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|---|---|---|
Voir le début du dialogue de ce nom | ||
Platon
Timée
Traduction, notices et notes
par
Émile Chambry
Notice sur le « Timée »
ARGUMENT | ||
Outre une introduction dialoguée, le Timée comprend trois sections | ||
La
première est le mythe de l’Atlantide (19 a-27 c) ; les deux autres ont pour
objet la formation du monde (27 c-69 a) et celle de l’âme et du corps de
l’homme (69 a-fin) | ||
INTRODUCTION | ||
Socrate s’était entretenu la veille avec Timée et Hermocrate et un autre
personnage qui n’est pas nommé | ||
L’entretien avait roulé sur la politique :
Socrate leur avait exposé quelle était, d’après lui, la constitution la plus
parfaite | ||
On a cru longtemps que cet entretien est celui qui fait l’objet de la
République, et il paraît bien certain que c’est à sa doctrine politique que
Platon a voulu rattacher le Timée ; mais ce n’est pas le dialogue de la
République qu’il a voulu rappeler ici | ||
Un assez long intervalle s’est écoulé
entre les deux ouvrages | ||
En outre, le résumé de l’entretien de la veille que
Socrate donne pour complet est loin de comprendre tous les sujets traités
dans la République ; il a lieu aux Panathénées, et non aux Bendidies, et les
interlocuteurs ne sont pas les mêmes | ||
On peut en conclure qu’il s’agit dans le
Timée d’un entretien fictif sur la politique, sujet sur lequel Platon revint
certainement bien des fois au cours de son enseignement | ||
1ER SECTION : L’ATLANTIDE | ||
Socrate se demande ensuite si l’État qu’il a décrit correspond à quelque
chose de réel | ||
Il appartient d’en décider à des hommes comme Timée, Critias
et Hermocrate, qui sont à la fois des philosophes et des politiques rompus aux
affaires | ||
C’est Critias qui donne la réponse | ||
La constitution que tu proposes,
dit-il à Socrate, a existé autrefois à Athènes | ||
Je le tiens de mon ancêtre
Critias, ami de Solon | ||
Solon, retour d’Égypte, lui raconta qu’un vieux prêtre
égyptien lui avait appris que, neuf mille ans auparavant, Athènes avait eu les
plus belles institutions politiques et qu’elles avaient servi de modèle à celles
des Égyptiens, chez qui se retrouve encore aujourd’hui la séparation des
classes que tu recommandes dans ta république | ||
En ce temps-là, Athènes
produisit des hommes héroïques, qui défendirent l’Europe et l’Asie contre les
rois de l’Atlantide, grande île qui émergeait au-delà des colonnes d’Héraclès | ||
Ces rois entreprirent de soumettre à leur domination tous les peuples riverains
de la Méditerranée | ||
Ils furent battus par les seuls Athéniens, et leur défaite fut
suivie d’un cataclysme qui engloutit subitement leur île, et avec elle l’armée
des Athéniens | ||
Le mythe de l’Atlantide a soulevé d’innombrables controverses | ||
Les uns
ont cru que l’Atlantide avait réellement existé, d’autres que le récit était une
invention de Platon, mais reposait sur des données véritables, d’autres l’ont
considéré comme une allégorie | ||
Dernièrement, un savant géologue, P | ||
Termier, a prouvé qu’un vaste effondrement s’était produit à la fin de l’âge
quaternaire à l’ouest du détroit de Gibratar | ||
Mais l’antiquité ne s’en est
certainement pas doutée, et Platon lui-même n’a pu le deviner | ||
Il se trouve
qu’il a jadis existé une terre là où Platon a placé son mythe et que son
invention n’est pas dénuée de fondement, du moins en ce qui concerne
l’existence d’un continent en face des côtes du Maroc et du Portugal | ||
Mais si
Platon est tombé juste en imaginant le continent de l’Atlantide, c’est sans
doute par un pur hasard | ||
En tout cas, le fait était trop ancien, pour qu’il en fût
resté quelque trace, même dans les plus anciennes traditions de l’Égypte | ||
2E SECTION : LA COSMOLOGIE DE PLATON | ||
En terminant, Critias se déclarait prêt à compléter son récit et à montrer
en détail que la cité idéale de Socrate avait bien réellement existé au temps
des Atlantes | ||
Mais l’exposition de Critias est remise à plus tard | ||
Auparavant,
Timée, le plus savant d’entre eux en astronomie, va exposer la formation de
l’univers, puis celle de l’homme | ||
Pourquoi, entre le premier récit de Critias et
celui qu’il fera plus tard dans l’ouvrage qui porte son nom, Platon a-t-il
intercalé une exposition du système du monde et de la création de l’homme ?
