétique. Les circonfixes sont des affixes qui sont en deux morceaux, un au début du mot et un autre à la fin. Morphèmes flexionnels. Les morphèmes flexionnels, ou flexions, indiquent la relation que la base à laquelle ils s'ajoutent entretient avec les autres unités de l'énoncé. On distingue deux types principaux de flexions selon la catégorie de la base : Un morphème flexionnel ne modifie jamais la catégorie de la base à laquelle il s'adjoint, contrairement aux morphèmes dérivationnels. Discussion. Certains linguistes refusent la classification précédente parce qu'elle serait valable au mieux pour les langues de l'Antiquité classique : C'est pourquoi la tendance est à appeler du même nom toutes les unités significatives entrant dans le mot : "morpheme" ou "formative" en anglais, "morphème" ou "formant" en français. Morphèmes autonomes ou dépendants. On peut dire d'un morphème qu'il est Morphologie des morphèmes. On peut distinguer les morphèmes selon leur morphologie. Morphèmes à signifiant discontinu. Les morphèmes à signifiant discontinu sont formés d'une succession d'éléments répartis à plusieurs endroits dans un énoncé. Morphèmes amalgamés en un seul signifiant. Certains morphèmes s'amalgament en un seul signifiant : Morphèmes à signifiant zéro. Les morphèmes à signifiant zéro sont des morphèmes non marqués, des silences qui signifient quelque chose. On peut comparer les trois énoncés suivants, leur transcription phonologique et leur découpage en morphèmes : On peut considérer que "mangeons" comporte un morphème à signifiant zéro qui indique le présent par opposition aux morphèmes /j/, qui indique l'imparfait, et /r/, qui indique le futur simple. Allomorphes. Les morphèmes qui sont des variations contextuelles, donc en distribution complémentaire, sont des allomorphes. Par exemple, al- (dans "allons"), v- (dans "vais"), i- (dans "iras") sont trois allomorphes du verbe "aller" De même, pour les terminaisons "âmes", "îmes" et "ûmes" du passé simple, ces morphèmes grammaticaux sont trois allomorphes, trois signifiants ayant pour signifié le passé simple. Synthèmes. Dans la terminologie de Martinet, les morphèmes multiples qui fonctionnent comme un morphème simple sont appelés "synthèmes", des combinaisons figées d'unités significatives minimales : (Toutefois, Martinet utilise le terme "monème", plutôt que "morphème"). Morphèmes et morphes. La nature même des « unités significatives minimales » qu'on cherche à identifier pose problème. On peut se demander s'il s'agit : En effet, par exemple: C'est pourquoi certains linguistes américains appellent morphe toute unité phonétique significative qui ne peut être analysée en éléments phoniques significatifs plus petits. Les morphèmes sont alors redéfinis comme des classes, ou ensembles, de morphes. Ainsi, dans l'exemple précédent, "i", "all" et "a" sont tous des morphes :
Minorité nationale La notion de minorité nationale, également dénommée minorité, est utilisée dans divers documents internationaux, notamment dans la "Convention-cadre du Conseil de l'Europe pour la protection des minorités nationales" (ouverte à la signature depuis 1995) ainsi que dans la Convention européenne des droits de l'homme. Mais les auteurs de ces textes, pour éviter d'être bloqués par des divergences insurmontables, ont renoncé à fournir une définition du terme, ce qui laisse à chaque État la possibilité de l'interpréter à sa manière. Tentative de définition. En fait, toutes les tentatives pour formuler une définition unanimement acceptée de la notion se sont soldées par un échec. Il existe toutefois une définition assez largement répandue et qui, malgré son caractère officieux en matière internationale, semble faire autorité. C'est celle qui figure dans la Recommandation 1201 adoptée le par l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, qui demande aux États membres d'adopter un protocole additionnel à la Convention européenne des droits de l'homme sur les droits des minorités nationales. L'article de la Proposition de protocole annexée à cette recommandation comportait une définition précise, qui s'inspirait en grande partie de celle proposée en 1979 par le professeur dans un rapport rédigé au nom de la sous-commission des minorités de l'ONU : Réuni à Strasbourg le , le Parlement européen a proposé qu'une telle définition soit fondée sur la définition contenue dans la déclaration 1201, reprenant les critères posés par le Conseil de l'Europe. Le texte sur « les normes minimales pour les minorités » adopté le 13 novembre 2018, . Position de la Belgique. En Belgique la minorité germanophone, comme les populations francophone et néerlandophone, est reconnue officiellement comme l'une des trois « Communautés » constitutives de la Belgique (Communauté française, Communauté flamande et Communauté germanophone), subsidiées par l’État fédéral et compétentes en matière culturelle. La Belgique est formée de régions calquées sur les limites linguistiques, disposant d'un pouvoir législatif (avec un parlement élu par Région) et d'un pouvoir exécutif exercé par les ministres élus parmi les membres du Parlement de chaque Communauté. La communauté germanophone fait entièrement partie de la Région wallonne. Les membres des gouvernements des trois communautés peuvent siéger dans les Gouvernements régionaux. Position de la Chine. La République populaire de Chine dénombre officiellement 55 minorités nationales à laquelle s'ajoute la "nationalité" Han, majoritaire. Certains ethnologues peuvent diviser ou regrouper certaines de ces minorités dont les caractéristiques ont été dénombrées officiellement au début de la République, au milieu du . Certaines subdivisions du territoire, telles que les Régions autonomes, xian autonomes et autres subdivisions dites autonomes accordent des droits particuliers aux minorités. La minorité nationale Han, majoritaire n'a eu le droit qu'à un enfant par foyer entre les années 1980 et les années 2010, au-delà duquel les aides familiales sont coupées et la famille doit payer des pénalités. Les autres minorités ou couples mixtes peuvent avoir plus d'un enfant. Si le Mandarin est la langue officielle et véhiculaire du Pays, les autres langues Han et leurs dialecte (incluant ceux du mandarin), ainsi que les langues des autres minorités nationales sont toujours parlées. Les langues et écritures des minorités sont également toujours apprises à l'école au côté du Mandarin. L'écriture « traditionnelle » mongole est toujours utilisée en Mongolie-Intérieure, par la population et sur les panneaux de signalisation, tandis que la Mongolie extérieure devenue Mongolie, autonome utilise l'écriture cyrillique, même si l'écriture traditionnelle y est de nouveau reconnue. La nationalité est inscrite dans les données de la carte d'identité. Les cinq écritures nationales reconnues sous la dynastie Qing mandchoue (Hanzi, Zang, Ouïghour, Mongol et Mandchou) sont toujours utilisées sur la monnaie. Si toutes les religions ont été interdites pendant la Révolution culturelle dans les années 1970, elles sont de nouveau tolérées et ouvertement et très largement pratiquées que ce soit chez les Hans ou les différentes minorités, depuis l'arrivée au pouvoir de Deng Xiaoping dans les années 1980. Les principales religions sont bouddhisme (majoritairement chan, ainsi que tantrique, principalement au Tibet et en Mongolie intérieure), religions anciennes chinoises (mélange notamment de bouddhisme, de taoïsme et de confucianisme), l'islam plus sporadique sur l'ensemble du territoire, ainsi que nombre important de branches de ces religions ou d'autres religions plus locales. Les différentes cultures font également l'objet de recherches et d'établissement de conservatoires de ces cultures et de leur patrimoine, souvent en collaboration avec l'UNESCO. Position de la France. La France entretient une relation particulière avec ses minorités linguistiques, culturelles ou confessionnelles, car l'universalisme républicain, affirmé dans sa Constitution, pose le principe de l'égalité devant la loi de tous les citoyens, quelles que soient leurs origines ou appartenances, qui selon ce principe, relèverait seulement de la sphère privée. Comme l'observe le linguiste Jacques Leclerc, la politique française accorde une primauté à l'État et considère que les expressions culturelles minoritaires peuvent souvent s'apparenter à un communautarisme. Toutefois, si la notion de « minorité ethno-linguistique » ou « confessionnelle » n'existe pas en droit français, certaines parties du territoire font, pour des raisons historiques, exception à cette règle : la laïcité n'est pas obligatoire en Alsace-Moselle ; la Corse, en raison de son insularité mais surtout d'intenses luttes notamment menées par le Front de libération nationale corse à partir de 1976, a une autonomie partielle, et en Nouvelle-Calédonie existent des statistiques ethniques officielles. Position de la Suisse. La Suisse est officiellement une confédération de cantons, qui reconnait les communautés linguistiques et religieuses. Du point de vue linguistique, par rapport à l’allemand parlé par 63,5 % de la population totale, le français parlé par 22,5 % des Suisses, l’italien par 8,4 %, le romanche par moins de 0,6 %, ainsi que les langues « non-nationales » parlées par 9 % des habitants issus de l'immigration, apparaissent comme des « minorités ». Chaque canton, selon sa propre constitution, a une ou plusieurs « langues nationales » et peut aussi tolérer l'utilisation de langues « non-nationales » ou de l'un des nombreux dialectes suisses allemands ou "Schwyzertütsch", lesquels jouissent d'une grande valorisation sociale, y compris dans les centres urbains. 17 cantons sur 26 sont unilingues allemands. Dans le milieu scolaire, afin d’élever le niveau d’allemand des élèves qui généralement préfèrent parler le dialecte, plusieurs cantons alémaniques (dont Zurich, Schwytz, Uri et Zoug) ont imposé l’usage systématique du "Hochdeutsch" (allemand standard), et les professeurs sont tenus de s’exprimer exclusivement dans cette langue. En effet, il est constaté ces dernières années, à la suite du recensement fédéral de la population de 2000, une progression de l'usage du dialecte dans les écoles alémaniques au détriment de l'allemand. Le français est parlé dans l’ouest du pays : la « Suisse romande ». Quatre cantons sont unilingues français (Genève, Jura, Neuchâtel et Vaud), trois sont officiellement bilingues français-allemand : Fribourg, Valais et Berne. L’italien est parlé dans le sud du pays : la « Suisse italienne », comportant canton du Tessin et les quelques vallées italophones du canton des Grisons. L’usage du dialecte tessinois, apparenté aux parlers lombards, y demeure très vivant. Quant au romanche, il n´est parlé que très minoritairement dans le canton des Grisons qui est ainsi le seul à être officiellement trilingue. Cette langue romane d'usage local, limitée à un seul canton, ne figure pas parmi les « langues officielles » du pays, lesquelles sont l’allemand, le français et l’italien, selon l’alinéa 1 de l’article 70 de la constitution fédérale. Du point de vue confessionnel, la religion groupant le plus de fidèles en Suisse est le catholicisme, avec presque 39 % de la population selon le recensement fédéral de la population 2010. La deuxième religion est l'Église évangélique réformée, avec 33 % de la population. Généralement, les cantons se réclament de l'une des deux confessions. Les autres religions sont donc minoritaires : L'islam est la troisième religion avec 4,5 % de la population. à alévis bektachis vivent en Suisse, la plupart sont d'origine turque. 0,2 % de la population appartiennent aux communautés juives. La proportion des habitants se déclarant sans religion est de 20 %. Il existe également de petites communautés orthodoxes d'origine balkanique, bouddhistes d'origine tibétaine et autres.
Mouvement pour la France Le Mouvement pour la France (MPF) est un parti politique français d'inspiration souverainiste, classé à droite ou parfois à l’extrême droite de l’échiquier politique. Il est fondé en 1994 et disparaît en 2018. Son président-fondateur, Philippe de Villiers, est notamment candidat aux élections présidentielles de 1995 et de 2007. Historique. Issu à la fois du mouvement « Combat pour les valeurs » et de la liste « Majorité pour l'autre Europe » des élections européennes de 1994, le Mouvement pour la France est créé le à la maison de la Chimie à Paris par Philippe de Villiers, le juge Thierry Jean-Pierre et James Goldsmith. Le mouvement « Combat pour les valeurs » est fondé par Philippe de Villiers, Bernard Debré, Christine Boutin et Bernard Seillier. Peu après, Philippe de Villiers se lie à Philippe Séguin et Charles Pasqua aux côtés de qui il mène la campagne pour le « non » au traité de Maastricht. Lors des élections européennes de 1994, sa liste « Majorité pour l'autre Europe » sur laquelle on trouve entre autres, le juge Thierry Jean-Pierre et le petit-fils du général de Gaulle, Charles de Gaulle, crée la surprise en obtenant 12,34 % des suffrages, soit treize députés européens. Fort de ce succès, Philippe de Villiers se présente ensuite à l'élection présidentielle de 1995, où il obtient 1,44 million de voix, soit 4,74 % des suffrages. Aux élections législatives de 1997, le MPF fait liste commune avec le Centre national des indépendants et paysans (CNIP) sous l'étiquette de La Droite indépendante (LDI). L’alliance obtient deux députés, en Vendée : Philippe de Villiers et Dominique Caillaud (UDF dissident). En , la liste du RPF-IE, où Philippe de Villiers figure en deuxième position derrière Charles Pasqua, en recueillant 13,05 % des voix, soit au Parlement européen, est la première de droite, devant la liste RPR conduite par Nicolas Sarkozy. Le MPF fusionne avec le mouvement de Charles Pasqua (Demain la France) et devient le RPF. Un an plus tard, Philippe de Villiers quitte le parti et recrée le MPF en dénonçant la gestion opaque du RPF par Charles Pasqua, qui cherche à imposer ses proches collaborateurs. En , le MPF remporte trois sièges au Parlement européen, ceux de Philippe de Villiers, également président du conseil général de Vendée, de Paul-Marie Coûteaux et de Patrick Louis. Le parti fait campagne pour le non au référendum sur le traité établissant une Constitution pour l'Europe. À la suite de l'arrivée de nombreux adhérents après le , le MPF a mis en place une charte excluant notamment toute xénophobie, qu'il est nécessaire de signer pour adhérer. De fin 2004 à , le nombre d'adhérents passe de . Le MPF s'est vu rejoindre par Jacques Bompard, maire d'Orange et animateur de "l'Esprit public", démissionnaire du bureau politique du Front national. En , Philippe de Villiers est candidat MPF à l'élection présidentielle. Paul-Marie Coûteaux, ancien soutien de Jean-Pierre Chevènement à l'élection présidentielle de 2002, devient porte-parole de Philippe de Villiers aux côtés de Guillaume Peltier. Il est aussi conseillé par Henry de Lesquen, tandis que le député UMP Jérôme Rivière lui apporte son soutien en devenant Président de son comité de soutien. Le , Philippe de Villiers réalise un score décevant (2,23 %) après une campagne présidentielle au cours de laquelle il a essentiellement axé son discours sur l'« islamisation », la défense de l'« identité nationale » et son bilan de Président de Conseil général en Vendée. Le MPF noue alors des alliances dans le cadre des élections législatives avec l'UMP, assurant l'élection de deux députés en Vendée, puis renoue des alliances ponctuelles avec le parti présidentiel aux élections municipales de 2008. Après l'élection présidentielle remportée par la droite et en vue des élections régionales de 2010, à l'invitation du président Nicolas Sarkozy, fin 2009 le Mouvement pour la France (MPF) rejoint le comité de liaison de la majorité présidentielle. Après le retrait de Guillaume Peltier, c'est Patrick Louis, ancien secrétaire national aux fédérations, qui devient secrétaire général du mouvement. Il a pour mission de relancer le MPF après l'échec de la présidentielle. Il s'agit d'en faire un parti incontournable pour présenter une alternative crédible à droite de l'UMP d'une part, et pour qu'il devienne le fer de lance d'un vaste mouvement alter-européen en France, d'autre part. C'est dans cette perspective que le Mouvement pour la France rejoint le Parti européen Libertas. Créé par l'Irlandais Declan Ganley, Libertas a pour but de coordonner l'ensemble des mouvements souverainistes ou « euroréalistes » européens afin de faire campagne pour les élections européennes de 2009 sous un label commun. Le président tchèque Václav Klaus et le parti du président polonais Lech Kaczyński sont déjà en pourparlers avec le mouvement, qui a été l'un des grands artisans du non au traité de Lisbonne en Irlande. C'est donc sous la bannière de Libertas que le MPF et Chasse, pêche, nature et traditions (CPNT) s'unissent pour les élections européennes. La campagne sera dirigée par l'ancien député UMP Jérôme Rivière (membre du MPF depuis 2007). Après avoir obtenu 4,8 % de suffrages exprimés, Philippe de Villiers parvient à conserver son siège de député au Parlement européen. Dans les années 2010, le MPF perd progressivement tous ses élus, et ne présente aucun candidat aux élections présidentielles de 2012 et de 2017. Il est finalement dissous par son secrétaire général Patrick Louis le . Programme. Dans son ouvrage "Les Cloches sonneront-elles encore demain ?" publié en 2016, Philippe de Villiers préconise la remigration d'une partie des personnes issues de l'immigration vers leurs pays d'origine. Le MPF apporte son soutien à La Manif pour tous en 2012-2013. Relations avec les partis de droite. Créé par des dissidents de l'UDF, à l'image de son président Philippe de Villiers, le positionnement sur l'échiquier politique du MPF s'assimile à celui d'un parti de droite parlementaire. Cependant, son idéologie est jugée dès sa création, par certains observateurs, comme relevant de l'extrême droite. Le MPF fait partie de la majorité présidentielle de Nicolas Sarkozy de septembre 2009 à la fin de son quinquennat. Le mouvement s'en montre néanmoins très critique à partir de son conseil national d'avril 2011, et ne renouvelle finalement pas son soutien au candidat Sarkozy à l'élection présidentielle de 2012. À partir de décembre 2015 s'opère un rapprochement informel entre Philippe de Villiers et la députée FN Marion Maréchal. Lors de l’élection présidentielle de 2017, Philippe de Villiers exprime sa sympathie et son soutien officieux à la candidate Marine Le Pen. Positionnement par rapport à l’UMP. Là où les divergences idéologiques avec l'UMP sont moindres, c'est-à-dire lors des élections locales, le MPF est un partenaire électoral du parti de l'ancien président de la République. Le but est d'assurer un équilibre entre la défense de convictions, souvent éloignées de l'UMP sur certains sujets, et un certain pragmatisme d'autre part, dont l'intérêt électoral est résumé en ces termes par Philippe de Villiers : « Toutes les enquêtes d'opinion le montrent, confiait-il voilà six mois. L'électorat UMP n'écoute que ceux qui se situent à l'intérieur de la majorité présidentielle. Pour que mes critiques envers Sarkozy portent, il faut que je garde un pied dedans et un pied dehors. ». De à la fin du quinquennat, le MPF fait partie du Comité de liaison de la majorité présidentielle. Élections locales. Dans un grand nombre d'élections locales, le MPF a noué des alliances avec l'UMP : par exemple, les députés MPF ont été élus sous l'étiquette de la majorité présidentielle. Des alliances aux cantonales, aux municipales ont eu lieu en 2008. À Vénissieux et à Échirolles, le MPF a conduit des listes investies par l'UMP, ailleurs, dans beaucoup d'autres grandes villes, il figure sur les listes de la majorité présidentielle (Nice, Brest, Lyon, Clermont-Ferrand, Orléans, etc.). Cependant, il est également arrivé qu'aux municipales, le MPF ait présenté ou soutenu des listes divers droite (Orange, Versailles, Tours, Roanne, Rodez) contre celles investies par l'UMP. Dans le département de l'Aveyron, le MPF a participé à la majorité de droite UMP au conseil général de l'Aveyron sous la présidence de Jean Puech, ancien ministre, avec Bernard Seillier du MPF comme vice-président. Aux précédentes élections régionales, les alliances ont été également courantes. Élections nationales et européennes. Aux européennes, et dans l'ensemble des circonscriptions législatives, le MPF fait cavalier seul, bien que les députés Dominique Souchet et Véronique Besse aient bénéficié du soutien de l'UMP en Vendée lors des élections législatives de 2007. D'autre part, les deux sénateurs vendéens du MPF ont été élus face à un candidat investi par l'UMP. En 1995 et en 2007, Philippe de Villiers s'est présenté face à des candidats RPR, puis UMP, mais a appelé à voter pour eux au second tour. Historique depuis 2007. En , à l'occasion de la réunion d'un comité directeur, Guillaume Peltier, le secrétaire général, se déclare partisan de faire du MPF un vrai parti de droite, moderne, efficace et capable de gouverner. Il propose aux cadres du Mouvement le principe de négociations avec l'UMP pour les élections municipales de . Sa proposition est très majoritairement acceptée afin d'enraciner le MPF sur le terrain. L'objectif est d'obtenir 500 élus locaux (contre 150 élus en 2001). Guillaume Peltier mène dès la mi- des négociations avec Brice Hortefeux et Alain Marleix, le secrétaire national de l'UMP chargé des élections. Le MPF se positionne comme un « allié loyal » du gouvernement, envers qui il se veut « exigeant », notamment sur les questions européennes : opposition au traité de Lisbonne et à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne. Sur le plan électoral, le MPF souhaite que ces négociations garantissent la réélection des maires MPF : Jean-Louis Millet à Saint-Claude (Jura), Jacques Bompard à Orange. Le MPF vise l'obtention de éligibles d'adjoints ou de conseillers municipaux, et quelques têtes de liste (à Bollène, pour Marie-Claude Bompard, épouse de Jacques, à Vénissieux pour Christophe Girard). S'agissant des conseils généraux, le MPF souhaite un accord avec l'UMP pour la réélection de Jacques Bompard dans le canton ouest d'Orange, et de Michel Terral dans le canton de Ballon. Le MPF espère pouvoir investir une trentaine d'autres candidats. Lors du remaniement ministériel du , l'UMP propose à Bruno Retailleau de remplacer Éric Besson au secrétariat d'État à l'économie numérique. À la suite du refus de Philippe de Villiers, le vice-président du MPF ne rejoindra pas le gouvernement. En 2010, Philippe de Villiers quitte sa fonction de président du conseil général de la Vendée. En 2014, il décide de ne pas se représenter aux élections européennes et se met en retrait de la vie politique. Bien que restant président-fondateur du MPF, il se consacre dès lors à la gestion de son parc du Puy du Fou ainsi qu’à la publication d'essais historiques et métapolitiques. Peu après avoir fondé l'ISSEP avec l'ancienne députée Marion Maréchal, le secrétaire général du MPF, Patrick Louis, dissout le mouvement, le 28 juin 2018. Positionnement par rapport au FN. Du point de vue stratégique, le MPF rejette l'idée d'union avec le Front national. Philippe de Villiers a ainsi refusé l'alliance proposée par Jean-Marie le Pen en vue de l'élection présidentielle de 2007. En effet, le MPF est un partenaire électoral de l'UMP dans de nombreux cas, mais il critique dans le même temps beaucoup d'aspects de la politique menée par le parti présidentiel, avec un positionnement sur l'Europe ou l'immigration proche de celui du Front national. Philippe de Villiers se montre critique vis-à-vis des propos polémiques tenus à plusieurs reprises par Jean-Marie Le Pen, résumant leurs divergences en déclarant : « il s'intéresse à la Seconde Guerre mondiale, je m'intéresse à la France ». Cependant, le président du MPF a lui aussi tenu des propos qui ont été sujets à polémique au sujet de la colonisation estimant que la France pouvait être fière de son passé colonial, dont le bilan serait selon lui « globalement positif » (). Par ailleurs, Philippe de Villiers met en avant le fait d'être un élu de terrain, s'appuyant sur son action comme président du conseil général de la Vendée. Il se démarque du fait de ses multiples réalisations (création des Vendéopôles, du parc du Puy du Fou, le Vendée Globe, Radio Alouette, etc.) qui contrastent avec la politique de Jean-Marie le Pen qui a surtout porté sur la contestation. Recrutement d’anciens membres du FN et du MNR. En 2001, le MPF accueille Guillaume Peltier, fondateur de Jeunesse action Chrétienté (avec Nicolas Bay, qui deviendra secrétaire général du MNR et ensuite membre du bureau national du RN), ancien membre de la direction nationale du FNJ et du MNJ, le mouvement de jeunesse mégrétiste. Entre 2002 et 2006, environ 40 % des nouveaux adhérents du MPF viendront directement du FN et du MNR. À la suite de désaccords, Guillaume Peltier quitte le MPF en 2008, puis rejoint l'UMP l'année suivante. De même, Damien Bariller, ancien membre du Front national, ancien directeur du cabinet de Bruno Mégret (lorsqu'il était au Front national) et du MNR, est nommé responsable de la fédération des Bouches-du-Rhône. En , Jacques Bompard, ancien membre du Front national et maire d'Orange depuis 1995, rejoint le MPF et prend la présidence de la fédération de Vaucluse. L'épouse de Jacques Bompard, Marie-Claude Bompard, conseillère municipale FN de Bollène, et conseillère régionale de PACA, rejoint à cette même date le MPF et devient maire de Bollène après les élections municipales, l’ayant emporté à la tête d’une liste MPF. Le , Jacques Bompard et son épouse Marie-Claude annoncent leur rupture avec le MPF, puis fondent en mars de la même année le parti de la Ligue du Sud. Positionnement parlementaire. Au Parlement européen. Les élus du MPF siègent au Parlement européen de 2009 à 2014 au sein du groupe Europe libertés démocratie, groupe parlementaire eurosceptique qui compte notamment des élus de la Ligue du Nord, du Parti populaire danois et du UKIP. Ce groupe souscrit à programme commun « souverainiste et de respect des valeurs traditionnelles et culturelles européennes » tout en laissant à ces membres la liberté de vote conformément à ses principes. À l'Assemblée nationale. Au moment de sa dissolution en 2018, le MPF ne compte plus aucun élu à l'Assemblée nationale. Jusqu'aux élections législatives de 2017, Véronique Besse était élue dans la quatrième circonscription de la Vendée, que représentait auparavant Philippe de Villiers. Au Sénat. En 2018, le parti n'a également plus aucun élu au Sénat. Par le passé, il a pu compter comme sénateurs Bruno Retailleau (Vendée), Philippe Darniche (Vendée) ou Bernard Seillier (Aveyron). Résultats aux élections. Élections européennes de 2004. Avec soit 7,6 % des suffrages exprimés sur l'ensemble du territoire lors des élections européennes de 2004 , le MPF remporte trois sièges au Parlement européen. Philippe de Villiers est élu dans la circonscription de l'ouest, Patrick Louis dans celle du sud-est et Paul-Marie Coûteaux dans celle d'Île-de-France. Tous trois siègent au sein du Groupe Indépendance/Démocratie. Élection présidentielle de 2007. Lors de l'élection présidentielle, Philippe de Villiers obtient 2,23 % des suffrages exprimés (), arrivant ainsi sixième après Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal, François Bayrou, Jean-Marie Le Pen et Olivier Besancenot. Il obtient ses meilleurs scores aux Pays de la Loire (4,99 %) et dans le Poitou (3,58 %). Son mouvement confirme ainsi son ancrage dans les terres du grand ouest, mais ne perce pas en terres frontistes. Philippe de Villiers est notamment largement devancé par Jean-Marie Le Pen dans la ville d'Orange (16,3 % contre 6,4 %). Son score est relativement faible en Vendée, où il arrive en quatrième position avec 11,3 % (contre une première place en 1995 avec 22 %). À l'issue du scrutin, Philippe de Villiers n'appelle pas immédiatement à voter pour Nicolas Sarkozy au second tour. Il appellera tout de même trois jours plus tard à « faire barrage à la gauche ». Élections législatives de 2007. Le MPF obtient deux élus dès le des élections. Avec 60,96 % des voix, Véronique Besse, qui se présentait sous l'étiquette « majorité présidentielle », est élue en Vendée, tandis que Joël Sarlot, autre sortant du MPF, qui s'était présenté sans l'investiture du parti, a été réélu également dès le premier tour avec 52,12 % des voix. L'UMP n'avait pas présenté de candidats propres contre eux. Sur l'ensemble du territoire, les candidats étiquetés MPF rassemblent soit 1,20 % des suffrages exprimés. Les cadres du parti réalisent parfois des scores importants, comme Jacques Bompard dans la de Vaucluse (19,72 %), Jean-Louis Millet dans la du Jura (10,27 %), Alexandre Varaut dans la de la Seine-Saint-Denis (8,11 %), Gérard Pierre dans la du Morbihan (8,17 %) ou encore Guillaume Peltier (6,12 % en Indre-et-Loire) et Isabelle Letrillart (qui réalise un score de 5,11 % dans la quatrième circonscription de l'Aisne).Ces bons scores sont en grande partie dus à la notoriété des candidats, autant nationale (Guillaume Peltier est secrétaire général du mouvement) que locale (Jean-Louis Millet étant maire jusqu'en ). Cependant, aucun d'entre eux ne sera en mesure d'accéder au second tour (Jacques Bompard le rate de peu). À la suite de la démission d'office prononcée par le Conseil constitutionnel à l'encontre de Joël Sarlot, c'est Dominique Souchet qui est réélu à sa place, le . Élections municipales et cantonales de 2008. Le MPF a lancé des négociations avec l'UMP pour s'assurer d'avoir un nombre suffisant d'élus capables de défendre ses valeurs et d'avoir des responsabilités au niveau municipal. Ainsi, Christophe Girard a été soutenu par l'UMP pour reprendre la mairie de Vénissieux (septième plus grande ville de la région Rhône-Alpes), au Parti communiste. Ce sera un échec, le maire sortant, André Gerin, l'emportant dès le premier tour. Il y a eu des listes d'union avec l'UMP comme à Clermont-Ferrand, la liste UMP était dirigée par Anne Courtillé et le MPF y était représenté par François Barrière. Cette liste sera battue au second tour face au maire sortant socialiste. Les municipales de 2008 voient la victoire de Marie-Claude Bompard à Bollène, de Jacques Bompard à Orange et de Yannick Moreau à Olonne-sur-Mer. À Rodez dans l'Aveyron, une liste Divers droite a été associée à la liste MPF avec deux élus : Frédéric Soulié dissident de l'UMP et Hélène Boulet du MPF aujourd'hui dans l'opposition de centre-droite au Conseil municipal. Élections européennes de 2009. Le MPF présente des listes communes avec Chasse, pêche, nature et traditions (CPNT) sous la bannière du mouvement pan-européen Libertas. Ces listes rassembleront un total de , soit 4,80 % des suffrages exprimés lors des élections européennes de 2009, et n'obtiendront qu'un seul élu, Philippe de Villiers, réélu dans la circonscription ouest avec plus de 10 % des voix. Il siège au nouveau groupe souverainiste et eurosceptique, le Groupe Europe libertés démocratie (ELD). Élections régionales de 2010 en France. Durant l'été 2009, Philippe de Villiers (et non le MPF) rejoint le Comité de liaison de la majorité présidentielle nouvellement créé. Ce fait sera largement commenté par les médias et les hommes politiques, y voyant un ralliement du MPF à l'UMP. Selon le secrétaire général du parti, Patrick Louis, il ne s'agit en réalité que d'une « alliance ponctuelle » et ce au niveau local et non national. (« Nous savons que les élections régionales approchent et que le scrutin à deux tours de cette échéance favorise la bipolarisation. Aucune formation politique ne peut prétendre conquérir seule une région. ») Selon lui, les convictions du MPF et en premier lieu la défense de la famille, de la souveraineté et de l’identité de la France, restent bien ancrées dans le cœur du parti. Dans la logique de cette alliance, le MPF obtient la nomination de Christophe Béchu comme tête de liste UMP dans la région Pays de la Loire et de Dominique Bussereau comme tête de liste dans la région Poitou-Charentes. En outre, les membres du Comité de liaison de la Majorité présidentielle ont indiqué que le MPF conduira la liste de la Majorité présidentielle dans le département de la Vendée et ce, derrière Antoine Chéreau, maire MPF de Montaigu. À la suite des élections, qui se sont soldées par une lourde défaite de la majorité présidentielle, le MPF obtient dix élus : quatre en Pays de la Loire, deux en Poitou-Charentes, un en Midi-Pyrénées, un en Picardie, un en Rhône-Alpes et un en Provence-Alpes-Côte d'Azur. Élection présidentielle et élections législatives de 2012. Philippe de Villiers ne se présente pas à l'élection présidentielle de 2012. À ce scrutin, le MPF n'exprime son soutien à aucun candidat en lice ni ne donne de consigne de vote. Aux élections législatives, le MPF présente 43 candidats au des législatives. L'UMP apporte son soutien à deux d'entre eux : la sortante de la de la Vendée, Véronique Besse, et Isabelle Létrillart dans la de l'Aisne. En Vendée, Véronique Besse est réélue dès le avec 57,05 % des voix ; dans l'Aisne, Isabelle Létrillart est en tête à l'issue du mais est battue au second par Marie-Françoise Bechtel (Mouvement républicain et citoyen). Élus. Représentants au Parlement. De 2012 à 2017, le MPF est représenté à l'Assemblée nationale par une unique députée, Véronique Besse. À partir de 2017, le parti ne possède plus de représentant à l'Assemblée. Depuis le renouvellement de 2014, il n'y a plus de représentant du MPF au Sénat, Philippe Darniche, sénateur depuis 1995, ne s’étant pas représenté à ce scrutin. Jeunes pour la France. Les « Jeunes pour la France » (JPF) constituent l’organisation politique de jeunesse du mouvement. Elle est créée le par Guillaume Peltier. Les présidents successifs de la formation sont Guillaume Peltier (2001-2006), Jean-Baptiste Doat (2006-2008), Thibaud Vincendeau (2008-2010), Christophe Bentz (2010-2011) et Pierre Meurin (2014-2018).
Météorite Une météorite est un objet solide d'origine extraterrestre qui en traversant l'atmosphère terrestre n'a pas perdu toute sa masse, et qui en a atteint la surface solide sans y être entièrement volatilisé lors de l'impact avec cette surface. La définition s'applique aussi à des objets arrivant sur la surface solide d'autres astres (planètes, satellites naturels ou astéroïdes) ; il a ainsi été plusieurs météorites, et sur la Lune un fragment de granite d'origine terrestre. La majorité des météorites qui arrivent dans la haute atmosphère terrestre sont des fragments d'astéroïdes, de taille décimétrique à décamétrique, éventuellement appelés météoroïdes ; les météorites elles-mêmes ne sont que la fraction infinitésimale (typiquement entre et 1 %) qui a survécu à l'ablation lors de la traversée atmosphérique. Ces météoroïdes sont en général eux-mêmes le résultat d'une fragmentation partielle d'un astéroïde lors d'un impact avec un autre astéroïde dans les zones de résidence de ces objets, essentiellement la ceinture principale (entre les orbites de Mars et de Jupiter). Près de 99,5 % des météorites en collection (et analysées) constituent donc des échantillons, précieux, d'une partie de petits corps du Système solaire. La plupart du temps, on ne sait relier une météorite qu'à un type d'astéroïde plutôt qu'à un astéroïde précis, à l'exception notable des météorites HED, qui proviennent presque certainement de Vesta. Une très petite minorité des météorites, quelques centaines de spécimens, sont d'origine lunaire ou martienne. Ils ont été produits par l'impact d'un astéroïde sur leur surface, suffisamment gros pour permettre l'éjection de fragments rocheux hors du bassin d'attraction gravitationnelle de ces corps parents. Il ne semble pas impossible que certaines météorites soient d'origine cométaire, comme certains auteurs l'affirment pour la météorite d'Orgueil. La traînée lumineuse produite par l'entrée dans l'atmosphère du météoroïde à des vitesses de l'ordre de dizaines de kilomètres par seconde est un météore, qui est soit une étoile filante (petit météoroïde dont la combustion illumine le ciel la nuit), soit un bolide (gros météoroïde brillant assez pour être visible même le jour), ce météore lumineux s'éteignant à une altitude le plus souvent de et prenant le nom de météorite lorsque son ablation dans la troposphère n'est pas complète et qu'il atteint le sol en chute libre. La réaction de la météorite lors de son contact avec l'atmosphère, puis éventuellement avec le sol, peut aboutir à un champ de dispersion. Les météoritologues et les chasseurs de météorites distinguent les « chutes », météorites qu'on a vu tomber sur Terre et qu'on a retrouvées peu après leur atterrissage, des « trouvailles », météorites découvertes par hasard sans que leur chute ait été observée. Fin novembre 2021, plus de ont été répertoriées et certifiées (nom officiel validé) par la Meteoritical Society qui publie chaque année un catalogue des nouvelles météorites analysées, le . Ce nombre augmente d’environ chaque année. Parmi celles-ci, un peu plus de sont des chutes. Définitions. La assemblée générale de l'Union astronomique internationale donne les définitions suivantes en 1958, définitions toujours en vigueur : La " précise en 1995 ces dimensions : un météoroïde a une taille comprise entre et . En dessous de il s'agit de poussière interplanétaire trop petite pour produire une étoile filante. Au-delà de , ce sont des astéroïdes, petits corps du Système solaire mais suffisamment grands pour réfléchir une lumière comme les étoiles détectables au télescope. Le " de la NASA propose une limite supérieure à . Chaque jour, la masse de la Terre s'accroît de provenant de petits météoroïdes de taille inférieure au mètre, ces petits objets ne pouvant atteindre la surface terrestre que sous forme de poussière. La définition du permet d'inclure des objets de taille moyenne suffisante (entre ) pour pouvoir atteindre la Terre sous forme de météorite visible (taille dépendant de la composition du météoroïde, de sa vitesse et de son angle d'entrée dans l'atmosphère). Au-delà de , ce sont des objets géocroiseurs de type astéroïde ou comètes dont l'impact avec la Terre peut créer un hiver d'impact (objet de diamètre de ) voire des extinctions de masse pour des diamètres supérieurs. Les limites de la " ne constituent pas une définition officielle et définitive puisqu'elles fluctuent en fonction de l'avancée des sciences et technologies. La puissance des télescopes est aujourd'hui telle qu'ils peuvent détecter des astéroïdes de plus en plus petits, inférieurs à actuellement pour les instruments du réseau de surveillance optique américain (GEODSS) (tel l'astéroïde 2008 TC3), rendant caduque la limite supérieure. Il en est de même pour la limite inférieure : alors que le plus petit météoroïde est défini comme un objet d'au moins pour produire une étoile filante lors de sa rentrée atmosphérique (il perd son énergie cinétique par ablation, sa combustion illuminant le ciel la nuit alors qu'une poussière plus petite perd son énergie par rayonnement qui est incapable d'ioniser et d'illuminer l'air), des particules de peuvent parfois produire ce type de météore selon leur vitesse, densité, structure et angle d'entrée dans l'atmosphère. Le chasseur de météorites a une définition pratique en fonction de la manière dont il les collecte : une météorite est un objet de taille comprise entre le centimètre et la centaine de mètres. La définition la plus récente prend en compte ces évolutions (puissance des instruments d'observation, découverte de météorites lunaires ou martiennes, etc.). Une météorite est un objet solide naturel de taille supérieure à , issu d'un corps céleste qui a été transporté par des moyens naturels, à partir d'un corps-parent dont il est issu, vers une région de l'espace échappant à l'attraction gravitationnelle de ce corps-parent et dont la trajectoire croise celle d'un corps naturel ou artificiel plus grand que lui-même. Il pénètre dans son atmosphère et atteint sa surface car il n'a pas été complètement volatilisé lors de sa rentrée atmosphérique et de l'impact avec cette surface. L'altération météoritique ne modifie pas le statut de la météorite aussi longtemps que certains de ses minéraux ou de sa structure initiale n'ont pas disparu. Cet objet perd son statut de météorite s'il est incorporé dans une roche plus grande qui devient elle-même une météorite. Un météoroïde est un objet de taille comprise entre et se déplaçant dans le milieu interplanétaire, il peut être le corps principal ou provenir de la fragmentation de corps célestes plus grands (notamment mais pas seulement les astéroïdes). De à se classent les micrométéoroïdes ainsi que les micrométéorites. Dénomination. Les météorites portent le nom d'un lieu près duquel elles sont tombées ou ont été trouvées voire achetées, généralement celui d'une municipalité ou d'une entité géographique. Quand plusieurs météorites ont été trouvées au même endroit, le nom peut être suivi d'un nombre ou d'une lettre (par exemple, Allan Hills 84001 ou ). Le nom officiel est attribué par la Meteoritical Society. On utilise parfois une abréviation (par exemple, ALH pour Allan Hills) ou un surnom (par exemple, Black Beauty pour NWA 7034). Histoire des représentations et de l'étude des météorites. De l'objet sacré jusqu'à l'objet scientifique. L'histoire des représentations des météorites montre l'évolution des différentes perceptions de ces objets au cours des siècles, depuis l'objet sacré jusqu'à l'objet scientifique. Tout au long des siècles, les météorites ont été vénérées comme des objets sacrés par différentes cultures et civilisations antiques. La chute spectaculaire (lumière intense, parfois phénomènes sonores, comme pour la météorite de Nōgata découverte en 861, la plus ancienne recueillie encore conservée) d'une météorite a toujours suscité l'imagination humaine, évoquant la peur, le respect ou l'adoration, entraînant la recherche de ces objets tombés du ciel pour en faire des objets sacrés du pouvoir et de cérémonies religieuses, tels les bétyles constituant l'Omphalos des Grecs à Delphes ou la Pierre noire de la Kaaba à La Mecque. Les météorites de fer sont également très tôt utilisées comme bijoux et armes, telle une dague en fer météorique trouvée dans le tombeau de Toutânkhamon. L'âge du fer aurait débuté chez les Inuits à partir de la chute de la météorite du cap York, ces derniers utilisant des esquilles de fer tirées de ce type de météorite pour fabriquer des lames de couteau et des pointes de harpon. La première mention d'une météorite dans le corpus écrit occidental est due à Anaxagore qui cite la chute de météorites en Crète en 1478 Bien que sa prédiction de la chute d'une météorite proche d'Aigos Potamos après le passage d'une comète en 476 soit légendaire, il est le premier à formuler une hypothèse sur son origine, pensant avec audace que cette météorite est issue du soleil qu'il considère comme une pierre en flammes. Les auteurs en Chine ancienne consignent dans leurs ouvrages les chutes de pierres sans donner de cause. Les auteurs de langue arabe en font de même, tel Avicenne dans la section géologie de son "Livre de la Guérison", le polymathe persan n'hésitant pas à affirmer que deux types de pierre tombent du ciel (des fers et des pierres) et à réaliser des expériences de fusion de météorites pour voir si elles sont métalliques. Au Moyen Âge, l'Église chrétienne combat le culte des météorites et demande que ce symbole païen soit jeté et détruit. La conception aristotélicienne du ciel prévaut (des fragments de roche ou de métal ne peuvent pas tomber du ciel et il n'existe pas de petits objets célestes au-delà de la lune), aussi la météorite est considérée soit comme une illusion d'optique (thèse de Guillaume de Conches), soit comme un artefact terrestre (type produits de métallurgie) soit comme un phénomène atmosphérique causé par des fragments de montagnes arrachés, des laves éjectées par les volcans (l'averse météoritique à Sienne le est attribuée ainsi à la proximité du Vésuve), par la foudre ou par le tonnerre, d'où sa dénomination particulière de « pierre de foudre » (pouvant être confondue avec la fulgurite) ou « pierre du tonnerre » ( la pierre du tonnerre d'Ensisheim en 1492, plus ancienne chute répertoriée en Europe). De même sa dénomination générale n'est pas fixée, la météorite étant appelée indifféremment aérolithe (« pierre de l'air »), uranolithe (« pierre du ciel ») Jusqu'au , l'idée que la météorite est une roche venue de l'espace est considérée comme absurde par les savants, d'autant plus que les récits antiques et médiévaux sur des chutes de météorites associent souvent ce phénomène à la longue série des ' (prodiges et miracles tels que pluie d'animaux, de lait, de sang, de feu et de soufre) et ' (présages tels que la pluie de pierres le jour de la naissance de Charles le Chauve), ce qui suscite le scepticisme des savants européens qui se refusent à étudier ces superstitions. Les quelques spécimens analysés s'avèrent de plus être le plus souvent des fossiles, des outils préhistoriques supposés façonnés par la foudre, ou des roches communes (leur analyse met généralement en évidence des espèces minérales terrestres comme la pyrite ou la marcassite). Les trois aérolithes tombés à Coutances en 1750, à Lucé en 1768 et Aire-sur-la-Lys en 1769 sont pour la première fois analysés chimiquement par une académie scientifique et décrits dans un journal scientifique mais les trois membres de l'Académie des sciences, Fougeroux de Bondaroy, Cadet de Gassicourt et Antoine Lavoisier concluent à tort qu'elles ne sont pas des pierres tombées du ciel et que la pierre du 13 septembre 1768 n'est qu'un grès pyriteux. La croûte de fusion noire de la météorite est expliquée par le fait qu'il s'agisse d'une « pierre de foudre ». John Wallis, après l'observation d'une pluie de météores en Angleterre en 1676, suggère qu'ils peuvent être dus à la rentrée atmosphérique de comètes. Au et début , les savants pensent encore dans leur majorité que la météorite se forme dans l'atmosphère, selon l'hypothèse la plus communément admise d'Eugène Louis Melchior Patrin en 1801 : le météore résulte de la circulation de fluides gazeux atmosphériques puis la météorite solide se forme par la combinaison des molécules gazeuses. D'autres hypothèses dans la même veine sont formulées : formation lors d'un orage par la foudre selon Antoine Lavoisier en 1769, formation à partir des nuages selon le médecin Joseph Izarn. L’origine extraterrestre interstellaire est avancée par le physicien allemand Chladni dans son ouvrage "" en 1794 (« De l'origine de la masse de fer trouvée par Pallas et d'autres similaires, et sur quelques phénomènes naturels en relation avec elles »), sa thèse étant renforcée par l'analyse chimique et minéralogique de plusieurs météorites réalisée en 1802 par Edward Charles Howard et Jacques Louis de Bournon qui mettent notamment en évidence les chondres. L’étude scientifique complète (analyse chimique et recueil des témoignages) des météorites n'apparaît réellement qu'à partir de 1803, date du rapport minutieux de Jean-Baptiste Biot à l'Académie des Sciences de Paris, fait à la demande du ministre Chaptal, sur la météorite de L'Aigle tombée la même année. Un changement dans la conception des météorites est perceptible au début du lorsque l'existence de cratères d'impact à la surface de la terre est admise, comme pour le Meteor Crater. L'astronome observe en 1833 que le radiant de l'essaim d'étoiles filantes des Léonides n'est pas entraîné avec la rotation de la Terre, il infirme ainsi définitivement l'origine terrestre et atmosphérique des météorites. Auguste Daubrée systématise la classification des météorites à la fin du . Si d'illustres savants catastrophistes (Jean-Baptiste Biot, Siméon Denis Poisson, John Lawrence Smith en 1855) sont encore partisans de l'hypothèse lunaire de Pierre-Simon de Laplace (météorites appelées « pierres de Lune » issues de l'éruption de volcans lunaires), la majorité se rallie progressivement à l'hypothèse extraterrestre de Chladni. Les débats intenses suscitent la constitution de collections de météorites afin de mieux les étudier : la majorité des muséums d'histoire naturelle se dotent au de telles collections. Le Muséum national d'histoire naturelle de Paris, le Musée d'histoire naturelle de Londres et la de Washington, qui possèdent aujourd'hui les collections de météorites les plus importantes au monde, le doivent à cet essor du milieu du . L'hypothèse extraterrestre de Chladni bien établie, l'origine exacte des météorites fait l'objet de débats jusque dans les années 1950 (milieu interstellaire, interplanétaire ?) qui voient un consensus se dégager sur les astéroïdes comme étant la source principale des météorites, les années 1980 étant celles de la découverte de météorites martiennes et lunaires. Études actuelles. En quelques décennies, les analyses de plus en plus fines faites en laboratoire, les explorations spatiales et les observations astronomiques ont bouleversé notre connaissance du Système solaire. La datation des météorites est réalisée par radiochronologie (datation Pb-Pb) à l'aide de spectromètres de masse à ionisation secondaire ou de spectromètres de masse à plasma. Après plusieurs échecs, le premier à réussir la datation d'une météorite est le géochimiste Clair Cameron Patterson qui estime en 1956 l'âge d'une météorite ferreuse à d'années correspondant à l'âge de la Terre et de la formation du système solaire. L'étude des différents minéraux présents dans une chondrite (issue d’un corps parent non différencié) sont identiques à ceux que l’on peut trouver sur une planète (corps différencié) comme la Terre. En effet, si l’on écrase un fragment de chondrite jusqu’à le réduire en poudre, puis si on approche un aimant afin de séparer les particules magnétiques de celles qui ne le sont pas, on obtient d’une part les particules de fer/nickel constituant le noyau d’une planète comme la Terre et d’autre part principalement des silicates identiques à ceux présents dans le manteau et la croûte terrestres. Ces études ont conduit les cosmochimistes à approfondir le sujet, notamment à mieux expliquer le phénomène de différenciation planétaire. L'analyse chimique de certaines chondrites carbonées (météorite d'Orgueil), qui sont soupçonnées de provenir non pas d’astéroïdes mais de noyaux de comètes, ou d'achondrites (météorite probablement d'origine martienne ), révèle la présence d'acides aminés qui sont les « briques » élémentaires de la vie et semblent renforcer (si leur origine est bien prouvée) la théorie de la panspermie qui soutient que la Terre a été fécondée de l'extérieur, par des moyens extraterrestres. Les météorites martiennes permettent aux scientifiques de commencer à mieux connaître la géologie martienne avant même que des échantillons n’aient été rapportés depuis cette planète, ce qui est possible grâce à des programmes de recherche terrestres tels qu’ANSMET. Les connaissances acquises grâce à ces très rares météorites pourront aider ces mêmes scientifiques dans leurs recherches lorsqu’ils disposeront enfin d’échantillons prélevés sur la planète rouge lors des missions prévues pour les années à venir. Quant aux météorites d’origine lunaire, elles donnent l’occasion aux scientifiques n’ayant pas à leur disposition des échantillons rapportés par les missions Apollo de travailler sur l’histoire de la formation de ce satellite terrestre, notamment sur l'hypothèse de l'impact géant selon laquelle la Lune proviendrait de la collision entre la Terre et un astre de la taille de Mars, appelé Théia, qui aurait arraché et projeté hors du manteau terrestre des éjectas dont une bonne partie est restée en orbite autour de celle-ci, se réaccrétant pour former la Lune. Il s’agirait alors de la plus grosse météorite ayant jamais croisé la Terre, donnant naissance à notre satellite. La présence d'isotopes radioactifs de l'aluminium Al et du fer Fe dans des inclusions météoritiques au tout début du Système solaire permet, à partir d'observations astronomiques d'étoiles jeunes, de modéliser l'environnement stellaire du Soleil primitif : en moins de d'années, trois générations d'étoiles, formées par la compression du gaz à la suite d'ondes de choc produites par les supernovae selon le scénario du , se seraient succédé dans un nuage moléculaire géant pour former le Système solaire. Flux et impacts de météorites. La masse totale de matière interplanétaire balayée par la Terre est estimée à cent tonnes par jour (un n'étant pas à exclure par rapport à cette estimation), ce qui correspond à d'objets météoriques qui traversent l'atmosphère terrestre quotidiennement : cette matière est constituée essentiellement de poussières (moins de ), avec un nombre de corpuscules dépendant (approximativement) du logarithme de l’inverse de leur masse, avec un seuil d’environ , en dessous duquel il y a très peu de poussières. La majorité de ces poussières sont des micrométéoroïdes : ayant la consistance des cendres de cigarette, ils sont en grande partie consumés dans l'atmosphère et finalement de matériel météorique atteint le sol quotidiennement. Le flux annuel de micrométéorites est estimé entre ( si on inclut les poussières interstellaires), celui de météorites de masse comprise entre est évalué à , les grosses météorites perdant 80 % de leur masse lors de la traversée atmosphérique. de masse supérieure à atteignent le sol chaque année, ce qui correspond à une météorite toutes les . De de plus d’un kilogramme tombent au sol annuellement mais 75 % disparaissant pour cause de météorologie, de la nature du terrain de chute (essentiellement dans les océans, qui couvrent près de deux tiers de la planète, ou dans les déserts, qui constituent près d’un tiers des terres, rarement dans les villes car les zones urbaines ne couvrent que 3 % des terres émergées) et sur les 25 % restantes peu sont collectées. Sur la surface terrestre entière, un météoroïde d' de diamètre percute le sol toutes les , un météoroïde d' de diamètre toutes les , un météoroïde d'un mètre de diamètre tous les ans, un météoroïde de de diamètre tous les siècles, un météoroïde de de diamètre tous les , un météoroïde d'un kilomètre de diamètre tous les millions d'années et un météoroïde de de diamètre tous les . Chaque année, il se produit en moyenne une dizaine de chutes météoriques observées (avec des écarts de par an) et de d'impacts sont découvertes. Le météoroïde pénètre dans l'atmosphère à une vitesse qui varie de . La traînée atmosphérique provoque sa décélération jusqu'au "" (point de ralentissement correspondant au maximum de la décélération et qui a lieu le plus souvent à une altitude de ) à partir duquel le météore s'éteint et le météoroïde réaccélère sous l'influence de la gravitation. Accélération et décélération s'équilibrent progressivement, il atteint sa vitesse finale, généralement de , lors de son impact. Les météoroïdes de plusieurs tonnes sont moins ralentis, conservent une partie de leur vitesse initiale et ont une vitesse à l'impact bien plus élevée. Lorsque la météorite pénètre dans l’atmosphère, le frottement sur les particules la constituant entraîne un violent échauffement et une émission de lumière, ce qui forme un "météore" ou "étoile filante" : Risque météoritique. Recensement des astéroïdes potentiellement dangereux. Les astronomes ont dénombré volants potentiellement « dangereux » dont le diamètre est compris entre . La plupart de ces corps se trouvent dans la ceinture d’astéroïdes, située entre Mars et Jupiter, qui contient des objets pouvant mesurer jusqu’à de diamètre. Actuellement, pourraient nous rendre visite au cours du prochain siècle. S’ils sont tous d’une taille inférieure à , la chute d’un seul d’entre eux risquerait d’avoir des conséquences irrémédiables pour la planète. Ainsi, Apophis, un astéroïde de de diamètre, pourrait percuter la Terre en 2036. La collision est quasi impossible (la probabilité est de 1 pour ) mais si elle avait lieu, elle libérerait une puissance équivalente à de TNT, soit toutes les armes nucléaires de la planète. À grande échelle. Des météorites massives, heureusement rares (l’histoire humaine écrite n’en relate que deux) peuvent créer d’importants cratères lors de leur impact sur le sol, ou des tsunamis en cas d’arrivée en mer. L’énergie libérée lors de ces impacts peut entraîner, directement ou par des effets secondaires catastrophiques (par exemple : réactivation de volcans endormis, incendies généralisés), la dispersion d’une quantité considérable de particules dans l’atmosphère, suffisante pour modifier brutalement et durablement le climat sur l’ensemble de la Terre. Suivant la théorie de Luis Walter Alvarez, l’extinction des dinosaures, qui marque la fin du Crétacé, s’expliquerait par les conséquences de l’impact d’une météorite (voir Cratère d'impact). À l'échelle individuelle. Considérant la fréquence des chutes, les impacts extraterrestres (météorites, astéroïdes) pourraient virtuellement causer, en moyenne, 90 décès par an. Les accidents directement attribuables à une chute de météorite sont cependant bien moins nombreux, le chiffre précédent prenant en compte les impacts cataclysmiques (par exemple Chicxulub) qui ne se produisent qu'à une fréquence de plusieurs millions d'années. À l'échelle humaine les cas sont rares mais existent dans les chroniques anciennes : Classification des météorites. On n’a pas de preuve que certaines d’entre elles puissent être du . On pense plutôt généralement que les météorites sont des fragments libérés par impact entre des corps plus gros : les astéroïdes (certaines semblent même, à n’en pas douter, résulter d’impacts violents sur la Lune et sur Mars) ou encore libérés par désagrégation gravitationnelle des comètes lors de leur passage près du Soleil. Toutefois, la présence dans les matrices de certaines des météorites, par exemple d'anomalies isotopiques, ou encore de nanograins dont les âges antécèdent le Système solaire de quelques Ma à plusieurs Ga, selon les objets montrent que le matériau qui les contient, n'a aucunement été altéré, ni métamorphisé, lors de son inclusion puis extraction dans un corps parent. La composition chimique (notamment les rapports entre éléments-traces) et isotopique des météorites connues montre qu'elles proviennent d'au moins 150 corps parents différents. On distingue deux types principaux de météorites en fonction de leur corps parent : Datation des météorites. Les méthodes de datation radiométrique permettent de dater plusieurs des événements qu'ont vécu les météorites. Âge de formation. La formation des roches constituant les météorites peut être datée par les mêmes méthodes de datation absolue que les roches terrestres les plus anciennes : rubidium-strontium, samarium-néodyme, uranium-plomb, plomb-plomb, lutécium-hafnium, traces de fission (de l'uranium 238) Des datations plus précises, mais seulement relatives (par référence à l'âge de formation des CAI), peuvent être obtenues grâce aux radioactivités éteintes : aluminium 26, fer 60, plutonium 244 Durée du transfert vers la Terre. Entre le moment où une météorite est éjectée de son corps parent et celui où elle percute la Terre, la surface de la météorite est soumise à l'action des rayons cosmiques, qui produisent des réactions nucléaires dont on peut aujourd'hui doser les produits. Ces analyses permettent de calculer un « âge d'exposition (interplanétaire) », qui mesure la durée du transfert depuis le corps parent jusqu'à la Terre. Âge terrestre. Quand une météorite est à la surface de la Terre, sa surface exposée à l'air subit aussi l'action des rayons cosmiques. On peut donc calculer la durée de cette exposition, dite « âge d'exposition (terrestre) ». Cette mesure s'applique essentiellement aux météorites trouvées sur les surfaces désertiques (Sahara, Atacama) et sur les inlandsis (Antarctique et Groenland), pour lesquelles l'âge d'exposition se confond avec l'âge d'arrivée sur Terre. Les météorites dont l'âge d'exposition (terrestre) est le plus grand ont été récoltées dans le désert d'Atacama : et plus. Météorites remarquables. On distingue les météorites que l’on a vu tomber et que l’on a retrouvées peu après leur atterrissage : on les appelle des « chutes observées » ou plus simplement des « chutes », par opposition à celles que l’on a découvertes par hasard et que l’on appelle des « trouvailles ». En 1972, la communauté scientifique recensait environ , correspondant à une dizaine de découvertes par an sur les deux derniers siècles. En 2016, il y a plus de classifiées (nom officiel validé) par la ' qui publie chaque année un catalogue des nouvelles météorites analysées, le '. Parmi ces météorites, 97 % sont des trouvailles, 3 % sont des chutes et 70 % proviennent de l'Antarctique. Ce nombre augmente d’environ chaque année. 99,8 % des météorites analysées proviennent de fragments d'astéroïdes, 0,2 % sont d'origine lunaire ( officiellement en 2011) ou martienne. Des cas plus rares concernent des météorites produites par l'impact de gros astéroïdes. La ' attribue un nom ou un numéro à chaque météorite. Il s’agit en général d’un nom géographique d’un lieu proche de l’endroit de la découverte. Les règles de nomenclature ont été établies au milieu des par le ' (Comité de Nomenclature des Météorites) de cette Société internationale. En France, le est tombée en Alsace à Ensisheim une chondrite de : la météorite d’Ensisheim. Elle est aujourd’hui conservée au "Palais de la Régence à Ensisheim" et gardée par la confrérie St Georges des Gardiens de la Météorite d’Ensisheim, qui réunit chaque année, en juin, les passionnés de ces pierres célestes lors d’une bourse d’échanges remarquable. Les collectionneurs et chasseurs de météorites du monde entier s’y retrouvent. Le , la chute historique de la météorite de Chassigny apporte le premier spécimen type d'un nouveau groupe de météorites, les . Elle contient des bulles de gaz dont la composition est différente de l'atmosphère martienne, suggérant que les chassignites cristallisent dans le manteau profond de Mars, à la différence des . Parmi les météorites remarquables tombées en France, on peut citer "Orgueil", une météorite carbonée classée CI ; "Ornans", une autre carbonée qui a donné son nom à une classe de météorites les CO ; "L’Aigle", tombée le en Normandie qui fit l’objet d’un rapport scientifique de Jean-Baptiste Biot de l’Académie des sciences. Plus de (petites météorites) furent retrouvés dans les environs de la ville de L’Aigle. La plus grande météorite connue à ce jour est la météorite d'Hoba découverte en 1920 en Namibie. Le plus gros impact français a été identifié en 1967 entre les villes de Rochechouart dans la Haute-Vienne et de Chassenon en Charente. Le cratère d’environ de diamètre n’est plus identifiable, mais les roches fracturées par l’énergie de l’impact subsistent par endroits. Il ne reste plus de trace de la météorite qui s’est complètement désintégrée sous la violence du choc. Cet impact a eu lieu il y a environ d’années. En 1996, l'analyse par la NASA de la météorite aurait suggéré la possibilité d'une vie sur Mars. À ce jour, cette question est encore ouverte. En 2005, la sonde analysant géologiquement Mars, découvre la première météorite sur une autre planète, (Meridiani Planum). En 2009 est découverte dans la Tchoukotka la météorite de Khatyrka, dans laquelle sont identifiés les premiers quasi-cristaux d'origine non-anthropique. En 2019, ce site est encore le seul où ont été découverts de tels quasi-cristaux. En 2011, l'analyse de chondrites carbonées révèle des traces d'adénine et de guanine, bases constitutives de l'ADN, et renforce les observations selon lesquelles certaines météorites contiennent des molécules prébiotiques confinées qui seraient à l'origine de l'ensemencement de la Terre. Le , le météore de Tcheliabinsk s'est désintégré au-dessus de l'Oural, brûlant partiellement dans les couches basses de l'atmosphère. Des fragments de la météorite ont atteint la Terre et sont tombés dans des zones peu habitées de la région de Tcheliabinsk en Russie. L'onde de choc produite a provoqué de nombreuses blessures, principalement dues à des bris de verre. Plusieurs images et vidéos de cette météorite ont été diffusées sur Internet. En 2016, une publication confirme qu'une météorite (' ou ') trouvée dans une couche géologique du milieu de l'Ordovicien (il y a d'années) a une composition très anormale (différente des chondrites de type L trouvées dans cette couche, mais aussi différente de celle de tous les types de météorites connus). Ce pourrait être le tout premier exemple d'une météorite (qu'on ne pourrait plus voir tomber sur terre de nos jours car son organe-source a été consommé par les collisions anciennes). Les météorites trouvées sur Terre aujourd'hui peuvent nous donner une représentation incomplète de la nature des corps qui existaient dans la ceinture d'astéroïdes il y a environ d'années. Météorites dans les arts et la littérature. Dans la "Vie de Lysandre", Plutarque raconte qu'une météorite est tombée avant la bataille d'Aigos Potamos entre les Lacédémoniens et les Athéniens (−405), laquelle marque la fin de la guerre du Péloponnèse et la victoire des Spartiates menés par Lysandre. D'après Plutarque, certains auteurs ont avancé que la chute de la météorite avant la bataille constituait un présage défavorable aux Athéniens. L'auteur consacre ensuite un développement scientifique à la nature des météorites : selon Anaxagoras, les météorites sont des astres froids et terreux, qui auraient été empêchés de tomber dans la partie basse de l'Univers ; selon d'autres philosophes, il s'agirait de corps célestes élancés ici bas par dévoiement de leur mouvement circulaire naturel. Enfin selon d'autres, il ne s'agirait même pas d'une météorite mais de la pointe d'une montagne arrachée par le vent. Maurice Leblanc propose dans son roman "La Femme aux deux sourires" un décès mystérieux finalement expliqué par Arsène Lupin comme étant dû à la chute sur la victime d'une météorite faisant partie de l'essaim des Perséides. Les météorites inspirent de nombreux auteurs et scénaristes. Elles sont notamment le thème principal de la nouvelle "La Couleur tombée du ciel", de films comme "Jusqu'à ce que la fin du monde nous sépare", "La Cité pétrifiée" ou "", de films catastrophe comme ou "Armageddon".
