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Floride La Floride ( ; ) est un État du Sud-Est des États-Unis, sur la côte du Golfe. Elle est bordée à l'ouest par le golfe du Mexique, au nord par l'Alabama et la Géorgie et à l'est par l'océan Atlantique. Avec plus de d'habitants en 2021, il s'agit du troisième État le plus peuplé du pays après la Californie et le Texas. Avec une superficie de , la Floride se classe au des États fédérés. Sa capitale politique est Tallahassee, mais l'agglomération la plus peuplée est Miami, qui compte plus de d'habitants (estimations de 2017). La Floride est constituée à l'est d'une péninsule d'environ de long et à l'ouest d'une bande côtière étroite d'environ de long en forme de « queue de poêle » (""). Sa géographie est marquée par un littoral étendu, par l'omniprésence de l'eau et par la menace des ouragans. Le relief se caractérise par de faibles altitudes et des terrains sédimentaires, le climat variant de subtropical au nord, à tropical au sud. Ses animaux emblématiques, comme le lamantin et l'alligator, peuvent être aperçus dans les Everglades, l'un des parcs nationaux les plus connus au monde. Depuis sa découverte, en 1513, par l'Espagnol Juan Ponce de León qui la baptise ( en référence au dimanche des Rameaux), la Floride est un enjeu pour les puissances coloniales européennes avant d'intégrer les États-Unis en 1845. Elle est le théâtre des guerres séminoles, contre les Amérindiens, puis de la ségrégation raciale, après la guerre de Sécession ; elle se distingue par son importante communauté cubaine et une forte croissance démographique soulevant des problèmes environnementaux. Son économie repose principalement sur le tourisme, l'agriculture et les transports, qui se développèrent à la fin du . Elle est connue pour ses parcs d'attractions, la production d'oranges et le Centre spatial Kennedy. La culture floridienne est le reflet d'influences et d'héritages multiples, amérindiens, afro-américains, euro-américains et hispaniques, héritages que l'on retrouve dans l'architecture et la gastronomie. La Floride attire de nombreux écrivains comme Marjorie Kinnan Rawlings, Ernest Hemingway, ou encore Tennessee Williams et continue de séduire les vedettes et les sportifs. Elle est internationalement réputée pour le tennis, le golf, les courses automobiles et les sports liés à la mer. Origine du nom. La Floride (en anglais : "Florida") doit son nom au conquistador Juan Ponce de León, qui découvre la région au moment du dimanche des Rameaux, en avril 1513. Cette fête est alors connue en France sous le nom de « Pâques fleuries » et en Espagne sous le nom de "Pascua florida". Histoire. Époque précolombienne. On a longtemps pensé que les premiers arrivants descendaient des peuplades venues d'Asie, qui pénétrèrent en Amérique du Nord par le détroit de Béring alors émergé entre 20000 et 15000 Des experts favorisent plutôt la thèse selon laquelle la péninsule a été peuplée par des groupes originaires d'Amérique centrale et d'Amérique du Sud, qui sont arrivés en Floride après être passés par les Antilles. Les Paléoaméricains entrèrent sur le territoire actuel de la Floride, il y a environ , pendant la glaciation du Wisconsin. À cette époque, le niveau des mers est inférieur d'une centaine de mètres à celui des . La péninsule de Floride était alors deux fois plus étendue et connaissait un climat plus sec et plus frais. Une mégafaune disparue peuplait la région (tigre à dents de sabre, tatou géant, chameaux). Compte tenu du manque d'eau potable, les Amérindiens vivent à proximité des dolines et des bassins calcaires. Le site préhistorique de Page-Ladson a révélé des objets amérindiens parmi lesquels des pointes de la culture Clovis. Vers -8000 le réchauffement climatique provoque une élévation du niveau moyen des mers. Le climat de la Floride devient plus chaud et plus humide. De nouvelles cultures amérindiennes fondées sur la cueillette et la pêche (période archaïque) apparaissent. Les premières communautés se sédentarisèrent près des littoraux à partir de 5000. Les plus anciens campements semi-permanents se développent le long des voies navigables. Les Amérindiens créent des sambaquis, des grands dépôts de coquillages qui subissent une fossilisation chimique par l'action de l'eau de pluie. Ils édifient des tumulus comme ceux de ou de . Quelque funéraires sont disséminés un peu partout à travers la Floride. Ces mystérieux tumulus contiennent les dépouilles de chefs amérindiens ou de personnages religieux, étendus le visage vers le soleil, et recouverts par d'autres membres importants de la tribu, enterrés quant à eux la face tournée vers la terre. La poterie cuite fait son apparition vers 2000 La culture archaïque se diversifie vers 500 pour donner naissance à des cultures régionales. Les peuples présents dans le nord-ouest de la Floride actuelle sont influencés par la civilisation du Mississippi, alors que ceux qui vivent au sud et à l'est conservent des caractéristiques héritées de la période archaïque. La culture du maïs se diffuse au nord d'une ligne allant de à la baie de Tampa. Elle arrive au sud de la péninsule vers le Les échanges de produits et de nourriture se développent avec les autres peuples du Sud-Est de l'Amérique du Nord. Au , la population de Floride doit être comprise entre et répartis en de nombreux villages et tribus. Les conquistadors espagnols ont recensé une centaine de noms de peuples amérindiens : les mieux organisés étaient les Apalachees. Les Timucuas vivaient dans des villages séparés dans le nord-est et le centre. Les Calusa occupaient le sud de la péninsule. Colonisation européenne. Les premiers explorateurs européens ont pu voyager près du Sud de la Floride dès 1499. Selon une légende populaire, l'Espagnol Juan Ponce de León aurait découvert la Floride en cherchant la fontaine de Jouvence. Il débarqua sur la côte orientale de la péninsule entre le 2 et le , sans doute près de l'actuelle ville de Saint Augustine. Il baptisa l'endroit , ce qui signifie en référence au dimanche des Rameaux. Il fit route ensuite vers le sud où il fut blessé dans un affrontement contre les Calusas. Il revint en Floride en 1521 afin de trouver de l'or et d'évangéliser les Amérindiens. L'établissement qu'il fonde avec environ 200 colons ne dure pas à cause des attaques répétées des Amérindiens dans lesquelles Ponce de Léon laisse la vie, après avoir été ramené à Cuba. L'expédition de Pánfilo de Narváez reconnaît la côte occidentale de la Floride, mais l'Espagnol trouve la mort dans une attaque amérindienne en 1528. Le , Hernando de Soto débarque près de l'actuel Bradenton dans la baie de Tampa et explore l'intérieur des terres. Une tentative de colonisation à Pensacola menée par Tristán de Luna en 1559 est finalement abandonnée en 1561. Dans la course aux colonies, la France s'intéresse à l'Amérique du Nord dès le . Le huguenot français Jean Ribault aborde la côte orientale de Floride le et prend possession de la Floride au nom du roi de France. Il construit le bastion Charlesfort pour défendre la nouvelle colonie de la Floride française. Le , René de Laudonnière fonde un second fort en Floride française, le Fort Caroline (Jacksonville). Le , la colonie espagnole de San Augustin est fondée par Pedro Menéndez de Avilés : elle devient ainsi la plus ancienne colonie des États-Unis occupée en continu par des Européens. Les religieux espagnols, en particulier des jésuites puis des franciscains, commencent à édifier des missions pour évangéliser et encadrer les Amérindiens. Les établissements espagnols de Floride sont attaqués par les Français puis par les Anglais et les Britanniques du . La fondation de la Géorgie en 1733, l'effondrement du système missionnaire et les défaites des Apalachees, alliés des Espagnols, ouvrent la région aux raids britanniques jusqu'aux Keys. Durant l'époque moderne (), les navires européens utilisent le courant du Gulf Stream pour retourner en Europe, si bien que le détroit de Floride devient un lieu de passage stratégique. Plusieurs navires s'échouent sur les récifs et certaines îles servent de refuge aux pirates et aux esclaves en fuite. Le traité de Paris (1763) met fin à la guerre de Sept Ans et modifie considérablement la carte des colonies d'Amérique du Nord : l'Espagne doit céder la Floride aux Britanniques. La plupart des habitants, qu'ils soient colons ou Amérindiens, quittent la région. La métropole britannique divise le territoire en deux entités : la Floride orientale, avec pour capitale Saint Augustine et la Floride occidentale avec pour principale ville Pensacola ; elle encourage l'installation de nouveaux colons, en particulier dans la partie orientale, en leur offrant des privilèges commerciaux et des terres. Durant cette période, les Amérindiens creeks immigrent en Floride pour former le peuple Séminole. La Floride est un enjeu de la guerre d'indépendance des États-Unis (1775-1783). Contrairement aux Treize Colonies, elle reste fidèle à la couronne britannique et accueille même des réfugiés loyalistes. Les Espagnols s'emparent de Pensacola en 1781 et d'une grande partie de la Floride Occidentale. Le traité de Paris (1783) redonne la Floride à l'Espagne, sans en préciser les frontières. Les États-Unis souhaitent que l'ancienne limite d'avant 1767 soit reprise. Le traité de San Lorenzo entérine ce choix en 1795. Souveraineté américaine et guerres séminoles. La Floride est cédée aux États-Unis par le traité d'Adams-Onís, signé le 22 février 1819, et constituée en territoire le . La capitale est installée à Tallahassee, à mi-chemin entre Saint Augustine et Pensacola. Le premier gouverneur est Andrew Jackson auquel succéda William Pope Duval dès 1822. Les colons américains développent une économie de plantation similaire à celle du Sud profond. Après la Première guerre séminole (1814-1819), ils font pression sur le gouvernement américain pour qu'il déplace les Amérindiens. En 1832, celui-ci signe le traité de avec certains des chefs séminoles, en leur promettant des terres à l'ouest du Mississippi s'ils acceptent de quitter la Floride. De nombreux Séminoles partent à cette époque, alors que ceux qui restent se préparent à défendre leur terre. En 1835 l'armée américaine arrive pour faire respecter le traité signé trois ans plus tôt, ce qui déclenche la Seconde guerre séminole menée par Osceola. Après son arrestation, des négociations de cessez-le-feu sont lancées en 1837. Il meurt en captivité moins d'un an plus tard. La guerre s'éternise jusqu'en 1842 et devient la plus coûteuse des guerres indiennes du . Après le conflit, les Séminoles sont en majorité déportés à l'ouest du Mississippi, seuls 300 d'entre eux sont autorisés à demeurer dans les Everglades. Le , la Floride devient le État des États-Unis avec pour premier gouverneur William Dunn Moseley. Elle se dote d'un sceau en 1847 et de deux universités en 1851. La Troisième guerre séminole (1855-1858) est menée pour vaincre la résistance des derniers Amérindiens. À l'issue du conflit, il ne reste plus qu'une centaine de Séminoles en Floride. À la suite d'une insurrection en 1859, 75 d'entre eux sont déportés vers l'ouest. Les autres, dont le chef ar-pi-uck-i, Sam Jones, restent dans les Everglades, refusant de quitter la terre de leurs ancêtres. De nos jours, leurs descendants sont encore présents dans la région. À la veille de la guerre de Sécession, la Floride est l'État le moins peuplé du Sud des États-Unis, avec environ , dont 44 % sont des esclaves. L'esclavage devient une question politique et économique majeure pour les planteurs floridiens. Ces derniers s'opposent au parti républicain et aux idées abolitionnistes des États du Nord. Au cours de l'élection présidentielle américaine de 1860, ils refusent de voter pour Abraham Lincoln et la Floride finit par se séparer de l'Union en signant l'ordonnance du . Elle rejoint les États confédérés d'Amérique quelques semaines plus tard et s'engage dans la guerre de Sécession. Guerre de Sécession et Reconstruction (1860-1880). Compte tenu de son faible poids démographique, la Floride contribue à l'effort de guerre plus par son économie que par sa main d'œuvre ou ses soldats. Elle fournit notamment de la viande, du poisson, du coton et du sel à ses alliés. Elle n'est pas un enjeu stratégique majeur du fait de sa situation géographique périphérique et de sa faible industrialisation, si bien qu'elle connait moins de destructions que les autres États sudistes. Dans les secteurs contrôlés par les Nordistes, c'est-à-dire le littoral, les esclaves profitent de la guerre civile pour fuir leurs plantations. Certains s'engagent comme marins ou soldats dans l'Armée de l'Union. Les Nordistes organisent un blocus maritime et occupent plusieurs ports floridiens pour empêcher le ravitaillement des États sécessionnistes. Les Sudistes contrôlent la plupart des forts. John Milton, le gouverneur de la Floride de l'époque, organise une milice et renforce la défense de son État. Le contingent floridien compte environ . La plupart de ces troupes combattent en Virginie et la brigade de Floride se distingue notamment pendant la bataille de Gettysburg. Au début de l'année 1862, le gouvernement sudiste demande à l'armée du général Braxton Bragg stationnée à Pensacola de partir pour le front occidental. Il ne reste alors que plusieurs compagnies indépendantes et quelques bataillons d'infanterie qui reçoivent des renforts venus de Géorgie en 1864. La Floride est le théâtre de plusieurs affrontements sans importance décisive (bataille de Santa Rosa Island, bataille de Natural Bridge, bataille de Gainesville, bataille de Marianna) ; la principale bataille est celle d'Olustee. Plus le conflit dure, plus le mécontentement des Floridiens grandit contre la conscription et les réquisitions. Les déserteurs sont de plus en plus nombreux et ils s'organisent même pour attaquer les patrouilles confédérées, lancer des raids contre les plantations ou encore renseigner les Nordistes. Environ , opposés à la sécession, rejoignent même les rangs de l'armée ennemie. En mai 1865, le général nordiste Edward M. McCook est chargé de reprendre le contrôle de la Floride. Il défie le colonel George Washington Scott, fit hisser le drapeau des États-Unis sur le capitole de l'État à Tallahassee et lit la proclamation d'émancipation des esclaves le 12 mai. La Guerre de Sécession est terminée en Floride, qui est officiellement réintégrée dans l'Union le . La guerre met la Floride au bord de la faillite, mais l'effort de reconstruction attire des investisseurs du nord du pays. Ces derniers financent le commerce, l'industrie du bâtiment, les transports et le tourisme. La Reconstruction commence ainsi pour s'achever en 1877. La Floride se dote d'une nouvelle constitution en 1868, qui est réformée en 1885. L'élite démocrate reprend le pouvoir en 1877 après plusieurs années de lutte politique et de violences des groupes paramilitaires visant à intimider ses adversaires ainsi que les Noirs. Entre 1885 et 1889, le corps législatif de l'État vote des lois destinées à empêcher les petits Blancs et les Afro-Américains d'exercer leur droit de vote et d'éligibilité, comme le prévoit la constitution des États-Unis. Comme dans les autres États sudistes, le Congrès de Floride reste longtemps dominé par le parti démocrate. Ce dernier instaure un régime de ségrégation raciale en adoptant les lois Jim Crow : les Noirs sont privés de leur citoyenneté et séparés des Blancs dans les lieux publics. Ségrégation, migrations et développement économique (1880-1945). Le tourisme devient une activité majeure de la Floride et est favorisé par la construction de voies ferrées dans la deuxième moitié du . La croissance que connaît la Floride à cette époque repose en grande partie sur le développement rapide de son réseau ferroviaire. Le secteur primaire connaît également un essor important dans le dernier quart du : la Floride se spécialisa dans l'élevage, la culture des agrumes, la production de bois, de cigares et de phosphates. Ces produits étaient acheminés vers les centres de consommation du nord-est grâce au chemin de fer et aux navires marchands. Pendant la guerre hispano-américaine de 1898, Tampa, Miami et Jacksonville servent de lieux d'embarquement pour attaquer Cuba. Après le conflit, des milliers de soldats rentrés au pays s'installent en Floride. Les lynchages et les violences racistes dirigées contre les Noirs se multiplient après la Première Guerre mondiale. Ces tensions prennent des formes radicales (émeutes d'Ocoee en 1920, de Perry et de Rosewood en 1922-1923). En 1934, le lynchage de Claude Neal à Marianna provoque une vague d'indignation dans tout le pays. Au tournant du siècle, le charançon du cotonnier dévaste les plantations de coton. Pour échapper aux persécutions et aux discriminations, près de quittent la Floride pour s'installer dans les villes du Nord-Est des États-Unis. Cette des années 1910-1940, qui concernait tous les États sudistes, avait également des causes économiques, car les Noirs pouvaient obtenir des emplois mieux payés dans les villes industrielles du Nord qui manquaient de main-d'œuvre. Le boom ferroviaire et foncier des années 1920 résulte de l'afflux d'investissements extérieurs et profite à des villes comme Palm Beach et Miami. Cet élan est brisé par les ouragans de 1926 et 1928, par l'éclatement de la bulle spéculative et surtout par la Grande Dépression à partir de 1929. Pourtant, c'est dans les années 1930 que sont aménagés les premiers parcs d'attraction qui font la réputation de la Floride : Cypress Gardens Adventure Park (1936) près de Winter Haven, Marineland (1938) près de Saint Augustine. Dès 1933, le président américain Franklin Delano Roosevelt, qui subit une tentative d'assassinat à Miami, met en place le New Deal pour sortir le pays de la Grande Dépression. En Floride, ce programme prend des formes multiples comme la construction du Cross-Florida Barge Canal. De grands travaux de drainage des marécages sont entrepris pour mettre en valeur de nouvelles terres agricoles dans le sud de la péninsule. Cette région connaît alors une importante croissance démographique en attirant des Américains mais aussi des Canadiens. Il faut attendre l'avènement de la société des loisirs, dans les années 1960, pour voir s'installer le Walt Disney World Resort à Orlando. Seconde Guerre mondiale et guerre froide. Malgré des temps difficiles, la population de la Floride passe à environ deux millions d'habitants en 1940. À ce nombre s'ajoute chaque année quelque trois millions de touristes (contre quarante millions aux ). La Seconde Guerre mondiale marque un tournant dans l'économie de la Floride : plus de cent sortirent des chantiers navals Wainwright à . L'État fédéral crée ou renforce les bases militaires comme celles de Pensacola, Eglin ou MacDill de même que celle de Jacksonville. À la fin du conflit, les soldats qui se sont entraînés sur les plages de , de Miami et de St. Petersburg, reviennent dans la région pour y trouver du travail ou pour suivre une formation universitaire accordée aux militaires démobilisés dans le cadre d'un plan fédéral de reconversion. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la Floride fait de son mieux pour attirer de grandes sociétés américaines dans la région. Entre 1945 et 1954, on construit, pour accueillir les touristes, plus d'hôtels à Miami que dans tout le reste des États-Unis. La Guerre froide (1947-1991) accentue l'essor du complexe militaro-industriel ; la Floride devient un enjeu majeur du fait de sa proximité avec l'île communiste de Cuba. Elle accueille des milliers de réfugiés cubains. Miami devint progressivement l'un des principaux centres économiques de l'Amérique latine. L'immigration vient également d'Haïti et d'autres États des Caraïbes. Au cours de la crise de 1962, la région pouvait être directement menacée par les missiles nucléaires soviétiques. Dans le cadre de la compétition avec l'URSS et à cause de sa situation géographique, la Floride accueille la et la base de lancement de Cap Canaveral. Dans les années 1960, l'État vit au rythme de la conquête de l'espace qui participe à sa renommée et crée de nombreux emplois. La mission Apollo 11, lancée depuis le Centre spatial Kennedy en juillet 1969, est suivie par des millions de personnes dans le monde. Le ciel de Floride voit également l'explosion de la navette "Challenger" en 1986. Avec la fin de l'affrontement des deux blocs, plusieurs bases militaires sont fermées. Lutte pour les droits civiques. Les deux décennies qui suivent la Seconde Guerre mondiale sont marquées par la mouvement américain des droits civiques des Afro-Américains dans le Sud des États-Unis. En 1944, la Cour suprême des États-Unis interdit le système des primaires blanches qui limite le droit de vote des Noirs. Le leader Harry Tyson Moore fonde 50 branches de la (NAACP) pour la Floride. En 1951, il meurt dans l'explosion d'une bombe posée par des activistes du Ku Klux Klan. D'autres attentats contre des Noirs marquèrent les années 1951-1952 en Floride. En 1954, l'arrêt de la Cour suprême des États-Unis interdisant la ségrégation dans les écoles n'est pas respecté partout. Des émeutes raciales ont lieu à Jacksonville en 1960 et à Saint Augustine la même année. Le des bus de Tallahassee fut organisé par le révérend Charles Kenzie Steele en 1956-1958 en prenant modèle sur les événements d'Alabama. Le mouvement contre la ségrégation eut de nombreux partisans parmi la population blanche de l'État, au premier rang desquels se trouve Thomas LeRoy Collins, gouverneur de la Floride entre 1955 et 1961. Jusqu'au début des années 1960, les plages du comté de Dade sont interdites aux Noirs. Il faut attendre le ' de 1964 et le ' de 1965 pour que soit reconnue l'égalité des droits entre Noirs et Blancs dans le Sud. Cependant, les inégalités et les tensions demeurent : plusieurs quartiers noirs de Miami connaissent des émeutes raciales à (mai 1980, ) et (1982 et 1989). Géographie. Situation. La Floride est une péninsule, longue d'environ , au sud-est des États-Unis. Elle s'avance vers le sud entre l'océan Atlantique à l'est et le golfe du Mexique à l'ouest. Elle s'étend entre et de latitude nord, et entre et de longitude ouest. D'une surface de , la Floride est le par la taille et le deuxième à l'est du fleuve Mississippi. Sa largeur maximale d'est en ouest est d'environ . Elle se prolonge au sud par l'archipel des Keys, et à l'ouest par le Panhandle de Floride. Elle est située dans le fuseau horaire de l'Est ("", ). La Floride est bordée au nord par les États américains de l'Alabama et de la Géorgie. Le périmètre total de ses frontières est d'environ . Elle est séparée des Bahamas et de Cuba par le détroit de Floride. Key West ( N) est le point le plus au sud des États-Unis contigus. Géographie physique. Littoral et îles. Le littoral de la Floride s'étend sur quelque . En considérant les baies et les caps, la longueur cumulée atteint environ . Aucun autre État américain, hormis l'Alaska, n'a de littoral plus long. Cependant, en dehors des baies, la côte occidentale présente peu de sites portuaires favorables en raison de la présence de hauts-fonds. Les rivages orientaux n'offrent que de faibles profondeurs. Son tracé est très irrégulier et bordé par des lagunes (Indian River, environ de longueur) et des lidos. Au sud, la navigation est rendue dangereuse par les récifs et de nombreuses épaves gisent au fond du golfe du Mexique. Le littoral floridien compte plus de . L'archipel des Keys, à l'extrémité méridionale, forme un chapelet d'îles coralliennes de plus de de longueur. La plus grande île est Key Largo ( de long). La côte orientale et celle du nord-ouest comptent de nombreuses îles-barrières et bancs de sable qui s'étirent et forment des flèches, parfois sur plusieurs dizaines de kilomètres. La pointe sud de la péninsule est bordée par des marais salés et des mangroves, alors que les Keys sont réputées pour leurs récifs coralliens. On trouve des marécages et des vasières le long de la Big Bend Coast, entre le comté de Pasco et le fleuve Ochlockonee. Le marnage est plus grand sur la côte orientale avec environ contre dans le golfe du Mexique. Le Gulf Stream est le courant marin qui naît au détroit de Floride de la rencontre entre les eaux du golfe du Mexique et de l'océan Atlantique. Pour certains spécialistes, le courant de Floride est la partie du Gulf Stream qui s'arrête au niveau du cap Hatteras. Les eaux du Gulf Stream sont plutôt chaudes et pauvres en éléments nutritifs. Un courant chaud, le "", parcourt le golfe du Mexique dans le sens des aiguilles d'une montre. Relief. À seulement d'altitude, la colline Britton est le point culminant de la Floride. Le littoral oriental appartient à l'ensemble topographique de la plaine atlantique (') qui s'étire jusqu'au Canada. Au centre et au Nord se trouvent des collines ("Florida Uplands") dont l'altitude moyenne varie entre 30 et . L'ouest fait partie de la plaine côtière du golfe du Mexique ('). En cas de hausse du niveau moyen des océans, une grande partie de la Floride disparaîtrait sous les eaux en raison du relief plat et des faibles altitudes. Étant donné que la Floride est éloignée des limites de plaques tectoniques, elle n'est que peu affectée par le risque sismique et volcanique. Les tremblements de terre sont rares et de faible magnitude : celui de janvier 1879, qui se déclenche dans la région de Saint Augustine, se fait ressentir jusqu'à Daytona Beach, Tampa et Savannah. Le séisme de janvier 1880 à Cuba est perçu à Key West, celui de 1886 à Charleston jusque dans le Nord de la Floride. En 2006, les secousses d'un séisme de magnitude 6 qui se déclenche dans le golfe du Mexique à au sud-ouest de Tampa, sont ressenties au sud et au centre de l'État, sans provoquer de tsunami ni de dégâts importants. Climat. Compte tenu de sa petite taille et de son absence de chaîne montagneuse, la Floride possède un climat relativement homogène marqué par l'humidité estivale. Le climat est influencé par des masses d'air maritimes et par le Gulf Stream. La plus grande partie de l'État se trouve en climat subtropical, codé « Cfa » selon la classification de Köppen. Seule l'extrémité méridionale connaît un climat tropical toujours chaud. Avec de soleil par an, la Floride mérite son surnom de « "" ». Cependant, il est possible de distinguer une saison relativement sèche en automne et en hiver, et une saison humide le reste de l'année. La région reçoit en moyenne de pluie par an, dont plus de la moitié entre le début de juin et la fin septembre (le mois le plus propice aux ouragans). Quasi quotidiens de juin à septembre, les orages sont généralement de courte durée. D'une effrayante violence, ils s'accompagnent d'éclairs et de fortes averses, voire de grêle et de tornades. La fréquence des orages est l'une des plus élevées du monde (seule l'Afrique de l'Ouest en connaît un taux supérieur). Le record de chaleur de la Floride est de mesurés à Monticello le ; Key West possède la température moyenne annuelle la plus chaude des États-Unis et reste à l'abri du gel. Le record de froid est de relevés dans la région de Tallahassee le . Les vagues de froid sont assez rares. Les chutes de neige sont extrêmement rares, mais le une tempête de neige touche pourtant les villes de Homestead et Miami Beach. La Floride peut également subir des périodes de sécheresse accompagnées d'incendies, comme en 2000. L'État est également célèbre pour ses orages, particulièrement dans le centre, une région qui détient le record d'impacts de foudre aux États-Unis. Mais les événements météorologiques les plus violents sont les cyclones tropicaux. La Floride se trouve en effet régulièrement sur la trajectoire des ouragans capverdiens, qui touchent la Floride de juin à novembre. La population est préparée à affronter les cyclones tropicaux, appelés « ouragans » dans le bassin de l'Atlantique. Un avis d'ouragan est émis lorsque des vents de plus de sont attendus dans les qui suivent. Les évacuations organisées par les autorités permettent de limiter le nombre de victimes. Miami abrite ainsi le Centre national des ouragans ("NHC") qui donne l'alerte en cas de danger. Les ouragans se manifestent par des pluies diluviennes, des vents pouvant atteindre la vitesse de , et sur la côte, par une dangereuse montée des eaux. Officiellement, la saison cyclonique commence le juin et s'achève le 30 novembre, même si des tempêtes peuvent survenir en dehors de cette période, comme celle de mars 1993. L'ouragan Andrew d'août 1992 est le plus destructeur de l'histoire de l'État : il fait et cause de dollars de dégâts. Les régions situées au nord du lac Okeechobee sont marquées par le climat subtropical humide. Les températures annuelles sont plus basses que dans les régions tropicales, en raison des hivers plus marqués et des vagues de froid qui arrivent du nord. La répartition des températures suit un gradient nord-sud. Les précipitations varient d'une région à l'autre : ainsi, le Panhandle de Floride est la région la plus arrosée sur l'année. La côte nord-est et les régions du centre (lac Okeechobee ) reçoivent moins de précipitations. Le climat tropical n'est présent qu'au sud du lac Okeechobee. Il se caractérise par des températures douces ou chaudes toute l'année (environ ) et les températures mensuelles sont toujours supérieures à . L'amplitude thermique est faible et les précipitations abondantes, avec un maximum en été. L'hiver est plus frais et plus sec que l'été. La région se trouve sur la trajectoire des ouragans pendant la saison estivale. Des fronts froids touchent rarement la région entre la fin octobre et le mois de mars. Hydrographie. Avec près de 18 % de sa superficie sous les eaux, la Floride est marquée par l'omniprésence des milieux aquatiques. Elle compte près de cours d'eau, lacs d'eau douce, 700 sources, de marécages. Le fleuve le plus long à l'intérieur des limites de la Floride est le Saint Johns qui se jette dans l'océan Atlantique. Le fleuve Suwannee prend sa source dans l'État voisin de Géorgie, traverse la Floride et se jette dans le golfe du Mexique. La Floride possède la plus grande concentration de sources au monde. La plupart se trouvent au nord-ouest de l'État. Certaines sont très chaudes comme les Warm Mineral Springs dans le comté de Sarasota (). La Floride compte plus de lacs. Le lac Okeechobee est le plus étendu avec plus de ; il est peu profond (entre 4,5 et ), comme la plupart des lacs floridiens. Le lac George, le lac Kissimmee et le lac Apopka sont plus petits. D'autres sont artificiels comme le lac Séminole, créé en 1957 par le barrage Jim-Woodruff sur le fleuve Apalachicola. La plupart des petits lacs du centre de la Floride occupent des , c'est-à-dire des dépressions circulaires mesurant de quelques mètres à plusieurs centaines de mètres, qui sont caractéristiques des régions karstiques. Les pentes douces, le climat et la nature du sous-sol de la Floride expliquent la présence de marécages, dont de nombreux ont été drainés par l'homme. Le plus célèbre est celui des Everglades (voir la section « milieux naturels » plus bas). Enfin, les eaux souterraines jouent un rôle important dans la géographie de la Floride : une partie des Everglades est un marais d'eau douce alimenté par un aquifère karstique. Les aquifères sont des couches géologiques poreuses et perméables qui emprisonnent des nappes d'eau souterraines. En Floride, ils sont rechargés pendant la saison humide. L'aquifère floridien fournit de l'eau à quelque de personnes, celui de Biscayne à d'habitants. Ils sont exploités pour les besoins de l'agriculture, des activités industrielles et touristiques. Géologie. La Floride appartient à la plaque nord-américaine. Par ses terrains sédimentaires, elle se rattache à d'autres régions des Caraïbes et d'Amérique centrale. Elle constitue la partie émergée d'un grand plateau sédimentaire appelé « plate-forme de Floride » ; seul le nord-ouest (Panhandle) appartient à la plaine côtière du golfe du Mexique. Cette plate-forme se poursuit sous les eaux du golfe du Mexique jusqu'à l'escarpement de Floride, derrière lequel le fond marin tombe brusquement à de profondeur. Au sud, le talus de la plate-forme correspond aux Keys et limite le détroit de Floride. À l'est, dans l'océan Atlantique, elle est bordée par l'escarpement de Floride-Bahamas. La plate-forme de Floride, dont une importante partie se trouve sous les eaux du golfe du Mexique, fait de long sur de large : il s'agit de terrains du Jurassique, du Crétacé et du Tertiaire dont l'épaisseur varie entre 2,5 à . Elle repose sur un socle plus ancien de roches ignées (Précambrien-Cambrien), sédimentaires (Ordovicien-Dévonien) et volcaniques (Trias-Jurassique) ; la plate-forme s'est progressivement formée au-dessus de ce substrat par des dépôts sédimentaires. Au cours de son histoire géologique, vieille de plusieurs dizaines de millions d'années, elle a été successivement inondée et découverte au gré des cycles de transgression-régression marines. Le nord de l'État est constitué de couches sédimentaires formées à partir du matériel rocheux issu de l'érosion des Appalaches, la chaîne de montagne située plus au nord. Le système des collines au centre de la Floride correspond à d'anciennes dunes et dépôts sédimentaires autrefois modelés par l'érosion et le vent. Les calcaires sont les roches les plus fréquentes sous le sol floridien. Ils se sont formés à partir des dépôts de sédiments dans des mers épicontinentales pendant les interglaciaires, du milieu du Jurassique au milieu de l'Oligocène. Ils s'organisent en terrasses et en modelés karstiques : dolines, poljes, pertes, résurgences, grottes et cavernes. Enfin, les Keys sont des récifs coralliens. En 2005, la Floride était le quatrième État des États-Unis pour la production de minerais. Les principaux sont les phosphates, le sable et les graviers, l'ilménite, la rutile et le kaolin. Deux types de sable sont présents sur les plages floridiennes : un sable blanc dans lequel domine le quartz, constitué par les sédiments arrachés aux Appalaches et transportés par les cours d'eau ; un sable d'origine carbonatée dans les Keys. C'est sur les côtes du golfe du Mexique que l'on trouve le sable le plus fin. Les plages du Panhandle ont les dunes les plus hautes, les plus petites sont dans les Keys. La Floride est réputée pour l'abondance et la variété des fossiles de vertébrés datant de l'Éocène au Pléistocène. Le sol de Myakka, un sable gris et un des symboles de la Floride, est le plus commun de l'État en couvrant une superficie de près de . Villes et urbanisme. La population floridienne devient en majorité urbaine en 1930. Aux , plus de 85 % des Floridiens vivent dans une localité de plus de . En 2007, Jacksonville est la ville de Floride la plus peuplée ; en 2008 la plus grande agglomération est celle de Miami ( d'habitants), qui se classe au septième rang des métropoles américaines et au mondial. En 2008, les cinq premières agglomérations de Floride regroupent plus de de personnes soit 67 % de la population de l'État. Cette tendance est représentative de la métropolisation du territoire américain. La plupart des villes les plus peuplées se trouvent sur le littoral. Le réseau urbain est relativement équilibré, même si Miami domine. Deux grands axes urbains se dessinent : l'un sur le littoral sud-est (de Homestead à Jupiter), l'autre entre St. Petersburg et Daytona Beach, en passant par Orlando, le long de l'Interstate 4. Tallahassee, la capitale de la Floride, n'est pas la ville la plus peuplée, une situation que l'on rencontre dans de nombreux États américains. Comme ailleurs dans la Sun Belt, les villes de Floride connaissent une croissance démographique soutenue depuis les années 1960. L'exode rural, l'augmentation de la population et l'immigration ont pour conséquence une augmentation du nombre de citadins ainsi que l'étalement des villes. Les métropoles de Floride ressemblent aux autres grandes villes américaines : elles comportent un centre des affaires avec des gratte-ciel, entouré par des ghettos, des entrepôts et des zones industrialo-portuaires. Les banlieues, dans lesquelles résident les classes moyennes blanches, sont reliées au centre par des autoroutes et quelques voies ferrées. Les municipalités tentent de faire revenir les classes moyennes dans les centres-villes. Cette gentrification passe par la réhabilitation de quartiers historiques (Ybor City à Tampa, Miami Beach Architectural District) et la réalisation d'infrastructures de loisir et de culture (musée d'Art contemporain de Jacksonville par exemple). Régions. On trouve 5 régions en Floride: Comtés. La Floride est subdivisée en 67 comtés qui exercent des prérogatives locales diverses (police, justice, travaux publics, hygiène, assistance publique). Enfin, les municipalités sont le dernier échelon administratif. Elles ont souvent les mêmes attributions que le comté, hormis la justice. Elles sont généralement dirigées par un maire et un conseil municipal élus. Elles prennent des décisions appelées "" et lèvent des taxes. Leur principal source de revenus provient des impôts sur les propriétés. Aires protégées. La Floride compte 12 aires protégées gérées par le National Park Service : Milieux naturels et biocénose. Bien que le relief et le climat de la Floride soient relativement homogènes, l'État possède une importante diversité de milieux naturels. Ces derniers sont fragilisés par le changement climatique, la pression démographique et la pollution. Principaux écosystèmes. Les forêts couvrent près de la moitié de l'État. Les pins sont les arbres les plus fréquents et sept espèces différentes sont présentes en Floride. Les sous-bois sont formés d'arbustes à baies, de petits chênes et de palmiers des sables. Les pinèdes poussent généralement sur des sols sableux et acides. En raison des faibles pentes et de la nature des terrains, la Floride compte de nombreuses régions de marécages, dont la plus célèbre est celle des . Les marais sont le domaine des emblématiques alligators, tortues de Floride et cyprès chauves. Ils constituent des zones de pour les poissons dont se nourrissent les échassiers. La mangrove, dans le sud de la péninsule, et les dunes figurent parmi les écosystèmes les plus fragiles : ils protègent la côte contre les assauts des vagues et sont des lieux de reproduction pour la faune locale. Les milieux marins offrent une biodiversité importante : ils sont dominés par les herbiers de "" qui poussent sur les hauts-fonds. Ceux du sud sont les plus étendus de la planète (). Le Floride est par ailleurs la seule région des États-Unis continentaux à posséder près de récifs coralliens. Enfin, elle possède un vaste réseau de grottes et de cavernes où vivent des animaux adaptés à l'obscurité. Flore. Le climat de la Floride, dont les caractéristiques varient considérablement du nord au sud, contribue à l'incroyable richesse de sa flore indigène. On y dénombre de plantes et de fougères. La forêt subtropicale humide est le milieu naturel typique du centre et du nord. Au sud de la péninsule, la végétation ressemble davantage à celle des Caraïbes. Parmi les arbres les plus présents se trouvent les pins dont le pin des marais et le "". Les marais sont également le biotope des cyprès des étangs et des cyprès chauves. En vue de préserver au mieux ses richesses naturelles, la Floride dispose de trois Forêts nationales (Apalachicola, Osceola et Ocala) qui couvrent au total près de . Finalement, la Floride dispose également de près de de mangroves couvertes de palétuviers rouges, de palétuviers noirs et de palétuviers blancs. Toutes sortes de plantes exotiques introduites en Floride ont menacé ou menacent la survie d'espèces indigènes. Ces plantes représentent désormais 27 % des variétés existantes dans l'État et se sont répandues dans la nature au détriment de la végétation native, à tel point que plusieurs programmes d'éradication ont dû être mis en place. Les végétaux symboles de l'État sont l'oranger, le palmier des sables et le "". Faune. Le soleil de la Floride et ses hivers cléments sont propices à une faune très variée. La Floride compte de poissons, d'oiseaux, dont qui nichent en Floride et de vertébrés. Parmi les animaux les plus menacés, on peut citer le crocodile américain, la tortue verte, le tantale d'Amérique, le pic à bec ivoire, la panthère de Floride, le cerf des Keys ou encore le lamantin de Floride. L'alligator d'Amérique fréquente les eaux douces marécageuses mais on le rencontre aussi dans les rivières ou les lacs. Les milieux humides abritent de nombreuses espèces aquatiques (pélican, pygargue à tête blanche, balbuzard pêcheur) et d'échassiers (aigrette neigeuse, héron cendré et grand héron, flamant rose). Les animaux symboles de l'État sont la panthère de Floride, le moqueur polyglotte, l"Heliconius charithonia", l'achigan à grande bouche, le voilier de l'Atlantique, le lamantin de Floride, le marsouin et le "". Grâce à la présence de nombreuses zones humides et à son climat chaud, la région est également un paradis pour de nombreux insectes et notamment pour les moustiques. De juin à septembre (saison des pluies), plusieurs espèces de moustiques sont ainsi véritablement gênantes pour les habitants et les touristes. Le long de la côte, ils sévissent toute l'année. Problèmes environnementaux. La Floride est particulièrement menacée par le changement climatique : des ouragans plus fréquents et plus intenses entraînent la destruction des récifs, des forêts, et l'érosion des littoraux. Une élévation de six mètres du niveau des océans provoquerait la submersion du tiers de la Floride. Les sécheresses à répétition augmenteraient le risque de feux de forêt et les pénuries en eau. La pression démographique et l'urbanisation ont conduit au drainage des zones humides et à la baisse des nappes phréatiques. Les effondrements de terrain se multiplient et les milieux aquatiques se dégradent. L'étalement urbain est à l'origine de la disparition des milieux naturels et de la hausse des incidents entre les hommes et les alligators. Le développement économique est la cause des pollutions, des concurrences sur les ressources en eau, de la destruction des coraux. Les loisirs maritimes (sports nautiques, pêche) portent atteinte à la faune sous-marine. Le "" est l'organisme chargé de la préservation de la nature pour la Floride. En 2004, la législature de l'État a voté un budget de de dollars pour la restauration des plages. L'État impose des restrictions d'eau et une usine de dessalement de l'eau de mer est construite en 1993 dans la baie de Tampa pour pallier la pénurie. En 2005, 40 % des prélèvements en eau étaient destinés à l'agriculture. Il existe des projets pour amener l'eau du nord de la Floride vers le sud plus peuplé. Le système des parcs d'État regroupe quelque 158 lieux préservés. La Floride est le seul État à l'est du fleuve Mississippi qui possède trois parcs nationaux : les , Biscayne et Dry Tortugas. Ces derniers se concentrent dans le sud de la péninsule et présentent la particularité de protéger des milieux humides et maritimes. La Floride compte un grand nombre de zones protégées (parcs, forêts, aires de loisirs, lieux d'intérêt historique), certaines régies par le gouvernement fédéral, d'autres par l'État. Créés pour préserver le patrimoine naturel et culturel de la Floride tout en restant accessible au public, la plupart de ces domaines offrent aux visiteurs une grande variété d'activités de plein air (randonnée, baignade, équitation, cyclisme, pêche, canoë, camping). La Floride est aussi l'État qui compte aussi le plus grand nombre de golfs (1086 golfs en fonctionnement vers l'an 2000), qui posent des problèmes de consommation de foncier, d'eau et de pollution par les pesticides (à cause de l'arsenic du MSMA entre autres). Le niveau de la mer est monté de entre 1992 et 2020, mais la dynamique s’est accélérée depuis le milieu des années 2000. L’eau pourrait monter jusqu’à d’ici 2060. Les inondations sont de plus en plus fréquentes dans les villes proches du litoral. D'après une étude de l'université de Géorgie, six millions de Floridiens devront déménager vers l'intérieur des terres avant la fin du siècle. Population. Croissance démographique. La Floride connaît la troisième croissance démographique du pays en valeur absolue et la septième en pourcentage. Entre 2000 et 2006, la population floridienne a augmenté de 13,2 % contre 6,4 % pour la population américaine. Cette augmentation de la population entraîne des problèmes écologiques : pression urbaine, déficit en eau, appauvrissement des écosystèmes, bétonnage des côtes La croissance démographique est due pour 12,5 % au solde naturel, alors que les migrations y contribuent pour 87,5 %. En effet, la Floride appartient à la Sun Belt qui attire les Américains et représente un important foyer d'immigration. Elle comptait en 2000 16,7 % d'immigrés et 23,1 % de personnes parlant une autre langue que l'anglais à leur domicile. La première d'entre elles est l'espagnol (26,9 %) suivie par le français (2,2 %), l'allemand (0,6 %) et l'italien (0,4 %). L'Article , Section 9, de la Constitution de la Floride dispose que . Répartition de la population. La densité de population en Floride, avec , est la huitième des États-Unis, un chiffre nettement supérieur à la moyenne nationale, même s'il cache d'importantes disparités. La population se concentre sur le littoral atlantique et sud-ouest autour de Tampa : 90 % de sa population vit à moins de du rivage. L'intérieur est moins peuplé sauf dans des villes comme Tallahassee et Gainesville, ainsi que quelques comtés comme Seminole, Orange et Polk. Les régions dont les densités sont très faibles correspondent à des milieux naturels protégés (Parc national des Everglades, forêts nationales d'Apalachicola et d'Osceola par exemple). Le littoral situé entre Clearwater et Panama City est également moins peuplé. Structure démographique. La part des plus de est de 16,8 % soit de plus que la moyenne nationale. La croissance de ce groupe tend néanmoins à diminuer depuis la fin du . La Floride possède la plus grande concentration américaine de retraités qui sont attirés par le climat. Plusieurs milliers de ces personnes âgées se regroupent dans des "", c'est-à-dire des quartiers exclusivement aménagés pour les retraités : le Sun City Center près de Tampa en est un exemple. Elle fut construite par Delbert E. Webb, un promoteur arizonien à partir de 1960 et compte aux , quelque . La proportion des moins de diminue : elle était de 27,6 % en 1980 et de 25,3 % en 2000. Ce phénomène démographique aura des conséquences sur la population active de l'État dans l'avenir. Le taux de mortalité en Floride (9,6 pour mille habitants en 2005) est supérieur à la moyenne nationale (8,2 pour mille habitants). Les Hispaniques ont un taux de natalité supérieur au reste de la population. Le taux de fécondité est de pour en âge de procréer en 2004 (66,3 pour les États-Unis). Répartition ethnique. La majorité de la population floridienne est blanche, mais sa part tend à diminuer lentement (85,3 % en 1980 ; 77,3 % en 2019), comme dans le reste des États-Unis. Il existe une forte proportion d'Hispaniques (26,4 % en Floride, 18,5 % en moyenne nationale) et celle-ci a tendance à augmenter. Avec de personnes, la communauté hispanique de Floride est la troisième du pays derrière celle de Californie et du Texas. Elle se concentre dans le Sud de la péninsule : les Hispaniques représentent plus de 25 % de la population dans les comtés de Miami-Dade, Collier, Hendry, De Soto, Hardee et Osceola. Avec plus de 1,4 million de personnes (soit 61,9 % des habitants), le comté de Miami-Dade abrite le plus grand groupe d'Hispaniques en Floride. Contrairement aux États du Sud-Ouest des États-Unis, les Cubains sont majoritaires ( sur en 2000) et non les Mexicains (). Ils se concentrent en particulier dans le quartier de Little Havana à Miami et dans la ville d'Hialeah, en banlieue de Miami. Les Amérindiens ne représentent qu'une infime partie de la population floridienne et se répartissent en deux tribus principales : les Séminoles et les Miccosukees. Ils travaillent dans les réserves et les casinos de l'État. Il existe six réserves amérindiennes dont les trois principales sont Immokalee, Hollywood et Brighton. Vers 1960, les Afro-Américains représentaient 18 % de la population floridienne (). Leur proportion a diminué (voir la partie Historique plus haut). Aux et s, de nombreux Noirs sont d'origine haïtienne. Dans la ville de Miami, il existe un quartier nommé Little Haiti, historiquement peuplé par des Haïtiens voit son territoire de plus en plus habité par des Hispaniques. Société et religion. La population floridienne suit la moyenne nationale dans le taux de diplômés de l'enseignement secondaire (79,9 %), du revenu moyen par habitant () et du taux de personnes vivant sous le seuil de pauvreté (11,9 %). Le revenu médian est sensiblement inférieur à celui des États-Unis ( contre ). Le taux de divorce de la Floride (3,6 pour mille habitants) est légèrement supérieur à la moyenne nationale (3,5 pour mille habitants) et a tendance à diminuer depuis les années 1990. En 2000, les protestants étaient les plus nombreux en Floride. En valeur absolue, l'Église la plus importante est celle des catholiques (), suivie par la Convention baptiste du Sud (1,3 million). Les catholiques sont représentés par la "Conférence des évêques catholiques de Floride" Les anglicans sont pour leur part encadrés par le Diocèse du Sud de l'Église anglicane américaine Une distinction apparaît de fait entre le Nord et le Sud de la Floride. Le Nord (Pensacola, Tallahassee, Jacksonville) appartient à la "Bible Belt", républicaine, protestante et conservatrice, comme les autres États du Sud profond. Le Sud (Orlando, Tampa, Miami), politiquement plus modéré, est caractérisé par une plus grande diversité culturelle et religieuse (communutés cubaines, prédominance du catholicisme, une communauté de juifs qui se concentrent à Miami Beach, Boca Raton et Fort Lauderdale, et musulmans). La communauté gay est présente dans les quartiers de South Beach, , dans la banlieue de Fort Lauderdale, mais surtout à , réputée pour son libéralisme et sa tolérance. Avec 6,2 meurtres pour (5,6 de moyenne nationale), la Floride n'est pas l'État le plus violent du pays. (22,6 pour ) et Miami (13,9 pour ) sont les deux villes les plus touchées par les meurtres. Dans le comté de Miami-Dade, le nombre de crimes violents (meurtres, viols, vols à mains armées) a diminué depuis les années 1990, alors que la population a augmenté. Selon "The New York Times", un mineur de est marié tous les deux jours en Floride, où les mariages d'enfants sont légaux. Politique. Institutions. La Floride est l'un des cinquante États des États-Unis et exerce à ce titre sa souveraineté sur de nombreux domaines comme la police, l'éducation ou les affaires civiles. L'organisation des institutions et les droits des citoyens sont définis par la Constitution de la Floride rédigée en 1838 et amendée à plusieurs reprises. Comme à l'échelon national, les pouvoirs sont séparés en trois branches exécutive, législative et judiciaire. Législature. La législature est bicamérale, avec un Sénat de et une Chambre des représentants de . Elle est chargée de voter les lois qui, après avoir été signées par le gouverneur, deviennent des statuts ("Florida Statutes"). Elle siège au Capitole de l'État de Floride, à Tallahassee. Gouverneur. Le gouverneur est élu par le peuple pour quatre ans et ne peut exercer plus de deux mandats successifs. Son rôle est d'appliquer la loi. Il est le porte-parole de l'État ainsi que le commandant en chef de la Garde nationale de Floride. Il gouverne en coopération avec un lieutenant-gouverneur et un cabinet composé du ministre de la justice de l’État ('), du ' et du "", tous élus pour quatre ans. Gouvernement. Le ministre de la justice est chargé de conseiller le gouverneur et la législature pour les affaires juridiques. Le gouvernement comprend de nombreuses agences et organisations spécialisées dans des domaines précis (environnement, transport, éducation). Justice. Le système judiciaire est composé d'une Cour suprême qui siège à Tallahassee, de cinq cours d'appel de district ('), de cours de circuit (') et de 67 cours de comtés. La Floride est l'un des américains appliquant la peine de mort. Elle a procédé à 66 exécutions depuis le rétablissement de la peine de mort en 1979. Les exécutions ont lieu par injection létale à la prison d'État de Floride (Starke). La Cour suprême de Floride est présidée par un juge en chef (') aux côtés de six autres juges puînés ('). Elle est la gardienne de la Constitution de l'État, contrôle la constitutionnalité des lois et joue le rôle de la juridiction de dernier ressort. Élections présidentielles. La Floride fait partie des "", c'est-à-dire des États où aucun des deux principaux partis politiques, démocrate et républicain, ne domine le vote populaire. Elle représente donc un enjeu important lors des élections présidentielles avec son nombre important de grands électeurs. Entre 1876 et 1948, les électeurs votèrent toujours majoritairement pour le candidat démocrate aux élections présidentielles sauf celle de 1928 (Herbert Hoover). Depuis 1952, les électeurs ont choisi le candidat républicain à onze reprises et le candidat démocrate à cinq reprises (1964, 1976, 1996, 2008 et 2012). L'élection de 2000 a été l'objet d'un imbroglio électoral et judiciaire sans précédent entre les partisans du démocrate Al Gore et du républicain George W. Bush, frère du gouverneur de Floride, Jeb Bush. L'élection s'est jouée à quelques centaines de voix au bénéfice de George W. Bush, lui donnant ainsi la victoire au niveau national, par Cour suprême des États-Unis interposée. En 2004, George W. Bush y a été réélu avec 52,10 % des voix contre 47,09 % pour John Kerry. Lors de l'élection présidentielle américaine de 2008, Barack Obama a remporté cet État-clef avec 51 % des voix face à John McCain (48,4 %), les Hispaniques ayant voté majoritairement démocrate alors qu'ils votaient traditionnellement républicain. En 2016 cette fois c'est le républicain Donald Trump qui récolte le plus de voix avec 48,6 % des votes. Très proche, la démocrate Hillary Clinton arrive deuxième avec 47,4 % des votes. Un État républicain. Après plusieurs décennies de domination démocrate, la Floride bascule très nettement du côté des républicains au cours des années 1980. Depuis 1999, les gouverneurs de Floride sont toujours membres du Parti républicain. Le gouverneur actuel est le républicain Ron DeSantis, en fonction depuis janvier 2019. La totalité des principaux postes élus de l'exécutif de Floride sont actuellement détenus par des républicains à commencer par le lieutenant-gouverneur Jennifer Carroll, première femme et première Afro-Américaine à occuper cette fonction en Floride. En janvier 2011, le républicain Jeff Atwater a succédé à Alex Sink, la dernière démocrate en date qui détenait un poste officiel au sein du gouvernement de Floride. Quant aux juges de la cour suprême locale, ils ont été, pour ceux en poste en novembre 2010, dans leur majorité nommés sous le mandat du gouverneur républicain puis indépendant Charlie Crist. Depuis 1994, les deux chambres de Floride sont majoritairement républicaines. Lors de la session 2011-2013, le Sénat est dominé par 28 républicains contre 12 démocrates alors que 81 élus républicains contre 39 démocrates siègent à la Chambre des Représentants. Les comtés de Miami-Dade, Broward et Palm Beach sont considérés comme des bastions démocrates, même si les cubains limitent cette tendance à Miami. Le nord de l'État est conservateur, à l'image des États voisins du Sud profond, même s'il compte les fiefs libéraux de Tallahassee (ville administrative) et Gainesville (ville universitaire). Le sud-ouest de la Floride, refuge des retraités américains, est l'autre région particulièrement favorable aux républicains. Les villes traditionnellement républicaines de Jacksonville et Orlando tendent de plus en plus vers les démocrates, le comté de Duval (Jacksonville) reste cependant plutôt républicain contrairement au comté d'Orange (Orlando), qui a viré à gauche avec l'arrivée récente d'hispaniques non-cubains. La région de la baie de Tampa est la plus compétitive politiquement de l'État, les villes démocrates (Tampa, St. Petersburg) y étant contrebalancées par les banlieues républicaines. Représentation fédérale. Actuellement, les deux sénateurs de Floride sont les républicains Rick Scott et Marco Rubio tandis que 16 républicains et 11 démocrates représentant la Floride à la Chambre des représentants des États-Unis. Économie. La Floride est le quatrième État des États-Unis par son produit national brut (PNB) qui s'élève à de dollars (fin 2008) et représente un peu plus de 5 % du PNB américain. Jusqu'à la crise économique de 2008-2009, le PNB floridien a connu une importante croissance : entre 1997 et 2007, il a augmenté de 87 %. Le revenu par habitant est de (base 2000), ce qui classe la Floride à la sur américains. Le taux de chômage officiel s’élève en 2009 à 10,2 %. La puissance économique floridienne s'appuie sur de multiples atouts. La main-d'œuvre est nombreuse : de personnes forment la population active en décembre 2008. Cependant, le taux de chômage est supérieur à la moyenne nationale (8,1 % de la population active en 2008 contre 7,6 % pour l'ensemble des États-Unis). Les entreprises peuvent compter sur un bon réseau d'universités et de transports. La Floride est l'un des rares États américains à avoir instauré un salaire minimum en 2004, qui est ajusté sur l'inflation tous les six mois. Il n'existe pas d'impôt sur le revenu au niveau de l'État (uniquement la part fédérale) et la taxe sur les ventes s'élève à 6 %. Les taxes sur la vente représentent la principale recette de l'État de Floride. Le climat, les plages et l'offre de loisirs attirent les cols blancs. La situation géographique sur le continent fait de la Floride une interface entre les deux Amériques. L'armature bancaire de l'État est solide, avec Miami pour principal pôle financier. Tous ces avantages rendent la Floride attractive pour les investisseurs : avec de dollars d'investissement direct à l'étranger (IDE) en 2008, la Floride se place dans les premières destinations des flux de capitaux aux États-Unis. La Floride est considérée comme un paradis fiscal, l'État étant dépourvu d'impôt sur le revenu. Budget annuel. Pour la période 2017-2018, le budget annuel de la Floride est approximativement de de dollars avec une augmentation des dépenses de de dollars. Le secteur de la santé reçoit la plus grosse part de ce budget avec de dollars. Secteur primaire. Malgré les difficultés qu'elle rencontre (chancre citrique, catastrophes climatiques), l'agriculture floridienne garde un poids non négligeable par les emplois directs ou indirects qu'elle engendre, ainsi que pour les exportations. En effet, de l'agriculture dépendent des activités situées en amont (engrais à partir des phosphates, biotechnologies), et en aval comme les industries agro-alimentaires. L'agriculture bénéficie d'un vaste marché intérieur (régions très peuplées du Nord-Est des États-Unis). La Floride dispose de sols fertiles, d'une saison végétative longue et ne connaît pas le gel dans son extrémité méridionale. Il existe de très grandes exploitations (plus de hectares) spécialisées dans les fruits, les légumes, les plantes pour pépinières qu'elle exporte vers les marchés du nord en hiver et au printemps et la canne à sucre. L'horticulture et l'élevage (essentiellement bovin) sont d'autres activités importantes. La Floride occupe le premier rang national pour la production d'oranges (75 % de la production américaine) et de pamplemousse ; la deuxième pour la canne à sucre, les légumes, les fruits et les productions horticoles. Malgré sa place prépondérante, l'agrumiculture ne représente qu'un tiers des ventes de produits agricoles de l'État. La sylviculture représente de dollars et d'arbres plantés. Étant donné la situation de la Floride entre l'océan Atlantique et le golfe du Mexique, son économie est naturellement tournée vers la mer. La Floride compte environ 900 fermes aquacoles qui élèvent des poissons-chats, des poissons d'aquarium, des mollusques (huîtres) et des crustacés. Les produits de la pêche industrielle sont divers : poisson, crevette, langouste blanche La pêche marchande réalise un chiffre d'affaires annuel de plus de de dollars. En valeur absolue, la Floride est le troisième État pour la consommation d'énergie : la population est en effet nombreuse et les besoins domestiques sont importants. Cependant, la consommation d'énergie par habitant est l'une des plus basses du pays ( sur 50), en raison du faible poids des industries. Les ressources énergétiques sont rares et la Floride doit importer la majeure partie de ses besoins. Elle ne possède pas de raffinerie. Le gaz naturel parvient des États voisins du golfe du Mexique. La production hydroélectrique est infime. Trois centrales nucléaires sont en fonctionnement. La Floride produit 3,2 % des énergies renouvelables des États-Unis alors que le potentiel est relativement important (solaire, biocarburants). Le 27 octobre 2009, le président Barack Obama a inauguré la plus grande centrale solaire des États-Unis à Miami. Équipée de plus de panneaux, celle-ci va permettre d'éclairer plus de foyers. L'entreprise Florida Power & Light a annoncé l'ouverture pour 2010 d'une centrale solaire de miroirs. Elle se situera sur la côte orientale, au nord du comté de Palm Beach et s'étendra sur plus de . En 2005, la Floride est le quatrième État des États-Unis pour la production de minerais. Les principales productions sont les phosphates ( de dollars en 2005), le sable et les graviers ( de dollars), l'ilménite, la rutile et le kaolin. Au , entre 75 et 80 % du phosphate utilisé aux États-Unis et 25 % dans le monde provient de Floride : il est exporté par le port de Tampa. Secteur secondaire. La Floride n'est pas considérée comme un État industriel : les industries lourdes sont peu nombreuses et le secteur secondaire ne représente que 8 % du PIB. Les emplois industriels se concentrent dans les métropoles. Plusieurs industries travaillent en relation avec le secteur primaire : transformation du bois, jus de fruits, conserveries, raffinage du sucre. Le secteur du bâtiment et travaux publics (BTP) est stimulé par la croissance démographique et le tourisme. La construction électrique et le matériel de transport (Tampa, Jacksonville, Orlando), la confection (Miami) sont des activités relativement dynamiques. Depuis l'arrivée de la NASA à cap Canaveral dans les années 1960, l'industrie aérospatiale s'est développée ; elle emploie et produit pour de dollars de biens et services. Les industries médicales et biotechnologiques connaissent également un essor dans les principales agglomérations. La Floride est le deuxième État américain pour le nombre de laboratoires médicaux. Plus de de biotechnologie (comté d'Alachua et agglomération de Miami-Fort Lauderdale), de pharmacie et de matériel médical travaillent en relation étroite avec les universités. Secteur tertiaire. Les services représentent 68 % du PIB floridien. Les sociétés de prise en charge de communautés ou d'individus, comme celles de la santé ou du tourisme, viennent en tête. Elles occupent environ 30 % des employés de l'État et fournissent un quart de la richesse produite. Avec une population vieillissante, les services de santé devraient connaître prochainement l'un des plus forts taux de croissance. La fonction publique a aussi une part importante dans l'économie de l'État : elle emploie environ 15 % des personnes actives, notamment dans l'éducation, la santé et l'armée. Les agences immobilières et financières jouent également un rôle essentiel. Les transactions immobilières en particulier ont connu une croissance extraordinaire liée à l'afflux de nouveaux résidents. Ce secteur emploie deux fois plus d'agents que la moyenne nationale. Le tourisme est la principale activité de la Floride : il génère, dans les années 2000, de dollars. « L'État ensoleillé » a attiré quelque de touristes en 2006. Les atouts touristiques de la Floride sont nombreux : le climat tropical du Sud offre des hivers chauds et ensoleillés. Le tourisme balnéaire se développe grâce aux plages de sable blanc comme celles de la Suncoast, mais aussi grâce à une offre importante d'infrastructures de transport et d'hôtellerie. L'offre des activités est large, depuis les loisirs et les sports maritimes au tourisme culturel et écologique (parcs naturels). Les touristes viennent également profiter des centaines de sources d'eau douce de l'État : il existe 15 parcs d'État autour de sources qui attirent chaque année plus de deux millions de visiteurs. Il est possible de visiter le centre spatial Kennedy et d'assister au lancement des navettes sur le site. La Floride est, avec la Californie, l'État qui compte le plus de parcs à thème. Plusieurs parcs sont regroupés en complexe, le plus grand de tous est le Walt Disney World Resort près d'Orlando qui s'étend sur . Le complexe emploie , comprend quatre parcs à thèmes dont un zoologique et un parc des technologies du futur (Epcot), deux parcs aquatiques, 22 hôtels, cinq terrains de golf et une zone commerciale. Orlando est la métropole touristique la plus fréquentée du monde et qui détient la plus grande capacité hôtelière du pays. Enfin, Miami est le premier port de croisières du globe avec plus de 1,8 million d'embarquements en 2007. agences bancaires sont présentes en Floride et Miami est le deuxième centre bancaire international des États-Unis, derrière New York. Les exportations de marchandises représentent de dollars au premier trimestre 2009, et les importations . Les ports de Floride exportent des produits manufacturés, des véhicules, des engrais, des plastiques et des produits pharmaceutiques. Ils importent des produits manufacturés, énergétiques et minéraux. La Floride est la porte des États-Unis sur l'Amérique latine et assure près de 40 % des exportations américaines vers ce continent. Les aéroports représentent de tonnes et 7 % des marchandises transportées par avions aux États-Unis. Le littoral accueille 14 ports en eau profonde qui totalisent un trafic de de tonnes de marchandises. Tampa est le premier port de Floride en volume de marchandises. Culture. Architecture et patrimoine. L'architecture de la Floride suit l'évolution historique et économique de « l'État ensoleillé ». Les nombreux forts présents en Floride montrent que la région a constitué un enjeu entre les puissances coloniales européennes, puis dans les guerres indiennes menées par le gouvernement américain. Le monument national de Castillo de San Marcos, le fort Matanzas et la cathédrale-basilique de Saint Augustine, construits par les Espagnols au en coquina, sont classés monuments nationaux américains. L'architecture du reflète l'évolution économique de la Floride : dans la moitié nord, les planteurs et les exploitants agricoles construisent de belles demeures dans un style commun au Vieux Sud des États-Unis (parc d'État d'Eden Gardens). De ces plantations subsistent parfois les ruines d'un moulin à sucre (site historique d'État de Yulee Sugar Mill Ruins) ou les cases des esclaves (parc historique d'État de Bulow Plantation Ruins). La multiplication des phares sur la côte témoigne de la vocation maritime de la Floride : le plus haut est le phare de Ponce de Leon Inlet, à Ponce Inlet. Dans les années 1880-1920, les investisseurs et les magnats des chemins de fer construisent de nombreux hôtels aux styles architecturaux éclectiques : Carl Graham Fisher à Miami Beach, Harold Stirling Vanderbilt à Palm Beach, Henry Bradley Plant à Tampa, Henry Morrison Flagler à Saint Augustine. L'architecture néo-mauresque est très prisée : Don CeSar (St. Pete Beach), (Tampa), Ponce de León Hotel (Saint Augustine). Les autres tendances sont hispaniques (Coral Gables Biltmore Hotel à Coral Gables) ou néorenaissance méditerranéenne (villa Vizcaya à Miami). L'entre-deux-guerres voit s'épanouir des édifices de style Art déco, en particulier à Miami et Miami Beach. Les éléments décoratifs en stuc et en marbre reprennent les thèmes de la faune et la flore locales si bien que l'on parle de tendance '. Les murs sont peints avec des couleurs pastels et ornés de formes géométriques, de néons qui brillent dans la nuit. Le sourcil au-dessus des fenêtres, destiné à protéger l'intérieur de la lumière du soleil, est une spécialité de Miami. La Floride compte des édifices de la ', parmi lesquels la ' d'Isabel Roberts (St. Cloud) et la ', de Frank Lloyd Wright (Lakeland) sont deux exemples célèbres. Il existe un style moderne propre à Miami : la ' ; Morris Lapidus est l'un des architectes les plus prolifiques en Floride dans les années 1950 ; on lui doit de nombreux hôtels à Miami Beach. La ' est un style d'architecture régional dominé par Paul Rudolph dans les années 1950 et qui appartient au style international. Enfin, parmi les grands architectes internationaux ayant travaillé en Floride, on peut citer le Japonais Arata Isozaki qui a construit le Team Disney Building, près d'Orlando, ou encore le Suisse Bernard Tschumi qui a dessiné le Paul Cejas School of Architecture Building à Miami (2003). Comme dans les autres métropoles américaines, les grandes villes floridiennes ont vu s'élever des gratte-ciel dans les centres des affaires. La poussée a été telle à Miami que les spécialistes ont pu parler de . Le est le plus haut immeuble de la Floride avec ses . Depuis quelques années, les Floridiens ont pris conscience de la nécessité de préserver le patrimoine architectural de l'État, menacé par les promoteurs immobiliers. De nombreuses villes possèdent des quartiers historiques ( en anglais) qui attirent les touristes. À la fin des années 1970, sous l'impulsion de Barbara Capitman, se créée la Ligue de préservation de Miami. En 2007, la Floride abrite 39 National Historic Landmarks. Cinéma et télévision. Au début du , de nombreux réalisateurs de New York sont attirés par le climat de la Floride et les faibles salaires. Ils installent une trentaine de studios à Jacksonville que l'on surnomme rapidement la . Plusieurs centaines de films muets sont ainsi produits entre 1908 et les années 1920. Mais l'industrie du cinéma est stoppée par la concurrence d'Hollywood en Californie. Il ne reste de cet âge d'or qu'un musée aménagé dans les studios Norman, dans le quartier d'Arlington, le "". La Floride est le troisième centre de production cinématographique des États-Unis. On trouve des studios de production dans deux parcs à thèmes : et . Plusieurs films historiques sur la Prohibition ("Certains l'aiment chaud"), la crise des missiles de Cuba de 1962 ("Treize jours") ont été tournés en Floride. De nombreux films ont pour thème l'espionnage (', "Casino Royale") ou l'espace ("Apollo 13", "Contact"). Les films se déroulant en Floride appartiennent souvent au genre policier ou au thriller : "L'Expert", "Sexcrimes", '. D'autres sont des films d'action comme ', ', "Le Transporteur 2". Dans le registre de la comédie, on peut citer ', ', "Mary à tout prix" et "Mon beau-père, mes parents et moi" qui se déroulent tous dans l'État. "L'Enfer du dimanche" réalisé par Oliver Stone, évoque quant à lui l'univers du football américain. De nombreux comédiens sont nés en Floride : Sidney Poitier, Faye Dunaway, Wesley Snipes, Carla Gugino, William H. Macy ou encore Danny Pino. Parmi les séries télévisées qui ont pour cadre la Floride, on peut citer : "Flipper le dauphin", "Les Craquantes", "Nip/Tuck", "Deux Flics à Miami", "", "Dexter" qui sont les plus connues. Cuisine. La cuisine floridienne est un mélange d'influences diverses venues des Caraïbes et d'Amérique latine. Elle utilise des produits maritimes (poissons, crustacés, coquillages), cubains (riz, haricots noirs, porc) et tropicaux (fruits), souvent relevés par des épices. Les agrumes (orange, citron, pamplemousse) sont utilisés dans les desserts mais aussi dans de nombreux plats sucrés-salés (poulet, poisson). Parmi les spécialités de la région se trouvent le ' (confiserie à base de sucre, lait, beurre, chocolat et banane) et la viande d'alligator. Les restaurants proposent aussi des plats typiques du Vieux Sud américain (gumbo, jambalaya). Les crustacés sont préparés en bisques et servis en entrée. L'agriculture fournit des fruits pour les cocktails et les smoothies. Les premières vignes de Floride auraient été plantées par les Français au et développées par les Espagnols par la suite. Depuis 2006, la ', une tarte à la lime originaire de la région des Keys, est devenue un symbole de l'État. Événements culturels et festivals. Le dynamisme de la culture floridienne se manifeste par de nombreux événements tout au long de l'année. Des festivals de musique se tiennent dans les grandes villes, en particulier à Jacksonville et Miami. s'impose comme l'une des capitales littéraires de la Floride, notamment avec son festival "" en l'honneur d'Ernest Hemingway. Les villes du Sud de la Floride organisent diverses parades célébrant les différentes communautés de la région. La Florida State Fair est l'une des foires les plus anciennes et les plus importantes de l'État. Enfin, on compte de nombreux festivals cinématographiques, parmi lesquels le Festival international du film de Miami qui est fréquenté chaque année par plus de . Littérature. Comme les Amérindiens n'ont pas laissé de témoignages écrits datant de l'époque précolombienne, les premiers éléments de la littérature sur la Floride sont des récits espagnols. Au , des explorateurs comme Jean Ribault et René de Goulaine de Laudonnière laissent des témoignages de la colonisation française. Au siècle des Lumières, les voyageurs britanniques puis américains décrivent la péninsule : ainsi, le naturaliste et poète William Bartram parcourt la Floride entre 1765 et 1777. Il publie le récit de ses aventures en 1791 dans un livre appelé "", dans lequel il décrit les mœurs des Amérindiens, les milieux et les paysages floridiens. Un autre voyageur anglais, Bernard Romans, écrit une "Histoire naturelle et civile des Florides" (1776). Bien que n'ayant jamais résidé de manière permanente en Floride, l'ornithologue Jean-Jacques Audubon peint les oiseaux de cette région ; il explore la Floride à plusieurs reprises dans les années 1830 et publie "Les Oiseaux d'Amérique". Charles Vignoles édite en 1821 ses "Observations on the Floridas". Harriet Beecher Stowe (1811 - 1896), auteur de "La Case de l'oncle Tom", a également décrit la Floride à la fin du dans ' (1872). À la fin de son ouvrage, elle plaide en faveur des droits humains, notamment des Afro-Américains. Le premier roman de Marjorie Kinnan Rawlings, ' (1933), se déroule à où l'on peut encore visiter sa maison. Mais son œuvre la plus célèbre, "" (en français : "Jody et le Faon", 1938), qui raconte l'histoire d'un jeune garçon qui adopte un faon orphelin en Floride, a remporté le prix Pulitzer du roman en 1939, et a fait plus tard l'objet d'un film du même nom. À la fin des années 1930, Stetson Kennedy et Zora Neale Hurston travaillèrent pour la division floridienne de la ' (WPA) qui engageait des écrivains. Ils commirent tous deux des ouvrages sur la Floride, le premier dans ' (1942) et ' (1946), la seconde dans son roman ' (1946). Ces deux auteurs sont connus pour leurs contributions sur le folklore de la Floride et leur engagement en faveur des droits civils. Bien qu'originaire d'Alabama, la famille de Zora Neale Hurston s'installa à Eatonville près d'Orlando. Dans son autobiographie, "", Zora Neale Hurston prétend y être née ; la ville organise chaque année un festival en son honneur. Ernest Hemingway vécut plusieurs années à Key West, dans une maison où John Dos Passos vint à plusieurs reprises avec sa femme. Hemingway y écrivit de nombreux romans : ', ', ', ', '. La demeure a été transformée en musée en 1964 puis classée National Historic Landmark en 1968. Deux œuvres du Prix Nobel de littérature ont pour cadre la Floride : ' (1937) décrit Key West et la contrebande entre Cuba et la Floride. "L'Étrange Contrée" raconte comment un écrivain et une jeune fille louent une voiture à Miami et roulent vers l'Ouest. Tennessee Williams est un autre grand auteur américain qui vécut en Floride. Sa pièce "Doux oiseau de jeunesse" ("", 1959) commence dans une chambre d'hôtel de St. Cloud. La pièce de Maxwell Anderson (1888-1959), "Key Largo" (1939) fut adaptée au cinéma. À partir des années 1960, Miami devient le centre de la littérature des Cubains en exil : par exemple, Carlos Victoria place l'action de son roman "Un pont dans la nuit" dans la métropole floridienne. Thomas McGuane (né en 1939), écrit des romans qui ont pour décor les Keys (" à l'ombre, Panama"). Dans "Continents à la dérive" (1985), Russell Banks (né en 1940) évoque l'immigration haïtienne en Floride. En 1990, John Updike (1932-2009) met en scène le roman "Rabbit en paix", quatrième volume du célèbre cycle « Rabbit Angstrom », en grande partie en Floride dans une ville fictive, Deleon, inspirée de Fort Myers. Enfin, le roman policier est le genre le plus prolifique en Floride : on peut citer des écrivains comme John D. MacDonald, Alison Lurie, Elmore Leonard, Stuart M. Kaminsky, Carl Hiaasen, Patricia Cornwell ou encore Tim Dorsey. Médias. Il existe une importante offre de journaux à Miami : le principal quotidien est "The Miami Herald" qui tire à plus de en semaine et emploie quelque ; il a reçu 19 fois le prix Pulitzer et son rayonnement va bien au-delà du sud de la Floride car il est distribué dans six pays d'Amérique latine et des Caraïbes. Sa version hispanophone, ', est le deuxième journal en espagnol le plus lu aux États-Unis et tire à en semaine. Parmi les autres grands journaux floridiens, on peut citer le plus ancien d'entre eux, ', fondé en 1864, l', avec un tirage quotidien de plus de , ou encore le ' qui a remporté six fois le prix Pulitzer. Il existe en outre une presse étudiante très active, avec des titres comme ', ' ou encore "". Plusieurs radios émettent sur le territoire, donc WRMI, WQAM et WAVV. Musées et bibliothèques. L'art contemporain est particulièrement bien représenté en Floride : les musées (Pérez Art Museum Miami, musée d'Art contemporain de North Miami, musée d'Art contemporain de Jacksonville) et les galeries d'art se concentrent dans les grandes villes. Miami possède une foire d'art contemporain internationalement reconnue : Art Basel Miami Beach. Le Salvador Dali Museum réunit la plus grande collection au monde du maître espagnol à St. Petersburg. Il existe par ailleurs de nombreux musées consacrés aux sciences (, musée d'histoire naturelle de Floride), aux transports (aviation, chemin de fer) et à l'histoire locale. Enfin, la vocation spatiale de la Floride est mise à l'honneur au Kennedy Space Center Visitor Complex de Cap Canaveral. Des aquariums (SeaWorld Orlando, aquarium de Floride) et des parcs zoologiques (Jacksonville Zoo and Gardens, Busch Gardens Tampa, Disney's Animal Kingdom, Miami MetroZoo) figurent parmi les autres attractions de l'État. Les principales bibliothèques de l'État sont situées dans les métropoles : le réseau des bibliothèques de Miami possède 47 antennes et plus de de volumes. Les campus universitaires abritent des bibliothèques spécialisées. La bibliothèque de l’université internationale de Floride compte plus de 1,7 million de volumes. Les archives de l'État de Floride se trouvent à Tallahassee. Musique. La diversité musicale de la Floride reflète l'existence des différentes communautés ethniques. Les musiques rituelles des Amérindiens restent vivantes dans les réserves. L'héritage afro-américain se retrouve dans le ragtime et le cake-walk. La présence des Cubains et des Haïtiens renouvelle les genres musicaux de la péninsule à partir des années 1960. Au début des années 1970, le disco de Miami connaît un important succès. Puis, dans les années 1980-1990 se développent le Miami bass (hip-hop), le death metal, le Florida breaks (). Enfin, la Floride est l'un des principaux lieux de la techno. À Miami, la est la plus grande manifestation de dance du monde et la ville reste l'une des destinations préférées des DJ internationaux. De nombreux chanteurs et musiciens sont nés en Floride : on peut citer. XXXTentacion, George Fisher, Gary U.S. Bonds (rhythm and blues), Jim Morrison (rock), Tom Petty, Johnny Tillotson (musique country), ou encore Flo Rida (rap). Marilyn Manson et comptent parmi les groupes originaires de Floride les plus connus. Les métropoles comptent chacune des orchestres symphoniques. Enfin, plusieurs chansons évoquent la Floride : ' est l'hymne de l'État écrit par Stephen Foster en 1851. Les Blues Brothers chantent ' et Arthur H interprète "Sous le soleil de Miami". Sports. À côté des équipes prestigieuses (voir le tableau ci-dessus), la Floride possède de nombreuses petites équipes de baseball, football américain, basket-ball, hockey sur glace, soccer (football) et rugby à. Les universités ont également des équipes sportives reconnues. Le football américain est, comme ailleurs aux États-Unis, l'un des sports les plus suivis en Floride. Les Gators de la Floride et les Seminoles de Florida State sont les deux plus fameuses équipes omnisports universitaires de Floride. L'Orange Bowl qui se joue à Miami est l'un des matchs de football américain universitaire les plus populaires, la première édition ayant eu lieu en 1935. En baseball, l'entraînement de printemps des équipes de Ligue majeure de baseball débute à la mi-février (""). L'étendue du littoral floridien est propice au développement des sports nautiques et aquatiques de toutes sortes : pêche sportive, kayak, catamaran, planche à voile sont pratiqués comme sports et comme loisirs. La plongée sous-marine permet de découvrir les récifs coralliens et les nombreuses épaves. Des régates sont organisées au large des côtes et Fort Lauderdale possède la plus grande manifestation nautique du monde qui attire quelque chaque année. La Floride est, avec la Californie et Hawaï, un foyer du surf américain. Cocoa Beach est le lieu de naissance du surfeur professionnel le plus titré de l'histoire de ce sport, Kelly Slater. Le principal lieu pour les courses automobiles est . Le Daytona International Speedway accueille notamment les 24 Heures de Daytona, une course d'endurance de voitures de sport qui se tient chaque année depuis 1966. Il existe également un circuit urbain dans les rues de St. Petersburg qui accueille le championnat américain de monoplaces IndyCar Series lors du Grand Prix de St. Petersburg qui a lieu tous les ans en début de saison. Le rodéo du à Kissimmee est le plus ancien de Floride. Les courses hippiques sont l'occasion de faire des paris. Le comté de est réputé pour la pratique du polo, en particulier dans le . Le tennis est l'un des sports les plus pratiqués en Floride. Il existe de nombreux centres d'entraînement dont celui de Nick Bollettieri qui forme des joueurs internationaux. Les tournois de et les Masters de Miami font partie du circuit professionnel ATP. L'de Miami et le tournoi de tennis d'Amelia Island figurent dans le WTA. Avec plus de terrains de golf, la Floride est l'État américain le mieux doté. Ils se concentrent dans le comté de. De nombreux golfeurs ont choisi de résider en Floride comme Tiger Woods. La et la organisent des tournois en Floride dont le plus prestigieux est à . Éducation. Les systèmes scolaires publics sont administrés par le Florida Department of Education (FLDOE). Selon la Constitution de la Floride, l'État compte scolaires, soit un par comté, qui sont indépendants des municipalités. Les districts scolaires ont la possibilité de taxer leurs résidents. La Floride possède plusieurs centaines d'écoles privées de tous types qui ne dépendent pas du FLDOE. En 2008, environ recevaient un enseignement à domicile qui n'est contrôlé ni par le district scolaire, ni par le FLDOE. En 2007, on comptait Floridiens en étude (du primaire au supérieur). Il existe et ' d'État, et ' indépendants, , huit écoles de droit et quatre écoles de médecine en Floride. L'Independent Colleges and Universities of Florida est une association qui regroupe éducatives privées dans l'État, totalisant plus de en 2006. En 2007, l'ensemble des universités floridiennes disposaient de de dollars pour la recherche, financée par l'État fédéral, l'État de Floride, les industriels, le mécénat et la philanthropie. Il existe de nombreux pôles d'excellence universitaire dans les biotechnologies, les énergies renouvelables, l'optique et la science des matériaux. Depuis l'an 2000, la Floride interdit la discrimination positive dans les universités publiques. Les établissements d'enseignement supérieur les plus importants sont le Miami Dade College (), l'université de Floride (), l'université de Floride centrale (), qui comptent parmi les plus grandes des États-Unis. Selon le classement académique des universités mondiales par l'université Jiao Tong de Shanghai, l'université de Floride est la meilleure de l'État : elle occupe la mondiale et la aux États-Unis (2008). Le campus de l'université de Floride à Gainesville est le plus vaste et s'étend sur environ 800 hectares. Fondée en 1851, l'université d'État de Floride à Tallahassee est la plus ancienne de l'État. Sous la direction de son gouverneur Ron Desantis, la Floride s'est engagée dans une guerre culturelle. Diverses lois ont été adoptées pour modifier les programmes scolaires et renforcer la morale conservatrice à l'école. La House Bill 1557, surnommée «Don't say gay» («Ne parlez pas des gays») par ses détracteurs, vise à chasser des salles de classe toute discussion concernant les questions de genre et de sexualité. Un simple exposé évoquant les émeutes de Stonewall, événement majeur pour la communauté LGBT, est ainsi considéré comme susceptible d'enfreindre la loi. D'autre part, le Stop WOKE Act, entré en vigueur le 1er juillet, doit considérablement restreindre les possibilités d'aborder les sujets liés au racisme et au sexisme à l'école. Les cours d’études afro-américaines au lycée, un enseignement facultatif, sont interdits. Transports. La navigation fluviale joua un rôle crucial dans la colonisation et dans le développement économique de la Floride. La première liaison en bateau à vapeur fut créée en 1827 sur la rivière Apalachicola. Cette voie navigable servit non seulement au transport du coton mais aussi à celui du bois, l'un des principaux produits d'exportation de l'époque. La Floride est desservie par une grande variété de moyens de transport. La desserte du territoire est facilitée par la taille de l'État et par l'absence de montagnes. Les transports sont sous la responsabilité du département des Transports de Floride. Le système des autoroutes d'État ("") s'étend sur près de et relie les principales villes. La longueur cumulée des autres routes publiques atteint les . Les principales autoroutes sont l'Interstate 4, l'Interstate 10, l'Interstate 75 et l'Interstate 95. L'U.S. Route 1 relie Key West à la frontière canadienne. Cette section de l'US Route 1, dans les Keys, appelée "Overseas Highway", est longue d'environ et compte dont le Seven Mile Bridge, le plus long de Floride avec . Le réseau des voies ferrées est long de quelque et permet surtout l'acheminement des marchandises et des matières premières. La société Amtrak exploite plusieurs lignes de chemins de fer pour les voyageurs comme l'Auto Train. Orlando constitue le terminal oriental de la Sunset Limited, qui traverse le Sud des États-Unis depuis Los Angeles en passant par Houston et La Nouvelle-Orléans. Miami est reliée à New York par deux lignes : la Silver Star et la Silver Meteor. Miami est la seule ville de Floride à posséder un métro ; les autres grandes villes sont desservies par un tramway et/ou des bus. Le Tri-Rail est une ligne régionale de trains qui s'étend sur et qui possède le long de la côte méridionale de l'Atlantique et qui dessert les trois aéroports internationaux de cette région. La Floride possède commerciaux reliés à aux États-Unis et à l'étranger. de passagers passent chaque année dans les aéroports floridiens dont visitent l'État. En 2007, plus de de tonnes de fret ont transité par les aéroports de Floride. Les principaux aéroports, par nombre de passagers, sont ceux d'Orlando, de Miami, de Fort Lauderdale et de Tampa.
