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|---|---|---|
Cet autre Socrate est
« un malappris, un rustaud, qui ne songe qu’à la vérité » (288 d), et
qui juge que la vie ne vaut pas la peine d’être vécue, s’il faut la passer
dans l’ignorance (304 c)
| ||
Nulle part ailleurs l’attachement de Socrate à
la vérité n’a été peint d’une touche plus vigoureuse
| ||
Citons-en, parmi
les autres, deux traits saisissants
| ||
Parlant d’une réponse d’Hippias qui
lui paraît fausse, Socrate lui dit : « Cette réponse pourrait bien
m’attirer autre chose que des moqueries
| ||
– Qu’entends-tu par là ?
demande Hippias
| ||
– C’est que, si par hasard il (mon bourru) a un
bâton à la main, et si je ne fuis pas assez vite pour lui échapper, il
essayera de m’administrer une bonne correction, et il en aurait le
droit », ajoute-t-il (292 a)
| ||
Voici l’autre : c’est le plus fier passage où
Socrate affirme son amour du vrai
| ||
Il vient de dire que la beauté des
occupations et des lois est d’une autre espèce que celle des plaisirs de
la vue et de l’ouïe
| ||
« Peut-être, dit Hippias, cette différence échappera-
t-elle à notre homme
| ||
– Par le chien, Hippias, elle n’échappera pas à
celui devant lequel je rougirais le plus de déraisonner et de faire
semblant de dire quelque chose lorsque je ne dis rien qui vaille
| ||
– Qui
est celui-là ? – Socrate, fils de Sophronisque, qui ne me permettrait
pas plus d’avancer de telles propositions sans les vérifier que de me
donner pour savoir ce que je ne sais pas 9 (298 a)
| ||
Ne reconnaît-on pas
la griffe du lion à cette altière et magnifique déclaration ? Quel autre
que Platon pouvait faire ainsi parler Socrate ?
Platon avait déjà fait dans l’Hippias mineur un portrait du vaniteux
Hippias, expert en toute sorte de sciences et de métiers, qui se vantait
à Olympie de n’avoir rien sur lui qu’il n’eût fabriqué lui-même
| ||
Mais le
portrait, dans l’Hippias majeur, est plus complet et plus plaisant
| ||
C’est
toujours l’homme universel qui possède toutes les sciences de son
temps, astronomie, géométrie, arithmétique, musique, rhétorique,
grammaire, et qui se vante d’avoir gagné par ses conférences plus
d’argent qu’aucun sophiste de son temps
| ||
Rien n’est plus comique que
de le voir avaler gloutonnement les éloges ironiques de Socrate et se
tromper ensuite sur toutes les questions qu’il lui pose, après avoir
assuré qu’il allait faire une réponse qui défierait toutes les objections
| ||
La vérité lui importe peu, et, lorsque Socrate lui démontre
ironiquement que les Lacédémoniens pèchent contre la loi en refusant
de lui donner de l’or et de lui confier l’éducation de leurs enfants : « Je
te l’accorde, dit-il ; car tu parles, ce me semble, en ma faveur, et je n’ai
nul besoin de te contredire
| ||
« Au rebours de Socrate, il
s’accommoderait fort bien d’un oubli de son adversaire, pour n’avoir
pas à lui répondre
| ||
Socrate a beau le réfuter victorieusement, il ne perd
jamais son aplomb et garde toujours le ton d’un maître, et quand, à la
fin, il ne sait plus que dire, il le prend de haut avec lui et le chapitre sur
son goût pour les minuties
| ||
Platon s’est plu à étaler dans la personne
d’Hippias la vanité des sophistes, leur amour de la représentation, leur
mépris de la vérité, le peu de solidité de leur savoir
| ||
Sa verve excitée a
même dépassé les bornes de la vraisemblance ; il a exagéré, semble-t-
il, la sottise d’Hippias, quand il le représente si rétif à comprendre ce