Méthode de Condorcet La méthode Condorcet (aussi appelée scrutin de Condorcet ou vote Condorcet) est un système de vote obéissant au "principe de Condorcet" qui s'énonce ainsi : Le vainqueur, s'il existe, est donc le candidat qui, comparé tour à tour à chacun des autres candidats, s’avère à chaque fois être le candidat préféré. Autrement dit, il bat tous les autres en duel. Un tel candidat est appelé vainqueur de Condorcet. Rien ne garantit la présence d'un candidat satisfaisant à ce critère de victoire : c'est le paradoxe de Condorcet. Ainsi, tout système de vote fondé sur la méthode Condorcet doit prévoir un moyen de résoudre les votes pour lesquels ce candidat idéal n'existe pas. Cette méthode doit son nom à Nicolas de Condorcet, mathématicien et philosophe français du , qui la justifie à partir d'une réflexion mathématique sur les probabilités d'erreur de jugement de la part des électeurs. La méthode est déjà mentionnée par l'écrivain catalan Raymond Lulle au . Dans un contexte politique de type gauche/centre/droite, le théorème de l'électeur médian indique que l'option centriste est le vainqueur de Condorcet quand elle bat les options de gauche (avec l'aide des voix de droite), et les options de droite (avec les voix de gauche). Motivation. Dans son "Essai sur l'application de l'analyse à la probabilité des décisions rendues à la pluralité des voix", Condorcet met en évidence le fait qu'une élection ordinaire peut très bien ne pas représenter les désirs des électeurs. On peut en prendre conscience dans les deux exemples suivants Condorcet propose alors sa propre méthode tout en admettant que l'organisation très lourde qu'elle implique ne la rend pas très réaliste pour des élections importantes. Elle ne peut, selon lui, qu'être associée à un tri préalable des candidats pour en limiter le nombre. Il met de plus en évidence l'existence de situations où sa propre méthode ne permet pas de choisir "à coup sûr" le bon candidat. C'est ce qu'on appelle le paradoxe de Condorcet. Il existe plusieurs méthodes pour réduire les conflits générés dans ces situations, comme le scrutin de Condorcet randomisé. Déroulement du vote. Forme des bulletins. Chaque électeur classe les candidats par ordre de préférence. Décompte des votes. Le dépouillement du scrutin consiste à "simuler l'ensemble des duels possibles" : pour chaque paire de candidats, on détermine le nombre d'électeurs ayant voté pour l'un ou l'autre en vérifiant, sur chaque bulletin de vote, comment l'un était classé par rapport à l'autre. Ainsi pour chaque duel, il y a un candidat vainqueur. Fréquemment, il y a un "unique candidat qui remporte tous ses duels" : il s'agit du vainqueur du scrutin. La section suivante décrit ce qui se passe dans les cas où aucun candidat ne remporte tous ses duels. Résolution des conflits. Il arrive qu'aucun candidat ne soit élu à la suite du décompte des votes : Condorcet avait remarqué cet important paradoxe inhérent à la méthode, appelé le paradoxe de Condorcet : dans une élection dont les candidats sont A, B et C, dès que le nombre des électeurs est supérieur à deux, A peut être préféré à B, lui-même préféré à C, lui-même préféré à A. Plusieurs méthodes sont utilisables pour résoudre ce conflit de circularité. Par exemple: Le choix de la méthode doit être fixé avant le vote, ce choix ayant des conséquences sur la détermination du vainqueur. Exemples. Groupe de tête et moins mauvaise défaite. Lors d'une élection, trois candidats (X, Y et Z) se retrouvent dans le groupe de tête. Les résultats des votes pour ces trois candidats sont : Lorsque l'on effectue les comparaisons par paires, X : contre Y = 41+22-33 = +30 (donc X gagne par 30 votes) contre Z = 41-33-22 = -14 (donc X perd par 14 votes) Y : contre X = -30 contre Z = 52 Z : contre X = 14 contre Y = -52 X gagne donc, puisque son plus mauvais résultat (-14) est meilleur que ceux de Y et Z (respectivement -30 et -52) Classement des paires et graphe. Reprenons l'exemple précédent et ajoutons un quatrième candidat T. Imaginons que Le classement des paires donne La constitution du graphe se fait dans l'ordre : Y > Z et Y > T, puis X > Y (pas de cycle), puis on élimine Z > X qui constituerait une boucle, on conserve X > T et Z > T. Le gagnant est alors X car X > Y > Z > T. Méthode Condorcet et modes de scrutins uninominaux majoritaires. La méthode Condorcet fait partie de la catégorie des modes de scrutins dits "à préférences multiples ordonnées": chaque électeur indique sur son bulletin non seulement son choix préféré (celui qu'il indiquerait dans tout scrutin uninominal majoritaire, qu'il soit à un tour ou à deux tours), mais aussi, par ordre décroissant, ses préférences quant aux autres choix qui lui sont proposés. Le bulletin de vote est donc plus complexe que celui proposé par tout mode de scrutin uninominal majoritaire classique. En outre, tout système de scrutin de ce type doit être complété de règles explicites visant notamment d'une part à définir par avance ce qu'il advient des bulletins qui n'auraient pas été entièrement complétés (un votant, par exemple, peut ne pas vouloir classer sur son bulletin d'autres choix que celui qui a sa préférence: comment comptabilise-t-on alors son vote dans les comparaisons par paire des différents choix possibles?), et d'autre part à résoudre le paradoxe de Condorcet s'il venait à se concrétiser. Il existe plusieurs méthodes pour répondre à chacune de ces deux difficultés , dont aucune n'est ni triviale ni évidemment supérieure aux autres: le risque de contestation du choix de telle ou telle méthode est donc réel. Une autre caractéristique du vote Condorcet concerne son mode de dépouillement: il faut comparer les résultats de chaque choix avec ceux de chacun des autres choix. Or, selon le principe du coefficient binomial, le nombre de ces comparaisons augmente fortement avec le nombre de choix possibles : 3 comparaisons pour 3 choix possibles, 6 pour 4 choix, 10 pour 5 choix, 15 pour 6 choix, et ainsi de suite. Le dépouillement selon cette méthode est donc long à réaliser dès lors qu'un assez grand nombre de choix sont proposés, et son résultat peut être difficile à interpréter. Par comparaison, dans un scrutin uninominal majoritaire il suffit de décompter les votes favorables à chaque choix proposé, puis de classer par nombre décroissant de votes reçus pour déclarer le vainqueur (vote à un tour ou scrutin de second tour dans une élection à deux tours) ou désigner les candidats admis au second tour (scrutin du premier tour d'un vote à deux tours). La méthode Condorcet, même si elle présente de nombreux avantages théoriques, s'avère donc plus complexe à mettre en place et à expliquer que les modes de scrutin uninominaux majoritaires. La méthode Condorcet comparée au vote alternatif. Le vote à second tour instantané, également appelé vote alternatif, est un autre système de vote par préférences multiples ordonnées. Il a été utilisé dans plusieurs pays, notamment en Australie, aux iles Fidji, en Nouvelle Zélande, en Irlande ou encore au Sri Lanka. Bien qu'il présente de fortes ressemblances avec un vote Condorcet, le vote alternatif appliqué à un scrutin donné peut donner un résultat très différent de celui qu'aurait donné la méthode de Condorcet, et différent également de celui qu'un scrutin majoritaire à un tour aurait produit. Cependant, s'il existe un gagnant de Condorcet sans conflit, c'est-à-dire un candidat mieux placé que tous ses adversaires, et si on suppose que les votes ont été sincères et non stratégiques, la confrontation entre le gagnant de Condorcet et le gagnant du vote alternatif lors d'un simple scrutin majoritaire tournera évidemment à l'avantage du gagnant de Condorcet. Mais cela dépend de la méthode utilisée pour résoudre les conflits. Utilisation du vote de Condorcet. Par des organisations. Cette méthode n'est pas utilisée actuellement dans des élections nationales. Elle commence cependant à être utilisée dans certaines organisations publiques. Parmi elles, on peut trouver : Implémentations logicielles. Il existe de nombreuses solutions pour calculer Condorcet et les différentes méthodes respectant ses critères. La plupart d'entre elles sont constituées sous forme de logiciel libre. PHP : HTML5 / Javascript :
Météore Le mot « météore », du grec ancien : (« en haut » ou « qui s'élève »), désignait initialement l'ensemble des phénomènes visibles dans le ciel. Le sens du mot a depuis évolué. Les différents sens de ce mot sont présentés ci-dessous. Géologie et planétologie. Un météore est la traînée lumineuse produite par l'entrée dans l'atmosphère d'un corps extraterrestre, ou météoroïde, pouvant produire, s'il ne s'est pas entièrement consumé, une ou plusieurs météorites. On en distingue deux types : Météorologie. Les différents termes ci-dessous sont liés étymologiquement au sens ancien du mot : Les nuages ne sont pas un phénomène que l'on peut appeler météore.
Médaille Fields La médaille Fields est la plus prestigieuse récompense en mathématiques avec le prix Abel. Elle est considérée comme équivalente à un prix Nobel inexistant pour cette discipline. Elle est attribuée tous les quatre ans depuis 1936 au cours du congrès international des mathématiciens à quatre mathématiciens au plus, tous de moins de . Les lauréats reçoivent chacun une médaille et . Origine et premières attributions. John Charles Fields, mathématicien canadien, propose la création de cette médaille en 1923 lors d'une réunion internationale à Toronto. À sa mort, , il lègue ses biens à la science afin de contribuer au financement de la médaille. L'attribution des deux premières médailles a lieu . La Seconde Guerre mondiale interrompt la délivrance de la distinction jusqu'en 1950. Au départ, seules deux médailles sont décernées tous les quatre ans. En 1966, la décision est prise de passer à quatre lauréats au plus. Liste des lauréats. Classement par pays Classement par institutions À leur nomination, les médaillés Fields travaillaient dans les institutions suivantes : Onze « médaillés Fields » sont d'anciens élèves de l'École normale supérieure de Paris : Laurent Schwartz , Jean-Pierre Serre , René Thom , Alain Connes , Pierre-Louis Lions , Jean-Christophe Yoccoz , Laurent Lafforgue , Wendelin Werner , Cédric Villani , Ngô Bảo Châu et Hugo Duminil-Copin . Ceci ferait de l’École normale supérieure la première institution du palmarès si le classement portait sur l'établissement d'origine des médaillés et non le lieu d'obtention. Concernant le pays d’origine, la France se trouve également bien classée si l'on considère le lieu de formation des médaillés : ainsi , le CNRS dénombrait déjà qui étaient issus de laboratoires français. Prolongeant ce raisonnement jusqu'à 2014, on aboutit à un total de Fields issus de laboratoires français, ce qui pourrait placer la France en tête des nations formatrices de ces éminents mathématiciens. Circonstances spécifiques. En 1966, Alexandre Grothendieck boycotte la cérémonie devant lui remettre une médaille Fields, tenue à Moscou, pour protester contre les interventions militaires soviétiques en Europe de l’Est. En 1970, Sergueï Novikov, en raison des restrictions imposées à son encontre par le gouvernement soviétique, n'est pas en mesure de voyager pour se rendre au congrès de Nice afin de recevoir sa médaille. En 1974, l'Union Soviétique, par le biais de Lev Pontriaguine, alors vice-président du comité exécutif de l'IMU, s'oppose à ce que la médaille Fields soit remise à Vladimir Arnold, suspecté de dissidence politique. En 1978, Lev Pontriaguine s'élève violemment contre la sélection de Gregori Margulis. Les autres membres du comité exécutif de l'IMU lui tiennent tête, mais les autorités soviétiques empêchent Margulis de se rendre au congrès d’Helsinki pour recevoir sa médaille. La récompense est alors reçue en son nom par le mathématicien belge Jacques Tits, qui déclare à cette occasion : . En 1982, le congrès doit se tenir à Varsovie mais il est reporté à l'année suivante, en raison de l'instabilité politique du pays. Les récompenses sont annoncées à la neuvième assemblée générale de l'IMU plus tôt dans l'année et remises lors du congrès de Varsovie qui se tient effectivement . En 1990, la récompense est accordée à Jones et Witten pour leur travaux en physique. Jones est à l'origine du polynôme de Jones et Witten trouve une relation entre ce polynôme et la théorie quantique des champs. En 1998, au CIM, Andrew Wiles reçoit des mains du président du comité de la médaille Fields, Yuri Manin, la première plaque d'argent de l'IMU en reconnaissance de sa démonstration du dernier théorème de Fermat. Don Zagier fait référence à la plaque comme une « médaille Fields de poids ». Pour expliquer cette récompense, on évoque souvent le fait que Wiles avait dépassé l'âge limite de la médaille Fields (). Pourtant, bien que Wiles eût déjà légèrement dépassé l'âge limite en 1994, il avait alors été estimé favori pour gagner la médaille ; mais l'attribution n'avait finalement pas été envisageable car un « trou » avait été trouvé dans sa démonstration du théorème à , défaillance qu'il n'avait pu combler que deux ans plus tard, en 1995. En 2003, un autre équivalent du prix Nobel est créé en Norvège pour les mathématiques : le prix Abel. Le premier prix est attribué au Français Jean-Pierre Serre, qui avait été le plus jeune lauréat de la médaille Fields . En 2006, Grigori Perelman, lauréat pour sa démonstration de la conjecture de Poincaré, refuse la médaille Fields et n'assiste pas au congrès. Un même problème a donné lieu à l'attribution de trois médailles Fields : la première en 1966 à Stephen Smale, la deuxième en 1986 à Michael Freedman, la troisième vingt ans plus tard à Grigori Perelman. En 2014, l'Iranienne Maryam Mirzakhani est la première femme à recevoir la distinction, et la seule jusqu'en 2022. Elle est aussi la première personne iranienne, et la seule jusqu'en 2018. Le , les organisateurs de l'événement à Rio de Janeiro annoncent que la médaille remise le jour même à Caucher Birkar a été dérobée sur les lieux où s’est déroulée la cérémonie. Le 11 mars 2022, en raison de l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022, l'Union mathématique internationale annonce que la cérémonie se tiendra à Helsinki au lieu de Saint-Pétersbourg. Nature de la médaille. La médaille a été dessinée par le médecin et sculpteur canadien R. Tait McKenzie. Sur l'avers, se trouvent un portrait de profil d'Archimède et une citation en latin du poète Marcus Manilius : , soit « S'élever au-dessus de soi-même et conquérir le monde ». Au revers, est inscrite une phrase en latin : </poem> qui peut se traduire par : . À l'arrière-plan, figure une représentation de la tombe d'Archimède, avec la gravure de son théorème « De la sphère et du cylindre » disposée derrière un rameau. La tranche porte le nom du lauréat. Critiques. Pour Nalini Anantharaman, la limite d'âge de 40 ans peut empêcher les femmes mathématiciennes de travailler à obtenir cette médaille, car elles sont généralement occupées à gérer leur famille à cet âge.
Monergol Un monergol est un ergol de formation souvent endothermique, qui a la propriété de se suffire à lui-même pour assurer la propulsion dans un moteur-fusée — propergol constitué d'un seul ergol. Les monergols nécessitent généralement l'usage d'un catalyseur pour assurer leur décomposition. Exemple de monergol : l'hydrazine avec, comme catalyseur de décomposition, le nitrure de molybdène(III) MoN sur l'alumine , l'iridium Ir, l'ion ferreux Fe2+ ou ferrique Fe3+ (plus rare). Autre exemple : l'eau oxygénée utilisée dans les années 1960 pour propulser les "rocketbelts".
Cosmogonie Une cosmogonie est un récit mythologique qui décrit ou explique la formation du Monde. Le mot vient du grec "cosmo-" « monde » et "gon-" « engendrer ». En cela, la cosmogonie se distingue de la cosmologie, qui est l'étude scientifique relative à l'origine du monde et de l'univers et surtout aux lois qui les gouvernent. La cosmogonie est également rattachée à la branche des sciences que constitue la physique, pour participer aux élaborations des théories concernant la formation de l'Univers. Des récits oraux de cosmogonie fondent presque toutes les religions et sociétés traditionnelles, mais de nombreux traités sur les origines possibles de l'univers ont aussi été écrits par des philosophes ou des penseurs scientifiques, comme la cosmogonie d'Hésiode, et celle de Buffon. Des milliers de légendes de création du monde et de récits cosmogoniques traditionnels relatifs aux origines du monde, des dieux ou des institutions, appartiennent à la catégorie des mythes fondateurs. Les figures idéales et les modèles intemporels y ont donc une place importante. La variété des récits de création du monde, à travers leurs théories des origines, semble aussi exprimer le besoin immuable de décrire et peut-être justifier les transformations radicales du monde observable, de la Terre et de la société humaine. Mircea Eliade voit dans la cosmogonie ; une sorte de modèle archétypal de la création, l'univers étant le « chef-d'œuvre » d'un ou plusieurs créateurs offert comme modèle aux hommes. Constances dans les schémas de l'imaginaire chez les Occidentaux. La plupart de ces mythes recèlent des concepts, symboles et paradoxes communs. Être ou néant. Les mythes offrent diverses versions de la création de l'univers actuel ; certains le décrivent comme né du néant, d'autres pensent qu'il a toujours existé et d'autres encore disent que ce serait un être intemporel qui aurait rêvé ou créé notre monde - sans témoins humains - en un instant, en six époques appelées « jours » selon la Bible, ou en une longue suite d'événements. Chaos primordial. La naissance d'un monde (parfois harmonieux voire paradisiaque) est souvent la résultante de conflits entre forces antagonistes, l'ordre et le désordre, la lumière et les ténèbres, etc. Cependant, comme dans la "Théogonie" d'Hésiode, le chaos originel préexistant à l'Univers est parfois présenté non comme un néant ou un ensemble en conflit avec l'ordre, mais plutôt comme entité renfermant l'ensemble des éléments à venir, mais mélangés. Luttes et sacrifice. Carl Gustav Jung note que les notions de sacrifice et de combat sont souvent associées à la création mythique des mondes et de l'univers. L'énergie primordiale se sacrifie pour former l'univers. De nombreuses cosmogonies décrivent des luttes (combats de dieux, d'ancêtres primordiaux, de héros, gigantomachies et autres combats extraordinaires). L'opposition de contraires dans les jumeaux, être à deux faces ou couples primordiaux sexués pourrait donc aussi représenter les contraires qui s'affrontent en l'homme. Ces modèles peuvent se retrouver décalés dans le temps, par exemple avec le Dieu des Chrétiens présenté comme fait homme, se sacrifiant lui-même, dans le cadre d'un nouveau testament. Œuf cosmique. L'œuf cosmique est souvent représenté comme le germe contenant l'univers en puissance, par exemple pour l'orphisme. Il symbolise la rénovation périodique de la nature, la possibilité de renaissance du monde. L'éclosion de l'œuf donne naissance à l'Univers ("Pan Gu" en Chine, "Partholon" chez les Celtes, "Puruska" en Inde, "Nommo" au Mali). Eau. Symbole de vie et de pureté, l'eau intervient comme élément primordial chez le présocratique Thalès et aussi comme élément rénovateur, par le biais du Déluge évoqué par plusieurs mythes fondateurs et cosmogonies. Il rappelle à l'homme sa faiblesse face aux puissances célestes et permet le renouvellement du monde grâce aux meilleurs des humains (le roi Manu, sauvé par Vishnou et transformé en poisson, Noé et son arche, Deucalion et Pyrrha sauvés par Prométhée). Arbre. Dans de nombreux mythes, un arbre (arbre de vie) ou une plante divine, magique ou sacrée joue un rôle (qu'on retrouve peut-être avec l'arbre au fruit défendu, du jardin d'Éden dans la Bible). L'arc-en-ciel (passage ou pont entre ciel et terre, ou entre deux points de la grande forêt en Amazonie) leur est parfois associé. Par exemple, un bambou géant primordial, ouvert par le bec de l'oiseau légendaire Sarimanok dans la cosmogonie du folklore philippin d'où descendent Malakas et Maganda, le premier homme et la première femme. Dans la mythologie nordique, Yggdrasil est l'Arbre-Monde sur lequel reposent les neuf mondes. La mythologie grecque décrit l'olivier comme un cadeau de la déesse Athéna, il était considéré comme l'arbre de vie. Autres. Dans la majorité des cosmogonies traditionnelles, les créateurs sont un ou des dieux anthropomorphes qui engendrent l'Univers et l'Homme par la volonté d'un esprit, par la parole, le geste, le souffle, un membre, des sécrétions... De nombreux animaux (poisson, serpent, oiseaux, lion..) jouent un rôle majeur dans les mythes des continents où ils sont présents. Étapes classiques de création du monde. La majorité des mythes ont en commun de ne pas présupposer l'existence d'un Univers incréé, immuable et éternel ; ils suggèrent des étapes et des devenirs possibles du monde : Certains mythes partent du principe que la naissance et la mort de l'Univers sont une création continue. L'univers apparaît, vit, disparaît puis laisse place à un nouvel univers et ceci à l'infini. Les mythes nordiques ont d'ailleurs une fin unique avec le Ragnarok. Chaque création d'univers correspondrait à une sorte de réincarnation de Dieu. Le corps physique de Dieu serait l'univers tout entier. À chacune de ses réincarnations, il s'améliorerait et pourrait donc créer à chaque fois un univers meilleur que le précédent. Aux mythes cosmogoniques répondent les mythes eschatologiques, qui décrivent la fin du monde, pouvant précéder un autre monde. L'univers apparaît, vit, disparaît mais laisse place au même univers avec les mêmes entités et ceci à l'infini. Ceci est logique si on accepte la création à partir des virtualités du vide (chaos) s'ordonnant entre elles (ordre). Quelques mythes cosmogoniques. Cosmogonie de l'Égypte antique. La cosmogonie varie en fonction de la région, et les dieux tutélaires ont souvent les rôles les plus importants. À Héliopolis ; Issu du Noun, l'océan primordial, émerge Rê qui est à la fois le soleil, Atoum l'être achevé ou encore khepri la renaissance. En se masturbant, il met au monde Shou le sec. De son crachat naît Tefnout, l'humide. De ce couple en naît un autre, Nout, le ciel et Geb, la terre que leur père sépare en levant les bras. Viennent ensuite Osiris et Isis, Seth et Nephtys. Le premier couple symbolise le renouveau végétal et avec eux vient la légende d'Osiris, alors que le second est stérile. "Voir le mythe de la création héliopolitaine." À Memphis. Au début des temps, Ptah le démiurge, issu du Noun, l'océan primordial, prit conscience de son existence. Puis il prit le limon de la terre, créant et modelant l'Homme. Aussitôt son œuvre créatrice terminée, il céda la place à son successeur Rê, le soleil. Rê, seigneur d'Héliopolis, parcourt chaque jour son domaine dispensant à l'humanité dons et bienfaits. "Voir le Mythe de la création memphite." En Haute-Égypte, Amon (père des dieux fondateurs du monde) féconda l'œuf cosmique d'où naquit toute vie. Cosmogonie mésopotamienne. au Les mythes de la création, d'origine mésopotamienne, mettent en scène deux êtres primordiaux : l'un féminin, Tiamat, l'eau salée et l'autre masculin, Apsū, l'eau douce. De leur union naissent tous les dieux, dont les principaux sont Enlil, Adad, Enki (Ea), Ishtar, Mardouk, mais aussi des dieux dominants Annunaki qui exploitent les dieux Igigi en les faisant travailler durement afin de nourrir tous les dieux. La voûte céleste, les étoiles, la terre, les enfers... furent formés du cadavre de Tiamat, au terme d'une guerre gagnée par Mardouk. Puis l'homme fut créé à son tour pour servir les dieux lorsque les Igigi se révoltèrent contre les Annunaki. L'homme fut façonné à partir d'argile trempée dans la chair et dans le sang d'un dieu sacrifié, donnant ainsi à la créature un peu de l'intelligence divine. Cosmogonie gréco-romaine antique. Gaïa, Chronos et Ouranos. Selon la "Théogonie" d'Hésiode, au début était le Chaos, un tout incommensurable au sein duquel les éléments constituant le monde actuel étaient mélangés. Quatre entités s'en séparèrent : Gaïa (la Terre), Éros (le Désir amoureux vu comme force créatrice primordiale), Érèbe (les Ténèbres des Enfers) et Nyx (la Nuit). Gaïa engendra Ouranos (le Ciel), le premier principe fécondateur mâle (pour les Anciens, le Ciel fécondait la Terre par ses pluies, comparables à une semence), et de leurs étreintes naquirent les Titans, dont Cronos, les trois Cyclopes et les Hécatonchires (géants à cent bras et cinquante têtes). Selon la tradition orphique, l'eau et des éléments formèrent spontanément la terre, d'où un Chronos monstrueux surgit, lequel créa l'Éther, l'Érèbe et le Chaos, puis engendra un œuf d'où naquit Éros, qui donna à son tour naissance à la Lune et au Soleil puis à la Nuit, avec qui il conçut Ouranos et Gaïa. Cosmogonie hindou. Le temps est vu de manière cyclique ; il existe donc un cycle de créations et destructions. Lorsque Brahma se réveille et qu'il ouvre les yeux, l'univers et tout ce qu'il contient se crée, lorsqu'il s'endort, tout se détruit. Vishnou protège l'univers. Shiva le détruit et donc mène à sa renaissance. L'univers connaît donc une suite de naissances et de destructions. On représente traditionnellement le cycle créateur impliquant les trois dieux de la Trimurti comme suit : tandis que Vishnou dort, allongé sur le serpent Ananta (infini), lui-même flottant sur l'océan d'inconscience, de son nombril sort un lotus dans lequel se tient Brahma. Tout en dormant, Vishnou rêve le monde tel qu'il l'a connu, et de ses souvenirs oniriques, Brahma donne naissance à un nouveau monde, nécessairement moins pur que le précédent (d'où la théorie des âges). C'est Shiva qui, par sa danse cosmique, anime l'Univers conçu par la pensée et, à la fin du cycle, le détruit. Pour certaines sectes hindouistes, notre univers n'est que le rêve de Dieu, une illusion, la Mâyâ. Cosmogonie abrahamique. Création de l’univers. Dans cette cosmogonie, la création de l'univers est décrite dans le livre de la Genèse et reprise par le Coran. On considère, en général, que ce récit est à la fois descriptif et symbolique. Le Créateur est intemporel, n’ayant ni début ni fin. D'après la vision biblique, lorsqu’Il créa le monde, l’univers était . Le premier jour, Dieu créa la lumière par la parole (). Le deuxième « jour », la première époque, Il sépara ciel et mer, formant ainsi le firmament ("raqui'a" en hébreu) et les planètes à partir de la lumière originelle. Le fertilisa la Terre créée le deuxième jour en formant les végétaux. Le , Il fit apparaître dans le ciel de la Terre le Soleil et la Lune, jusqu'alors voilés, déjà formés au deuxième jour. Le , Il peupla les mers d'une multitude grouillante, de reptiles géants ("témimim gdolim" en hébreu), de poissons, et le ciel par les oiseaux, créant le principe animal. Le , Il forma les animaux terrestres, animés du même principe que celui des animaux aquatiques, ainsi que l’homme, être à son image doté d'une âme. Enfin, le , Il décréta le principe du repos hebdomadaire de toute activité créatrice matérielle, bénissant et sanctifiant ce jour consacré au spirituel. Dans la cosmogonie islamique, au commencement et avant la genèse, il n'existait rien en dehors d'Allah, c'est-à-dire le néant, même pas le vide, à l'instar de la Bible. Sa première création fut son Trône qui flotta ensuite sur l'eau primordiale. Le Coran affirme aussi qu'à leur création, les cieux et la terre formaient une masse compacte . Le récit coranique indique aussi une création en six jours : , comme dans la Bible. La notion de jour est à nuancer. En effet, les théologiens musulmans interprètent la durée de la création de manière métaphorique renvoyant aux versets suivants : , en référence à un psaume du Roi David (n° 90,4) et . Les six jours en question sont répartis en trois phases de deux jours : Par ailleurs, le Coran affirme : et Création de l’homme selon la Bible. Comme nous l’avons vu, le sixième jour, Dieu créa l’humain. Cet être est conçu à l’image de son créateur () et prend vie lorsque Dieu lui insuffle une âme de vie. Le premier humain était formé d'un homme et d'une femme se faisant dos, puis qu'ils ont été séparés, symboliquement : (TOB,GN I, 27) Il fut placé dans le Paradis, aussi appelé « Jardin d’Éden », lieu verdoyant où abondent faune et flore, pouvant ainsi vivre sans se soucier de ses besoins vitaux (). Cependant, Dieu donna l’ordre de ne jamais goûter aux fruits de . Dieu laissa à Adam le soin de nommer les éléments qui l’entouraient, c’est-à-dire la faune. Adam, l'humain, se sentit seul et Dieu sépara l'homme et la femme (Ève), créant le premier couple. Ève, ainsi nommée, fut malheureusement convaincue par un serpent (métaphore du mal) de goûter aux fruits interdits. Elle convainquit l’homme de goûter à ce fruit, ils y goûtèrent et commirent ainsi le péché originel (la première faute de l’humanité). Dieu, pour les éduquer, les enjoignat d'aller réparer leur erreur en les chassant du paradis, et pour cela, ils devront transiter et être éprouvés dans le monde ici-bas où ils devront faire des efforts salutaires pour survivre, avec la perspective d'une durée de vie limitée. Création de l’homme selon le Coran. Dans le Coran la Sourate II, verset 164 affirme Certes dans la création des cieux et de la terre, dans l'alternance de la nuit et du jour, dans le navire qui vogue en mer chargé de choses profitables aux gens, dans l'eau qu'Allah fait descendre du ciel, par laquelle Il rend la vie à la terre une fois morte et y répand des bêtes de toute espèce, dans la variation des vents, et dans les nuages soumis entre le ciel et la terre, en tout cela il y a des signes, pour un peuple qui raisonne". La Sourate 23, versets 12-13 évoque la création d'Adam en ces termes : Nous avons certes créé l'homme d'un extrait d'argile, puis Nous en fîmes une goutte de sperme dans un reposoir solide. Ensuite, Nous avons fait du sperme une adhérence ; et de l'adhérence Nous avons créé un embryon; puis, de cet embryon Nous avons créé des os et Nous avons revêtu les os de chair. Ensuite, Nous l'avons transformé en une tout autre création. Gloire à Dieu le Meilleur des créateurs ! Cosmogonie des Aborigènes d'Australie. La cosmogonie des Aborigènes d'Australie repose sur la notion de « Temps du rêve », en anglais « Dreamtime » ou « Dreaming », « Tjukurpa » dans les langues anangu, « Wapar » en yankunytjatjara. À cette époque mythique, les ancêtres surnaturels, comme le Serpent Arc-en-ciel ou les Hommes Éclairs, créèrent le monde par leurs déplacements et leurs actions. Tjukurpa fournit une explication du monde, définit le sens de la vie, ce qui est bien ou mal, ce qui est naturel ou ce qui est vrai. Ces définitions règlent tous les aspects de la vie des Anangu, peuples de l'Australie Centrale. Tjukurpa interprète chaque site et chaque élément du paysage en termes symboliques, il mêle le passé (c'est-à-dire l'histoire de sa création) avec le présent et sa signification. Beaucoup de ces informations sont secrètes et ne doivent pas être révélées aux non-Aborigènes, les « Pyranipa ». Uluru a été créé pendant la Tjukurpa. Ce monolithe de de long et de de haut proviendrait du jeu de deux enfants mythiques dans la boue un jour de pluie. Tout autour de ce rocher, de nombreux sites sont sacrés et porteurs de mémoire et de légendes. Dans cette cosmogonie, la pensée a créé toute matière. La terre, les hommes, les animaux et les plantes ne sont que des parties d'un même tout. Donc les hommes ne peuvent pas posséder de terres ni d'animaux. Cette cosmogonie a provoqué de graves conflits entre les colonisateurs et les aborigènes qui ne comprenaient pas les notions de propriétés privées délimitées ou d'élevage. Cosmogonie nordique. La cosmogonie de la mythologie nordique nous est racontée en détail dans la "Völuspá", ou "Chant de la voyante", poème de l'Edda en vers. Il existe cependant de nombreuses variantes. Le "Chant de la voyante" en raconte une, que voici : au commencement n'existait qu'un abîme béant, le "ginnunga gap" ─ qui rappelle le Chaos primordial grec ou la terre déserte et vide biblique. Les éléments y erraient, libres, et une rencontre fortuite entre du feu et de la glace donna naissance au premier géant, Ymir, lequel géant engendra les autres géants. Une vache, Auðumla, l'avait délivré de sa gangue de glace en la léchant, et le nourrissait de ses flots de lait. Les fils de Bur ─ Óðinn et ses deux frères Hœnir et Lóðurr ─, géants qu'Auðumla avait aussi libérés de la glace, tuèrent Ymir et bâtirent l'Univers de sa dépouille : son corps devint un cercle de terre, Miðgarð ("terre du milieu"), qu'entourait son sang, devenu la mer, tandis que son crâne servit de voûte céleste. Ils établirent ensuite un ordre, fixant une place au Soleil et à la Lune, élevèrent des palais et s'établirent en Ásgarð ("terre des dieux Ases" ; il existe une autre race de dieux, les Vanes, souvent en guerre contre les Ases). Les neuf mondes avaient pris place autour de l'arbre Yggdrasil. Trois dieux, Óðinn, Hœnir et Lóðurr, trouvèrent sur le rivage un Frêne et un Orme « sans force ni destinée ». Óðinn leur donna le souffle vital, Hœnir les sens, Lóðurr leur donna le sang et les couleurs de la vie. Enfin vinrent Urðr, Verðandi et Skuld, les trois Nornes, équivalent des Parques latines et des Moires grecques, qui fixèrent le destin de chacun. Le même texte rapporte aussi comment le monde sera détruit au cours du "ragnarǫk". "Voir aussi Mythologie finlandaise" Cosmogonie dogon. Bâtie sur une longue tradition, la cosmogonie dogon correspond à l'explication de la création du monde selon les Dogons. Elle révèle des mondes stratifiés, « une pluralité des mondes, des univers stellaires à l'infini… » avec à chaque stade (terre) une catégorie d'hommes simples comme aux côtés d'autres imaginés (« hommes à cornes », « hommes à queue », « hommes ailés », « hommes rampants »). Une cosmogonie empreinte de connaissances des corps célestes dans un univers d'une immensité infinie, connaissances pour certaines confirmées par l'astronomie moderne. Cosmogonie bambara. Bâtie sur la tradition du Komo, la cosmogonie bambara attribue le pouvoir de la création à un être suprême, Maa Ngala qui a créé toutes choses au moyen de la parole ("kuma"), force fondamentale émanant de lui-même. Cosmogonie ésotérique. Exemples de cosmogonies ésotériques : Gnosticisme, Kabbale, Soufisme, Théosophie, Anthroposophie, "La cosmogonie des Rose-Croix" de Max Heindel, Le Livre d'Urantia. Cosmogonie scientifique. Les théories scientifiques fournissent à l'imaginaire populaire les éléments d'une cosmogonie moderne. Cependant, la cosmogonie scientifique en tant que telle s'occupe de la formation des objets célestes (planète, étoile, galaxie, etc.), alors que la cosmologie est la branche de l'astrophysique qui étudie la structure et l'évolution de l'univers. En cela, elle fournit les théories décrivant l'évolution de l'univers, notamment le modèle du Big Bang. La biologie fournit les théories décrivant l'origine et l'évolution de la vie, notamment la théorie de l'évolution. Les théories scientifiques fournissent les explications les plus vraisemblables et vérifiables aux phénomènes observés, mais ne fournissent pas toutes les réponses : ce n'est pas leur objectif. Par exemple l'analyse des traces du Big Bang permet de remonter "vers" une époque très reculée de l'histoire de l'univers, sans être en mesure aujourd'hui de connaître les tout premiers instants de cette époque. La plupart des physiciens pensent que ce problème résulte de notre compréhension limitée des lois de la physique dans une telle situation, ainsi que de l'absence d'éléments observationnels ou expérimentaux relatifs à ces époques. Les théories scientifiques sont par essence sujettes à de profonds remaniements. Par exemple, le modèle du Big Bang a été proposé en 1922 par Alexandre Friedmann, puis en 1927 par l'abbé Lemaître à partir d'une théorie de l'« atome primitif ». Celui-ci fut un pionnier dans l'utilisation de la relativité générale formulée par Einstein douze ans plus tôt. Einstein eut des scrupules lorsque sa brillante théorie le mena à un univers en expansion. Cette idée le dérangea beaucoup, au point de la réfuter vigoureusement dans un premier temps, avant d'admettre son erreur. Le Big Bang n'est considéré comme étant le modèle le plus satisfaisant que depuis 1962. Auparavant, c'est la théorie de l'univers statique et éternel qui avait la faveur des astrophysiciens. La cosmologie moderne a donc elle aussi été sujette à d'importants remaniements, qui l'ont approché soudainement du récit biblique d'un univers non-statique mais sortant du néant sous forme d'énergie (« que la lumière soit »), se transformant partiellement en matière (formation du firmament au « deuxième jour ») ; néanmoins, certains modèles scientifiques conçoivent déjà l'existence d'un "univers" antérieur au Big Bang (cf. Gabriele Veneziano et la théorie des cordes)…
Mise sur le marché d'un produit phytopharmaceutique La mise sur le marché d'un produit phytopharmaceutique est définie dans l'Union européenne par la directive communautaire 91/414/CEE du , comme suit : «"toute remise à titre onéreux ou gratuit autre que remise pour le stockage et expédition consécutive en dehors du territoire de la Communauté. L'importation d'un produit phytopharmaceutique dans le territoire de la Communauté est censée constituer une mise sur le marché au sens de la présente directive."» "Voir également l'article connexe Mise sur le marché" Cadre communautaire : l'évaluation des substances actives. Principe de l'harmonisation communautaire. La directive du Conseil de l'Union européenne n° 91/414/CE a harmonisé les conditions d'obtention d'une autorisation dans les États membres de l'Union européenne. Ce texte communautaire a été transposé en droit français par le décret n° 94-359 du , assorti de plusieurs arrêtés d'application. La directive fixe un principe de base : les autorisations de mise sur le marché (A.M.M.) sont des autorisations nationales dont les conditions de délivrance sont désormais harmonisées. Une distinction est faite entre : L'harmonisation est mise en œuvre : Programme de réévaluation des anciennes substances actives. L'Union européenne s'est engagée dans un ambitieux programme de réévaluation du risque présenté par les substances chimiques entrant dans la composition des produits phytopharmaceutiques. Cette opération permet de faire disparaître du marché certaines substances dangereuses pour l'homme ou l'environnement. À la mi-1993 (date d'entrée en vigueur de la directive), plus de 800 substances actives étaient recensées, auxquelles il faut ajouter la centaine de nouvelles molécules mises sur le marché depuis cette date. Ainsi, en 2003, plus de 400 substances actives devraient être éliminées. Pour certaines d'entre elles, la France n'a pas attendu cette échéance pour en évaluer le risque, et prendre ou envisager des mesures restrictives d'envergure. Situation actuelle de la réévaluation des anciennes substances actives. : la première liste comprend 80 substances actives. La France a été désignée comme État rapporteur pour 16 d'entre elles. À ce jour, 29 substances ont fait l'objet d'une décision ; 16 substances ont été interdites. L'atrazine et la simazine sont incluses dans cette liste, et sont en cours d'examen. et : ces listes comprennent respectivement 151 et 416 substances. Les différentes firmes agrochimiques ont déposé un dossier de réexamen pour 65 substances () et 182 substances (). Les 567 substances actives non soutenues feront l'objet d'un retrait du marché européen en juillet 2003. La terbuthylazine et la cyanazine sont comprises dans cette liste. : les modalités d'examen des substances actives n'ont pas été définies à ce jour par la Commission. Substances nouvelles : près de 100 dossiers de demande d'inscription de nouvelles substances ont été déposés depuis 1991 ; 14 de ces dossiers ont fait l'objet d'une décision, avec à la clé une autorisation pour 13 d'entre eux. Les retraits opérés unilatéralement par la France en matière de substances actives (lindane, DNOC, dinoterbe) ont tous jusqu'à présent précédé des décisions analogues postérieures de l'Union européenne. Les perspectives pour l'évaluation de substances actives. Retrait des substances en 2003 : cette étape constituera assurément un temps fort de la procédure de réévaluation. En effet, 567 substances actives feront l'objet d'un retrait du marché. Cette situation permettra de faire disparaître des produits à profil de risque médiocre. Elle va toutefois créer des problèmes pour certaines filières professionnelles, qui se trouveront dépourvues de moyen de lutte chimique contre certains organismes nuisibles. Pour certaines utilisations, une procédure dérogatoire a été ouverte par la Commission, pour les substances ne présentant pas de risque pour la santé ou l'environnement. La France a, au titre de cette procédure, déposé une dizaine de dossiers, essentiellement pour des filières agricoles particulières (maraîchage, plantes aromatiques). Système rapporteur / corapporteur : compte tenu du retard pris dans le programme d'évaluation, des aménagements de procédures ont été proposés par la Commission. L'aménagement le plus intéressant est le système « rapporteur - corapporteur », qui repose sur une expertise contradictoire entre deux États, l'examen collégial par les treize autres États prenant alors une forme allégée. Après des débuts difficiles, le système semble aujourd'hui trouver sa vitesse de croisière. Il permet de renforcer la coopération bilatérale entre États, gage d'une meilleure homogénéisation des approches. La France a ainsi participé à des évaluations bilatérale avec l'Allemagne, la Grèce et la Belgique. Des dossiers avec le Royaume-Uni et les Pays-Bas sont en cours de négociation. Cadre national : l'évaluation des préparations. Principe de base. La commercialisation et la distribution d'un produit phytopharmaceutique sont subordonnées à l'octroi d'une autorisation de mise sur le marché, délivrée par le ministre chargé de l'agriculture, sur la base d'une évaluation complète Évaluation de l'innocuité et de l'efficacité d'un produit phytopharmaceutique. Pour qu'un produit phytopharmaceutique obtienne une autorisation de mise sur le marché français, le demandeur de cette autorisation doit prouver : Processus d'évaluation et de décision. La décision d'autorisation de mise sur le marché de la préparation est prise par une seule autorité ministérielle : le Ministre chargé de l'Agriculture. Cette décision est préparée par une instance interadministrative : le Comité d'homologation des produits antiparasitaires, qui élabore une proposition de décision. Cette proposition est élaborée sur la base des évaluations conduites par : Le Comité d'homologation assortit cette proposition de mesures de gestion du risque, allant du classement toxicologique de la préparation (exemples : nocif, irritant), à des restrictions d'emploi (distances de traitement à l'égard des cours d'eau, nombre d'applications annuelles...) ou à des dispositifs plus complexes (mesure de suivi après homologation de l'utilisation du produit et de ses effets, par exemple). Transparence. En Europe où la mise sur le marché de produits phytopharmaceutiques et autres pesticides a été essentiellement réglementée par la directive 91/414/CEE, puis par le règlement (CE) n° 1107/2009 concernant la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques (publié le , applicable à partir du et remplaçant la directive 91/414/CEE). Ce règlement rationalise la délivrance d’autorisation de produits phytopharmaceutiques au niveau national et entérine le rôle de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (AESA) dans les évaluations au niveau européen. En Europe, les décisions concernant les mises sur le marché doivent être mises à disposition de tous par voie électronique. En France théoriquement depuis , '. Le décret n'était pas encore respecté début 2013, mais l'ANSES s'est engagée à '. Des questions éthiques et technico-juridiques nouvelles se posent d'une part avec le brevetage du vivant quand il concerne l'apparition de plantes produisant leurs propres pesticides et d'autre part avec les produits traditionnels (purin d'ortie par exemple).