Il semble que l’exposition de Timée déborde infiniment le sujet proposé par
Socrate et qu’elle ne s’y rattache que par un lien très lâche | ||
C’est qu’avant
d’aborder le problème politique et social, Platon a tenu à montrer la place que
l’homme tient dans l’univers et ce qu’est l’univers lui-même ; car l’homme
est un univers en réduction, un microcosme assujetti aux mêmes lois que le
macrocosme | ||
Et ainsi cette question préliminaire a pris une place
prépondérante, et Platon en a pris occasion de présenter une explication
générale du monde | ||
Il ne s’est jamais piqué d’une stricte logique dans le plan
de ses ouvrages ni d’y mettre l’unité rigoureuse que les modernes requièrent
dans les leurs | ||
La base du système que Timée va exposer est la théorie des Idées | ||
Il faut
d’abord, dit Timée, se poser cette double question : en quoi consiste ce qui
existe toujours, et ce qui devient toujours et n’est jamais ? Ce qui existe
toujours, ce sont les Idées, appréhensibles à l’intelligence, et ce qui devient
toujours est l’univers, qui ne peut être connu que par conjecture | ||
Aussi n’y a-
t-il pas de science de la nature | ||
On n’en peut donner que des explications plus
ou moins vraisemblables | ||
Partons de ce principe que l’auteur de l’univers, étant bon et sans envie, a
voulu que toutes choses fussent autant que possible semblables à lui-même,
c’est-à-dire bonnes | ||
C’est pour cela qu’il a fait passer le monde du désordre
chaotique à l’ordre | ||
Pour cela, il mit l’intelligence dans l’âme et l’âme dans le
corps et fit du monde un animal doué d’une âme et d’une intelligence, et il
forma cet animal sur un modèle qui embrasse en lui tous les animaux
intelligibles | ||
Ce qui a commencé d’être est nécessairement corporel et ainsi
visible et tangible ; mais, sans feu, rien ne saurait être visible, ni tangible sans
quelque chose de solide, ni solide sans terre | ||
Aussi le dieu prit d’abord, pour
former l’univers, du feu et de la terre | ||
Pour les unir, il prit deux moyens
termes formant une proportion avec ces deux éléments | ||
Si le corps de la terre
eût été une surface, un seul moyen terme aurait suffi ; mais c’était un corps
solide, et, comme les solides sont joints par deux médiétés et jamais par une
seule, le dieu a mis l’eau et l’air entre le feu et la terre et les a fait
proportionnés l’un à l’autre, en sorte que ce que le feu est à l’air, l’air le fût à
l’eau, et que ce que l’air est à l’eau, l’eau le fût à la terre | ||
Chacun des quatre
éléments est entré tout entier dans la composition du monde : son auteur l’a
composé de tout le feu, de toute l’eau, de tout l’air et de toute la terre, pour
qu’il fût un, qu’il ne restât rien d’où aurait pu naître quelque chose de
semblable et qu’il échappât ainsi à la vieillesse et à la maladie, rien ne
pouvant l’attaquer du dehors | ||
Il donna au monde la forme sphérique, qui est la plus parfaite de toutes, et
il en arrondit et polit la surface extérieure, parce que le monde n’avait besoin
ni d’yeux, puisqu’il ne restait rien de visible en dehors de lui, ni d’oreilles,
puisqu’il n’y avait plus rien à entendre, ni d’aucun organe, puisque rien n’en
sortait ni n’y entrait de nulle part, n’y ayant rien en dehors de lui | ||
Il lui donna
un mouvement approprié à son corps, un mouvement de rotation si lui-même,
sans changer de place | ||
L’ÂME DU MONDE | ||
Au centre, il mit une âme, qui s’étend partout et enveloppe même le corps
de l’univers | ||
Pour la former, il prit la substance indivisible et toujours la
même et la substance divisible qui devient toujours, et, en les combinant, il
en fit une troisième substance intermédiaire, qui participe la fois de la nature
du Même et de celle de l’Autre ; il la plaça entre les deux premières et les
