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twg_000012927200 | saintet n'est pas de vous avoir trouv!... O MONDE! NOUS PASSONS... Non par sa propre force, mais par celle que lui communiquait le dieu... EURIPIDE. O monde! nous passons sous ta vote infinie, Ayant tout rabaiss jusqu' notre raison. Les calmes lois, l'espoir paisible, les maisons Sont une forteresse endormante et bnie. Nous allons sans jamais trouver l'essentiel De la | 60 | gutenberg |
twg_000012927201 | terrible nigme nos yeux suspendue; Et dtournant leurs yeux prudents de l'tendue, Les hommes au front bas ont oubli le ciel. --Mais quelques-uns n'ont pas cette humble conscience; Ils n'ont pas accept de leur commun destin Ces rsignations, cet oubli, ce ddain, Qui leur permet d'errer avec indiffrence. Toujours interrogeant l'espace et les chemins, Cherchant leur mission ou bien leur | 60 | gutenberg |
twg_000012927202 | jouissance, Ils se sentent, avec une sombre puissance, Humbles parmi les dieux, rois parmi les humains! Ils connaissent la paix alors qu'ils accomplissent Ces tches du dsir qu'ils savent assumer; Le danger d'esprer, le courage d'aimer Leur imposent un grave et glorieux supplice. Ceux-l n'ont pas de frein, ils ont reu des dieux Un ordre sculaire, excessif, unanime; Par del | 60 | gutenberg |
twg_000012927203 | les torrents, par del les abmes, Ils poursuivent sans peur leur sort aventureux. Ils vont. L'air, les printemps, les vents les encouragent. Toute force et tout bien agit et bout en eux, Leur coeur est clair alors qu'il est temptueux, Et, comme un haut sommet, dpasse les orages. --Seigneur, vous m'avez dit d'tre ce plerin Qui s'puise et pourtant que | 60 | gutenberg |
twg_000012927204 | jamais rien n'entrave; Vous m'avez infus le chant du tambourin, L'clat de la cymbale et l'cume des gaves; Pour prix de ma fatigue et d'un cri sans cho, Vous m'avez accord plus de peines qu'aux autres; Je sentais vos faveurs au poids de mon fardeau, Et je suis le plus las parmi tous vos aptres! Mais quelquefois le soir, quand | 60 | gutenberg |
twg_000012927205 | l'univers s'est tu, Quand, rompu par l'effort, le peuple humain sommeille, Vous m'ouvrez dans l'espace un chemin revtu Du blanc scintillement des stellaires abeilles. J'assemble sous mes mains les paradis perdus; Un musical silence clate mon oreille; Mon me ressent tout sans en tre tonne, Le serpent sous mon pied a sa tte incline. Je touche un fruit secret que | 60 | gutenberg |
twg_000012927206 | plus rien ne dfend, Et vous tes mon Dieu, et je suis votre enfant... MON DIEU, JE NE SAIS RIEN... Mon Dieu, je ne sais rien, mais je sais que je souffre Au del de l'appui et du secours humain, Et, puisque tous les ponts sont rompus sur le gouffre, Je vous nommerai Dieu, et je vous tends la main. | 60 | gutenberg |
twg_000012927207 | Mon esprit est sans foi, je ne puis vous connatre, Mais mon courage est vif et mon corps fatigu, Un grand dsir suffit vous faire renatre, Je vous possde enfin puisque vous me manquez! Les lumineux climats d'o sont venus mes pres Ne me prparaient pas m'approcher de vous, Mais on est votre enfant ds que l'on dsespre Et quand | 60 | gutenberg |
twg_000012927208 | l'intelligence plier se rsout. J'ai longtemps recherch le somptueux prodige D'un tout-puissant bonheur sans fond et sans parois: La profondeur est close au prix de mon vertige, Et mon torrent toujours rejaillissait vers moi. Ni les eaux, ni le feu, ni l'air ne vous clbrent Autant que mon inerte, actif et vaste amour; La lumire est en moi, j'erre dans | 60 | gutenberg |
twg_000012927209 | les tnbres Quand mes yeux sont voils par la clart du jour! Jamais un tre humain avec plus de constance N'a tent de vous joindre et d'chapper soi. Au travers des dsirs et de leur turbulence, J'ai cherch le moment o l'on vous aperoit. --Je vous ai vu au bord de ces paens rivages O les temples ouverts, envahis par | 60 | gutenberg |
twg_000012927210 | l't, Maintiennent dans le temps, avec un long courage, De votre aspect changeant la multiple unit. Je vous vois, dieu guerrier, quand la foule unanime, Effaant ses contours, arrachant ses liens, Semble un compact ther aspir par les cimes Et gagne le sommet de monts cornliens. Je vous vois, quand ma ville, ainsi qu'un ple orage, Etend l'infini le dsert | 60 | gutenberg |
twg_000012927211 | de ses toits, Et que mes yeux, mls aux langueurs des nuages, Se tranent sans trouver vos vritables lois. Je vous vois, sur les fronts ternis comme des cibles, De ceux-l qui jamais ne dposent leur faix, Qui, s'efforant toujours au del du possible Ont le zle offens d'un hros contrefait. Je vous vois, quand un corps craintif va se | 60 | gutenberg |
twg_000012927212 | rsoudre A saisir le bonheur suave et malfaisant; Quand le plaisir au coeur roule comme la foudre Et semble un meurtrier qui console en tuant! C'est vous qui rayonnez avec les douze aptres Dans les gmissements, les appels et les cris, Dans un tre perdu qu'on spare de l'autre, Dans ces lambeaux de chair o se mouvait l'esprit; Dans ces | 60 | gutenberg |