Morphologie La morphologie, ou morphe, désigne la forme. Le mot morphologie peut également désigner :
Marcel Cohen Marcel Cohen (Marcel Samuel Raphaël Cohen) est un linguiste français, né le à Paris et mort le à Cugand (Vendée). Il est connu pour être , notamment avec ses "Matériaux pour une sociologie du langage", préparés dès 1949, publiés d'abord en 1956 sous le titre de "Pour une sociologie du langage", et qui ont inspiré toute la sociolinguistique française ultérieure. Pionnier de l'étude des argots ou du langage enfantin notamment, il a fait entrer dans le champ de la linguistique moderne de nombreux domaines inexplorés et a eu une influence considérable sur le développement de cette discipline. Responsable, avec son maître Antoine Meillet, de la collection des "Langues du Monde", maître d’œuvre durant plusieurs décennies du Bulletin de la Société de Linguistique de Paris, il a été un des linguistes les plus prolifiques et les plus novateurs d'expression française au cours du . Biographie. Après ses études au lycée Condorcet à Paris, Marcel Cohen suit les enseignements de Mario Roques et d'Antoine Meillet à l'École pratique des hautes études. Il est reçu à l'agrégation de grammaire en 1908. Il s'oriente vers les langues sémitiques. Diplômé de l'École nationale des langues orientales en 1909, il est chargé de mission en Abyssinie de 1910 à 1911. Ses premiers travaux publiés concernent l'argot de l'École polytechnique, et constituent la première tentative de description de terrain et d'analyse scientifique d'un argot français. En 1912 il reçoit le Prix Volney pour son œuvre "Le parler arabe des juifs d'Alger", une des premières études systématiques de grande ampleur de la variation linguistique au sein d'un groupe social, préfigurant le développement de la sociolinguistique. Sa thèse de doctorat porte sur "Le système verbal sémitique et l'expression du temps" (1924). Professeur à l'École des langues orientales, il y a enseigné le guèze et l'amharique. Il a été également professeur à l'École pratique des hautes études. Spécialiste des langues sémitiques, et notamment des langues éthiopiennes, il a publié en 1936 un monumental "Traité de langue amharique". Auteur de la première histoire synthétique de la langue française, l"'Histoire d'une langue, le français", il s'est intéressé aux patois gallo-romans et notamment au parler de Fressines (Deux-Sèvres). Il a également contribué à la dialectologie générale en fournissant des "Instructions d'enquête linguistique", prises comme questionnaire de base pour des dizaines de descriptions linguistiques postérieures. Marcel Cohen a également été le pionnier de l'étude du langage enfantin, publiant dès 1925 une étude "Sur les langages successifs de l'enfant", dans les Mélanges offerts à Joseph Vendryès dont il avait été l'élève, mais encore de nombreux livres et articles sur le sujet. Marcel Cohen était membre du Parti communiste français (il a donné de nombreux articles dans "L'Humanité") et a joué un grand rôle dans la réorganisation du CNRS après la Seconde Guerre mondiale.
Michel Bréal Michel Jules Alfred Bréal, né à Landau (Palatinat) le et mort à Paris le , est un linguiste français, souvent considéré comme le fondateur de la sémantique moderne. Biographie. Michel Bréal fait ses études à Wissembourg, Metz et Paris, et entre en 1852 à l'École normale supérieure. En 1857, il étudie le sanskrit à Berlin auprès de Franz Bopp, dont il traduit plus tard la "Grammaire comparée des langues indo-européennes", et la linguistique comparée auprès d'Albrecht Weber. Il devient ensuite professeur de grammaire comparée à l'École pratique des hautes études et au Collège de France, de 1866 à 1905, où il a notamment pour disciples Ferdinand de Saussure, Antoine Meillet et James Darmesteter. Il est nommé en 1879 inspecteur de l'enseignement supérieur. Michel Bréal est surtout connu pour être le fondateur de la sémantique, dont il a forgé le terme avec son "Essai de sémantique" paru en 1897. Outre ses travaux linguistiques, on lui doit plusieurs livres sur la mythologie. Il est l'auteur également d'études sur l'éducation en France, l'enseignement des langues anciennes et la réforme de l'orthographe. Il défend le besoin d'apporter une analyse philologique dans l'enseignement du latin, préférant la « gymnastique pour l’intelligence et le raisonnement » aux « mécanismes qui dispensent l’élève de réfléchir ». Michel Bréal s'est également intéressé aux questions d'éducation. Écrit au lendemain de la défaite de Sedan et publié en 1872, "Quelques mots sur l’instruction publique en France" se veut un programme de refondation de l’enseignement en France et inspire directement Jules Ferry. Considérant d'un point de vue critique la qualité du savoir transmis dans les écoles françaises, Michel Bréal dénonce l'absence d'éducation des filles. Il prône une formation des maîtres unifiée et cautionnée par l'enseignement supérieur. L'originalité du linguiste tient en partie à ce que « ses références sont situées hors de France : États-Unis pour la séparation des études profanes et laïques, Allemagne pour la qualité de l’enseignement supérieur et la méthodologie d’enseignement des langues vivantes ». Il défend aussi l'idée de la langue internationale auxiliaire. « Ce sont des idiomes existants qui, en se mêlant, fournissent l'étoffe [de l'espéranto]. Il ne faut pas faire les dédaigneux ; si nos yeux [...] pouvaient en un instant voir de quoi est faite la langue de Racine et de Pascal, ils apercevraient un amalgame tout pareil. [...] Il ne s'agit pas, on le comprend bien, de déposséder personne, mais d'avoir une langue auxiliaire commune, c'est-à-dire à côté et en sus du parler indigène et national, un commun truchement volontairement et unanimement accepté par toutes les nations civilisées du globe ». Enfin, Michel Bréal est l'inventeur du marathon moderne. C'est lui en effet qui, en 1894, suggéra au baron Pierre de Coubertin d'introduire cette épreuve dans les premiers Jeux olympiques modernes en 1896. Famille. Michel Bréal était le fils d'Auguste Bréal, avocat, et de Catherine Worms. Il est le père d' (1869-1941), artiste peintre, historien d'art et journaliste, élève de Gustave Moreau, et de Clotilde Bréal (1870-1946), qui fut successivement l'épouse de l'écrivain Romain Rolland, avec qui elle habita au 76 de la rue Notre-Dame-des-Champs, et du pianiste Alfred Cortot.
Macrolophus "" est un genre d'insectes du sous-ordre des hétéroptères (punaises) de la famille des Miridae, dont les larves et les adultes ont pour proies principalement les acariens, les psylles, les pucerons et les thrips sur les arbres fruitiers, la vigne et les cultures légumières. Liste d'espèces. Selon : Selon :
Malacocoris "" est un genre d'insectes du sous-ordre des hétéroptères (punaises). Le genre "Malacocoris" comprend des insectes hétéroptères prédateurs de la famille des Miridae, dont les larves et les adultes ont pour proies principalement les acariens, les psylles, les pucerons et les thrips sur les arbres fruitiers, la vigne et les cultures légumières. Liste des espèces. Selon :
Eupeodes Le genre Eupeodes regroupe des insectes diptères prédateurs de la famille des syrphidés, dont les larves ont pour proie principalement les pucerons sur les arbres fruitiers, les cultures légumières, les grandes cultures...
Mono (logiciel) Mono est une mise en œuvre open source (sous licence GNU GPL, GNU LGPL ou X11 selon les éléments) de la plateforme de développement Microsoft .NET fondée sur la CLI. Mono a été initié par Miguel de Icaza au sein de sa société Ximian qui a été rachetée par Novell en 2003. À la suite du rachat de Novell par Attachmate en 2011, Mono a été repris par une société créée pour l'occasion : Xamarin. Présentation. Mono est une plateforme de développement complète basée sur une mise en œuvre de l'environnement d'exécution de code .NET et des API de base définis à l'ECMA (également normes ISO). Mono supporte pour l'instant la version 4.0 du framework .NET de Microsoft. Mono propose entre autres : Comparaison avec la plateforme Java. Souvent comparée à la plateforme Java, cette plateforme en partage de nombreux aspects techniques comme l'utilisation d'un langage intermédiaire (IL pour "Intermediate Langage", équivalent du "bytecode" Java), le support d'application Web, la portabilité, et une API étendue fournie en standard. Mono se démarque cependant de la solution d'Oracle : La plateforme est conçue pour des langages compilés et orientés objet. La mise en œuvre de IronPython a cependant démontré qu'il était possible d'obtenir des performances similaires avec un langage historiquement interprété. Également, la plateforme est interfaçable avec d’autres langages compilés de manière traditionnelle, comme le langage C. Les composants de Mono. Mono consiste en quatre groupes de composants : Les composants principaux incluent le compilateur C#, la machine virtuelle et les bibliothèques de classes de base. Ces composants sont construits selon les normes Ecma-334 et Ecma-335, permettant à Mono de fournir une machine virtuelle en ligne de commande compatible avec les normes établies, libre et ouverte. La couche de compatibilité Mono/Linux/GNOME fournit des outils pour le développement d'applications en agrémentant les bibliothèques existantes de GNOME et d'autres libres. Cette couche inclut : Gtk# pour du développement d'interfaces graphiques, les bibliothèques permettant d'interagir avec le moteur de rendu Gecko de Mozilla, les bibliothèques d'intégration Unix, les bibliothèques de connexion aux bases de données, une couche de sécurité et le schéma de langage XML RelaxNG. Gtk# permet aux applications Mono de s'intégrer naturellement dans l'environnement de bureau GNOME. Les bibliothèques de connexion aux bases de données permettent l'interaction avec les bases MySQL, SQLite, PostgreSQL, Firebird, Open Database Connectivity (ODBC), Microsoft SQL Server (MSSQL), Oracle, db4o et plusieurs autres. Le projet Mono trace le développement des composants de connexion aux bases de données dans son site web. La couche de compatibilité Microsoft propose une manière de porter aisément des applications Windows .NET vers GNU/Linux. Ce groupe de composants inclut, entre autres choses, ADO.NET, ASP.NET et Windows.Forms. Puisque ces composants ne sont pas couverts par les normes ECMA, ceux-ci restent sujets à l'inquiétude relevant des brevets et licences détenues par Microsoft. Les outils rassemblent les outils nécessaires au développement des applications .NET sur les plateformes autres que Windows. Ceci inclut l'EDI MonoDevelop ainsi que ses composants, comme son débogueur. Le schéma suivant résume la situation du projet par rapport au .NET Framework ainsi que les séparations entre les différents composants et leurs disponibilités sur les principaux systèmes d'exploitation : Licence. Mono est distribué sous double licence par Novell, . Le compilateur C# et les outils de Mono sont distribués sous licence GNU GPL (v2 seulement ; à partir de la version 2.0 de Mono, le code source du compilateur C# sera aussi disponible sous licence MIT X11). Les bibliothèques d'exécution sont publiées sous licence GNU LGPL (v2 seulement) et les bibliothèques de classes, sous licence MIT. Toutes ces licences sont libres et open-sources, faisant du projet Mono un projet libre et ouvert. Mono et les brevets de Microsoft. Le portage vers Mono de composants .NET non soumis à l'ECMA pour standardisation a été, dès le début, une source de préoccupations concernant des violations de brevets logiciels. En particulier, des discussions ont eu lieu à propos d'une éventualité où Microsoft pourrait détruire le projet Mono par des poursuites pour violations de brevets. Les technologies à la base de Mono, soumises à l'ECMA, ne sont pas problématiques. Ceci inclut aussi la couche de compatibilité Mono/Linux/GNOME, qui n'utilise pas des technologies pouvant être couvertes par des brevets de Microsoft. Donc, C#, les bibliothèques et autres couches logicielles du projet GNU ne sont pas concernés par ces préoccupations. Cependant, il en est autrement pour la couche de compatibilité Microsoft, qui concerne les technologies composant le framework .NET. Celles-ci incluent, entre autres, ASP.NET, ADO.NET, la couche communication du framework .NET 3.0 (Windows Communication Foundation) et Windows.Forms. Ces technologies ne sont pas encore totalement implémentées dans Mono ; Richard Stallman a déclaré qu'il peut être « dangereux » d'utiliser Mono à cause des possibilités d'infractions aux brevets de Microsoft. Néanmoins, l'utilisation des composants possiblement problématiques n'est pas requise pour programmer des applications Mono. Accord entre Novell et Microsoft. Microsoft et Novell ont annoncé le la signature d'un accord dans lequel Microsoft s'engage à ne poursuivre ni Novell, ni leurs clients, pour violation de brevets logiciels. Selon Miguel de Icaza, chef du développement de Mono, le projet Mono est concerné par cet accord, mais uniquement pour les développeurs de Novell et pour leurs clients. Ceci a été critiqué par de nombreux acteurs du mouvement pour les logiciels libres, car cela viole les principes d'égalité de droits entre tous les utilisateurs d'un programme particulier définis pour les logiciels libres.
Meiji est le nom posthume donné à l'empereur du Japon Mutsuhito (1852-1912). Par extension, ce terme désigne : Par ailleurs, ce terme désigne aussi :
Meiji (empereur) L'empereur , ou prince Sachi no Miya, connu de son vivant en Occident par son nom personnel , né à Kyoto le , fut le empereur du Japon du à sa mort le . Selon la tradition impériale japonaise, il choisit un nom posthume lors de son accession au trône, Meiji, qui désigne également l'ère de son règne, appelée . Depuis s'est instaurée pour ses successeurs la coutume de faire coïncider les ères avec le règne des empereurs et de donner leur nom posthume à la période de leur règne. Initiateur de la révolution de Meiji qui mit un terme à la période du Shogunat Tokugawa et au "Bakufu", il est le fondateur et le premier empereur du régime dit de l'empire du Japon. Biographie. Jeunes années. Naissance et éducation. Fils de l'empereur Kōmei et de dame Nakayama Yoshiko (fille du seigneur Nakayama Tadayasu), le futur empereur a passé la plus grande partie de son enfance dans la famille des Nakayama à Kyoto, comme il était coutume de confier l'éducation des enfants impériaux aux familles prééminentes de la cour. Le , il est adopté par la principale épouse de l'empereur Kōmei, Asako Nyōgō, et reçoit le nom de Mutsuhito. Mariage et enfants. Le , Mutsuhito, âgé de quatorze ans, se marie avec la dame Haruko (1849 – 1914), fille du seigneur Ichijō Tadaka. Elle est la première épouse impériale vivante à recevoir le titre de "Kōgō" (皇后, littéralement « épouse de l'empereur ») depuis plusieurs siècles, reprenant ainsi l'appellation historique définie par le Code de Taihō (701) pour désigner l'impératrice avant de n'être plus utilisée que pour désigner l'aînée des épouses officielles de l'empereur, s'il en a plusieurs, avant de disparaître à la fin du . Elle est aussi la première à jouer un rôle public. Elle n'aura cependant pas d'enfants, mais l'empereur en aura quinze avec des dames officielles. Seuls cinq d'entre eux atteindront l'âge adulte : le prince héritier Yoshihito (1879 – 1926), futur empereur Taishō, et quatre princesses. Il devint à l'âge de quinze ans le selon la tradition shintoïste, et régna du à sa mort le . Empereur du Japon. Début du règne. Sous son règne débute la période Meiji (ère du « gouvernement éclairé » ou « politique éclairée »), équivalente à la période des Lumières en Europe au . C'est une période de réformes radicales permettant au Japon de sortir de son isolationnisme instauré par la famille Tokugawa qui était à la tête du shogunat depuis le début du , de se tourner vers l'Occident, de s'industrialiser et de transformer son système socio-économique. Quand le consul général Dirk de Graeff van Polsbroek avec le ministre Léon Roches, le premier représentant européen, le 23 mars 1868 à une audience d'un an, est devenu l'empereur Meiji, et posé la première pierre pour une mission diplomatique néerlandaise moderne au Japon. L'empereur demande souvent à De Graeff van Polsbroek d'agir comme médiateur entre le gouvernement japonais et les forces étrangères qui, par le biais de traités, souhaitent obtenir l'accès au pays jusqu'ici très fermé. En partie grâce à l'introduction des technologies occidentales, y compris celles des Pays-Bas, le Japon plus tard au cours du xixe siècle connaît un rapide développement comme superpuissance en Asie. Une ère de modernité. C'est à partir du début de son règne que le Japon va peu à peu basculer dans la modernité (ouverture du pays aux Occidentaux, « copie » de leurs techniques scientifiques et industrielles, etc.) et annoncer que (suppression du système féodal). Mutsuhito supprime le shogunat, crée un parlement élu et une constitution. Il abolit les castes, distribue la terre aux paysans, rend l'éducation obligatoire et envoie des étudiants dans les universités occidentales. Les samouraïs sont intégrés dans l'armée nationale, encadrée par les Prussiens (notamment Jacob Meckel). L'économie calquée sur le modèle anglais s'appuie sur l'industrie et le commerce intérieur sous l'impulsion du capitalisme. Développement militaire. Le développement de la flotte militaire impériale est un des outils majeurs de l'expansion industrielle et militaire du Japon sous l'ère Meiji. Cette expansion, dont la conception et l'exécution furent guidées par deux grands ingénieurs navals français détachés au Japon par le gouvernement français, Léonce Verny puis Louis-Émile Bertin, permit à la flotte japonaise de remporter d'éclatantes victoires contre les Chinois (1894) et contre les Russes (1905) qui modifièrent les rapports de force en Asie au bénéfice du Japon. Sous le règne de l'empereur Meiji, le Japon va sortir de ses frontières et entreprendre de bâtir un empire colonial (Taïwan, protectorat en Corée…) et prendre sa place au rang des grandes puissances mondiales, à l'image des puissances occidentales. Guerre russo-japonaise. En 1905, la guerre russo-japonaise voit la marine impériale japonaise attaquer la forteresse russe de Port-Arthur située au sud de la Mandchourie sur la mer de Chine, seul port libre de glaces toute l'année tenu par les Russes en Extrême-Orient grâce à l'appui de la Chine, et relié à la Russie par le Transmandchourien, branche sud du Transsibérien. L'état-major de l'empereur Nicolas II choisit de reconquérir le port par voie maritime en envoyant la flotte de la Baltique via le cap de Bonne-Espérance. La victoire éclatante du Japon à la bataille de Tsushima s'accompagne de la destruction complète de la flotte impériale russe en après une embuscade de la marine japonaise. Le Japon s'approprie ensuite la Corée, la région de Port-Arthur et une partie des îles Kouriles (au nord de Hokkaidō). Les Russes doivent évacuer la Mandchourie du Sud, laquelle est rendue à la Chine, mais reste sous forte influence japonaise. Dernières années. Dans les temps modernes, ce conflit est la première défaite d'une puissance européenne face à une puissance asiatique : la victoire et le prestige de l'armée impériale japonaise de Meiji seront interprétés en Occident comme la montée d'un « péril jaune ». En 1910, un complot anarchiste contre lui est déjoué. Mort de l'empereur. Souffrant de diabète, de néphrite et de gastro-entérite, l'empereur Meiji meurt le 30 juillet 1912 à l'âge de 59 ans, marquant ainsi la fin d'un règne de plus de 45 ans. Bien que l'annonce officielle mentionne qu'il est décédé à le 30 juillet, le décès est en réalité survenu le 29 juillet, vers . Le fils de l'empereur, Yoshihito, lui succède alors sur le trône et devient le empereur japonais, à l'âge de 33 ans. En 1912, le Japon était passé par une révolution politique, économique et sociale et était devenu l'une des grandes puissances du monde. The New York Times "a" résumé cette transformation lors des funérailles de Meiji, le 13 septembre suivant comme suit : « Le contraste entre ce qui a précédé la voiture funéraire et ce qui l'a suivi était vraiment frappant ». Après la mort de l'empereur en 1912, la diète japonaise a adopté une résolution pour commémorer son rôle dans la restauration Meiji. Un jardin d'iris dans une zone de Tokyo où l'empereur Meiji et l'impératrice étaient connus pour visiter a été choisi comme emplacement du bâtiment pour le sanctuaire shinto Meiji Jingū. Le sanctuaire ne contient pas la tombe de l'empereur, qui se trouve à Fushimi-momoyama au sud de Kyoto. Héritage. À noter, outre l'héritage d'ouverture et de modernité, la création en plein cœur de Tokyo d'un sanctuaire au milieu d'un immense parc (le parc Yoyogi). Le sanctuaire Meiji (Meiji-jingū) est encore aujourd'hui utilisé comme sanctuaire shintoïste. Il est incarné à l'écran par Shichinosuke Nakamura dans le film "Le Dernier Samouraï".
Médias en Belgique Les médias belges utilisent différents supports :
Marcel Aymé Marcel Aymé, né le à Joigny et mort le chez lui, rue Norvins dans le arrondissement de Paris, est un écrivain, dramaturge, nouvelliste, scénariste et essayiste français. Écrivain prolifique, il est l'auteur de deux essais, 17 romans, plusieurs dizaines de nouvelles, une dizaine de pièces de théâtre, plus de 160 articles et des contes. Il est resté très attaché à sa région d'origine, la Franche-Comté, à laquelle il a fait une place de choix dans ses romans : "La Table aux crevés" (1929) pour lequel il obtient le prix Renaudot, "La Vouivre" (1941), "Gustalin" (1938). Il devient néanmoins un véritable « parigot » de Paris dont il a mis en scène les classes populaires ("La Rue sans nom"), la petite bourgeoisie ("Le Bœuf clandestin" en 1939), les intellectuels et les snobs ("Travelingue" en 1941). Avec ces écrits, il fournit une « étude sociale », avec un vocabulaire précis pour chaque type humain. Son langage mêle les différents registres : argot, patois régional franc-comtois soutenu et anglais phonétiquement francisé. Très attaqué par la critique, y compris pour ses textes les plus inoffensifs comme "Les Contes du chat perché", il doit l'essentiel de son succès au public. Au théâtre, son plaidoyer contre la peine de mort, "La Tête des autres" (1952), a soulevé de vives réactions, mais aussi de l'enthousiasme, tout comme ses comédies grinçantes : "Lucienne et le Boucher" (1948), "Clérambard" (1950). Il a également écrit de nombreux scénarios et traduit des auteurs américains importants : Arthur Miller ("Les Sorcières de Salem"), Tennessee Williams ("La Nuit de l'iguane"). De nombreux films, téléfilms et dessins animés ont été tirés de ses œuvres. Cultivant son statut d'écrivain politiquement marginal, il est resté très à l'écart des milieux intellectuels, ce qui l'a fait classer dans les écrivains d'abord de gauche, puis de droite, puis comme anarchiste de droite. Biographie. L'enfance. Marcel Aymé est né le à Joigny, dans l’Yonne, où son père, maître maréchal-ferrant dans un régiment de dragons, est en garnison. Il est le benjamin de six enfants et ses parents sont originaires de villages voisins du Jura. Sa mère meurt en 1904, alors qu'il n'a que deux ans. Son père le confie alors avec la plus jeune de ses sœurs, Suzanne, son aînée de deux ans, aux grands-parents maternels, Auguste Monamy et Françoise Curie, qui exploitent une tuilerie, une ferme et un moulin à Villers-Robert dans le Jura. Le village lui servira de décor pour "La Jument verte" et de nombreux autres romans tels que "La Vouivre", "Gustalin" ou encore "La Table aux crevés" (1929). C'est de ce monde-là qu'il s'inspirera pour décrire les très vives passions politiques, anticléricales ou religieuses du monde rural. Il vit d'ailleurs lui-même ces querelles à l'intérieur de sa propre famille, puisqu'il faudra attendre la mort du grand-père (anticlérical) pour qu'il soit baptisé, à l'âge de sept ans. En 1910, à la mort de sa grand-mère, il est pris en charge par sa tante Léa Monamy, la plus jeune sœur de sa mère, qui n’a pas d’enfants et tient un commerce de mercerie. Elle le place en pension au collège de Dole, mais il retourne passer ses vacances à la campagne où il se fait berger à l'occasion. C’est là que Marcel apprend à connaître le monde rural qui inspirera ses romans de la campagne et ses contes. Il y vit entouré d’affection, et découvre, dans cette période de séparation des Églises et de l’État, les luttes violentes entre républicains et cléricaux. Petit-fils d’un homme engagé dans le camp républicain, il subit les moqueries de ses camarades, majoritairement de l’autre bord. Il conservera de cette expérience une aversion pour l’intolérance et l’injustice. Il poursuit ses études au collège de l'Arc et obtient le baccalauréat « math-élèm » en 1919. Sa scolarité fut bonne, en tout cas différente de l’image de cancre qu’il a donnée de certains de ses personnages. Entré en mathématiques supérieures au lycée Victor-Hugo de Besançon pour préparer le concours de Polytechnique, il doit abandonner ses études en 1920, victime de la grippe espagnole. Il restera longtemps d'une santé fragile. L'écrivain débutant. Après son service militaire de 1919 à 1923, il arrive à Paris où il exerce les métiers les plus divers : employé de banque, agent d'assurances, journaliste. Il ne se trouve aucun talent : Il profite pourtant d'une convalescence pour écrire son premier roman, "Brûlebois", publié en 1926, qui attire l’attention. Suivent "Aller-retour" (1927), "La Table aux crevés" (1929) qui obtient cette même année le prix Renaudot, "La Rue sans nom" (1930). Mais c'est avec "La Jument verte" (1933) que Marcel Aymé obtient la grande notoriété. À partir de là, il considère la littérature comme un métier. Il se lance en même temps dans le cinéma et commence à s'intéresser au théâtre. C'est avant la Seconde Guerre mondiale qu'il écrit "Vogue la galère", pièce qui ne sera jouée qu'en 1947. L’écrivain reconnu puis décrié. Son parcours est, en effet, déconcertant. Il est classé à gauche jusqu'à ce que, le , il signe le "Manifeste des intellectuels français pour la défense de l'Occident et la paix en Europe", qui soutient Mussolini dans la seconde guerre italo-éthiopienne. Tandis qu'en pleine Occupation il fait équipe au cinéma avec un réalisateur marxiste, Louis Daquin, il donne dans le même temps romans et nouvelles à des journaux collaborationnistes : "Je suis partout", "La Gerbe", mais, comme il n'y a dans ses textes aucune trace d'engagement politique, il ne sera pas mis sur la liste noire des écrivains à la Libération. Il a même férocement tourné en dérision le régime nazi avant 1939 (voir "Travelingue", et « La Carte » ou « Le Décret » dans "Le Passe-muraille") et n'a donné aucun gage de ralliement à l'occupant après 1940. Ironie du sort, c'est une collaboration cinématographique avec la Continental Films qui lui vaudra un « blâme sans affichage » en 1946, pour avoir « favorisé les desseins de l'ennemi ». En conséquence, il refuse la Légion d'honneur qui lui est proposée trois ans plus tard en 1949. Il est alors invité à l'Élysée, invitation qu'il décline, s'en s'estimant indigne pour le motif qui a entraîné son blâme, et il écrit : La réputation de collaboration a pu être entretenue par la défense de ses amis : Robert Brasillach (), Maurice Bardèche () et Céline (). Au sujet de l'antisémitisme, l'auteur Henri Jeanson raconte dans ses "Mémoires" : « L'apparition de l'étoile jaune, par exemple, souleva la colère des Parisiens et ils surent la manifester, cette colère, à leur risques et périls. Je me souviens très bien que Marcel Aymé le silencieux, que Marcel Aymé dont l'impassibilité n'était qu'apparente, écrivit alors sous le coup d'une émotion, qu'il ne put ni ne voulut maîtriser, un article d'une violence inouïe contre les responsables de ces mesures ignobles et humiliantes qui nous atteignaient tous. Cet article, il le proposa en toute innocence à un journal. L'article fut accepté, composé et soumis à l'obligatoire censure allemande qui, comme prévu, en interdit la publication. À l'imprimerie, les typos en tirèrent alors de nombreuses épreuves à la brosse et se firent un devoir de les distribuer autour d'eux avec prière de faire circuler. » La controverse Marcel Aymé. L'écrivain a été attaqué par tous ceux qui ne supportaient pas la description crue dans les romans de la France des années 1940 et celle de l'épuration, mettant sur le même pied les collaborateurs monstrueux et les revanchards sinistres, dépeignant avec une exactitude désinvolte le marché noir, les dénonciations, les règlements de comptes ("Uranus", "Le Chemin des écoliers"). Mais il a surtout soutenu jusqu'au bout Robert Brasillach, tentant de faire signer à des intellectuels et des artistes de tout bord la pétition contre la peine de mort dont Brasillach était frappé. Albert Camus, Jean Cocteau, François Mauriac et d'autres l'ont signée, sauf Picasso qui venait d'adhérer depuis peu au parti communiste, ainsi que l'explique Claude Roy : Il a également collaboré à "Défense de l'Occident", périodique nationaliste. En , il est cosignataire d'une lettre du Comité de secours aux objecteurs de conscience réclamant au Président de la République et au Premier ministre un statut pour que les objecteurs puissent effectuer un service civil et non militaire. Le succès populaire malgré tout. Bien que très blessé par cet épisode, Marcel Aymé n'en continue pas moins à publier un grand nombre de romans, de contes, de nouvelles et de pièces de théâtre. Si ses œuvres lui valent un immense succès populaire, la critique le met en pièces ou l'ignore, et cela jusqu'à sa mort en 1967. Champion du contre-courant, on lui reproche l'anti-américanisme de "La Mouche bleue" en pleine période pro-américaine. À propos de sa pièce "Les Oiseaux de lune", mise en scène par André Barsacq au Théâtre de l'Atelier, Elsa Triolet écrit : « On rit énormément à ces oiseaux de lune. Mais hier comme aujourd'hui, qu'on pleure ou qu'on rie, il y a quelque chose de pourri dans ce royaume-là. » Et pourtant, au théâtre, Marcel Aymé obtient de grands succès en particulier avec "La Tête des autres", mise en scène par André Barsacq au théâtre de l'Atelier, une satire dont la magistrature est seule à ne pas rire. "La Tête des autres" est le premier grand plaidoyer contre la peine de mort qui fait scandale. Marcel Aymé y ridiculise les procureurs de la République. Famille. Son frère aîné, Georges Aymé, est général de brigade durant la Seconde Guerre mondiale, et décoré de l'ordre de la Francisque. Il est également le second du général Eugène Mordant, commandant des forces françaises en Indochine, et son principal collaborateur à la tête de la Résistance indochinoise. Georges épouse en 1931 Alix Hava, artiste peintre et professeure à l'école des beaux-arts du Viêt Nam. Le style. Le style de Marcel Aymé analyse avec esprit les travers de l'homme et de la société. Sa vision peut être noire. L’hypocrisie, l'avidité, la violence, l'injustice, le mépris, apparaissent dans ses ouvrages, aussi bien que la camaraderie, l'amitié, la bonté, l'indulgence et le dévouement. Il mêle une description réaliste de la société à des éléments de fantastique. Ce fantastique, loin d'être traditionnel, est teinté d'ironie et peut être qualifié de « fantastique ludique » (cf. le recueil "Le Passe-muraille"). Le fantastique de Marcel Aymé. Il ne propose aucune hésitation entre deux interprétations, l'une rationnelle, l'autre surnaturelle (selon le schéma de Todorov , qui s'appuie sur le fantastique de Maupassant) ; ce n'est pas non plus l'intrusion du mystère dans le cadre du quotidien selon la définition de P.-G. Castex, dans la mesure où il n'introduit pas souvent une atmosphère de cauchemar. Les histoires fantastiques de Marcel Aymé sont souvent fondées sur l'irruption, dans la vie d'un homme souvent peu enclin à chercher l'aventure, d'une entorse majeure aux lois physiques les plus inébranlables, qui transforme son existence, mais dont l'origine n'est presque pas envisagée, tandis que les conséquences, parfaitement logiques, obéissent aux lois naturelles : Dutilleul, le héros du "Passe-muraille", peut traverser les murs et la nouvelle est le récit humoristique des conséquences de cet événement sur sa vie de petit employé. Raoul Cérusier, dans "La Belle Image" (1941), découvre en fournissant des photos d'identité qu'il a changé de visage et qu'il est devenu beau : l'histoire est celles des conséquences logiques de ce changement sur sa vie professionnelle et affective. Le nain du cirque Barnaboum grandit en une nuit ("Le Nain", 1934) : le phénomène n'est ni expliqué ni décrit, mais l'histoire des conséquences de cette perte d'identité obéit aux lois physiques et psychologiques. Marcel Aymé ne se limite pourtant pas à une recette du fantastique : l'écrivain Martin ("Derrière chez Martin", 1938), qui cède trop souvent à la nécessité de faire mourir ses personnages prématurément, après avoir été morigéné par son éditeur, reçoit la visite de l'un d'entre eux, qui réclame contre le mauvais traitement que l'auteur lui fait subir. La suite de l'histoire se fonde sur les interactions entre le monde réel et celui du roman où Martin occupe la place de Dieu ; et le fantastique s'enrichit de cet échange entre le déterminisme du réel et l'omnipotence de l’écrivain. Dans "Le Cocu nombreux", du même recueil, un vagabond découvre tout un village peuplé d'êtres humains dotés de deux corps (sauf les fous !), et l'on mentionne d'autres villages . Le langage de Marcel Aymé. Marcel Aymé a l'art de mettre en scène toutes les classes sociales avec le langage qui leur est propre. Bourgeois, snobs, parisiens, voyous, intellectuels (Travelingue), paysans (Marthe et Hyacinthe Jouquier dans Gustalin, Arsène Muselier dans "La Vouivre"), universitaires (l'oncle Jouquier dans Gustalin), politiques et militants (Gaigneux et Jourdan dans Uranus) tous sont restitués avec authenticité dans leur milieu selon leur parler. Évidemment, compte tenu de ses origines franc-comtoises, l'écrivain fait une place de choix au parler franc-comtois essentiellement dans La Table aux crevés, La Vouivre, Gustalin et "Brûlebois". Le parler franc-comtois. Dans Gustalin, lorsque Marthe est partie avec Sylvestre Harmelin (surnommé Gustalin), Hyacinthe rentre à la ferme et trouve la maison vide. Il doit donc faire lui-même le travail de sa femme. En revenant des bois où habite sa tante Talentine, Marthe se signe en voyant trois pies et récite une comptine pour conjurer le sort : . Malaigasse. Passe, passe, passe. Arsène Muselier contemple les champs de turquis dans lesquels il n'y a plus trace des serpents de la Vouivre. » Il arrive même que Marcel Aymé assume dans le récit l'emploi de certains vocables franc-comtois sans prendre la distance qui siérait à un auteur parisien distingué. Le mot « ticlet » apparaît dans « Je suis renvoyé » et « L'élève Martin », deux nouvelles de "Derrière chez Martin" qui ne sont pas régionalistes, pour désigner un loquet. Dans les deux cas, il s'agit de celui des « vécés » – puisque Marcel Aymé francise tous les anglicismes et acronymes de l'usage courant. L'argot et les voyous. Sa fréquentation de Céline et de Gen Paul a apporté à Marcel Aymé une riche moisson d'argot parisien qu'il a aussitôt placée dans la bouche de ses personnages. Le Bombé a Milou raconte que . Dans la nouvelle "Avenue Junot" Marcel Aymé cite directement son ami Gen Paul (), tout comme dans "Le Passe-muraille" (). Le ton des beaux quartiers. C'est une annonce compassée, presque professionnellement bourgeoise, qui consacre dans "Le Bœuf clandestin", le mariage de la fille de M. Berthaud, qui habite le de Paris, rue Villaret-de-Joyeuse : Les snobs qui se retrouvent dans "Travelingue", délirent sur le monde ouvrier avec ferveur. Marcel Aymé, comme Boris Vian ou Raymond Queneau, ne se prive pas d’utiliser l’anglais de manière phonétique ce qui donne « biftèque », « blaquaoute », « coquetèle », « fodeballe », « interviouve », « métingue », « travelingue », etc. Militants et politiques. La méfiance du monde ouvrier pour les intellectuels qui militent en sa faveur est illustrée par le personnage de Gaigneux dans "Uranus". Gaigneux supporte assez mal les grandes envolées verbeuses de Jourdan, qui Les ouvriers. Ce sera "La Rue sans nom" où le langage des protagonistes est moins marqué par leur condition d'immigrés que par leur condition désolante et le racisme que l'écrivain dénonce sans ménagement. . L'écrivain emploie d'ailleurs, en faisant parler les observateurs de ces immigrés, des mots qui sont toujours utilisés de nos jours. Réception. Accueil par ses contemporains. Quand il reçoit le Goncourt en 1945, Jean-Louis Bory déclare : . Et Antoine Blondin : En 1949, le ministère de l'Éducation nationale fit savoir à Marcel Aymé qu'il allait être inscrit sur la liste de la prochaine promotion de la Légion d'honneur. Il se souvint alors du « blâme sans affichage » auquel il avait été condamné en 1946 pour avoir vendu sous l'occupation un scénario à la Continental film et refusa. En outre, l'année suivante, il déclina la proposition faite publiquement par François Mauriac de présenter sa candidature à l'Académie française : À cette époque il venait à la belle saison dans sa maison du 7 route du Buisson à Grosrouvre dans le département des Yvelines de 1950 à 1967. Réception scolaire et universitaire. Il fut longtemps difficile de trouver des ouvrages de référence sur Marcel Aymé. Néanmoins, de nos jours, avec les travaux des deux responsables de l'édition des "Œuvres" dans la Pléiade et ceux de la Société des Amis de Marcel Aymé, on dispose de davantage d'études et d'informations. Seuls les "Contes du chat perché" ont été étudiés à l'école, principalement à l'école primaire (CE2, CM1, CM2) et au collège.
