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twg_000012927000 | jaune cit, C'est vous qu'on voit jaillir, conductrice des mondes, Amre et douce Aphrodit! L'odeur de la chaleur, languissante et crole, Stagne entre les maisons qui gonflent de soleil; Comme un coureur ail le ciel bifurque et vole Au bord tranchant des toits vermeils; Et l-bas, sous l'azur qui toujours se dvide, Un jet d'eau, turbulent et lass tour tour, | 60 | gutenberg |
twg_000012927001 | Semble un flambeau d'argent, une torche liquide Qu'agite le poing de l'Amour. Rome ploie, accabl de grappes odorantes, La surhumaine vie envahit l'air ancien, Les chapiteaux briss font fleurir leurs acanthes Aux thermes de Diocltien! Dans ce clotre pm, des bacchantes blmies Gisent; silence, azur, lthargiques ddains! Le soleil tombe en feu sur la gorge endormie De ces Danas des | 60 | gutenberg |
twg_000012927002 | jardins... Ils dorment l, lis par les roses paennes, Ces corps de marbre blond, las et voluptueux: O mes soeurs du ciel grec, chres Milsiennes, Que de sicles sont sur vos yeux! L'une d'elles voudrait se dgager; sa hanche Soulve le sommeil ainsi qu'un flot trop lourd, Mais tout le poids des temps et de l'azur la penche: Elle rve | 60 | gutenberg |
twg_000012927003 | l pour toujours. De vifs coquelicots, comme un sang gai, s'lancent Parmi les verts fenouils, Saint-Paul-hors-les-Murs; Un dme en or suspend des colliers de Byzance Au cou flamboyant de l'azur. Ce matin, dans le vent qui vient puiser les cendres, Pour les mler au jour ivre d'air et d'clat, Je respire ton coeur voluptueux et tendre, Pauvre Ccile Mtella! Tu | 60 | gutenberg |
twg_000012927004 | n'es pas l'cart des saisons immortelles, Un tourbillon d'azur te recueille sans fin; Je n'ai pas plus de part que tes mnes fidles A l'univers vague et divin! Les blancs eucalyptus et le cyprs qui chante, O viennent aboutir les longs soupirs des morts, Racontent, chers dfunts, vos dtresses penchantes, Votre sort pareil nos sorts. Quels familiers discours sur la | 60 | gutenberg |
twg_000012927005 | voie Appienne! Tisss dans le soleil, les morts vont jusqu'aux cieux; Vous renaissez en moi, ombres ariennes, Vous entrez dans mes tristes yeux! L-bas, sur la colline, un jeune cimetire Etale sa langueur d'Anglais sentimental, Les dlicats tombeaux, dans les lis et le lierre, Font monter un sang de cristal. Midi luit: la villa des chevaliers de Malte Choit comme | 60 | gutenberg |
twg_000012927006 | une danseuse aux pieds brlants et las. Comme un fauve tigr l'air jaunit et s'exalte; Une nymphe en pierre vit l. Elle a les bras casss, mais sa force ternelle Empourpre de plaisir ses genoux triomphants; Le nflier embaume, un jet d'eau est, prs d'elle, Secou d'un rire d'enfant. Les dieux n'ont pas quitt la campagne romaine, Euterpe aux blonds | 60 | gutenberg |
twg_000012927007 | pipeaux, Erato qui sourit, Dansent dans le jardin Mattei, o se promne Le saint Philippe de Nri. --Mais c'est vous qui, ce soir, partagez mon malaise, Dans l'glise sans voix, au mur ple et glac, Desse catholique, ma sainte Thrse, Qui soupirez, les yeux baisss! Malgr vos airs royaux, et la fiert divine Dont s'enveloppe encor votre coeur emport, L'angoisse | 60 | gutenberg |
twg_000012927008 | de vos traits permet que l'on devine Votre douce mendicit. O visage altr par l'ardente torture D'attendre le bonheur qui descend lentement, Appel mystrieux, hymne de la nature, Dsir de l'immortel amant! Je vous offre aujourd'hui, parmi l'encens des prtres, Comme un grain plus brlant mis dans vos encensoirs, Le rire que j'entends au bas de la fentre O je | 60 | gutenberg |
twg_000012927009 | rve seule, le soir; C'est le rire joyeux, pouvant, timide De deux enfants heureux, perdus, inquiets, Qui joignent leurs regards et leurs lvres avides, --Et dont tout le sanglot riait! Ils riaient, ils taient effrays l'un de l'autre; Un jet d'eau s'effritait dans le lointain bassin; La lune blanchissait, de sa clart d'aptre, La terrasse des Capucins. Une palme portait | 60 | gutenberg |
twg_000012927010 | le poids mlancolique De l'ther sans zphyr, sans rose et sans bruit; Rien ne venait briser son attente pudique, Que ce rire aigu dans la nuit! Et je n'entendis plus que ce rire nocturne, Plus fort que les senteurs des terrasses de miel, Plus vif que le sursaut des sources dans leur urne, Plus clair que les astres au ciel. | 60 | gutenberg |
twg_000012927011 | --Je le prends dans mes mains, chaudes comme la lave, Je le mle aux lans de mon ternit, Ce rire des humains, si farouche et si grave, Qui prlude la volupt! MUSIQUE POUR LES JARDINS DE LOMBARDIE Les les ont surgi des bleutres embruns... O terrasses! balcons rouills par les parfums! Paysages figs dans de languides poses; Plis satins des | 60 | gutenberg |