twg_000012927213 | regards accrus que la douleur tenaille: Athltes enchans o vient perler le sang, Terribles yeux, frapps ainsi que des mdailles O l'on voit la beaut d'un mort ou d'un absent! --Seigneur, vous l'entendez, je n'ai pas d'autre offrande Que ces pourpres charbons retirs des enfers, Depuis longtemps l'eau vive et l'agreste guirlande S'chappaient de mes bras, pars comme un dsert. | 60 | gutenberg |
twg_000012927214 | Mais ce que je vous donne est le soupir des ges; L'orgueil dsabus porte la corde au cou; Et ma simple prsence est comme un clair prsage Qu'un sicle plus gonfl veut s'couler en vous. Ce n'est pas la langueur, ce n'est pas la faiblesse Qui me fait vous louer et vers vous me conduit, Mais l'exaltant soleil, combl de | 60 | gutenberg |
twg_000012927215 | mes caresses, Quand mon esprit souffrait l'a laiss dans la nuit. --J'ai vu que tout priait, le dsir et la plainte, Que les regards priaient en se cherchant entre eux, Que les emportements, le dlire et l'treinte Sont la tentation que nous avons de Dieu. Je ne puis l'expliquer, mais votre clat suprme Semble tre mon reflet au lac d'un | 60 | gutenberg |
twg_000012927216 | paradis, Un soir je vous ai vu ressembler moi-mme, Sur la route o mon corps par l'ombre tait grandi; C'est toujours soi qu'on cherche en croyant qu'on s'vade, On voudrait reposer entre ses bras bnis; Votre amour et le mien jamais ne rtrogradent, Et je m'entoure enfin de mon coeur infini... Je le sais, mes pas sont enlizs dans le | 60 | gutenberg |
twg_000012927217 | sable, Tout le poids de la vie est retenu au sol, Mais la flche du coeur va vers l'inconnaissable Et l'esprit bloui accompagne ce vol; Je ne veux plus revoir ce trop humain dsastre Qui m'avait assourdie et me crevait les yeux; Ces nuits o la douleur m'apparentait aux astres, Par l'effort loign, vain et silencieux; La dtresse a besoin | 60 | gutenberg |
twg_000012927218 | d'une immense tendue, D'une vote o l'amour coule jusqu'aux deux bords; Une ardeur sans espoir n'est plus interrompue, Et l'espace est moins haut que son plaintif essor. C'est pourquoi, les yeux clos aux lueurs de la terre, Dlaissant ma raison comme un trop faible ami, Je vous bois, torrent dont le feu dsaltre, Dieu brlant, vous en qui tout excs | 60 | gutenberg |
twg_000012927219 | est permis... LA SOLITUDE Quoi! vais-je m'attrister d'un long jour solitaire? Reprocherai-je au sort son indigent clat? Plus poignant est l'ennui, plus il est salutaire; Aidons le doux rseau du temps se dfaire; N'est-il pas juste, cieux! que l'on se sente las, Et que dj pour nous tout commence se taire, Puisqu'il faudra, pourtant, tre un mort dans la terre... | 60 | gutenberg |
twg_000012927220 | SI VOUS PARLIEZ, SEIGNEUR... Si vous parliez, Seigneur, je vous entendrais bien, Car toute humaine voix pour mon me s'est tue, Je reste seule auprs de ma force abattue, J'ai quitt tout appui, j'ai rompu tout lien. Mon coeur mditatif et qui boit la lumire Vous aurait absorb, si, transgressant les lois, Comme le vent des nuits qui pntre les | 60 | gutenberg |
twg_000012927221 | pierres Votre verbe enflamm ft descendu sur moi! Nul ne vous souhaitait avec tant d'indigence: Je vous aurais ft au son du tympanon Si j'avais, dans mon triste et studieux silence, Entendu votre voix et connu votre nom. Si forte qu'et t l'ombre sur vos visages, Sublime Trinit! j'eusse cart la nuit, Mon esprit vous aurait poursuivie sans ennui, Et | 60 | gutenberg |
twg_000012927222 | j'aurais abord votre clair rivage... Mais jamais rien moi ne vous a rvl Seigneur! ni le ciel lourd comme une eau suspendue, Ni l'exaltation de l't sur les bls, Ni le temple ionien sur la montagne ardue; Ni les cloches qui sont un encens cadenc, Ni le courage humain, toujours sans rcompense, Ni les morts, dont l'hostile et pntrant silence | 60 | gutenberg |
twg_000012927223 | Semble un renoncement invincible et lass; Ni ces nuits o l'esprit retient comme une preuve Son aspiration au bien universel; Ni la lune qui rve, et voit passer le fleuve Des baisers fugitifs sous les cieux ternels. Hlas! ni ces matins de ma brlante enfance, O, dans les prs gonfls d'un nuage d'odeur, Je sentais, tant l'extase en moi jetait | 60 | gutenberg |
twg_000012927224 | sa lance, Un ange dans les cieux qui m'arrachait le coeur! Pourtant, ayez piti! Que votre main penchante Vienne guider mon sort douloureux et terni; J'aspire vous, Splendeur, Raison blouissante! Mais je ne vous vois pas, mon Dieu! et je chante A cause du vide infini! MON DIEU, JE SAIS QU'IL FAUT... Mon Dieu, je sais qu'il faut accepter la | 60 | gutenberg |