Fascisme Le fascisme est un système politique autoritaire qui associe populisme, nationalisme et totalitarisme au nom d'un idéal collectif suprême. Mouvement d'extrême droite révolutionnaire, il s'oppose frontalement à la démocratie parlementaire et au libéralisme traditionnel, et remet en cause l'individualisme codifié par la pensée philosophique des Lumières. Issu de diverses composantes de la philosophie européenne du , le fascisme a trouvé dans les circonstances économiques et historiques de l'après-première guerre mondiale le contexte qui lui a permis d'accéder au pouvoir, d'abord en Italie dans les années 1920 avec Mussolini, puis sous une variante accentuée, militariste, en Allemagne dans les années 1930 avec le nazisme d'Adolf Hitler. Le terme fascisme s'applique au sens strict à la période mussolinienne de l'histoire italienne et au sens large à un système politique aux caractéristiques inspirées par l'exemple italien et allemand mais qui a pu prendre des aspects différents selon les pays. Des débats existent entre les historiens quant à la qualification de certains régimes (France de Vichy, Espagne franquiste…). La différence entre fascisme et totalitarisme fait l'objet de nombreux débats. Opposé à l'individualisme et repoussant l'idéologie démocratique au nom de la masse incarnée dans un chef providentiel, le fascisme embrigade les groupes sociaux (jeunesse, milices) et justifie la violence d'État menée contre les opposants, assimilés à des ennemis intérieurs, l'unité de la nation devant dépasser et résoudre les antagonismes des classes sociales dans un parti unique. Dans le domaine économique, l'État conduit une politique dirigiste mais maintient le système économique et les activités professionnelles. En même temps, le fascisme rejette la notion d'égalité au nom d'un ordre hiérarchique naturel : il définit un , un idéal de pureté nationale et raciale qui nourrit en particulier l'antisémitisme, l'homophobie, l'exclusion des personnes atteintes d'un handicap et exalte les corps régénérés ainsi que les vertus de la terre, du sang et de la tradition, tout comme il affirme une hiérarchie entre les « peuples forts » et les « peuples faibles » qui doivent être soumis. De façon générale, le fascisme exalte la force et s’appuie sur les valeurs traditionnelles de la masculinité, reléguant les femmes dans un rôle maternel. Il célèbre dans cet esprit les vertus guerrières en développant une esthétique héroïque et grandiose. Révélateur d'une crise de la modernité et luttant contre le sentiment de décadence de la civilisation, le fascisme s'appuie aussi sur une vision idéalisée du passé et sur l'émotion collective qu'il met en scène dans la théâtralité dynamique d'une religion civile (culte du chef, uniformes, rassemblements, propagande) et suscite ainsi une fascination idéologique et esthétique avérée. Dans son acception la plus large, le terme est employé pour qualifier l'ensemble de l'extrême droite. Le fascisme est d'ailleurs encore revendiqué par certaines mouvances d'extrême droite (les néofascistes) comme le parti italien CasaPound dont les membres aiment se faire appeler . Prononciation et étymologie. Le mot fascisme est , calque de la prononciation italienne ; ou plus rarement . Le mot (en italien "") vient de l'italien (« faisceau »), faisant référence aux "fasces lictoriae", emblème de l'autorité initié sous la République romaine, qui fut ensuite repris notamment sous la Révolution française, puis vers 1919, par les milices squadristes de Benito Mussolini, qui avaient initialement groupé des anciens combattants de la Première Guerre mondiale, déçus et épris d'ordre. Idéologie. Au sens le plus strict, il désigne donc le régime de Benito Mussolini. Si historiquement le nazisme apparaît proche du fascisme, bien d'autres régimes politiques ont été qualifiés, à tort ou à raison, de fascistes par leurs opposants, comme l'Égypte nassérienne, le régime des Talibans, le stalinisme, le péronisme, etc. Dans le débat politique contemporain, les adhérents à certaines idéologies politiques tendent à associer le fascisme avec leurs ennemis, ou le définissent comme étant l'opposé de leurs propres visions politiques. En son sens large, le fascisme se définit comme une réaction aux valeurs de l'humanisme démocratique du siècle des Lumières. Issu des frustrations engendrées par ce nouveau modèle de société, le fascisme rejette les droits de l'homme, le communisme, l'anarchisme, les libertés individuelles et le libéralisme politique. Lors d'un discours du 2 avril 1924, Benito Mussolini reprend une citation du philosophe Friedrich Nietzsche : « vivre dangereusement », citation qui doit être la règle pour le fascisme, sa définition ; Mussolini déclare ainsi : Le fascisme souhaite être pragmatique avant tout, c'est ce qu'explique Mussolini dans son quotidien "Il Popolo d'Italia" le 23 mars 1919 : . Origine. Les origines du fascisme font l'objet d'un débat parfois âpre parmi les historiens. Pour Zeev Sternhell et ses partisans, l'idéologie fasciste a principalement été forgée en France, entre les années 1880 et 1914, par conjonction entre une radicalisation antidémocratique de certains mouvements d'extrême gauche (notamment le syndicalisme révolutionnaire) avec une nouvelle droite nationaliste, formant la « droite révolutionnaire », dont est issue le fascisme. Zeev Sternhell souligne pour sa part : Henri Michel est d'avis que le . Il ajoute : ; cherchant des antécédents au fascisme français, il remonta jusqu'au bonapartisme : . Une opinion très répandue est que le fascisme français des années 1930 puisa sa source dans un courant intellectuel qui s'était développé à la fin du et au début du . Parmi ceux qui concourent ainsi à sa formation, on peut mentionner : Édouard Drumont, Paul Déroulède, Gustave Le Bon, Joseph Arthur de Gobineau, Gustave Tridon, René de La Tour du Pin, Charles Maurras, Maurice Barrès, Georges Sorel, Julius Evola, Joséphin Péladan, Georges Valois, Robert Brasillach, Eugène Deloncle, Blanc de Saint-Bonnet, Henri Martin, Georges Thiébaud, Jules Guérin, Lucien Rebatet et plusieurs autres. Les conceptions caractéristiques de ce courant exprimaient un nationalisme exclusif, un antisémitisme agressif, un racisme marqué, un goût prononcé de l'autoritarisme et une violente opposition à des valeurs comme : révolution, république, libéralisme politique, démocratie, parlementarisme, et bien entendu, socialisme. Toutefois, la doctrine économique libérale ne s'oppose pas au fascisme. Il y eut des connivences dans une perspective anticommuniste avec lesquels Mussolini parvient à posséder le soutien financier d’industriels et de grands propriétaires qui financent les groupes fascistes encouragés à faire le coup de poing contre la gauche pour défendre la propriété privée : Mussolini déclare, lors de son premier discours en tant que député au Parlement italien, le 21 juin 1921 : « Je suis un libéral […]. Il faut abolir l’État collectiviste tel que la guerre nous l’a transmis, par la nécessité des choses, et revenir à l’État manchestérien ». Pour des auteurs comme Pierre Milza, la Première Guerre mondiale est tout à fait essentielle dans la formation de l'idéologie fasciste, bien qu'il ait nuancé son point de vue en reconnaissant que Sternhell avait partiellement raison en soulignant la parenté entre certains idéologues français d'avant 1914 et les théoriciens du fascisme. Traitant de la France du début du , Pierre Milza et Marianne Benteli soulignent : Cependant, pour Ernst Nolte, il est évident que et . Cette prise de position d'Ernst Nolte à l'égard de l'Action française est la seule de son espèce. Toutefois, afin de défendre sa thèse Ernst Nolte insiste : Sous l'occupation nazie, la doctrine de l'Action française eut une énorme influence idéologique sur le gouvernement de Vichy. Charles Maurras appuya avec zèle la « révolution nationale » guidée par le maréchal Pétain. Pour Robert Paxton, le Ku Klux Klan (KKK) constitue la première forme de mouvement fasciste, ou protofasciste, et il rejoint en partie Sternhell sur les origines françaises de l'idéologie. Pour l'historien américain, le fascisme se développe selon cinq phases : Son modèle social est davantage centré sur la nation que sur les individus qui la composent. Il cherche à créer un groupe uni et solidaire, qui ait une identité forte. Pour cela, il faut que cette collectivité partage une histoire et un destin communs et qu'elle se construise sur la volonté de perpétuer son ciment culturel. Il est donc primordial pour les fascistes de préserver l'homogénéité (ethnique, religieuse ou de classe) de cette collectivité nationale. Totalitarisme. Le fascisme se définit lui-même comme , et peut se résumer par une formule de Mussolini : . Mussolini expliqua que . Toutefois, il précisa : . De plus, Julius Evola expliqua que . En outre, pour Hannah Arendt, connue pour ses travaux sur le totalitarisme, le fascisme italien ne fut pas un régime totalitaire. Excluant tout contre-pouvoir, le fascisme italien est un système qui se veut totalitaire. Il s'est appuyé sur des groupes de choc, les Chemises noires, qui ont été complètement militarisées après la prise du pouvoir. À la différence d'autres totalitarismes, le fascisme a cherché cependant à obtenir l'adhésion populaire plutôt que de recourir à des méthodes coercitives. Utilisant des techniques comme la démagogie et le populisme, il lui est arrivé d'obtenir un fort soutien populaire et même de maintenir certaines formes démocratiques, comme le suffrage universel (pendant deux années). Tout comme Hitler, Mussolini a été « invité » au pouvoir par l'assentiment des autorités de l'époque avec la célèbre Marche sur Rome. Il s'agit pour cela de mobiliser des valeurs comme le patriotisme, les idéaux de « rénovation » nationale et de pureté. Croire, obéir, combattre deviennent des valeurs, analyser et critiquer de l'insubordination. Il est donc nécessaire de faire naître un sentiment d'urgence, de désigner un ennemi commun cherchant à détruire le collectif et contre lequel le groupe tout entier doit se mobiliser. Cette mobilisation permet de réprimer sévèrement toute contestation sans perdre la caution populaire. Il suffit de désigner l'homme à abattre comme « ennemi », « traître », « sous-homme ». Mais le fascisme italien n'a pas pratiqué les massacres de masse de type hitlérien, même s'il n'a pas hésité à faire exécuter des opposants politiques, y compris exilés (Carlo et Nello Rosselli) et à les reléguer (îles Lipari notamment). Rapports avec la Révolution française. L'historien italien Renzo de Felice et l'historien français Frédéric Le Moal renvoient pour leur part le fascisme « à sa nature révolutionnaire et à son lien avec la Révolution française » dans sa période jacobine, ce qui n'est pas le cas d'autres historiens comme Johann Chapoutot, lequel pense que le projet politique nazi est un projet contre-révolutionnaire voulant détruire l'héritage de la Révolution française. Ralph Schor observe également que cette thèse , ce qui conduit ce dernier auteur à considérer que Le Moal . La notion de hiérarchie. Un autre point caractéristique du fascisme est la prégnance de la hiérarchie sociale : le groupe doit être mené par un chef, surnommé en Italie le "Duce" (« le Guide »), dont l'autorité ne saurait être remise en question. C'est au cours de sa période socialiste que Mussolini fut qualifié pour la première fois de Duce, selon un terme en usage dans la gauche italienne. Avec le fascisme, l'emploi du terme est systématisé et le Duce devient le conducteur de la révolution fasciste. Néanmoins, ce n'est qu'après le congrès de Vérone de novembre 1921 qui permit la transformation du mouvement en parti que Mussolini fut reconnu comme Duce du fascisme, même si ce titre n'impliquait pas l'autorité dictatoriale qu'obtint cette même année Hitler au sein du parti national-socialiste. En effet, avant ce congrès, Mussolini dut faire face à une révolte des principaux chefs squadristes contre sa prétention à être reconnu comme fondateur et Duce du fascisme. Fascisme et racisme. Le fascisme, à la différence du nazisme, n'était pas raciste à l'origine. Il adopte un discours ouvertement raciste à partir de 1935 (la conquête de l'Éthiopie est justifiée par l'infériorité raciale des Éthiopiens), et légifère en ce sens à partir de 1937 (interdiction du concubinage et du mariage entre colons et Africains), en se radicalisant de plus en plus. « Il est temps que les Italiens se proclament franchement racistes. Toute l'œuvre que jusqu'à présent a fait le régime en Italie est au fond le racisme. Dans les discours du Chef, la référence aux concepts de la race a toujours été très fréquente. La question du racisme en Italie doit être traitée d'un point de vue purement biologique sans intentions philosophiques ou religieuses. », extrait de "La difesa della razza", dirigée par Telesio Interlandi, année I, numéro 1, 5 août 1938, page 2 (In Dossier Cliotexte sur le Fascisme italien). Ce racisme devient ouvertement antisémite à partir de 1938 (Lois raciales fascistes), dans un contexte d'alliance avec l'Allemagne de Hitler. Encore ces lois d'exclusion étaient-elles moins dures et comportaient-elles beaucoup plus de dérogations que les lois antisémites de Hitler et de Pétain. Toutefois il faut noter qu'à une période où l'on ne peut certainement pas supposer des influences hitlériennes, c'est-à-dire en avril 1921, lors d'un discours prononcé à Bologne, Benito Mussolini mit la naissance du fascisme en relation avec « un profond et constant besoin de notre race aryenne et méditerranéenne qui, à un moment donné, s'est sentie menacée dans les fondements mêmes de son existence ». De plus, dans le programme du Parti national fasciste du 27 décembre 1921, la nation est comparée à la race : . L'affirmation selon laquelle « c'est avec la race qu'on fait l'histoire » est de la même année, la phrase suivante de 1927 : . En 1938, durant le congrès général du parti fasciste, Mussolini rappela ces antécédents précis pour repousser l'accusation selon laquelle le fascisme singeait simplement les allemands, ajoutant même que toutes les fois où il avait parlé de lignée il avait voulu . Il faut également différencier le racisme biologique du nazisme avec le racisme italien. Mussolini lut l'ouvrage "Synthèse d'une doctrine de la race" de Julius Evola, et a approuvé les thèses du philosophe traditionaliste italien de manière inconditionnelle et voulut prendre en s'appuyant sur elles des initiatives, qui n'ont pas pu être réalisées. Evola voulut donner à l'Italie fasciste une doctrine raciale s'inspirant des enseignements traditionnels et non des . Il tente de définir une conception « traditionnelle » de la race, défendant une approche « spirituelle » de celle-ci et créant le concept de qui innove par rapport aux théories biologistes raciologiques issues du en proposant une doctrine raciste psychologisante. Roger Griffin, historien britannique spécialiste du fascisme, présente ce système politique comme une «"palingénésie ultranationaliste populiste"». Il serait basée sur le mythe d’un nouveau commencement, radical, survenu après une période de décadence présupposée, engendré par une élite raciale ou spirituelle. Fascisme et religion. Les rapports des fascismes avec les religions, et des religions avec le fascisme, sont hétéroclites. Le franquisme, l'impérialisme japonais ou le fascisme italien, ont mobilisé ou utilisé la religion dominante (catholicisme, shinto) pour se fortifier. La nazisme au contraire dans sa tension interne visait à essayer de supprimer les religions préexistantes afin de leur substituer un néopaganisme comme religion politique, celle de l’État total.Voir article spécifique Mysticisme nazi. Histoire. Origines du fascisme italien. Le fascisme est d'abord le nom que le mouvement et le régime de Mussolini se sont donné. Le terme provient de la fondation après la Première Guerre mondiale, par Mussolini, du mouvement (), à l'origine des termes « fasciste » et « fascisme ». Le mot "" lui-même est une référence à la Rome antique (les magistrats romains étaient précédés d'un certain nombre de gardes, les licteurs, chargés de ces faisceaux, symboles d'autorité, de violence de la loi) et aux "fasci", mouvements et sociétés secrètes des années 1890, composés de paysans révolutionnaires italiens. Il naît en tant que mouvement décentralisé en mars 1919, sur les frustrations d'une « victoire mutilée », thème agité par les nationalistes en raison de la tournure des négociations lors du Congrès de Versailles, concernant le sort des terres irrédentes de Dalmatie, d'Istrie, de Fiume/Rijeka, mais aussi en réaction au communisme en pleine expansion. Le fascisme est alors le mouvement exalté, le mouvement d'un pays qui tente de retrouver une puissance perdue, un empire perdu, un honneur perdu. Le nationalisme, soutenu par la plupart des artistes de l'époque (Gabriele D'Annunzio, les futuristes italiens, tels Filippo Tommaso Marinetti) devient le fer de lance du fascisme. Le populisme de Benito Mussolini et la passivité (due à la pacification des milices des "fascios", soutenues par les classes dirigeantes et Ivanoe Bonomi, le ministre de la Guerre de Giovanni Giolitti de 1920 à 1921), vont permettre à la dictature de s'installer doucement, de la Marche sur Rome du à l'assassinat de Giacomo Matteotti le qui va déboucher sur la déclaration de la dictature et la promulgation des lois fascistissimes en 1926. À l'origine, sans réelle idéologie, le fascisme est influencé par les lectures de Mussolini et des opinions politiques de son père. Ainsi intègre-t-il une version remaniée de concepts tels que l'obéissance entière à l'État d'Hegel, le darwinisme social de Joseph Arthur de Gobineau, la vénération du héros de Friedrich Nietzsche et la violence de Georges Sorel. Frustrations de la guerre. En 1914, le royaume d'Italie, membre de la Triple-Alliance aux côtés des empires allemand et autrichien, reste d'abord hors de la guerre. Le peuple italien, qui vient de vivre de dures luttes sociales, est pacifiste dans son immense majorité. Benito Mussolini, réputé très radical, est le rédacteur en chef d’"", le quotidien du Parti socialiste italien. Lorsque la guerre s'étend à l'Europe, il engage soudain son journal pour l'entrée en guerre aux côtés de la France. Exclu du parti socialiste, entraînant une partie de la fraction anarcho-syndicaliste qui voit dans le conflit le point de départ d'une révolution mondiale, il fonde le ', avec des subsides des services secrets français et du patronat italien. Le ' milite pour une guerre rédemptrice qui doit régénérer l'Italie. En 1915, après avoir signé le Pacte de Londres avec la France et le Royaume-Uni, l'Italie déclare la guerre à l'Autriche. Mais le front des Alpes est difficilement tenable, et Venise est menacée (défaite de Caporetto, 1917). Cependant, au prix de souffrances inouïes, l'armée italienne remporte la victoire de Vittorio Veneto, qui précipite la défaite et l'éclatement de l'Autriche-Hongrie en octobre 1918. Aux traités de 1919-1920, l'Italie repousse sa frontière jusqu'aux Alpes du Tyrol, mais la côte dalmate, qu'elle considère comme italienne, est donnée à la Serbie pour former un nouvel État, la Yougoslavie. L'opinion italienne est déçue : ; c'est la thématique de la « victoire mutilée ». À la tête de volontaires armés de toutes tendances politiques, le poète Gabriele D'Annunzio occupe Fiume (Rijeka) et y règne plus d'un an. Il y invente un folklore que les fascistes copieront (par exemple le cri de ralliement ) en même temps qu'un certain romantisme utilisé par le futur régime. Dans ce sens, d'Annunzio est un précurseur du fascisme. Conflits sociaux d'après-guerre. En 1920, l'agitation sociale monte d'un cran : les ouvriers occupent les usines et forment des conseils ouvriers afin de gérer par eux-mêmes les usines et la distribution. Le 21 janvier 1921, le Parti communiste d'Italie est fondé. Mais les organisations ouvrières et les syndicats sont attaqués par des « cogneurs » payés par certains patrons, et le pouvoir en place reste complaisant face à cette milice qui combat des . Les squadristes, après s'être ligués sous la direction de Mussolini forment eux aussi un parti, le Parti national fasciste, en novembre 1921. Le mouvement ouvrier italien sera décapité en 1922 malgré la résistance du mouvement des "Arditi del Popolo" telle qu'à Parme, les partis socialiste et communiste n'ayant pas pris la direction des mouvements insurrectionnels. L'équipement fasciste comporte une chemise noire (issue de la tenue des troupes de choc de l'armée italienne créées en 1917 : les "Arditi"), divers types de matraques, dont un gourdin appelé "manganello", et un purgatif puissant, l'huile de ricin, qu'ils font avaler de force à certains de leurs adversaires. Bientôt, les fascistes tiennent le haut du pavé et Mussolini les groupe en un parti, avec une idéologie musclée, qui profite de l'échec de la gauche et de la peur de la droite. Politique et société du régime fasciste italien. En 1922, le parti national fasciste a au Parlement, élus en 1921 sous l'étiquette de , et plus de . Après avoir chassé les organisations de gauche des villes du nord de la péninsule, les milices fascistes menacent de lancer une marche sur Rome. À peine celle-ci débute-t-elle que le roi Victor-Emmanuel III nomme Mussolini président du conseil. Mussolini respecte d'abord le jeu démocratique, en étant à la tête d'une large coalition allant jusqu'au centre droit. Assassinat de Matteoti - Instauration des lois fascistissimes (1926). Mais en mai 1924, le chef de file du parti socialiste italien, Giacomo Matteotti, par ailleurs député, dénonce les élections législatives, remportées avec succès par le parti fasciste en partie à la suite d'une modification des modalités de scrutin, et réclame leur annulation : il est assassiné le 10 juin, assassinat qui est revendiqué par Mussolini dans un discours devant le Parlement le 3 janvier 1925 ("Si le fascisme a été une association de criminels, je suis le chef de cette association de criminels"). Pour couper court à toute agitation, Mussolini instaure un régime d'exception : les lois fascistissimes (1926) ; les autres partis politiques sont interdits, leurs députés sont déchus, la presse est censurée, une police secrète, l'OVRA (organisation de vigilance et répression de l'antifascisme), est instaurée ainsi qu'un fichier de suspects politiques et un « Tribunal spécial ». Vers 1929, la dictature du parti fasciste imbibe toute la société (seule la vie culturelle reste relativement libre, à condition de ne pas critiquer le régime). Des milliers de démocrates s'exilent pour échapper à la prison ou à la déportation sur des îles. Le pape Pie XI signe les accords du Latran avec l'État fasciste italien qui lui concède l'existence de l'État du Vatican. L'idéologie fasciste est fondée sur : Économie du régime fasciste italien. Les fascistes définissent leur conception économique comme une « troisième voie » entre capitalisme et marxisme. Leur politique se traduit par une extension considérable du contrôle gouvernemental de l'économie sans toutefois d'expropriation massive de la propriété des moyens de production. Le gouvernement nationalise les industries clés, contrôle les changes et fait investir massivement l'État. Il essaie entre autres de créer des corporations puissantes qui regroupent plusieurs entreprises d'un même secteur, le tout supervisé par l'État. Les fascistes instituent le contrôle des prix, le contrôle des salaires et autres mesures de planisme économique, ils instituent une affectation des ressources dominée par la régulation étatique, spécialement dans les secteurs financiers et des matières premières. L'économie est mise au service de l'État. Le refus du capitalisme et du marxisme se traduit par une politique économique d'abord fluctuante. Le premier né des régimes fascistes aura à affronter le problème du déficit alimentaire global du pays, autant qu'une immense population de paysans sans terres, dans une Italie encore majoritairement rurale. Les thèmes du discours de Mussolini sur la question agricole deviendront des exemples classiques pour les dirigeants autoritaires ouest-européens de la période 1930-1960 : ils consistent d'abord à glorifier la terre et le travail qu'elle requiert. Puis à promettre des améliorations significatives des conditions de vie des paysans et enfin de développer de coûteuses mesures destinées à contrebalancer les importations alimentaires. La réalité ne correspondit jamais complètement aux envolées lyriques des fascistes sur ce sujet. Le discours mussolinien ne s'embarrasse pas de finesse : les paysans y sont décrits comme une , pour l'État et enfin . Les premières mesures publicisées entre 1923 et 1933 sont les suivantes : intensification du programme existant de colonisation intérieure par de grands travaux de drainages des zones humides, d'enrichissement mécanique des sols et d'apports massifs d'intrants agricoles, d'irrigation, d'électrification et de percement de routes rurales destinées à désenclaver les anciens centres de production. L'ensemble des mesures est détaillé dans la "Bonifica Integrale" et adopté par les lois et décrets du 30 décembre 1923, du 18 mai 1924, du 24 décembre 1928 et du 13 février 1933. Entre « bataille du blé » et assèchement des marais pontins promus par une abondante campagne cinématographique, les efforts fascistes aboutissent "de facto" à une auto-suffisance céréalière au début des années 1930. L'effort de la "Bonifica Integrale" aura coûté 6 milliards 200 millions de lires entre 1923 et 1934, soit plus que le total de 1 milliard 800 millions dépensés jusque-là par le jeune État italien : il s'agit d'un effort considérable pour les finances publiques, sachant que les coûts sont supportés de 75 à 92 % par l'État, le reste incombant aux propriétaires. Ceux-ci sont expulsés s'ils ne peuvent s'acquitter de leur part : les plus petits pour l'essentiel. Habituellement, les terres nouvelles créées par ces efforts sont concédées en parcelles de tailles moyennes. Dans l'exemple des Marais Pontins, les de terres insalubres depuis la plus haute Antiquité sont lotis par parcelles de . La Bataille du blé lancée en pleine session de nuit le 25 juin 1925, sur le registre mélodramatique, par Benito Mussolini lui-même, va par le biais de concours de productivité, de compétitions quantitatives, occuper le devant de la scène médiatique italienne durant dix étés. Elle est aussi l'opportunité pour les petits paysans de livrer leurs récoltes à des organisations coopératives et à un prix avantageux fixé par l'État. Les grands propriétaires du Sud bénéficient quant à eux d'un appareil de subventions à l'exportation de leurs productions extensives, oléagineuses ou viticoles. En revanche, la condition des paysans sans terre s'améliore moins nettement : leur salaire journalier fixé réglementairement ne s'élève qu'à 7,5 lires/jour, pas les 8 lires promises par le Duce. Les syndicats de Braccianti sont remplacés par des syndicats fascistes. La loi sur l'assurance chômage du 30 décembre 1923 les exclut du système. Le premier décret agraire et fasciste, du 11 janvier 1923, les avait déjà privés de la protection du décret Visochi, lequel avait sanctionné positivement les occupations des terres inemployées des latifundiaires durant l'immédiat après-guerre. Ces domaines cultivés souvent collectivement retournent donc à leurs anciens propriétaires. Par ailleurs, la loi du 8 juin 1924 annulera les droits d'usage collectif des biens communaux établis sur les anciens domaines féodaux, rendant ceux-ci aux anciens seigneurs. Les dirigeants de la Confédération Fasciste de l'Agriculture ne se recrutent pas chez les Braccianti. Ils autorisent ainsi le retour au paiement du salaire en nature. La proposition mussolinienne de partage des revenus des récoltes entre plusieurs métayers, la « comparticipation », remporte un vif succès là où elle est mise en œuvre, puisque les « journaliers sans terre » reçoivent 30 % des produits de l'exploitation. En échange, les agrariens peuvent toujours licencier leurs journaliers sans préavis ni indemnités. Les dirigeants de la Confédération réduisent progressivement la part des métayers de 70 à 50 % avant 1929. Les agrariens sont dans ce secteur également bénéficiaires de la politique fasciste. Cette dégradation de la condition de vie des plus modestes paysans italiens n'est pas surprenante, puisqu'historiquement les bandes fascistes primitives servaient aussi de milices aux grands latifundiaires, durant les désordres de l'après guerre: Brisant les piquets de grève, incendiant les locaux syndicaux et nettoyant les domaines occupés de leurs occupants sans titres de propriété. Dans la mesure où les principaux soutiens du fascisme naissant sont ces latifundiaires, on conçoit qu'ils aient été les principaux bénéficiaires des politiques agricoles du fascisme. Programme fasciste révolutionnaire de 1919. Les faisceaux de combat apparaissent en réaction aux troubles sociaux, notamment ceux de Milan. Le programme révolutionnaire du mouvement en 1919 est d'inspiration nationaliste et socialiste dans un mélange particulièrement progressiste et confus. La défaite aux élections de 1919 amène les groupements les plus à gauche à se retirer des "fascios". Avec l'évolution du mouvement, nombre des idées du programme seront rejetées. Dans un climat social difficile (grèves et agitations) qui fait craindre à la démocratie libérale un soulèvement social révolutionnaire comme en Russie (révolution d'Octobre), en Allemagne (Révolution allemande), et d'autres pays dans lequel des troubles révolutionnaires existent, Mussolini annonce en 1921, avant son accession au pouvoir, son soutien au libéralisme et au capitalisme : Rocca et Corsini établiront, par la suite, un programme pour le PNF favorable au libéralisme économique « manchestérien ». Phase libérale de la politique de Mussolini (1921-1925). Arrivé au pouvoir, allié à une vaste coalition, le gouvernement de Mussolini, sous l'impulsion du libéral , qui succède aux libéraux, poursuit la politique économique libérale du précédent gouvernement : (Benito Mussolini, 1922). Le tournant s'opère dans la deuxième moitié des années 1920 : Alberto De Stefani démissionne en 1925, promulgation des lois fascistissimes en 1926, vote des lois sur le corporatisme en 1927, et en 1929 crise économique mondiale. Corporatisme fasciste, mis en place à partir de 1925. Les fascistes monopolisent petit à petit le pouvoir. Après l'assassinat de Giacomo Matteotti le 10 juin 1924, ils établissent une dictature, les lois fascistissimes sont promulguées en 1926 et Mussolini donne au fascisme la célèbre formule : ; il désavoue et attaque (dans le sillage de la Confindustria), à la suite d'une crise économique, le libéralisme économique : Mussolini mène alors une politique dirigiste : grands travaux, protectionnisme, stimulation de la consommation, constitution de monopoles, encadrement et restriction des droits des ouvriers, bataille du blé. Le corporatisme est institué : système de guildes qui encadre les relations patrons/ouvriers et salariés afin qu'ils planifient l'économie dans l'intérêt général, ministère des Corporations, Conseil national des Corporations, Chambre des Faisceaux et Corporations. Au premier abord, ce corporatisme fait songer à la doctrine de l’Action française, à la théorie des corps intermédiaires ; aussi la doctrine de Mussolini était-elle mentionnée avec éloges par toute une fraction de la droite française qui ne dissimulait pas son hostilité à l’Allemagne hitlérienne. En fait, le corporatisme fasciste ne ressemblait que superficiellement au corporatisme de l’Action française, qui était essentiellement un moyen de contrebalancer l’influence de l’État. Les corporations italiennes, au contraire, sont au service de l’État. Comme dit Gaëtan Pirou, . Il s’agit moins d’un corporatisme analogue à celui de l’Ancien Régime que d’une théorie de l’État corporatif. Les institutions corporatives ne font qu’attester la domestication des intérêts économiques. Le mot de corporation, pour Mussolini, doit être pris dans son sens étymologique de « constitution en corps », cette constitution en corps qui est la fonction essentielle de l’État, celle qui assure son unité et sa vie. Le 2 octobre 1925, le Pacte (du palais) Vidoni, signé entre la Confindustria et les représentants du régime fasciste abolit les unions catholiques, socialistes dont la CGIL ou indépendantes, les remplaçant par celles contrôlées par le fascisme. La Confindustria et la Confédération des Corporations fascistes se proclament représentants exclusifs des industriels et le monopole syndical fasciste est approuvé, un tel pacte comprend deux autres demandes, la limitation du droit de grève (qui sera supprimé le 3 avril 1926), et l'auto-fascisation de la Confindustria. Le régime reçoit son appui des grands industriels, des petits capitalistes, des classes moyennes, des petits fonctionnaires, mais aussi des paysans et des ouvriers les plus pauvres (lumpenprolétariat dans la théorie marxiste). Dans les années 1930, l'Italie récupère de la Grande Dépression et connaît une croissance économique. Mais elle est contrariée par les sanctions internationales suivant l'invasion de l'Éthiopie en octobre 1935, par le soutien militaire coûteux aux nationalistes espagnols et "in fine" par l'échec de la politique d'autarcie. République de Salò (1943-1945). À côté d'une politique totalitaire sanglante et antisémite sous la direction allemande, la République sociale italienne (RSI), ou « République de Salò », tente de mettre en œuvre une politique de nationalisation. Choix d'autant plus aisé que les élites économiques et culturelles, par conviction ou par opportunisme, prennent de plus en plus leurs distances avec le fascisme. Partis fascistes ou proches pendant l'entre-deux-guerres. Le fascisme italien va susciter des imitateurs dans plusieurs pays à travers le monde des années 1930 et 1940. Plusieurs d'entre eux vont demeurer des mouvements minoritaires tandis que d'autres, au pouvoir, sont en général considérés par les historiens davantage comme autoritaires que comme véritablement fascistes, bien qu'ils puissent avoir des inclinations fascistes. Parmi ceux-ci, on peut citer : Benito Mussolini a tenté de fédérer des partis politiques européens favorables à sa politique à travers les CAUR, les Comitati d'Azione per l'Universalità di Roma. Néo-fascisme après 1945. France. L'historien américain spécialiste de Vichy Robert Paxton estimait que . Italie. Après la défaite, une partie des anciens fascistes se sont organisés en opposition légale dans le Mouvement social italien, qui se référait explicitement à la mémoire de Mussolini. Ce parti a obtenu des scores électoraux appréciables (sans atteindre la majorité), surtout dans les régions pauvres du Sud. Toléré par les gouvernements démocrates-chrétiens, qui y voyaient un dérivatif au communisme, il a cependant toujours été exclu des combinaisons gouvernementales. Dans sa nouvelle formule, l'Alliance nationale de Gianfranco Fini, le parti a abjuré ses anciens principes totalitaires et a pu participer aux gouvernements de Silvio Berlusconi. Un certain nombre de nostalgiques du Duce ont quitté le parti pour fonder le Mouvement social - Flamme tricolore. D'autres, comme Alessandra Mussolini, sont initialement restés au sein d'AN mais l'ont progressivement quitté. Alliance nationale a fini par abandonner toutes ses références au fascisme et s'est fondu en 2009 dans Le Peuple de la liberté. Espagne. En Espagne, le néofascisme est surtout représenté par les mouvements politiques se réclamant du franquisme, comme Fuerza Nueva, créé en 1966 et les différents partis se présentant comme héritiers de la Phalange espagnole, organisation fasciste ayant appuyé Francisco Franco dans son ascension au pouvoir. Amérique du Sud. Pendant les années 1930, un certain nombre d'autocrates sud-américains avaient déjà manifesté une sympathie ouverte à l'égard des régimes fascistes, comme José Félix Uriburu et Agustin Pedro Justo en Argentine, où le parti nazi local compte (et encore plus de sympathisants) en 1938, et où se nouent des relations étroites avec le régime hitlérien. Après la Seconde Guerre mondiale, des Réseaux d'exfiltration nazis sont mis en place, en grande partie à destination de l'Amérique latine, parfois avec la complicité au moins passive de la CIA. Plusieurs importants dignitaires nazis comme Adolf Eichmann, Josef Mengele, Klaus Barbie ou Herberts Cukurs et au moins autres nazis vivent ainsi après-guerre en toute liberté dans des pays comme le Brésil ou surtout l'Argentine, . En effet, alors que débute la Guerre froide, les Américains redoutent plus que tout que l'Amérique latine, misérable et très inégalitaire, ne soit tentée par le communisme : la Révolution cubaine de 1953 donne corps à ces inquiétudes. Les États-Unis vont alors soutenir une succession de coups d’État militaires sur tout le continent, aboutissant à des dictatures autoritaires d'extrême-droite plus ou moins directement inspirées par le fascisme européen : au Brésil à partir de 1964, en Argentine en 1955, 1962, 1966 et surtout 1976, ou encore en Uruguay et au Chili en 1973, avec presque à chaque fois le recours à des assassinats politiques et la constitution d'. Cette collaboration culminera dans l'Opération Condor, nom donné à la coordination de ces régimes avec l'appui de la CIA, ouvrant des années 1960 à 1980 (parfois plus dans certains pays) une ère de totalitarisme militaire sur presque tout le continent connue sous le nom de ou d'. Toutefois, les dictatures militaires sud-américaines ne répondent pas forcément aux critères du fascisme, notamment car certaines sont plus des dictatures libérales-autoritaires et non pas de vision collectiviste de la nation. Elles sont également souvent établies avec l'aide des Etats-Unis qui promeuvent l'internationalisme libéral. Roger Griffin a inclus Pinochet dans un groupe de despotes pseudo-populistes distincts du fascisme, qui comprenait des gens comme Saddam Hussein, Suharto et Ferdinand Marcos. Il soutient que de tels régimes peuvent être considérés comme populistes mais manquent de la rhétorique de la renaissance nationale, ou palingenèse, nécessaire pour les rendre conformes au modèle de l'ultranationalisme palingénétique. Robert Paxton considère que le régime de Pinochet est plutôt comparable à celui de Mobutu Sese Seko dans l'ancien Zaïre (aujourd'hui la République démocratique du Congo), arguant que les deux n'étaient que des États clients qui manquaient d'acclamation populaire et de capacité d'expansion. Il a en outre soutenu que si Pinochet avait tenté de construire un véritable fascisme, le régime aurait probablement été renversé ou du moins forcé de modifier sa relation avec les États-Unis. Le "World Fascism: a Historical Encyclopedia" note que "Bien qu'il soit autoritaire et gouverné de manière dictatoriale, le soutien de Pinochet aux politiques économiques néolibérales et sa réticence à soutenir les entreprises nationales le distinguent des fascistes classiques Au , certains politiciens ouvertement de cette époque comme le président brésilien Jair Bolsonaro (qui s'affiche ) sont régulièrement qualifiés de fascistes ou néo-fascistes par la presse politique, et ne semblent pas s'en émouvoir. Usage péjoratif du terme "fasciste". Le terme est souvent utilisé à gauche pour qualifier péjorativement les mouvances d'extrême droite, ou plus généralement réactionnaires. Le de 1935 qui est élu sous le nom de s'est constitué aussi pour combattre le . L'historien Michel Winock estime que le « fascisme » en France n'a pas vraiment existé dans une forme structurée, alors que d'autres comme Zeev Sternhell, Ernst Nolte ou Robert Soucy estiment que la France a bien connu des mouvements fascistes entre les deux guerres mondiales. En 2011, Marine Le Pen, alors candidate à l'élection présidentielle de 2012, a intenté un procès à Jean-Luc Mélenchon, lui aussi candidat, pour injure publique. En 2014, le tribunal correctionnel de Paris relaxe le candidat, estimant que l'usage du terme « fasciste » était . En 2017, le pourvoi en cassation formé par Marine Le Pen est rejeté. D'après Damon Mayaffre, spécialiste de l'analyse du discours politique, . Le Parti communiste français dans sa période stalinienne a aussi utilisé cette qualification à l'encontre de ses concurrents à gauche, les membres de la SFIO, mais il s'agit là de diffamation pure et simple. Le terme « fascisme » utilisé en tant qu'injure est souvent raccourci en « facho » (apparu à partir de 1968). Historiographie. Plusieurs explications divergentes ou opposées ont été données du phénomène fasciste, depuis sa création. École des totalitarismes liant fascisme, nazisme et communisme. Dans la foulée de la crise du marxisme, des historiens ont proposé une autre grille de lecture, assemblant dans une même catégorie le « communisme stalinien » et le fascisme : le totalitarisme. Les totalitarismes ont en commun un régime total d'un parti gouvernant les actions et les pensées des personnes. La notion a aussi connu un certain succès en raison des convergences historiques comme celle du pacte germano-soviétique. Outre les historiens, la notion de totalitarisme se trouve chez Friedrich Hayek ("La Route de la servitude" en particulier), et Hannah Arendt. Elle est cependant critiquée comme étant une arme idéologique, reliquat de la Guerre froide. Les points communs sont généralement présentés comme les suivants : Fascismes et brutalisation. Dans les années 1990, l'historien George Mosse développe l'idée que les sociétés européennes seraient devenues brutales dès la Première Guerre mondiale, et auraient connu par la suite un processus de brutalisation dont le fascisme serait une illustration dans certains pays européens. Tout d'abord, le retour à la normalité de l'avant-guerre se fait de manière lente, comme en Allemagne. Les escadrons perpétuent cet état de violence latente, au moins jusqu'en 1922. Mais, à la différence des Corps Francs, durant la période squadriste, les fascistes n'auraient jamais appelé à exterminer physiquement leurs adversaires, qu'ils se contentaient de chasser ou de réduire au silence. En outre, il développe l'idée que le mythe du surhomme fasciste ne se veut pas un retour à une étape antérieure, mais une création révolutionnaire, entendue au sens de rupture avec un ordre existant. Analyses de l'historien Emilio Gentile. Emilio Gentile, professeur à Rome, estime que la question du fascisme italien a été « sous-exposée » après 1945 afin de reconstruire l'Italie sur le mythe d'une Italie résistante. En 2008, il estime que Hannah Arendt n'avait pas les informations nécessaires pour affirmer que le régime fasciste n'était pas un État totalitaire. Il y a donc eu une relecture historiographique au fil des . Il a ensuite été étudié comme la . Mais, dans tous les cas, la question des racines italiennes aurait été occultée, empêchant la construction d'une Italie réconciliée avec son identité nationale. Analyse de l'historien Ernesto Galli Della Loggia. , professeur d'histoire à l'université de Milan spécialiste notamment de l'antifascisme, estime, contrairement à Emilio Gentile, que l'Histoire du fascisme a été car instrumentalisée par certains partis issus de la Résistance italienne au fascisme, notamment par le Parti communiste italien, ce qui aurait conduit selon lui à une certaine banalisation du fascisme dans la vie politique italienne. Interprétations marxistes. En 1929, August Thalheimer, alors militant du Parti communiste d'Allemagne - opposition, écrit que « le fascisme écarte le suffrage universel, opprime la presse ouvrière et les organisations ouvrières. […] Il représente la dictature ouverte de la bourgeoisie sur la classe ouvrière ». Léon Trotski a écrit des textes sur le fascisme de 1922 à 1940, notamment dans le "Bulletin de l'opposition", aujourd'hui rassemblés dans un livre intitulé "Contre le fascisme" où il apporte une analyse du fascisme en Europe et en particulier en Allemagne. Analyse du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes. En 1935, le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes publie une brochure intitulée "Qu'est-ce que le fascisme ?" Le comité y propose l'analyse suivante :
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Fête de la musique La Fête de la musique a lieu à travers le monde le 21 juin (date qui coïncide le plus souvent avec le premier jour de l'été dans l'hémisphère nord), principalement le soir et la nuit jusqu'au lendemain matin. Elle est actuellement célébrée dans une centaine de pays. Divers festivals de musique locaux qui se déroulaient ce jour de solstice participent aujourd'hui à cette fête populaire. Elle est parfois connue aussi sous le nom ' (Journée mondiale de la musique) bien que le nom français soit aussi souvent utilisé dans certains pays anglophones (en même temps que ', traduction littérale de « Faites de la musique ! ») ou germanophones, ou bien sous des noms traduits littéralement comme ' (espagnol), ' (italien), ' (polonais), ' (bosnien) ou encore "" (turc), avec des logos similaires graphiquement à ceux utilisés en France pour les festivités affiliées au programme français. Histoire. Création. Elle est d'abord imaginée en 1976 par le musicien américain Joel Cohen qui travaillait alors pour France Musique. Cohen proposait pour cette chaîne des « Saturnales de la musique » pour le 21 juin et le 21 décembre lors des deux solstices. Il voulait que les groupes de musiques jouent le 21 juin au soir, jour de l'été boréal. Le projet de Cohen a été réalisé le 21 juin 1976 dans l'Ouest parisien et à Toulouse. Dans un reportage consacré à l'origine de la Fête, diffusé par la télévision suisse romande, le 21 juin 2015, Jack Lang a remercié Joel Cohen pour son idée. Le 10 juin 1981, André Henry, nommé dans le nouveau ministère du Temps libre, organise la « Fête de la musique et de la jeunesse » pour célébrer l'arrivée de François Mitterrand au pouvoir et le discours du 10 juin 1936 de Léo Lagrange sur les loisirs. Ce concert gratuit réunissant environ place de la République avec Jacques Higelin et Téléphone inspire Jack Lang pour créer une fête musicale populaire, la « Fête de la musique ». Jack Lang, alors ministre de la culture et Maurice Fleuret, directeur de la musique et de la danse du ministère, également influencés par Cohen, donnent ainsi l'impulsion décisive à l'événement et la première fête nationale est célébrée le 21 juin 1982. En 2011, cette fête s'est complètement internationalisée : en moins de trente ans, elle est reprise dans 110 pays sur les cinq continents (dès 1985 en Europe) et les deux hémisphères, avec plus de 340 villes participantes dans le monde (parmi les dernières en date, la ville de Bogotá depuis 2012). En 2014, le site français recense plus de 120 pays ayant repris cette manifestation musicale. Choix du 21 juin. La date du 21 juin a été choisie parce qu'elle coïncide le plus souvent avec le solstice d'été (donc un des jours les plus longs de l'année, ou la nuit la plus courte pour ceux qui festoient jusqu'à l'aube). La coïncidence avec l'été symbolise le sacre de la nature à travers cette journée festive, à l'image des fêtes païennes dédiées à la nature ou aux moissons durant l'Antiquité (dont les fêtes de la Saint-Jean, des fêtes populaires où un grand feu était allumé toute la nuit le soir du 24 juin, date traditionnelle de fin des plus longs jours de l'année, et qui ont existé en France jusque dans les années 1990, où la plupart des feux ont été interdits pour des raisons de sécurité et souvent aussi à cause de la législation destinée à éviter les incendies dans des zones soumises à des restrictions d'eau ou de protection de l'environnement). Des fêtes similaires existaient également dans les pays nordiques à cette période de l'année où le soleil ne se couche jamais (par exemple, à Saint-Pétersbourg, les nuits blanches où on célèbre les arts sous toutes leurs formes). Cette idée a été reprise en France plus tard avec la Nuit Blanche, fêtée lors du premier week-end d'octobre, peu après l'équinoxe, moment où la nuit devient plus longue que le jour. Festivités. La Fête de la musique a pour vocation de promouvoir la musique de deux façons. Sous le slogan homophone à son nom, « "Faites de la musique !" », elle encourage les musiciens amateurs à se produire bénévolement dans les rues et espaces publics. Grâce à l'organisation de nombreux concerts gratuits, d'amateurs mais aussi de professionnels, elle permet à un public large d'accéder à des musiques de toutes sortes et origines (musique classique, jazz, rock, world music, musique traditionnelle, etc.) et même celles chantées dans toutes les langues. De nombreux établissements sont autorisés à rester ouverts plus longtemps ce soir-là pour accueillir le public, et de nombreuses rues sont fermées à la circulation dans les grandes villes pour laisser la place aux scènes organisées ou improvisées et aux spectateurs qui déambulent d'un spectacle à l'autre. Toutefois, ce n'est pas le cas partout où les scènes sont alors montées dans des espaces mieux délimités tels que des parcs et espaces sportifs, mais aussi des salles de spectacles avec des entrées exceptionnellement gratuites ce jour-là. À côté des spectacles gratuits et concerts amateurs de rue, des concerts de jazz peuvent aussi être parfois organisés pour des artistes confirmés mais ne peuvent prétendre à l'appellation « Fête de la musique ». Réception. Succès. Son succès ne se démentit pas lors de chaque édition annuelle : ainsi uniquement en France, la Fête de la musique permet chaque année, selon le Ministère de la Culture, l'organisation dans tout le pays de plus de concerts par environ 5 millions de musiciens ou chanteurs amateurs, rassemblant près de 10 millions de spectateurs. Tant en France qu'à l'international, les organisateurs adhèrent à une Charte Internationale des villes organisatrices (plus de 340 dans le monde) qui tient à maintenir la gratuité et le libre accès aux évènements organisés sous son label et la valorisation de l'expression musicale des amateurs. En France selon l'Insee, la Fête de la musique est connue par 97 % des Français dont un sur dix y a contribué que ce soit en tant que musicien ou chanteur, et 79 % en tant que spectateur au moins une fois depuis plus de 25 ans. Les pratiquants réguliers de musique en France comptent en effet pas moins de 1,7 million de jeunes français de moins de 15 ans (non compris les 10 millions d'élèves qui suivent les cours de musique à l'école), et plus de inscrits dans des cours privés ou publics des écoles de musique. À l'inverse des chiffres de fréquentation des équipements culturels classiques, la fête permet d'attirer plus de spectateurs ruraux que citadins, et moins les cadres que les agriculteurs, artisans ou commerçants, grâce à la gratuité et l'ouverture la plus large possible à tous les styles musicaux qui autrement ne trouvaient pas de place dans les circuits culturels usuels. D'autre part, la fête s'est avérée révélatrice de talents dans des genres musicaux « populaires » alors naissants, comme le rap, le hip-hop ou la techno, les danses de rue, ou encore les musiques des minorités notamment africaines et antillaises ainsi que tous les genres de musique traditionnelle régionale qui s'entrechoquent et se renouvellent dans un joyeux mélange des influences. La Fête de la musique a su montrer aussi que des genres musicaux dits morts, voire « ringards » ou sans public, connaissaient toujours un intérêt affirmé par de nombreux artistes amateurs, avec une large participation des jeunes (près de 23 % des participants de 15-17 ans à cette fête en France le font ce jour-là sur une scène improvisée, et près de 78 % de ceux-ci participent ce jour-là à la fête d'une façon ou d'une autre), et par un public qui y découvre encore chaque année des créations originales et de nouvelles expressions et styles sans cesse renouvelés, montrant par là même que la richesse de la musique est au cœur des préoccupations culturelles et du besoin d'expression de la population tout entière. Cette réussite en fait aujourd'hui un élément majeur et incontournable de la vie culturelle française, mais bien au-delà c'est devenu un énorme évènement culturel mondial, participant à l'image de la France et de la Francophonie dans le monde, mais aussi à la mixité des cultures et à la paix sociale. Une conséquence du succès populaire de la Fête de la musique sera le renouveau (ou la multiplication) de très nombreux festivals de musique en France durant la période estivale, qui grâce à ce succès démontré, ont su trouver davantage de financements publics et privés et un espace de promotion (autant aussi de découverte et de sélection) des meilleurs artistes rompus à l'expression sur scène devant un public diversifié : la fête assure ainsi la publicité et le succès commercial de l'ensemble des festivals d'été. Aussi, dans nombre de petites villes non touristiques, c'est pratiquement le seul évènement culturel d'importance de l'année (souvent même devant la fête nationale qui attire moins de spectateurs et qui peine à y attirer des artistes professionnels ou amateurs dans les bals populaires). Des odonymes locaux (par exemple « ») rappellent la date de cette fête. Une autre conséquence de ce succès a été d'étendre plus tard les célébrations nationales populaires à d'autres formes d'art, notamment la Fête du cinéma qui sera organisée aussi en France peu après (dès 1985) et dans la même période de fin juin (peu après le Festival de Cannes) pour ouvrir les salles à un public plus jeune, ou encore les Journées du Patrimoine (dès 1983 en France puis partout en Europe en 1991) pour ouvrir le temps d'un weekend de septembre les monuments et bâtiments conservés ou autres sites exceptionnels habituellement fermés (car affectés à certains services ou institutions) à un plus large public. Critiques. La Fête de la musique est source de nuisances sonores avérées et fait l'objet de nombreuses plaintes. Pour y répondre, des lieux de rassemblements ont été mieux délimités par les collectivités locales pour n'autoriser les expressions scéniques extérieures le soir que jusqu'à une heure raisonnable. Toutefois, face à la volonté de certains établissements de monter des installations sonores de forte puissance pour attirer le public, les autorités ont réagi en limitant ou interdisant (selon les préfectures) de tels montages. L'espace public non destiné initialement à l'expression scénique reste donc réservé aux artistes amateurs ou professionnels qui doivent utiliser des équipements de puissance limitée, et les établissements qui leur proposent une scène extérieure ne sont pas autorisés à « monter les décibels » pour la musique qu'ils diffusent à l'intérieur. Quelle que soit l'heure, ils restent soumis à la législation contre les nuisances sonores, et notamment doivent veiller à respecter leur voisinage : ils ne bénéficient donc pas de la même tolérance donnée aux amateurs de musique, qui peuvent se produire en revanche plus librement à condition de limiter leurs amplificateurs. Le contrôle des niveaux sonores à l'extérieur et l'intérieur reste en vigueur. La Fête de la musique est souvent critiquée en France par le fait que les autorités n'autorisent pas les amateurs à se produire, mais aussi donnent de larges autorisations pour permettre aux commerces existants de rester ouvert au-delà des heures normales, notamment les restaurants et débits de boissons ou des épiceries, qui vendent de l'alcool (souvent de la bière) consommé par les spectateurs directement sur l'espace public et non à l'intérieur de leurs établissements : la Fête de la musique a pu paraître certaines années dans quelques villes comme une vaste « Fête de la bière » française, où la musique n'avait plus son rôle central, terminée par des débordements violents et des dégradations, ce qui a pu faire fuir les années suivantes certaines catégories de spectateurs (voire aussi de musiciens qui préfèrent l'organisation mieux contrôlée des festivals et cafés-concerts) et a nui à la réputation de la fête voulue pour tous. Des mesures de sécurité ont été prises localement pour éviter que cette vente d'alcool expose à certains dangers, notamment dans certaines villes l'interdiction de la vente en bouteille ou au verre (seuls les gobelets jetables non dangereux sont autorisés, y compris dès le début de soirée pour la vente en salle dans les établissements habituels). Les vendeurs itinérants d'alcool ne sont plus autorisés s'ils ne disposent pas d'une licence, d'autant plus que l'alcool vendu se présente souvent en canettes métalliques, jugées aussi dangereuses que le verre. D'autres nuisances proviennent de la fourniture par ces vendeurs itinérants de produits alimentaires à emporter dans des conditions sanitaires inadéquates (qui seraient interdites dans les restaurants) : cette vente n'est pas nécessairement illégale mais ne dispense pas des équipements de conservation ou d'hygiène adaptés, de gestion des déchets ou de protection du public (pare-feux, combustibles, fumées, etc.), ni des contrôles vétérinaires des produits vendus. Les associations critiquent aussi la gestion par les communes de la grande quantité de déchets et emballages (souvent difficilement recyclables) laissée dans l'espace public par cette manifestation. Enfin, la vente d'alcool auprès d'une population souvent très jeune les expose à divers dangers, notamment en matière de santé publique (prévention de l'alcoolisme) et de sécurité routière et publique (prévention de la violence). Des associations se mobilisent pour organiser les transports et retours et inciter les jeunes à ne pas prendre le volant. À Paris comme dans certaines autres grandes villes, les transports publics (dont le métro) deviennent gratuits le soir et des services supplémentaires gratuits sont organisés en fin de soirée ou dans la nuit (c'est le cas aussi pour d'autres fêtes). La police et la gendarmerie effectuent de sévères contrôles d'alcoolémie autour des principaux lieux de rassemblements, mais aussi patrouillent sur les lieux mêmes pour prévenir ou limiter les débordements, bagarres et dégradations qui peuvent survenir à l'occasion de n'importe quel festivité publique ou rassemblement. Tous ces risques et dispositifs légaux et de sécurité se retrouvent désormais dans n'importe quelle autre manifestation sur l'espace public, par exemple aussi la Fête nationale (le 14 juillet en France), ou d'autres manifestations identitaires à forte composante musicale (comme les Technoparades, et les "Gay Prides" et autres « marches » qui ont lieu aussi en juin à la même période, etc.), ou encore les grandes manifestations sportives (comme les différents tours de France ou d'autres pays européens) et commerciales (grandes braderies, fêtes foraines). Mais la Fête de la musique, par son ampleur et le fait qu'elle attire un public jeune particulièrement exposé aux risques, nécessite la mise en œuvre de moyens bien plus importants que ceux utilisés habituellement pour ce type de manifestation, ce qui nécessite la collaboration de l'ensemble des services de sécurité civile, publics ou privés, et du milieu associatif largement mobilisé ce soir-là, comme ils le resteront durant les nombreux festivals de l'été, dont la Fête de la musique constitue souvent aujourd'hui le lancement. Cette manifestation permet ainsi de mesurer chaque année l'état de préparation des personnels impliqués le reste de l'année. Enfin, certains pensent qu'une date fixe n'était pas souhaitable. En effet, lorsque le 21 juin tombe en semaine, beaucoup ne peuvent non seulement pas assister à la fête mais en plus se voient plus ou moins limités dans leur sommeil suivant la proximité des lieux de festivité. Certains émettent donc l'hypothèse qu'il aurait été plus judicieux de choisir par exemple le de l'été ou du mois de juillet. Dans le monde. La Fête de la musique n'a pas encore acquis dans le monde l'ampleur et la régularité qu'elle a acquise en France, car elle dépend largement de la volonté (et des moyens) des organisateurs locaux issus des milieux associatifs (mais souvent aussi sous l'impulsion des réseaux francophones), même si l'évènement est devenu dans certains pays populaire et spontané (comme dans les régions francophones de Belgique et de Suisse ou certains pays d'Amérique latine), avec de nombreuses festivités d'initiative locale et privée, un support actif des pouvoirs publics en matière d'organisation et de sécurité et certaines modifications comme à Genève où la fête dure trois jours le weekend le plus proche du 21 juin. Allemagne. L'idée d'adapter la Fête de la musique à l'Allemagne est d'abord évoquée à Munich. Mais c'est en 1995 que la ville de Berlin devient la première ville allemande à organiser des concerts sur le modèle de cette fête. Depuis 2001, de plus en plus de villes la célèbrent régulièrement au fil du temps, jusqu'à atteindre la cinquantaine en 2015. Belgique. En Belgique, la Fête de la musique est organisée depuis 1985. C'est le Conseil de la Musique qui coordonne celle-ci. Organisée chaque année autour du 21 juin, la Fête de la musique est un événement totalement gratuit en Fédération Wallonie-Bruxelles. Canada. La ville de Québec adopte la Fête de la musique (sous l'égide de « Art dans la ville ») à partir de 2008, sur le même principe que la fête française. Chine. L'ambassade de France en Chine a commencé à organiser ponctuellement des évènements le 21 juin dès 1992. Ce n'est que bien plus tard que la Fête de la musique commencera à faire des apparitions régulières, d'abord dans la ville de Wuhan en 2007, puis Shanghai quelques années plus tard. À Pékin, l'organisation régulière de la fête de la musique s'est faite par le biais d'une association de volontaires à partir de 2012, et a toujours eu lieu le 21 juin. Sous de l'impulsion donnée par l'ambassade de France et de son soutien à l'évènement, celui-ci a pris de plus en plus d'ampleur, notamment en 2016 grâce à un partenariat avec PPTV, une plateforme en ligne, et une chaîne locale qui ont retransmis en direct les concerts à presque 4 millions de téléspectateurs et internautes chinois. Colombie. En Colombie, la première fête de la musique est organisée à Medellín en 2003. Quelques années après, suivent les villes de Cali et Barranquilla et enfin Bogotá depuis 2012 avec Carlos Vives comme parrain de cette nouvelle manifestation. Les organisateurs de la fête de la musique en Colombie suivent les principes de la fête française. Toutefois, la date choisie n'est pas nécessairement le 21 juin, mais celle du week-end le plus proche. En 2013, la fête de la musique à Bogota a lieu les 22 et 23 juin, avec Totó la Momposina pour marraine de cette édition. États-Unis. À New York, la première Fête de la musique ("Make Music New York") a été organisée en 2006, sous l'impulsion d'Aaron Friedman. L'édition 2009 comprend quelque 900 groupes inscrits qui se produisent dans plusieurs "boroughs" de la Grosse Pomme. Grèce. Athènes, capitale culturelle de l'Europe en 1985, a été aussi cette même année la première ville où la Fête de la musique s'est déroulée hors de France, à l'initiative de Melina Mercouri. Suède. À Stockholm, la première édition de la Fête de la musique ("Make Musik STHLM") a été organisée le 18 juin 2010. Quelque 35 groupes locaux ont joué dans les rues de la ville, et des artistes français tels que les Naive New Beaters et le DJ Mondkokf ont également donné un concert à Kungsträdgården et à Berns. Partenaires. À l'international, la Fête de la musique est promue par le Ministère français des Affaires étrangères, ainsi que ses ambassades et représentations consulaires ou chambres de commerce françaises ou en coopération avec les représentations des autres pays francophones dans les mêmes pays (notamment les représentations consulaires de la Belgique, de sa Communauté française et de la Région wallonne), et leurs partenaires culturels à l'étranger, dont le réseau mondial des associations de l'Alliance française dans les différents pays du monde, qui organisent leurs propres évènements locaux, ou soutiennent les initiatives locales d'évènements musicaux gratuits ouverts à tous ; ainsi les réseaux internationaux participants comptent notamment : En France, les collectivités locales, coordonnées par le Ministère de la Culture, apportent leur appui en libérant l'espace public urbain, ainsi que de nombreuses salles, des parcs, stades et hippodromes pour les concerts. De nombreuses associations locales fournissent aussi l'essentiel de la logistique, et les pouvoirs publics mettent à disposition de l'évènement un très imposant dispositif de sécurité à une échelle nationale, en tenant toutefois de délimiter les espaces ouverts aux prestations des amateurs et au public, fermés à la circulation motorisée. Sont associés, en 2003, à la promotion de l'évènement les médias suivants en France qui retransmettent une sélection de spectacles publics gratuits : La Fête de la musique reçoit aussi des partenariats officiels d'organismes professionnels : qui mettent à disposition des musiques et partitions à télécharger gratuitement sur leurs sites.
Fêtes et jours fériés au Mexique Lorsqu'un jour férié tombe un dimanche, le lundi est considéré comme un jour férié; si un jour férié tombe un samedi, le vendredi sera considéré comme un jour férié.
Flinders Petrie
Fondamentalisme chrétien Le fondamentalisme chrétien est une position religieuse réactionnaire qui soutient une interprétation stricte et littérale des textes sacrés, qui est présente notamment dans le protestantisme depuis le mais aussi d'une manière différente dans le catholicisme avec les mouvements intégristes traditionalistes et conservateurs qui prônent une application stricte et radicale de la Tradition. Le terme « fondamentalisme » en lui-même signifie, en général, une adhésion rigide aux principes fondamentaux d’un domaine quelconque. Histoire. Les origines du fondamentalisme sont pour la plupart issus des remous qui ont suivi la Réforme protestante, dont les protagonistes (catholiques ou protestants) furent libérés de la mainmise de Rome concernant l'accès direct à la Bible et à son interprétation. Vers 1670, on voit apparaître le piétisme. Des protestants commencèrent à se réunir pour étudier la Bible et prier sous l’influence du pasteur Philipp Jacob Spener. Chez les catholiques, vers la même époque, le quiétisme puis le jansénisme suivent des voies parallèles à celle du piétisme protestant et ces mouvements s'influencent mutuellement : on y retrouve Fénelon, Madame Guyon et Pascal. Ce dernier, favorable au jansénisme, en devint l'un des meilleurs défenseurs. Il a écrit : « C'est le cœur qui sent Dieu et non la raison. Voilà ce que c'est que la foi, Dieu sensible au cœur, non à la raison. » Il résumait là l’essentiel du piétisme tout en le revendiquant. Encore maintenant, on peut observer cet aspect piétiste dans la pensée fondamentaliste. Le fondamentalisme fut nommé ainsi pour la première fois lors des réunions de la « Niagara Bible Conference » (1878-1897). Il prit son essor en milieu protestant aux États-Unis, au début du . En 1910 "The Fundamentals: A Testimony to the Truth", une série d'essais a été publiée par la Testimony Publishing Company de Chicago. Cette même année, la conservatrice Northern Presbyterian Church (devenue Église presbytérienne aux États-Unis d'Amérique) a diffusé des brochures définissant les « "fundamentals" » : « Les cinq points [fondamentaux] portent sur les sujets suivants : premièrement, l'inerrance de la Bible ; deuxièmement, la nature divine de Jésus Christ ; troisièmement, sa naissance virginale ; quatrièmement, la résurrection du Christ et cinquièmement, la résurrection physique de Jésus et son retour dans sa chair. À partir de ce jour, les fondamentalistes constituent une entité sociale repérable et organisée. Ce courant de pensée est opposé aux développements du libéralisme théologique, et surtout contre l’exégèse historico-critique qui s'était développée dans certaines dénominations protestantes dès le , auxquels le millénarisme a été ensuite ajouté. La diffusion abondante de ces « Fundamentals » explique davantage l’appellation du fondamentalisme que ses causes profondes. En effet, le fondamentalisme chrétien moderne provient essentiellement de réactions : il se dresse contre la philosophie des Lumières, contre le rationalisme anglais du , contre l’Aufklärung du , contre le libéralisme de la modernité, contre l’exégèse historico-critique et scientifique et surtout contre la théologie libérale du . Le fondamentalisme piétiste a par la suite influencé certains mouvements de l'évangélisme pour former un courant constitué par couches successives de « réveils ». Ces « Réveils » spirituels s’expriment lors de rassemblements à forte composante émotionnelle destinés à faire ressentir la puissance de Dieu, par exemple les "camp meetings" qui durent plusieurs jours. Le pasteur, instruit ou non, manifeste une passion communicative. Le Dallas Theological Seminary, fondé en 1924 à Dallas, aura une influence considérable dans le mouvement en formant des étudiants qui établiront divers collèges bibliques et églises indépendants fondamentalistes dans le Sud des États-Unis. Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale que des Églises protestantes se donnèrent elles-mêmes le nom de « fondamentalistes ». Au 21e siècle, le mot « fondamentalisme » a une connotation péjorative. Ses adeptes préfèrent qu’on les nomme « "Conservative Evangelicals" », une expression « qui n’est pourtant pas équivalente ». Au sens strict, ce mot ne devrait désigner que le fondamentalisme protestant, mais il en est venu, en France, à viser surtout les islamismes radicaux qui occupent dans ce pays plus de place dans les débats que les protestantismes radicaux. Depuis la fin des années 1970, la signification de ce mot s’est élargie constamment: on parle maintenant non seulement de fondamentalisme protestant ou islamique mais aussi de fondamentalisme juif, catholique, bouddhiste, hindou, sikhiste, païen, laïque et de fondamentalisme athée. Il a donc maintenant une signification étendue et éparse. C'est pourquoi Émile Poulat souligne que ce phénomène est « difficile à enfermer dans une définition : on ne peut que le décrire, du moins en première analyse. Le fondamentalisme se retrouve également dans la frange la plus conservatrice des grandes religions chrétiennes même si celles-ci ne sont pas fondamentalistes. Caractéristiques. La vérité absolue. Le concept de fondamentalisme a été étendu à des domaines hors du champ religieux, dans un sens proche du radicalisme. Ainsi, Maurice Merchier avance que le fondamentalisme peut être économique, voire démocratique. Il peut également être scientifique. Le fondamentalisme se manifeste en effet par un état d’esprit, une mentalité et plusieurs positions doctrinales en découlent, de sorte qu'il n’existe aucune raison de réserver ce terme aux mouvements religieux. Fondamentalisme religieux. Le fondamentalisme se distingue par l’absence d’esprit critique. Ainsi, le doute, qu’il soit d’ordre spirituel, existentiel, ou méthodologique n’y est ni désiré, ni valorisé et il doit être dissipé pour faire place à une certitude intérieure. C’est pourquoi le fondamentalisme s’oppose généralement à l’exégèse historico-critique ou scientifique, qui est adoptée officiellement par les Églises non fondamentalistes pour interpréter les textes religieux. Le fondamentalisme n’admet qu’une lecture au premier degré des textes sacrés, découpés en extraits cités hors contexte historique, culturel et littéraire, comme si ceux-ci étaient des écrits contemporains et occidentaux : le fondamentalisme « s'oppose à toute interprétation historique et scientifique et s'en tient au fixisme ». Le fondamentalisme religieux se caractérise également par l’hétéronomie c’est-à-dire une dépendance et une soumission à des textes religieux, qui sont lus hors contexte et au premier degré. Cette hétéronomie s’étend à la soumission à des autorités religieuses, civiles ou politiques. C’est pourquoi, écrit Sébastien Fath, « l'autorité normative, qu'elle soit placée dans une tradition, un leader, ou dans un texte, constitue un trait fédérateur pour tous les mouvements religieux radicaux. […] Ainsi, l'idée d'une autonomie individuelle qui puisse se passer de la norme divine apparaît insupportable aux fondamentalistes ». De plus, le fondamentalisme peut se traduire par un comportement d'exclusivisme, d'isolation, voire d'antagonisme défensif ou conquérant avec qui ne partage pas l'absolutisme de son idéologie, aussi bien vis-à-vis des coreligionnaires non fondamentalistes que des membres des autres confessions ou de non-croyants. Le fondamentalisme religieux ne recherche pas nécessairement un retour aux fondements de la religion dont il est issu, mais plutôt à ceux que ses adeptes considèrent comme tels. Au contraire, ceux-ci en détournent le sens, du moins celui donné par les grandes Églises, dans le but de le rendre conforme à leur a priori idéologique. En revanche, le fondamentalisme traverse toutes les Églises et se concentre dans quelques-unes. Le sociologue Émile Poulat estime que le fondamentalisme n’est pas organisationnellement une secte mais « intellectuellement c’est une secte sans aucun doute ». Par ailleurs, Sébastien Fath, chercheur au CNRS, considère que la violence « ne représente pas un trait commun aux divers fondamentalismes. La violence religieuse n'est pas toujours fondamentaliste, et tous les fondamentalistes sont loin d'être violents ». Toutefois, ceux-ci montrent une radicalité qui tend vers l'intolérance. Ainsi, les fondamentalistes sont persuadés qu’ils sont les seuls détenteurs de la vérité. La typologie utilisée vise à présenter ces positions et non à classifier ou à qualifier des Églises et des groupes. Il n'existe pas un seul type de fondamentalisme chrétien ou de quelque autre religion. Jean Baubérot affirme que «le fondamentalisme est multiple et compte de nombreuses orientations, le plus souvent très différentes, mais qui parfois se retrouvent sur des positions de refus. Un seul exemple pour illustrer ce pluralisme : le thème du retour du Christ est à l'origine de diverses tendances post-millénaristes, prémillénaristes, amillénaristes ; sans accord entre elles ». Oppositions à la théologie moderne. Le fondamentalisme chrétien « est caractérisé par son opposition radicale aux orientations théologiques des grandes Églises ». Dans son ouvrage "Fundamentalism", James Barr mentionne trois traits du fondamentalisme chrétien tout en précisant que cela ne suffit pas à le définir : « (a) un accent très marqué sur l'inerrance de la Bible, l'absence en elle de toute sorte d'erreur (l’inerrance) ; (b) une forte hostilité à la théologie moderne et aux méthodes, résultats et implications de l'étude scientifique et critique de la Bible ; (c) une assurance que ceux qui ne partagent pas leur point de vue religieux ne sont absolument pas de "vrais chrétiens" ». Pourtant, James Barr affirme que le fond de l'attitude fondamentaliste ne réside pas dans la Bible. Pour lui, la notion d’inerrance biblique reste secondaire : « Le cœur du fondamentalisme est un certain type de discours, une manière de parler qui détient l'autorité réelle ». L’inerrance biblique et la lecture des textes religieux servent de bouclier pour justifier un a priori idéologique ou une arrière-pensée ultra conservatrice et radicale. D’autres caractéristiques du fondamentalisme sont spécifiques à certains groupes. Radicalisme et isolationnisme. Les fondamentalistes s’opposent à la théologie du , la jugeant trop intellectuelle et déviante. L’historien affirme que l’essor du fondamentalisme aux États-Unis s’explique surtout par les réactions contre « les développements remarquables » de la théologie du . Le théologien Luc Chartrand note que « ce phénomène est caractérisé par son opposition radicale aux orientations théologiques des grandes Églises ». « Se méfiant de l'intelligence humaine qui perce difficilement les réalités spirituelles, écrit-il, ils [les fondamentalistes] tiennent pour suspectes la critique théologique et la recherche intellectuelle en général. […] Dans ce contexte on lira donc la Bible en se méfiant de l'intelligence, l'essentiel étant constitué par la religion du cœur ». Le fondamentalisme est apparu comme un mouvement d’opposition non seulement contre l’exégèse historico-critique, mais aussi contre l’évolutionnisme ou l'engagement social, perçus comme les symptômes d’un monde pécheur et corrompu. Il se décline presque toujours sur fond conflictuel. En revanche, il ne rejette pas toute la modernité mais seulement le libéralisme qu’elle véhicule. Parce que les uns deviennent les hérétiques des autres, les fondamentalistes « s'orientent nécessairement vers une dynamique d'oppositions et d'exclusions multiples ». Cet isolationnisme se manifeste par une condamnation de l’humanisme séculier, et parfois le rejet de l’école publique qui, pensent-ils, ne transmet pas leurs valeurs chrétiennes fondamentales. Lecture littérale. Les fondamentalistes accordent une grande importance au sens littéral de la Bible . Ils s'appuient sur la doctrine de l'inerrance biblique qui suppose que l'Écriture est exempte d'erreur et croient que la Bible doit être comprise principalement de façon littérale. Ses préceptes doivent être mis en pratique de manière uniforme à toute époque et en toutes circonstances, sans se référer à la culture, au contexte et aux genres littéraires qui ont marqué les auteurs des textes bibliques dans les mots mêmes de la Bible, tout au moins dans ses « manuscrits originaux ». Selon le théologien Luc Chartrand, le fondamentalisme « refuse catégoriquement toute méthode exégétique scientifique — de la simple connaissance des genres littéraires, aussi bien que de l'intention de l'auteur jusqu'aux formes les plus complexes de l'exégèse moderne avec le développement de la critique littéraire — stérilisant ainsi toute recherche exégétique et, surtout, toute compréhension des textes sacrés ». Les fondamentalistes ne voient aucune difficulté à découper des extraits, à les lire hors contexte, et à faire abstraction de toute exégèse ou herméneutique pouvant les situer correctement et les interpréter. Ils rejettent le symbolisme de la bible et ce que la théologie moderne considère comme un principe d’interprétation essentiel, à savoir que les symboles forment le langage religieux et portent la puissance du message biblique : le symbole est le doigt qui pointe vers l’absolu, l’infini, mais le lecteur au premier degré ne regarde que le doigt. Le Conseil international pour l'inerrance biblique a publié en 1978 une première déclaration dont les articles XII et XIII « affirment l'inerrance de la Bible dans "son intégralité" […] l'inerrance des énoncés dans Genèse 1 à 11 (l'histoire de la création, du déluge, de la tour de Babel et l'origine des différentes nations) est clairement affirmée, et les "illégitimes hypothèses scientifiques sur l'histoire de la terre sont catégoriquement rejetées". L'inerrance, en terme technique, signifie "l'entière vérité de l'Écriture", et cela touche également "les problèmes de grammaire et d'orthographe… les phénomènes de la nature… ». Les méthodes historico-critiques de l'exégèse biblique ont été initiées au avec les Lumières et développées par le protestantisme allemand à partir du , avec le progrès des sciences humaines. Cette nouvelle exégèse « portera souvent la marque des philosophies dominantes, qu’il s’agisse de celle de Hegel ou plus tard du positivisme ». Les Églises protestantes non fondamentalistes ont encouragé ces développements alors que les autorités catholiques y sont restées rétives jusqu’au début du . Selon le théologien protestant André Gounelle, la Bible ne proclame pas sa propre infaillibilité. Selon l'Église catholique, les auteurs bibliques ne cherchaient pas à éviter les erreurs et les contradictions, qui demeurent sans lien avec l'inerrance biblique, puisque celle-ci ne concerne que le message spirituel qu'ils voulaient transmettre. En 1943, l’Église catholique s’est officiellement ralliée à l'exégèse historico-critique de la Bible. L'encyclique "Divino afflante Spiritu" de Pie XII encouragea les méthodes critiques et le recours aux sciences utiles à l'interprétation de l'Écriture. En 1965, le texte conciliaire "Dei Verbum", adopté lors du concile Vatican II, fit en sorte que l’exégèse de type scientifique soit axée sur recherche de l'intention de l'auteur biblique et la détermination des genres littéraires, compte tenu des conditions de son époque et de sa culture. La recherche du sens spirituel demeurera également essentielle. Enfin, dans "Verbum Domini", le pape Benoît XVI a rejeté catégoriquement le fondamentalisme chrétien en le présentant comme « une trahison aussi bien du sens littéral que du sens spirituel, ouvrant la voie à des instrumentalisations de diverses natures ». D’autre part, le théologien catholique Luc Chartrand considère que « la lecture fondamentaliste de la Bible ne peut être acceptable de la part d'un catholique ». Par cette lecture, selon lui, les mêmes mots lus par des personnes différentes ne font alors que refléter la pensée du lecteur. Selon l'exégète Sophie Raymond de l'Institut catholique de Paris, une telle lecture faite sans méthode historico-critique permet « de dire n’importe quoi » et conduit à travestir les textes sacrés dans un but idéologique ou selon un a priori théologique. Refus du doute. Le fondamentaliste a pour assise une foi qui relève de la volonté et de l’affectivité, et se traduit par une ferme adhésion qui ne doit laisser subsister aucun doute. Face aux complexités changeantes de la vie moderne, au sécularisme humaniste et aux incertitudes politiques et économiques, le fondamentalisme offre une explication qui satisfait aux besoins de sécurité et de stabilité. C’est pourquoi il se retrouve parmi les groupes les plus conservateurs de la société. La position de l’Église catholique est résumée dans son "Glossaire", qui définit le doute : « Interrogation caractérisée par l’hésitation et la perplexité. Les personnes qui doutent se rencontrent chez les croyants, non chez les incrédules. Douter peut se situer à l’intérieur d’un cheminement spirituel et permettre de progresser dans « l’intelligence de la foi » car la foi et le doute ne se contredisent pas fondamentalement ». Pierre Lathuilière souligne qu’il « ne s'agit nullement de mettre le vécu de la foi hors de portée des critiques et des assauts du doute ». Il cite Sulivan : « Toute certitude est mise à mort de Dieu. L'athéisme classique a ses racines dans les certitudes ». Il en est de même des Églises protestantes non fondamentalistes. Ainsi, Paul Tillich conçoit la foi comme la préoccupation ultime de chacun, qui ne relève ni de la volonté ni de l’émotion. L’objet de cette priorité existentielle (qu'il s'agisse de Dieu, du matérialisme, du succès, du pouvoir etc.) devient le Dieu de chacun, de sorte que le doute porte sur le « risque » du choix, pour une vie réussie, d'une telle préoccupation ultime. Ainsi, affirme-t-il, le doute est assumé par le « courage d'être » et non par la volonté ou l’affectivité. Ces dernières ne précèdent pas la préoccupation ultime mais la mettent en œuvre. Croyances. Le créationnisme. Le fondamentalisme adopte l’une ou l’autre de ces trois positions pour définir la relation entre sa pensée et les théories scientifiques : l’anti-scientisme, le fidéisme ou le concordisme. L’anti-scientisme, dont fait partie le créationnisme, consiste à nier les théories et découvertes scientifiques, telle que l’évolution. S’en tenant à la vérité d’une lecture « fondamentaliste » de l’Écriture, le créationnisme conteste les résultats scientifiques concernant l’âge de l’univers et l’évolution des espèces. Par ailleurs, les fidéistes ne nient pas les résultats scientifiques, mais soutiennent que la , comme le croyait Pascal. Il propose l'autonomie des deux savoirs correspondants qui ne se rencontrent jamais. Le fidéisme s’oppose donc à la théologie naturelle et à la philosophie de la nature. Le concordisme recherche honnêtement la vérité scientifique mais suppose que les récits bibliques sont en accord avec la science. Il cherche à faire coïncider les résultats scientifiques avec le donné biblique compris de manière quasiment littérale. Pour une grande partie des groupes fondamentalistes, l’une des principales fonctions de la religion et du sacré consiste à expliquer l'univers et les phénomènes naturels : le Livre de la Genèse n’est pas considéré comme un mythe symbolique de la création mais comme une description d’événements historiques et causals. Le catholicisme ne considère pas la création comme une notion explicative et causale de l’univers comme s’il s’agissait d’un concept scientifique, mais comme le symbole de l’état de finitude des êtres humains dans une relation d’alliance avec l’infini ou l’absolu; la création est perçue comme principe de l’existence plutôt que néant. Ainsi, Dieu se présente comme radicalement différent de la nature. L'Église catholique définit la création . À l’âge préscientifique, seuls les mythes pouvaient donner une explication de l’univers et lorsque la science moderne est apparue avec Galilée et Newton, il y eut confusion des genres, ce qui a laissé l'Église à l'écart du mouvement de la révolution copernicienne. Pourtant, l’interprétation symbolique de la création dans la Genèse n’était pas nouvelle. Déjà au , l’un des Pères de l’Église, Origène (185-253), considéré comme le fondateur de l'exégèse biblique, montrait toute l'absurdité d'une lecture au premier degré de la Genèse et, par anticipation, il rejetait le créationnisme : « Quel est l'homme de sens qui croira jamais que, le premier, le second et le troisième jours, le soir et le matin purent avoir lieu sans soleil, sans lune et sans étoiles, et que le jour, qui est nommé le premier, ait pu se produire lorsque le ciel n'était pas encore ? Qui serait assez stupide pour s'imaginer que Dieu a planté, à la manière d'un agriculteur, un jardin à Éden, dans un certain pays de l'Orient, et qu'il a placé là un arbre de vie tombant sous le sens, tel que celui qui en goûterait avec les dents du corps recevrait la vie ? À quoi bon en dire davantage lorsque chacun, s'il n'est dénué de sens, peut facilement relever une multitude de choses semblables que l'Écriture raconte comme si elles étaient réellement arrivées et qui, à les prendre textuellement, n'ont guère eu de réalité ». Les Églises protestantes ont des sensibilités et des théologies différentes ; en général, les églises protestantes traditionnelles (luthériennes, réformées…) ne sont pas fondamentalistes et considèrent le terme biblique « création » comme un concept théologique et philosophique. Paul Tillich appelle « mythe brisé » le mythe qu’on comprend comme étant bien un mythe, mais qu'on voit aussi comme le symbole d'une réalité ultime, indicible autrement. Il affirme que « par sa nature même, le christianisme refuse tout mythe non brisé, parce qu'il présuppose le premier commandement : l'affirmation de l'ultime en tant qu'ultime et le rejet de toutes les formes d'idolâtrie quelles qu'elles soient ». On devrait reconnaître, expose-t-il, tous les éléments mythologiques dans la Bible, la doctrine et la liturgie pour ce qu'ils sont, et les maintenir dans leur forme symbolique sans les remplacer par des substituts scientifiques ». Paul Tillich soutient que « ce qui concerne l’homme ultimement doit s'exprimer symboliquement parce que seul le langage symbolique a la capacité de dire l'ultime. Dans la religion, le véritable ultime « transcende infiniment le domaine de la réalité finie ; aucune réalité finie ne peut donc l'exprimer directement et littéralement ». Il considère le mythe ou le symbole comme une forme puissante de langage, qui reste la seule à pouvoir exprimer l’indicible, l’infini ou l’ultime. Selon le théologien luthérien Gérard Siegwalt, la relation de dépendance de l’univers et de l’humain à l’égard de Dieu exprime le concept philosophique de contingence. Il soutient qu’« on ne doit pas concevoir Dieu comme le « Grand Horloger », « le Grand Architecte de l’univers » : selon l'authentique conception de la création biblique, pense-t-il, Dieu n'est pas derrière la nature ni avant la nature ; il est dans la nature. Ainsi, selon l’auteur, la foi en la création consiste en la prise de conscience du caractère divin, sacré, de la nature. Le Créateur est le Dieu du tout, pour autant qu'il est le fondement ontologique de tout ce qui est, c’est-à-dire la dimension dernière du réel. L'hétéronomie de la conscience morale : une soumission aux textes religieux. Une morale hétéronome ("heteros" : autre et "nomos" : loi) est littéralement la loi d’un Autre, c’est-à-dire, Dieu ou ses représentants. Pourquoi agir moralement ? La réponse fondamentaliste est simple : La transcendance le commande et dicte à l’homme ses normes et sa conduite. Cette soumission à la volonté divine est une morale de l'hétéronomie. Elle est associée à une forme de sotériologie selon laquelle le salut consiste à éviter la damnation et à obtenir des récompenses ou la béatitude. Un spécialiste des fondamentalismes chrétien et islamique, David Zeidan, écrit que les fondamentalistes considèrent l'Écriture comme une transcription fidèle et littérale de la vérité révélée par Dieu et en conséquence, les êtres humains n'ont plus qu'à l'accepter, s'y soumettre et obéir. Guy Durand, spécialiste en éthique et professeur émérite de l'Université de Montréal, distingue deux types de morale religieuse, l’une hétéronome et l’autre autonome. Il explique que l’hétéronomie « fait largement appel à l'obéissance des fidèles parce que le précepte est rattaché directement à Dieu par l'intermédiaire des autorités. C'est le modèle conservateur adopté généralement par les sectes ; on le trouve également dans les courants fondamentalistes de toutes les grandes religions: catholique, protestante, juive, musulmane, hindoue ou autres. Une morale religieuse autonome, au contraire, mise résolument sur l'intelligence humaine ». C’est pourquoi, écrit Sébastien Fath, « l'autorité normative, qu'elle soit placée dans une tradition, un leader, ou dans un texte, constitue un trait fédérateur pour tous les mouvements religieux radicaux. […] Ainsi, l'idée d'une autonomie individuelle qui puisse se passer de la norme divine apparaît insupportable aux fondamentalistes ». Selon l’Église catholique et les Églises protestantes non fondamentalistes, l'Évangile insiste sur la primauté de la conscience individuelle sur l'observance littérale de la loi : « Tout ce qui ne se fait pas par conviction est péché ». Le théologien Luc-Thomas Somme explique la position catholique, exprimée lors du Concile Vatican II (Constitution Gaudium et Spes, no. 16, promulguée par le pape Paul VI) : « Et s'il arrive qu'elle [la conscience] se trompe de bonne foi, elle ne cesse pas de constituer la norme impérative de la moralité, en sorte que lui désobéir même en ce cas constitue une faute. Ne pas suivre sa conscience, même erronée, est donc toujours un péché. En revanche, lui obéir quand elle se trompe n'excuse du mal commis ou du bien omis que si l'erreur est en tout point involontaire et elle-même non coupable ». De même, le philosophe Martin Blais exprime ainsi la position de Thomas d’Aquin : « Le jugement qu'elle (la conscience) porte est la règle immédiate de la moralité de la conduite humaine ». Bien plus, même la conscience erronée oblige, si elle est sincère. Le sociologue des religions Sébastien Fath, écrit que « l’autonomie de la conscience morale est un trait essentiel de la rupture [du christianisme] avec le judaïsme. Elle n’est pas aperçue ou acceptée par les fondamentalistes ». En christianisme, le « commandement » prend un sens particulier parce qu’il doit céder le pas devant le jugement de la conscience droite. C’est pourquoi l’Église catholique, se fondant sur le Nouveau Testament, considère les « commandements » (de Dieu ou de l’Église) comme « un appel à l’amour et à la liberté » et une « forte recommandation ». Ainsi, la notion chrétienne de « commandement » dérive du judaïsme, mais sans en conserver le sens littéral. Selon le philosophe Maurice Blondel, « plutôt que de loi et de commandements, il vaudrait mieux parler des dix paroles, comme le dit le mot d'origine grecque « décalogue », le mot hébreu Thora donnant l'idée de direction et d'enseignement […]». Il ajoute ceci : « Il demeure que, du point de vue théologique, en particulier chrétien, on préfère considérer ces paroles comme ayant plutôt valeur de conseils, de recommandations que d'ordres à respecter à la lettre. Cette application à la lettre de la loi comme condition du salut s'appelle le légalisme (ou l'orthodoxie — à l'époque de Jésus les pharisiens). Aujourd'hui, on parle de fondamentalisme, d'intégrisme ou de pharisaïsme, excès caricaturaux et fanatiques de l'observance de la loi ». De même, le philosophe non croyant Luc Ferry considère que le christianisme est « une religion de l’esprit plus que de la lettre, une religion de la conscience et de la liberté intérieure », ce qui a permis le passage à la laïcité. L'exercice de valeurs morales, que leur source soit éthique, séculière ou évangélique, n'est pas hétéronome s'il procède d'un acte libre. Enfin, Paul Tillich affirme que « l'hétéronomie représente, en général, une réaction contre une autonomie ayant perdu sa profondeur, devenue vide et impuissante. Mais, en tant que réaction, elle est destructrice, car elle refuse à la raison le droit à l'autonomie et en démolit du dehors les lois structurelles ». Ce théologien et philosophe croit plutôt en une rencontre de la volonté humaine et de la volonté divine, dans une alliance ; ce qui évoque le prophète Jérémie () : « Mais voici en quoi consistera l’alliance que je conclurai […] : j’inscrirai mes instructions non plus sur des tablettes de pierre, mais dans leur conscience ; je les graverai dans leur cœur ». L'hétéronomie de la conscience politique : une soumission aux autorités civiles. Le « Fundamentalism Project » contient une étude de l'historien et théologien Pablo A. Deiros portant sur le fondamentalisme protestant en Amérique latine ; il se réfère à l’épître de Paul aux Romains pour expliquer la conscience politique hétéronome des fondamentalistes : (Épître de Paul aux Romains, 13, 1-6.). Lu hors contexte et sans méthode historico-critique, des fondamentalistes enseignent que l’une des fonctions de la religion consiste à justifier et solidifier l'ordre politique, soit le « théologico-politique ». Pourquoi obéir à la loi ? Parce que tout pouvoir vient de la transcendance. Ainsi, selon Pablo A. Deiros, le fondamentaliste cultive un état d’esprit voulant que toutes les autorités soient instituées par Dieu. Et il croit que Dieu remplacera les autorités qui ne pratiquent pas la justice. L’Église catholique et les Églises protestantes non fondamentalistes soutiennent qu’on doit rechercher l'intention de l'auteur par le contexte historique, l'ensemble des textes connexes, le genre littéraire et accorder une grande importance au sens spirituel. Selon ces Églises, l’épître de Paul aux Romains (Rm 13, 1-6), qui demandait une soumission aux autorités de Rome fut un appel au respect de la loi, adressée aux premiers chrétiens de Rome dans un contexte de persécutions. Alors que la perspective fondamentaliste y perçoit une règle applicable pour toute l'humanité, en toutes circonstances et à toute époque, les grandes Églises chrétiennes, comme l'indique le théologien Pablo Deiros, voient son sens spirituel, révélé par Romains (Rm 2,14 à 13,8) : « Celui qui aime les autres a obéi complètement à ce qu’ordonne la loi ». Dans la Somme théologique, Thomas d’Aquin a d'ailleurs montré qu’en cas d’oppression, « l'homme n'est pas obligé d'obéir à la loi». Selon le philosophe et théologien protestant Paul Tillich, dans le domaine politique, la liberté est principe de créativité sociale, ce qui signifie transformation pour le mieux. Il précise : « La démocratie tend vers un système de participation pour tous ; elle prévient ainsi la déshumanisation que produit la tyrannie ». Le millénarisme et ses variantes. Le millénarisme est une position minoritaire dans l’éventail du fondamentalisme protestant, même s'il a fait partie des croyances fondamentales de l'adventisme. Ses défenseurs croient avoir découvert des vérités oubliées depuis très longtemps concernant le sens caché des prophéties bibliques, lesquelles seront bientôt accomplies. Le pré-millénarisme est la croyance que le mal envahit le monde de plus en plus et que Jésus viendra pour emporter avec lui les vrais croyants. Puis, il y aura sept années de grandes tribulations où régnera l'Antéchrist. Jésus reviendra ensuite gouverner la terre pendant mille ans. Les post-millénaristes croient plutôt que le monde continuera à progresser et que le bien l’emportera sur le mal. Le dispensationalisme présente une vision de l'histoire du salut qui divise l’histoire en sept dispensations ou « attitudes » de Dieu face à l'humanité. Le dispensationalisme situe les vrais croyants avant la septième dispensation, le moment où le Christ soustraira son Église invisible aux malheurs et tribulations du monde. Ces croyances détournent le sens spirituel des textes pour se fonder sur un biblicisme littéraliste. Pierre Lathuilière y décèle un « mal d’être au monde ». L'Église catholique et les grandes Églises protestantes rejettent ces doctrines, même si Pierre Lathuilière remarque une « surchauffe eschatologique » parmi certains de leurs adeptes. La dénonciation du dialogue interreligieux. Le fondamentalisme refuse généralement le dialogue interreligieux ainsi que l’œcuménisme car il soupçonne le rapprochement avec les doctrines des autres religions de mener au syncrétisme. L’Église catholique ne rejoignit officiellement le mouvement pour l’unité des chrétiens qu’en 1964, lors du concile Vatican II. Le fondamentalisme dans les confessions chrétiennes. Dans le christianisme évangélique, le mot "biblique" ou "indépendante" figure souvent dans le nom de l’église ou de la dénomination. L’indépendance de l’église est revendiquée et l’affiliation à une dénomination chrétienne est peu fréquente, bien qu’il y ait des dénominations fondamentalistes . L’Église catholique rejette le fondamentalisme biblique, dont elle donne la définition suivante : « Radicalisme religieux qui se réfère à une lecture littérale des textes sacrés sans tenir compte de la culture dans laquelle furent écrits les livres de l’Ancien et du Nouveau Testaments. Le fondamentalisme exclut toute approche critique, pourtant nécessaire, des textes fondateurs ». Le catholicisme américain a publié toute une littérature apologétique au milieu des années 1980 pour combattre le fondamentalisme protestant. Émile Poulat observe toutefois que « le fondamentalisme trouve aujourd’hui, dans les milieux catholiques plus de connivences qu’on ne l’imagine ». Pour Pierre Lathuilière, le conservatisme catholique français après Vatican II se diversifie selon au moins trois courants : intégriste, piétiste et charismatique. En raison de son organisation ecclésiale hiérarchisée, le catholicisme devrait échapper au fondamentalisme mais, paradoxalement, il y succombe lorsqu’il absolutise la papauté, les doctrines et les dogmes : la compréhension des textes du Magistère, s'ils sont lus isolément, au premier degré, hors contexte et sans interprétation ou herméneutique, ni méthode critique, peut devenir analogue à la compréhension de la Bible dans le fondamentalisme protestant. Par exemple, le fondamentalisme apparaît lorsque la doctrine de l'Église conduit à une morale hétéronome qui rabaisse l'exercice de la conscience plutôt que la dynamiser. Par ailleurs, la réintégration de Marcel Lefebvre au sein du catholicisme montre davantage un compromis avec un courant intégriste particulier, qui avait rompu avec la papauté. Pierre Lathuilière indique qu’on observe dans ce milieu une vigoureuse reprise des thèses créationnistes, enrichies par l'antiévolutionnisme américain. Selon lui, des traditionalistes catholiques ont vu dans le retour des partisans de Marcel Lefebvre « une force d'appoint dans leur lutte contre le modernisme ». Un deuxième courant, piétiste, est sensible à l’expérience de la conversion. Pierre Lathuilière, note que devant la sécularisation, ce courant piétiste oscillera entre apologétique et fidéisme. Le troisième courant, charismatique, est venu des États-Unis après le Concile. Il s’apparente au pentecôtisme mais n’est pas nécessairement fondamentaliste ni même conservateur. De ce point de vue, selon Pierre Lathuilière, son développement est comparable à celui présent dans d'autres formes du protestantisme. Toutefois, il pourrait devenir semblable aux « communautés émotionnelles » du fondamentalisme protestant, où « l'inspiration de l'Esprit » permettra à chacun d'interpréter la Bible à l'écart de tout « intellectualisme ».
Jeu de tir à la première personne Le jeu de tir à la première personne (en anglais FPS pour "First-person shooter") ou en vue subjective, aussi appelé Doom-like est un genre de jeu vidéo de tir fondé sur des combats en vision subjective (« à la première personne »), c'est-à-dire que le joueur voit l'action à travers les yeux du protagoniste. C'est un sous-genre du jeu d'action qui partage des traits communs avec les autres genres de jeux de tirs, tels que le jeu de tir à la troisième personne ou le jeu de tir au pistolet. Depuis la création du genre, le jeu de tir à la première personne a été marqué par la naissance et l'évolution des graphismes en trois dimensions grâce aux progrès du matériel informatique, ainsi que l'évolution du jeu multijoueur et du sport électronique. Les deux premiers jeux de tir à la première personne sont "Maze War" et "Spasim" sortis en 1974. "MIDI Maze", en 1987, introduit le jeu multijoueur en réseau local et devient le premier jeu de tir à la première personne sur console de jeux vidéo. "Wolfenstein 3D" est généralement crédité d'avoir créé en 1992 les mécanismes du genre, sur lesquels les jeux suivants seront basés. "Doom", en 1993, popularise le genre auprès du grand public et deviendra l'un des jeux de tir à la première personne les plus influents. "Half-Life", en 1998, renforce la narration et les éléments de puzzle. "GoldenEye 007", en 1997, est le premier jeu de tir à la première personne majeur sur console de jeux vidéo, suivi de la série "Halo" qui prouvera l'intérêt critique et commercial du genre sur console. Définition. Le jeu de tir à la première personne est un genre de jeu vidéo de tir en trois dimensions, présentant une vue à la première personne, c'est-à-dire que le joueur voit l'action à travers les yeux du protagoniste. Il est opposé au jeu de tir à la troisième personne qui montre le protagoniste de dos, permettant au joueur de voir le personnage qu'il contrôle. La composante principale de ce type de jeu est le combat, généralement à l'arme à feu. Il se distingue du jeu de tir au pistolet, où l'action se déroule à la première personne, mais où le joueur ne dirige pas les mouvements du protagoniste et utilise un pistolet optique à la place d'une manette de jeu conventionnelle. Il se distingue également des jeux de tir tactique, qui bien qu'à la première personne, sont plus réalistes et demandent du travail d'équipe et de la stratégie pour gagner ; le joueur y est souvent accompagné par une équipe de personnages sous ses ordres et contrôlés par l'ordinateur. Le jeu de tir à la première personne est aujourd'hui considéré comme un genre distinct en soi, mais il est aussi un sous-genre du jeu d'action. À la suite de la sortie de "Doom" en 1993, les jeux de ce genre étaient appelés des « Doom-like », puis cette expression fut communément remplacée par « "first-person shooter" » (« jeu de tir à la première personne » en français). "Wolfenstein 3D", sorti en 1992, est généralement crédité d'avoir inventé le genre, même si depuis, les critiques ont identifié des similarités du genre dans "Maze War" et "Spasim", deux jeux développés en 1973. Il y a aussi des désaccords concernant les éléments qui constituent un jeu de tir à la première personne. Par exemple, "Deus Ex" et "" sont parfois considérés comme des jeux de tir à la première personne, mais ils sont aussi considérés comme des jeux de rôle car ils empruntent beaucoup à ce genre. Mécanismes du genre. Comme la plupart des jeux de tir, les jeux de tir à la première personne implique un avatar, une ou plusieurs armes à distance et un nombre variable d'ennemis. En prenant place dans un environnement en trois dimensions, ces jeux ont tendance à être plus réalistes que les jeux de tir en deux dimensions, et ont des représentations plus précises de la gravité, de la lumière, du son et des collisions. Les jeux de tir à la première personne sur ordinateur sont le plus souvent joués avec un clavier et une souris. Cette combinaison de contrôleur est classiquement considérée comme plus précise que les manettes des consoles de jeux vidéo, qui utilisent généralement deux sticks analogiques, un pour se déplacer et un pour viser. Il est courant que les mains et les armes du personnage soient affichées au milieu de l'écran et qu'un système d'affichage tête haute montrant des détails sur la santé, les munitions... soit placé dans les coins de l'écran. Il est souvent possible d'afficher une carte des environs en superposition du reste de l'écran. Combat et armes. Les jeux de tir à la première personne se concentrent souvent sur l'action, avec des échanges de tir rapides et sanglants, même si certains mettent davantage l'accent sur la narration et la résolution d'énigmes et de puzzles. En plus du tir, le combat de mêlée est parfois utilisé. Dans certains jeux, les armes de mêlée sont particulièrement puissantes en récompense des risques pris par le joueur pour manœuvrer au corps à corps avec l'ennemi. Dans d'autres situations, les armes de mêlée sont moins efficaces mais néanmoins nécessaire en dernier ressort. Ces jeux donnent généralement aux joueurs un choix d'armes diverses, influençant la manière dont le joueur jouera au jeu. Certains ont des modèles très réalistes d'armes réelles, y compris dans leur cadence de tir, la taille de leurs munitions et leur précision. Cependant, ils permettent aux joueurs de porter et d'utiliser toutes ces armes sans réduire la vitesse ou la mobilité du personnage. Ainsi, le niveau de réalisme varie souvent entre les différents éléments d'un même jeu. Le joueur peut généralement recharger ses armes ou se soigner grâce à des items tels que des chargeurs ou des trousses de secours sur lesquels il doit simplement marcher. Certains jeux permettent aussi d'accumuler des points d'expérience, comme dans les jeux de rôle, pour débloquer de nouvelles armes et compétences. Certains jeux multi-joueurs proposent de choisir une classe de personnage, avec une fonction différente telle qu'éclaireur ou ingénieur, avec des aptitudes et équipements différents. Environnements et thématiques. Les jeux de tir à la première personne peuvent être composés de niveaux, comme la plupart des jeux vidéo, ou bien utiliser la technique de la narration continue pour que le joueur ne quitte jamais la vue à la première personne. Certains jeux utilisent un monde ouvert qui peut être exploré librement. Dans les jeux vidéo de tir à la première personne, le joueur peut interagir avec l'environnement à des degrés divers, allant d’interactions basiques comme ouvrir une porte à la résolution d'énigmes basée sur plusieurs objets interactifs. L'environnement peut aussi être destructible à des degrés divers : un élément récurrent est l'utilisation de bidons d'essence, que le joueur peut faire exploser en tirant dessus pour tuer les ennemis avoisinant. D'autres jeux offrent des environnements entièrement destructibles permettant de nombreux effets visuels. Les univers des jeux de tir à la première personne exploitent souvent les mêmes thèmes : la science-fiction et l'histoire (particulièrement la Seconde Guerre mondiale et les guerres modernes), avec des antagonistes tels que des extraterrestres, des zombies, des monstres, des terroristes et des militaires. Les jeux offrent souvent plusieurs degrés de difficultés : dans les modes difficiles, les ennemis sont plus nombreux, plus intelligents et font plus de dégâts que dans les modes faciles. Jeu multijoueur. Les jeux de tir à la première personne peuvent proposer un ou plusieurs modes multijoueur utilisant des niveaux spécialisés. Certains jeux sont conçus spécifiquement pour le multijoueur, lesquels ont souvent un mode solo très limité où le joueur se bat contre des "" contrôlés par l'ordinateur. D'autres jeux proposent aux joueurs de choisir entre plusieurs classes de personnage, chacune ayant ses propres forces, faiblesses, équipements et rôle dans l'équipe. Certains jeux permettent aussi à des milliers de joueurs de se battre dans des mondes persistants, il s'agit alors de MMOFPS. Les jeux multijoueurs proposent principalement deux sortes de multijoueur : le jeu coopératif et l'affrontement entre joueurs. Il existe plusieurs sortes de matchs, les plus courants étant le match à mort (« ' »), où les joueurs accumulent des points en tuant les autres joueurs, et la capture du drapeau (« ' »), où chaque équipe doit pénétrer dans la base adverse, capturer le drapeau et retourner dans sa propre base tout en empêchant l'équipe adverse de faire de même. Variations et subtilités. Force est de constater que les jeux de tir à la première personne se sont fortement diversifiés. Souvent mêlés à d'autres genres (au RPG dans "Deus Ex" ou à la simulation dans "" par exemple), il est devenu très hétéroclite. Les FPS de la première catégorie sont les jeux dans la lignée des "Doom", "Quake" ou "Unreal". Ils sont caractérisés par une vitesse de déplacement très rapide, des armes variées et par une construction complexe des niveaux dans le mode monojoueur. Dans la seconde catégorie sont rangés des jeux tels que les "Call of Duty" ou les "Battlefield". Ils sont caractérisés par une vitesse de déplacement assez lente, une jouabilité se rapprochant du réalisme et une utilisation abondante de déclencheurs (scripts) dans le mode monojoueur. Les "modern-FPS" sont souvent décriés par les communautés à tendance geek, critiquant une jouabilité requérant moins d'habileté et un certain goût pour la facilité de la part des développeurs (aussi bien dans l'élaboration du mode monojoueur que dans un manque éventuel d'innovation du mode multijoueur). Les "fast-FPS" sont, quant à eux, parfois méprisés par les communautés de joueurs plus "casual" à cause de leur dimension plus austère et de la grande difficulté qui peut naître de la rencontre de joueurs nouveaux avec des joueurs habitués au jeu depuis leur sortie (souvent lointaine). Histoire. Débuts (1973-1992). La date de création du premier jeu de tir à la première personne n'est pas certaine, deux jeux s'en disputant la paternité, "Maze War" et "Spasim". L'incertitude à ce sujet vient principalement du manque de dates précises pour le développement de "Maze War" que son principal développeur estime avoir débuté à l'été 1973. En revanche, le développement de "Spasim" est bien mieux documenté et a débuté au printemps 1974. Si "Spasim" est plutôt un simulateur de vol en vue subjective où les joueurs se tirent dessus dans des vaisseaux spatiaux, "Maze War" se rapproche plus des futurs jeux de tir à la première personne. Alors que le but initial du jeu est de trouver son chemin dans un dédale de couloirs affiché en perspective fixe, l'un des développeurs a l'idée de connecter deux machines en série pour permettre à plusieurs joueurs d'évoluer dans le labyrinthe. Rapidement, l'idée de permettre aux joueurs de se tirer dessus est intégrée et le jeu est programmé pour fonctionner en réseau afin que plusieurs ordinateurs puissent jouer ensemble. Toutefois, "Maze War" et "Spasim" n'étant pas disponibles à la vente, le premier jeu commercialisé s'intitule "Battlezone", une simulation de chars de combats sortie en 1980 sur borne d'arcade, présentant pour la première fois des graphismes en trois dimensions grâce à des modèles en fils de fer non texturés et des images vectorielles. Ce jeu sort ensuite sur ordinateur personnel en 1983 et connut un succès de masse. Le titre marque aussi un premier rapprochement entre l'industrie du jeu vidéo et l'armée américaine. Puis de nombreux jeux d'arcade ont vu le jour, présentant les prémices des actuels jeux de tir à la première personne. Ainsi, en 1975 sort "Interceptor", un jeu qui utilise un joystick à 8 directions pour déplacer un pointeur et viser des avions. En 1980, "Space Tactics" de Sega utilise un viseur qui tire des lasers affichant des effets 3D et qui, au lieu de se déplacer sur l'écran, reste fixe pour permettre à tout l'écran de bouger. Des jeux similaires sont sortis tels que "Space Seeker" en 1981, ' et "SubRoc-3D" en 1982. La même année vit la sortie sur l'ordinateur Apple II dHorizon V", qui présentait l'une des premières mini-cartes, et de "Zenith", qui permettait au joueur de faire des rotations sur lui-même. Ces deux jeux ont été conçus par Nasir Gebelli, qui influencera plus tard John Romero. En 1984, sort sur MSX le jeu de mecha "Ginga Hyoryu Vifam", qui proposent de l'exploration de monde ouvert, avec une mini-map indiquant la position des ennemis, ainsi qu'un moteur physique grâce auquel des champs gravitationnels peuvent attirer le joueur. En 1985, sort "Star Luster" sur Famicom et borne d'arcade, permettant au joueur de parcourir un monde ouvert avec six degrés de liberté. En 1986, sort ' sur NES, un jeu qui affiche l'arme du joueur sur l'écran et permet au joueur de verrouiller ses ennemis pour leur tirer dessus. La même année, le simulateur de vol de combat "Lock-On" permet lui-aussi de verrouiller des cibles. Sur borne d'arcade et Master System, la société japonaise Seibu Kaihatsu sort ' en 1986, qui propose une touche pour dévier les balles ennemies, et "Dead Angle" en 1988, qui permet au joueur de s'accroupir pour esquiver les attaques ennemies. En 1987, sort "MIDI Maze", l'un des premiers jeux de l'Atari ST. Comme "Maze War", il s'agit d'un jeu de labyrinthe à la première personne, avec des personnages ressemblant à "Pac-Man". Il est le premier jeu sur un ordinateur personnel à proposer du multijoueur en réseau local jusqu'à 16 joueurs, grâce à l'interface MIDI de l'Atari ST. C'est également le premier jeu de tir à la première personne à proposer un mode de jeu match à mort, aujourd'hui présent sur la plupart des jeux du genre. Ensuite renommé "Faceball 2000", le jeu est porté en 1991 sur plusieurs machines, dont la Game Boy et la Super Nintendo, ce qui en fait le premier jeu de tir à la première personne sur machine portable, sur console et multiplate-forme. Un autre exemple de jeu console et multiplate-forme est "Star Cruiser" sorti sur NEC PC-8801 en 1988 et porté sur Mega Drive en 1990. "Star Cruiser" est un jeu innovant qui introduit l'utilisation de graphismes en 3D polygonal et d'éléments de jeu de rôle. La même année, "" propose quelques niveaux à la première personne où le joueur utilise la lunette d'un fusil de précision pour assassiner des ennemis à longue distance. En 1990, "The Super Spy" de SNK, qui sort sur borne d'arcade et Neo-Geo AES, est un jeu de tir à la première personne avec des éléments de "", qui affiche les bras et les armes du protagoniste sur l'écran. Core Design propose en 1990 également un jeu nommé "Corporation" sur Amiga d'abord, puis sur PC, Atari ST et Mega Drive, dans lequel on retrouve de nombreux éléments des jeux de tirs à la première personne, notamment l'utilisation de la 3D en temps réel combiné à l'utilisation de lumières dynamiques. En 1991, "Silent Debuggers" de Data East est un jeu sur PC-Engine qui propose au joueur de parcourir un dédale de couloirs, en déplaçant un viseur sur l'écran pour tuer des aliens. En 1991, "Hovertank 3D" d'id Software est le premier jeu à utiliser la technique du "raycasting", qui permet d'accélérer le calcul des images 3D et donc de rendre les jeux plus dynamiques. Un peu plus tard, les textures apparaîtront avec "Ultima Underworld" de Looking Glass Studios, un jeu de rôle sorti en 1992, qui présentaient une vue à la première personne et un moteur de jeu avancé. La même année, sort "Legends of Valour" d'US Gold, sur Amiga, Atari ST et PC, qui inspirera notamment Bethesda dans la création de son univers des Elder Scrolls. L'année d'avant, en voyant une démo d’"Ultima Underworld", John Carmack s'exclame qu'il pourrait faire un moteur encore plus rapide (« ' »), et ainsi motivé par cette démo, il développe "Catacomb 3D" publié à la fin de l'année 1991. Fort de l'expérience acquise avec "Ultima", Looking Glass Studios développera par la suite les séries de jeux de tir à la première personne "System Shock" et '. Popularisation du genre (1992-1995). En 1992, "Wolfenstein 3D", développé par John Romero, John Carmack et Tom Hall d'id Software, connaît un succès instantané et est généralement crédité d'avoir créé les mécanismes du genre, sur lesquels reposent les jeux de tir à la première personne actuels. Il innove le genre sur ordinateur personnel grâce à une formule mêlant avec succès le rythme rapide et les réflexes des jeux d'action sur borne d'arcade, tels que "Space Invaders", "Pac-Man" ou "Altered Beast", qui opposent le joueur à de nombreuses vagues d'ennemis de plus en plus rapides et complexes, et la vision subjective des jeux de rôle traditionnels tel que "Sorcellerie", pour fournir au joueur une expérience immersive. "Wolfenstein 3D" a initié le déclin des jeux de tir 2D à défilement parallaxe au profit des jeux 3D en vue à la première personne. Malgré l'extrême violence du jeu, "Wolfenstein" échappe à la controverse générée l'année suivante par "Doom", bien qu'il soit interdit en Allemagne en raison de l'utilisation de l'iconographie Nazie. Apogee Software, l'éditeur de "Wolfenstein 3D", profite du succès pour sortir "" en 1993. Le jeu est bien reçu par le public, mais les ventes déclinent rapidement, dans le sillage du succès de "Doom" qui sortira la semaine suivante. En 1993, sort "Doom" sous une licence "shareware". Le nouveau jeu d'id Software affine le modèle de "Wolfenstein 3D", en y ajoutant des textures de meilleures qualités, des variations de hauteur (telles que les escaliers que le joueur peut grimper), des variations de lumière et un environnement 3D plus crédible que les niveaux répétitifs de "Wolfenstein". "Doom" propose aussi un mode de jeu multijoueur jusqu'à quatre joueurs dont le nom, « match à mort », rentrera ultérieurement dans le lexique du jeu vidéo. Le jeu devient si populaire en multijoueur qu'il est interdit durant les heures de travail par certaines entreprises dont le réseau se retrouvait obstrué. "Doom" est considéré comme l'un des plus importants jeu de tir à la première personne de l'histoire du jeu vidéo, qui a été influent non seulement pour le genre mais également pour le jeu vidéo tout entier. Depuis sa sortie, le jeu est porté sur presque toutes les plates-formes : ordinateurs, consoles de salon, consoles portable, téléphones, etc.. Bien que la violence gore, l'humour noir et l'imagerie infernale du jeu soient acclamés par la critique, ils suscitent également la controverse chez certaines associations, notamment religieuses, qui étiquettent le jeu de « simulateur de meurtre ». En 1995, "" est le premier FPS véritablement codé en 3D (la dimension verticale n'ayant alors pas été codée dans les précédents jeux du genre) et donc à inclure la visée verticale (lever la tête), le fait de s'accroupir et de sauter. Montée des graphismes 3D (1995-1999). En 1994, Exact crée le jeu "Geograph Seal" pour les ordinateurs personnels japonais Sharp X68000. Bien que resté obscur en occident, c'est un jeu en 3D isométrique avec des mécanismes de plateformes innovants avec des environnements en monde ouvert. L'année suivante, Exact réalise son successeur pour la PlayStation, "Jumping Flash!", qui met plus d'importance sur les éléments de plateformes. "Descent", est un vrai FPS en 3 dimensions réalisé par Parallax Software en 1995 dans lequel le joueur conduit un véhicule spatial à travers des grottes et des conduits d'usine. Il abandonne les sprites en faveur des . En 1996, peu de temps après la sortie de "Duke Nukem 3D", id Software sort le alors très attendu "Quake". Comme "Doom", "Quake" fut un jeu très influent et pilier du genre, avec un rythme rapide, un univers très sanglant et entièrement en 3D. Il était centré sur le jeu en ligne et introduit plusieurs types de parties toujours présents dans les FPS actuels. C'était le premier FPS à contenir des clans de joueurs sur les réseaux internet (le concept existait alors dans les MUD), et il inspira les fameuses parties LAN telles que celles du QuakeCon. La popularité du jeu et son utilisation de graphisme 3D ont aidé l'industrie de la carte graphique à se développer ; la possibilité de modification du jeu a attiré les joueurs voulant bricoler le jeu et créer leur propres modules. En 1997, Rare développe et sort "GoldenEye 007", basé sur le film "GoldenEye" de la saga James Bond, et qui devint, au moins du point de vue de 2004, la meilleure vente pour Nintendo 64 aux États-Unis. Il est le premier FPS majeur pour console et était surtout complimenté pour l'atmosphère des niveaux et la beauté des cartes multijoueurs. Il comprend un fusil de précision, la possibilité de faire des "head-shots", et des éléments d'infiltration ; tout comme des éléments inspiré par "Virtua Cop" tels que recharger, les animations de réaction aux tirs, les pénalités pour avoir tué des innocents, et un système de pointage permettant aux joueurs de viser précisément un certain point de l'écran. Bien qu'il ne soit pas le premier de son genre, "Tom Clancy's Rainbow Six", sorti en 1998, lança la mode des FPS tactiques. Il comprend des missions en équipe avec des graphismes réalistes sur le thème de l'antiterrorisme, ce qui requiert qu'un plan soit mit en place entre les joueurs avant de faire la mission, un seul tir pouvant suffire à tuer un joueur. "Medal of Honor", sorti en 1999, annonça le genre de FPS se déroulant pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1998, "Half-Life" de Valve, basé sur le moteur graphique de "Quake", fut un grand succès commercial. Alors que les précédents FPS n'avaient pas d'intrigue forte, "Half-Life" marqua les joueurs par son scenario, bien que sans cinématiques. Il contient des innovations telles que les personnages non-joueurs alliés (déjà présents toutefois dans des jeux comme "Strife") mais ne contient pas de power-ups dans le sens commun du terme. "Half-Life" a été salué pour son intelligence artificielle réussie, la variété des armes et le souci du détail. Également en 1998, ' était un jeu multijoueur en ligne permettant plus de 32 joueurs par partie. Son gameplay est basé sur la coopération avec différents rôles spécialisés. Le jeu était très populaire et a été imité plus tard par des jeux tels que la série des "Battlefield". "Quake III Arena" de Id et "Unreal Tournament" de Epic, tous les deux sortis en 1999, étaient populaires pour leur mode en ligne mouvementé et accessible ; les deux jeux comprennent très peu de contenu pour joueur seul. "Counter-Strike" sortit également en 1999 basé sur un mod de "Half-Life" et sur le thème de l'antiterrorisme. Le jeu et sa version plus tardive, ' (2004), devint de loin le plus populaire des FPS en ligne, avec jouant simultanément en ligne à chaque instant à l'époque de son apogée. Quête du réalisme (depuis les années 2000). En 2001, sort "" sur la console Xbox, qui fait entrer le FPS dans une nouvelle ère, "Halo" démocratisant le genre FPS sur consoles. Depuis le début des années 2000, les jeux de tir à la première personne n'ont cessé d'améliorer leur réalisme, aussi bien sur le rendu graphique, les simulations physiques, ou les scénarios. En contrepartie, la consommation d'espace disque et de mémoire a grandement augmenté, et il n'est pas rare en 2013 de voir des jeux utiliser plusieurs dizaines de Go. L'amélioration du rendu graphique s'est faite progressivement, en utilisant des environnements et des textures de plus en plus détaillés, et surtout en exploitant les technologies les plus récentes des cartes graphiques, comme les shaders. Certains jeux se rapprochent du photoréalisme, comme ceux réalisés par le studio Crytek avec le moteur de jeu CryEngine : "Far Cry", sorti en 2004 et surtout "Crysis", sorti en 2007. Les lumières et les ombres, qui étaient auparavant pré-calculées et relativement basiques, gagnent en réalisme, notamment avec "Doom 3", l'un des premiers jeux utilisant un éclairage calculé en temps réel. Une autre avancée majeure concerne la simulation physique. En 2004, le très attendu "Half-Life 2", développé par Valve Corporation, utilise le moteur physique Havok et permet au joueur d’interagir avec l'environnement grâce au pistolet anti-gravité, qui est capable d'attirer et de repousser des objets du décor. En 2007, "Portal", également développé par Valve, introduit le "portal gun", un générateur de portails qui permet de jouer avec les règles de la physique dans un environnement 3D. L'amélioration des moteurs physiques augmente l'interactivité entre le joueur et l'environnement. Certaines parties des décors peuvent être détruites ou modifiées. Les véhicules deviennent un élément incontournable de ce genre de jeu. En 2012, sort "" qui devient majoritaire sur le marché des FPS avec des pics de joueurs allant jusqu’à voire 1 million de joueurs connectés à la fois. En juin 2020 après deux mois de bêta fermée, Valorant est disponible en free-to-play sur PC. Pour Riot Games, ce titre marque son arrivée dans un nouveau genre de jeu compétitif après 10 ans de League of Legends.