twg_000012927012 | flots contre les lauriers-roses; Nostalgiques palmiers, ardents comme un sanglot, O des volubilis d'un velours indigo Suspendent mollement leurs fragiles haleines!... --Un papillon, volant sur les fleurs africaines, Faiblit, tombe, cras par le poids des odeurs. Hlas! on ne peut pas s'lever! La langueur Coule comme un serpent de ce feuillage trange, Le th, les camphriers se mlent aux oranges. | 60 | gutenberg |
twg_000012927013 | Forts d'Ocanie o la sve, le bois Ont des frissons secrets et de plaintives voix... O vert touffement, enroulement, luxure, Crpitement de mort, ardente moisissure Des arbres exils, qu'usent en cet lot La caresse des vents et les baisers de l'eau... --Et Pallanza, l-bas, sur qui le soleil flambe, Semble un corps demi-nu, languissant, vaporeux, Qui montre ses flancs d'or, | 60 | gutenberg |
twg_000012927014 | mais dont les douces jambes Se voilent des soupirs du lac voluptueux... --O tristesse, plus tard, dans les nuits parfumes, Quand les chauds souvenirs ont la moiteur du sang, De revoir en son coeur, les paupires fermes, Et tandis que la mort dj sur nous descend, Les suaves matins des les Borromes!... Je gote vos parfums que les vents chauds | 60 | gutenberg |
twg_000012927015 | inclinent, Profonds magnolias, lauriers des Carolines... --Les rames, sur les flots palpitants comme un coeur, Imitent les sanglots langoureux du bonheur. O promesse de joie, torpeur juvnile! Une cloche se berce au rose campanile Qui, dlicat et fier, semble un cyprs vermeil; Partout la volupt, la mlodie errante... --O matin de Stresa, turquoise respirante, Sublime agilit du coeur vers le | 60 | gutenberg |
twg_000012927016 | soleil! O soirs italiens, terrasses parfumes, Jardins de mosaque o tranent des paons blancs, Colombes au col noir, toujours toutes pmes, Espaliers de citrons qu'oppresse un vent trop lent, Iles qui sur Vnus semblent s'tre fermes, O l'air est affligeant comme un mortel soupir, Ah! pourquoi donnez-vous, douceurs inanimes, Le sens de l'ternel au corps qui doit mourir! Ah! dans | 60 | gutenberg |
twg_000012927017 | les bleus ts, quand les vagues entre elles Ont le charmant frisson du cou des tourterelles, Quand l'Isola Bella, comme une verte tour, Semble Vnus nouant des myrtes l'Amour, Quand le rve, entran au bercement de l'onde, Semble glisser, couler vers le plaisir du monde, Quand le soir tendu sur ces miroirs gisants Est une joue ardente o s'exalte le | 60 | gutenberg |
twg_000012927018 | sang, J'ai cherch en quel lieu le dsir se repose... --Douces les, pmant sur des miroirs d'eau rose, Vous dchirez le coeur que l'extase engourdit. Pourquoi suis-je enferme en un tel paradis! Ah! que lasse enfin de toute jouissance, Dans ces jardins meurtris, dans ces tombeaux d'essence, Je m'endorme, momie aux membres puiss! Que cet embaumement soit un dernier baiser, | 60 | gutenberg |
twg_000012927019 | Tandis que, sous les noirs bambous qui vous abritent, Sous les cdres, pesants comme un ciel sombre et bas, Blancs oiseaux de srail que le parfum abat, Vous gmirez d'amour, colombes d'Aphrodite! Des parfums assoupis aux rebords des terrasses, L'azur en feu, des fleurs que la chaleur harasse, Sur quel rocher d'amour tant d'ardeur me lia!... --Colombes sommeillant dans les | 60 | gutenberg |
twg_000012927020 | camlias, Dans les verts camphriers et les saules de Chine, Laissez dormir mes mains sur vos douces chines. Consolez ma langueur, vous tes, ce matin, Le rose Saint-Esprit des tableaux florentins. --Tourterelles en deuil, si faibles, si lasses, Fruits palpitants et chauds des branches pices, Hlas! cet anneau noir qui cercle votre cou Semble enfermer aussi mon pre destine, Et | 60 | gutenberg |
twg_000012927021 | vos gmissements m'annoncent tout coup Les enivrants malheurs pour lesquels je suis ne... UN SOIR A VERONE Le soir baigne d'argent les places de Vrone; Les cieux roses et ronds, rays d'ifs, de cyprs, Font la ville une couronne De tristes et verts minarets. Sur les ors languissants du palais du Concile, On voit luire, ondoyer un manteau duvet: Les | 60 | gutenberg |
twg_000012927022 | pigeons amoureux, dociles, Frmissent l de volupt. L'Adige, entre les murs de brique qu'il reflte, Roule son rouge flot, large, brusque, puissant. Dans la ville de Juliette Un fleuve a la couleur du sang! --O tragique douceur de la cit sanglante, Rue o le pass vit sous les vents endormis: Un masque court, ombre galante, Au bal des amants ennemis. | 60 | gutenberg |
twg_000012927023 | Je m'lance, et je vois ta maison, Juliette! Si plaintive, si noire, ainsi qu'un froid charbon. C'est l que la frache alouette T'pouvantait de sa chanson! Que tu fus consume, nymphe des supplices! Que ton mortel dsir tait fervent et beau Lorsque tu t'criais: Nourrice, Que l'on prpare mon tombeau! Qu'on prpare ma tombe et mon funbre somme, Que mon | 60 | gutenberg |
twg_000012927024 | lit nuptial soit violet et noir, Si je n'enlace le jeune homme Qui brillait au verger ce soir!... --Auprs de ta fureur hroque et plaintive, Auprs de tes appels, de ton brlant tourment, La soif est une source vive, La faim est un rassasiement. Hlas! tu le savais, qu'il n'est rien sur la terre Que l'invincible amour, par les pleurs | 60 | gutenberg |