twg_000012927225 | dtresse, Qu'il faut, dans la douleur, descendre jusqu'en bas, Mais, dans ce labyrinthe o votre main nous presse, Puisque vous tes bon, ne se pourrait-il pas Que nous entrevoyions du moins la claire issue Que dj votre main prpare doucement, Et qu'un peu de lumire, au lointain aperue, Nous aide supporter ce tnbreux moment? Pourquoi nos maux sont-ils si compacts | 60 | gutenberg |
twg_000012927226 | et si denses Qu'on semble enseveli dans un obscur caveau? D'o vient cette funbre et perfide abondance Qui submerge le coeur et trouble le cerveau? Pourtant, les lendemains sont quelquefois si tendres, On revoit les regards que l'on n'esprait plus. Mais le bonheur fait mal quand il faut trop l'attendre, tre sauvs enfin, ce n'est plus tre lus. Consolez-nous parfois | 60 | gutenberg |
twg_000012927227 | dans cette forteresse Dont vous tenez les clefs et fermez le vitrail; Laissez-nous pressentir les futures caresses Et leur frache beaut d'eau bleue et de corail! C'est trop d'tre priv de la douce esprance, D'tre comme un forat serr le long du mur, Qui ne peut pas prvoir sa juste dlivrance, Car la fentre est haute et les verrous sont | 60 | gutenberg |
twg_000012927228 | durs. Pourquoi ce faste affreux de l'angoisse o nous sommes, Pourquoi ce deuil royal et ces chagrins pompeux, Puisqu'il vous plat parfois d'avoir piti des hommes Et de remettre encor le bonheur auprs d'eux? Faut-il donc au Destin ces heures pantelantes, L'meut-on par un corps qui tremble et qui gmit? Nos pleurs sont-ils un peu de cette huile brlante Que | 60 | gutenberg |
twg_000012927229 | Psych rpandit sur l'Amour endormi? S'il se peut, cartez ces moments de la vie O nous sommes broys sous un joug trop troit, Et, pareils aux mineurs dans la noire asphyxie, Nous tentons d'carter le roc avec nos doigts. --Dj, loin du plaisir, du monde, des parades, Mon coeur ardent n'est plus, dans son clat voil, Qu'un feu de bohmiens | 60 | gutenberg |
twg_000012927230 | sur la pauvre esplanade, O l'enfant nu console un cheval dtel. --Mais s'il faut que ces jours de supplice reviennent, S'il faut vivre sans eau, sans soleil et sans air, Que du moins votre main s'empare de la mienne Et m'aide traverser l'effroyable dsert... COMME VOUS ACCABLEZ VOS PREFERES... --Comme vous accablez vos prfrs, Seigneur! Comme l'clair, comme le vent, | 60 | gutenberg |
twg_000012927231 | comme un voleur, Vous vous jetez sur eux, dans un dsordre trange; Vous les frappez, avec l'essaim des mauvais anges; Vous faites rage, ainsi qu'un typhon sur la mer. Ni les cris ni les pleurs dans les regards amers Ne vous arrtent. Vous secouez jusqu'aux moelles Le pauvre cdre humain qui louait vos toiles! Vous dispersez, avec votre bras forcen, | 60 | gutenberg |
twg_000012927232 | L'amour, qui consolait depuis que l'on est n. Par la douleur physique et la douleur du rve Vous nous faites ployer; on se courbe, on se lve, Comme un rameau rompu qui lutte dans le vent. On implore, et vos coups vont encor s'aggravant. Il semble que votre ample et salubre courage Veuille assainir en nous quelque obscur marcage, Tant | 60 | gutenberg |
twg_000012927233 | vous nous arrachez, par des sueurs de sang, L'cre ferment vivant, orgueilleux et puissant. On pense qu'on mourra du mal que vous nous faites... --Et puis, c'est tout coup la fin de la tempte; On est comme les bois lgers, silencieux, D'o le vent se retire et monte vers les cieux. Et l'on est abattu, mais clair, calme, sans tache; | 60 | gutenberg |
twg_000012927234 | Berc comme un vaisseau sous une molle attache; Purifi, prudent, entour de remparts, Protg comme un roi parmi ses tendards... --Mais s'il fallait connatre encor cette furie, Ah! Seigneur, laissez-moi mourir sur la prairie, Prs de l'arbre du bien et du mal, dont mes mains Ds l'enfance ont cueilli les dlices humains. Dfendez-moi de vous, Seigneur, je vous en prie; | 60 | gutenberg |
twg_000012927235 | Laissez-moi dfaillir, et ne m'arrachez pas Le perfide serpent qui dort entre mes bras... JE SUIS FIRE DE TOUT... Je suis fire de tout ce que je vous fis faire, Pauvre me et pauvre esprit au faible corps lis. J'ai veill, dans la morne ou brlante atmosphre, A ce que rien de vous ne ft humili. Ah! s'il n'avait tenu | 60 | gutenberg |
twg_000012927236 | qu' mon penchant dlire, Qu' mon rve inclin vers le plaintif amour, J'aurais suivi la route o tout effort expire, Mais je vous ai sauvs en m'immolant toujours! Ma part fut abondante, aride, tnbreuse; J'ai combattu l'orage et divis le vent, Et j'ai su m'enivrer, dans les jours prouvants, Du sombre enchantement des larmes courageuses. Dj mon temps dcline, et | 60 | gutenberg |
twg_000012927237 | le vent dans les palmes Ne rpand plus pour moi son parfum vaste, amer. Peut-tre vais-je atteindre, ayant de tout souffert, La rgion sereine o la douleur est calme; Et je vous remercie, orage, ardeur, souffrance, Et vous, dception au jeu continuel, De m'avoir accord la sombre indiffrence Qui prpare le corps au repos ternel... J'AI REVU LA NATURE... J'ai | 60 | gutenberg |