Miyako signifie « capitale » en japonais. C'est le nom donné, surtout en littérature, à pendant les , plus tard à Edo, qui deviendra . L'orthographe Meaco était également usitée. est un nom propre japonais désignant :
Morphée Morphée (en grec ancien , de , « forme ») est, dans la mythologie grecque, une divinité des rêves. Morphée est, selon certains théologiens antiques, le fils d'Hypnos (le Sommeil) et de Nyx (la Nuit), et selon d'autres, la principale divinité des mille Oneiroi engendrés par Nyx seule. Il a pour vocation d'endormir les mortels. Mythologie. Morphée est souvent représenté par un jeune homme tenant un miroir à une main et des pavots de l’autre, avec des ailes de papillon battant rapidement et silencieusement, qui lui permettent de voler. Il donne le sommeil en touchant une personne avec ses pavots. Il lui donne également des rêves pour la nuit. Pour se présenter aux mortels, il se transforme en être de chair , permettant aux mortels l'espace d'un instant de sortir des machinations des dieux. Il serait selon Ovide le plus apte de sa fratrie à prendre une apparence humaine. On le retrouve notamment dans l'œuvre d'Ovide. Messager des dieux, il apparaît généralement dans le sommeil des rois comme un humain sous forme de fantasme. Il est peut-être le rêve envoyé par Zeus auprès d'Agamemnon dans l’"Iliade", mais dans ce passage, il n'est pas explicitement nommé. Il joue un rôle important dans l'histoire d'Alcyone et Céyx : le Sommeil choisit Morphée pour prendre les traits de Céyx et visiter Alcyone durant son sommeil, pour lui décrire le naufrage de son époux et lui demander des funérailles. Cette apparition laisse croire à Alcyone en la réalité de ce récit. Sens dérivés. Le nom de Morphée est notamment à l'origine :
Maurice Papon Maurice Papon, né le à Gretz-Armainvilliers (Seine-et-Marne) et mort le à Pontault-Combault, est un haut fonctionnaire et un homme politique français. En 1998, il est condamné à dix ans de réclusion criminelle pour complicité de crimes contre l'humanité concernant des actes d'arrestation et de séquestration, lors de l'organisation de la déportation des Juifs de la région bordelaise vers le camp de Drancy, d'où ils sont ensuite acheminés vers le camp d'extermination d'Auschwitz, commis quand il était secrétaire général de la préfecture de Gironde, entre 1942 et 1944, sous l'occupation de la France par les forces armées du Troisième Reich. Cependant, le tribunal estimant qu'il n'existait pas de preuve que Papon avait connaissance de l'extermination des Juifs à l'époque des faits, il est acquitté pour toutes les charges de « complicité d'assassinat » et des « tentatives de complicité d'assassinat ». Préfet de police de Paris à partir de , il est également impliqué dans la répression sanglante de la manifestation du organisée par le Front algérien de libération nationale (FLN), puis dans celle du, organisée par plusieurs syndicats et le Parti communiste français (PCF) pour protester contre l'Organisation de l'armée secrète (OAS) et connue depuis sous le nom d'affaire de la station de métro Charonne. Ayant par la suite mené une carrière de haut fonctionnaire, jusqu'à des postes ministériels, Maurice Papon est rattrapé par son passé en 1981, à la suite d'un article du "Canard enchaîné" paru entre les deux tours de l'élection présidentielle, alors qu'il est ministre du Budget du gouvernement Barre. Dix-sept années de batailles juridiques aboutissent à sa condamnation et à son incarcération en 1998. Biographie. Jeunesse et premières affectations. Fils de notable, Maurice Papon passe une partie de sa jeunesse à Gretz-Armainvilliers, dans la maison familiale où il est né. Son père, Arthur Papon, premier clerc à l'étude de M Aulagnier, fonde la Société française des verreries champenoises, et sa mère se consacre à son éducation. Maurice Papon a neuf ans lorsque son père, de centre-gauche, devient maire de Gretz, poste qu'il conserve jusqu'en 1937 et qu'il cumulera avec celui de conseiller général du canton de Tournan-en-Brie et de président de ce même conseil en 1937. Après des études secondaires à Paris, au lycée Montaigne et au lycée Louis-le-Grand, Maurice Papon fait des études de droit et de lettres, milite à la Ligue d'action universitaire républicaine et socialiste aux côtés de Pierre Mendès France. Il est introduit par son père auprès d'amis politiques députés, très influents dans le Parti républicain, radical et radical-socialiste : il est ainsi membre du cabinet de Jacques-Louis Dumesnil, ministre de l'Air dans les trois gouvernements Laval de 1931 à 1932. En 1932-1933, il effectue son service militaire : six mois de formation au peloton des élèves officiers de réserve de Saint-Cyr, puis officier au régiment d'infanterie coloniale, à la caserne des Tourelles à Paris, dans la compagnie d'instruction. Il prépare le concours de l'Inspection générale des finances mais échoue. Marié, père d'une petite fille, il se présente au concours de rédacteur au ministère de l'Intérieur en 1935 pour subvenir aux besoins de sa famille. Admis en bonne place, il choisit Paris et il est affecté à l'Administration départementale et communale, où il fait la connaissance de Maurice Sabatier, alors directeur adjoint. Il est rapidement détaché auprès de François de Tessan, secrétaire d’État dans les deux gouvernements Léon Blum et les deux gouvernements Camille Chautemps. Puis, il réintègre l'Administration départementale et communale. Il publie des articles dans "Le Peuple de la Brie" dont le directeur politique est François de Tessan. Ce dernier lui avait confié l'examen des questions marocaines. En 1938 et 1939, il écrit aussi dans "Le Jacobin", journal bimensuel des jeunes radicaux dont le rédacteur en chef est Jacques Mitterrand. Il écrit aussi dans le "Journal de la démocratie" et dans "La République de Seine-et-Marne", organe du parti républicain radical (centre-gauche). Mobilisé en septembre 1939 au d'infanterie coloniale à Brest, il s'occupe d'intendance et s'ennuie. Il se porte alors volontaire pour le Proche-Orient, où opère le . Il est envoyé à Tripoli du Liban, puis, pour les services de renseignement, il commande en le poste de Ras el Aïn, où il étudie l'islam. À Vichy. Après l'armistice, Maurice Sabatier, qui, après avoir été préfet en province, est devenu directeur de l'Administration départementale et communale, dont les services se sont repliés à Vichy, réclame sa présence. Il est rapatrié en France pour raisons de santé en et rejoint son corps d'affectation, en tant que sous-préfet de . Quand Sabatier est nommé secrétaire général pour l'Administration en , il le suit et devient son directeur de cabinet. À la préfecture de Gironde. Maurice Papon est nommé le secrétaire général de la préfecture de la Gironde. En , à la conférence de Wannsee, les nazis ont mis au point les grandes lignes des déportations massives des Juifs d'Europe occidentale vers les camps d'extermination. Le premier convoi de déportés a quitté la France en (voir Chronologie de la collaboration de Vichy dans le génocide des Juifs), mais l'intensification des déportations s'est produite après un voyage de Reinhard Heydrich en France en et aux accords Bousquet, secrétaire général de la police du régime de Vichy et Oberg, chef supérieur des SS et de la police allemande en France, pour la collaboration de la police française à la déportation des Juifs étrangers. En région parisienne, la rafle du Vélodrome d'Hiver débute le . En dehors de la région parisienne, la principale concentration de Juifs est en Gironde avec plus de recensés. Les préparatifs s'effectuent à partir du , sous la direction du commissaire Techoueyres, du chef de service des questions juives Pierre Garat et du capitaine SS Doberschutz. Les rafles de Bordeaux débutent le et durent deux jours ; figurent sur la liste, 70 sont raflées et font partie du premier convoi de Bordeaux vers le camp de Drancy. L'un des enjeux du procès Papon, en 1997, est de déterminer les responsabilités exactes des différents intervenants, en particulier celles de l'accusé. Maurice Sabatier a le titre de préfet régional. Maurice Papon est directement placé sous ses ordres et chapeaute cinq divisions de la préfecture et un "Service des questions juives" pour lequel il a la délégation de signature. Ce service, dirigé par Pierre Garat, est chargé d'assurer la partie administrative des décisions de la délégation régionale du Commissariat général aux questions juives (CGQJ), dont celles de son SEC, Service d'Enquête et de Contrôle, la gestion du fichier juif. Il ne dépend ni du CGQJ ni du SEC, et il est chargé de les contrôler pour le compte du préfet. On ne trouve trace d'un tel service dans aucun autre département. De à , 12 convois transportent, de Bordeaux à Drancy, près de , qui seront ensuite acheminés vers Auschwitz. Parmi les , un certain nombre est arrêté en tentant de franchir la ligne de démarcation, et d'autres, établis en Gironde et dans les départements limitrophes, avaient été répertoriés par le "Service des questions juives". À partir de 1943 et surtout en 1944, Maurice Papon est en contact avec des réseaux de résistance nommés par l'historien Jean-Pierre Azéma « vichysto-résistants » : des . Il est attesté que Maurice Papon a hébergé à plusieurs reprises Roger-Samuel Bloch, un fonctionnaire juif radié et membre du réseau Marco-Kléber, lié aux services de renseignement de l'Armée de terre. Il aurait également rendu des services au réseau Jade-Amicol, qui travaillait pour le compte de l'Intelligence service. Au début de , c'est Roger-Samuel Bloch qui conseille à Gaston Cusin, qui est nommé Commissaire de la République par de Gaulle, mais encore clandestinement, de faire appel aux services de Papon, qui aide Cusin pendant les trois mois précédant la libération de Bordeaux. Sorti de la clandestinité, Cusin demande à Maurice Papon d'être son directeur de cabinet. Après-guerre. À Bordeaux. Maurice Papon avait été porté au plus haut grade de sous-préfet : hors classe, le et, étant à Bordeaux, avait refusé du gouvernement Laval trois promotions qui lui auraient valu le rang de préfet : adjoint au secrétaire général de la Police en zone sud en , préfet du Lot en et préfet des Landes en . Le , Gaston Cusin le titularise préfet et le nomme directeur de son cabinet pour déléguer son autorité sur les préfets de la région de Bordeaux. Maurice Papon est directeur de cabinet des trois commissaires régionaux de la République successifs : Gaston Cusin, Jacques Soustelle et Maurice Bourgès-Maunoury. Ces nominations furent contestées par le Comité de Libération (CDL) de Bordeaux. Maurice Papon ayant été mis en expectative, comme tous les autres fonctionnaires ayant servi sous Vichy, le Comité d'épuration du corps préfectoral, sous la présidence d'Aimé Jeanjean, confirme ces nominations le , jugeant les contestations du CDL de Bordeaux non légitimes. Au ministère de l'Intérieur. Il quitte Bordeaux pour raisons médicales. Remis sur pied, il est intégré aux services centraux du ministère de l'Intérieur. Chargé de la sous-direction de l’Algérie le . Sous l'autorité de Hass-Picard, directeur des Affaires générales du ministère, il doit renseigner le ministre Adrien Tixier sur la répression qui sévit en Algérie à la suite des soulèvements de Sétif, Guelma et Kherrata qui scandalise le ministre. Maurice Papon est nommé chef de cabinet du secrétaire d'État à l'Intérieur Jean Biondi le . Sous l'autorité d'Adrien Tixier, d'André Le Troquer et de Jean Biondi, Maurice Papon est chargé de la rédaction du projet de loi d'amnistie, qui sera votée le . Préfet de Corse, puis de Constantine. Nommé préfet de Corse le , il est confronté à une très forte insécurité à cause du surarmement des Corses. Il s'implique dans le développement économique de la Corse et facilite, sous l'autorité de Jules Moch, devenu ministre, le transit par la Corse du trafic aérien d'armes, qui permet au jeune État d'Israël de survivre. Nommé par Jules Moch à la préfecture de Constantine le , il contribue à calmer les esprits et à combler le fossé entre les communautés européennes et musulmanes, qui avait été creusé par les massacres. Secrétaire général de la Préfecture de police (1951-1954). Entre et 1954, Papon est promu au poste de secrétaire général de la préfecture de police, alors dirigée par Jean Baylot. On assiste durant cette période à un gonflement de la population algérienne en France, qui atteint en 1954. Les nationalistes du MTLD sont très actifs parmi cette population. Le , avant l'arrivée de Papon, algériens marchent à travers Paris en brandissant le portrait de Messali Hadj. Le contrôle et la répression de cette agitation font partie du travail de la préfecture de police. Les incidents violents sont nombreux, comme celui du , lorsque la police tire sur un cortège d'Algériens qui défile aux côtés de la gauche, mais, dans un cortège séparé. Il y a sept morts. Maroc : secrétaire général du protectorat (1954-1955). Le , Maurice Papon est nommé par Pierre Mendès France secrétaire général du protectorat du Maroc. Sous l'autorité de Francis Lacoste, nommé résident général par le gouvernement précédent, le Maroc vit une période troublée qui le mènera à l'indépendance. Papon continue à correspondre avec René Mayer, qui votera plus tard la chute du gouvernement Pierre Mendès France à cause de leur désaccord sur la Communauté européenne de défense. Gilbert Grandval, nommé résident général par le gouvernement Edgar Faure, arrive au Maroc avec une équipe complète formée en France, et Maurice Papon se retrouve sans affectation. Maurice Papon obtient, grâce à René Mayer, un entretien avec Edgar Faure, qui l'affecte au secrétariat d'État aux Affaires algériennes à compter du . Préfet régional pendant la guerre d'Algérie à Constantine (1956-1958). Malgré tous ses efforts pour être muté à la Communauté européenne du charbon et de l'acier, il accepte de retourner en 1956 à Constantine, constatant : . Alors que la guerre d'Algérie sévit depuis un an et demi, Maurice Papon , selon l'historien Jean-Luc Einaudi. Il est nommé inspecteur général de l'administration en mission extraordinaire (IGAME), ce qui équivaut à devenir préfet régional pour l'est de l'Algérie puisque le département de Constantine vient d'être découpé en quatre départements : Constantine, Bone, Sétif et Batna. En , il crée la Section administrative urbaine (SAU), constituée d'agents arabophones ou berbérophones, chargés de nouer des liens avec les habitants des bidonvilles. Les agents de la SAU montent des programmes de relogement, fournissent des papiers d'identité et recueillent des informations visant à identifier les réseaux du FLN. Papon crée le « Centre de renseignements et d'action » (CRA), chargé d'opérations policières, qui intègre dans une structure unifiée différents organismes de l'armée, de la gendarmerie, de la SAU et de la police civile. L'objectif est de centraliser les informations et d'étudier les actions à mettre en œuvre et d'envoyer des commandos spéciaux formés de harkis, de CRS ou de gendarmes pour procéder aux arrestations. Le CRA sera généralisé dans toute l'Algérie. Maurice Papon l'adaptera aussi à Paris, à partir de 1958, sous la forme du « Service de coordination des affaires algériennes ». Partisan d'une approche psychologique de l'action contre le FLN, il se plaint du changement continuel du général qui commande la division de Constantine et juge que les camps de regroupement sont trop loin des terres cultivées. Il reçoit la croix de la Valeur militaire des mains du ministre Robert Lacoste ; crée une assemblée régionale de l'est algérien ; fait accepter que le maire de Constantine, où les musulmans sont majoritaires, soit musulman et crée une cour d'appel à Constantine alors qu'il n'y avait avant qu'une seule cour d'appel, à Alger, pour neuf millions d'habitants. Il prend comme sous-préfet Mahdi Belhaddad, qui lui a parlé de la ferme d'Améziane, où sévit la torture. Pour lutter contre les attaques terroristes, Papon met en œuvre les mêmes techniques que celles utilisées à Alger : déploiement des « détachements opérationnels de protection » (DOP) spécialisés dans les interrogatoires, la torture. Préfet de police (1958-1967). Conditions de la prise de fonctions au gouvernement. En , Maurice Papon est nommé préfet de police sur la recommandation de Maurice Bourgès-Maunoury, alors ministre de la Défense nationale, qui avait été Commissaire régional de la République à Bordeaux en 1945. Quand il descend de l'avion qui le ramène de Constantine, il passe pour un homme qui connaît particulièrement bien le problème de l'Algérie et sur lequel on peut compter pour faire face à une crise qui menacerait la République. À la chute du gouvernement Félix Gaillard, il refuse à Pierre Pflimlin le ministère de l'Algérie, refus jugé inquiétant par la classe politique. Ce refus, mais plus encore le soutien de Jules Moch, ministre de l'Intérieur juste avant l'arrivée au pouvoir du général de Gaulle, lui valut son maintien en fonction par la République. En , il reçoit des mains de Charles de Gaulle la croix de commandeur de la Légion d'honneur. En 1962, il est poursuivi pour arrestation et séquestration arbitraires d'une infirmière de l'hôpital Mustapha d'Alger, arrêtée le , mais est blanchi par la Cour de cassation par arrêt du constatant . Lorsqu'en 1967, Maurice Grimaud remplace Maurice Papon à la préfecture de police, le général de Gaulle dit à Grimaud : Le remplacement du préfet André Lahillonne par Maurice Papon avait été effectué à la suite de la manifestation du où, pour protester contre l'incapacité de l'administration à verser des primes de risque, quelque s'étaient dirigés vers l'Assemblée nationale aux cris de « Dides au pouvoir ! », « Fellagas assassins ! ». La principale mission confiée au nouveau préfet de police est d'imprimer un nouvel élan à la lutte contre le FLN dans la capitale. Organisation du FLN (1958-1962). En 1959, un recensement de la préfecture dénombra dans le département de la Seine. Ils sont en 1961 dont et . En , la Fédération de France du F.L.N. veut ouvrir un « second front » en France en vue de paralyser les forces militaires françaises en attaquant la police et des cibles stratégiques, mais depuis le début de la guerre, l'objectif constant de la Fédération de France du FLN n'est pas seulement la constitution d'un réseau clandestin de militants dévoués et efficaces, mais aussi d'exercer un contrôle absolu sur la population. Ce contrôle lui permet d'apparaître comme le seul interlocuteur valable pour représenter le peuple algérien, et il lui faut pour cela éliminer son rival, le MNA, organisation politico-militaire dirigée par Messali Hadj qui a remplacé le MTLD en 1954. Il permet également de collecter un maximum de fonds au moyen d'un impôt auquel sont assujettis tous les travailleurs algériens et qui peut représenter environ 8 % de leurs salaires. Le MNA est pratiquement éliminé à Paris en 1960 à l'issue d'une guerre intestine sanglante. À Paris, le poids politique du FLN est exceptionnel grâce aux contacts avec les syndicats et les partis politiques dont peuvent disposer les immigrés travaillant dans les secteurs industriels avancés, grâce aussi au groupe d'étudiants et d'intellectuels qui peuvent nouer des contacts utiles avec les intellectuels, hommes politiques et les journalistes de gauche. Les deux wilayas de la région parisienne sont structurées en cellules locales, groupes, sections, secteurs, régions, zones et superzones. Une Organisation politico-administrative (OPA) est chargée d'exercer un contrôle sur la vie quotidienne et peut infliger des amendes pour les fautes légères, et en cas de fautes plus graves, les coupables sont exécutés par les groupes armés (GA) et une Organisation spéciale (OS). À partir de 1958, des comités de justice locaux imposent la loi islamique et réglementent le mariage, le divorce et les conflits commerciaux. Organisation mise en place par Papon pour lutter contre le FLN. Le niveau d'autarcie politique, sociale et culturelle que le FLN avait pu établir permettait d'éviter que les émigrés n'aient de contact avec la société française et l'État français. Pour faire face à cette situation, Papon doit mettre en place une organisation lui permettant de pénétrer un milieu "a priori" hostile, de débusquer l'ennemi et de lui ravir le contrôle de la population. Le préfet de police de Paris dépend directement des ministres de l'Intérieur qui se succèdent entre 1958 et 1962 : Jules Moch, Émile Pelletier, Jean Berthoin, Pierre Chatenet puis, à partir de , Roger Frey. Michel Debré sera Premier ministre de à . De Gaulle est président du Conseil à partir du , puis président de la République à partir de . Le , De Gaulle crée un groupe de travail composé de représentants de différents ministères pour émettre des recommandations sur les formes les plus efficaces d'action psychologique et de propagande en vue de dégager la masse des musulmans de leur soumission au FLN. Le groupe de travail espère alors, qu'à l'exemple des groupes d'auto-défense mis en place en Algérie, des petits groupes antifrontistes et fidèles à la France pourront tenir tête au FLN. Le groupe de travail souligne aussi que la législation et le droit pénal qui ne sont pas adaptés à la guerre révolutionnaire sont un réel obstacle à l'action. Le , Maurice Papon remet au groupe de travail un document : « Notes sur la répression du terrorisme nord-africain ». Ce document est également envoyé à la réunion du du Comité de coordination et d'action psychologique (CCAP) qui chapeaute le groupe de travail et qui regroupe les ministres de l'Intérieur, de la Justice et des forces armées. Le document de Papon recommande au gouvernement de prendre d'urgence trois mesures : Par l'ordonnance du , le gouvernement suit, en gros, les recommandations de Maurice Papon, autorisant notamment la détention d'Algériens arrêtés pendant deux semaines, ce qui donne le temps à la police et à l'armée de les interroger. Parallèlement à la mise en place d'une réglementation répressive, Maurice Papon participe à la mise en place de structures sociales, conformément au schéma de guerre contre-révolutionnaire qu'il avait déjà contribué à mettre en place lorsqu'il était en poste à Constantine. Il s'agit de prendre en charge le nouvel immigré dès son arrivée dans les gares parisiennes ou à l'aéroport d'Orly, de l'aider dans ses démarches administratives, tout en accumulant les informations dans un fichier de renseignements. Le Service de coordination des affaires algériennes (SCAA) est au centre de cet appareil répressif et social. Basé à la préfecture de police, il centralise toutes les informations sur le FLN à Paris. Le SCAA peut recourir, au besoin, aux divers services de police, tant les gardiens de la paix et la police judiciaire, les unités anti-émeutes que sont les CRS et les gardes mobiles que des unités spécialisées, les Brigades des agressions et violences (BAV créées par le préfet Baylot. Le SCAA est également en relation avec le Service d'assistance technique aux Français musulmans d'Algérie (SAT-FMA) conçu par des officiers supérieurs issus des SAS et venus d'Algérie en . L'objectif du SAT-FMA est de . Selon les termes de Roger Cunibile, l'un des créateurs du service, l'aide sociale constitue . Le Sat est organisé en six secteurs qui correspondent aux divisions policières. Chaque secteur dispose d'un bureau de renseignement spécialisé (BRS). Conseils en matière d'emploi, d'allocations familiales, de logement, délivrance de cartes d'identité et amélioration des conditions de vie se mêlent à des opérations de propagande et de collecte de renseignements. Lorsque les bastions frontistes sont identifiés, des opérations de commandos dispersent les habitants des quartiers suspects vers des lieux éloignés. C'est l'opération "Osmose" menée à partir du . Les récalcitrants peuvent être internés pendant un temps plus ou moins long au Centre d'identification de Vincennes (CIV). Au début de 1959, les agents du SAT préconisent à Papon de préférer le refoulement en Algérie plutôt que l'internement dans des camps français qui sont de véritables écoles de cadres du FLN. Maurice Papon transmet cette suggestion au gouvernement appuyant la demande par l'argument que . Le délégué général en Algérie refusera que cette mesure concerne les militants . À partir de la fin de 1960, le dispositif de lutte contre le FLN est complété par la création de la Force de police auxiliaire (FPA) composée de musulmans algériens volontaires et qui sera commandée par le capitaine Raymond Montaner. L'objectif des FPA est de disloquer l'organisation du FLN en arrêtant les responsables et en empêchant le prélèvement des cotisations. Ils parviennent à rallier les Algériens menacés de mort par le FLN et à recruter des indicateurs parmi les commerçants. La méthode utilisée par les hommes de Montaner est invariable : occupation d'hôtels habités par les travailleurs algériens, infiltration et recueil de renseignements, violences policières, tortures. La première compagnie de FPA implantée dans un quartier du arrondissement parvient à disloquer l'organisation frontiste dans cet arrondissement. Ce succès amène le préfet de police à implanter une deuxième compagnie dans le quartier de la Goutte d'Or. Dès lors, les patrouilles en file indienne de ces hommes en calots bleus, mitraillette à la ceinture, fait partie du paysage des et arrondissements. Dans la lutte que mène la Préfecture de police de Paris contre le FLN, les FPA sont en première ligne. L'efficacité de la FPA, conclut Jean-Paul Brunet, a eu pour contrepartie l'emploi de moyens illégaux et moralement condamnables comme les arrestations et détentions arbitraires et la pratique systématique de la torture. Ces méthodes sont dénoncées dans la presse de gauche, et ce sont peut-être ces protestations, mais aussi l'ouverture des premiers pourparlers d'Évian entre le gouvernement français et le GPRA à la fin du mois de , qui aboutissent au regroupement des compagnies de FPA au fort de Noisy à Romainville. Toutefois, la Préfecture de police mettra en avant que pour contrer la FPA, le FLN a aussi recours, dont le but serait d'émouvoir l'opinion publique et d'obtenir la dissolution de l'unité. Des informateurs du SAT (Service d'assistance technique) signalent l'ébauche d'une telle campagne. Ainsi, . À ce sujet, le colonel Pierre Le Goyet rapporte une note diffusée en par la Fédération de France du FLN : Répression policière en 1961 et 1962. En 1961, alors que s'engage une phase de négociations entre le Gouvernement français et le Gouvernement provisoire algérien (GPRA), on assiste à une recrudescence des attentats du FLN contre des policiers français. Ces attentats cessent à la fin du mois de juillet, au moment des pourparlers de Lugrin, mais reprennent avec plus de vigueur à partir du , sans que l'on sache si l'initiative en revient à la fédération de France du FLN ou à un échelon inférieur. Les attentats dont ils sont victimes engendrent chez les policiers une véritable psychose. Il apparaît que le corps des policiers, excédé par les attentats, est prêt à faire justice lui-même. De fait, au début du mois d'octobre, un certain nombre d'assassinats d'Algériens est à imputer à des policiers ou à des groupes para-policiers. Le , Maurice Papon instaure un couvre-feu pour les Nord-Africains. Officiellement, il s'agissait . En fait, il s'agit pour Maurice Papon de riposter au FLN pour prendre un avantage définitif dans la « bataille de Paris » qui oppose depuis 1958 le FLN à la police parisienne qu'il dirige. Le couvre-feu est effectivement une gêne considérable pour les activités du FLN dont les activités étaient vespérales et nocturnes. Pour riposter au couvre-feu, le FLN décide d'organiser une manifestation de masse, pacifique, mais qui revêt un caractère obligatoire pour les populations, le . Le au soir, entre et , hommes, femmes et enfants, vêtus de l'habit du dimanche pour témoigner de leur volonté de dignité, se dirigent vers les points de regroupements prévus par la fédération de France du FLN. Les forces de police placées sous l'autorité de Maurice Papon répriment très brutalement la manifestation pacifique interdite. Selon les historiens britanniques Jim House et Neil MacMaster, plus de 120 Algériens sont assassinés. Des milliers de manifestants restent internés plusieurs jours dans des centres de détention où de graves sévices leur sont infligés. Le , lors des obsèques d'un policier victime d'un attentat, Maurice Papon avait déclaré : . Dans la même journée, il était passé dans plusieurs commissariats, autorisant verbalement ses hommes à tirer dès qu'ils se sentent menacés. Il avait donné sa parole qu'ils seraient couverts. Par ailleurs, il n'avait cessé de donner des consignes tendant au respect de la légalité. , écrit-il, . Dans un rapport au ministre de l'Intérieur daté du , il avait attiré l'attention sur le . Constatant que Maurice Papon n'avait nul besoin d'exciter la police qui apparaissait comme une marmite sous pression, prête à exploser, l'historien Jean-Paul Brunet s'interroge estimant que ce dernier n'aurait pas absous par avance les exactions de la police comme Papon l'a fait le . On crédite en fait Maurice Grimaud, successeur de Maurice Papon, d'une répression modérée des manifestations de Mai 68. Répondant à Brunet, Maurice Grimaud insiste sur le caractère autoritaire dont Maurice Papon a fait preuve dans tous ses postes et souligne qu'il s'identifie pleinement à l'équipe gouvernementale du moment, c'est-à-dire De Gaulle, Debré, Frey. Il ajoute ensuite : . À partir de la fin de 1961, Paris est confronté à une vague d'attentats organisés par l'OAS. Le , dix charges plastiques explosent au domicile de diverses personnalités : un de ces attentats qui vise André Malraux défigure une fillette de , Delphine Renard. Les organisations syndicales CGT, CFTC, FEN et UNEF appellent à une manifestation le lendemain même. Le PCF, le PSU et le Mouvement de la paix se sont associés à l'appel. Mais les manifestations sont interdites depuis le putsch des généraux en . Maurice Papon rencontre le au matin une délégation syndicale. Il reste debout et, glacial, signifie que le décret du reste valable et interdit les manifestations sur la voie publique. Les délégués informent qu'ils maintiendront la manifestation pacifique. Il n'était pourtant pas exclu que la manifestation puisse être autorisée, puisqu'il s'agissait d'un « rassemblement statique » et que d'autres rassemblements statiques avaient déjà été tolérés. Dans ses mémoires, Maurice Papon a écrit qu'il avait suggéré au ministre de l'Intérieur Roger Frey de tolérer la manifestation du , que ce dernier en aurait référé au Président de la République Charles de Gaulle qui aurait répliqué Jean-Paul Brunet estime plausible cette version des faits, mettant en avant que Frey et Debré, aussi fervents gaullistes que Maurice Papon, n'avaient rien démenti au moment de la parution du livre. La manifestation du contre l'OAS est violemment réprimée. Huit manifestants sont tués à la suite des coups reçus ou périssent étouffés en fuyant l'extrême brutalité de la police, dans la bouche de métro Charonne. Un neuvième meurt peu après des suites de ses blessures. Les historiens Jean-Paul Brunet et Alain Dewerpe estiment qu'une responsabilité collective, des forces de police au chef de l’État, le général de Gaulle, en passant par le préfet Papon, est établie. Pour Dewerpe, qui qualifie l'événement de « massacre d'État » : . Le , le Premier ministre Michel Debré se rend dans les locaux de la police parisienne, pour ; puis, le de la même année, il écrit une lettre à Maurice Papon, rendant Président de Sud-Aviation (1967-1968). En , Maurice Papon quitte la préfecture de police de Paris. Il est nommé président de Sud-Aviation, ancêtre de l'Aérospatiale. Il participe en à la présentation officielle du Concorde, aux côtés des ministres Jean Chamant et Tony Benn, mais il est rapidement remplacé par Henri Ziegler le . Maire, député, puis ministre. De 1955 à 1958, Maurice Papon est maire de Gretz-Armainvilliers, sa ville natale, dont son père fut également le premier magistrat. En juin 1968, il est élu député UDR du Cher. Pendant l'automne de cette même année, il devient trésorier de l'UDR, appuyé par le chef de l'État, le général de Gaulle. Jacques Foccart rapporte ce dialogue du dans son "Journal de l'Élysée" : Il occupe ce poste pendant près de trois ans. Il est élu maire de Saint-Amand-Montrond (Cher) en et le restera jusqu'en 1983. Il posera, en outre, la première pierre du lycée Jean-Moulin. La plaque inaugurale située à la conciergerie a été retirée après sa condamnation. En 1972, il devient président de la commission des finances de l'Assemblée nationale, puis rapporteur général de la même commission de 1973 à 1978. Il est réélu député en 1973 et en 1978. Cette année-là, il obtient 51,47 % des suffrages exprimés au second tour, face au communiste Laurent Bilbeau. De 1978 à 1981, il est ministre du Budget dans le troisième gouvernement de Raymond Barre. En 1980, "Le Canard enchaîné" publie un article sur les importantes remises fiscales accordées à deux gendres de Maurice Papon, alors ministre du Budget, et demande des explications. Maurice Papon rétorque : Affaire Papon (1981-2004). Plainte pour crime contre l'humanité en 1981 et jury d'honneur. Le <ref name="libé_18/2/2007">.</ref>, entre les deux tours de l'élection présidentielle qui devait conduire à la victoire de François Mitterrand, "Le Canard enchaîné" publie un article intitulé "Papon aide de camps" de Nicolas Brimo révélant le rôle de Maurice Papon dans la déportation des Juifs bordelais. On y trouve deux documents, datés l'un de février 1943 et l'autre de mars 1944, signés de la main de Maurice Papon, alors secrétaire général de la préfecture de Gironde. Ces pièces montrent la participation du secrétaire de préfecture à la déportation des Juifs vers l'Allemagne. Ces documents avaient été découverts par un agent des Archives départementales de la Gironde, Jean Cavignac, à la fin de l'année 1970. Jean Cavignac informa le politologue Michel Bergès, jeune universitaire qui effectuait des recherches sur la collaboration économique. Bergès avait aussi découvert un procès-verbal de la police relatant l'arrestation de l'un de ses amis, Michel Slitinsky, dont le père avait été déporté à Auschwitz. Bergès donna des copies à Michel Slitinsky, qui les avait lui-même communiquées au "Canard enchaîné". Une autre note datée de , signée par Maurice Papon et produite pendant le procès, prouvera que celui-ci avait demandé au commandant de la Direction de la police de sécurité allemande à Bordeaux la libération d'Alice Slitinsky, arrêtée le alors qu'elle et son frère, nés en France, n'auraient pas dû l'être au regard des exigences de l'occupant, et elle fut relâchée le , sur ordre du commandant allemand Doberschutz. En , Papon demande la constitution d'un « jury d'honneur ». Le , un jury d'honneur composé de cinq anciens résistants Marie-Madeleine Fourcade, Jean Pierre-Bloch, Daniel Mayer, le père Riquet et Charles Verny . Il ajoute cependant qu'en restant en fonctions à la préfecture de Gironde, Maurice Papon fut mêlé de ce fait , et il estime que ce dernier aurait dû démissionner en 1942. Le , Maurice-David Matisson, Jean-Marie Matisson, Jacqueline Matisson et Esther Fogiel portent plainte pour crimes contre l'humanité. Le , Dominique Laury, grand reporter d'Antenne 2, diffuse un reportage présenté au JT de midi par Patrick Poivre d'Arvor, où Michel Slitinsky présente et commente de nouveaux documents à charge contre Maurice Papon. Il est inculpé une première fois le pour crimes contre l'humanité, puis une deuxième fois le . En , Michel Slitinsky publie le premier livre sur le sujet, "L'affaire Papon", préfacé par Gilles Perrault. Maurice Papon tente de faire saisir et interdire ce livre et engage une première procédure contre l'auteur, le préfacier et l'éditeur. Mais il est débouté et seule la préface sera interdite pour les éditions suivantes. Les documents et analyses présentés par Slitinsky sont incontestables .. Michel Slitinsky et son fils déposent plainte à leur tour contre Maurice Papon. Arrière-plan politique. Michel Slitinsky, en revenant sur le déclenchement de l'affaire en 1998, soulignera l'arrière-plan politique entre les deux tours de l'élection présidentielle qui verra lancer ce scoop et accusera Nicolas Brimo d'avoir monté ce coup électoral de mèche avec François Mitterrand. Le titre de l'article était : « Quand un ministre de Giscard faisait déporter les Juifs ». Selon Éric Conan, la manœuvre politique aurait visé à faire basculer juives dans le camp socialiste. Procès de 1997 et suites. Maurice Papon est inculpé le de crimes contre l'humanité. En France, les crimes contre l'humanité sont imprescriptibles depuis 1964 en référence à la charte du Tribunal International de Nuremberg. Avant le procès de Maurice Papon, ceux de Paul Touvier et Klaus Barbie avaient été concernés par l'imprescriptibilité. Mais ce n'est que le que débute le procès, après 17 années de batailles juridiques. Il avait été renvoyé, le , devant la cour d'assises de la Gironde par la chambre d'accusation de la cour d'appel de Bordeaux. Parmi les plaignants, on compte de la famille de Juifs déportés et , qui se sont constituées parties civiles. Papon est accusé d'avoir fait déporter, entre et , près de de Bordeaux vers Drancy. Le renvoi devant les assises de la Gironde ne concerne que 72 victimes déportées entre 1942 et 1944 et parentes des plaignants. Maurice Papon est défendu par les avocats Jean-Marc Varaut et Francis Vuillemin. Bernard Vaugon lui apporte son soutien, ainsi que Michel Bergès. Dimension politique : le rôle de l'État de 1940 à 1944. Le procès Papon a été porteur de significations différentes pour les Français. Pour certains, il représentait une dernière chance de confrontation du peuple français avec son passé de collaborateur et du maintien des structures étatiques pendant cette période. Pour d'autres il symbolisait le ravivement inutile de blessures anciennes et de facteurs de divisions. Il est en fait porteur d'un enjeu politique, idéologique et historique plus profond qui porte sur la période de l'occupation en France. Une partie de la classe politique française admettait difficilement cet état de fait, et ce, au nom de la concorde républicaine d'après guerre instituée par le Général de Gaulle ayant voulu éviter une guerre civile et exclure la responsabilité de l'État dans les actes perpétrés par le régime de Vichy qui était considéré distinctement du régime de la République et vu comme un accident de l'histoire. C'est la raison de l'institution de l'ordonnance du 9 août 1944, rétablissant la République et marquant la nullité du régime de Vichy et dégageant la précédente de toute responsabilité des actes commis de juin 1940 à août 1944. Cette politique fut maintenue par l'ensemble des responsables politiques français et successeurs de Charles de Gaulle, Georges Pompidou puis Valéry Giscard d’Estaing. Dans les années 1990, le président de la République François Mitterrand avait manifesté à de nombreuses reprises son refus d'une remise en cause de cette dernière. En 1992, malgré la demande pressante d'une partie de l'opinion publique et l'action de comité comme le Comité Vel d'Hiv 42, il indiquait aux personnes souhaitant la reconnaissance par l'État Français des actes et crimes commis par le régime de Vichy : . En 1994, il avait déclaré à nouveau, le 16 juillet lors de la commémoration de la Rafle du Vélodrome d'Hiver de 1942 : . Apport des historiens. Néanmoins les travaux des historiens vont au fur et à mesure, remettre en cause la version officielle des autorités politiques françaises en cours depuis 1944 d'une France globalement résistante depuis 1940 et victorieuse en 1944. La vérité historique qui émerge, grâce notamment aux travaux de l'historien américain Robert Paxton et son ouvrage "La France de Vichy" 1940-1944 publié en 1973, est celle des autorités du régime de Vichy s'engageant activement à partir d'octobre 1940 dans une politique de collaboration avec les autorités allemandes à la suite de l'entrevue du 24 octobre 1940 à Montoire entre le maréchal Pétain et Adolf Hitler pour s'inscrire dans le nouvel ensemble géopolitique dirigée par l'Allemagne hitlérienne. L'action du régime de Vichy, qui apparaît dès lors clairement comme la continuité historique de l'histoire nationale française, se manifeste doublement : d'une part, sous la forme d'une collaboration économique et politique, le régime français encourageant les entreprises françaises à travailler pour le Reich Allemand et d'autre part, en instituant une réglementation volontairement discriminatoire, et ce, sans pression du régime hitlérien et à l'initiative seule du régime vichyste, à l'égard des personnes de confession juive étrangères et françaises et ce dès début octobre 1940 (le premier statut des juifs est signé le 3 octobre 1940). La responsabilité des autorités françaises en poste se fait alors à jour, non pas uniquement sous l'angle déresponsabilisant et défendu jusqu'à alors, d'une vision exclusivement vue sous la contrainte et d'un joug de l'occupant allemand, mais bien celui d'un rôle actif de ces dernières, l'encadrement juridique antisémite instauré par le régime de Vichy ayant rendu possible et facilite la déportation en France de de confession juive. La reconnaissance par le pouvoir politique, qui marque une évolution par rapport à la doctrine gaullienne défendue par les autorités françaises, de la responsabilité de l'État est définitivement admise et officialisée par le président Jacques Chirac élu en mai 1995, lors du discours de la rafle du Vélodrome d'Hiver 16 juillet 1995 : .   Dimension législative. Le principe d'une participation de l'État et de son administration établi, le procès Papon pose une autre question, déjà rencontrée au cours des différents procès tenus en Allemagne après la guerre, des décideurs et exécutants de la Solution Finale menée par le troisième Reich. Une des questions principales du procès était de déterminer dans quelle mesure un individu doit être tenu pour responsable lorsqu'il est un maillon dans une chaîne de responsabilités sachant que d'après l'article 6 C du statut du Tribunal de Nuremberg : et d'après l'article 8 : Déroulement du procès. Prévu pour une durée initiale de deux mois, le procès Papon va se dérouler sur six mois. Au procès, Maurice Papon répond à Arno Klarsfeld, qui l'interroge sur ses sentiments lors de l'inauguration du Mémorial du martyr juif inconnu à laquelle il a assisté : Les témoins de la défense sont Pierre Messmer, Olivier Guichard, Philippe Mestre, Raymond Barre, Jean Bozzi, Jacques Genton, Jean Caille, Michèle Aumont, Laï Kamara, Roger Chaix, Maurice Doublet, Bernard Bergerot, Bernard Vaugon et Jean-François Steiner. Le résistant Claude Bouchinet-Serreulles, interrogé au sujet de sa connaissance du sort des juifs déportés et sur la connaissance des lois antijuives à Londres, répond : . Maurice Druon, ancien résistant, est entendu et déclare : et ajoute , car selon lui une condamnation d'un Français par des Français opérerait un partage de responsabilité et une dilution de la culpabilité. Les historiens intervenant au procès sont Robert Paxton, Marc-Olivier Baruch (cités par l'accusation), René Rémond (cités par la défense), Jean-Pierre Azéma (cité par le parquet), ainsi que le journaliste d'histoire et auteur à succès Henri Amouroux. Le , en fin de journée, Arno Klarsfeld publie depuis son hôtel un communiqué révélant que le président de la Cour d'assises Jean-Louis Castagnède est apparenté avec des victimes du convoi du allant du camp de Mérignac à Drancy : son oncle paternel a épousé Esterina Benaïm, dont les deux sœurs ont fait partie du convoi et sont mortes à Auschwitz. Jean-Louis Castagnède déclare qu'il ignorait ce lien de parenté qui pourrait remettre en cause son impartialité et faire annuler tout le procès. Toutefois, la défense de Maurice Papon ne demande pas sa récusation car le lien de parenté est trop lointain, et ne formule pas auprès de la Cour de cassation de requête en suspicion légitime. Le procureur général Henri Desclaux requiert une peine de 20 ans de réclusion criminelle. La réclusion criminelle à perpétuité, réclamée par les parties civiles, était encourue. Certaines parties civiles réclament la peine maximale, ce qui fait l'objet de critiques : Pierre Mairat (avocat du MRAP) exprime son « désaccord » avec ses confrères, , et Arno Klarsfeld considère que la peine maximale ne serait pas équitable. Le , Maurice Papon est condamné à une peine de 10 ans de réclusion criminelle, d'interdiction des droits civiques, civils et de famille pour complicité de crimes contre l'humanité par la cour d'assises. Seules ont été retenues, pour quatre convois sur huit, des complicités d'arrestation et de séquestration. Maurice Papon est toutefois acquitté pour toutes les charges de « complicité d'assassinat » et de « tentatives de complicité d'assassinat », la cour d'assises ayant estimé qu'il n'était pas prouvé qu'il connaissait l'extermination des Juifs au moment des faits. Les avocats du condamné dénoncent une peine de « compromis ». Il a par ailleurs été condamné au versement de de francs de remboursement de frais d'avocats et de dommages et intérêts aux différentes parties civiles, ce qui permet à l'Association cultuelle israélite de Gironde d'intenter une procédure pour récupérer les bijoux de Madame Papon. Le procès qui était prévu pour durer deux mois aura finalement duré six mois. En janvier 2023, les archives du procès sont rendues accessibles avant le délai normal prévu par le code du patrimoine. Mis en liberté au début de son procès, Maurice Papon s'enfuit en Suisse, avec l'aide d'Hubert de Beaufort en à la veille de l'examen de son pourvoi en cassation. Ne s'étant pas mis en état (constitué prisonnier avant l'examen de son pourvoi), il est déchu de son pourvoi. Arrêté au bout de 48 heures dans un hôtel suisse et aussitôt expulsé du territoire en vertu de l'article 70 de la Constitution, Maurice Papon est finalement emprisonné à la prison de Fresnes, puis à celle de la Santé, dont il sort le , après trois années de détention, ses avocats ayant obtenu, après avoir essuyé en , et septembre 2001 trois refus de grâce médicale, ce dernier après que Serge Klarsfeld a fait savoir publiquement son opposition. Il est libéré sur la base d'une expertise médicale concluant à l'incompatibilité de son état de santé avec la détention, à la suite de la « loi Kouchner », nouvellement votée. Maurice Papon rejoint alors sa maison familiale de Gretz-Armainvilliers en Seine-et-Marne. Cette remise en liberté a été très critiquée. Le rapport médical décrivant Maurice Papon comme « impotent et grabataire » parut démenti spectaculairement quand il quitta, à pied, la prison de la Santé. La libération de Maurice Papon a été rendue possible par la loi « Kouchner » du , qui prévoit que les prisonniers peuvent être libérés s'ils souffrent d'une maladie incurable ou si leur incarcération met en danger leur santé. Il est le deuxième Français à bénéficier de cette loi, et 27 octogénaires français sont entrés en prison en 2001. Sa libération a été approuvée par l'ancien garde des Sceaux et ancien président du Conseil constitutionnel, Robert Badinter, qui déclare : . Elle avait été aussi demandée par des personnalités comme l'ancienne résistante Germaine Tillion, cofondatrice du Réseau du musée de l'Homme. Dans un arrêt du , le Conseil d'État, considérant que les faits pour lesquels Maurice Papon a été condamné résultent d'une faute personnelle et aussi d'une faute de service (de l'administration), considérant notamment que l'ordonnance du 9 août 1944 relative au rétablissement de la légalité républicaine sur le territoire continental n'impliquait pas l'irresponsabilité de l'État, a condamné l'État à payer la moitié des dommages que la Cour d'assises de la Gironde avait attribués aux parties civiles. Maurice Papon tarda à payer sa part des dommages restée à sa charge en espérant que la Cour européenne des droits de l'homme lui donnerait raison sur le fond. Il a dû vendre sa maison de famille de Gretz-Armainvilliers pour payer sa part, grevée de lourds intérêts. Le , sur requête de Maurice Papon, la Cour européenne des droits de l'homme, suivant sa jurisprudence antérieure, a jugé contraire aux principes du procès équitable l'obligation de se constituer prisonnier avant l'examen d'un pourvoi en cassation, qui faisait alors partie du code de procédure pénale. À la suite de cet arrêt, la commission de réexamen des condamnations pénales a ordonné le réexamen du pourvoi en cassation de Maurice Papon, pourvoi qui a été rejeté le par l'assemblée plénière de la Cour de cassation. Par un arrêt du , le Conseil d'État a annulé la suspension du versement de la pension de retraite de Papon. La suspension avait été décidée en application d'une disposition concernant la condamnation à une peine afflictive ou infamante alors que cette catégorie de peines ne figure plus dans le nouveau Code pénal. Par un arrêt du même jour, il s'est déclaré incompétent pour examiner la requête visant à obtenir le versement de sa pension d'ancien député, suspendue pour la même raison que sa pension d'ancien préfet. Maurice Papon a eu de nouveau affaire à la justice en 2004 et 2005, pour avoir arboré illégalement la Légion d'honneur sur une photographie publiée dans le journal "Le Point" alors que ses décorations lui avaient été retirées à la suite de sa condamnation. Il est condamné le à d'amende, et cette condamnation est confirmée en appel le . Mort. Après sa libération pour raison de santé le , Maurice Papon vend la maison familiale qu'il possède à Gretz-Armainvilliers et s'installe dans un petit pavillon moderne dans la même commune, au 44 de la rue Arthur-Papon (du nom de son père, maire de 1919 à 1937). Hospitalisé le à La Francilienne, clinique de Pontault-Combault en Seine-et-Marne, à la suite de problèmes cardiaques et pour une intervention sur son pacemaker, il y meurt le , à l'âge de 96 ans. Sa mort a suscité peu de réactions spontanées des milieux politiques et associatifs. Son avocat, Francis Vuillemin, a déclaré que son client serait enterré avec la Légion d'honneur, arguant qu'il souhaite respecter la volonté du défunt de porter pour l'éternité la décoration. Face à la controverse, il déclare : . Une grande majorité de la classe politique est opposée à la décoration de Papon. Finalement, le défunt est enterré avec sa Légion d'honneur, ce que confirme l'avocat en réitérant les déclarations précédentes après l'inhumation. Les autorités avaient décidé de ne pas intervenir à l'image de la déclaration de Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense : . Juridiquement, le fait de placer la Légion d'honneur sur un cadavre n'est pas condamnable : d'abord parce que seule une personne vivante peut commettre un délit de port illégal de décoration et ensuite parce que le port n'est pas public, puisque masqué par le cercueil. Le fait que le placement de la Légion d'honneur dans le cercueil ait été accepté ne contredit donc pas l'exclusion de l'ordre. Même si juridiquement, il est impossible d'interdire ce port, plusieurs représentants de la classe politique ont indiqué qu'ils voyaient là une provocation. L'enterrement a lieu le dans le cimetière de Gretz-Armainvilliers, dans le caveau familial aux côtés de ses parents et de son épouse, Paulette, née Asso, morte en mars 1998 deux jours avant la fin du procès. Maurice Papon n'ayant pas été baptisé, son convoi funéraire est allé directement du funérarium au cimetière. Après un éloge funèbre prononcé par son ami, Robert de La Rochefoucauld, le père Michel Lelong, un prêtre connu pour son dialogue avec l'islam, a prononcé une courte oraison et invité les croyants à réciter une prière. Une quarantaine de personnes, dont notamment Olivier de Sarnez, autant de journalistes et de policiers, ont assisté à cet enterrement, sous haute surveillance pour éviter tout incident. Maurice Papon et son épouse sont les parents de trois enfants : Aline, épouse de Daniel Vigne (parents de Patricia Vigne), Alain et Muriel, mariée à Alexis Tatischeff. Publications. Maurice Papon aimait faire part de ses idées sur de nombreux sujets que sa position l'amenait à étudier, comme le développement économique du Maroc, le secteur privé ou la circulation automobile dans Paris. À sa mort, Papon légua un manuscrit coécrit avec Michel Lelong, ses mémoires intitulés "La mort dans l'âme : Mémoires d'un reclus". Ils sont inédits à ce jour malgré une annonce de publication aux éditions Jean Picollec en 2011 Voir aussi. Archives. Les archives de Maurice Papon sont, pour partie, conservées aux Archives nationales où elles forment le fonds AJ 99 ; plusieurs documents ont été perdus à la suite de leur mauvaise conservation. La préfecture de police de Paris conserve, quant à elle, l'ensemble des documents produits par Maurice Papon entre 1958 et 1967. Par arrêté de la ministre de la Culture, les archives des procès concernant Maurice Papon sont librement communicables depuis mars 2022.
Maurice Barrès Maurice Barrès [], né le à Charmes (Vosges) et mort le à Neuilly-sur-Seine, est un écrivain et homme politique français, figure de proue du nationalisme français. Le premier axe de sa pensée est « le culte du Moi » : Barrès affirme que notre premier devoir est de défendre notre moi contre les « Barbares », c'est-à-dire contre tout ce qui risque de l'affaiblir dans l'épanouissement de sa propre sensibilité. Le second axe est résumé par l'expression « la terre et les morts » qu'approfondissent les trois volumes du "Roman de l'énergie nationale" : "Les Déracinés" (1897), "L'Appel au soldat" (1900) et "Leurs figures" (1902) qui témoignent de l'évolution de Maurice Barrès vers le nationalisme républicain et le traditionalisme, l'attachement aux racines, à la famille, à l'armée et à la terre natale. Il est l'un des écrivains les plus influents dans la France de la Belle Époque, et l'un des maîtres à penser de la droite nationaliste durant l'entre-deux-guerres. Biographie. Enfance et débuts (1862-1887). La famille paternelle de Maurice Barrès est originaire d'Auvergne (sud-ouest de Saint-Flour). À la fin du , une des branches de la famille s'installa plus au nord, à Blesle, dont Jean-Francis Barrès (arrière-grand-père de Maurice Barrès) fut maire et conseiller général. L'un de ses fils, Jean-Baptiste Auguste, après s'être engagé dans les vélites de la Garde impériale, prit sa retraite en 1835, à Charmes, dans le département des Vosges, où il s'était marié. De ce mariage avec une Lorraine, il eut un fils, Auguste (père de Maurice) qui lui-même épousa Luxer, dont le père fut maire de Charmes en 1870. Auguste Barrès, ancien élève de l'École centrale, fut un moment professeur, puis précepteur, avant d'arrêter tout travail. Maurice Barrès naît le . À l'âge de dix ans, il entre comme pensionnaire au collège de La Malgrange, près de Nancy. Il y passe quatre ans et y rencontre Stanislas de Guaita. Il gardera de cette première expérience de l'internat un souvenir douloureux. Ses camarades l'appellent « le corbeau » parce qu'il est « un petit garçon noir de cheveux, grave et isolé ». Il termine ses classes élémentaires et poursuit ses études à l'internat du lycée de Nancy. Il y reçoit un « enseignement qui l'éveille sans l'exciter », entre les cours de philosophie morale d’Auguste Burdeau et la lecture des lyriques modernes. De son professeur de philosophie, il laissera quelques années plus tard un portrait au vitriol dans son roman "Les Déracinés", en la personne de l'arriviste Bouteiller. En 1878, Stanislas de Guaita lui apporte en cachette les "Émaux et Camées", les "Fleurs du Mal" et "Salammbô". L'année suivante, il obtient d'être externe et partage sa chambre rue de la Ravinelle avec lui. « Toute la journée, et je pourrais dire toute la nuit, nous lisions à haute voix des poètes... En même temps que les chefs-d’œuvre, nous découvrions le tabac, le café et tout ce qui convient à la jeunesse... » Il effectue une année à la Faculté de Droit de Nancy et publie son premier article dans le "Journal de la Meurthe et des Vosges" pour soutenir la candidature de Paul de Saint-Victor à l'Académie française. En 1882, il écrit une étude littéraire dans la "Jeune France", un périodique mensuel. Ses manuscrits sont remarqués par Leconte de Lisle et Anatole France (dont il était encore l'ardent admirateur), qui souhaitent le faire venir à Paris. Il retourne à Charmes au mois de juillet, puis part pour Paris en , officieusement pour continuer ses études en droit. Il obtient sa licence en décembre 1883. Il continue d'écrire des articles pour la "Jeune France" mais ne trouve pas d'éditeur à son "Départ pour la vie". Devant le refus des éditeurs, il décide de se publier lui-même et fonde une revue : les "Taches d'encre". Il assume à lui seul la rédaction des quatre numéros. Dans le premier, il expose son credo esthétique et politique : Ces fascicules ne sont pas un succès mais il continue à donner des articles à "La Vie moderne", la "Revue illustrée", la "Revue des lettres et des arts", au "Paris illustré", dans les "Chroniques", etc. À Paris, Maurice Barrès fréquente les cénacles littéraires. Il rencontre Paul Bourget, Charles Maurras, Leconte de Lisle, les frères Goncourt. Sursitaire pour poursuivre ses études, il est ensuite exempté du service militaire. Comme toute la jeunesse de son temps, il est très influencé par la pensée d'Hippolyte Taine et celle d'Ernest Renan, qu'il n'hésite pourtant pas à brocarder dans deux courts récits de 1888, "Monsieur Taine en voyage" et "Huit jours chez Monsieur Renan". En , sa santé fragile l'amène en Italie où il écrit les pages principales de "Sous l’œil des Barbares". À son retour à Paris en avril il trouve un éditeur et publie son livre à la fin de l'année 1887. Confronté au silence de la presse et à la méconnaissance de l’œuvre, Barrès repart en Italie. Premiers romans (1888-1896). C'est Paul Bourget qui le premier, en 1888, dans un article au "Journal des Débats", attire l'attention sur l'auteur, encore inconnu, de "Sous l'œil des Barbares". Les trois volumes du "Culte du Moi" lui valent l'admiration de la jeunesse, ainsi Léon Blum se souvient-il dans un article de 1903 : Ainsi Jean Tharaud : En ces années où Émile Zola (et le naturalisme) est au sommet de sa gloire, Maurice Barrès, pour qui les écrits de Zola ne sont alors que « grossièretés retentissantes », est sacré « prince de la jeunesse ». Ainsi, Henri Massis rappelle « qu'en 1890, au Conseil supérieur de l'Instruction publique, le recteur Octave Gréard exprimait le regret que Barrès fût, avec Verlaine, l'auteur le plus lu par les rhétoriciens et les philosophes de Paris ». Le guide "Paris-Parisien", qui le considère en 1899 comme une « notoriété des lettres », relève son « culte du moi » tout en le considérant comme un « ironiste délicat et subtil », un « polémiste violent » et un « styliste hors ligne ». Dans "Le Culte du Moi", Maurice Barrès « affirme les droits de la personnalité contre tout ce qui se conjugue pour l'entraver », y revendiquant « le petit bagage d'émotions qui est tout mon moi. À certains jours, elles m'intéressent beaucoup plus que la nomenclature des empires qui s'effondrent. Je me suis morcelé en un grand nombre d'âmes. Aucune n'est une âme de défiance ; elles se donnent à tous les sentiments qui la traversent. Les unes vont à l'église, les autres au mauvais lieu. Je ne déteste pas que des parties de moi s'abaissent quelquefois. » Maurice Barrès, le futur apologiste de la terre et des morts, y fait alors également le vœu « d'habiter n'importe où dans le monde ». Culte du Moi. Dans "Sous l'œil des Barbares" (1888), premier roman de ce triptyque, Maurice Barrès s'attache à démontrer que notre moi n'est pas immuable, il faut constamment le défendre et le créer. Le culte du moi est d'abord une éthique qui réclame des efforts réguliers. Notre premier devoir est de défendre notre moi contre les Barbares, c'est-à-dire contre tout ce qui risque de l'affaiblir dans l'épanouissement de sa propre sensibilité. Dans le second roman, "Un Homme libre" (1889), Maurice Barrès fixe les trois principes de sa méthode : Cependant, cette méthode lui fait prendre conscience que le fait de s'analyser le fait remonter à son passé, dont il est le produit, et notamment à son origine géographique, la Lorraine. Dans le dernier volet du "Culte du Moi", "Le Jardin de Bérénice" (1891), Maurice Barrès, député boulangiste de Nancy depuis 1889, retrace une campagne électorale. Le récit se déroule en Provence, dans la région d’Aigues-Mortes, qu'il compare aux forêts du Nord : Premier mandat de député. Barrès est candidat député boulangiste de la troisième circonscription de Nancy le à 27 ans, après l'invitation de Paul Sordoillet du comité national boulangiste. Il se veut aussi socialiste, menant une campagne populiste définissant un « socialisme national », xénophobe et antisémite. Il est opposé à un polytechnicien, Colson, et au bâtonnier René Renard, conservateur. Il bat facilement ses opposants grâce au vote ouvrier et devient le plus jeune parlementaire de la législature. Il siège alors à l'extrême gauche. Il se bat en duel le contre un avocat de Nancy. Nouveau duel à l'épée le à Nancy, contre Goulette, directeur de "l'Est républicain" (boulangiste), à la suite d'un article polémique dans le "Courrier de l'Est", dont il sort légèrement blessé. Barrès se battra de nouveau en duel en 1894 contre Francis de Pressensé. Barrès épouse Paule Couche, catholique fervente, le , à Paris en l'église Saint-Séverin. De cette union naitra un fils unique : Philippe Barrès, né en 1896 à Neuilly-sur-Seine. En 1893 parait "L'Ennemi des Lois", dont le personnage principal passe trois mois à Sainte-Pélagie pour propagande anarchiste. Maurice Barrès revient sur la nécessité de trouver « l'énergie de conformer nos mœurs à nos façons de sentir », tâche d'autant plus difficile à réaliser que « notre malaise vient de ce que nous vivons dans un ordre social imposé par les morts, nullement choisi par nous-mêmes. » En 1894, dans "Du sang, de la volupté et de la mort", Maurice Barrès délivre des impressions de voyages, effectués en Espagne et en Italie autour de 1892. La mélancolie, le spleen élégant de ces récits de voyage marqueront la sensibilité de la fin de siècle. De 1893 à 1897, Maurice Barrès suit les cours de Jules Soury, à l'École pratique des hautes études, qui pour l'historien Zeev Sternhell, fut le véritable maître à penser de Barrès. Or, Jules Soury tenta de fonder le respect des traditions, la « défense de la race » et le « caractère sacré de la patrie » sur la « continuité substantielle des caractères héréditaires ». Écrivain engagé et antisémite (1897-1905). Barrès dirige la revue nationaliste "La Cocarde" de à et fait l'éloge funèbre du Marquis de Morès en 1896. En 1897, il publie "Les Déracinés", où l'on retrouve cette citation qui résume sans doute sa pensée sociale : « Que les pauvres aient le sentiment de leur impuissance, voilà une condition première de la paix sociale » (, t.I) . Il adhère ensuite à la Ligue de la patrie française en 1899 puis à la Ligue des patriotes de Paul Déroulède, et est un antidreyfusard antisémite. En 1896, il a accepté de faire partie d'une commission chargée de départager les candidats à un concours organisé par "La Libre Parole" d'Édouard Drumont « sur les moyens pratiques d'arriver à l'anéantissement de la puissance juive en France ». Alors que le jeune Léon Blum vient lui rendre visite en espérant le rallier au combat pour la réhabilitation de Dreyfus, il refuse et écrit un certain nombre d'articles antisémites, affirmant notamment dans "Ce que j'ai vu à Rennes" : « Que Dreyfus est capable de trahir, je le conclus de sa race. » Dans "Scènes et doctrines du nationalisme", il écrit qu'Émile Zola, qui a pris la défense de Dreyfus « n'est pas un Français », ce qui explique, selon lui, la prise de position de Zola en faveur de Dreyfus : . De la même manière, il affirmera que « même devant les preuves de son innocence, il ne lui apportera pas son soutien pour autant, il se contentera du silence ». En témoigne les relations affectueuses qu'il eut tout de même avec Léon Blum. Proche de Charles Maurras, son cadet mais qui exerce sur lui une réelle fascination, Barrès refuse pourtant d'adhérer aux idées monarchistes (pour lui, la France est un tout ; monarchie, révolution, Commune etc., alors que Maurras ne « reconnait » que la monarchie), tout en marquant, jusqu'à sa mort, sa sympathie pour l'aventure intellectuelle de l'Action française, bien qu'il n'aura jamais écrit dans celui-ci. En 1898, il se présente cependant avec le soutien d'un comité socialiste nationaliste à Nancy, où il échoue au second tour. De 1897 à 1902, Barrès publie le "Roman de l'énergie nationale". Cette trilogie témoigne de l'évolution de Maurice Barrès vers le nationalisme républicain et le traditionalisme, l'attachement aux racines, à la famille, à l'armée et à la terre natale. Dans "Les Déracinés" (1897), « le livre qui eut le plus de succès dans les premières années du » selon Pierre de Boisdeffre, un groupe de lycéens lorrains est incité par leur professeur de philosophie à poursuivre leurs études à Paris. Tous partent pour la capitale tenter l'aventure politique et la réussite sociale, où chacun suit son destin. Dans "L'Appel au soldat" (1900) et "Leurs figures" (1902), les anciens lycéens connaissent des parcours différents : si les uns se sont avilis en se vendant corps et âme, en pratiquant le chantage, l’un d’entre eux, devenu boulangiste, connaît le succès politique et affronte leur ancien professeur, devenu député de l’opposition. Vaincu à la fin de l’œuvre, compromis dans le scandale de Panama, le maître s’inclinera devant l’élève. Dans son célèbre discours du à la Ligue de la patrie française, intitulé "La Terre et les Morts", Maurice Barrès revient longuement sur la nécessité de « restituer à la France une unité morale, de créer ce qui nous manque depuis la révolution : une conscience nationale ». En 1902, dans "Scènes et doctrines du nationalisme", Barrès affirme et définit sa doctrine politique. Il plaide pour un fédéralisme, plus conforme à la tradition française. La nation est considérée comme une multiplicité de familles : « Familles d'individus, voilà les communes ; familles de communes, voilà la région ; familles de régions, voilà la nation ; une famille de nations, citoyens socialistes, voilà l'humanité fédérale où nous tendons en maintenant la patrie française et par l'impulsion de 1789. » Ainsi la « nationalité » a un sens aussi bien local (nationalité lorraine) que national (nationalité française) : « La nationalité française, selon nous, est faite des nationalités provinciales. Si l'une de celles-ci fait défaut, le caractère français perd un de ses éléments. » L'individualisme des débuts laisse la place à la théorie organique du lien social : « l'Individu n'est rien, la société est tout. » En 1903, dans "Amori et Dolori Sacrum", Barrès retrace son évolution personnelle dans son texte « Le en Lorraine ». Dans ce texte, véritable « point d'orgue » de sa pensée, il développe l'idée que notre « Moi » n'est que « l'éphémère produit de la société », et en vient, à nouveau, à la conclusion que « notre raison nous oblige à placer nos pas sur les pas de nos prédécesseurs » : Maurice Barrès est aussi le grand écrivain de la Revanche contre l'Allemagne victorieuse en 1871. C'est aux fins de « service national » qu'il rédige les trois volumes des "Bastions de l'Est" : "Au service de l'Allemagne" (1905), "Colette Baudoche" (1909) qui obtient un immense succès, puis, bien plus tard, "Le Génie du Rhin" (1921). Académicien et homme politique (1906-1921). Élections à l'Académie et à l'Assemblée nationale. Maurice Barrès est élu le à l'Académie française où il succède à José-Maria de Heredia et entre également à l'Académie de Stanislas comme membre associé. Il est élu la même année comme député de Paris (premier arrondissement, circonscription des Halles) le au premier tour de scrutin. Il siège alors au sein de l'Entente républicaine démocratique. Après avoir échoué aux élections de 1893 (Neuilly-Bourgogne), 1896 (Boulogne-Billancourt), 1898 (Nancy, troisième circonscription), 1903 (Paris, quatrième arrondissement), il ne cessera plus dès lors d'être député jusqu'à sa mort (élections générales des , , ). Ses principaux discours de 1906 portent sur l'affaire Dreyfus et sur la loi de séparation des Églises et de l'État. Le , il défend la peine de mort. Le , un vif duel oratoire l'oppose à Jean Jaurès au Parlement, Barrès refusant la panthéonisation d'Émile Zola défendue par Jaurès. Adversaire politique mais ami de Jaurès et des pacifistes à la veille de la Grande Guerre, Barrès vint un des premiers s'incliner, le , devant le corps de Jaurès, assassiné la veille par le nationaliste Raoul Villain. À partir de 1910, Barrès lance une fameuse campagne pour les églises menacées par les effets de la loi de séparation de 1905. Il polémique avec Aristide Briand, écrit une lettre ouverte au ministre de l'Intérieur, lance une pétition signée de 450 artistes, et prononce à la Chambre les trois discours retentissants qui seront recueillis dans "La Grande Pitié des églises de France" (1914). Romancier-voyageur. Parallèlement à son activité politique, Maurice Barrès publie plusieurs essais ("Les amitiés françaises", 1903 ; "Ce que j'ai vu au temps du Panama", 1906), des recueils d'articles ou de discours ("Chronique de la Grande Guerre", 1914-1920), ainsi que ses "Cahiers" (1896-1929). En 1907, il rachète le château de Mirabeau à l'écrivaine Gyp. En 1913, Barrès publie "La Colline inspirée" dont l'incipit, , est resté célèbre. Dans ce récit mystique, où il se tourne vers ces , il recommande un retour au christianisme pour des raisons sociales et politiques. Barrès voyage beaucoup, notamment en Espagne (1892, 1893, 1895 et 1902), et en Grèce d'avril à , un périple qu'il retrace dans son récit de voyage "Voyage à Sparte" (1906), voyage dont il revient un peu déçu : . Il remonte le Nil entre et . De ce voyage, on ne connaît que quelques notes dans ses "Cahiers". En 1911, dans "Greco ou Le secret de Tolède", où il décrit la ville de Tolède et la peinture du Greco, Barrès cherche à reproduire et donner . Barrès retourne en Orient en mai- : Alexandrie, Beyrouth, Damas, Alep, Antioche, etc. Son récit de voyage "Une Enquête aux pays du Levant" parait, un peu avant sa mort, en . Chantre des combats. Pendant la Grande Guerre, Barrès est un acteur important de la propagande de guerre qui lui valut d’être élu par "Le Canard enchaîné", chef « de la tribu des bourreurs de crâne ». L'écrivain se fait le champion du « jusqu'auboutisme » dans les articles qu'il écrit chaque jour pendant quatre ans à "L’Écho de Paris". Il exalte les combats en cours et se voit décerner par Romain Rolland le surnom de « rossignol des carnages ». Il inaugure une campagne de presse pour la création d'une décoration pour récompenser les soldats de la Grande Guerre, qui deviendra la Croix de guerre 1914-1918. Pendant la bataille de Verdun, il nomme « Voie Sacrée » la ligne de ravitaillement menant à Verdun, en référence à l'antique "Via Sacra" qui menait au triomphe : « C’est la route sacrée. Elle deviendra légendaire, elle continuera à parler à jamais à cette longue plaine meusienne qui vit passer tant d’invasions. » Le pacifisme était certes devenu une opinion très minoritaire, et la lutte contre l'Allemagne impériale pangermaniste, « la guerre du droit », avait emporté l'adhésion même d'une majorité des socialistes et des anarchistes. Ses carnets montrent cependant qu'il n'était pas dupe de l'optimisme de commande qu'il affichait dans ses propres articles : ils révèlent des poussées de pessimisme et un fréquent désabusement, parfois à la limite du défaitisme. Atténuant en partie l'expression de son antisémitisme, Maurice Barrès rend pendant la Grande Guerre un hommage aux Juifs français dans "Les diverses familles spirituelles de la France" (1917) où il les place au côté des traditionalistes, des protestants et des socialistes comme un des quatre éléments du génie national. Barrès rend notamment hommage aux Juifs tués pendant la Grande Guerre : Amédé Rothstein, Roger Cahen, Robert Hertz. Il immortalise la figure du rabbin Abraham Bloch, frappé à mort au moment où il tendait un crucifix à un soldat mourant. Avec un certain nombre de chefs nationalistes et militaires tel Ferdinand Foch, il plaida pour une nouvelle frontière plus sûre sur la rive gauche du Rhin. Barrès réclame à plusieurs reprises l'annexion et l'incorporation du grand-duché de Luxembourg comme département à la France. Le , la Chambre des députés adopta son projet visant à instituer une fête nationale de Jeanne d'Arc. Dernières années (1922-1923). On sait qu'il aima, de façon semble-t-il platonique, la poétesse Anna de Noailles, et que cet amour lui inspira peut-être "Un jardin sur l'Oronte" (1922), roman qui choqua nombre de ses lecteurs catholiques. En effet, le roman raconte l'histoire d'un croisé, refusant de prendre Jérusalem pour rester avec une princesse sarrasine dont il est tombé amoureux. Pierre de Boisdeffre remarque que « l'on ne comprendrait rien à l'œuvre de Barrès si l'on n'y soupçonnait pas le filigrane, les intermittences du cœur ». La « querelle de l'Oronte » démarre à partir d'un article de José Vincent, paru dans "La Croix" du . Rejoint par Vallery-Radot, Bernoville et Henri Massis, José Vincent s'inquiète de l'influence de ce roman sur le public et met en accusation Barrès du point de vue de la morale religieuse. Barrès répond dans "l’Écho de Paris" : Quelques mois avant sa mort Maurice Barrès publie "Souvenirs d'un officier de la grande armée", dans la préface duquel il a ce singulier pressentiment : « J'ai achevé ma matinée en allant au cimetière de Charmes causer avec mes parents. Les inscriptions de leurs tombes me rappellent que mon grand-père est mort à soixante-deux ans et tous les miens, en moyenne, à cet âge ; elles m'avertissent qu'il est temps que je règle mes affaires. » Maurice Barrès meurt le , à l'âge de 61 ans, dans sa maison de Neuilly-sur-Seine, foudroyé par une congestion pulmonaire. Après des funérailles nationales célébrées à Notre-Dame de Paris en présence d'Alexandre Millerand, de Raymond Poincaré et du maréchal Foch, il est enterré au cimetière de Charmes. Un temps, le Panthéon est envisagé pour y envoyer sa dépouille mais, dans une lettre écrite à son fils Philippe, Barrès écrivait avant sa mort : Postérité. Avec Paul Bourget, René Bazin et Henry Bordeaux, il est l'un des « 4B », auteurs dits de référence des milieux traditionalistes, auxquels on peut ajouter la plume de Marcel Prévost. La plupart des penseurs de la nouvelle école royaliste (Jacques Bainville, Henri Vaugeois, Léon Daudet, Henri Massis, Jacques Maritain, Georges Bernanos, Thierry Maulnier, etc.) reconnurent d'ailleurs leur dette vis-à-vis de Barrès, qui fut l'inspirateur de plusieurs générations d'écrivains (parmi lesquels Henry de Montherlant, André Malraux, François Mauriac, Louis Aragon). Pendant la Seconde Guerre mondiale, son fils, l'écrivain Philippe Barrès, mit sa plume au service de Charles de Gaulle et de la France libre. L'hommage que lui rendit le jeune Léon Blum dans "La revue blanche" est resté célèbre : L'écrivain Paul Léautaud a quant à lui noté dans son "Journal littéraire" : Plus il relit Barrès, plus le jugement de Léautaud s'affine : André Malraux célèbrera l'écrivain tout en rejetant l'homme politique : « Il était caporal en politique alors que dans le domaine de la littérature, il était général. » François Mauriac reconnaîtra en lui « un grand écrivain français et un grand Français. » Pierre Drieu la Rochelle rencontrera Barrès en 1923, peu avant sa mort. Il lui rendra hommage dans « Paul Adam » ("NRF", ) : « Barrès, Péguy, Maurras ont chanté la geste française du , l'aventure spirituelle d'un peuple à travers les champs de bataille du monde entier. » En 1925, deux ans après sa mort, Henry de Montherlant publie "Barrès s'éloigne", une étude sur Maurice Barrès. Marguerite Yourcenar, rejetant le « côté patriotique » et le caractère artificiel d'une partie de l’œuvre, estimait néanmoins que , et précisait : . Le philosophe Alain, son contemporain, engagé volontaire pendant la Première Guerre mondiale, s'amuse ainsi de sa lâcheté : Les voies suivants ont pris le nom de Maurice Barrès : Les voies à l'étranger : Le , à l'initiative de Gregorio Marañón, une rue Maurice-Barrès ("calle de Mauricio Barrès") est inaugurée à Tolède, près de la cathédrale Sainte-Marie, en mémoire des séjours de l'auteur dans la ville espagnole. René Bazin y tient un discours au nom de l'Académie française et Azorín au nom des écrivains espagnols. Le , une plaque commémorative est inaugurée dans la cour de l'hôtel "À la ville de Lyon", à Metz, où Barrès a séjourné pour écrire son roman "Colette Baudoche". Le , une plaque commémorative est inaugurée sur le façade de sa maison natale à Charmes, en présence du général de Castelnau. Le , une plaque commémorative est inaugurée sur la façade du 38 rue de la Ravinelle à Nancy où Barrès habita une modeste chambre lorsqu'il était étudiant, de à . Le est inauguré le monument Barrès sur la colline de Sion, en présence de Henry Bordeaux, du président du Conseil Raymond Poincaré, et du maréchal Lyautey. Sur les différentes faces sont gravées trois citations de Barrès : En 1978, le fonds Maurice Barrès est donné par Madame Paul Bazin à la Bibliothèque nationale de France. Il comprend la bibliothèque de Maurice Barrès (1862-1923) et de son fils Philippe (1896-1975) ainsi que des manuscrits. Il est le sujet régulier de colloques : "Maurice Barrès - Actes du Colloque de Nancy" en 1962, "Barrès. Une tradition dans la modernite" en 1991, "Maurice Barrès, la Lorraine, la France et l’étranger" en 2011. Pendant sa campagne présidentielle de 2007, le candidat de l'UMP Nicolas Sarkozy invoque à plusieurs reprises l'identité nationale et il rend hommage à Barrès à l'occasion d'un discours prononcé à Metz : Maurice Barrès est inscrit sur la liste des Commémorations nationales de 2023 établie par France Mémoire. Œuvres principales. Voir aussi d'autres œuvres sur "archive.org". Théâtre. "Une journée parlementaire" (comédie de mœurs en 3 actes), Paris, Charpentier et Fasquelle, 1894 Correspondance. "La République ou le Roi", Correspondance Barrès-Maurras, édition établie par Guy Dupré. – Paris : Plon, 1965 Autre. "Mes cahiers" (11 volumes). – Paris : Plon. L’Académie française lui décerne le prix Alfred-Née en 1904 Procès fictif de Maurice Barrès. Au printemps 1921, les dadaïstes organisent le procès, présidé par André Breton, de Maurice Barrès, accusé de « crime contre la sûreté de l'esprit » ; Georges Ribemont-Dessaignes est l'accusateur public, la défense est assurée par Aragon et Soupault, et, parmi les témoins se trouvent Tzara, Péret, Drieu la Rochelle, Jacques Rigaut. André Breton expose ainsi l'acte d'accusation : « Le problème est de savoir dans quelle mesure peut être tenu pour coupable un homme que la volonté de puissance porte à se faire le champion des idées conformistes les plus contraires à celles de sa jeunesse. Comment l'auteur d"'Un Homme Libre" a-t-il pu devenir le propagandiste de "l'Écho de Paris" ? » (André Breton, "Entretiens", éditions Le Point du Jour, Paris, 1952, p. 66). Cette manifestation, à l'issue de laquelle Barrès est condamné à vingt ans de travaux forcés, est à l'origine de la dislocation du mouvement dadaïste (1922), les fondateurs du mouvement (Tristan Tzara en tête) refusant toute forme de justice, même organisée par Dada.