twg_000012927025 | ennobli; Le feu, la musique, la guerre, N'en sont que le reflet pli! --Ma soeur, ton sein charmant, ton visage d'aurore, O sont-ils, cette nuit o je porte ton coeur? La colombe du sycomore Soupire mourir de langueur... L-bas un lourd palais, couleur de pourpre ardente, Ferme ses volets verts sous le ciel rose et gris; Je pense au soir | 60 | gutenberg |
twg_000012927026 | d'automne o Dante Ecrivit l le Paradis; La cleste douceur des tournantes collines Emplissait son regard, l'heure o las, pensifs, Les anges d'Italie inclinent Le ciel dlicat sur les ifs. Mais que tu m'es plus chre, maison de l'ivresse, Balcon o frmissait le chant du rossignol, O Juliette qui caresse Suspend Romo son col! Ah! que tu m'es plus cher, | 60 | gutenberg |
twg_000012927027 | sombre balcon des fivres, O l'chelle de soie en chantant tournoyait, O les amants, joignant leurs lvres, Sanglotaient entre eux: Je vous ai! --Que l'amour soit bni parmi toutes les choses, Que son nom soit sacr, son rgne ample et complet; Je n'offre les lauriers, les roses, Qu' la fille des Capulet! UN AUTOMNE A VENISE Ah! la douceur d'ouvrir, | 60 | gutenberg |
twg_000012927028 | dans un matin d'automne, Sur le feuillage vert, rougeoyant et jauni, Que la chaleur d'argent clabousse et sillonne, Les volets peints en noir du palais Manzoni! Des citronniers en pots, le thym, le laurier-rose Font un cercle odorant au puits vnitien, Et sur les blancs balcons indolemment repose Le frais, le calme azur, juvnile, ancien! Ah! quelle paix ici, dans | 60 | gutenberg |
twg_000012927029 | ce jardin de pierre, Sous la terrasse o trane un damas orang! On n'entend pas frmir Venise aventurire, On ne voit pas languir son marbre submerg... --Qu'importe si l-bas Torcello des lagunes Communique aux flots bleus sa pmoison d'argent, Si Murano, rveuse ainsi qu'un clair de lune, Semble un vase iris d'o monte un tendre chant! Qu'importe si l-bas le | 60 | gutenberg |
twg_000012927030 | rose cimetire, Levant comme des bras ses cyprs verts et noirs, Semble implorer encor la divine lumire Pour le mort oubli qui ne doit plus la voir; Si, vers la Giudecca o nul vent ne soupire, O l'air est suspendu comme un plus doux climat, Dans une gloire d'or les langoureux navires Bercent la nostalgie aux branches de leurs mts; | 60 | gutenberg |
twg_000012927031 | Si, plein de jeunes gens, le couvent d'Armnie Couleur de frais piment, de pourpre, de corail, Semble exhaler au soir une plainte infinie Vers quelque asiatique et savoureux srail; Si, brlant de plaisir et de mlancolie, Une fille, vendant des oeillets, va, mlant Le poivre de l'Espagne au sucre d'Italie, Tandis que sur Saint-Marc tombe un soir rose et lent! | 60 | gutenberg |
twg_000012927032 | --Je ne quitterai pas ce petit puits paisible, Cet espalier par qui mon coeur est abrit; Qu'Eros pour ces poignards retrouve une autre cible, Mon cleste dsir n'a pas de volupt!... VA PRIER DANS SAINT-MARC... Va prier dans Saint-Marc pour ta peine amoureuse; Le temple de Byzance est sensible au pch; Un parfum de benjoin, d'ambre, de tubreuse, Glisse des | 60 | gutenberg |
twg_000012927033 | frais arceaux et des balcons penchs. Va prier dans Saint-Marc pour ta douce folie; Les pigeons assembls sur la faade en or Protgent les transports de la mlancolie, Et les anges des cieux sont plus clments encor. Va prier dans Saint-Marc; les dalles, les rosaces Ont l'clat des bijoux et des tapis persans; Depuis plus de mille ans dans ce | 60 | gutenberg |
twg_000012927034 | palais s'entassent Les profanes souhaits parfums par l'encens. Vois, sous leurs chles noirs, les tendres suppliantes Joindre des doigts brlants et songer doucement. Divine pauvret! cet Alhambra les tente Moins que les cabarets o boivent leurs amants! Va prier dans Saint-Marc. Le Dieu des Evangiles Marche, les bras ouverts, dans de blonds paradis. On entend les bateaux qui partent pour | 60 | gutenberg |
twg_000012927035 | les les, Et les pigeons frmir au canon de midi. Des mosaques d'or, limpides alvoles, Glisse un mystique miel, lumineux, pic; Et vers la Piazzetta, de penchantes gondoles Entranent mollement les couples exaucs... --Beau temple, que ta grce est chaude, complaisante! O jardin des langueurs, porte d'Orient! Courtisane des Grecs, sultane agonisante, Turban d'or et d'mail sous l'azur dfaillant! Tu | 60 | gutenberg |
twg_000012927036 | joins l'odeur de l'ambre aux fastes exotiques, Et tu meurs, des pigeons ton sein agrafs, Comme aux rives en feu des mers asiatiques, La Basilique o dort sainte Pasipha!... LA MESSE DE L'AURORE A VENISE Des femmes de Venise, au lever du soleil, Rpandent dans Saint-Marc leur hsitante extase; Leurs chles tnbreux sous les arceaux vermeils Semblent de noirs pavots | 60 | gutenberg |