Diplôme d'ingénieur en France Cet article décrit les différentes études menant au titre d'ingénieur en France. Au , il y a 204 écoles d'ingénieurs françaises accréditées par la Commission des titres d'ingénieur (CTI) à délivrer un diplôme d'ingénieur dont sept écoles de « spécialisation » ; la CTI tient à jour une base de données certifiées sur les écoles et programmes accrédités. La France possède la particularité de disposer, en plus des universités, de diverses écoles d’enseignement supérieur, dont les "écoles d’ingénieurs" font partie. Ces écoles se distinguent notamment par une sélection à l’entrée et un effectif réduit. Les études durent cinq ans au total (dont deux ans de cycle préparatoire) et débouchent sur un diplôme d’ingénieur (conférant également le grade de master). Ces cinq années d'étude peuvent avoir lieu, tout d'abord dans un cycle préparatoire de deux ans, puis dans l'école d'ingénieurs proprement dite pour trois ans. Certaines écoles d'ingénieurs forment pendant cinq années « "intra muros" » et se répartissent en deux catégories, d'une part celles qui ont un cycle préparatoire suivi d'un cycle d'approfondissement et d'autre part celles qui n'ont qu'un seul cycle de cinq ans. Histoire. Les premières formations d'ingénierie militaire en France sont associées au développement des armes savantes pour la marine et l'armée de terre, au travers des corps de navigateurs-hydrographes, de charpenterie de marine, de l'artillerie et du génie. Elles remontent à 1571 pour la marine avec le Collège maritime des Accoules (dont l'héritière est l'École nationale de la Marine marchande de Marseille), à 1679 pour l'artillerie avec l'École royale de l'artillerie de Douai et à 1748 pour le génie avec l'École royale du génie de Mézières. Les formations d'ingénierie d'État se développent avec l« École des ingénieurs-constructeurs des vaisseaux royaux » (dont l'héritière est l'ENSTA - IP Paris) créée en 1741 et l« École royale des ponts et chaussées » (renommée École des Ponts ParisTech) créée en 1747. Suivent quelques années après, d'autres écoles telles que « l’École des Arts et Métiers » créée en 1780, dispensant un savoir scientifique et technique (aujourd'hui renommée Arts et Métiers), ou encore l'école des mines de Paris (renommée Mines ParisTech - PSL.) créée en 1783 pour former les inspecteurs de l'exploitation des mines du royaume. À l'époque révolutionnaire, les universités sont supprimées en 1793 et remplacées par des écoles spéciales. L’École polytechnique, pour pourvoir aux grands corps d’État, et le Conservatoire national des arts et métiers sont créés en 1794. L'essor de l'industrie nécessite le développement de formations aux sciences appliquées au début du . Apparaissent des formations d'ingénierie dans les bassins industriels pionniers tels que Saint-Étienne, Paris, Lille, Lyon et Mulhouse notamment. Des cours de dessin linéaire, de géométrie et de mécanique appliquée aux arts se développent dans les métropoles industrielles françaises. À Paris, en 1819, le Conservatoire national des arts et métiers établit une chaire d'enseignement de mécanique appliquée aux arts, tenue par Charles Dupin. À Mulhouse en 1822 et à Lille en 1823, des cours de chimie appliquée aux arts industriels sont créés pour soutenir l'industrie. En 1824, l'École nationale des eaux et forêts est créée à Nancy, assurant la formation des cadres forestiers pour l'Administration des Eaux et Forêts qui étaient aussi les officiers du Corps des chasseurs forestiers. En 1894, les écoles délivrant un diplôme d'ingénieur en France sont l'École supérieure des mines de Paris, l'École des mines de Saint-Étienne, l'École des ponts et chaussées, l'École centrale des arts et manufactures, l'Institut industriel du Nord (École centrale de Lille) et l'École centrale lyonnaise. En 1934 est créée la Commission des titres d'ingénieur pour habiliter les établissements et protéger les titres des diplômés, à la suite de la contraction du marché de l'emploi en période de crise économique. Suit une réorganisation de la formation. Les écoles nationales supérieures d’ingénieurs (ENSI) sont créées en 1947, ce sont toutes des écoles appartenant à des universités. L’École nationale supérieure d'arts et métiers se restructure en 1963 pour avoir un diplôme à bac+5. Sont créés également les écoles nationales d’ingénieurs et les instituts nationaux des sciences appliquées, des écoles en cinq ans à cette époque. À partir des années 1970, les premières écoles internes aux universités sont créées ; leur nombre croît à partir de la loi sur l'enseignement supérieur de 1984. Au début des années 2000, est créé le réseau Polytech. Dans les années 2000, l'importance des effectifs de jeunes diplômés qui entrent dans la finance est parfois critiquée, compte tenu de l'éloignement par rapport aux missions commerciales ou industrielles auxquelles préparait leur enseignement, dans un contexte où la finance est accusée d'asphyxier l'industrie. Diplôme d'ingénieur. Dans l’industrie traditionnelle, l’ingénieur est avant tout un animateur d’équipe et un gestionnaire qui doit composer avec d’autres collaborateurs (ouvriers, techniciens) pour assurer la production (de biens ou de services), développer de nouveaux outils ou produits (machines, logiciels, méthodes) et optimiser les procédés. Dans les entreprises à forte composante humaine en recherche et développement (industrie du savoir), l’ingénieur est une composante « ouvrière » participant à la création d’un produit ou d’un service. Il doit avoir de solides bases scientifiques et technologiques afin de comprendre les processus mis en jeu et de les faire évoluer. L’ingénieur est soumis à une nécessité de formation permanente s’il veut « rester performant » et doit, par conséquent, pratiquer régulièrement des activités de veille technologique. En France, contrairement au titre « ingénieur » seul, le titre « ingénieur diplômé » est protégé par la loi. En effet, seul un étudiant d’une école habilitée par l’État devient, après ses études, « ingénieur diplômé ». Depuis 1934, une personne usurpant le titre d’« ingénieur diplômé » est passible d’un emprisonnement d’un an et d’une amende de . Le master est un diplôme national sanctionnant une formation en deux ans après la licence. Pour les disciplines scientifiques, cette formation possède donc une vocation proche de celle menant au diplôme d’ingénieur, cependant l'obtention d’un master ne confère pas de titre d’ingénieur diplômé ; en revanche, le diplôme d'ingénieur confère le grade de master. En France, le terme « ingénieur » est utilisé en rapport avec plusieurs fonctions ou niveaux de formation, selon la Commission des titres d'ingénieur (CTI) : L'association Ingénieurs et scientifiques de France utilise les appellations suivantes pour des personnes non titulaires d'un diplôme reconnu par la Commission des titres d'ingénieur : Diplôme d'ingénieur en agriculture. Le diplôme d'ingénieur en agriculture est en France reconnu par l'État. Il sanctionne un cursus de cinq ans d'études supérieures après le baccalauréat, à cycle préparatoire intégré, mais des « admissions parallèles » sont également possibles. Comme tous les diplômes d'ingénieur, il confère le grade de master. Il est en outre accessible par la formation continue, l'apprentissage et la validation des acquis de l'expérience. La Commission des titres d'ingénieurs (CTI) habilite actuellement six écoles à le délivrer ; ce sont des écoles de statut associatif sous contrat avec le ministère de l'Agriculture, en vertu de la loi Rocard de 1984, qui leur confie une mission de service public d'enseignement, de recherche et de développement. Cinq écoles appartiennent ainsi à la Fédération des écoles supérieures d'ingénieurs en agriculture (FESIA) : l'École supérieure d'agriculture d'Angers, l'Institut supérieur d'agriculture de Lille, l'Institut supérieur d'agriculture et d'agroalimentaire Rhône-Alpes (Lyon), l'École d'ingénieurs de Purpan (Toulouse), l'École Supérieure d'Ingénieurs et de Techniciens pour l'Agriculture (Rouen) (ces deux dernières écoles ont fusionné progressivement entre 2016 et 2018 pour former l'Institut polytechnique UniLaSalle). Déroulement des études. En France, le diplôme d’ingénieur est obtenu dans une école d’ingénieurs, dont les plus anciennes ont été créées au . Les études durent cinq années après un baccalauréat (bac+5). Il existe différents types d’écoles : publiques ou privées, indépendantes ou intégrées à une université. Elles organisent elles-mêmes leur formation, le plus souvent en harmonie avec les centres de recherche et les industries environnantes, et le contrôle des connaissances. En 2008, cette formation concernait , également appelés « élèves-ingénieurs ». Ces établissements ont pour point commun d’être habilités par l'État après enquête et agrément de la commission des titres d'ingénieur (CTI) concernant entre autres la qualité de la formation . La spécificité des écoles d'ingénieurs réside dans la diversité des ministères de tutelle auxquelles elles sont rattachées. Même si le ministère chargé de l'enseignement supérieur habilité la majorité des écoles, les ministères techniques comme l’agriculture, l'industrie, la défense, etc habilitent certaines écoles. La liste des écoles habilitées à délivrer des diplômes d'ingénieur est publiée chaque année par arrêté ministériel. En cas de refus de la part de la commission des titres d’ingénieur, l’école peut faire appel auprès du conseil supérieur de l'éducation . Depuis 1999, le grade de master (bac+5) est conféré par l’État à tout titulaire d’un titre d'ingénieur diplômé. Les élèves-ingénieurs ne sont pas tous étudiants. Les écoles mettent en place progressivement des formations par apprentissage, où les périodes de cours sont alternées avec des périodes en entreprise. La formation continue est également possible, par exemple par la « filière Fontanet », qui existe depuis 1974, destinée aux titulaires d’un diplôme universitaire de technologie (DUT) ou d’un brevet de technicien supérieur (BTS) par exemple, ayant accompli trois ans d’expérience professionnelle . Il est également possible d'obtenir un diplôme d'ingénieur par valorisation des acquis de l'expérience (VAE). Il faut avoir un niveau bac+2 minimum, au moins cinq ans d'expérience en milieu industriel et passer devant un jury qui évalue les aptitudes de la personne . Au fil des années, de plus en plus d'écoles d'ingénieurs se sont spécialisées dans l'informatique. Elles proposent des formations qui mènent à des professions telles qu'architecte de logiciels, ingénieur de déploiement réseaux ou chef de projet fonctionnel web. Années préparatoires et concours. Comme pour toutes les études du second cycle, les écoles d’ingénieurs sélectionnent leurs élèves sur dossier. Il existe deux types d'écoles d'ingénieurs : celles en trois ans qui recrutent à bac+2 minimum, ainsi que celles en cinq ans qui recrutent post-bac et à bac+2. D'après le magazine ChallengeS, les filières de recrutement se diversifient : moins de 50% des ingénieurs sont allés en classes préparatoires avant d'intégrer une école (17 250 entrants à l'issue des concours 2020 pour 19 200 places), 70% si on ajoute les prépas intégrées aux écoles d’ingénieurs (13 000 places post-bac). Écoles en trois ans. Les écoles en trois ans sont pour la plupart accessibles sur concours. Les concours à bac+2 sont particulièrement destinés aux élèves des classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) scientifiques (MP, PC, PSI, PT, TSI, TB, TPC BCPST ou ATS). Selon l'école visée, on distingue différents concours : Bon nombre d'écoles d'ingénieurs en trois ans recrutent également des titulaires d'un diplôme universitaire de technologie (DUT), d'un brevet de technicien supérieur (BTS), d'une licence (L2, L3 ou professionnelle), d'un master 1, d'un diplôme étranger sur dossier (« admission sur titres »), ou encore après une expérience professionnelle préliminaire en tant que technicien supérieur (filière Descomps). La réalité est souvent bien plus compliquée, chaque école pouvant avoir plusieurs modes de recrutement. Certains réseaux d'écoles proposent aussi des cycles préparatoires en deux ans. Ces formations sont communes à plusieurs écoles et sont semblables aux cycles préparatoires intégrés des écoles en cinq ans (voir le paragraphe ci-dessous). Elles sont souvent plus axées sur les spécialités des écoles en question que les CPGE. Leur admission post-bac ainsi que l'intégration aux écoles d'ingénieurs à bac+2 se font par dossier. Les cycles préparatoires communs les plus importants sont : la « prépa des INP » (ancien cycle préparatoire polytechnique - CPP) permet d'entrer dans 31 écoles liées aux instituts nationaux polytechniques (INP) , la prépa Gay-Lussac permet d'intégrer 20 écoles de chimie , ou bien le cycle préparatoire PeiP permettant d'entrer dans l'une des 15 écoles du réseau Polytech . Écoles en cinq ans. On distingue durant les cinq années d’études : le cycle « préparatoire » (2 ans) et le cycle « ingénieur » (3 ans). Le cycle préparatoire se déroule dans l’école même (on parle de cycle préparatoire intégré ou « prépa intégrée »), et l’élève entre dans l'école directement après le baccalauréat, sur dossier ou par concours. Si ces écoles recrutent aussi à bac +2, les élèves qui sont titulaires d'un bac+2 (CPGE, prépa intégrée, DUT, BTS, L2) peuvent alors entrer directement en troisième année d’études, en cycle ingénieur. Il existe également des cycles préparatoires fédératifs, communs à plusieurs écoles d'ingénieurs. On peut citer par exemple : la Prépa des INP (l'ancien cycle préparatoire polytechnique), le cycle préparatoire intégré de la fédération Gay-Lussac, le cycle préparatoire de Bordeaux, ou encore le cycle préparatoire PeiP du Réseau Polytech. Il s'agit de deux ans de formation – ayant lieu dans une école ou à l'université – qui préparent à l'entrée dans les écoles d'ingénieurs associées, rattachées ou partenaires. Les élèves intègrent ensuite l'école partenaire de leur choix si le classement des dossiers le permet. La sélection post-bac des élèves peut se faire sur dossier comme dans les INSA, les UT ainsi que les cycles préparatoires communs cités précédemment, ou bien via un concours. La plupart du temps, ce concours est commun à un réseau : par exemple, le concours Geipi Polytech regroupe 34 écoles, le concours FESIC regroupe 26 écoles privées associatives. Il existe aussi d'autres concours plus petits d'écoles d'ingénieurs privées : La sélection à bac+2 ou plus des élèves se fait de la même manière que les écoles en trois ans : concours pour les CPGE, dossier pour les DUT, BTS, cycles préparatoires intégrés, L2, licences, licences professionnelles et masters 1. Pédagogie. Avec la création de l'espace européen de l'enseignement supérieur, les programmes des universités européennes se sont alignés sur le cadre des certifications qui décrit les connaissances et compétences associés à chaque grade de formation. Pour les études d'ingénieur, la CTI a participé avec une dizaine d'autres agences européennes à l'élaboration d'un référentiel commun (référentiel EUR-ACE) pour les acquis de l'apprentissage attendus des ingénieurs diplômés européens (savoirs scientifiques, savoir-faire et capacités comportementales). Les élèves reçoivent donc une formation scientifique, mais aussi un enseignement des langues étrangères, du management ainsi que des sciences humaines, économiques et juridiques. Les élèves doivent également réaliser des projets pour des entreprises ou pour leur école et mettent leurs connaissances en pratique lors des stages obligatoires. Parmi les conditions d’attribution du diplôme figure notamment le niveau B2 en anglais du cadre européen commun de référence pour les langues, certifié par un test externe (TOEIC, TOEFL, IELTS ou un Examen de Cambridge) : par exemple par une note de 785 au TOEIC ou 6.0 à l'IELTS. Cependant certaines grandes écoles vont encore plus loin en demandant à leurs élèves un TOEIC à (ou IELTS 6.5), comme c'est le cas par exemple à l'école polytechnique, à l'École nationale supérieure Mines-Télécom Atlantique Bretagne Pays de la Loire, à l'INSA de Rennes, à l'École centrale de Paris ; voire un TOEIC à 850 pts à l'école nationale supérieure maritime du Havre ou à l'École centrale de Nantes. Néanmoins d'après la commission des titres d'ingénieur, le niveau souhaitable en anglais pour un ingénieur est le niveau C1. Titre d'ingénieur diplômé par l'État (DPE). Le titre d'ingénieur diplômé par l’État (DPE) est délivré aux candidats ayant une expérience de cinq ans de « pratique professionnelle dans des fonctions communément confiées à des ingénieurs » et ayant réussi des épreuves spécifiques. Celles-ci sont organisées par les écoles d’ingénieurs selon une liste fixée. Par exemple pour la spécialité « Chimie », les écoles organisant ces épreuves sont : l’école nationale supérieure des ingénieurs en arts chimiques et technologiques, le conservatoire national des arts et métiers, l’école supérieure chimie physique électronique de Lyon, l’institut textile et chimique, l’institut national des sciences appliquées de Rouen, l’école européenne de chimie, polymères et matériaux et l’école nationale supérieure de chimie de Lille. La première épreuve est une « évaluation de l’expérience et des acquis professionnels du candidats » sous forme d’entretien avec le jury. En cas de succès, la seconde épreuve est une soutenance de mémoire, suivie d’une discussion avec le jury. L’avis de ce dernier est alors transmis au jury national qui prend la décision finale. Diplômes d'ingénieries. En dehors du diplôme d’ingénieur, les formations suivantes peuvent se consacrer à l’ingénierie : Un nombre significatif d'entre eux travaillent à l'étranger, en Europe, Amérique du Nord, Amérique Latine, Asie, ainsi que dans les pays en développement. Des accords bilatéraux et internationaux, tels que les arrangements de reconnaissance mutuelle (ARM) signés entre la CTI et l'Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ) pour permettre le droit de pratique à titre d'ingénieur dans les deux États, ou entre la CTI et l'Ordre des agronomes du Québec (OAQ) pour l'utilisation du titre d'agronome ou d'ingénieur agronome tant en France qu'au Québec, facilitent cette mobilité à l'international des diplômés du monde agricole. Statistiques. D'après la Conférence des directeurs des écoles françaises d'ingénieurs, il y a en 2020 en formations d'ingénieur (dont 30 % de boursiers et 28 % de femmes) dans 200 écoles d'ingénieurs (dont 67 écoles internes aux universités et 51 écoles privées). On estime qu'il y a un déficit de formation de en France chaque année.
Fonctions tripartites indo-européennes La tripartition, ou les fonctions tripartites indo-européennes, est une thèse formulée par Georges Dumézil à partir de la mythologie comparée. Selon lui, les sociétés d'origine indo-européenne organisent l'activité humaine en trois fonctions, correspondant aux domaines religieux, guerrier et économique, qui sont exercées comme des pouvoirs séparés et hiérarchisés. Vivement contestée à ses débuts, la théorie de la tripartition a eu une influence décisive sur toute une génération d'historiens, linguistes et comparatistes. Origine. Selon Dumézil, les peuples indo-européens partagent un schéma mental similaire, qu'ils soient Grecs, Arméniens, Celtes, Indo-Iraniens, Baltes, Germains, Slaves ou Latins : l'organisation de la société selon trois fonctions primordiales. Cette structure se retrouverait dans les mythes, mais également dans les structures narratives, et dans l'organisation sociale comme la théorie des ordres d'Adalbéron de Laon. On retrouve ce schéma dans les trois ordres de la société médiévale, société d'ordres : "laboratores" (travailleurs), "bellatores" (guerriers) et, au sommet, "qui orant" (ceux qui prient). Réception. Les travaux de Dumézil, et en particulier la thèse de la trifonctionnalité, ont souvent provoqué l'opposition, voire des critiques virulentes, des spécialistes universitaires de ces domaines, rejetant les apports nouveaux de la mythologie comparée dans l'histoire et la compréhension des religions grecques, romaines, indiennes des origines. Arnaldo Momigliano, historien de la Rome antique, qui a fortement critiqué la thèse trifonctionnaliste, en est un exemple parmi bien d'autres. L'indianiste allemand Paul Thieme a été l'un de ses adversaires les plus résolus. À titre d'exemple, après un long débat de plusieurs décennies concernant le sens de l'ethnonyme « arya », c'est enfin en 1960 que Thieme l' emporte : il écarte la lecture de Dumézil des théonymes des Mittani comme preuve d'un panthéon commun indo-iranien en démontrant que ces théonymes sont de phonologie et de morphologie indiques, et non pas iraniennes. Chez les historiens des religions anciennes, Dumézil a dû faire face à l'opposition fondamentale du Britannique H. J. Rose et du Néerlandais . En France, son « principal adversaire » fut le latiniste André Piganiol. La théorie de la tripartition a eu néanmoins une influence décisive sur toute une génération de chercheurs tel Georges Duby ("Les Trois Ordres ou l'Imaginaire du féodalisme", 1978), Stig Wikander (1908-1983), le spécialiste du monde celtique Christian-J. Guyonvarc'h, l'indianiste français Louis Renou, le linguiste et mythologue néerlandais Jan de Vries (1890-1964), le linguiste français Émile Benveniste, Émilia Masson pour le domaine hittite, le comparatiste Bernard Sergent, et, plus récemment, Patrick Mathieu dans le domaine des sciences de l'information et de la communication (avec la théorie de la singularité trifonctionnelle). La pertinence des schémas fonctionnels comme grille de lecture de l'idéologie sociale de la Chrétienté médiévale suscite d'importantes études dans les années 1970, dont notamment plusieurs ouvrages de Georges Duby. Cette avancée dans la recherche reconnue n'a pas empêché des comparatistes, tels que Jean Haudry de souligner les limites de la théorie des «Trois fonctions». Celui-ci fait remarquer que ce schéma explicatif pose un problème de chronologie et se laisse difficilement appliquer à certains domaines du monde indo-européen : parmi ceux-ci, en particulier les mondes grec ou balte au sein desquels, comme le reconnaissait Dumézil lui-même, l'interprétation des mythes par le prisme de la trifonctionnalité offre peu de résultats. Jean Haudry explique que nombre de récits et légendes ne peuvent être interprétés et compris que par des notions cosmologiques, et que la cosmologie des trois cieux, ciel diurne, ciel nocturne et ciel crépusculaire, constitue la base des « trois couleurs » symboliques blanche, noire et rouge, et de leur application à la société, les fameuses trois fonctions. Cette application à la société ne s'est pas réalisée chez tous les peuples indo-européens, mais seulement parmi certains d'entre eux. Les trois fonctions dans l'Histoire occidentale. La société d'Ancien Régime depuis le Moyen Âge et la mutation de l’an mil, avec ses trois ordres d'activités hiérarchisés et séparés, est un bon exemple de la tripartition. Elle reprend un principe d'organisation qu'on retrouve aussi bien chez les Gaulois qu'à Rome. Pour Dumézil, .
Formule brute La formule brute est l'écriture la plus compacte décrivant un composé chimique ou un corps simple. Les formules brutes, par exemple pour l'éthanol, sont utilisées dans les équations chimiques pour décrire les réactions chimiques. Des notations intermédiaires entre les formules brutes et semi-développées permettent plus de lisibilité tout en restant compactes, comme pour l'éthanol l'écriture . Bien d'autres informations que la stœchiométrie des éléments peuvent être présentes dans une formule brute (nombre d'oxydation, marquage isotopique ou informations structurales partielles notamment) et sont gérées par des règles édictées par l'Union internationale de chimie pure et appliquée (IUPAC). Cet article limite la notion de formule brute à toutes les représentations de formules chimiques écrites en ligne et ne faisant pas apparaître de liaison chimique. La présence de liaisons chimiques dans une formule est traitée dans les articles Formule développée plane, Formule semi-développée et Représentation des molécules. Histoire. L'écriture des formules brutes, pour remplacer les écritures alchimiques en vigueur depuis le Moyen Âge, résulte d'une succession de plusieurs stades. Élément chimique. Le premier stade de l'écriture moderne des formules brutes est la découverte des éléments chimiques par Antoine Lavoisier. Ce chimiste français, en montrant que tous les corps étaient composés "d'éléments, ou principes", traçait la voie d'une nouvelle façon de penser la matière. Nomenclature. Le second stade fut la mise en place d'une nouvelle nomenclature de la chimie. Les premiers chimistes à comprendre l'importance de cette nouvelle façon de penser les corps chimiques furent Joseph Black en 1784, Claude Louis Berthollet en 1785, Louis-Bernard Guyton-Morveau et Antoine-François Fourcroy en 1786 et 1787. Avec ces trois derniers, Lavoisier élabora une nouvelle nomenclature chimique en 1787, la "Méthode de nomenclature chimique". Les anciens noms étaient remplacés par une appellation utilisant les éléments chimiques (par exemple vert-de-gris devenait carbonate de cuivre, ibid p.141) ou mettait en jeu des radicaux (nitrate, sulfate, citrate) eux-mêmes basés sur des éléments chimiques (par exemple, vitriol d'argile devenait sulfate d'alumine, ibid p.142). Symboles chimiques. Le troisième stade est le passage de la nomenclature aux symboles chimiques tels que nous les connaissons, H, C, O, etc. Il est dû au premier chimiste analyste Jöns Jacob Berzelius en 1813. Les formules brutes, ou formules empiriques ne diffèrent de celles en usage que par le fait que les nombres que nous écrivons en indice étaient écrits par ce chimiste suédois en exposant (CO2 au lieu de ). Nomenclature officielle. L'écriture des formules chimiques est désormais gérée par l'IUPAC dans sa publication "Nomenclature of Inorganic Chemistry" (surnommée "Red Book"). Y sont distinguées les formules empiriques, les formules moléculaires, les formules structurales et les formules d'addition (voir ci-dessous). Il y est également précisé l'ordre d'écriture des éléments chimiques. Les différents types de formules sont utiles pour compléter la représentation des espèces chimiques au-delà de la seule composition globale. Le corps simple soufre par exemple, de formule empirique S, est constitué de molécules regroupant 8 atomes, ce que précise la formule moléculaire . Les formules structurales, comme pour le phosphate de calcium, indiquent comment sont organisés les atomes au sein de l'espèce chimique, au contraire de la formule brute ( dans cet exemple). Formules empiriques. Définition. La formule empirique d'un corps est formée de la juxtaposition des symboles atomiques avec les indices appropriés (entiers) qui permettent l'écriture la plus simple de la formule donnant la composition chimique. L'ordre d'apparition des symboles est l'ordre alphabétique, sauf dans le cas des composés contenant du carbone, pour lesquels C et H sont cités en premier et en second, respectivement. Cas des solides ioniques. Les solides ioniques ne contiennent pas de molécules distinctes mais des ions en interaction électrostatique avec de nombreux voisins. Leurs formules brutes sont alors bien décrites par des formules empiriques. Pour tous ces composés, la formule brute reflète simplement les proportions des atomes dans le composé. Le cation est placé en premier suivi de l'anion. Exemple : Na et Cl donne NaCl. Exemples : Formules moléculaires. Pour les composés moléculaires, qui sont des substances constituées de molécules séparées les unes des autres, les formules moléculaires, par opposition aux formules empiriques définies ci-dessus, donnent la composition réelle de la molécule. C'est le cas de la plupart des composés rencontrés en chimie organique et de nombreux composés inorganiques. Cette formule est également utilisable pour les polymères, mais en précisant avec un indice "n" que le nombre d'unités est variable d'une molécule à l'autre. La formule moléculaire donne le nombre des atomes qui composent une molécule. Elle n'informe pas sur la disposition des atomes qui la constituent. Ainsi une formule brute peut correspondre à plusieurs molécules différentes dans le cas des isomères. Les atomes constituant la molécule sont indiqués à l'aide de leurs symboles chimiques. Leur nombre est précisé en indice de chaque symbole. L'ordre recommandé est l'ordre alphabétique des symboles à une exception : le carbone et l'hydrogène des produits organiques sont toujours cités en premier et dans cet ordre, puis suivis des autres atomes par ordre alphabétique. Exemples. Composés organiques. Le propane comporte trois atomes de carbone (noté C) et huit atomes d'hydrogène (noté H), il possède la formule brute suivante : . Les exemples suivants montrent la différence entre formule moléculaire et formule empirique. La formule empirique de l'éthylène est . La formule empirique du butane est . Composés inorganiques. La formule empirique du dioxygène est . La formule empirique du calomel est HgCl. Formules structurales. La formule structurale donne des informations partielles ou complètes sur la façon dont les atomes d'une molécule sont connectés et arrangés dans l'espace. Dans les cas simples, une formule en ligne qui est juste une séquence de symboles atomiques (donc une formule brute) donne une information structurale permettant au lecteur de décoder des informations structurales. Par exemple le peroxyde d'hydrogène de formule moléculaire peut être écrit avec la formule structurale HOOH, ce qui indique l'enchaînement des atomes : H-O-O-H. Dès que la structure du composé est plus complexe, il devient nécessaire d'introduire des parenthèses pour éviter toute ambiguïté. L'IUPAC recommande sept règles d'écriture, par exemple : Ordre d'apparition des éléments chimiques. Plusieurs règles doivent être appliquées suivant les classes de formules. Par exemple, l'ordre d'écriture des éléments chimiques ne respecte pas les mêmes règles pour les composés binaires ou les composés à atome central. Généralités. Deux principes gèrent l'ordre d'apparition des éléments dans une formule brute : Pour ce dernier, il s'agit d'une électronégativité au sens du tableau ci-dessous, et non au sens de Mulliken, Pauling, etc. Composés binaires. Pour un composé binaire, l'ordre est celui de l'électronégativité au sens du tableau ci-dessus. Ainsi il faut écrire : Composés de coordination. Les composés de coordination ou les composés à atome central s'écrivent en commençant par l'atome central suivi des ligands par ordre alphabétique du symbole ou de l'abréviation du ligand. Par exemple : À noter que dans ce dernier exemple, le changement de la formule du ligand éthylènediamine par son abréviation change l'ordre d'apparition des ligands dans la formule. Composés en chaînes. Les composés dont les atomes forment une chaine sont écrits dans l'ordre (chimique) de la chaîne. Par exemple : Sels et composés assimilés. Les sels doivent avoir la formule ou le symbole du cation écrit avant celle ou celui de l'anion. S'il y a plusieurs cations, l'ordre de préséance est l'ordre alphabétique, de même pour les anions. Par exemple : L'IUPAC ne précise pas l'usage des parenthèses et des crochets. Composés d'addition (formels). Sous cette dénomination, l'IUPAC regroupe les sels doubles, les hydrates, etc. L'eau est toujours écrite en dernier et les différents sels doivent être écrits par quantité croissante, et à nombre égal par ordre alphabétique. Les différentes entités sont séparés par un point [dans la nomenclature anglaise du moins]. Ainsi si deux sels SEL1 et SEL2 sont associés, il faut écrire et non . Par exemple : Modification isotopique. La modification isotopique s'indique dans les formules. Trois cas sont possibles : le cas de l'atome, celui d'un composé spécifiquement marqué ou d'un composé sélectivement marqué. Cas des atomes. La masse d'un nucléide se note en exposant avant le symbole correspondant. Par exemple 2H, 35Cl. Cas des composés spécifiquement marqués. "Un composé est spécifiquement marqué quand un unique composé isotopiquement substitué est ajouté formellement au composé analogue non modifié." [...] "L'isotope est indiqué entre crochet, éventuellement avec un indice multiplicateur." C'est le cas si 20 % de CDCl3 sont présents dans CHCl3 ordinaire. Par exemple Cas des composés sélectivement marqués. "Un composé sélectivement marqué peut être considéré comme un mélange de composés spécifiquement marqués. Il est représenté en faisant précéder la formule par le symbole du nucléide sans indice multiplicateur entre crochets." Par exemple : Marqueurs optionnels structuraux. Certains marqueurs informent sur le nombre d'oxydation, sur la stéréochimie, etc. Nombre d'oxydation. "Le nombre d'oxydation d'un élément dans une formule peut être indiqué par un exposant, à droite du symbole, en chiffre romain (sauf pour le nombre d'oxydation zéro indiqué par 0). Si le même élément possède plusieurs nombres d'oxydation dans la même formule, il est répété, chacun avec son nombre d'oxydation." Par exemple : Radicaux libres. "Un radical est un atome ou une molécule avec un ou plus d'un électron non-apparié. Il peut être chargé ou pas. Les électrons non-appariés sont indiqués dans la formule avec un point en exposant." Exemples : Composés optiquement actifs. Le signe de rotation optique peut être indiqué. Il se place entre parenthèses et la longueur d'onde en nm peut aussi être indiquée en indice à droite. Ces informations optionnelles sont placées avant la formule. Exemple : États excités. Les états électroniques excités sont indiqués par un astérisque en exposant à droite. Exemple NO* Descripteurs structuraux. Les descripteurs structuraux ("cis", "trans", etc.) peuvent être présents dans les formules brutes. De tels descripteurs sont généralement des préfixes en italique, séparés de la formule par un trait d'union. Le symbole µ est utilisé pour indiquer un atome pontant. Exemples : Cette dernière formule indique que deux complexes sont reliés par un ligand HO (par l'atome O). Détermination expérimentale. Une formule brute se détermine par une . Pendant longtemps, cette analyse a résulté de titrages. Elle s'effectue en deux temps : Détermination de la formule empirique. Le composé dont la formule brute doit être déterminée est minéralisé. Par exemple, si c'est un hydrocarbure, une masse "m" précisément connue de ce composé est brûlée et transformée en et . Les produits de combustion sont passés dans de l'acide sulfurique concentré qui fixe l'eau et pas . L'augmentation de masse renseigne sur la quantité de , donc de H, dans la formule étudiée. Puis les produits de combustion barbottent ensuite dans une quantité précisément connue de soude. Le dioxyde de carbone (qui est un acide) en neutralise donc une partie. Un dosage acido-basique en retour de la soude (par de l'acide chlorhydrique de titre connu) donne la quantité de produit et donc de carbone dans le composé. Une telle analyse indique que dans la masse "m" de composé, il y a les masses "m"H d'élément hydrogène et "m"C d'élément carbone. Détermination. Pour déduire la formule brute de la formule empirique, il faut soit : Détermination de la formule brute dans le passé. Les premières analyses élémentaires datent du début du . Des méthodes très astucieuses ont été décrites pour déterminer la composition élémentaire des corps, en particulier organiques. De ces résultats dépendaient l'avancée des connaissances en chimie organique, en particulier pour la connaissances des produits naturels. Étienne Henry décrit ainsi dans un ouvrage de 1833 la façon dont il effectue une analyse élémentaire des composés organiques. Une masse précisément pesée est introduite dans un dispositif scrupuleusement nettoyé « au feu » avec différents composés, suivant les analyses à effectuer : oxyde de cuivre, cuivre, poudre de verre, etc. La décomposition produit un mélange de gaz qui doit être traité et dont le volume est apprécié avec une grande précision. La détermination d'un volume est la plupart du temps plus précise que celle de la masse correspondante. Par exemple : Usage actuel de la formule brute en chimie. De nos jours, l'analyse élémentaire d'un composé est confiée à des laboratoires spécialisés. Les méthodes physico-chimiques (comme la spectrométrie d'absorption atomique) ont remplacé les titrages chimiques. La publication décrivant la synthèse d'un nouveau composé ne peut faire l'économie d'une détermination élémentaire. Un écart trop important entre l'analyse élémentaire expérimentale et celle calculée à partir de la prétendue formule brute indique soit que le composé n'est pas pur, soit que ce n'est pas le bon. Dans les deux cas, la publication ne peut être acceptée.
Formule développée plane La formule développée plane est un mode de représentation qui renseigne sur l'agencement des atomes composant une molécule. Définition. En chimie moléculaire, la formule développée plane renseigne sur l'agencement des atomes qui composent une molécule. Étant représentée à plat, elle ne renseigne pas sur l'agencement réel des atomes dans l'espace. Généralement les liaisons entre atomes sont représentées à 90°, mais pour des raisons de clarté elles sont parfois représentées à 120°. La nature des atomes est indiquée à l'aide des symboles issus du tableau périodique des éléments et les liaisons entre atomes par un ou plusieurs traits suivant que celles-ci sont simples ou multiples. Exemples de formules développées planes. L'eau (HO) : H - O - H Le propane (CH) : H H H H - C - C - C - H H H H L'éthanol (CHO) : H H H - C - C - O - H H H L'éthylène (CH) : H H C = C H H
Fêtes et jours fériés au Japon Le Japon est un des pays au monde à posséder le plus de fêtes (') et de jours fériés (). Ils proviennent pour la plupart des rites des deux grandes croyances japonaises que sont le shintoïsme et le bouddhisme au Japon. Si un jour férié tombe un dimanche, le jour ouvré suivant est chômé.
Frans Emil Sillanpää Frans Emil Sillanpää (né le à Hämeenkyrö, Finlande - mort le à Helsinki) est un écrivain finlandais, romancier et nouvelliste, adepte du néo-réalisme psychologique. Ses principaux romans, "Sainte Misère" (1919) et "Silja ou Une brève destinée (1931)", évoquent la guerre civile finlandaise. Biographie. F. E. Sillanpää est le fils de petits fermiers de l'ouest de la Finlande. Après avoir accompli son cursus scolaire au lycée de Tampere, il commence des études de biologie à l'université d'Helsinki en 1908, études qu'il abandonnera en 1913 pour rédiger des articles dans le journal "Uusi suometar". Il écrit son premier roman "La Vie et le Soleil" en 1916. Sillanpää a écrit une vingtaine de romans ou recueils de nouvelles dont un tiers a été traduit en français. Ses personnages sont issus du petit peuple de la Finlande rurale : servantes, métayers ou petits propriétaires. Ils subissent leur destin, souvent une lente déchéance, avec une résignation passive ou une indifférence sereine. La vie et une nature évoquées de façon lyrique leur offriront quelques périodes de rémission et de bref bonheur. Un de ses poèmes, écrit en 1939, a été mis en musique en 1940 pour constituer un chant patriotique, "Le Chant de marche de Sillanpää" ("Sillanpään marssilaulu"). Il reçoit le prix Nobel de littérature en 1939. L'astéroïde 1446 Sillanpää, découvert le par l'astronome finlandais Yrjö Väisälä, est nommé en son honneur.
Finnois Le finnois (en finnois : ) est une langue finno-ougrienne, de la branche fennique de la famille des langues ouraliennes, utilisant l'alphabet latin. Le finnois est parlé dans l'ensemble de la Finlande, à l'exclusion des îles Åland qui sont majoritairement suédophones. Il l'est également en Russie, dans la république autonome de Carélie, où il bénéficie d'un statut officiel. Le finnois compte au total 5 millions de locuteurs, il est la langue maternelle d'environ 91 % des Finlandais ; en Carélie russe, le nombre des locuteurs est d'environ . Dans un ensemble de communes finlandaises localisées dans le sud-ouest et l'ouest du pays, essentiellement sur le rivage de la mer Baltique, il est parlé en concurrence avec le suédois, souvent majoritaire dans ces zones. Nom de la langue. Les dictionnaires retiennent que "finnois" désigne la langue, tandis que "finlandais" est l'adjectif référant à la Finlande et à ses habitants, certains notant que l'usage de "finlandais" pour la langue existe aussi "de facto". La neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française donne les deux termes en préférant "finnois". La différence entre "finnois "et "finlandais" provient de l'histoire et des cultures de Finlande : Dans la pratique, pour qui ne connaît pas la complexité de l'histoire finlandaise, cette distinction peut sembler artificielle. Le maintien de l'adjectif "finnois" permet cependant d'opérer une distinction capitale entre l'une des cultures composant l'identité nationale (le finnois) et la nationalité liée à l'État finlandais. Pour illustrer la complexité culturelle associée à ce problème de dénomination, il suffit de mentionner l'hymne national finlandais, – « Notre pays » en langue suédoise – écrit en suédois par Johan Ludvig Runeberg, que les Finlandais considèrent comme leur poète national alors qu'il est de culture et de langue suédoise et non finnoise. Histoire. Préhistoire. Les langues fenniques font partie des langues finno-ougriennes. Les théories actuelles supposent qu'existaient au moins trois proto-dialectes du proto-finnois ayant évolué ensemble vers le substrat du finnois moderne au cours du premier millénaire avant Jésus-Christ. Moyen Âge. Jusqu'au Moyen Âge, le finnois n'est qu'une langue orale. Même après, la langue des affaires était le moyen bas-allemand, la langue de l'administration le suédois, tandis que les actes de cultes se tenaient en latin, laissant ainsi peu de possibilités aux finnophones d'utiliser leur langue maternelle ailleurs qu'en famille. Le premier exemple connu de finnois écrit remonte à cette période et se trouve dans un journal de voyage allemand daté d'environ 1450 : "Mÿnna tachton gernast spuho somen gelen Emÿna daÿda" (en finnois moderne : « "" », en français : « Je veux vraiment parler finnois, mais je n'en suis pas capable. »). D'après ce journal, un évêque finlandais, dont le nom est inconnu, serait l'auteur de cette phrase. Les erreurs de grammaire (usage impropre de l'accusatif "gelen" / "kielen" pour un partitif "gelta" / "kieltä" attendu dans ce contexte) et de syntaxe (absence de la conjonction "mutta") font soupçonner un locuteur étranger ne maîtrisant pas complètement la grammaire du finnois, étant donné que les confusions entre les nombreux cas sont communes aux débutants. Le clergé de l'époque était constitué principalement de suédophones, ce qui peut expliquer ces erreurs. Mise par écrit de la langue. Le premier système complet d'écriture de la langue est l'œuvre de Mikael Agricola, un prêtre finlandais du . Il s'inspire de l'orthographe du suédois, de l'allemand et du latin. Son objectif principal est la traduction de la Bible, mais il a pour cela besoin de définir les règles d'écriture et de morphologie, règles sur lesquelles le finnois moderne s'appuie toujours. Agricola conçoit son système d'écriture en s'appuyant sur les dialectes de l'ouest de la Finlande, avec l'intention que chaque phonème soit représenté par une seule lettre. Mais Agricola rencontre plusieurs problèmes et n'atteint pas cette uniformité tant désirée. Ainsi, il utilise différents signes pour le même phonème, en fonction du contexte. Par exemple, il utilise alternativement "dh" et "d" pour . Plus tard, d'autres révisent son système afin d'atteindre une écriture phonémique uniforme. Au cours de ce processus, le finnois perd plusieurs de ses phonèmes. Par exemple et n'existent plus dans la langue standard, mais seulement dans certains dialectes. En définitive, l'écriture du finnois est aujourd'hui quasi parfaitement phonémique. Modernisation. Au , Johan Vilhelm Snellman et d'autres insistèrent sur le besoin d'améliorer le statut du finnois : en effet, depuis le temps d'Agricola, le finnois écrit n'était utilisé que dans un contexte religieux. Le finnois n'était toujours pas une langue de culture. Mais le nationalisme qui commençait à se développer permettait désormais au finnois d'accéder à ce statut, dans la mesure où les mentalités y étaient prêtes, et réclamaient même ce changement. Des efforts considérables permirent d'améliorer le statut du finnois dans la société et de moderniser la langue, de sorte qu'à la fin du le finnois était devenu langue d'administration et de culture, utilisée dans les journaux et dans l'enseignement, tout cela aux côtés du suédois. Par ailleurs, le vit la naissance de la littérature d'expression finnoise, notamment grâce à Zacharias Topelius, Aleksis Kivi ou Elias Lönnrot. C'est Elias Lönnrot qui apporta la contribution la plus remarquable. Son impact sur le développement du vocabulaire en finnois moderne fut particulièrement important. En plus de son travail de compilation du "Kalevala", il servit d'arbitre dans les querelles entre les partisans des dialectes occidentaux ou orientaux comme base du finnois standard, assurant la prééminence aux dialectes de l'Ouest qu'Agricola avait déjà préférés, tandis que de nombreux mots des dialectes de l'Est firent leur entrée dans le vocabulaire et enrichirent ainsi considérablement la langue finnoise. Le premier roman écrit en finnois par un finnophone fut "Les Sept frères" publié par Aleksis Kivi en 1870. Alphabet finnois. Ordre alphabétique et valeur des graphèmes. La transcription suit les usages de l'alphabet phonétique international. Les lettres Å, Ä et Ö sont considérées comme des lettres à part entière de l'alphabet, venant après Z dans l'ordre alphabétique. Dans un dictionnaire, on trouvera donc dans l'ordre : paahto, paini, puu, pytty, päin, pää, pöllö. À l'inverse, Š (š) et Ž (ž) sont considérés comme des variantes de S et de Z. Ils sont utilisés en finnois pour transcrire ("ch" français) et ("j" français) respectivement. Ils n'apparaissent que dans certains mots d'emprunts, des transcriptions de noms propres ou encore certains noms de pays tels qu'Azerbaidžan (Azerbaïdjan) ou Fidži (Fidji). De plus, ils sont souvent transcrits comme "Sh" et "Zh". À noter également : l'assimilation du W au V. Ainsi, dans l'ordre alphabétique, le W est classé comme V. Un signe double correspond à une voyelle longue ou à une consonne géminée : /tuːli/, /takːa/, /tyːtymætˈtømyːs/, etc. Le finnois standard (hors variations régionales) fait partie des langues qui se prononcent comme elles s'écrivent et s'écrivent comme elles se prononcent, autrement dit le système graphique du finnois est quasiment à 100 % la représentation des réalisations phoniques. Il est ainsi très facile d'apprendre à lire le finnois (cela concerne du reste aussi les enfants finnophones qui apprennent à lire bien plus facilement que les jeunes anglophones et francophones). Grammaire. Morphologie. Harmonie vocalique. De même que le turc, le mongol, le coréen et le hongrois, le finnois a systématisé l'harmonie vocalique. Les voyelles se répartissent en trois séries : Les deux premières séries ne peuvent pas se mélanger au sein d'un mot donné, mais les voyelles "e" et "i" sont neutres, c'est-à-dire qu'elles peuvent se combiner avec toutes les autres voyelles : ', ', ', etc. Les désinences ou les suffixes ont ainsi une forme en "a" ou en "ä" selon que le mot contient des voyelles d'arrière ou d'avant : ' (dans la maison), mais ' (dans la forêt), "ei sinullekaan" (à toi non plus) mais "en minäkää"'n" (moi non plus). Les mots composés peuvent combiner des mots à voyelles d'avant et des mots à voyelles d'arrière : ' (' + '), le timbre de la voyelle désinentielle dépendant dans ce cas du dernier élément : '. Dans certains cas, un certain flottement règne chez les locuteurs finnophones eux-mêmes (' vs ') et les dictionnaires donnent parfois le timbre de la voyelle de déclinaison. Caractère agglutinant. Le finnois emploie souvent des suffixes là où d'autres langues emploient plus volontiers des déterminants et des prépositions ; c'est ce qui a conduit à décrire le finnois comme une langue agglutinante. Une des manifestations du caractère agglutinant du finnois est l'abondance relative des cas de la déclinaison : il y a ainsi 15 cas officiellement recensés, et 12 supplémentaires qui ne sont utilisés que pour un nombre limité de mots afin de produire des adverbes. Parmi les 15 cas principaux, les cas indiquant le sujet et l'objet, nominatif ('), génitif ('), accusatif (') et partitif (') représentent, comme on peut s'y attendre, environ 70 % des formes du nom. Le caractère agglutinant du finnois ne se limite ni aux « cas » ni aux mots composés. D'autres éléments grammaticaux prennent logiquement leur place à la suite du radical et ce dans un ordre immuable. Par exemple, la forme "taloissani" « dans mes maisons » peut se segmenter de la façon suivante : "talo" « maison » + "i" marque du pluriel + "ssa" marque du cas inessif (« dans ») + "ni" suffixe indiquant un possesseur de première personne du singulier (« mon, ma, mes »), la forme « "uidessani" » « pendant que je nage » est construite sur "uida" « nager » et "-ssa" et "-ni" comme précédemment (littéralement "dans mon nager"). L'ordre canonique des constituants d'un mot est ainsi : Alternance consonantique. Le finnois se caractérise également par un phénomène d'alternance consonantique dans la déclinaison et la conjugaison. Certains groupes de consonnes faisant intervenir les occlusives "p", "k", et "t", existent à deux degrés, dits « fort » et « faible », qui apparaissent en dernière syllabe du thème du mot. Historiquement, le degré faible était utilisé au début d’une syllabe fermée, mais il existe aujourd’hui quelques exceptions, par exemple les suffixes possessifs utilisés avec le nominatif singulier ne provoquent pas le passage au degré faible: on dit "poikamme" (notre fils), et non *"pojamme". Lorsque l’alternance consonantique s’applique à un nom ou adjectif, les deux degrés se trouvent le plus souvent dans le nominatif et le génitif singuliers de celui-ci. Si le nominatif se termine par une syllabe ouverte, il est au degré fort alors que le génitif est au degré faible. Si le nominatif se termine au contraire par une syllabe fermée, il est au degré faible alors que le génitif est au degré fort, et la forme du nominatif singulier subit d’autres modifications pour construire le thème de déclinaison dans ce cas. Il faut noter que la plupart des mots se terminant par "e" sont prononcés avec un coup de glotte à la fin et se terminent donc par une syllabe fermée. Par exemple le groupe "kk" (fort) alterne avec "k" (faible), de sorte que "kukka" (fleur) devient "kukan" au génitif, "nukke" (poupée) devient "nuken", mais "liukas" (glissant) devient "liukkaan", et "nimike" (titre) devient "nimikkeen" au génitif. Ce qui précède est cependant très simplifié car pour certains mots le thème de déclinaison utilise une consonne qui n’est pas présente au nominatif singulier. Par exemple "käsi" (main) a un thème fort en "käte-", au degré faible "käde-", et "kolmas" (troisième) a pour thème "kolmante-", degré faible "kolmanne-". L'alternance, ou gradation, peut être quantitative (une consonne géminée alterne avec une consonne simple, comme pp : p présenté ci-dessus), ou qualitative (la consonne change de qualité, comme p : v dans "apu" (l'aide) / "avulla" (à l'aide de)). Le tableau ci-dessous présente les paires de consonnes dans les degrés fort et faible, de part et d'autre du signe « : ». Voir des exemples à l'article Alternance consonantique. Thèmes. Les flexions, déclinaison et conjugaison, se construisent à partir de radicaux appelés « thèmes ». Un mot (nom, adjectif ou verbe) possède toujours un thème vocalique, certains mots également un thème consonantique utilisé au nominatif (forme du mot trouvée dans le dictionnaire) et au partitif. Pour conjuguer les verbes et décliner les noms ou adjectifs, il faut connaître : Ces règles font sentir leur effet simultanément, et peuvent déboucher sur des « modèles » de déclinaisons qui semblent différents, bien qu'il n'y ait qu'un seul modèle de déclinaison : le finnois est en effet une langue très régulière. Il y a très peu de verbes irréguliers en finnois : les de l’indicatif du verbe ' « être » sont irrégulières, et le radical du mode potentiel — voir ci-dessous — de ce verbe est différent du radical régulier, mais il se conjugue cependant régulièrement. Une poignée d’autres verbes ont des changements de consonnes que l’on ne peut pas déduire de l’infinitif, par exemple ' « faire », ' « voir », ' « courir ». C'est l'application simultanée de plusieurs mécanismes (parmi lesquels on peut mentionner également les effets d'une occlusive glottale fantôme dans la conjugaison de certains verbes), qui peut donner une impression de complexité. Il faut tout de même préciser qu'il est toujours utile d'apprendre le génitif et le partitif de chaque mot pour savoir le décliner correctement ainsi que le présent et le prétérit des verbes pour les conjuguer. Déclinaison. Les « cas » du finnois ne sont pas assimilables aux cas du latin ou du grec ancien et s'apparentent plutôt à de simples suffixes porteurs de sens. En effet il n'existe en général qu'une seule terminaison possible par cas (exception faite du génitif pluriel ou du partitif qui peuvent avoir plusieurs terminaisons). Il faut noter que les désinences casuelles ne sont pas seulement ajoutées au mot tel quel, mais à son thème de déclinaison, qui peut différer de la forme nominative qu'on trouve dans le dictionnaire (ainsi le thème de "soitin" (l'instrument de musique) est "soittime-"). Il existe des règles permettant de déduire le thème à partir du mot pour la majorité des types de mots. De plus, le thème peut subir des transformations internes avant de se voir greffer la terminaison du cas : Il est à noter que le finnois n'a pas d'article, et pas de genre. Les adjectifs (épithètes, démonstratifs, et indéfinis) ne s'accordent ainsi qu'en nombre et cas avec le nom qu'ils qualifient. Le pronom de troisième personne "hän" signifie aussi bien « il » que « elle ». Notons que l’accusatif est particulier puisque seuls les pronoms personnels et le pronom "kuka" ont une forme morphologicalement distincte pour ce cas. Pour tous les autres noms, pronoms et adjectifs, la forme utilisée lorsque l’on parle d’« accusatif » (par exemple dans la section sur la télicité plus bas) est identique soit au nominatif, soit au génitif. Au pluriel c’est toujours le nominatif. Au singulier la forme dépend de la syntaxe de la phrase : le nominatif est utilisé quand la construction de la phrase ne permet pas la présence d’un sujet au nominatif, par exemple dans les phrases au passif, à l’infinitif, aux premières et deuxièmes personnes de l’impératif, dans les constructions impersonnelles telles que "Minun täytyy ostaa kirja" (je dois acheter un livre). Sinon c’est le génitif qui est utilisé. Certaines grammaires utilisent le terme d’« accusatif » pour toutes ces formes, comme on le fait ici, en précisant « nominatif-accusatif » ou « génitif-accusatif » quand nécessaire. D’autres considèrent que l’accusatif ne concerne que les pronoms pour lesquels il a une forme distincte et que les autres formes sont au nominatif ou au génitif. Liste des 15 cas officiels. Les traductions données dans la colonne « sens » ne sont bien sûr que des exemples de traduction possible dans certains cas et ne correspondent pas à tous les usages. Par exemple "pidän tytöstä", où "tyttö" est à l’élatif, signifie « j’aime bien la fille », et "tytön pitää tulla", où "tyttö" est au génitif, signifie « la fille doit venir ». Les cas dits « adverbiaux » qui s'utilisent avec un nombre réduit de mots, afin de produire des adverbes : Conjugaison. Le finnois connaît les modes et temps suivants : On remarque qu'il n'existe pas de futur morphologique en finnois. Tous ces modes (sauf certains participes) ont un sens actif. Le finnois a de plus une voix passive dans tous les modes et temps, mais c'est un faux passif, au sens où il est impersonnel (il n'existe qu'une seule personne) et il ne permet pas de spécifier l'agent. Il est ainsi plutôt équivalent au «on» français : "sanotaan" il est dit, on dit. Le finnois conjugue selon les 3 personnes aux deux nombres. Les désinences personnelles (communes à tous les temps et modes) sont ainsi : Le pronom personnel est optionnel, sauf aux où il est obligatoire s'il n'y a pas de sujet exprimé. Le finnois présente la particularité d'avoir un auxiliaire négatif : il s'agit d'un verbe sans infinitif qui se conjugue aux différentes personnes pour former la négation du verbe, en s'associant à une forme du verbe appelée « connégatif » qui ne porte pas de marque personnelle mais seulement une marque de temps et de mode. Ainsi, sur "sanoa" (dire), on a ("minä) sanon, (sinä) sanot, hän sanoo" (je dis, tu dis, il/elle dit), et ("minä) en sano, (sinä) et sano, hän ei sano" (je ne dis pas, tu ne dis pas, il/elle ne dit pas). L'auxiliaire négatif a des formes spéciales à l'impératif. Syntaxe. Sur un plan général, et bien que le finnois ne soit pas une langue indo-européenne, dans l'ensemble la structure syntaxique est similaire à celle des autres langues d'Europe. Parmi les particularités du finnois, on peut mentionner les faits suivants : L'expression de la télicité. Une des particularités du finnois est qu'il distingue les actions téliques et atéliques, autrement dit les actions considérées comme complètes, achevées, de celles qui ne le sont pas. Cette distinction est exprimée non par le verbe mais par le cas utilisé pour le complément d’objet. On oppose ainsi un cas d'objet total (l’accusatif) exprimant la télicité de l'action, et un cas d'objet partiel (le partitif) pour l’atélicité. Cette terminologie est trompeuse, le terme de "partiel" n’exprimant pas une partie de quelque chose, pas plus d’ailleurs que celui de "partitif". On peut opposer ainsi : Ou encore, avec le verbe "ampua" tirer (avec une arme à feu) : Le caractère télique ou non de l’action dépend évidemment de critères sémantiques (donc lexicaux, donc arbitraires, un processus vu comme télique en finnois n'étant pas forcément senti comme tel dans une autre langue) et de nombreux cas d'analogie, de lexicalisation, etc. viennent en contrecarrer le fonctionnement. C'est ainsi que seuls les finnophones maîtrisent cette alternance (avec parfois des divergences entre les locuteurs), les suédophones de la minorité suédoise de Finlande étant réputés pour leurs « fautes d'objet » quand ils parlent finnois. Certains verbes ont une signification différente selon le cas utilisé pour l’objet. Par exemple, "näen hänet", où l’objet est à l’accusatif, signifie "je le/la vois" au sens de percevoir visuellement, et "näen häntä", avec un objet au partitif, signifie également "je le/la vois" mais cette fois dans le sens de fréquenter ou avoir une relation amoureuse. Dans les phrases négatives, l'objet est systématiquement au partitif puisque si l’action n’a pas lieu elle ne peut pas être achevée et est donc atélique : "" Il ne construit pas/n'est pas en train de construire/ne construira pas la maison/de maison.
Fleuve Fleuve est un mot pouvant sembler ambigu en français, où il désigne : En effet, jusqu'au , le mot "rivière" a pu s'appliquer indifféremment à des cours d'eau comme la Seine, l'Oise ou l'Aisne. Plus récemment le terme de "rivière" a pu, de la même façon, être utilisé en français pour qualifier un cours d'eau d'importance plus faible, même s'il se jette dans la mer ou tout cours d'eau se jetant dans un fleuve ou une autre rivière. Cependant le Larousse est sans ambiguïté en la matière en qualifiant ainsi le mot "fleuve" . Ainsi les cours d'eau côtiers d'importance pourtant mineure sont généralement qualifiés de fleuves côtiers car se jetant dans la mer. Ainsi la Veules, petit cours d'eau de de long, est qualifié de . En hydrographie contemporaine, la description d'un réseau fait appel à d'autres variables telles que les nombres de Strahler, l'importance des bassins versants et des régimes hydrologiques ; la plupart des fleuves obtenant au regard de ces critères les rangs les plus élevés. Ambiguïtés face aux éléments physiques et hydrographiques. Aux grandes échelles temporelles et géologiques, la dérive des continents, les transformations morphologiques naturelles, le réchauffement ou le refroidissement planétaire entraîne au rythme des phases glaciaires et interglaciaires des modifications régulières et très importantes des longueurs, largeur, débit et configuration des fleuves sur toute la surface du globe. Il est difficile de mesurer, modéliser ou cartographier finement la longueur d'un fleuve et d'autres de ses caractéristiques, pour plusieurs raisons : Les prospectivistes doivent aussi maintenant prendre en compte le dérèglement climatique et les besoins d'adaptation au changement climatique, pour l'homme comme pour les espèces des milieux aquatiques. Le lit. L'espace qu'occupe un cours d'eau varie selon son hydrologie : La faune et la flore, et en particulier les ripisylves, les grands herbivores et le castor interagissent naturellement avec l'écologie fluviale et la forme et le débit des cours d'eau. Depuis , c'est l'homme et ses aménagements qui sont devenus la première cause de changement écologique et morphologique des cours d'eau, avec les barrages notamment. Dans certains contextes (sols et substrats perméables ou semi-perméables), le lit interagit fortement avec des cours d'eau souterrains, les nappes (Loi de Darcy) et les zones humides adjacentes ou sous-jacentes et avec un "compartiment sous-fluvial" qui peut abriter une faune une biodiversité spécifique généralement plutôt étudiée dans le cadre de l'« écologie souterraine ». L'eau souterraine constitue environ 98 % des ressources en eau contre moins de 2 % pour les lacs et les cours d'eau. Écologie. Dans l'hydrosphère, les fleuves sont classés parmi les systèmes lotiques, c'est-à-dire caractérisés par un certain débit, par opposition aux systèmes « lentiques » plus lents ou stables. Ils abritent une succession d'écosystèmes, des sources à l'estuaire, chacun caractérisé par une faune, une flore, des champignons et des micro-organismes, planctoniques notamment adaptés à la force du courant, à la profondeur et au débit de l'eau, à sa turbidité, son pH, sa dureté, etc. La plupart des fleuves sont accompagnés d'« annexes écologiques » (zones humides, bras-morts et restes d'anciens méandres, etc.) et d'un «" second fleuve" » dit « "compartiment sous-fluvial" », qui s'écoulent beaucoup plus lentement dans le sol sous le précédent et à ses abords, avec des espèces spécifiques là où les eaux souterraines ou interstitielles permettent la vie. Tous les fleuves sont aussi des corridors écologiques. Plus des deux tiers des fleuves dépassant les sont entravés par des constructions humaines créées soit pour éviter les inondations, soit pour générer de l’électricité. Quelques chiffres et statistiques. Les trois plus longs fleuves au monde sont le Nil avec , suivi par l'Amazone avec environ, et le Yangtsé avec . L'Amazone est cependant le fleuve qui possède, et de loin, le plus grand bassin versant () et le plus grand débit (/s). En Europe, les plus grands fleuves sont la Volga avec et le Danube avec (voir Delta du Danube). En France le plus petit fleuve est la Veules long de . Les dix plus longs fleuves sur Terre. Les données suivantes correspondent à une longueur moyenne estimée. La mesure de la longueur d'un fleuve dépend largement de la définition de la source, et de l'estuaire. De grandes différences de mesure existent et permettent de ce fait des contestations de ce classement. Pour les trois premières places : Les quatrième à septième places font consensus : Pour les trois dernières places :
Francs Maçons
Franc-Maçonnerie
Fanfic
Fonds d'intervention pour la qualité de la vie Le Fonds d'intervention pour la qualité de la vie (FIQV) est un organisme interministériel français chargé de financer des opérations de protection de la nature et de l'environnement. Niveau national français, créé en 1982.
Frison Frison peut désigner :
François Bourgeon François Bourgeon, né le à Paris, est un scénariste et dessinateur de bande dessinée français. Il est l'auteur d'œuvres renommées comme "Les Passagers du vent", "Les Compagnons du crépuscule" et "Le Cycle de Cyann" qui lui ont valu plusieurs prix et distinctions. Biographie. Martial Bourgeon, le père de François Bourgeon, journaliste momentanément directeur de l'AFP, destinait son fils à des études de médecine. Atteint de dyslexie, l'enfant est soigné par Claude Chassagny. Il a suivi l'école des métiers d'Art et en est sorti avec un diplôme de maître verrier. Ses premières bandes dessinées sont publiées entre 1971 et 1973 chez Bayard Presse, dans l'hebdomadaire "Lisette" sur des textes d'Henriette Bichonnier, puis chez Fleurus presse en 1974-75, sur des scénarios de cette dernière dans l'hebdomadaire "Djin" ("Une armée pour Gaélis" le et "La Légende de Freya" le ) ainsi que dans l'hebdomadaire "Fripounet" sur des scénarios de François Génin ("Les Yaourts Bleus"). En 1972, il publie dans l'hebdomadaire "Lisette" "L'Ennemi vient de la mer", dont le scénario a été écrit par Henriette Robitaillie sous le pseudonyme de Cécile Romancère (car Henriette Robitaillie continuait de collaborer avec une maison concurrente : "la Bibliothèque de La Semaine de Suzette"). L'histoire s'est étalée en quatorze planches et plusieurs épisodes dans la revue "Lisette". Elle n'a pas fait l'objet d'un album séparé ainsi que l'indique la bibliographie d'Henriette Robitaillie-Cécile Romancère.Toujours dans cet hebdomadaire pour adolescentes, il publie notamment : "Pour qui sont ces lauriers" d'après une histoire de Cécile Romancère, plusieurs épisode de "Loyse", "La princesse au portrait" d'après un scénario de Bertrand Solet, "Le patron récalcitrant, d'après un scénario d'Henriette Bichonnier, "La légende de Bibi Kanym" d'après un scénario de Bertrand Solet et "La bergère d'Auzon" d'après un scénario de Bertrand Solet. Il met en scène essentiellement des héroïnes : En 1978, il dessine "Maître Guillaume et le Journal des bâtisseurs de cathédrales", un album scénarisé par Pierre Dhombre et édité chez Univers Média. Il commence avec le scénariste Robert Génin sa première série, "Brunelle et Colin", pré-publiée dans la revue "Circus" et dont le tome 1 paraît en janvier 1979. Son style commence à apparaître dans le personnage de "Brunelle", qui est déjà l'ébauche de l’"Isa" des "Passagers du vent". Il ne réalise que les deux premiers tomes de la série avant de passer le relais au dessinateur Didier Convard. En 1979, il démarre "Les Passagers du vent". La thématique choisie par l'auteur ne convainc pas immédiatement l'éditeur : Prépubliée dans la revue "Circus", le premier tome de la série paraît en janvier 1980. Au Festival d'Angoulême 1980, il reçoit le prix du meilleur dessinateur. En 2009, la série atteint le million d'exemplaires vendus par titre en langue française et elle est traduite en 18 langues. Dans le même temps, Bourgeon décide de revenir à l'univers médiéval déjà abordé dans "Brunelle et Colin" et conçoit une première mouture des "Compagnons du crépuscule", sortie en 1984. En 1993, il entame dans "(À suivre)" "La sOurce et la sOnde", le premier tome de la série "Le Cycle de Cyann", un récit futuriste réalisé en collaboration avec Claude Lacroix. En 1999, son ami Jean-Paul Dethorey décède avant d'avoir fini de dessiner le diptyque "Le Passage de Vénus" ; Bourgeon collabore alors avec le scénariste Autheman pour achever le second volume, publié en mai 2000. En 2002, le festival bd BOUM de Blois lui décerne, pour l'ensemble de son œuvre, le « Grand Boum-Caisse d'Epargne ». En 2003, il souhaite . Il publie entre 2009 et 2010 deux tomes, "La Petite Fille Bois-Caïman", dans laquelle l'héroïne s'appelle « Zabo » (diminutif d'). Principales œuvres. "Brunelle et Colin". Sur un scénario de Robert Génin La couverture du deuxième tome est inspiré d'un tableau de Frank Frazetta. "Les Passagers du vent". "Les Passagers du vent" est une saga maritime se déroulant au , qui fit de François Bourgeon, le maître de la bande dessinée d'aventure d'époque dans les années 1980. Cette saga de 7 tomes relate les aventures d'une jeune héroïne, appelée Isa, sur fond de traite négrière. "Les Passagers du vent" présente une dimension historique qui a attiré l'œil des historiens. Pour Pap Ndiaye, l'intérêt dans cette aventure épique est de trouver « l'ensemble des points de vue sur le commerce négrier », des partisans de l'esclavagisme jusqu'aux abolitionnistes. Pour Olivier Pétré-Grenouilleau, spécialiste de l'histoire de l'esclavage, l'abolitionnisme d'Isa paraît peut-être un peu trop précoce pour une femme tout juste sortie d'un couvent et parce que « la première société abolitionniste en France date de 1788 ». "Les Compagnons du crépuscule". "Les Compagnons du Crépuscule" est une saga médiévale se déroulant au dans un lieu indéterminé mais que l'on peut imaginer comme étant la France de l'Ouest. En trois tomes, l'auteur dépeint les aventures d'un Chevalier, de Mariotte et de l'Anicet. Le trio sera aux prises avec des lutins (tome 1), de redoutables Dhuards (tome 2) puis la saga se termine sur un tome 3 plus important que les deux premiers où le Chevalier règle ses comptes avec son passé tourmenté. François Bourgeon offre une fresque extrêmement bien documentée d'un Moyen Âge paillard, violent, superstitieux, prompt aux légendes et aux malédictions sur fond de guerre de Cent Ans. L'auteur offre une iconographie d'une grande richesse dans les paysages, les bâtiments, les personnages. Il s'emploie aussi à retrouver la langue médiévale par un vocabulaire truculent et imagé. Le scénario imbrique deux ou trois actions dans le même temps et à deux époques différentes.
Ferricyanure de potassium Le ferricyanure de potassium () aussi connu comme prussiate rouge, rouge de Prusse, ou hexacyanoferrate (III) de potassium, est un composé de coordination stable à la température et à la pression qui forme des cristaux rouge rubis. Il est soluble dans l'eau et ses solutions présentent une fluorescence jaune-vert. Il est fabriqué en passant du chlore gazeux dans une solution de ferrocyanure de potassium. Le ferricyanure de potassium forme un précipité. En photographie argentique ce produit était couramment utilisé comme affaiblisseur de l'image, qu'il s'agisse de négatifs ou de tirages, soit en bain de blanchiment préalable à un virage, soit par affaiblissement local au moyen d'un pinceau pour la retouche. Fréquemment utilisé en imprimerie offset (photogravure offset), le "ferry" (nom commun utilisé par les professionnels) était utilisé pour "descendre" le point de trame (film positif) ou le remonter (film négatif) ; la technique utilisée était simple mais avec un sérieux coup d’œil (compte-fil ou loupe binoculaire pour contrôler en permanence) et un tour de main. Coton, coton-tige ou pinceaux était utilisé par les professionnels ; on pouvait aussi définir la zone à travailler en masquant avec de la gouache (pinceau) les zones du document (film) qui devaient être épargnées, un rinçage rapide avec du coton et de l’eau puis un lavage complet du film était nécessaire pour neutraliser le produit. Jusqu’à son interdiction, ce produit a également été beaucoup utilisé dans le bâtiment, notamment pour recouvrir les tomettes, sous la forme d’une peinture. Cela permettait d’obtenir un sol d’un rouge sombre uni à peu de frais, tout en protégeant les tomettes. De nombreuses personnes, avec le retour du goût des intérieurs rustiques, souhaitent enlever le rouge de Prusse pour rénover les tomettes et leur rendre leur aspect d’origine, mais cette peinture est très tenace, rendant la rénovation longue et difficile. Il est aussi utilisé dans des anciens procédés, tel que le cyanotype dans lesquels il réagit avec des ions Fer II pour donner du bleu de Prusse, ainsi qu'en photogravure et en cyanographie. En cas d'accident nucléaire, l'hexacyanoferrate (AFCF), dérivé du bleu de Prusse, peut faire partie de complexants destinés à limiter l'ingestion de radionucléides, ajouté à la ration alimentaire d’animaux d'élevages par exemple (il abaisse le transfert métabolique au lait d'un facteur 5 à 10 ).
Fanzine Un fanzine (contraction de l'expression anglaise « fanatic magazine ») est une publication, imprimée ou en ligne, périodique ou non, institutionnellement indépendante, créée et réalisée par des amateurs passionnés pour d'autres passionnés. Zines créés par des dans les années 1930, ils gagnent en popularité dans les années 1970 dans la culture underground issue du mouvement punk. Caractéristiques. Un fanzine est un « journal libre » ou revue qui appartient à l’univers des médias alternatifs, souvent sans existence officielle (une large majorité des fanzines n'ont pas de dépôt légal), publié sous l'égide du (« faites-le vous-même », slogan de Jerry Rubin repris par les punks en 1977), souvent spécialisé, qui n'est soumis à aucun impératif de vente et que l'on se procure dans quelques « distros », librairies, disquaires spécialisés, lycées, cégeps, universités, salles de concerts indépendantes ou sur abonnement. Physiquement, le fanzine peut varier dans son apparence. Il est souvent imprimé sur du papier format lettre standard, plié et agrafé au centre, ce qui lui donne l’apparence d’un livre, d’un pamphlet ou d’une brochure et lui permet d’être distribué ou photocopié facilement. D’ailleurs, l’incitation à recopier et redistribuer ses contenus est fortement encouragé par plusieurs artistes de fanzines, en ajoutant notamment des mentions comme « "no-copyright" » dans leur texte. Certaines reliures de fanzine sont aussi cousues ou collées avec du ruban adhésif ou des rivets en métal. Esthétiquement, plusieurs d’entre eux adoptent des techniques de découpage et de collage avec des matériels comme des journaux, des magazines ou des photos. Ils peuvent être rédigés à la main, à la machine à écrire, utiliser des feutres ou de la peinture. Il est aussi commun que les fanzines soient agrémentés de petits objets tels que des macarons, des autocollants, des cartes postales ou même de condoms. Leur apparence variée garde un dénominateur commun : ils sont faits et assemblés à la main, à partir de matériaux qui se trouvent facilement. Les fanzines sont créés de façon indépendante, en dehors du circuit d’édition institutionnel et procèdent plutôt par un mode de production horizontal et non-hiérarchique. Ils sont généralement produits à petit tirage, s’en tenant souvent à moins de cent copies et la production d’un fanzine est souvent issue du travail d’un petit nombre de personnes : souvent 1 à 4 et les créateurs et créatrices de fanzine adoptent ainsi les tâches d’édition, de rédaction et de diffusion. De par leur caractère amateur et autoproduits avec des moyens restreints, les fanzines sont éphémères dans leur existence et apériodiques. Les fanzines sont, le plus souvent, non-commerciaux. Leur création est issue d’une initiative sans but lucratif, ils sont produits à faible budget, voire sans aucun budget, et leur équipe de création est bénévole. Les fanzines sont souvent militant dans le champ culturel (au sens large). Les fanzines sont amateurs : produits par des admirateurs et destinés à des petites communautés. Ses sujets concernent des thèmes alternatifs, de la contre-culture mais ils s’approprient et transforment aussi la culture pop. Sa forme éditoriale est variée: allant de la critique musicale ou cinématographique, textes d’opinion ou lettres du public  et fanfictions, notamment les fictions homosexuelles. Leur but étant de . Plus spécifiquement, les fanzines sont consacrés le plus souvent à la musique rock et punk, au cinéma, aux séries télévisées, à la politique ou à la littérature populaire (aujourd'hui, surtout à la bande dessinée, mais il y a eu beaucoup de fanzines de science-fiction, fantasy ou polar), au sport, notamment dans les groupes de supporters ultras. La diffusion d'un fanzine est réduite comparée à celle d'un magazine ; sa périodicité demeure en général aléatoire et sa durée de vie est relativement courte, même si des exceptions sont à noter telles que "Maximumrocknroll", le vétéran des fanzines américains publié depuis 1977, et toujours en activité, le fanzine rock français "Abus Dangereux" qui paraît régulièrement depuis 1987 ou "Petit Monde Caravanes" qui paraît régulièrement, lui, depuis 1996. Certains fanzines historiques comme "New Wave" sont reparus dans les années 2000, certains disparus trouvent une seconde vie sur Internet, par exemple "Agent Orange", "Rad Party" ou "Premonition". Un fanzine devient un magazine lorsqu'il cesse d'être le produit de l'activité d'un amateur passionné (un « fan ») pour devenir le produit d'un professionnel. Cela ne dispense pas pour autant le professionnel de rester un passionné, bien que des impératifs de rentabilité peuvent influencer son activité, ainsi que le contenu et la forme de la publication. Apparaît souvent un intermédiaire entre le fanzine et le magazine, parfois appelé « prozine » (comme "Abus Dangereux", qui contient des publicités et une belle mise en page, et même s'il est considéré comme un fanzine par sa diffusion restreinte), notamment lorsque la maquette est plus recherchée et que l'impression se fait en imprimerie sur un papier de qualité. Mais le prozine se distinguera toujours du magazine car il n'a pas de vocation commerciale (prix au plus juste ou gratuit) et parce que la publicité représente une part très faible de ses revenus, donc de son contenu. Il existe aussi de nombreux fanzines dérivant d'un livre ou d'une histoire pour aboutir à quelque chose de très différent. Les œuvres ainsi créées par les fans sont appelées « fanfictions ». La série romanesque "Harry Potter" a ainsi suscité la création de nombreux fanzines qui font dériver l'histoire sur des sujets autres (le sexe, l'homosexualité, la guerre, etc.) ou transportent les personnages dans des univers différents, phénomène désigné par le néologisme « potterfiction ». Histoire. Les premiers fanzines apparaissent à l'aube des années 1930 avec la presse de science-fiction américaine et le journal , paru en 1926. Le premier fanzine avéré est , paru en 1930, et qui publie des correspondances de fans de science-fiction. Le zinester américain de science-fiction Louis Russel Chauvenet a d'ailleurs conceptualisé le mot fanzine en 1940 et a fait son entrée dans l'Oxford English Dictionary en 1949. Les progrès accomplis dans le domaine de la xérographie contribuent à l'essor de ces publications dans la sphère publique dès le début des années 1950, notamment aux États-Unis, permettant à la contreculture de se populariser à travers la BD, le polar, la poésie… Dans la foulée de mai 1968, le phénomène est adopté en France pour diffuser une expression politique et revendicative de tous bords (féministes, écolo, étudiants, anarchistes…). À la fin des années 1970, le fanzine devient l'un des médias fétiche du mouvement punk, notamment dans le domaine de la musique et des arts plastiques. On parle alors de « graff'zines », autrement dit des fanzines graphiques ("Bazooka", "Le Dernier Cri", "Bongoût" pour les plus représentatifs) aux ambitions artistiques affichées, généralement réalisés par des étudiants en école d'art. Depuis 1981, le Festival international de la bande dessinée d'Angoulême récompense chaque année les meilleurs fanzines. Le renouveau du rock à guitares, notamment garage et néo-psychédélique, s'accompagne au début des années 1980 d'une multiplication de titres de qualité tels "Nineteen" (Toulouse - Benoît Binet), "Tant Qu'il y Aura du Rock" (Poitiers - David Dufresne), "Thrills" et "Frissons" (Dieppe - Patrick Gioux - Michel Recher) (http://frissons.org/), "Fun" (Le Havre - Patrick Soubielle), "Psychotic Reaction" (Bordeaux - Jean-Charles Dubois), "Abus Dangereux" (Philippe Couderc et Cathy Viale - Bordeaux) "New Scene" (Paris - Stevie Gomez), "Inside Mind" (Bordeaux - Geordie Gomez), "Rock Ballad" (Bordeaux - Bernard Fretin). En France, le mouvement punk est relayé par le mouvement alternatif tout aussi centré sur l'expression musicale, mais nettement plus engagé politiquement comme en témoignent les titres, plus percutants ("On a faim", "Les Héros du Peuple sont immortels", "Cheribibi", "Hello Happy Taxpayer", "Crisantem" de voto) ou décalés ("Le Légume du jour", "Bruit d'odeur"…). Si l'intérêt pour cette presse libre a connu un certain déclin au milieu des années 1990, le succès d'Internet a permis à l'esprit libertaire et généralement militant qui est le sien de se pérenniser. Le webzine et le "e-zine", fanzinat sur Internet, touchent un public beaucoup plus large, tout en bénéficiant de coûts de production nettement moins élevés, et permettent une interactivité réellement accrue. Les musiques dites contestataires, comme le punk, le rock, le reggae, le punk hardcore, la techno ou encore le ska, sont encore aujourd'hui le terreau du fanzinat, qu'il soit traditionnel ou virtuel. Depuis le début des années 2000, apparaissent de nombreuses revues apériodiques sur le dessin créés par des artistes comme Rouge Gorge, Frédéric Magazine, FLTMSTPC… nourries des « zines » et des revues d'artiste. Ce nouvel élan arrive avec les nouveaux moyens d'impression numérique. Au cours des années 1990 sont apparues des « médiathèques alternatives » (fanzinothèques) pour fanzines et disques autoproduits, notamment à Toulouse, à Poitiers et à Bruxelles qui sont la mémoire du fanzinat culturel et artistique, à l'instar de la BNF pour la presse officielle. Fanzines autour de la japanime et du jeu vidéo. Dans les années 1990, au-delà des fanzines consacrés à la musique, sont apparus pendant une quinzaine d'années un grand nombre de fanzines consacrés à la culture japonaise, et plus spécialement des dessins animés (japanime) et du jeu vidéo. En 1990, le premier d'entre eux fut Mangazone qui était édité par l'association Saga, également éditrice de Scarce, un fanzine de Comics. En 1991 paraissait le premier numéro de Animeland qui devait par la suite se professionnaliser et devenir un magazine. Puis à partir de 1992, c'est une forme d'explosion avec Tsunami - qui devait également devenir un magazine, mais aussi l'effet Ripobe de François Jacques, Namida de René-Gilles Deberdt et bien d'autres. Alors qu'Internet n'existe pas encore ou n'est pas très répandu, ces fanzines sont échangés à l'occasion des conventions d'anime, leur existence est rendue publique par le biais des magazines de jeux vidéo, ou directement dans les boutiques spécialisées. Avant que les sites internet ne prennent le relais, ils contribuent directement à l'intégration de la culture japonaise en France. Modes de diffusion. Le fanzine est un support à diffusion limitée, de par son faible tirage et les frais occasionnés par une diffusion massive. On distingue quelques pratiques généralisées dans le monde du fanzinat afin de faciliter la diffusion des fanzines : Art Postal. Il existe des fanzines d'art postal, à la diffusion limitée de fait, puisque constitués d'œuvres originales collectées et redistribuées par la Poste. On peut citer ainsi Nada Zéro, édité par Christian Alle et mis en ligne par l'artiste Lauranne, qui diffuse aussi des informations sur des projets et contacts de "mail art". Entreprise originale et généreuse est entièrement gratuite : il suffit d'envoyer 20 œuvres de petit format pour recevoir à son tour un exemplaire. On peut citer aussi Circulaire 132, à Rimouski (Québec), un fanzine d'assemblage d'art postal en général destiné aux mailartistes pour permettre l'échange d'idées, faire connaître divers projets. Conservation et Fanzinothèques. Certaines bibliothèques ont développé un intérêt pour la conservation et le développement d’une collection comprenant les fanzines. Derrière cette volonté, plusieurs d'entre elles souhaitent pallier le fait que pendant longtemps, ce type de document n’a pas été collectionné parce qu’il était considéré mineur ou de piètre qualité pour ces institutions. Mais l’évolution du discours quant à la liberté intellectuelle, la préservation de l’héritage culturel et l’inclusion des minorités en bibliothèque contribue au désir d’inclure les fanzines dans leur collection puisque les fanzines sont issus le plus souvent de la sous-culture ou de communautés marginales. Cependant, le développement d’une collection de fanzine en bibliothèque représente plusieurs défis. La plupart des fanzines étant créés par des amateurs ne connaissant pas toujours le milieu littéraire, beaucoup d’entre eux échappent au dépôt légal institutionnel et ne possèdent donc pas de ISBN. Leur adaptation avec des reliures de bibliothèque est plus difficile à cause de leurs formats très variés et la fragilité de plusieurs d’entre eux, notamment dû aux matériaux avec lesquels ils sont fabriqués. Le catalogage des fanzines est complexifié par le fait que plusieurs d’entre eux sont publiés sous des pseudonymes, de façon anonyme ou par des auteurs qui préfèrent ne plus être associés à ces créations. Les politiques d‘acquisitions des bibliothèques rendent également l‘acquisition de fanzine plus difficile pour elles puisqu‘il faut souvent utiliser d‘autres moyens d‘acquisition, notamment le contact direct avec les créateurs et créatrices de fanzines, que les moyens traditionnels. Du côté archivistique, il existe plusieurs modes de conservations pour les fanzines. Plusieurs archivistes tendent à privilégier la numérisation afin d’éviter la surmanipulation des documents qui sont souvent fragiles. La préservation physique des fanzines et la prévention de leur détérioration peut être facilitée en les conservant dans un milieu à faible luminosité où l’humidité et la température sont contrôlées. Les Fanzinothèques sont les bibliothèques et conservatoires du fanzines, elles ont souvent des activités de ventes, et de laboratoire d'impression. Elles regroupent des documents souvent à partir des productions locales. Elles proposent des catalogages de leurs collections permettant une description des scènes locales. En France il n'y a qu'une seule fanzinothèque, à Poitiers. Au Canada, il existe à Montréal un centre de documentation consacré à la culture indépendante qui possède une collection importante de fanzines.
Francis Poulenc Francis Poulenc () est un compositeur et pianiste français, né le à Paris où il est mort le . Biographie. Le père de Francis Poulenc, Émile Poulenc (1855-1917), est l’un des fondateurs des établissements Poulenc frères qui deviendront plus tard le groupe Rhône-Poulenc. Sa mère, Jenny-Zoé Royer (1864-1915), fille d’artisans parisiens, lui apprend le piano dès l'âge de cinq ans. À partir de 1915, il se perfectionne auprès de Ricardo Viñes, qui lui fait rencontrer notamment Erik Satie, Claude Debussy et Maurice Ravel. Pendant son enfance, il est fréquemment à Nogent-sur-Marne où habite son grand père, Louis François Royer, au 4 rue de la Muette, et où par ailleurs sa sœur Jeanne est née le 26 mai 1886. Après une scolarité au lycée Condorcet, il connaît à dix-huit ans une première réussite lors d’un concert de musique « d’avant-garde » donné au théâtre du Vieux-Colombier, dirigé alors par la cantatrice Jane Bathori. Sa "Rapsodie nègre" (1917) lui ferme la porte du Conservatoire de Paris, mais attire l’attention du compositeur Igor Stravinsky, dont l'appui lui permet de faire publier ses premières œuvres aux éditions britanniques Chester. Grâce à son amie d’enfance Raymonde Linossier (1897–1930), il fréquente en compagnie de son ami Georges Auric (son « frère jumeau ») la Maison des amis des livres, tenue par Adrienne Monnier. Il y fait la connaissance des poètes d’avant-garde, tels que Jean Cocteau, Guillaume Apollinaire, Max Jacob, Paul Éluard, dont il mettra de nombreux textes en musique. Il compose "Le Bestiaire ou Cortège d'Orphée" (1918), un cycle de mélodies reprenant des poèmes de l'œuvre éponyme de Guillaume Apollinaire, et en confie la première exécution à Suzanne Peignot (1919). C'est à cette époque que se crée, sous l'impulsion de Jean Cocteau et d'Erik Satie, un collectif de jeunes compositeurs que le critique Henri Collet surnomme en 1920 le « groupe des Six », en référence au « groupe des Cinq » russes. Constitué, outre Francis Poulenc, de Georges Auric, Louis Durey, Arthur Honegger, Darius Milhaud et Germaine Tailleferre, il se veut une réaction contre le romantisme et le wagnérisme, mais aussi, dans une certaine mesure, contre le courant impressionniste, incarné notamment par Claude Debussy. Le groupe des Six ne créera pourtant que deux œuvres collectives : un recueil pour le piano, "Album des Six", et un ballet, "Les Mariés de la tour Eiffel" (sur un texte de Cocteau). De 1921 à 1925, Poulenc étudie la composition avec Charles Koechlin. Il reste néanmoins une sorte d’autodidacte : « Mon canon, c’est l’instinct », dit-il un jour. La première de son ballet "Les Biches", donné par les Ballets russes de Serge de Diaghilev, dans des décors et des costumes de Marie Laurencin, a lieu en janvier 1924. En 1926, il rencontre le baryton Pierre Bernac, à qui il demande d'interpréter les "Chansons gaillardes" composées la même année. Pierre Bernac deviendra son interprète-fétiche (Franck Ferraty parle de « partenaire affectif privilégié », bien que selon Wilfrid Mellers « malgré les inclinations homosexuelles de Francis, lui et Bernac ne furent pas amants ») et pour lequel il composera 90 de ses 145 mélodies . Il l’accompagne au piano à partir de 1935 (et jusqu'en 1959) dans des récitals de musique française à travers le monde entier. En 1927, il achète le Grand Coteau, une maison à Noizay, en Touraine, où il se réfugie dès lors pour composer. Le Grand Coteau est aujourd'hui ouvert à la visite chaque été. En 1928, il écrit pour la célèbre claveciniste Wanda Landowska le "Concert champêtre" pour clavecin et orchestre. L’œuvre est dédiée à son amant, le peintre Richard Chanlaire. Il crée son "Concerto pour deux pianos" en 1932 avec Jacques Février, fidèle interprète de ses œuvres. La mort de plusieurs amis et celle du compositeur et critique Pierre-Octave Ferroud, puis un pèlerinage à Rocamadour en 1935, le ramènent vers la foi catholique dont il s’était détourné depuis la mort de son père, en 1917. Même s'il continue à composer des mélodies légères, comme les "Quatre chansons pour enfants" (1934) sur des textes de Jean Nohain, certaines de ses œuvres se font plus sombres et austères. En 1936, il compose les "Litanies à la Vierge noire de Rocamadour", pour chœur de femmes et orgue (qu’il orchestrera ultérieurement), suivies de la "Messe en sol majeur pour chœur mixte a cappella" (1937) et des "Quatre motets pour un temps de pénitence" (1938-39). Pendant la Seconde Guerre mondiale, Poulenc écrit texte et musique des "Animaux modèles", ballet plein d’humour créé à l'Opéra de Paris en 1942 sur une chorégraphie de Serge Lifar, avec les costumes de son ami, le peintre et décorateur de théâtre Maurice Brianchon. L’œuvre peut être vue comme un acte de résistance en ce qu’elle fait entendre un passage de "Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine" – que les officiers allemands ne reconnurent pas à l'époque. La même année, il compose la musique du film "La Duchesse de Langeais" de Jacques de Baroncelli. En revanche sa cantate "Figure humaine" (1943) sur des textes de Paul Éluard doit attendre 1945 pour être créée (à Londres), sans doute en raison du poème qui la conclut : "Liberté". Poulenc la dédie à son compagnon d’alors, Raymond Destouches (un chauffeur rencontré au début des années 1930). Toujours en 1945, il crée un conte musical, "Histoire de Babar, le petit éléphant" d'après le personnage créé par Jean de Brunhoff. Grâce à Max de Rieux, il se lie d'amitié avec la jeune soprano Denise Duval, à laquelle il confie le rôle principal de son opéra bouffe "Les Mamelles de Tirésias" (d’après la comédie éponyme de Guillaume Apollinaire), qui est créé à l'Opéra-Comique en 1947. Poulenc continue à alterner mélodies, chœurs profanes ("Huit chansons françaises", 1945) ou religieux ("Stabat Mater", 1950), pièces orchestrales ("Sinfonietta", 1947), de chambre ou pour le piano. Le 7 novembre 1948, il donne son premier récital avec Pierre Bernac aux États-Unis. Il y rencontre notamment la soprano Leontyne Price, qui le met au programme de ses récitals, et le compositeur Samuel Barber, dont les "Mélodies passagères" seront créées à Paris par Bernac et Poulenc en février 1952. En 1953, le directeur des éditions Ricordi commande à Poulenc un ballet sur sainte Marguerite de Cortone pour la Scala de Milan. Poulenc décline l'offre mais s'intéresse au livret en italien que Flavio Testi a tiré d'une pièce représentée à Paris l'année précédente au théâtre des Arts par Jacques Hébertot, "Dialogues des carmélites", d'après un texte inédit de Georges Bernanos. Malgré des problèmes de droits et de santé, Poulenc se lance à corps perdu dans un sujet qui ne tarde pas à l'obséder, les angoisses de Blanche de la Force face à la mort faisant écho aux siennes, confronté à la longue agonie de son compagnon de l'époque, Lucien Roubert, un voyageur de commerce. Il adapte lui-même le texte de Bernanos pour une version française et achève sa partition en août 1955, au moment même de la mort de Lucien. "Dialogues des carmélites" est créé en italien à Milan le 26 janvier 1957 avec Leyla Gencer () et Virginia Zeani (Blanche), puis, dans la version française originale, à l'Opéra de Paris le 21 juin suivant sous la direction de Pierre Dervaux, avec Régine Crespin et Denise Duval dans les mêmes rôles. La première aux États-Unis a lieu en septembre de la même année au San Francisco Opera avec Leontyne Price, qui fait sa première apparition sur une grande scène d’opéra dans le rôle de . Il est suivi en 1958 par "La Voix humaine", tragédie lyrique d’après Cocteau, dédiée à son dernier amour, Louis Gautier, un travailleur manuel rencontré en 1957. En 1960-61, il est aux États-Unis pour les créations des "Mamelles de Tirésias" et de "La Voix humaine". Son "Gloria" pour soprano solo, chœur mixte et orchestre est créé simultanément à Boston par Charles Munch et à Paris par Georges Prêtre (janvier-février 1961). La même année, il publie un livre sur Emmanuel Chabrier. Il meurt le d'une crise cardiaque à son domicile du 5, rue de Médicis, face au jardin du Luxembourg. Il est enterré à Paris, au cimetière du Père-Lachaise (division 5) avec sa nièce, Brigitte Manceaux (05/12/1914 - 21/04/1963), fille de Jeanne Poulenc, qui fut sa secrétaire et confidente. Ses deux dernières compositions sont créées de façon posthume en avril et juin 1963 : la "Sonate pour hautbois et piano" par Pierre Pierlot et Jacques Février, et la "Sonate pour clarinette et piano" par Benny Goodman et Leonard Bernstein. Le critique Claude Rostand, pour souligner la coexistence chez Poulenc d’une grande gravité due à sa foi catholique avec l’insouciance et la fantaisie, a forgé la formule célèbre « moine ou voyou ». Ainsi, à propos de son "Gloria", qui provoqua quelques remous à sa création, le compositeur lui-même déclara : À Paris, le square Francis-Poulenc (6 arrondissement) et la place Francis-Poulenc (19 arrondissement) lui rendent hommage. À Nogent-sur-Marne, l'hôtel des Coignard abrite le Conservatoire de musique et d’art dramatique Francis Poulenc. Œuvres. Chansons et mélodies. Poulenc a composé près de deux cents mélodies ou chansons, la plupart accompagnées au piano, les autres par un orchestre de chambre ou un grand orchestre. Les premières œuvres sont souvent des chansons légères telles "Toréador" (1918), « chanson hispano-italienne » ou le cycle "Cocardes" (1919) sur des textes de Jean Cocteau (Poulenc était fasciné par le cirque, le music-hall et par des chanteurs comme Maurice Chevalier), mais à partir de sa rencontre avec Pierre Bernac, les mélodies se font plus lyriques, mettant en musique le plus souvent des poèmes de son cercle d’amis : Apollinaire, Louise de Vilmorin, Max Jacob et surtout Paul Éluard. Par la suite, il alterne les deux genres, revenant à la fantaisie avec, par exemple, en 1942 "Chansons villageoises", et en 1960 "La Courte Paille". Parmi ses adaptations de textes d’Apollinaire, "Bleuet" (1939) et "Montparnasse" (1945), mélodie qui demanda à Poulenc trois ans de travail pour trois courtes pages présentent le Poulenc de la maturité. Tout à fait à l’opposé, une œuvre comme "Les Chemins de l’amour" composée pour la « diva de l’opérette », Yvonne Printemps, pour la pièce d'Anouilh "Léocadia" (1940), correspond à sa veine populaire, tout comme "Voyage à Paris" du cycle "Banalités" (1940). "C" (1943), sur le poème de guerre de Louis Aragon "Les Ponts-de-Cé", est une de ses mélodies les plus souvent reprises. "Liberté", sur le poème "Liberté" d’Éluard, clôt la cantate "Figure humaine", créée sur la BBC en 1945 et dont la première française n’eut lieu qu’en 1947. Cocteau notait à propos des chansons et mélodies : Discographie sélective. Poulenc a laissé plusieurs enregistrements comme pianiste soliste ou accompagnateur. On dispose aussi d’enregistrements, parfois supervisés par lui, interprétés par des artistes qu’il privilégiait de son vivant, comme le baryton Pierre Bernac, la soprano Denise Duval, le pianiste Gabriel Tacchino ou le chef d’orchestre Georges Prêtre. Hommages. Sont notamment nommés en son honneur :
Faux-amis
Filtre Un filtre est un dispositif retirant certains éléments du flux qui le traverse, en les retenant ou redirigeant, les modifiant ou détruisant. Automobile. Divers filtres interviennent dans le domaine de l'automobile : Électronique et traitement du signal. En électronique, le terme "filtre" désigne à l'origine, par analogie avec les filtres de fluides, un circuit qui rejette une partie indésirable du signal ; par extension, un circuit qui réalise une opération de traitement du signal. On trouve notamment : On distingue le filtre actif qui est un type particulier de filtre électronique puisqu'il est construit au moins partiellement dans la boucle de contre-réaction d'un amplificateur et le filtre passif. On trouve également : Par extension, on appelle également filtre numérique un outil logiciel dont le but est la séparation des fréquences contenues dans un signal numérisé (son, profil d'état de surface, ...) ou dans une image physique (topographie, ...), dans ce cas le filtrage est souvent réalisé à l'aide de la transformée de Fourier discrète. Un ensemble de filtres utilisés dans l'analyse des états de surface est décrit dans la norme NF EN ISO 16610. En traitement de l'image, il est fait appel à des techniques de filtrage : En distribution d'énergie électrique, un filtre anti-harmonique est un filtre qui réduit les courants harmoniques ou tensions harmoniques dans les réseaux électriques HTA ou HTB. Physique et chimie. Un filtre sépare les éléments solides dans un flux de fluide, soit gazeux (par exemple filtre à air) soit liquide (eau, huile). Les passoires et les pommelles, ou crépines, sont des filtres. Quand on trie des éléments solides de diverses grosseurs dans un flux rendu fluide par la vibration, on parle de tamis ou de crible (sable, gravier, patates, fruits, farine). Une grande partie des filtres communs (machines à laver, hottes aspirantes, filtres automobiles) sont produits en tissus métalliques avec des maillages extrêmement fins, comme le métal déployé et la toile tissée. C'est le sens originel du terme, une évolution du mot "feltre" qui a donné "feutre".