twg_000012927238 | revu la Nature en son commencement. J'entends comme en naissant, comme en ouvrant l'oreille, Un bruit de branches, d'eau, de brises et d'abeilles Passer avec un vague et frais tonnement. On voit partout jaillir de la terre pre et dure La vapeur balance et molle des verdures... --Nature, je connais votre pige ternel: Forte par la beaut, humble par le | 60 | gutenberg |
twg_000012927239 | silence, Vous attendez qu'en nous sans cesse recommence L'immense adhsion au but universel. L'indiscernable Amour tente un furtif appel... Je suis l; l'glantier enlace un banc de marbre Qu'entoure la senteur fourmillante des buis. Tout gonfle et se fendille avec un lger bruit De rsine au soleil; le vent, au haut des arbres, A les grands mouvements de l'inspiration. Hlas! | 60 | gutenberg |
twg_000012927240 | cette salubre et chaste passion, Ce grand nid des vivants qui crot et se prpare, Sera-t-il donc toujours l'ennemi des humains? Parmi ce tourbillon de graines et d'essaims, Nature, vous faut-il une me qui s'gare, Et qui mle votre cre et printanier levain L'inutile dsir d'un amour plus divin, Que vous dsabusez et que rien ne rpare?... ON ETOUFFAIT D'ANGOISSE | 60 | gutenberg |
twg_000012927241 | ATROCE... On touffait d'angoisse atroce, et l'on respire. Il semble que l'on ait dsormais vu le pire, Qu'on est sorti vivant du cercle de l'enfer, Que c'est fini! Le jour remonte, calme et clair; On entend les rumeurs des routes, des villages, Le chant des coqs, le doux roulis des engrenages: Halettement de fer que font dans le lointain Les | 60 | gutenberg |
twg_000012927242 | usines, fumant sur le lger matin... Une haleine de fleurs paissit les prairies; On voit, sur le torrent, cumer la scierie. Les calmes oliviers, immobiles, songeant, Reoivent tout l'azur dans leurs tamis d'argent; Et les abeilles, par leurs danses chaleureuses, Font un voile dor aux collines pierreuses; Et l'on est sauf! Mais quand reviendront les effrois, Quand ce sera vraiment | 60 | gutenberg |
twg_000012927243 | pour la dernire fois; Quand ce sera le terme exact de toute chose, Le mal sans gurison, la mort de ceux qu'on ose A peine regarder, tant ils sont beaux et chers; Quand l'esprit ne pourra plus rjouir la chair; Quand on sera us, dlaiss, terne, comme Un jardin d'hpital o flnent de vieux hommes; Quand, ni les prs gonfls | 60 | gutenberg |
twg_000012927244 | qui montent aux genoux, Ni l'orgueil ni l'amour ne seront faits pour nous; Quand tout ce qui voyage, agit, hle, circule, S'loignera de l'ombre o notre front recule, Et qu'on sera dj un cadavre vivant, Dont le timide effort, derrire un contrevent, Regarde encore un peu le soleil et l'orage Verser aux coeurs humains les robustes courages Et la tmrit, | 60 | gutenberg |
twg_000012927245 | par qui Dieu vient en aide; Quand le malheur sera formel, net, sans remde, Et qu'on sera pouss, morne, les bras lis, Contre le mur, o sont tombs les fusills: Quel baume, quel secours subit, quelle allgeance Me mlera, Nature, votre calme essence? L'ESPACE NOCTURNE Zeus lui-mme considrait la nuit avec une crainte respectueuse. Qui pourrait dchiffrer la nuit silencieuse? | 60 | gutenberg |
twg_000012927246 | Les Nombres sont en elle clatants et secrets, Comme un jour plus subtil, sa blanchtre veilleuse Dispense la clart jusqu'aux sombres forts... Sa douceur monotone et sa couleur unique Font une lueur vaste, absolue et sans bords. Comme un haut monument ternel et mystique, Elle semble arrte entre l'air et la mort. --Que j'aime votre exacte, uniforme lumire, Sans saillie | 60 | gutenberg |
twg_000012927247 | et sans heurts, sans flche et sans lan, O les noirs peupliers, recueillis, indolents, Semblent, dans l'ther blanc, de visibles prires! --Nuit paisible, pareille aux rochers des torrents Vous laissez maner des parfums froids et tristes, Et dans votre caveau, ple et grave, persiste L'me des premiers temps, et les esprits errants. Est-ce un lointain rappel des heures primitives O | 60 | gutenberg |
twg_000012927248 | l'inquiet dsir se dfiait du jour, Qui fait que nous aimons votre lampe plaintive, Et qu'on se croit la nuit plus proche de l'amour? --Vous tes aujourd'hui songeuse et solennelle, Nuit tombale o se meut l'odeur d'un oranger; Je veux tracer mon nom sur votre blanche stle, Et mditer en vous avec un coeur fig. Mais, hlas! je ne peux | 60 | gutenberg |
twg_000012927249 | diminuer ma plainte, Je suis votre jet d'eau murmurant, exalt, Mon coeur jaillit en vous, pars et sans contrainte, Vaste comme un parfum propag par l't! Pourquoi donc, douce nuit aux humains trangre, M'avez-vous attire au seuil de vos secrets? Votre muette paix, massive et mensongre, N'entr'ouvre pas pour moi ses brumeuses forts. Qu'y a-t-il de commun, grande Sulamite Noire | 60 | gutenberg |