twg_000012927037 | dans un sublime vase. --Crucifix somptueux, Jsus des Byzantins, Quel miel verserez-vous ces pauvres ardentes, Qui, pour vous adorer, dsertent ce matin Les ronds paniers de fruits tags sous les tentes? Si leur coeur dlicat souffre de volupt, Si leur amour est triste, inquiet ou coupable, Si leurs vagues esprits, enflamms par l't, Rvent du frais torrent des baisers dlectables, | 60 | gutenberg |
twg_000012927038 | Que leur rpondrez-vous, vous, leur matre et leur Dieu? Tout en vous implorant, elles n'entendent qu'elles, Et pensent que l'clat allong de vos yeux Sourit leurs nafs sanglots de tourterelles. --Ah! quel que soit le mal qu'elles portent vers vous, Quel que soit le dsir qui les brle et les ploie, Comblez d'enchantement leurs bras et leurs genoux, Puisque l'on | 60 | gutenberg |
twg_000012927039 | ne gurit jamais que par la joie... NUIT VENITIENNE Deux toiles d'argent clairent l'ombre et l'eau, On entend le lger clapotement du flot Qui baise les degrs du palais Barbaro; Une vague, en glissant, rpond l'autre vague: Enlaante tristesse, appel dolent et vague. Un vert fanal, sur l'eau, tombe comme une bague. Des gondoles s'en vont, paisible glissement. Deux hommes | 60 | gutenberg |
twg_000012927040 | sont debout et parlent en ramant; On n'entend que la vague et leur voix seulement... La nuit est comme un bloc d'agate monotone. Un volet qu'on rabat, subitement dtonne Dans le silence. O donc est morte Desdmone? Un navire de guerre est amarr l-bas. Le vent est si couch, si nonchalant, si bas, Que le sel de la mer, ce | 60 | gutenberg |
twg_000012927041 | soir, ne se sent pas. Venise a la couleur dormante des gravures. Sous le masque des nuits et sa noire guipure, Deux mains, dans un jardin, ouvrent une clture. Les hauts palais dormants, aux marbres effrits, Luisent sur le canal, somnolent, arrt, Qui semble une liquide et molle ternit... --Belle eau d'un ple enfer qui m'attire et me touche, Puisque | 60 | gutenberg |
twg_000012927042 | la mort, ce soir, n'a rien qui m'effarouche, Montez jusqu' mon coeur, montez jusqu' ma bouche... CLOCHES VENITIENNES La pauvret, la faim, le fardeau du soleil, Le meurtrissant travail de cette enfant vieillie, Qui respire, tressant l'osier jaune et vermeil, L'odeur du basilic et de l'huile bouillie, Les ftides langueurs des somnolents canaux, La maison dlabre o pend une lessive, | 60 | gutenberg |
twg_000012927043 | Les fivres et la soif, je les choisis plutt Que de ne pas tenir votre main chaude et vive A l'heure o, s'exhalant comme un ardent soupir, Les cloches de Venise pandent dans l'espace Ce cri voluptueux d'alarme et de dsir: Jouir, jouir du temps qui passe! SIROCO A VENISE Le siroco, brusque, hardi, Sur la ville en pierre frissonne; | 60 | gutenberg |
twg_000012927044 | C'est la fin de l'aprs-midi; Ecoute les cloches qui sonnent A Saint-Agns, au Gesuati... L'ouragan arrache la toile D'un march, o, des paniers ronds, Dbordent de brillants citrons Que polit encor la rafale. Un oiseau chante au haut du cyprs d'un couvent; Et dans le courant d'air des ruelles marines, Un abb vnitien, tourdi, gai, mouvant, Qui retient son manteau, | 60 | gutenberg |
twg_000012927045 | volant sur sa poitrine, Semble un charmant Satan flagell par le vent! L'ILE DES FOLLES A VENISE La lagune a le dense clat du jade vert. Le noir allongement inclin des gondoles Passe sur cette eau glauque, et sous le ciel couvert. --Ce rose btiment, c'est la maison des folles. Fleur de la passion, le de Saint-Clment, Que de secrets | 60 | gutenberg |
twg_000012927046 | bchers dans votre enceinte ardente! La terre dessche exhale un fier tourment, Et l'eau se fige autour comme un cercle du Dante. --Ce soir mlancolique o les cieux sont troubls, O l'air appesanti couve son noir orage, J'entends ces voix d'amour et ces coeurs exils Secouer la fureur de leurs mille mirages! Le vent qui fait tourner les algues dans | 60 | gutenberg |
twg_000012927047 | les flots Et m'apporte l'odeur des nuits de Dalmatie, Guide jusqu' mon coeur ces suprmes sanglots, --O folie, sublime et sombre posie! Le rire, les torrents, la tempte, les cris S'chappent de ces corps que trouble un noir mystre. Quelle huile adoucirait vos torrides esprits, Bacchantes de l'troite et dmente Cythre? Cet automne, o l'angoisse, o la langueur m'treint, Un | 60 | gutenberg |
twg_000012927048 | secret dsespoir tant d'ardeur me lie; Desse sans repos, sans limites, sans frein, Je vous vnre, active et divine Folie! --Pleureuses des beaux soirs voisins de l'Orient, Dchirez vos cheveux, gratignez vos joues, Pour tous les insenss qui marchent en riant, Pour l'amante qui chante, et pour l'enfant qui joue. O folles! aux judas de votre pre maison Posez vos | 60 | gutenberg |
twg_000012927049 | yeux sanglants, contemplez le rivage: C'est l'effroi, la stupeur, l'appel, la draison, Partout o sont des mains, des yeux et des visages. Folles, dont les soupirs comme de larges flots Harclent les flancs noirs des sombres Destines, Vous sanglotez du moins sur votre morne lot; Mais nous, les coeurs mourants, nous, les assassines, Nous rdons, nous vivons; seuls nos profonds | 60 | gutenberg |