combina toutes en une forme unique, qu’il divisa en sept parties ; puis il
remplit les intervalles en coupant encore des parties sur le mélange primitif et
en les plaçant dans les intervalles, de manière qu’il y eût dans chacun deux
médiétés, l’une surpassant les extrêmes et surpassées par eux de la même
fraction de chacun d’eux, l’autre surpassant un extrême du même nombre
dont elle est surpassée par l’autre | ||
De ces liens introduits dans les premiers
intervalles résultèrent de nouveaux intervalles de un plus un demi, de un plus
un tiers, de un plus un huitième, que Dieu remplit à nouveau, épuisant ainsi
tout son mélange | ||
Cette description de l’âme ne paraîtra pas claire au lecteur | ||
C’est que le
texte non plus n’est pas clair | ||
On peut croire que Platon résume ici des
leçons, développées devant ses auditeurs, sans se soucier assez de les rendre
intelligibles à ses lecteurs | ||
Quand il présente ses idées sous forme de mythe,
il semble prendre plaisir à les dérober sous une forme énigmatique | ||
Souvenons-nous du fameux nombre nuptial de la République, qui a fait
couler des flots d’encre, sans qu’on soit encore bien sûr aujourd’hui qu’on l’a
découvert exactement | ||
Platon avait appris des Pythagoriciens que les
nombres auxquels se réduisent les lois de la nature sont la seule chose fixe et
certaine dans le changement perpétuel de toutes choses | ||
Aussi est-ce au
nombre qu’il a recours pour expliquer le monde et l’âme du monde | ||
Il faut se
figurer la composition des trois ingrédients qui la constituent comme une
bande de matière souple que le démiurge divise en parties exprimées par des
nombres qui forment deux proportions géométriques de quatre termes
chacune : 1, 2, 4, 8 et 1, 3, 9, 27 | ||
Il faut se représenter ces nombres comme
placés sur un seul rang, dans l’ordre : 1, 2, 3, 4, 8, 9, 27 | ||
Les intervalles qui
séparent ces nombres sont remplis par d’autres nombres jusqu’à ce qu’on
arrive à une série composée de notes musicales aux intervalles d’un ton ou
d’un demi-ton | ||
La série qui en résulte comprend quatre octaves, plus une
sixte majeure et ne va pas plus loin, parce que Platon l’a arrêtée au chiffre 27,
cube de 3 | ||
Nous ne pouvons entrer ici dans les calculs compliqués qu’a faits
Platon, et dont la clé a été donnée par Bœckh (Kleine Schriften, 3, 1866) | ||
Son
travail a été complété par H | ||
Martin, Zeller, Dupuis, Archer-Hind, Fraccaroli,
Rivaud, Taylor dans son commentaire du Timée (1928) et Cornford dans son
édition commentée (1937) du même ouvrage | ||
Nous renvoyons à ces auteurs
ceux qui voudront pénétrer exactement la pensée de Platon et résoudre toutes
les difficultés qu’elle présente à des lecteurs modernes | ||
Ayant ainsi composé l’âme, le démiurge coupa sa composition en deux
dans le sens de la longueur ; il croisa chaque moitié sur le milieu de l’autre,
les courba en cercle, imprima au cercle extérieur le mouvement de la nature
du Même, au cercle intérieur le mouvement de la nature de l’Autre, et donna
la prééminence à la révolution du Même | ||
Seule, il la laissa sans la diviser | ||
Au
contraire, il divisa la révolution extérieure en six endroits et en fit sept cercles
inégaux, correspondant à chaque intervalle du double et du triple, de façon
qu’il y en eût trois de chaque sorte | ||
Il ordonna à ces cercles d’aller en sens
contraire les uns des autres, trois avec la même vitesse, les quatre autres avec
des vitesses différentes, tant entre eux qu’avec les trois premières, mais
suivant une proportion réglée | ||
Les cercles dont il vient d’être question sont ceux que décrivent les sept
planètes | ||
La durée de leurs révolutions était, pour les platoniciens, d’un mois
pour la lune, d’un an pour le soleil, Vénus et Mercure, d’un peu moins de
deux ans pour Mars, d’un peu moins de douze ans pour Jupiter, d’un peu