twg_000012927250 | et belle, et toujours buveuse de l'amour, Entre votre splendeur troite et sans limite, Et nous, que le temps presse et quitte chaque jour? Pourquoi nous tentez-vous, dormeuse de l'espace, Par votre calme main apaisant notre sort? Jamais l'homme ne peut rester sur vos terrasses Bien longtemps, l'abri du rve et de l'effort, Puisque vivre c'est tre alarm, plein d'angoisse, | 60 | gutenberg |
twg_000012927251 | Menac dans l'esprit, menac dans le corps, Luttant comme un soldat sans arme et sans cuirasse, Puisqu'on naviguera sans atteindre le port, Puisque aprs les transports il faut d'autres transports, Puisque jamais le coeur ne rompt ni ne se lasse, Et que, si l'on tait paisible, on serait mort... JE VIS, JE PENSE, ET L'OMBRE... Je vis, je pense, et | 60 | gutenberg |
twg_000012927252 | l'ombre insensible et divine Dans le vallon obscur m'entoure de splendeur; Le romanesque vent, en s'battant, incline Sur le noir oranger le sureau lourd d'odeur. Et je suis le tmoin vigilant, perspicace, De cette heure fougueuse o tout tressaille et boit; Et rien qu'en respirant, je retrouve la trace Des passants glorieux engloutis avant moi. Et pourtant quel silence! Immobile | 60 | gutenberg |
twg_000012927253 | prsage, Les toiles aux cieux maintiennent fixement Leur calme groupement, irrgulier et sage, Vestige tnbreux d'un vaste vnement. Rien, je ne saurai rien de l'nigme du monde! Je m'y suis insre avec autant d'amour Que l'arbre dans le roc, que la rive dans l'onde, Que le dard du soleil dans la pulpe du jour. Mais je ne saurai rien; j'interroge, | 60 | gutenberg |
twg_000012927254 | et j'coute Mon rve qui rpond mon me; et j'entends La foule des secrets, des dsirs et du doute Agir en moi depuis la naissance du temps... Parfois, dans un sursaut de connaissance pique, J'enveloppe l'espace et ses sombres lueurs, Depuis la lune morte au sein des cieux mystiques, Jusqu'aux chats d'Orient, sanglotant dans les fleurs. Mais je ne saurai | 60 | gutenberg |
twg_000012927255 | rien de ma tche phmre! --Insondable Univers que j'ai cru possder, Je n'interromprai pas ma pensive prire Vers ton muet orgueil, qui ne peut pas cder. --Beau soir, tout envol de parfums et de brises, Remuante tnbre, agile et frache ardeur, C'est en vain que ma voix vous suit et vous attise, Comme la flte grecque accompagne un danseur! --Je | 60 | gutenberg |
twg_000012927256 | suis mortelle, et tout ce que je loue est stable! Mon tre se dissout, mon pass est errant; Vous brlerez sans moi, monde dlectable! La lune luit; le vent se baigne dans le sable, Et j'coute monter vers les cieux odorants, Mon esprit dilat, clairvoyant, secourable, Qui, tout imprgn d'eux, leur est indiffrent! JE SAIS QUE RIEN N'EST PLUS... Je | 60 | gutenberg |
twg_000012927257 | sais que rien n'est plus pour moi, et cependant Je regarde parfois les choses de l'espace, Je vois l'ombre de l'if qui divise l'tang, Et l'azur s'entr'ouvrir pour un oiseau qui passe. La cloche d'un couvent disperse dans les airs Son rve dbordant et son Credo candide: Douce cloche, oasis d'argent du bleu dsert, C'est vous la palme et l'eau | 60 | gutenberg |
twg_000012927258 | des soirs tendres et vides!... Dans la rue, un enfant, un marchand, un tonneau Rendent le calme ther et le pav sonores; Je rve d'un jardin tropical, sur les flots O gonflent mollement les pompeuses Comores. Et je regarde luire, entre les toits serrs O mes tristes regards lentement aboutissent, Ces cieux du soir qui sont si doux et si | 60 | gutenberg |
twg_000012927259 | propices Aux mes qui n'ont pas encor dsespr... LE DESTIN DU POTE O Persphone donne-nous un courage invincible. ESCHYLE. C'tait un matin chaud, serein, religieux, Dans cette ombre bleutre o l'homme nat; les dieux Tenaient entre leurs mains une me qui tressaille, Qui s'veille et s'meut. Les dieux disaient: Qu'elle aille, Luttant contre les vents et le nuage obscur, Dans | 60 | gutenberg |
twg_000012927260 | l'azur et toujours plus avant dans l'azur! Qu'errante, mais encore nos cieux retenue, Elle vive les bras tendus vers la nue, Ne pouvant oublier et ne pouvant saisir Le souvenir pars de l'immortel plaisir; Qu'elle aille, pi de bl que l'univers va moudre, S'attachant au soleil, s'attachant la foudre; Qu'innocente, et croyant la bont du jour, Elle rpande en vain | 60 | gutenberg |
twg_000012927261 | son ineffable amour, Et que toute sa joie, enivre, abattue, Retombe sur son coeur comme un fardeau qui tue! Qu'aucun baiser ne soit assez pre et puissant Pour celle dont le sang veut rejoindre du sang; Ivre d'effusion et d'ardeur fraternelle, Que les mots qu'elle dit ne soient compris que d'elle. Quand la clart des nuits tend l'ombre des ifs, | 60 | gutenberg |
twg_000012927262 | Que tous ses dsirs soient allongs, excessifs, Et qu'elle porte alors, comme un poids qui l'crase, Les souhaits, le plaisir, le regret et l'extase! Qu'un matin, ddaignant les douceurs de l't, N'aimant plus que l'orgueil et que l'ternit, Elle aille, se blessant d'un vhment coup d'aile; Qu'elle soit morte enfin, et qu'il ne reste d'elle Que quelques chants plaintifs, dont | 60 | gutenberg |