twg_000012927050 | regards, Qui d'un vin tnbreux et mortel semblent ivres, Dnoncent par l'clat de leurs rves hagards L'effroyable pouvante o nous sommes de vivre. --Par quelle extravagante et morne pauvret, Par quel abaissement du courage et du rve L'esprit conserve-t-il sa chtive clart Quand tout l'tre perdu dans l'abme s'achve? --O folles, que vos fronts inclins soient bnis! Sur l'puisant parcours | 60 | gutenberg |
twg_000012927051 | de la vie la tombe Qui va des cris d'espoir au silence infini, Se pourrait-il vraiment qu'on marche sans qu'on tombe? Se pourrait-il vraiment que le courage humain, Sans se rompre, accueillt l'ouragan des supplices? Douleur, coupe d'amour plus large que les mains, Avoir un faible coeur, et qu'un Dieu le remplisse! --Amazones en deuil, qui ne pouvez saisir L'ineffable | 60 | gutenberg |
twg_000012927052 | langueur parse sur les mondes, Sanglotez! A vos cris de l'ternel dsir, Des bords de l'infini les amants vous rpondent... MIDI SONNE AU CLOCHER DE LA TOUR SARRASINE Ne recherche pas la cause de la turbulence: c'est l'affaire de la mystrieuse nature... Midi sonne au clocher de la tour sarrasine. Un calme panoui pse sur les collines; Les palmes des | 60 | gutenberg |
twg_000012927053 | jardins font insensiblement Un geste de furtif et doux assentiment. Le vent a rejet ses claires arbaltes Sur la montagne, entre la neige et les violettes! Les rumeurs des hameaux ont le charme brouill D'une vague, glissant sur de blancs escaliers... --O calme fixit, que ceint un clair rivage, L'Amour rayonne au centre indfini des ges!-- Un noir cyprs, creus | 60 | gutenberg |
twg_000012927054 | par la foudre et le vent, Ondulant dans l'air tide, officiant, rvant, Semble, par sa dbile et cleste prire, Un prophte expirant, entr'ouvert de lumire! --Arienne idylle, envolement d'airain, La cloche au chant naf du couvent franciscain Rpond au tendre appel de la cloche des Carmes. L'olivier, argent comme un torrent de larmes, Imite, en se courbant sous les placides | 60 | gutenberg |
twg_000012927055 | cieux, L'humble adoration des coeurs minutieux... --Quel voeu dposerai-je en vos mains ternelles, Sainte antiquit grecque, Moires maternelles? Dj bien des printemps se sont ouverts pour moi. Au pilier rsineux de chacun de leurs mois J'ai souffert ce martyre enivrant et terrible, Prs de qui le bonheur n'est qu'un ennui paisible... Je ne verrai plus rien que je n'aie dj | 60 | gutenberg |
twg_000012927056 | vu. Je meurs la fontaine o mon dsir a bu: Les battements du coeur et les beaux paysages, L'ouragan et l'clair baiss sur un visage, L'oubli de tout, l'espoir invincible, et plus haut L'extase d'tre un dieu qui marche sur les flots; La gloire d'couter, seule, dans la nature L'universelle Voix, dont la cleste enflure Proclame dans l'azur, dans les | 60 | gutenberg |
twg_000012927057 | bls, dans les bois, Ame, je te choisis et je me donne toi, Tout cela qui frissonne et qui me fit divine, Je ne le goterai que comme un front s'incline Sur le miroir, voil par l'ombre qui descend, O dj s'est pench son rire adolescent... --Mais la fougueuse vie en mon coeur se dchane: O son des Angelus dans | 60 | gutenberg |
twg_000012927058 | les faubourgs de Gnes, Tandis qu'au bord des quais, o rgne un lourd climat, Les vaisseaux entasss, les cordages, les mts, Semblent, dans le ciel ple o la chaleur s'nerve, De noirs fuseaux, tissant la robe de Minerve! Vieille fontaine arabe, au jet d'eau mince et long, Exile en Sicile, en de secrets vallons. Soirs du lac de Nmi, soirs | 60 | gutenberg |
twg_000012927059 | des villas romaines, O la noble cascade en droulant sa trane Sur un funbre marbre, imite la pudeur De la Mlancolie, errante dans ses pleurs, Et qu'un faune poursuit sur la rapide pente... --Muet accablement d'un square d'Agrigente: Jardin tout excd de ses fleurs, o j'tais La Mmoire en veil d'un monde qui se tait. Dans ce dormant Dimanche amolli | 60 | gutenberg |
twg_000012927060 | et tenace, Mle l'tendue, parse dans l'espace, Etrangre mon coeur, mes pesants tourments, Je n'tais plus qu'un vaste et pur pressentiment De tous les avenirs, dont les heures fcondes S'accompliront sans nous jusqu' la fin des mondes... --Chaud silence; et l'lan que donne la torpeur! L'air luit; le sifflement d'un bateau vapeur Jette son rauque appel la rive marchande. Une | 60 | gutenberg |
twg_000012927061 | glu argente entr'ouvre les amandes; De lourds pigeons, heurts aux arceaux d'un couvent, Font un bruit clatant de satin et de vent, Comme un large ventail dans les nuits svillanes... Sur l'aride sentier, un ptre sur un ne Chantonne, avec l'habile et perfide langueur D'une main qui se glisse et qui cherche le coeur... --Par ce cristal des jours, par | 60 | gutenberg |