Fonds monétaire international Le Fonds monétaire international (FMI ; , "IMF") est une institution internationale regroupant , dont le but est de . Le FMI a ainsi pour fonction d'assurer la stabilité du système monétaire international (SMI) et la gestion des crises monétaires et financières. Pour cela, il fournit des crédits aux pays qui connaissent des difficultés financières mettant en péril l'organisation gouvernementale du pays, la stabilité de son système financier (banques, marchés financiers) ou les flux d'échanges de commerce international avec les autres pays. Lors d'une crise financière, pour éviter qu'un pays ne fasse « défaut » (c'est-à-dire que ce pays ne puisse plus rembourser ses créanciers, voire ne plus payer ses dépenses courantes), le FMI lui prête de l'argent le temps que la confiance des agents économiques revienne. Le FMI conditionne l'obtention de prêts à la mise en place de certaines réformes économiques visant en principe à réguler la gestion des finances publiques (ingérence financière) et à établir une croissance économique équilibrée à long terme. L'institution est créée le et devait à l'origine garantir la stabilité du système monétaire international, dont l'écroulement après le krach de 1929 avait eu des effets catastrophiques sur l'économie mondiale. Après 1976 et la disparition d’un système de change fixe, le FMI perd l'essentiel de sa raison d'être et hérite d'un nouveau rôle face aux problèmes d'endettement des pays en développement et à certaines crises financières. Histoire. Création. Le FMI est né en juillet 1944 lors de la conférence de Bretton Woods. L'objectif était de garantir la stabilité du système monétaire international de l'après Seconde Guerre mondiale en empêchant les grandes économies mondiales de retomber dans la situation des années 1930, où les dévaluations de monnaie et les décisions de politique économique unilatérales avaient aggravé les tensions internationales. Le nouvel ordre économique proposé par le représentant américain Harry Dexter White reposait sur trois règles : Le rôle du système monétaire international est donc de promouvoir l'orthodoxie monétaire afin de maintenir un contexte favorable à l'essor du commerce mondial, tout en accordant des prêts à certains pays en difficultés dans le contexte de la reconstruction d'après guerre. Le FMI est plus ou moins complémentaire des autres grandes institutions économiques créées à l'époque : la BIRD (Banque internationale pour la reconstruction et le développement, aussi appelée Banque mondiale) qui est créée en même temps que le FMI, ainsi que le GATT ("") signé peu de temps après. Lors des négociations de Bretton Woods, le représentant britannique, l'économiste John Maynard Keynes, souhaitait la création d'une institution bien plus importante, une véritable Banque centrale mondiale destinée à émettre une monnaie internationale, le « Bancor ». Cette proposition est cependant rejetée. Elle aurait signifié pour les États-Unis une perte de souveraineté vis-à-vis d'une institution internationale et les aurait empêchés de profiter de la position dominante du dollar américain à l'époque. Système de Bretton Woods. Le rôle du FMI est initialement de tenter de garantir le bon fonctionnement du système monétaire de Bretton Woods. Lorsque certains pays se révélaient incapables de maintenir la valeur de leur monnaie dans la marge des 1 % prévue par les accords de 1944, ils pouvaient recourir à des dévaluations ou à des réévaluations selon les cas. Si leurs réajustements monétaires étaient supérieurs à 10 %, ils devaient alors obtenir l'accord préalable de l'organisation. Pour tenter d'éviter ce genre de situation, le FMI joue un rôle d'intermédiaire financier entre États membres. Ainsi chaque État doit verser à l'organisation une certaine somme, nommée « "quote-part" » et dont le montant est déterminé par sa puissance économique, elle-même mesurée par son PNB et par l'importance de son commerce extérieur. 25 % de cette quote-part doivent être payés en or, le reste en monnaie nationale. En cas de déséquilibre de sa balance des paiements risquant de menacer l'équilibre monétaire sur le marché des changes, chaque pays membre peut obtenir automatiquement 25 % de sa quote-part (« "droit de tirage" »), lui permettant de soutenir, par l'achat, sa monnaie nationale. Si le FMI le juge nécessaire, il peut prêter à ce pays jusqu'à 125 % de sa quote-part. Ses prêts sont censés permettre aux banques centrales de défendre leur monnaie sur le marché des changes. L'octroi de ces crédits est soumis à conditions et le pays demandeur doit s'engager dans une politique d'ajustement conseillée par l'organisation afin de remédier aux causes de la dépréciation de sa monnaie. Le FMI fonctionne par ailleurs sur un système d'élection à majorité, où les voix sont pondérées par le montant de la « quote-part ». Ainsi à sa création, les États-Unis à eux seuls détiennent 25 % des voix, puis 17 % par la suite. Les États-Unis sont par ailleurs les seuls à disposer d’un droit de veto au sein de cette organisation. On remarque que dans un tel système, seuls les États-Unis n'ont pas besoin de se soucier, "a priori", du cours de leur monnaie vu qu'elle fait office d’étalon. Ainsi les États-Unis pouvaient connaître d'importants déficits sans être soumis aux remarques du FMI. Premières propositions de réforme. Dans le cadre des accords de Bretton Woods, chaque banque centrale nationale devait être en mesure d'échanger en or ou en dollar, toute somme de sa monnaie nationale qui lui serait présentée par un détenteur étranger (principe de la convertibilité externe). C’est-à-dire qu'une banque nationale comme la Banque de France devait, si un Allemand possédant des francs lui demandait, lui échanger contre des dollars américains ou de l’or. Dans ce système, le dollar s’était d’abord révélé trop rare pour assurer cette fonction, mais à partir des années 1950, les déficits américains permirent de faire du dollar une monnaie abondante. En 1959, certains pays demandèrent aux États-Unis la conversion de leurs dollars en or, ce qui provoqua une première crise du système. Face à cette crise, l’économiste belge Robert Triffin ("L’or et la crise du dollar", 1960) propose une réforme du FMI. Selon lui le système monétaire de Bretton Woods est confronté à un dilemme, aujourd’hui connu sous le nom de dilemme (ou paradoxe) de Triffin car : Pour Robert Triffin, les emprunts concédés par le FMI sont insuffisants pour permettre aux banques centrales en difficulté de maintenir la parité officielle de leur monnaie sur le marché des changes. Il souhaite donc un renforcement du rôle de l’organisation en permettant des prêts plus importants qui seraient octroyés, non en monnaie nationale, mais dans une unité de compte commune et propre au FMI. Dans un tel système tous les pays devraient déposer une proportion uniforme de leurs réserves monétaires. Ces dépôts seraient comptabilisés dans une unité commune qui ne serait pas le dollar mais qui serait aussi convertible en or. Cette nouvelle unité de compte sous le contrôle du FMI permettrait la stabilité du système monétaire international, et résoudrait la contradiction qui découle du rôle prépondérant du dollar américain. Cette proposition célèbre ne sera pas retenue, bien que le diagnostic de Robert Triffin se révélera exact. Création des droits de tirage spéciaux. Une crise similaire à celle de la fin des années 1950 se produit à la fin de la décennie suivante. À nouveau les spéculateurs jouent contre le dollar. Les détenteurs de la monnaie américaine demandent sa conversion en or, ce qui provoque en mars 1968 la suspension de la convertibilité externe du dollar, mesure visant à limiter la sortie d’or des coffres américains. En 1969, face à l’incapacité du dollar à jouer son ancien rôle, le FMI va créer de toutes pièces une nouvelle monnaie, toujours existante, le DTS (droit de tirage spécial). Le DTS est alors une monnaie définie par une parité en or ; elle fut à plusieurs reprises octroyée aux différents pays membres, selon leur quote-part, afin de créer de nouvelles liquidités internationales (en 1970, 1978 et 1981 puis récemment à certains pays n’étant pas membres de l’organisation aux dates précédentes, et ce dans un souci d’« équité »). La fin du système de Bretton Woods. Le , les États-Unis ont sonné la fin effective du système de Bretton Woods, en suspendant la convertibilité de dollar américain en or. Le rôle initial principal du FMI, garantir la stabilité des taux de change dans une marge de 1 %, a disparu. Le système des taux de change fixes s'écroule définitivement en <time>mars 1973</time> avec l'adoption du régime de changes flottants, c'est-à-dire qu'ils s'établissent en fonction des forces du marché. Il n'y a plus de système monétaire international organisé. Le , les membres du FMI signent les accords de la Jamaïque qui permettent le flottement des monnaies. Depuis 1971, le prix de l'or a flambé de jusqu'à l'once en 2011 pour franchir le seuil symbolique des 2000$ au cours de l'année 2021. Années 1980-90. Pour ce qui est des pays en développement, l’analyse des experts du FMI est simple. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les pays ayant choisi d’opter pour une croissance introvertie, comme longtemps la République populaire de Chine et l’Inde, n’ont pas connu de forte croissance, tandis que d’autres, comme les « dragons asiatiques », ont utilisé leurs avantages, dont une main-d’œuvre peu couteuse, pour s’ouvrir au commerce international et prospérer. Le FMI cherche donc généralement à contraindre les pays en développement à s’ouvrir au commerce extérieur. Lors des années 1980, le FMI prend un nouveau rôle face à l’éclatement de la crise de la dette du tiers monde et impose ses politiques économiques d’ajustements structurels et de lutte contre la pauvreté à de nombreux pays d’Afrique et d’Amérique latine. Le début des années 1990 est marqué par l’éclatement du bloc soviétique et la nécessité vue par le FMI d’organiser le système monétaire des pays d’Europe de l'Est et de la Russie en vue d’une intégration dans le système financier mondial et d’une meilleure transition de ces économies dirigées vers l’économie de marché. Au début des années 1990, les financiers internationaux avaient relancé leurs prêts au Mexique dans un contexte de réforme de marché qui visait à libéraliser l’économie. Toutefois à la fin 1994, les marchés financiers changèrent soudainement leur appréciation de la situation mexicaine, craignant d’avoir prêté davantage que le pays ne pourrait rembourser. La crise financière qui découla de ce soudain changement d’humeur des marchés entraîna un renflouement immédiat des investisseurs par le FMI et la Réserve fédérale des États-Unis (Fed). La crise fut rapidement surmontée. Pour certains analystes, le redressement rapide du Mexique n’est pas imputable au FMI mais au rôle des crédits commerciaux américains et à l’intégration du pays dans la toute nouvelle ALENA (Accord de libre-échange nord-américain). Crise asiatique (1997). La crise financière asiatique touche d’abord l’Indonésie en 1997 où le FMI impose une politique d’austérité monétaire et de rigueur budgétaire, malgré l’instabilité sociale et ethnique du pays. Plusieurs banques furent fermées, ce qui provoqua selon certains analystes une aggravation de la crise. Face à l’expansion de la crise, les pays d’Asie ont adopté des positions différentes vis-à-vis des politiques préconisées par le Fonds monétaire international. Certains pays comme la Chine ont évité la crise en adoptant des politiques d’expansion économique. La Malaisie n’a elle non plus pas suivi les conseils de l’institution et a pris des mesures telles que le contrôle des mouvements de capitaux, ce qui a suscité des reproches du FMI. Toutefois, d’autres pays ont connu un relèvement rapide en adoptant partiellement les mesures préconisées par le FMI. C’est le cas de la Corée du Sud, qui se garda pourtant d’adopter toutes les mesures proposées. Depuis l'année 2005, les crédits accordés par le FMI se sont réduits drastiquement, du fait de la bonne santé économique du monde et des pays d'Amérique latine en particulier. Selon Daniel Cohen, le FMI, qui a préconisé pendant un temps un libéralisme très idéologique (au cours des années 1990), est passé depuis à une situation de « pragmatisme absolu ». Le mardi 14 avril 2020, le FMI annonce qu'il viendra en aide auprès de 25 pays pauvres. Cette aide prendra la forme d'un versement qui permettra à ces pays de mieux faire face aux difficultés économiques créées par la crise Covid-19. En janvier 2021, le FMI annonce que la dette publique mondiale frôle les 100 %, avec un endettement global de 98 % ; ce qui dépasse l'endettement causé par la crise de 2009. Objectifs. Depuis 1976, le rôle défini du FMI consiste en premier lieu à soutenir les pays connaissant des difficultés financières. Lorsqu’un pays est confronté à une crise financière, le FMI lui octroie des prêts afin de garantir sa solvabilité et d’empêcher l’éclatement d’une crise financière. L'article I des statuts du FMI en fixe les buts : « Encourager la coopération monétaire internationale ; faciliter l'expansion et l'accroissement harmonieux du commerce mondial ; promouvoir la stabilité des changes ; aider à établir un système multilatéral de paiements ; mettre temporairement, moyennant des garanties adéquates, ses ressources générales à la disposition des États membres qui font face à des difficultés de balance des paiements. Plus généralement, et conformément à ses autres buts, le FMI a pour responsabilité d'assurer la stabilité du système financier international. » Le FMI est en ce sens, le responsable de dernier ressort de la liquidité du système financier international, pour éviter le blocage des échanges et la contagion à tout le système (risque systémique) de problèmes momentanés de solvabilité d'un pays donné ou d'une banque centrale donnée. C'est une sorte de « banque centrale des banques centrales et trésors publics ». Dans le cadre des prêts qu’il accorde, le FMI se doit de garantir auprès de ses contributeurs la bonne utilisation des fonds alloués à tel ou tel pays. Il ne s’agit pas seulement de retarder la crise par l’octroi d’une aide monétaire temporaire, mais de profiter du répit accordé par le prêt pour corriger les causes structurelles des difficultés économiques. Ainsi le FMI exige des emprunteurs qu’ils mettent en place les politiques économiques qu’il préconise : les « politiques d'ajustement structurel ». Finalement les trois grandes missions du FMI sont : Politiques préconisées. Là où il intervient, le FMI, avec l’aide d’autres organisations internationales octroyant des prêts (comme la Banque mondiale), négocie donc des plans dits d’ajustement structurel. Ils consistent généralement à améliorer les conditions de production et d’offre "via" la promotion des mécanismes du marché. Parmi les mesures concrètes souvent exigées, on trouve l’ouverture du pays aux capitaux étrangers et au commerce international, la libéralisation du marché du travail et la réduction du poids de l’État, c’est-à-dire la privatisation de nombreuses entreprises. L’économiste anglais John Williamson a regroupé l’ensemble de ces idées sous le terme de « consensus de Washington », en soulignant qu’elles sont partagées par la plupart des grandes organisations internationales (Fonds monétaire international, Banque mondiale, Organisation mondiale du commerce…) dont la plupart ont leur siège à Washington. Ces plans ne prévoient pas de baisses d'impôts, mais en général des baisses de dépenses conjuguées à des hausses d'impôts afin de rétablir l'équilibre budgétaire des États à problème. Par exemple, au Cameroun, le plan d'ajustement s'est traduit par des hausses de la fiscalité au point que le groupement patronal a dû demander une « pause fiscale » de deux ans pour pouvoir faire face aux nouveaux impôts. Les interventions du FMI se sont multipliées dans les pays en développement à partir des années 1980 qui virent éclater la crise de la dette du tiers monde, notamment à partir de 1982 et la cessation de paiement du Mexique. Toutefois le FMI est aussi parfois intervenu dans des pays développés, comme en Corée du Sud à la fin des années 1990. Depuis 2000, le FMI est devenu de plus en plus impliqué dans des pays développés, comme la Grèce en 2010 et 2011, le Portugal, l'Irlande, la Roumanie et l'Ukraine en 2012. En janvier 2012, ces cinq pays étaient les plus grands emprunteurs du FMI. En 2013, le FMI a monté un prêt de de dollars pour le système bancaire de Chypre. L’encouragement à la dérégulation du marché du travail. La déréglementation du marché du travail est une idée fréquemment mise en avant par le FMI pour soutenir la croissance économique. Le FMI utilise ainsi l'« indice de protection de l'emploi » (créé par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE)), pays par pays, et encourage sa diminution. Par exemple, le FMI a étudié le cas de la France et encourage le gouvernement à lutter contre les rigidités sur le marché du travail. Il encourage le gouvernement à éviter de nouvelles revalorisations du SMIC, et à limiter les phénomènes de « passager clandestin » pour le versement des revenus d'inactivité. Pourtant, en juillet 2009, le Fonds monétaire international, alors dirigé par Dominique Strauss-Kahn, publie un rapport sur les finances de la France. Si le rapport note que ce pays , grâce, notamment, à son système de protection sociale étendu, il recommande par ailleurs de (pensions, santé), prône . Fonctionnement. Le FMI est gouverné par ses membres, en date d'octobre 2020, chacun ayant une voix pondérée par sa participation financière à l'organisation (sa « quote-part »). prennent de nombreuses décisions en concertation avec la Banque mondiale au sein du « Comité de développement ». Sa gestion courante est confiée à un conseil d'administration composé du président de l'organisation et de représentant chacun une nation. Huit d'entre elles en 2020 ont un représentant permanent (États-Unis, Royaume-Uni, France, Allemagne, Japon, République populaire de Chine, Russie et Arabie saoudite), les sont élus par les pays membres. La plupart des décisions sont prises dans les faits à l'unanimité. Cependant, compte tenu des modalités de prise de décision au sein du FMI, qui supposent une majorité qualifiée correspondant à 85 % des droits de vote, les États-Unis, ou l'Union européenne dans son ensemble, disposent de fait d'un droit de veto sur les décisions du FMI puisqu'ils disposent chacun de plus de 15 % des droits de vote. Cependant, les pays de l'UE ne sont pas toujours coordonnés. Les ressources du FMI liées aux quotes-parts sont d'environ de DTS (soit de dollars américains), auxquels s'ajoute la possibilité pour le FMI de recourir à des emprunts envers les grandes puissances économiques (ces crédits sont de l'ordre de de dollars). Lors du sommet du G20 de Londres le 2 avril 2009 il a été décidé d'accroître significativement les ressources du FMI à hauteur de de dollars pour mieux faire face à la crise mondiale. Les pays émergents s'estiment en effet sous-représentés dans les institutions financières existantes. La réforme aura fait passer de 4 à 6,4 % les droits de vote de la Chine, ce qui l'aurait placée juste derrière le Japon mais loin encore derrière les États-Unis dont la quote-part n'aurait que légèrement diminué que de 17,7 à 17,4 %. Cette réforme aurait permis aux pays des BRICS d'être parmi les ayant la plus forte quote-part, au détriment notamment du Canada. En août 2010, admissibles à voter représentant 99 % du quota avait approuvé cette hausse. Bien que signé par le président américain Barack Obama en 2010, les Républicains du Congrès des États-Unis ont refusé de ratifier ce projet de réforme du Fonds Monétaire International. Le FMI compte environ . La seule langue officielle du FMI est l'anglais. Directeur général. Depuis 1946, le poste de directeur général du FMI est successivement occupé par les personnes suivantes : En 2011, la rémunération annuelle globale de Christine Lagarde est fixée à (nets d'impôts) : soit un salaire annuel de auxquels s'ajoute une allocation de frais de . Une retraite annuelle est également attribuée trois ans après la fin de la présidence. États-membres. Les retraits de pays. Les pays non membres du FMI au sont : Andorre, la Corée du Nord, Cuba, le Liechtenstein, Nauru, Monaco et le Vatican. Le , le Soudan du Sud a adhéré à l'institution ; Nauru (12 avril 2016) et Andorre (16 octobre 2020) y sont depuis entrés. Il y a donc désormais, fin 2021, 190 pays membres du FMI. Principaux pays membres par droits de vote. Actualisé en mars 2021 : Les principales décisions nécessitent 85 % des votes, ce qui donne aux États-Unis un droit de veto. La réforme des droits de vote. En 2010, le FMI est réformé par consensus au sein du G20 entre les pays riches et émergents. 6 % des quotas du FMI (qui ouvrent des droits de vote) sont transférés aux pays émergents ; l'Europe perd en influence, cédant deux sièges (sur les vingt-quatre que compte le conseil d'administration du FMI), au profit des BRICS, qui gagnent en puissance. Le ministre des Finances indien, Pranab Mukherjee, satisfait de la réforme, a déclaré : . Critiques. Sur sa fonction principale : arbitre des déséquilibres mondiaux. Les statuts du FMI prévoient que les États membres s'engagent à n'avoir ni déficits ni excédents démesurés. Créé pour tenir un rôle d'arbitre impartial du rééquilibrage financier mondial, le FMI s'est montré totalement impuissant à agir sur les déséquilibres mondiaux. Vote en rapport avec la puissance économique et partialité. Les États-Unis sont le contributeur principal du FMI, et possèdent ainsi 16,53 % des droits de vote. L'Union européenne possède 29,61 % des droits de vote. Les neuf premiers pays, qui représentent plus de 50 % du PIB mondial, ont la majorité des droits de vote alors que le FMI compte 190 pays membres, ce qui fait dire aux détracteurs du FMI qu'il est un instrument au service des grands pays riches, qui financeraient le FMI pour imposer les vues économiques de l'organisation sur les pays qui choisissent d’avoir recours aux financements du FMI. Ce système de suffrage censitaire est critiqué, notamment par les tenants de la . Selon une règle tacite, le directeur du FMI est un européen (l’Europe se choisit un candidat susceptible de recueillir l'approbation du conseil d’administration), alors que le président de la Banque mondiale est un américain. Certains dirigeants des pays en développement s'insurgent contre cette pratique, tels l'ancien président de la Commission de l'Union africaine Alpha Oumar Konaré qui voudrait y mettre un terme. Elle est également critiquée par le ministre russe des Finances, Alexeï Koudrine, qui estime que ce système de sélection est également injuste envers les autres grands pays du monde tels le Brésil, l'Inde ou la Chine. Les prêts accordés par le FMI étant sous condition économique, c'est celui-ci qui se retrouve par extension à définir la politique économique et parfois sociale du pays. Certains économistes parlent donc du FMI comme d'une institution qui perpétuerait de façon tacite le colonialisme. La répartition des droits de vote pose pour certains la question de l'équité du FMI : dans "La Grande Désillusion", l'économiste américain Joseph E. Stiglitz fait par exemple du FMI une institution au service de son principal actionnaire, les États-Unis. Sa critique met régulièrement en lumière la partialité du FMI qui risque d'entraîner le déclin de cette institution : . Inadéquation des méthodes d'analyse et faillite de la mission de surveillance. Un rapport indépendant rédigé par une équipe du Bureau indépendant d'évaluation du FMI (BIE) concernant la période (2004-2007) qui a précédé la crise financière et économique mondiale a pointé du doigt l'incapacité du FMI à prévoir la crise durant ces années. Le rapport souligne que pendant cette période le et que le FMI a partagé l'idée alors répandue . Jusqu'aux premières heures de la crise et encore en avril 2007, le . Le FMI n'aurait accordé que peu d'attention à la dégradation du bilan des secteurs financiers, aux liens éventuels entre politique monétaire et déséquilibres mondiaux, ainsi qu'à l'expansion du crédit. Le FMI n'a pas perçu les principales composantes sous-jacentes de la crise en gestation. Aux États-Unis, il n'a pas analysé la dégradation des normes d'octroi des financements hypothécaires, ni le risque que cette situation faisait porter aux institutions financières et . En février 2006, le Programme d'évaluation du secteur financier (PESF) traitant du Royaume-Uni affirme que . Pour l'Islande, dont la croissance du secteur bancaire passait de 100 % du PIB à 1000 % en 2003, la surveillance du FMI . En 2007, les rapports du FMI affirment que . Le FMI a au contraire salué les « innovations financières » et a recommandé à d'autres pays avancés d'utiliser les mêmes méthodes que les États-Unis et le Royaume-Uni. Dans cette optique, le FMI critique en 2006 l'Allemagne et le Canada. Pour ce dernier, il précisait que . Les conseils du FMI pour ces pays ont précisément été axées contre les . Si l'édition du printemps 2008 du "Rapport sur la stabilité financière dans le monde" (GFSR) signalait que de grandes institutions financières pourraient avoir des problèmes de solvabilité, durant l'été 2008, le FMI . En mai 2008, Dominique Strauss-Kahn affirme depuis Bruxelles, au sujet du secteur financier : . Le rapport du BIE explique l'incapacité du FMI à identifier les risques et à donner des avertissements par différents facteurs : Politique considérée comme néfaste pour les pays en développement. Les critiques adressées au FMI ont pour source la plupart des organisations altermondialistes et proviennent également d'économistes réputés libéraux (tels que Milton Friedman) ou de la Banque mondiale. Elles considèrent que les interventions du FMI, même si elles permettent un dépannage momentané des pays du tiers monde qui les acceptent, aggravent la pauvreté et les dettes en supprimant ou diminuant la capacité d'intervention de ces États, ce qui les empêcherait de mieux régler leurs problèmes. L'argument principal se base sur le fait que le FMI préconise les mêmes recommandations économiques et globalement les mêmes plans d'ajustement structurel (essentiellement des privatisations et des ouvertures du marché intérieur) à tout pays demandeur d'aide, sans analyser en profondeur la structure de chacun. Sur la base du « Consensus de Washington », il préconiserait le plus souvent une plus grande ouverture aux capitaux, aux services et biens mondiaux, la privatisation des entreprises publiques ainsi que l'austérité budgétaire. On peut prendre comme exemple l'Argentine, qui était considérée comme un pays modèle par le FMI (pour avoir suivi à la lettre ses recommandations), mais qui a connu une grave crise économique en 2000, entraînant un chaos (avec cinq présidents en dix jours en 2001). À ce sujet, l'Américain Joseph E. Stiglitz a développé ces critiques, notamment sur la période 1990-2000, dans son livre "La Grande Désillusion" (2002). Au sujet de l'intervention du FMI dans les pays asiatiques, notamment l'Indonésie, l'économiste libéral Milton Friedman a même déclaré que « sans le FMI, il n'y aurait pas le problème de l'Asie. Il y aura peut-être des cas isolés, comme la Thaïlande, mais, il n'y aurait pas une si grande crise à travers l'Asie ». La direction de la Banque mondiale s'est également montrée distante par rapport à la position du FMI et a renforcé l'impression que les deux institutions ne parlent plus systématiquement d'une même voix. M. James Wolfensohn neuvième président de la Banque mondiale, dans son discours du , a déclaré . Dans son livre "", Michel Chossudovsky impute au FMI l'éclatement de la fédération yougoslave, qui « est directement relié au programme de restructuration macro-économique imposé au gouvernement de Belgrade par ses créanciers de l'extérieur. Adopté en plusieurs étapes depuis 1980, ce programme a contribué à déclencher l'effondrement de l'économie nationale qui a mené à la désintégration du secteur industriel et au démantèlement graduel de l'État providence. Les tendances séparatistes alimentées par les divisions sociales et ethniques ont justement pris leur élan pendant une période d'appauvrissement brutal de la population yougoslave ». Les populations peuvent être très critiques face aux politiques d'ajustement structurel (PAS). Par exemple, le Sénégal a dû privatiser ses chemins de fer, ce qui a abouti à la suppression de la ligne que l'Office national vétérinaire utilisait. Cette mesure conduisit donc à l'élévation des prix des produits vétérinaires, entraînant un développement des épidémies et des parasites, aboutissant à l'abattage des troupeaux, abaissant la qualité sanitaire des animaux et empêchant l'exportation du bétail. La situation en Guinée et au Ghana est sensiblement la même. En Mauritanie, la suppression de la propriété collective traditionnelle de la terre a entraîné une concentration de la propriété foncière dans les mains de transnationales du secteur agroalimentaire, de grandes inégalités et du désordre social. Enfin, le FMI a subi un second revers en Amérique Latine, notamment en Argentine, dont le président Néstor Kirchner a rééchelonné unilatéralement la dette avec les créanciers privés, tout en escamotant 75 % de celle-ci. Après avoir retrouvé dès 2003 d'importants taux de croissance (autour de 9 %), elle a finalement décidé en 2005 le remboursement total de sa dette de façon anticipée prévue normalement en 2007, afin d'éviter l'étranglement de son économie par les intérêts, ce qui avait conduit à la crise financière selon Néstor Kirchner. Avec le remboursement de sa dette de 9,6 milliards de dollars au FMI, , a dit M. Kirchner. Le FMI s'est félicité du remboursement intégral de la dette de l'Argentine. Selon Joseph Stiglitz ("Quand le capitalisme perd la tête"), les aides accordées par le Trésor américain et le FMI ont contribué à réunir les conditions d’une crise en Argentine. D’après lui, les emprunts concédés à ce pays ont permis aux créanciers d’accorder des prêts sans se soucier de la condition économique réelle des emprunteurs : ils pensaient qu’ils seraient de toute manière renfloués par le FMI (voir à cet effet l'Aléa moral). De leur côté les emprunteurs ont effectué un raisonnement similaire ce qui a finalement déstabilisé la situation financière du pays et alimenté la spéculation. Les États-Unis, via le FMI, avaient aussi imposé une libéralisation des flux de capitaux et une déréglementation du système bancaire. Certains pays d’Amérique latine, en particulier l’Argentine et le Chili ont été montrés comme exemples de la bonne mise en application des principes du « consensus de Washington ». Si les deux pays ont connu en effet une certaine réussite, l’Argentine a fini par voir son économie s’écrouler en 2001. Ensuite, c’est au contraire en n’appliquant pas les recommandations du FMI que l’économie du pays s’est redressée. Le Chili continue quant à lui son développement sur un très bon rythme de croissance. Critiques lors de la crise asiatique. Ses critiques. Durant la crise asiatique, certains pays se sont par ailleurs montrés extrêmement critiques vis-à-vis de la gestion de cette dernière par le FMI. Le Japon, en se gardant de critiques ouvertes vis-à-vis de l’institution, a pourtant proposé en 1997 la création d’un Fonds monétaire asiatique (l'initiative de Chiang mai) auquel il se déclarait prêt à contribuer à hauteur de de dollars. Cette initiative a vu plusieurs étapes. La première étape, en 1997, était la création d'un accord de swap asiatique réciproque entre cinq pays (Indonésie, Malaisie, Philippines, Singapour et Thaïlande) qui a atteint de dollars. Ceci était totalement inadéquat lorsque la crise financière a frappé en 1997. La deuxième étape en 2000 était d'inclure le Japon, la Chine et la Corée, mais quand la crise Lehman a frappé en 2008, ce filet de sécurité a été élargi à , et ensuite doublé à de dollars en 2012. Dans son analyse de la crise financière asiatique, l'Institut de la Banque asiatique de développement (ADBI) a conclu que l'évaluation de la crise du FMI était défectueuse. La crise asiatique était fondamentalement différente de la crise de compte courant conventionnel typique de la plupart des pays en voie de développement, comme en Amérique latine. Selon l'ADBI, la crise était largement celle du compte de capital, dû à l'exposition d'un décalage conjoint des maturités et des risques de taux de change. En fait, la libéralisation prématurée du compte de capital a créé de fortes incitations à financer des projets d'investissement à long terme, grâce à des financements étrangers à court terme beaucoup moins chers. Cette stratégie a été assez rentable lorsque le taux de change est resté stable. Mais en raison d'une surveillance prudentielle inadéquate, une bulle spéculative s'est développée et a finalement éclaté. Par conséquent, dans ce cas, l'Asie avait besoin d'un échelonnement approprié des réformes financières, institutionnelles et de gouvernance internes - avant la libéralisation du compte de capital. Ainsi, la politique conventionnelle du FMI d'austérité budgétaire, les conditions monétaires serrées et surtout la dévaluation étaient inappropriées. Selon Martin S. Feldstein, les programmes du FMI en Asie sont allés bien au-delà du rôle traditionnel du FMI. Au lieu d'exiger des politiques macroéconomiques qui peuvent améliorer le compte courant nécessaire, le FMI est intervenu dans les politiques détaillées sur les marchés du travail, la structure des entreprises, les banques, les impôts, les réglementations spécifiques, et les règles d'importation. De même, le FMI a cherché à substituer ses prêts pour les obligations à des banquiers étrangers quand il aurait plutôt dû chercher à réunir les emprunteurs et les créanciers pour restructurer les prêts privés. Ces problèmes sont particulièrement répandus dans les politiques imposées à la Corée. Ces différences dans l'évaluation des causes de la crise expliquent l'hésitation de la Corée à rechercher un plan de sauvetage du FMI en novembre 1997, suivi par sa sortie rapide du programme de stand-by et le remboursement de ses prêts du FMI en décembre 2000, une fois l'économie stabilisée. Cela explique aussi le succès de la Malaisie pour traverser la crise en refusant l'approche de l'austérité du FMI, et en mettant en œuvre des contrôles de capitaux. Dans le même esprit, le rapport de la Commission Meltzer établi par le Congrès des États-Unis (1998) était assez critique du rôle du FMI dans la crise financière de 1997. La crise financière mondiale qui a éclaté en 1997 a ouvert la voie pour le premier véritable débat depuis plusieurs décennies sur le rôle du FMI. La plupart des analystes conviennent que les politiques de libéralisation des marchés de capitaux et financiers en Asie de l'Est, promues par le FMI au début des années 1990, ont probablement aggravé la crise. Après la fuite des capitaux volatiles, les pays asiatiques ont plongé dans une chute libre économique ; or le FMI prescrit des mesures économiques difficiles qui dans certains pays ont aggravé la crise. Ses défenseurs. En réponse à ces nombreuses critiques, Stanley Fischer a défendu l'approche du FMI. Les politiques monétaires et budgétaires restrictives dans les économies asiatiques en crise étaient nécessaires pour consolider la confiance dans leurs devises et financer les coûts énormes de la restructuration financière. . Dans le même esprit, une critique commune est que le FMI impose des politiques économiques sévères sur les gouvernements, écrasant les espoirs et les aspirations de leur peuple. Mais du Pérou en 1954 à la Corée du Sud en 1997 et à l'Argentine en 2002, les gouvernements des pays en voie de développement ont cherché l'aide du FMI parce qu'ils étaient déjà en difficulté financière profonde. Le FMI intervient lorsque les créanciers privés craignent d'intervenir. De plus, il offre des prêts à faibles taux d'intérêt. Le FMI ne crée pas de l'austérité, dit Kenneth Rogoff. D'ailleurs, il ajoute que les politiciens font du FMI « un bouc émissaire commode » quand ils doivent enfin imposer l'austérité. Problèmes clés. Face à ces défis, le département du Trésor des États-Unis, sans doute la principale influence sur les politiques du FMI, a offert une proposition de réforme modeste qui n'a pas une vision claire pour le changement. Critique des conditionnalités dites d'ajustement structurel. Les critiques pensent que les conditions négociées avec le FMI, une entité supranationale, sous forme de "plans d'ajustement structurel" limitent la souveraineté des économies nationales en encadrant certains aspects de la politique de l'État. Ils critiquent aussi l'impact de ces plans sur l'économie. De leur point de vue, l'action sur les salaires diminue d'autant le pouvoir d'achat nominal, la privatisation des entreprises publiques réduit la capacité de l'État à intervenir. De plus, l'augmentation des importations mettrait souvent à mal les économies locales des systèmes de production traditionnels. Selon eux, certains de ces plans, proposés par le FMI et la Banque africaine de développement (BAD), entravant la réforme des terres agricoles tout en incitant à accroître le commerce des denrées agricoles, seraient parmi les causes des flux migratoires vers les villes, de l'extension des bidonvilles et de la pauvreté et l'émigration vers les pays du Nord. Ces plans sont aussi tenus pour responsables de la stagnation économique qui a frappé certains des pays qui les ont appliqués. Par exemple, la suppression ou la diminution des aides publiques pour l'éducation aurait dans certains pays handicapé la formation et nui à la croissance. De même, des suppressions de programmes de santé auraient laissé le SIDA dévaster des populations, ainsi que l'économie en décimant la main-d’œuvre. Règlement interne protégeant les personnes. Le , à la suite de l'affaire Piroska Nagy, le harcèlement devient un motif de licenciement au FMI.
Freenet Freenet est un réseau informatique anonyme et distribué construit sur l'Internet. Il vise à permettre une liberté d'expression et d'information totale fondée sur la sécurité de l'anonymat, et permet donc à chacun de lire comme de publier du contenu. Il offre la plupart des services actuels d'Internet (courriel, Web, forums, etc.). Freenet a été créé par suite d'une inquiétude croissante à propos des libertés sur internet, ainsi résumée par Mike Godwin en 1996 : Principe de fonctionnement. Freenet est un espace de stockage partagé et distribué, comparable par exemple aux tables de hachage distribuées des clients BitTorrent, le grand avantage étant que les données sont stockées sous forme chiffrée. Contrairement à BitTorrent où on choisit spécifiquement de partager certains fichiers, Freenet va commencer par relayer des données, et en stocker une partie. De cette manière, les données les plus populaires sont aussi les plus redondantes, un excellent moyen de résister à la censure. Le fait de stocker — et de faire transiter — les données sous forme de blocs chiffrés permet un déni plausible puisque, lorsqu'on ne possède pas la clé pour déchiffrer le contenu, on ne peut identifier ce qui est stocké ou relayé par le nœud. De par sa conception, Freenet permet d'exploiter une topologie de type mixnet c'est-à-dire combinant un réseau pair à pair de type "DarkNet" (dans lequel tous les pairs sont des personnes de confiance) et "OpenNet" ("réseau ouvert", dans lequel des pairs peuvent être des inconnus). La conception acentrée (car sous forme d'architecture distribuée) du réseau interdit à quiconque — même à ses concepteurs — d’interrompre son fonctionnement. Logiciels. Les fondateurs et responsables du réseau Freenet sont également les auteurs du logiciel Fred (Freenet REference Daemon, couramment appelé Freenet par abus de langage), qui est un logiciel libre programmé en Java permettant de communiquer selon le protocole du réseau Freenet. Chaque ordinateur possédant un moyen de faire fonctionner Java peut le faire fonctionner et donc accéder à Freenet (Windows, Mac OS, Linux, Unix, etc.). Fred n'étant qu'un démon, il est nécessaire d'utiliser un navigateur Web pour s'y connecter (à l'adresse http://localhost:8888/). Fred est capable de générer l'interface de gestion du nœud, et intègre par ailleurs un système de signets. Un navigateur libre disposant d'un mode de navigation privée ou "incognito" est fortement recommandé du point de vue de la sécurité et de l'anonymat. Freesites Insertion Wizard. "Freesites Insertion Wizard" ("FIW") est un logiciel développé en Java qui permet d'insérer un freesite quel que soit son type (One-shot, Edition ou DBR). Il gère seul les clés des freesites, leur insertion dans Freenet, ainsi que la récupération des réponses que font les visiteurs par l'intermédiaire d'un formulaire NIM. Son interface est complexe et son développement est arrêté. Aujourd'hui il existe deux autres projets de logiciel visant à le remplacer avec une interface plus simple et plus agréable : "Exhale" et "Jsite". Frost. "Frost" est un logiciel servant à l'échange de fichiers pair à pair et la messagerie instantanée. Il permet en outre de télécharger des fichiers que l'on trouve au moyen d'une fonction de recherche intégrée (un peu comme un p2p classique). Il est également possible d'utiliser Frost en parallèle avec "Fuqid", qui gère plus agréablement les téléchargements. Lors du , Frost ne connaît qu'un nombre limité de « boards » (forums de discussion) et aucun fichier. La liste des boards est publiée régulièrement et viendra s'ajouter automatiquement à la liste des boards consultables. De même, l'outil de recherche de Frost n'affiche dans ses résultats que les fichiers pour lesquels il a reçu le message annonçant leur insertion, c’est-à-dire très peu. Freemail. "Freemail" est un logiciel libre de courriel fonctionnant exclusivement sur le réseau Freenet. Il permet d'avoir un courriel sur ce réseau et de s'échanger des courriels anonymes et chiffrés. Le projet est fonctionnel mais le développeur demande à d'autres de le reprendre par manque de temps. Plugins. Il est possible d'obtenir des plugins pour le nœud à travers le réseau de façon sécurisée. Les plugins permettent en général d'offrir des fonctionnalités supplémentaires, comme la génération d'index et la recherche dans les freesites. Annexes. Articles connexes. mais aussi :
France Télécom France Télécom, dénommée Orange depuis le , était une société française de télécommunications. Au moment du changement de nom, elle était la mondiale, employait près de , dont en France et servait près de 226 millions de clients dans le monde. Historique. Les télécoms, service industriel de l'État. Sous la Révolution française, en 1792, le premier réseau de communication voit le jour pour permettre d'acheminer rapidement les informations dans un pays en guerre et peu sûr. Il s'agit du réseau de télégraphie optique de Chappe. Après l'invention du télégraphe électrique et ensuite du téléphone, l'État français crée en 1878 un ministère des Postes et Télégraphes. Ce dernier annexe bientôt les services du téléphone, qui sont nationalisés en 1889. Pourtant ce n'est qu'en 1923, que le second « T » apparaît, le ministère des P & T devenant celui des PTT. En 1941, une Direction générale des Télécommunications est créée au sein de ce ministère et, en 1944, le Centre national d'études des télécommunications (CNET), a pour mission de développer l'industrie des télécommunications en France. Entre 1950 et 1965, la demande d'abonnements téléphoniques est très supérieure aux possibilités de raccordement des P&T, le temps d'attente peut atteindre plusieurs années dans les grandes villes, des numéros de téléphones se revendent très cher. Dans les années 1970, la France met les bouchées doubles pour rattraper son retard sur plusieurs autres nations avec le programme « Delta LP » (accroissement des lignes principales). C'est à cette époque que fut construite la plus grande partie de la boucle locale. De plus, avec le concours des industriels français, sont mis au point par les ingénieurs et chercheurs du CNET, la commutation numérique, le Minitel en 1980, le réseau Radiocom 2000 en 1986, la norme GSM. À cette époque, le service public du téléphone est arrivé à développer un réseau extrêmement dense, parmi les plus performants du monde, il assure à tous ses employés le statut de fonctionnaire. Création de la société France Télécom. Pour répondre à une directive européenne et réorganiser le secteur des télécommunications français suivant le modèle existant aux États-Unis d'un marché concurrentiel des télécommunications (téléphonie fixe principalement) sur lequel opèrent des entreprises commerciales internationales cotées en bourse, la Direction générale des télécommunications, qui est alors une administration, prend le nom de France Télécom le . La loi du transforme l'administration France Télécom en un établissement de droit public, dont Marcel Roulet est le premier Président ; il est doté d'une personnalité morale distincte de l'État et acquiert une indépendance financière. Auparavant, le budget de dépense des Télécommunications était inscrit au sein du budget annexe des PTT voté chaque année par l'Assemblée nationale, tandis que les recettes étaient considérées comme des taxes et encaissées par le Trésor public. Avec la nouvelle organisation, France Télécom conserve ses recettes, les utilise pour ses dépenses et reverse l'excédent à son actionnaire unique qui est l'État. Le , France Telecom débute à Strasbourg une expérience-pilote de téléphonie sans-fil grand-public, en ville. Le Bi-Bop est commercialisé « en grand » à partir d’ à Paris, Lille et dans quelques lieux de villégiature. Le , France Télécom lance Itineris, le premier opérateur de téléphonie mobile à la norme de GSM. En 1993-1994 l'accord Atlas conclut un rapprochement France Télécom-Deutsche Telekom. En , France Télécom et Deutsche Telekom prennent une participation dans Sprint, américain. France Télécom devient également un fournisseur d'accès à Internet en 1995 avec la création de Wanadoo, deux ans après les premiers fournisseurs, et après avoir tenté d'empêcher l'arrivée d'internet en France. En , Michel Bon est nommé à la tête du groupe France Télécom. Pour préparer l'ouverture à la concurrence au , une loi est votée en transformant l'exploitant public en société anonyme dont l'État français est le seul actionnaire. Entrée en bourse et bulle Internet (1997-2000). En 1997, le capital de la nouvelle société anonyme a été ouvert avec succès. L'action est vendue . Une seconde ouverture eut lieu en 1998, malgré la crise des marchés émergents, puis la bulle Internet rend les bourses euphoriques en 1999. Partie en retard dans le train de l'internationalisation lancé par des concurrents internationaux tels Vodafone, France Télécom se met à chercher des cibles au plus fort de la valorisation des années de la bulle Internet. Cela d'autant plus que son alliance avec Deutsche Telekom, caractérisée par une participation au capital croisée de 2 %, a éclaté lorsque cette dernière a annoncé un projet de rapprochement avec Telecom Italia (finalement abandonné) sans avertir les Français. En , l'action France Télécom atteint puis son plus haut historique à avant de redescendre, brutalement. Le groupe France Télécom rachète la grande majorité d'Orange en 2000 et l'intégralité en 2003 ; il fusionne ensuite ses activités mobiles (Itinéris, OLA et Mobicarte) en une filiale nommée Orange. France Télécom procède également à de nombreuses autres acquisitions de sociétés (revendues pour certaines) dans le monde devenant le quatrième opérateur mondial par sa taille (GlobalOne, Equant, Internet Telecom, Freeserve, EresMas, participation dans Wind, NTL, Mobilcom, etc.). La période post-bulle Internet (2000-2004). À la suite d'un changement de qualification d'une partie de la dette de « long terme » à « court terme » en vue d'obtenir un meilleur taux d'intérêt, les actionnaires s'aperçoivent que, de 2002 à 2005, France Télécom doit rembourser chaque année entre cinq et quinze milliards d'euros de dette. En , France Télécom vend la totalité de sa participation (9,9 %) de l'américain Sprint. Le cours de l'action s'effondre à le , alors qu'il était à le . L'entreprise qui avait une capitalisation boursière de 580 milliards d'euros voit cette dernière chuter à 18 milliards d'euros. Le , le président-directeur général est Thierry Breton. Il a été appelé pour redresser l'entreprise qui était à ce moment-là, la deuxième entreprise la plus endettée du monde (69,7 milliards d'euros, en termes de dette à court terme). Il a obtenu quinze milliards de réaménagement de la dette à prendre en charge par les banques et les investisseurs, quinze milliards d'augmentation de capital réclamés à l'État alors actionnaire majoritaire, et quinze milliards de trésorerie à dégager grâce à des économies en interne. Nommé ministre de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, il démissionne de France Télécom le pour rejoindre le gouvernement. Les fusions opérées en par France Télécom avec sa filiale de téléphonie mobile Orange, achetée au prix fort lors de la bulle Internet de 2000, et avec sa filiale spécialisée dans l’accès à Internet Wanadoo, rebaptisée Orange, ont amené Colette Neuville, la présidente de l'Association de défense des actionnaires minoritaires (ADAM), à écrire à l'Autorité des marchés financiers (AMF) pour souligner qu’une action Wanadoo valait au moment de son introduction en bourse au printemps 2000, et que France Télécom en a proposé , seulement quatre ans plus tard. Privatisation et changement de nom. En , l'État français cède une partie de ses actions pour passer en dessous de la barre des 50 %. France Télécom devient alors une entreprise privée. Cent quinze ans après sa nationalisation, le téléphone redevient privé en France. Le , France Télécom annonce le rachat de 80 % de l'opérateur de téléphonie mobile Amena, détenteur de 24 % de parts de marché en Espagne, pour la somme de 6,4 milliards d'euros dont trois par augmentation de capital. France Télécom a aussi annoncé le déploiement du plan NExT dont l'objectif est de fournir à ses clients, de façon intégrée, l'ensemble des services de télécommunications dont ils ont besoin. Selon la société Dataxis, France Télécom serait en 2005 le deuxième opérateur ADSL mondial derrière China Telecom et devant l'américain SBC Communications. Il serait le premier opérateur ADSL européen. Depuis le , France Télécom tend à commercialiser l'ensemble de ses produits dans le monde sous la seule marque commerciale Orange, ainsi Wanadoo et Ma Ligne TV sont renommés Orange. À cette occasion le logo (esperluette) de la marque France Télécom est devenu plus arrondi, la charte graphique (couleur et police) a été modifiée. En , l'État français cède à nouveau 5 % de sa participation dans France Télécom. La participation publique (État français et ERAP) est portée à 27 %. À cette même date, France Télécom revend Orange Pays-Bas et acquiert le fournisseur d'accès espagnol Ya, ainsi que l'opérateur mobile autrichien . En , les médias prêtent à France Télécom l'intention de racheter la société scandinave TeliaSonera. Le nouvel ensemble deviendrait le premier opérateur européen. Cette opération sera abandonnée. Le , Orange et T-Mobile annoncent un rapprochement au Royaume-Uni en fusionnant leurs activités dans le groupe Everything Everywhere, pesant alors 37 % et devenant le premier opérateur mobile. Le , France Télécom rentre au capital (40 %) de Meditelecom (marque Méditel), deuxième opérateur de téléphonie mobile du Maroc (dix millions de clients au moment de l'opération). L'accord prévoit la montée de France Télécom à 49 % du capital d'ici 2015. En , France Télécom acquiert l'opérateur CCT en République démocratique du Congo En 2012, France Télécom s'est séparé d'Orange Suisse et de TP opérateur polonais de TNT. Le , France Télécom - Orange ferme le service Minitel. En , la ligne fixe France Télécom change de nom et devient la ligne fixe Orange. Tous les services d'Orange France portent désormais le même nom. Les sites internet de France Télécom renvoient tous vers les sites Orange. Toutefois, le nom juridique de l'entreprise, sa raison sociale, son adresse, son RCS restent France Télécom SA pour les offres fixe et internet. Le changement complet de nom au profit d'Orange est finalement voté lors de l'assemblée générale du avec effet à compter du . De France Télécom à Orange. En , France Télécom rachète Orange plc à Vodafone et adopte un nouveau logo dans lequel l'orange est la couleur dominante. Le , Itinéris, Ola et Mobicarte, les activités de téléphonie mobile de France Télécom, sont regroupées sous la marque Orange. Le , Wanadoo et Ma Ligne TV deviennent Orange. Equant devient Orange Business Services. Le logo de France Télécom est modifié. En , France Télécom R&D devient Orange Labs et la Fondation France Télécom devient la Fondation Orange. À partir de 2011, France Télécom communique en tant que Groupe France Télécom - Orange et les agences France Télécom deviennent des boutiques Orange. Le , les services de téléphonie fixe de France Télécom sont commercialisés sous la marque Orange. Finalement le changement de nom est voté au cours d'une assemblée générale le . Le changement de nom est effectif au , France Télécom devient alors définitivement Orange. Données financières. La période d'expansion euphorique tous azimuts de la fin du connut le revers de la médaille en 2002. France Télécom fut obligée d'afficher pour la première fois depuis plusieurs décennies un déficit abyssal à la suite d'investissements hasardeux à l'étranger en vue d'en faire un groupe de taille européenne en préparation de l'ouverture à la concurrence. L'endettement financier net de France Télécom au en normes IFRS s'élève à 38,2 milliards d'euros, soit un ratio dette nette sur marge brute opérationnelle juste inférieur à 2. Un dividende d' par action au titre de l’exercice 2009 a été versé en . Plan NExT. Objectifs. Le plan NExT (Nouvelle Expérience des Télécommunications, plan de 2006-2008) est le plan de redressement de la société France Télécom qui vise entre autres à réduire les coûts – principalement salariaux – de la société, à mener une politique de produits et services convergents, et à regrouper toutes les enseignes du groupe sous une marque unique (Orange), sauf pour les activités téléphonies fixes qui restent sous la dénomination France Télécom. Ceci entraîne donc la disparition de nombreuses marques (Wanadoo, Equant…). Il est prévu, dans le cadre du programme managérial Act (Anticipation et compétences pour la transformation), de diminuer les effectifs de 10 %, soit . Les effectifs de 2005 à 2009 fondent de à 167 000. Identité visuelle (logo). Dans les années 1980 et 1990, le bleu ciel était la couleur de France Télécom. Les véhicules de l'entreprise arboraient cette couleur et les téléphones publics étaient bleu foncé ou bleu ciel et bleu foncé pour les plus récents. Les premiers logos des « Télécoms » sont plutôt classiques, représentant un téléphone d'abord avec un cadran puis modernisé avec un clavier. Le logo adopté début est plus original, il représente toujours un clavier téléphonique mais évoque aussi les panneaux solaires des satellites et le progrès technique. Le logo apparu en 2000 est radicalement différent: l'esperluette symbolise le lien entre les hommes et la communication. L'orange est la couleur dominante, ce logo ayant été adopté au moment du rachat de la marque Orange par France Télécom. Les trois dernières lettres du nom France Télécom, elles aussi orange, faisaient référence au « .com » des sites internet. L'esperluette est modernisée en 2006 et c'est tout le mot Télécom qui devient orange. À partir de , France Télécom utilise le logo d'Orange, très simple et sobre, pour sa communication. Métiers. En 2013, France Télécom développait et commercialisait trois grandes familles de services sous la marque Orange : Elle avait adoptée une stratégie de services convergents, dont Unik aura été la première manifestation la plus visible : Orange Open, offre quadruplay du groupe, lui succédera. Les services résidentiels. Ils utilisaient principalement la traditionnelle ligne fixe, éventuellement équipée en ADSL, et étaient commercialisés sous les marques France Télécom ou Orange (49 millions de clients en téléphonie fixe, 12 millions en internet haut débit) : France Télécom — Orange déployait un réseau de fibre optique FTTH dans plusieurs villes de France qui permettra de passer à la génération suivante de services résidentiels. Les services personnels. Ils utilisaient principalement les réseaux mobiles de et générations et étaient commercialisés sous la marque Orange (98 millions de clients) : Les services aux entreprises. Ils étaient plus spécialement destinés aux activités professionnelles et commercialisés sous la marque Orange Business Services : Les services « publics ». France Télécom était le gestionnaire du Service universel des télécommunications. France Télécom possédait et gérait également : Stratégies de développement. Afin de s'assurer une politique de croissance durable, le groupe France Télécom - Orange élargit ses activités à la vente de contenus (musique, cinéma, téléchargement…), au commerce électronique, à la publicité en ligne, aux solutions M2M, domotique, et de téléassistance aux malades. Elle développe également fortement le périmètre géographique de ses activités, en investissant massivement dans les pays dits « émergents ». Dans le domaine concurrentiel des télécommunications, France Télécom, à travers son plan NExT (2006-2008), a amorcé une politique commerciale et marketing de convergence (accès aux services depuis le téléphone fixe, mobile, internet ; facturation unique…). Politique qui tend à s'étendre à l'ensemble des opérateurs téléphoniques. Conséquences de l'ouverture à la concurrence. La transformation de son métier de fournisseur de services publics en situation de monopole à celui de prestataire de services aux consommateurs sur un marché concurrentiel s'est faite progressivement et avec certaines difficultés. Depuis 1998, le marché des télécommunications est en concurrence totale en France conformément aux directives européennes. Toutefois, le coût de l'installation d'une infrastructure de desserte des abonnés étant très élevé, la concurrence n'a pas choisi en dehors du câble et de la fibre optique de construire sa propre infrastructure de terminaison. Par conséquent, l'ouverture de son marché a reposé en partie sur la mise à la disposition de son infrastructure à ses propres concurrents. Autrement dit, France Télécom a été forcé de laisser ses concurrentes utiliser son réseau pour leur permettre l'accès au marché, et à proposer des offres d'accès à ses infrastructures. De nombreuses offres existent comme le dégroupage, l'interconnexion mais également l'accès à l'internet haut-débit. Citons également, pour le mobile, l'accès à des segments de clientèle par les opérateurs mobiles virtuels MVNO. Ces offres sont commercialisées par l'entité Orange Wholesale France qui gère au sein du groupe Orange les activités de vente en gros. La contrainte a été pour l'essentiel législative et réglementaire. Le système reposait et repose encore sur l'imposition d'une règle par l'État français ou l'Union européenne. Des encadrements économiques lourds ont été mis en place par les pouvoirs publics (validation des tarifs d'interconnexion, validation des offres tarifaires proposées par France Télécom pour s'assurer que la société ne bénéficie pas d'avantage lié à sa position dominante sur le marché). Un contrôle du strict respect de la règle (entre autres par dénonciation des concurrents) est en place et a conduit France Télécom à être condamnée à plusieurs reprises à de lourdes amendes pour entrave à la libre concurrence. Dans le cadre de cette réglementation visant à permettre l'essor d'une forte concurrence sur les marchés des télécommunications de l'ensemble des pays européens, la France est le pays où l'ADSL s'est développé le plus rapidement avec un marché très concurrentiel et des tarifs très bas en comparaison avec ses voisins européens. Condamnations judiciaires. Prix prédateurs. Le , la Commission européenne a condamné France Télécom pour abus de position dominante sur le marché de l'ADSL. L'entreprise pratiquait des prix prédateurs, c'est-à-dire vendait ses services d'accès à l'Internet à perte afin d'éliminer ses concurrents et de pouvoir par la suite pratiquer des tarifs plus élevés que sur un marché concurrentiel. France Télécom a été condamnée à verser une amende de d'euros au budget européen. France Télécom a fait appel de cette décision devant le tribunal européen de première instance, qui est un des organes de la cour de justice de l'Union européenne. Celui-ci a confirmé le la décision de la Commission et exigé le paiement de l'amende. Entente anti-concurrentielle entre opérateurs mobiles. Le , la société France Télécom / Orange France a été condamnée par le Conseil de la Concurrence à une amende de d'euros dans l'affaire de l'entente entre trois opérateurs de téléphonie mobile en France. Pratiques anti-concurrentielles dans les DOM. Le , l'Autorité de la concurrence a sanctionné France Télécom / Orange à hauteur de d'euros pour avoir entravé abusivement le développement de nouveaux opérateurs concurrents dans les DOM (principalement à la Réunion). France Télécom / Orange a utilisé sa position dominante résultant notamment de son ancien monopole pour s'octroyer, de manière déloyale, des avantages sur ses concurrents. Les pratiques relevées par l'Autorité sont : 2011 contre Numericable pour abus de position dominante. L'opérateur historique a été condamné par le Tribunal de commerce de Paris à verser dix millions d'euros à Numericable pour des pratiques anti-concurrentielles sur le marché de l'accès à Internet. Actionnaires. France Télécom est une société anonyme dont le capital de (au ) est réparti de la façon suivante : Les salariés actionnaires sont regroupés au sein d'une association : l'ADEAS. En application de la loi du et du décret du , et depuis la cession par l’État français de 10,85 % supplémentaires du capital de France Télécom intervenue le , les procédures spécifiques de contrôle de France Télécom par l’État ne sont plus applicables. Néanmoins, en application du décret-loi du , le Conseil d’administration doit encore comprendre des représentants de l’État au prorata de la quantité des actions France Télécom détenues par ce dernier. À la date du présent document, l’État dispose ainsi de trois représentants sur un total de quinze membres au Conseil d’administration de France Télécom. Filiales et participations. Principales filiales et participations du groupe France Télécom - Orange : Cessions d'actifs. France Télécom a procédé à de nombreuses cessions d'actifs depuis l'année 2003 : Organisation du groupe France Télécom - Orange. Divisions commerciales et métiers. Le groupe est organisé autour de divisions opérationnelles (découpages géographiques), de secteurs d'activités et divisions/fonctions métiers (activités et fonctions support pour le groupe). Direction générale du groupe. Directeurs généraux des Télécommunications : Après la réforme de 1990, présidents du groupe : Conseil d'administration. Le conseil d’administration () du groupe est composé de quinze membres : Anciens membres : Anciens membres : Anciens membres : Ancien membre : Ancien membre : Anciennement : Réorganisations de la partie opérationnelle de France Télécom. En 1980, deux types de directions existent en France : les directions régionales et les directions opérationnelles (DOT) qui sont sous la coupe des premières et supervisent un département. Toutes ces directions dépendent de la Direction générale des télécommunications (DGT). Les établissements opérationnels sont organisés selon le schéma « CCL/Agence/CPE/ » qui va persister une quinzaine d'années. Ce schéma correspond à une vision du cycle de vie de la ligne téléphonique : création en CCL, vente en agence, service après-vente et comptage en CPE. Chacun de ces établissements comprend environ cent-cinquante personnes. À cela s'ajoutent des fonctions en back-office : renseignements téléphoniques, centre de facturation. En 1984, se rajoutent les délégations de zone, échelon intermédiaire entre les directions régionales et la DGT. Ces délégations de zones sont cependant supprimées au bout d'un an d'existence environ. Vers 1987, l'informatisation supprime environ un tiers des postes de travail en . Les personnels ainsi libérés sont affectés aux agences commerciales ou à de nouvelles fonctions (vendeurs) pour vendre des abonnements téléphoniques, des terminaux ou des fax. L'introduction de la TVA et de la première libéralisation, celle des services à valeur ajoutée pour laquelle il n'y aura jamais de concurrents à se déclarer. En 1992, France Télécom doit mener deux réformes de front. La réforme des classifications remplace sept-cents grades de fonctionnaires par quatre classes et trois niveaux dans chaque classe. Cela engendre une certaine protestation même si la masse salariale augmentera largement plus que ce qui était anticipé. Les directions régionales sont supprimées, les deux à trois mille personnes qui y travaillaient sont reversées dans des Organismes nationaux de soutien (ONS). En 1998, la quasi-totalité de ces ONS est supprimée. Une nouvelle réorganisation, en 1995, structure l'entreprise selon trois marchés (résidentiel, petits professionnels et grandes entreprises) pour faire face aux besoins croissants des différents clients, et l'arrivée de la concurrence (SFR). L'organisation est désormais conçue autour des usages des clients et non plus des produits. Les personnels sont donc réaffectés avec changement de métier. En 2000, le marché « petits professionnels », créé en 1995, est supprimé. Il ne semble pas y avoir eu de motivation commerciale, organisationnelle ou économique à cette restructuration. Des établissements techniques de tailles sont créés. Les agences sont réorganisées doublement sous l'angle géographique (doublement de la surface). 1998 voit le début de la généralisation des intranets au sein de l'entreprise, ainsi que l'explosion d'internet et des offres dans ce domaine. France Télécom fonde Wanadoo et rachète plus d'une centaine de sociétés. En 2003, les agences sont divisées en deux spécialités (agences spécialisées dans la vente à distance et les agences spécialisées en vente physique). Les tailles géographiques doublent aussi (et le nombre d'agences est divisé par deux). En 2006, les directions régionales sont réduites à la relation institutionnelle régionale avec un effectif divisé approximativement par dix. Le pouvoir d'organisation de l'activité opérationnelle de l'entreprise est transféré aux directions territoriales. Il y a deux fois moins de directions territoriales que de directions régionales. La taille des établissements gérés par les DT atteint couramment mille personnes. Bilan social. Les effectifs passent de en 1993 à quelque en 2007 après un pic à en 2001, cette croissance étant due aux effectifs à l'international. (56 %) sont en France, 16 % en Pologne, 12 % au Royaume-Uni, 2 % en Espagne. Une modification progressive. Les en 1993 sont essentiellement des fonctionnaires français (fonctionnaires d'État issus du ministère des PTT). Il reste en 2012 et d'ici à 2020 l'essentiel des fonctionnaires aura quitté France Télécom (néanmoins, l'arrêt des recrutements de fonctionnaires datant de 1996, l'extinction totale est prévue dans les années 2040). En 1993, le gouvernement a décidé de créer des nouveaux grades de fonctionnaires (« Reclassification ») dans les deux établissements publics France Télécom et La Poste ; chaque employé s'est vu attribuer un nouveau grade selon l'emploi occupé et la possibilité de choisir de conserver l'ancien grade ou d'opter pour le nouveau (intégration directe sans examen ni concours). Ainsi cohabitent actuellement, des grades issus de l'administration classique (grades PTT) dits de « Reclassement » et des nouveaux grades dits de « Reclassification ». De nombreux agents ayant gardé leur grade de reclassement s'estimant lésés à la suite de l'absence d'évolution et de promotion dans leur carrière (à France Télécom comme à La Poste) ont déposé des recours qui ont abouti à la condamnation de ces deux entreprises et solidairement à l'État. Les personnes qui ne sont pas sous statut de fonctionnaire, sont en CDI dans le droit de leur pays. La moitié du personnel travaille hors de France. Le est plus important à compter de 2005. Il s'agit de mouvements entrants d'ingénieurs confirmés qui sont séduits par la relative stabilité de France Télécom par rapport aux SSII. Les départs existent, soit par un système de préretraite pour les fonctionnaires, soit vers des sociétés de haute technologie. Les mouvements internes sont nombreux. De plus, la moyenne d'âge est de 48 ans, et la moitié des salariés français doivent partir en retraite d'ici 2018. Les métiers. Les fonctions sont : Les rémunérations. En 2006, selon le bilan social officiel de l'entreprise, environ trois employés sur quatre ont perçu une rémunération brute comprise entre et par mois. La rémunération mensuelle moyenne brute est . Le climat social. Nouvelles méthodes de management. Le plan NExT introduit un management violent. En 2004, sont formés durant dix jours afin d'accomplir sur le terrain le plan NExT : la réduction des effectifs est une priorité, de nouvelles techniques de managements sont introduites, la méthode est de dégrader les conditions de travail, afin de pousser psychologiquement une partie des employés au départ volontaire, réduisant ainsi les indemnités à payer. Ainsi, les managers ont pour objectif d'inciter des salariés à démissionner, d'en muter dans d’autres secteurs de la fonction publique ou de signer des congés de fin de carrière. Des stages apprennent à ces managers des schémas sur les courbes du deuil qui définissent six étapes par lesquelles tout salarié qui se voit annoncer la suppression de son poste, doit passer : l’annonce de la mutation, le refus de comprendre, la résistance, la décompression qui peut aller jusqu'à la dépression, la résignation et l’intégration du salarié (harcèlement qui peut aussi se terminer très mal par des suicides). Harcèlement moral. Les médias se font l'écho d'une vague de suicides parmi les employés de France Télécom de à . En , le nombre de suicides depuis le lancement du plan NExT s’élevait à cinquante-huit. Le , un cadre de France Télécom, Rémy Louvradoux, s'est suicidé en s'immolant par le feu. Le changement de stratégie amorcé par Thierry Breton et poursuivi par Didier Lombard induit des tensions. Les changements de postes à l’intérieur de l’entreprise sont nombreux ( entre 2006 et 2008). L'alliance CFE-CGC/UNSA et SUD ont créé dès 2007 l"'Observatoire du stress et des mobilités forcées", pour en étudier les conséquences sur l'organisation du travail. Les suicides liés au travail, six pendant l’été 2009, posent la question de cette gestion du personnel. L'interprétation des taux de suicide nécessite une étude détaillée, prenant en compte la structure de la population étudiée (en termes de classe d'âge, de taux d'activité, de catégorie socio-professionnelle…). Une comparaison simple avec le taux de la population française n'a pas de sens. La population d'employés de France Télécom est elle-même composée de plusieurs catégories socio-professionnelles ayant des taux de suicides différents (par exemple, les ouvriers ont un taux de suicide plus élevé que les cadres). De plus le dénombrement étant fait sur la base de remontées d'information informelles aux organisations syndicales, il n'est pas nécessairement exhaustif. On ne dispose pas non plus de statistiques dans d'autres grands groupes français qui permettraient de prendre en compte la spécificité d'un management complexe de grand groupe sur une population attirée par une relative stabilité de l'emploi. L'observation montre que le taux brut dans l'entreprise au début des années 2000 (taux ramené au nombre de ses employés, soit près de ) était élevé par rapport à la moyenne française. Il n'a pas été médiatisé et n'a pas suscité de débats. Le taux observé en 2008 et 2009 est en-dessous de la moyenne nationale. Ceci permet à René Padieu, inspecteur général honoraire de l'Insee et président de la commission de déontologie de la société française de statistique, de conclure qu'à cette période, à France Télécom, suscitant une réaction vive de la part des syndicats de l'entreprise. Cependant, 2010 est marqué par une hausse très sensible des suicides. Neuf se produisent en janvier et février (soit un taux de 5,4 pour ou 180 % de plus qu'en 2009). Didier Lombard cède le contrôle opérationnel du groupe le et la présidence du groupe en . Il est remplacé par Stéphane Richard. 2011 s'est traduit par une très nette baisse, pour revenir au taux de 2008. La responsabilité de Didier Lombard est en cours d'instruction par la justice française puisqu'il est mis en examen en (avec le numéro 2 de l’époque Louis-Pierre Wenes, l’ex-directeur des ressources humaines, Olivier Barberot et quatre cadres mis en examen pour complicité de harcèlement moral) pour harcèlement moral à la suite d'un rapport de l'inspection du travail mettant en cause la politique de gestion du personnel et une plainte de la fédération SUD-PTT fin 2009. Après dépouillement d'un questionnaire soumis à tout le personnel de France Télécom, les consultants d'un cabinet, Technologia, remettent leurs conclusions le et évoquent une « ambiance de travail tendue, voire violente ». « Le ressenti général est très dégradé, notamment en ce qui concerne les conditions de travail, la santé, le stress… ». Dans la « vague de suicides », ils pointent « la grande défaillance du management ». « Les personnels de France Télécom semblent plus que jamais orphelins de sens, de leaders ». Le , un ancien directeur régional raconte le management mis en place par France Télécom, dont l'objectif aurait été la démission volontaire de . Il évoque notamment l'existence d'une « courbe du deuil », selon laquelle la direction aurait prévu les phases de dépression par lesquelles sont passés les salariés. Selon Delphine Ernotte, la directrice exécutive adjointe du groupe France Télécom Orange, ce document était au contraire destiné à accompagner au maximum les employés. Au-delà de la recherche des causes réelles des suicides, l'apparition dans le débat public de la question des suicides chez France Télécom trouve son origine dans des syndicats en posture d'alerte face à une tendance perçue par eux comme grave et d'autant plus inacceptable qu'elle est vue comme liée à des processus de gestion qui pourraient être modifiés. Elle sort cependant du contexte de l'entreprise pour devenir l'otage d'un débat public influencé par des considérations idéologiques, puisqu'il a été reproché aux syndicats de sur-médiatiser un phénomène ordinaire (tandis qu'implicitement on reprochait au personnel de France Télecom son incapacité à s'adapter à des modes de gestion modernes, en le liant au statut de fonctionnaire), tandis que d'autres y voyaient le dévoiement des méthodes de gestion centrées sur le rétablissement de la performance financière au détriment de toute considération sociale. Cette sur-médiatisation pourrait expliquer, selon le sociologue Gérald Bronner, l'amplification de la vague de suicide due à l'effet d'un phénomène d'imitation dénommé effet Werther. Le procès. Le est close l'enquête sur la vague de suicides et qui pourrait ouvrir la voie à la reconnaissance par la justice d’un harcèlement moral institutionnel. En , le parquet de Paris demande le renvoi devant le tribunal correctionnel, pour harcèlement moral, de la société Orange, en tant que personne morale, et de six responsables : Didier Lombard, ancien dirigeant du groupe, Louis-Pierre Wenes, son ancien , Olivier Barberot, l'ancien responsable des ressources humaines ainsi que quatre cadres pour complicité. La CFE-CGC a pour sa part réclamé la qualification d'homicide involontaire en lieu et place de harcèlement moral. C'est la première fois qu'une grande entreprise est poursuivie en France pour ce délit. En , la justice décide de faire comparaître en 2019 pour harcèlement moral l'entreprise France Telecom, son ancien PDG Didier Lombard et ses seconds Louis-Pierre Wenès et Oliver Barberot. Par un jugement du , Orange SA, ex- Sté France Télécom, son ancien PDG Didier Lombard, deux autres dirigeants et quatre cadres de direction ont été condamnés pour harcèlement moral institutionnel, près de dix ans après une crise sociale durant laquelle plusieurs dizaines de salariés se sont suicidés. La société Orange n'a pas fait appel de cette décision devenue définitive à son encontre. Par un arrêt du , la Cour d'appel de Paris a confirmé les condamnation pour harcèlement moral institutionnel à l'encontre des deux principaux dirigeants, qui avaient fait appel. Ils ont formé un pourvoi en cassation. Arts et littérature. L'histoire de France Télécom et de son grand fournisseur historique la CGE sont au centre "Comédies Françaises", un roman d’Eric Reinhardt publié en 2020. Le roman est consacré au lobbying, et décrit comment Ambroise Roux patron de la CGE a obtenu du président Valéry Giscard d'Estaing en 1974-1975, au début des surfacturations aux PTT, l'abandon du Plan Calcul, d'Unidata, de la Délégation Générale à l'Informatique, et du Réseau Cyclades.
Ariane (fusée) Ariane est le nom générique d'une famille de lanceurs civils européens de satellites. Le programme Ariane est lancé en 1973 par le CNES afin de donner les moyens à la France de mettre en orbite ses satellites sans dépendre des autres puissances spatiales. Ce projet avait été précédé d'un échec avec la fusée Europa. La première version, Ariane 1, effectue son vol inaugural depuis la base de Kourou (Guyane française) le . Elle est rapidement remplacée par des versions plus puissantes, Ariane 2, Ariane 3 et Ariane 4 qui effectuent leur premier vol respectivement en 1986, 1984 et 1988. Pour faire face à l'augmentation de la masse des satellites, le lanceur est complètement refondu, donnant naissance à la version Ariane 5 capable de placer maintenant plus de en orbite de transfert géostationnaire. Son premier vol a eu lieu en 1996. La famille de lanceurs a rapidement pris une part de marché importante dans le domaine du lancement des satellites de télécommunications en orbite géostationnaire, secteur en plein essor dans les années 1980. En 2009, le lanceur Ariane, qui est tiré de cinq à sept fois par an ces dernières années, détenait environ 50 % de ce marché avant l'arrivée de la société américaine SpaceX. La base de lancement d'Ariane, située à Kourou en Guyane française (Centre spatial guyanais), permet au lanceur de disposer d'un avantage important grâce à sa proximité de l'équateur (qui permet une plus grande vitesse au lancement) mais ses coûts de production restent élevés. Ariane est initialement issue des travaux de l'agence spatiale française, le CNES. La politique spatiale française, pour des raisons à la fois politiques et industrielles, a de tout temps été plus attachée au développement d'un lanceur européen que ses partenaires au sein de l'Agence spatiale européenne. Les industriels français conservent encore aujourd'hui une part prépondérante dans la conception et la fabrication des lanceurs Ariane, avec des participations significatives d'autres pays européens comme l'Allemagne (nombreuses contributions sur la propulsion, le corps des lanceurs), l'Italie (propulsion), la Suède, la Belgique, les Pays-Bas et la Suisse. Le lancement des satellites par Ariane est commercialisé par la société Arianespace, filiale créée en 1980 par le CNES et les principaux industriels impliqués dans le programme. Historique. Contexte : les enjeux des débuts de la conquête spatiale. En 1960, la communauté scientifique européenne appelle de ses vœux la création d'un programme spatial scientifique européen animé par un organisme analogue au CERN. Les programmes spatiaux russe et américain font des progrès très rapides qui ouvrent de nouvelles perspectives, notamment dans les domaines de la physique et de l'astronomie. Les responsables britanniques qui viennent d'arrêter le programme du missile balistique Blue Streak proposent alors de développer un lanceur spatial reposant sur ce missile. Pour les Britanniques, l'objectif est surtout d'amortir le coût du Blue Streak ( de £). En janvier 1961, le général de Gaulle, sollicité, donne finalement son accord contre l'avis de ses conseillers pour le développement d'un lanceur européen à trois étages, baptisé Europa, utilisant comme premier étage le Blue Streak, un deuxième étage de conception française et un troisième étage de conception allemande. L'échec du programme Europa. Le premier tir d'un élément de lanceur Europa a lieu à Woomera (Australie) en juin 1964 : c'est un succès mais il ne porte que sur le premier étage déjà rodé Blue Streak tandis que les étages français et allemands n'en sont encore qu'au stade de l'étude. Or, depuis la mise en place du programme Europa, la donne a changé. Les observateurs européens les mieux informés savent que les capacités du lanceur ne sont pas adaptées au marché des satellites de télécommunication qui est en train de se dessiner mais qui nécessite désormais une plus grande capacité d'emport. En janvier 1965, la France tente de convaincre ses partenaires au sein de l'ELDO de modifier les spécifications du lanceur en intégrant un deuxième étage cryotechnique (technique que la France a commencé à explorer) permettant de placer un satellite sur orbite géostationnaire. Mais la maîtrise d'une telle technologie est un pari audacieux et elle nécessite de repousser les premiers lancements en 1970. Un compromis est trouvé : un quatrième étage est inclus dans les développements pour permettre d'atteindre l'orbite géostationnaire. Le Royaume-Uni irrité, entre autres, par les dépassements budgétaires et la volonté française de substituer Kourou à Woomera comme base de lancement réduit en juin 1966 sa participation de 38,79 % à 27 % après avoir menacé de se retirer. Les premiers essais de l'étage français Coralie seul, puis du lanceur Europa assemblé ne contribuent pas à faire renaître la confiance : l'étage français lancé avec uniquement un troisième étage inerte (ensemble CORA) connaît 2 échecs sur 3 tentatives (1966-1967) ; les deux tirs du lanceur Europa complet qui ont lieu en 1967 (avec un troisième étage inerte) se soldent également par des échecs car l'étage Coralie refuse de s'allumer. Après 10 lancements non concluants, le programme Europa 1 est arrêté, car les Européens se rendent compte que les performances du lanceur sont trop en retrait par rapport aux besoins. Le Royaume-Uni et l'Italie quittent le projet en 1969. Une seconde version du lanceur, Europa 2, capable de placer sur orbite géostationnaire des satellites de , est mise en chantier. Cette version est financée majoritairement par la France et l'Allemagne. Malheureusement, son premier et seul lancement, depuis la base de Kourou, en novembre 1971, est un échec. Le programme Europa 2 est arrêté. Une troisième version d'Europa est étudiée au début des années 1970 mais après plus de trois ans de recherche, le projet est abandonné. Toutefois, les travaux effectués sur le premier étage serviront de point de départ pour l'élaboration du lanceur européen Ariane. Le programme Europa est un échec total car, pour satisfaire chaque participant, il s'est élaboré sans maîtrise d'œuvre et d'ouvrage centrale donc sans véritable coordination. La conclusion du programme Europa va fortement influencer les orientations du programme spatial européen. Le lancement du programme Ariane. Malgré l'échec du lanceur Europa 2 en novembre 1971 et l'abandon des études d'une version plus puissante, l'Europa 3, le gouvernement français de l'époque propose la création d'un lanceur dans le prolongement de l'expérience réussie du petit lanceur Diamant, le L3S (Lanceur de de substitution). Le lancement du projet ne put avoir lieu fin 1973 qu'après de délicates négociations entre les gouvernements de la France, de l'Allemagne et du Royaume-Uni : les Britanniques préféraient financer leur satellite maritime MAROTS, les Allemands leur module Spacelab emporté par la navette spatiale. Les États-Unis tentèrent de détourner les pays européens de leur intention de développer leur propre lanceur mais les restrictions imposées en échange de l'utilisation de leurs lanceurs, en particulier pour le lancement des satellites Symphonie apportèrent des arguments à l'appui de la position du gouvernement français qui souhaitait que l'Europe devienne autonome pour le lancement de ses satellites. Le à Bruxelles, les pays européens parvinrent à un accord qui permettait de financer simultanément les projets préconisés par les principaux participants dont le projet Ariane. Pour parvenir à un accord, les responsables français acceptent de prendre en charge 60 % du budget et s'engagent à payer tout dépassement de plus de 120 % du programme. En contrepartie, les établissements responsables du développement sont français : l'agence spatiale du CNES est maîtresse d'œuvre et l'Aérospatiale est l'architecte industriel. Le choix d'un responsable unique doit permettre d'éviter les errements du projet Europa. Le programme Ariane coûtera de francs. Pour baptiser le lanceur, le CNES lance un appel à idées. Parmi les propositions retenues : Phénix, Véga, la Lyre, le Cygne. Le directeur général du CNES Michel Bignier propose sa liste au ministre Jean Charbonnel, qui décide finalement de nommer le lanceur "Ariane" (du nom de l’héroïne mythologique grecque Ariane). Ariane 1. La première version du lanceur Ariane, Ariane 1, comporte trois étages, mesure de haut, pèse et, grâce à sa poussée de , peut placer en orbite géostationnaire des satellites de . Pour rester dans une enveloppe budgétaire acceptable, les caractéristiques du lanceur sont en retrait par rapport au projet Europa 3. Pour cette fusée, il était envisagé de développer un deuxième étage cryotechnique qui est remplacé sur Ariane 1 par un étage utilisant des ergols plus conventionnels. Le type de moteur-fusée, un Viking, propulse à la fois le premier étage () et le deuxième étage (). Le troisième étage a, en revanche, recours à un moteur HM-7 qui brûle un mélange oxygène/hydrogène liquides très performant. La base de lancement de Kourou, déjà utilisée pour le dernier tir du lanceur Europa, est retenue comme centre de lancement du nouveau système ; on y aménage l'ensemble ELA-1, premier complexe de lancement destiné à Ariane. Le développement du lanceur ne rencontre aucun problème et se réalise dans les délais. Le premier tir était prévu le , mais après un compte à rebours parfait et allumage des moteurs, l'ordinateur a refusé d'ouvrir les crochets retenant la fusée après avoir détecté une insuffisance de pression sur un des propulseurs. Le 23 décembre, nouvelle déception : mauvaises conditions météo et mauvaise pressurisation des réservoirs retardent le compte à rebours. Le , après ces tentatives avortées, Ariane 1 effectue un vol parfait à la surprise de tous les participants traumatisés par l'expérience du lanceur Europa. Mais le deuxième vol, le , est un échec : une instabilité dans la chambre de combustion d'un des 4 moteurs Viking du premier étage entraîne la destruction du lanceur après de vol. Après avoir modifié les caractéristiques des injecteurs, les vols reprennent un an plus tard. Le est de nouveau un échec : cette fois c'est la turbopompe du moteur du troisième étage qui est en cause. Les modifications et les tests durent près de . Les six derniers vols du lanceur Ariane 1, qui ont lieu entre 1983 et 1986, se déroulent normalement. Ariane 2 et 3. Pour que le lanceur Ariane reste concurrentiel, il fallait qu'il puisse à chaque vol placer deux satellites en orbite de transfert géostationnaire. Or à la fin des années 1970, les principaux concurrents d'Ariane, les lanceurs américains Delta et Atlas, accroissent fortement leur capacité, permettant ainsi aux opérateurs de satellites géostationnaires de commander des engins plus lourds. Les responsables du programme Ariane décident donc le développement d'une version améliorée d'Ariane, capable de mettre en orbite de transfert géostationnaire soit de plus. Les modifications sont peu coûteuses (environ d'euros), car le lanceur dispose d'une certaine réserve de puissance : la pression dans la chambre de combustion de tous les moteurs est légèrement augmentée. Le surplus de poussée obtenu permet l'allongement du troisième étage de et l'emport de d'ergols de plus. Deux propulseurs d'appoint à poudre de , fournissant chacun pendant une durée de une poussée supplémentaire de , sont accolés à la version Ariane 3 (la version Ariane 2 en est dépourvue). Un des deux ergols du premier étage, l'UDMH, est remplacé par l'UH 25, plus énergétique. Le résultat final dépassera les prévisions avec une charge utile de pour la version Ariane 2 et de pour Ariane 3. Ariane 3 effectue son premier vol le . Ariane 3 volera dix fois jusqu'en 1988 avec un échec en 1985. Elle emmènera deux satellites géostationnaires à chaque fois. La fusée Ariane 2, moins puissante, est moins utilisée : son premier vol a lieu le et est un échec. Il y aura cinq autres vols entre 1987 et 1989. Ariane 4. L'agence spatiale européenne décide en octobre 1981, sur proposition de la France, de développer une version plus puissante permettant de placer en orbite géostationnaire : l'objectif est de mettre en service cette nouvelle version en 1986 de manière à pouvoir répondre aux besoins de la nouvelle génération de satellites de télécommunications. L'Ariane 4 comporte un premier étage allongé qui lui permet d'emporter d'ergols. Les moteurs Viking voient une nouvelle fois leur puissance augmenter légèrement. Des propulseurs d'appoint liquide peuvent être associés au premier étage : ces propulseurs utilisent un moteur Viking consommant les mêmes carburants que les premier et deuxième étage. Le lanceur est commercialisé dans 6 configurations qui se différencient par le nombre de propulseurs d'appoint (0, 2 ou 4) et le type de propulseur (à poudre ou liquide). Selon la version, Ariane 4 peut placer de 2 à en orbite de transfert géostationnaire. Les installations de lancement à Kourou sont agrandies : en effet, d'une part le premier complexe de lancement ne permet d'effectuer que six tirs par an, alors qu'il est prévu dans le futur une moyenne de 10 tirs par an ; d'autre part les propulseurs d'appoint liquide ne peuvent être montés dans les installations existantes. L'ESA autorise en août 1981 l'édification d'un deuxième complexe de lancement, ELA 2, pour un coût de d'euros. Avec ELA 2 le déroulement du montage de la fusée et son lancement sont profondément modifiés pour limiter les conséquences d'une explosion au décollage et surtout réduire le délai entre deux tirs : un bâtiment d'assemblage est construit à près d' de l'aire de lancement et la fusée est amenée sur le lieu de décollage posée sur une table de lancement qui se déplace sur des rails. Grâce à ces nouvelles installations, le délai entre deux tirs peut être réduit théoriquement de 28 à . Le premier lancement de Ariane 4 a lieu le . Ariane 4 est tiré entre 1988 et 2003 et ne connaît que trois échecs. Le lanceur, qui enlève en moyenne une charge utile de , a lancé . Ariane 5. Un lanceur complètement nouveau. La décision de construire le lanceur Ariane 5 est prise le . À l'époque, Ariane 4 n'a pas encore volé et le lanceur est loin d'avoir acquis sa position dominante sur le marché des satellites commerciaux. Alors qu'Ariane 1 avait été conçue pour le lancement des satellites géostationnaires, Ariane 5 doit selon les plans initiaux lancer des charges lourdes en orbite basse, en particulier la future navette spatiale européenne Hermès qui sera abandonnée par la suite. Cette orientation initiale se retrouve en partie dans l'architecture du lanceur. Mais l'analyse des tendances du marché effectuées peu après montrèrent que le poids moyen des satellites de télécommunications géostationnaires allait dépasser les vers 1995 excédant les capacités de lancement double d'Ariane 4. Il fut donc décidé qu'à cette date le lanceur Ariane 5 prendrait le relais d'Ariane 4. L'investissement est initialement chiffré à d'ECU (la même somme en euros). Les principaux pays contributeurs sont la France (46,2 %), l'Allemagne (22 %), l'Italie (15 %) et la Belgique (6 %). L'Espagne, les Pays-Bas, la Suède et la Suisse prennent une participation comprise entre 1 et 2 %. L'investissement réel calculé en 2009 s'élève à d'euros. Sur le plan technique, le lanceur Ariane 5 n'a rien en commun avec ses prédécesseurs. La poussée de au lancement est obtenue à hauteur de 90 % par deux gros propulseurs d'appoint à poudre (EAP). Le premier étage proprement dit (EPC) est propulsé par un nouveau moteur-fusée, le Vulcain consommant un mélange hydrogène/oxygène très performant mais qui ne fournit initialement que 10 % de la poussée. Cet ensemble est surmonté, au choix, d'un étage utilisant des propergols hypergoliques réallumables (EPS) ou d'un étage cryogénique plus puissant mais non réallumable (ESC). Le corps central du lanceur a un diamètre important de qui permet d'adapter facilement à son sommet des charges utiles volumineuses. Plusieurs jeux de coiffes sont disponibles en fonction de l'encombrement et du nombre des satellites. Pour lancer Ariane 5, des installations particulièrement importantes sont édifiées à Kourou. Les installations existantes, ELA-1 et ELA-2, ne sont en effet pas adaptées au nouveau lanceur plus trapu et de composition radicalement différente. La rationalisation d'une campagne de tir est poussée plus loin. Plusieurs bâtiments permettant l'assemblage des propulseurs d'appoint, du lanceur et de sa charge utile sont édifiés : ils sont tous reliés entre eux par une double voie ferrée sur laquelle la fusée et ses composants circulent. Un bâtiment permettant de préparer plusieurs satellites en parallèle est également construit. Enfin une nouvelle aire de lancement est édifiée. Le complexe baptisé ELA-3 remplace les installations existantes qui doivent être désaffectées après le tir de la dernière fusée Ariane 4. Par ailleurs une usine est construite près de la zone de lancement pour couler les blocs de poudre des propulseurs d'appoint (EAP) qui sont ensuite assemblés dans un bâtiment spécial. Les échecs du lanceur Ariane 5. Le premier lancement prévu en 1995 n'a lieu qu'en juin 1996. Le vol V-88 est un échec dû à une erreur du logiciel chargé du pilotage du lanceur. Le deuxième vol est un demi-succès : l'orbite visée n'est pas atteinte car le premier étage EPC s'est arrêté avant d'avoir épuisé ses ergols. Pour pouvoir répondre aux besoins en attendant la fiabilisation du lanceur, la société Arianespace doit passer commande de lanceurs Ariane 4 supplémentaires. Le problème se reproduira au . Le premier lancement de la version ECA en 2002 est également un échec. Il faudra attendre 2005 pour que cette version vole à nouveau le jour. Depuis 2005, le lanceur a effectué (situation en octobre 2021). Il a connu un seul demi-échec : en janvier 2018, deux satellites (SES-14 et Al Yah 3 ()) ont été mis sur une orbite autre que celle prévue. Ariane 6. À la fin des années 2010, le contexte commercial des lancements de satellites civils devient de plus en plus concurrentiel, avec l'arrivée de lanceurs comme SpaceX ou Longue Marche. Malgré son succès et sa position dominante dans le domaine des lancements de satellites géostationnaires, Ariane 5 est jugé trop coûteux — malgré la maturité du programme, chaque lancement revient à plus de 100 millions d'euros — et la décision de construire un nouveau lanceur, baptisé Ariane 6, est prise en décembre 2014. Le premier vol de ce lanceur, qui se décline en deux versions (nommées A62 et A64, selon que la fusée est équipée de deux ou quatre propulseurs d'appoint à poudre), est prévu pour le deuxième semestre 2023. Le succès commercial d'Ariane. Le but du programme européen Ariane est, initialement, de se rendre indépendant des technologies américaines et russes, et de pouvoir lancer un ou deux satellites gouvernementaux par an ; il n'était pas prévu de développer une activité commerciale. L'utilisation du pas de tir de Kourou, inauguré en 1968, favorisé par sa localisation près de l'équateur, l'augmentation de la masse des satellites géostationnaires, les errements de la politique spatiale américaine autour de sa navette spatiale, des choix techniques et de dimensionnement pertinents vont transformer la fusée Ariane en un acteur majeur sur le marché du lancement de satellites commerciaux. Entre 1979 et 2009, environ de plus de ont été lancés par une fusée Ariane. Les satellites de télécommunications en orbite géostationnaire dominent : de cette catégorie ont été lancés dont 81 d'origine américaine, et . Ariane a également été utilisée pour lancer d'autres types de satellites : tous ceux-ci, à deux exceptions près, ont été fabriqués par les pays européens pour leur compte ou celui de l'Agence spatiale européenne : scientifiques (comme les télescopes Herschel et Planck), spatiales (comme Rosetta), d'observation (la famille des satellites SPOT), météorologiques, militaires (comme les satellites Helios). Pour des raisons de coût, la majorité des satellites scientifiques européens sont lancés par des fusées russes, mieux adaptées pour les charges utiles de masse moyenne ou faible à placer en orbite terrestre basse. Le , le vol réussi 240 d'Ariane 5 est le quatre-vingt-deuxième succès consécutif de ce lanceur (le record d'Ariane 4 étant de consécutifs réussis pour ). Le 26 novembre 2019 marque 250 décollages d'Ariane en 40 ans d'exploitation. Caractéristiques techniques des lanceurs Ariane. Les installations de lancement. Ariane a pour site de lancement exclusif le Centre spatial guyanais de Kourou. Les évolutions du lanceur à l'étude. Ariane 5 ECB ou ME. Le lanceur Ariane 5 est solidement installé, avec plus de 50 % de part de marché, sur le créneau des satellites géostationnaires lourds qui, même s'ils ne représentent qu'environ 25 % des lancements (environ 20 à 30 satellites par an sur une centaine de satellites lancés annuellement), constituent l'essentiel du marché commercial. Cette position pourrait toutefois être remise en question : Une version d'Ariane 5, l'Ariane 5 ECB ou plus tard Ariane 5 ME, a été envisagée plusieurs années. Elle était capable de lancer en orbite de transfert géostationnaire, grâce à un deuxième étage cryogénique rallongé emportant 3 fois plus de carburant et un nouveau moteur, Vinci à la fois plus puissant et plus performant. Le lancement de la phase 1 du développement de cette version plus puissante du lanceur a été décidé lors de la conférence ministérielle de l'ESA en novembre 2008. Le premier vol d'Ariane 5 ME était prévu pour 2017. La décision officielle fin 2014 de lancer le développement d'Ariane 6 a mis un terme à celui d'Ariane 5 ME. Ariane 6. Différentes architectures sont étudiées pour le remplacement d'Ariane 5 et de ses éventuelles variantes à l'horizon 2025. Les deux principaux objectifs du programme FLPP ("Future Launcher Preparatory Program") financé par l'agence spatiale européenne sont de diminuer le coût du kilogramme placé en orbite et d'augmenter la fiabilité, c'est-à-dire de réduire la probabilité d'un échec au lancement. Différentes pistes sont explorées, toutefois la solution du lanceur réutilisable n'a pas encore été retenue car nécessitant un investissement plus important que l'Europe ne semble pas vouloir réaliser. Parmi les pistes retenues : L'agence spatiale française prépare de son côté un projet de micro-lanceur, Aldebaran, qui doit permettre de tester les nouvelles technologies qui pourraient être mises en œuvre sur le remplaçant d'Ariane 5 : électronique compacte, nouvelles techniques de propulsion. L'organisation industrielle. La maîtrise d'œuvre industrielle des lanceurs Ariane est confiée à ArianeGroup. Pour Ariane 5 l'organisation est la suivante : Pour Ariane 6 cette organisation industrielle devrait être globalement reconduite. Le lanceur Ariane face à ses concurrents. Ariane 5 met en orbite des satellites lourds (de plusieurs tonnes) généralement par paire. Les engins européens de cette classe sont essentiellement des satellites commerciaux. Les satellites européens scientifiques ou militaires, la plupart du temps plus légers, ne sont pas lancés par Ariane 5 mais par des fusées russes mieux adaptées et beaucoup moins coûteuses comme Soyouz ou des missiles balistiques reconvertis en lanceur. En 2009 toutefois, Ariane a lancé 2 télescopes spatiaux européens particulièrement lourds (Planck et Herschel) ainsi qu'un satellite de reconnaissance français Helios 2B. L'étroitesse du marché (de 20 à 30 satellites commerciaux par an) limite ces dernières années à en moyenne 6 le nombre de lancements d'Ariane 5. Durant l'année 2009, 7 tirs ont été effectués. Sur le marché des satellites commerciaux lourds les principaux concurrents d'Ariane 5 sont les lanceurs de l'ex URSS, les fusées Proton et Zenit et dans une moindre mesure le lanceur chinois Longue Marche 3. Les lancements de la Proton (capacité en orbite de transfert géostationnaire) sont commercialisés par ILS, société contrôlée par Lockheed Martin le fabricant américain de l'Atlas V. La Proton est le principal concurrent d'Ariane 5 malgré 2 échecs en 2007 et en 2008. Les lancements de la Zenit, d'une capacité équivalente à la Proton, sont commercialisés par Sea Launch filiale de Boeing constructeur par ailleurs de la Delta II et de la Delta IV. Sea Launch traverse aujourd'hui des difficultés financières très sérieuses qui menacent son existence. Les lanceurs américains Delta IV et Atlas V, dont la conception remonte à la fin des années 1990, devaient initialement permettre aux constructeurs américains de revenir sur le marché des lancements commerciaux. Mais leur coût s'est avéré trop élevé et leurs constructeurs se sont concentrés sur le marché captif des agences gouvernementales américaines. Plus récemment cependant SpaceX avec la Falcon 9 est devenu un concurrent majeur grâce à ses prix faibles dus au fait que les lanceurs sont réutilisables. La création de la Falcon Heavy, fusée la plus puissante en activité, place la société américaine en concurrent principal d'Ariane.