que Socrate lui demande, si peu conscient de la sottise de ses réponses
et si assuré toujours de sa supériorité
| ||
Le portrait est un peu chargé et
ressemble à une caricature
| ||
Mais quelle cari-ture amusante ! Il fallait
être Platon pour la soutenir avec cette verve jaillissante d’un bout à
l’autre de l’ouvrage
| ||
L’authenticité de l’Hippias majeur n’a jamais été contestée dans
l’Antiquité
| ||
Ast, au XIXe siècle, est le premier qui l’ait mise en doute
| ||
De nos jours, Wilamowitz, dans son Platon (t
| ||
II, p
| ||
328), a essayé de
démontrer que l’ouvrage était de la main d’un disciple de Platon
| ||
Un
de ses arguments, c’est que la riposte de Socrate à Hippias, qui, à la fin
du dialogue, place F éloquence politique et judiciaire bien au-dessus
des minuties de la discussion socratique, s’applique mieux à Isocrate
qu’à Hippias
| ||
C’est possible, encore qu’elle s’applique bien à Hippias,
qui s’est vanté au début de ses qualités d’ambassadeur ; mais, visât-
elle Isocrate sous le nom d’Hippias, qui empêche de l’attribuer à
Platon ? Une telle riposte lui convenait mieux qu’à un disciple étranger
à la querelle d’Isocrate et de Platon
| ||
Un autre argument de
Wilamowitz, c’est qu’on ne retrouve pas dans l’Hippias majeur le vrai
caractère de Socrate, ni l’esprit et la grâce de Platon
| ||
Ce ne peut être
que la verve exubérante et la satire poussée jusqu’à la caricature qui lui
inspire un tel jugement
| ||
Ce jugement est d’autant plus surprenant que
Wilamowitz a fort bien montré que les premiers dialogues de Platon
sont moins des œuvres philosophiques que des satires contre les
sophistes et que c’est à la poussée d’une verve poétique et dramatique
incoercible plus encore qu’au désir de trouver la vérité, puisque
Socrate s’arrête à moitié chemin, que nous devons ces petits chefs-
d’œuvre d’ironie, parmi lesquels l’Hippias majeur figure comme le
plus mordant et le plus amusant de tous
| ||
Insensible à cette verve entraînante, Mme Dorothy Tarrant, qui a
donné une édition de l’Hippias majeur (Cambridge, 1928), semble
s’être assigné pour tâche de consolider l’aventureuse opinion de
Wilamowitz
| ||
Mais qui veut trop prouver ne prouve rien
| ||
Elle s’attaque
aux expressions qu’on retrouve plus ou moins exactement dans
d’autres ouvrages de Platon, en particulier dans la République et le
Phédon et les déclare copiées par le disciple ; elle signale des
développements peu nets et mal déduits, des expressions qui lui
paraissent gauches, des mots burlesques : jerky, clumsy, awkward,
unartistic, unplatonic sont des termes qui reviennent sans cesse dans
son commentaire
| ||
Le contraire de ces épithètes serait plus juste, et l’on
peut dire qu’il n’est rien de tel qu’une idée préconçue pour déformer le
jugement
| ||
En réalité l’Hippias majeur a les mêmes qualités
philosophiques et littéraires que les ouvrages les plus authentiques de
Platon, et j’ajouterai les mêmes défauts, c’est-à-dire l’abus des
raisonnements purement abstraits et des discussions verbales, qui
sont parfois pénibles à suivre, par exemple ici la discussion sur les
plaisirs qui viennent de l’ouïe et de l’oreille
| ||
Pour moi, les défauts
comme les qualités de l’Hippias majeur en rendent l’authenticité
indubitable
| ||
Hippias majeur [ou sur le beau ; genre
anatreptique]
PERSONNAGES DU DIALOGUE : SOCRATE, HIPPIAS
SOCRATE
I
| ||
— Oh ! bel et sage Hippias, comme il y a longtemps que tu n’es pas
venu nous voir à Athènes !