twg_000012927263 | le tremblant clat Touche moins que l'odeur vivante des lilas, Que les cris des oiseaux dans les nuits sanglotantes, Que les pleurs des jets d'eau, que les brises errantes, Et qu'ainsi les humains, dont le coeur faible et dur, Ignore nos desseins enferms dans l'azur, Qui croient que leur bonheur est notre complaisance, Voyant cette me lasse et lourde de | 60 | gutenberg |
twg_000012927264 | souffrance, Ne puissent pas savoir,--secret profond des dieux,-- Que c'tait celle-l que nous aimions le mieux... ELEVATION Je n'ai rien accept du sjour sur la terre, Jamais le sort humain n'eut mon consentement; J'ai langui, j'ai bondi, nomade et solitaire, Des paradis de joie aux enfers du tourment. La vie en me touchant a dcupl sa force: Pour mieux combler | 60 | gutenberg |
twg_000012927265 | mon me et creuser mon moi, L'espace, les soleils, les pays, les corces Se joignaient mon corps et brlaient avec moi! Enfant, j'ai dsir le sort, l'amour, la vie Avec l'arrachement des fleuves vers la mer; Je me retourne encor, tonne et ravie, Vers l'image que j'eus d'un si tendre univers: Que les jours se levaient splendides dans ma joie! | 60 | gutenberg |
twg_000012927266 | Quel torrent ascendant de mon coeur vers les cieux! Mais l'orchestre s'est tu; la brume qui me noie M'entrane mollement aux lieux silencieux. J'ai la srnit d'tre sans esprance, Je ne souhaite rien, j'ai pris cong de moi; Ma force, mes dsirs, mes regrets, ma souffrance Ont fui comme le temps laisse tomber les mois. Mon coeur libre est ouvert | 60 | gutenberg |
twg_000012927267 | tout cho sublime, Les fiers chevaux du Cid y font sonner leurs pas; J'tends, les yeux penchs au-dessus des abmes, Une main qui pardonne et l'autre qui combat. Je sais que l'hrosme est la suprme ivresse, Le mont o retentit la trompette d'argent, Mais plus le bond est haut, plus srement il blesse: Les esprits blouis sont les plus indigents. | 60 | gutenberg |
twg_000012927268 | Je vois bien que tout fleuve orgueilleux a sa rive, Que tout a sa mesure et son empchement, La chance aux yeux divins, rapidement nous prive, Et quand le sombre amour a piti, c'est qu'il ment. Je ne demande pas l'nigme du monde Quel dieu favorisait puis dlaissait mon coeur, Ni quel fleuve d'amour, en dtournant ses ondes, A dpos | 60 | gutenberg |
twg_000012927269 | chez moi ce limon de langueur! Hlas! que tout nous fuit! Comme tout nous rejette! Comme tout aboutit ce hideux repos Qui de la terre fait un immense squelette O les foules sans nombre ont align leurs os! --Et maintenant, debout comme les astronomes Dans les limpides nuits d'Agra et de Phil, Je contemple, au-dessus des mondes et des hommes, | 60 | gutenberg |
twg_000012927270 | Les signes infinis de mon coeur toil!... EN CES JOURS DECHIRANTS... En ces jours dchirants o le Destin me brave Et lentement me vainc, Seigneur, soutenez-moi, Jusqu'au mystique instant que mon coeur entrevoit, O je confesserai que la douleur est suave; Dj son huile sainte a pntr mes os; Je renonce vouloir, dsirer, vivre; Quand l'instinct est rompu, les mes | 60 | gutenberg |
twg_000012927271 | volent haut... Douleur, c'est votre poids sacr qui me dlivre; C'est par votre grandeur qu'on atteint au repos... A MISTRAL O Mistral, la Mireille antique, --Chlo qui dansait dans le thym-- Suspend sa flte bucolique Au vert laurier de ton jardin! Elle s'approche et te contemple; Et, dans le vent rapide et pur, C'est toi la colonne du temple, C'est | 60 | gutenberg |
twg_000012927272 | toi l'olivier sur l'azur! Tu tincelles dans l'espace Par tes airs de ptre et de roi; Ton coeur enveloppe ta race Et ton pays descend de toi! Sous le soleil et les toiles Tu tiens ta lyre au son hautain, Comme un vaisseau gonfle sa voile Et bondit sur les flots latins! Le vent bleu, sur la pierre blanche, De | 60 | gutenberg |
twg_000012927273 | ses beaux bras audacieux Tremps dans le parfum des branches, Etale ton nom sous les cieux! La musique glissante ou vive Baigne et soulve tes pipeaux Comme un fleuve franchit sa rive Et s'tend parmi les roseaux... --Ainsi nous recherchions l'Histoire, L'Hellade avec ses temples roux, Quand c'est toi, la Nef, la Victoire, Et le Grec bni de chez nous! | 60 | gutenberg |
twg_000012927274 | Et Chlo, fille de Sicile, Retrouve en toi le sol natal; Son miroir, sa lampe d'argile, Elle les consacre Mistral, Heureuse, aprs un si long somme, De voir, dans l'azur et le vent, Que Daphnis, le plus beau des hommes, A pris l'clat d'un dieu vivant... VERS ECRITS SUR LES CHAMPS DE BATAILLE D'ALSACE-LORRAINE O morts pour mon pays, je | 60 | gutenberg |