twg_000012927062 | ces splendeurs paennes, Seigneur, prservez-nous de la paix quotidienne Qui stagne sans dsir, comme de glauques eaux! Nous avons faim d'un chant et d'un bonheur nouveau! Je sais que l'pre joie en blessures abonde, Je ne demande pas le repos en ce monde; Vous m'appelez, je vais; votre but est secret; Vous m'garez toujours dans la sombre fort; Mais quand | 60 | gutenberg |
twg_000012927063 | vous m'assignez quelque nouvel orage, Merci pour le danger, merci pour le courage! A travers les rameaux serrs, je vois soudain La mer, comme un voyage exaltant et serein! Je sais ce que l'on souffre, et si je suis vivante, C'est qu'au fond de la morne ou poignante pouvante, Lorsque parfois ma force extrme se lassait, Un ange, au coeur | 60 | gutenberg |
twg_000012927064 | cercl de fer, me remplaait... --Et pourtant, je ne veux pas amoindrir ma chance D'tre le lingot d'or qui brise la balance; D'tre, parmi les coeurs dfaillants, incertains, L'esprit multipli qui rpond au Destin! Je n'ai pas peur des jours, du feu, du soir qui tombe; Dans le dsert, je suis nourrie par les colombes. Je sais bien qu'il faudra | 60 | gutenberg |
twg_000012927065 | connatre en vous un jour La fin de tout effort, l'oubli de tout amour, Nature! dont la paix guette notre agonie. Mais avant cet instant de faiblesse infinie, Traversant les plateaux, les torrents hauts ou secs, Chantant comme faisaient les marins d'Ionie Dans l'odeur du corail, du sel et du varech, J'irai jusqu'aux confins de ces rochers des Grecs, O | 60 | gutenberg |
twg_000012927066 | les flots dmonts des colonnes d'Hercule Engloutissaient les nefs, au vent du crpuscule!... JE N'AI VU QU'UN INSTANT... Je n'ai vu qu'un instant les pays beaux et clairs, Sorrente, qui descend, fascin par la mer, Tarente, dlaiss, qui fixe d'un oeil vague Le silence entass entre l'air et les vagues; Salerne, au coeur d'bne, au front blanc et sal, O | 60 | gutenberg |
twg_000012927067 | la chaleur palpite ainsi qu'un peuple ail; Amalfi, o j'ai vu de pourpres funrailles Qu'accompagnaient des jeux, des danses et des chants, Surprises tout coup, sous le soleil couchant, Par les parfums, croiss ainsi que des broussailles... Foggia, ravag de soleil, tonn De luire en moisissant comme un lis pitin; Pompi, pavois de murs peints qui s'caillent; Paestum qu'on sent | 60 | gutenberg |
twg_000012927068 | toujours visit par les dieux, O le souffle marin tord l'glantier fragile, O, le soir, on entend dans l'herbage fivreux Ce long hennissement qui montrait Virgile, Ebloui par son rve immense et tnbreux, Apollon consolant les noirs chevaux d'Achille... --Ces rivages de marbre embrasss par les flots, O les mnes des Grecs ensevelis m'attirent, Je ne les ai connus que | 60 | gutenberg |
twg_000012927069 | comme un matelot Voit glisser l'tendue au bord de son navire; Ce n'tait pas mon sort, ce n'tait pas mon lot D'habiter ces doux lieux o la sirne expire Dans un sursaut d'azur, d'cume et de sanglot! Loin des trop mols climats o les ts s'enlizent, C'est vous mon seul destin, vous, ma ncessit, Rivage de la Seine, pre et | 60 | gutenberg |
twg_000012927070 | sombre cit, Paris, ville de pierre et d'ombre, aride et grise, O toujours le nuage est pouss par la brise, O les feuillages sont tourments par le vent, Mais o, parfois, l't, du ct du levant, On voit poindre un azur si dlicat, si tendre, Que, par la nostalgie, il nous aide comprendre La clart des jardins o Platon devisait, | 60 | gutenberg |
twg_000012927071 | La cour blanche o Roxane attendait Bajazet, La gravit brlante et roide des Vestales Qu'crasait le fardeau des nuits monumentales; La mer syracusaine o soudain se rpand --Soupir lugubre et vain que la nature exhale, Le cri du batelier qui vit expirer Pan... --Oui, c'est vous mon destin, Paris, cit des mes, Forge mystrieuse o les yeux sont la flamme, | 60 | gutenberg |
twg_000012927072 | O les coeurs font un sombre et vaste rougeoiment, O l'esprit, le labeur, l'amour, l'emportement, Elvent vers les cieux, qu'ils ont choisis pour cible, Une Babel immense, parse, intelligible, Cependant que le sol, o tout entre son tour, En mlant tous ses morts fait un immense amour! AINSI LES JOURS S'EN VONT... Ainsi les jours s'en vont, rapides et sans | 60 | gutenberg |
twg_000012927073 | but, Nous les appelons doux quand ils sont monotones, Et l'me, habitue combattre, s'tonne De ne plus esprer et de ne souffrir plus. Qu'est-ce donc que l'on veut, qu'on espre et prpare, Que souhaitons-nous donc, quand, l'esprit plus dispos Qu'un bleu matin qui luit dans le vitrail des gares, Nous sommes harasss de calme et de repos? Les dlices, la | 60 | gutenberg |
twg_000012927074 | paix ne sont pas suffisantes, Un courageux lan veut aller jusqu'aux pleurs. La passion convie des ftes sanglantes: Tout est dception qui n'est pas la douleur! Souffrir, c'est tout l'espoir, toute la diligence Que nous mettons fuir le paisible prsent, Lorsque ignorants du but et tents par la chance Nous rvons au dpart, brutal et complaisant. Je le sais et | 60 | gutenberg |