HIPPIAS
C’est que je n’en ai pas le loisir, Socrate ; car toutes les fois qu’Élis a
quelque affaire à traiter avec une autre cité, c’est toujours à moi le
premier qu’elle s’adresse parmi les citoyens, et moi qu’elle choisit pour
ambassadeur, estimant que je suis le plus capable de juger et de
rapporter les réponses que chaque cité peut faire
| ||
J’ai donc été souvent
en ambassade dans différentes villes, mais le plus souvent et pour les
plus grandes affaires à Lacédémone
| ||
Voilà pour quelle raison, puisque
tu tiens à le savoir, on ne me voit pas souvent ici
| ||
SOCRATE
Voilà ce que c’est, Hippias, que d’être un homme vraiment sage et
accompli
| ||
Tu es également capable, comme simple particulier, tout en
recevant beaucoup d’argent des jeunes gens, de leur procurer plus de
bénéfices que tu n’en retires, et, comme homme public, de rendre
service à ta patrie, comme on doit le faire si l’on veut être considéré et
se faire estimer du grand nombre
| ||
Mais dis-moi, Hippias, quel peut
être le motif pour lequel ces anciens, si réputés pour leur sagesse, un
Pittacos, un Bias, un Thalès de Milet et ceux qui ont suivi jusqu’à
Anaxagore, se sont tous ou presque tous manifestement tenus loin des
affaires publiques ?
HIPPIAS
Quel motif veux-tu que ce soit, Socrate, sinon qu’ils en étaient
incapables et n’étaient pas assez intelligents pour embrasser à la fois
les affaires de l’État et celles des particuliers ?
SOCRATE
II
| ||
— Faut-il donc, au nom de Zeus, croire que, comme les autres arts
se sont perfectionnés et que les ouvriers du temps passé étaient de
piètres artisans au prix de ceux d’aujourd’hui, votre art a vous, les
sophistes, s’est perfectionné de même, et que ceux des anciens qui se
sont appliqués à la sagesse sont de piètres savants à côté de vous ?
HIPPIAS
C’est parfaitement exact
| ||
SOCRATE
Ainsi donc, Hippias, si Bias ressuscitait à présent parmi nous, il ferait
rire de lui à côté de vous, de même que Dédale, à entendre les
sculpteurs, s’il vivait de notre temps et créait des oeuvres comme celles
qui ont fait sa renommée, ne récolterait que moqueries
| ||
HIPPIAS
Oui, Socrate, il en serait comme tu dis
| ||
Cependant moi, j’ai l’habitude,
à l’égard des anciens et de nos devanciers, de les louer les premiers et
plus que ceux d’aujourd’hui ; car je me garde de la jalousie des vivants
et je redoute le ressentiment des morts
| ||
SOCRATE
Voilà qui est bien parler et raisonner, Hippias, à ce qu’il me semble
| ||
Je
puis moi-même attester avec toi que c’est la vérité et qu’en effet votre
art s’est perfectionné pour ce qui est de pouvoir traiter les affaires
publiques en même temps que les affaires privées
| ||
Par exemple
Gorgias le sophiste bien connu de Léontini, qui est venu ici en
ambassade au nom de son pays, parce qu’il était de tous les Léontins le
plus capable de traiter des affaires publiques, s’est fait dans
l’assemblée du peuple une réputation d’excellent orateur et en même
temps, par ses séances privées et ses leçons aux jeunes gens, il a gagné
de grosses sommes sur notre ville
| ||
Veux-tu un autre exemple ? Notre
célèbre ami Prodicos a été souvent député par son pays en divers
endroits et en dernier lieu il est venu ici, il n’y a pas longtemps, comme
ambassadeur de Kéos
| ||
Or il a parlé devant le sénat avec de grands
applaudissements et en même temps il a donné des auditions privées
et des leçons aux jeunes gens, et gagné ainsi des sommes fabuleuses
| ||