moins de trente ans pour Saturne | ||
Lorsqu’il eut achevé la composition de l’âme, Dieu disposa au-dedans
d’elle tout ce qui est corporel, et les ajusta ensemble en les liant centre à
centre | ||
Or l’âme, étant à la fois de la nature du Même, de l’Autre et de la
nature intermédiaire, peut ainsi se former des opinions solides et véritables, si
elle entre en contact avec des objets sensibles, et parvenir à l’intellection et à
la science, si elle entre en contact avec des objets rationnels | ||
LE TEMPS | ||
Le modèle du monde étant un animal éternel, le démiurge s’efforça de
rendre le monde éternel aussi, dans la mesure du possible, et lui donna le
temps, image mobile de l’immobile éternité | ||
C’est pour cela qu’il fit naître le
soleil, la lune et les cinq planètes | ||
Quand chacun des êtres qui devaient
coopérer à la création du temps eut été placé dans son orbite appropriée, ils se
mirent à tourner dans l’orbite de l’Autre, qui est oblique (c’est l’écliptique),
qui passe au travers de l’orbite du Même (l’équateur) et qui est dominée par
1
lui * | ||
Et pour qu’il y eût une mesure claire de la lenteur et de la vitesse
relatives avec laquelle ils opèrent leurs huit révolutions, le dieu alluma dans
le cercle qui occupe le second rang en partant de la terre une lumière que
nous appelons le soleil | ||
C’est ainsi que naquirent le jour et la nuit | ||
LES QUATRE ESPÈCES D’ÊTRES VIVANTS | ||
À la naissance du temps, le monde ne contenait pas tous les animaux qui
sont dans le modèle éternel | ||
Dieu y mit alors toutes les formes que
l’intelligence aperçoit dans l’animal éternel | ||
Elles sont au nombre de quatre :
la première est la race céleste des dieux, la seconde la race ailée, la troisième
la race aquatique, la quatrième celle des animaux qui marchent | ||
Il composa
l’espèce divine presque entière de feu, pour qu’elle fût brillante et belle ; il la
fit ronde, afin qu’elle ressemblât à l’univers, et la mit dans l’intelligence du
Meilleur, afin qu’elle l’accompagnât | ||
Il la distribua dans toute l’étendue du
ciel et assigna à tous ces dieux deux mouvements, l’un à la même place,
l’autre en avant | ||
Quant aux dieux adorés du vulgaire, Platon en parle avec
une ironie non déguisée : il faut, dit-il, s’en rapporter à ceux qui en ont parlé
avant nous | ||
Pour les autres espèces d’animaux, comme il ne pouvait les façonner lui-
même sans les rendre égales aux dieux, il chargea les dieux subalternes de les
former, en mêlant le mortel à l’immortel | ||
Reprenant alors le cratère où il avait
d’abord mélangé et fondu l’âme de l’univers, il y versa ce qui restait des
mêmes éléments et le partagea en autant d’âmes qu’il y a d’astres | ||
Toutes ces
âmes, à leur première incarnation, furent traitées de même ; mais, suivant leur
conduite, elles devaient être réintégrées dans leur astre, ou passer dans des
corps de femmes ou d’animaux | ||
Les dieux subalternes empruntèrent donc au
monde des parcelles de feu, de terre, d’eau et d’air et ils formèrent pour
chaque individu un corps unique, où ils enchaînèrent les cercles de l’âme
immortelle | ||
Ceux-ci ne pouvant d’abord maîtriser le corps ou être maîtrisés
par lui, il s’ensuit que l’intelligence n’y apparaît que lorsque l’accord se fait,
avec l’âge | ||
Lorsqu’une bonne éducation s’y joint, l’homme devient complet
et parfaitement sain | ||
Les dieux enchaînèrent les deux révolutions divines dans
un corps sphérique, la tête, à laquelle ils donnèrent pour véhicule tout le
corps | ||
À la partie antérieure de la tête ils adaptèrent le visage et les yeux | ||
Des
yeux s’écoule un feu qui ne brûle pas, la lumière, et ce feu, rencontrant celui
qui vient des objets, donne la sensation de la vue |
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