twg_000012927075 | je songe mes brlants voyages, Au sol oriental, crayeux, sombre et vermeil, Au campanile aigu, brillant sur le rivage Comme un blanc diamant lanc vers le soleil! Je songe au frais palais de Naples, ses muses O rgne un blanc climat, nonchalant, engourdi, O, dans l'albtre grec, amplement s'arrondit La face de Junon, clatante et ruse! Je songe cette salle | 60 | gutenberg |
twg_000012927076 | illustre, o je voyais Des danseuses d'argent, dans leurs gaines de lave, Fixer sur mon destin,--fortes, riantes, braves,-- Leurs yeux d'mail, pareils de sombres oeillets. Je vois le vieil Homre et ses yeux sans prunelle, O mon triste regard s'enfonait pas pas, Comme ces voiliers qui, sur la mer ternelle, Se perdent dans la brume et ne reviennent pas... Je | 60 | gutenberg |
twg_000012927077 | me souviens de vous, jeune Milsienne, Beau torse mutil qui demeurez debout, Comme on voit, en t, les gerbes de bl roux Noblement se dresser dans l'onde arienne; Et de vous, Amazone cheval, et pliant Sous le choc d'une flche imptueuse et fourbe, Et qui semblez mourir d'amour, en suppliant Le vague meurtrier qui vous blesse et vous courbe. --Aigle | 60 | gutenberg |
twg_000012927078 | maigre et divin convoitant un enfant, Je vous vois, Jupiter, auprs de Ganymde; Votre oeil de proie, o brille un amour sans remde, Mle un rve soumis vos airs triomphants. Je me souviens de vous, jeune guerrier de marbre, Agile Harmodius auprs de votre ami, Qui figurez, levant vos deux bras demi, L'lan de l'pervier et du vent dans les | 60 | gutenberg |
twg_000012927079 | arbres! Qu'il fut beau le voyage anxieux que je fis Sur des rives qu'assaille un t frntique! Et je songe ce soir, avec un coeur surpris, A ces temps o ma vie, errante et nostalgique, Ressemblait par ses pleurs, ses rves, ses dfis, Son ardeur mourir et ses sursauts lyriques, Aux groupes des hros dans les muses antiques... LE RETOUR | 60 | gutenberg |
twg_000012927080 | AU LAC LEMAN Je retrouve le calme et vaste paysage: C'est toujours sur les monts, les routes, les rivages, Vos gais bondissements, chaleur aux pieds d'argent! Le monde luit au sein de l'azur submergeant Comme une pcherie aux mailles d'une nasse; Je vois, comme autrefois, sur le bord des terrasses, Des jeunes gens; l'un rve, un autre fume et lit; | 60 | gutenberg |
twg_000012927081 | Un balcon, languissant comme un soir au Chili, Couve d'pais parfums l'ombre de ses stores. Le lac, tout embu d'avoir noy l'aurore, Encense de vapeurs le paresseux t; Et le jour trane ainsi sa parfaite beaut Dans une griserie indolente et muette. Soudain l'azur frachit, le soir vient; des mouettes S'abattent sur les flots; leur vol compact et lourd Qui | 60 | gutenberg |
twg_000012927082 | semble harceler la faiblesse du jour Donne l'effroi subit des mauvaises nouvelles... Il semble, tant l'ther est combl par des ailes, Que quelque arbre gant, par le vent agit, Laisse choir ce feuillage agile et duvet. Et le soleil s'abaisse, et comme un doux dsastre, Frapp par les rayons du soleil vertical Tout s'attriste, languit; le lac oriental A le | 60 | gutenberg |
twg_000012927083 | liquide clat des mtaux dans les astres; Et le coeur est soudain par le soir attaqu... Et tous deux nous marchons sur les dalles du quai. Nous sommes un instant des vivants sur la terre; Ces montagnes, ces prs, ces rives solitaires Sont nous; et pourtant je ne regarde plus Avec la mme ardeur un monde qui m'a plu. Je | 60 | gutenberg |
twg_000012927084 | laisse s'couler aux deux bords de mon me Les ailes, les aspects, les effluves, les flammes; Je ne rpondrai pas leur frivole appel: Mon esprit tient captifs des oiseaux ternels. Je ne regarde plus que la cime croissante Des arbres, qui toujours s'efforant vers le ciel, Dtachant leur regard des plaines nourrissantes, Ecoutent la douceur du soir confidentiel Et montent | 60 | gutenberg |
twg_000012927085 | lentement vers la lune ancienne... Je songe au noble clat des nuits platoniciennes, A la flotte dtruite un soir syracusain, A Eschyle, inhum l'ombre des raisins, Dans Gla, sous la terre heureuse de Sicile. Je songe ces dserts o florissaient des villes; A cet entassement de sicles et d'ardeur Que le soleil toujours, comme un divin voleur, Va puiser dans | 60 | gutenberg |
twg_000012927086 | la tombe et redonne la nue. Je songe la vie ample, antique, continue; Et vous, qui marchez prs de moi, et portez Avec moi la moiti du rve et de l't; A vous, qui comme moi, tmoin de tous les ges, Tenez l'engagement, plein d'un grave courage, De bien vous souvenir, en tout temps, en tout lieu, Que l'homme en | 60 | gutenberg |
twg_000012927087 | insistant ralise son Dieu, Et qu'il a pour devoir, dans la Nature obscure, De la doter d'une me intelligible et pure, De guider l'Univers avec un coeur si fort Que toujours soit plus beau chaque instant qui se lve; Et d'couter avec un mystique transport Les sublimes leons que donnent nos rves L'infatigable voix de l'amour et des morts... OCTOBRE | 60 | gutenberg |