Maréchal Pétain
Musique occidentale La musique occidentale est la musique, populaire ou savante, pratiquée dans les pays européens et américains, ou d'influence européenne, et/ou nord-américaine, et/ou sud-américaine, depuis Charlemagne (voire le en incluant le développement du plain-chant) à nos jours. Ses principales caractéristiques sont : Les diverses ramifications de la musique occidentale seront abordées par la chronologie de leur apparition. Moyen Âge. Les origines de la musique occidentale remontent à l'Antiquité : les échelles de la Grèce antique influenceront, directement ou indirectement, les musiciens et théoriciens médiévaux. Les gammes utilisées étant dominées par le mode, cette musique est qualifiée de musique modale. Hégémonie du plain-chant. À la chute de l'Empire romain, l'Église tente de réglementer la musique liturgique afin d'unifier et de fortifier le monde chrétien. C'est à cette occasion que naît le plain-chant - chant sacré collectif à une seule voix et sans accompagnement instrumental - appelé également chant grégorien, du nom du pape Grégoire, qui a initié ce mouvement à la fin du . La musique est alors dominée par la mise en place d'un nouvel ordre religieux : elle est tout à la fois musique sacrée et "musique savante", puisqu'à cette époque, ce sont les congrégations religieuses qui constituent les principaux "centres culturels et musicaux". Naissance de la notation et de la polyphonie. Au milieu du Moyen Âge, la musique savante médiévale connaît une double mutation : elle se dote d'un système de notation très précis — le futur solfège : c'est à cette époque que naît le concept de partition de musique — ainsi que d'une technique incluant les simultanéités délibérées : la polyphonie, avec son procédé de composition associé, appelé contrepoint. Ces deux phénomènes, polyphonie et solfège, qui coûtent à la musique savante occidentale la perte partielle de sa dimension d'improvisation, sont inextricablement liés. Musiques traditionnelles modales. Parallèlement à l'évolution de la musique savante, il existe des musiques traditionnelles, plutôt associées aux populations rurales, modales également, mais privées de tout système de notation. Ces musiques sont transmises oralement, et ont parfois aussi été écrites par des clercs ou par la suite des musicologues. Période moderne. La période moderne voit l'achèvement de l'évolution du solfège, l'appauvrissement des modes — seuls subsisteront le mode majeur et le mode mineur —, la multiplication des tonalités, le remplacement de la polyphonie par l'harmonie : la musique devient progressivement musique tonale. Au cours de la période moderne, on constate une opposition, qui ne cessera de croître, entre "public" « auditeur de musique », et musiciens « spécialistes de la musique », et chez ces derniers, entre les compositeurs et les "interprètes". Renaissance. La musique savante de la Renaissance échappe partiellement à la toute-puissance de la religion et devient aristocratique : on constate la naissance d'une opposition entre la musique sacrée (ou "musique spirituelle") et la musique profane. Les œuvres créées durant cette période le sont d'abord pour la voix, mais les parties peuvent aussi en être interprétées sur divers instruments ou regroupées pour être jouées sur un instrument seul — guitare, luth, virginal, etc. D'un point de vue organologique, une discrimination s'opère petit à petit entre, d'une part les instruments traditionnels — , cornemuse, vielle, chabrette, etc. —, d'autre part les instruments issus de la musique savante — épinette, harpe, orgue, théorbe, etc. Période baroque. La musique savante baroque — et première moitié du — connaît un foisonnement de formes musicales et les exécutions ainsi que, plus tard, les partitions, s'enrichissent de nombreux ornements. Par ailleurs, la production, jusque-là essentiellement centrée sur la voix, se subdivise en musique vocale et en musique instrumentale. La facture instrumentale connaît un important développement et une certaine normalisation. La question du tempérament préoccupe les théoriciens. Période classique. La musique savante de la période classique — au sens strict : fin — simplifie les échelles diatoniques en adoptant le système du tempérament égal. Celui-ci permet désormais de jouer, de moduler et de transposer dans toutes les tonalités du système. Au cours de cette période, la musique instrumentale se divisera en musique symphonique et musique de chambre. Les œuvres commencent à se maintenir au répertoire : la musique bénéficie désormais d'une tradition ininterrompue à travers des générations de musiciens, elle devient « classique » au sens littéral. Cette période durera approximativement de 1750 à 1800. Au , période du romantisme et de la naissance des écoles nationales, la musique savante — musique romantique et musique post-romantique — devient la marque de la classe bourgeoise. C'est à cette époque que les Occidentaux prennent l'habitude de définir les autres courants musicaux en fonction de la musique savante occidentale, cette dernière étant simplement considérée comme « "la musique" » : cet état d'esprit ethnocentrique s'atténuera au siècle suivant, sans toutefois disparaître totalement. Musiques traditionnelles tonales. Pendant la période moderne également, la musique traditionnelle continue d'évoluer, parfois en utilisant les apports techniques de la musique savante — système tonal, instruments, formes musicales, notation... —, d'autres fois en se démarquant plus nettement de celle-ci — maintien du système modal, transmission exclusivement orale de certains répertoires, techniques vocale ou instrumentale particulières... Les échanges entre musique savante et musique traditionnelle modale ont eu lieu en permanence, notamment grâce aux musiciens itinérants. Cette musique tend à disparaître avec la raréfaction des populations rurales ; cependant les collectages — recueils des musiques notées "in situ" — permettent d'en garder la trace, notamment grâce aux "folkloristes" du puis à la volonté d'organisations plus vastes ("Dastum" en Bretagne, par exemple). Depuis le. Au , la musique occidentale se met à exercer une influence de plus en plus prononcée sur la musique des autres cultures. Les diverses techniques d'enregistrement — disques, magnétophones, informatique... — viennent concurrencer la notation qui jadis était, avec la transmission orale, le seul moyen de conserver la mémoire musicale. C'est ainsi que, bénéficiant des formidables avancées technologiques dans le domaine de la reproduction et de la diffusion sonore de masse, la musique occidentale est devenue un objet marchand comme un autre. Malgré cela, elle demeure au carrefour des influences suivantes. Musique savante. La musique savante perd partiellement sa position dominante : elle n'est plus vraiment associée à une classe sociale spécifique, comme ce fut le cas précédemment, et se met désormais à la disposition de l'ensemble de la société — du moins, théoriquement. La musique tonale subsiste, mais doit cohabiter avec d'autres systèmes : on assiste à une redécouverte des gammes modales et, surtout, à la naissance de systèmes musicaux nouveaux, voire de théories contraignantes, dont la principale caractéristique est de se démarquer délibérément de l'harmonie tonale : musique contemporaine, musique sérielle, musique atonale, musique aléatoire, musique concrète, etc. Les procédés techniques de la musique savante — notation, harmonie, organologie, etc. — sont conservés et appliqués à d'autres types de musique, parfois même, aux types non occidentaux. Jazz. Au début du , au sein des populations noires des États-Unis, naît le jazz, d'une combinaison de chants religieux chrétiens — negro spirituals, puis gospel songs — de blues et de rythmes d'origine africaine. Ce genre musical, qui accorde une plus grande place à l'improvisation et au rythme exercera une très grande influence sur les courants musicaux contemporains du monde entier — les musiques dites « populaires », mais également, la musique savante. Musiques populaires. Le terme « musiques populaires » regroupe un très grand nombre de courants qui ne sont ni « classiques », ni « jazz », ni « traditionnels » : chanson, java, musique de variétés, pop, rap, reggae, rock, rock 'n' roll, metal, tango, salsa, soul, valse musette, etc. Certains sont apparus bien avant le jazz, mais les plus récents sont des métissages de genres et de cultures qui les ont précédés. Tous utilisent les apports de la musique classique — tonale ou modale —, et parfois ceux de diverses musiques non occidentales. Musiques traditionnelles. Les musiques traditionnelles — flamenco, celtique, etc. — coexistent et souvent précèdent les courants et les genres décrits plus haut. Elles se caractérisent par une acculturation à un terroir ou une civilisation identifiée, par une transmission essentiellement orale, par une tradition ancienne, et parfois par un rejet de l'élitisme associé à la musique savante. Du fait de leur simplicité "apparente", ces musiques semblent souvent faciles d'accès aux musiciens confirmés, bien qu'une étude poussée puisse révéler des structures complexes et une variété de genres semblable à celle que connaît la musique savante. Par le jeu des échanges, elles ont influencé des auteurs de musique classique — par exemple, Dvořák ou Moussorgski — et subissent en retour l'influence de la musique savante.
Métal (musique)
Mammifère Les Mammifères (Mammalia) sont une classe d'animaux vertébrés caractérisés par la présence de fourrures (excepté pour certains mammifères marins), d'une oreille moyenne comportant trois os, d'un néocortex et de glandes mammaires, dont les représentants femelles nourrissent leurs juvéniles à partir d'une sécrétion cutanéo-glandulaire spécialisée appelée lait (on dit alors qu'elles allaitent). Les mammifères comportent connues en 2018 qui, selon les classifications scientifiques, sont distribuées en , et en près de . En termes de cladistique, qui reflète l'histoire de l'évolution, les mammifères sont les uniques représentants actuels des synapsides, un groupe qui comprend notamment de célèbres représentants non-mammaliens comme "Dimetrodon". Avec les Sauropsides (« reptiles » et oiseaux), ils constituent le clade des Amniotes, au sein de la super-classe des Tétrapodes. Les synapsides se sont divisés en plusieurs groupes (traditionnellement et incorrectement appelés « reptiles mammaliens » ou par le terme pélycosaures, et maintenant connus sous le nom de « mammifères souches » ou « proto-mammifères »), avant de donner naissance aux Thérapsides, un groupe majeur issu des Sphénacodontes, durant le début du Permien moyen. Les plus vieux mammifères connus sont des fossiles du Jurassique inférieur et sont issus des cynodontes, un groupe avancé de thérapsides. Leur aire de répartition est planétaire, ils ont conquis une grande partie des niches écologiques de la macrofaune et demeurent un des taxons terrestres dominants depuis l'Éocène, après l'extinction Crétacé-Paléogène. Du point de vue de l'évolution et de l'écologie, les premiers mammifères étaient insectivores et avaient un mode de vie terrestre et généralement nocturne. Ce taxon s'est grandement diversifié au fil de son histoire évolutive, au point qu'un de ses principaux ordres (les chauves-souris) a acquis le vol battu. Un certain nombre de lignées ont évolué vers un mode de vie aquatique partiel (Phoques, Ours blanc, Castor, Hippopotame, Loutre, Campagnol amphibie, Ornithorynque…) ou total (Cétacés, Siréniens…), tout en conservant de leur ancêtre tétrapode la respiration pulmonaire. De même, l'écholocalisation est bien présente dans certains ordres (chiroptera, cétacés) alors qu'elle se fait rare dans le reste du règne animal. De nombreux mammifères sauvages, en dépit d'un statut d'espèce protégée, figurent sur la liste rouge de l'UICN (notamment les superprédateurs) — certains font l'objet de plans de restauration ou de réintroduction. De même, certaines races de certaines espèces élevées par l'homme jusqu'au (pour la traction animale, la viande, le lait, la laine ou comme animal de bât) ont disparu ou ont fortement régressé au profit de quelques races sélectionnées pour leur productivité. Quelques espèces sont devenues invasives, notamment après introduction délibérée ou accidentelle dans de nouveaux biotopes en relation avec les activités humaines, alors qu'aucun prédateur n'endigue la croissance de ces nouvelles colonies. Caractéristiques. Les mammifères forment une classe d'animaux vertébrés descendant des Thérapsides. Ils possèdent tous des glandes mammaires, lesquelles pourraient être issues des glandes sébacées ou des glandes sudoripares. Tous nourrissent leurs jeunes avec du lait produit via ces glandes par les femelles. Chez certaines espèces comme "Dyacopterus spadiceus" et "", la lactation peut se faire chez les mâles. Parmi les mammifères actuels, les monotrèmes sont les seuls à ne pas posséder de mamelles. Hormis l'allaitement, plusieurs autres aspects physiologiques et morphologiques permettent de distinguer les mammifères d'autres clades. Les modes de locomotion varient en fonction de la niche écologique occupée : vol battu chez les chiroptères et vol plané par homoplasie chez plusieurs lignées ("Petaurus", Dermoptera), quadrupédie chez la plupart des mammifères terrestres (qu'il s'agisse d'une quadrupédie de marche, de course, arboricole), bipédie occasionnelle ou constante chez une minorité de taxons (Homo, Pangolins terrestres, Pan, probablement certains des plus lourds "Sthenurus", les Macropodidés) Le mammifère terrestre le plus massif connu ayant jamais existé est "Paraceratherium transouralicum" (environ ), le plus petit est "Batodonoides vanhouteni" (). Aujourd'hui le plus massif est l'Éléphant de savane d'Afrique () et le plus léger le Pachyure étrusque (), le plus petit (par la taille) est la Kitti à nez de porc (). Concernant les mammifères aquatiques, la plus volumineuse espèce est la Baleine bleue ou rorqual bleu, avec certains spécimens de plus de de longueur et d'une masse supérieure à . En 2018, le groupe contient qui, selon les classifications scientifiques, sont distribuées en près de , et . Phanères. Les poils sont un trait plésiomorphe au sein des mammifères, peut-être même un héritage des Reptiles mammaliens ayant conduit aux Mammifères. C'est une formation dermique caractéristique, utile à la régulation thermique (ex. : fourrure) et dans certains cas à la mécanoception (vibrisses), voire à la sélection sexuelle (crinière). Chez certaines lignées, la fourrure a évolué pour laisser place à des piquants ou des écailles (ex. : Pangolin, Échidné), ou quasiment disparu comme chez les Cétacés. La quasi-totalité des espèces présentent aussi des griffes ou des sabots, sauf chez les espèces strictement aquatiques qui les ont perdus au cours de leur évolution. Physiologie. Les mammifères sont homéothermes à de très rares exceptions près (exemple : certains rats-taupes, les paresseux, Myotragus balearicus qui est une espèce caprine désormais éteinte). Pour maintenir une température corporelle constante (comprise dans une fourchette entre et (hors hibernation ou estivation) selon les espèces), les mammifères consomment beaucoup de dioxygène et d'énergie — ce qui est rendu possible par la présence d'un tissu pulmonaire alvéolé ainsi que d'un muscle propre aux mammifères séparant cavités abdominales et cavité thoracique, appelé diaphragme, qui amplifie les mouvements respiratoires effectués avec la respiration costale. Ces animaux sont aussi dotés d'un type de tissu entièrement destiné à la production de chaleur qu'on appelle graisse brune. Chez certaines espèces, la progéniture n'est pas apte à autoréguler sa température à la naissance, conférant un rôle parental supplémentaire de thermorégulation à la mère en plus de l'allaitement. Ces espèces ne sont cependant pas considérées comme poïkilothermes. Hibernation, hivernation, estivation. Certaines espèces sont capables de survivre à des variations environnementales en altérant leur taux métabolique le temps de passer la mauvaise période. Ces altérations prennent diverses appellations selon la saisonnalité et l'altération métabolique observée : Système circulatoire. Le cœur est constitué de deux demi-cœurs complets, chacun composé d'un ventricule et d'une oreillette ; d'où complète séparation circulatoire des sangs de différentes provenances (poumons, autres organes) et destinations (autres organes, poumons). À noter qu'une communication temporaire entre les deux oreillettes existe pendant la période embryofœtale. Cette communication se ferme peu après la naissance. Il existe des malformations cardiaques dues à un problème de fermeture de cette communication ; elles peuvent être mortelles à terme (ex. : cœur univentriculaire) ou quelquefois passer inaperçues durant la majeure partie de la vie de l'individu (ex. : foramen ovale perméable). Cerveau. Le cerveau est pourvu d'une couche supplémentaire de tissus nerveux appelé néocortex. Squelette. Étant des tétrapodes, les mammifères possèdent tous une ceinture scapulaire (dite aussi ceinture pectorale) et une ceinture pelvienne — que cette dernière soit développée (ex. : pattes des macropodidés) ou vestigiale (comme chez les cétacés ou les siréniens). Les membres antérieurs sont, comme chez les reptiles mammaliens, à autopode dirigé vers l’avant. Ancestralement, les pattes sont pentadactyles avec un carpe constitué d'une dizaine d'os évoluant différemment selon les mammifères. La colonne vertébrale est différenciée, il y a présence de côtes et d’un diaphragme — certaines caractéristiques physiologiques comme la ventilation pulmonaire à diaphragme expliquent potentiellement la disparition des côtes ventrales qu'on retrouve chez les non-mammifères (par exemple chez les pélycosauriens). La plupart des mammifères ont sept vertèbres cervicales, exception faite des lamantins, des paresseux didactyles qui en ont six et les paresseux tridactyles qui en ont neuf. Le crâne. Le crâne des mammifères est synapside. Il possède deux condyles occipitaux permettant l’articulation à l'os atlas, la première vertèbre cervicale. Le volume de la boîte crânienne est important, en comparaison avec les reptiles par exemple, pour loger un encéphale et surtout un cervelet plus important. La cavité buccale est partagée entre un étage olfactivo-respiratoire et un étage masticateur par une structure osseuse : le palais. Certains paléontologues proposent que cela permettrait la respiration et mastication simultanées. Plus probablement cette surface dure permet la manipulation des aliments et donc une meilleure mastication puisque beaucoup d'espèces non-mammifères possèdent un palais charnu qui leur permet déjà de manger et respirer en même temps. La mâchoire est puissante et richement innervée. Elle est constituée d'un seul os dentaire appelé mandibule, et s'articule avec l'os squamosal pour se mouvoir. L'oreille moyenne est également singulière, avec des particularités souvent utilisées par les paléontologues pour déterminer si un fossile est bien un mammifère. Elle comporte notamment la "chaine ossiculaire" (marteau, enclume, étrier), considérée par les paléontologues comme la « signature » des mammifères vrais parmi les mammaliformes. De fait, l'os carré a évolué pour devenir l'enclume et avec le marteau et l'étrier, compose l'oreille moyenne. Les dents. Les dents sont la partie la plus dure du squelette, c'est pourquoi de nombreux mammifères fossiles ne sont connus que par leurs dents, complétées parfois d'un fragment de mâchoire ou mieux encore leur crâne. Les dents sont typiques de chaque espèce et permettent notamment d'évaluer le régime alimentaire des espèces auxquelles elles appartenaient. Comme chez les thérapsides, le groupe à partir duquel il est admis qu'ils se soient différenciés, les mammifères ont une denture ayant la particularité d'être : Certains mammifères ont des dents à croissance continue (ex. : castor). Comportements. Ils apportent des soins aux jeunes qui ne peuvent vivre sans l'aide de leurs parents durant les premiers temps de leur existence. Certaines espèces sont sociales et on a découvert deux espèces eusociales (rat-taupe nu et rat-taupe de Damara). La plupart des mammifères communiquent par divers moyens tels que : Histoire évolutive. La lignée des mammifères est aussi ancienne que celle des Dinosaures et s'est tout autant diversifiée qu'eux jusqu'à l'extinction Crétacé-Paléogène (K-Pg), qui les a également pratiquement éradiqués il y a d'années (). Comme ceux des oiseaux, des ancêtres des Monotrèmes, des Marsupiaux et des Placentaires ont survécu et se sont à nouveau diversifiés, particulièrement les placentaires qui ont rapidement occupé de nombreuses niches écologiques laissées vacantes par l'extinction. Les mammifères sont issus des Mammaliaformes qui apparaissent il y a environ , au Trias, alors que les terres émergées sont rassemblées en un unique supercontinent, la Pangée. Leurs os de l'oreille moyenne sont clairement séparés de ceux de la mandibule, un trait hérité des Probainognathiens via les Cynodontes non encore mammaliaformes. Les plus anciens fossiles connus attribués à des mammifères datent du Jurassique, après donc l'extinction marquant la fin du Trias. Au Jurassique et au Crétacé, de , les mammifères se spécialisent en rongeurs, grimpeurs, fouisseurs, nageurs et planeurs mais restent tous de petite taille (au plus celle d'un Blaireau), au contraire des dinosaures qui ne le sont que rarement. Ils se caractérisent par un métabolisme à sang chaud, la présence de poils, des dents spécialisées (incisives, canines, incisives, prémolaires et molaires) et l'allaitement des petits. Les monotrèmes, les marsupiaux et les placentaires sont présents dès mais parmi de nombreux autres groupes (dont celui des multituberculés, le mieux représenté) qui disparaissent lors de l'extinction K-Pg. Sur l'ensemble du Mésozoïque, on n'avait recensé jusqu'à la fin du que 150 à 300 espèces de mammifères, regroupées dans 27 familles, dont une dizaine de familles de marsupiaux, et une dizaine de placentaires. Après la disparition des dinosaures lors de l'extinction Crétacé-Paléogène, les mammifères placentaires et marsupiaux ont connu une radiation évolutive majeure. Parmi les placentaires, les chiroptères ont développé leur propre voie évolutive en adoptant ailes et système d'écholocalisation. De nombreuses recherches, relancées par la génétique, permettent de comprendre comment s'est déroulée cette explosion radiative. Une des théories les plus intéressantes propose que plusieurs groupes se soient développés séparément sur des continents alors isolés. Les afrothériens, qui seraient issus du Gondwana, à l'époque où il était séparé de la Laurasie, regroupent les proboscidiens, les hyracoïdes, les siréniens, les tubulidentés, les macroscélides, ainsi que les rats-taupes, les Tenrecidae et potamogales. Certains ordres auraient subi une sévère compétition lors de la reconnexion de l'Afrique avec l'Asie. Les xénarthres viendraient d'Amérique du Sud. Les euarchontoglires (regroupant primates, dermoptères, scandentiens et glires) et les laurasiathériens (chiroptères, artiodactyles, périssodactyles...), se seraient développés en Laurasie. Selon une étude de Roi Maor de l'université de Tel Aviv publiée en 2017, les mammifères auraient tous été nocturnes à l'origine et n'ont commencé à avoir une activité diurne qu'après l'extinction des dinosaures il y a 66 millions d'années. Parmi les mammifères, les primates ont conquis le milieu arboricole. Taxonomie. Histoire de la taxonomie. Comme le nom l'indique ("mammifère" signifie « qui porte des mamelles », du latin "mamma" « mamelle »), les femelles de cette classe peuvent allaiter leur progéniture. Les glandes mammaires sont une évolution des glandes sudoripares qui donnent des champs mammaires chez les protothériens et de vraies mamelles chez les autres mammifères. Le choix de Linné de définir cette classe par la présence de glandes mammaires et non, par exemple, de poils, autre caractéristique de la classe, répond à la classification d’Aristote, qui avait repéré un ensemble de Vertébrés quadrupèdes, vivipares et porteurs de poils. Mais cette classification d’Aristote avait l’inconvénient d’exclure les Cétacés et les Chiroptères, qui étaient alors classés respectivement parmi les Poissons et les Oiseaux. La découverte des monotrèmes (par exemple l'ornithorynque) est postérieure (1798) à la définition de Linné (1758), mais elle a confirmé la pertinence de la classification opérée par le savant. Classification. Liste des sous-classes et ordres actuels. D'après ITIS et "Mammal Species of the World", dans son édition de 2005, révisée en 2007 : Le traditionnel ordre des Insectivores (Insectivora) est scindé en trois ordres : Afrosoricida (taupes dorées et tenrecidés), Erinaceomorpha (hérissons et gymnures) et Soricomorpha (musaraignes, taupes, etc.). Le traditionnel super-ordre des Ongulés (Ungulata) se subdivise en Artiodactyla, Perissodactyla, Cetacea, Proboscidea, Sirenia, Hyracoidea et Tubulidentata. Les ordres Artiodactyla et Cetacea sont en fait un seul et même ordre aussi appelé Cetartiodactyla. L'infra-classe des Marsupiaux (Marsupialia) inclut les sept ordres suivants : Didelphimorphia, Paucituberculata, Microbiotheria, Notoryctemorphia, Dasyuromorphia, Peramelemorphia, Diprotodontia, auxquels il faut ajouter deux ordres désormais éteints (Yalkaparidontia et Sparassodonta). Phylogénétique. Le tableau indique une division correspondant plus ou moins aux ordres. Comme dans toute phylogénie, celle-ci reflète le savoir courant. Dans les zones d'incertitudes, citons la position des taupes dorées (ou rats-taupes, chrysochloridés) et des tenrecs (tenrécidés) qui pourraient devoir être séparés des "Insectivora". Classique. La classification des mammifères est complexe. D'une manière simplifiée, on reconnaît trois grands groupes de mammifères, dont le regroupement correspond au type de possédé par leurs représentants : L'étude des mammifères. La discipline qui étudie les mammifères se nomme la mammalogie. Nombre d'espèces. Parmi les Mammifères, les Placentaires sont les plus nombreux avec plus de regroupées dans . Viennent en second les Marsupiaux qui comptent regroupées en seize familles, et seulement cinq espèces en deux familles pour les Monotrèmes. Ils sont présents sur l'ensemble de la Terre, dans tous les types de milieux terrestres. Chaque année, pour environ espèces animales découvertes, cinq à dix seulement sont des mammifères. Ce chiffre a considérablement augmenté, puisqu'on estime que durant la première décennie du , ce sont plus de espèces qui ont été décrites. Il faut voir là l'impact de l'outil génétique, qui permet de distinguer des espèces à l'apparence identique. Certains spécialistes pensent que sont encore inconnues, une partie d'entre elles étant menacées d'extinction. État de la biodiversité des mammifères, pressions, menaces, prospective. Il y a , les humains et les animaux domestiqués représentaient 0,1 % de la biomasse des mammifères sur Terre, c’est-à-dire du poids total estimé des mammifères ; ils en représentaient 90 % au début du . Selon deux publications de la fin des années 2010, ce taux atteint alors 96 %. À eux seuls, les mammifères d’élevage représentent 60 % de la biomasse des mammifères. Selon ces données, les humains et les animaux domestiqués représentent 18 % du total des vertébrés. La biomasse de l’espèce humaine est dix fois supérieure à celle de l’ensemble des mammifères sauvages ( espèces connues). Les bovins, ovins et porcins représentent une biomasse 14 fois plus importante que celle des mammifères sauvages ; les oiseaux d’élevage représentent une biomasse presque trois fois plus importante que les oiseaux sauvages. Hormis l'espèce humaine et quelques races de bétail ou d'animaux de compagnie, ou espèces commensales des humains (rat, souris) ou espèces introduites (rat musqué, ragondin), la plupart des mammifères semblent en situation de vulnérabilité ou en voie de régression (en nombre d'individus, de populations, et en diversité génétique), et sont en train de subir une importante perte de diversité génétique, à cause de la réduction et fragmentation de leurs populations et de leurs habitats comme c'est le cas de l'orang-outan en Indonésie, ou à cause du braconnage comme c'est le cas par exemple de l'éléphant d'Afrique. Certaines espèces subissent des épidémies (zoonoses qui les déciment) et les modifications climatiques en menacent d'autres (l'ours blanc en particulier). L'évaluation faite par l'UICN en 2008 révélait que, sur de mammifères, étaient en danger d'extinction, soit environ 25 %, dont 188 « en danger critique d'extinction » et près de 450 « en danger ». Mais la situation réelle pourrait être bien pire, car 836 espèces de mammifères étaient classées dans la catégorie « données insuffisantes ». Les espèces carnivores, ou piscivores dans le cas des mammifères marins, sont par leur situation haute de la chaîne alimentaire exposées aux effets encore mal évalués de cocktails de polluants dont perturbateurs hormonaux, toxiques, reprotoxiques, mutagènes, cancérogènes, aux captures accessoires de la pêche… Les stratégies de conservation sont aujourd'hui fondées sur l'étude des niveaux critiques de pression et sur une prolongation des tendances historiques en matière d'état, pression et réponse sur les mammifères. Les gestionnaires et responsables de la biodiversité (dont mammalienne) doivent rapidement comprendre ce qui change, où et quand, comment et pourquoi, ce qu'on peut encore faire, et quelles sont les options politiques possibles et leurs enjeux. Or, la pression sur les écosystèmes et sur les mammifères évolue de façon plus rapide et différemment de ce que l'humanité passée a connu. Les mesures de protection passent par la lutte contre le braconnage et le trafic d'animaux, ainsi que par la sensibilisation de la société civile sur les risques que de grandes multinationales font courir à de nombreuses espèces en encourageant la déforestation, responsable de la destruction des habitats naturels dans les forêts tropicales, comme c'est le cas du palmier à huile en Indonésie. Les outils et logiciels destinés à la prospective (ex. : GLOBIO + modèle IMAGE) appliqués à quatre scénarios prospectifs concluent que, sans efforts importants et sans réorientation des priorités, la situation des mammifères dans le monde va continuer à se dégrader. En effet, pour les quatre scénarios, les endroits où les mammifères devraient être le plus menacés en 2050 ou 2100 ne sont pas ceux où les politiques de protection sont aujourd'hui les plus actives, et . Les prospectivistes de la biodiversité invitent à établir de nouvelles priorités de conservation, sans abandonner celles qui sont en cours, en tenant mieux compte des futurs probables, tout en développant .
Mari (langue) Le mari, ou tchérémisse (en mari : мари́й йы́лме, "marij jylme" [maˈrij ˈjəlme] ; en , [mɐˈrʲijskʲɪj jɪˈzɨk]), est une langue appartenant à la famille des langues ouraliennes. Locuteurs. Le mari est parlé par plus de . Il s'agit de la langue officielle – avec le russe – de la République des Maris, une république de la Fédération de Russie. Le mari est également parlé dans les républiques voisines du Tatarstan et d'Oudmourtie, ainsi que dans l'oblast de Perm. D'après le recensement de 1989, le nombre de Maris était de . Parmi eux, 80 % (soit ) déclaraient le mari comme leur langue maternelle, contre 18,8 % qui en indiquaient une autre. La République des Maris – ou « Mari El » ("Мари́й Эл") – atteste quant à elle de quelque 11,6 % d'habitants ne considérant pas le mari comme leur première langue. Dialectes. La plupart des linguistes russes, tchérémisses, allemands et anglo-saxons distinguent les dialectes en deux macro-dialectes traditionnels pour plus de commodité : Tous ces dialectes sont traditionnellement transcrits en cyrillique depuis les années 1930, avec toutefois cinq lettres supplémentaires qui sont directement dérivées de l'alphabet russe : "ҥ", "ö", "ӱ", "ä", "ӹ" (les deux dernières ne concernent que le dialecte des montagnes). Certains Maris parlent aussi le tatar, une langue turco-mongole. Ce dernier, ainsi que le tchouvache et le russe, ont fortement influencé le mari, notamment celui des prairies. Le concept de macro-langue peut être illustré par la macro-langue marie, parlée en Russie. Elle est constituée de deux variétés, le "mari des plaines" (ou mari des prairies) et le mari des collines (ou mari des montagnes). À l'origine existait sans doute un continuum linguistique : les différentes tribus parlaient des langues proches, mais néanmoins distinctes. Lorsque ces tribus se sont unifiées, le dialecte de la tribu dominante s'est petit à petit imposé. Dans le cas des Maris, cependant, deux groupes distincts se sont formés, les Maris des montagnes et les Maris des prairies. Au fil du temps, la langue de chaque groupe s'est consolidée et différenciée de l'autre variété, à tel point que la création d'un standard unique s'est avéré impossible. À la suite des efforts de standardisation et de codification, deux standards ont été créés pour chaque variété du mari. Pour Zoja Zorina, « la naissance des langues maries n’est pas le résultat d’une codification : c’est au contraire parce qu’il existait deux langues différentes que la standardisation a été possible et nécessaire ». Aujourd'hui, les deux langues maries sont des langues écrites et codifiées, aux règles de prononciation et de grammaire bien établies (à l'inverse de dialectes qui eux n'ont pas forcément de forme standard et sont souvent cantonnés à la sphère orale). De plus, des traductions sont effectuées entre le mari des prairies et le mari des montagnes et les habitants sont conscients de l'existence de deux langues différentes. Cependant, la République des Maris a adopté en 1995 une Loi sur les langues dont l'article 1 stipule : « Les langues d’État de la république du Mari El sont le mari (des collines et des plaines) et le russe… ». Autrement dit, cette loi présente les deux langues mari comme une seule langue. Pour Zoja Zorina, la loi a créé « une langue abstraite (la « langue marie ») qui n’existe pas. ». L'un des buts de la loi était de renforcer l'unité entre les Maris (selon l'idée qu'un peuple doit parler une seule et même langue), mais cela n'a fait qu'augmenter la confusion autour des deux langues maries. Finalement, la macro-langue marie est née pour des motifs politiques bien plus que linguistiques. Phonologie. Trois alphabets ont été utilisés pour transcrire la langue : Grammaire. Le mari comporte neuf cas de base dans sa variante des plaines et jusqu'à douze dans les autres dialectes : nominatif, génitif, accusatif, datif, inessif, illatif, latif, comparatif, comitatif. De même qu'en finnois ou en hongrois, les rapports de possession s'expriment au moyen de suffixes possessifs, le déterminant se trouvant généralement au génitif. Ainsi, par exemple, les phrases « la fille du pêcheur » ou « l'enfant des parents » se traduiront littéralement de la sorte : « du-pêcheur sa-fille » ("колызын ÿдыржö"/"kolyzyn üdyržö") ; « des-parents leur-enfant » ("ача-аван йочашт"/"ača-avan jočašt").
Mod (sous-culture) Mod (apocope de "") est une sous-culture née à Londres à la fin des années 1950, et qui connut son apogée au Royaume-Uni au milieu de la décennie suivante. Naissance. Au Royaume-Uni, à la fin des années 1950, apparaissent les premiers "mods" (abréviation de "modernists" pour qualifier à l’origine les amateurs de modern jazz, par opposition aux "trads"). Les "mods", qui sont généralement de jeunes actifs urbains disposant d'un certain pouvoir d'achat, se caractérisent dès leur genèse par un mode de vie festif et hédoniste, le souci de leur apparence vestimentaire et leur goût pour la musique et la danse. Les "mods" se déplacent notamment sur des Vespa GS 160, Lambretta TV et SX 200 fortement accessoirisés (recouverts de phares, de rétroviseurs appelés "stadiums" et de diverses pièces chromées). L'usage de drogues à finalité récréative est fréquent, amphétamines surtout. Sans être omniprésente, la violence n’est pas rare. Elle sert à affirmer des logiques de territorialité, la suprématie d’un groupe ou la défense contre des ennemis potentiels, en particulier les "rockers". Les confrontations directes entre groupes de "mods" existent aussi, mais les conflits, conjointement à une volonté d’atteindre l’excellence, se règlent symboliquement sur la piste de danse ou par l'exhibition de tenues vestimentaires qui en imposent. L’objectif est d’être identifié par ses pairs comme un "face", meneur charismatique reconnu pour son excellence qui, de par ses propositions vestimentaires, musicales, etc. lance des modes et influe donc directement sur les aspects visibles de la scène. Les "mods" se retrouvent le soir en semaine et chaque week-end dans des rallyes de scooters ou dans des fêtes organisées dans des clubs ou des pubs. Brighton figure en bonne place parmi les destinations favorites et fut le théâtre de nombreuses rixes avec les "rockers", immortalisées dans le film "Quadrophenia". Culture. Apparence. Les "mods " apportent une attention particulière à leur coupe de cheveux. La célèbre "French line", coupe aux cheveux « courts - mi longs » avec une raie très marquée sur le côté, est suivie plus tard par le "back comb", et les cheveux longs, puis très courts voire quasiment rasés. Les "mods" sont le plus souvent vêtus de chemises (Ben Sherman au col boutonné, ou sur mesure), de polos (Fred Perry notamment), de costumes ("Bespoke") deux pièces, avec des vestes à trois boutons, des revers fins, et une double fente postérieure, des pantalons à coupe « cigarette », si possible taillés sur mesure, "hipsters" (taille basse) ou "flat fronted", "cavalier cut" ou "straight bottom" ou encore Levi's 501 mais aussi "sta-pressed" (qui pouvaient être enfilés – la première fois – par leur propriétaire dans leur bain afin d’être portés près du corps). Leurs chaussures sont, dans l'idéal, des importations de créateurs italiens, mais plus fréquemment des modèles britanniques de grande série tels que les "Desert Boots" ("Clarks"), "Bowling shoes", "Hush Puppies", "Brogues", "Loafers", "Doc Martens"… ; "Parkas US M 51 Fishtail" (ou M 65) de l’armée américaine, à queue de pie, portés lors des déplacements à scooter (et exclusivement pour les plus "hype" d’entre eux), protégeant ainsi leur costume des intempéries. On peut remarquer que le style est un signe distinctif qui se compose de vêtements précis issus de plusieurs cultures : américaine avec le jazz et la "soul", française avec les films de la Nouvelle Vague, italienne pour les créateurs et la fameuse "dolce vita" mais aussi anglaise avec une attirance toute particulière pour l’esthétique de l’Angleterre victorienne (les cols à jabot des Kinks notamment). Les vêtements sont la parfaite illustration de l’éclectisme "mod" qui vise à créer une symbiose de goûts divers qui se retrouvent dans la musique ("ska", "soul", "freakbeat", "northern soul", "british beat"), et une très nette influence européenne s’agissant des vêtements et du mode de vie. Le look est primordial et fort en signification puisqu’il illustre magistralement cette culture qui influencera fortement la mode masculine des années 1960. Danse. Plus qu’une activité purement récréative, la danse est un des piliers fondateurs de ce mouvement. Les "mods" la pratiquent fréquemment, ils sont souvent d’excellents danseurs et inventent régulièrement de nouveaux pas ou reprennent et adaptent des chorégraphies des chanteurs ou danseurs de "soul" noirs américains. La danse reste d’expression libre chez les "mods", elle est parfois le fruit de rivalités et de concurrence acharnées. Elle est souvent pratiquée en solo aussi bien pour les garçons que pour les filles. Plusieurs émissions télévisées telles que "Ready, Steady, Go" (chaque vendredi soir sur la BBC) ou des « clips » de groupes tels que les Who (vidéo de "I Can't Explain" par exemple) proposent aux meilleurs d’entre eux de présenter ces nouveaux pas de danse, et mettent en scène leurs chorégraphies effrénées, voire fougueuses, expression de l’énergie du mouvement et plus généralement du buzz des "mid-sixties". Si on parle de danse, il est alors important de souligner l’importance des clubs, salles de concerts et "ballrooms" où se réunissaient, et se réunissent toujours, les "mods" à Londres comme partout ailleurs. Les clubs les plus connus à Londres sont évidemment le "Scene", le "Flamingo" (deux clubs qui furent l’essence de la culture "mod" d’avant 1965) ou le "Marquee" (connu pour ses concerts notamment des Small Faces mais aussi de groupes hors de ce mouvement tels que les Rolling Stones). D’autres clubs et surtout ceux situés au nord de l’Angleterre sont à distinguer, tel le "Twisted Wheel Club" à Manchester (par ailleurs, ces clubs sont aussi connus pour avoir donné naissance à un style musical à la fin des "sixties" : la "Northern Soul"). En France, il est impossible d’affirmer que des clubs ou discothèques aient organisé des soirées exclusivement "mods" dans les années 1960. Musique. Outre une passion dévorante pour le style vestimentaire si particulier et recherché (inspiré, entre autres, par la mode européenne contemporaine - France, Italie…), les "mods" trouvent leur quintessence dans leurs goûts musicaux prononcés mais très éclectiques. Collectionneurs avides de vinyles de blues, de "soul" et de R’n'B, qu’ils distillent dans des clubs ou des "ballrooms", ils ne négligent pas pour autant la musique "live". Leurs groupes cultes sont The Who, The Small Faces, The Kinks, The Creation, The Action, The Artwoods, Hipster Image, Georgie Fame and the Blue Flames, The Birds, The Eyes, Les Fleur de Lys, etc. Ils aiment la "Southern soul" et la "Northern soul", en référence aux labels Tamla Motown et Stax, le jazz, le R’n'B, le British Beat et la musique jamaïcaine ("Jamaican Jazz", Ska, Reggae, Rocksteady). De nombreux "mods" attachaient une importance prépondérante à la musique noire et écoutaient, à l’aube de ce mouvement, relativement peu d’artistes blancs. De même, certains groupes "mods" ou apparentés reprenaient quasiment exclusivement le répertoire d’artistes afro-américains. Évolution. Dès 1966, le mouvement perd de son ampleur surtout dans le sud de l’Angleterre, et les jeunes Britanniques rejoignent en masse le psychédélisme et deviennent des "hippies" fortement influencés par les acides, le "Flower Power" et le "Summer of Love" qui sonnent le glas du modernisme comme mouvement de masse. Les "mods" n’ont que très peu d’impact en France, contrée qui passe directement de la copie de rock US années 1950 et du yéyé au rock progressif, passant quasiment complètement à côté du "British R’n'B", de la "Blue Eyed Soul" et de leur richesse musicale. Seules quelques petites bandes ou groupes de "mods" firent leur apparition en France de 1965 à 1967, à Paris et en banlieue, ainsi que sur la côte d’Azur. La « contre-réaction » au mouvement "hippie" se concrétise par une radicalisation des "(hard) mods" qui, au contact (musical et vestimentaire, entre autres) des "rude boys" jamaïcains, évolueront pour devenir des "skinheads", plus orientés vers la musique jamaïcaine et la "soul", toujours très liés au scooterisme et qui adoptent un style vestimentaire très recherché même s’il est moins varié dans son étendue. Si vers 1967-68, les "mods" tendent à s’estomper comme mouvement de masse anglais pour quasiment disparaître, ils continuent à être présents dans le nord de l’Angleterre avec des micro-scènes locales, faibles en nombre mais très dévouées. Le mouvement se recentre dans le courant des années 1970 sur la "Northern soul" (notamment avec la célèbre discothèque mod le "Twisted Wheel" de Manchester qui deviendra un des phares de scène "Northern soul") et le scooterisme avec la création de "scooter clubs". "Revival". En 1978 et 1979, le mouvement moderniste connaît un "revival" qui se répand dans toute l’Angleterre et dans une moindre mesure aux États-Unis et en Europe. Le contexte est notamment le film culte "Quadrophenia" et une scène musicale qui explose avec des groupes tels que The Jam, Secret Affair, Merton Parkas, Lambrettas, Small Hours, The Directions ou The Killermeters, la sortie des scooters Vespa "PX125" et "200E" qui cohabiteront avec des "50 Special" suraccessoirisés et l’importation de Lambretta fabriquées en Inde pour le "GP 200" ("API", et "SIL" à Lucknow) ou en Espagne à Eibar, pour le "Jet 200 Serveta". Le "Jet Club" phare de la scène de 1980 se situa par la suite rue des Archives dans le . Plus tard, et faisant suite aux "Crystal Dancers" (issus du "Jet Club"), au "Bell Boys Club", aux "Speedy Arrows", le "Vespa Club", ce furent les "mods" de Gambetta (dans le ) à Paris, et ce pendant une dizaine d’années avec des "Mod Societies" (M.S) et des "scooters clubs" (A.M.S.C. - « All Mod ») divers tels que les "Templiers", les "City Gents", les "Royal Dandies", le "Paname S.C, "qui animèrent principalement la scène hexagonale, sans oublier les Playboys de Nice qui furent dès la fin des années soixante-dix les premiers à reproduire le son "mid-sixties" du "British Beat" et du "Garage" américain, tout en composant leurs propres créations en français ("French Beat"). Certains « irréductibles indépendants » et non moins présents sur cette scène "revival", se distinguèrent nettement de ceux qui étaient attirés uniquement par le scooterisme (et qui devinrent pour certains les premiers "scooterboys"). Ils préféreraient la dénomination de "Dandy et Modernistes", et ce dès 1978, puis furent appelés par la suite "stylists" (pour se démarquer des "mods" « commerciaux » ou "plastics"). Quelques-uns d’entre eux organisent très régulièrement des "60’s parties" dans des clubs ou des bars à Paris. La scène scooteriste issue de ce "revival" existe toujours (qui évoluera dès le début des années 1980 vers le scooterisme avec les "Scooterboys", fans de "runs", d’engins "customisés" et "tunés", et amateurs de "Northern soul"), et les "mods", bien que discrets mais fortement organisés, sont toujours présents au Royaume-Uni et même partout dans le monde. Actuellement la scène "mod" est très active dans presque tous les pays européens (avec des fortunes et des effectifs divers). Les rallyes scooteristes sur les plages anglaises des stations balnéaires sont aujourd’hui remplacés par des week-ends dans les principales villes européennes. Ainsi en 2007 des week-ends sont organisés à Leeds, Aix-La-Chapelle, Venise, Madrid, Anvers, Londres, Manchester, Barcelone, Glasgow. L’influence. De l’acid jazz au Britpop, d’Oasis à Blur, la culture "mod" influence encore particulièrement la culture musicale britannique. En 2006, le groupe gallois Lostprophets a sorti le single "Can’t Catch Tomorrow" dont le clip se réfère aux mods et à leurs rassemblements. Il est également remarquable qu’aujourd’hui plus que jamais ce mouvement exerce une influence importante tant sur le plan musical (re-revival années 1960 - années 1980 rock rapide et musclé aux belles mélodies joué par de très jeunes rockers en costume) que vestimentaire (costume « cigarette » trois boutons, Clarks, parkas américaines « queue de pie », coupe de cheveux « The Byrds pour les plus jeunes) sur la consommation de masse.