Coupe du monde de football La Coupe du monde de football, ou Coupe du monde de la FIFA, est le championnat du monde des équipes nationales masculines de football. Décidée le 28 mai 1928 par la Fédération internationale de football association (FIFA) sous l'impulsion de son président Jules Rimet, elle a été ouverte à toutes les équipes des fédérations reconnues par la FIFA, professionnelles y compris, se distinguant en cela du tournoi olympique de football, à l'époque réservé aux amateurs. Elle a lieu pour la première fois en 1930, en Uruguay (champion olympique 1924 et 1928), et tous les quatre ans depuis (sauf en 1942 et 1946 en raison de la Seconde Guerre mondiale). Depuis la deuxième édition, en 1934, la Coupe du monde comprend une phase de qualification par zones continentales, actuellement organisée par chaque confédération continentale, et une phase finale qui réunit les équipes qualifiés (16 de 1934 à 1978, 24 de 1982 à 1994, 32 à partir de 1998) dans un ou plusieurs pays pendant un mois environ. Cette phase finale comprend actuellement un premier tour par poules qui qualifie seize équipes pour une phase à élimination directe à partir des huitièmes de finale. Le pays organisateur de la phase finale est désigné par la FIFA et est automatiquement qualifié. Sur les vingt-deux éditions disputées jusqu'en 2022, seules huit nations ont déjà été titrées au moins une fois et seulement treize nations sont parvenues en finale (vainqueurs compris). Le Brésil, seule équipe à avoir disputé toutes les phases finales de la compétition, détient le record avec cinq titres mondiaux et s'est acquis le droit de conserver la Coupe Jules-Rimet en 1970 après sa finale dans la compétition, avec Pelé, seul joueur triple champion du monde. L'Italie et l'Allemagne comptent quatre trophées et l'Argentine trois. L'Uruguay, vainqueur à domicile de la première édition, et la France ont gagné chacune deux fois la Coupe, l'Angleterre et l'Espagne une fois. La dernière édition s'est déroulée au Qatar en 2022 pour la première fois en automne. Celle de 2026, aux États-Unis, au Canada et au Mexique, sera la première édition à 48 équipes participantes. La Coupe du monde de football est l'événement sportif le plus regardé à la télévision dans le monde avec les Jeux olympiques. Économiquement, la compétition est une source de revenus importante pour la FIFA et peut avoir des effets positifs sur la croissance de certains secteurs d'activité et sur le développement du pays organisateur. Des infrastructures, notamment les stades, sont construites ou rénovées à cette occasion. Événement mondial, elle est présente dans la culture populaire, sujet de nombreux films et documentaires, et est l'occasion de créer des chansons ou hymnes nationaux. Bien que véhiculant des valeurs de paix et d'universalité, la compétition a un aspect politique. Elle a été à l'occasion le théâtre de violences autour des rencontres, et de nombreux forfaits et boycotts, mais aussi réconciliations, émaillent son histoire. Histoire. Origine de la compétition. Le projet d'organiser une compétition internationale commence dès la création de la Fédération internationale de football association (FIFA) en 1904. En 1906, la première édition initiée par le dirigeant néerlandais Carl Hirschman est programmée en Suisse et quatre poules de quatre équipes en guise de premier tour sont mises en place. Mais lors de la clôture des confirmations d'inscriptions pour les seize sélections invitées, le , aucune fédération ne confirme sa participation et le projet est enterré. Avec la mise en place d'un tournoi olympique de football à partir de 1908, Hirschmann veut procéder à la reconnaissance de ce tournoi olympique comme championnat du monde de football amateur. L'idée est validée lors du congrès de la FIFA en 1914, mais la Première Guerre mondiale bloque cette initiative. Avec dont pour la première fois des formations d'Amérique latine et des États-Unis, en plus de celles du Vieux continent et de l'Égypte, les tournois olympiques de 1924 et 1928 constituent les premiers réels championnats du monde de football. Après son élection à la présidence de la FIFA, Jules Rimet met tout en œuvre, avec Henri Delaunay, secrétaire général de la Fédération française de football association, pour mettre en place une nouvelle compétition internationale. Ce projet est adopté par la FIFA, lors d'un congrès tenu en marge des Jeux olympiques d'Amsterdam le , par pour et cinq contre et une abstention. Le congrès de la FIFA tenu à Barcelone le confirme la première édition de la "Coupe du monde de football association" pour 1930 et en confie l'organisation à l'Uruguay, double champion olympique en titre, qui fête le centenaire de son indépendance cette année-là. Il décide que la Coupe du monde se tiendra tous les quatre ans, les années paires, en alternance avec les Jeux olympiques. À cette époque, presque toutes les équipes ont un statut amateur et présentent les mêmes formations aux deux compétitions. Cependant, les objectifs et valeurs divergent : si le tournoi olympique reste encore en théorie réservé aux amateurs, la FIFA reconnait les équipes qui ont opté pour le professionnalisme et ouvre la Coupe du monde à tous, amateurs comme professionnels. Première Coupe du monde (1930). Pour la première édition de la Coupe du monde, la compétition se déroule en Uruguay à Montevideo en 1930. La FIFA lance les invitations et table sur l'inscription de seize équipes, mais seulement treize nations répondent favorablement pour participer au tournoi. Seuls quatre pays européens traversent l'océan Atlantique en bateau pour disputer la compétition. La Belgique, la France et la Roumanie prennent un navire nommé « Conte Verde » depuis Villefranche-sur-Mer. La Yougoslavie quant à elle embarque à bord du « MS Florida ». Les autres pays européens déclinent pour des raisons financières et d'intendance. Jules Rimet est même contraint de procéder à un tour de France pour convaincre autorités, joueurs et employeurs afin que la France ne rate pas ce premier rendez-vous mondial. Tous les autres pays sont américains, il y a deux équipes nord-américaines : les États-Unis et le Mexique, les autres sont sud-américaines. Impressionnantes au cours du tournoi, les équipes d'Argentine et d'Uruguay, toutes deux invaincues, se rencontrent en finale à Montevideo. Les deux pays voisins sont rivaux et les supporters argentins se déplacent en nombre pour assister à la finale. Cependant, la "Celeste" est à domicile ce qui lui donne un avantage important. Le match se joue le au Stade Centenario. L'Uruguay ouvre le score, mais l'Argentine réagit et inscrit deux buts consécutivement pour mener 2-1 à la mi-temps. La rencontre connait alors un nouveau renversement de situation en seconde période. Poussée par ses supporters, l'équipe uruguayenne inscrit finalement trois autres buts en seconde période et gagne la partie sur le score de 4-2. Épreuves européennes d'avant-guerre et victoires italiennes (1934-1938). L'Italie accueille la deuxième Coupe du monde de l'histoire dans un climat de crise économique et de montée du fascisme dans une partie de l'Europe. Le tenant du titre, l'Uruguay, ne participe pas à la compétition qui regroupe pourtant trente-deux nations, beaucoup plus que lors de la première édition. Un tour préliminaire doit être mis en place pour réduire le nombre d'équipes participant à la phase finale à seize. Entraînée par Vittorio Pozzo, l'équipe d'Italie reçoit l'Espagne au stade Giovanni Berta en quart de finale. Après une première rencontre âpre, les deux équipes sont à égalité et doivent rejouer le lendemain. Le violent Luis Monti oblige un joueur espagnol à sortir sur blessure dès le début du match. L'Italie se qualifie grâce à un but de Giuseppe Meazza et rejoint l'Autriche en demi-finale. Meazza offre à nouveau la victoire aux siens. Dans la seconde demi-finale, la Tchécoslovaquie élimine l'Allemagne trois buts à un. En finale, la Tchécoslovaquie ouvre le score par Antonin Puc devant Benito Mussolini et les nombreux militaires présents dans le stade de Rome. L'Italie arrache la prolongation à cinq minutes de la fin sur un but de Raimundo Orsi et s'impose finalement après prolongation sur un but d'Angelo Schiavio. L'organisation de la Coupe du monde de la FIFA de 1938 est confiée à la France. Trente-six pays sont engagés dans les éliminatoires auxquels ne participent pas l'Angleterre, l'Uruguay et l'Espagne, cette dernière nation étant ravagée par la guerre civile. La phase finale ne réunit finalement que quinze équipes, à la suite du forfait de l'Autriche qui venait d'être annexée par l'Allemagne. En huitièmes de finale, le Brésil et la Pologne offrent un excellent match à Strasbourg au cours duquel les Brésiliens triomphent 6-5 après prolongation grâce notamment à trois buts de Leônidas. Lors du quart de finale opposant le Brésil à la Tchécoslovaquie, la rencontre se transforme en bataille générale qui se solde par trois expulsions et cinq blessés. Qualifié, le Brésil défie en demi-finale l'Italie en laissant au repos des joueurs cadres comme Leônidas qui a permis à la sélection brésilienne de battre les Tchèques deux jours plus tôt. Les Italiens se qualifient pour la finale grâce à un succès 2-1. Dans l'autre demi-finale, la Hongrie se qualifie en battant la Suède sur le large score de 5-1. La finale est de nouveau remportée par l'équipe d'Italie, tenante du titre, qui bat les Hongrois en finale sur le score de 4-2 grâce à des doublés de Silvio Piola et Gino Colaussi. L'équipe de Vittorio Pozzo est la première sélection nationale à remporter la compétition deux fois consécutivement. Interruption et retour de la compétition (1942-1950). En 1939, les fédérations d'Allemagne et du Brésil sont candidates à l'organisation de la Coupe du monde de football 1942. Le président de la FIFA Jules Rimet se rend en Amérique du Sud pour évaluer le projet brésilien. Pendant son séjour à Rio de Janeiro, les troupes allemandes attaquent la Pologne le septembre 1939 et la Seconde Guerre mondiale débute. Les préparatifs pour la Coupe du monde 1942 sont interrompus avant même le choix du pays organisateur. Le congrès de Luxembourg du signe le grand retour aux affaires de la FIFA après le conflit mondial. En hommage à l'activité du président de la FIFA, le congrès décide que la Coupe du monde sera désormais intitulée « Coupe Jules-Rimet ». Le congrès est marqué par le choix des pays hôtes des deux prochaines éditions et la décision de changer la périodicité de la Coupe du monde. Le trophée sera désormais remis en jeu tous les deux ans (au lieu de tous les quatre ans). Afin d'éviter la concurrence des Jeux olympiques une fois sur deux, la FIFA planifie son tournoi mondial les années impaires. Le Brésil et la Suisse (les deux seuls pays candidats) héritent respectivement de l'organisation des Coupes du monde de 1949 et de 1951. Deux ans plus tard, en juillet 1948 la FIFA fait cependant marche arrière en optant finalement pour le maintien de la traditionnelle organisation quadriennale les années paires non-olympiques. La Coupe du monde au Brésil est alors retardée d'un an (1950), celle devant se disputer en Suisse est reportée à 1954. La quatrième Coupe du monde se déroule donc au Brésil en 1950. Pour la première fois de l'histoire de la compétition, l'Angleterre qui avait maintes fois décliné les invitations de la FIFA dans les années 1930 accepte enfin de s'affilier à la FIFA et participe aux éliminatoires, où trente-trois pays sont engagés. À l'inverse, de nombreuses équipes nationales sont absentes de cette première édition d'après guerre, l'Autriche et la Belgique ne s'inscrivent pas aux éliminatoires, l'Argentine, le Pérou et l'Équateur déclarent forfait. Dans le Maracanã, stade construit pour l'occasion, se sont réunis pour regarder un match décisif du premier tour entre le Brésil et la Yougoslavie. Grâce à une victoire 2-0, le Brésil se qualifie pour la poule finale. Les Anglais sont battus par les États-Unis sur un but de Joe Gaetjens, puis à nouveau par l'Espagne quelques jours plus tard. La Suède remporte un match décisif contre l'Italie à São Paulo et se qualifie, elle aussi, pour le tour final. Le quatrième et dernier groupe est composé de deux équipes, l'Uruguay bat largement la Bolivie sur le score de 8-0. Conformément au souhait du pays organisateur la formule du championnat est reconduite au second tour sous la forme d'une poule finale à quatre équipes. C'est la seule fois dans l'histoire de la compétition où il n'y a aucun match à élimination directe. Les Brésiliens sont impressionnants et réalisent un festival offensif contre la Suède puis l'Espagne pour des victoires 7-1 et 6-1 respectivement. Le buteur brésilien Ademir inscrit neuf buts dans la compétition dont il est le meilleur buteur. Leur principal rival, l'Uruguay, est moins flamboyant, mais ne cède qu'un point lors des deux premiers matchs. À l'aube de la dernière journée le Brésil et l'Uruguay sont les deux seules équipes encore en course pour le titre. Elles s'affrontent lors du match final décisif au Maracanã le devant près de , considéré comme une véritable finale, à la nuance près que le Brésil peut se contenter d'un match nul pour remporter celle qu'on appelle désormais la Coupe Jules-Rimet. La défense uruguayenne contient les offensives brésiliennes et le score est de 0-0 à la mi-temps. Dès le début de la seconde période, le Brésil marque par Friaça. À la , Juan Alberto Schiaffino égalise pour les Uruguayens avant qu'Alcides Ghiggia n'inscrive le but décisif pour l'Uruguay. Le Brésil perd la Coupe du monde sur ses terres à la plus grande déception des supporters brésiliens. L'équipe uruguayenne est sacrée championne du monde pour la deuxième fois de l'histoire. « Le Miracle de Berne » (1954). L'édition 1954 de la Coupe du monde de football, compétition alors appelée "Championnat du monde de football - Coupe Jules-Rimet", se dispute en Suisse. Favorite du tournoi, l'équipe hongroise, aussi appelée le onze d'or hongrois, qui domine le football mondial, confirme son statut lors des premiers matchs de la compétition en étrillant la Corée du Sud et une RFA jouant battue d'avance , l'entraîneur allemand ayant décidé de mettre au repos une partie de ses joueurs en vue du match d'appui contre la Turquie. Lors de ce dernier, les joueurs allemands l'emportent 7-2 et se qualifient pour les quarts de finale. L'Italie est battue en match d'appui par la Suisse qui se qualifie avec l'Angleterre. En quart de finale, le match le plus spectaculaire (le plus prolifique en buts à ce jour dans l'histoire de la Coupe du monde) se dispute entre la Suisse, pays hôte, et l'Autriche, son voisin : les Autrichiens s'imposent en effet sur le score de après avoir été menés . Les deux grosses affiches de ces quarts de finale opposent l'Uruguay (tenant du titre) à l'ambitieuse Angleterre, et la Hongrie au Brésil (vice-champion sortant). Tenante du titre, la "Céleste" est trop forte pour l'Angleterre qui se montre pourtant à la hauteur de l'évènement. La Hongrie bat logiquement, mais dans la douleur (plus au sens propre qu'au figuré) un Brésil plus rugueux qu'inspiré. En effet, alors que la rencontre est à 3-2, Hongrois et Brésiliens commencent à se battre et cela dure jusqu'à l'entrée aux vestiaires des joueurs après trois expulsions. L'Allemagne écarte sans difficulté la Yougoslavie. En demi-finale, l'Allemagne fait preuve d'efficacité en surclassant l'Autriche 6 à 1. Dans la « finale avant la lettre » opposant les deux équipes les plus impressionnantes du tournoi jusque là, la Hongrie doit puiser dans ses réserves pour venir à bout de l'Uruguay en fin de prolongation et se qualifier pour la finale (4-2) au cours d'un match d'une qualité exceptionnelle, rentré dans la légende comme l'un des plus grands de l'histoire. La finale se déroule le à Berne. La Hongrie mène rapidement 2-0, mais se fait surprendre dans la foulée avec deux buts allemands. À la stupeur générale, Helmut Rahn inscrit le but décisif pour la RFA qui conclut un match surnommé le « miracle de Berne ». La compétition est un succès, au total ont assisté à la compétition dans les tribunes. Sportivement, le bilan est bon et marqué par un festival offensif avec une moyenne de par match. Le Brésil de Pelé et Garrincha victorieux (1958-1962-1970). La sixième édition de la Coupe du monde, en 1958, se déroule en Suède. L'équipe d'URSS fait son apparition dans la compétition. L'édition est marquée par l'échec de l'Italie à se qualifier pour la phase finale de la compétition. Inattendue, l'équipe de France étonne par son jeu offensif. La progression des joueurs français est arrêtée en demi-finale par le Brésil sur le score de 5-2 grâce à un triplé du jeune Pelé. Dans l'autre demi-finale, la Suède, à domicile, se qualifie pour la finale en battant la RFA. En finale de la compétition, le Brésil l'emporte logiquement 5-2 avec deux nouveaux buts de Pelé et deux autres de Vavá. Avec 13 buts, Just Fontaine est sans conteste le meilleur buteur de la compétition bien aidé par sa complicité avec le meneur de jeu français Raymond Kopa ; ils permettent à la France de se hisser pour la première fois sur le podium en remportant la 3 place face à la RFA, champion du monde sortant. Quatre années plus tard, la Coupe du monde retourne en Amérique du Sud et s'installe au Chili. Cinquante-six pays participent aux éliminatoires, la France, demi-finaliste de l'édition précédente, ne parvient pas à se qualifier. On note rapidement une évolution du jeu vers un style plus défensif. Le pays organisateur, le Chili, se hisse jusqu'en demi-finale après avoir éliminé l'Union soviétique en quart de finale. Il est dominé à ce stade par le Brésil de Vavá et Garrincha qui inscrivent deux buts chacun. Dans l'autre demi-finale, la Tchécoslovaquie de Masopust, Ballon d'or en fin d'année, écarte la Yougoslavie 3-1. En finale, les Brésiliens réalisent le doublé en battant les Tchécoslovaques 3-1. Le Yougoslave Jerkovic finit meilleur buteur de l'épreuve avec cinq buts et Garrincha, le dribbleur fou, meilleur joueur en l'absence de Pelé. Après la victoire de l'Angleterre à domicile en 1966, la neuvième Coupe du monde de la FIFA a lieu au Mexique en 1970. Un nombre record de pays s'alignent au coup d'envoi des éliminatoires avec nationales différentes. Le Portugal, la Hongrie, la France, l'Espagne et même l'Argentine échouent à se qualifier pour la phase finale de l'édition. À l'inverse, Israël et le Maroc s'invitent pour la première fois dans les équipes qualifiées. La RFA et l'Angleterre s'affrontent en quart de finale : menés 2-0 à vingt minutes de la fin, les Allemands reviennent à égalité puis s'imposent 3-2 après prolongation. En demi-finale, l'équipe allemande affronte l'Italie dans le Stade Azteca, construit pour l'occasion. Après prolongation, l'Italie gagne la partie 4-3 sur un but de Gianni Rivera alors que Franz Beckenbauer reste presque une heure sur le terrain avec le bras en écharpe à cause d'une clavicule cassée. En finale, les joueurs italiens s'inclinent 4-1 face au Brésil et son attaque prolifique. Avec , l'attaquant allemand Gerd Müller est meilleur buteur de la compétition. Devant le métronome Gerson, Pelé montre une nouvelle fois son talent avec une tentative de lob de sur Ivo Viktor, un grand pont sur le gardien Ladislao Mazurkiewicz et quatre nouveaux buts dans la compétition. Il remporte sa troisième Coupe du monde, la troisième du Brésil qui obtient ainsi le droit de garder la Coupe Jules-Rimet, douze ans seulement après son premier sacre. Victoires des pays hôtes (1966-1974-1978). La Corée du Nord est la surprise de la Coupe du monde 1966 se déroulant en Angleterre. Lors de la dernière journée du groupe 4, la sélection asiatique bat et élimine l'Italie, franchissant ainsi le premier tour. En quart de finale, elle prend rapidement un large avantage contre le Portugal 3-0 avant de perdre pied et d'encaisser cinq buts dont quatre d'Eusébio. À domicile, l'Angleterre est avantagée, d'abord parce qu'elle joue tous ses matchs dans le même stade de Wembley et de plus parce que l'arbitrage lui est favorable. En quart de finale, le capitaine de l'Argentine Antonio Rattín est exclu à la contre l'Angleterre, laissant son équipe à 10 contre 11. Les joueurs anglais s'imposent et se qualifient en finale après un succès 2-1 sur le Portugal grâce à un doublé de Bobby Charlton. En finale, l'Angleterre est opposée à la République fédérale d'Allemagne. Les joueurs anglais encaissent un but rapidement, mais égalisent puis prennent l'avantage. À quelques minutes de la fin, les Allemands égalisent et les deux équipes doivent jouer deux périodes de 15 minutes supplémentaires. À la , l'arbitre de la rencontre accorde un but litigieux à Geoffrey Hurst. Hurst marque à nouveau à la dernière minute de la rencontre alors que des supporters sont sur le terrain. L'Angleterre remporte sa première (et jusqu'à présent, seule) coupe du monde. Après l'édition de 1970 remportée par le Brésil, la compétition a lieu quatre années plus tard en Allemagne de l'Ouest. Haïti crée la surprise en se qualifiant aux dépens du Mexique. L'Australie fait également ses débuts dans la compétition. Lors du premier tour, la RFA joue contre la RDA avec pour enjeu la première place du groupe I. Le , la RDA bat le pays organisateur 1-0 d'un but de Jürgen Sparwasser. Non sans difficultés, les Pays-Bas, le Brésil et l'Italie, qui est même menée 1-0 par Haïti, se qualifient également pour le deuxième tour qui se déroule également en groupes. La dernière journée de cette seconde phase propose dans les deux groupes des affiches décisives synonymes de véritables demi-finales entre les quatre équipes encore en lice pour le titre : d'un côté les Pays-Bas dominent le Brésil avec la manière tandis que de l'autre la RFA bat la Pologne sur un terrain inondé pour s'adjuger une place en finale. Les Pays-Bas, emmenés par Johan Cruyff, développent un football total. En finale, la RFA l'emporte 2-1 à domicile contre les Pays-Bas. Cruyff est désigné meilleur joueur de la compétition. Les qualifications de la Coupe du monde 1978 s'annoncent difficiles. La RFA et l'Argentine étant qualifiées d'office, il ne reste que 14 places à attribuer entre les 97 équipes jouant les tours préliminaires. Le Brésil, l'Italie et Pays-Bas font également figures de favoris. L'équipe de France se qualifie, contrairement à l'URSS, l'Uruguay, la Yougoslavie et l'Angleterre, une nouvelle fois absente. L'Iran et la Tunisie sont également présents pour la phase finale se déroulant en Argentine. La compétition se déroule à nouveau en deux phases de poules. La RFA et les Pays-Bas se retrouvent notamment au second tour et disputent matchs du tournoi, le score de parité à la fin faisant plus l'affaire des Néerlandais que des Allemands. Lors de la dernière journée du groupe A l'Italie affronte les Pays-Bas et croit en ses chances de finale lorsqu'elle ouvre la marque. Les Néerlandais parviennent cependant à renverser le score en seconde mi-temps et s'imposer, se qualifiant ainsi pour la finale. Alors qu'elle doit battre le Pérou par quatre buts pour devancer à la différence de buts le Brésil, et ainsi obtenir la première place du groupe B qualificative pour la finale, l'Argentine remporte la rencontre 6-0 et atteint son objectif. En finale, Mario Kempes ouvre le score peu avant la mi-temps. Dominée par les Pays-Bas, la deuxième mi-temps se conclut par un but de Dick Nanninga pour les joueurs néerlandais à huit minutes de son terme. À égalité à 1-1, les deux équipes se dirigent vers la prolongation. Lors de celle-ci, les joueurs argentins font la différence en marquant à deux reprises, d'abord par Kempes, qui termine meilleur buteur et est désigné meilleur joueur du "Mundial", puis par Daniel Bertoni. L'Argentine remporte à domicile son premier titre mondial. Troisième sacre italien (1982). La du monde se déroulant en Espagne voit, pour la première fois, participer à la phase finale. Les Pays-Bas, finaliste de l'édition précédente et devancés en phase de qualification par la Belgique et la France, sont les grands absents du tournoi. Le premier tour est marqué par la victoire historique de la Hongrie sur le Salvador par 10 à 1, la victoire surprise de l'Algérie contre l'Allemagne de l'Ouest et par le non match entre l'Allemagne et l'Autriche qualifiant les deux pays aux dépens de l'Algérie. L'Italie franchit de peu le premier tour après trois matchs nuls en trois rencontres puis se réveille au second tour en battant l'Argentine, champion sortant, et surtout le Brésil, grand favori de la compétition. Les demi-finales opposent quatre équipes européennes. La Pologne, sans son maître à jouer Boniek suspendu, s'incline face à l'Italie sur deux buts de Paolo Rossi. L'autre demi-finale oppose la France et la RFA à Séville. Le match très intense connait de nombreux rebondissements et voit l'Allemagne se qualifier aux tirs au but. En finale, l'Italie s'impose 3 à 1 face à des Allemands marqués physiquement par le match précédent. L'attaquant italien Paolo Rossi finit meilleur buteur de la compétition. Sacre de l'Argentine de Maradona et revanche allemande (1986-1990). Initialement prévue en Colombie, l'édition 1986 de la Coupe du monde se déroule au Mexique. La France termine troisième du tournoi après avoir éliminé le Brésil au tirs au but en quart de finale à l'issue d'un match historique puis échoué à nouveau en demi-finale contre la RFA, comme quatre ans auparavant. La compétition est marquée par la rencontre entre l'Argentine et l'Angleterre en quart de finale. Capitaine de l'équipe argentine, Diego Maradona inscrit à la un but de la main. L'arbitre, qui n'a pas vu le geste illicite, valide ce but qui sera surnommé « la main de Dieu ». Quatre minutes plus tard, Maradona dribble six joueurs anglais et le gardien Peter Shilton pour inscrire un but tout aussi historique et cette fois valable. Auteur d'un nouveau doublé en demi-finale contre la Belgique, Maradona est élu meilleur joueur du tournoi. Son équipe domine en finale la RFA 3-2 et remporte la Coupe du monde. Gary Lineker termine meilleur buteur de la compétition avec six buts devant Maradona, Emilio Butragueño et Careca avec cinq buts chacun. Tenante du titre, l'Argentine dispute le match d'ouverture du "Mondiale" 1990 en Italie contre le Cameroun et s'incline contre toute attente. Le Cameroun devient même la première nation africaine à se qualifier pour les quarts de finale d'une Coupe du monde après une victoire sur la Colombie grâce à un doublé de Roger Milla alors âgé de 38 ans. L'équipe camerounaise est éliminée en quart de finale par l'Angleterre après prolongation sur le score de 3-2. Si le Brésil est battu par l'Argentine en huitièmes de finale, d'autres favoris comme l'Allemagne et l'Italie répondent présent. Les deux demi-finales proposent les affiches Italie-Argentine et Angleterre-RFA. La rencontre entre l'Italie et l'Argentine se déroule à Naples, ville du club où évolue Diego Maradona et dont il est une idole. Les joueurs italiens ouvrent le score par Salvatore Schillaci mais encaissent ensuite leur premier but dans la compétition sur une tête de Claudio Caniggia. Les deux équipes vont à la prolongation puis aux tirs au but. Sergio Goycochea, gardien déjà décisif en quart de finale lors de la séance de tirs au but contre la Yougoslavie, arrête les tirs de Roberto Donadoni et Aldo Serena et qualifie l'Argentine pour sa deuxième finale consécutive. L'autre demi-finale se joue également aux tirs au but. Stuart Pearce et Chris Waddle manquent leur tentative et la RFA du sélectionneur Franz Beckenbauer accède à sa troisième finale mondiale consécutive. Deux joueurs argentins sont expulsés durant la finale qui se conclut par un but décisif d'Andreas Brehme sur penalty à cinq minutes de la fin de la partie. Le capitaine allemand Lothar Matthäus soulève le trophée. Après avoir perdu les deux précédentes finales, l'Allemagne remporte son troisième titre mondial au terme d'une finale décevante, mais devient sur la période de seize ans 1974-1990 et les cinq éditions disputées, la seule équipe à avoir joué quatre finales et à en avoir gagné deux. Sacres du Brésil et de la France (1994-1998-2002). À la suite de la performance du Cameroun, la FIFA décide d'offrir une troisième place qualificative pour le continent africain. La compétition se déroule aux États-Unis. 147 pays participent aux éliminatoires qui voient notamment la mise en échec de l'Angleterre, du Portugal, de la France, du Danemark, champion d'Europe en titre, ou encore de l'Uruguay. Le début du mondial est marqué par le contrôle antidopage positif et l'exclusion du tournoi de Diego Maradona. Le pays organisateur est éliminé en huitième de finale par le Brésil. Les Brésiliens poursuivent dans la compétition en battant les Pays-Bas puis la Suède, une des surprises du mondial. Également demi-finaliste de la Coupe du monde de 1994, la Bulgarie est l'autre révélation de l'édition. Qualifiée à la dernière minute aux dépens de la France lors de la phase préliminaire, la Bulgarie épingle à son tableau de chasse en Amérique les deux finalistes de 1990, au premier tour l'Argentine, et en quart de finale l'Allemagne, tenante du titre. L'équipe bulgare et son attaquant auteur de six buts Hristo Stoitchkov sont éliminés en demi-finale par l'Italie dont le parcours a été semé d'embuches. L'Italie a en effet passé de justesse le premier tour en se classant parmi les « meilleurs troisièmes » après notamment une défaite contre l'Irlande lors de son premier match. La finale se dispute entre le Brésil et l'Italie au Rose Bowl. Contrairement au reste de la compétition plutôt offensive avec 2,7 buts par match, la finale est fermée. À la fin du temps réglementaire, le score est toujours 0-0, résultat qui n'évolue pas en prolongation. La rencontre est la première finale à se décider aux tirs au but. Les deux premiers tireurs échouent, mais ce sont les échecs des Italiens Daniele Massaro et Roberto Baggio qui se révèlent décisifs et permettent aux joueurs brésiliens de devenir champions du monde. La Coupe du monde de 1998 est la deuxième à se disputer en France, soixante ans après celle de 1938. Les éliminatoires enregistrent une participation record avec inscrits. Pour la première fois, la phase finale réunit . Tenant du titre, le Brésil surmonte une défaite au premier tour contre la Norvège et atteint une nouvelle fois la finale du Mondial en éliminant les Pays-Bas aux tirs en but en demi-finale. Après trois victoires en trois matchs dans le groupe C, la France franchit les tours dans la difficulté, d'abord en battant en huitième de finale le Paraguay à Lens sur un but en or de Laurent Blanc, puis en éliminant l'Italie aux tirs au but. L'équipe de France s'impose en demi-finale 2-1 contre la surprenante équipe de Croatie grâce à un doublé de Lilian Thuram répondant au but du meilleur buteur de la compétition Davor Šuker. La France effectue sa prestation la plus aboutie en finale en battant nettement le Brésil 3-0 au stade de France grâce à un doublé de Zinédine Zidane et un but d'Emmanuel Petit. C'est la sixième fois que l'épreuve est remportée par le pays hôte. L'attaquant brésilien Ronaldo est élu meilleur joueur de la compétition. Organisée en Corée du Sud et au Japon, la Coupe du monde de 2002 voit le Brésil disputer sa troisième finale consécutive, comme l'Allemagne l'avait déjà fait lors des années 1980 et 1990. Le Brésil affronte justement l'Allemagne en finale : il s'agit de la première rencontre de l'histoire de la Coupe du monde entre ces deux grandes nations. Les Brésiliens sont sacrés champions du monde pour la cinquième fois, signant ainsi la « Penta », grâce notamment à Ronaldo, déjà décisif en demi-finale contre la Turquie et auteur des deux seuls buts de la finale. L'attaquant brésilien termine meilleur buteur de la compétition avec huit buts. Pays hôte entraîné par Guus Hiddink, la Corée du Sud est la surprise de cette édition, bien qu'une controverse apparaisse concernant l'arbitrage de ses matchs. Après avoir battu et éliminé le Portugal en phase de poules, la Corée du Sud élimine successivement l'Italie en huitièmes de finale, sur un but en or de Ahn Jung-hwan, et l'Espagne au tour suivant, aux tirs au but, avant de s'incliner sur le plus petit des scores contre l'Allemagne en demi-finale. La France, tenante du titre, est éliminée au premier tour de la compétition sans inscrire le moindre but. Également éliminés au premier tour, l'Argentine et le Cameroun figurent parmi les déceptions du premier mondial asiatique. Hégémonie européenne (2006, 2010, 2014 et 2018). La Coupe du monde 2006 se déroule pour la seconde fois en Allemagne, trente deux ans après 1974. À domicile, la "" atteint les demi-finales notamment grâce aux 5 buts de Miroslav Klose qui termine meilleur buteur du tournoi. Elle est battue par l'Italie, future championne. Après un premier tour laborieux, l'équipe de France se réveille et bat l'Espagne puis le Brésil. Elle retrouve en demi-finale le Portugal qui a notamment éliminé les Pays-Bas et l'Angleterre. Grâce à un penalty de Zinédine Zidane, la France se qualifie pour sa deuxième finale de Coupe du monde. Après l'ouverture du score de Zidane d'une "panenka", Marco Materazzi égalise pour l'Italie d'un but de la tête sur corner. Les deux équipes se neutralisent, la prolongation est marquée par le mauvais geste de Zinedine Zidane, élu meilleur joueur de la compétition : celui-ci donne un coup de tête à Materazzi et est expulsé. La France et l'Italie se départagent finalement aux tirs au but. Malheureux en finale dans ce même exercice douze ans plus tôt, les Italiens remportent la séance, et donc leur titre mondial, en inscrivant tous leurs tirs, tandis que David Trezeguet rate le sien côté français. La Coupe du monde 2010 se déroule pour la première fois sur le continent africain, en Afrique du Sud. La phase finale réunit nationales. Tous les précédents vainqueurs de la Coupe du monde sont présents. Championne d'Europe, l'Espagne est l'une des principales favorites alors que la Nouvelle-Zélande, le Honduras ou encore la Corée du Nord sont les équipes les moins redoutées. Le premier tour est marqué par plusieurs surprises, à commencer par l'élimination des deux finalistes de la précédente édition, ce qui est une première. D'autres équipes favorites sont accrochées par des équipes supposées plus faibles, telles l'Allemagne, battue par la Serbie, ou l'Espagne, battue d'entrée par la Suisse. Le pays organisateur, l'Afrique du Sud, est le premier pays hôte à ne pas dépasser le premier tour de la Coupe du monde. Le Brésil et l'Argentine sont éliminés au stade des quarts de finale, tandis que l'Uruguay atteint les demi-finales après avoir éliminé aux tirs au but le Ghana, troisième équipe africaine de l'histoire à atteindre les quarts de finale. Les Pays-Bas dominent la dernière nation sud-américaine en demi-finale et retrouvent la finale, après celle disputée en Argentine. Malgré leur défaite en phase de poules, l'Allemagne et l'Espagne atteignent les demi-finales et s'y rencontrent. Les Espagnols, qui figurent dans le dernier carré seulement pour la deuxième fois, l'emportent et s'en vont disputer la finale de la Coupe du monde. Pour la deuxième fois consécutive, la finale oppose deux nations européennes, ce qui signifie une première victoire européenne hors d'Europe. La première apparition en finale est la bonne pour l'Espagne, sacrée championne du monde grâce à un but marqué à la par Andrés Iniesta, pendant les prolongations (1-0), tandis que les Néerlandais échouent à ce niveau pour la troisième fois. Cette finale est la plus prolifique en termes d'avertissements, avec 14 cartons jaunes donnés par l'arbitre. La Coupe du monde 2014 se déroule au Brésil pour la deuxième fois de l'histoire de la Coupe du monde. Le premier tour voit encore des surprises comme l'élimination de l'Espagne, le tenant du titre, et les brillantes prestations du Costa-Rica qui termine en tête du groupe D devant trois anciens anciens champions du monde, l'Uruguay, l'Italie et l'Angleterre, ces deux dernières étant éliminées. L'équipe d'Amérique centrale atteint pour la première fois de son histoire les quarts de finale où elle est seulement éliminée aux tirs au but par les Pays-Bas. Autre sélection à atteindre pour la première fois ce stade, la Colombie est emmenée par James Rodríguez, meilleur buteur du tournoi avec six buts inscrits. Elle est éliminée par le pays organisateur, le Brésil. En demi-finale, les Allemands humilient les Brésiliens sur leur terrain, sept buts à un, un score record à ce stade de la compétition. C'est la plus lourde défaite du Brésil en Coupe du monde. L'autre demi-finale voit les Argentins éliminer les Pays-Bas aux tirs au but quatre tirs à deux après un match nul sans but. Le Brésil connaît une nouvelle désillusion lors de la rencontre pour la troisième place, sèchement battu par les Pays-Bas sur le score de trois buts à zéro. La finale se déroule au Stade Maracanã de Rio de Janeiro entre l'Allemagne et l'Argentine. L'Allemagne s'impose un but à zéro en prolongations grâce à un but de Mario Götze. L'Allemagne décroche ainsi son quatrième titre, vingt-quatre ans après son dernier trophée. La de la Coupe du monde se déroule en Russie du 14 juin au 15 juillet 2018. L'absence de l'Italie et des Pays-Bas, qui ont échoué en phase de qualification, est remarquée. La principale surprise du tournoi est l'élimination de la "Mannschaft", tenante du titre, dès le , alors que les Allemands avaient à chaque fois atteint au minimum les quarts de finale de 1954 à 2014. L'Espagne, éliminée par la Russie, et le Brésil, sorti en quarts de finale par la Belgique, déçoivent également. Ainsi, pour la deuxième fois, 88 ans après le cas précédent en 1930, on ne retrouve ni le Brésil ni l'Allemagne dans le dernier carré. En outre, pour la cinquième fois dans l'histoire, les demi-finales proposent deux affiches 100 % européennes. La Belgique monte sur le podium final en battant l'Angleterre 2-0 et réalise la meilleure performance de son histoire en Coupe du monde. Quant à la France, elle atteint la finale en battant la Belgique 1 à 0, tandis que la Croatie devient le treizième finaliste de l'histoire en battant l'Angleterre en prolongation 2 à 1 dans l'autre demi-finale. La finale tourne à l'avantage des Français sur les Croates (4-2). La France décroche le second titre mondial de son histoire, vingt ans après celui obtenu aux dépens du Brésil. Le sélectionneur des "Bleus" Didier Deschamps devient le troisième homme, après le Brésilien Mário Zagallo et l'Allemand Franz Beckenbauer, à remporter le trophée mondial comme joueur puis comme entraîneur. Sur la période de vingt ans 1998-2018 et les six dernières éditions disputées, la France est la seule équipe à avoir joué trois finales et à en avoir gagné deux. Troisième sacre de l'Argentine, au Qatar (2022). La édition de la Coupe du monde se déroule au Qatar, petit mais riche émirat gazier, du au . Prévue initialement en été, elle a été déplacée à l'automne, en raison des conditions climatiques. C'est la première fois qu'un pays arabe, du Moyen-Orient, accueille la compétition. La Coupe du monde 2022 voit pour commencer le Qatar, pays hôte, se faire éliminer dès les poules après 3 défaites, ce qui est une première. Autre surprise, le futur vainqueur, l'Argentine, se fait surprendre lors de la première journée par l'Arabie Saoudite en perdant 2-1. Cette édition voit aussi pour la première fois des pays de quatre continents représentés en huitièmes de finale, notamment deux pays d'Asie, le Japon et la Corée du Sud, qui ne dépassent cependant pas ce stade de la compétition. Pour sa part, le Maroc devient la toute première équipe africaine (et aussi arabe) à atteindre les demi-finales du Mondial mais il est battu par la France (2-0). Le dimanche 18 décembre au stade de Lusail, l'Argentine remporte sa troisième coupe du monde (après 1978 et 1986) en prenant le meilleur sur la France, championne du monde en titre, s'imposant en finale aux tirs au but 4 à 2 (3-3 a.p.). Cette finale est marquée par un triplé de l'attaquant français Kylian Mbappé et un doublé de Lionel Messi qui offre le titre tant attendu par ce dernier et le peuple argentin, 36 ans après Diego Maradona et les siens, et après la défaite en finale en 2014. Le mondial 2026 en Amérique du Nord. La de la Coupe du monde se déroulera de à en Amérique du Nord et sera organisée conjointement par les États-Unis, le Canada et le Mexique. Ce sera la première à rassembler nationales au lieu de 32 ( de 3 au premier tour). Palmarès. Distinctions individuelles. À la fin de chaque tournoi de la Coupe du monde, plusieurs trophées sont attribués aux joueurs et aux équipes qui se sont distingués par rapport aux autres dans différents aspects du jeu. En 1938, la FIFA édite une équipe type à la fin de la compétition. L'absence de l'Italien Silvio Piola dans cette équipe type provoque un tel tollé que la FIFA se refuse ensuite de renouveler ce type de désignation. Entre 1982 et 2002, il existe un trophée du but inscrit le plus rapidement récompensé par un chronomètre en or. cinq trophées officiels sont décernés : Statistiques et records. Nations. Deux continents dominent historiquement la Coupe du monde : l'Amérique du Sud et l'Europe. Ils ont remporté toutes les éditions depuis la création en 1930. Les huit vainqueurs différents inscrits au palmarès de la Coupe du monde de la FIFA sont sud-américains ou européens. De plus, entre la victoire du Brésil en 1962 et la victoire de l'Italie en 2006, les équipes européennes et sud-américaines se sont succédé alternativement au palmarès tous les quatre ans. L'organisation de l'épreuve dans d'autres continents, d'abord en Amérique du Nord (1970, 1986 et 1994), ensuite en Asie (2002) et enfin en Afrique (2010), a mondialisé la compétition, qui est aujourd'hui un événement universel. Au total, actuellement membres de la FIFA ont déjà participé au moins une fois à la compétition, sur les nationales, depuis 1930. Les records sont détenus principalement par les nations historiques de la compétition. Seule sélection à avoir participé à toutes les phases finales de la Coupe du monde, le Brésil détient le record de victoires dans la compétition en étant le seul quintuple vainqueur (cinq victoires). Le Brésil est également l'équipe à avoir remporté le plus de matches en phase finale ( en ). Le Brésil, l'Allemagne et l'Argentine sont les seules équipes à avoir gagné la Coupe du monde sur leur propre continent et sur un autre continent que le leur. Le Brésil ne s'est pas imposé à domicile. Le Brésil et l'Allemagne sont les deux seules nations à avoir toujours réussi à se qualifier pour la phase finale de la compétition. L'Allemagne est l'équipe ayant disputé le plus grand nombre de finales (huit au total) et de demi-finales (douze au total, dans le dernier carré). Le Brésil a aussi disputé le plus grand nombre de matches (114 en 22 participations). En ce qui concerne le nombre de buts en phase finale, le chassé-croisé entre les deux nations historiquement les plus performantes se poursuit : à l'issue de la du monde, le Brésil reprend la tête du classement du plus grand nombre de buts marqués (237) devant l'Allemagne (232). Cinq nations ont organisé à deux reprises la Coupe du monde : l'Italie, la France, le Mexique, l'Allemagne et le Brésil. À l'exception du Brésil et du Mexique, chacune a remporté une fois la Coupe du monde sur son propre sol. Contrairement au Mexique, deux fois éliminé en quart de finale à domicile, le Brésil a atteint autant de fois le dernier carré sur son propre sol (vice-champion en 1950). Cinq champions sortants ont été éliminés au premier tour (le Brésil en 1966, la France en 2002, l'Italie en 2010, l'Espagne en 2014 et l'Allemagne en 2018). L'Uruguay en 1930, l'Italie en 1934, l'Angleterre en 1966, l'Allemagne en 1974, l'Argentine en 1978 et la France en 1998 sont devenus champions à domicile (soit six fois sur 21). L'Allemagne est le seul pays à avoir déjà remporté la Coupe du monde avant de triompher à domicile. À partir de la Coupe du monde en 1986, la règle concernant la finale à rejouer en cas d'égalité après prolongations (ce qui ne s'était jamais produit) est abandonnée par la FIFA. Depuis lors, trois Coupes du monde (sur dix) se sont jouées aux tirs au but après match nul en finale à l’issue des prolongations : celle de 1994 entre le Brésil et l'Italie remportée trois tirs au but à deux par le Brésil, celle de 2006 entre l'Italie et la France que les joueurs italiens remportent cinq tirs au but à trois et celle de 2022 entre l'Argentine et la France remportée quatre tirs au but à deux par l'Argentine. Lors des qualifications pour une Coupe du monde, l'Espagne est le premier pays à avoir remporté dix matchs sur dix, en 2010. L'équipe d'Allemagne réitère cette performance pendant les éliminatoires de la coupe du monde 2018. En 1970, le Brésil remporte six rencontres sur six. Respectivement en 1982 et 2010, la RFA et les Pays-Bas ont gagné huit matchs sur huit. En phase de qualifications, le succès le plus large revient à l'Australie, avec sa victoire 31-0 sur les Samoa américaines en 2001, 13 des buts sont marqués par Archie Thompson ce qui constitue le record du nombre de buts marqués dans un match international. Avec seulement deux buts encaissés, la France en 1998, la sélection italienne en 2006 et l'équipe d'Espagne en 2010 réalisent la meilleure performance défensive. La République fédérale d'Allemagne inscrit lors de sa victoire au mondial 1954, ce qui constitue la meilleure performance d'une équipe victorieuse. Lors de cette édition est aussi établi le record de buts marqués lors d'une phase finale : 27, par l'équipe de Hongrie. La Hongrie est la seule équipe à être parvenue à marquer dix buts dans le même match en phase finale, signant le la plus large victoire (10-1) de l'histoire du tournoi contre le Salvador lors de la première journée du groupe 3. Le remplaçant hongrois László Kiss réalise au cours de cette rencontre le triplé le plus rapide de l'histoire de la Coupe du monde en marquant aux , et ; il s'agit du premier « coup du chapeau » d'un joueur entrant. Deux autres matchs se sont soldés par un score de neuf buts d'écart (9-0), voyant la victoire une nouvelle fois de la Hongrie contre la Corée du Sud le et celle de la Yougoslavie contre le Zaïre le . Joueurs. Le Français Lucien Laurent est le premier buteur de l'histoire de la Coupe du monde en marquant lors du premier match en Uruguay contre le Mexique, sur une passe décisive d'Ernest Libérati. Le 1000 but de la compétition est inscrit par le Néerlandais Robert Rensenbrink lors d'une défaite des Pays-Bas contre l'Écosse le . L'Allemand Miroslav Klose détient le record de buts marqués en Coupe du monde avec , suivi du Brésilien Ronaldo () et de l'Allemand Gerd Müller qui en compte 14. Le Français Just Fontaine reste le meilleur buteur sur une seule édition avec en 1958. Il n'a pas marqué lors d'une autre édition. Pelé est le cinquième meilleur buteur de l'histoire de la Coupe du monde avec . Avec quatre buts en finale, le Français Mbappé (2018, 2022) est le meilleur buteur en finale. Le Français et l'anglais Hurst sont les seuls joueurs de l'histoire à avoir inscrit un triplé en finale. Le Russe Oleg Salenko reste le meilleur buteur en un seul match de Coupe du monde avec cinq buts lors du match Russie-Cameroun gagné par la Russie 6-1 en 1994. Lors de ce match, un autre record a été battu par Roger Milla. Il devient le plus vieux buteur de la compétition à 42 ans et 39 jours, il est également le joueur de champ le plus âgé lors d'une phase finale. En 2018, le gardien égyptien Essam el-Hadari devient le joueur le plus âgé à participer à une Coupe du monde, à l'âge de et . Le plus jeune est le Nord-Irlandais Norman Whiteside, âgé de et lors du premier match disputé contre la Yougoslavie en 1982. Un seul joueur a remporté trois titres de champion du monde avec son équipe : le Brésilien Pelé, sacré en 1958, 1962 et 1970. Il ne dispute cependant pas la finale en 1962. Pelé détient également des records de précocité, il est le plus jeune buteur et vainqueur de la Coupe du monde. À l'opposé, le gardien de la sélection italienne Dino Zoff est le joueur le plus âgé à avoir remporté la compétition. Antonio Carbajal, Gianluigi Buffon, Lothar Matthäus, Rafael Márquez, Guillermo Ochoa, Lionel Messi et Cristiano Ronaldo sont les seuls joueurs à avoir disputé cinq phases finales de Coupe du monde. Lionel Messi est celui qui a disputé le plus grand nombre de rencontres avec vingt-six matchs entre 2006 et 2022. Le Brésilien Cafu est le seul joueur à avoir disputé trois finales de Coupe de monde : vainqueur en 1994, finaliste en 1998 et vainqueur en 2002, cette dernière en tant que capitaine. Luis Monti a disputé deux finales en représentant deux pays différents. Il perd en 1930 avec l'Argentine et gagne en 1934 avec l'Italie. Les Allemands Fritz et Ottmar Walter puis les Anglais Bobby et Jack Charlton sont les deux seules fratries à avoir été champions du monde dans la même équipe, respectivement en 1954 et 1966. L'Uruguayen Alcides Ghiggia (1950, 4 buts), le Français Just Fontaine (1958, 13 buts) et le Brésilien Jairzinho (1970, 7 buts) sont les seuls joueurs à avoir marqué lors de tous les matchs disputés par leur équipe au cours d'une phase finale. Le record du but le plus rapide marqué en phase finale de Coupe du monde est actuellement détenu par le Turc Hakan Şükür avec une réalisation inscrite après le coup d'envoi. Ce but est inscrit au début du match de la troisième place entre la Turquie et la Corée du Sud lors de la Coupe du monde 2002 remporté 3-2 par la Turquie. En phase de qualifications, le but le plus rapide a été inscrit au bout de par l'attaquant belge Christian Benteke dans un match contre Gibraltar lors des éliminatoires de la Coupe du monde 2018. En 1986, José Batista est expulsé par l'arbitre français Joël Quiniou lors du match Uruguay-Écosse après seulement pour un tacle par derrière, carton rouge le plus rapide de la Coupe du monde. Sélectionneurs. Le plus titré des sélectionneurs est Vittorio Pozzo avec les victoires de l'Italie lors des Coupes du monde 1934 et 1938. Le Brésilien Mario Zagallo détient le record global de titres en Coupe du monde. Déjà victorieux en tant que joueur en 1958 et 1962, il remporte la compétition au poste de sélectionneur en 1970 puis comme adjoint en 1994. Il est suivi de l'Allemand Franz Beckenbauer, qui réalise ce doublé avec sa victoire en 1974 comme joueur et en 1990 comme sélectionneur, puis du Français Didier Deschamps, vainqueur comme joueur en 1998 et comme sélectionneur en 2018. Également de nationalité allemande, Helmut Schön est le sélectionneur ayant dirigé le plus de rencontres sur le banc avec vingt-cinq matchs entre 1966 et 1978 pour la RFA. Le brésilien Luiz Felipe Scolari détient lui deux records. Il est invaincu douze rencontres de suite, sept avec le Brésil, avec qui il remporte le titre en 2002, et cinq avec le Portugal en 2006, les onze premières rencontres se concluant par des victoires, c'est la plus longue série de victoires dans le temps réglementaire en Coupe du monde. Le Brésilien Carlos Alberto Parreira est également un sélectionneur historique de la Coupe du monde. Il conduit le Koweït en 1982, les Émirats arabes unis en 1990, devient champion du monde avec le Brésil en 1994, puis dirige l'Arabie saoudite quatre ans plus tard. Il revient à la tête de la sélection brésilienne en 2006 et atteint les quarts de finale avant de devenir sélectionneur de l'Afrique du Sud en 2010. Bora Milutinović a, lui aussi, participé à cinq Coupes du monde avec cinq sélections différentes. Il a dirigé le Mexique en 1986, le Costa Rica en 1990, les États-Unis en 1994, le Nigeria en 1998 et la Chine en 2002. Le sélectionneur le plus jeune est l'Argentin Juan José Tramutola en 1930 à et , alors que le plus âgé est l'Allemand Otto Rehhagel qui dirige l'équipe de Grèce à et pendant la Coupe du monde 2010. Organisation. Sélection des pays hôtes. Lors du congrès de la FIFA tenu à Barcelone le , l'organisation de la première Coupe du monde est confiée à l'Uruguay pour fêter le centenaire de son indépendance, mais aussi parce que le pays est double champion olympique en titre. Pour la deuxième édition en 1934, l'Italie s'impose comme le pays hôte après avoir apporté les conditions financières nécessaires. La Suède, bien engagée, se retire devant la candidature italienne. La désignation, prévue d'abord en mai 1932 au congrès de Stockholm, est finalement décalée en décembre à la suite des demandes de reports de la compétition. L'Autriche et d'autres pays européens souhaitent, en effet, repousser la compétition en 1936 à cause du contexte économique marqué par la Grande Dépression. En 1938, Jules Rimet souhaite que la compétition se déroule dans son pays, la France. L'Argentine et l'Allemagne se présentent également comme candidats à l'organisation. La FIFA se questionne sur la capacité de la France à disposer d'installations suffisantes pour accueillir la compétition. Finalement, la FIFA donne le la responsabilité de la compétition à la France par un vote. Le Brésil et l'Allemagne sont candidats pour accueillir la Coupe du monde 1942, l’organisateur devant être désigné lors d’un congrès en 1938. À la suite de désaccords persistants, la décision est repoussée à un congrès en 1939, mais la guerre éclate avant que le pays hôte ne soit choisi et la compétition est annulée. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le Brésil, déjà candidat à l’organisation pour 1942, et la Suisse sont les deux seuls pays à se porter volontaires. Ils sont tous les deux désignés le à Luxembourg pour organiser les premières compétitions d'après-guerre, dans l'ordre, pour respecter l'alternance Europe-Amérique du sud, le Brésil en 1949 puis la Suisse en 1951. La décision de changer le calendrier est prise le : les Coupes du monde initialement prévues en 1949 et 1951 sont décalées en 1950 et 1954 et retrouvent un rythme quadriennal les années paires où ne se tiennent pas les Jeux olympiques (comme c’était le cas avant la guerre avec les Coupes du monde en 1930, 1934 et 1938). Une nouvelle fois sans vote, l'organisation de l'édition 1958 est confiée à la Suède le à Rio de Janeiro, soit près de huit ans avant le début de l'épreuve. Pour la compétition de 1962, trois pays sont candidats à l'organisation : l'Argentine, le Chili et la RFA. L'Allemagne de l'Ouest se retire et la FIFA doit procéder à un vote le à Lisbonne pour désigner dans lequel des deux pays sud-américains la Coupe du monde 1962 se dispute. Le Chili est finalement désigné par à 11. Un nouveau vote à un tour a lieu à Rome le pour l'édition suivante et l'Angleterre obtient la responsabilité d'être l'hôte de la compétition en 1966. Pour 1970, le congrès de la FIFA continue l'alternance entre l'Europe et l'Amérique du Sud. Il se réunit le à Tokyo et désigne le Mexique dès le premier tour des votes. Le à Londres, le Congrès de la FIFA choisit les trois pays hôtes de la compétition suivants. La RFA et l'Espagne sont les seuls candidats pour l'Europe pour les éditions 1974 et 1982, la première revient à la RFA, la seconde à l'Espagne. Battue pour 1962 et 1970, l'Argentine obtient enfin l'organisation de la Coupe du monde en 1978. Le scrutin change alors, un vote du Comité Exécutif de la FIFA remplace les congrès. Choisi en 1974 à Stockholm, la Colombie fait face à des problèmes financiers et doit renoncer en 1982 à accueillir l'épreuve quatre ans plus tard. La candidature mexicaine pour la Coupe du monde 1986 est alors votée à l'unanimité par les membres du comité exécutif. L'Italie est ensuite préférée à l'URSS pour la Coupe du monde 1990. Pour la désignation de l'organisateur de l'édition 1994, un nouveau vote est organisé à Zurich en 1988. Les États-Unis battent le Maroc de trois voix, rompant l'alternance entre l'Europe et l'Amérique du Sud. Le Maroc est une nouvelle fois battu quatre ans plus tard avec le choix de la France pour la compétition de 1998. Le , une candidature conjointe du Japon et de la Corée du Sud est proposée et votée à main levée par le Comité Exécutif de la FIFA. La première phase finale ayant lieu en Asie se déroule donc dans ces deux pays en 2002. Après trois tours de vote, l'Allemagne est désignée organisateur de la Coupe du monde 2006 en devançant d'un vote la candidature de l'Afrique du Sud. Cette dernière est désignée pour organiser l'édition suivante aux dépens du Maroc, une nouvelle fois battu. L'Afrique du Sud devient le premier pays africain à accueillir la compétition. Avec le système de rotation de la FIFA, la Coupe du monde 2014 doit être organisé sur le continent sud-américain. Le Brésil est désigné après le retrait des autres candidatures. Le , l'organisation des éditions 2018 et 2022 sont respectivement attribuées à la Russie et au Qatar, ce qui constitue une première pour les deux pays. Pour 2026, la procédure est retardée d'une année à la suite du Fifagate. Cette édition inaugurera le format à qui requiert plus de stades pour accueillir la compétition. Le format de vote change, les comités réduits disparaissent, chaque fédération nationale vote. Deux candidatures sont déposées : une du Maroc et l'autre conjointement par le Mexique, les États-Unis et le Canada. C'est la candidature nord-américaine conjointe qui est choisie le . Format de la compétition. Alors que la première édition ne rassemble que (toutes invitées) au lieu des , la mise en place de tours préliminaires s'impose dès 1934 afin de sélectionner parmi les inscrites. Ce nombre d'équipes qualifiées en phase finale restera inchangé jusqu'en 1982, où il passera de 16 à 24, puis évoluera encore de 24 à 32, pour l'édition 1998. Pour la seconde édition l'Italie, pays organisateur, doit exceptionnellement disputer la phase éliminatoire tandis que l'Uruguay décide de ne pas défendre son titre. De 1938 et jusqu'en 2002, les pays tenant du titre et organisateur sont tous les deux qualifiés d'office. Depuis, seul le pays organisateur est garanti d'une participation en phase finale. Ainsi, le Brésil, champion du monde en 2002, doit passer par le tour préliminaire pour pouvoir défendre son titre en 2006. Tour préliminaire. Depuis la Coupe du monde de 1934, une phase de qualification est organisée avant la phase finale afin de limiter le nombre de participants au tournoi. Le tour préliminaire de qualification est divisé entre les six zones continentales de la FIFA (Afrique, Asie, Amérique du Nord, centrale et Caraïbes, Amérique du Sud, Océanie et Europe), chacune représentée par leur confédération. La FIFA fixe un quota de places en phase finale pour chaque zone continentale. Les qualifications peuvent commencer dès l'année suivant la tenue de la dernière phase finale et s'étaler sur deux ou trois saisons. Les formats de qualification varient selon les confédérations. Il y a également des barrages intercontinentaux. Phase finale. La phase finale de la compétition a presque toujours combiné les deux formules "championnat" (phase de poule) et "coupe" (élimination directe). En 1930 le système de poules, mis en place afin que les équipes européennes ayant fait un long voyage par bateau ne repartent pas après un seul match joué (en cas de défaite), permet ainsi aux premiers de chaque groupe d'accéder aux demi-finales. En 1934 et 1938 la FIFA opte pour le système "coupe" intégral (des huitièmes de finale à la finale). À l'inverse en 1950, c'est le système « championnat » intégral sur deux tours qui est appliqué, les premiers de chacun des quatre groupes du premier tour accédant à la poule finale. De 1954 à 1970, quatre poules de quatre équipes dégagent huit quarts de finalistes, la fin du tournoi se dispute alors par élimination directe. Pour les éditions 1974 et 1978 la formule "championnat" est redoublée, un second tour de poules remplace les quarts de finale et les demi-finales, les seuls matchs-couperet étant les finales. Avec l'augmentation du nombre d'équipes qualifiées en phase finale, passant de 16 à 24 en 1982, la formule de la compétition comprend désormais 6 poules de quatre équipes au premier tour dégageant douze qualifiés pour un second tour de 4 poules de trois équipes ; demi-finales et finale concluent alors l'épreuve. De 1986 à 1994, la formule comporte toujours 6 poules de quatre équipes au premier tour comme en 1982, mais passe en phase à élimination directe dès le second tour : en plus des douze qualifiés directs, quatre équipes ("les meilleurs troisièmes") sont repêchées pour compléter le tableau des huitièmes de finale. Depuis 1998, 32 équipes participent à la phase finale avec huit poules de 4 équipes au premier tour dégageant 16 équipes qualifiées en huitièmes de finale. En 1990, la répartition des équipes pour le tirage au sort se fait selon un classement prenant en compte les performances des précédentes épreuves ; l'Espagne critique l'imperfection de ce système, plaçant l'Angleterre au niveau des têtes de série. En 1994, les sélections de l'Allemagne, du Brésil, de l'Italie et des USA (pays hôte), négocient avec les organisateurs pour choisir leur ville du premier tour. En 1998, afin que le pays organisateur et le tenant du titre ne puissent se rencontrer avant la finale (s'ils finissent premiers de leur groupe), les organisateurs préarrangent le tirage au sort, comme cela s'est d'ailleurs pratiquement toujours fait depuis 1930. Ce type d'arrangement validé par les instances de la FIFA se reproduit de manière similaire en 2006. Depuis lors, seul le pays organisateur connaît à l'avance le groupe dans lequel il sera placé : le groupe A. Le , sous l'impulsion de son nouveau président Gianni Infantino, le conseil mondial de la FIFA réuni à Zurich décide à l'unanimité de faire passer le nombre d'équipes participantes à la phase finale à 48 à partir du Mondial 2026. Selon la nouvelle formule, les quarante-huit équipes seront réparties en seize poules de trois au premier tour, et la phase éliminatoire directe commencera à partir des seizièmes de finale. (*) "Stade de compétition exprimé en fraction. Modalités indiquées lorsqu'il s'agit d'une phase de poules, case cochée lorsqu'il s'agit d'un tour à élimination directe." Évolution du règlement. Depuis 1930, le règlement de la compétition évolue. Les joueurs portent des numéros sur leur maillot à partir de la Coupe du monde de 1938 disputée en France. Les remplaçants sont d'abord autorisés seulement à la suite de la blessure d'un joueur. Le premier remplacement a lieu dans les années 1950 lors d'une phase de test et limité dans les minutes de la rencontre. À partir de la Coupe du monde 1970, les remplacements sont autorisés quelle qu'en soit la raison. Les équipes ont alors le droit de faire entrer deux joueurs remplaçants. En phase finale, le premier remplacement a lieu entre Viktor Serebryanikov et Anatoli Puzach qui entre à la place de son compatriote soviétique à la lors d'une rencontre du opposant l'URSS au Mexique. Le nombre de remplacements autorisés passe ensuite à trois, puis en 2018 à quatre si le match se poursuit avec des prolongations. La victoire à trois points est mise en place lors de la Coupe du monde 1994, alors que historiquement elle valait deux points. La passe en retrait au gardien est interdite pour la Coupe du monde 1994 afin de limiter son abus. Le but de cette interdiction est de développer le jeu offensif. Les effectifs des équipes qualifiées pour la phase finale de la compétition passent de pour l'édition 2002 de la Coupe du monde. En 2010, la FIFA impose que le drapeau de la FIFA, le drapeau FIFA Fair-play, le drapeau de la confédération et les drapeaux des deux associations en lice soient hissés dans le stade lors de chaque match de la compétition. L’hymne de la FIFA doit être joué pendant que les deux équipes pénètrent sur le terrain. Comme pour les autres rencontres internationales, les hymnes nationaux des deux sélections en lice sont ensuite joués une fois les équipes alignées. Les joueurs serrent ensuite la main de leurs adversaires et des arbitres. Cérémonies d'ouverture. Avant 1970, les cérémonies sont simples avec la présentation de représentants des pays qualifiés pour la phase finale. Depuis 1970, elles sont de plus en plus colorées et vivantes. Cette transformation des cérémonies d'ouverture commence en 1970. Cette édition marque un tournant, la cérémonie d'ouverture est un défilé de jeunes joueurs habillés aux couleurs des nations qualifiées. Quatre ans plus tard, la RFA organise une cérémonie d'ouverture simple mais inédite. Les organisateurs disposent des ballons en fleurs qui s'ouvrent pour laisser place à des danseurs locaux de chaque pays. Les joueurs ne sont pas présents, mais d'anciennes gloires sont là comme Pelé ou Uwe Seeler. Les cérémonies d'ouverture deviennent ensuite de plus en plus impressionnantes. En 1982, la cérémonie d'ouverture de la Coupe du monde est présidée par la famille royale d'Espagne. La Colombe de la paix de Pablo Picasso est le symbole de la cérémonie qui souhaite faire passer un message de paix. Plus de sont lâchés avant que vêtus de blanc forment sur la pelouse du Camp Nou une colombe. Après les discours officiels du président de la FIFA et du Roi d'Espagne, la compétition commence. La cérémonie d'ouverture de 1990 a lieu dans un stade San Siro rénové et devenu Stadio Giuseppe Meazza. Sont présents quatre chefs d'État : le président du pays organisateur, l'Italien Francesco Cossiga, le président brésilien Fernando Collor de Mello, le président camerounais Paul Biya et le président argentin Carlos Menem, ces deux derniers assistent au match d'ouverture opposant leur nation, montre l'intérêt croissant pour la cérémonie. Des gymnastes présentent les drapeaux des nations avant que des mannequins aux couleurs des cinq continents ne rentrent sur la pelouse. L'hymne de la Coupe du monde retentit ensuite avant un lâché de ballons. En 1998, à la veille du premier match de la Coupe du monde, une procession de quatre géants est organisée dans les rues de Paris et retransmise à la télévision. Chaque personnage d'environ vingt mètres de hauteur représente un continent : Ho pour l'Asie, Moussa pour l'Afrique, Pablo pour l'Amérique et Roméo pour l'Europe. Pour la cérémonie d'ouverture de la Coupe du monde 2006, Pelé et Claudia Schiffer amènent le trophée sur le terrain. Environ joueurs vainqueurs de la Coupe du monde sont présents pour regarder la cérémonie d'ouverture. Des danseurs et des chorégraphies en couleurs précèdent la présentation des équipes qualifiées pour la phase finale avec un drapeau de chaque pays sur le terrain. Pour la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde 2022 à Doha, les organisateurs rendent hommage aux compétitions du passé. Elle est notamment consacrée aux hymnes des différentes coupes du monde. Le prince du Qatar, Tamim ben Hamad al-Thani, apparaît avec son père Hamad ben Khalifa al-Thani. Ghanim al-Muftah, une star des réseaux sociaux au Qatar, tient la vedette avec Morgan Freeman dans un dialogue appelant à la tolérance et au respect. Stades. La première édition de la Coupe du monde se déroule en 1930 dans trois stades de Montevideo, capitale de l'Uruguay. D'une capacité de plus de , le Stade Centenario, qui est le plus grand des trois, n'est pas prêt pour le début de la compétition. Les premiers matchs de la compétition sont donc joués dans deux autres stades : l'Estadio Pocitos et l'Estadio Gran Parque Central. La plus faible affluence de la Coupe du monde est une rencontre entre la Roumanie et le Pérou à l'Estadio Pocitos en 1930 où seulement se regroupent. La première finale de l'histoire de la compétition est finalement jouée au Stade Centenario. Quatre ans plus tard, la compétition se déroule en Italie. La Coupe du monde se joue dans huit stades différents. La finale a lieu à Rome au Stadio Nazionale del PNF. Le stade de Turin, qui peut accueillir la plus grande affluence avec , est renommé Stadio Benito Mussolini. En 1938, la France porte la contenance du stade de Colombes à afin de répondre aux attentes de la FIFA qui espère que l'affluence soit aussi haute que quatre ans auparavant. L'organisation française rénove et agrandit les huit autres stades, spectateurs assistent à la compétition. Pour l'édition de 1950, le stade du Maracanã est construit pour accueillir la compétition et permet de battre des records d'affluence. Avec officiellement spectateurs, le match décisif entre le Brésil et l'Uruguay disputé au Maracanã en 1950 est l'affluence la plus élevée pour un match de football disputé dans le cadre de la Coupe du monde. En 1954, la Suisse met six stades à disposition pour le bon déroulement de la compétition. La finale de la Coupe du monde 1954 se dispute dans le stade du Wankdorf de Berne. Pour la campagne suédoise en 1958, les organisateurs construisent pour l'occasion de nouveaux stades à Malmö et Göteborg. Le stade Råsunda de Stockholm est rénové pour pouvoir contenir plus de . Au total, spectateurs assistent à la Coupe du monde en Suède. En 1962, la Coupe du monde se joue dans seulement quatre stades : l'Estadio Carlos Dittborn d'Arica, l'Estadio Braden Cooper Co. de Rancagua, l'Estadio Sausalito de Viña del Mar et le stade national du Chili de Santiago du Chili. La finale se déroule dans ce dernier qui, d'une capacité de , accueille également presque tous les matchs du pays hôte, le Chili, et la petite finale. La Coupe du monde 1966 se dispute sur le sol où le football a été créé : l'Angleterre. Le stade de Wembley construit en 1923 est la principale enceinte, elle est le lieu de la finale. L'Angleterre a le privilège de jouer toutes ses rencontres dans ce stade jusqu'à la victoire finale des joueurs anglais. Les autres principaux stades sont Goodison Park, Roker Park ou encore le Hillsborough. Pour l'édition 1970, les cinq stades de la compétition sont construits ou modernisés. Il s'agit du stade Jalisco, du stade Nou Camp, du stade Cuauhtémoc, du stade Nemesio Díez et du stade Azteca. Ce dernier, d'une capacité d'accueil de plus de , est construit pour l'événement et pour recevoir la finale de la Coupe du monde 1970. Situé dans la ville de Mexico, il accueille dix matchs en 1970 et neuf autres en 1986, ce qui consiste un record de rencontres de Coupe du monde jouées dans un même stade. En 1974, l'Allemagne fédérale choisit d'organiser la compétition dans neuf différents stades. Deux sont construits à cette occasion, le Parkstadion et le Westfalenstadion, les autres sont rénovés. Un nouveau record de spectateurs présents dans les stades est établi avec spectateurs. L'Argentine ne bat pas le record d'affluence en 1978 avec personnes présentes dans les stades, mais vend 88 % des billets disponibles contre 72 % en RFA quatre années plus tôt. La Coupe du monde 1982 se déroule en Espagne. L'organisation espagnole détient alors le record du nombre de stades dans lesquels la compétition se déroule avec répartis dans tout le pays. La finale a lieu dans le stade Santiago-Bernabéu où le Real Madrid est le club résident. La plupart des enceintes sportives mexicaines utilisées pour la Coupe du monde 1986 sont les mêmes qu'en 1970, le stade Azteca accueille à nouveau la finale de la compétition. Les stades italiens sont les hôtes des matchs de la Coupe du monde 1990. Le stade olympique de Rome est le stade désigné pour accueillir la finale de la compétition, s'y réunissent pour assister à la victoire allemande. Les États-Unis reconvertissent des stades de football américain en stades de football pour la Coupe du monde 1994. Cela leur permet de battre l'affluence record d'une épreuve de Coupe du monde avec pour voir les soit une moyenne record de par match. La finale a lieu au Rose Bowl Stadium devant . En 1998, la France construit le stade de France pour accueillir la finale de la compétition. Les autres stades sont modernisés. Neuf autres stades sont rénovés à l'occasion de cet événement. La capacité du stade Vélodrome, qui accueille une demi-finale, est portée à . La petite finale se dispute au Parc des Princes. La Coupe du monde de 2002 se dispute dans 20 stades différents divisés équitablement entre les deux pays organisateurs, la Corée du Sud et le Japon. La plupart des stades utilisés sont construits pour la compétition et mis en service peu avant la tenue de l'édition. Le Yokohama International Stadium accueille la finale et les spectateurs présents à cette occasion. À l'occasion de la Coupe du monde 2006, douze stades allemands sont construits ou rénovés pour la Coupe du monde. La Allianz Arena ou Munich Arena est construite. La finale de l'édition se dispute au stade olympique de Berlin, rénové à cette occasion. Pour la compétition en Afrique du Sud quatre ans plus tard, quatre des dix des stades sont construits pour l'occasion. Dans les , la construction de stades est soumise à un cahier des charges très précis édicté par la FIFA afin que les stades soient homologués pour accueillir la phase finale de la compétition. Les affluences de la Coupe du monde sont chronologiquement croissantes. Le Maracanã fait de l'édition 1950 la plus suivie dans les tribunes avant que la Coupe du monde n'ait lieu en Angleterre et son stade de Wembley. Le dernier pic majeur se produit en 1994 lorsque les États-Unis transforment les stades de football américain pour la Coupe du monde. Parfois, la faible utilisation des stades après la compétition est critiquée comme le Maracanã à Rio, trop grand, qui est tombé en ruine et a dû être reconstruit. Cependant, de nombreux stades comme les stades allemands ont permis aux clubs locaux de bénéficier d'un stade plus moderne après la compétition. Ballons officiels. Lors de la première finale de la Coupe du monde, chaque équipe apporte son ballon et l'arbitre, John Langenus, doit tirer au sort le terrain, mais également le ballon pour jouer la rencontre. Le ballon argentin est choisi par le hasard. Dès l'édition 1934, un même modèle de ballon est utilisé pour toutes les rencontres d'une même phase finale. Allen fournit ainsi les ballons en 1938. En 1962, Adidas est choisi comme fournisseur et sort son édition "Santiago". Après la pause de 1966 où les ballons sont des Slazenger, Adidas devient fournisseur exclusif de la Coupe du monde. L'équipementier allemand sort un nouveau modèle de ballon à chaque édition auquel il donne un nom. "Tango" est utilisé pour les Coupes du monde 1978 et 1982. "Azteca" en 1986 est le premier ballon de la compétition totalement en synthétique. Le ballon de l'édition 1990 est nommé l"Estrusco Unico". Le "Questra" en 1994 est apprécié par les joueurs et décrié par les gardiens de but. Le ballon "Tricolore" pour l'édition 1998 arbore les couleurs du pays organisateur, la France, avec un ballon bleu et blanc. Il est fabriqué au Maroc. Le "Fevernova" en 2002 est de couleur or avec des flammes rouges. La couche de mousse qui le compose est améliorée par des micro-billes de gaz, permettant selon Adidas des frappes plus précises. Le ballon Teamgeist en 2006 est un ballon innovant. Il est imperméable ce qui lui permet de garder le même poids du début à la fin de la partie quelles que soient les conditions météorologiques. Adidas nomme Jabulani, qui signifie « célébrer » en zoulou, le ballon utilisé pour la 2010. Il est moulé dans une seule pièce, et équipé d'un nouveau concept appelé « Grip'n'Groove » pour un contrôle optimal, des trajectoires stables et une accroche parfaite. Cependant, le ballon de la Coupe du monde 2010 est très critiqué par les gardiens de but pour sa trajectoire flottante. Ces critiques sont prises en compte par Adidas lors de la Coupe du monde 2014, les trajectoires de Brazuca, dont la conception a duré deux ans, sont moins aléatoires. Arbitrage. Les débuts de l'arbitrage en Coupe du monde sont difficiles. L'opposition de cultures est également présente pour les arbitres. Dès la première édition en 1930, des bagarres générales éclatent. Les cartons n'existent pas, les arbitres peuvent seulement exclure des joueurs. Arbitre de la première finale de la Coupe du monde, le Belge John Langenus le constate lors du match entre l'Argentine et le Chili : . L'interprétation des règles diverge selon les arbitres et cause des problèmes d'équité. Les cartons jaunes et rouges sont mis en place à l'occasion de la Coupe du monde de la FIFA 1970, quatre ans après l'affaire avec le capitaine argentin Antonio Rattín qui ne voulait pas sortir du terrain comme le lui demandait alors l'arbitre. Le dimanche , l'arbitre allemand Kurt Tschenscher gratifie Evgeny Lovchev, le 6 de l'équipe d'Union soviétique, du premier carton jaune de l'histoire de la Coupe du monde de football lors du match de premier tour à Mexico entre le Mexique et l'Union soviétique qui se solde par un 0-0. Le premier carton rouge est sorti par l'arbitre turc Doğan Babacan pour le Chilien Carlos Caszely lors d'un match contre l'Allemagne de l'Ouest le . L'arbitrage est souvent au cœur de controverses. En finale de l'édition 1966, Geoffrey Hurst tape le ballon sur la barre à la de la rencontre, en prolongation. Le ballon rebondit alors sur la pelouse et sort des buts. L'arbitre suisse Gottfried Dienst valide le but après avoir consulté son assistant Tofik Bakhramov. Cependant, le doute persiste et une étude anglaise a confirmé que le ballon n'est pas rentré. À la dernière minute de cette rencontre, Hurst marque son troisième but personnel alors que des supporters sont sur le terrain. L'« arbitrage maison » est souvent critiqué, l'arbitre prenant des décisions favorables aux pays hôtes. Certaines éditions de la Coupe du monde sont marqués par des erreurs aux conséquences lourdes. Lors de la demi-finale de la Coupe du monde 1982, Harald Schumacher agresse Patrick Battiston. L'arbitre Charles Corver ne siffle pas de faute alors que Battiston doit être hospitalisé. Schumacher et la RFA s'imposent par la suite aux tirs au but. Quatre années plus tard, la Coupe du monde est à nouveau marquée par une erreur flagrante de l'arbitre. Le Tunisien Ali Bennaceur ne voit pas Diego Maradona marquer de la main en quart-de-finale de la Coupe du monde, but resté célèbre comme la « main de Dieu ». En finale de la Coupe du monde 1990, l'Argentine et Maradona subissent les décisions de l'arbitre Edgardo Codesal Méndez, qui fait basculer la rencontre en expulsant Pedro Monzón puis en sifflant un pénalty contestable à cinq minutes de la fin de match. En 2002, plusieurs décisions arbitrales avantagent la Corée du Sud, pays organisateur, en phase finale. En quart de finale, l'arbitre égyptien Gamal Al-Ghandour refuse deux buts à l'Espagne pour des raisons litigieuses. Lors de la Coupe du monde suivante en Allemagne, le joueur de l'équipe de Croatie Josip Šimunić reçoit trois cartons jaunes par Graham Poll avant d'être exclu lors d'une rencontre de premier tour contre l'Australie. La FIFA ajoute l'assistance vidéo à l'arbitrage (VAR) lors de la Coupe du monde 2018 en Russie. Elle a pour la première fois une influence sur une décision arbitrale lors de la rencontre entre l'Australie et la France avec un pénalty accordé à l'équipe française à l'issue du visionnage des images depuis le bord du terrain. Les arbitres sont également équipés d'un dispositif électronique installé au poignet pour leur confirmer ou non le franchissement de la ligne de but par le ballon. Quatre ans plus tard, la FIFA ajoute une nouvelle technologie au dispositif d'assistance vidéo pour détecter de manière semi-automatisée le hors-jeu. Trophée. Le trophée remis aux champions du monde de 1930 à 1970 est une statuette en or qui repose sur un socle de pierres fines. Commandée par Jules Rimet avant la première édition de l'épreuve, elle a été réalisée par le sculpteur français Abel Lafleur. La statuette, appelée « Victoire ailée », représente la déesse de la victoire tenant un calice octogonal au-dessus d'elle. En 1946, en hommage au président de la FIFA, le trophée, qui à l'origine s'appelait simplement « "Coupe du Monde de Football Association »", est officiellement baptisé "« Coupe Jules-Rimet »." Pendant la Seconde Guerre mondiale, le vice-président de la FIFA, l'Italien Ottorino Barassi garde le trophée caché sous son lit dans une boîte à chaussures, afin d'éviter que les nazis ne s'en emparent. En 1966, l'organisation incombe à l'Angleterre qui devient, de fait, gardienne du trophée pour la durée de la compétition. Le trophée est dérobé et des forces importantes de Scotland Yard sont déployées pour retrouver la statuette avant la fin de la compétition. Finalement, un petit chien nommé Pickles trouve l'objet dans un paquet emballé dans du papier journal, déposé dans une poubelle d'un jardin public, que son maître remet à la police. En 1970, la sélection brésilienne remporte le titre mondial pour la troisième fois (après avoir déjà été sacré en 1958 et 1962) et acquiert ainsi le droit de conserver la Coupe Jules-Rimet définitivement. Mais, en 1983, le trophée est volé dans les locaux de la fédération brésilienne. Les autorités pensent que les voleurs l'ont refondu. Une réplique de la Coupe Jules-Rimet est alors réalisée. En 1974, un nouveau trophée est donc mis en jeu. Portant le nom de la Fédération Internationale de Football Association, la "FIFA World Cup" (ou "Coupe du Monde de la FIFA" en français) a été dessinée par Silvio Gazzaniga et produite par Bertoni à Milan. La statuette (sans son socle) représente deux athlètes soulevant la terre. Elle mesure de haut et pèse dont 75 % d'or (18 carats). La base de de diamètre contient deux morceaux de malachite. Les noms des pays ayant gagné le tournoi sont gravés sous la coupe. Seuls huit noms peuvent être gravés sur la coupe elle-même, ce qui signifie que la plaque où sont gravées les équipes victorieuses peut contenir le nom des vainqueurs jusqu'en 2038. Avant chaque compétition, le trophée est exposé dans de nombreux endroits à travers le monde avant d'arriver dans le pays organisateur. Dérobée à plusieurs reprises, la Coupe du monde est désormais très protégée. Seuls les champions du monde et les chefs d'État peuvent la toucher. Le trophée est propriété de la FIFA, même si sa surveillance est confiée au pays tenant du titre. Étoile sur le maillot. Le vainqueur de la Coupe du monde peut disposer, sur son maillot, une étoile par trophée gagné. Ces étoiles font leur apparition sur le maillot du Brésil en 1974. L'Italie, alors ancien triple vainqueur de la compétition, adopte ce système au début des années 1990 et l’Allemagne à la fin de la décennie. À la suite de la victoire de l'équipe de France en 1998, le maillot des "Bleus" arbore une étoile. Dès lors, les autres pays vainqueurs d'une Coupe du monde qui n'ont pas encore d'étoile sur le maillot (Angleterre, Argentine, Uruguay) adoptent l'utilisation de l'étoile en hommage au ou aux sacres mondiaux. Seul l'Uruguay a plus d'étoiles que de nombre de victoires en Coupe du monde. En plus des deux étoiles représentant les succès en Coupe du monde, deux autres étoiles sont sur le maillot uruguayen pour les deux victoires lors des tournois olympiques de 1924 et 1928 co-organisés par la FIFA, à l'époque où la Coupe du Monde n'existait pas encore (les JO étaient alors la compétition internationale la plus importante). Chaque pays brode sur son maillot la ou les étoiles dans les couleurs de son choix. Ainsi, les étoiles espagnole, allemandes, italiennes, uruguayennes et argentines sont en or alors que celles du maillot brésilien sont vertes (cf. image de gauche), que l'étoile anglaise se fond avec la couleur du maillot et que les françaises sont blanches. La couleur des étoiles a pu évoluer, l’étoile française fut un temps dorée et les étoiles allemandes, avant le quatrième sacre, furent aux couleurs du drapeau national (noir, rouge, jaune). Les couleurs des étoiles peuvent également varier selon le design du maillot. Badge de Champions de la FIFA. Instauré en 2008 par la FIFA, le "FIFA Champions Badge" est un badge de couleur dorée ou blanche. Il est composé d'une représentation du trophée de la Coupe du monde, et de l'écrit "FIFA World Champions" avec l'année du titre indiqué sur le bas du badge. Ce dernier apparait sur les maillots de l'équipe championne en titre. L'Italie a été la première nation à apposer ce badge sur son maillot entre 2008 et 2010. Il a depuis été porté par tous les champions en titres : l'Espagne (2010-2014), l'Allemagne (2014-2018), la France (2018-2022) et actuellement l'Argentine. Le badge peut être porté lors de tous les matchs effectués par la sélection durant ces 4 années de tenante du titre, que ce soit lors de sa compétition continentale ou n'importe quelle autre type de rencontres. Mascottes. La Coupe du monde se dote d'une mascotte officielle à partir de 1966. La première mascotte de l'histoire de la Coupe du monde est "World Cup Willie", un lion footballeur portant un maillot de l'Union Jack. Quatre ans plus tard, la mascotte du mondial mexicain est un garçon habillé avec un sombrero et aux couleurs du Mexique : le vert et le blanc. Il est nommé "Juanito" (Jeannot en espagnol). En 1974, la mascotte allemande est constituée de deux hommes différents, "Tip und Tap", se tenant par les épaules et portant des T-shirts sur lesquels sont inscrits « WM » et « 74 ». En 1978, l'Argentine choisit comme mascotte "Gauchito", un garçon argentin de la pampa avec un chapeau, un foulard et une cravache. Il s'agit de la dernière mascotte représentant un humain. La mascotte suivante pour l'édition 1982 disputée en Espagne est l'innovante orange espagnole "Naranjito" avec un visage, un ballon et des crampons. En 1986, la mascotte est "Pique", un piment mexicain de nouveau avec un sombrero. En 1990, l'Italie choisit un objet-design nommé "Ciao" représentant un footballeur avec une tête en ballon de football et un corps aux couleurs de l'Italie. Les États-Unis reviennent aux animaux en 1994 avec un chien habillé en tenue de football rouge, blanche et bleue avec les mots « USA 94 ». Pour la Coupe du monde 1998, les organisateurs choisissent un coq bleu appelé "Footix", son nom est choisi par les téléspectateurs français parmi trois propositions. En 2002, le Japon et la Corée du Sud choisissent trois mascottes, "les sphériks" Kaz, Nik et Ato, inspirées des mangas. Goleo VI, un lion en peluche, accompagné d'un ballon parlant nommé Pille, est la mascotte retenue par les Allemands en 2006. La mascotte de la Coupe du monde 2010 s'appelle "Zakumi". Il s'agit d'un léopard avec des cheveux verts. Son nom vient de « ZA », abréviation internationale de l'Afrique du Sud, et « kumi », mot qui signifie « dix » dans diverses langues africaines en rapport à l'année de la compétition. La mascotte de la Coupe du monde 2018 s'appelle Zabivaka, ce qui signifie "celui qui marque" en russe. C'est un loup jeune et rusé, qui possède des lunettes oranges lui permettant de mieux contrôler ses frappes pour que le ballon rentre dans les cages. Aspects socio-économiques. Audience à la télévision. D'un point de vue mondial il est difficile de quantifier le nombre de téléspectateur total. La FIFA estime régulièrement son audience autour de 3,2 milliards pour la compétition, et entre 1 et 1,5 milliard de téléspectateur pour la finale. Avant la coupe du monde 2010 la FIFA a changé son mode de calcul, auparavant l'association donnait le chiffre totale d'audience cumulé, celui-ci tournais autour de 26 milliards de téléspectateur depuis l'édition 1990. Violences conjugales. Pendant une Coupe du monde le nombre de violences conjugales augmente. Une étude britannique réalisée en 2014 a démontré que les violences conjugales augmentent de 26 % pendant la compétition. En cas de défaite de l'équipe nationale ce chiffre atteint même les 38 %. La faute ne revient pas seulement au sport évidemment : la consommation d'alcool exacerbée pendant ce type d'évènement, ainsi que les penchants violents préexistants chez les auteurs des violences sont aussi à prendre en compte. Toutefois, il est admis que ce type de compétitions entretient un environnement propice aux violences. En 2013, une étude aux États-Unis avait montré des résultats similaires concernant le football américain. Pour tenter de pallier ce problème de nombreuses campagnes publicitaires alertent à ce sujet pendant la Coupe du monde. En 2018, le "" révèle une campagne choc mettant en scène des visages de femmes où les coups portés dessinent le drapeau d'un pays jouant en Russie. Coût de la compétition. Le coût de la Coupe du monde est en augmentation constante depuis des décennies. Les évaluations des coûts varient selon le périmètre de ce qui est pris en considération (intégrant par exemple, l'amélioration des infrastructures de transport et les coûts liés à la sécurité intérieure) À titre d'exemple, la Cour des Comptes a évalué le coût total de l'organisation de la Coupe du monde de 1998 en France à près de de francs ( d'euros) dont environ d'investissements (1,1 milliard d'euros) dans des infrastructures sportives et de dessertes, et ( d'euros) de dépenses d'organisation. Le financement direct est assuré par un comité d'organisation local qui bénéficie d'un appui financier de la FIFA. Des fonds publics (État, collectivités locales et entreprises publiques) interviennent sur les infrastructures et des sociétés privées, mécènes de l'opération sur des aspects liés à l'organisation sportive. Cette aide financière est aussi une vitrine pour ces sociétés privées qui en espérer des retombées économiques positives. Le site Mondial de football évalue pour sa part le coût de la coupe du monde française en 1998 à 360 millions d’euros ; celui de l’Allemagne quatre ans après à 430 millions d’euros ; puis plus de 3 milliards pour l'Afrique du sud, 8 milliards pour le Brésil, et 21 milliards pour la Russie . La mise aux normes de stades de football, imposée par la Fifa, impacte plus fortement les pays dont les stades étaient vétustes ou trop petits pour l'événement. Effet sur l'économie. L'organisation de la Coupe du monde de football n'est pas sans conséquence économique pour le pays hôte. Les investissements qui concernent d'abord principalement les villes organisatrices, s'étendent maintenant dans tout le pays organisateur. Des infrastructures non sportives comme les hôtels sont également concernées. Les coûts croissants pour organiser une Coupe du monde provoquent cependant de plus en plus de critiques. Celles-ci ont été particulièrement fortes au Brésil où les investissements importants dans les équipements sportifs ont été critiqués par une partie de la population. De nombreux manifestants souhaitent que l'argent soit utilisé pour l'amélioration des équipements publics (hôpitaux, écoles) et pour diminuer le coût de la vie. Certains travaux soulignent que la victoire en Coupe du monde est un facteur positif pour la croissance. À la suite du succès de l'équipe de France en 1998, le Produit Intérieur Brut (PIB) français s'est maintenu à un bon niveau de progression. Il progresse de seulement 2,3 % en 1997, contre 3,5 % en 1998 et 3,0 % en 1999. L'impact de l'événement est difficile à évaluer du fait de la multitude d'autres facteurs rentrant en compte dans l'évolution du PIB. Il existe des faillites liées à la Coupe du monde. La société qui produit la mascotte "Goleo" a dû déposer le bilan deux semaines avant le début de la Coupe du monde de football 2006. Les économistes allemands ne prévoyaient d'ailleurs qu'une hausse de 0,3 % du PIB. L'organisation de la Coupe du monde peut n'avoir que peu d'effet sur le volume des investissements sur le pays organisateur. Il ne représente qu'environ 1 % seulement des flux annuels d'investissement en Allemagne à l'édition 2006. Certains secteurs bénéficient de l'événement pour connaître une croissance rapide. Les secteurs des équipements sportifs et des appareils télévisuels connaissent une forte hausse des ventes au moment de la Coupe du monde. Pour le pays hôte, le gain vient en premier lieu de l’afflux de visiteurs étrangers, eux-mêmes sources de devises ( d'euros pour l'Allemagne selon les prévisions de "Standard & Poor's"). Pour les pays réalisant des performances remarquables, l’effet de la hausse du moral au sein de la population suscite à la fois une stimulation de la demande intérieure et une meilleure productivité du travail. D'après l'Insee, l'effet de la Coupe du monde sur la consommation en Allemagne n'est toutefois qu'un soutien temporaire à une tendance ayant d'autres explications. Les victoires et les défaites suscitent par ailleurs des variations boursières sur les marchés nationaux. Certaines études ont montré une relative concordance dans les pays en développement entre les périodes d’expansion économique et les bons résultats en Coupe du monde. L'analyse la plus répandue consiste à dire que la victoire suscite l’expansion. Cependant, certaines analyses, fondées sur le fait qu’historiquement les renversements de tendance économique précèdent les bons ou mauvais résultats sportifs, avancent que c’est la croissance économique qui favorise les chances de victoire d’une équipe. Pour le pays hôte, l’organisation de l’événement est le plus souvent considérée comme positive. Si la hausse de la consommation nationale est modeste, progressant par exemple en Allemagne que de 0,3 % pendant le trimestre de la Coupe du monde, elle peut être renforcée par un élan national comme en France en 1998. De plus, la consommation supplémentaire se transforme en partie en importations de produits étrangers et pas seulement en consommation de produits nationaux. Ainsi la Coupe du monde de 2006 suscite un engouement pour les écrans plats produits en Asie. Effet sur le développement local. Le marché de l'événementiel est un facteur de développement local. Toutes les villes qui accueillent des matchs de la Coupe du monde et donc des supporters venus du monde entier enregistrent un surplus de consommation sur leur territoire : certains chercheurs parlent d'une « économie présentielle » ou d'une « économie résidentielle ». À l'occasion de cet événement, les pays construisent des infrastructures. D'abord, la Coupe du monde permet de développer les stades du pays organisateur. En plus, les nations hôtes bénéficient de l'occasion pour développer les moyens de transport. En 2010, de nombreux moyens sont mis en œuvre pour déplacer les spectateurs entre les villes avec des navettes et des trains. L'organisation d'une Coupe du monde dope le tourisme. Les touristes ou « résidents non déclarés » doivent se loger, se nourrir, se distraire et donc dépensent de l'argent. Cette manne irrigue le tissu économique local qui réalise des ventes supérieures à l'ordinaire. Les autorités publiques allemandes, bien conscientes de ce potentiel économique, ont d'ailleurs autorisé les commerçants à prolonger plus tardivement l'ouverture des magasins lors de la Coupe du monde 2006 et même le dimanche. En Allemagne, on parle de tandis qu'en Afrique du Sud ce sont près de qui sont annoncés. Les emplois créés par et pendant la Coupe du monde ne sont pas toujours durables. On estime pour l'Allemagne qu'un tiers seulement des emplois seront conservés à l'issue de la compétition de 2006. En effet les principaux secteurs d'embauche que sont la sécurité, la restauration et la vente de produits dérivés, ne perdurent pas après la compétition. Sources de revenus. Billetterie. Jadis source de revenus quasi-unique, la billetterie ne représente désormais qu'une modeste partie des revenus générés par la Coupe du monde. La billetterie est prise en charge par la FIFA pour la phase finale de la compétition. Le marché parallèle, légal dans certains pays, peut multiplier par vingt le prix des places initialement prévu. Sécurité supplémentaire pour la version 2006, les billets sont équipés de puces électroniques permettant de désactiver immédiatement des blocs de billets perdus ou volés. Sponsors. L'augmentation d'affluence dans les stades et devant la télévision a permis à la Coupe d'attirer des sponsors permettant à la FIFA d'augmenter ses profits. En 1982, les revenus liés au sponsoring s'élèvent à 2 milliards de dollars pour augmenter régulièrement et atteindre plus de 16 milliards de dollars aujourd'hui. Le titre de "Sponsor officiel" se monnaie 40 millions de dollars tandis qu'un sponsor d'équipe dépensera 10 millions de dollars. Sans compter que la nouveauté de l'édition 2006 est de faire financer la construction des stades par les sponsors eux-mêmes. Par contre, lors de la Coupe du monde, la FIFA qui n'accepte pas d'autres noms que ceux des sponsors officiels, a fait renommer tous les stades sponsorisés par « Stade FIFA de ... ». Les sponsors historiques de la FIFA sont Coca-Cola, Fujifilm ou encore Philips. Coca-Cola est sponsor officiel de toutes les éditions de la Coupe du monde depuis 1978 et a un contrat jusqu'en 2022. Les principaux équipementiers sportifs se disputent à l'occasion de la Coupe du monde de football une guerre économique afin de bénéficier au maximum des effets économiques de la compétition. Les campagnes publicitaires débutent de plus en plus tôt, suivant les matchs amicaux de près. Les enjeux sont énormes pour certains équipementiers sportifs. Le match entre Adidas et Nike prend toute son ampleur avec les équipes nationales. Nike est le sponsor du Brésil et de la France alors qu'Adidas est l'équipementier de formations telles que l'Allemagne et l'Espagne. Les recettes commerciales se préparent bien avant la Coupe du monde. Couverture médiatique. Les journaux sont les premiers médias à aborder le thème de la Coupe du monde. La radio suit, et retransmet la Coupe du monde dès les premières éditions, bien avant l'apparition de la télévision qui révolutionne la couverture médiatique de la compétition même si celle-ci est toujours retransmise à la radio. En 2010, les stations RMC et Radio Alfa en France, BBC Radio 5 Live au Royaume-Uni et ESPN aux États-Unis notamment retransmettent la Coupe du monde. Les premières diffusions de matchs de la Coupe du monde en direct datent de 1954 via l'Eurovision. La Coupe du monde de la FIFA de 1974 est la première à être retransmise à la télévision en couleurs. Depuis la première épreuve retransmise, seule l’édition qui s’est déroulée en 1962 au Chili ne bénéficie pas d’une retransmission en direct. La Coupe du monde de football est le deuxième événement planétaire le plus télédiffusé, derrière les Jeux olympiques et devant le Tour de France. La FIFA estime l'audience cumulée télévisuelle à lors des de retransmission de la compétition dans le monde pour l'édition de 2006. L'épreuve est diffusée dans 213 pays en 2002, aussi, les enjeux pour les chaînes de télévision sont importants. En France, le maximum enregistré est de 30 millions de téléspectateurs devant leur écran de télévision lors de la demi-finale 1982 entre la France et Allemagne selon l'audimat, cinq millions de plus que le match de premier tour entre la France et l'Angleterre lors de cette même édition. Plus récemment, Médiamétrie mesure que les sept meilleures audiences de l'année 2006 en France sont des matchs de la Coupe du monde 2006, la huitième étant la remise du trophée aux joueurs italiens. La demi-finale contre le Portugal est, depuis la création de Médiamétrie en 1989, l'audience la plus élevée en France de l'histoire de la télévision avec en moyenne 22,2 millions de téléspectateurs. Pour la finale quatre jours plus tard, 22,1 millions de téléspectateurs regardent la rencontre avec un pic à 25 millions à 22 h 28. La presse spécialisée bénéficie de la tenue de l'événement pour augmenter ses ventes. En 1998, la victoire de la France permet au quotidien L'Équipe de réaliser son record de ventes avec 1,6 million d'exemplaires contre en moyenne. Le quotidien La Gazzetta dello Sport atteint, au lendemain de la victoire italienne en 2006, le sommet de ses ventes avec 1,7 million d'exemplaires, son tirage moyen étant habituellement de . La Coupe du monde est également l'occasion d'utiliser l'image des joueurs de football célèbres pour louer une marque. Supporters. La Coupe du monde étant la compétition majeure du football, les supporters sont particulièrement concernés par ce mois de compétition. Dès la première édition, les supporters uruguayens et argentins sont particulièrement présents. Le tourisme sportif commence en 1934, des voyages avec le déplacement, la pension et l'accès aux stades sont offerts aux supporters. Les premiers déplacements massifs de supporters de différents pays remontent à 1982. À cette occasion, les fans anglais s'illustrent surtout par leurs hooligans. Malgré ces agissements d'une minorité des supporters, la phase finale reste une grande fête pour les fans. Les supporters de certains pays véhiculent même l'image de fans sympathiques. Lors de la Coupe du monde de 1998 en France, la fête est au rendez-vous malgré des dérapages à Marseille et à Lens où le gendarme Daniel Nivel est agressé par des hooligans allemands. Aspect politique. Pacification. En 1954, la victoire ouest-allemande a un effet allant bien au-delà d'un succès sportif. Neuf ans après la Seconde Guerre mondiale, une grande partie des Allemands - surtout en RFA, mais aussi en RDA - se considère acceptée pour la première fois depuis longtemps. Plusieurs historiens ont même appelé le « la vraie heure de naissance de la RFA, en particulier pour l'amour-propre du peuple allemand ». Tous les stades portent l'emblème de la FIFA et des Nations unies avec la légende « Football pour la paix - année de la paix », « Football for peace - Peace Year » lors de la Coupe du monde 1986 au Mexique après que les Nations unies déclarent l'année 1986 comme année de la paix. Dès 2006, la FIFA s'associe avec l'UNICEF pour promouvoir la paix et les actions de l'UNICEF dans le monde. Lors de la cérémonie d'ouverture de la Coupe du monde 2006, le président fédéral d'Allemagne Horst Köhler dit pendant son discours que le souhait de l'organisation est d'avoir « des matches passionnants, de nombreux buts et du fair-play » mais également « que le football puisse réunir les peuples ». La Coupe du monde permet parfois de diminuer les tensions entre les pays. En 1998, un match de la Coupe du monde oppose l'Iran aux États-Unis. Ce match est un symbole de la reprise des relations diplomatiques entre les deux pays, interrompues depuis 1978. En 2008, le président turc Abdullah Gül se rend à Erevan à la suite de l'invitation de son homologue arménien, Serge Sarkissian, pour assister à la rencontre de football opposant l'Arménie à la Turquie dans le cadre des . Malgré le climat de guerre présente dans le pays, les acteurs politiques irakiens se sont engagés à favoriser un climat de confiance pour les amateurs de football pendant la Coupe du monde. Propagande. La Coupe du monde sert à une grande propagande fasciste lors de la Coupe du monde 1934 disputée en Italie. Les joueurs allemands font le salut fasciste, tout comme l'équipe italienne. L'équipe d'Allemagne affiche deux drapeaux, l'un aux couleurs nationales et l'autre frappé d'une croix gammée. Le maillot allemand comporte alors l'écusson du Reich. L'Italie remporte la compétition devant Benito Mussolini. Le président de la Fédération d'Italie de football, le général Giorgio Vaccaro, affirme que . Mussolini utilise la victoire de l'équipe italienne pour promouvoir ses idées politiques. Forfaits. Pour la première Coupe du monde, l'édition 1930 en Uruguay, la plupart des équipes européennes déclarent forfait ou déclinent l'invitation en raison du coût élevé et la longueur du voyage en bateau jusqu'en Amérique du Sud. Quatre années plus tard, la compétition a lieu en Italie, forfait en 1930. En représailles, l'Uruguay, pourtant tenante du titre, refuse de participer à la compétition. L'Argentine aligne une équipe de joueurs amateurs et le Brésil envoie en Europe une équipe de joueurs de second plan. En 1938, pourtant inscrits, la Colombie, le Costa Rica, le Salvador, les États-Unis, la Guyane Néerlandaise, le Japon et le Mexique déclarent forfait avant le tirage au sort du tour préliminaire. L’Argentine décide de ne pas participer à la suite de la décision de la FIFA d'organiser le tournoi en France et non en Argentine. Le Brésil est obligé d'organiser une tombola pour avoir assez de fonds pour payer le voyage vers la France. L'Autriche est contrainte en dernière minute par l'Allemagne nazie de déclarer forfait contre la Suède lors de la Coupe du monde de football 1938 à cause de l'Anschluss. La Coupe du monde de football 1950 ne se joue qu'à au lieu de 16 à la suite des forfaits de la Turquie, de l'Écosse, de l'Inde et de la France (forfait après avoir été repêchée à la suite du forfait de l’Écosse) Selon la légende l'Inde déclare forfait à la suite du refus d'obtenir la dérogation de jouer pieds nus pour ses joueurs. En réalité il semble que c'est surtout par manque de motivation que l'Inde a renoncé à faire le long voyage en Amérique du sud. Les Indiens considéraient en effet que le tournoi olympique (auquel ils avaient participé en 1948) était bien plus prestigieux qu'une Coupe du monde dont ils ignoraient l'envergure réelle. En 1966, 16 nations africaines déclarent forfait lors des éliminatoires en raison du nouveau règlement de la FIFA n'accordant pas de place qualificative ferme au continent africain. L'Afrique obtient gain de cause lors de la Coupe du monde suivante. Lors des phases de qualifications de la Coupe du monde 1974, l'URSS refuse, à la suite de l'arrivée au pouvoir de Pinochet, de se rendre au Chili pour jouer le match retour du barrage l'opposant au pays sud-américain. L'équipe du Chili se présente seule sur le terrain à l'heure du coup d'envoi du match et est déclarée vainqueur par forfait, se qualifiant ainsi pour la phase finale, tandis que l'URSS se voit notifier une disqualification par la FIFA. La Coupe du monde de football 1978 soulève une polémique politique car l'Argentine (pays hôte) est alors dirigée par le général Jorge Rafael Videla qui s'est emparé du pouvoir deux ans plus tôt et qui depuis mène dans son pays une répression politique. Certaines nations appellent au boycott et critiquent ouvertement le régime en place. Un couvre-feu est mis en place pendant toute la compétition. Longtemps il a été pensé que le capitaine néerlandais Johan Cruyff choisit de ne pas disputer la compétition par protestation politique mais en 2008 il affirme que sa retraite internationale est due à une agression personnelle, toutefois l’équipe des Pays-Bas refuse les félicitations officielles de Videla pour sa deuxième place. La Coupe du monde de football 1986 doit avoir lieu en Colombie mais cette dernière, socialement et économiquement en difficulté, décide en fin d'année 1982 de déclarer forfait car elle ne s'estimait plus en mesure d'assurer l'organisation d'un tournoi passé entre-temps de 16 à 24 équipes. La FIFA se replie alors sur le Mexique (organisateur en 1970) qui disposait déjà des infrastructures nécessaires pour un tournoi agrandi. Violences et oppositions. Lieu de rencontres, la Coupe du monde de la FIFA reflète également les oppositions internationales. La Coupe du monde de football a entraîné quelques affrontements, et a développé certaines rivalités entre pays, celle entre l'Angleterre et l'Argentine après 1966 ou celle entre la France et l'Allemagne après la demi-finale de 1982 par exemple. La violence est plus fréquente sur le terrain que dans les tribunes. Le match entre le Pérou et la Roumanie en 1930, la Bataille de Santiago en 1962 ou plus récemment la rencontre entre les Pays-Bas et le Portugal en 2006 sont des exemples de matchs violents. La violence est également présente en dehors des pelouses, dans les villes où se disputent les rencontres de la Coupe du monde. En 1998, de violents affrontements entre Tunisiens et Anglais ont lieu dans les rues de Marseille. Les phases qualificatives ne sont pas exemptes de violences autour des rencontres comme lors des matchs de qualification entre l'Égypte et l'Algérie pour la Coupe du monde 2010. En 1969, le match Honduras-Salvador en phase de qualification du Mondial mexicain est le catalyseur du conflit latent entre les deux pays. La défaite finale du Honduras débouche sur la guerre de cent heures qui fait plus de . En 1994, le joueur colombien Andrés Escobar est assassiné, à la sortie d'un bar en Colombie, pour avoir inscrit un but contre son camp qui scelle l'élimination de la Colombie, dès le premier tour de la Coupe du monde, pourtant citée dans les favoris de la compétition. La Coupe du monde de football ne fait pas toujours l'unanimité, de nombreux opposants dénoncent le coût de l'organisation de l’événement ainsi que les dérives engendrées par la Coupe (augmentation de la dette extérieure, expulsions, nettoyage social, augmentation des dépenses sécuritaires, vastes opérations immobilières, instrumentalisation au profit de dictateurs, etc.). Certaines villes ou villages des pays organisateurs tentent d'éloigner les touristes étrangers potentiellement créateurs de troubles. La Coupe du monde dans la culture populaire. Outre de nombreux films documentaires et même un film officiel de la Coupe du monde produit par la FIFA à l'occasion de chaque édition depuis 1938, la Coupe du monde a également inspiré le film allemand "Le Miracle de Berne" (2003) qui revient sur la victoire de la "Mannschaft" en 1954 et le film américain "Le Match de leur vie" (2005) décrivant la victoire de l'équipe des États-Unis en 1950 face à l'équipe d'Angleterre. La Coupe du monde sert également de cadre à des films comme "La Coupe" (1999), "Les Collègues" (1999), "" (1996) ou "Sixty Six" (2006), notamment. Des étudiants allemands ont même réalisé un film d'animation, "Helden 06", mettant en scène des personnages Lego jouant un match de football. Les points de connexion entre la Coupe du monde et la musique ou la chanson populaire sont nombreux. Chaque sélection a un hymne et de nombreux morceaux en lien avec l'équipe nationale ou avec la compétition voient le jour. Certaines de ces chansons sont inspirées de faits de jeu comme "France-Allemagne 82" signée par Bartone en 2005 en référence au fameux match de Séville, ou encore "Coup de boule" en 2006 à la suite du coup de tête de Zidane sur Materazzi. En 1998, en France, la chanson I Will Survive de Gloria Gaynor fait l'unanimité auprès des spectateurs soutenant l'équipe de France. De nombreux produits dérivés sont créés, produits et vendus pour chacune des éditions de la Coupe du monde. Des séries de timbres sont éditées dans différents pays et représentent la Coupe du monde. Des pièces de monnaies sont gravées pour l'occasion comme en 1998 et 2002. Chaque Coupe du monde est l'occasion de sortir un jeu vidéo officiel de l'édition. ' est le premier à sortir. "Coupe du monde 98", ', ', ' et "" complètent cette série. C'est EA Sports qui réalise la série de jeux.