twg_000012927275 | suis votre envieux... V. HUGO. Ce matin de brouillard, d'orage et de langueur, Devant un glorieux et triste paysage, Je ressens, avec plus de fivre et de vigueur, L'amour et la fiert qui divisent le coeur Elancer vers les cieux leur diffrent courage! Hlas! les grands sanglots de l'orgueil menac Ne sont souvent qu'un bruit de vagues, que domine, De | 60 | gutenberg |
twg_000012927276 | ses bras perdus, de ses cris insenss, Le dsir des humains, qui rde, convuls, Dans son empire d'or, de soif et de famine! --Quel mortel n'a connu vos somptueux lans, Passion de l'amour, unique multitude, Danger des jours aigus et des jours indolents, Orchestre dispers sur les vents turbulents, Rossignol du dsir et de la servitude! Mais pour que soient | 60 | gutenberg |
twg_000012927277 | dompts ces iniques transports, Nous irons aujourd'hui parmi les tombes vertes O les croix ont l'clat des mts blancs dans les ports; Et nous suivrons, le coeur inclin vers les morts, La route de l'orgueil qu'ils ont laisse ouverte. Voix des champs de bataille, pre religion! Insistance des morts unis la nature! Ils flottent, pandus, subtile lgion, Mls au bl, | 60 | gutenberg |
twg_000012927278 | au pain, au vin des rgions, Hors des funbres murs et des humbles cltures. --Un jour, ils taient l, vivants, graves, joyeux. Les brumes du matin glissaient dans les branchages, Les chevaux hennissaient, indompts, anxieux, L'automne secouait son vent clair dans les cieux, Les casques de l'Iliade ombrageaient les visages! On leur disait: Afin qu'une minute encor Le sol que | 60 | gutenberg |
twg_000012927279 | vous couvrez soit la terre latine, Il faut dans les ravins prcipiter vos corps. Et comme un formidable et musical accord Ces cavaliers d'argent s'arrachaient des collines! Ivre de quelque ardente et mystique liqueur, Leur me, en s'lanant, les lchait dans l'abme. Ils croyaient que mourir c'tait tre vainqueurs, Et les armes semblaient les battements de coeur De quelque immense | 60 | gutenberg |
twg_000012927280 | dieu palpitant et sublime. Ils tombaient au milieu des vergers, des houblons, Avec une fureur rugissante et jalouse; Leurs bras sur leur pays se posaient tout du long, Afin que, dans les bois, les plaines, les vallons, On ne spare plus l'poux d'avec l'pouse... --O terre marie au sang de vos hros, Ceux qui vous aimaient tant sont une forteresse | 60 | gutenberg |
twg_000012927281 | Tnbreuse, cache, o le fer et les os Font entendre des chocs de sabre et des sanglots Quand l'esprit inquiet vers vos sillons se baisse. Plus encor que ceux-l, qui, vivants et joyeux, Tiendront les pes d'or des guerres triomphales, Ces morts gardent le sol qu'ils ramnent sur eux; Leur pays et leur coeur s'endorment deux deux, Et leur rve | 60 | gutenberg |
twg_000012927282 | est entr dans la nuit nuptiale... Le Rhin, paisible et sr comme un large avenir O s'avancent les pas de la France ternelle, Verse ces endormis un puissant lixir, Qui, dans toute saison, les fait s'panouir Comme un rose matin sur la molle Moselle! --Les bls roux et lis sont aux ruches pareils, De tous les chauds vallons monte un | 60 | gutenberg |
twg_000012927283 | parfum d'enfance, Mais, embusqu le soir sur le coteau vermeil, Comme un pourpre boulet le rapide soleil Semble prt venger quelque indicible offense. Ni le doux ciel coulant sur les fruits verts et bleus, Ni l'eau ple qui dort dans le cercle des saules, En ces graves pays ne nous penchent vers eux, En vain l't rpand ses baumes vaporeux, | 60 | gutenberg |
twg_000012927284 | Un plus fort compagnon s'appuie notre paule: C'est vous, ange irrit, taciturne, anxieux, Par qui le sang jaillit et l'ardeur se dlivre, Honneur secret et fier, qui marchez dans les cieux, Par qui l'agonie est un vin dlicieux, Quand, pour vous obtenir, il faut cesser de vivre! Exaltants souvenirs! O splendeur de l'affront Par qui chaque tre, ainsi qu'une foule | 60 | gutenberg |
twg_000012927285 | qui prie, Se dlaisse soi-mme, et, la lumire au front, Vif comme le soleil qu'un fleuve ardent charrie, Prfre aux volupts, qui toujours se dfont, Le grand embrassement du mort sa patrie! LES MANES DE NAPOLEON On voit un blanc jardin et des pelouses vertes. Le jour d't nous suit par les portes ouvertes, Et visite avec nous le dme | 60 | gutenberg |
twg_000012927286 | nbuleux. Le vitrage rpand des flots de rayons bleus Pareils la lueur des campagnes d'Egypte. Des trangers, autour de la muette crypte, Contemplent, le visage appuy sur leurs mains, Cette cendre d'un dieu rest chez les humains. Lourd comme un noir canon d'o s'envole la poudre On voit luire l'autel, couleur d'encre et de foudre, O l'on peut mditer, toucher, | 60 | gutenberg |
twg_000012927287 | goter l'honneur, Vif comme l'onde, et chaud comme sous l'Equateur! Pour un esprit qui songe un tel lieu doit suffire. --O hros endormi dans le bloc de porphyre, En vain, dans l'univers, nous recherchions vos pas: Vous embrassez le monde, il ne vous contient pas. Sous les palmiers du Nil, sur l'or mouill des sables, Vos pas victorieux restaient insaisissables. | 60 | gutenberg |