Modem Le modem (acronyme, pour "modulateur-démodulateur") est un périphérique informatique tombé en désuétude, qui relie un ordinateur à un réseau analogique, comme le réseau téléphonique classique. Il convertit les données numériques de l’ordinateur en signal modulé, dit « analogique », transmissible par un réseau analogique et réciproquement. Technologie. Un modem est un dispositif électronique, disponible en boîtier indépendant ou en carte à insérer dans un ordinateur, qui permet de faire circuler (réception et envoi) des données numériques sur un canal analogique. Il effectue la modulation : codage des données numériques, synthèse d’un signal "analogique" qui est en général une fréquence porteuse modulée. L’opération de démodulation effectue l’opération inverse et permet au récepteur d’obtenir l’information numérique. On parle de modem pour désigner les appareils destinés à faire communiquer des machines numériques entre elles ( ordinateurs, systèmes embarqués), à accéder à Internet, à envoyer ou recevoir des télécopies, à faire de la téléphonie numérique, et ce à travers un réseau analogique (réseau téléphonique commuté, réseau électrique, réseaux radios…). En automatisme industriel, on parle aussi beaucoup de modems pour les « machines » : machines d'emballage, chaudières collectives, stations d'épuration... Dans ce cas précis, on vient, via Internet, modifier à distance le programme des automates de gestion de ces « machines ». Ceci se fait par le biais de modem-routeurs souvent associés à un logiciel assurant une liaison sécurisée (VPN). Depuis la fin des années 1990, de nombreuses normes de télécommunications sont apparues et, donc autant de nouveaux types de modems : RNIS (ou ISDN), ADSL, GSM, GPRS, Wi-Fi, Wimax… Histoire. Les modems ont été utilisés pour la première fois dans le système américain de défense aérien SAGE à la fin des années 1950. Le but était de connecter des terminaux situés sur des bases aériennes, des sites de radars et les centres de commande et de contrôle aux centraux SAGE éparpillés aux États-Unis et au Canada. SAGE utilisait un système de lignes dédiées mais les équipements à leur extrémités étaient similaires aux modems modernes. IBM était le principal fournisseur de SAGE pour les ordinateurs et les modems. Quelques années plus tard, American Airlines et IBM donnèrent naissance à un réseau civil inspiré de SAGE qui offrait un système automatique de billetterie, pour lequel les terminaux placés dans les agences vendant les billets, étaient reliés à un ordinateur central chargé de gérer les disponibilités et le calendrier. Le système, connu sous le nom de « Sabre », est un parent éloigné du système moderne Sabre. Durant des années, le développement de nouvelles technologies de communication a permis une large multiplication des modems de manière indirecte. La France fut, durant près d’une décennie, le pays disposant du nombre de modems par habitant le plus élevé, à cause de la forte diffusion de terminaux Minitel qui intégraient un modem dans chacun d'eux. Le fax a lui aussi joué un rôle dans cette évolution. Modem pour l'accès à Internet par ligne commutée. Caractéristiques. La principale caractéristique d’un modem, c’est sa vitesse de transmission. Celle-ci est exprimée en bits par seconde (bit/s, b/s ou bps) ou en kilobits par seconde (kbit/s, kb/s ou kbps) (ne pas confondre bps [bits par seconde] et Bps [ par seconde, c’est-à-dire octets par seconde]). Quand il se connecte, le modem fait un bruit reconnaissable. Les modèles successifs de modem ont proposé des débits croissants : 150, puis 300, puis 600, puis ; puis 4,8 ou 9,6 ou 14,4 ou 28,8 ou 33,6 ou . La norme est devenue un standard ; à ce débit, on arrive près des limites théoriques de débit d’information pour une ligne téléphonique utilisant une seule fréquence porteuse. Pour des débits plus élevés, des systèmes utilisant des porteuses multiples ont été mis au point, tels l’ADSL qui nécessitent l’utilisation de modems spécifiques. Types de modulation. Différents types de modulation sont utilisés dans les modems : Structure. Un modem comporte les blocs suivants : Ces circuits seraient suffisants pour transmettre des informations en mode manuel ; toutes les opérations telles que décrochage de la ligne, composition du numéro… sont alors effectuées par l’utilisateur. Afin de permettre un fonctionnement automatisé, où toutes les tâches sont effectuées sous le contrôle d’un logiciel de communication, les modems comportent généralement quelques circuits auxiliaires : Signaux de contrôle. Les différents signaux échangés entre un ordinateur (DTE, ) et un modem (DCE, ) sont précisés dans la norme RS.232/V.24 : Le connecteur prévu initialement était un connecteur série RS-232 25 broches, le DB-25. Toutefois, comme de nombreuses broches étaient inutilisées, la tendance actuelle est d’utiliser des connecteurs avec moins de broches, tels le DB-9 qui compte 9 broches. Procédure typique d’émission. À titre d’exemple, montrons comment ces différents signaux peuvent être utilisés : Modem nul. Pour transmettre des informations entre deux ordinateurs se trouvant dans la même pièce, il suffit de déconnecter les deux modems et de placer entre les deux ordinateurs un boîtier muni de deux connecteurs DB-25 ou DB-9 ; ce boîtier, dont la fonction est de remplacer les deux modems est appelé modem nul (). À l’intérieur du boîtier, les broches des deux connecteurs sont reliées de la façon suivante : Différents standards. L’UIT-T (Union Internationale des Télécommunications - standardisation des Télécommunications ; cet organisme était appelé jusqu’en 1992 CCITT, Comité Consultatif International Téléphonique et Télégraphique) a émis un certain nombre d’avis concernant le fonctionnement des modems. Ces avis spécifient les conditions de fonctionnement des appareils : vitesses de transmission autorisées, types de modulation, systèmes de compression et/ou de détection d’erreurs éventuelles ; ils constituent en réalité des normes qui sont respectées par de nombreux constructeurs. Ci-après quelques normes importantes : Plus la vitesse de transmission est élevée, plus petit est l’écart entre les différents états de la ligne. Le taux d’erreurs a donc tendance à augmenter, particulièrement lorsque la ligne de transmission est perturbée. Ceci a amené la mise au point de normes pour détecter et corriger les erreurs, telles que les normes V.42 et MNP 1 à MNP 4 (ces dernières normes ont été mises au point par la firme Microcom). Par ailleurs, comme, avec la norme V.90, on arrive près de la vitesse de transfert théorique maximum d’une ligne téléphonique standard, on a mis au point des techniques permettant d’augmenter le débit en procédant, avant l’envoi, à une compression des données : Commandes AT. La firme Hayes, fabricant de modems, a développé un protocole pour la commande d’un modem externe à partir d’un ordinateur. Le protocole définit diverses commandes permettant par exemple :
Madness (« folie » en anglais) est un groupe de musique britannique créé en 1976. Originaire de Camden Town à Londres, il a fait connaître le ska au grand public au tout début des années 1980, avec d'autres groupes comme The Specials, The Selecter, Bad Manners ou The Beat. Madness est à l'origine du "nutty sound", sorte de marque de fabrique sonore du groupe. Biographie. En 1976, Mike « Barso » Barson , Chris « Chrissy Boy » Foreman, Lee « Kix » Thompson et Chas Smash (de son vrai nom Cathal Smyth), forment un groupe de ska appelé The Invaders. En , après l'arrivée de Graham « Suggs » McPherson, Mark Bedford et Dan Woodgate, ils prennent le nom de Madness, en hommage à une chanson de 1961 de Prince Buster, "Madness (Is Gladness)". Leur premier single, "The Prince", publié sur le label 2 Tone, est un autre hommage à Prince Buster. Madness quitte ce label pour Stiff Records et enregistre une autre reprise de Prince Buster, un titre situé en face B du 45 tours "Al Capone" de l'artiste jamaïcain et intitulé "One Step Beyond...". En , paraît le premier album de Madness, "One Step Beyond...". Madness, contrairement aux autres groupes 2 tone comme The Selecter, The Beat ou The Specials, est composé exclusivement de musiciens blancs. Leur discours étant par ailleurs moins politisé, c'est probablement pour ces raisons que des membres du Front national britannique jetèrent leur dévolu sur Madness. L'affaire, abondamment relayée par la presse, sera à l'origine du titre "Don't Quote Me on That", sur l'EP "Work, Rest and Play". Fin 1983, Mike Barson, qui regrette que le groupe s’oriente vers quelque chose de plus pop, quitte le groupe et part vivre à Amsterdam. C'est le début d'une période en demi-teinte pour le groupe, qui finit par se séparer en après la sortie de "Mad Not Mad". L'album très pop, loin des sonorités enjouées des débuts, est au contraire assez nostalgique. Les critiques britanniques titrent « "Mad not bad" ». Il est vrai que l'on note beaucoup de maturité dans cet album, tant au niveau des textes que de la musique. Le magazine "NME" a classé "Mad Not Mad" dans sa liste des « NME Writers All Time 100 Albums ». En 1988, le groupe se reforme brièvement sous le nom The Madness, avec Chris Foreman, Lee Thompson, Chas Smash et Suggs, auxquels viennent s'ajouter Jerry Dammers (ex Specials, claviers), Simon Phillips (batterie), Bruce Thomas (guitare basse) et Steve Nieve (claviers) (ces deux derniers formant, avec le batteur Pete Thomas, The Attractions, le groupe d'Elvis Costello). The Madness enregistre deux singles ("I Pronounce You" et "What's That?") ainsi qu'un album intitulé "The Madness". À la suite de cela chacun continue son chemin sans le groupe : Mark Bedford travaille en qualité de designer graphique, Chas Smash travaille pour Go!record, Woody devient le batteur du groupe Voice of the Beehive. Lee Thompson et Chris Foreman forment les Nutty Boys et sortent un album intitulé "Crunch!", qui deviendra le nom du groupe plus tard. Suggs tente une carrière solo avec un premier album en 1995, "The Lone Ranger", composé avec l'aide de Mike Barson. En 1992, à l'occasion de la sortie de la compilation "Divine Madness", le groupe se retrouve pour des concerts au Finsbury Park, puis en 1994, 1996 et 1998, ainsi qu'à Londres et dans d'autres villes britanniques. En 1999, le groupe complet (avec le retour de Mike Barson) sort un nouvel album, "Wonderful". Dans la veine pop des derniers disques du groupe, cet opus marque aussi le retour du ska avec une chanson "The Communicator" écrite par Smith. On retrouve également sur ce disque Ian Dury (auteur de "Sex & Drugs & Rock n’Roll", mort entretemps) qui chante avec eux sur la chanson "Drip Fed Fred". En 2004, le groupe se renomme The Dangermen, se produisant sur de petites scènes londoniennes pour des reprises aux influences ska. En , le groupe lance sa page sur Myspace ainsi que sa nouvelle composition "Sorry", dont le single se classe dans le top 25 britannique. En même temps, c'est le retour confirmé de Chris Foreman qui avait pourtant quitté le groupe sur cette phrase « "the petty time-consuming bollocks going on in the band" ». Après la sortie de l'album "Dangermen Sessions" en 2005 et le retour de Chris Foreman, le groupe travaille sur son nouvel album "The Liberty of Norton Folgate". Cet album-concept a pour thème Londres. Entre 2006 et 2008, 23 morceaux ont été enregistrés pour ce disque. Un premier single, "NW5" s'est classé début 2008 dans le top 25 des charts britanniques. Produit aux Toe Rag Studios par Clive Langer et Liam Watson, "The Liberty of Norton Folgate" sort en . Le vendredi , le groupe joue à Rock en Seine , remplaçant, avec un second concert, le groupe Oasis, initialement programmé, mais qui venait juste de se séparer. Le , le groupe participe au Jubilé de la Reine en interprétant "Our House" et "It Must Be Love". Le , le groupe participe à la cérémonie de clôture des Jeux olympiques de Londres en interprétant "Our House". Le même jour, un nouveau titre, "Death of a Rude Boy", est disponible en téléchargement via leur site. Le groupe est à l'affiche du Countdown Concert 2014 à Dublin. En 2022, Madness entame durant l'été une série d'une trentaine de concert dans les festivals européens, pour le Summer Tour 2022. Il passe notamment en France au Festival Cabaret Vert le 19 août 2022.
Marciac Marciac ("Marciac" en gascon) est une commune française située dans le département du Gers, en région Occitanie. Sur le plan historique et culturel, la commune est dans le pays d'Astarac, un territoire du sud gersois très vallonné, au sol argileux, qui longe le plateau de Lannemezan. Exposée à un climat océanique altéré, elle est drainée par l'Arros, le Bouès, le Laüs, le ruisseau de Larté et par divers autres petits cours d'eau. La commune possède un patrimoine naturel remarquable composé d'une zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique. Marciac est une commune rurale qui compte en . Ses habitants sont appelés les Marciacais ou Marciacaises. Le patrimoine architectural de la commune comprend trois immeubles protégés au titre des monuments historiques : l'église de l'Assomption, classée en 1910, le couvent des Augustins, classé partiellement en 1910 puis inscrit partiellement en 1928, et l'église des Augustins, inscrite en 1949. Géographie. Localisation. Marciac est une commune de Gascogne située en Rivière-Basse. La commune se trouve au sud du département du Gers en limite des Hautes-Pyrénées. Géologie et relief. Marciac se situe en zone de sismicité 2 (sismicité faible). Hydrographie. La commune est dans le bassin de l'Adour, au sein du bassin hydrographique Adour-Garonne. Elle est drainée par l'Arros, le Bouès, le Laüs, le Larté, un bras de l'Arros, le ruisseau des Alems et par divers petits cours d'eau, qui constituent un réseau hydrographique de de longueur totale. L'Arros, d'une longueur totale de , prend sa source dans la commune d'Esparros et s'écoule vers le nord. Il traverse la commune et se jette dans l'Adour à Izotges, après avoir traversé . Le Bouès, d'une longueur totale de , prend sa source dans la commune de Burg et s'écoule vers le nord. Il traverse la commune et se jette dans l'Arros à Beaumarchés, après avoir traversé . Le Laüs, d'une longueur totale de , prend sa source dans la commune de Laguian-Mazous et s'écoule du sud-est vers le nord-ouest. Il traverse la commune et se jette dans le Bouès à Juillac, après avoir traversé . Le ruisseau de Larté, d'une longueur totale de , prend sa source dans la commune de Sauveterre et s'écoule vers le nord-ouest. Il traverse la commune et se jette dans l'Arros à Plaisance, après avoir traversé . Climat. Le climat qui caractérise la commune est qualifié, en 2010, de « climat océanique altéré », selon la typologie des climats de la France qui compte alors huit grands types de climats en métropole. En 2020, la commune ressort du même type de climat dans la classification établie par Météo-France, qui ne compte désormais, en première approche, que cinq grands types de climats en métropole. Il s’agit d’une zone de transition entre le climat océanique et les climats de montagne et semi-continental. Les écarts de température entre hiver et été augmentent avec l'éloignement de la mer. La pluviométrie est plus faible qu'en bord de mer, sauf aux abords des reliefs. Les paramètres climatiques qui ont permis d’établir la typologie de 2010 comportent six variables pour les températures et huit pour les précipitations, dont les valeurs correspondent à la normale 1971-2000. Les sept principales variables caractérisant la commune sont présentées dans l'encadré ci-après. Avec le changement climatique, ces variables ont évolué. Une étude réalisée en 2014 par la Direction générale de l'Énergie et du Climat complétée par des études régionales prévoit en effet que la température moyenne devrait croître et la pluviométrie moyenne baisser, avec toutefois de fortes variations régionales. Ces changements peuvent être constatés sur la station météorologique de Météo-France la plus proche, « Maubourguet », sur la commune de Maubourguet, mise en service en 1886 et qui se trouve à à vol d'oiseau, où la température moyenne annuelle est de et la hauteur de précipitations de pour la période 1981-2010. Sur la station météorologique historique la plus proche, « Auch », sur la commune d'Auch, mise en service en 1985 et à , la température moyenne annuelle évolue de pour 1981-2010 à pour 1991-2020. Milieux naturels et biodiversité. L’inventaire des zones naturelles d'intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) a pour objectif de réaliser une couverture des zones les plus intéressantes sur le plan écologique, essentiellement dans la perspective d’améliorer la connaissance du patrimoine naturel national et de fournir aux différents décideurs un outil d’aide à la prise en compte de l’environnement dans l’aménagement du territoire. Une ZNIEFF de est recensée sur la commune : le « cours de l'Arros » (), couvrant dont 20 dans le Gers et 21 dans les Hautes-Pyrénées. Urbanisme. Typologie. Marciac est une commune rurale, car elle fait partie des communes peu ou très peu denses, au sens de la grille communale de densité de l'Insee. La commune est en outre hors attraction des villes. Occupation des sols. L'occupation des sols de la commune, telle qu'elle ressort de la base de données européenne d’occupation biophysique des sols Corine Land Cover (CLC), est marquée par l'importance des territoires agricoles (82 % en 2018), néanmoins en diminution par rapport à 1990 (84,5 %). La répartition détaillée en 2018 est la suivante : terres arables (52,7 %), zones agricoles hétérogènes (20,3 %), forêts (9,4 %), prairies (9 %), zones urbanisées (5,9 %), eaux continentales (1,4 %), milieux à végétation arbustive et/ou herbacée (1,2 %). L'IGN met par ailleurs à disposition un outil en ligne permettant de comparer l’évolution dans le temps de l’occupation des sols de la commune (ou de territoires à des échelles différentes). Plusieurs époques sont accessibles sous forme de cartes ou photos aériennes : la carte de Cassini (), la carte d'état-major (1820-1866) et la période actuelle (1950 à aujourd'hui). Risques majeurs. Le territoire de la commune de Marciac est vulnérable à différents aléas naturels : météorologiques (tempête, orage, neige, grand froid, canicule ou sécheresse), inondations et séisme (sismicité faible). Un site publié par le BRGM permet d'évaluer simplement et rapidement les risques d'un bien localisé soit par son adresse soit par le numéro de sa parcelle. Certaines parties du territoire communal sont susceptibles d’être affectées par le risque d’inondation par débordement de cours d'eau, notamment l'Arros, le Bouès, le Laüs et le ruisseau de Larté. La cartographie des zones inondables en ex-Midi-Pyrénées réalisée dans le cadre du Contrat de plan État-région, visant à informer les citoyens et les décideurs sur le risque d’inondation, est accessible sur le site de la DREAL Occitanie. La commune a été reconnue en état de catastrophe naturelle au titre des dommages causés par les inondations et coulées de boue survenues en 1990, 1993, 1999, 2000, 2009 et 2018. Le retrait-gonflement des sols argileux est susceptible d'engendrer des dommages importants aux bâtiments en cas d’alternance de périodes de sécheresse et de pluie. La totalité de la commune est en aléa moyen ou fort (94,5 % au niveau départemental et 48,5 % au niveau national). Sur les dénombrés sur la commune en 2019, sont en en aléa moyen ou fort, soit 100 %, à comparer aux 93 % au niveau départemental et 54 % au niveau national. Une cartographie de l'exposition du territoire national au retrait gonflement des sols argileux est disponible sur le site du BRGM. Par ailleurs, afin de mieux appréhender le risque d’affaissement de terrain, l'inventaire national des cavités souterraines permet de localiser celles situées sur la commune. Concernant les mouvements de terrains, la commune a été reconnue en état de catastrophe naturelle au titre des dommages causés par la sécheresse en 1989, 1996, 2002, 2012 et 2017 et par des mouvements de terrain en 1999. Toponymie. Le nom Marciac dérive - par glissement orthographique - du nom de famille de son fondateur, le sénéchal de Toulouse et d'Albi Guichard de Marzé. Histoire. Marciac est une bastide royale, fondée tout à la fin du (1298) à la suite d'un paréage entre Étienne de Lupé, abbé de la Case-Dieu, Arnaud-Guilhem III, comte de Pardiac et le sénéchal de Toulouse, Guichard de Marzé, qui construisit la bastide, lui donna ses coutumes et lui laissa son nom. Les coutumes furent confirmées en 1300 par le roi de France Philippe IV "le Bel". La ville originelle était entourée d'une enceinte percée de huit portes, comportant des tourelles tout et autour de laquelle était creusé un large fossé. De larges privilèges firent le succès rapide de cette bastide. La ville nouvelle détourna à son profit le chemin de Saint-Jacques qui passait jusque-là à Saint-Justin et se dirigeait sur Maubourguet. Quatre hôpitaux peuplèrent la ville, ainsi que les ordres religieux des Augustins, des Dominicains et l'ordre du Saint-Esprit. C'est une bastide à deux axes de modèle gascon (église en retrait par rapport à la place centrale). Elle est organisée autour d'une place centrale à arcades, qui est la plus grande place du Gers (133 x ) et dont la vocation d'origine, militaire, permettait de loger au besoin un millier de soldats (Marciac fut édifiée dans la zone-limite des influences françaises et anglaise). La bastide est divisée en parcelles (îlots), avec des rues parallèles et perpendiculaires les unes aux autres. La forme de la cité, parfaitement symétrique, s'inscrit dans un rectangle ovalisé de 598 x . Le projet de restitution architecturale du Marciac du (projet "Marciac Intra Muros"), lancé par l’association MIM, l'INRAP, l'ENSA et la mairie de Marciac, va permettre aux visiteurs de la bastide d'être immergés dans sa "gloire architecturale", dont les de son ex-rempart représentaient une pièce maîtresse. En 1569, le sieur de Sérignac, lieutenant du chef protestant Montgomery, mit la bastide à rançon et causa quelques dégâts à ses églises. L'église Notre-Dame de Marciac possède le plus haut clocher du département du Gers (). Politique et administration. Tendances politiques et résultats. Depuis 1965, la commune a élu des maires de tendance socialiste, et par ailleurs depuis 1958, des conseillers généraux placés à la gauche de l'échiquier politique, à l'instar de nombre de communes et de cantons du Gers. Le conseil municipal est composé de quinze élus, compte tenu du nombre de ses habitants. Population et société. Enseignement. Le collège de Marciac propose une option jazz depuis l'année scolaire 1992-1993, ce qui lui a permis de doubler le nombre d'élèves. Un internat a même été créé dans un des bâtiments de la commune, qui abritait autrefois une « université ouvrière », sorte d'école des métiers manuels. Manifestations culturelles et festivités. Marciac est notamment connue pour son festival de jazz de renommée internationale : Jazz in Marciac ( édition en 2019), qui a lieu la première quinzaine du mois d'août. Les principaux concerts se déroulent sous un chapiteau de ou plus selon la configuration, installé sur le terrain de sports de la commune. Un festival "Off" se tient sur la place centrale, par ailleurs ponctué de nombreuses animations et expositions à travers tout le village ; le festival a rassemblé plus de en 2014 (chiffres officiels de l'organisation), un record de fréquentation - et une sorte d'exploit - en regard des dimensions de Marciac et de la faible taille de sa population. Économie. Revenus. En 2018 (données Insee publiées en ), la commune compte fiscaux, regroupant . La médiane du revenu disponible par unité de consommation est de ( dans le département). Emploi. En 2018, la population âgée de s'élève à , parmi lesquelles on compte 72,5 % d'actifs (62,4 % ayant un emploi et 10,1 % de chômeurs) et 27,5 % d'inactifs. En 2018, le taux de chômage communal (au sens du recensement) des est supérieur à celui du département et de la France, alors qu'en 2008 la situation était inverse. La commune est hors attraction des villes. Elle compte en 2018, contre 655 en 2013 et 630 en 2008. Le nombre d'actifs ayant un emploi résidant dans la commune est de 421, soit un indicateur de concentration d'emploi de 170,3 % et un taux d'activité parmi les 15 ans ou plus de 43,4 %. Sur ces 421 actifs de 15 ans ou plus ayant un emploi, 241 travaillent dans la commune, soit 57 % des habitants. Pour se rendre au travail, 74,5 % des habitants utilisent un véhicule personnel ou de fonction à quatre roues, 1,2 % les transports en commun, 15,4 % s'y rendent en deux-roues, à vélo ou à pied et 9 % n'ont pas besoin de transport (travail au domicile). Activités hors agriculture. Secteurs d'activités. 189 établissements sont implantés à Marciac au . Le tableau ci-dessous en détaille le nombre par secteur d'activité et compare les ratios avec ceux du département. Le secteur du commerce de gros et de détail, des transports, de l'hébergement et de la restauration est prépondérant sur la commune puisqu'il représente 33,9 % du nombre total d'établissements de la commune (64 sur les 189 entreprises implantées à Marciac), contre 27,7 % au niveau départemental. Entreprises et commerces. Les cinq entreprises ayant leur siège social sur le territoire communal qui génèrent le plus de chiffre d'affaires en 2020 sont : L'économie de Marciac est aujourd'hui largement axée sur son festival de jazz et les réalisations culturelles et touristiques qui lui sont notamment liées. L'agriculture, le commerce, les services et l'artisanat sont bien représentés dans la commune, ainsi que l'administration, de par le statut de chef-lieu de canton de Marciac. Une entreprise, qui travaille dans le domaine du recyclage des tissus usagés, a vu le jour en 2012 et a pris partiellement "Le Relais" de l'industrie du meuble, autrefois florissante à Marciac. Agriculture. La commune est dans la Rivière Basse, une petite région agricole occupant une partie ouest du département du Gers. En 2020, l'orientation technico-économique de l'agriculture sur la commune est l'exploitation de grandes cultures (hors céréales et oléoprotéagineuses). Le nombre d'exploitations agricoles en activité et ayant leur siège dans la commune est passé de 32 lors du recensement agricole de 1988 à 17 en 2000 puis à 12 en 2010 et enfin à 14 en 2020, soit une baisse de 56 % en 32 ans. Le même mouvement est observé à l'échelle du département qui a perdu pendant cette période 51 % de ses exploitations. La surface agricole utilisée sur la commune a également diminué, passant de en 1988 à en 2020. Parallèlement la surface agricole utilisée moyenne par exploitation a augmenté, passant de 38 à . Culture locale et patrimoine. Lieux et monuments. Le conseil régional d'Occitanie a reconnu Marciac comme étant l'un des 40 Grands Sites d'Occitanie pour son patrimoine, son intense activité culturelle ainsi que pour sa capacité d'accueil touristique. Le festival international de jazz Jazz in Marciac, qui se déroule la première quinzaine d'août depuis 1978, accueille en effet plus de chaque année (chiffres officiels du festival). Le festival Paysages In Marciac a lieu fin juillet - début août et concerne l'agroécologie, les sols vivants, les couverts et l’agroforesterie. Place centrale. Le centre de gravité de la ville est une longue place rectangulaire à couverts (arcades) où se trouvait une halle démolie en 1871. Des maisons à cornières aux énormes piliers de bois la bordent. La mairie, fière de ses trois étages, et la remarquable maison Guichard, siège de l'office de tourisme, la jouxtent. À côté de la mairie se trouve l'ancienne maison des abbés de l'abbaye de la Case-Dieu avec sa façade en pierre et ses fenêtres à meneaux Édifices religieux. Église Notre-Dame-de-l'Assomption de Marciac L'église Notre-Dame-de-l'Assomption est un édifice gothique du au clocher-porche carré. Sa très imposante flèche subit la fortuite concurrence de celle de l'ancienne chapelle du couvent des Augustins. Ses trois nefs et son chœur pentagonal abritent des sculptures du mais de tradition encore romane. L'église est classée au titre objet des monuments historiques depuis 1910. Ancien couvent des Augustins De l'ancien couvent des Augustins ne restent que le clocher octogonal du , la façade et le portail. Au , la galerie sud du cloître ayant survécu aux guerres de religion serait parti aux États-Unis ou bien aurait été transférée dans une propriété de la région parisienne. Des recherches effectuées pas Céline Brugeat semblent confirmer la première hypothèse, indiquant que cloître aurait été acheté par le magnat de presse américain William Randolph Hearst, et serait aujourd'hui exposé dans son Hearst Castle, sur la côte centrale de Californie. La façade ouest de l'église des Augustins de Marciac est inscrite à l'inventaire des monuments historiques depuis 1949. Chapelle Notre-Dame-de-la-Croix de Marciac La chapelle Notre-Dame-de-la-Croix, lieu d'apparition - le - de la Vierge Marie et devenu plus tard un lieu de pèlerinage, est située au cœur d'un agréable parc. Équipements culturels. La commune compte un musée d'histoire naturelle, un cinéma, un espace consacré à l'histoire du jazz (Les Territoires du Jazz) et un office du tourisme. L'Astrada (destinée en occitan) est une salle de spectacle de 500 places inaugurée en . Cet auditorium se substitue à la salle des fêtes devenue trop exigüe pour accueillir les sessions d'automne, d'hiver et de printemps de Jazz in Marciac ; des spectacles annexes ainsi que des conférences seront proposés dans cette nouvelle salle pendant le festival d'été. La salle fonctionnera à l'année, avec une programmation culturelle et musicale variée. Cette réalisation a pour but de devenir un véritable pôle culturel d'envergure régionale, à la suite de l'inscription de la bourgade du jazz à la liste des Grands Sites de Midi-Pyrénées. Elle deviendra scène conventionnée (la deuxième du Gers après "Circuits" à Auch) après une année d'essai. Marciac dispose d'autre part d'un ensemble de galeries d'art et d'ateliers d'artistes dont la galerie Espace Eqart la plus importante, dont le fondateur et celui qui en fut le directeur pendant près de quinze ans est Fred Noiret et l'Âne Bleu la plus ancienne ainsi que l'atelier de la Baguenaude, les trois principaux lieux d'expositions. Rémi Trotereau, peintre et sculpteur s'y installe en juin 2013 ainsi qu'Annie Casanova, artiste peintre. Espaces récréatifs. Depuis 1962, Marciac est doté d'un lac artificiel bordé d'une résidence hôtelière, d'un café et d'un mini-port dont l'architecture est inspirée de La Nouvelle-Orléans, d'une péniche-restaurant ayant appartenu à la ville de Sète (installée en 1963) et d'une piscine aqualudique. Des arènes accueillent des courses landaises.
Microprocesseur Un microprocesseur est un processeur dont tous les composants ont été suffisamment miniaturisés pour être regroupés dans un unique boîtier. Fonctionnellement, le processeur est la partie d'un ordinateur qui exécute les instructions et traite les données des programmes. Description. Jusqu'au début des années 1970, les différents composants électroniques, nécessaires au fonctionnement d'un processeur ne pouvaient pas tenir sur un seul circuit intégré, ce qui nécessitait d'interconnecter de nombreux composants dont plusieurs circuits intégrés. En 1971, la société américaine Intel réussit, pour la première fois, à placer tous les composants qui constituent un processeur sur un seul circuit intégré, donnant ainsi naissance au microprocesseur. Cette miniaturisation a permis : Les principales caractéristiques d'un microprocesseur sont : Par exemple, un processeur "A" cadencé à peut exécuter certaines instructions plus rapidement qu'un autre "B" cadencé à , tout dépend de leurs architectures respectives. La combinaison des caractéristiques précédentes détermine la puissance du microprocesseur qui s’exprime en « millions d'instructions par seconde » (MIPS). Dans les , les microprocesseurs effectuaient moins d’un million d’instructions par seconde, mais en 2007, les processeurs pouvaient effectuer plus de dix milliards d’instructions par seconde. Histoire. En 1969, le microprocesseur est inventé par un ingénieur et un physicien d'Intel, Marcian Hoff (surnommé Ted Hoff), et Federico Faggin, qui venait de le rejoindre, fort de recherches menées en Italie. Federico Faggin, ingénieur italien est en 1968 chez Fairchild-SGS à Agrate Brianza, puis à Palo Alto avec Thomas Klein, le concepteur du premier circuit intégré commercial à grilles auto-alignées, le Fairchild 3708, puis chef de projet de la Silicon Gate Technology (SGT), la première méthode pratique pour la fabrication des circuits intégrés MOS (structure semi-conducteur/métal/oxyde) avec grilles auto-alignées, qui a remplacé la grille d'aluminium traditionnelle d'un transistor MOS par une grille en silicium, pour intégrer deux fois plus de transistors dans la même surface. Federico Faggin est embauché par Intel en , pour être le chef de projet, le créateur de la méthodologie de conception et le concepteur principal. En seulement quelques mois, avec Marcian Hoff, des quatre puces de l'Intel 4004, qui servit initialement à fabriquer des contrôleurs graphiques en mode texte, il conçut un processeur d'usage général, avec une licence achetée au japonais Busicom. Marcian Hoff a formulé l'architecture du microprocesseur (une architecture de bloc et un jeu d'instructions). Le premier microprocesseur commercialisé, le , est l'Intel 4004 , suivi par l'Intel 8008 à et qui servit initialement à fabriquer des contrôleurs graphiques en mode texte. Jugé trop lent par le client qui en avait demandé la conception, il devint un processeur d'usage général. Ces processeurs sont les précurseurs des Intel 8080, Zilog Z80, et de la future famille des Intel x86. Federico Faggin est l'auteur d'une méthodologie de conception nouvelle pour la puce et la logique, fondée pour la première fois sur la technologie "" développé par lui en 1968 chez Fairchild. Il a aussi dirigé la conception du premier microprocesseur jusqu'à son introduction sur le marché en 1971. Presque à la même époque, la société américaine Motorola effectue des travaux et innovations similaires sous la direction de Chuck Peddle, venu de General Electric, où il avait conçu une caisse enregistreuse électronique, mais qui décide en 1970 d'abandonner son activité informatique. Il participe au développement du microprocesseur , à , vendu , et qui va servir aux ordinateurs d'usage professionnel et 2 de la société SMT. Dans les années 1970, apparaissent les concepts de datagramme et d'informatique distribuée, avec Arpanet, le réseau Cyclades et la , devenue en 1978 le modèle « OSI-DSA ». Le microprocesseur est très vite accueilli comme la pierre angulaire de cette informatique distribuée, car il permet de décentraliser le calcul, avec des machines moins coûteuses et moins encombrantes face au monopole IBM, produites en plus grande série. En 1990, Gilbert Hyatt revendique la paternité du microprocesseur en se basant sur un brevet qu’il avait déposé en 1970. La reconnaissance de l’antériorité du brevet de Hyatt aurait permis à ce dernier de réclamer des redevances sur tous les microprocesseurs fabriqués de par le monde, mais le brevet de Hyatt a été invalidé en 1995 par l’office américain des brevets, sur la base du fait que le microprocesseur décrit dans la demande de brevet n'avait pas été réalisé, et n'aurait d'ailleurs pas pu l'être avec la technologie disponible au moment du dépôt du brevet. Le tableau suivant décrit les principales caractéristiques des microprocesseurs fabriqués par Intel, et montre leur évolution en termes de nombre de transistors, en miniaturisation des circuits, et en augmentation de puissance. Il faut garder à l'esprit que si ce tableau décrit l'évolution des produits d'Intel, l'évolution des produits des concurrents a suivi avec plus ou moins d'avance ou de retard la même marche. Un programme informatique est, par essence, un flux d'instructions exécutées par un processeur. Chaque instruction nécessite un à plusieurs cycles d'horloge, l'instruction est exécutée en autant d'étapes que de cycles nécessaires. Les microprocesseurs séquentiels exécutent l'instruction suivante lorsqu'ils ont terminé l'instruction en cours. Dans le cas du parallélisme d'instructions, le microprocesseur pourra traiter plusieurs instructions dans le même cycle d'horloge, à condition que ces instructions différentes ne mobilisent pas simultanément une unique ressource interne. Autrement dit, le processeur exécute des instructions qui se suivent, et ne sont pas dépendantes l'une de l'autre, à différents stades d'achèvement. Cette file d'exécution à venir s'appelle un pipeline. Ce mécanisme a été implémenté la première fois dans les par IBM. Les processeurs plus évolués exécutent en même temps autant d'instructions qu'ils ont de pipelines, ce à la condition que toutes les instructions à exécuter parallèlement ne soient pas interdépendantes, c'est-à-dire que le résultat de l'exécution de chacune d'entre elles ne modifie pas les conditions d'exécution de l'une des autres. Les processeurs de ce type sont appelés processeurs superscalaires. Le premier ordinateur à être équipé de ce type de processeur était le Seymour Cray CDC 6600 en 1965. Le Pentium est le premier des processeurs superscalaires pour compatible PC. Les concepteurs de processeurs ne cherchent pas simplement à exécuter plusieurs instructions indépendantes en même temps, ils cherchent à optimiser le temps d'exécution de l'ensemble des instructions. Par exemple le processeur peut trier les instructions de manière que tous ses pipelines contiennent des instructions indépendantes. Ce mécanisme s'appelle l'exécution out-of-order. Ce type de processeur s'est imposé pour les machines grand public des et aux . L'exemple canonique de ce type de pipeline est celui d'un processeur RISC (""), en cinq étapes. Le Intel Pentium 4 dispose de de pipeline. Un compilateur optimisé pour ce genre de processeur fournit un code qui sera exécuté plus rapidement. Pour éviter une perte de temps liée à l'attente de nouvelles instructions, et surtout au délai de rechargement du contexte entre chaque changement de ', les fondeurs ont ajouté à leurs processeurs des procédés d'optimisation pour que les ' puissent partager les pipelines, les caches et les registres. Ces procédés, regroupés sous l'appellation ', ont été mis au point dans les . Par contre, pour obtenir une augmentation des performances, les compilateurs doivent prendre en compte ces procédés, il faut donc re-compiler les programmes pour ces types de processeurs. Intel a commencé à produire, début des , des processeurs implémentant la technologie SMT à deux voies. Ces processeurs, les Pentium 4, peuvent exécuter simultanément deux ' qui se partagent les mêmes pipelines, caches et registres. Intel a appelé cette technologie "SMT à deux voies" : l’'. Le ' est, quant à lui, une technologie SMT dans laquelle plusieurs ' partagent aussi les mêmes ressources, mais ces ' ne s'exécutent que l'un après l'autre et non simultanément. Depuis longtemps déjà, existait l'idée de faire cohabiter plusieurs processeurs au sein d'un même composant, par exemple les "". Cela consistait, par exemple, à ajouter au processeur, un coprocesseur arithmétique, un DSP, voire un cache mémoire, éventuellement même l'intégralité des composants que l'on trouve sur une carte mère. Des processeurs utilisant deux ou quatre cœurs sont donc apparus, comme le POWER4 d'IBM sorti en 2001. Ils disposent des technologies citées préalablement. Les ordinateurs qui disposent de ce type de processeurs coûtent moins cher que l'achat d'un nombre équivalent de processeurs. Cependant, les performances ne sont pas directement comparables, cela dépend du problème traité. Des API spécialisées ont été développées afin de tirer parti au mieux de ces technologies, comme le d'Intel. Familles. Les microprocesseurs sont habituellement regroupés en familles, en fonction du jeu d'instructions qu'ils exécutent. Si ce jeu d'instructions comprend souvent une base commune à toute la famille, les microprocesseurs les plus récents d'une famille peuvent présenter de nouvelles instructions. La rétrocompatibilité au sein d'une famille n'est donc pas toujours assurée. Par exemple un programme dit compatible x86 écrit pour un processeur , qui permet la protection mémoire, pourrait ne pas fonctionner sur des processeurs antérieurs, mais fonctionne sur tous les processeurs plus récents (par exemple un Core Duo d'Intel ou un Athlon d'AMD). Il existe des dizaines de familles de microprocesseurs. Parmi celles qui ont été les plus utilisées, on peut citer : Rapidité d'exécution des instructions. Fréquence de fonctionnement. Les microprocesseurs sont cadencés par un signal d'horloge (signal oscillant régulier imposant un rythme au transfert entre circuit). Au milieu des , ce signal avait une fréquence de 4 à . Dans les , cette fréquence atteint . Plus cette fréquence est élevée, plus le microprocesseur peut exécuter à un rythme élevé les instructions de base des programmes mais plus la qualité des bus doit être soignée et leur longueur adaptée à la fréquence. L'augmentation de la fréquence présente des inconvénients : Overclocking. L'overclocking consiste à appliquer au microprocesseur une fréquence du signal d'horloge supérieure aux recommandations du fabricant ce qui permet d'exécuter plus d'instructions à chaque seconde. Cela nécessite souvent plus de puissance d'alimentation au risque de dysfonctionnements voire de destruction en cas de surchauffe. Optimisation du chemin d'exécution. Les microprocesseurs actuels sont optimisés pour exécuter plus d'une instruction par cycle d'horloge, ce sont des microprocesseurs avec des unités d'exécution parallélisées. De plus ils sont dotés de procédures qui « anticipent » les instructions suivantes avec l'aide de la statistique. Dans la course à la puissance des microprocesseurs, deux méthodes d'optimisation sont en concurrence : Néanmoins, avec la diminution de la taille des puces électroniques et l'accélération des fréquences d'horloge, la distinction entre RISC et CISC a quasiment complètement disparu. Là où des familles tranchées existaient, on observe aujourd'hui des microprocesseurs où une structure interne RISC apporte de la puissance tout en restant compatible avec une utilisation de type CISC (la famille Intel x86 a ainsi subi une transition entre une organisation initialement très typique d'une structure CISC. Actuellement, elle utilise un cœur RISC très rapide, s'appuyant sur un système de réarrangement du code "à la volée") mis en œuvre, en partie, grâce à des mémoires caches de plus en plus grandes, comportant jusqu'à trois niveaux. Structure et fonctionnement. Structure d'un microprocesseur. L'unité centrale d'un microprocesseur comprend essentiellement : Certains registres ont un rôle très particulier : Seul le "Program Counter" est indispensable, il existe de (rares) processeurs ne comportant pas de registre d'état ou pas de pointeur de pile (par exemple le ). L'unité de contrôle peut aussi se décomposer : Fonctionnement. Pour commencer, le microprocesseur va charger une instruction contenue en mémoire grâce au compteur de programme. Ce dernier est au passage incrémenté, afin que le processeur traite l'instruction suivante au prochain cycle. L'instruction est décodée et si nécessaire le microprocesseur va chercher en mémoire les données supplémentaires. Dans certains cas, des instructions servent uniquement à charger une donnée dans un registre précis ou à écrire une donnée d'un registre en mémoire. Dans ce cas, le processeur charge ou écrit la donnée puis passe à l'instruction suivante. Dans le cas où le processeur doit effectuer une opération de calcul, le processeur fait appel à l'ALU. Dans de nombreuses architectures, celle-ci fonctionne avec un registre accumulateur. Celui-ci enregistre le résultat de l'opération précédente, qui peut ensuite être réutilisé. Dans le cas d'un saut ("goto, jump"), c'est le compteur de programme qui est directement modifié. Dans le cas d'un saut conditionnel ("if"), le processeur vérifie avant le saut qu'une condition booléenne est valide ("true"). Dans certains sauts ("jump"), le processeur ajoute une valeur à l'accumulateur. Cela permet au programme d'être exécuté à n'importe quel endroit dans la mémoire. Les instructions se divisent donc en plusieurs catégories : À la fin du cycle, le processeur finit de ranger ses données en mémoire ou dans les registres spécifiques. En cas de retenue, un registre spécial reçoit la valeur de la retenue, ce qui permet de le combiner à nouveau pour fonctionner avec plus de bits que ce que permet l'architecture. En cas d'erreur, comme une division par zéro, le processeur modifie un registre d'état et peut déclencher une interruption. Toutes ces étapes peuvent s’effectuer en plusieurs cycles d'horloge. Une optimisation consiste à les exécuter à la chaîne (principe du pipeline) ou en parallèle (architecture superscalaire). Actuellement, face à la difficulté liée à la montée en fréquence des microprocesseurs, les fabricants tentent d'augmenter le nombre d'instructions par cycle (IPC) afin d'augmenter la vitesse de leurs processeurs. Cela a conduit à l'apparition de processeurs multi-cœurs, composés de plusieurs unités, ou cœurs, capables d'exécuter une instruction indépendamment de l'autre (contrairement à une architecture superscalaire, qui conserve des registres en commun). On parle alors de « calcul en parallèle ». Néanmoins, cela nécessite des programmes adaptés et les performances de ces processeurs dépendent de plus en plus de la qualité de programmation des programmes qu'ils exécutent. Fabrication. La fabrication d'un microprocesseur est essentiellement identique à celle de n'importe quel circuit intégré. Elle suit donc un procédé complexe. Mais l'énorme taille et complexité de la plupart des microprocesseurs a tendance à augmenter encore le coût de l'opération. La loi de Moore, qui indique que le nombre de transistors des microprocesseurs sur les puces de silicium double tous les deux ans, indique également que les coûts de production doublent en même temps que le degré d'intégration. La fabrication des microprocesseurs est aujourd'hui considérée comme l'un des deux facteurs d'augmentation de la capacité des unités de fabrication (avec les contraintes liées à la fabrication des mémoires à grande capacité). La finesse de la gravure industrielle a atteint en 2006. En diminuant encore la finesse de gravure, les fondeurs se heurtent aux règles de la mécanique quantique. Problème d'échauffement. Malgré l'usage de techniques de gravures de plus en plus fines, l'échauffement des microprocesseurs reste approximativement proportionnel au carré de leur tension à architecture donnée. Avec la tension, la fréquence, et un coefficient d'ajustement, on peut calculer la puissance dissipée : Ce problème est lié à un autre, celui de la dissipation thermique et donc souvent des ventilateurs, sources de nuisances sonores. Le refroidissement liquide peut être utilisé. L'utilisation d'une pâte thermique assure une meilleure conduction de la chaleur du processeur vers le radiateur. Si l'échauffement ne pose pas de problème majeur pour des applications type ordinateur de bureau, il en pose pour toutes les applications portables. Il est techniquement facile d'alimenter et de refroidir un ordinateur fixe. Pour les applications portables, ce sont deux problèmes délicats. Le téléphone portable, l'ordinateur portable, l'appareil photo numérique, le PDA, le baladeur MP3 ont une batterie qu'il s'agit de ménager pour que l'appareil portable ait une meilleure autonomie.