Frank Patrick Herbert
Élection présidentielle française de 1965 L'élection présidentielle française de 1965, deuxième élection présidentielle de la , se tient les 5 et afin d’élire le président de la République française pour un mandat de sept ans. Sous la République, cette élection présidentielle est la première à se dérouler au suffrage universel direct, le premier président ayant été élu en 1958 par un collège électoral de grands électeurs. Le scrutin de 1965 a lieu à la suite de la victoire du « oui » au référendum de 1962 sur l'élection au suffrage universel du président de la République. Il s'agit alors de la seconde au suffrage universel direct sous un régime républicain en France (la première a lieu en 1848, sous la République, mais seuls les hommes étaient autorisés à voter). Au premier tour, six candidats sont en lice. Après avoir hésité à se présenter, le président sortant, Charles de Gaulle, brigue un second mandat et obtient 44,6 % des suffrages. La gauche se présente unie autour de la candidature de François Mitterrand (31,7 %), tandis que le centriste Jean Lecanuet devient le troisième homme (15,6 %) en prenant des voix à de Gaulle. L'extrême droite présente la candidature de l'avocat Jean-Louis Tixier-Vignancour (5,2 %), alors que les deux autres candidats obtiennent moins de 2 % chacun. Mis en ballottage de façon inattendue, le général de Gaulle était donné largement vainqueur dès le premier tour par les sondages jusqu'à quelques semaines avant le scrutin. Mais contrairement à ses adversaires, il n'a quasiment pas fait campagne malgré le rôle essentiel de la télévision, où il s'est retrouvé au centre des attaques de ses concurrents. Pour le second tour, il consent à des interventions télévisées et se voit réélu avec 55,2 % des suffrages exprimés face à François Mitterrand. Son second mandat commence le . Contexte. En 1958, l'enlisement de la guerre d'Algérie provoque la chute de la Quatrième République française. Devenu président du Conseil des ministres à la faveur de la crise de mai 1958, le général Charles de Gaulle fait adopter une nouvelle Constitution par référendum le . Trois mois plus tard, il est élu président de la République par un collège électoral de quelque grands électeurs (parlementaires, conseillers généraux, représentants des conseils municipaux). Il prend ses fonctions le . Depuis son retour au pouvoir, la droite détient la majorité absolue à l'Assemblée nationale. Les élections législatives de 1962, consécutives à la chute du premier gouvernement Pompidou, donnent même une majorité absolue au parti présidentiel, l'UNR-UDT, et aux Républicains indépendants de Valéry Giscard d'Estaing. Les élections cantonales de 1964 et les municipales de marquent cependant un recul du score des candidats gaullistes. Durant son septennat, le général de Gaulle parvient à mettre un terme à la guerre d'Algérie. Mais le conflit entraîne de fortes tensions en France métropolitaine et une série d'attentats de la part de l'OAS : le chef de l'État échappe ainsi à plusieurs tentatives d'assassinat. Après le cessez-le-feu en 1962, son traitement des rapatriés d’Algérie est très critiqué, tout comme l’absence de réactions de l’armée française lors des massacres de harkis et d’Européens en Algérie. Après l’attentat du Petit-Clamart, qui manque de peu de lui coûter la vie, Charles de Gaulle décide de soumettre au peuple une proposition d’élection du président de la République au suffrage universel direct. Ce projet est très controversé au sein de la classe politique traditionnelle, qui dénonce une réduction des prérogatives des élus et le risque de plébiscite. Lors du référendum du, le « oui » l’emporte avec plus de 62 % des suffrages exprimés. Précédemment, seule l'élection présidentielle de 1848 s'était tenue au suffrage universel direct, mais seuls les hommes pouvaient alors voter. Sous la présidence de Gaulle, le nouveau franc (plan Pinay-Rueff) est institué et la France connaît une forte croissance économique dans le contexte des Trente Glorieuses et de la recherche d'une troisième voie. En matière extérieure et de défense, le pays est la quatrième puissance à mettre au point la force de dissuasion nucléaire et se réconcilie avec l'Allemagne de l'Ouest à l'occasion de la signature du traité de l'Élysée. De Gaulle prône une « Europe des nations » par opposition au fédéralisme européen. En 1964, il reconnaît la République populaire de Chine. Les partis d'opposition (notamment le Parti communiste français, la SFIO et des formations centristes) dénoncent un style de gouvernance trop personnel. Le parlementaire de gauche François Mitterrand fait état d'un « coup d'État permanent ». Modalités. Conformément à l'article 6 de la Constitution, le président de la République française est élu pour un mandat de sept ans. Si aucun candidat ne recueille la majorité absolue des suffrages exprimés au premier tour de scrutin, un second tour a lieu quatorze jours plus tard : seuls peuvent alors se présenter les deux candidats arrivés en tête au premier tour après retrait éventuel de candidats mieux placés. Chaque candidat doit satisfaire plusieurs conditions : La Constitution prévoit que : L'État donne les mêmes facilités à tous les candidats pour faire campagne, mais seuls ceux ayant obtenu au moins 5 % des suffrages exprimés peuvent obtenir le remboursement du cautionnement ou de leurs dépenses de campagne. En vertu de l'article 58 de la Constitution, le Conseil constitutionnel est le garant de la régularité de l'élection, de l'examen des réclamations et de la proclamation des résultats. Les dates du scrutin sont fixées en Conseil des ministres et publiées au "Journal officiel". L'élection est fixée au (premier tour) et au (éventuel second tour). Candidats. Tableau de synthèse. Le , le Conseil constitutionnel arrête la liste des noms des six candidats à l'élection du président de la République, établie par ordre alphabétique. Charles de Gaulle, président sortant. Une candidature tardive. À l'origine du changement du mode de scrutin de l'élection du président de la République en 1962, Charles de Gaulle maintient longtemps le suspens sur une candidature pour un second mandat. Au début du mois de , un sondage effectué auprès des 25 membres du gouvernement révèle que 12 d'entre eux pensent qu'il se représentera contre 12 qu'il briguera sa succession, tandis que le Premier ministre, Georges Pompidou, ne se prononce pas, bien qu'intimement convaincu que le Général briguera à nouveau la fonction suprême. À partir de 1963, le général de Gaulle est préoccupé par son état de santé (il subit une délicate opération de la prostate le ) et craint pour sa succession en cas d'empêchement. Les années précédentes, il a été la cible de plusieurs attentats de l'OAS dans le contexte de la guerre d'Algérie. Cette situation l'a conduit à rédiger un testament politique mentionnant le nom de successeurs souhaités. En tant que Premier ministre, c'est Georges Pompidou qui est le plus souvent mentionné pour être candidat en cas de retrait du Général, mais les noms de Michel Debré et Jacques Chaban-Delmas circulent également. Selon Alain Peyrefitte, le président sortant a pris la décision de se représenter dès le . Mais il annonce sa candidature seulement le , à bientôt 75 ans, lors d'une intervention télévisée à : Cette décision de se représenter aurait notamment été motivée par l'échec des négociations de l'Europe des Six sur le Marché commun agricole. Il reçoit le soutien des Républicains indépendants (RI) de Valéry Giscard d'Estaing ; contrairement à l'opposition, cette frange centriste de la majorité considère qu'il est . Une campagne minimaliste et critiquée. Peu de temps avant la tenue du premier tour, alors que le général de Gaulle ne mène pas campagne et ne propose ni programme ni lignes directrices, l'opposition estime que sa stratégie repose sur le mot d'ordre « Moi ou le chaos ». L'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) se montre favorable à sa réélection, la "Pravda" censurant même des déclarations critiques du secrétaire général du Parti communiste français (PCF), Waldeck Rochet, lors de la déclaration de candidature du Général. La Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA), mécontente de sa politique agricole, et l'Association nationale des Français d'Afrique du Nord, d'Outre-Mer et de leurs amis (ANFANOMA), qui dénonce son traitement des rapatriés d’Algérie, appellent à voter contre le président sortant. François Mitterrand, candidat de l’union de la gauche. Une longue indécision à gauche. À l'approche de l'élection, le Parti communiste français (PCF) constitue la principale force d'opposition de gauche (environ 20 % de l'électorat français). Mais le PCF a perdu en son dirigeant depuis trente ans, Maurice Thorez (remplacé par Waldeck Rochet), n'a été présent dans aucun gouvernement depuis près de 20 ans et semble peu à même de présenter une candidature victorieuse à l'élection présidentielle. L'autre grande formation de gauche, le parti socialiste Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO), est en déclin et son dirigeant, Guy Mollet, se montre peu enthousiaste à l'idée de présenter une candidature face à celle du général de Gaulle. Le , après une rencontre avec Guy Mollet, Maurice Faure (Parti radical) et Daniel Meyer (PSU) et à l'issue d'une conférence de presse du général de Gaulle, François Mitterrand annonce sa candidature dans un communiqué de presse, affirmant que . Il avait au préalable posé pour conditions à sa candidature d'obtenir le soutien de la SFIO et de Pierre Mendès France ainsi que l'absence d'un candidat communiste. Résolument hostile au général de Gaulle, François Mitterrand apparaît isolé à gauche. Onze fois ministre sous la Quatrième République, il n’a pu intégrer le Parti socialiste unifié (PSU) en raison de sa participation à des gouvernements comme celui de Guy Mollet. Il a également été critiqué après l'attentat de l'Observatoire. Depuis , il préside une petite formation de gauche, la Convention des institutions républicaines (CIR), qui a été fondée après la dislocation de l'Union démocratique et socialiste de la Résistance (UDSR), dont il était l'une des figures. La CIR prend la suite du Centre d’action institutionnelle (CAI), qui était une réunion de clubs organisée sous la houlette de Charles Hernu, dirigeant du club des Jacobins. Prise sans consultation du reste de la gauche parlementaire, cette décision fait suite à l'impossibilité d'une candidature unique à gauche portée par le maire SFIO de Marseille, Gaston Defferre, ou par l'ancien président du Conseil (aujourd'hui PSU) Pierre Mendès France. En , François Mitterrand affirmait à Jean-Jacques Servan-Schreiber qu'il n'y avait . Après le retrait de Defferre en , la gauche n'avait plus de candidat. Le , au lendemain de l'annonce de la candidature de François Mitterrand, une coalition de gauche, la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS), est lancée pour soutenir l'accession à l'Élysée de celui-ci : elle regroupe la SFIO, le Parti radical et la CIR. Le PSU apporte également son soutien à Mitterrand, mais sans s'associer à sa campagne. Une candidature résolument anti-gaulliste. François Mitterrand, député de la Nièvre qui a aussi voté « non » au référendum sur l'élection au suffrage universel du président de la République, apparaît comme l'un des rares à promouvoir une alliance avec le PCF. Le , le PCF se rallie à sa candidature, tout comme Pierre Mendès France à l'occasion d'un entretien au "Nouvel Observateur" dans lequel il accuse de Gaulle de monopoliser le pouvoir, . La droite dénonce une reconstitution du Front populaire de 1936. Cependant, l'URSS ne cache pas sa préférence pour le général de Gaulle. Ancien ministre de la Quatrième République, opposant de la première heure au général de Gaulle et à la République instituée par ce dernier, Mitterrand mène une campagne résolument hostile au gaullisme. L'auteur du "Coup d'État permanent" propose la suppression de l'article 16 (pouvoirs exceptionnels du président de la République) et de l'article 11 (référendum législatif) de la Constitution. En cas d'élection, il promet de dissoudre l'Assemblée nationale. Il se présente comme partisan de la construction européenne, favorable à la laïcité, hostile aux monopoles et à la force de dissuasion nucléaire française. Il joue de son âge ( face aux de De Gaulle) : ses affiches vantent . Jean Lecanuet, candidat de centre droit. Une candidature « démocrate, sociale et européenne ». En , le Comité des démocrates dénonce les propos eurosceptiques tenus par le général de Gaulle lors de sa dernière conférence de presse. La formation sollicite alors l'ancien président du Conseil Antoine Pinay (Centre national des indépendants et paysans), qui refuse de se présenter, puis le président national du Mouvement républicain populaire (MRP) et sénateur de la Seine-Maritime, Jean Lecanuet. Ce dernier annonce sa candidature le au nom du « centre, démocrate, social et européen » et quitte dans la foulée la présidence de son parti. Troisième grande figure de la campagne, Jean Lecanuet joue de son image de renouveau au centre droit, attirant à lui une partie de l'électorat initialement acquis à de Gaulle. Soutenu par le MRP et le CNIP, il bénéficie d'une certaine bienveillance du Parti radical, qui appelle à voter pour le candidat de l'union de la gauche mais indique « apprécie[r] la portée et la valeur » de la candidature Lecanuet. Le « Kennedy français ». "Le Monde" dresse le portrait suivant du candidat centriste : Encore davantage que François Mitterrand (49 ans), Jean Lecanuet (45 ans) tire un argument de sa jeunesse ; peu connu des Français avant l'élection, il se présente en outre comme un homme neuf alors que le candidat de la gauche a été de nombreuses fois ministre sous la Quatrième République. Lecanuet a étudié le rôle de la télévision dans l'élection présidentielle américaine de 1960 et fait appel à des méthodes modernes incluant sondages et utilisation d'entreprises de conseils en communication. Ses prestations télévisées, au cours desquelles il est notamment interrogé par le populaire journaliste Léon Zitrone, sont très suivies et assurent en particulier sa notoriété auprès du grand public urbain et des classes moyennes. Jean-Louis Tixier-Vignancour, candidat d'extrême droite. Un défenseur de l'Algérie française. L'avocat d'extrême droite Jean-Louis Tixier-Vignancour est le premier candidat à se déclarer après Gaston Defferre, le . Durant sa carrière, il a défendu l’écrivain Louis-Ferdinand Céline (dont il obtient l'amnistie en 1951) puis le général putschiste Raoul Salan en 1962. Au départ, sa candidature ne fait pas l'unanimité à l'extrême droite, Alain de Lacoste-Lareymondie étant cité pour la représenter. L'action de Jean-Marie Le Pen est déterminante pour l'imposer : celui-ci est convaincu qu'il peut rassembler la droite, . Les élections municipales de divisent son camp, notamment en raison d'une possible alliance avec les centristes à Paris, au point que Tixier-Vignancour envisage de retirer sa candidature à l'élection présidentielle. Une candidature favorisée par le communautarisme. Jean-Louis Tixier-Vignancour est soutenu par l'ancien Front national pour l'Algérie française. Dirigée par Jean-Marie Le Pen, sa campagne utilise ses initiales pour son mouvement (« comités TV ») et comme slogan. Le candidat effectue une médiatique tournée de la France où il déplace un chapiteau rouge (surnommé « le cirque Tixier »), avec une tournée en sur les plages de France. Mais il effectue des prestations télévisées médiocres et peine à fédérer au-delà de l'électorat traditionnel de l'extrême droite et des rapatriés d'Algérie (« Pieds-noirs »), qu'il défend ardemment. Selon un sondage, quelque 60 % des électeurs se situant à l'extrême droite votent directement pour le général de Gaulle au premier tour de scrutin. Pierre Marcilhacy, candidat libéral et européen. Une candidature discrète. Le , la « Convention nationale libérale », rassemblement hétéroclite comprenant le Parti libéral européen (PLE), des poujadistes, des partisans de Jean-Louis Tixier-Vignancour et des apolitiques, désigne le sénateur non-inscrit de la Charente Pierre Marcilhacy comme candidat à l'élection présidentielle. Il obtient 310 voix contre 167 à Tixier-Vignancour. Avec cette désignation, Jean-Paul David, dirigeant du PLE, situé à droite mais se réclamant du centre, entend en fait mettre en avant un programme libéral dans l'attente de la déclaration de candidature du populaire Antoine Pinay. Jean-Paul David a précédemment également approché Jean Lecanuet mais celui-ci lui avait alors répondu qu'il ne serait , ainsi que René Blondelle. Les journalistes Pierre Sainderichin et Joseph Poli écrivent à son sujet : Alain Ayache lui consacre un ouvrage, "Monsieur Y" (Nouvelles Éditions latines, 1965), par référence à « Monsieur X », nom utilisé par "L'Express" pour lancer la candidature de Gaston Defferre. Un défenseur du régime parlementaire. Pierre Marcilhacy déclare : « Je ne ferai aucune promesse électorale, car vous savez ce qu'elles valent. » Il place au cœur de sa campagne la question institutionnelle : il défend le régime parlementaire, comme beaucoup de sénateurs, et promet de respecter strictement la Constitution de 1958, estimant que ce n'est pas le cas du général de Gaulle. Inconnu du grand public à l'annonce de sa candidature, Pierre Marcilhacy voit les intentions de vote en sa faveur augmenter légèrement en raison de ses prestations télévisuelles, bien que sa popularité reste cantonnée à son département d'élection, la Charente (il arrivera troisième en dépassant les 11 %). Marcel Barbu, candidat indépendant. Une candidature de dernière minute. Marcel Barbu, candidat indépendant d'inspiration autogestionnaire, est le candidat surprise de l'élection présidentielle de 1965. Il réussit in extremis à réunir les 100 parrainages nécessaires grâce à ses réseaux issus de ses actions d'avant guerre dans le mouvement communautaire. Une campagne atypique. Marcel Barbu se présente comme le défenseur des citoyens ordinaires et use régulièrement de l'humour et de l'émotion dans ses interventions. Candidatures n'ayant pas abouti. D'autres personnalités ont été pressenties à la candidature, mais ne sont pas présentées. Gaston Defferre. Magazine de centre gauche dirigé par Jean-Jacques Servan-Schreiber, "L'Express" milite pour la candidature de Gaston Defferre, maire SFIO de Marseille. En , le journaliste Jean Ferniot dresse le portrait-robot d'un « Monsieur X », qui serait la meilleure alternative au régime personnel du Général. En , l'hebdomadaire pose l'équation « X = D » (D comme Defferre). Cette candidature, qui présente pour ses partisans l'avantage de ne pas être celle d'un technocrate ou d'un dirigeant de la Quatrième République, est soutenue par des clubs – notamment le club Jean-Moulin et le club des Jacobins –, des universitaires et des syndicalistes. Au sein de la SFIO, Gaston Defferre est perçu comme un rénovateur, favorable à une alliance avec le centre. À l'issue d'un congrès extraordinaire du parti les et à Clichy, le parti le désigne officiellement candidat à l'élection présidentielle. La presse s'attendait à cette occasion qu'il tente de renverser la direction en place, notamment son secrétaire général, Guy Mollet, en fonction depuis 1946 et peu enthousiaste envers sa candidature et sa stratégie de rapprochement avec le centre, mais il n'en est rien. Après consultations avec des intellectuels, Gaston Defferre déroule son programme, « Horizon 80 », qui est le nom de son club. Il entend mener une campagne centriste, en s'efforçant de rassembler des réformateurs venus d'horizons variés. Vertement critiqué par le PCF (Guy Mollet ne veut pas non plus d'alliance avec le PCF) et l'aile gauche de la SFIO, il entend obtenir le soutien du MRP, qui refuse cependant toute référence au socialisme et à la laïcité, indispensables aux yeux de son parti. En , Defferre contacte Joseph Fontanet et Jean Lecanuet (MRP), Maurice Faure (Parti radical) et Bertrand Motte (CNIP) afin de former une « grande Fédération démocrate et socialiste », allant des socialistes aux démocrates-chrétiens dans l'objectif de mettre fin aux clivages partisans hérités de la République. Alors que "L'Humanité" et le PSU dénoncent une droitisation de Gaston Defferre (réélu maire de Marseille à la tête d'une coalition sociale-centriste en ), le MRP se dit prêt à étudier l'idée de la Fédération démocrate et socialiste. Lors du congrès de la SFIO de début , un affrontement a lieu avec Guy Mollet, qui reproche à Gaston Defferre de se renier sur le principe de la laïcité en voulant s'allier aux démocrates-chrétiens. Le , le projet de fédération échoue, les représentants SFIO, MRP, radicaux, des clubs du centre et de la gauche ne parvenant pas à s'entendre sur la question du PCF et sur celle de la laïcité. Une semaine plus tard, le , Gaston Defferre annonce le retrait de sa candidature. Antoine Pinay. Antoine Pinay, président d'honneur du Centre national des indépendants et paysans (CNIP), président du Conseil en 1952-1953, ministre des Finances au début de la présidence de Gaulle, est l'un des hommes politiques les plus connus et populaires à l'approche de l'élection présidentielle de 1965. Il rompt en 1960 avec le Général, à qui il reproche sa politique algérienne, son antiaméricanisme et sa politique de la chaise vide avec les partenaires européens. Celui qui n'est plus que maire de Saint-Chamond (Loire) se tient en retrait de la vie publique, se réservant pour la , selon ses termes. Pierre Mendès France. Ancien dirigeant du Parti radical et président du Conseil en 1954-1955, Pierre Mendès France est une figure populaire et respectée à gauche. Après le retrait de Gaston Defferre, "Le Nouvel Observateur" lance en première page un « Pourquoi pas Mendès ? ». Des clubs apparaissent partout en France pour soutenir une telle candidature, fort de soutiens variés : le PSU, dont il est membre, la SFIO et une partie du Parti radical, son ancienne formation. Mais Pierre Mendès France refuse de se présenter, confiant que « les institutions sont mauvaises » et que « les utiliser pour s'emparer du pouvoir est une manière comme une autre de les accréditer ». En outre, il n'apparaît pas en mesure de fédérer la gauche, le PCF ne lui pardonnant pas d'avoir refusé ses voix en 1954 pour l'investiture à la présidence du Conseil. Paul Antier. Paul Antier, président du Parti paysan d'union sociale (PPUS), renonce également. Pierre Dac. En , l'humoriste Pierre Dac annonce sa candidature avec son Mouvement ondulatoire unifié (MOU), un parti politique satirique dont le slogan est « Les temps sont durs, votez MOU ! ». En suivant, il renonce à se présenter à la demande de l'Élysée. Autres. D'autres noms sont évoqués par la presse : Pierre Sudreau, Louis Armand, Maurice Faure, Jean Monnet, Georges Vedel. Campagne. En vue du premier tour. Selon la formule de François Mitterrand, « la campagne de communication est totalement déléguée aux affichistes ». Le général de Gaulle choisit pour affiche de campagne une Marianne représentée en petite fille et dessinée par Lefor et Openo avec comme slogan « J'ai sept ans, laissez-moi grandir », le présentant de fait comme le garant et le défenseur des nouvelles institutions de la Cinquième République. Souhaitant afficher son opposition au général de Gaulle, François Mitterrand utilise pour slogan « Un président jeune pour une France moderne ». Candidat déclaré une semaine après lui, Jean Lecanuet utilise également cet argument de la jeunesse : il fait éditer une brochure de 16 pages, vendue dix centimes chez les marchands de journaux, dans laquelle il pose avec sa famille et se présente comme « le Kennedy français ». Sur le terrain, François Mitterrand et Jean Lecanuet enchaînent les réunions publiques à succès. De son côté, le général de Gaulle ne tient aucun meeting et interdit tout rassemblement de soutien à sa candidature. La campagne est perturbée par la disparition de Mehdi Ben Barka, principal opposant au régime marocain, enlevé le à Fontenay-le-Vicomte (Seine-et-Oise). Cet événement conduit le ministre de l'Intérieur, Roger Frey, à affirmer que les services de renseignement français ne sont pas impliqués. Le lendemain de cette déclaration, deux policiers français sont arrêtés, soupçonnés d'avoir obéi au général marocain Mohamed Oufkir, ministre de l'Intérieur, avec une complicité de services de police et du SDECE. Cette affaire est considérée comme un camouflet pour le pouvoir gaulliste. L'ouverture officielle de la campagne officielle a lieu le . Celle-ci surprend en montrant l'importance de la télévision (la France compte alors récepteurs), chaque candidat ayant alors le même temps de parole lors de la campagne officielle (le ministre de l'Information, Alain Peyrefitte, confiera avoir envisagé d'accorder la moitié du temps de parole à l'opposition et l'autre moitié à la majorité présidentielle, mais de Gaulle s'y serait opposé). François Mitterrand et Jean Lecanuet avaient tous deux pris en compte le rôle de la télévision dans l'élection présidentielle américaine de 1960 : au cours de cette campagne, le débat télévisé était généralement considéré comme ayant aidé John Fitzgerald Kennedy à l'emporter de justesse sur Richard Nixon. François Mitterrand n'est cependant pas à l'aise face à la caméra. Appelant les électeurs à lui renouveler sa confiance et refusant d'entrer en compétition avec les autres candidats, Charles de Gaulle, confiant, ne fait pas campagne durant les premiers semaines et ne présente pas de programme. Il renonce d'abord à utiliser son temps de parole de campagne à la télévision, laissant ses ministres intervenir. Il y recourt cependant les et en raison de la baisse des intentions de vote en sa faveur : il fustige le régime des partis alors que les gaullistes ciblent principalement Jean Lecanuet, jugé responsable de la baisse du président sortant dans les sondages. Mais le chef de l'État refuse de participer à des débats contradictoires alors que les autres candidats acclimatent l'opinion au style nouveau des campagnes présidentielles « à l'américaine ». Pour le second tour. Dans l'entre-deux-tours, le général de Gaulle change de stratégie et de style. Apparaissant en forme, il est interrogé par le journaliste Michel Droit lors d'entretiens durant lesquels il use de son talent oratoire, et surprend le public par sa décontraction et une inhabituelle liberté de ton. Selon sa formule, il se met ainsi « en pyjama » face aux Français. Il parle des préoccupations quotidiennes des citoyens, fait état de son bilan social et va jusqu'à sautiller sur son fauteuil afin de ridiculiser ceux qui « sautent sur leur chaise comme un cabri en disant « Europe ! Europe ! Europe ! » ». Il se refuse cependant à prend part à des meetings. Le Général interdit au ministre de l'Intérieur, Roger Frey, d'utiliser le passé de François Mitterrand pour tenter de le déstabiliser : il s'oppose notamment à la publication d'une photo du candidat de l'union de la gauche aux côtés du maréchal Pétain et à toute enquête sur ses liens avec René Bousquet. Le président de la République sortant présente son adversaire comme « le candidat de la gauche et de la droite », en réalité comme « le candidat des partis ». Toujours mal à l'aise face à la caméra mais adoptant une posture plus présidentielle, François Mitterrand tente de lui répondre point par point. Les membres du gouvernement se mobilisent, lors de rassemblements publics ou à la télévision. Le ministre de la Culture, André Malraux, accuse François Mitterrand d'être , cette dernière reprochant à de Gaulle l'abandon de l'Algérie française. D'ailleurs, entre autres, le candidat Jean-Louis Tixier-Vignancour et Pierre Sergent, l'un des chefs de l'OAS, invitent à voter au second tour pour Mitterrand. Sondages. L'élection présidentielle de 1965 est marquée par l'émergence des sondages. Ceux réalisés en fin de campagne se révéleront fiables alors que la mise en ballottage du général de Gaulle était jugée peu plausible par beaucoup Les enquêtes d'opinion réalisées depuis 1958 par le principal institut de sondages, l'Institut français d'opinion publique (Ifop), indiquent que la popularité du général de Gaulle atteint des niveaux exceptionnellement élevés. Contrairement aux dirigeants de la Quatrième République, sa cote de popularité ne diminue pas avec le temps : sauf pendant la grève des mineurs de 1963, elle a toujours été supérieure à 50 %, un score qui n'a été atteint que par le président du Conseil Pierre Mendès France en 1954-1955. À trois mois de l'élection présidentielle de 1965, le Général bénéficie de 67 % d'opinions favorables. Jusqu'à un mois avant la tenue du scrutin, le président sortant est donné réélu dès le premier tour de scrutin, avec autour de 65 % des suffrages exprimés. Alors que son adversaire le plus sérieux est le socialiste François Mitterrand, le centriste Jean Lecanuet, initialement donné autour de 5 %, effectue une percée dans les dernières semaines de la campagne, notamment chez les téléspectateurs. Cette progression semble se faire au détriment du général de Gaulle, qui passe sous les 50 % d'intentions de vote, ce qui rend probable la tenue d'un second tour, une situation longtemps considérée comme impensable. Le sociologue Jean Stoetzel relève : Concernant le second tour, Jean Stoetzel explique que . Si comme au premier tour l'avance du général de Gaulle sur François Mitterrand s'est réduite, elle se maintient à dix points de pourcentage dans les deux enquêtes conduites par l'Ifop durant l'entre-deux-tours. Il convient de noter que cette élection est la première en France qui donne lieu à une « opération-estimation » au soir des deux scrutins des et . Profitant des progrès réalisés par les calculateurs électroniques, l'institut Ifop, en association avec le Centre français de recherche opérationnelle (CFRO) organise sur les antennes d'Europe 1 des estimations des résultats électoraux. Les enquêtes répertoriées dans la présente section ont été réalisées par l'Ifop. Résultats. Par département. Premier tour. Le général de Gaulle réalise ses meilleurs performances dans le nord de la France métropolitaine et en France d'outre-mer. Pour François Mitterrand, c'est dans le sud de la métropole, tout comme pour Jean-Louis Tixier-Vignancour, qui bénéficie d'un vote communautaire des rapatriés d’Algérie (avec un pic à 14,1 % dans le Var). Jean Lecanuet arrive en deuxième position dans huit départements métropolitains d'obédience centriste. Pierre Marcilhacy obtient son seul score significatif dans son département de la Charente (11,3 %). Marcel Barbu ne dépasse quant à lui les 2 % que dans la Drôme. Second tour. En métropole, le général de Gaulle réunit un total de 54,5 % des suffrages exprimés, avec un pic dans le Bas-Rhin (79,9 %). Toujours principalement implanté en France méridionale, François Mitterrand arrive en tête dans un quart des départements, obtenant son meilleur score dans le Gers (65,2 %). Avec la prise en compte du vote des départements et territoires d'outre-mer, où il est plébiscité, Charles de Gaulle passe à 55,2 % au niveau national. Réactions et analyses. Un scrutin mobilisateur et favorisant le présidentialisme. L'abstention au premier tour est de seulement 15,2 % des électeurs inscrits, ce qui démontre l'intérêt des électeurs pour ce nouveau type de scrutin. Il s'agit du taux d'abstention le plus faible dans l'histoire de France pour une élection au suffrage universel. La participation au second tour est quasiment identique à celle du premier (84,3 % contre 84,8 %), avec une hausse sensible des votes blancs ou nuls (2,7 % contre 1,0 %). Olivier Duhamel relève qu'il s'agit d'un succès à long terme pour le général de Gaulle car, s'il ne sort pas tellement renforcé du scrutin, l'élection présidentielle de 1965 et les suivantes vont renforcer la et le parti gaulliste, qui lui survivent. Le politologue indique que le scrutin présidentiel au suffrage universel direct apparaît dorénavant comme irréversible : . En outre, ce type d'élection renforce pour lui le présidentialisme : le chef de l'État français n'est plus un arbitre, mais un responsable politique au-dessus de la plupart des autres institutions. Maintien du général de Gaulle au second tour. À l'issue du conseil des ministres du , il est confirmé que le général de Gaulle se présentera « naturellement » au second tour de scrutin. Des rumeurs faisaient état de son retrait en raison d'un score en-deçà de ses attentes. Ses proches confient que le président sortant aurait pris une telle décision s'il n'avait pas recueilli plus de 30 à 35 % des suffrages exprimés. Une élection apparentée à des législatives. La mise en ballottage du général de Gaulle stupéfait le monde entier, notamment Moscou. Lors du conseil des ministres du , Charles de Gaulle réagit de la façon suivante : « Je vous mentirais si je vous disais que je n'ai pas été atteint. […] Nous nous sommes trompés. Nous avions considéré le scrutin du comme s'il s'agissait d'un référendum. C'était des élections législatives à l'échelle nationale. » Il tient la même analyse lors de sa conférence de presse du . Le politologue François Goguel rapproche également les résultats du premier tour de l'élection présidentielle de ceux d'élections législatives : Candidats éliminés et reports de voix. Olivier Duhamel souligne que et constitue un de la vie politique avec les duels de second tour. Bien que trois fois supérieur aux intentions de vote accordées au début de la campagne (5 %), le score de Jean Lecanuet déçoit ses partisans, qui s'attendaient à le voir atteindre les 20 % des suffrages au vu des derniers sondages. Les trois autres candidats (Jean-Louis Tixier-Vignancour, Pierre Marcilhacy, Marcel Barbu) obtiennent des pourcentages proches de ceux rapportés dans les dernières études d'opinion. Les reports de voix semblent déterminants pour le second tour. Troisième homme de l'élection, Jean Lecanuet apparaît comme l'arbitre de l'élection. Alors que son soutien Maurice Faure appelle à voter pour François Mitterand, le candidat MRP hésite : il appelle dans un premier temps à voter pour « la marche vers l'Europe unie », puis indique qu'il convient de voter contre le général de Gaulle, sans dire s'il faut voter pour le candidat de l'union de gauche, s'abstenir ou voter blanc. Jean Lecanuet dira par la suite regretter de ne pas s'être prononcé en faveur du Général. Cependant, les sondages indiquent que la majorité de ses électeurs ont voté pour celui-ci. De son côté, se disant « ravi » d'avoir contribué à la mise en ballottage du général de Gaulle, Jean-Louis Tixier-Vignancour appelle à voter pour François Mitterrand par antigaullisme, une consigne qui trouble une partie de ses fidèles, notamment Jean-Marie Le Pen ; son électorat le suit cependant majoritairement. Marcel Barbu fait de même. Suites. Investiture et démission du général de Gaulle. Confortablement réélu, le général de Gaulle prête serment pour un nouveau septennat le . S'achevant avec sa démission à la suite du référendum constitutionnel perdu de 1969, son second mandat est principalement marqué par un nouveau veto à l'entrée du Royaume-Uni dans la Communauté économique européenne, par son soutien au « Québec libre », ainsi que par Mai 68 et par le ras-de-marée gaulliste aux élections législatives anticipées qui suivent. Affirmation de François Mitterrand comme dirigeant de gauche. Fort d'avoir mis en ballottage le président sortant, François Mitterrand assoit son autorité à gauche. Sous l'impulsion de sa candidature, la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS), regroupant socialistes, radicaux et divers autres mouvements de la gauche non-communiste, fait élire plus de 100 députés aux élections législatives de 1967, mais sort affaiblie à la suite de Mai 68 et disparaît peu après. Devenu premier secrétaire du Parti socialiste en 1971, François Mitterrand met en place l'union de la gauche avec les communistes et les radicaux. Battu par Valéry Giscard d'Estaing à l'élection présidentielle de 1974, il est président de la République de 1981 à 1995, s'accommodant des institutions qu'il dénonçait vivement dans "Le Coup d'État permanent" (1964). Devenir des candidats éliminés au premier tour. Les quatre autres candidats ne se présentent plus à aucune élection présidentielle par la suite. Jean Lecanuet est maire de Rouen à partir de 1968, ministre (Justice, Plan et Aménagement du territoire) entre 1974 et 1977 et président de l'Union pour la démocratie française (UDF) en 1978. Renforcé par ses 15,6 % de 1965, son centrisme d'opposition à droite décline en 1969 (lorsque Jacques Duhamel et Joseph Fontanet rallient Georges Pompidou) et disparaît en 1974 (avec le soutien apporté par Lecanuet à Valéry Giscard d'Estaing). Jean-Louis Tixier-Vignancour rallie la majorité gaulliste en 1968 avant de la quitter cinq ans plus tard, puis de prendre la direction du Parti des forces nouvelles (PFN). Pierre Marcilhacy reste sénateur de la Charente jusqu'à sa défaite en 1980 et devient membre du Conseil constitutionnel en 1983. Quant à Marcel Barbu, il se présente sans succès aux élections législatives de 1967 à Paris.
Élection présidentielle française de 1969 L'élection présidentielle française de 1969, visant à élire le président de la République française, est la deuxième élection présidentielle française organisée suivant le suffrage universel direct (celle de 1848 avait été tenue au suffrage direct masculin), et la troisième élection présidentielle tenue sous la Cinquième République (le suffrage de 1958 était indirect). Il s’agit d’un scrutin anticipé faisant suite à la démission du président de Gaulle après la victoire du « non » au référendum sur la réforme du Sénat et la régionalisation. Se déroulant les et , elle intervient à peine un an après les événements de Mai 68, qui ont fragilisé le régime gaulliste. Elle est marquée par la dispersion de la gauche, qui ne parvient pas à se réorganiser après la dissolution de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste et qui propose cinq candidats sur les sept candidatures validées par le Conseil constitutionnel. L'extrême droite et la droite nationaliste sont absentes du scrutin, la candidature de Pierre Sidos ayant notamment été rejetée. Malgré le bon score du candidat du Parti communiste français, Jacques Duclos (21,3 %), aucun candidat de gauche ne se qualifie pour le second tour, qui voit s'opposer l’ancien Premier ministre gaulliste Georges Pompidou (44,5 %) et le président du Sénat et président de la République par intérim, le démocrate-chrétien et centriste Alain Poher (23,3 %). Celui-ci est finalement battu par Georges Pompidou, qui obtient 58,2 % des suffrages exprimés, dans un contexte de hausse de l’abstention, favorisée par la consigne de vote de Jacques Duclos de ne pas choisir entre . Modalités. Conformément à l'article 6 de la Constitution, le président de la République est élu pour un mandat de sept ans. Si aucun candidat ne recueille la majorité absolue des suffrages exprimés au premier tour de scrutin, un second tour a lieu quatorze jours plus tard : seuls peuvent alors se présenter les deux candidats arrivés en tête au premier tour après retrait éventuel de candidats mieux placés. Étant donné que le général de Gaulle a démissionné, et conformément à l'article 7 de la Constitution, le scrutin doit se tenir entre vingt et trente-cinq jours après le début de la vacance présidentielle. Chaque candidat doit satisfaire plusieurs conditions : La Constitution prévoit que : Le Conseil constitutionnel est, selon l'article 58 de la Constitution, garant de la régularité de l'élection, de l'examen des réclamations et de la proclamation des résultats. Les dates du scrutin sont fixées en Conseil des ministres et publiées au "Journal officiel". Le premier tour est fixé au et le second au du même mois. La fin du dépôt de candidatures est fixé au . Contexte. Après la victoire du « non » au référendum sur la réforme du Sénat et la régionalisation, le général de Gaulle démissionne comme il l'avait signifié à plusieurs reprises lors de la campagne référendaire. À minuit passé de onze minutes le , un communiqué est publié depuis Colombey-les-Deux-Églises : Je cesse d'exercer mes fonctions de président de la République. Cette décision prend effet aujourd'hui à midi. À , Maurice Couve de Murville transmit à Alain Poher et au président du Conseil constitutionnel Gaston Palewski la lettre de démission du général de Gaulle. Conformément à l'article 7 de la Constitution, le président du Sénat Alain Poher devait exercer l'intérim de la présidence, s'installant au palais de l'Élysée à , tandis que le premier ministre Maurice Couve de Murville restait en fonction, expédiant les affaires courantes avec son gouvernement. La Cinquième République n'était désormais plus dirigée par son inspirateur, les électeurs devant désigner son successeur comme il l'avait envisagé en 1962. La question principale pour les électeurs était de définir si le résultat final du scrutin signifierait un changement de régime ou un changement d'homme. Campagne. Alain Poher prit plusieurs décisions pour assurer la bonne tenue de la campagne, comme de rappeler le devoir d’impartialité de la presse et de l'ORTF, ou bien en renvoyant certains du général de Gaulle, notamment Jacques Foccart, dans les services secrets et les polices parallèles. Contrairement à ce qu'auraient laissé penser les événements de Mai 68, la campagne électorale se déroula dans le calme, voire dans un plus grand calme qu'en 1965. Commentant le départ du général de Gaulle, dont il était l'un des journalistes les plus critiques, Jean-Jacques Servan-Schreiber écrivit dans "L'Express" : La France est peut-être en train d'évacuer, ou de réduire à des dimensions inoffensives, les deux démons qui l'ont habitée depuis la Libération. Le gaullisme, ou le mythe de la grandeur ; le communisme, ou l'utopie du grand soir - qui sont, bien qu'apparemment opposés, de même nature : hors du temps, hors de la réalité, hors de la vie. [...] Cette nouvelle France qui va entrer dans son époque aura ses ci-devant, comme toujours. Et ce sont ceux-là, enfants de Maurras ou de Proudhon, qui détestent ce qui est en train d'arriver. Mais les autres, qui ne peuvent pas se nourrir de théories et qui aiment bien le progrès, sentent qu'ils vont enfin, peut-être, respirer. De son côté, Georges Suffert analysait les contours d'une éventuelle candidature d'Alain Poher : Trente-cinq pour cent des Français se déclarent déjà prêts à voter pour le président de la République intérimaire, contre 42 pour M. Georges Pompidou [...] En réalité, M. Poher a désappris de s'étonner. En vingt-cinq jours, un homme de , arrivant à la fin d'une honorable carrière politique sans être le moins du monde connu des Français, a sauté, à travers le petit écran, d'un Sénat que l'on croyait condamné à l'Élysée qu'il peut briguer [...] ce sexagénaire replet qui ressemble à tout le monde va, en quinze jours, provoquer une véritable mobilisation des esprits. Parce qu'il va faire exactement les gestes que l'opinion publique attend de lui. Ni trop ni trop peu. S'il se déclare candidat, dès le lendemain de la chute de l'homme historique, s'il s'installe dans le bureau du général de Gaulle, il sera un usurpateur. Il n'est donc pas aussitôt candidat ; il brandit son chapeau d'intérimaire et ne pénètre pas dans le bureau du général de Gaulle, mais s'assied, sagement, à côté. À peine suggère-t-il l'idée que puisqu'il est déjà là, l'électeur pourrait l'y laisser. [...] Dans le creux du week-end, M. Poher, finalement seul, devait décider s'il ouvrirait ou non la grande bataille surprenante de l'après-gaullisme. Non pas la bataille de la gauche contre la droite. Mais celle du centre contre le centre. Dès le début de la campagne électorale, plusieurs éléments apparaissent, notamment que 51 % des Français interrogés (contre 31 %) souhaitent un changement fondamental dans la pratique du pouvoir. En revanche, ils sont 51 % (contre 29 %) à souhaiter le maintien de la politique étrangère gaullienne. Ils sont également 51 % à souhaiter un maintien des institutions. Pour la politique économique et sociale, 64 % des sondés attendaient un changement, tout comme la politique de l'enseignement supérieur (45 % contre 20 %). De plus, 57 % des Français interrogés (contre 32 %) attendent du président de la République qu'il soit un arbitre. De ce point de vue, Alain Poher semblait mieux placé que Georges Pompidou pour rompre avec la pratique du pouvoir du général de Gaulle et incarner le . En effet, 51 % des Français jugent le président du Sénat comme étant le plus à même d'y parvenir. Bénéficiant de son expérience comme Premier ministre, Georges Pompidou est constamment en tête des enquêtes d'intentions de vote (hormis le premier sondage pour le second tour). Divisions de la gauche. Contrairement à 1965, la gauche était très divisée pour le scrutin présidentiel. En novembre 1968, la Fédération de la gauche démocrate et socialiste fut dissoute après le raz-de-marée gaulliste lors des élections législatives de juin. À la suite des événements de Mai 68, tous les partis de gauche, hormis le Parti communiste français qui fut très réservé vis-à-vis du mouvement étudiant, ont du mal à se remettre de la débâcle électorale. Le PCF fut même qualifié de . De plus, la répression du printemps de Prague par les forces du Pacte de Varsovie et l'Armée rouge contribuent à refroidir le rapprochement amorcé entre la gauche non communiste et le Parti communiste français entamé en 1963. De plus, le candidat unique de la gauche en 1965, François Mitterrand s'était auto-disqualifié à la suite de sa conférence de presse surréaliste du où il constata maladroitement la « vacance du pouvoir », proposant sa candidature à une élection anticipée. Il ne fut même pas impliqué dans la campagne référendaire, bien qu'il tiendra personnellement 27 réunions publiques durant cette période. Lors des législatives de juin 1968, la FDGS a perdu plus de la moitié de ses députés. En novembre, il dut retourner siéger chez les non-inscrits à l'Assemblée nationale. Malgré l'attitude du Parti communiste français face aux événements du printemps de Prague, le parti était encore plus isolé qu'auparavant, et ce alors que Maurice Thorez était mort depuis près de cinq ans. Waldeck Rochet avait même tenté de jouer les intermédiaires entre Alexander Dubček et Léonid Brejnev. De plus, le parti avait acté en mai 1966 une mutation majeure de son programme économique, le rendant en phase avec les Trente Glorieuses. Après l'été 1968, les positions du parti semblèrent à nouveau se rapprocher de Moscou. Pourtant, trois positions s'affrontèrent au sein du parti, ce qui conduisit à la démission de Jeannette Vermeersch du bureau politique du Parti, incarnation de la tendance stalinienne dure du parti. Lors des assises de la Convention des institutions républicaines le à Levallois-Perret, François Mitterrand défendit un rapprochement entre les formations de gauche par la base et non par les appareils. Au même moment, il choisit de se mettre en retrait, tout en souhaitant une candidature unique. Le , la SFIO et le PCF rompent leurs relations. Comme François Mitterrand, Waldeck Rochet envisageait une candidature unique, principalement pour éviter une déroute électorale de son parti qui éprouvait toujours des réserves vis-à-vis de l'élection présidentielle au suffrage universel direct. D'ailleurs, un sondage réalisé en février 1968 avait révélé que seulement 52 % des électeurs communistes souhaitaient voir à la tête du pays un président issu du Parti. Alain Savary pour l'Union des groupes et clubs socialistes y était également favorable, tout comme le CERES, le courant marxiste de la SFIO. Les divers clubs et la SFIO tentèrent de mettre sur pied un « Nouveau Parti socialiste », mais les discussions restaient très fragiles. Au sein même de la SFIO, les divisions étaient grandes sur le scrutin présidentiel. De plus, Guy Mollet était opposé à toute fusion avec les clubs si elle ne se faisait pas au profit du parti. Pourtant, un comité directeur du parti le désigna inopinément Gaston Defferre, l'un des principaux défenseurs du présidentialisme au sein du parti, contre l'avis de Guy Mollet. En effet, le secrétaire général du parti était opposé au régime tel que voulu par le général de Gaulle. Cette annonce suscita une réaction en chaîne de la part des différentes formations et clubs de gauche. La Convention des institutions républicaines de François Mitterrand, pourtant proche de Gaston Defferre, et l'Union des groupes et clubs socialistes de Jean Poperen réunis en congrès à Saint-Gratien refusèrent la candidature du maire de Marseille. Après l'échec des négociations avec la SFIO (Guy Mollet rejetant l'offre de Waldeck Rochet dès le ), le Parti communiste français désigna Jacques Duclos le . Figure du parti depuis les années 1930, dont la carrure rassurante et son air bonhomme en faisaient le candidat le mieux placé chez les communistes pour affronter le scrutin présidentiel. Le chaos suscité par le congrès d'Alfortville fit que certaines fédérations de la SFIO appelèrent à faire campagne pour Alain Poher dès le premier tour. Guy Mollet avait bien tenté d'imposer Christian Pineau comme candidat, mais sans conviction. De son côté, le PSU désigna son secrétaire national Michel Rocard comme candidat. Le PSU avait mené campagne pour le au référendum sur la réforme du Sénat et la régionalisation, mais à l'écart des autres formations de gauche. Deux autres candidatures, Alain Krivine pour la Ligue communiste malgré son service militaire à Verdun, et l'entrepreneur Louis Ducatel, viennent se rajouter à cette liste. De son côté, le Parti radical fut incapable de s'entendre sur la stratégie à suivre, Maurice Faure et Félix Gaillard s'opposant sur la démarche à adopter. Plus tard, François Mitterrand écrivit à propos de ces évènements : Jamais la gauche n'avait été aussi près de s'entendre sur une politique et sur un homme qu'en ce matin du lundi , lendemain du référendum. Mais un petit groupe d'hommes de brigue et d'intrigue prit la responsabilité de briser les espérances populaires. Une vague d'anticommunisme avait envahi la SFIO et le parti radical... La crainte de ma candidature accéléra le mouvement. À peine le général de Gaulle avait quitté ses fonctions, que deux émissaires de la SFIO informaient le PC qu'un veto serait opposé, quoi qu'il advînt, à ma personne. On savait que ce veto se déclencherait un enchaînement d'interdictions et de contradictions et ruinerait les chances ultimes de l'union de la gauche. Raison de plus puisque c'était l'objectif recherché. À plusieurs reprises, la Convention des institutions républicaines demanda une réunion commune des différents partis et clubs de gauche pour mettre au point une candidature unique, mais François Mitterrand se heurta au refus systématique de Guy Mollet. Échec d'une candidature Pinay. Valéry Giscard d'Estaing, qui s'envisageait comme un potentiel successeur du général de Gaulle, jugea rapidement que ses chances de l'emporter étaient trop faibles. Le , il lança un appel pour une d'un homme n'étant proche ni de la majorité ni de l'opposition. L'ancien président du Conseil Antoine Pinay semblait être le candidat idéal, capable d'attirer les voix d'une partie de la gauche non communiste. Guy Mollet envisagea également cette option. Le jour même, Michel d'Ornano fut envoyé à Saint-Chamond pour sonder l'ancien président du Conseil. Néanmoins, comme en 1965, il refuse. À 18 h 30, Radio Monte-Carlo diffusa une déclaration du maire de Saint-Chamond : . Finalement, le groupe parlementaire des Républicains indépendants se rallia à Georges Pompidou dès le , conduisant Valéry Giscard d'Estaing à s'y rallier bon gré mal gré. Validité de la candidature d'Alain Krivine. C'est le trésorier de la Jeunesse communiste révolutionnaire Michel Rotman qui suggéra l'idée d'une candidature du mouvement. Malgré la dissolution de l'association par le gouvernement, elle existait toujours dans la clandestinité. Le , elle désigna Alain Krivine comme candidat. Le principal intéressé ne fut pas informé tout de suite, mais un autre problème d'ordre juridique se posa. Arrêté pendant Mai 68, il avait été envoyé à Verdun pour effectuer son service militaire. Les juristes ne surent pas quoi répondre face à cette situation inédite. La loi organique exigeait pourtant que tout candidat à la présidence ait satisfait toutes ses obligations, dont le service militaire. Finalement, Alain Krivine fut dispensé de défilés et de gardes, tandis que le ministre des Armées, Pierre Messmer, prit un décret pour lui permettre de se présenter. Il parvint même à obtenir 230 . Louis Ducatel déposa un recours auprès du Conseil constitutionnel, mais celui-ci fut rejeté. Campagne des principaux candidats. Georges Pompidou. L'ancien premier ministre avait choisi volontairement de se tenir en retrait après son départ de l'hôtel de Matignon en juillet 1968. Depuis, ce que certains historiens appellent le , en janvier 1969, il avait fait part de son intention d'être un jour candidat à une élection présidentielle. Une dépêche de l'AFP, tombée à 20 h 52, rapporta sa réponse à une question des journalistes à ce propos : Ce n'est, je crois, une surprise pour personne que je serai candidat à la présidence de la République quand il y en aura une [élection], mais je ne suis pas pressé. Le général de Gaulle n'avait guère apprécié son intervention, dont il ne pensait pas qu'elle ferait l'objet d'une dépêche, et demanda au ministère de l'Information d'interdire l'ancien Premier ministre d'antenne. Néanmoins, Pompidou récidiva en février à Genève, déclarant à la presse en Suisse : Je ne crois pas avoir ce qu'on appelle un avenir politique. J'aurai peut-être, si Dieu le veut, un destin national, c'est autre chose. Il faut dire que l'ancien Premier ministre n'avait pas du tout apprécié l'attitude du gouvernement par rapport aux insinuations portées contre lui lorsque l'affaire Marković fut révélée. La réponse du général de Gaulle à sa lettre adressée avant son voyage à Rome a probablement influencé ses déclarations. Il avait également réussi à placer ses hommes dans l'appareil de l'UDR lors des assises du parti à Lille en 1967. Un sondage IFOP publié pendant la campagne référendaire indiqua que 53 % des Français interrogés le jugeaient comme le meilleur successeur du général de Gaulle, contre 8 % à François Mitterrand et Maurice Couve de Murville. Pour empêcher toute contestation au sein du mouvement gaulliste, il déclara sa candidature dès le . Il avait auparavant pris soin d'envoyer un télégramme de sympathie au général de Gaulle, lui annonçant qu'il se porterait candidat à sa succession. L'ensemble des organes du parti lui apportèrent immédiatement leur soutien. Le , il déclara : Dans l'incertitude que connaît actuellement le pays, j'ai résolu de me présenter aux suffrages des Français. En le faisant, j'ai le sentiment d'obéir à mon devoir, la volonté de maintenir une continuité et une stabilité nécessaires, l'espoir de préparer l'avenir<ref name="Pompidou/Poher">.</ref>. Sa candidature fut officiellement annoncée par une dépêche de l'AFP le jour-même à 9 h 30. Son équipe de campagne fut constituée autour de Jacques Chirac, le trésorier, d'Édouard Balladur qui gérait son programme, de Pierre Juillet pour l'organisation de la campagne et de Marie-France Garaud pour les relations avec les parlementaires. Sa première mission consista à convaincre les centristes proches de Valéry Giscard d'Estaing de soutenir sa candidature, mais également d'empêcher l'UDR d'exercer des représailles à l'encontre des Républicains indépendants, qui avaient majoritairement soutenu le lors du référendum sur la réforme du Sénat et la régionalisation. D'ailleurs, il expliqua aux barons du gaullisme que le parti ne disposerait plus de la même marge de manœuvre après le départ du général de Gaulle en cas de victoire. Le , à la suite d'un débat à la radio, le centriste Jacques Duhamel annonça se rallier à sa candidature, à l'instar de René Pleven et de Joseph Fontanet. Il fit ainsi preuve d'une ouverture, incluant tous ceux qui ne choisiraient pas un candidat soutenu par le PCF, contrairement au général de Gaulle qui n'avait pas cru bon de le faire avec le MRP en 1959. Il parvint ainsi à museler les gaullistes proches du général, qui avaient émis de fortes critiques à la suite de son attitude depuis les événements de Mai 68. Seuls certains gaullistes de gauche tentèrent de contrer la candidature de Pompidou, mais renoncèrent définitivement le . Le , l'ancien garde des sceaux René Capitant se rallia malgré lui à sa candidature. Son slogan de campagne permit de jouer sur ses qualités et de mettre en avant ses divergences avec Alain Poher. Par ailleurs, 90 % des sympathisants de l'UDR indiquèrent vouloir voter pour lui, tout comme 60 % des sympathisants des Républicains indépendants et environ un tiers de l'électorat centriste. Il annonça vouloir une réforme de l'ORTF, un élargissement de la Communauté économique européenne et mettre fin au blocage de l'adhésion du Royaume-Uni. Il s'engagea également à maintenir les prérogatives du Sénat, ce qui jouait en défaveur d'Alain Poher en l'empêchant de défendre un tel argument. Il défendit également les prérogatives du président de la République, même s'il concéda qu'il fallait en modifier les usages, lors d'un débat radiodiffusé le : Je ne suis pas le général de Gaulle. Je serai forcément plus persuasif, plus conciliant. Le gaulliste de gauche Léo Hamon analysa ainsi sa formule : L'heure est venue de passer du gaullisme épique, sinon mystique, à un gaullisme politique qui peut, lui, être durable s'il est équilibré. Il parcourt km durant la campagne à travers le pays. Il privilégia les petites villes et les villes moyennes, s'appuyant sur les comités de soutien locaux. Il tint 45 meetings durant la campagne. Il bénéficia également de la peur d'un éventuel et de la . Le , lors d'un entretien sur Europe 1, le sujet du revient dans le débat. Au journaliste qui lui demande , il répondit qu'il éprouvait . Il ajouta ensuite : A Rome, il s'est trouvé que des choses assez banales, que j'avais déjà dites à plusieurs reprises, se sont trouvées transformées en cinq colonnes à la une. Ceci est apparu comme une déclaration de candidature et comme plus ou moins un appel au départ du Général. Je le regrette profondémenent. Il n'était nullement question de hâter le départ du président de la République. Si dans toute la campagne référendaire, j'ai été au premier rang des combattants pour le oui, c'était précisément pour effacer cette impression qui me laisse un arrière-goût d'amertume. Alain Poher. Le président du Sénat était surtout considéré comme le vainqueur du « non » au référendum sur la réforme du Sénat et la régionalisation. Jean Lecanuet avait pourtant souhaité sa candidature dès le . Pourtant, le Centre démocrate annonça dès le qu'il ne présentera pas de candidat. Son installation au palais de l'Élysée fit de lui un présidentiable en quelques jours. Dans un premier temps, il refusa d'envisager l'hypothèse d'une candidature, y compris lorsque Valéry Giscard d'Estaing envoya un émissaire le sonder après le refus d'Antoine Pinay. Jusqu'au , il se montra hésitant sur la possibilité de se lancer. Le jour même, il reçut Antoine Pinay et le général Marie-Pierre Kœnig qu'il sonda pour une éventuelle candidature. Pendant cette période, le Parti radical poussa en faveur de sa candidature. Le , il déclara : Je ne suis pas du tout candidat, je ne souhaite pas l'être, mais j'y serais peut-être obligé. Tous les partis d'opposition firent l'analyse qu'il serait le seul à pouvoir battre Georges Pompidou. Des personnalités telles que Jean Lecanuet, Guy Mollet ou Félix Gaillard finiront par lui apportent leur soutien, tandis que Jacques Duhamel tenta le de le dissuader. À la mi-mai, un sondage de la Sofres le crédita de 39 % d'intentions de vote au premier tour, contre 37 % pour celui de l'IFOP. En cas de second tour, il l'emporterait avec 56 % des suffrages. Il déclare sa candidature le , à la veille de la clôture du dépôt des candidatures. Son attaché de presse, Pierre Bordry, fit connaître sa candidature en ces termes : Le lendemain, il s'adressa aux sénateurs centristes et socialistes, expliquant sa candidature : Il quitta très peu Paris pendant la campagne du premier tour, se concentrant principalement sur ses interventions à la radio et la télévision. Il ne fut pas aidé par l'intervention de François Mitterrand sur Europe 1 le qui posa la question de la dissolution de l'Assemblée nationale. En effet, Poher déclara qu'il ne dissoudrait pas l'Assemblée nationale élue en 1968, malgré une minorité de députés centristes élus. Pierre Mauroy écrira même : Le , il reçoit le soutien du Centre républicain et du CNIP. Au soir du premier tour, malgré l'appel de Georges Pompidou à travailler ensemble et les pressions d'une partie des centristes dont Pierre Sudreau qu'il envisageait de nommer Premier ministre en cas de victoire, Alain Poher refusa de renoncer à maintenir sa candidature pour le second tour. Il déclara : . Même une partie de la presse défendit une telle initiative car Poher ne pourrait l'emporter qu'avec l'apport des électeurs communistes. Dans un sondage de la Sofres, seuls 54 % des électeurs considéraient qu'il avait eu raison de maintenir sa candidature. En cas de retrait d’Alain Poher, Jacques Duclos se serait retrouvé au second tour en vertu de l’article 7 de la Constitution. De plus, seul Gaston Defferre appela à voter en sa faveur, ce qui rendait sa victoire quasiment impossible. Illustration de la coalition disparate qui le soutenait pour le second tour, il reçut notamment le soutien de Jean-Louis Tixier-Vignancour et d'Antoine Pinay. Le Parti communiste français refusa quant à lui d'appeler à voter en sa faveur en raison de son attachement à l'OTAN et sa défense de la constitution d'une Europe fédérale. Malgré les km parcourus pendant la campagne du second tour, il ne parvient pas à faire son retard. Plus tard, Alain Poher déclara la chose suivante à propos des sondages : Jacques Duclos. Jacques Duclos fut désigné le après une ultime tentative de négociations avec la SFIO pour une candidature unique de la gauche entre Waldeck Rochet et Georges Marchais pour les communistes et Pierre Mauroy et Ernest Cazelles pour les socialistes. La veille, Jacques Duclos avait déclaré à "L'Express" les raisons du refus de son parti de soutenir Gaston Defferre : Nous n'étalerons pas de tapis rouge sous les pas d'un leader de la gauche non communiste. C'est trop simple. On considère toujours nos électeurs comme l'infanterie. Eh bien non, nous n'acceptons plus de capitaines. L'entretien fut très bref, et signifiait les nombreux désaccords entre les deux partis. Le comité central désigne le sénateur de Seine-Saint-Denis dans l'après-midi. Waldeck Rochet résuma l'esprit de la candidature Duclos à la presse : A notre grand regret, le Congrès national du parti socialiste a maintenu le refus du Comité directeur de décider l'élaboration d'un programme commun, et en même temps, il a désigné son propre candidat, Gaston Defferre, sans aucune conciliation avec les autres partis de gauche, notamment notre parti. Nous refusons de donner blanc-seing à une candidature unilatérale et antiunitaire. Le journal "L'Humanité", dont le directeur Étienne Fajon était membre du comité central et député de Seine-Saint-Denis, organisa en partie la coordination de la campagne du candidat, lançant des appels unitaires aux électeurs non communistes. Lorsque la presse progressiste ("L'Express" et "Le Nouvel Observateur" notamment) lança des appels à une candidature de Pierre Mendès France, l'appareil du parti se mobilisa pour les discréditer. Jouant de son accent rocailleux de Bigorre, mettant en avant ses origines sociales modestes et faisant oublier son passé stalinien (il faisait notamment partie de la délégation française présente lors du congrès du Parti communiste soviétique en 1956), le candidat communiste mène une campagne dynamique et rassurante. Sa campagne lui attire une partie de l'électorat de la gauche non communiste, peu convaincue par le Defferre/Mendès France. De plus, le candidat ne mentionna jamais le nom de son parti, ce qui a pu attirer vers lui des électeurs de la gauche non communiste. Grâce à son bon score du premier tour, le Parti communiste français se redresse après la déroute de l'année précédente. Il manque de la qualification pour le second tour. Avec la célèbre formule, , que Duclos n'aurait jamais prononcé personnellement (aucune archive écrite ou sonore n'existe, hormis les affiches de campagne), le parti incita à l'abstention, comme la majorité des candidats éliminés au premier tour. D'ailleurs, dès le , Duclos avait lancé devant les ouvriers de Renault la formule suivante : . Le , le comité central du parti préconisa le . Plusieurs caricatures avaient été publiées dans "L'Humanité" pendant la campagne, expliquant que Pompidou et Poher avaient le même programme électoral. Gaston Defferre. Le maire de Marseille déclara sa candidature dès le . Soutenu par Pierre Mendès France, il saisit sa chance et tenta de prendre de court Guy Mollet. Même François Mitterrand fut surpris de son initiative. De plus, Guy Mollet avait perdu le soutien d'une partie de la puissante fédération socialiste du Nord, après qu'il eût annoncé céder sa place à Pierre Mauroy dans le cadre de la rénovation du parti. Le lendemain, un comité directeur de la SFIO valida à l'unanimité sa candidature. Il obtient le même jour le soutien des radicaux avec le maire de Cahors, Maurice Faure, ainsi que le président du parti, Félix Gaillard. Le même jour, Alain Savary déclara sa candidature au nom de l'Union des groupes et clubs socialistes, jugeant une candidature Defferre comme trop droitière. Le collectif d'organisation chargé d'organiser la fusion entre le club et la SFIO enregistra les deux candidatures, qui devaient être débattues lors du congrès d'Alfortville. François Mitterrand et une partie de l'Union des groupes et clubs socialistes mené par Jean Poperen refusèrent de s'y associer. Le congrès se déroule de manière chaotique. Deux motions, portées par Roger Quilliot, le maire de Clermont-Ferrand, et Claude Fuzier, le bras droit de Guy Mollet, s'opposèrent sur la forme comme sur le fond. Un premier vote fut organisé, la motion Fuzier l'emportant par 7 mandats d'écart seulement ( contre ). Néanmoins, les partisans de Gaston Defferre organisèrent un forcing, convainquant certaines fédérations qui s'étaient abstenues (notamment celle de l'Aude) de modifier leur vote. Le président de séance Christian Pineau accepta la tenue du second vote, malgré la colère de Guy Mollet. Certains opposants de Gaston Defferre tentèrent une dernière manœuvre pour empêcher la victoire de la motion Quillot, expliquant qu'en raison du faible écart, la fédération de l'Aude devait soutenir la motion Fuzier. L'annonce de ce choix devant l'assistance entraîna le retournement d'une autre fédération, celle de Haute-Garonne, qui se retourna en choisissant la motion Quillot qui l'emporta par mandats contre . Cependant, malgré sa victoire, Gaston Defferre s'attira les foudres d'une bonne partie de la SFIO. Un dernier scrutin l'investira officiellement avec mandats contre 227, avec 792 abstentions et 321 refus de vote, sans compter les . Jacques Duclos fit d'ailleurs remarquer pendant la campagne que : La candidature de Gaston Defferre a été lancée pour préparer celle de Poher. Cela me rappelle le tour de France cycliste. Defferre y joue le rôle d'un porteur d'eau pour donner le maillot jaune à Poher. Son compère Charles-Émile Loo est chargé de l'organisation de la campagne, accompagné de Roger Quilliot, Michel Charasse et Éric Hintermann. Au début de la campagne, un sondage le crédite de 17 % d'intentions de vote (l'institut n'est pas précisé). Néanmoins, son capital s'effondre progressivement face à la présence de deux candidatures parallèles : celles de Jacques Duclos et Michel Rocard. Le , il annonce qu'il nommera Pierre Mendès France comme Premier ministre en cas de victoire. L'idée, venue une fois encore de Jean-Jacques Servan-Schreiber, est de présenter aux Français un binôme ou « ticket présidentiel », formé d'un président de la République arbitre et garant et d'un Premier ministre figure centrale de l’exécutif, comme le prévoit la lettre de la Constitution. Mais cette nouveauté ne suffit pas à promouvoir leurs candidatures. Plusieurs études de l'IFOP indiquent rapidement que près de 40 % des électeurs de la défunte Fédération de la gauche démocrate et socialiste comptent apporter leur soutien à Alain Poher dès le premier tour. De même, le premier sondage de la Sofres indique que le président centriste du Sénat est en tête chez les électeurs de la gauche non communiste. Si Pierre Mendès France reste populaire auprès d'une partie de la gauche, il est critiqué pour sa présence au stade Charléty le . De plus, son refus obstiné d'accepter la pratique gaullienne des institutions de la Cinquième République joue contre l'idée de cette association. Dans le journal "Le Monde" du , André Laurens fait l'analyse suivante de la campagne : S'il existait aujourd'hui un parti Defferre-Mendès France, l'entreprise des deux associés serait crédible, mais tel n'est pas le cas, et l'on est enclin à penser que le maire de Marseille et l'ancien président du Conseil mettent la charrue avant les bœufs. Ils seront sûrement vis-à-vis de l'autre des copilotes loyaux et parfaitement coopératifs, mais leur commune difficulté c'est de n'avoir pas de véhicule. Gaston Defferre et Pierre Mendès France réalisent de piètre prestations à la télévision, désormais jugée indispensable pour obtenir un bon résultat. Malgré une forte présence dans les médias, la campagne ne décolle pas et Pierre Mendès France se démobilise en fin de campagne. Des affiches du candidat sont même posées avec la tête en bas. Son communiqué à la suite de sa défaite laisse pantois ses proches et une partie de la presse : La politique, c'est comme une course en mer, un jour on gagne, un jour on perd. Aujourd'hui, je perds. Campagne télévisée. La campagne télévisée démarra très vite. Dès le , Georges Pompidou convoqua la presse à l'Assemblée nationale. Pas de réponse à des questions, mais une très courte déclaration (1 min 30) qui lui permit de fixer le cadre de sa campagne. Le candidat gaulliste avait compris, plus que les autres candidats, l'importance de la télévision. Il s'en servit pour discréditer Alain Poher, le faisant passer pour un homme dépassé, nostalgique de la Quatrième République. Le journal télévisé, dirigé et coordonné par le ministère de l'Information, diffusait les séquences les plus incisives, permettant à Pompidou de remonter dans les sondages. Dans ses interventions télévisées, Georges Pompidou jouait de son image d'homme compétent, cultivé et énergique. Il se montrait proche des préoccupations des électeurs. Le fait qu'il vienne de la province le rendait également plus sympathique. Pour le second tour, le ton changea radicalement. Assuré d'être élu grâce aux divers appels à l'abstention, son discours fut beaucoup plus calme et détendu. Le , il déclara : . Le message est pesé, rassurant, mais il souhaitait marquer le coup. Sa venue à Cajarc, la commune du Lot dont il était conseiller municipal, trois jours plus tard, marqua les esprits. Interrogé par un journaliste, il déclara chercher . Plus loin, il ajouta : . Le message passa parfaitement, et contribua à son élection. Rapidement, tous les candidats constituèrent des équipes pour s'entraîner à passer devant la caméra et préparer les entretiens télévisés. Gaston Defferre, Michel Rocard et Jacques Duclos feront constituer par leurs équipes des petits studios pour travailler. Le Parti communiste français se procure même un magnétoscope pour visionner les interventions de son candidat et améliorer ses performances télévisées. Pour Alain Poher, la campagne ne fut pas simple. Il était assez peu connu par rapport à ses principaux concurrents. De plus, s'il s'était lancé dans la campagne, c'est parce que l'opposition, les centristes et la presse voyaient en lui le seul capable de battre Georges Pompidou. Un sondage aurait même prédit une victoire de Pompidou dès le premier tour. Sa déclaration de candidature fut terne, et n'étant qu'un communiqué lu par son porte-parole. Pourtant, la presse y vit là le vrai lancement de la campagne. Il fit profil bas dans la campagne télévisée, déclarant même : . De plus, il ne disposait pas de moyens financiers aussi conséquents que Pompidou. Pire, il refusa de réserver des emplacements publicitaires, ainsi qu'un journal de campagne. Quant aux cartes postales, elles furent imprimées en noir et blanc. Le président du Sénat n'écoutait pas les conseils qu'on lui donnait pour passer à la télévision. Il choisira notamment de garder ses lunettes, mais celles-ci lui donnaient un drôle d'air à cause de leur épaisseur. Malgré tout, les sondages indiquèrent que le candidat avait donné une bonne impression dans ses apparitions télévisées. De plus, ses collaborateurs n'étaient pas d'accord sur la nature de ses prestations. Devait-il improviser ou lire ses notes ?. Si les spécialistes jugent ses prestations piteuses, il maintient un écart inférieur à dans les sondages. Au fil de ses interventions, les électeurs se firent une idée plus précise du candidat. S'il semblait être le candidat idéal pour incarner un président arbitre, il n'avait pas assez d'énergie. Pour le second tour, il changea radicalement d'attitude. Des affiches furent imprimées en quantité bien plus importante, et il accepta de participer à quelques meetings. Un sondage IFOP réalisé entre le 7 et le indiqua que les électeurs se sont surtout déterminés en fonction de la personnalité des candidats. 53 % des personnes interrogées ont voté en faveur de Georges Pompidou car sa personnalité , tandis que 30 % ont voté pour Alain Poher. 32 % ont également voté en faveur de Poher pour s'opposer à la candidature de Pompidou. Chaque candidat avait bénéficié d'environ 1 heure 40 d'antenne sur la première chaîne. Campagne radiodiffusée. Parmi les radios qui participent à l'animation de la campagne électorale, France Inter, RTL, RMC et Europe 1 sont celles qui font preuve du plus d'imagination. RTL diffuse des portraits des candidats avant l'émission phare "Le Grand Jury", tandis qu'Europe 1 et RMC organisent des confrontations directes entre candidats et auditeurs. Alain Poher fut d'ailleurs le seul à refuser par deux fois de se prêter à cet exercice sur Europe 1. Chaque candidat bénéficia d'environ 1 heure 40 d'antenne sur France Inter. Pour le second tour, Georges Pompidou et Alain Poher bénéficièrent de deux heures d'antenne. Globalement, la campagne radiotélévisée est suivie par environ 70 % des Français. Sondages. Les enquêtes répertoriées dans la présente section ont été réalisées par les instituts Ifop et Sofres. Résultats. Analyse. Par rapport aux sondages, seuls deux candidats parviennent à dépasser le seuil au soir du premier tour : Georges Pompidou et Jacques Duclos. La chute la plus vertigineuse est pour Alain Poher, qui ne recueille que 23,31 % des suffrages, alors qu'un sondage le créditait de 39 % d'intentions de vote. Georges Pompidou arrive en tête dans tous les départements, sauf en Seine-Saint-Denis où il est devancé par Jacques Duclos. Il a manqué environ à Jacques Duclos pour atteindre le résultat réalisé par le Parti communiste français lors des élections législatives de 1967. Par rapport à ce même scrutin, il perd des voix dans 49 départements et en gagne dans 46 d'entre eux. Georges Pompidou obtient la majorité absolue des suffrages dans 16 départements. De son côté, Gaston Defferre obtient le plus faible score jamais atteint par la SFIO, talonné par le PSU. De même, la gauche obtient son plus faible score depuis la Libération. La participation au premier tour est semblable à celle des élections législatives de 1967<ref name="1968/1969">.</ref>. L'électorat pouvait être divisé en trois catégories : Lors du second tour, Georges Pompidou l'emporte avec 58,21 % des suffrages, soit plus que ce que prévoyaient les sondages. Il fut néanmoins élu par une minorité d'électeurs (à peine 37 % des inscrits), avec une abstention supérieure à 30 %. En raison de l'importance de l'abstention, il fut surnommé « Monsieur Thiers » (également une référence à Adolphe Thiers) par le PCF. François Goguel estime que les trois quarts des électeurs de Jacques Duclos ne se sont pas déplacés pour voter ou ont voté blanc. Ainsi, les électeurs choisissent de conforter l'idée d'« ouverture dans la continuité » défendue par Georges Pompidou. La victoire de Pompidou met fin à la « guerre des Républiques », selon l'expression de Jean-François Sirinelli. "La Libre Belgique" eut cette analyse : Après le temps de la grandeur, les Français sont heureux d'en venir au temps de la rondeur. Analyse géographique. Premier tour. Dans le Sud-Ouest, la majeure partie des électeurs de SFIO votèrent dès le premier tour pour Alain Poher (la fédération socialiste de l'Aude refusait la fusion avec les clubs de gauche). Dans le Nord-Pas-de-Calais, les électeurs socialistes votèrent principalement pour Jacques Duclos (les deux fédérations étaient les plus favorables à un rapprochement avec le PCF). Le candidat communiste obtient ses meilleurs résultats dans le Nord-Pas-de-Calais et dans le Bassin parisien (seulement dans la Ceinture rouge), ainsi que dans les départements ruraux. Par rapport aux élections législatives de 1968, il gagne des voix dans le Sud-Ouest (hormis les Pyrénées-Orientales où il perd des voix), dans le Massif central, le Jura, les Vosges, les Ardennes, l'Orne et l'Eure-et-Loir. Dans 33 départements, les gains en voix par rapport aux élections législatives de 1967 sont supérieurs à 1 %, et dans 10 autres supérieurs à 3 %, principalement en France méridionale et sur l'axe La Rochelle-Genève. Il obtient ses moins bons résultats dans les départements où le catholicisme est le plus implanté. Il n'obtient un score identique à celui des élections législatives de 1968 que dans trois départements d'Île-de-France, l'Essonne, le Val-d'Oise et à Paris. Les bastions gaullistes ont plutôt bien résisté électoralement, même si une baisse fut observée dans l'Est, notamment en Alsace, ainsi que dans le Bassin parisien, le Nord-Pas-de-Calais, la Picardie, la Gironde, les Charentes et les Côtes-du-Nord, où la gauche s'était bien implantée depuis les élections législatives de 1967. Pour Frédéric Bon et Jean-Paul Cheylan, la répartition des votes en faveur de Georges Pompidou est semblable à celle de Valéry Giscard d'Estaing lors du premier tour de l'élection présidentielle de 1981. Ils considèrent également que la géographie électorale du gaullisme s'est arrêtée au premier tour. Michel Rocard obtient ses meilleurs résultats en Loire-Atlantique et dans l'Essonne avec un peu plus de 4 % des voix. Il n'a pas bénéficié de l'implantation locale de son parti, notamment en Bretagne. Le candidat du PSU a néanmoins obtenu ses meilleurs résultats là où la base militante du parti était la plus importante. Gaston Defferre obtient quant à lui son meilleur résultat dans son département des Bouches-du-Rhône avec 8 % des voix, dépassant les 5 % dans seulement 15 départements. Pire, il n'obtient que 12 % des voix à Marseille. Il obtient ses meilleurs résultats dans les bastions socialistes et radicaux, principalement dans le Midi. Alain Poher réalise ses meilleurs scores dans les terres catholiques et les bastions du Parti radical, tandis que sa principale zone de faiblesse était le Massif central. L'abstention fut plus importante dans le Sud-Est, notamment en Corse. Alain Lancelot et Marie-Thérèse Lancelot analysent la forte participation dans le Sud-Ouest et dans le Massif central comme la résultante de l'implantation du gaullisme dans ces régions. Second tour. Alain Poher ne fut majoritaire que dans huit départements. Sa progression fut la plus importante dans les zones géographiques où la gauche était la mieux implantée. Par rapport au référendum sur la réforme du Sénat et la régionalisation, Georges Pompidou a gagné des voix dans le Massif central, tandis qu'il en a perdu dans le Nord-Pas-de-Calais et dans l'Est, par ailleurs plus favorable à la démocratie chrétienne. C'est dans son département du Cantal, où le l'avait emporté que la progression fut la plus nette avec . Dans 65 départements, il a gagné des voix par rapport au référendum, tandis qu'il en a perdu dans 28 départements. Seuls le Loiret et la Mayenne ont voté en sa faveur dans des proportions quasi identiques que lors du référendum. Dans les départements au sud d'une ligne La Rochelle-Genève, seules les Bouches-du-Rhône ont vu l'électorat de Pompidou être moins nombreux que par rapport aux électeurs du . Son électorat était plus urbain que celui du général de Gaulle en 1965. La participation a reculé principalement dans les bastions communistes et dans les Bouches-du-Rhône. Dans tous les départements où l'extrême gauche a réuni plus d'un cinquième des électeurs inscrits, l'abstention a augmenté de 10 %. Elle fut proche de 50 % en Seine-Saint-Denis et de 35 % à Paris. Les votes blancs sont beaucoup plus localisés qu'au premier tour, notamment dans les bastions communistes. Pour la première fois depuis un siècle, la France méridionale a davantage voté que le Nord. Analyse sociologique. Premier tour. Malgré son score important, Georges Pompidou ne parvient pas à récupérer tous les électeurs ayant voté « oui » lors du référendum sur la réforme du Sénat et la régionalisation. Néanmoins, il a obtenu le soutien de 63 % des électeurs de la Fédération nationale des républicains indépendants et 31 % des électeurs ayant élu des députés membres du groupe parlementaire Progrès et démocratie moderne. De son côté, Jacques Duclos bénéficie d'un réflexe de vote utile de la part d'une majorité de l'électorat de gauche, notamment de la gauche non communiste. Son électorat correspondait, à une exception près, aux caractéristiques de l'électorat communiste. La bonne surprise vint des plus de , qui furent plus nombreux qu'à l'accoutumée, le plaçant à égalité avec Alain Poher. Il est à noter que Michel Rocard a obtenu près de 7 % des voix auprès des . Parmi les professions et catégories socioprofessionnelles, Georges Pompidou a obtenu de très bon résultats, notamment auprès des cadres supérieurs et des professions libérales, approchant les 60 %. Il n'obtient en revanche que 33 % auprès des ouvriers, talonné par Jacques Duclos. Hormis chez les agriculteurs et les petits commerçants/artisans où il fut talonné par Alain Poher, Georges Pompidou fut largement en tête dans les autres catégories. Globalement, 37 % des hommes ont voté en faveur d'un candidat de gauche, contre seulement 25 % des femmes. De même, seulement 15 % des femmes ont voté de Jacques Duclos, contre 26 % des hommes. Second tour. Lors du second tour, environ 60,5 % des électeurs communistes lors des législatives de 1968 et 62 % des électeurs de Jacques Duclos au premier tour se sont abstenus. Près de 60 % des électeurs se classant à l'extrême gauche se sont abstenus, contre 36 % des électeurs de gauche, 22 % des électeurs centristes et 40 % des électeurs qualifiés de Plaine dans le sondage de la Sofres. Le taux d'abstention, malgré tout extrêmement élevé, ne dépasse pas les 31,31 % des législatives de 1962. La tenue des du Mans au même moment que le second tour peut avoir influencé l'abstention. Voir aussi. Liens externes. Premier tour () Second tour ()
Élection présidentielle française de 1974 L'élection présidentielle française de 1974 est la quatrième élection présidentielle sous la et la troisième au suffrage universel direct. Elle se tient les 5 et . Il s'agit d’un scrutin anticipé faisant suite à la mort du président Georges Pompidou le mois précédent. Le premier tour est marqué par l'opposition entre l'ancien Premier ministre gaulliste Jacques Chaban-Delmas, le ministre des Finances, Valéry Giscard d'Estaing, et le premier secrétaire du Parti socialiste et candidat de l'union de la gauche, François Mitterrand. Au second tour, Valéry Giscard d'Estaing l'emporte avec 50,81 % des suffrages exprimés ( d'avance) face à François Mitterrand. Cette élection présidentielle est, à ce jour, la plus serrée de l'histoire de la . Contexte. À la suite des événements de Mai 68, la France connaît de profondes mutations politiques. En raison d'une majorité absolue de « non » avec 52,4  % des votes exprimés au référendum sur la réforme du Sénat et la régionalisation, Charles de Gaulle démissionne de la présidence de la République le , comme il avait annoncé qu’il le ferait en cas de refus de son projet. Lors de l'élection présidentielle anticipée de 1969, l'ancien Premier ministre gaulliste Georges Pompidou est élu au second tour face au centriste Alain Poher, président du Sénat et président de la République par intérim. Dans sa déclaration de politique générale prononcée le , le nouveau chef du gouvernement, Jacques Chaban-Delmas, présente son propre projet d'inspiration centriste de « nouvelle société ». En 1972, il doit démissionner en raison de désaccords politiques avec le chef de l’État et une partie de la majorité, plus conservatrice que lui. Il est remplacé par Pierre Messmer. À gauche, le Parti communiste français, le Parti socialiste et le Mouvement des radicaux de gauche concluent en 1972 une alliance électorale fondée sur un programme commun de gouvernement. Survenant le , le décès du président Georges Pompidou, malade depuis plusieurs années, entraîne l'organisation d’une nouvelle élection présidentielle anticipée. Modalités du scrutin. Conformément à l'article 6 de la Constitution, le président de la République française est élu pour un mandat de sept ans. Si aucun candidat ne recueille la majorité absolue des suffrages exprimés au premier tour de scrutin, un second tour a lieu quatorze jours plus tard : seuls peuvent alors se présenter les deux candidats arrivés en tête au premier tour ou après un éventuel retrait de candidats mieux placés. Les dates du scrutin sont fixées en Conseil des ministres et publiées au "Journal officiel". Le scrutin est fixé pour le (premier tour) et le (second tour). Chaque candidat doit satisfaire plusieurs conditions : La Constitution prévoit que : Le Conseil constitutionnel est, selon l'article 58 de la Constitution, garant de la régularité de l'élection, de l'examen des réclamations et de la proclamation des résultats. Candidats. Jacques Chaban-Delmas (UDR). Jacques Chaban-Delmas, député et maire de Bordeaux, est âgé de . Président de l'Assemblée nationale de 1958 à 1969 puis Premier ministre de Georges Pompidou de 1969 à 1972, il peut incarner une fidélité au gaullisme qui ne se résout pas au passéisme – il reprend sous forme de slogan de campagne le thème qui avait déjà été le fil directeur de son passage à Matignon : la « Nouvelle société ». Le 4 avril, deux jours à peine après le décès du président Pompidou, le jour même de l'inhumation, Jacques Chaban-Delmas déclare sa candidature. La dépêche de l'AFP tombe sur les téléscripteurs à , pendant qu'on prononce à l'Assemblée l'éloge funèbre du défunt. Valéry Giscard d'Estaing ne manque pas d'exploiter à son profit cette maladroite précipitation. Le fait est que Chaban-Delmas a de bonnes raisons de vouloir aller vite. Même si ses entreprises pour rassembler derrière lui le parti gaulliste ont porté leurs fruits les mois précédents (son proche Roger Frey a obtenu la présidence du groupe parlementaire, et il a pu pousser Alexandre Sanguinetti, un gaulliste « historique » critique envers le Président Pompidou, au secrétariat général du parti), il sait que d'autres ambitions peuvent le concurrencer au sein du mouvement gaulliste. Et c'est en effet la cacophonie dans ce camp : Christian Fouchet, au nom de la fidélité absolue à de Gaulle, a été le premier à se lancer dès le 3 avril, alors que, le , c'est l'inconstant Edgar Faure qui fait aussi connaître son intention de concourir. Mais la candidature la plus préjudiciable à Jacques Chaban-Delmas serait celle du Premier ministre en poste, Pierre Messmer, au nom de l'héritage du Président défunt, avec la légitimité que peut lui conférer sa fonction. Or un groupe « pompidolien » mené par le ministre de l'Intérieur Jacques Chirac et deux conseillers du président Pompidou, Marie-France Garaud et Pierre Juillet, pousse en ce sens un Pierre Messmer conscient de son manque de charisme et peu enclin à se lancer dans la bataille. Ce dernier annonce le 9 avril son intention de se lancer si cela permet de faire l'unité de la majorité, puis se retire le soir même après avoir constaté ne pas être suivi (sinon par Edgar Faure, qui en profite pour se retirer avec panache d'un combat mal engagé pour lui). Jacques Chaban-Delmas, qui a obtenu le 7 avril le soutien du comité central et des groupes parlementaires de l'UDR, est donc définitivement le candidat unique du parti gaulliste. Il obtient également le soutien du petit Centre démocratie et progrès de Jacques Duhamel le 9 avril (un comité directeur approuve ce soutien par contre 7 abstentions). Mais sa légitimité est minée par le trop-plein de candidatures déclarée au cours de la semaine. Parallèlement, selon "Le Monde", le patronat se divise aussi, les soutenant Giscard d'Estaing, et le candidat gaulliste. La publication le du « Manifeste des 43 », appel de quatre ministres et 39 parlementaires UDR ou proches de l'UDR, sape encore sa candidature. Au-delà de la langue de bois du texte, une chose est claire : celui-ci ne mentionne pas le nom de Chaban-Delmas et désavoue donc la candidature que les signataires sont supposés soutenir. Jacques Chirac avait demandé à Chaban-Delmas de retirer sa candidature après avoir consulté un rapport des renseignements généraux prédisant un échec, mais les historiens sont toujours divisés sur les intentions de la manœuvre. Dès lors, le cours de la campagne de Chaban se résume à une dégringolade continue dans les sondages. Les coups bas d'une partie de l'UDR n'expliquent peut-être pas tout : plusieurs commentateurs attribuent aussi son échec au choix stratégique d'une campagne axée sur des thèmes sociaux, qui effarouche la droite sans mordre sur l'électorat de François Mitterrand. Son programme présidentiel est une mise au goût du jour des idées développées lors de sa présence à l'hôtel Matignon. Il prêche de tribune en tribune les bienfaits de cette nouvelle société qui verrait se réconcilier patronat et travailleurs. Son « plan de de lutte contre la menace de crise et pour le progrès économique et social », présenté lors d'une conférence de presse le , s'appuie sur l'infléchissement du modèle de développement dans le sens d'une meilleure utilisation des ressources, la participation des partenaires sociaux aux responsabilités économiques, une politique vigoureuse des prix garantissant le pouvoir d'achat, une répartition juste de la charge fiscale ou l'amélioration des bas salaires. Chaban organise ce qui s'avérera une maladresse tactique. Il invite André Malraux à participer à son spot de campagne officielle. Celui-ci est très malade et l'apparition de ce vieil homme au visage secoué de tics qui tient un discours prophétique inintelligible où il invoque les mânes de Jules Ferry entache l'image de Chaban-Delmas. Enfin, l’affaire de sa « feuille d’impôt », dévoilée par "Le Canard enchaîné" en 1972, ne favorise pas le candidat gaulliste. Valéry Giscard d'Estaing (FNRI). Valéry Giscard d'Estaing, fréquemment désigné par ses initiales, « VGE », est depuis 1962 ministre de l’Économie et des Finances (avec une interruption de trois ans, entre 1966 et 1969). Il n’en demeure pas moins, avec ses , le plus jeune des trois candidats susceptibles de l’emporter. À l’origine, membre d’un parti de droite de tradition orléaniste, le CNIP d’Antoine Pinay, Giscard a quitté ce mouvement en 1962 lorsque celui-ci est entré en conflit avec le président Charles de Gaulle. En 1966, il peut néanmoins manifester sa différence par rapport au gaullisme le plus orthodoxe en proclamant : « Nous sommes l’élément centriste et européen de la majorité. » Sa formation politique, la Fédération nationale des républicains indépendants, devient d'ailleurs une force incontournable de la majorité, contrebalançant le poids de l'UDR dans la majorité. Osant se distinguer encore davantage en appelant à voter « non » au référendum du 27 avril 1969 et participant ainsi à la chute de De Gaulle, il n’en est pas moins ministre de tous les gouvernements sous la présidence Pompidou. Resté dans un silence décent pendant la période de deuil national, Giscard se lance en campagne le 8 avril. C’est de son fief provincial, la mairie de Chamalières (une petite ville de la banlieue de Clermont-Ferrand), qu’il en fait l’annonce en déclarant vouloir « regarder la France au fond des yeux ». Valéry Giscard d’Estaing est dès le début de sa campagne capable de fédérer derrière son nom la quasi-totalité des non-gaullistes de droite et de centre-droit (modérés du Centre démocrate de Jean Lecanuet). Il a désormais à faire campagne dans la situation "a priori" malaisée de ministre sortant en incarnant le renouveau sans pour autant renier l’héritage ; pour exprimer cette ambivalence, il réutilise un slogan qui avait déjà été celui de Georges Pompidou en 1969 : « Le changement dans la continuité ». C’est le 10 avril que le Centre démocrate apporte son soutien à la candidature giscardienne, à laquelle Jean Lecanuet s’est rallié sans hésitation (un conseil politique extraordinaire approuve cette décision à contre 84 et 7 abstentions). Du côté du minuscule Centre républicain, le parti centriste de Michel Durafour, on est également giscardien. En revanche le Centre national des indépendants et paysans d’Antoine Pinay, qui n’est plus que l’ombre de lui-même sous la direction de Camille Laurens, ne sera pas unanime à se ranger derrière son ancien membre, et adoptera une attitude variable d’un département à l’autre. Il reçoit également le soutien des membres de l'UDR hostiles à la candidature de Jacques Chaban-Delmas, tout particulièrement des signataires du « manifeste des 43 » menés par Jacques Chirac. Valéry Giscard d’Estaing mène une campagne d’image extrêmement cohérente jusqu’au second tour, sans jamais infléchir sa stratégie : viser au centre. Bien caractéristique de ce positionnement est cette citation de son discours du meeting de Nantes du : « La lutte est entre le centre et l’extrême-gauche ». Son programme est à coloration nettement sociale : priorité à l'aide aux personnes âgées, généralisation de l'assurance maladie, projet de loi sur les personnes handicapées, promotion de la femme et de la famille, association plus dynamique des travailleurs dans l'organisation de leur travail, meilleure information des cadres ou abaissement de l'âge de la retraite. Vis-à-vis de la candidature Chaban, la tactique est de l’ignorer. Aucun positionnement ne répond à ceux de son concurrent de la majorité. Dans la dernière semaine avant le premier tour, au vu des sondages qui lui assurent avoir vaincu ce premier obstacle, Valéry Giscard d’Estaing peut s’offrir le luxe de faire allusion à sa participation passée au « gouvernement Chaban-Delmas » comme si ce nom était celui d’un honorable retraité. Contre Mitterrand, il s’agit de jouer sur la différence de génération. L’idée force de la campagne, c’est qu’il s’agit d’un homme de la défunte Quatrième République ; on ironise donc sur « l’homme du passé ». Le thème naturel de l’anticommunisme, que les auditoires acquis des meetings aiment à entendre, ne sera utilisé que précautionneusement : ce sont les seconds rôles qui s’en chargent, Michel Poniatowski tout particulièrement, ou davantage encore les documents de campagne anonymes. Le candidat, qui doit apparaître comme un homme de rassemblement, se garde bien quant à lui de participer aux polémiques agressives. Ce qui importe avant tout, c’est de donner aux Français l’image personnelle d’un homme de tête et de cœur. Après cinq ans aux finances, le candidat a déjà forgé une image de technicien à l’intelligence supérieure ; il s’agit de capitaliser sur celle-ci en l’infléchissant pour apparaître plus humain. Pendant la campagne, VGE joue de l’accordéon ou au football, et c’est dans la même logique que les enfants du candidat sont utilisés dans la construction de l’image de leur père (Jacinte, âgée de treize ans, figure sur la grande affiche de campagne aux côtés de Valéry). Le candidat va aussi exploiter sa relative jeunesse : il est photographié aux commandes d’un hélicoptère, et même torse nu dans les vestiaires à l’issue de la petite démonstration footballistique. Enfin, dernier atout sur Mitterrand qu’il faut mettre en valeur, la reconnaissance internationale du candidat est mise en relief, quand bien même la politique étrangère est-elle presque absente des débats. Les photos des documents de campagne représentent le ministre-candidat aux côtés des grands de ce monde ; au meeting de Marseille du 27 avril deux phrases suffisent pour évoquer qu’il a fréquenté Richard Nixon, Léonid Brejnev, Konrad Adenauer et Willy Brandt. Une fois passé le premier tour, les petits candidats de droite et du centre, Jean Royer, Jean-Marie Le Pen et Émile Muller appellent tous sans réserve leurs électeurs à se reporter sur Valéry Giscard d’Estaing. Jacques Chaban-Delmas est un peu plus prudent verbalement dans un premier temps (il « confirme son opposition résolue à la candidature » de François Mitterrand), mais le 13 mai formalise plus nettement son appel à voter pour Valéry Giscard d’Estaing. On peut ajouter à ces soutiens celui désormais formalisé du CNIP et surtout celui du Parti radical « valoisien » de Jean-Jacques Servan-Schreiber qui abandonne le 14 mai sa posture attentiste et se range dans le camp giscardien (par 70 pour, 18 contre et 1 abstention). Aucune rupture de style entre les deux tours. Tout au plus le candidat de la droite met-il un peu plus en valeur le thème de la « sécurité », susceptible de séduire les derniers hésitants à droite sans effrayer le centre. Il rappelle aussi qu’il ne remettra en cause ni les institutions gaulliennes de la , ni la politique de défense. Mais ce n’est pas l’essentiel ; l’objectif reste le même : convaincre les derniers électeurs hésitants qu’il est un homme d’avenir face à l’homme du passé et de proposer aux Français un « changement sans risque ». François Mitterrand (Union de la gauche). Alors âgé de , François Mitterrand, député de la Nièvre, a déjà une longue expérience politique puisqu’il a été huit fois ministre et trois fois secrétaire d’État sous la Quatrième République, et qu’il a été le candidat unique de la Gauche à l’élection présidentielle de 1965, mettant en ballottage Charles de Gaulle. Depuis qu’il a pris le contrôle du nouveau parti socialiste au congrès d’Épinay en 1971 puis signé le Programme commun de gouvernement avec le Parti communiste français et le petit Mouvement des radicaux de gauche, il est le leader incontesté de la gauche parlementaire et sa candidature s’impose par elle-même. Pendant les jours qui suivent le décès du Président Pompidou, François Mitterrand, fin tacticien, est injoignable. Il sait que ses relations avec le Parti communiste seront exploitées par ses adversaires et il joue de son savoir-faire politicien pour donner l’image de la plus grande indépendance. Lorsque le 4 avril, il ne peut éviter de rencontrer brièvement le premier secrétaire du Parti communiste français Georges Marchais à l’Assemblée nationale, dans le bureau de Gaston Defferre, il refuse fermement d’entrer en pourparlers pour organiser son plan de campagne. S’ensuit une demande écrite du leader communiste de solenniser par une déclaration commune des trois partis de gauche sa candidature, à laquelle il prend soin de ne pas répondre tout en chargeant le numéro deux du Parti Pierre Mauroy de renvoyer une réponse dilatoire. Après avoir joué sur les nerfs de ses partenaires sans rien céder, François Mitterrand peut ainsi procéder au lancement de sa candidature en homme libre. Comme pour celle de Valéry Giscard d'Estaing, c'est le 8 avril que la candidature est mise sur orbite. Un congrès extraordinaire du Parti socialiste est réuni salle de la Mutualité à Paris ; il désigne François Mitterrand comme candidat à l’unanimité des 3748 mandats. Ce n’est que dans un second temps que les autres partis de l’Union de la gauche sont invités à soutenir cette candidature par une déclaration commune. Entre-temps la direction nationale du Parti socialiste unifié a décidé la veille 7 avril, comme le préconisait Michel Rocard, de se rallier à la candidature Mitterrand et de renoncer à présenter la candidature du syndicaliste Charles Piaget (à une majorité de contre 35 et une abstention). Enfin plusieurs syndicats professionnels apportent dans les jours qui suivent leur soutien à la candidature de François Mitterrand : en premier lieu la CGT et la CFDT, mais également la FEN et le MODEF. Contrairement à VGE, Mitterrand n’a donc pas d’adversaire à gérer dans son propre camp mais un partenaire, ce qui n’est pas forcément plus facile. Les relations avec le PCF semblent bonnes pendant la campagne. Il est entendu que la campagne des partis reste indépendante de celle du candidat ; les deux représentants du PCF, dont François Hincker, admis en observateurs au siège de campagne, tour Montparnasse n’ont pas de bureau, ne figurent pas sur l’organigramme, et on leur demande même de garder secrète leur présence. Lorsque le 16 avril Mitterrand annonce qu’en cas d’élection il choisira un Premier ministre socialiste, ses partenaires communistes se plaignent poliment de n’avoir pas été prévenus de sa déclaration, mais ne manifestent pas une excessive irritation. Dans sa conférence de presse du , il présente ses propositions qui sont la reprise des mesures annoncées par le programme commun de 1972 conjuguées à certains idéaux socialistes. La mise en œuvre de ce programme particulièrement vaste serait organisée en trois temps : d'abord, un plan de six mois autour de mesures économiques et sociales (l'échelle mobile des salaires, indexation de l'épargne sur les prix, relèvement du SMIC à ...) ; ensuite, un plan sur dix-huit mois destiné à lutter contre les causes structurelles des inégalités et de l'inflation (retraite à soixante ans, cinquième semaine de congés payés, réduction du temps de travail, restructuration industrielle, nationalisations, maîtrise du crédit...) ; enfin, un plan de cinq ans chargé d'adapter la société à de nouveaux concepts et droits (droit de vivre, temps de vivre). François Mitterrand prend la précaution de riposter aux attaques de la majorité présidentielle sortante en affirmant le maintien de la France dans l'Alliance Atlantique tout en prévoyant une « Charte des libertés », interdisant quiconque de lui jeter la liberté au visage. Tout comme Giscard, François Mitterrand est conscient que l’élection se jouera au centre et s’efforce donc d’attirer à lui cette frange de l’électorat. Il se réfère le moins possible au « Programme commun » qui lie les partis de l’Union de la Gauche et, comme d’ailleurs son principal adversaire, évite la démagogie et se garde bien de formuler des promesses trop précises quant aux décisions qu’il prendrait, une fois élu. L’équipe de François Mitterrand a fait appel à des sondeurs pour tester l’image du candidat et la perception des thèmes de campagne par l’opinion publique, et servir de base à l’élaboration de la stratégie. Pour le premier tour, conscient d’être en retard sur Giscard pour ce qui est de l’image, on choisira d’orienter tant que possible la campagne sur le terrain politique plutôt que personnel. Comme le principal adversaire est le ministre sortant de l’Économie et des Finances, on l’affaiblira en rappelant ses résultats, tout en se réfrénant des attaques contre sa personne : d’où l’importance donnée aux thèmes de la hausse des prix et des inégalités sociales. Pour le second tour, il y a quelques inflexions : pour séduire les modérés, les problèmes sociaux sont évoqués sous la thématique de la « paix sociale » plutôt que celle des inégalités ; pour séduire les gaullistes on met en avant le thème de l’« indépendance nationale ». On se préoccupe davantage de construire une image concurrençant celle de Giscard : comme ce dernier est mis en avant l’entourage familial. Enfin on se permet un peu plus d’agressivité envers le concurrent, dont il convient de casser l’image consensuelle en le présentant comme un « homme de la droite » dans ce qu’elle a de plus rétrograde. Ont été identifiées trois catégories d’électeurs parmi lesquelles une marge de progression existe, et qui devront être séduites en priorité : les personnes âgées, les cadres, les femmes. De son côté, Georges Marchais déclare le : . Le il ajoute que le Parti communiste ne demande pas de poste clé au potentiel futur gouvernement de gauche (Intérieur, Défense, Affaires étrangères). Cette précision renvoie à la situation politique de la Libération, lorsqu'en 1945 des ministres gaullistes et communistes travaillaient ensemble. Après le 5 mai, les petits candidats de la gauche et de l’écologie appellent tous les trois à soutenir François Mitterrand, en termes plus ou moins contournés mais sans ambiguïté : Arlette Laguiller déclare que « les voix de l’extrême-gauche font partie des voix de la gauche », René Dumont « choisit l’espoir en votant François Mitterrand, à titre personnel », Alain Krivine appelle à « battre la droite par tous les moyens ». Sur le papier, en supposant les reports parfaits, François Mitterrand dispose donc de 47,3 % des suffrages. Si les reports se font suffisamment mal à droite, la victoire est possible. Les