twg_000012927088 | ET SON ODEUR... Octobre, et son odeur de vent, de brou de noix, D'herbage, de fume et de froides chtaignes, Rpand comme un torrent l'alerte dsarroi Du feuillage arrach et des fleurs qui s'teignent. Dans l'ther frais et pur, et clair comme un couteau, Le soleil romanesque en hsitant arrive, Et sa paille dore est comme un clair chapeau Dont | 60 | gutenberg |
twg_000012927089 | les bords lumineux s'inclinent sur la rive... --Automne, quelle est donc votre sduction? Pourquoi, plus que l't, engagez-vous vivre? Bacchante aux froides mains, de quelle rgion Rapportez-vous la pomme au got d'ambre et de givre? Dans votre air pur, argentin, lagu, On entend bourdonner une dernire abeille. Le soleil, tourdi et dj fatigu, Ne s'assied qu'un instant l'ombre de la | 60 | gutenberg |
twg_000012927090 | treille; Les rosiers, emmls aux rayons blancs du jour, Les dahlias, voils de gouttes d'eau pesantes, Sont encore encercls de gupes bruissantes, Mais la rouille du temps les gagne tour tour. La fontaine sanglote une froide prire; Dans le saule, un oiseau semble faire le guet, Tant son cri est prudent, dfiant, inquiet. Mais les cieux, les doux cieux, ont | 60 | gutenberg |
twg_000012927091 | des lacs de lumire! --Ces glauques flamboiements, cette poussire d'or, Cet azur, embu comme une pense ivre, Ces soleils oscillant comme un vaisseau qui sort De la rade, charg de baumes et de vivres, Flotteront-ils au toit d'un couvent florentin, Sur les verts bananiers des Iles Canaries, Dans un vallon d'Espagne, o jamais ne s'teint L'carlate lampion des grenades mries, | 60 | gutenberg |
twg_000012927092 | Tandis que nous entrons dans l'hiver obsdant, Dans l'troite saison, o, seule, la musique Fait un espace immense, et semble un confident Qui, satur des pleurs de nos soirs nostalgiques, Les porte jusqu'aux cieux, avec un cri strident! LES RIVES ROMANESQUES Soir paresseux des lacs, douceur lente des rames, Qui, sur l'eau susceptible, lancez des frissons, Romanesque blancheur des terrasses, | 60 | gutenberg |
twg_000012927093 | chansons Que des nomades font retentir, o se pme Le vocable ternel du triste amour, quelle me Tromperez-vous ce soir par votre draison? L'absorbante chaleur voile les monts d'albtre, Un gnreux feuillage abrite les chemins, Les hameaux ont l'odeur du laitage et de l'tre; Et les montagnes sont, dans l'espace bleutre, Hautes et tortures comme un courage humain. Au loin | 60 | gutenberg |
twg_000012927094 | les voiliers las ont l'air de tourterelles, Qui, dans ce paradis liquide et sommeillant, Renonant l'ther, laissent flotter leurs ailes Et gisent, transpercs par le flot scintillant. Et la nuit vient, serrant ses mailles d'argent sombre Sur l'Alpe bondissante o le jour ruisselait, Et c'est comme un subit, sournois coup de filet, Capturant l'horizon, qui palpite dans l'ombre Comme un | 60 | gutenberg |
twg_000012927095 | peuple d'oiseaux aux votes d'un palais... Un vert fanal au port tremble dans l'eau tranquille; Tout a la calme paix des astres arrts; Il semble qu'on soit loin des champs comme des villes; L'air est ample et profond dans l'immobilit; Et l'on croit voir jaillir de sensibles idylles De toute la douceur de cette nuit d't! --Pourquoi nous trompez-vous, beaut | 60 | gutenberg |
twg_000012927096 | des paysages, Aspect fidle et pur des romanesques nuits, Engageante splendeur, vent courant comme un page, Secrte expansion des odeurs, calme bruit, Silencieux dsirs montant du fond des ges? Pourquoi nous faites-vous esprer le bonheur Quand, par del les lois, l'esprit, la conscience, Vous ressemblez au but qu'entrevoit le coureur? Dans un sjour o rien n'est pch ni douleur, Sous | 60 | gutenberg |
twg_000012927097 | l'arbre dsormais bni de la science, Vous convoquez les corps et les coeurs pleins d'ardeur! Mais, hlas! les humains et la grande Nature N'changent plus leur sombre et diffrente humeur; Entre eux tout est mensonge, pouvante, imposture; Les souhaits infinis, les peines, les blessures Ne trouvent pas en elle un remde leurs pleurs. La terre indiffrente, exhalant ses senteurs, N'a | 60 | gutenberg |
twg_000012927098 | d'accueil maternel que pour celui qui meurt. --Terre, prenez les morts, soyez douce leur rve; Serrez-les contre vous, rendez-les ternels, Donnez-leur des matins de rose et de sve, Mlez-les vos fruits, vos mtaux et vos sels. Qu'ils soient participants vos soins innombrables, Que, depuis le sol noir jusqu'au divin ther, Plus lgers, plus nombreux que les vents du dsert, Ils | 60 | gutenberg |
twg_000012927099 | aillent, lgion furtive, impondrable! Mais nous, nous ne pouvons qu'tre des coeurs humains: Nous habitons l'esprit, les passions, la foule; Nous sommes la moisson, et nous sommes la houle; Nous btissons un monde avec nos tristes mains; Et tandis que le jour insouciant se lve Sans jamais secourir ou protger nos rves, La force de nos coeurs construit les lendemains... | 60 | gutenberg |
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