Monothéisme Un monothéisme (du grec ancien : , « seul, unique » et , « dieu ») est une religion qui affirme l'existence d'un Dieu transcendant, unique, omnipotent, omniscient et omniprésent. C'est notamment le cas des religions abrahamiques : judaïsme, christianisme et islam. D'autres religions ou croyances monothéistes ont vu le jour comme le zoroastrisme, le culte d'Aton, le sikhisme ou encore le déisme. Les religions monothéistes s'opposent notamment aux polythéismes, au panthéisme et à l'athéisme. En effet, les polythéistes croient en plusieurs divinités tandis que pour les panthéistes Dieu est immanent et non transcendant. Les athées, quant à eux, ne croient en l'existence d'aucun Dieu. Quand une religion conçoit une divinité "nationale", ou métaphysique (comme Shiva ou Vishnou), comme simplement "supérieure" à d'autres, on parle plutôt de « monolâtrie » ou d'« hénothéisme », termes de création récente, . Étymologie. Le substantif masculin « monothéisme » (prononcé en français standard) est composé de « mono- » et de « -théisme », lui-même composé de « thé(o)- » et du suffixe « -isme ». Le terme de « monothéisme » est de création relativement récente même s'il peut aujourd'hui sembler aller de soi, pour un concept qui demeure « difficile à penser ». Le terme de « polythéisme » apparaît pour la première fois au chez le philosophe juif Philon d'Alexandrie pour marquer la différence entre le message biblique et la "doxa polutheia" (opinion majoritaire dans la cité) des Grecs. Le terme « monothéisme », lui-même, apparaît vraisemblablement au pour désigner deux concepts qui se comprennent de deux manières opposées. L'anglais ' est attesté dès avec la parution, à Londres, de l" de "" (« Une explication du grand mystère de la piété ») d'Henry More ; et c'est à ce dernier que sa création est attribuée. Le monothéisme s'opposerait donc spécifiquement aux cultes polythéistes, . Mais dans les milieux déistes, il désigne la religion universelle de l'humanité dans une acception "inclusive" qui considère que tous les hommes vénèrent une même divinité sans le savoir. Cet antagonisme inclusif/exclusif de la "notion" de monothéisme se trouve déjà dans les textes bibliques. Ces textes, s'ils doivent être lus avec raison comme des documents monothéistes, n'en sont pas moins porteurs des traces de polythéismes intégrés par leurs rédacteurs qui empêchent d'opposer polythéisme et monothéisme de façon manichéenne comme ce fut longtemps la norme, suivant la radicalisation de l'opposition au polythéisme des trois religions du Livre, c'est-à-dire l'islam, le judaïsme et le christianisme. L'idée du Dieu unique. Pour Mireille Hadas-Lebel, l'idée du Dieu unique, à la fois créateur, miséricordieux et tout-puissant, s'est faite au terme d'une lente évolution dans le cas du monothéisme juif, qui était au contact de cultures et d'empires polythéistes. Citant à ce propos Marcel Gauchet, l'historienne souligne la nécessité d'une « extraterritorialité » religieuse pour le peuple juif : celui-ci peut alors s'affranchir du pouvoir impérial et du « culte de souverains puissants aisément divinisés par leurs sujets ». Le Dieu unique, transcendant, devient « un souverain invisible plus puissant encore ». Cela dit, le monothéisme juif ne s'est pas développé en vase clos, et encore moins sur le principe seul d'une opposition culturelle systématique avec les peuples voisins; le contact avec l'Empire achéménide, réalisé après que Cyrus le Grand a envahi Babylone et permis à la diaspora juive de rentrer en Judée a été déterminant, quelques livres de la Bible Hébraïque portant la marque d'une forte influence perse. Le Livre d'Esther par exemple, raconte comment Esther, femme du roi achéménide Cassuérus, l'a convaincu de préserver les Juifs des manœuvres de Haman, son grand vizir. Ce livre est pour J-D Macchi, « une littérature de diaspora dans le judaïsme de l’époque du deuxième Temple. ». Il serait l’œuvre d'un perse ayant vécu vers 78-77. En outre, l'usage de mots d'origine persane pour des concepts métaphysiques importants (notamment "pairidaeza," espace clos, qui a donné Paradis, attesté par Xénophon dans l’"Économique") interroge sur la nature et la profondeur des liens anciens entre zoroastrisme et judaïsme. Pour , et les historiens spécialisés rejoignant ses travaux, la première religion monothéiste est probablement le mazdéisme, dont le dieu principal, Ahura Mazdâ (pehlevi : "Ohrmazd") est le seul responsable de l'ordonnancement du chaos initial, le créateur du ciel et de la Terre. Cependant, ce culte n'a pas supplanté dans un premier temps les divinités plus anciennes, comme Inanna ou Mithra, qui ont fini par être considérés comme des divinités mazdéennes à part entière. Le zoroastrisme, religion monothéiste encore pratiquée à ce jour (sous la forme du parsisme) en Inde et dans quelques réduits en Iran (autour de Yazd notamment), est une réforme du mazdéisme pensée par Zoroastre, recentrant sur le seul créateur l'attribut divin et reléguant Mithra et les autres divinités dont le culte était venu se greffer à celui d'Ahura Mazda au rang d'anges, d'envoyés. Monolâtrisme. Vers l'époque de l'Exil, l'histoire du monothéisme biblique n'est pas une histoire linéaire mais plutôt un "processus de maturation" qui est le fruit d'une somme d'influences, de traditions et d'évènements qui mèneront à l'élaboration de l'expression d'une foi monothéiste régionale originale. Le premier commandement du Décalogue (Tu n'auras pas d'autres dieux face à moi… Tu ne te prosterneras pas devant d'autres dieux que moi, et tu ne les serviras point) sur lequel se fonde le "monothéisme" des juifs et des chrétiens est davantage la formulation d'un "monolâtrisme", puisqu'il n'enseigne pas le néant des autres dieux, voire suppose leur existence antérieure ou concurrente. En comparaison, l'islam qui apparaîtra quelque douze siècles plus tard sera immédiatement plus directif, plus explicite pour affirmer la seule existence du Dieu unique, et critiquer le polythéisme. La chahada nie toute autre forme de divinité, mais est postérieure. .Le Coran comporte des versets qui affirment le monothéisme dont une qui porte le titre de "monothéisme pur". Un premier yahvisme monôlatrique pourrait remonter à la sortie d'Égypte mais on ignore comment le dieu Yahvé devient le dieu national des deux royaumes de Juda et d'Israël. Yahvé revêt de multiples formes, fonctions et attributs : il est vénéré comme une divinité de l'orage à travers une statue bovine dans les temples de Béthel et de Samarie alors qu'à Jérusalem, il est plutôt vénéré comme un dieu de type solaire sous le nom de "Yahvé-Tsebaot". À l'époque des deux royaumes, Yahvé n'est probablement pas le seul dieu pour les Hébreux. Un poème du Deutéronome comme un passage du Livre de Michée attestent de cette forme de monolâtrie polythéiste pour laquelle chaque peuple a son propre dieu national reconnaissant les divinités des peuples voisins. On trouve ainsi une tradition monolâtrique assez similaire au judaïsme yahviste de cette période dans le royaume de Moab à travers le dieu Kamosh, comme la concurrence entre le populaire dieu Baal et Yahvé pourrait expliquer la virulence des textes vétérotestamentaires à l'encontre du premier. Le dieu national Yahvé est ainsi à considérer à l'époque de la monarchie israélite – entre le et le – comme une divinité assurant la sécurité et la fertilité à son peuple à travers le roi. Par ailleurs, certains indices épigraphiques laissent supposer qu'Yahvé était peut-être honoré avec une déesse parèdre d'origine ougaritique nommée Ashéra mais sans qu'on sache avec certitude – les chercheurs en débattent encore – s'il s'agit de cette déesse ou d'un attribut, l"'ashéra" biblique désignant également un arbre sacré. Le Deutéronome confirme cependant l'unicité du Dieu de cette religion, par rapport aux polythéismes avoisinants : « Écoute, Israël! l'Éternel, notre Dieu, est le seul Éternel » … « Vous n'irez point après d'autres dieux, d'entre les dieux des peuples qui sont autour de vous ». Vers le dieu unique. Le texte deutéronomique ne niant pas encore les autres dieux, déjà mentionné précédemment, semble avoir été écrit vers quand le roi Josias entend faire de Yahvé le seul dieu de Juda et empêcher qu'il soit vénéré sous différentes manifestations, comme cela semble être le cas à Samarie ou à Teman, dans l'idée de faire de Jérusalem le seul lieu saint légitime de la divinité nationale. L'émergence du monothéisme judaïque exclusif est lié à la crise de l'Exil. En , l'armée babylonienne défait le Royaume de Juda, l'occupe et déporte en exil à Babylone la famille royale, l'intelligentsia et les classes supérieures. Dix ans plus tard, les Babyloniens ruinent Jérusalem et détruisent son Temple. S'ensuit alors une seconde déportation qui semble cependant laisser sur place près de 85 % de la population, essentiellement rurale. C'est au sein de cette élite déportée et de sa descendance que l'on trouve la plupart des rédacteurs des textes vétérotestamentaires qui vont apporter la réponse du monothéisme au terrible choc et la profonde remise en question de la religion officielle engendrée par cette succession de catastrophes. Non seulement, la défaite n'est pas due à l'abandon par Yahvé, mais c'est au contraire l'occasion de le présenter comme seul et unique dieu : dans les récits que les intellectuels judéens écrivent alors, la destruction de Jérusalem, loin d'être un signe de faiblesse de Yahvé, montre la puissance de celui qui a instrumentalisé les Babyloniens pour punir ses rois et son peuple qui n'ont pas respecté ses commandements. Yahvé devient dès lors, au-delà de son peuple, le maître des ennemis de Juda. Cette idée du « fléau de Dieu » se retrouvera fréquemment à d'autres moments dans l'histoire où des conquérants païens ou infidèles auront raison de royaumes vénérant pourtant le Dieu unique, comme ce fut le cas avec Attila, Genghis Khan et ses descendants ou encore les Ottomans. L'exil babylonien met les rédacteurs judéens en contact avec les mythes mésopotamiens dont celui de la création de l'univers (Enuma Elish) ou celui mentionnant un déluge (Atrahasis), et les premiers livres de la Genèse présentent dès lors Yahvé comme la divinité créatrice de l'entièreté de l'univers. Le nom de dieu est alors "Elohim", marquant une tendance syncrétiste chez les auteurs sacerdotaux : en effet le terme peut se traduire par "dieu" ou "dieux", suggérant que les dieux des autres peuples ne sont que des manifestations de Yahvé. L'élaboration de la doctrine juive monothéiste se fait dans un contexte plus propice à de telles idées : le roi babylonien Nabonide tente de faire du dieu lunaire Sîn le dieu unique de son empire, en Grèce, les présocratiques défendent l'unicité de la divinité contre le panthéon et les successeurs achéménides de Cyrus II le Grand, considéré lui-même comme un messie de Yahvé, influencent le monothéisme judéen en faisant d'Ahoura Mazda le dieu officiel de l'empire. Religions abrahamiques. L'expression « religions abrahamiques » désigne les religions découlant ou se disant découler de la révélation d'Abraham, dont la première est le judaïsme, suivi du christianisme puis de l'islam. Bien qu'aujourd'hui elles soient formées chacune de nombreux courants d'interprétation des textes ayant mené à des positions doctrinales, théologiques, voire métaphysiques (pour certains courants) quasi-inconciliables, ces trois religions se lient par une tradition prophétique commune et des symboles communs (dont la première est le mythe d'Adam et Ève), ainsi que la reconnaissance de la Bible Hébraïque comme texte de base. Judaïsme. D'après la tradition juive, le monothéisme fut la première croyance humaine, Adam sachant qu'il n'y avait qu'un Dieu. Le polythéisme serait né deux générations plus tard, les gens priant diverses « puissances » d'intercéder en leur faveur auprès de Dieu ; les cultes accessoires l'emportent ensuite sur le culte principal. Abraham redécouvre le monothéisme (à l'âge de trois ans, selon le Midrash) après avoir compris qu'il doit exister Un Être suprême, et que celui-ci ne s'embarrasse pas d'un panthéon. Cet Être est transcendant, immanent, omnipotent, omniscient, bienveillant. Dieu Se révèle alors à Abraham, contracte une Alliance avec lui, qu'il renouvelle avec son fils Isaac puis son petit-fils Jacob. Plus tard, Dieu envoie Moïse annoncer au peuple qu'Il va le faire sortir d'Égypte (antique), conformément à l'Alliance. Il se présente au peuple comme celui qui advient (Ehye asher Ehye, « Je Serai qui Je Serai »), c'est-à-dire au sens littéral Celui qui Est près de Son peuple lorsqu'Il le fera sortir d'Égypte. Pour les Israélites, Il est donc non seulement le créateur du monde, déterminant le cours des choses, gardien de l'ordre naturel, mais aussi, Dieu providentiel qui intervient directement dans le cours de l'Histoire. Le monothéisme est Le premier des Dix Commandements que Moïse transmet au peuple, sur l'ordre de Dieu : Le judaïsme exige de ses membres une adhérence sans faille à ces préceptes, l'inverse revenant à en dénier l'essence. L'« inverse » inclut le syncrétisme, le culte de « divinités mineures », d'esprits ou d'incarnations, l'idée de Dieu comme dualité ("shtei reshouyot") ou trinité. Ce concept est hérétique aux yeux des Juifs, et est assimilé au paganisme. L'interdiction d'autres cultes s'étend à la possession d'objets devant lesquels on pourrait se prosterner, comme les statues, les portraits, ou toute représentation artistique de Dieu. Christianisme. Tout en s'affirmant monothéiste, la quasi-totalité des chrétiens a adopté, depuis le Premier concile de Nicée de l'an 325, la profession de foi selon laquelle Dieu, être unique, se manifeste en trois personnes ou plus justement trois hypostases : Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu le Saint-Esprit (communément appelés la Trinité), ce qui est une innovation incompatible avec le judaïsme. De même, le culte des saints, et notamment des saints patrons ainsi que de la Vierge Marie ont été parfois perçus comme des incursions hénothéistes venant se greffer à un monothéisme strict, n'admettant d'autres autels que ceux dédiés à Dieu. Ainsi, là où les églises traditionnelles mettent en valeur le rôle des saints en tant qu'intercesseurs auprès de Dieu, tout en leur refusant le statut d'êtres divins, plusieurs protestantismes (dont le luthéranisme) et le calvinisme rejettent en bloc leur culte, préférant voir en eux des modèles à suivre plutôt que des intercesseurs. Le premier concile de Nicée est la base du rejet comme hérétiques des courants des débuts du christianisme n'affirmant pas la profession de foi du Symbole de Nicée (comme l'arianisme, le nestorianisme, etc.). Le débat sur la consubstantialité de Jésus continuera de marquer le christianisme primitif, jusqu'au Concile de Chalcédoine en 451 qui vient fixer définitivement le débat. Ses principales conclusions, résumées dans le symbole de Chalcédoine, définissent le dyophysisme, c'est-à-dire les deux natures du Christ, vrai Dieu et vrai homme, parfait dans sa divinité comme dans son humanité. Elles marquent une étape essentielle dans le domaine de la christologie et sont acceptées, encore aujourd'hui, par les trois principales confessions chrétiennes : les orthodoxes, les catholiques et les protestants. Certains chrétiens miaphysites, très minoritaires, rejettent l'intégralité du concile, produisant un schisme qui forme les Églises des trois conciles. Cette vision du divin n'est pas partagée par les deux autres religions abrahamiques, à savoir le judaisme et l'islam. Islam. Le mot « Islam » vient de l'arabe « islām » qui signifie soumission. Selon cette croyance, l'homme est par nature entièrement soumis à Dieu (muslim), et doit croire en Dieu (Mou'mine) et suivre les préceptes du Coran pour atteindre ainsi la paix dans la vie d’ici-bas et dans celle de l’au-delà. Se soumettre à la volonté divine ne signifie pas que l'homme cesse de réfléchir, ou qu'il abandonne son libre-arbitre ; mais plutôt qu'il accepte son rapport au divin. Les commandements de Dieu participent à son bien-être et à celui des autres, lorsqu'il respecte les lois divines et fait usage de sa liberté avec sagesse. Le concept islamique de la soumission est donc un concept actif ; un musulman s’efforce d’améliorer son caractère, et de faire ce qui est le mieux dans la mesure de ses capacités, après quoi, il accepte que le résultat de ses efforts réside en fin de compte dans les mains de Dieu. L’Islam est basé sur la foi en un Pouvoir Supérieur, le Seigneur Miséricordieux et Créateur de l’Univers, sans famille ni partenaire, appelé en arabe « Allah ». Le Coran affirme l’existence d’un Dieu unique, et s’inscrit dans la tradition abrahamique, notamment dans la sourate dite de la vache. Plus tard, la profession de foi musulmane, , sera dédiée à cette unicité, selon la formule « Il n'y a de dieu que Dieu ». Autres monothéismes. La religion des Dogons se fonde sur le culte voué au Dieu créateur Amma. Selon l'ethnologue Germaine Dieterlen, il est invoqué dans toutes les occasions ; toutes les demandes adressées aux puissances surnaturelles le sont en son nom, prononcé au début de chaque prière. Aspects psychanalytiques. Freud. L'assimilation du dieu unique au père – lui aussi unique – « Dieu le Père » est un thème récurrent depuis l'origine du monothéisme judaïque (Jérémie 2, 27 : «"Tu es mon père !… Toi tu m'as enfanté !" »). Sigmund Freud, agnostique né de parents juifs, considère les dieux comme des illusions, selon lui elles résultent du besoin infantile d'une figure paternelle dominante, la religion contribue à maîtriser les impulsions violentes chez les individus et dans le développement de la civilisation. Il s'intéresse dans un premier temps aux rituels. Dans ses premiers écrits sur la religion "Actes obsessionnels et pratiques religieuses" (1907), il assimile la religion à une névrose obsessionnelle universelle à rituels répétitifs, analyse qu'il approfondit dans Totem et Tabou. Il y travaille le sens de l'image du père (tueur violent et dévorateur, celui qui interdit le contact avec la mère) et l'acte originel de parricide reproduit dans le repas sacrificiel totémique. Il décrit le passage du totémisme et du polythéisme au monothéisme judéo-chrétien, où une nouvelle figure paternelle toute-puissante et unifiée succède à celle du père primitif. Ce rapprochement entre religion universelle et l'universalité de la psychanalyse et de ses concepts, en particulier du complexe d'Œdipe aura d'énormes conséquences sur la notoriété de la psychanalyse. Dans Moïse et le monothéisme, un de ces derniers écrits, Freud – bon spécialiste de l'Égypte antique polythéiste avec un épisode monothéiste solaire sous Akhenaton – échafaude une théorie de l’assassinat de Moïse qui engendre la culpabilité des Juifs à l'origine de l'espoir messianique d'un sauveur. Il reviendra dans "L'Avenir d'une illusion" (1927) à l’enchaînement des religions (des « illusions ») : à l'animisme primitif succède une illusion adaptée à la civilisation avec le polythéisme, qui réconcilie l'homme et la mort et aide à supporter les privations de la civilisation. Alors la figure du père devient centrale dans l'esprit religieux et arrive le monothéisme. L'homme attend le même service de Dieu que du père, tous deux protecteurs mais craints. Rôle difficile à tenir qui rendent inséparables monothéisme et doute. Le monothéisme impose à l'individu une notion universelle de bien et de mal et pose donc un grand nombre d'interdits se traduisant par des renoncements aux pulsions que les polythéismes sacralisaient. Sa conclusion est que l'avenir des idées religieuses en tant qu'illusions est florissant. Selon Sigmund Freud, le monothéisme est une religion du Surmoi, par opposition aux polythéismes qui sont des religions dont les différents cultes partiels sont chacun basés sur une impulsion instinctive née dans le ça. Jung. Carl Gustav Jung, dans son ouvrage "Psychologie et religion", s'intéresse au monothéisme chrétien et à ses symboles. Il les explique au regard de la psychologie analytique qui l'a rendu célèbre, en tentant d'éclairer les rites et dogmes d'une nouvelle interprétation ouverte à une redéfinition de la foi.
Meyer Fortes Meyer Fortes, né le à Britstown (province du Cap, Afrique du Sud) - mort le à Cambridge (Royaume-Uni), est un anthropologue Sud-africain. Psychologue de formation à l'origine, il a poursuivi simultanément une carrière de chercheur spécialisé en anthropologie sociale et culturelle et une carrière d'universitaire comme professeur d'anthropologie sociale à Cambridge. Jeunesse et formation. Les Tallensi du Nord du Ghana ont été son champ d'étude privilégié. Il a également dirigé de nombreux ouvrages collectifs dont "Structures sociales", "Systèmes de pensée africains" et "Systèmes politiques africains" en collaboration avec E.E. Evans-Pritchard. Ce livre est un document d'anthropologie politique qui tente une première classification des systèmes et propose une théorisation des modèles. Le renouveau de l'anthropologie à Cambridge. Meyer Fortes est nommé directeur du département d'anthropologie de l'université de Cambridge en 1950. Il renouvelle alors l'enseignement et recrute une nouvelle génération d'étudiants pour faire de Cambridge le nouveau creuset de l'anthropologie britannique à l'instar du travail effectué à Oxford par son confrère et ami E.E. Evans-Pritchard à partir de 1946.
Marcel Mauss Marcel Mauss, né le à Épinal et mort le à Paris, est généralement considéré comme le « père de l'anthropologie française ». Biographie. Marcel Mauss naît en 1872 dans la ville d’Épinal au sein d'une famille de confession juive. Son père Gerson, originaire du Bas-Rhin, a épousé quelques années auparavant Rosine Durkheim, la sœur aînée d’Émile Durkheim, qu’il a rejointe dans la ville lorraine pour y reprendre l’atelier textile de sa mère, qui devient sous la houlette du jeune couple la Fabrique de Broderie à Main, Mauss-Durkheim. Outre Marcel, ils ont un fils, Henri, né en 1876. Son oncle, Émile Durkheim, de quatorze ans son aîné, joue un rôle majeur dans sa vocation, puis sa carrière. En 1895, Marcel Mauss obtient l’agrégation de philosophie, qu’il a préparée à Bordeaux, où il a rejoint en 1890 Durkheim, qui y enseigne cette discipline. À l’issue du concours, il ne prend pas de poste dans l’enseignement secondaire, et à l’automne 1895 il s’installe à Paris pour suivre les cours de l'École pratique des hautes études. Il étudie les langues (et notamment le sanskrit) à la (section des sciences historiques et philologiques) et les sciences religieuses (), avec l’objectif de réunir le matériau nécessaire à une thèse de doctorat sur la prière, qu'il entreprend à partir de 1909. Ses professeurs se nomment Léon Marillier, Antoine Meillet, Louis Finot, Israël Lévi ou Sylvain Levi. Il rencontre également à l’EPHE quelques-uns des futurs membres du cercle durkheimien, avec lesquels il nouera de véritables liens d’amitié (Henri Hubert avec qui il écrit « Essai sur la nature et la fonction du sacrifice », un des textes fondateurs de l'anthropologie des religions, Robert Hertz…). Il devient en 1901 titulaire de la chaire d’« histoire des religions des peuples non civilisés » à la de l’EPHE. En 1901, il rejoint l'équipe de "L'Année sociologique", revue biennale créée par Émile Durkheim. Celui-ci décédera en 1917 et Mauss se verra échoir du travail de publication posthume de son oncle. Enfin en 1925, il fonde, avec Lucien Lévy-Bruhl et Paul Rivet l'Institut d'ethnologie de Paris. Il participe en 1928 au premier cours universitaire de Davos, avec de nombreux autres intellectuels français et allemands. En 1931, il obtient après trois campagnes de candidature une chaire au Collège de France ; créée pour l’occasion en remplacement de la chaire de « Philosophie sociale » de Jean Izoulet, cette chaire de « Sociologie » marque l’entrée de cette discipline dans la prestigieuse institution. Il a connu deux Guerres mondiales et a été un militant socialiste fidèle à ses convictions, ayant pris position en faveur du capitaine dans l'Affaire Dreyfus, se rapprochant à cette occasion de Jean Jaurès. Plusieurs auteurs dont David Graeber, Alain Guyard ou Bruno Viard, le classifient comme socialiste révolutionnaire. Travaux. Considéré comme l'un des pères de l'anthropologie, Mauss n'a jamais publié d’ouvrage de synthèse de sa pensée mais un grand nombre d'articles dans différentes revues (dont "L'Année sociologique"), d'esquisses, de comptes-rendus et d'essais. Sa thèse sur la prière reste inachevée. De ses rares monographies, on retient surtout l’"Essai sur le don". Il est surtout connu pour quelques grandes théories, notamment celle du don et du contre-don (liée à l'étude du potlatch (anthropologie), et de la dépense pure), et il a abordé une grande variété de sujets comme en témoignent ses études sur les techniques du corps, la religion ou la magie. Il veut saisir les réalités dans leur totalité et pour cela élabore le concept novateur de « fait social total », qui connaîtra un vif succès d'intérêt et d'usage en sciences sociales. Pour lui un fait social est intrinsèquement pluridimensionnel ; il comporte toujours des dimensions économiques, culturelles, religieuses, symboliques ou encore juridiques et ne peut être réduit à un seul de ces aspects. Marcel Mauss veut aussi appréhender l'être humain dans sa réalité concrète : physiologique, psychologique et sociologique. Il esquissera ainsi le concept « d'homme total » qui nourrira notamment Pierre Bourdieu dans ses analyses en termes « d'habitus ». Il s'intéresse à la signification sociale du don dans les sociétés tribales, ainsi qu'au phénomène religieux : la magie est considérée comme un phénomène social qui peut notamment s'expliquer par la notion de "mana". Tout en créant du lien social, le don est agoniste (il « oblige » celui qui reçoit, qui ne peut se libérer que par un « contre-don »). Pour Marcel Mauss, le don est essentiel dans la société humaine et comporte trois phases : l'obligation de donner, l'obligation de recevoir et l'obligation de rendre. S'il prend les sociétés « primitives » comme terrain d'étude, c'est moins parce que le primitif serait toujours aussi le simple et l'originel, que parce qu'il est difficile de rencontrer ailleurs une pratique du don et du contre-don c'est-à-dire comme un « fait social total ». Méthode : il est partisan d’une division du travail entre celui qui collecte les faits — tâche qu’il assigne à l’ethnographe — et celui qui les interprète pour les rendre intelligibles. "". Marcel Mauss a très peu pratiqué les études de terrain, à une période où cette méthode qui s’impose progressivement dans le monde anglo-saxon, notamment sous l’influence de Malinowski, restait marginale, en particulier en France. Ses quelques observations directes figurent par exemple dans ses travaux sur « les techniques du corps », elles sont issues de son expérience dans l'armée ou de son enfance en Touraine. Cependant, signe d’une évolution de la discipline, il a incité ses élèves à se rendre sur place pour les observations et a rédigé un "Manuel d’ethnographie" qui répertorie l’ensemble des dispositions à prendre lors d’une étude de terrain. Archives de Marcel Mauss. Celles de ses archives qui ont survécu à deux guerres mondiales sont conservées à l'Institut Mémoires de l'édition contemporaine (IMEC). Elles concernent son travail de sociologue, mais aussi son exploration de l'ethnographie et de l'histoire des religions, de l'Économie et de l'innovation sociale. Ce fonds d'archives est commun avec celui de Henri Hubert qui fut le frère de travail de Mauss à partir de 1896 lors de leur rencontre à l'École pratique des hautes études (c'est par exemple avec lui qu'il va construire et co-écrire « "l'Essai sur la nature et la fonction du sacrifice" » ou « "l'Esquisse d'une théorie générale de la magie" » comme le montrent des correspondances et des manuscrits souvent inédits conservés dans ce fond.
Mana
Margaret Mead Margaret Mead ( à Philadelphie – à New York) est une anthropologue américaine. Formée à l'université Columbia par Franz Boas, Margaret Mead a contribué à populariser les apports de l'anthropologie culturelle aux États-Unis et dans le monde occidental. Figure centrale de la deuxième vague féministe, ses travaux portent notamment sur le rapport à la sexualité dans les cultures traditionnelles de l'Océanie et du sud-est asiatique et sur la division sexuelle du travail. Son travail sur la sexualité des Samoans a suscité la controverse. Dans le contexte de la révolution sexuelle des années 1960, Mead était en faveur d'une ouverture des mœurs sexuelles au sein de la vie traditionnelle religieuse occidentale. Biographie. Margaret Mead est la fille aînée des cinq enfants d'un professeur d'économie et d'une enseignante qui a quitté son métier au moment de son mariage . Margaret entre d'abord à l'université DePauw, qu'elle quitte au bout d'un an pour étudier la psychologie pendant deux ans à l'université Barnard. Elle entre en 1923 à l'Université Columbia dans le département d'anthropologie dirigé par Franz Boas et Ruth Benedict. En 1929, elle obtient son doctorat à l'université Columbia. Son mémoire de thèse est une recherche sur la stabilité de la culture en Polynésie, basée sur les publications disponibles. Elle épouse en 1923 son premier mari, Luther Cressman, étudiant en théologie. Elle divorce en 1928 pour épouser l'anthropologue néo-zélandais Reo Fortune qui l'accompagne dans ses voyages jusqu'à leur divorce en 1935. En 1936, elle épouse l'anthropologue Gregory Bateson rencontré chez les Chambulis. En 1939, naît la fille de Mead et Bateson, Mary Catherine Bateson Kassarjian. Sur le terrain. Dès 1925, elle part à Samoa (sur Ta‘ū), seule, à , malgré les craintes de ses amis et de Boas, qui lui conseillaient d'effectuer sa première enquête de terrain en Amérique. Elle y reste entre 5 et . En 1926, elle rejoint l'American Museum of Natural History de New York. Elle retourne en 1928—1929 à Manus dans les Îles de l'Amirauté pendant huit mois, dont elle tirera un livre populaire ' (1930) et une étude technique ' (1934). En 1928, elle produit le livre controversé "Adolescence à Samoa" et la monographie technique ' (1930). En 1930 elle fait une saison d'été chez les Indiens Omaha ; l'étude qui en sort en 1932 aura peu d'impact ; elle part pour la Nouvelle-Guinée où elle s'intéresse à trois groupes, les Chambuli, les Mundugumor et les Arapesh, avec un point de vue comparatiste. Arrivée en , elle rentre aux États-Unis au printemps 1933, et produit le livre ' (1935), ainsi que "" publié en quatre parties de 1938 à 1949. Selon Clifford Geertz, le premier est un livre , tandis que le second est . De à , plus six semaines en 1939, elle travaille à Bali, dont elle produit, avec son mari l'anthropologue Gregory Bateson, son ouvrage le plus remarqué, ' (1942), ainsi qu'un film, '. En 1953, elle retourne pour six mois à Manus, et écrit "" (1956). Carrière aux États-Unis. En dehors de courtes visites à ses sites d'enquête, Mead aura passé presque six ans de recherches sur le terrain dans six cultures néolithiques, et une technologiquement plus avancée, Bali, situées dans le Pacifique Sud (à l'exception des Omaha). En parallèle, elle poursuit sa carrière au musée d'histoire naturelle de New York, d'assistante-conservateur en 1926 à conservatrice en 1964 et conservatrice émérite en 1969. Au musée, elle réunit des objets, organise des expositions et des films, recueille des fonds (et en donne), et crée la salle des Peuples du Pacifique, ouverte en 1971. Dans les années 1930, elle travaille avec le psychiatre et psychanalyste Harry Stack Sullivan. Avant de devenir professeur-adjoint à Columbia en 1954, elle a enseigné dans de nombreuses universités, tout en participant comme chercheur associé au département d'anthropologie de Columbia. Elle y a parfois remplacé Ruth Benedict, avec une influence notoire, et parfois tumultueuse, sur les carrières de femmes plus jeunes qui arrivaient dans le département, comme Zora Neale Hurston ou Ruth Landes. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle dirige un programme d'étude anthropologiques, basé sur des entretiens avec des expatriés, sur les cultures européennes. Elle développe une notion de "caractère national" d'où sortiront ' (1951) et ', écrit avec Rhoda Métraux (1954). Engagement. Mead fut aussi une conférencière et une organisatrice inlassable, dans une foule d'organisations. Elle fut en particulier présidente de la Société américaine pour l'Anthropologie Appliquée (1949), de l'American Anthropological Association (1960), et de l'American Association for the Advancement of Science (1975). Ingénierie sociale. De 1942 à 1949, elle participa aux rencontres interdisciplinaires connues sous le nom de conférences Macy qui réunit ingénieurs, biologistes, psychologues et anthropologues pour examiner les . Christianisme. De religion anglicane, membre de l'église épiscopalienne des États-Unis, elle participe à la rédaction du nouveau livre de prières édité en 1979. En 1949, elle déclare à l'appartement de Clemens Heller rue Vaneau à Paris : . Cette citation, éditée en affiche, devient un élément marquant de la personnalité publique de Mead. Bisexualité. Dès les années 1950, elle est adoptée par les communautés LGBT américaines pour ses travaux, car ses études sur la variété et la fluidité des expériences sexuelles dans d'autres cultures donnaient un fondement scientifique à leurs critiques de la société puritaine et hétérocentrée. Dans un article de 1975, Mead écrit que Elle prend également parti pour l'hypothèse de la bisexualité innée, notant qu'« un grand nombre d'êtres humains - probablement la majorité - sont bisexuels en ce qui concerne leur capacité à éprouver des sentiments amoureux. » Margaret Mead est elle-même bisexuelle, mais cet aspect de sa personnalité ne sera dévoilé qu'en 1984, par sa fille. Réchauffement climatique. Après avoir assisté en 1974 à Bucarest à la conférence de l'ONU sur la surpopulation, dont elle rend compte la même année dans un article publié dans le magazine "Science", Margaret Mead organise du 26 au en Caroline du Nord avec le parrainage de deux agences du U.S. National Institutes of Health et avec la participation de Stephen Schneider, George Woodwell, James Lovelock, George Holdren, William Kellogg, une conférence intitulée « "L’Atmosphère : menacée et menaçante" » , dans laquelle elle alerte l'opinion mondiale sur le fait que les émissions anthropiques de gaz carbonique augmentent massivement en raison de la surpopulation humaine et que cela provoque un réchauffement global de la Terre, ce qui fait d'elle une des premières militantes contre le réchauffement climatique. Hommages. Margaret Mead meurt des suites d'un cancer, le . Elle fait alors la une du "New York Times". Contribution à l'anthropologie. Connue pour être très engagée, elle a participé activement à définir le concept de « "cultural patterns" » ("modèles culturels") et à promouvoir la dimension humaniste de l'anthropologie. Dans "Trois Sociétés primitives de Nouvelle-Guinée" (1935), qui s'inscrit dans le courant culturaliste, elle montre comment les civilisations modifient les caractères et la psychologie humaines, affirmant que toutes sont égales. Elle se situe dès lors à rebours de la pensée politique traditionnelle en ne plaçant pas la civilisation occidentale au sommet de l'humanité (ce qui permettait de justifier la colonisation) ou encore en déconstruisant la prétendue supériorité masculine, en remettant en cause les caractères masculins et féminins jusque là considérés comme naturels. Dans ses travaux, l'éducation est vue comme la base de toute société. Sa pensée nourrira les mouvements féministes, de libération sexuelle et anticoloniaux. La production de Margaret Mead, extrêmement fournie, est inégale. Dans la biographie qu'il rédige en 1989 pour l'Académie américaine des sciences, Clifford Geertz écrit : Cette inégalité explique sans doute les réactions extrêmement contrastées qu'elle a suscitées. La contribution de Mead se divise en quatre grands secteurs : Anthropologie psychologique. Son travail se répartit en trois phases qui se succèdent progressivement : Dans la première, elle souffre d'une propension à pousser exagérément une thèse, dans la seconde, d'une conception plutôt mécanique de la relation entre socialisation enfantine et le caractère de l'adulte, et dans la troisième un certain excès d'ambition. Ces trois phases réunies ont cependant formé, pour Geertz, les fondations de pratiquement tous les travaux ultérieurs sur les Manus, les Balinais, et les Américains. Anthropologie appliquée. Mead se montre déterminée à faire de l'anthropologie une science utile à la satisfaction de besoins humains. Elle s'engage dans de nombreuses activités politiques, comme le secrétariat exécutif du "Comité sur les habitudes alimentaires" du "Conseil national de la recherche" pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce comité mis en place en décembre 1940, après l'attaque de Perl-Harbour s’inscrit dans une politique de préparation à la guerre, il gère un appel d'offres de recherche pluri annuel centré sur une question d'importance stratégique : comment changer les habitudes alimentaires ? Fin 1941, Carl Guthe, (université du Michigan) prend la présidence du comité et appelle Margaret Mead à ses côtés. Elle publie à cette occasion, en collaboration avec Guthe, un "Manuel d’enquête alimentaire". La définition des habitudes alimentaires (food habits), proposée incarne la posture culturaliste. C'est dans le cadre de cet appel d’offres, que Kurt Lewin a réalisé sa célèbre étude sur les abats qui faisait suite à celle sur la consommation du lait (Lewin, 1943), au cours de laquelle les concepts de "gate keeper" et de pression de conformité ont été élaborés. Parmi les chercheurs impliqués dans l'appel d'offres se trouvent également Alex Bavelas ou encore Leon Festinger. La réponse aux problèmes américains de l'heure imprègne tout son travail et en détermine la réponse fondamentale. Elle intervient sur presque tous les sujets, où elle a souvent quelque chose de brillamment provoquant à dire, et ses déclarations font d'elle l'anthropologue la plus notoire de son siècle. Méthode ethnographique. La hardiesse des formulations de Mead et son option fondamentale de mélanger les approches psychologiques et anthropologiques, attirent rapidement les critiques. Elle est caractérisée comme "impressionniste", "intuitive", "subjective", et "non-scientifique". Cependant, déterminée à faire de l'anthropologie une science comme les autres, elle entreprend d'exposer et de justifier ses procédures d'investigation, et rend, à sa mort, publics tous ses dossiers déposés à la Bibliothèque du Congrès. Ces documents montrent une variété de méthodes, dont certaines, comme l'usage de la photographie et du film, sont relativement nouvelles dans sa spécialité, sans forcément convaincre. . Questions de genre. Plus encore que ses autres domaines d'intervention, les questions concernant l'éducation, les droits des femmes, la sexualité engagent personnellement Mead, ses propres expériences familiales et affectives, particulièrement sa relation intime avec l'anthropologue Ruth Benedict. Son engagement personnel dans ces questions teinte ses investigations de la sexualité des jeunes filles de Samoa, de la dominance maritale des femmes Chambuli ou de l'inconsistance émotionnelle des mères balinaises. Le mouvement féministe américain renaissant après la seconde guerre mondiale la considéra de diverses manières. La plupart des questions qu'elle aborde, en effet, ne font pas l'accord dans le mouvement. Elle insiste davantage sur la différence des genres que sur leur égalité, et sur l'accomplissement personnel, plutôt que sur la revendication professionnelle. Selon plusieurs commentateurs, elle assume, dans sa vie académique, le rôle d'un homme, . La controverse autour de "Mœurs et sexualité en Océanie". Margaret Mead publie en 1928 "Adolescence à Samoa", qui devient un véritable best-seller vendu à plusieurs millions d'exemplaires dans le monde entier, et publié en édition de poche dans les années 1960. Elle expose sa thèse dans les premières pages de son livre, traduit dans la deuxième partie de "Mœurs et sexualité en Océanie". . La description des adolescentes Samoanes qui suit les décrit détachées des contraintes sociales, désinvoltes ; elles ignorent les malheurs de l'adolescent américain, elles vivent dans une société de tolérance, sans conflit, où à laquelle les adolescentes, en particulier, s'adonnent librement. Cette vision de l'amour sous les palmiers fit l'effet d'une bombe dans l'Amérique puritaine des années 1920. Des objections s'élèvent dès l'après-guerre. Comment peut-on décrire ainsi une société où, comme le dit d'ailleurs Mead en passant dans son propre livre, la virginité des jeunes mariées est requise, où les jeunes filles sont soumises à leurs frères, et où aucune option ne leur est ouverte ? Des ethnologues ayant travaillé à Samoa ou Samoans critiquent "Adolescence à Samoa", sans se faire entendre. En 1983, cinq ans après la mort de Margaret Mead, l'anthropologue néo-zélandais Derek Freeman, qui connaît particulièrement les Samoa et en parle la langue, publie "Margaret Mead and Samoa: The Making and Unmaking of an Anthropological Myth", livre dans lequel il réfute les principales conclusions de Mead à propos de la sexualité au sein de la société samoane, estimant que ses informateurs l'ont induite en erreur, tout en appuyant son analyse de la société samoane sur une vision éthologique se référant à Karl Popper, qui semble d'un autre âge. L'Association Anthropologique Américaine, qu'elle a présidée en 1960, vote en 1983 une motion considérant l'ouvrage critique de Freeman comme La dispute Mead-Freeman devient une controverse universitaire majeure, nombre d'universitaires prenant parti pour l'un ou l'autre. Les défenseurs de Margaret Mead attaquent l'orientation du travail de Freeman, sans réfuter les erreurs qu'il relève dans "Adolescence à Samoa". Hors du milieu anthropologique universitaire, l'ouvrage de Margaret Mead est défendu par les partisans du libéralisme sexuel ou du freudo-marxisme, qui appuient leurs thèses sur ses écrits. Après avoir présenté le débat, Daniel de Coppet, directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales de Paris prend dans l"Encyclopædia Universalis" la défense de Margaret Mead, concluant qu'. En Amérique, plusieurs anthropologues, cependant, remettent en cause à la fois les affirmations de Mead sur Samoa, la , et ses procédés autoritaires à la tête des institutions universitaires. Martin Orans, prenant un point de vue positiviste, ne dans le rapport que Margaret Mead fait des Samoans, qu'on pourrait juger par cette formule tranchante : . Ayant étudié les sources de terrain de Margaret Mead et de Derek Freeman, Orans conclut que ses informateurs ne l'ont nullement induite en erreur, mais qu'elle est arrivée à Samoa avec un schéma préconçu, qui aura orienté les réponses par les questions qu'elle demande à son interprète de poser, et interprété les faits qu'elle recueille en faveur de ce schéma. En effet, Margaret Mead a vécu pendant 5 mois dans un poste américain sans jamais participer longuement à la vie quotidienne et cérémonielle du village, car elle conduisait des entretiens par interprète, avec 50 jeunes filles. Jusqu'en 1997 pour le moins, et . Son succès s'explique parce qu'il a . L'ethnologue français Serge Tcherkézoff retracera l'historique et les enjeux de cette polémique dans un ouvrage publié en 2001 sous le titre : "Le mythe occidental de la sexualité polynésienne". Il conclut que et que le , illustré dès les "Supplément au voyage de Cook" et "Supplément au Voyage de Bougainville" était la cause profonde de l'erreur de Mead aussi bien que de son succès, et que cela expliquait la vigueur avec laquelle de nombreux collègues l'ont défendue après sa mort. Ce mythe a pris naissance en conséquence d'un malentendu catastrophique survenu à l'arrivée des premiers occidentaux au . Terrorisés par les ravages faits par les canons du premier navire européen, qu'ils ont tenté de repousser, les Tahitiens envoyèrent aux navires suivants des jeunes filles afin d'amadouer leurs occupants. Les arrivants décrivirent ce sacrifice, à leur retour en Europe, comme une preuve de l'innocence des Polynésiens ; tandis que leur nudité ordinaire évoquera pour les chrétiens la description biblique du Paradis. De cet équivoque historique naîtra le mythe de la Polynésie qui se développe dans l'imaginaire européen à la faveur de la contradiction entre les conceptions individualistes et la répression de la sexualité. Finalement, la liberté sexuelle des habitants des îles de Samoa telle que la décrivait l'ouvrage de Margaret Mead correspondait , bien que les faits fussent à peu près entièrement réfutés.
Michael Moore Michael Moore, né le à Flint dans le Michigan (États-Unis), est un écrivain et un réalisateur américain de documentaires engagés. Jeunesse et engagement politique. Né à Davison, banlieue de Flint (Michigan), fils d'une secrétaire et d'un ouvrier employés dans l'usine General Motors basée à Flint (Michigan), neveu d'un des fondateurs du Syndicat des travailleurs de l'automobile (UAW), Michael Moore grandit dans un milieu col bleu typique du Midwest. À dix-huit ans, il est élu au conseil d'administration de son école (Davison High School), où il devient l'un des plus jeunes Américains à accéder à une fonction publique. Il se fait le porte-parole des étudiants. Abandonnant ses études de journalisme sur le campus régional de Flint de l'université du Michigan, il fonde à vingt-deux ans le "Flint Voice" (« La Voix de Flint »), un journal alternatif qu'il dirige pendant dix ans. Ses premiers engagements politiques se placent à l'extrême gauche dans l'échiquier politique américain. Il apporte son soutien au gouvernement sandiniste de Daniel Ortega contre l'attaque américaine au Nicaragua et dénonce l'embargo contre Cuba. Dans les années 1980, il travaille pour le magazine "Mother Jones" avant de se faire licencier (les motifs du licenciement demeurent controversés). Débuts dans le cinéma. En 1979, il est crédité comme "assistant director" au tout début du générique du film "The Electric Horseman" de Sydney Pollack. En 1989, il vend tous ses biens et parvient à réaliser son premier film qui le consacrera, "Roger et moi", dans lequel il dénonce l'application des mesures de restructuration décidées par Roger Smith, président de General Motors, qui conduisent à la fermeture des usines automobiles de Flint ( dans une agglomération de ). C'est à l'époque le plus gros succès commercial jamais connu pour un documentaire. En 1995, il réalise "Canadian Bacon" (« Lard canadien »), film satirique se déroulant aux États-Unis juste après la Guerre froide, et mettant en scène le gouvernement américain tentant de monter les Américains contre les Canadiens pour relancer l'économie. Le film dénonce notamment la mentalité américaine vis-à-vis du port d'arme, ainsi que l'utilisation de la peur à travers les médias - deux idées qui seront reprises de manière plus approfondie dans "Bowling for Columbine". En 1999, il sort "The Big One" (« Le Grand ») où il traite de l'appauvrissement de certaines tranches de la population aux États-Unis et des pratiques douteuses de certaines multinationales comme Nike. "The Awful Truth". En 1999, il crée, produit et présente l'émission ' (« L'affreuse vérité ») dans laquelle il aborde des sujets graves avec humour. Lors de son premier rendez-vous mensuel, il dénonce le système des mutuelles de santé américaines (HMO) avides de profits — HMO d'où le jeu de mots de l'auteur : ' c'est-à-dire « par ici la monnaie ! » en invitant une compagnie à l'enterrement d'un de ses clients pour lequel elle refuse de payer la transplantation d'un pancréas. La compagnie mise en cause décide de couvrir toutes les greffes de pancréas après le passage de Michael dans ses bureaux … Il aborde également la récurrence des meurtres de personnes de couleur par les policiers, le gouffre qui sépare les classes sociales et le manque de visibilité des PDG par la population locale. L'émission connaît un vif succès durant ses deux ans d'existence à la fois aux États-Unis, mais aussi au Royaume-Uni où elle est diffusée sur Channel 4. Campagnes. En 2000, il fait campagne à l'élection présidentielle pour le candidat écologiste Ralph Nader, et critique ouvertement tant le candidat démocrate Al Gore que le républicain George W. Bush. Durant les quatre années qui suivent, il est l'inlassable critique de l'administration de George W. Bush. Michael Moore est en première ligne contre la guerre d'Afghanistan à la fin de l'année 2001 puis en 2003 contre l'« intervention militaire » des États-Unis en Irak. Il fait de l'élection présidentielle de 2004 la « mère de toutes les batailles » contre George W. Bush et soutient dans un premier temps le général Wesley Clark lors des primaires démocrates. Entouré de gardes du corps, il participe à la convention républicaine sur les bancs de la presse en . Son site Internet resta muet pendant trois jours après la réélection de George W. Bush le avant de se reprendre et de déclarer que l'avenir appartenait aux démocrates et à la gauche, car la jeunesse avait voté majoritairement pour John Kerry, l'adversaire démocrate de Bush. En 2007, lors de la réalisation de son documentaire, "SiCKO", consacré à l'assurance maladie aux États-Unis, il est accusé par le département américain du trésor d'avoir violé l'embargo des États-Unis contre Cuba. Il voit alors, derrière l'enquête dont il fait l'objet de la part des autorités américaines, des motivations politiques qu'il impute à George W. Bush, alors que le cinéaste entendait démontrer que le système de santé de Cuba était meilleur et plus performant que celui des États-Unis. Lors de l'élection présidentielle américaine de 2008, il soutient Barack Obama, candidat du Parti démocrate. Lors de l'élection présidentielle américaine de 2016, il soutient Bernie Sanders aux primaires démocrate, avant de se rallier à Hillary Clinton, candidate du Parti démocrate. Après la victoire de Donald Trump et avant la désignation officielle de ce dernier par le collège des grands électeurs, il s'engage à payer les amendes de ces derniers s'ils refusaient finalement de choisir le candidat républicain. Le , Michael Moore sort le film "Michael Moore in TrumpLand", film d'un stand-up joué en Ohio en faveur d'Hillary Clinton pour la campagne présidentielle et afin d'essayer d'expliquer la colère des supporteurs de Donald Trump. Le film sera détourné par ce dernier, qui n'en reprend qu'un court extrait sur son compte Twitter, dans lequel le réalisateur décrit Trump comme « une bombe pour exploser le système », essayant de faire croire qu'il est en sa faveur. Dès , de retour du Royaume-Uni, qui a voté en faveur du Brexit, il publie une tribune intitulée « "5 reasons why Trump will win" », avec comme titres de paragraphes « Les maths du Midwest, ou bienvenue à notre Brexit de la "Rust Belt" », « Le dernier combat de l'homme blanc en colère », « Le problème Hillary», « Le "vote déprimé" des partisans de Sanders » et « L'effet Jesse Ventura ». Il y explique notamment que les sondages en Floride sont bien moins pertinents que l'étude des résultats des primaires dans la "Rust Belt", composée de quatre États (Ohio, Wisconsin, Michigan, Pennsylvanie) frappés par la désindustrialisation, traditionnellement démocrates, mais ayant élu un gouverneur républicain aux élections de mi-mandat en 2010. Michael Moore a été la seule figure médiatique avec Allan Lichtman à avoir prédit la victoire de Trump à l'élection. Consécration au cinéma. "Bowling for Columbine". En 2002, "Bowling for Columbine" est un succès international (Prix du Festival de Cannes). Il remporte en 2003 l'Oscar du meilleur film documentaire et le César du meilleur film étranger. Le documentaire s'inspire d'un fait divers, le massacre, en 1999, de douze lycéens et d'un professeur par deux adolescents à la Columbine High School (voir massacre du lycée de Columbine). Moore s'interroge, dans le contexte de l'après 11 septembre 2001, sur la culture de la peur véhiculée par les médias et les politiciens, et sur l'industrie « meurtrière » de l'armement américain et de son pendant politique, la National Rifle Association. "Fahrenheit 9/11". En 2004, il réalise le film "Fahrenheit 9/11", un documentaire orienté, qualifié de brûlot par la presse, réalisé dans le but avoué d'influer sur l'élection présidentielle de 2004. Il s'en prend notamment dans ce film à George W. Bush et à son administration, aux liaisons professionnelles liant la famille Bush à la famille saoudienne de ben Laden, et traite de l'action de la diplomatie américaine qui conduisit à la deuxième guerre d'Irak. Ce film est produit par Miramax, une filiale autonome de Walt Disney Company dont le patron Harvey Weinstein, partisan du Parti démocrate, produit également Quentin Tarantino. Disney refuse à sa filiale de diffuser son film aux États-Unis en pleine campagne électorale. Moore pointera du doigt le fait que Disney finance la campagne de George W. Bush à hauteur de . C'est dans ce contexte que le film reçoit la Palme d'or au Festival de Cannes 2004, alors que le président du Festival, Quentin Tarantino, militant anti-Bush, est soupçonné de favoritisme du fait principalement de ses liens avec Miramax et du soutien personnel de Weinstein. Dans son discours de remerciement, Michael Moore s'amuse du fait que son film a un distributeur en Albanie, mais pas aux États-Unis. Après avoir reçu la Palme d'Or, Miramax obtient l'autorisation de sa maison mère pour distribuer le film qui est présenté dans plus de huit cents salles à travers les États-Unis. À ce jour, "Fahrenheit 9/11" est le documentaire ayant généré le plus d'entrées lors du premier week-end de diffusion aux États-Unis. "SICKO". Sorti en 2007, "SiCKO" est un documentaire critiquant principalement le système de santé américain où d'individus ne sont pas couverts par une assurance maladie et les autres ont parfois de grandes difficultés à se soigner en raison des réticences des compagnies d'assurances à payer les soins nécessaires. En 2020, il produit le documentaire "Planet of the Humans" de Jeff Gibbs qui critique les énergies vertes. Festival de Traverse City. En 2005, Michael Moore est cofondateur du Traverse City Film Festival à Traverse City au Michigan (États-Unis). Vie privée. Marié à Kathleen Glynn, il en divorce en 2014 après de mariage. Selon le site "Celebritynetworth", la fortune de Michael Moore est estimée à de dollars. Critiques. Le documentaire "", réalisé par Debbie Melnyk et Rick Caine, met en exergue certains procédés utilisés par Moore dans la réalisation de ses films et qu'ils jugent contestables, comme l'utilisation d'un ami pour jouer le rôle d'un journaliste qui se fait voler sa voiture par un employé licencié dans "Roger & Me". Les réalisateurs affirment ainsi que , notamment dans sa manière de décontextualiser les propos de George W. Bush pour illustrer ses propos. Ces réalisateurs canadiens, parlant de trucage, démontent également la scène où le réalisateur ouvre un compte dans une banque et en repart avec un fusil. Les films de Michael Moore devraient être vus selon certains, comme des « documoqueurs », c'est-à-dire des brûlots subjectifs à l'humour mordant. Debbie Melnyk et Rick Caine souhaitaient au départ faire un film à la gloire de Michael Moore mais devant les falsifications des faits, les fausses déclarations, les exagérations dans plusieurs films de Moore, ils déclarent avoir fini très déçus et désabusés. En 2004 déjà, le documentaire "FahrenHYPE 9/11" mettait en doute un certain nombre de pratiques de Moore utilisées dans "Fahrenheit 9/11". Voir aussi "". Christopher Hitchens dénonce également dans Slate les méthodes et les "mensonges" de Michael Moore. Il lui reproche de trahir son métier de réalisateur de documentaires engagés en omettant absolument tous les éléments qui ne soutiennent pas son argumentation et en ajoutant n'importe quel fait, peu importe la qualité tant que cela va dans son sens, même si ces faits se contredisent entre eux. À propos de "Fahrenheit 11/9", Hitchens déclare que le film est tellement "bidon" que vérifier les faits n'a pas d'importance. "" est un film documentaire réalisé par Michael Wilson qui critique le travail de Michael Moore. David T. Hardy y estime que M. Moore appuie des candidats comme Ralph Nader, Jerry Brown et le général Wesley T. Clark, qui n'ont aucune chance de gagner, afin de renforcer son image d'outsider bedonnant plutôt que celle du riche cinéaste à succès qu'il est réellement. Selon lui, Moore souffre d'un trouble narcissique de la personnalité. Le , au surlendemain de la fusillade de Boulder perpétrée par un immigré syrien, il publie le message suivant sur Twitter : . Cela lui vaut de nombreuses critiques de la part de personnalités de droite (Ben Shapiro, Dave Rubin, , , , etc.) ayant interprété son tweet non pas comme une critique ironique de la violence aux Etats-Unis, mais comme une forme de louange à l'égard du tireur.