évolutions individuelles de gaullistes, même marginaux, sont dès lors de première importance : on note donc avec intérêt le ralliement à François Mitterrand des anciens ministres Jean-Marcel Jeanneney et Edgard Pisani ou d’anciens de la Résistance comme Jacques Debû-Bridel et Romain Gary, ou l’appel à voter blanc lancé par le mouvement de jeunesse gaulliste, l’Union des jeunes pour le progrès. Un peu déçu semble-t-il à l’issue du premier tour, François Mitterrand, dans les derniers jours, commence à croire à la possibilité d’une victoire. Jean Royer (droite conservatrice). Le maire de Tours, par ailleurs ministre des Postes et Télécommunications dans le gouvernement Messmer est âgé de . Gaulliste convaincu sans être membre de l’UDR, il est connu des Français pour son combat inlassable contre la pornographie, un thème qui n’est pas marginal au début des années 1970 où prolifère soudain le cinéma érotique. Fameux pour ses arrêtés d’interdiction des films coquins dans sa bonne ville de Tours, Jean Royer l’est aussi pour son passage récent au ministère du Commerce et de l’Artisanat où il est à l’origine d’une loi qui porte son nom et qui limite le développement des grandes surfaces. C’est sur ces thèmes qu’il construit sa campagne ; il s’y ajoute celui de l’opposition catégorique à toute libéralisation de l’avortement. Avec un tel programme, il n’est pas surprenant que Jean Royer excite le sens de la formule des commentateurs : Franz-Olivier Giesbert y voit le « prophète solennel des boutiquiers et des dames de piété », le "Nouvel Observateur" un « Savonarole des boutiques », tandis que "Libération" décrit ainsi son positionnement : « Royer, c’est l’homme politique de Pierre Bellemare et de Michel Sardou, un président qui sent la frite ». Dès ses premières décisions, Jean Royer se distingue en ne faisant rien comme tout le monde, et ceci bien souvent parce que ces décisions sont autant d’erreurs grossières. Il commence par démissionner de son ministère (Valéry Giscard d’Estaing se garde bien d’en faire autant), estimant incompatible le statut de candidat et celui de ministre. Plus curieusement, il se refuse à toute déclaration avant le 19 avril date d’ouverture de la campagne officielle. La couleur de fond choisie pour son affiche de campagne est le marron foncé, et sa photo n’y figure pas. Le candidat, qui ne supporte pas l’avion, a loué un autorail de deux voitures et effectue ses déplacements à travers la France par ce moyen de transport ; de ce fait il ne peut de toute la campagne remettre les pieds à son quartier général, qu’il a eu de surcroît la fort peu judicieuse idée de baser à Tours et non à Paris comme tous ses concurrents. Enfin si les jeunes opposants à Jean Royer font tourner par leurs pitreries sa campagne à la pantalonnade, il n’est pas pour autant aidé par sa propre épouse dont l’interview sur Europe 1 contribue à rejeter sa candidature dans le registre du comique grivois. Hélas pour Jean Royer, ce qu’on va retenir de sa campagne, c’est surtout la perturbation de ses meetings par des opposants hilares, qui scandent « Royer, Pétain, même combat » et « Royer, puceau, le peuple aura ta peau ». Sans service d’ordre digne de ce nom, le candidat ne peut qu’encaisser et fait l’erreur de riposter vivement aux perturbateurs (ainsi à Nice : « Vous n’avez sans doute pas grand-chose à faire de la journée, vous n’avez rien inventé »), les excitant encore davantage. Le sommet est atteint au meeting de Toulouse du 25 avril où une jeune femme se dévêt et danse une demi-heure la poitrine nue, pour le plus grand bonheur des photographes de presse et des caméras de télévision. Le 27 avril à Lyon, Royer confirme ne pas retirer sa candidature mais explique qu’il renonce aux réunions publiques pour se rabattre sur la radio et la télévision et les réunions sur invitation. Son score est très décevant, le capital de sympathie dont il disposait dans les premiers sondages ayant fondu au fur et à mesure de sa désastreuse campagne : avec 3,2 % des suffrages exprimés, il n'est guère en mesure de peser sur le second tour. Arlette Laguiller (Lutte ouvrière). La jeune Arlette Laguiller n’est pas tout à fait inconnue du public, puisque sa formation politique Lutte ouvrière l’a promue « porte-parole » du parti aux législatives de 1973, lors desquelles elle a recueilli dans une circonscription du arrondissement de Paris 2,47 % des suffrages exprimés. Lorsque décède le président Pompidou, une grève initiée au Crédit lyonnais embrase le secteur bancaire depuis le . Permanente syndicale à Force ouvrière chargée de ce secteur, Arlette Laguiller est montée en ligne, s’opposant à la CGT, et s’est de nouveau trouvée sous les projecteurs des médias ; ainsi un reportage de "Paris Match" la compare-t-elle le 23 mars à un autre syndicaliste fameux : « On l’appelle la Piaget des banques en révolte ». Lorsque son parti la désigne pour le représenter à la candidature à la présidentielle, Arlette Laguiller est donc par ses actes en totale cohérence avec son discours : l’objectif d’une candidature est avant tout d’éveiller la conscience révolutionnaire de la classe ouvrière et son programme est d’abord de « donner une voix et un visage à tous ceux qui se taisent ». Si ses concurrents directs du Front communiste révolutionnaire peuvent fustiger dans "Rouge" son « électoralisme », le pari est réussi : son résultat électoral, 2,33 % des suffrages exprimés, est des plus réjouissants pour un parti jusqu’alors peu médiatique. Sans doute, comme les études des transferts de voix le montrent (un quart des électeurs d’Arlette Laguiller déclare se reporter sur Valéry Giscard d’Estaing au second tour), une partie non négligeable de son électorat a-t-il été motivé par la sympathie pour une femme du peuple et non par ses appels à la Révolution. Néanmoins, le parti trotskiste sait construire sur ce premier socle et « Arlette » mène cinq autres candidatures consécutives qui s’échelonnent jusqu’en 2007. René Dumont (écologiste). La nébuleuse écologiste, qui a vécu sous la présidence Pompidou une période d’intense développement, est bien déterminée à manifester sa vitalité dans cette élection. Après avoir envisagé plusieurs candidatures, c’est finalement René Dumont, un agronome renommé retraité de soixante-dix ans, qui porte les couleurs de l’écologie. Sa campagne iconoclaste est très remarquée, le candidat se distinguant par son aspect vestimentaire (un fameux pull rouge), ses déplacements à vélo, ses formules qui détonnent du discours politique traditionnel (« La voiture, ça pue, ça pollue et ça rend con… »). Son équipe sait inventer des « coups » médiatiques qui animent la très morne campagne officielle : le quartier général de campagne est installé sur un bateau-mouche, le candidat apporte à la télévision une pomme et un verre d’eau qu’il boit devant les téléspectateurs pour illustrer la crise écologique. Le résultat n’est pas à la hauteur des espoirs que l’intérêt du public et des médias pour sa campagne novatrice pouvait permettre de nourrir. Le score obtenu (1,3 % des suffrages exprimés) déçoit. Jean-Marie Le Pen (Front national). Jean-Marie Le Pen est le président du Front national, un parti créé en 1972. Cette candidature s'inscrit dans un contexte particulier au sein de l'extrême droite française. Le Front national sort en effet avec difficulté d'une scission particulièrement violente vidant le parti d'un certain nombre de ses cadres et militants qui accusent Jean-Marie Le Pen de manœuvrer son mouvement uniquement pour servir ses ambitions personnelles. Une fraction nationaliste-révolutionnaire menée par Alain Robert et Pascal Gauchon, et soutenue par François Brigneau (éditorialiste de "Minute)", se réorganise au sein du groupe Faire front (matrice du futur Parti des forces nouvelles) qui concurrence sérieusement le jeune Front national et mise sur le soutien à Valéry Giscard d’Estaing plutôt que sur une candidature Le Pen qui n'aurait aucune chance d'obtenir un résultat significatif. Outre l'absence du soutien du groupe Faire front, Jean-Marie Le Pen est lourdement handicapé par la très droitière candidature de Jean Royer (qui obtient lui-même le soutien de l'avocat Jacques Isorni et de l’association Pétain-Verdun, et est le candidat des cercles catholiques traditionalistes). Dans ces conditions, le candidat du Front national, qui se présente comme le seul candidat de droite, centre sa campagne sur la lutte contre le communisme et les grèves, contre l’avortement et pour la défense des retraités. Il obtient un score dérisoire (0,75 % des suffrages exprimés, à rapporter aux 5,27 % de Jean-Louis Tixier-Vignancour en 1965) : pour la droite nationaliste, les années 1970 sont une période difficile sur le plan électoral. Émile Muller (Mouvement démocrate socialiste de France). Au centre, presque toutes les tendances se sont rapprochées de l’un ou l’autre des trois candidats principaux : le Mouvement des radicaux de gauche de Robert Fabre adhère depuis 1972 au programme commun de la gauche et soutient donc François Mitterrand ; le Centre Démocratie et Progrès de Jacques Duhamel et Joseph Fontanet soutient Jacques Chaban-Delmas ; c’est Valéry Giscard d’Estaing qui a le mieux réussi dans les appels de pieds aux centristes, puisque le Centre démocrate de Jean Lecanuet et le Centre républicain de Michel Durafour se rallient aussitôt à sa candidature, tandis que le Parti radical « valoisien », dirigé par Jean-Jacques Servan-Schreiber, le favorise en sous-main en réservant toutefois la déclaration de son soutien formel à l’après premier tour. Seul le petit Mouvement démocrate socialiste de Max Lejeune et Émile Muller fait le choix de l’autonomie. C’est donc le maire de Mulhouse, Émile Muller qui représente à ce scrutin une alternative centriste en dehors de la bipolarisation politique droite-gauche. Se prévalant du soutien de Max Lejeune, député-maire d'Abbeville et ancien ministre, il espère mobiliser en sa faveur l'électorat centriste mêlé aux socialistes qui observent avec méfiance l'alliance du Parti socialiste avec les communistes. Son programme politique reprend de vieux thèmes chers aux sociaux-démocrates tels que l'encouragement d'une déconcentration et d'une décentralisation administratives ou l'union politique et économique de l'Europe. Peu connu des Français en dehors de son bastion mulhousien, Émile Muller mène une campagne assez terne et voit sanctionnée par les urnes sa stratégie d’autonomie, qui ne reçoit l’appui que de 0,69 % des votants. Alain Krivine (Front communiste révolutionnaire). L’extrême gauche trotskyste part divisée. Outre la candidature d’Arlette Laguiller déjà évoquée plus haut, Alain Krivine, le leader du Front communiste révolutionnaire est là pour proposer une alternative révolutionnaire. Son parti a d’abord envisagé le soutien à une « candidature de luttes » du syndicaliste autogestionnaire Charles Piaget puis, celle-ci ne se concrétisant pas, fait le choix de la candidature autonome en préférant finalement Alain Krivine malgré ses origines « bourgeoises » à l’ouvrier André Fichaut. Malgré la forte notoriété acquise par sa participation aux événements de mai 1968 puis sa candidature de 1969, son échec est retentissant : 0,36 % des suffrages, deux fois moins de voix qu’à la présidentielle précédente et surtout six fois moins que l’autre candidate trotskyste Arlette Laguiller. Enfin trois autres candidats se singularisent surtout pour avoir obtenu les trois scores les plus faibles de tous les temps à une élection présidentielle française au suffrage universel, tant en nombre de voix qu’en pourcentage des exprimés. Bertrand Renouvin (Nouvelle Action française). Candidat « à titre personnel », bien qu'il dirige la Nouvelle Action française depuis 1971, Bertrand Renouvin est, à , le benjamin des candidats. Son message lors de sa campagne insiste moins sur des thèmes habituels des milieux monarchistes que sur une réflexion sur l'indépendance de l'État vis-à-vis des partis et des puissances financières et la reconquête des libertés par les citoyens. Bien que n'ayant expressément sollicité aucun suffrage, il obtient 0,17 % des voix. Jean-Claude Sebag (Mouvement fédéraliste européen). Le mouvement fédéraliste européen fait son apparition, mais divisé. D'un côté, l'historique Mouvement fédéraliste européen, section française de l'Union des fédéralistes européens créée en 1948 pour défendre la construction d'un État fédéral en Europe et donc renforcer l'aspect supranational de la CEE, présente son secrétaire général, l'avocat Jean-Claude Sebag, qui ne recueille que (soit 0,16 % des suffrages) et arrive en avant-dernière position. Guy Héraud (« fédéraliste européen »). L'ancien président du Mouvement fédéraliste européen et professeur de droit public spécialisé dans la défense des minorités, cultures et langues régionales européennes, Guy Héraud, entre quant à lui dans la campagne sous l'étiquette « Parti fédéraliste européen ». Mêlant fédéralisme européen et régionalisme, la construction d'une Europe fédérale doit, pour lui, permettre le délitement de l'échelon national et donc l'émancipation et une forte autonomie des régions. Il arrive en dernière position avec , soit 0,08 % des voix, ce qui constitue à ce jour le score le plus bas jamais obtenu par un candidat à une élection présidentielle sous la Cinquième République. Candidatures n’ayant pas abouti. À ces douze candidats on doit ajouter un certain nombre de personnalités qui ont manifesté leur intention de concourir mais n’ont soit pas rempli les conditions juridiques exigées des candidats, soit manifesté leur intention dans le seul but de recueillir des « signatures » destinées à d'autre candidats ou possibles candidats. Il s'agit de : Péripéties. Divisions chez les gaullistes. Comme dit plus haut, le camp gaulliste n’est pas uni derrière Jacques Chaban-Delmas. Un groupe mené par Jacques Chirac, Pierre Juillet et Marie-France Garaud conspire pour torpiller sa candidature. Certains commentateurs, en premier lieu, attribuent des intentions malveillantes au ministre de l’Intérieur Jacques Chirac dans son choix des dates du scrutin. Alors que la législation électorale lui laissait le choix entre deux dates, il a proposé au conseil des ministres la plus tardive ; peut-être parce qu’il pense qu’une campagne longue est plus à même de voir s’effondrer les intentions de vote pour Chaban. En revanche, il ne fait guère de doute que les pressions de ce groupe ont concouru à l’épisode Messmer du 9 avril. Poussé par ses amis à assurer une relève pompidolienne, Pierre Messmer annonce dans la matinée l’éventualité de sa candidature dans des termes soigneusement pesés : Edgar Faure, qui a compris dès les premiers sondages qu’il va dans le mur, profite de l’occasion pour retirer sa candidature à ; Christian Fouchet fait savoir à qu’il maintient la sienne. La balle est alors dans le camp des deux principaux candidats. Jacques Chaban-Delmas rend visite au Premier ministre à l’hôtel Matignon vers quinze heures. L’entretien ne dure que trois minutes, le maire de Bordeaux se maintient. Après que son rival se fut ainsi prononcé, l’occasion est alors trop belle pour VGE de se donner l’image d’un candidat d’union : à , son secrétariat produit un communiqué rappelant qu’il est : La manœuvre a réussi, le ballon d’essai Messmer n’a rien changé, si ce n’est dans la perception des candidatures par l’opinion publique. Il ne reste plus au Premier ministre qu’à se retirer : Nouvelle attaque contre la candidature Chaban, le 13 avril en soirée est diffusé un appel dit « Manifeste des 43 » signé de quatre ministres (Jacques Chirac, Jean-Philippe Lecat, Jean Taittinger et Olivier Stirn), trente-trois parlementaires UDR et six parlementaires divers droite. Écrit dans un style particulièrement insipide, ce « manifeste » (qui sera publié le lendemain 14 avril, jour de Pâques, par le "Journal du dimanche") rappelle les principes de la philosophie politique gaullienne et salue la démarche de rassemblement de Pierre Messmer ; les signataires concluent ainsi : Le nom de Chaban-Delmas n’est nulle part cité. Les observateurs de la vie politique ne s’y trompent pas : c’est un coup de poignard dans le dos rédigé en termes diplomatiques, et une opération à peine camouflée de soutien à Valéry Giscard d’Estaing. À Beaune, Jean-Philippe Lecat ira jusqu’à fonder et présider simultanément deux comités de soutien, l'un à Chaban et l’autre à Giscard. Nouvelle manifestation du pouvoir de nuisance du ministère de l’Intérieur Jacques Chirac, France-Soir publie le 20 avril un sondage réalisé par les Renseignements Généraux qui montre VGE prendre une avance définitive sur Chaban. Une fois encore les observateurs ne s’y trompent pas : il doit y avoir du Chirac là derrière. Le 21 avril, Pierre Messmer reprend la parole pour préciser son soutien à la candidature Chaban en précisant agir « par discipline ». Position de l'Union soviétique. Alors que les États-Unis ont veillé à garder la plus stricte neutralité dans cette campagne, conscients que tout geste à l’appui ou en défaveur d’un candidat serait totalement contre-productif, l’ambassadeur d’Union soviétique à Paris, Stepan Tchervonenko, rend une visite très publique à Valéry Giscard d’Estaing le 7 mai, deux jours après le premier tour, sous le prétexte de faire avancer divers dossiers concernant la coopération économique franco-soviétique. Une première interprétation littérale de ce geste, celle par exemple de Philip Short, est d’y voir un soutien implicite de l’Union soviétique au candidat de la majorité qui reste en lice pour le second tour : une fois éliminé le gaulliste Chaban-Delmas, sans doute le candidat préféré de Moscou, on préférera Giscard à Mitterrand, soupçonné de trop d’atlantisme. Mais, réaction inattendue, le bureau politique du Parti communiste français publie dès le lendemain 8 mai un communiqué désapprouvant cette immixtion dans la campagne. On peut de fait s’interroger sur les motivations réelles de Stephan Tchervonenko ; sans d’ailleurs pouvoir exclure la simple gaffe (après tout le même Stephan Tchervonenko a déjeuné avec François Mitterrand dans les premiers jours d’avril), l’hypothèse d’un geste à l’intention des communistes français plutôt que de l’opinion publique, dans une période de relatives tensions entre le PCF et le PCUS ne peut être exclue. Dernier épisode le 17 mai où un fonctionnaire de second plan de l’ambassade soviétique réagit avec vivacité à des propos anticommunistes du lieutenant de VGE, Michel Poniatowski, propos qui avaient auparavant suscité une protestation du PCF. La presse couvre abondamment l’incident apparemment mineur ; il est vrai que l’ambassade s’est donné la peine de contacter téléphoniquement les rédactions pour leur souligner l’émission du communiqué. Selon la lecture des diplomates américains, il pourrait s’agir là d’une concession soviétique au mécontentement des communistes français, faite en geste d’apaisement des tensions suscitées par la visite du 7 mai. Débat télévisé du second tour. Le , les candidats au second tour acceptent, pour la première fois en France, de débattre à la télévision, sur le modèle des débats organisés aux États-Unis. Le débat est diffusé par l'ORTF et retransmis sur France Inter, ainsi que sur une douzaine de télévisions européennes et des radios périphériques. Il est suivi par de téléspectateurs. Les conditions du débat sont négociées par les équipes des candidats. Le format retenu privilégie un seul débat, d'une durée de deux heures, dans lequel les animateurs n'interviennent pas. Un tirage au sort préalable à la retransmission donne la parole en premier à Giscard d’Estaing, la conclusion revenant à François Mitterrand. Le débat est animé par les journalistes Alain Duhamel et Jacqueline Baudrier. Le choix des sujets appartient aux candidats et les journalistes n'interviennent que pour leur rappeler leurs temps de parole. L’émission s'oriente sur la politique du gouvernement alors que Valéry Giscard d'Estaing est ministre des Finances, ainsi que sur le programme commun de la gauche et l'intégration de ministres communistes dans le gouvernement, défendus par François Mitterrand. Valéry Giscard d'Estaing reproche à son adversaire d'être « l'homme du passé », en référence aux onze postes ministériels occupés par François Mitterrand sous la Quatrième République. Le débat est marqué par la petite phrase de Valéry Giscard d'Estaing sur le monopole du cœur. Certains commentateurs y voient une phrase déterminante du débat ; d'autres remarquent que Valéry Giscard d'Estaing a mieux su réagir aux propos de son adversaire par des mimiques, qu'il attirait l'attention par des phrases courtes, lui donnant un image plus vivante et plus réactive. François Mitterrand analyse ce débat dans son ouvrage "La Paille et le Grain". Un sondage Sofres réalisé le lendemain enregistre une légère hausse des intentions de vote pour Valéry Giscard d’Estaing, à 51,5 %, qui reviennent à 50 % dans les jours qui suivent. Vote en outre-mer. Les luttes d’influence pour contrôler les votes dans quelques territoires d’outre mer (Territoire des Afars et des Issas, Comores notamment) sont moins suivies des médias, mais les observateurs avertis savent bien que ces territoires peuvent être un enjeu essentiel dans un scrutin qui s’annonce serré. Dans "La Paille et le grain", publié en 1975, François Mitterrand pose crûment le problème : à Djibouti, Ali Aref contrôle , aux Comores Ahmed Abdallah Abderamane environ . S'il s'agit des allégations d’un candidat malheureux, les plus hautes autorités de l’État ont les mêmes inquiétudes : Alain Poher fait connaître en privé à plusieurs personnalités le souci que lui inspirent ces manœuvres. Jacques Foccart, avec un sens certain de l’ellipse, est assez transparent à ce sujet dans son journal : « Je vois Ahmed Abdallah, assez longuement. Pour les Comores, cela va marcher » (en date du 9 avril) ; « Je vois Pascal, qui s’occupe des questions de finances dans les DOM-TOM pour le compte de Chaban » (en date du 22 avril) ; on lit aussi la relation d’un coup de téléphone reçu de VGE le 8 mai au matin, suivi l’après-midi d’un rendez-vous au sujet des TOM avec Victor Chapot, trésorier de la FNRI, Foccart concluant la narration de sa journée en spécifiant que « c’est réglé » avec Aref et Abdallah. Mitterrand, pour sa part, prétend qu’Abdallah lui a directement rapporté avoir négocié en tête-à-tête avec Giscard d'Estaing l’apport des voix sous son contrôle en échange de l’indépendance des Comores. C’est dans ce contexte qu’on peut apprécier un incident à la limite du juridique et du politique. La Commission nationale de contrôle ayant décidé d’envoyer des observateurs outre-mer, il s’ensuit un conflit de compétences entre celle-ci et le Conseil constitutionnel, qui proteste contre cette initiative. Hors les trois territoires très sous-développés des Comores, des Afars et des Issas et de Wallis-et-Futuna, les résultats du second tour outre-mer ne divergent pas de façon patente de ceux de métropole et que François Mitterrand l’emporte même à La Réunion et en Polynésie française. En tout état de cause, ce ne sont pas les territoires d'outre-mer qui font la différence : même si les comportements pointés par ces quelques observateurs ont pu influer sur une centaine de milliers de voix, on est nettement en dessous de l’écart qui sépare "in fine" les deux candidats, et Valéry Giscard d’Estaing est également victorieux sur la seule France métropolitaine, de environ. Campagnes de Giscard et Mitterrand. Les observateurs notent en 1974 la pénétration des techniques issues de la publicité dans la conception des campagnes électorales. Cependant, les mêmes références étaient citées en 1965, notamment pour décrire la campagne de Jean Lecanuet. On est dans une logique de progression lente du marketing politique sur un long terme et il n’y a pas de rupture nette en 1974, sauf peut-être sur quelques points précis, notamment l’irruption remarquée des sondages dans la campagne. Locaux. L’équipe de Valéry Giscard d’Estaing s’installe dans un immeuble de bureaux, au 41, rue de la Bienfaisance, dans le arrondissement de Paris, non loin de l’église Saint-Augustin. Pour sa part, François Mitterrand jette son dévolu sur un étage de la tour Montparnasse, sur la rive gauche. Ces locaux avaient initialement été réservés par Edgar Faure, qui les a libérés en renonçant le 9 avril à sa candidature. Équipes de campagne. Du côté de l’équipe giscardienne, un rôle tout particulier est en premier lieu confié au ministre de la Santé Michel Poniatowski. Hors organigramme, il est le proche lieutenant du candidat, celui qui doit être consulté sur toutes les questions importantes. Au même niveau, le numéro un de l’équipe de la rue de la Bienfaisance est Michel d’Ornano, qui en dirige la réflexion politique assisté d’une équipe rapprochée de trois collaborateurs : Jacques Dominati (par ailleurs chargé de la campagne en région parisienne), Jean-Pierre Soisson (pour la campagne en province et outre-mer) et Roger Chinaud à l’organisation générale. Pour l’assister, une « cellule idées » est animée par Christian Bonnet et Jean Serisé, tandis que Lionel Stoléru s’occupe des sondages. Sur le plan de l’organisation matérielle, Roger Chinaud est spécifiquement chargé des réunions publiques. Trait remarquable de la campagne giscardienne, les services axés sur la communication sont confiés à des techniciens et non à des politiques : un service de relations avec la presse est dirigé par Maurice Dalinval, mais c’est surtout au niveau de la cellule de préparation des documents de propagande que VGE a fait un choix remarquable : c’est un publicitaire professionnel, Jacques Hintzy de l’agence Havas Conseil qui a la charge de ce secteur. En revanche, la tâche très politique du service d’ordre des réunions doit revenir à un homme de confiance. C’est Hubert Bassot qui en est responsable. Cet ancien de l’Algérie française sait utiliser les services des groupes de combat de l’extrême droite. La direction effective du service d’ordre est confiée à un ancien « dur » de l’OAS, Pierre Sergent qui, selon Jacques Berne, partagerait même le bureau de Michel d’Ornano. Les nervis qui veillent au grain dans les meetings se font remarquer par des violences dont la presse de gauche fait ses choux gras ; ainsi notamment dans les deux meetings bretons du : à Rennes un perturbateur doit être hospitalisé inconscient, à Brest un médecin en situation de handicap qui a pris verbalement la défense d’un perturbateur tabassé est lui-même roué de coups et jeté au sol depuis un escalier et doit être hospitalisé pour une quadruple fracture de l’avant-bras. "Le Figaro", qui il est vrai roule plutôt pour Chaban, écrit dans ses colonnes sous la plume de Patrice Delage : « L’extrême-droite assure la sécurité de M. Giscard d’Estaing et de ses meetings. Il fallait le dire ». Chez François Mitterrand, André Rousselet est chargé des finances et de la coordination générale épaulé par Georges Beauchamp à la coordination et Pierre Joxe au financement, de Georges Dayan aux contacts politiques, de Louis Mermaz à l’action départementale, de Charles Hernu aux relations avec les élus, de Jacques-Antoine Gau à celles avec les parlementaires, de Paul Legatte à la documentation, de Georges Fillioud aux contacts avec la presse. L’avocat Robert Badinter représente le candidat auprès de la Commission Nationale de Contrôle. Le poste sensible de la gestion des meetings et de leur service d’ordre échoit à Joseph Franceschi. Jean-Pierre Cot et Pierre Guidoni conduisent l’analyse politique. Pour la conception du matériel de propagande, François Mitterrand n’est pas allé aussi loin que Valéry Giscard d’Estaing et n’a pas fait appel à un professionnel du marketing politique ; toutefois il n’a pas lui non plus confié cette responsabilité à un politique, puisque c’est Claude Perdriel, le directeur général du "Nouvel Observateur" qui en a la tâche. Celui-ci a néanmoins à justifier ses choix auprès des « politiques » qui l’entourent et on lui laisse sans doute moins la bride libre qu’à son homologue du camp d’en face. Les partis ne sont pas représentés en tant que tels. Toutefois Claude Estier, formellement là pour représenter le journal "l'Unité", est de fait le contact auprès du Parti socialiste, tandis que deux représentants communistes (dont François Hincker) sont admis tour Montparnasse, mais sans bureau et hors organigramme. Enfin deux autres personnalités participent activement à la campagne également hors structures. Jacques Attali d’abord, sous le pseudonyme de Simon Ther, représente personnellement le candidat dans les négociations difficiles (avec le PSU, mais aussi pour prendre des contacts secrets avec le gouvernement allemand en vue de prévenir d’éventuelles spéculations contre le franc). Enfin un ami personnel du candidat, François de Grossouvre le suit « comme une ombre » et est pour lui « tout à la fois confident, garde du corps et médecin ». Slogans et « petites phrases ». Il y a d’abord les slogans brefs, ceux qu’on inscrit au-dessus des tribunes, et pour Giscard sur les tee-shirts. Pour François Mitterrand, c’est « Mitterrand Président » ; pour Valéry Giscard d'Estaing, c'est « Giscard à la barre », slogan inventé, selon les sources, par Anne d'Ornano ou par Jacques Hintzy et Louis de Funès. Puis il y a les slogans utilisés sur les affiches officielles. Au premier tour, on raconte une anecdote instructive sur la campagne de François Mitterrand : alors que Claude Perdriel a suggéré d’utiliser la formule percutante « Changez la France avec François Mitterrand », les politiques de la campagne le lui auraient refusé pour y préférer le lourd : « La seule idée de la droite, garder le pouvoir. Mon premier projet, vous le rendre ». Sur les affiches de VGE, on lit simplement : « Un vrai Président ». Au second tour, la coïncidence des slogans sur les affiches apposées côte-à-côte est presque cocasse : « Un Président pour tous les Français » pour Mitterrand voisine avec « Le Président de tous les Français » pour Giscard. Enfin sur le plan des « petites phrases », à long terme, c’est Giscard qui l’aura emporté, puisque deux de ses formulations restent longtemps dans la mémoire collective : le « regarder la France au fond des yeux » de sa déclaration de candidature et bien sûr le fameux « Monsieur Mitterrand, vous n'avez pas le monopole du cœur » du débat télévisé du second tour. Chacun ses fleurs. Pour Valéry Giscard d’Estaing, deux fleurs sont mises côte à côte pour évoquer le « changement dans la continuité » : le myosotis, symbole de fidélité, et le muguet, fleur du renouveau. Le , c’est Johnny Hallyday qui vient, devant les objectifs des photographes, offrir le muguet traditionnel à Anne-Aymone. D'autres personnalités du monde du spectacle soutiennent par ailleurs médiatiquement le candidat, notamment afin de casser son image de technocrate. Du côté de François Mitterrand, pas de surprise : la rose, emblème de son parti, est aussi l’emblème de sa campagne. À la fin de chacun de ses meetings, tandis que l'Internationale retentit, le candidat prend une rose et la brandit. Innovations : les tee-shirts de Giscard et les caravanes de Mitterrand. Un « gadget » inventé par l’équipe giscardienne a laissé un souvenir durable : les tee-shirts qui affichent le slogan « Giscard à la barre » et que portent ses jeunes partisans dans les meetings. Il n’y a pas que le menu fretin pour porter ces tee-shirts : Brigitte Bardot elle-même le revêt. Elle sera d’ailleurs priée par le président de son bureau de vote à Saint-Tropez d’aller se changer avant d’effectuer son devoir électoral… sous l’œil des photographes de presse. À gauche, pas d’innovations aussi mémorables. On s’essaie bien à lancer des « caravanes » sur le modèle de celles qui sillonnent les plages l’été à fins publicitaires, qui parcourent entre les deux tours les départements où les experts électoraux ont décelé des réserves de voix plus abondantes. L’une visite la côte Atlantique, l’autre les villes moyennes à une centaine de kilomètres de Paris. Plus remarquable est l’utilisation dans la campagne de Mitterrand d’un mailing, initiative novatrice à l’époque : pour appeler à dons, on prospecte spécifiquement les cadres supérieurs connus des fichiers détenus par le "Nouvel Observateur", que Claude Perdriel met à la disposition du candidat. Enfin on s’efforce d’accumuler les soutiens de personnalités célèbres. Il n’y a pas que Brigitte Bardot à être sollicitée pour une campagne. Comme jamais, les deux candidats du second tour ont cherché à rassembler des signatures de soutien, parmi les écrivains et les acteurs (pour Giscard Marcel Jouhandeau et Alain Delon, pour Mitterrand Vladimir Jankélévitch ou Françoise Sagan), mais aussi parmi le show-business (Stone et Charden ou Sylvie Vartan derrière Giscard, Serge Reggiani et Dalida avec Mitterrand). Budgets de campagne. Aucune information publique crédible n’est disponible sur ce sujet ; à cette époque l’essentiel du financement politique est occulte, et les quelques sources qui ont cherché à reconstituer le coût réel des campagnes obtiennent des résultats qui varient du tout au tout. Enfin à peu près rien n’est accessible au public qui permette d’analyser l’origine des recettes des candidats. Entre les deux tours, François Mitterrand publie un compte de campagne sommaire, qui ferait apparaître un budget inférieur à de francs. Même une observatrice qui ne fait pas mystère de sa sympathie pour ce candidat, Sylvie Colliard, ne peut être dupe ; elle estime pour sa part le coût réel de la campagne du candidat de la gauche à environ. Jacques Berne, qui a eu connaissance de cette estimation, évalue pour sa part le budget de VGE à peu près au double, soit à de francs. D’autres analystes ne voient pas le même ordre de grandeur : Jacques Gerstlé estime la campagne de chacun des finalistes du second tour à de francs ; c’est aussi l’estimation de l’hebdomadaire "Valeurs actuelles". Christian Garbar, qui a suivi la campagne bien plus réduite de Jean Royer a obtenu des collaborateurs de ce candidat une estimation du coût de celle-ci à de francs (et il laisse entendre qu’il y a là aussi une certaine sous-estimation) ; on a dès lors peine à juger vraisemblables les estimations modérées de Sylvie Colliard et même de Jacques Berne. Télévision. La télévision n’est plus une nouveauté, et tous les candidats savent bien que le choix de l’électeur dépendra pour une bonne part de leurs prestations dans la petite lucarne. Valéry Giscard d’Estaing semble toutefois davantage avoir misé sur ce média que son adversaire : il expose à son équipe de campagne ses priorités : « ce qui compte, c’est le style du candidat à la télévision ». Si le débat du second tour est un événement marquant de la campagne, les émissions de la campagne officielle eurent aussi de l'importance : tout en cultivant son image de « grosse tête », Valéry Giscard d’Estaing est le candidat qui a le mieux compris que la communication à une très large audience exige d’être simple pour être clair. Quoique parlant plus vite que François Mitterrand (115 mots à la minute contre 99) il n’utilise sur l’ensemble des émissions que différents, contre pour son adversaire. Cette étude a également noté la différence d’usage des pronoms entre les trois candidats principaux : chez Giscard c’est le « Je » qui domine (73 % des utilisations d’un pronom personnel), contre le « Vous » chez Chaban (49 %) et, de façon bien moins nette, le « Nous » pour Mitterrand (à 32 %). Du bon usage de sa famille. Là encore, c’est Valéry Giscard d’Estaing qui innove en choisissant d’exposer aux projecteurs ses quatre enfants, qui forment une pièce importante du système que monte l’équipe giscardienne pour construire l’image du candidat. Ainsi sa fille Jacinthe figure-t-elle à ses côtés sur l’une des grandes affiches de sa campagne tandis que l’aînée Valérie-Anne, étudiante à Sciences Po, est particulièrement active dans l’équipe de campagne et présente dans les pages photo des magazines. La jeune Jacinthe, qui n’a que treize ans, sera même présentée au public au meeting de Poitiers du 11 mai. François Mitterrand, semble-t-il, traîne un peu des pieds pour suivre la même voie. Il se résout après le premier tour à faire quelques concessions au nouveau goût du jour. Son épouse Danielle vient donc à ses côtés se présenter aux Français lors du premier spot de la campagne officielle pour le second tour, et c’est la photo en grand format de la famille Mitterrand, avec ses enfants Gilbert et Jean-Christophe posant devant la maison de campagne de Soustons qui occupe la place d’honneur en première page du document de campagne imprimé à plusieurs millions d’exemplaires pour le second tour. Aspects juridiques. L’élection présidentielle de 1974 donne lieu à un contentieux relativement peu abondant, et n’est pas à l’origine de décisions juridictionnelles notables. Elle offre néanmoins au Conseil constitutionnel l’occasion de réaffirmer sa compétence pour constater la vacance de la présidence de la République. Comme il l’avait fait à l’occasion de la démission du général de Gaulle, le Conseil se réunit et fait publier une déclaration. Le Conseil réaffirme en outre sa jurisprudence « Ducatel c/ Krivine » du et admet la recevabilité de réclamations dirigées contre la liste des candidats. Ainsi, dans une décision répondant à une réclamation du candidat maoïste André Roustan il réaffirme l’inéligibilité des faillis judiciaires ; il confirme par ailleurs sur réclamation du candidat régionaliste Robert Lafont que celui-ci n’a pas reçu cent présentations valides : parmi les cent quatorze signatures dont il se targue, dix-huit proviennent d’élus qui ont parrainé plusieurs candidats. Dans cette dernière décision, les commentateurs notent un léger infléchissement de jurisprudence : alors qu’en 1969 en cas de présentation multiple par un même signataire, le Conseil constitutionnel avait retenu la première présentation reçue, il considère désormais la totalité des présentations émanant d’un même élu comme nulles. Dans la même logique, le Conseil constitutionnel admet la recevabilité d’une réclamation de François Mitterrand contre la liste des symboles attribués aux candidats (il conteste l’attribution de la croix de Lorraine à Jacques Chaban-Delmas), tout en la rejetant sur le fond. Pour sa part, la Commission Nationale de Contrôle, outre ses interventions dans la campagne outre-mer, prend quelques initiatives dans le cadre de sa mission de contrôle de la campagne télévisée. Elle autorise le débat du second tour en direct (alors que les émissions de la campagne officielle sont en différé, et font l’objet d’un examen avant diffusion) ; dans le cadre de la campagne officielle, sans censurer strictement aucun message programmé par tel ou tel candidat, elle « recommande » à Arlette Laguiller de modifier une formulation sur la « domination coloniale » outre-mer ; elle refuse à Alain Krivine et à Guy Héraud la participation à leurs spots de personnalités n’ayant pas la nationalité française. Les décisions de proclamation des résultats des deux tours de scrutin évoluent aussi. Alors qu’en 1965 et 1969 le Conseil constitutionnel s’était borné à faire état de « rectifications d’erreurs matérielles » ou de « redressements jugé[s] nécessaires », il détaille désormais des « annulations » de suffrages, qui concernent deux bureaux au premier tour, et treize au second (cinq totalement, huit partiellement) en exposant par quelles irrégularités le scrutin a été vicié dans chacune des communes concernées. Enfin le Conseil prend une initiative plus singulière, qu’il répète à partir de 1988 à chaque scrutin présidentiel, et étend ensuite aux référendums et élections parlementaires : il rend publique une déclaration du (non publiée au "Journal Officiel" mais reprise dans le "Recueil des décisions" édité par le Conseil) où il suggère aux pouvoirs publics diverses réformes qui lui paraissent utiles pour garantir la régularité du scrutin. Si certaines sont techniques (l’obligation d’envoyer les signatures de présentation des candidats sur des « formulaires officiels »), l’une au moins est plus directement politique puisque le Conseil recommande d’augmenter le nombre de présentations requises pour autoriser une candidature. La plupart de ses suggestions seront suivies, par voie de révision constitutionnelle ou de loi organique, et à partir de 1981 ce seront cinq cents signatures d’élus qui seront nécessaires pour figurer sur la liste des candidats à l’élection présidentielle. Sondages. La banalisation des sondages est une des ruptures les plus marquantes de cette élection par rapport au passé. C’est presque quotidiennement que la presse publie des pronostics de résultats à l’intention de ses lecteurs-citoyens. Tant au premier tour qu’au second les prédictions se sont révélées très proches du verdict des urnes ; en conséquence la confiance en la scientificité et la fiabilité des sondages est forte à la sortie de la campagne et les commentateurs les utilisent sans émettre de doutes sur les éclairages qu’ils peuvent offrir. Certains journaux, notamment "Le Nouvel Observateur" tentent de briser la monotonie de ces listes de prévisions en publiant des sondages plus spécialisés. Pour cet hebdomadaire de gauche, la Sofres étudie les reports entre candidats d’un tour à l’autre, ou l’attitude des Français devant la campagne télévisée. Enfin, invisibles du public, d’autres sondages éclairent les candidats et les aident à affiner leur stratégie en fonction des réactions de l’électorat. Dans l’équipe Giscard, Lionel Stoléru gère une « cellule sondages » ; l’équipe Mitterrand commande deux études détaillées pour apprécier les atouts et les points faibles du candidat. Même Jean Royer, avec un budget de campagne d’un autre ordre, commande une étude pour construire son positionnement. Deux incidents impliquent le quotidien populaire "France-Soir". Le premier concerne la publication surprenante par ce journal, le 20 avril d’un sondage émanant des Renseignements généraux. Bien qu’il ne fasse pas état pour le premier tour d’une chute des intentions de vote pour Chaban significativement plus forte que ceux qu’on a pu lire les jours précédents, ce sondage marque un tournant : dans les estimations de second tour, il donne Mitterrand gagnant contre Chaban mais perdant contre Giscard. Plusieurs auteurs voient dans cette fuite bien opportune la patte de Jacques Chirac. Deuxième incident : la non-publication par "France-Soir "de son sondage du 17 mai, avant-veille du scrutin, dont les résultats auraient dû figurer dans l’édition du lendemain. Le Président du Sénat, Alain Poher, qui assure l’intérim de la Présidence de la République, prend l’initiative d’écrire personnellement au directeur général du quotidien, Henri Amouroux, pour lui demander de renoncer à cette publication en raison de l’influence qu’elle pourrait avoir sur la sincérité du scrutin. France-Soir défère à la demande du Président par intérim et ne publie les résultats de l’enquête qu’un an plus tard, le . Alain Poher avait tort de craindre une manipulation : le sondage prévoyait un match nul entre les deux candidats du second tour. Le rôle des sondages dans la campagne fait l’objet d’innombrables commentaires, le Conseil constitutionnel s’en fait l’écho dans sa « déclaration » du 24 mai et suggère l’instauration d’un « véritable statut de la pratique des sondages d’opinion en période électorale ». Une loi vient en 1977 donner suite à cette suggestion et encadrer désormais la publication de sondages électoraux dont la publication sera désormais interdite dans la semaine précédant chaque tour de scrutin. Reports des voix entre les deux tours. Ce sondage, publié par "Le Nouvel Observateur", est réalisé par la Sofres. Résultats. À l’issue du premier tour, François Mitterrand et les trois candidats d’extrême gauche et écologiste totalisent 47,3 % des suffrages, Valéry Giscard d'Estaing et les quatre candidats qui se désistent en sa faveur en réunissent 52,3 %. Selon Jean-Jacques Becker, la gauche est en léger recul par rapport à ses performances de l’élection législative de 1973. Plusieurs politologues se sont penchés sur les résultats détaillés et ont étudié les transferts de voix entre les deux tours. Lucien Boucharenc et Jean Charlot pensent pouvoir affirmer que les électeurs de droite de la législative de 1973 se sont abstenus à 13 % au premier tour de la présidentielle alors que ceux de gauche n’ont déserté les urnes qu’à raison de 4,5 %. Selon eux, la victoire de Giscard s’expliquerait par la mobilisation de cette réserve d’abstentionnistes : dans leur lecture, parmi le million de nouveaux électeurs venus participer au second tour en ayant négligé le premier, les deux tiers environ auraient choisi Valéry Giscard d’Estaing. Par d’autres méthodes, Alain Lancelot estime que parmi ces abstentionnistes repentis, il y en aurait cinq sur huit qui auraient choisi le président élu. Dans les deux cas de figure, les reports gaullistes auraient été suffisamment imparfaits pour que, sans ce renfort de dernière minute, on eût été extrêmement proche d’une victoire de François Mitterrand. Analyse géographique. Premier tour. Les rares succès de Jean Royer sont très localisés. Il parvient à obtenir 33,8 % des suffrages exprimés dans son fief d’Indre-et-Loire ; dans les départements voisins, les scores restent honorables, particulièrement dans les terres très catholiques de l’Anjou. Dans le reste de la France, il réalise des scores très faibles. En métropole, Jacques Chaban-Delmas ne dépasse Valéry Giscard d'Estaing que dans sa base électorale de Gironde et dans trois départements limitrophes : les Landes, la Dordogne et la Charente auxquels il faut ajouter la Corse (il est en revanche en tête des deux candidats de la majorité dans tous les départements et territoires d’outre-mer). Si on descend un peu plus bas dans les scores, jusqu’aux zones où il dépasse les 30 % des voix de droite, on distingue clairement d’une part le midi languedocien et d’autre part les régions situées au nord de Paris. En région parisienne ses meilleurs scores sont obtenus dans les banlieues populaires autour de Saint-Denis. Il n’est pas simple de savoir si on doit lire dans cette géographie le maintien d’un « noyau dur du gaullisme » ; ce qui est indéniable c’est que ces régions sont toutes des régions favorables à la gauche : sauf exceptions localisées, les endroits où le score de Chaban est honorable au premier tour, ce sont des endroits où François Mitterrand sera en tête au second tour. Les principales zones de vote pour Arlette Laguiller peuvent sembler surprenantes. Ce n’est pas du tout dans les départements ouvriers que la candidate de la classe ouvrière réalise ses meilleurs scores (sur les 19 départements où elle réalise des scores supérieurs à 3 % des exprimés, il n’y en a que 3 dans le tiers nord du pays), mais dans les zones rurales les plus dévitalisées, selon une grande tache qui recouvre le Massif central et en déborde sur les campagnes du Berry au nord, ou du midi toulousain au sud, se riant d’ailleurs des déterminismes politiques traditionnels de ces pays : ses deux meilleurs scores, elle les obtient dans la rouge Creuse (4,15 %) et dans le très conservateur Cantal (4,03 %). Enfin, les meilleurs scores réalisés par René Dumont sont en Île-de-France, en Rhône-Alpes (notamment en Isère et en Haute-Savoie), en Alsace et en Provence-Alpes-Côte d’Azur (Alpes-de-Haute-Provence et Hautes-Alpes notamment). Il obtient globalement des meilleurs scores dans les villes que dans les campagnes. Second tour. Au second tour, on retrouve une France divisée selon un schéma qui rejoint celui des élections de la Quatrième République : le Nord et le Sud sont favorables à la gauche l’Ouest et l’Est votent nettement à droite, tandis que le Massif central se divise entre les deux camps selon des traditions politiques départementales bien installées et l’agglomération parisienne répartit ses suffrages sur une base sociologique, les quartiers populaires votant à gauche et les quartiers bourgeois à droite. Le phénomène déjà constaté aux législatives de 1973 se poursuit : c’est la reconquête du Nord-Pas-de-Calais, de la Picardie et des Ardennes par la gauche. Le gaullisme avait nettement séduit ces départements ouvriers, le Parti socialiste et dans une moindre mesure son allié communiste bénéficient de son reflux. Deux tendances longues apparaissent moins directement, car les départements qu’elles concernent n’ont en général pas encore basculés, mais n’en sont pas moins très perceptibles si on compare les résultats du scrutin à ceux de la présidentielle de 1965, voire aux élections législatives de 1973. La première est la poursuite du recul de la gauche sur la côte méditerranéenne et en Provence, gigantesque si on se réfère à 1946 (jusqu’à -16 % dans le Var) mais qui est sensible en plusieurs départements (Bouches-du-Rhône, Pyrénées-Orientales, Corse) même en prenant 1973 pour référence. La seconde est au contraire la progression de la gauche dans les centres urbains de l’Ouest : si les cartes dressées à l’échelle départementale font encore apparaître une droite dominante presque partout dans cette région, les grands centres urbains de Nantes, Rennes, Caen votent de moins en moins comme les campagnes environnantes et la domination de la droite sur ces régions va être mise en cause à terme ; le basculement est déjà apparent dans la Seine-Maritime qui à partir de cette élection rentre durablement dans la famille des départements favorables à la gauche. Une autre clé d’analyse géographique des votes est la différenciation entre le vote urbain et le vote rural : Valéry Giscard d’Estaing l’emporte à 55 % dans les agglomérations de moins de , alors que sur celles de plus de (hors région parisienne) c’est Mitterrand qui est gagnant à 56 %. Sur l’ensemble de l’agglomération parisienne, les candidats sont à peu près à égalité. Analyse sociologique. Un sondage réalisé par la Sofres du 20 au détaille le profil sociologique des électeurs des candidats au second tour en fonction de la catégorie socio-professionnelle, de l'âge et de la pratique religieuse. Valéry Giscard d'Estaing recueille plus de 60 % des suffrages chez les agriculteurs, les cadres supérieurs, les commerçants et artisans, chez les catholiques pratiquant régulièrement et chez les plus de . Il obtient la majorité des suffrages chez les plus de . François Mitterrand obtient la majorité des suffrages chez les ouvriers, les employés et cadres moyens, ainsi que chez les moins de et chez toutes les personnes qui ne se définissent pas comme catholiques pratiquant régulièrement. Annexes. Bibliographie. Articles. Le périodique "Le Monde - Dossiers et documents" a consacré en 1974 un numéro à l’élection présidentielle qui venait de se dérouler.
Élection présidentielle française de 1981 L'élection présidentielle française de 1981, cinquième élection présidentielle de la République et quatrième au suffrage universel direct, se tient les et . Elle vise à élire le quatrième président de la République française pour un mandat de sept ans. Pour la première fois depuis l'établissement du suffrage universel pour cette élection, la présidentielle a lieu à l'issue d'un mandat complet du président sortant, Valéry Giscard d'Estaing. Durant sa présidence (1974-1981), celui-ci pâtit d'une politique économique impopulaire dans un contexte de crise induite par les deux chocs pétroliers, rompant avec les trente années de prospérité qui ont suivi la Libération. Bénéficiant cependant d'une cote d’opinions favorables élevée jusqu’à la fin de l’année 1980, il est longtemps donné réélu par les sondages. Ce scrutin est marqué par des affrontements virulents au sein de la majorité et de l’opposition. À droite, des tensions interviennent entre les partisans de Jacques Chirac, candidat gaulliste et président du Rassemblement pour la République (RPR), et Valéry Giscard d'Estaing, issu de la droite libérale. L'opposition est aussi divisée depuis la fin de l'Union de la gauche (1977), qui réunissait le Parti socialiste (PS), le Mouvement radical de gauche (MRG) et le Parti communiste français (PCF), et qui avait présenté une candidature commune lors de la précédente présidentielle ; au sein du PS, une forte rivalité apparaît également entre Michel Rocard, qui retire finalement sa candidature, et François Mitterrand. Au second tour, dans un contexte de légère hausse de l’abstention par rapport à 1974, François Mitterrand l’emporte avec 51,76 % des suffrages exprimés face au chef de l’État sortant. Cette victoire d'un candidat socialiste, une première sous la Cinquième République, met fin à de pouvoir de la droite, la plus longue période de continuité politique en France depuis l'Ancien Régime. C'est aussi la première fois dans l'histoire de la Cinquième République et l'élection présidentielle au suffrage universel direct, qu'un président de la République candidat à sa réélection est battu. Contexte. Politique étrangère. Au cours des années 1970, malgré le rang encore élevé de la France dans le classement des puissances mondiales ( industrielle, nucléaire), son importance et son influence diminuent. Durant le septennat de Valéry Giscard d'Estaing, les ministres des Affaires étrangères, simples exécutants issus du corps des diplomates (Jean Sauvagnargues, Louis de Guiringaud, Jean François-Poncet) ne réussissent pas à s'affirmer sur la scène internationale. Les objectifs du président dans le domaine de la politique étrangère ne concordent pas souvent avec la ligne politique des gaullistes, qui forment le plus gros contingent de la majorité. Aussi, la diplomatie française, qui ne tranche clairement ni dans un sens ni dans l'autre, est taxée d'ambiguïté durant cette période. Le président souhaite avant toute chose éviter la moindre manifestation d'agressivité dans les relations internationales et travailler à préserver la paix. Son mandat se déroule dans un contexte où le camp soviétique semble offensif et l'équilibre des forces menacé, ce que l'on a appelé la « Guerre fraîche » : intervention cubaine en Angola, coup d'État communiste en Éthiopie, invasion de l'Afghanistan, influence renforcée dans plusieurs pays africains et moyen-orientaux, crise des euromissiles, etc., sans oublier la Révolution iranienne, également hostile envers les Occidentaux. Aux États-Unis, le président démocrate Jimmy Carter est accusé de laxisme, ce qui contribue largement à l'élection de son adversaire, le conservateur Ronald Reagan en novembre 1980. L'attitude diplomatique de Valéry Giscard d'Estaing vis-à-vis de l'URSS est conciliante, ainsi, en 1975, il va jusqu'à déposer une gerbe au mausolée de Lénine à Moscou, ou rencontre Léonid Brejnev à Varsovie le 19 mai 1980, en dépit de la condamnation internationale de l'intervention soviétique en Afghanistan. Cela lui vaut de vives critiques, en particulier de la droite gaulliste, qui marque également son profond désaccord vis-à-vis de la politique de défense et de dissuasion nucléaire. La Communauté économique européenne, ancêtre de l'Union européenne, continue de se construire et de s'élargir. Le Royaume-Uni, auparavant empêché par les réticences gaulliennes, a rejoint la Communauté avec l'Irlande et le Danemark en 1973. Le janvier 1981, c'est au tour de la Grèce. Les premières élections européennes ont lieu en 1979, mais bien qu'étant la première manifestation d'expression démocratique de l'Europe politique, elles ne suscitent que peu d'intérêt. Simone Veil, giscardienne et ancienne ministre de la Santé, est élue présidente du Parlement européen. Le président français manifeste ses affinités avec le chancelier allemand social-démocrate Helmut Schmidt, mais il n'en est pas de même avec le Premier ministre britannique, la conservatrice Margaret Thatcher, partisane du libéralisme économique. Valéry Giscard d'Estaing nourrit un profond intérêt pour l'Afrique et écarte Jacques Foccart, conseiller pour les affaires africaines de De Gaulle et Pompidou. Sa politique mêle interventions militaires (contre le Front Polisario en 1977, à Kolwezi en 1978, contre Bokassa en 1979, contre une incursion libyenne à Gafsa en 1980) et gestion confuse de certains problèmes (maintien de la souveraineté française sur Mayotte lors de l'indépendance des Comores, prise d'otage de Françoise Claustre et ingérence libyenne au Tchad). Au Moyen-Orient, la politique étrangère de Valéry Giscard d'Estaing est nettement favorable aux pays arabes et à la cause palestinienne, comme en témoigne l'autorisation d'ouverture d'un bureau de l'OLP à Paris en 1975. Cela a été interprété comme une stratégie pour préserver les intérêts économiques de la France dans la région. Économie. Crise économique. La période de forte croissance économique des Trente Glorieuses s'achève avec les conséquences du choc pétrolier de 1973 provoqué par la guerre du Kippour. Cependant, plusieurs économistes, dont le Premier ministre Raymond Barre, signalent que la hausse vertigineuse du baril de pétrole ne suffit à elle seule à expliquer la crise économique qui touche les pays occidentaux. Celle-ci est causée également par la dérégulation du système monétaire international, consécutive à la fin de la convertibilité dollar/or décidée par le président américain Richard Nixon en 1971, et confirmée lors des accords de la Jamaïque en 1976. En 1974, l'inflation en France commence à prendre de l'ampleur (18,8 % au premier trimestre). Le gouvernement est alors face à un problème presque insoluble : réduire l'inflation, sans compromettre la croissance et donc le taux d'emploi. En tant que ministre de l'Économie et des Finances sous Pompidou, Valéry Giscard d'Estaing a déjà, depuis le début des années 1970, agi sur l'un et l'autre levier alternativement, sans réelle ligne directrice. Lorsque ce dernier est élu président de la République, la politique économique est d'abord menée, dans le gouvernement de Jacques Chirac, entre 1974 et 1976, par le ministre Jean-Pierre Fourcade. Le plan de réduction de l'inflation alors mis en place (hausse des taux d'intérêt, économies budgétaires et énergétiques, remboursement des crédits de la Banque de France, etc.) a comme effets secondaires le ralentissement de la croissance, la baisse de la production industrielle, et une forte poussée du chômage, qui double pratiquement en un an, le chiffre symbolique du million de chercheurs d'emploi étant dépassé en 1975. Les jeunes et les régions industrialisées du Nord-Est et du Sud-Est sont particulièrement touchés par cette conjoncture. Pour autant, l'inflation, accompagnée par la hausse des salaires, reste à un niveau élevé, ce qui marque, en France, le début d'une période de stagflation. Les mouvements sociaux se multiplient, notamment à cause des préoccupations liées à l'emploi. Un plan de relance par la dépense publique est lancé fin 1975. La reprise économique se confirme, mais elle s'essouffle dès l'été 1976. En outre, la situation de l'emploi ne s'est pas améliorée, et la balance commerciale ne cesse de se dégrader, en grande partie à cause des importations énergétiques, et de la faiblesse du franc, malmené sur le marché des devises. La crise s'avère en fait plus sérieuse et plus complexe que prévu. La nomination de Raymond Barre en remplacement de Jacques Chirac, en août 1976, souligne la volonté du président de faire de la réponse à la crise économique la priorité du gouvernement. Novice en politique mais économiste réputé, le nouveau Premier ministre cumule le poste de ministre de l'Économie, et fixe comme objectif principal la lutte contre l'inflation et la stabilisation de la monnaie. Son plan, préparé en concertation avec les organisations syndicales, comprend des mesures de rigueur budgétaire, avec entre autres l'augmentation des impôts et l'instauration de nouvelles taxes comme l'impôt-sécheresse ou la vignette automobile. En butte à l'hostilité de l'opinion publique vis-à-vis de sa politique, qui suscite d'importantes manifestations et des critiques tant de l'opposition que des gaullistes réunis autour de Jacques Chirac, Raymond Barre adopte de nouvelles mesures en contradiction avec son propre plan. Cependant, en 1977, les indicateurs du chômage, de l'inflation et de la balance commerciale sont encourageants, même si la situation est encore fragile. Tournant libéral et second choc pétrolier. Après la victoire serrée de la droite aux législatives de 1978, Raymond Barre engage des réformes économiques plus profondes et d'orientation libérale, posant la libre concurrence comme un principe essentiel, allant de pair avec l'abandon progressif des dispositifs protectionnistes. Le nouveau ministre de l'Économie, René Monory, doit superviser la suppression du contrôle des prix. Sans mésestimer les risques d'inflation immédiats, Raymond Barre pense que sa politique ira dans le sens inverse à long terme. Dans le même temps, il cherche à assainir la gestion des entreprises publiques et à restaurer l'épargne des ménages. Début 1979, le deuxième choc pétrolier et la révolution iranienne font à nouveau flamber le cours du pétrole, et à nouveau, les indicateurs économiques de la France sont dans le rouge. Raymond Barre prétend que ses réformes ont permis d'amortir le choc, ce que conteste l'opposition, qui considère que le Premier ministre a une excuse toute trouvée pour masquer ses mauvais résultats, en particulier dans le domaine social. De fait, si les résultats de la politique gouvernementale sont positifs quoique fragiles pour les chiffres de la croissance ou des taux de change, la situation de l'emploi a continué à se dégrader, et le nombre de chômeurs a dépassé la barre des à la fin de l'année 1979. De plus, le pouvoir d'achat commence, pour la première fois, à baisser, le déficit de la sécurité sociale devient inquiétant, et l'industrie sidérurgique connaît un déclin brutal. En dépit de ce contexte maussade, plusieurs secteurs et réalisations témoignent de la force de l'économie française : Airbus, le programme spatial Ariane, le téléphone, l'informatique, et aussi l'industrie nucléaire, dont le programme a été intensifié lors du septennat de Valéry Giscard d'Estaing, malgré la contestation que celle-ci génère. L'année 1980 est une année particulièrement noire pour l'économie française, et le gouvernement semble impuissant. L'inflation reprend de plus belle, la production industrielle baisse, la croissance est faible et le déficit commercial a quintuplé, en grande partie à cause de la facture pétrolière qui a plus que doublé. La France compte désormais , soit 7,3 % de sa population active, quatre fois plus que sept ans auparavant. À quelques mois de l'élection, le bilan du président est sérieusement entaché par un septennat de crise économique. Société. Au cours des années 1970, la mutation socioculturelle de la France se poursuit. Pour le sociologue Henri Mendras, la période entre le milieu des années 1960 et le milieu des années 1980 est celle d'une « Seconde Révolution française ». La pratique religieuse a nettement reculé, de même que l'influence des régions rurales. Le salariat a progressé et la France s'est urbanisée. Autant d'évolutions qui sont interprétées comme des facteurs explicatifs de la progression de la gauche au cours des années 1970. Au fil des élections, cela est particulièrement visible en Bretagne et dans les agglomérations du Grand Ouest par exemple. Toutefois, ce type de constat doit être relativisé, car ces transformations de la société française étaient déjà enclenchées du temps de la présidence de Charles de Gaulle. Tenant compte des évolutions structurelles de la société française, et conformément à son appartenance au courant libéral de la droite, Valéry Giscard d'Estaing, une fois élu président de la République, s'attache à mettre l'accent sur les réformes sociétales plus que sur les réformes économiques. Ainsi, en 1974, l'âge de la majorité civile a été abaissé à . La même année, l'avortement a été légalisé par la loi Veil, grâce à une coalition de députés de droite et de gauche, et malgré l'opposition particulièrement virulente de députés appartenant à la majorité. En 1975, une loi facilitant la procédure de divorce est adoptée. Malgré la réforme de l'ORTF en 1974, l'audiovisuel est toujours sous la coupe de l'État, et l'expression de la parole du gouvernement y est toujours prioritaire. Vis-à-vis de la jeunesse, le président doit faire face à une agitation étudiante incessante jusqu'en 1978, animée entre autres par les situationnistes. Le ministre de l'Éducation René Haby, qui promulgue en 1975 une loi instaurant le collège unique, a des projets ambitieux, mais devant l'opposition des syndicats, toute velléité réformatrice du système scolaire est abandonnée à partir de 1978. Dans l'enseignement supérieur, par contre, à la fin du septennat, la ministre des Universités, Alice Saunier-Seïté, ne craint pas d'exercer une gestion autoritaire, cherche à remettre en cause l'héritage de Mai 68 (notamment la réforme de la loi Faure) et n'hésite pas à faire raser, en 1980, le symbole de la contestation qu'était l'université de Vincennes, déplacée à Saint-Denis. Dans le domaine des réformes économiques et sociales, le bilan de la présidence de Valéry Giscard d'Estaing est très faible. Le projet de taxation des plus-values des transactions immobilières, critiqué par la gauche et la droite gaulliste, n'est plus qu'une coquille vide lorsqu'il est adopté en 1976. Le projet de grande réforme de l'entreprise visant à améliorer les rapports entre patrons et salariés est quant à lui abandonné, après avoir suscité des réactions hostiles, mitigées ou indifférentes. Politique. Majorité de droite déchirée. De l'alliance Giscard-Chirac à la création du RPR et de l'UDF. Lorsqu'il a remporté l'élection présidentielle de 1974, Valéry Giscard d'Estaing a nommé comme Premier ministre le gaulliste Jacques Chirac, ministre de Pompidou qui avait apporté son soutien au premier tour, avec celui de et ministres, aux dépens du candidat de l'UDR Jacques Chaban-Delmas, pourtant du même parti. Les gaullistes dominent la majorité de droite à l'Assemblée nationale, alors que le nouveau président est issu d'un groupe minoritaire, les Républicains indépendants. Jacques Chirac est jugé moins susceptible que les barons du gaullisme de faire de l'ombre au président et de permettre à ce dernier d'envisager l'allégeance progressive de l'UDR. Néanmoins, la rupture est consommée le 25 août 1976, lorsque Jacques Chirac remet sa démission, déclarant ne pas avoir les moyens nécessaires pour assumer ses fonctions. Durant les deux années précédentes, le rôle du Premier ministre a été minimisé par le chef de l'État, qui a eu tendance à le court-circuiter en s'adressant directement aux ministres, y compris dans les domaines de la politique économique et sociale. En 1976, Valéry Giscard d'Estaing formule son projet politique dans un livre intitulé "Démocratie française", une première pour un président de la République en exercice. On y retrouve son désir de dépassionner la politique et de gommer les conflits internes de la société française (autrement dit la lutte des classes) en s'appuyant sur les classes moyennes, une philosophie assez éloignée de la conception combative des gaullistes qui dénoncent une dérive « libérale, centriste et européenne ». Les divergences de fond avec l'UDR sont autant de bâtons dans les roues de la politique gouvernementale, d'autant plus que Jacques Chirac a pris la tête de l'UDR dès décembre 1974 (là aussi une première pour un Premier ministre en exercice). Raymond Barre, nommé à la tête du gouvernement en 1976, n'a pas d'attaches politiques marquées et exprime une stricte loyauté envers le Président, ce qui l'aide à devenir l'un des Premiers ministres les plus endurants puisqu'il ne quitte sa fonction qu'au terme du septennat de Valéry Giscard d'Estaing en 1981. Redevenu député de Corrèze, Jacques Chirac, guidé par Pierre Juillet et Marie-France Garaud (anciens conseillers du président Pompidou), entend redonner un souffle nouveau au mouvement gaulliste. Le 3 octobre 1976, il lance un appel à Égletons pour un rassemblement de la majorité et des Français autour de sa personne. Sa concrétisation sera la réunion, le 5 décembre à Paris, de , qui assisteront à la création du Rassemblement pour la République (RPR), successeur de l'UDR. En réaction, Valéry Giscard d'Estaing décide de se doter de sa propre formation politique de masse. Jusqu'à présent sa base politique reposait sur le groupe parlementaire des Républicains indépendants, simple force d'appoint pour la droite, et sur un réseau de clubs politiques qui avaient appuyé sa candidature en 1974. En avril 1977, le Parti républicain (PR) est créé pour soutenir l'action du Président, avec à sa tête Jean-Pierre Soisson. Des relations sont établies avec le Centre des démocrates sociaux (CDS), parti centriste de Jean Lecanuet, et avec le Parti radical (dit valoisien) de Jean-Jacques Servan-Schreiber. Elles aboutissent à la création le février 1978 de l'Union pour la démocratie française (UDF), coalition qui reprend le titre de l'ouvrage de Valéry Giscard d'Estaing et devient un véritable parti politique à structure fédérale après les élections législatives de cette année-là. De la bataille de Paris à l'appel de Cochin. L'opposition entre le président Valéry Giscard d'Estaing et son ancien Premier ministre Jacques Chirac déchire la droite lors des élections municipales de 1977, particulièrement au cours de ce que l'on a appelé la « bataille de Paris ». Cette année-là, pour la première fois depuis 1871, les Parisiens élisent leur maire. Cette fonction avait été supprimée pour ne pas donner à son détenteur un poids disproportionné dans la politique nationale, étant donné l'importance de la capitale dans un pays centralisé comme la France. Michel d'Ornano, ministre de l'Industrie, se porte candidat, adoubé par le Président. Jacques Chirac, bien qu'élu en Corrèze, se présente également au nom du RPR. Le combat électoral parisien entre les deux composantes de la droite est féroce et éclipse les autres élections municipales qui voient une progression de la gauche. Jacques Chirac l'emporte nettement au second tour. La virulence de la campagne au sein de la droite laisse envisager une rupture irrévocable : néanmoins, les élus des listes d'Ornano votent pour Jacques Chirac au conseil municipal. En devenant maire de Paris, ce dernier s'empare d'un bastion renforçant sa stature nationale et servant ses plus hautes ambitions politiques. Les dissensions de la droite sont mises de côté pour les élections législatives de 1978. Une série de réunions, à l'été 1977, entre les dirigeants du RPR, du CDS et du PR, aboutit à un accord sur les procédures de désignation de candidatures uniques ou au minimum de désistement au second tour. La création de l'UDF en février 1978, le mois précédant le scrutin, tend cependant encore un peu plus les relations entre le président et Jacques Chirac, car, en regroupant les autres composantes de la majorité, elle tend à diminuer le résultat du RPR. L'union de la majorité apparait d'autant plus clairement comme une alliance de circonstance. Ces élections confirment l'existence au sein de la droite de deux forces à peu près équivalentes, avec un léger avantage pour le RPR, au moins en nombre de députés, mais la perte de son hégémonie à droite ressemble plutôt à un revers. Elles réussissent à suffisamment s'entendre pour ne pas perdre ces élections, remportant sur 491 à l'Assemblée nationale. Ce succès est tempéré par le constat, via une série de sondages, que les divergences au sein de la majorité sont globalement perçues par l'opinion publique comme des querelles d'ambitions personnelles, ne reposant pas sur des différences de fond, et laissent une très mauvaise impression, à plus forte raison en temps de crise. Le plus souvent, le vote de droite n'est pas un vote d'adhésion au programme, mais un vote de rejet de la gauche. Les élections européennes de 1979 sont de nouveau l'occasion de révéler la ligne de fracture à l'intérieur de la majorité. Le 6 décembre 1978, depuis l'hôpital Cochin où il a été admis à la suite d'un accident de voiture, Jacques Chirac lance un appel aux accents nationalistes, implicitement très critique envers le Président, baptisé « appel de Cochin ». Dans ce texte, rédigé par son conseiller Pierre Juillet, le président du RPR met en garde contre « l'asservissement » et « l'effacement » de la France, et contre « le parti de l'étranger ». En juin 1979, la liste UDF menée par Simone Veil (27,61 %) devance largement la liste RPR conduite par Jacques Chirac (16,31 %). Prenant acte de l'inefficacité voire de l'effet contre-productif de l'appel de Cochin, le maire de Paris se sépare alors de ses conseillers et mentors Pierre Juillet et Marie-France Garaud. Il s'entoure d'une nouvelle équipe, comprenant notamment Alain Juppé et Jean Tiberi. Jusqu'à l'élection présidentielle, le RPR maintient une ligne hostile vis-à-vis du président sans pour autant se désolidariser complètement de l'action de son gouvernement. Quant à l'UDF, l'organisation de sa structure est un succès, mais manque de contenu politique clair. L'adoption du budget de l'État pour 1980 est un autre point de tensions très important au sein de la majorité présidentielle. Opposition de gauche unie puis désunie. Du succès de la stratégie mitterrandienne à la rupture de l'Union de la gauche. Au Parti socialiste, la position de François Mitterrand, premier secrétaire depuis 1971, a été relativement affaiblie par la double défaite de la gauche, à l'élection présidentielle en 1974, et aux élections législatives de 1978, perdues les deux fois d'extrême justesse. Il est surtout contesté en interne, en particulier par Michel Rocard, qui obtient des sondages beaucoup plus favorable dès le printemps 1980, en vue de l'élection présidentielle. François Mitterrand conserve cependant la maîtrise du parti, bien qu'il puisse sembler, à bien des égards, être un « homme du passé », comme le lui avait cruellement reproché Valéry Giscard d'Estaing lors du débat télévisé de la présidentielle en 1974. Candidat battu en 1965 et en 1974, plusieurs fois ministre important sous la République, qualifié de manipulateur « florentin » par ses adversaires, sa carrière politique a failli être définitivement compromise lors de l'affaire de l'Observatoire en 1959, et par sa déclaration de candidature prématurée lors des événements de mai 1968. À force d'opiniâtreté et grâce à son habileté de stratège, il a néanmoins réussi à s'imposer comme chef de file de la gauche. D'abord en s'affirmant comme principal opposant au général De Gaulle en 1965. Ensuite, en prenant le contrôle du Parti socialiste, au cours du congrès d'Épinay en 1971, en s'appuyant à la fois sur l'aile droite (motion Mauroy/Gaston Defferre) et l'aile gauche (motion Chevènement) du parti. L'année suivante, l'Union de la gauche, stratégie poursuivie par Mitterrand depuis le début des années 1960, se concrétise avec l'adoption d'un programme commun de gouvernement par le Parti socialiste, le Parti communiste français, et le Mouvement des radicaux de gauche, portant notamment sur les nationalisations, la réduction du temps de travail et le désarmement nucléaire. Après la défaite de justesse de François Mitterrand à l'Élection présidentielle française de 1974, la dynamique électorale du PS lui permet de devancer, de très peu aussi, les communistes lors des législatives de 1978, alors que le PCF était encore devant le PS en nombre d'électeurs lors des législatives de 1973. La percée du Parti socialiste est spectaculaire lors des élections municipales de 1977. Tandis que le PS progresse, le PCF stagne et dès 1977, lors de la rupture de l'Union, il craint de devenir une force d'appoint. La qualité des relations entre les deux principaux partis de l'Union de la gauche est alors fortement tributaire du contexte international. La tentative avortée de prendre le pouvoir par la force des communistes au Portugal en 1975, après la Révolution des Œillets, alors que ce sont les socialistes qui sont au pouvoir, ne contribue pas, solidarité entre « partis frères » oblige, à créer un climat serein. Cependant, vis-à-vis du « grand frère » soviétique, le secrétaire général du PCF Georges Marchais prend ses distances, dans le sillage du courant eurocommuniste, principe d'autonomie par rapport à Moscou, développé en premier lieu par les communistes italiens et espagnols. Ainsi, des dirigeants communistes français dénoncent les atteintes aux droits de l'homme en URSS ou se désolidarisent de la politique internationale menée par le Kremlin. Georges Marchais ne peut cependant ignorer le recadrage des dirigeants de l'Union soviétique, qui jouit encore d'une grande popularité parmi les militants et les cadres du PCF, et rentre dans le rang en 1977. Sans oublier que le Parti communiste français bénéficie d'un soutien financier de la part du PCUS, estimé à deux millions de dollars par an du temps de Brejnev. La rupture entre les deux partis est consommée lors de la renégociation du programme commun en 1977. Celle-ci a été réclamée, en avril, par Georges Marchais, qui souhaite diminuer les attributions du président de la République et aller plus loin dans les nationalisations, tout en renforçant le rôle des syndicats dans les entreprises publiques. Cela reviendrait, en cas d'arrivée au pouvoir de la gauche, à un amoindrissement du pouvoir politique des socialistes (seuls à pouvoir prétendre parvenir à la tête de l'État), et à la création d'un moyen de contrôle économique pour les communistes (via la CGT procommuniste). Les socialistes, a contrario, estiment nécessaire de limiter les ambitions en temps de crise, et souhaitent élargir leur électorat vers le centre. Dans le courant de l'été, des représentants du PS, du PCF et du MRG tentent, au cours de négociations très pointilleuses, de parvenir à un compromis. Ils finissent par trouver un accord, mais, le 3 août, revenant de ses vacances en Corse, Georges Marchais le rejette brusquement, ce qui lui vaudra, au cours d'une explication à la télévision sur les raisons de son revirement sous un prétexte accessoire, de lancer sa fameuse expression théâtrale : « J'ai dit à ma femme : Fais les valises, on rentre à Paris ! » L'Union de la gauche s'achève en septembre, ce que confirment les reproches aigres que s'échangent les alliés de la veille, les communistes accusant les socialistes d'opérer un virage à droite, et les socialistes reprochant aux communistes d'être responsables d'une éventuelle défaite de la gauche. De la déception de 1978 aux grandes manœuvres du PS. Lors des élections législatives de 1978, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale dans une élection de ce type, les socialistes (22,79 %) font mieux que les communistes (20,61 %) au premier tour. Le PS progresse de par rapport aux précédentes législatives et se classe premier parti de France. Jusqu'alors, la somme des voix de la gauche parlementaire n'a jamais été aussi élevée depuis la fondation de la République. Cependant, malgré les prédictions des sondages, ce n'est pas suffisant pour faire gagner la gauche, qui ne recueille que 48,57 % des voix au second tour, alors que 50,2 % des voix exprimées au premier tour s'étaient portées sur un parti de ce bord. Georges Marchais a rechigné sur le principe de désistement au second tour au profit du candidat de gauche le mieux placé, moquant la « discipline républicaine » prônée par François Mitterrand. De plus, malgré la rupture de l'Union de la gauche, cette alliance était toujours revendiquée par le PS, et les analyses électorales reflètent clairement que nombre d'électeurs modérés ont renoncé à voter pour les candidats socialistes, de crainte de voir les communistes parvenir au pouvoir. Le report des voix de gauche en faveur des candidats communistes restés en lice au second tour est loin d'avoir été systématique. Quoi qu'il en soit, la gauche parlementaire gagne supplémentaires, et plus que jamais, l'électorat est divisé entre quatre forces, (RPR, UDF, PS, PCF) qui se tiennent dans un mouchoir de poche, entre 20 et 24 %, de ce fait la prochaine élection présidentielle paraît particulièrement ouverte. Bien que certains intellectuels libéraux comme Raymond Aron ou Jean-François Revel craignent toujours que l'arrivée de la gauche au pouvoir permette aux communistes de transformer la France en une démocratie populaire telle qu'il en existe dans les pays de l'Est, le PCF subit une crise profonde qui ne cesse de s'amplifier. En cela, il ne se démarque pas du déclin généralisé du communisme en Europe occidentale. L'image de l'Union soviétique, à laquelle il est associé, s'est considérablement dégradée au cours des années 1970, avec la diffusion des témoignages sur le système concentrationnaire des goulags, le plus retentissant étant "L'Archipel du Goulag" du dissident Alexandre Soljenitsyne paru en 1974. Les stratégies politiques et les discours idéologiques du PCF manquent de cohérence. Les militants les plus jeunes sont moins enclins à respecter la discipline du parti ; les contestations internes se multiplient, remettant en cause les choix de la direction, sans que celle-ci puisse l'exclure brutalement comme auparavant. Face à cette crise, la direction du PCF fait le choix d'une radicalisation et d'un retour à l'orthodoxie communiste, plus hostile aux socialistes, plus conflictuelle dans sa défense doctrinale des intérêts des ouvriers. En février 1979, Georges Marchais déclare que le bilan des pays du Bloc de l'Est est « globalement positif », et en janvier 1980, il soutient officiellement l'invasion soviétique de l'Afghanistan, autant d'interventions qui susciteront de vives polémiques et se révéleront désastreuses pour l'image du parti. Le Parti socialiste avait veillé dans son programme, pour désarmer les critiques, à se démarquer du communisme, du stalinisme, de l'URSS en prônant le retrait des troupes soviétiques en Afghanistan (première des 110 propositions) et le soutien à Solidarność (troisième proposition). Lors du congrès de Metz en avril 1979, rendez-vous important des socialistes après l'échec des législatives, François Mitterrand est contesté par Michel Rocard. À partir de l'automne 1978, ces deux candidatures potentielles émergent au PS. Transfuge du PSU qui a rejoint le PS en 1974, fils spirituel de Pierre Mendès France, il représente la Deuxième gauche, défavorable à une présence trop forte de l'État et de la bureaucratie dans l'économie, favorable à la décentralisation et à l'autogestion. Michel Rocard, qui a fait une déclaration remarquée dans ce sens le soir du second tour des législatives, prétend incarner la modernité, opposée à l'archaïsme, qui doit mettre fin à une longue succession de défaites de la gauche depuis l'instauration de la République. Il est conforté dans cette idée par les sondages reflétant le désir de renouveau des sympathisants socialistes. Cela ne l'empêche pas d'être allié à Pierre Mauroy, représentant la tradition sociale-démocrate du Nord et la vieille SFIO. Mitterrand parvient à résister à cette contestation interne en s'alliant au CERES de Jean-Pierre Chevènement. Le CERES était pourtant opposé à Mitterrand lors des trois précédents congrès, à Grenoble, Pau et Nantes, recueillant près de 25 % des mandats face à la motion majoritaire (à laquelle appartenaient jusqu'alors Rocard et Mauroy). Représentant la gauche du parti, ce courant est le plus favorable à l'alliance avec les communistes et entretient une rhétorique révolutionnaire. Grâce à ce renversement d'alliance, François Mitterrand obtient une nouvelle majorité et garde les rênes du Parti socialiste. Ce congrès a vu émerger une nouvelle génération de cadres, qui se sont opposés à Rocard et sont appelés à poursuivre leur ascension politique, parmi lesquels Paul Quilès, Lionel Jospin et Laurent Fabius. « Affaires » et polémiques. La fin du septennat de Valéry Giscard d'Estaing est marquée par plusieurs affaires qui contribuent à entretenir un climat délétère. Au cours de son mandat, trois hommes politiques importants trouvent la mort brutalement. Le 24 décembre 1976, Jean de Broglie, ancien négociateur des accords d'Évian et ancien secrétaire d'État, est abattu dans une rue de Paris. Le 30 octobre 1979, Robert Boulin, vétéran des gouvernements depuis De Gaulle, ministre du Travail en exercice de plus en plus cité comme un Premier ministre potentiel, est retrouvé inanimé dans un étang. Officiellement, il s'est suicidé, ne supportant pas de voir son intégrité remise en question par une transaction immobilière irrégulière, mais les circonstances exactes entourant ce drame sont très troubles. Le février 1980, l'ancien ministre Joseph Fontanet est assassiné, un crime resté non élucidé à ce jour. Ces événements feront dire au sénateur de droite Pierre Marcilhacy, dans "Le Matin de Paris" du 29 octobre 1980 : « On meurt beaucoup et beaucoup trop mystérieusement sous la République, et je n'aime pas ça. ». Le 3 octobre 1980, l'attentat de la rue Copernic, devant une synagogue de Paris, coûte la vie à quatre personnes. Tout d'abord revendiqué par un groupuscule d'extrême droite, il suscite le défilé, quatre jours plus tard, de à Paris, protestant contre la résurgence de l'antisémitisme. L'enquête déterminera plus tard que l'attentat était en fait d'origine moyen-orientale. La première impression d'un climat d'intolérance antisémite demeure néanmoins, d'autant plus que le Premier ministre a employé une phrase très maladroite lorsqu'il s'est exprimé au sujet de l'attentat, déplorant la mort de « Français innocents », semblant implicitement signifier que les juifs tués ne l'étaient pas. L'affaire impliquant le plus directement le président est l'affaire des diamants. Elle découle de l'intervention à Bangui des parachutistes de l'armée française le 21 septembre 1979, qui s'est conclue par la déposition du président de la République centrafricaine, Jean-Bedel Bokassa, nécessitée par les frasques dispendieuses et sanglantes du dictateur et son rapprochement avec la Libye de Khadafi. Le 10 octobre 1979, "Le Canard enchaîné" publie un document prouvant que Bokassa a offert une plaquette de diamants à Valéry Giscard d'Estaing, alors ministre des Finances. L'authenticité du document demeure douteuse, et l'évident désir de vengeance de Bokassa n'y est pas pour rien, il n'en demeure pas moins que ce scandale révèle une complicité passée bien réelle entre les deux hommes, et les liens troubles entre la présidence et les pays africains dans la zone d'influence française. Le président décide de répondre par le mépris et le silence, mais cette affaire le suivra durant la campagne présidentielle de 1981, et l'affiche collée par le Parti socialiste, sur laquelle figure le président avec des diamants incrustés dans les yeux, aura un effet redoutable. Précampagne. Candidature de Coluche. L'humoriste Michel Colucci, alias Coluche, déclare, le 30 octobre 1980, qu'il va se présenter à l'élection présidentielle. Il n'est pas le premier humoriste à faire cette démarche. En 1965, Pierre Dac avait annoncé sa candidature, ce qui lui avait donné l'occasion de pasticher les discours des hommes politiques de son temps, avant de se retirer, à la demande d'un conseiller du général de Gaulle. Accompagné par sa bande du Café de la Gare, l'équipe de "Hara-Kiri Hebdo" et Maurice Najman, ami de jeunesse de sa femme Véronique en Mai 68 et journaliste à "Libération", Coluche anime, d'octobre à la mi-mars, une précampagne très particulière en raison de la rivalité Rocard-Mitterrand au PS. Il détonne avec des slogans tels que : « Avant moi, la France était coupée en deux. Maintenant elle sera pliée en quatre », ou encore « Tous ensemble pour leur foutre au cul avec Coluche. Le seul candidat qui n'a aucune raison de vous mentir ! ». Coluche est soutenu dès le 13 novembre par Gérard Nicoud, de la CIDUNATI (syndicat de commerçants et d'artisans) et des intellectuels tels que Gilles Deleuze, Pierre Bourdieu, Félix Guattari, Maurice Nadeau, et Jean-Pierre Faye. Il est crédité de 10 à 12,5 % d'intentions de vote fin novembre. Les intentions de vote culminent jusqu'à un potentiel de 16 % d'après un sondage paru dans le "Journal du dimanche" début décembre puis retombent à 6 % en janvier-février. À gauche, les deux candidats les plus importants, hormis Georges Marchais, entrent en lice entre le 19 octobre et le 8 novembre. Rocard retire sa candidature dès que Mitterrand annonce la sienne et met plusieurs semaines à se rallier entièrement, tant leur rivalité est forte depuis les élections législatives de 1978, perdues de justesse par la gauche malgré des sondages favorables. La candidature de l'humoriste est annoncée en plein dans cette période agitée et François Mitterrand craint qu'elle ne lui casse sa « dynamique du premier tour », déjà affaiblie par la rivalité de Rocard, sans report de voix au second tour. Plusieurs cas de censures à la radio et à la télévision sont recensés. Ainsi, en décembre, un sketch de Coluche dans l'émission de Stéphane Collaro, le "Collaro-Show", sur la chaîne de télévision publique Antenne 2, est déprogrammé, la direction menaçant d'annuler toute l'émission en cas de refus. Plus tard, le présentateur du journal télévisé de la chaîne, Patrick Poivre d'Arvor, affirmera avoir reçu pour consigne de ne pas parler de Coluche, même si l'humoriste avait été longuement interrogé au journal télévisé le jour de l'annonce de sa candidature. Alors qu'il a chuté dans les sondages, il annonce en mars une grève de la faim pour protester contre cette censure selon lui officieuse. L'Élysée envoie une circulaire aux maires pour les dissuader de lui donner leurs signatures. Une cellule spéciale lui est consacrée au ministère de l'Intérieur. Un groupe autonome de la police (le mystérieux Honneur de la Police, qui a déjà revendiqué en 1979 l'assassinat du militant d'extrême gauche Pierre Goldman, accusé de l'assassinat de deux pharmaciennes), lui adresse des menaces de mort. Le meurtre de son régisseur, René Gorlin, l'inquiète sérieusement. Coluche ne parvient pas non plus à réunir les signatures de maires de gauche. Son ami Jacques Attali essaie de le persuader de se retirer au profit de Mitterrand. Coluche ne cesse de baisser dans les sondages, jusqu'à ce qu'il annonce son retrait le 7 avril 1981, en se déclarant pour Mitterrand, la fin d'une plaisanterie qu'il avait fini par prendre très au sérieux. Opposition Mitterrand / Rocard. Depuis le congrès du Parti socialiste à Metz d'avril 1979, Michel Rocard a manifesté son désir d'être candidat à la prochaine élection présidentielle, tout en concédant qu'il se retirerait si François Mitterrand était lui-même candidat. Au début de l'année 1980, les sondages indiquent que les Français estiment que Michel Rocard serait un meilleur candidat que François Mitterrand. En avril 1980, un sondage publié dans l'hebdomadaire "Le Point" donne le président sortant vainqueur au second tour avec 57 % des voix face au premier, mais il ferait encore mieux face au second avec 61 %. En août 1980, une étude de l'IFOP indique que Michel Rocard recueille 54 % d'avis favorables parmi les sympathisants socialistes, tandis que François Mitterrand n'atteint que 37 %. À ce moment-là, Mitterrand, qui reste sur deux échecs en 1974 et 1978, reste très évasif sur son éventuelle participation à la prochaine élection, tandis que Rocard, qui veut persuader qu'il est le seul à pouvoir mener les socialistes à la victoire, se montre bien plus déterminé. L'objectif implicite de Michel Rocard est de se faire passer pour le champion de la modernité, et de faire passer François Mitterrand pour l'emblème d'un certain « archaïsme politique », d'autant plus qu'ils ont quatorze ans d'écart. Il explique que François Mitterrand représente le courant socialiste qui compte sur l'État pour transformer la société, alors que lui se réclame du courant socialiste davantage méfiant vis-à-vis de la bureaucratie, partisan de la décentralisation et d'une limitation du rôle de l'État. Il ne cesse de parler de la nécessité de « parler plus vrai ». Un antagonisme violent a commencé à se développer entre les deux concurrents, en se nourrissant des rancunes personnelles et des incompatibilités de caractère. Le , Michel Rocard prononce une allocution à la mairie de Conflans-Sainte-Honorine. Maladroite et compliquée, prétendant se situer au-delà de la mêlée tout en cherchant la légitimation du Parti socialiste, sans pour autant s’opposer frontalement au premier secrétaire, sa déclaration rencontre peu d’échos favorables. Pris par le trac, il fixe son attention sur l'une des trois caméras présentes (TF1, Antenne 2 et FR3). La caméra de FR3 saisit l'instant, mais seuls 10 % des téléspectateurs verront Michel Rocard bafouiller. De plus, il annonce qu'il se retirerait si François Mitterrand déclarait sa candidature. Le 8 novembre, François Mitterrand annonce qu'il « soumet sa candidature aux votes des membres du parti ». Après une longue hésitation, il coupe ainsi l'herbe sous le pied de Michel Rocard, qui fait le choix de retirer sa candidature. Communistes contre socialistes. Rupture de l'Union de la gauche oblige, les communistes présentent leur propre candidat à l'élection présidentielle, ce qu'ils n'avaient plus fait depuis la campagne de Jacques Duclos, qui était arrivé en tête de la gauche en 1969, avec 21,27 % des voix. Désigné pour la forme par une conférence nationale du PCF le 12 octobre 1980, Georges Marchais est le premier candidat important à se présenter officiellement à la présidentielle. « Si Mitterrand est élu à la tête de l'État, il ferait la même politique de droite que Valéry Giscard d'Estaing », déclare Georges Marchais le 13 septembre 1980, à la Fête de l'Humanité, un mois avant d'être désigné candidat. Le candidat communiste pousse la virulence vis-à-vis de François Mitterrand jusqu'à affirmer qu'il ne se désisterait pas automatiquement en sa faveur au second tour, continuant à considérer la « discipline républicaine » comme une formule « périmée », formule déjà utilisée en 1978. Georges Marchais continue par la suite à dénoncer des « convergences », selon lui, entre le PS et l'Élysée. En janvier 1981, il va encore plus loin en prétendant révéler qu'une « vaste opération politique » est en cours ; selon lui, Michel Debré et Jacques Chirac prendraient contact avec François Mitterrand pour constituer « une sorte de trait d'union entre le Parti socialiste et la majorité actuelle », ce qu'il appelle « le consensus à trois ». Il accuse ainsi les socialistes d'être opposés à une politique de relance par la consommation, d'être complices d'un plan européen de démantèlement de l'industrie, et de vouloir exercer une répression contre les travailleurs. Le même mois, le 20 janvier, lors d'une conférence de presse, il fustige le « président de l'injustice » par ces mots : « Assez de la République des châteaux et des cadeaux, de l’État des cousins et des copains, du clan des chers parents et des princes ! », et il dénonce « ce monde de l’argent auquel nulle particule d’emprunt ne donnera jamais la noblesse de l’esprit ou de cœur ». Le durcissement communiste de janvier est interprété par les commentateurs comme une réponse à l'annulation par le tribunal administratif de la révision des listes électorales dans vingt communes communistes où avait été entreprise une campagne de démarchage pour inciter les habitants à s'inscrire. Il fait suite, aussi, à une contre-offensive des socialistes. Dans les jours précédents, François Mitterrand avait dit de Georges Marchais et de Valéry Giscard d'Estaing qu'ils étaient « copains comme cochons », et Claude Estier avait décrit le PCF comme étant le « seul allié » du Président. Fin janvier, Georges Marchais réclame une présence communiste au gouvernement en cas de victoire, ce qui préfigure une consigne de vote en faveur du candidat de gauche le mieux placé, selon les observateurs. Pour ne pas être accusé, par ses attaques contre le candidat socialiste, d'avoir fait le jeu du président sortant, le slogan « candidat anti-Giscard », figure ensuite sur les affiches de campagne du PCF. La suite de la campagne, moins virulente à gauche, coïncide avec des sondages où Mitterrand fait jeu égal avec Giscard au second tour. Le 16 mars, ce dernier précise qu'il n'y aura avec le PCF et le 25 mars Marchais précise que le désistement relève d'une décision de son comité central. Candidatures gaullistes. L'ancien Premier ministre Michel Debré lance sa candidature le 30 juin 1980, mais celle-ci ne suscite pas beaucoup d'enthousiasme. Il prétend se situer dans la logique gaulliste du candidat qui s'adresse directement aux Français sans passer par l'investiture d'un parti. En janvier 1981, il essaie encore de s'imposer comme l'unique candidat gaulliste, appuyé par et quatre sénateurs du RPR. Soutenu par les « barons » Jacques Chaban-Delmas, Maurice Druon, Jean Foyer, Olivier Guichard et Yves Guéna, il affirme que la France a besoin d'un « gouvernement de salut public dépassant les combinaisons partisanes », suggérant qu'il pourrait s'étendre de certains giscardiens à certains socialistes comme Michel Rocard et Jean-Pierre Chevènement. Quoi qu'il en soit, sa candidature, qui gêne celle de Jacques Chirac, n'est pas pour déplaire à Valéry Giscard d'Estaing. Marie-France Garaud, ancienne conseillère de Georges Pompidou puis de Jacques Chirac, présente également sa candidature en indépendante le 3 février 1981. Faisant preuve d'une assurance et d'une éloquence remarquée, elle dénonce le « danger soviétique », et affirme à propos de Valéry Giscard d'Estaing qu'il a « trompé ses électeurs » et qu'il « se croit plus intelligent que la France ». Mais c'est la candidature du président du RPR Jacques Chirac qui est la plus attendue. Depuis sa démission du gouvernement en 1976, il n'a cessé de manifester son hostilité à Valéry Giscard d'Estaing, d'une façon particulièrement flagrante lors de sa conquête de la mairie de Paris en 1977, et avec l'« appel de Cochin » lors de l'élection européenne de 1979. Son entrée dans la compétition présidentielle semble donc tout à fait logique, mais il ne parvient pas à faire renoncer Michel Debré. Daniel Vaillant raconte que François Mitterrand l'a chargé en mars 1981 de collecter des signatures de maires pour Marie-France Garaud afin d’empêcher Jacques Chirac de devancer Valéry Giscard d’Estaing, considéré comme un adversaire moins redoutable. Autres candidats. La loi électorale du 18 juin 1976 a modifié les conditions d'enregistrement des candidatures à l'élection présidentielle. Il faut désormais 500 parrainages d'élus (parlementaires, maires, conseillers généraux) pour pouvoir se présenter. Ainsi, dix candidats sont finalement en lice, alors que ont manifesté leur volonté d'être candidat. Jean-Marie Le Pen, qui avait concouru pour le Front national en 1974, est de ceux qui ne peuvent entrer dans la compétition électorale faute d'un nombre suffisant de signatures d'élus. Pascal Gauchon, qui lui fait alors concurrence au sein de l'extrême-droite en tant que candidat du Parti des forces nouvelles, doit également renoncer. La Ligue communiste révolutionnaire, qui a été représentée en 1969 et 1974 par Alain Krivine, n'arrive pas non plus à franchir cette étape. D'autres « petits » candidats parviennent à se présenter, parfois aidés par les grands partis, qui leur procurent des parrainages pour des raisons tactiques, afin d'amoindrir le score de leurs adversaires. À l'extrême gauche, Arlette Laguiller, employée de banque, se présente pour la deuxième fois au nom de Lutte ouvrière, qui s'est fait remarquer dans les régions les plus durement touchées par la crise en participant à plusieurs conflits sociaux. Huguette Bouchardeau, universitaire agrégée de philosophie, représente le Parti socialiste unifié (PSU), soutenu par quelques groupes trotskistes. Michel Crépeau, maire de La Rochelle, est le candidat du MRG (radicaux de gauche), allié du Parti socialiste. D'ailleurs, tout le long de la campagne, il ne fait pas mystère de ses intentions d'appeler à voter pour François Mitterrand au second tour. Lors du congrès extraordinaire du MRG le 28 mars 1981, Michel Crépeau prétend défendre la « gauche réaliste ». Sa candidature n'a cependant pas fait l'unanimité au sein de sa propre formation. Soutenu par les députés Jean-Michel Baylet et Maurice Faure, il a dû affronter l'opposition du sénateur René Billères et du maire de Lourdes François Abadie, lesquels contestent l'utilité d'une candidature, qui selon eux atteindra à peine 1 %, et appellent à soutenir Mitterrand dès le premier tour. Enfin, Brice Lalonde, journaliste et responsable de l'association Les Amis de la Terre, a été désigné comme candidat des écologistes le 15 juin 1980, à la suite d'une élection primaire au sein du mouvement, essentiellement constitué de réseaux associatifs. Sa candidature est contestée par d'autres composantes du mouvement écologiste, notamment SOS-Environnement, dont le principal animateur, Jean-Claude Delarue, estime que Brice Lalonde n'est pas assez représentatif. Le commandant Jacques-Yves Cousteau sera un temps envisagé comme candidat de substitution, avec le soutien de René Dumont, candidat écologiste de 1974, mais l'intéressé annonce le 19 février 1981 qu'il ne compte pas être candidat. Brice Lalonde a également des difficultés à recueillir les d'élus, mais en mars, l'UDF, estimant que ce candidat peut gêner François Mitterrand, lui fait parvenir les parrainages manquant. Il peut ainsi faire entrer dans la campagne des thèmes tels que l'énergie nucléaire et la pollution (l'Amoco Cadiz s'est échoué sur les côtes bretonnes trois ans plus tôt). Attitude du Président. Valéry Giscard d'Estaing retarde le plus possible sa déclaration de candidature, pour conserver la dignité que lui confère son statut de président, mais personne n'est dupe de sa volonté de briguer un second mandat. Son bilan fait l'objet de deux critiques répétitives de la part de ses adversaires. D'abord, sa gestion de la crise économique est jugée mauvaise. Les chiffres récents de l'Insee ne plaident pas en sa faveur. La production industrielle a chuté de 4,5 % en un an, la consommation des ménages baisse, le déficit commercial a été multiplié par quatre depuis 1979. Ensuite, sa politique étrangère apparaît confuse. La gauche socialiste aussi bien que la droite gaulliste lui reprochent sa bienveillance vis-à-vis de l'Union soviétique. Le 10 mai 1980, soit un an avant l'élection, dans un entretien accordé à l'hebdomadaire "L'Express", Valéry Giscard d'Estaing avait déjà estimé avoir fait les trois quarts de ce qu'il avait l'intention de réaliser au cours de son mandat. Le 31 décembre 1980, le président sortant adresse, comme de coutume, ses vœux à la nation. Selon lui, la France est sur la voie du progrès, notamment en matière d'indépendance énergétique, soulignant le rôle croissant du nucléaire. Le 27 janvier, sur Antenne 2, tout en devant se justifier par rapport à l'affaire des diamants de Bokassa, il défend sa politique étrangère, affirmant son objectif de maintenir la paix, excluant le « retour du colonialisme » et le « retour de la France dans l'OTAN ». Campagne en vue du premier tour. L'élection présidentielle voit s'affronter dix candidatures officiellement retenues par le Conseil constitutionnel le 9 avril 1981 : cinq de gauche (Mitterrand, Marchais, Crépeau, Bouchardeau, Laguiller), quatre de droite (Giscard d'Estaing, Chirac, Debré, Garaud), et une écologiste (Lalonde). Mais quatre d'entre eux seulement sont réellement en mesure de réaliser des scores importants : le communiste Marchais, le socialiste Mitterrand, le libéral centriste Giscard d'Estaing et le gaulliste néolibéral Chirac. La campagne de cette élection atteint une virulence verbale rarement atteinte jusqu'alors. Les différents candidats s'en prennent au président sortant, sans s'épargner pour autant entre eux. Le thème le plus abordé durant cette campagne est tout naturellement, en ces temps de crise, l'emploi, le nombre de chômeurs ayant augmenté de plus d'un million depuis que Valéry Giscard d'Estaing est entré à l'Élysée. Entre les candidats, c'est à qui fera la meilleure promesse, qu'ils n'hésitent pas à chiffrer. La question des reports au second tour, compte tenu des divergences dans la majorité et au sein de la gauche, est également un sujet important, ainsi que l'éventuelle présence de ministres communistes en cas de victoire de François Mitterrand, à qui les candidats de droite demandent des comptes à ce propos. Georges Marchais. Georges Marchais, secrétaire général du Parti communiste français, est officiellement désigné le à Nanterre à l'unanimité. Charles Fiterman, qui a annoncé la nouvelle, déclare à la tribune : Inutile de présenter Georges Marchais. Les hommes et les femmes, les jeunes de chez nous qui ont du mal à vivre, qui travaillent dur ou qui souffrent du chômage, qui ne peuvent exercer l'activité de leur choix, épanouir leurs capacités, vivre là où ils le souhaitent, qui pensent que ça ne peut plus durer comme ça, le connaissent bien. Ils savent qu'il est l'un des leurs, l'animateur du combat résolu des communistes pour la justice, la liberté, la paix, le socialisme. Ils savent la part primordiale qu'il a prise dans le développement créateur de la politique du parti communiste et de sa vie démocratique. Ils savent avec quelle passion il a voulu l'union, lutté pour la réaliser, pour qu'elle se maintienne, et lutte maintenant pour construire une union nouvelle, plus solide, plus durable. Ils savent qu'à l'image de son parti, qui a pour habitude de dire ce qu'il fait et de faire ce qu'il dit, il parle le langage de la sincérité, du courage et de la vérité. Dès le départ, Marchais vise au moins 20 % des suffrages et la première place à gauche. Pourtant, un sondage confidentiel commandé à la Sofres allait doucher les ambitions du parti. Georges Marchais n'obtiendrait que 11,5 à 12 % des