Parmi les anciens sages au contraire, aucun n’a jamais cru devoir
exiger de l’argent pour prix de ses leçons, ni faire étalage de sa science
devant toute sorte de gens, tant ils étaient simples et ignoraient quelle
valeur a l’argent ! Au contraire, chacun des deux sophistes que j’ai
nommés a tiré plus d’argent de sa science que tout autre artisan de son
art, quel qu’il soit, et de même Protagoras avant eux
| ||
HIPPIAS
III
| ||
Je vois bien, Socrate, que tu n’as aucune idée des beaux profits de
notre métier ; car si tu savais combien je me suis fait d’argent, moi qui
te parle, tu serais bien étonné
| ||
Je me bornerai à un seul exemple
| ||
Un
jour je m’étais rendu en Sicile, alors que Protagoras s’y trouvait et qu’il
était en pleine vogue et déjà assez âgé ; bien que je fusse beaucoup plus
jeune que lui, en un rien de temps je me fis plus de cent cinquante
mines et plus de vingt dans une seule minuscule localité, Inycos
| ||
Quand je fus de retour chez moi avec cette somme, je la donnai à mon
père, et lui et tous mes concitoyens en demeurèrent surpris et
émerveillés
| ||
Et je suis à peu près sûr que je me suis fait plus d’argent
que deux sophistes pris ensemble à ton choix
| ||
SOCRATE
Voilà certes un bel exemple, Hippias, et qui prouve nettement combien
ta science et celle de nos contemporains l’emportent sur celle des
anciens
| ||
Il faut convenir, d’après ce que tu dis, que nos devanciers
étaient de grands ignorants, puisqu’on rapporte qu’Anaxagore fit tout
le contraire de vous
| ||
Il avait hérité d’une grosse fortune ; il la perdit
tout entière par sa négligence, tant il est vrai qu’avec toute sa science il
manquait d’esprit
| ||
On en rapporte autant d’autres anciens
| ||
Ce que tu
dis me paraît donc être une belle preuve que la science de nos
contemporains est supérieure à celle de leurs prédécesseurs, et
beaucoup de gens sont de ton avis, que le savant doit être avant tout
savant pour lui-même, ce qui veut dire naturellement qu’il doit se faire
le plus d’argent possible
| ||
IV
| ||
— Mais en voilà assez là-dessus
| ||
Dis-moi maintenant une chose :
parmi les villes où tu t’es rendu, quelle est celle où tu as fait le plus
d’argent ? C’est évidemment Lacédémone, où tu es allé le plus
souvent ?
HIPPIAS
Non, par Zeus, Socrate
| ||
SOCRATE
Que dis-tu ? Serait-ce de là que tu as tiré le moins ?
HIPPIAS
Je n’en ai même jamais tiré la moindre obole
| ||
SOCRATE
Ce que tu dis là, Hippias, tient du prodige et me confond
| ||
Mais dis-
moi : ta science n’a-t-elle pas le pouvoir de perfectionner dans la vertu
ceux qui la pratiquent et l’étudient ?
HIPPIAS
Si, Socrate, et même de les perfectionner notablement
| ||
SOCRATE
Alors, après avoir été capable de rendre meilleurs les enfants des
Inyciens, tu n’as pas pu en faire autant des enfants des Spartiates ?
HIPPIAS
Il s’en faut de beaucoup
| ||
SOCRATE
C’est sans doute que les Grecs de Sicile désirent devenir meilleurs, et
les Lacédémoniens, non ?
HIPPIAS
A coup sûr, Socrate, les Lacédémoniens le désirent aussi
| ||
SOCRATE
Est-ce donc faute d’argent qu’ils fuyaient ton commerce ?
HIPPIAS
Assurément non, car ils en ont suffisamment
| ||
SOCRATE
Quelle peut bien être la cause que, malgré leur désir et avec leur
fortune, quand tu pouvais leur rendre les plus grands services, ils ne
t’ont pas renvoyé chargé d’argent ? Mais j’y pense : ne serait-ce pas
que les Lacédémoniens savent mieux que toi élever leurs enfants ? Est-
ce cela que nous dirons, et en conviens-tu ?