twg_000012927288 | Dans les bleutres soirs du parc de Malmaison, Votre ombre erre toujours par del l'horizon. Mais la mort dfrente, assoupie et sans borne Est assez vaste, enfin, pour votre face morne. On contemple, effray: ce lit pourpre et puissant Enferme ce qui fut votre me et votre sang. Et vous tes l, vous qui l'on ne peut croire Tant vous | 60 | gutenberg |
twg_000012927289 | tes encore au-dessus de la gloire! De quel esprit serein, de quel orgueil content, Je songe qu' jamais vous emplissez le temps, Et que l'orgueil sacr peut laisser choir terre, Dans ce temple franais de la Victoire Aptre, Ces ailes que l'on vit sur toutes les cits, Epandre leur tempte et leur tmrit! Je pense votre grand retour de l'le | 60 | gutenberg |
twg_000012927290 | d'Elbe; Les blancs oiseaux des mers, les alcyons, les grbes, Chauds de soleils, pareils des aigles d'argent Vous suivaient sur la mer o vous alliez, songeant. Quand vous tes venu, seul, et jetant vos armes, Les faces des soldats se couvrirent de larmes. Ainsi vit-on, un jour, jaillir et s'pancher L'eau vive que Mose arrachait du rocher! Avanant lentement par | 60 | gutenberg |
twg_000012927291 | Cannes, par Grenoble, Vous marchiez tout le jour; prvoyant, calme, noble; Invincible, isol, sr comme le destin, Vous reposant le soir, repartant le matin, Distribuant dj vos faveurs et vos ordres, Recevant les baisers de ceux qui voulaient mordre Et trouvant, miracle clatant en un jour, Une immense contre avec un seul amour! Et Paris enivr autour de vous se | 60 | gutenberg |
twg_000012927292 | presse. Vous tes soulev par sa sainte caresse: Vous avancez debout, port de main en main, Blanche idole, pesant sur tout l'amour humain. Vous passiez, entr'ouvrant la foule opaque et lisse, Comme un vaisseau bomb sur une mer propice; Vous alliez, les deux bras tendus, les yeux clos, Statue au front dor qu'on soulve des flots; Hros dont on clbre | 60 | gutenberg |
twg_000012927293 | un vivant centenaire! Votre nom sous l'azur roulait comme un tonnerre Qui tranche les sommets et remplit les vallons. Un de vos marchaux, marchant reculons Devant les Tuileries flambantes comme une arche, Gravissant l'escalier devant vous, marche marche, Joyeux, vague, extatique, perdu, sombre et doux, Rptait tendrement: C'est vous! c'est vous! c'est vous! Mais vous, seul, au-dessus du flot qui | 60 | gutenberg |
twg_000012927294 | vous assaille, N'ayant pas de tmoin qui ft votre taille, Contemplant l'horizon d'o les dieux sont absents, De quel aride coeur gotiez-vous cet encens? Le temps passa, lugubre. Un soir on vint descendre, Dans cette arne vaste et basse, votre cendre. On mit un grand soleil autour de ce repos. Comme un bouquet de lis dchirs, les drapeaux Chez les | 60 | gutenberg |
twg_000012927295 | rois arrachs, dans vos rudes conqutes, Fleurirent saintement le silence o vous tes. Et depuis, chaque jour, courbs, baissant le front, Les hommes tonns, muets, errent en rond, Ainsi qu'une pensive et vague sentinelle, Autour du puits o dort votre cendre ternelle. --Quand meurent des hros, la pit des humains Leur lve au sommet fascinant des chemins Un tombeau clair, | 60 | gutenberg |
twg_000012927296 | altier, imposant, qui s'rige, Et marque hautement la gloire du prodige; Et le passant alors, surpris, levant les yeux, Honore le front haut cet esprit radieux. Mais vous, plus grand qu'eux tous dans la sublime histoire, Vous avez cette trange et solennelle gloire Par qui tous les orgueils sont briss tout coup, Qu'il faille se pencher pour regarder sur vous... | 60 | gutenberg |
twg_000012927297 | O DIEU MYSTERIEUX... O Dieu mystrieux qui n'aimez pas les tres, Qui les avez jets, pleins d'amour et d'espoir, Dans un monde o jamais rien de vous ne pntre Pour rassurer leurs jours, pour clairer leurs soirs, Peut-tre n'avez-vous de soucis paternels Que pour les verdoyants et calmes paysages, Qui sont combls d'azur, d'allgresse, de miel, Et d'un apaisement que | 60 | gutenberg |
twg_000012927298 | n'ont pas les visages? --Les jeux des papillons, des oiseaux, des zphirs, Une branche qu'un flot de soleil ploie et marque, Font bouger l'horizon, que l'on croit voir frmir Comme une frle tente au-dessus d'une barque. Se joignant dans un net et dcisif amour, Le cristal bleu de l'air et la lente colline Allongent leur unique et mutuel contour Dans | 60 | gutenberg |
twg_000012927299 | la molle atmosphre, assoupie et cline. Les rameaux dlicats et gommeux des sapins, S'offrant, se refusant aux brises qui les pressent, Et grsillant ainsi qu'un tison argentin, Emplissent l'air de leurs parcelles de caresses: Caresse tincelante, hsitante et sans fin, Qui ne se lasse pas, et, toute une journe, Imite sur l'azur blouissant et fin L'lan d'une me active et | 60 | gutenberg |
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