Mécanique des fluides La mécanique des fluides est un domaine de la physique consacré à l’étude du comportement des fluides (liquides, gaz et plasmas) et des forces internes associées. C’est une branche de la mécanique des milieux continus qui modélise la matière à l’aide de particules assez petites pour relever de l’analyse mathématique, mais assez grandes par rapport aux molécules pour être décrites par des fonctions continues. Elle comprend deux sous-domaines : la statique des fluides, qui est l’étude des fluides au repos, et la dynamique des fluides, qui est l’étude des fluides en mouvement. Principales branches. Statique des fluides. L'hydrostatique, ou statique des fluides, est l'étude des fluides immobiles. Ce domaine a de nombreuses applications comme la mesure de pression et de masse volumique. Elle offre des explications physiques à de nombreux phénomènes de la vie quotidienne, comme la poussée d’Archimède ou les raisons pour lesquelles la pression atmosphérique change avec l'altitude. L'hydrostatique est fondamentale pour l'hydraulique, l'ingénierie des équipements de stockage, de transport et d'utilisation des fluides. Elle est également pertinente pour certains aspects de la géophysique ou de l'astrophysique (par exemple, pour comprendre la tectonique des plaques et les anomalies du champ gravitationnel de la Terre), pour la météorologie, la médecine (dans le contexte de la pression artérielle) et de nombreux autres domaines. Dynamique des fluides. La dynamique des fluides, ou hydrodynamique, est une sous-discipline de la mécanique des fluides qui traite de l'écoulement des fluides, soit les liquides ou les gaz en mouvement. La dynamique des fluides offre une structure systématique qui englobe des lois empiriques et semi-empiriques, dérivées de la mesure du débit et utilisées pour résoudre des problèmes pratiques. La solution à un problème de dynamique des fluides implique généralement le calcul de diverses propriétés du fluide, telles que la vitesse, la pression, la densité et la température, en tant que fonctions de l'espace et du temps. La dynamique des fluides couvre plusieurs sous-disciplines comme : S'agissant d'écoulements de gaz incompressibles (ou assimilés), l'aérodynamique rejoint précisément l'hydrodynamique (et vice-versa), c'est-à-dire que les raisonnements théoriques et les mesures expérimentales qui valent pour les liquides valent aussi pour les gaz (incompressibles ou assimilés) et vice et versa. Ainsi peut-on calculer théoriquement avec les mêmes méthodes les efforts suscités par des écoulements liquides ou gazeux (incompressibles ou assimilés) ; ainsi encore peut-on déterminer expérimentalement les caractéristiques de portance et de traînée de fusées dans l'eau (image de gauche) ou de sous-marins dans l'air (image de droite). La dynamique des fluides a un large éventail d'applications, dont le calcul des forces et moments s'appliquant sur les aéronefs, la détermination du débit massique de pétrole dans les pipelines, la prévision de l'évolution des conditions météorologiques, la compréhension des nébuleuses dans l'espace interstellaire et la modélisation des explosions. Certains principes de dynamique des fluides sont utilisés dans l'ingénierie du trafic et la dynamique des foules. Échelles et nature du problème hydrodynamique. Niveau microscopique. Au niveau le plus bas de la modélisation, on décrit le milieu par position et vitesse de chaque particule constitutive et le potentiel d'interaction entre elles. Cette approche est bien sûr limitée par la quantité d'information qu'elle suppose. Elle est utilisée : Pour les gaz et à un niveau moins détaillé on se contente de décrire la distribution statistique des vitesses et éventuellement de tous les autres degrés de liberté (énergie interne, rotation et vibration dans le cas de molécules). Ludwig Boltzmann a ainsi réussi à écrire l'équation cinétique qui porte son nom. Cette fonction du temps, de la position et de la vitesse peut être calculée à partir d'outils comme la simulation directe Monte Carlo ou la méthode de gaz sur réseau particulièrement bien adaptée aux milieux poreux. Il s'agit de calculs coûteux en raison de la dimension 7 du problème. Pour cette raison on utilise généralement un potentiel d'interaction peu réaliste physiquement mais conduisant à des résultats acceptables. Niveau mésoscopique. Par ce vocable on entend la description de phénomènes descriptibles à une échelle grande devant la précédente mais petite devant l'échelle du continu. Concept de particule élémentaire du fluide. La particule fluide décrit un fluide à l'échelle mésoscopique : c'est un volume de dimension suffisamment petite pour que les propriétés du fluide ne varient pas spatialement dans la particule et suffisamment grand pour qu'une quantité importante de molécules soient comprises dedans de manière à moyenner les fluctuations statistiques. On peut effectuer dans cette particule un bilan de masse, de quantité de mouvement et d'énergie en utilisant les flux correspondants sur les limites du domaine. Cette approche conduit à l'écriture des équations de conservation correspondantes et, par passage à la limite, aux équations descriptives du phénomène. Cette méthode est aussi la base de la description numérique, le volume élémentaire étant alors la maille élémentaire du calcul. Suppression des détails de taille intermédiaire. La géométrie étudiée peut comprendre des détails dont la prise en compte explicite va rendre le problème coûteux, par exemple une rugosité de la surface ou le détail de la géométrie d'un milieu poreux. Dans ce dernier cas les méthodes bien connues de la prise de moyenne volumique ou de l'homogénéisation permettent le calcul de quantités intervenant sous forme de coefficients comme le coefficient de diffusion dans l'équation de Darcy. Dans le cas d'une rugosité l'homogénéisation aboutit à l'écriture d'une relation de saut à la paroi, c'est-à-dire une relation liant toute valeur à sa dérivée spatiale. On peut faire également entrer dans cette catégorie les phénomènes de raréfaction dans un choc ou une couche pariétale. Dans ces régions d'espace les équations du continu sont invalides sur une distance de quelques libres parcours moyens. On peut généralement les ignorer. Lorsque ce n'est pas les cas leur modélisation aboutit comme précédemment à des équations de saut. Les relations de Rankine-Hugoniot en sont un exemple. Enfin, et ce n'est pas le moindre problème, on peut faire disparaître toutes les fluctuations d'un écoulement turbulent par des méthodes de moyennage très diverses, pouvant ramener le problème à une simple diffusion équivalente. Là aussi le but est de simplifier le calcul, possible par la simulation directe, mais coûteux. Niveau macroscopique. Le niveau macroscopique résulte donc d'une simplification drastique de tous les détails du problème, lesquels sont tout de même présents au travers des coefficients qui interviennent dans les équations descriptives, des conditions aux limites et de l'équation d'état du milieu. Compressible et incompressible. Ces notions qui séparent nettement deux types d'écoulements ont une origine microscopique : Équations. Les équations de Navier-Stokes pour un fluide simple (newtonien) sont la pierre angulaire du domaine, à partir desquelles on déduit de nombreuses autres lois. Ces équations sont écrites dans un repère fixe, avec deux expressions des différentes grandeurs en fonction de la position : soit en fonction des coordonnées actuelles dans le repère (description eulérienne), soit en fonction des coordonnées occupées à un certain instant initial (description lagrangienne). Dans le premier cas le vecteur formula_1 représente la vitesse à l'instant et au point de coordonnées (formula_2) (mais à différents instants il ne s'agira pas de la même portion de matière), dans le second cas formula_3 représente la vitesse à l'instant de la matière qui à l'instant initial occupait la position formula_4 (et qui à l'instant se trouve en un point différent formula_5). On utilise le plus souvent la description eulérienne. Équations de base. On peut obtenir ces équations par au moins deux voies : Dans la première méthode apparaissent le tenseur des contraintes (ou tenseur de pression, incluant contraintes visqueuses et pression) et le flux de chaleur. Pour ces deux quantités on fait l'hypothèse qu'elles sont liées à un gradient : Le mécanisme sous-jacent dans les deux cas n'est pas très apparent : on se doute que cette proportionnalité est liée à une linéarisation des équations qui décrivent le problème exact sous-jacent. C'est là un processus général en physique mathématique. La méthode partant du microscopique permet d'éclairer cet aspect. Les équations de Navier-Stokes sont l'expression d'une petite perturbation de la fonction de distribution microscopique des vitesses et, éventuellement, des énergies internes (statistique de Maxwell-Boltzmann). "A contrario" les équations d'Euler décrivent le cas correspondant à l'équilibre thermodynamique local. Il faut alors donner les coefficients qui interviennent : pression, viscosité et conductivité. La pression est définie par l'équation d'état. Les propriétés de transport, viscosité et conductivité peuvent résulter dans le cas du gaz d'un calcul effectué à partir du niveau microscopique (du potentiel interatomique). Pour les liquides ces quantités relèvent de l'expérience. Similitude. La similitude est la mise en évidence de nombres sans dimensions permettant de réduire le nombre de paramètres intervenant dans les équations afin de simplifier son analyse, éventuellement de définir des expériences à l'échelle du laboratoire. Elle est basée sur l'invariance d'échelle qui assure la covariance des équations : celles-ci sont valides dans tout référentiel galiléen. On peut alors par un changement de variable faire apparaître des nombres adimensionnels et diminuer ainsi le nombre de variables d'un problème. Reprenons l'exemple précédent. On définit : À partir de ces valeurs on déduit les variables réduites : Le système en variables réduites s'écrit : formula_12 est l'opérateur nabla adimensionné et formula_13 le nombre de Reynolds. Le problème ne dépend plus explicitement des dimensions physiques : l'équation ci-dessus décrit une famille de problèmes (et donc de solutions) se déduisant l'un de l'autre par transformation de l'espace et du temps. Instabilités et turbulence. Instabilités. L'instabilité des solutions des équations est due au terme non linéaire de transport de quantité de mouvement V ⋅ ∇V. Elles correspondent à une bifurcation de la solution obtenue pour une certaine valeur du nombre de Reynolds. On rencontre divers types d'instabilités : De plus les interfaces soumises à une accélération ou à un champ de gravité peuvent être le siège d'instabilités : Rayleigh-Taylor, Richtmyer-Meshkov, etc. Transition vers la turbulence. Le passage de l'état laminaire d'un écoulement vers un état totalement turbulent peut emprunter plusieurs voies : Il n'existe pas de modèle universel de transition. Ceci est aisément compréhensible dans le cas de la transition naturelle où la source de l'instabilité peut être diverse et où de plus son amplitude joue un rôle. De même on ne maîtrise pas forcément une turbulence externe. En pratique on utilise des critères expérimentaux valides sur telle ou telle configuration. Turbulence. La turbulence est un phénomène étudié depuis Léonard de Vinci mais encore mal compris. Il n'existe pas de théorie permettant de décrire le phénomène à partir des équations de Navier-Stokes. La cascade turbulente se manifeste par un transfert d'énergie des grandes structures créées par les gradients de vitesse - encore le terme V ⋅ ∇V - vers les petits tourbillons détruits par dissipation visqueuse. Un résultat majeur obtenu par Kolmogorov est la description des échelles intermédiaires où se produit une diffusion de l'énergie cinétique par mélange et étirement/repli des tourbillons. Cette région possède une propriété d'auto-similitude : les transferts se produisent identiquement à toutes les échelles. Ce résultat illustre la capacité explicative de l'approche physique statistique et systèmes dynamiques. Une turbulence quasi-bidimensionnelle est obtenue lorsque l'une des dimensions du problème est limitée. C'est le cas de l'atmosphère, où les grands tourbillons excèdent largement la « hauteur utile » où peut se développer une troisième dimension. Il se produit alors une double cascade d'énergie. En pratique, l'approche physique statistique ne permet pas un calcul global. De même la résolution directe des équations est beaucoup trop coûteuse et ne sert qu'à générer des expériences numériques servant de test à une théorie. En pratique la mécanique des fluides numérique utilise une méthode où les moments des corrélations statistiques des variables issus d'une prise de moyenne sont modélisés par une hypothèse physique raisonnable. Il existe plusieurs modèles, chacun étant plus ou moins adaptée à une situation donnée. Les effets de la turbulence sur l'écoulement sont importants. Directement ils favorisent les échanges de masse, quantité de mouvement et énergie. Ce phénomène augmente également le bruit acoustique. Il a aussi un effet indirect en modifiant la structure globale d'une région, par exemple la région décollée d'une couche limite ou un jet. Lois de comportement. La loi de comportement d'un milieu solide ou fluide (voire intermédiaire) relie les contraintes "σ"ij exercées dans le milieu aux déformations "ε"ij du milieu et/ou à leurs dérivées par rapport au temps. Fluide newtonien. Pour beaucoup de fluides, le tenseur des contraintes peut s'écrire comme la somme d'un terme isotrope (la pression p) et d'un déviateur (le cisaillement): δij est le symbole de Kronecker, μ la viscosité dynamique et V la vitesse. En réalité, il existe toujours un terme de viscosité volumique  μ' div V δij  correspondant à une variation isotrope de volume et dû à des interactions moléculaires inélastiques. Ce terme est généralement négligé quoique mesurable et, dans le cas des gaz, calculable. Très petit, il est supposé nul dans l'hypothèse de Stokes. Certains matériaux comme les verres ont un comportement qui passe continûment de l'état solide à l'état liquide. C'est vraisemblablement le cas du verre commun si l'on en croit les mesures de viscosité dans la plage où celles-ci sont faisables en un temps raisonnable ou celle du Silly Putty. Fluides non newtoniens. De nombreux fluides ont des comportements différents, particulièrement en cisaillement. Ce comportement est lié à leur composition : phase solide en suspension, polymère, etc. Leur étude relève de la rhéologie. On présente généralement leur comportement sous un cisaillement simple pour lequel la viscosité est la pente de la courbe contrainte-déformation : La relation contraintes-déformation n'est pas suffisante pour caractériser certains fluides dont le comportement est plus complexe : Ces caractéristiques peuvent donner naissance à des comportements remarquables comme : Les comportements peuvent être décrits par des modèles rhéologiques obtenus en ordonnant de manière plus ou moins complexes des éléments de base : ressort pour l'élasticité, amortisseur pour le comportement visqueux, patin pour la pseudo-plasticité. On obtient ainsi le modèle de Kelvin-Voigt ou le modèle de Maxwell pour décrire la viscoélasticité. Les caractéristiques sont mesurées à l'aide de rhéomètres ou, dans le cas des polymères, peuvent être prédites. Types d'écoulement (milieu homogène). Stationnarité, instationnarité. Un écoulement peut être stationnaire ou instationnaire ou les deux à la fois. Prenons l'exemple de l'écoulement autour d'un cylindre infini : Vorticité. Les tourbillons peuvent naître dans une région décollée comme la recirculation dans l'exemple précédent. Il s'agit alors d'un phénomène entretenu d'origine visqueuse. Ils peuvent également avoir pour origine une dissymétrie des conditions aux limites : c'est le cas des extrémités d'une aile d'avion. Dans ce cas il s'agit d'un phénomène inertiel non entretenu (en un point de l'espace donné). Les tourbillons ainsi créés sont de grande taille et peu affectés par la viscosité, ce leur confère une grande durée de vie. Mathématiquement, le tourbillon (ou vorticité) se définit comme le rotationnel de la vitesse ou la moitié de cette valeur. On sait écrire une équation de transport pour cette quantité qui est à la base des études sur la turbulence vue sous l'angle mécanique des fluides et non sous l'angle statistique comme dans l'étude de la cascade turbulente. Compressibilité. Tous les fluides sont visqueux jusqu'à un certain degré. La compressibilité de l'eau par exemple vaut environ 5 × 10−10 N−1, ce qui suppose des pressions de l'ordre du kilobar pour obtenir un effet mesurable. Cette faible valeur permet dans le cas général de faire l'approximation de masse volumique constante. Les écoulements dans lesquels cette approximation est valide sont généralement tels que la température y est sensiblement constante et où l'on peut par suite supposer la viscosité constante. L'équation de conservation de l'énergie est découplée et les équations de Navier-Stokes réduites à une forme plus simple. Si de plus on suppose le nombre de Reynolds petit (Re ≈ 1) on aboutit à l'équation de Stokes. Dans le cas d'un écoulement irrotationnel on montre que la vitesse découle d'un potentiel : on parle d'écoulement potentiel. Toutefois, la compressibilité d'un liquide n'est jamais nulle et il est possible d'y propager une onde de choc, laquelle suppose une discontinuité des toutes les variables comme indiqué par les relations de Rankine-Hugoniot. Celles-ci sont relatives aux équations d'Euler, donc à un milieu sans viscosité. Cette discontinuité n'existe qu'au point de vue macroscopique puisque la théorie cinétique montre pour les gaz une variation rapide sans discontinuité sur une distance de quelques libres parcours moyens. L'onde de choc résulte d'une propriété remarquable des équations d'Euler : leur caractère hyperbolique. L'information dans le milieu est transportée par les caractéristiques. Ceci a donné lieu par le passé à des méthodes de résolution par construction géométrique dans des cas assez simples comme une tuyère ou l'onde accompagnant un objet en vol supersonique. Cette propriété est aujourd'hui à la base des méthodes de résolution numérique par volumes finis : les solveurs de Riemann. Écoulements visqueux et non visqueux, couche limite. Hors problème de turbulence, les effets dits visqueux, en fait tous les effets liés au transport de masse (diffusion), de quantité de mouvement (cisaillement) et d'énergie (conduction), sont généralement confinés à des régions particulières, généralement une paroi et dans ce cas on parle de couche limite. Un immense progrès dans la compréhension de ce phénomène a été fait au début du . Il a permis l'avènement de l'aérodynamique moderne grâce à l'analyse que permet son caractère parabolique : l'information ne remonte pas l'écoulement. En outre la relative simplicité des équations autorise la mise en évidence de solutions approchées. Écoulement en milieu inhomogène. Écoulements à surface libre. Les écoulements à surface libre désignent les écoulements d'un fluide limité par une surface libre continue. Ils concernent essentiellement l'atmosphère, les océans ou les lacs et les rivières ou canaux, mais peuvent aussi décrire une étoile par exemple. Les problèmes à grande échelle dans l'atmosphère ou l'océan ne possèdent pas de caractère spécifique. Ils sont décrits par les équations de Navier-Stokes. D'autres sont limités dans une ou plusieurs directions d'espace. Ce sont : La tension superficielle ne joue pas de rôle dans ce type de problème. Écoulements polyphasiques. Ce domaine de la mécanique des fluides s'intéresse à ce qui se passe lorsque l’on a affaire à plusieurs phases qui s’écoulent ensemble. Dans la majorité des cas il s'agit d'un milieu diphasique où une phase mineure en volume est dispersée dans la phase majeure. On peut distinguer en fonction du milieu majoritaire : Cette systématisation des phénomènes peut faire illusion : cela cache des problèmes de natures très différentes. Par exemple les bulles et leur interaction avec leur environnement constituent à elles seules un vrai problème physique que l'on doit aborder avant même de s'intéresser au problème diphasique. Pour le traitement théorique et numérique du problème on distingue les méthodes cinétique où l'on suit chaque élément de la phase diluée en lui appliquant les lois d'interaction "ad hoc" (par exemple dans l'équation de Mason-Weaver) et méthodes bifluides où des équations de Navier-Stokes couplées sont écrites pour chaque phase, moyennant certaines hypothèses sur le moyennage des phases (exemple de la méthode du volume de fluide. Cette méthode est plus économique mais pose souvent des problèmes de conditions aux limites où les hypothèses ne sont pas respectées. Il faut noter que les systèmes diphasiques sont susceptibles de montrer des instabilités spécifiques, un exemple remarquable étant le geyser. En taille et fraction suffisante les éléments dispersés peuvent affecter la turbulence. Écoulements en milieu poreux. Les écoulements en milieu poreux sont présents dans de nombreux domaines comme l'hydrologie, les protections thermiques, etc. Il s'agit souvent de fluides homogènes mais on rencontre des cas hétérogènes comme dans l'extraction pétrolière. Ce sont par nature des écoulements de fluide à faible vitesse, généralement décrits par l'équation de Stokes à l'échelle du pore. La loi de Darcy établie expérimentalement est démontrable par prise de moyenne volumique ou homogénéisation sous cette condition. L'extension à des écoulements plus rapides (loi de Darcy-Forchheimer) se fait en introduisant un nombre de Reynolds. Pour les gaz on sait également traiter tous les régimes d'écoulement depuis le moléculaire jusqu'au continu (équation de Darcy-Klinkenberg). La quantité importante dans le domaine est la perméabilité. Celle-ci est mesurable. Elle a longtemps été évaluée théoriquement par des modèles utilisant des porosités de forme simple, respectant la porosité (par exemple la loi de Kozeny-Carman). Ces méthodes ont une prédictibilité limitée aux variations et non aux valeurs absolues. Ceci a changé avec l'avènement de la microtomographie qui permet une simulation numérique directe du phénomène à l'échelle du pore. Mécanique des fluides numérique. La mécanique des fluides numérique consiste à étudier les mouvements d'un fluide, ou leurs effets, par la résolution numérique des équations régissant le fluide. En fonction des approximations choisies, qui sont en général le résultat d'un compromis en termes de besoins de représentation physique par rapport aux ressources de calcul ou de modélisation disponibles, les équations résolues peuvent être les équations d'Euler, les équations de Navier-Stokes. La mécanique des fluides numérique a grandi d'une curiosité mathématique pour devenir un outil essentiel dans pratiquement toutes les branches de la dynamique des fluides, de la propulsion aérospatiale aux prédictions météorologiques en passant par le dessin des coques de bateaux. Dans le domaine de la recherche, cette approche est l'objet d'un effort important, car elle permet l'accès à toutes les informations instantanées (vitesse, pression, concentration) pour chaque point du domaine de calcul, pour un coût global généralement modique par rapport aux expériences correspondantes. Les méthodes ont porté non seulement sur le calcul proprement dit mais également sur le traitement des données issues de l'expérience (éventuellement numérique !). Cette discipline a prospéré grâce aux progrès des ordinateurs bien sûr mais aussi grâce à ceux de l'analyse numérique et de l'analyse tout court.
Mémé Ciredutemps
Numismatique La numismatique (du latin ', « pièce de monnaie ») a pour objet l'étude des monnaies et médailles. Le terme "monnaie" est issu du verbe « monere » en latin qui signifie, avertir. Il se lie aux origines de la déesse Moneta, responsable de souvenirs. Par ses symboles et ses signes, la pièce de monnaie avise la valeur de la transaction. Considérée comme une science auxiliaire de l'histoire, elle est particulièrement utile dans les recherches en histoire antique (notamment romaine ou grecque). Elle sert aussi en archéologie, en particulier comme critère de datation. Hormis sa finalité scientifique, la numismatique est une aide précieuse pour les collectionneurs numismates. La collection de monnaies a en effet été pratiquée depuis l'Antiquité. Pour la majorité des collectionneurs, l'intérêt historique au sens strict est secondaire. Les collections sont entreprises à des fins de thésaurisation ou par intérêts artistique, technique ou culturel, voire au titre de simple loisir, etc. C'est principalement en répondant aux besoins de ce marché d'amateurs que la numismatique a forgé ses principaux concepts. Dans le cadre de la gestion alternative, investisseurs et grands instituts financiers internationaux se sont aussi intéressés au monde de la numismatique. Terminologie. Comme toute discipline technique ou scientifique, la numismatique a développé des concepts et un vocabulaire spécifiques. Pour les questions en rapport avec la terminologie numismatique, le lecteur se rapportera avantageusement à l'article ci-dessus. Histoire de la monnaie. L'origine de la monnaie est très ancienne mais impossible à situer et dater avec précision. On peut penser que, dès l'apparition d'échanges commerciaux réguliers et de la spécialisation des tâches, le troc s'est avéré inefficace et une certaine forme primitive de monnaie a vu le jour. Probablement constituée à l'origine de petits objets précieux naturels (coquillages) ou artisanaux, la monnaie s'est perpétuée sous cette forme dans de nombreuses régions. Il faut cependant attendre les progrès de la métallurgie, de l'administration et du commerce dans les royaumes anatoliens pour voir apparaître les premières pièces de monnaie métalliques au début du , en Lydie. La monnaie semble apparaître à la même époque en Chine. Les avantages de la découverte paraissent décisifs, la frappe des monnaies se diffusant rapidement à partir de ses lieux d'invention et déterminant un usage économique qui se perpétuera jusqu'à nous. Évolution de la monnaie. L'évolution de la monnaie est évidemment déterminée d'abord par les bouleversements politiques qui ont eu cours depuis son apparition, mais également par l'évolution économique (par exemple, l'inflation) et par un certain nombre de facteurs techniques internes, qu'il est difficile de dissocier, en particulier : La monnaie un enjeu politique. La monnaie est un enjeu national qui fait l’objet d’un pouvoir particulier des États, celui de frapper la monnaie. Ainsi la France frappe sa monnaie depuis 1973 en Gironde dans l’usine de Pessac. Cependant certains pays peuvent déléguer leur droit de frapper monnaie à d’autres pays, ainsi dans l’usine de Pessac, la Monnaie de Paris frappe la monnaie pour la principauté monégasque. Au-delà de cette autonomie, l’espace européen offre une situation unique où 19 pays partagent la même monnaie : l’euro. Cet espace, nommé zone euro, résulte d’une construction progressive : lors de sa fondation en 1999, il comptait 11 pays (Allemagne, Autriche, Espagne, Belgique, Finlande, France, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal). Des agrandissements successifs ont lieu en 2001 (Grèce), 2007 (Slovénie), 2008 (Chypre, Malte), 2009 (Slovaquie), 2011 (Estonie), 2014 (Lettonie) et 2015 (Lituanie). Même dans le cadre d'un espace monétaire commun, les monnaies conservent des caractéristiques iconographiques nationales. Chaque pays est libre de choisir ce qui figure sur sa monnaie. Les pays peuvent représenter des monuments, des rois, des symboles importants dans leur culture et pour leur population. Ainsi des pièces de deux euros qui sont frappées en France et où figure un arbre ou celles frappées en Espagne avec comme figuré le portrait du roi ont exactement la même valeur où que ce soit dans la zone euro. Cependant, il arrive parfois que ce revers où figure ce que le pays a choisi pose un problème diplomatique. Ainsi en 2015 l’État belge souhaite frapper une pièce de deux euros à l’effigie de la bataille de Waterloo pour commémorer la victoire du pays face aux troupes de l’empereur français Napoléon. Les représentants français s’opposent à cette nouvelle pièce car selon eux cela heurte la sensibilité de la population française. La Belgique a donc fait machine arrière bien que 180 000 pièces aient déjà été frappées. La pièce à la mémoire de Waterloo existe bel et bien, mais pour une valeur de 2,50 ,€ ce qui la classe parmi les pièces de collections et non dans la monnaie réelle. Cela évite donc à la pièce de la discorde de se retrouver dans des mains non consentantes. Histoire de la numismatique. Le premier texte consacré à la monnaie envisagée selon une perspective numismatique est le , consacré aux monnaies romaines, et au "Libellus de moneta graeca" de l'humaniste français Guillaume Budé qui parurent en 1514 à Paris, puis réédité et augenté en 1541. Le "De Asse" connut un succès tel qu'il fut traduit en français à la demande du roi François Ier sous le titre "Summaire ou Epitome du livre de Asse", puis en italien. D'autres auteurs du publièrent des catalogues de monnaies antiques, mais par amateurisme mélangèrent les descriptions d'exmplaires authentiques aux imitations, aux faux et aux inventions. Ce n'est qu'après le milieu du que les progrès de la connaissance de l'Antiquité romaine apportent la rigueur à l'étude numismatique. Le premier périodique consacré aux pièces de monnaie voit le jour en Allemagne avec les "Blätter für Munzkunde" qui parut à Hanovre de 1834 à 1844. En France, la "Revue numismatique" est fondée en 1835 par Louis de la Saussaye et Étienne Cartier. Au Royaume-Uni, John Young Ackerman fonde en 1836 le trimestriel "The Numismatic Chronicle" qui perdurera jusqu'à nos jours comme journal de la « Royal Numismatic Society ». Aux États-Unis, l"'American Numismatic Association" (ANA), sans doute la plus importante société numismatique du monde avec membres en 2008, fut fondée à Chicago en . L'un des fondateurs de l'ANA, George F. Heath avait dès 1888 publié un périodique "The Numismatist", qui est toujours le journal de l'association. Les premières études se focalisaient presque exclusivement sur les monnaies antiques (grecques et surtout romaines), avant de s'étendre aux monnaies féodales (occidentales et en usage dans le monde islamique). Ce n'est que vers la fin du que l'intérêt s'élargit à toutes les monnaies et toutes les époques. La première étude consacrée au dollar américain ne parut qu'en 1899. Quelques scientifiques, comme le Français Gustave Ponton d'Amécourt ou le Polonais Joachim Lelewel, modifièrent durablement le point de vue. En France, Jean-Baptiste Colbert de Beaulieu (né le 26 décembre 1905 à Paris, mort le 26 janvier 1995 à Joinville-le-Pont), directeur de recherche au CNRS, savant et numismate, fut un grand spécialiste de l'étude des monnaies gauloises dont il a révolutionné l'étude en établissant des séries de coins (méthode de la charactéroscopie). Collections et collectionneurs célèbres. Depuis l'époque de la Renaissance, il était de bon ton pour celui qui en avait les moyens de disposer d'un cabinet des monnaies. Joseph de Bimard estime que vers 1560 existent environ 200 cabinets de médaille en France, autant aux Pays-Bas, plus de 380 en Italie et 175 en Allemagne. Parmi ces amateurs, on peut citer Pétrarque, les Médicis, le pape Paul III, la reine Christine de Suède, Charles VI du Saint-Empire ou Bartolomeo Borghesi. Le roi d'Angleterre, George III, mérite une place particulière, puisque sa passion était partagée par son chirurgien, William Hunter dont les collections formèrent les bases du fond numismatique du musée de Glasgow. Celles de son frère, John Hunter et celles de Hans Sloane formèrent quant à elles le fonds numismatique de base du British Museum. Plus récemment, les rois Carol Ier de Roumanie, Victor-Emmanuel III d'Italie, Farouk d'Égypte, ou le prince Rainier III de Monaco étaient connus également pour leurs collections numismatiques. Les collections prestigieuses des monarques ont souvent été à l'origine des fonds patrimoniaux des grands musées spécialisés en numismatique tels le Cabinet des médailles de la bibliothèque nationale de France ( objets), le musée numismatique d'Athènes ( objets), le Cabinet des monnaies et médailles du musée de Dresde ( objets), le cabinet des monnaies du musée d'histoire de l'art de Vienne ( objets), le département des monnaies et médailles du British Museum ( d'objets) ou le département numismatique du Musée de l'Ermitage ( objets). Guides et catalogues. Aujourd'hui, la numismatique est un loisir relativement populaire, ce qui a provoqué l'apparition de nombreux intermédiaires sur le marché, qui proposent non seulement l'acquisition de pièces, mais aussi divers services comme l'évaluation des pièces, des ventes aux enchères, etc. De même de nombreux guides et catalogue numismatiques ont vu le jour. Parmi les plus connus, pour les États-Unis, "The Official Red Book", dont la naissance remonte à 1947 et qui en est à sa , pour le Royaume-Uni, "Coins of England & The United Kingdom" publié par la célèbre firme Spink (), etc. L'instauration de l'euro a vu l'éclosion de nouvelles publications systématiques en France, Allemagne, etc. Marché de la commémoration. L'augmentation du nombre de collectionneurs et le développement du marché n'ont pas échappé non plus aux instituts monétaires nationaux (Monnaie de Paris, United States Mint, Royal Mint, Swissmint, Monnaie royale canadienne, etc). Ces instituts émettent ainsi chaque année un nombre plus ou moins important de pièces destinées aux collectionneurs : pièces de circulation soignée, ou en impression spéciale (BU et BE), monnaies commémoratives dans différents métaux, voire médailles, tokens ou produits dérivés (petites cuillères ou albums, par exemple). Le développement d'Internet a facilité le développement de ces activités commerciales, souvent fort lucratives. Toutefois, cette "surabondance de biens", résultat d'une offre bien décidée à s'adapter à une demande croissante, a conduit à un clivage dans le monde des numismates : de nombreux collectionneurs refusent par exemple de collectionner toute production qui n'aurait pas fait partie de la monnaie de circulation standard et, malgré le fait que la plupart d'entre elles aient cours légal, assimilent les pièces de monnaie commémoratives à de simples médailles. Il n'en demeure pas moins que les pièces commémoratives sont souvent émises en quantité plus faible et mieux contrôlée, dans des métaux plus précieux (souvent en or ou en argent, voire en platine) et avec une qualité de frappe et de traitement et d'emballage bien supérieurs. Leur attrait est donc bien réel pour de nombreux collectionneurs et investisseurs. Il est aussi à noter la surabondance de l'offre, la plupart des pays produisant des monnaies commémoratives, ainsi que leur relative abondance car ces monnaies ne disparaissent pas, elles sont par définition conservées et ne deviennent pas des raretés et ne prenant pas ou peu de valeur avec le temps. Types de collections. Les numismates peuvent choisir d'organiser leur collection suivant des critères arbitraires et très variés. Par exemple : Souvent, le numismate s'intéresse aussi aux billets de banque, objet de la billetophilie. Évaluation des pièces de monnaie de collection. Les collections s'échangeant sur un marché secondaire parfois peu liquide et souvent volatil, les prix des pièces collectionnées subissent des variations importantes en fonction de cours des métaux précieux, de la rareté, de l'aspect, ou simplement des fluctuations de la demande. Parmi les critères objectifs qui constituent le prix, l'état de conservation numismatique (sauf pour les pièces uniques ou très anciennes) joue un rôle absolument déterminant. Les associations numismatiques ont adopté différentes échelles de graduation plus ou moins détaillées selon les monnaies. Toute une littérature technique (en particulier en anglais) a vu le jour pour détailler les aspects à prendre en compte pour évaluer correctement une certaine monnaie. Aux États-Unis toujours, probablement le marché numismatique le plus actif, le "coin grading" semble être devenu un sport national. Les pièces de monnaie des États-Unis sont cotées sur une échelle (fondée sur l'échelle de Sheldon) qui ne compte pas moins de 70 niveaux et deux échelles distinctes selon qu'il s'agisse de monnaie de circulation ou de pièces pour collectionneurs. La sévérité de la notation et la complexité de l'évaluation ont conduit à des controverses et l'apparition de sociétés de "grading" qui fournissent les acheteurs en pièces de monnaie au grade certifié. En Europe, on se limite plus classiquement de 5 à 8 niveaux, mais des tendances existent (en particulier au Royaume-Uni) pour développer une échelle à 100 niveaux.
Natural Natural est un langage de programmation de quatrième génération semi-compilé, édité par la société allemande Software AG. Définition. Sa syntaxe est fortement inspirée de celle de Cobol : on y retrouve des instructions telles que "move", "perform", "compute", ainsi que des principes tels que la redéfinition de données ou la possibilité de définir le scope d'une variable. Néanmoins, cette syntaxe reste assez simple et beaucoup moins verbeuse que Cobol : L'intérêt d'un langage semi-compilé est sa portabilité sur différents systèmes (mainframe, Unix, Windows, etc.) ; en effet il suffit de porter le « RunTime Natural » sur une plateforme pour pouvoir y exécuter des programmes Natural originellement créés sur une autre plateforme (c'est le même principe que celui de Java avec les portages des JVM). Ce langage fut créé au départ pour permettre l'accès aux bases de données Adabas (du même éditeur). Il s'est rapidement enrichi pour pouvoir supporter des bases de données relationnelles comme DB2 ou non relationnelles comme DL1, VSAM. Il est surtout utilisé dans l'industrie et les sociétés de grande taille, car la base Adabas est supportée non seulement sur des plateformes comme Unix ou Windows mais surtout sur de gros systèmes autorisant une gestion d'I/O massive. Les instructions d'accès au système de gestion de base de données (SGBD) sont fonctionnelles (elles masquent les requêtes physiques et l'organisation des données) : chaque instruction d'accès à une table de la base se présente sous forme d'une boucle de lecture suivant une clé simple ou composée. Par exemple, la lecture se présente sous la forme de deux mots-clefs. Le langage dispose d'extension permettant également le codage des accès sous forme de requêtes SQL. Évolutions. Natural 2006 dispose d'un vocabulaire étendu pour traiter de façon native les documents XML. Natural reste, comme Cobol, fortement orienté vers les applications de gestion, du fait:
Neustrie La Neustrie ou "Neustria", "Neustrasia" ou même "Neptrecus" dans les chroniques latines, est le royaume franc correspondant à l'ancien royaume de Syagrius, au nord-ouest de la France actuelle, et qui a initialement pour capitale Soissons. Annexé en 687 par les Austrasiens, le nom de l'ancien royaume ne désigne plus au que le territoire entre Seine et Loire, gouverné depuis l'époque mérovingienne par un duc du Mans. Ce duché du Mans prend pour capitale Tours en 843, position de repli face à l'invasion bretonne, laquelle se solde par l'abandon de la marche de Bretagne, du Cotentin et du Bessin. Le résidu occidental de la Neustrie doit faire face également à l'invasion viking, et sa défense est abandonnée en 861 au comte de Tours et au duc du Mans, formant alors une marche double, la marche de Neustrie. La partie sud-orientale de l'ancienne Neustrie, le futur Orléanais, est tout autant laissée à elle-même. L'apparition de la féodalité disloque, par usurpations, les deux marches en fiefs, le Maine, l'Anjou, source des Plantagenêt, la Touraine, le Dunois, le Perche, qui s'étend sur le Sonnois, le Corbonnais et le Passais c'est-à-dire le Sud de l'Hiémois et le Nord du Maine, le Chartrain et le Blésois. De ce dernier fief sortira Thibault, restaurateur d'une Neustrie indépendante pendant un quart de siècle, et racine des Thilbaldiens, tandis que Hugues Le Grand assiéra la dynastie rivale des Capétiens sur l'Orléanais. Division est-ouest. Le terme, peut-être d'un usage beaucoup plus ancien, apparaît au sous le calame du moine Jonas de Bobbio, dans la "Vie de Colomban", pour désigner le royaume de l'Ouest lors des partages entre rois mérovingiens, par opposition au royaume de l'Est, l'Austrasie. La même division se retrouve à la même époque en Lombardie entre les Neustria et Austria lombardes. Karl Ferdinand Werner, historien allemand, présente la distinction entre Neustrie et Austrasie comme héritière de la distinction entre Francs saliens et Francs rhénans. À ce titre, la Neustrie comprend la partie principale de l'héritage salien que Clovis reçut de son père . Histoire : un resserrement progressif des frontières. Une part d'héritage mérovingien (511-687). La Neustrie est le nom d'un royaume franc qui couvrait le nord-ouest du royaume des Francs, approximativement entre Loire (frontière avec l'Aquitaine) et Escaut, incluant l'Armorique franque, avec une frontière à l'est floue dans l'actuelle Champagne : Reims est ainsi généralement en Austrasie, et la Bourgogne fut souvent détachée en royaume autonome. L'Aquitaine fit parfois partie de la Neustrie. Le royaume, qui ne s'appelle pas encore Neustrie, est créé lors du partage qui suit la mort de , en 511, et revient à . Celui-ci, au terme de son long règne de cinquante ans, réussit à reconstituer le royaume de son père. C'est le deuxième grand royaume franc, né lors des partages successoraux mérovingiens à partir des territoires conquis sur Syagrius. Son aire géographique est limitée par la Loire au sud, l'océan Atlantique et la Bretagne à l'ouest, et la Champagne à l'est ; incluant le Dentelin, elle s'étend jusqu'à la future Flandre au nord. À la mort de , en 561, le royaume est à nouveau partagé entre ses quatre fils : , Gontran, et . Tout en abandonnant la ville de Soissons à l'Austrasie, ce dernier reconstitue en 568, au sein de la part qui lui échoit après le partage du royaume de Caribert défunt, une Neustrie privée de la Touraine, rattachée à un Poitou austrasien, et de l'Orléanais, resté burgonde, qu'il récupère par les armes en 583, après avoir en 575 repris Soissons, depuis capitale de la Neustrie. Âgé seulement de quelques mois, , fils de , hérite de la Neustrie à la mort de son père en 584. À la mort de , en 613, récupère l'Austrasie et devient ainsi roi des Francs, et récupère aussi l'Aquitaine. Une fraction rémanente de la France unifiée des Pippinides et des Carolingiens (688-842). Après la mort de en 673, la Neustrie, après la déposition d'Ébroïn, se voit imposer un roi — — par les Austrasiens. (L'Aquitaine ayant retrouvé auparavant son indépendance.) Berchaire, maire du palais du roi est vaincu en 687 à la bataille de Tertry, petit village de Picardie proche de Péronne, par Pépin de Herstal, maire du palais d'Austrasie. Cette défaite ruine définitivement les prétentions hégémoniques de la Neustrie, qui n’est à partir de ce moment qu'un État vassal de l'Austrasie, que dirigent les Arnulfiens. Cependant les dénominations mérovingiennes de Neustrie, Austrasie et Bourgogne vont subsister encore sous les Carolingiens, mais s'effaceront progressivement. S'y substituent de nouvelles entités administratives, entre Pas-de-Calais et Cotentin un duché de Dentelin, une marche de Bretagne, à l'intérieur des terres au sud de la Seine un duché du Mans, constitué dès l'époque mérovingienne. En 768, à la mort de Pépin, la frontière orientale de la Neustrie est fixée, comme en 568, à l'Oise, Carloman régnant sur l'Austrasie à Soissons. Au , le nom de l'ancien royaume de Neustrie n'en désigne plus que la partie gouvernée par le duc du Mans, tel Roland ou Charles "le Jeune". C'est entre Seine et Loire le territoire mouvant des « habitants d'outre-Seine » ("transsequani", homonymes d'une généralité du ). Ces « Transséquanais » sont réputés étrangers à la Francia, jusque sous les Carolingiens. Restauration entre Seine et Loire d'une marche de Neustrie (843-884). Le traité de Verdun en 843, supprimant la légitimité d'un pouvoir impérial unique, provoque l'invasion de la Neustrie par le duc de Bretagne Nominoë. Il s'agit pour les Bretons d'étendre ce qui deviendra le domaine gallo de la Bretagne et de reconstituer le gouvernement libre instauré par les Bagaudes en 409, reconnu en 410, sous le règne du légendaire Conan Mériadec, éventuellement jusqu'à l'ancien royaume breton de Blois. Le roi de France Charles le Chauve transfère aussitôt le commandement militaire du duché du Mans à Tours, position de repli face à l'invasion, et confie la direction des opérations à un officier, le comte Vivien. Nominoë, vainqueur aux batailles de Messac et de Ballon, reçoit le gouvernement de la marche de Bretagne, mais reprend sa campagne d'invasion en 849. En 850, tombent successivement Angers, Rennes, Nantes, Le Mans. Paris n'est sauvé que par la mort de Nominoë, intervenue subitement près de Vendôme le . Son fils et successeur Erispoë signe alors le traité d'Angers, qui conserve à la Bretagne toute la partie de la Neustrie située à l'ouest de la Mayenne et de la Sélune. En 856, le traité de Louviers accentue l'emprise bretonne. De cette Neustrie, déjà réduite, la partie située à l'ouest de la route Paris-Tours est donnée en apanage au futur roi Louis le Bègue, allié au roi Erispoë par la promesse d'épouser sa fille. L'hégémonie bretonne s'étend alors au-delà de la Mayenne jusqu'à la Maine, aux portes d'Angers et jusque dans le Bessin, entièrement occupé. La Neustrie subit en sus l'invasion normande, qui vient principalement de l'estuaire de la Loire. Charles le Chauve réagit en confiant ce résidu occidental perdu de la Neustrie dès 861 ou 862 à un marquis de Neustrie, marche double composée du comté de Tours et du duché du Mans. Le premier est tenu par les Robertiens, qui sont mandatés directement par le roi. Le second l'est par la puissante et antique famille locale des Rorgonides. À côté de cette marche double, la partie orientale de l'ancienne Neustrie au-delà de la route Paris-Tours, le futur Orléanais, échappe également à l'autorité directe du roi au moins jusqu'en 898. L'occupation bretonne jusqu'à la Sarthe est actée par le traité d'Entrammes, que signent en 863 le roi Charles le Chauve et son homologue Salomon, assassin et successeur d'Erispoë. En 866, les Français sont défaits par les Normands à Brissarthe et en 867, par le traité de Compiègne, Charles "le Chauve" est contraint de reconnaître la suzeraineté de la Bretagne sur le Cotentin qui n'est plus relié que par la mer. À son nord-ouest, la frontière occidentale de la Neustrie recule officiellement sur la Vire, le Bessin et ce qui n'est pas encore appelé la campagne de Caen, précédemment occupés par les Bretons, étant de fait abandonnés à des seigneurs saxons très autonomes. Démantèlement (885-955). En 885, les Normands reprennent les hostilités à la fois contre la Bretagne et contre la France, cette fois principalement à partir du Nord du Cotentin, de l'estuaire de l'Orne et de celui de la Seine. Paris est assiégé en 885, Saint-Lô est prise en 889. La double marche de Neustrie est confiée en 886 au comte de Bayeux, Bérenger de Neustrie, puis en 888 à Robert. Ce dernier est le fils de Robert le Fort, tué par les Normands à Brissarthe, il est fait comte de Paris par son frère Odon, usurpateur du trône reconnu par ses pairs. Il la réorganise en deux fronts. Une première marche fait face depuis Tours aux Bretons, lesquels, sous le règne d', respectent une paix relative, d'autant que leur présence jusqu'à la Sarthe n'est pas contestée. La seconde marche, depuis le Mans, fait face aux Normands. Sur ce second front, les hostilités se concluent en 911 par le traité de Saint-Clair-sur-Epte, qui concerne la Neustrie. Une partie de celle-ci, entre ses frontières du Bessin et de la Seine, au nord du Perche et de l'Hiémois, qui restera franc-alleu jusqu'au , est cédée au chef de guerre Rollon, pour relier l'estuaire de la Seine, colonisé par les Vikings, et celui de l'Orne, colonisé par les Saxons, et constituer la Northmannie ou Normandie, ce qui fait dire abusivement un siècle et demi plus tard à Wace, au fait de cette seule partie nordique de la Neustrie, . Le résidu occidental de la marche de Neustrie, soit sa partie à l'ouest de l'axe Paris-Tours, est simultanément confié au commandement unique du comte Robert, qualifié du titre de "Demarche" ("demarcus"), c'est-à-dire "des deux marches" ou de la marche double (à ne pas confondre avec "demarchus" du grec Δήμαρχος, "chef de dème"). La région, hormis la vallée de la Loire et les alentours du Mans, échappe en fait à l'administration française. En 932, le comte des Normands Guillaume Longue Épée annexe à la Normandie le Cotentin et l'Avranchin bretons, avec le mont Saint-Michel. Velléité d'indépendance d'un royaume de Neustrie (956-977). Durant le règne du jeune Lothaire, la région jusqu'à la baie de Seine hormis le val de Loire est toujours abandonnée aux Bretons ou aux pirates. Thibault le Tricheur, allié des Ingelgeriens d'Anjou, et ancêtre des richissimes comtes de Champagne, proclame son indépendance, sans s'arroger de titre royal cependant. et lui se présentent comme « gouverneurs et administrateurs du royaume de Neustrie » et « comtes par la grâce de Dieu », et non par celle d'un suzerain. Thibaud fonde donc un royaume de Neustrie sans roi deux ans après la mort du régent Hugues le Grand, deux avant la nomination d'un Robertien au titre de Duc des Francs et trente-huit avant le coup d'État d'Hugues Capet. Il échoue dans sa tentative initiée en 961 de récupérer la part de Neustrie conquise par les Normands, mais étend ses possessions du Blésois et de la Touraine sur le Berry jusqu'au Sancerrois. Le terme et le projet de Neustrie ne survit pas à la dynastie carolingienne, à la destruction puis l'occupation du Mans par les Normands en 1060, et à l'émergence des principautés d'Anjou, du Maine, de Blois et d'Orléans.
Nord Pas de Calais
Nièvre (département) Le département de la Nièvre () est un département français situé dans le sud-ouest de la région Bourgogne-Franche-Comté, dans le centre du pays, et doit son nom à la rivière qui le traverse. L'Insee et la Poste lui attribuent le code 58. Sa préfecture est Nevers. Histoire. Le département a été créé à la Révolution française, le , en application de la loi du , à partir de l'ancienne province du Nivernais. À noter qu'à l'origine, le département s'écrivait « Nyèvre ». Au , la région Bourgogne, à laquelle appartenait le département, fusionne avec la région Franche-Comté pour devenir la nouvelle région administrative Bourgogne-Franche-Comté. Voir aussi : Géographie. La Nièvre fait partie de la région Bourgogne-Franche-Comté, et correspond approximativement à l'ancienne province du Nivernais. Elle est limitrophe des départements de l'Yonne, de la Côte-d'Or, de Saône-et-Loire, de l'Allier, du Cher et du Loiret. La Nièvre est constituée de régions naturelles assez variées. D'ouest en est, on peut distinguer : Le département est traversé par de nombreux cours d'eau, notamment la Loire, l'Allier, l'Yonne, l'Aron et la Cure, et aussi par plusieurs canaux. Avec ses , la Nièvre se hisse au des départements français les plus grands, et au des départements de France métropolitaine. Le centre géographique de la zone euro fut situé dans la Nièvre du au : Économie. L'économie de la Nièvre est assez diversifiée. Nevers est une ville traditionnellement administrative, et ne possède guère que la faïence comme industrie ancienne. Depuis les années 1960, elle accueille de nombreuses petites et moyennes industries de construction électrique et mécanique, chimie. Plusieurs petites communes des environs de Nevers possèdent une tradition industrielle plus marquée : Fourchambault, Imphy (métallurgie), Varennes-Vauzelles (constructions mécaniques et ferroviaires), Cercy-la-Tour (équipementier automobile), Prémery (carbonisation et chimie du bois). La plupart de ces activités connaissent cependant quelques difficultés. L'économie rurale repose essentiellement sur l'élevage bovin (surtout pour la viande), la viticulture (dans le secteur de Pouilly-sur-Loire) et l'exploitation forestière (dans le Morvan). Le tourisme tend également à se développer dans le Morvan. Le thermalisme anime également quelques communes (Pougues-les-Eaux, Saint-Honoré). L'homme d'affaires nivernais Jean-François Hénin avait annoncé le le projet, soutenu par le conseil général, d'une mine de charbon couplée à une centrale électrique de autour de Cossaye dans le sud de la Nièvre. Mais le projet a été suspendu en décembre 2007 par le ministre Jean-Louis Borloo durant les travaux du Grenelle de l’environnement et il a été définitivement arrêté le . Démographie. Les habitants de la Nièvre sont les "Nivernais". Culture. Musique. Les Estivales en Puisaye-Forterre sont un festival français de musique classique qui, depuis 2003, se déroule chaque année pendant la deuxième quinzaine d'août sur le territoire de la Puisaye-Forterre, dans les départements de l'Yonne, de la Nièvre et du Loiret. Patrimoine naturel. Conservation des variétés locales de pommes et autres arbres fruitiers. Le siège de la branche nivernaise de l'association de sauvegarde des variétés de pommes locales Les Croqueurs de pommes se trouve à Billy-sur-Oisy, près de Clamecy. L'association, qui s'appelle ici G.R.E.F.F.O.N (Groupe pour la Renaissance des Espèces Fruitières et Forestières Oubliées de la Nièvre), a été créée à l'origine à Varzy et incluait les espèces forestières dans son curriculum ; mais devant l'ampleur de la tâche elle s'est ralliée en 1991 à l'association nationale Les Croqueurs de pommes. Extrêmement active, l'association G.R.E.F.F.O.N a organisé sa première Fête de la Pomme en à Billy-sur-Oisy - une fête à l'ampleur croissante, avec un point fort en 2008 pour EuroCroq'pom 2008, le des Croqueurs de pommes : aidés par la ville de Nevers, les membres prennent cette démonstration en charge et attirent 450 participants de 55 associations de Croqueurs et 15 associations de France et d'Europe qui présenteront plus de 2000 variétés de fruits. Ce succès notoire amène de nombreuses sollicitations dans la Nièvre et dans les départements alentour et attire le soutien de la région Bourgogne, ce qui promeut la création de vergers de conservation locaux avec des aides financières et aides à l'information. G.R.E.F.F.O.N n'a cependant pas attendu l'intérêt de l'administration de Bourgogne pour promouvoir la création d'un premier verger de conservation en 1998 à Michaugues : cette petite commune au centre du Nivernais installe progressivement plus de 400 arbres de 150 variétés de toutes les espèces sur un terrain paysager de 5 hectares. En 1999, G.R.E.F.F.O.N aide l'instituteur de Dracy (Yonne) à créer un verger pédagogique à l'école primaire de Dracy : chaque élève choisit une variété ancienne qu'il entretiendra tout au long de sa scolarité. Des conventions sont passées avec les communes demandant l'aide de l'association pour créer ou sauvegarder des vergers. La Ville de Nevers propose un terrain pour créer une pépinière. Tourisme. Les résidences secondaires. Selon le recensement général de la population du , 16,4 % des logements disponibles dans le département étaient des résidences secondaires. Ce tableau indique les principales communes de la Nièvre dont les résidences secondaires et occasionnelles dépassent 10 % des logements totaux. Sources : Politique. La Nièvre est un département traditionnellement très ancré à gauche. Ainsi, sur les 32 conseillers généraux que compte le Conseil général de la Nièvre, il y a 21 socialistes ou apparentés, 1 communiste, 1 non-inscrit, et 9 membres du groupe « Rassemblement pour l'avenir de la Nièvre » (droite). Le résultat du second tour des dernières élections présidentielles françaises révèle nettement l'ancrage à gauche du département : Lors de chacun de ces scrutins présidentiels, la Nièvre fut l'un des départements français à avoir le plus voté en faveur du candidat de gauche. Cette tendance semble néanmoins s’être fortement atténuée au profit du Front national. En effet, ce dernier est en tête de tous les scrutins dans le département depuis 2015. Lors de l'élection présidentielle de 2017, Marine Le Pen arrive en tête dans le département avec 24,76 % des voix (trois points de plus que sa moyenne nationale), Emmanuel Macron étant deuxième avec 21,68% des voix, et le candidat de la LFI Jean-Luc Mélenchon arrive troisième avec 19,16 % pour. Le Parti Socialiste s'écroule avec seulement 6,52 % pour Benoît Hamon. L'ancrage à gauche du département a donc été fortement remis en question. Lors de l'élection législative de la même année, La République en marche remporte les deux sièges du département. Voir aussi :