HIPPIAS
Pas du tout
| ||
SOCRATE
Alors, serait-ce que tu n’as pas pu persuader les jeunes gens de
Lacédémone qu’ils feraient plus de progrès dans la vertu en prenant
tes leçons qu’en écoutant celles de leurs parents, ou bien est-ce leurs
pères que tu n’as pas pu convaincre que, s’ils avaient quelque souci de
leurs enfants, ils devaient te les confier plutôt que de s’en occuper eux-
mêmes ? car sans doute ils n’enviaient pas à leurs enfants le bonheur
de devenir aussi parfaits que possible
| ||
HIPPIAS
Je ne le crois pas non plus
| ||
SOCRATE
Et pourtant Lacédémone a de bonnes lois
| ||
HIPPIAS
Sans contredit
| ||
SOCRATE
Et dans les villes qui ont de bonnes lois, on attache à la vertu un très
haut prix
| ||
HIPPIAS
Assurément
| ||
SOCRATE
Or cette vertu, tu sais la communiquer à autrui mieux que personne au
monde
| ||
HIPPIAS
Oui, beaucoup mieux, Socrate
| ||
SOCRATE
V
| ||
— Est-ce que l’homme le plus habile à communiquer l’art de
l’équitation ne serait pas considéré en Thessalie plus qu’en aucun
endroit de la Grèce et n’y gagnerait-il pas les plus grosses sommes,
ainsi que partout ailleurs où l’on s’intéresse à cet art ?
HIPPIAS
C’est vraisemblable
| ||
SOCRATE
Et un homme qui est capable de donner les meilleures leçons de vertu
ne sera pas le plus honoré à Lacédémone et n’y gagnera pas les plus
grosses sommes, s’il le désire, ainsi que dans toute autre cité grecque
gouvernée par de bonnes lois ? et peux-tu croire qu’il réussira mieux
en Sicile et à Inycos ? Te croirons-nous en cela, Hippias ? Il le faudra
bien, si tu l’ordonnes
| ||
HIPPIAS
C’est que, Socrate, ce n’est pas l’usage à Lacédémone de toucher aux
lois ni d’élever les enfants contrairement à la coutume
| ||
SOCRATE
Que dis-tu là ? Ce n’est pas l’usage à Lacédémone d’agir comme il
convient, mais d’enfreindre la règle ?
HIPPIAS
Je n’ai garde de dire cela, Socrate
| ||
SOCRATE
N’agiraient-ils pas comme il faut en donnant à leurs enfants une
éducation meilleure, au lieu d’une moins bonne ?
HIPPIAS
Si ; mais la loi ne leur permet pas d’élever leurs enfants selon une
méthode étrangère ; autrement, je puis te garantir que, si jamais
homme avait tiré de l’argent de chez eux par son enseignement, j’en
aurais tiré moi-même beaucoup plus que personne, car ils ont plaisir à
m’entendre et ils m’applaudissent ; mais, comme je te dis, la loi s’y
oppose
| ||
SOCRATE
Mais la loi, Hippias, est-elle, selon toi, nuisible ou utile à la cité ?
HIPPIAS
On l’établit, je pense, en vue de l’utilité, mais il arrive qu’elle est
nuisible, si elle est mal faite
| ||
SOCRATE
Mais voyons : ceux qui font des lois, ne les font-ils pas pour le plus
grand bien de l’État ? et sans ce bien, n’est-il pas impossible d’être
bien gouverné ?
HIPPIAS
C’est vrai
| ||
SOCRATE
Quand donc ceux qui entreprennent de faire des lois se trompent sur
le bien, ils se trompent sur la légalité et la loi
| ||
Qu’en penses-tu ?
HIPPIAS
A parler rigoureusement, c’est juste, Socrate ; mais ce n’est pas ainsi
qu’on l’entend d’ordinaire
| ||
SOCRATE
De qui veux-tu parler, Hippias ? des hommes instruits ou des
ignorants ?
HIPPIAS
Du grand nombre
| ||
SOCRATE
Mais ce grand nombre, est-ce ceux qui connaissent la vente
| ||
HIPPIAS
Non, certes
| ||
SOCRATE
Mais ceux qui la connaissent estiment que, pour tous les hommes, ce
qui est utile est véritablement plus conforme à la loi que ce qui est
nuisible
| ||
N’en conviens-tu pas ?
HIPPIAS
Oui, ce l’est véritablement, j’en conviens
| ||
SOCRATE
Il en est donc réellement sur ce point comme le croient ceux qui
savent
|
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