suffrages. Même chez les classes populaires, il semble minoritaire. Depuis le début de la guerre d'Afghanistan, Georges Marchais a beaucoup perdu en popularité. Au nom de la défense de l'intérêt des ouvriers et des habitants des quartiers populaires, le PCF mène une campagne sur l'immigration qui suscite de vives polémiques. Elle commence le 5 novembre 1980, lorsque le bureau politique du PCF réclame l'arrêt de l'immigration. Plus tard en novembre, plus de intellectuels lancent un appel dans "L'Humanité" en faveur de Georges Marchais. Le 23 décembre, une troupe dirigée par le maire communiste de Vitry-sur-Seine dévaste un foyer pour immigrés dans lequel devaient être logés des travailleurs maliens. La fédération du Val-de-Marne du PCF déclare : . Georges Marchais approuve cette action, et participe à une le 10 janvier 1981 dont les mots d'ordre sont : et ). Les communistes veulent faire valoir que les foyers d'immigrés sont pour la plupart situés dans des communes de gauche, et que leur répartition n'est donc pas équitable. Des initiatives de la même teneur se multiplient dans les rangs du PCF. La fédération d'Ille-et-Vilaine proteste, au nom de la laïcité, contre la construction d'un centre islamique à Rennes. Le quotidien "Libération" révèle que les municipalités communistes de Nanterre et Saint-Denis, tout comme celle d'Amiens, cherchent à limiter la proportion d'immigrés dans les HLM. Le maire communiste d'Ivry-sur-Seine est accusé d'en faire autant avec les colonies de vacances. La plupart des organisations de la gauche non communiste s'indignent de ces positions qu'elles comparent à celles de l'extrême droite. La polémique bat son plein en février, le maire communiste de Nanterre rappelle la transformation de la ville et celui de Gennevilliers invite Giscard à visiter son ghetto. Le député d'Ivry-Vitry fait signer dix mille cartes-pétitions et demande à Raymond Barre de le recevoir, où le bulletin municipal du 15 février 1981 réclame la destruction des cités de transit du Lion d'Or et du quartier Balzac, gérées par la Sonacotra en vue d'un relogement. Le maire PCF de Dammarie-les-Lys demande lui aussi la transformation d'un foyer Sonacotra en logements pour jeunes couples. Des intellectuels, tels qu'Alain Badiou, qui est alors militant de l'Union des communistes de France marxiste-léniniste, accusent le PCF de racisme. Hassan Bouakra, membre du comité fédéral de Paris du parti, démissionne. Certains maires s'opposent également à la libéralisation des drogues douces, ainsi qu'à la dépénalisation des relations homosexuelles avec des mineurs. La campagne antidrogue du maire communiste de Montigny-lès-Cormeilles, Robert Hue, suscite une nouvelle polémique à partir du 7 février 1981, en critiquant des immigrés selon certaines sources. Une manifestation a en effet été organisée devant le domicile d'une famille marocaine accusée de vendre de la drogue à des enfants. Un représentant diplomatique de l'ambassadeur du Maroc à Paris s'insurge et Lionel Stoléru, secrétaire d'État, dénonce , tandis que plusieurs syndicats de policiers s'insurgent contre les accusations de Georges Marchais sur la passivité de la police contre les trafiquants de drogue. Dans cette affaire, le PCF fait l'unanimité parmi les autres candidats, de droite comme de gauche, contre lui. Pire, Henri Fiszbin, qui avait démissionné du PCF en janvier 1979 après avoir perdu municipales à Paris, refuse de le soutenir. Georges Marchais, en conférence de presse, soutient le maire de Montigny, en réfutant les accusations de délation et en estimant qu'il vient en aide à la jeunesse. Plus tard, Georges Marchais s'emporte contre Pierre Blotin, déclarant : . Étienne Balibar énumère les erreurs des directions successives du PCF dans une lettre d'adieu "De Charonne à Vitry", publiée par "Le Nouvel Observateur" du 9 mars 1981. Il est exclu du PCF le lendemain par le comité fédéral de Paris. Malgré les relations houleuses entre le PS et le PCF, les communistes, de plus en plus isolés, n'en continuent pas moins à réclamer vigoureusement des ministères en cas de victoire de François Mitterrand. Georges Marchais affirme ainsi, le 3 février 1981, que c'est une condition indispensable pour mettre en place une , car seuls les communistes seraient réellement pour le changement. À cette question plusieurs fois renouvelée, François Mitterrand se contente de réponses évasives quand il ne renvoie pas la balle aux communistes en déclarant que cela dépendra de leur comportement. Pour autant, les attaques contre le PS continuent. Les dirigeants du parti persistent à affirmer que les socialistes ménagent une alliance avec la droite. Début mars, le comité central adopte une résolution affirmant que les positions de François Mitterrand , et que son véritable objectif est . Il tenait ce discours depuis le printemps 1980, espérant inciter à un réflexe de vote utile en sa faveur. Charles Fiterman, bras droit de Georges Marchais, accuse les socialistes d'ingérence dans les affaires internes du PCF et parle de , après une interview de Lionel Jospin évoquant l'opposition bien réelle de militants communistes, tels Jean Elleinstein, contre la ligne anti-unitaire de leurs dirigeants. Préférant ne pas se mêler directement à la polémique, François Mitterrand charge ses lieutenants de répondre. Jean-Pierre Chevènement déclare, le 6 mars : Le PCF et les médias audiovisuels entretiennent des relations quelque peu hostiles durant la campagne. Les communistes accusent la radio et la télévision de partialité et de ne pas suffisamment leur donner la parole. Ainsi, le 16 février, une émission sur la jeunesse présentée par Jean-Pierre Elkabbach retransmise simultanément sur Europe 1 et Antenne 2 est interrompue par l'intervention de militants de la CGT et des Jeunesses communistes. Comme le PS, le Parti communiste a quantifié le nombre de ses promesses ; il y en a 131 (le PS s'est même inspiré du programme communiste pour réaliser le sien, en tout cas sur le nom du projet). Sur l'emploi, Georges Marchais est le candidat qui se veut le plus ambitieux. Affirmant : , il promet la création de , dont dans les services publics et grâce à la réduction du temps de travail. Il propose également d'augmenter le SMIC à hauteur de francs, ainsi que la construction de HLM chaque année. s'avère finalement être le slogan qui a plus de succès en meeting, et Marchais ne cesse de le marteler. Cependant, l'éventuelle participation à un éventuel gouvernement socialiste reste une antienne jusqu'à la veille du scrutin. Le 4 avril, Georges Séguy, secrétaire général de la CGT, en trace les grandes lignes : semaine de sans baisse de salaire, cinquième semaine de congés payés, abaissement de l'âge de la retraite. Le surlendemain, Georges Marchais annonce une réforme fiscale avec un impôt sur la fortune, un prélèvement sur les hauts salaires (au-delà de francs) et la suppression du versement des dividendes. Il compte faire le plein de voix au premier tour pour dicter à François Mitterrand les conditions de l'Union de la gauche. Les attaques contre le leader socialiste se poursuivent jusqu'à la fin de la campagne, et le candidat communiste ne dit rien sur un éventuel désistement au second tour. Il ne s'y soustrait finalement que le à "Cartes sur table". Le candidat enchaîne les meetings. À Marseille, le stade Vélodrome est plein pour accueillir le candidat. À Plogoff, il est contesté par des écologistes qui protestent contre le futur projet de centrale nucléaire alors que Marchais est lui-même pro-nucléaire. Malgré tout, il ne parvient pas à décoller dans les intentions de vote. Lors de son dernier meeting, à Lille, il déclare : Dites ce que vous avez sur le cœur. Dites que vous voulez le changement. Dites que vous voulez le rassemblement de toutes les forces populaires. Dites que vous voulez un gouvernement d'union socialo-communiste. Il sortit d'ailleurs épuisé de son dernier meeting de campagne, les ayant enchaîné durant six mois. François Mitterrand. François Mitterrand est officiellement désigné comme candidat du Parti socialiste le 24 janvier 1981 lors du congrès de Créteil, après un vote lors duquel 83,64 % des adhérents s'expriment en sa faveur. Sa fonction de premier secrétaire du parti, laissée vacante, est dès lors occupée par Lionel Jospin. À cette occasion, le PS fait la démonstration de son unité, tous les courants, y compris ceux de ses anciens adversaires comme Michel Rocard, se rangent derrière Mitterrand. Au cours du même congrès, Le PS adopte un manifeste dessinant un programme de gouvernement en 110 propositions. D'après Michel Charasse, dans un livre qu'il a publié en 1996, c'est lui que Mitterrand aurait chargé, peu de temps avant le Congrès, de rédiger un programme clair en plusieurs points, comme celui que les communistes venaient d'élaborer pour la candidature de Georges Marchais. Toutefois, ce programme ne sera vraiment mis en avant qu'après l'élection, et est éclipsé, durant la campagne par le simple slogan politique « Changer la vie ». En septembre 1980, il avait demandé une enquête à Jacques Séguéla, qui lui avait proposé ses services, sur les flux socioculturels de la population. Cette enquête inspirera en partie le slogan de la (exemple de nominalisation, figure de base de la rhétorique politique). Dès le mois de novembre 1980, divers articles de presse et de magazines donnent la parole à des proches de François Mitterrand pour redorer son image auprès de l'opinion. Parmi les personnes interrogées figurent le géologue Haroun Tazieff, l'ancien chancelier allemand Willy Brandt ou Léopold Sédar Senghor, Guy Ligier et Françoise Sagan. Senghor déclare : Ce qui frappe, chez François Mitterrand, ce sont les qualités, en équilibre, de l'homme de culture et de l'écrivain. Des qualités françaises qui ont pour noms raison et cœur, rigueur de l'esprit et sensibilité de l'imagination, ardeur à combattre l'adversaire, mais faculté à le comprendre. Sa stratégie est de jouer de son absence et sur une entrée en campagne tardive pour ne pas paraître impliqué dans des luttes partisanes. Jusqu'à la mi-février, plusieurs voyages à l'étranger ont été programmés, notamment aux États-Unis et en Chine pour promouvoir sa stature internationale. Au cours de la campagne, il reçoit le soutien d'hommes d'États socialistes, comme l'ex-chancelier d'Allemagne de l'Ouest Willy Brandt, le chancelier autrichien Bruno Kreisky ou le président de la République italien Sandro Pertini. Sa campagne démarre officiellement le 7 mars 1981 à Beauvais. Le directeur de campagne de François Mitterrand est le député Paul Quilès. Les autres membres importants de son dispositif sont Jacques Attali, Jean Glavany, Pierre Bérégovoy et Pierre Joxe. Par rapport à 1974, il dispose d'un pôle communication beaucoup plus important. Par rapport à la campagne du candidat socialiste en 1974, celle de 1981 est beaucoup plus minutieusement préparée. François Mitterrand intervient dans 28 meetings régionaux, qui s'achèvent invariablement par la montée, sur l'estrade des élus et responsables du parti, une rose à la main, et au son de "L'Internationale". Ces réunions, parfois qualifiées de « show à l'américaine », rassemblent en moyenne . L'attention portée aux techniques de communication prend une ampleur inédite pour un candidat de gauche. Malgré les réticences de son entourage, François Mitterrand décide de donner un rôle prépondérant dans ce domaine au publicitaire Jacques Séguéla. L'équipe de ce dernier (dont fait partie Jacques Pilhan, le futur conseiller en communication des présidents Mitterrand et Chirac) produit le slogan « La force tranquille », imprimé sur les affiches du candidat sur fond paysage typique de la campagne française comprenant la petite église de Sermages dans le Morvan. Plus de manifestations publiques sont organisées localement, avec le concours des militants et sous la direction du premier secrétaire Lionel Jospin, pour soutenir le candidat socialiste. Dans le même registre, Mitterrand se déplaça pour la première fois au salon de l'agriculture le 12 mars, chose exceptionnelle, c'est la seule fois qu'il s'y est déplacé, étant à ce jour le seul président de la république à ne pas faire ce geste. Cette campagne a eu un coût total de de francs, soit 3,5 fois moins que celle de Valéry Giscard d'Estaing, selon Jean Glavany, qui admet que, pour autant, les sources de financement, à l'instar de celles des partis de droite (il n'y avait alors pas de législation sur le financement des partis politiques), n'étaient pas tout à fait transparentes. Trente ans plus tard, André Rousselet, un proche de Mitterrand, raconte d'ailleurs comment il a recueilli, pour la campagne de 1981, des fonds auprès des principales grandes entreprises françaises, dont la Compagnie générale des eaux (futurs Vivendi et Veolia). Lors d'une interview à "Cartes sur table" sur Antenne 2 le 16 mars, François Mitterrand affirme en ces termes son intention d'abolir la peine de mort : Je n'ai pas du tout l'intention de mener ce combat à la face du pays en faisant semblant d'être ce que je ne suis pas. Dans ma conscience profonde, qui rejoint celle des églises, l'Église catholique, les églises réformées, la religion juive, la totalité des grandes associations humanitaires, internationales et nationales, dans ma conscience, dans le for de ma conscience, je suis contre la peine de mort. Et je n'ai pas besoin de lire les sondages, qui disent le contraire, une opinion majoritaire est pour la peine de mort. Eh bien moi, je suis candidat à la présidence de la République et je demande une majorité de suffrages aux Français et je ne la demande pas dans le secret de ma pensée. Je dis ce que je pense, ce à quoi j'adhère, ce à quoi je crois, ce à quoi se rattachent mes adhésions spirituelles, ma croyance, mon souci de la civilisation, je ne suis pas favorable à la peine de mort. Je sais ce que j'aurai à faire. Dans le studio, les spectateurs applaudissent la déclaration du candidat socialiste. Le débat étant ainsi lancé, huit jours plus tard, Jacques Chirac se prononce à son tour contre la peine de mort. En ce qui concerne les autres questions de société, François Mitterrand, tout en disant vouloir instaurer d'une façon générale plus de démocratie et plus de liberté, reste sur des positions modérées, et se garde bien de reprendre à son compte les propositions audacieuses héritées de Mai 68. François Mitterrand se situe directement dans le combat du second tour, et dresse un bilan très critique de la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, citation de chiffres à l'appui : « Quand j'entends dire que le désordre, ce sont les socialistes... Qu'appelle-t-on désordre, sinon chômeurs, entreprises industrielles et commerciales détruites, exploitations agricoles disparues ? ». Sur l'emploi, le candidat socialiste s'engage : « C'est la première de nos obligations, j'y consacrerai toute ma volonté. » Il avance le chiffre de créés par an, dont dans les services publics. Les propositions de François Mitterrand pour venir à bout de la crise économique ne s'éloignent guère des recettes classiques de la gauche de l'époque : relance par la consommation, réduction du temps de travail, grands travaux, nationalisations, emprunt national pour investir dans l'industrie, etc. Il propose également un ensemble de réformes fiscales pour améliorer la justice sociale, notamment un impôt sur les grandes fortunes , des modifications des barèmes en fonction des revenus ou la suppression de la TVA pour les produits de première nécessité. Vers la fin de la campagne du premier tour, le ton de François Mitterrand est de plus en plus incisif vis-à-vis du président sortant. Le 6 avril, il déclare à propos de Valéry Giscard d'Estaing : « il a eu de bonnes idées, mais il y a si peu cru qu'il ne les a jamais suivies ». Le lendemain, il parle d'un président « en fin de course », et résume son bilan en « quatre D » : déclin, décadence, destruction, désarroi. Par ailleurs, refusant de répondre en personne aux attaques de Georges Marchais et des communistes, il pose en grand rassembleur de la gauche, et en soulignant qu'il est le seul à pouvoir la porter au pouvoir, appelle implicitement au vote utile. Juste avant le scrutin, il se dit persuadé qu'après avoir rassemblé les socialistes, il rassemblera la gauche, puis les Français. Jacques Chirac. Jacques Chirac annonce sa candidature le 3 février 1981, et sa campagne démarre officiellement le 7 février, à l'occasion du congrès extraordinaire du RPR, où il recueille 95 % des votes. D'entrée il annonce que son combat est celui de l'arrêt du « processus de dégradation » de la France et se présente comme un opposant au président sortant depuis sa démission en 1976. Il critique l'attitude du chef de l'État vis-à-vis des Soviétiques et son attitude ambiguë par rapport à l'invasion de l'Afghanistan. Pour lui, durant le septennat du président sortant, s'est développé un « collectivisme rampant », et il dénonce « l'emprise de l'État et de l'administration sur la vie des individus, comme sur l'activité des entreprises ». C'est un programme économique très libéral que propose donc le candidat du RPR. Sa campagne est orchestrée par Charles Pasqua. Affirmant son assurance d'être présent au second tour, Jacques Chirac n'oublie pas d'attaquer les « socialo-communistes ». Cependant, il déclare ne pas vouloir se prononcer pour le second tour au cas où il ne se qualifierait pas, marquant ainsi encore plus nettement sa distance avec Valéry Giscard d'Estaing. Il déclare par exemple le 10 février que le bilan du président sortant « ne conduit pas spontanément et de gaité de cœur la majorité d’entre nous à souhaiter lui donner un nouveau bail de sept ans ». Bien que l'ensemble de son parti se range derrière lui, Jacques Chirac doit faire face à des oppositions internes. Outre Michel Debré, toujours candidat, qui affirme que Chirac n'est pas gaulliste et que son programme n'est qu'une « addition de propositions catégorielles », les ministres RPR du gouvernement (dont Alain Peyrefitte et Robert Galley) font part de leur intention de voter pour le président sortant dès le premier tour, et sont par conséquent exclus du parti. De tous les candidats, Jacques Chirac, alors âgé de , est celui qui impressionne le plus par sa capacité physique à enchaîner les déplacements, dans toutes les régions de France y compris dans les Antilles. Les intentions de vote s'en ressentent ; il distance très rapidement son rival gaulliste Michel Debré, dont la campagne est plutôt terne. Le programme électoral et la façon de faire campagne de Jacques Chirac le font comparer à Ronald Reagan, qui a brillamment remporté l’élection présidentielle américaine quelques mois plus tôt. Le matériel publicitaire, les tracts, les affiches, les badges, les autocollants, sont très similaires, et même le slogan, « Chirac maintenant », est décalqué de celui de Reagan (« Reagan now »). Il propose un débat public face à Valéry Giscard d'Estaing, mais ce dernier refuse. Le 11 avril, il rassemble lors d'un meeting au Parc des Princes. Ce n'est que rétrospectivement que la question du financement de cette campagne a suscité un début de polémique, au moment du décès du président du Gabon Omar Bongo, qui réanime une rancune inextinguible au sein de la droite, Valéry Giscard d'Estaing affirmant avoir découvert lors de la campagne de l'élection présidentielle de 1981 que le chef d'État africain alimentait la trésorerie du candidat Jacques Chirac. Issu du gaullisme pompidolien, c'est-à-dire de l'aile droite de ce mouvement, qui s'est progressivement éloignée du gaullisme traditionnel planificateur et indépendantiste, Jacques Chirac s'aligne sur les principes économiques portés au pouvoir ailleurs par Reagan et Thatcher, et met en exergue un atlantisme dirigé contre l'URSS et ses alliés réels ou supposés. Ancien ministre de l'Agriculture, il soigne son électorat rural en s'érigeant en défenseur de ses intérêts face à la Commission européenne. Favorable à une liberté d'entreprendre plus approfondie, il remporte également un certain succès parmi les chefs d'entreprises. Sur les problèmes de la crise et du chômage, il déclare : « Je m’engage à relancer la croissance pour créer des emplois nouveaux ». Jusqu'à la fin de la campagne du premier tour, il veut convaincre les Français qu'il est un homme neuf comparé à Mitterrand et Giscard, et qu'il est le seul à pouvoir proposer le changement en dehors du choix « risqué » de la gauche. Valéry Giscard d'Estaing. Dernier des quatre « grands » candidats à entrer en piste, Valéry Giscard d'Estaing annonce officiellement sa candidature le 2 mars 1981, dans un discours radiotélévisé prononcé en début de soirée à l'Élysée, où il apparait déjà dans l'optique d'une campagne de second tour face à François Mitterrand, négligeant ainsi Jacques Chirac. Son équipe de campagne est aussitôt constituée des secrétaires d'État Monique Pelletier, Jean-François Deniau et Jean-Philippe Lecat, qui démissionnent de leurs fonctions ministérielles. Le jeune Jean-Pierre Raffarin est chargé de coordonner sa communication, tandis que Jacques Hintzy s'occupe des affiches du candidat. Le président sortant admet lors d'une interview son échec concernant la montée du chômage, en particulier chez les jeunes à qui il promet un plan pour le plein emploi. Mais il contrebalance ce constat par ce qu'il présente comme ses succès : l'amélioration de la situation des personnes âgées, le développement du programme nucléaire, la stabilité se traduisant notamment par un nombre de grèves plus limité durant son mandat malgré la crise, et la défense de la paix. Des questions sur l'affaire des diamants ne tardent pas à lui être posées. Le 10 mars, il répond aux accusations en déclarant que le montant des pierres précieuses reçues entre 1973 et 1975, estimé à francs, a été intégralement remis à des organisations caritatives comme la Croix-Rouge centrafricaine. Néanmoins, les critiques sur l'affaire, comme, plus globalement, sur son bilan, le poursuivent jusqu'à la fin de la campagne. Le 13 mars, d'après le correspondant du "Monde" Daniel Vernet, Valéry Giscard d'Estaing reçoit indirectement le soutien de la "Pravda". Selon lui, l'auteur d'un article sur la présidentielle française paru dans le quotidien officiel de l'Union soviétique dresse un bilan « plutôt favorable » de la politique étrangère du président sortant, tout en critiquant François Mitterrand et Jacques Chirac. Cette position suscite une vive polémique dans la classe politique française. Le RPR, par la voix de Bernard Pons, perçoit dans cet épisode la confirmation que l'URSS préférerait un président français faible comme l'aurait été Valéry Giscard d'Estaing. François Mitterrand qualifie l'article de « salaire de Varsovie », en faisant référence à l'entretien avec Léonid Brejnev dans la capitale polonaise le 19 mai 1980, qui pour de nombreux commentateurs valait caution du chef d'État français pour l'agression soviétique en Afghanistan. Le candidat socialiste suggère par là que l'article de la "Pravda", qui pourrait valoir à Giscard d'Estaing la bienveillance d'électeurs communistes, est la récompense du Kremlin pour l'attitude conciliante de la diplomatie française. Et il enfonce le clou en affublant son adversaire d'un sobriquet : « le petit télégraphiste de Moscou ». À propos de ce voyage en Pologne, le président déclare : « Ce que certains me reprochent, ce sont mes efforts pour la paix et la sécurité ». Le 16 mars, à la télévision, il soutient que lors du sommet international de Venise du 23 juin 1980, Brejnev lui a assuré qu'il retirerait bientôt ses troupes d'Afghanistan. Cette affirmation, fausse et invérifiable, lui fait prêter le flanc aux moqueries de ses adversaires. . Michel Poniatowski joue par contre sur la peur du communisme, comme en 1974, en déclarant que . Il fait référence au coup de Prague et aux répressions armées en Hongrie (1956) et en Tchécoslovaquie (1968). Début avril, Valéry Giscard d'Estaing publie un livre, "État de la France", dans lequel son bilan est présenté sous un jour favorable. Jouant sur l'image de simplicité et de proximité malgré sa fonction, il se qualifie de « citoyen-candidat ». Accompagné de son épouse, Anne-Aymone Giscard d'Estaing, discrète mais bien visible, il participe à plusieurs meetings soigneusement formatés, où son intervention est précédée d'un spectacle audiovisuel. Il fait référence aux valeurs gaulliennes et présente dix propositions thématiques phares qui deviennent la trame de ses discours : préserver les libertés ; garantir la sécurité intérieure et extérieure ; défendre la paix et la place de la France dans le monde ; assurer l'emploi ; améliorer la formation et accroître la recherche scientifique ; développer une industrie compétitive ; développer l'agriculture ; réduire les inégalités excessives ; continuer à rénover la vie républicaine ; simplifier et alléger la vie quotidienne des Français. Plus précisément, il soutient la nécessité d'une réforme fiscale (concernant le barème d'impôts, la taxe professionnelle), influencé en cela par la campagne de Jacques Chirac. Constatant qu'il a en face de lui « neuf candidats anti-Giscard », il fustige « les professionnels du scepticisme ». Bien qu'il ait souhaité se présenter en tant que candidat ayant un projet, il doit se résoudre face aux attaques venant de toutes parts, à défendre son action de président ayant un bilan. Il fait le lien entre les deux en proposant d'exercer un second septennat dans la continuité du premier. Néanmoins, tout au long de la campagne, Valéry Giscard d'Estaing évite de s'afficher avec Raymond Barre, ou de le mettre en avant, la politique économique du Premier ministre était globalement impopulaire. Il promet de créer un nombre d'emplois () qui correspond à peu près au nombre de nouveaux chômeurs durant son mandat. Malgré tout, il paraît assez distant durant la campagne selon l’historien Christian Delporte. Des commentateurs politiques trouvent en outre que ses affiches de campagne, conçues par le publicitaire Philippe Michel, sont accompagnées d’un slogan trop ambigu, à savoir . Sondages. Les sondages de la présidentielle de 1981 sont aux prises avec de nouvelles difficultés par rapport aux élections présidentielles précédentes : François Mitterrand semble hésiter à se présenter jusqu’à l'automne 1980, alors qu'un sondage indique que 63 % des sympathisants socialistes préfèrent une candidature Rocard. Après ses échecs de 1965 et 1974, des critiques sur son âge et sa longévité en politique sont reprises, notamment par Coluche. Michel Rocard se déclare dès le premier jour d'ouverture des candidatures, le 19 octobre. Au surlendemain de sa publication de son livre "Ici et maintenant", avancée au 5 novembre, Mitterrand annonce sa candidature. Jean-Pierre Chevènement se déclare également. Mais Michel Rocard se retire le lendemain de l'entrée en lice du premier secrétaire du PS, et Chevènement fait de même, ayant promis de se retirer si Rocard le faisait. La surprise est d'autant plus grande que "L'Express" des 8-14 novembre a publié un sondage Louis Harris-France montrant un écart de six points entre Mitterrand et Rocard au premier tour et de huit points au second tour : Rocard rivalisait ainsi avec Giscard (49-51 %) alors que Mitterrand était donné loin derrière le président sortant (59-41 %). Dans le même temps, lors de l’élection présidentielle américaine, Ronald Reagan l’emporte avant tout par rejet du président sortant, Jimmy Carter : un sondage post-élection "New York Times"-CBS montre que les qualités ou les idées de Reagan n'ont été citées que par un nombre réduit de ses électeurs. L'impact du deuxième choc pétrolier est également visible en France mais ne se semble alors pas, contrairement aux États-Unis, pouvoir se traduire par une alternance, Mitterrand restant bas dans les sondages. Le président sortant, dont le bilan est jugé négatif et positif par un nombre équivalent de sondés, l'emporterait avec 60 % des suffrages contre Mitterrand d’après une enquête réalisée du 13 au 15 novembre par Louis Harris, juste après l'abandon de Rocard et la pétition en faveur de Coluche. Les sondages de la première quinzaine de décembre 1980 montrent que l'« effet Coluche » vient parasiter le ralliement de Rocard à Mitterrand, qui se montre plus ferme qu'à la fin novembre. Selon un sondage réalisé entre les 4-10 décembre et publié par "Le Figaro", Giscard d'Estaing l'emporterait au second tour par 56 % des suffrages exprimés, contre 44 % à Mitterrand, ce qui traduit un léger resserrement "Paris Match" publie un sondage Public SA, réalisé les 8-10 décembre, qui montre que Giscard d'Estaing ne serait plus réélu au second tour que par 52 % des voix, contre 57 % en novembre. Le Premier ministre Raymond Barre n'obtiendrait lui que 12 % au premier tour et 34 % au second, face à Mitterrand, selon Public S.A, qui teste pour la première fois cette hypothèse, ce qui montre forte impopularité de la politique de rigueur découlant des « plans Barre » Le progrès de François Mitterrand est encore plus fort au premier tour, où il s’établit entre 23 et 27 %, quasiment à égalité avec Giscard, alors que Louis Harris ne lui donnait que 18 % le 17 novembre. Du côté de l'IFOP, Mitterrand ne remonte un peu la pente que fin décembre, avec un sondage des 18 décembre 1980-2 janvier 1981 dans lequel Valéry Giscard d'Estaing ne recueille plus que 54 % des intentions de vote, contre 60 % en novembre 1980. Ce sondage donne à Coluche 11 % des intentions de vote dans le cas où il serait présent, ce qui ferait perdre, selon les cas, de aussi bien au chef de l'État qu'au candidat socialiste. Deux sondages, réalisé par la Sofres du 9 au 15 janvier, et par Louis Harris du 12 au 16 janvier, donnent tous les deux un résultat serré (51-49 %) en faveur de Giscard, qui perd de nombreux points, alors que pour la première fois, la Sofres prend en compte la candidature de Coluche, créditée de 7 %. Coluche perd entre dux et pour revenir entre 8 et 9 % (contre 10 à 12,5 % en novembre) dans le sondage réalisé par le département Indice-Opinion et publié par "Le Quotidien de Paris" du 5 janvier. Cette étude montre surtout un énorme bond au second tour de Mitterrand (51 %, contre 42 % en novembre), désormais débarrassé de l'hypothèse Rocard. Campagne d’entre-deux-tours. Le 26 avril, se rendent aux urnes. Le taux d'abstention atteint 18,91 %, "grosso modo" dans la moyenne de l'ensemble des élections présidentielles et législatives précédentes sous la République, mais il est tout de même nettement supérieur à celui du premier tour de 1974 (15,08 %). Cette augmentation de l'abstention, qui va de pair avec un plus grand nombre de bulletins blancs ou nuls, est mise sur le compte de l'abaissement de l'âge du droit de vote (les jeunes étant censés être moins intéressés par la politique), de la relative insipidité de la campagne, ou encore de l'attente du second tour qui cristallise l'enjeu essentiel. Les deux qualifiés pour le second tour sont Valéry Giscard d'Estaing, en première position avec 28,32 %, et François Mitterrand, deuxième avec 25,85 %. Le président sortant a perdu quatre points par rapport à 1974, certainement rognés par Jacques Chirac. Son avance est faible et il apparaît fragilisé. Le résultat de Mitterrand n'est pas comparable à celui qu'il a réalisé sept ans plus tôt, en l'absence d'une union de la gauche. La plupart des commentateurs constatent que le fait le plus marquant de ce premier tour est le résultat médiocre du candidat du Parti communiste. Arrivant en quatrième position, Georges Marchais ne recueille que 15,34 % des suffrages exprimés. Accusant un net recul de près de , près d'un million et demi de voix en moins par rapport aux dernières législatives, c'est la première fois depuis 1958 que le vote communiste descend en dessous de 20 %. . Il semblerait donc que, par ricochet, le candidat socialiste a bénéficié du vote utile. Le parti se réfugie derrière la thèse d'un « accident électoral ». Le troisième homme, Jacques Chirac, échoue à atteindre son objectif : être présent au second tour. Néanmoins, son résultat (18,00 %), supérieur à ce que laissaient envisager les sondages d'intentions de vote, est plus qu'honorable, d'autant plus qu'en cumulant les voix de Marie-France Garaud (1,33 %) et Michel Debré (1,66 %) la droite gaulliste atteint 20,99 %. Le report de ses voix sera indispensable à un candidat-président qu'il n'a cessé de critiquer. Les six petits candidats se partagent 12,48 %. Brice Lalonde, avec 3,88 %, obtient un résultat élevé pour la famille de l'écologie politique. Il est suivi par Arlette Laguiller (2,30 %), qui confirme son résultat de 1974. Le radical de gauche Michel Crépeau obtient un résultat modeste (2,21 %), proche de l'audience de son parti auprès de la population. Devancée par Debré et Garaud, Huguette Bouchardeau (1,10 %) arrive en dernière position. Les candidats de gauche totalisent 46,81 %, ceux de droite 49,31 %. La balance pourrait donc sembler pencher pour cette dernière, mais les 3,88 % d'écologistes sont réputés s'orienter plutôt vers Mitterrand (bien que Brice Lalonde n'ait pas donné de consigne de vote), et la faiblesse des communistes amoindrit la crainte d'une gauche au pouvoir notamment pour une partie de l'électorat centriste, le thème de la y jouant pour beaucoup. Quoi qu'il en soit, la question des ralliements du second tour est déterminante. Reports et ralliements. Dès le lendemain du premier tour, Jacques Chirac déclare à la presse : « Chacun devra voter selon sa conscience. À titre personnel, je ne puis que voter pour M. Giscard d'Estaing. » Son refus d'appeler ses partisans à soutenir Valéry Giscard d'Estaing pour le second tour lui vaut d'être accusé, par les partisans du président sortant, de faciliter l'élection du candidat socialiste en ne se prononçant qu'à titre personnel de cette façon ambiguë, mais peu étonnante compte tenu de ses précédentes attaques contre le chef de l'État. Giscard d'Estaing obtient néanmoins le soutien sans réserve de Michel Debré, mais Marie-France Garaud dit qu'elle votera blanc. Le groupe parlementaire des députés RPR apporte aussi son soutien, avec un manque d'enthousiasme patent, affirmant que le septennat de Giscard d'Estaing a été un échec, mais que l'« alternative collectiviste » de la gauche serait pire. Le 29 avril, au comité central du RPR, la tension est palpable entre ceux qui soutiennent le président de la République et ceux qui lui sont franchement hostiles. Alain Juppé va jusqu'à renvoyer les deux qualifiés du second tour dos à dos : « Ni M. Giscard d'Estaing ni M. Mitterrand ne veulent changer la société. » Valéry Giscard d'Estaing a écrit dans le dernier tome de ses mémoires, en 2006, que François Mitterrand, sur le point de mourir, lui avait avoué, lors d'un entretien le , que Jacques Chirac et le candidat socialiste s'étaient rencontrés au domicile d'Édith Cresson dans le but de conclure un pacte électoral, quelques jours avant l'élection. À cette occasion, François Mitterrand lui aurait confié : . L'ancien ministre socialiste Pierre Joxe a révélé en 2011 que le RPR, via Charles Pasqua, a mis à disposition le fichier de ses adhérents pour leur envoyer, entre les deux tours, un appel à voter pour François Mitterrand. Si Jacques Chirac, y compris dans ses mémoires, nia tout accord de ce type, Édith Cresson, Roselyne Bachelot et plusieurs journalistes ont confirmé ce qui est appelé comme une trahison. À gauche, Arlette Laguiller (elle précise néanmoins « sans illusions »), Huguette Bouchardeau et Michel Crépeau se rallient rapidement à François Mitterrand, entre le soir et le surlendemain du premier tour. C'est le cas de plusieurs leaders syndicaux, tels que Edmond Maire, secrétaire général de la CFDT. Seul Force ouvrière renonça à donner une consigne de vote. Le 28 avril, le comité central du PCF se réunit. Charles Fiterman tance les sympathisants qui ont voté utile dès le premier tour : « Vous n'avez pas mesuré le risque que vous avez pris en contribuant à diminuer l'influence de notre parti. » Les dirigeants communistes se résolvent à soutenir le candidat socialiste, ne pouvant pas vraiment faire autrement, risquant soit de ne pas être suivis dans le cas contraire, soit d'être accusés de faciliter la victoire de la droite. Le même jour, Georges Marchais appelle donc à voter pour Mitterrand. À la télévision, il déclare avoir obtenu certaines garanties en vue de l'adoption de certaines parties du programme communiste, et ajoute : « M'avez-vous déjà vu rouler gratuitement ? » Certaines sources laissent néanmoins penser que les militants les plus fidèles du Parti communiste auraient été appelés par des cadres du parti pour voter Giscard d'Estaing, ce qui n'aurait de toute façon pas pu significativement peser sur le scrutin national, tout au plus sur des considérations politiciennes au niveau local, dans certaines circonscriptions législatives disputées. En 1988, Pierre Juquin déclare dans un entretien accordé à "Libération" que Georges Marchais lui aurait demandé de voter en faveur de Valéry Giscard d'Estaing. La revendication incessante, via le quotidien du parti "L'Humanité", de ministères communistes a sans doute été davantage de nature à gêner François Mitterrand à cause de son effet repoussoir pour les électeurs indécis. Reste le cas de Brice Lalonde. En 1981, les écologistes, qui sont l'agrégation de courants aux traditions différentes, ne sont officiellement ni de droite ni de gauche. Néanmoins, la déclaration, entre les deux tours, de leur candidat, qui explique qu'il ne peut pas appeler à voter pour Giscard d'Estaing ou pour Mitterrand, est tout de même, entre les lignes, beaucoup plus favorable à ce dernier. Michel Winock analyse que Jacques Chirac et Georges Marchais voulaient tous deux mettre en échec leurs concurrents directs, Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand. Duel entre Giscard et Mitterrand. Au lendemain du premier tour, le report des voix semble plus favorable à François Mitterrand qu'à Valéry Giscard d'Estaing. Dès le 28 avril, Georges Marchais indique qu'il appelle à voter en faveur de François Mitterrand. Le journaliste demande au secrétaire général du PCF s'il pour le candidat socialiste. Visiblement agacé, Marchais déclare : . Mais le score du candidat socialiste, supérieur de plus de dix points au score du candidat communiste défait, rend difficile pour le parti et son représentant de mener une stratégie contre Mitterrand. L'échec de Georges Marchais donne même un avantage à Mitterrand puisqu'une partie de l'électorat centriste ne redoute plus un PCF affaibli et peut dès lors envisager de voter pour le candidat socialiste. Le duel s'avère plus compliqué pour Valéry Giscard d'Estaing. Ses adversaires au sein de la majorité de droite, Michel Debré, Marie-France Garaud et Jacques Chirac, se sont montrés si critiques de son bilan durant la campagne du premier tour qu'il semble difficile pour le président sortant de rallier l'ensemble de leurs électeurs pour faire barrage à Mitterrand. C’est d'autant plus le cas que Garaud fait savoir qu'elle votera « blanc », que Debré le soutient sans réel enthousiasme et que Chirac se prononce en sa faveur « à titre personnel » le 27 avril, puis avec plus de hardiesse le 6 mai, mais non sans réserves. Entre les deux tours, la campagne prend un tour plus agressif. Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand, qui se lancent dans un nouveau tour de France des meetings, n'hésitent plus à se lancer mutuellement des attaques personnelles. Le premier sent qu'il peut perdre, le second qu'il peut gagner. Giscard d'Estaing essaie non sans mal de rallier les voix des gaullistes et le soutien du RPR, plus généralement de ceux qui sont contre la gauche. Il reprend une partie du programme de Jacques Chirac, notamment sur la fiscalité, proposant de supprimer la taxe professionnelle, et contre la bureaucratie. Il réussit à recueillir le soutien de nombreux députés du RPR, inquiets pour leur réélection en cas de défaite de la droite. Le 3 mai, une « fête de la liberté » est organisée porte de Pantin à Paris. Des célébrités, dont Mireille Mathieu, Alain Delon et Louis de Funès, participent à ce rassemblement, qui réunit plusieurs dizaines de milliers de personnes. Valéry Giscard d'Estaing lance un appel à « Madame la France ». Il met également en garde contre Mitterrand, indiquant que la bureaucratie, l'étatisme et la fiscalité s'alourdiront, et déclare que les socialistes devront dissoudre l'Assemblée nationale pour gouverner, avec un risque de blocage. Ce même jour, François Mitterrand participe à Paris à une réunion consacrée aux problèmes économiques, réunissant 200 experts, économistes et politiques, dont Jacques Attali et Jacques Delors, sous la présidence de Pierre Mendès France : le candidat socialiste dénonce une instrumentalisation de la peur par le président sortant : « parler de valse avec la mort, de Pologne de l'occident, c'est perdre tout sens commun […] ; en appeler à la peur, c'est proprement battre en retraite ». À une semaine du vote, les sondages donnent François Mitterrand vainqueur. Comme en 1974 et avec les mêmes protagonistes, un débat télévisé est organisé entre les deux candidats, le 5 mai. Alors que Valéry Giscard d'Estaing estime que son aisance devant les caméras peut lui donner un avantage décisif dans la compétition électorale, François Mitterrand se méfie de cet exercice depuis qu'il lui a été défavorable sept ans plus tôt, quand son adversaire lui lança des piques remarquées (« Vous n'avez pas le monopole du cœur » ; « Vous êtes un homme du passé »). Cette fois, le candidat socialiste, conseillé par Robert Badinter, Laurent Fabius et Serge Moati, fait savoir qu'il souhaite établir un certain nombre de conditions pour ne pas être lésé (21 au total), sur le nombre d'invités, la disposition des lieux, la distance entre les deux débatteurs, les types de plans, la place des caméras, les éclairages, etc. Dans un premier temps, François Mitterrand hésite à participer à ce débat. Les deux candidats s'accordent sur le nom des journalistes qui doivent arbitrer la confrontation : Michèle Cotta et Jean Boissonnat. Valéry Giscard d'Estaing avait écarté Jean-François Kahn et Guy Thomas. De son côté, François Mitterrand avait refusé la présence de Jean-Pierre Elkabbach. La veille du débat, François Mitterrand rend publique la lettre qu'il a envoyée à Valéry Giscard d'Estaing dans laquelle il justifie les conditions qu'il a exigées pour participer au débat. Contrairement à 1974, les deux journalistes peuvent intervenir durant l’émission. Lors du débat, François Mitterrand qualifie Valéry Giscard d'Estaing d'« homme du passif », en réaction à l'expression l'« homme du passé » dont Giscard l'avait affublé sept ans plus tôt. Il s’oppose également à Giscard d'Estaing lors d'une discussion sur le système monétaire européen et le cours du Deutsche Mark, déclarant : « je ne suis pas votre élève et vous n'êtes pas le président de la République ici ». Michèle Cotta considère ultérieurement que c'est à partir de là que Valéry Giscard d'Estaing a été moins incisif lors du débat. À l'issue de cette confrontation, selon l'institut de sondages Sofres, la comparaison entre les points forts et les points faibles des deux candidats est plutôt favorable au président sortant. Mais André Rousselet, proche de Mitterrand, fait savoir à Michèle Cotta que d'après les sondages qu'ils viennent de réaliser « c'est gagné ». Cette confrontation, soigneusement préparée par les deux adversaires, ne semble avoir eu qu'une très faible influence sur les deux tiers des Français qui l'ont suivie. Le 6 mai, à quatre jours du deuxième tour, "Le Canard enchaîné" (dont l'un des avocats est le socialiste Roland Dumas) publie des documents montrant, pour la première fois, que le ministre du Budget, Maurice Papon (RPR), a été, sous le régime de Vichy, responsable de la déportation de Juifs à Bordeaux. Le journal titre en une : « Papon, aide de camp : quand un ami de Giscard faisait déporter des Juifs ». Valéry Giscard d'Estaing dénonce une manipulation politique et nie avoir connu le passé de Papon. Selon Michel Slitinsky, historien, ancien résistant et enfant de déportés à l'origine de la découverte des documents, le journaliste Nicolas Brimo, auteur de l'article et proche de Mitterrand, aurait pris connaissance de cette histoire dès mars 1981, et a assumé le "timing" électoral de la révélation, estimant qu'elle pouvait « déplacer juives et de pieds-noirs ». Valéry Giscard d'Estaing, dans ses derniers rassemblements de campagne, évoque les menaces qui pèsent selon lui, en cas de victoire de la gauche, sur l'emploi, la famille, les jeunes et la médecine, sans oublier de critiquer les nationalisations et le montant jugé très onéreux du programme socialiste. Le 7 mai, François Mitterrand accuse le président sortant de brandir « le mensonge et la peur » et de déformer ses propositions. « Douze mensonges en vingt minutes », dit-il lors de ce meeting, « je sais bien qu'il n'a pas battu son record ». Il ajoute que le président candidat l'a attaqué une fois qu'il avait « le dos tourné » : « Ça a marché une fois avec De Gaulle en 1969 ! [Référence à la position de Giscard d'Estaing lors du référendum perdu qui suscita la démission du Général.] Tirer dans le dos, c'est sa spécialité ! Il l'a fait avec moi, mais il ratera son coup ! » Le lendemain, Giscard d'Estaing réplique en déclarant que Mitterrand « a perdu son sang-froid et en est venu aux insultes ». C'est le dernier échange entre les deux hommes avant le vote. Dans un documentaire diffusé à la télévision en 2017, Valéry Giscard d’Estaing confie qu'au début de la campagne électorale, négligeant les avis de ses conseillers, il s'est refusé d'utiliser contre Mitterrand une photo où celui-ci apparaît reçu en audience par le maréchal Pétain à la fin de l’année 1942. L'ancien président déclare : « Je n'ai utilisé aucun des arguments hors de la politique contre Mitterrand. J'avais cette photo […] et je n'ai pas voulu que la campagne qui portait sur des enjeux nationaux, porte sur des informations personnelles, qui après tout n'était pas directement en cause. ». Par ailleurs, il est notoire que durant la période d'occupation la famille Giscard est pétainiste, le père du président Valéry Giscard d'Estaing, Edmond Giscard d'Estaing, fut, comme François Mitterrand, décoré de l'ordre de la Francisque. Résultats. Victoire de François Mitterrand. Le 10 mai, en fin d'après-midi, si des chiffres circulant dans les rédactions des journaux et aux sièges des partis donnent dès 18 h 30 le candidat socialiste gagnant, l'incertitude est en revanche totale dans la population. Le suspense prend fin à , lorsque les radios et la télévision annoncent officiellement le résultat : François Mitterrand remporte ce second tour et devient le quatrième président de la République (et le premier de gauche). L'annonce télévisuelle fait planer un suspense de quelques instants, le haut d'un crâne dégarni (point commun aux deux candidats) s'affichant pixel par pixel sur les écrans avant qu'apparaisse la tête entière du vainqueur. Un peu plus tard, les résultats seront affinés : Mitterrand a obtenu 51,76 % des voix exprimées, choisi par , soit de plus que son adversaire, et de mieux que son résultat du premier tour, quand Valéry Giscard d'Estaing n'a rallié que nouveaux électeurs. Analyse et sociologie. Plusieurs politologues ont analysé la victoire de François Mitterrand comme étant davantage le résultat d'un rejet de la droite au pouvoir que d'une adhésion au programme de la gauche. La gauche électorale ne serait pas, pour autant, devenue majoritaire dans le pays en 1981. « Les Français ont donné aux socialistes la possibilité de transformer profondément la société française, mais ils ne leur ont pas réellement donné le mandat », écrira François Goguel dans "Le Monde" en novembre 1981. D'autres analyses soulignent au contraire que la France est devenue progressivement et structurellement de gauche dans le sillage des transformations de la société dans les années 1970 (urbanisation, développement des classes moyennes salariées, arrivée à maturité des générations du baby-boom, féminisme, recul des valeurs conservatrices, etc.). D'un point de vue plus strictement politique, la bipolarisation induite par les institutions de la République impliquait obligatoirement une alternance tôt ou tard. Celle-ci est d'ailleurs venue tardivement, après de pouvoir de droite. La gauche avait déjà été sur le point de gagner à l'occasion des élections législatives de 1978, et en a été empêchée principalement par sa désunion, et l'incertitude sur la nature d'une éventuelle cohabitation a retenu nombre d'électeurs de choisir l'alternance. En revanche, en 1981, les effets négatifs de la désunion de la gauche sont atténués par l'affaiblissement du PCF, tandis que la division est plus forte que jamais à droite, sans compter que la considérable dégradation de l'économie française à la fin du mandat de Valéry Giscard d'Estaing a amplifié le phénomène de rejet du pouvoir en place. Par rapport au second tour de 1974, le score du candidat socialiste s'est amélioré de . Le taux d'abstention (14,13 %) a été faible : par rapport au premier tour, supplémentaires se sont déplacés. Les votes blancs et nuls ont doublé entre les deux tours. François Mitterrand a avant tout bénéficié d'un bon report de voix : 92 % des communistes, 53 % des écologistes, et 16 % des gaullistes selon la Sofres. François Mitterrand a remporté la majorité dans 65 départements de la France métropolitaine ; il en a conquis 25 de plus qu'en 1974. Par ailleurs, vingt-et-un départements basculent de droite à gauche, tandis que seul le Var bascule en faveur de Valéry Giscard d'Estaing. Les différences catégorielles entre l'électorat de Mitterrand et celui de Giscard d'Estaing ne sont pas très marquées. On peut néanmoins noter que, en moyenne, l'électeur de gauche est légèrement plus masculin, jeune et salarié que l'électeur moyen de droite. Selon un sondage, François Mitterrand reçoit le soutien de 72 % des ouvriers et de 62 % des employés. Entre les législatives de 1978 et 1981, le PS a connu une progression importante dans de nombreux départements. Dans sept départements, la progression en proportion des suffrages exprimés est supérieure à 10 %. Du fait de la division de la majorité présidentielle, le PS connait une baisse dans le Limousin, le Massif central, le Nord-Est et dans le Nord-Pas-de-Calais. Quant au Parti communiste, il perd un quart de son électorat durant cette période. Il n'y a qu'en Lozère, en Corse-du-Sud et en Haute-Corse que le parti résiste ou gagne du terrain sur le PS. Dans quatorze départements, le PC perd plus de 10 % par rapport à 1978. Pour Emmanuel Todd, cet effondrement du PC ne peut s'expliquer sans mettre en avant la fin des Trente Glorieuses et la désindustrialisation qui a commencé à partir de 1975. Après cette élection, le PS s'était définitivement implanté dans les zones catholiques traditionnelles et dans le Bassin parisien, tandis que le PC perdait une bonne partie de ses bases électorales. Georges Marchais obtient un score semblable à celui par le PC lors des législatives en 1936, et avait perdu environ par rapport à 1978. Au premier tour, la droite regroupait 48,82 % des suffrages exprimés contre 47,24 % pour la gauche. Au second tour, 80 % des catholiques réguliers ont voté en faveur de Valéry Giscard d'Estaing contre 20 % à François Mitterrand. François Goguel analyse la hausse de l'abstention par l'abaissement de la majorité à. Célébrations de la gauche. Aussitôt après l'annonce du résultat, la place de la Bastille à Paris est remplie par une foule euphorique qui improvise une gigantesque fête sur place, malgré l'orage qui vient d'éclater. Valéry Giscard d'Estaing, qui est le premier président de la République (toutes républiques confondues) à être battu en briguant un nouveau mandat, fait une brève déclaration dans laquelle il adresse ses vœux à son successeur et annonce qu'il continuera « à défendre les intérêts essentiels de notre pays ». François Mitterrand fait sa déclaration depuis l'hôtel du Vieux-Morvan, à Château-Chinon, dans la circonscription dont il est le député. Il y déclare devant les caméras : Cette victoire est d'abord celle des forces de la jeunesse, des forces du travail, des forces de création, des forces du renouveau qui se sont rassemblées dans un grand élan national pour l'emploi, la paix, la liberté, thèmes qui furent ceux de ma campagne présidentielle et qui demeureront ceux de mon septennat. Elle est aussi celle de ces femmes, de ces hommes, humbles militants pénétrés d'idéal, qui, dans chaque commune de France, dans chaque ville, chaque village, toute leur vie, ont espéré ce jour où leur pays viendrait enfin à leur rencontre. À tous je dois et l'honneur et la charge des responsabilités qui désormais m'incombent. Je ne distingue pas entre eux. Ils sont notre peuple et rien d'autre. Je n'aurai pas d'autre ambition que de justifier leur confiance. Ma pensée va en cet instant vers les miens, aujourd'hui disparus, dont je tiens le simple amour de ma patrie et la volonté sans faille de servir. Je mesure le poids de l'histoire, sa rigueur, sa grandeur. Seule la communauté nationale entière doit répondre aux exigences du temps présent. J'agirai avec résolution pour que, dans la fidélité à mes engagements, elles trouvent le chemin des réconciliations nécessaires. Nous avons tant à faire ensemble et tant à dire aussi. Des centaines de millions d'hommes sur la terre sauront ce soir que la France est prête à leur parler le langage qu'ils ont appris à aimer d'elle. Mesdames et messieurs, j'ai une autre déclaration brève à faire. À M. Giscard d'Estaing, que je remercie de son message, j'adresse les vœux que je dois à l'homme qui, pendant sept ans, a dirigé la France. Au-delà des luttes politiques, des contradictions, c'est à l'histoire qu'il appartient maintenant de juger chacun de nos actes Conséquences et suites. Le , le Premier ministre, Raymond Barre, remet la démission de son gouvernement et les ministères se vident. Valéry Giscard d'Estaing s'adresse une dernière fois aux Français en tant que président de la République le , lors d'une déclaration télévisée dans son bureau de l'Élysée, prononçant son fameux « Au revoir », avant de se lever et de quitter la pièce, la caméra continuant de cadrer sa chaise vide durant plusieurs secondes. La cérémonie de passation de pouvoir entre le président sortant et François Mitterrand a lieu le . En quittant, à pied, l'Élysée, Valéry Giscard d'Estaing est hué et sifflé par une partie de la foule. Le même jour, le nouveau président se rend à l'hôtel de ville où il prononce un discours, puis au Panthéon, où se déroule une cérémonie retransmise à la télévision mise en scène par Serge Moati. François Mitterrand, s'extrayant d'une foule compacte, pénètre, seul et solennel dans le bâtiment, se recueille devant les tombes de Victor Schœlcher, Jean Jaurès et Jean Moulin, sur lesquelles il dépose une rose. Cette victoire socialiste se traduit sur le marché financier par des mouvements de grande ampleur. La Bourse de Paris chute de 17 % entre le 11 et le et les cotations doivent être suspendues. Sur le marché des changes, le franc est attaqué, si bien que les douaniers doivent renforcer leurs contrôles aux frontières pour éviter la fuite des capitaux. Le soir du 21 mai, comme prévu, Pierre Mauroy est nommé Premier ministre. La composition du nouveau gouvernement, comptant mais aucun communiste, est donnée le lendemain, avec des personnalités telles que Gaston Defferre (Intérieur), Jacques Delors (Économie), Michel Rocard (Plan et Aménagement du Territoire), Jean-Pierre Chevènement (Recherche et Technologie), Charles Hernu (Défense), Édith Cresson (Agriculture), Claude Cheysson (Relations extérieures), Jack Lang (Culture), Laurent Fabius (Budget), Jean Auroux (Travail), Alain Savary (Éducation), Michel Crépeau (Environnement), Michel Jobert (Commerce extérieur), etc. Le même jour, comme annoncé pendant la campagne et pour éviter l'expérimentation institutionnelle d'une cohabitation, François Mitterrand fait usage de l'article 12 de la Constitution et dissout l'Assemblée nationale. Les élections législatives des 14 et 21 juin donnent une large majorité à la gauche, donnant au nouveau président les moyens de son action politique. Avec 37,77 % des suffrages et sur 491 (on parle de « vague rose »), le Parti socialiste obtient à lui seul la majorité absolue, sans besoin de l'appoint des du PCF. Sa position de parti hégémonique de la gauche est ainsi confirmée. Néanmoins, après les élections, quatre communistes (Charles Fiterman, Anicet Le Pors, Jack Ralite, Marcel Rigout) obtiennent des ministères (de second ordre) dans le deuxième gouvernement Mauroy, qui voit aussi entrer Robert Badinter à la Justice. Relégués dans l'opposition, le RPR et l'UDF se rapprochent et définissent des accords électoraux et un programme commun. Par la même occasion, Jacques Chirac renforce sa position à droite. Entre la présidentielle et les législatives, dans les jours suivant sa nomination, le gouvernement de Pierre Mauroy prend plusieurs mesures : grâces accordées aux condamnés à mort, suppression de la Cour de sûreté de l'État, suspension de l'expulsion d'immigrés clandestins, arrêt de la construction de certaines centrales nucléaires dont celle de Plogoff, annulation du projet d'agrandissement du camp militaire du Larzac. Il annonce en outre la hausse du Smic de 10 %, des allocations familiales et des allocations logement de 25 %, du minimum vieillesse de 20 %, et la création de publics. Le gouvernement renforce également le contrôle des changes pour essayer d'enrayer la fuite des capitaux qu'a instantanément provoquée la victoire du candidat socialiste. Celle-ci a suscité une profonde consternation parmi les patrons français inquiétés par les nationalisations et l'éventualité de communistes au pouvoir, et certains d'entre eux abreuvés par diverses rumeurs prévoient un désordre généralisé. Entre les deux tours de la présidentielle, le patron des patrons François Ceyrac, président du CNPF, avait appelé à voter pour Giscard d'Estaing. Sous l'effet de l'afflux de capitaux, le franc suisse atteint des niveaux records, et la CFDT accuse le patronat de sabotage économique. Pour soutenir la monnaie nationale malmenée sur le marché des changes, la Banque de France est obligée d'y injecter de francs, renforçant la perspective d'une dévaluation et d'une augmentation de l'inflation. Deux ans plus tard, le ministre des Finances Jacques Delors met en place un changement de politique économique, qualifié de « tournant de la rigueur », provoqué tant par ces attaques contre le franc que par le coût des programmes économiques et sociaux instaurés entre-temps par le nouveau pouvoir socialiste. L'alternance permet de mettre en œuvre des actions politiques allant dans le sens du « changement » selon le programme de la gauche, non sans de vives oppositions de la droite. Certains dirigeants socialistes vont jusqu'à évoquer la Révolution française, tel Paul Quilès, qui déclare, en octobre 1981, lors du congrès de Valence : . (Le journaliste Jean-Pierre Elkabbach, souvent cité comme victime de cette volonté métaphorique de faire tomber des têtes, avait déjà été renvoyé, en juin, officieusement pour giscardisme, de la direction de l'information d'Antenne 2). Le nouveau ministre de la Culture, Jack Lang, avait quant à lui dit que l'élection de Mitterrand était un . Durant son « état de grâce », le gouvernement socialiste réalise les nationalisations des principales banques (Société générale, Crédit lyonnais, CIC, Paribas, Crédit du Nord, etc.) et de certaines des principales entreprises industrielles (Thomson, Rhône-Poulenc, Pechiney, Saint-Gobain, Usinor, Compagnie générale des eaux, Matra). Marcel Dassault échappe aux nationalisations en faisant don de 26 % des actions des Avions Marcel Dassault à l'État. Le gouvernement abolit la peine de mort ; instaure une cinquième semaine de congés payés, la semaine de et la retraite à ; accorde des aides aux entreprises qui embauchent ; accroît les droits des salariés avec les lois Auroux ; promulgue la première loi de décentralisation ; réorganise administrativement les trois premières communes françaises avec la loi PLM ; légalise les radios libres et créé une autorité de régulation de l'audiovisuel (la Haute Autorité de la communication audiovisuelle) ; et met en place d'autres réformes concernant le logement, l'enseignement supérieur, l'immigration et la santé. Le coût important de la politique sociale et économique (estimé à de francs pour la politique d'emploi, pour les nationalisations) doit être financé par de nouveaux impôts et taxes sur les hauts revenus, les sociétés et les bénéfices des grandes entreprises. Environ un an plus tard, l'élan qui a porté la gauche au pouvoir est retombé. Si les réformes sociales du gouvernement socialiste sont reconnues, son bilan économique, alors que le chômage continue d'augmenter, est rapidement considéré comme un échec. Les conséquences seront l'adoption du tournant de la rigueur, qui marque à la fois une mutation idéologique de la gauche française, son adaptation à une certaine culture de gouvernement et une désillusion chez une grande partie de ses électeurs, qui profite à moyen terme à la droite, qui revient au pouvoir pour expérimenter la première cohabitation en 1986. François Mitterrand parvient néanmoins à se faire réélire en 1988. Il est le président de la République resté le plus longtemps en fonctions ().
Élection présidentielle française de 1988 L'élection présidentielle française de 1988, qui est la sixième élection présidentielle sous la Cinquième République et la cinquième au suffrage universel direct depuis la réforme constitutionnelle de 1962, se déroule les et . Le président sortant, François Mitterrand, brigue un second mandat, se présentant pour la quatrième fois. Durant son septennat, la gauche a réussi à gouverner sur la durée alors qu'elle avait échoué par le passé, notamment du temps du Cartel des gauches et du Front populaire. Son mandat a néanmoins été marqué par le « tournant de la rigueur », avant que la droite ne remporte les élections législatives de 1986. Pour la première fois depuis 1965, le Premier ministre en exercice, à savoir le gaulliste Jacques Chirac, est candidat à l'élection présidentielle. Il est défait au second tour par François Mitterrand, après avoir été concurrencé au premier tour par l’ancien Premier ministre centriste Raymond Barre. Le scrutin est également marqué par le score élevé du candidat d’extrême droite Jean-Marie Le Pen, qui frôle les 15 % avec un discours anti-immigration. Comme en 1974, Arlette Laguiller est la seule femme candidate. Le 8 mai 1988, le second tour voit François Mitterrand l'emporter avec 54,02% des suffrages exprimés, permettant ainsi au président sortant d'entamer un second mandat. Il devient le premier Président de la République française réélu au suffrage universel pour un second septennat. Modalités du scrutin. Lors de l’élection présidentielle de 1988, le président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de sept ans. Si aucun candidat ne recueille la majorité absolue des suffrages exprimés au premier tour de scrutin, un second tour a lieu quatorze jours plus tard : seuls peuvent alors se présenter les deux candidats arrivés en tête au premier tour après retrait éventuel de candidats mieux placés. L’élection présidentielle se tient les (premier tour) et (second tour) 1988. Chaque candidat doit satisfaire plusieurs conditions : La Constitution prévoit que : Le Conseil constitutionnel est, selon l'article 58 de la Constitution, garant de la régularité de l'élection, de l'examen des réclamations et de la proclamation des résultats. Déroulement. Les dates du scrutin ont été fixées lors d'un Conseil des ministres, le . Le scrutin est organisé selon les règles fixées par le décret de convocation des électeurs, et se déroule aux dates suivantes : Premier tour. Le , au cours d'une conférence de presse commune à l'Hôtel de Matignon, Raymond Barre annonce son ralliement à la candidature de Jacques Chirac. De nombreux bulletins de vote ne furent pas comptabilisés par le Conseil constitutionnel dans sa proclamation des résultats officiels, en raison de certaines irrégularités. Les bureaux de vote concernés sont : Bar-sur-Aube (1 bureau de vote), Troyes ( bureau), Calais ( et bureaux), plusieurs communes du Val-de-Marne : Fontenay-sous-Bois ( bureau), Gentilly ( bureau), Vitry-sur-Seine ( et bureaux), et Lamentin (Guadeloupe). Certains bureaux de vote en Nouvelle-Calédonie n'ont pas pu ouvrir. Débat télévisé. Le débat d'entre-deux-tours eut lieu le . Il fut animé par Elie Vannier et Michèle Cotta et fut extrêmement tendu. Malgré sa préparation, Jacques Chirac ne parvint pas à l'emporter face à François Mitterrand, un sondage indiquant que 33 % des téléspectateurs ont été convaincus par sa prestation, contre 42 % à son contradicteur ; une autre enquête, publiée par l'Institut CSA, montre que François Mitterrand a été jugé plus convaincant par 32 %, contre 24 %. Cherchant à se mettre sur un pied d'égalité avec François Mitterrand , le Premier ministre suggéra que les deux adversaires n'étaient que « deux candidats se présentant au jugement des Français », mais il se heurta à la réponse du Président, qui de plus l'appellera « Monsieur le Premier ministre » durant tout le débat. François Mitterrand se permettra même de réutiliser la formule « vous n'avez pas le monopole du cœur ». Dès le départ, le président sortant cherche à s'affirmer comme le seul garant de l'unité nationale, et sa tactique de mise à distance vis-à-vis de Jacques Chirac met ce dernier en porte-à-faux. Lorsqu'il évoque la loi Pasqua, François Mitterrand parvient à le prendre à défaut. Interloqué, il répond . Chirac ne prendra jamais l'avantage dans le débat, étant toujours sur la défensive. L'échange sur l'affaire Gordji fut très tendu. Un certain nombre de conditions furent posées par les deux candidats pour participer au débat. François Mitterrand demanda notamment à ce que le plateau fut exactement de la taille de la grande table dans le salon Murat pour le Conseil des ministres. Le choix de la couleur du décor fut également âprement discuté. Jusqu'au dernier moment, les équipes des deux candidats inspectent le plateau. "In extremis", Serge Moati fait changer le siège de François Mitterrand, qui d'après lui le ferait apparaître comme à la télévision. François Mitterrand a refusé la présence de Patrick Poivre d'Arvor et de Catherine Nay, tandis que Jacques Chirac a refusé celle d'Alain Duhamel et d'Anne Sinclair. Michèle Cotta fut nommée par François Mitterrand à la tête de la Haute autorité de la communication audiovisuelle, qui la dirigea jusqu'à la dissolution de l'institut en 1986. Campagne du second tour. Une entrevue fut organisée par le général Pierre de Bénouville entre Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen, mais ne déboucha pas sur un soutien concret du candidat FN à Jacques Chirac. À la fin de la campagne du second tour, Jacques Chirac parvint à faire libérer les derniers otages au Liban, pensant ainsi marquer des points et rattraper son retard. Néanmoins, quasiment au même moment, la prise d'otages d'Ouvéa se termina de façon tragique lorsque la gendarmerie, sous l'égide du Groupe d'intervention de la Gendarmerie nationale, tenta une opération pour libérer les otages au cours de laquelle furent tuées. Lors du défilé du mai du Front national, Jean-Marie Le Pen déclare qu'aucune voix ne devait aller en faveur de François Mitterrand, mais refusa de choisir entre Mitterrand le candidat du « pire » et Chirac le candidat du « mal ». Le , une manifestation eut lieu pour « la défense de la V République » sur la place de la Concorde, le jour même des meetings de Jacques Chirac et de François Mitterrand. Second tour. Le , Raymond Barre annonce qu'il ne mènera pas une opposition systématique à la politique de François Mitterrand et qu'il était prêt à travailler avec lui sur certains dossiers . De son côté, Jacques Chirac concède sa défaite et annonce implicitement qu'il compte préparer au plus vite la campagne pour les élections législatives. Quant à Jean-Marie Le Pen, il critiqua la stratégie de Jacques Chirac pendant la campagne, notamment sur la stratégie de second tour. De nombreux bulletins de vote n'ont pas été comptabilisés par le Conseil constitutionnel dans sa proclamation des résultats officiels, en raison de certaines irrégularités. Les bureaux de vote concernés sont : Quimperlé (Finistère) (1 bureau de vote), Tarare (Rhône) (1 bureau de vote), Loudéac (Côtes-du-Nord) (du au bureau), Montreuil (Seine-Saint-Denis) ( bureau), Villejuif (Val-de-Marne) ( bureau). Six bureaux de vote n'ont pas pu ouvrir en Nouvelle-Calédonie. Contexte. L'élection présidentielle se déroule en pleine première cohabitation. Les rapports entre Jacques Chirac et François Mitterrand sont tendus, ce qui semble pousser le second à se présenter une quatrième fois. Entre-temps, l'ancien Premier ministre et député du Rhône Raymond Barre est de plus en plus populaire dans l'opinion et sa candidature est de plus en plus envisagée. Jacques Chirac veut quant à lui prouver qu'il est capable de gouverner avec un président n'ayant pas la même appartenance politique pour prouver ses qualités d'homme d'État. Montée de l'extrême droite. Durant le premier septennat de François Mittérand, l'extrême droite connaît une progression importante. En 1982, Jean-Marie Le Pen, qui n'avait pas obtenu les 500 parrainages en 1981, écrit une lettre à François Mitterrand pour obtenir un traitement médiatique plus équitable. Lors des municipales de 1983, le FN réalise une percée, notamment à Dreux où la liste FN fusionne avec la liste RPR pour se maintenir au second tour. La droite remporte la ville et le FN la co-dirige pendant six ans. La montée se poursuit l'année suivante où le FN talonne le Parti communiste français lors des européennes de 1984. Dans son livre "Les Français d'abord", Jean-Marie Le Pen écrit: « Nous croyons à la supériorité de la civilisation occidentale. ». À partir de 1984, il est de plus en plus invité à "L'Heure de vérité". L'émission contribue à sa médiatisation et à accroître sa popularité. Lors des législatives de 1986, le FN obtient et parvient à constituer un groupe parlementaire. Cette montée du FN va être très mal vue par Jacques Chirac, qui y vit la main de François Mitterrand. Le sur RTL dans l'émission "Le Grand Jury", Jean-Marie Le Pen déclenche une polémique à propos de la Shoah en déclarant: « Je suis passionné par l'histoire de la Deuxième Guerre mondiale. Je me pose un certain nombre de questions. Je ne dis pas que les chambres à gaz n'ont pas existé. Je n'ai pas pu moi-même en voir. Je n'ai pas étudié spécialement la question. Mais je crois que c'est un point de détail de l'histoire de la Deuxième Guerre mondiale. ». Le précédent, il avait déjà provoqué une polémique à propos des immigrés et du sida dans "L'Heure de vérité", souhaitant l'expulsion des immigrés pour réduire le chômage et l'isolement des séropositifs, parlant même de « sidaïques ». Divisions à droite. Dès 1982, Valéry Giscard d'Estaing prépare son retour en politique. Lors des élections cantonales, il est triomphalement élu à Chamalières. Il espère pouvoir affronter à nouveau François Mitterrand, mais doit faire face à la montée de Raymond Barre dans les sondages ainsi qu'à la présence sur sa droite de Jacques Chirac. Il reproche à ce dernier sa défaite, mais va préférer se rapprocher de lui plutôt que son ancien Premier ministre. À partir de 1983 et la mise en place du plan de rigueur, Valéry Giscard d'Estaing se réconcilie avec Jacques Chirac qui sort renforcé des municipales après son triomphe à Paris, alors même que Raymond Barre approuvait les mesures prises par le second plan de rigueur. Au même moment, des chefs d'entreprises et les milieux d'affaires interrogent Raymond Barre sur l'hypothèse d'une candidature présidentielle. Lorsque le scrutin proportionnel est instauré pour les législatives de 1986, Raymond Barre se démarque de Valéry Giscard d'Estaing et de Jacques Chirac en refusant l'hypothèse d'une « cohabitation » avec François Mitterrand. Au cours de la première cohabitation, Jacques Chirac devient rapidement impopulaire et ne parvient pas à appliquer tout son programme car il doit à la fois ménager son électorat et sa majorité tout en préservant ses chances pour la présidentielle. François Mitterrand va même favoriser cette perspective, persuadé qu'il va affronter son Premier ministre. La montée en puissance de Jean-Marie Le Pen ne fait qu'accentuer les divisions à droite, notamment entre ceux qui souhaitent se rapprocher du Front national comme Charles Pasqua, et ceux qui refusent, comme Raymond Barre ou Jacques Chirac. Déclin du Parti communiste français. À partir de 1979, le Parti communiste français perd de plus en plus de terrain sur le Parti socialiste à gauche. L'invasion de l'Afghanistan par l'Union soviétique en décembre 1979 est très mal défendue par Georges Marchais lors de sa conférence de presse à Moscou le , alors qu'il voulait sceller la fin de l'inimitié avec Léonid Brejnev pas plus que dix jours plus tard à "Cartes sur table". Lorsque François Mitterrand est élu en 1981, aucun communiste n'est intégré au premier gouvernement socialiste. Il attendit les élections législatives pour mesurer le rapport de force. Ayant obtenu la majorité absolue à l'Assemblée nationale, il accepte que quatre ministres, dont le du parti Charles Fiterman, entrent au gouvernement. Aucun d'eux n'occupent de poste régalien, contrairement à ce qui s'est passé après la Libération. Le , François Mitterrand confirme au vice-président américain George H. W. Bush qu'il souhaite affaiblir le Parti communiste français, chose qu'il révélera également au du parti Charles Fiterman par la suite. Le PCF soutient le gouvernement jusqu'en juillet 1984, y compris lorsque le gouvernement a proposé la loi d'amnistie en octobre 1982 pour réintégrer les généraux putschistes de 1961, et lorsque Jacques Delors annonça les deux plans du tournant de la rigueur le et le . Lors des européennes de 1984, le PCF atteint un niveau historiquement bas, le Front national faisant jeu égal avec lui avec moins de 10 % des voix. Le résultat des législatives de 1986 constitue un trompe l'œil pour le Parti communiste français, qui mena campagne seul et qui obtient à peu près le même nombre de députés qu'en 1981. À partir de l'automne 1984, le Parti communiste français est tiraillé en interne, du fait de l'émergence des « réformateurs » qui souhaitent moderniser le parti, et qui critiquent sa gestion depuis la fin des années 1960. Georges Marchais s'oppose aux réformateurs, rappelant à plusieurs reprises que le parti a abandonné l'idée de la lutte des classes. En 1985, le meneur des réformateurs Pierre Juquin est écarté du bureau politique du parti, puis exclu du parti le . Crise en Nouvelle-Calédonie. Le , des incidents violents éclatent en Nouvelle-Calédonie. Les indépendantistes kanaks s'en prennent à des caldoches qui répliquent, entraînant trois morts dont deux kanaks. L'ancien commissaire européen Edgard Pisani fut dépêché en urgence pour tenter de trouver une issue au conflit. Le , des indépendantistes tombent dans une embuscade alors que les négociations n'ont pas encore commencé. En janvier 1985, un jeune européen est assassiné. Les caldoches se révoltent, ce qui rend la situation dans l'île très critique, au point que François Mitterrand est interrogé le 16. Malgré sa visite sur l'île, la tension ne diminue pas, et ce au gré des tentatives de dialogue avec Edgard Pisani. L'arrivée de Jacques Chirac à Matignon rend la situation plus difficile, notamment à cause de la proximité des caldoches avec le RPR. Un plan dit d' proposé par Edgard Pisani est rejeté par les caldoches, qui renforcent leur prépondérance sur l'île lors des élections régionales en . Deux ans plus tard, un référendum d’autodétermination est rejeté par 98,30 % des suffrages, avec néanmoins une abstention de 40 %, principalement chez les kanaks. L'annonce d'élections le n'arrange rien, les caldoches proches du RPR considérant cette annonce comme un pied de nez du gouvernement. Campagne des principaux candidats. François Mitterrand. Lorsque la Première cohabitation démarre en mars 1986, François Mitterrand ignore encore s'il va se représenter devant les électeurs une quatrième fois. Son cancer de la prostate, dont il doit supporter le poids depuis le , s'est miraculeusement stabilisé, au point que le président se croit définitivement guéri. Lors du congrès de Lille en avril 1987, le PS prépare le terrain et les militants pour une nouvelle candidature. Le , interrogé par le politologue Olivier Duhamel sur une éventuelle candidature, François Mitterrand lui répond : « Si je me présente, je serai réélu ». En septembre 1987, François Mitterrand demande à Jacques Séguéla de préparer la campagne avec le slogan "Génération Mitterrand", chose qui avait commencé au cours d'une réunion chez le président à sa résidence de Latche le 11 juillet précédent. Celui-ci lui recommanda d'ailleurs de concentrer ses efforts contre Jacques Chirac. Le au "Club de la presse" d'Europe 1, le premier secrétaire Lionel Jospin affirme qu'« une candidature de François Mitterrand aurait la priorité sur toute autre ». François Mitterrand espérait surtout contrer Michel Rocard qui était bien placé dans les sondages d'opinion face à Jacques Chirac, bien que ce semblant de compétition fût d'ordre purement tactique. Dix jours après la déclaration de Lionel Jospin, une association « Avec François Mitterrand » regroupant artistes, journalistes et intellectuels est fondée par Paul Quilès et Maurice Benassayag, coordonnée par Jack Lang. Le , dans l’article publié dans le magazine "Globe", plusieurs personnalités affichent leur soutien à François Mitterrand : des personnalités proches de la gauche, comme Pierre Bergé, Barbara, Pierre Arditi, ou plus surprenant, Dominique Jamet, l'ancien rédacteur en chef du "Quotidien de Paris" qui avait été licencié du journal en 1981. Une semaine plus tard, Renaud publie une tribune dans le quotidien "Le Matin" avec pour titre . Après lui, Gérard Depardieu écrit dans "Le Parisien" , ou encore . Entre-temps, 350 maires et conseillers généraux signent une pétition sous le titre . Le , les premières affiches de campagne sont placardées. En tout, grandes affiches sont diffusées dans toute la France pour promouvoir la candidature de François Mitterrand, hypothétique encore à cette date. Quelques jours plus tard, il se confiait sur ses intentions à son ami Maurice Faure, au retour d'un voyage. Dès le mois de novembre, il réunit ses principaux fidèles pour mettre en forme sa campagne. Jean-Louis Bianco fut notamment chargé d'établir le lien avec certaines personnalités centristes, notamment Jacques Barrot ou Pierre Méhaignerie. À partir de janvier 1988, sa candidature devient de plus en plus probable à la suite d'une interview de Michel Rocard à la radio. Ce dernier avait appris que François Mitterrand allait se présenter le mois précédent. Le président annonce tardivement sa candidature même si le secret est éventé, Daniel Bilalian, le , parle . Finalement, le président annonce sa candidature à l'élection présidentielle le , grâce à une communication et une stratégie de campagne parfaitement rodées, malgré quelques couacs. Sa déclaration de candidature est précipitée, d'un jour seulement. Au départ, Gérard Colé souhaitait qu'il annonce sa candidature à "7 sur 7". François Mitterrand apprécie Anne Sinclair et TF1 offrirait une plus grande audience à la déclaration de candidature de Mitterrand. Le souci est qu'Alain Juppé était invité le soir où Colé voulait caser l'entretien de Mitterrand avec Anne Sinclair dans un "7 sur 7" spécial, de l'émission "Questions à domicile". De plus, Colé demande à Anne Sinclair d'écarter Jean-Marie Colombani, sans savoir que le rédacteur en chef du journal "Le Monde" a accordé un entretien à François Mitterrand. À cette occasion, il s'est réconcilié avec le journaliste, dont le journal avait révélé le scandale du "Rainbow Warrior". François Mitterrand prend les choses en main le 22 au matin. Le journal de d'Antenne 2 est finalement privilégié. Comme en 1981, Pierre Bérégovoy est son directeur de campagne, tandis qu'Henri Nallet en est le trésorier. Il reçoit le soutien de nombreux artistes, notamment Barbara, Daniel Auteuil, Catherine Lara, Charles Trenet, France Gall, Michel Berger, Claude Brasseur, Isabelle Huppert, Sandrine Bonnaire, Gérard Depardieu et Renaud, ainsi que de sportifs comme Dominique Rocheteau et d'intellectuels comme Marguerite Duras ou l'écrivain Claude Simon. Le , sa "Lettre à tous les Français" est diffusée dans de nombreux journaux, comme "Le Figaro" ou "Libération", tirée à d'exemplaires. Cette lettre servit de programme de campagne, qui se fit sur le slogan de la « France unie ». Le slogan fait de lui un candidat à part, comme entré dans l'Histoire. Le programme de campagne, organisé par Pierre Bérégovoy, Pierre Joxe et Louis Mermaz, limite au maximum la présence médiatique de François Mitterrand. Quatre grands meetings sont organisés en avril, le 8 à Rennes où il développa le thème de la « France unie » et où Barbara chanta "L'Homme à la rose", le 15 à Lyon, le 19 à Montpellier où il fit applaudir chaleureusement Michel Rocard, et le 22 au Bourget. Ses interventions à la télévision sont rares, "Questions à domicile" le et deux émissions de radio programmées jusqu'au . L'affaire du Carrefour du développement fut dévoilée durant la campagne, mais elle n'a pas eu beaucoup d'impact sur celle du président sortant. À quelques jours du premier tour, la situation en Nouvelle-Calédonie se dégrade à nouveau, avec 4 gendarmes assassinés sur l'île d'Ouvéa et prises en otage par les indépendantistes kanaks. Comme prévu par son équipe de campagne et son ami Charles Salzmann, François Mitterrand arrive largement en tête le avec 34,1 % des suffrages exprimés. Pour la campagne du second tour, trois meetings sont organisés, à Lille le , à Strasbourg le , et à Toulouse le 6. Son slogan du premier tour est amélioré, devenant « La France unie est en marche ». Lors du débat télévisé, il parvient à maîtriser l'agressivité de Jacques Chirac, notamment en l'appelant « monsieur le Premier ministre » durant toute l'émission et en lui tenant tête sur l'affaire Gordji. Par ailleurs, il avait déclaré à Jean-Pierre Elkabbach, à propos de son Premier ministre le : Considéré comme le perdant du débat, Jacques Chirac fait tout pour rattraper son retard dans les sondages, notamment en accélérant la procédure pour tenter de libérer les otages d'Ouvéa et les derniers otages au Liban. Au soir du second tour, François Mitterrand est réélu avec 54,02 % des suffrages exprimés. Jacques Chirac. Le depuis l'Hôtel de Matignon, Jacques Chirac annonce sa candidature à l'élection présidentielle. Il avait un temps envisagé d'attendre l'annonce de François Mitterrand pour se déclarer, mais change de stratégie en raison de son retard dans les sondages face à François Mitterrand et Raymond Barre. Ce dernier, soutenu par l'UDF, n'hésite pas à critiquer le Premier ministre, dont il fait pourtant partie de la majorité. Son attitude agressive durant la cohabitation lui coûte, de l'avis de spécialistes, des points dans les enquêtes d'opinion, tout comme certains couacs de communication dès le début de sa campagne (notamment l'intervention hasardeuse d'Albin Chalandon). Jacques Chirac fait de Charles Pasqua son directeur de campagne et d'Alain Juppé son porte-parole, le siège de campagne se trouvant rue de Babylone à Paris. Il met en avant de nouveaux visages, comme Nicolas Sarkozy, Jacques Toubon, Philippe Séguin ou Michèle Alliot-Marie, qui organisaient de nombreuses réunions publiques ainsi que ses meetings en relation avec Charles Pasqua. Sa fille Claude Chirac est chargée de sa communication de campagne. Bien que handicapé par sa position de candidat sortant, il bénéficie d'une certaine légitimité à droite du fait de sa fonction de chef du gouvernement, ainsi que du soutien actif du RPR, qui a d'importantes ressources financières et militantes. Un sondage publié par la Sofres en montre que son image auprès de l'opinion est assez mitigée et il reste affaibli par l'affaire Malik Oussekine qui a conduit au retrait du projet de réforme universitaire Devaquet. Si 38 % des personnes interrogées le trouvent courageux, 30 % seulement le trouvent compétent et 29 % moderne. Pire, 26 % le jugent trop agressif, et seuls 21 % des Français interrogés le jugent apte à remplir les fonctions de Président. Il tente d'apparaître plus décontracté et affiche comme à son habitude une grande vitalité : il enchaîne les réunions publiques, ce qui lui permet de rattraper et dépasser Raymond Barre dans les sondages, mais pas le président sortant. Le , son équipe de campagne organise un grand rassemblement électoral avec à l'hippodrome de Vincennes au cours duquel il raille l'absence de candidature socialiste officiellement déclarée. Il reçoit le soutien de Johnny Hallyday, qui est présent et chante lors du meeting à Vincennes. Le soir du premier tour, il arrive en deuxième position avec 19,94 % des suffrages exprimés. Ce faible score s'explique notamment par sa popularité assez moyenne, mais également par une surexposition médiatique. L'écart avec François Mitterrand est pratiquement impossible à remonter, malgré le ralliement de Raymond Barre, comme l'avait analysé Édouard Balladur durant la précampagne. Malgré sa prestation médiocre et la libération des otages au Liban et en Nouvelle-Calédonie, il ne parvient pas à remonter son retard dans les sondages. Serge Berstein et Pierre Milza analysent qu'en raison de sa « fiévreuse ambition qui ne recule devant rien », sa tentative de faire ces coups d'éclats pendant la campagne du second tour lui a peu rapporté. Durant la campagne du second tour, une entrevue est organisée par le général Pierre de Bénouville avec Jean-Marie Le Pen, en présence de Charles Pasqua et Édouard Balladur. Néanmoins, cette rencontre ne permet pas d'aboutir au soutien du candidat FN qui ne donnera pas de consigne de vote en sa faveur. Le soir du second tour, il est battu par François Mitterrand, recueillant seulement 45,98 % des suffrages exprimés. Raymond Barre. À partir de 1985, l'ancien Premier ministre envisage de plus en plus une candidature. Son refus de la cohabitation comme sa volonté d'indépendance vis-à-vis des partis contribue à renforcer sa popularité, au point même de parler d'incohérence institutionnelle. Du côte de l'UDF dont il est proche depuis 1978, certains appuient l'hypothèse de sa candidature, notamment le CDS. Néanmoins, dès , Valéry Giscard d'Estaing se rapprocha de Jacques Chirac. Durant le premier septennat, il figura toujours parmi les personnalités les plus appréciées dans les sondages d'opinion. En , Alain Duhamel faisait l'analyse suivante sur l'ancien Premier ministre : À partir de 1986, certaines enquêtes d'opinion le placent au second tour de la présidentielle et le voient potentiellement comme vainqueur face à François Mitterrand. Le sur Europe 1, il évoque pour la première fois la possibilité d'une candidature. Le , Valéry Giscard d'Estaing annonce qu'il renonce à concourir à l'élection présidentielle au journal de sur Antenne 2. Au cours de l'été 1987, l'ancien Premier ministre est de plus en plus talonné dans les sondages par Jacques Chirac tandis que François Mitterrand est toujours placé en tête. Certains parmi ses proches l'incitent à présenter rapidement sa candidature. Il déclare sa candidature le depuis le Centre de congrès de Lyon. Cette déclaration fut jugée trop courte, voire froide dans la presse nationale. Il nomme son ancien chef de cabinet et député de la Vendée Philippe Mestre comme directeur de campagne, avec la double fonction de porte-parole. Il reçoit le soutien de l'UDF cinq jours après sa déclaration de candidature. Il bénéficie du soutien de Jean-Claude Casanova, le directeur de la revue "Commentaire". L'ancien Premier ministre essaie de développer une certaine proximité avec les électeurs, notamment à travers ses meetings où il essaie de faire preuve de répartie et d'humour notamment avec la phrase « Bonne nuit les petits » inspirée du dessin animé du même nom, pour contraster la vision d'homme de rigueur qui s'est développée à Matignon à partir de septembre 1976. Malheureusement pour lui, son slogan de campagne et quelques couacs de communication font baisser les intentions de vote en faveur du député du Rhône qui ne repassera pas devant Jacques Chirac dans les sondages après janvier 1988. Charles Millon fut le coordinateur de la campagne au niveau national. Il dut également affronter une polémique sur la prétendue appartenance de sa femme au Parti communiste hongrois, alors même que celle-ci avait quitté le pays très tôt après la guerre. Il souhaite mener une campagne sobre, telle qu'il l'avait imaginée le : Il axe principalement sa campagne sur la réduction des déficits, un recentrage de la politique étrangère et la mise en place d'une politique de formation efficace pour former notamment les jeunes arrivant sur le marché du travail. Néanmoins, sa stratégie de campagne ne permet pas d'être suffisamment réceptif auprès des électeurs centristes, et certains se reportent sur François Mitterrand, qui fit tout pour affronter Jacques Chirac au second tour. Parmi les soutiens de Raymond Barre, on compte notamment Valéry Giscard d'Estaing (même si en secret, il va tout faire pour contrer cette tentative de candidature et refusa de favoriser un des deux candidats de droite) et Alain Delon, l'acteur comparant l'ancien Premier ministre au général de Gaulle dans un clip de campagne. Delon participa d'ailleurs à son meeting à Marseille. Il a également reçu le soutien de la jeune garde centriste du CDS et du Parti républicain, comme Jacques Barrot, Bernard Stasi, Bernard Bosson, Edmond Alphandéry, le président du groupe UDF Jean-Claude Gaudin, Charles Millon, François d'Aubert ou Pascal Clément. Plusieurs personnalités, comme le président du CNPF Yvon Gattaz et Hélène Carrère d'Encausse, ainsi que l'ancien gaulliste Jean Charbonnel, lui apportent leur soutien. Au soir du premier tour, Raymond Barre arrive troisième avec 16,55 % des suffrages exprimés (un score à peine plus élevé que Jean Lecanuet en 1965). Jean-Marie Le Pen. Au cours de l'année 1987, Jean-Marie Le Pen tente d'adoucir son image auprès de l'opinion, parvient à rencontrer Ronald Reagan ainsi qu'à participer au Congrès juif mondial. Il déclare officiellement sa candidature le . Pendant plus d'un mois durant l'été, il réalise une « tournée des plages » qui le mène d'Ajaccio à Dunkerque. Néanmoins, son image modérée s'effrite après ses déclarations controversées au sujet de la Shoah et des chambres à gaz lors de la Seconde Guerre mondiale sur RTL le . Son programme est assez différent des autres principaux candidats. Il met l'accent sur la sécurité, qu'il considère comme le droit premier du citoyen. Ses attaques portent principalement sur François Mitterrand, même si celles portées contre Jacques Chirac sont relativement importantes. Son équipe de campagne organise de nombreux meetings et rassemblements, et parvient notamment à réunir plus de lors d'un meeting au Stade Vélodrome à Marseille le . Avec 14,39 % des suffrages exprimés au soir du premier tour, bien qu'il ne fut crédité que de 10 à 12 % d'intentions de vote dans les sondages, son score symbolise la percée de l'extrême-droite en France dans les années 1980. André Lajoinie. Georges Marchais annonce à la télévision le lors du Journal de que le député de l'Allier sera probablement candidat lors de l'élection présidentielle. Dès le printemps 1986, le secrétaire général du parti avait annoncé son refus de se présenter une seconde fois. Le comité central du parti approuve la candidature du candidat le , alors que les sondages sont peu favorables. Au cours de la campagne, André Lajoinie défend les thèmes traditionnels du parti, comme la défense de la classe ouvrière et la lutte contre le capitalisme mais sa campagne ne décollera jamais. De plus, il fut victime de sa mauvaise prestation lors d'un débat contre Jean-Marie Le Pen le et les sondages les plus optimistes ne le créditaient que de 7 % en toute fin de campagne. En interne, les tensions deviennent de plus en plus fortes entre l'appareil du parti et les « rénovateurs ». Le , Pierre Juquin, qui avait démissionné en juin pour protester contre la candidature Lajoinie, est exclu du parti. De plus, le reçoit le soutien de Marcel Rigout, l'un des quatre ministres communistes de 1981. Son slogan de campagne fut « Pas question de se laisser faire ». La campagne du candidat communiste fut en partie financée par l'Union soviétique, le parti ayant reçu un million de dollars. Au soir du premier tour, André Lajoinie n'obtient que 6,76 % des suffrages et réalise le plus mauvais score réalisé par le Parti communiste français depuis les législatives de 1924 (à l'époque, le parti avait obtenu 5,15 % des suffrages), perdant par rapport à Georges Marchais en 1981. Faits de campagne. Le , cinq jours après la déclaration de candidature de Jacques Chirac, le ministre de la Justice Albin Chalandon se livre à une comparaison hasardeuse, voire désastreuse, de François Mitterrand, en considérant que les relations qu'entretient le président avec les Français sont semblables à celles entretenues par le maréchal Pétain avec les Français durant le régime de Vichy. Sondages. Entre janvier et mai 1988, 153 sondages ont été réalisés, soit 42 de plus qu'en 1981. Analyse. Pour le journaliste Alain Duhamel, la campagne électorale a été la plus âpre et la plus violente de l'histoire de la Cinquième République, notamment en raison du duel à distance entre Jacques Chirac et François Mitterrand. Le résultat de cette élection était attendu, du fait de la configuration de la cohabitation, de l'impopularité croissante du gouvernement Chirac et grâce à la stratégie de campagne de François Mitterrand. 70 % des personnes interrogées par la Sofres ont jugé que le résultat de l'élection était attendu après le second tour. Certains politologues ont considéré que le vote du second tour correspondait à un vote « légitimiste » ou « régalien » (Jérôme Jaffré) en faveur de François Mitterrand alors que la France restait un pays conservateur. Dans "", Hubert Védrine dresse le constat suivant : Très bien réélu, avec 54 % des suffrages, ayant perdu 10 % de ses voix de gauche de 1981 mais en ayant gagné 15 % à droite, François Mitterrand retrouve après deux années de cohabitation la plénitude de ses fonctions. Il dit désirer « l’ouverture » au début de son second mandat. Mais il ne veut pas pour autant se soumettre aux exigences excessives des centristes, indispensables pour retrouver une majorité dans l’Assemblée élue en 1986. Il doit donc dissoudre. De son côté, Hugues Portelli explique : Ceux-ci n'ont pas perçu la nature exacte du président. Désireux d'éviter l'écueil dans lequel avait failli tomber Charles de Gaulle en 1965, en confondant, au premier tour, élection et référendum, et qui avait été fatal à Valéry Giscard d'Estaing en 1981, de trouver une démarche originale, François Mitterrand est allé au plus simple, faire une campagne de « sortant », mais à la manière d'un notable dont la circonscription serait la France entière. Ainsi, tout au long de l'année 1987, tirant profit des espaces de liberté offerts par la cohabitation, François Mitterrand sillonne la « France profonde », inaugurant ici, décorant là, distillant telle réflexion à la seule presse locale. Le jour où la campagne officielle s'ouvre, « sa » campagne de premier tour est terminée. Analyse géographique. Premier tour. Lors du premier tour, Jacques Chirac n'est arrivé en tête que dans cinq départements, dans son fief de Corrèze (où il recueille son meilleur score, avec 39 % des voix), à Paris, en Lozère ainsi qu'en Corse-du-Sud et dans le Cantal, terres électorales de la droite. De son côté, Raymond Barre n'arrive en tête dans aucun département, et ne termine second que dans une petite poignée notamment en Normandie et en Rhône-Alpes. Il réalise ses meilleurs résultats en région Rhône-Alpes et son meilleur score dans son département du Rhône avec près de 25 % des voix. Jean-Marie Le Pen fait quant à lui une percée avec plus de 14 % des voix, arrivant en seconde position dans onze départements dont la plupart en Provence-Alpes-Côte d'Azur, ainsi qu'en Seine-Saint-Denis, dans le Val-d'Oise et en Alsace-Moselle. Le président du FN arrive en deuxième position dans trois régions, en Provence-Alpes-Côte d'Azur, Languedoc-Roussillon mais également en Alsace. Entre 1986 et 1988, près de supplémentaires ont porté leurs suffrages sur le candidat du FN. François Mitterrand parvient à remporter la quasi-totalité des départements, arrivant second seulement là où Jacques Chirac le devançait. Il n'obtint aucun score en dessous de 24 %. Quant à André Lajoinie, il ne parvint à réaliser un score de plus de 10 % que dans un nombre réduit de départements, n'arrivant troisième que dans cinq départements, ceux du Limousin, l'Ariège et son fief de l'Allier où il réalise son meilleur score avec 18,12 % des voix. Le PCF, signe de son déclin, arrive seulement quatrième, derrière Mitterrand, Le Pen et Chirac, en Seine-Saint-Denis, où il est particulièrement bien implanté. Pire, il ne dépasse pas les 10 % dans 81 départements, et même les 5 % dans 30 départements. Antoine Waechter réalise ses meilleurs résultats en Alsace et dans les régions de montagne mais globalement, sa performance est moins bonne que celle de Brice Lalonde en 1981. Au soir du premier tour, François Mitterrand disposait d'une marge confortable, avec de plus que Jacques Chirac, une marge qui était quasiment impossible à remonter, comme pour Alain Poher en 1969 face à Georges Pompidou. Second tour. Au second tour, François Mitterrand bénéficia du report des voix de gauche grâce à l'appui d'André Lajoinie, mais également d'un bon report des voix de Raymond Barre. Il parvint à dépasser les 60 % dans 11 départements comme Georges Pompidou en 1969, avec des succès notables comme dans le Haut-Rhin où le vote fut quasiment identique à celui des Bouches-du-Rhône (50,2 % contre 50,5 %) qui était un département plus à gauche. Jacques Chirac n’obtient une majorité de suffrages exprimés que dans les départements ayant la pratique religieuse la plus importante et les plus ancrés à droite, ainsi que dans les grandes villes. Il réalise ses meilleurs scores dans les Alpes-Maritimes et en Nouvelle-Calédonie mais échoue à l'emporter dans son département de la Corrèze. Analyse sociologique. Abstention. L'abstention est de 18,62 % au premier tour et de 15,94 % au second. Ces chiffres confirment que l'élection présidentielle était celle pour laquelle les électeurs français se mobilisaient le plus. L'abstention fut plus importante dans les villes, notamment dans le Sud-Est. Ce sont surtout les plus jeunes qui ne se sont pas déplacés pour voter (12 % au premier tour, 10 % au second tour) d'après la Sofres, tout comme les employés, ouvriers, inactifs et retraités qui se sont moins déplacés au bureau de vote (de 10 à 13% au premier tour, de 6 à 9 % au second tour). Du côté des électorats, ce sont surtout les écologistes qui ne se sont pas déplacés (13 % au premier tour, 12 % au second tour), tout comme les personnes non affiliées à un parti politique (17 % au premier tour, 15 % au second). Premier tour. Au soir du premier tour, la droite rassemblait 50,9 % des suffrages exprimés contre 49,1 % à la gauche, en comptant les écologistes. Malgré cela, François Mitterrand était assuré d'être réélu. La droite modérée ne rassemblait que 36,5 %, marquant un recul assez net depuis les élections européennes de 1984. Quant à Jacques Chirac, il n'atteignait même pas le score des trois candidats gaullistes en 1981 qui avaient fait au total 21 % des suffrages exprimés. L'électorat de Jean-Marie Le Pen est extrêmement divers, venant en grande partie de la droite traditionnelle mais aussi de déçus de la gauche : près de 27 % de son électorat avait voté en faveur de François Mitterrand en 1981, soit un peu plus de . Malgré tout, le vote Le Pen reste largement un choix de vote contestataire. Pour son premier résultat élevé lors d’une élection présidentielle, le score de 1988 du président du FN est clivé selon le niveau de diplôme des électeurs, caractéristique qui se renforcera au gré des élections présidentielles suivantes, le sondeur Jérôme Fourquet relevant : . Par ailleurs, le résultat de Jean-Marie Le Pen est quasiment identique dans tous les milieux professionnels. Pour André Lajoinie, l'électorat est très réduit, notamment chez les 18- avec une baisse de entre les législatives de 1978 (28 %) et la présidentielle (6 %) ainsi que pour les ouvriers avec seulement 15 % de l'électorat ouvrier. Il est par ailleurs particulièrement malmené dans les départements de la « ceinture rouge » autour de Paris. Le vote catholique reste relativement important à droite, notamment dans les départements où la pratique religieuse reste conséquente. Près de 82 % des pratiquants réguliers ont voté à droite, dont 40 % en faveur de Jacques Chirac, 30 % pour Raymond Barre et 12 % pour Jean-Marie Le Pen, et 54 % des étudiants. Second tour. François Mitterrand obtient quelque 87 % du vote communiste par rapport au premier tour, ainsi que 80 % du vote d'extrême gauche non-communiste, mais également les deux tiers du vote écologiste et près de 15 % du vote centriste. Environ 50 % des jeunes ouvriers et chômeurs ayant voté pour le Front national au premier tour ont voté pour lui au second tour, ainsi que 40 % des employés. De son côté, Jacques Chirac voit 65 % des électeurs du Front national se reporter sur lui. Dans la culture. L'affaire Gordji, qui fut un moment très tendu du débat présidentiel, fut l'objet d'un téléfilm intitulé "" sorti en 2012, racontant les coulisses de la Première cohabitation. Ce débat présidentiel du second tour fut adapté au théâtre, avec François Morel et Jacques Weber dans les rôles de Jacques Chirac et de François Mitterrand, et joué durant toute la semaine qui précède le second tour de l'élection présidentielle française de 2017.
Élection présidentielle française de 1995 L'élection présidentielle française de 1995 est la septième élection présidentielle à se tenir sous le régime de la Cinquième République, et la sixième au suffrage universel direct depuis la réforme constitutionnelle de 1962. Les premier et second tours sont respectivement organisés les 23 avril et . Après avoir congédié Michel Rocard, le président François Mitterrand et les gouvernements socialistes d'Édith Cresson et de Pierre Bérégovoy sont impuissants à résoudre la crise des années 1991-1993, ce qui conduit la droite à revenir aux affaires lors de la deuxième cohabitation. Jacques Chirac est candidat pour la troisième fois. Durant le second septennat de François Mitterrand, son autorité sur le RPR est remise en cause jusqu'aux législatives de 1993, notamment par Charles Pasqua et Philippe Séguin. À droite, longtemps donné grand favori par les sondages, le Premier ministre, Édouard Balladur, se présente également. Du côté du PS, Lionel Jospin s'impose comme candidat grâce à une stratégie de mise en retrait entamée après les cantonales de 1992. Les trois principaux candidats potentiels, Laurent Fabius, Michel Rocard et Jacques Delors, renoncent à se présenter. Après avoir légèrement devancé Édouard Balladur au premier tour, Jacques Chirac l'emporte avec 52,6 % des suffrages exprimés au second tour face à Lionel Jospin. La sincérité des comptes de campagne de Jacques Chirac et Édouard Balladur est remise en cause plusieurs années plus tard. Des soupçons de financement occulte, lié à l'affaire des frégates d'Arabie saoudite et des sous-marins du Pakistan, pèsent notamment sur celle du Premier ministre de l’époque. Modalités du scrutin. Lors de l’élection présidentielle de 1995, le président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de sept ans. Si aucun candidat ne recueille la majorité absolue des suffrages exprimés au premier tour de scrutin, un second tour a lieu quatorze jours plus tard : seuls peuvent alors se présenter les deux candidats arrivés en tête au premier tour après retrait éventuel de candidats mieux placés. L’élection présidentielle se tient les (premier tour) et (second tour) 1995. Chaque candidat doit satisfaire plusieurs conditions : La Constitution prévoit que : Le Conseil constitutionnel est, selon l'article 58 de la Constitution, garant de la régularité de l'élection, de l'examen des réclamations et de la proclamation des résultats. Candidats. Dépôt des candidatures. Le Conseil constitutionnel a rendu publique la liste des candidats deux semaines avant le premier tour, conformément à l'article 58 de la Constitution. Antoine Waechter et Brice Lalonde ont échoué à recueillir les 500 parrainages nécessaires, tout comme le régionaliste Max Simeoni. Déroulement. Le scrutin est organisé selon les règles fixées par le décret de convocation des électeurs, et se déroule aux dates suivantes : Premier tour. Le , Édouard Balladur et Philippe de Villiers appellent leurs électeurs à voter en faveur de Jacques Chirac. De son côté, Robert Hue et Dominique Voynet appellent à voter pour Lionel Jospin tandis qu'Arlette Laguiller ne donna aucune consigne de vote, conformément à ce qu'elle avait indiqué en janvier 1995. Campagne du second tour. Voyant son succès quasi assuré, Jacques Chirac réorienta son discours avec une ligne nettement plus libérale qu'au premier tour . Son discours devint davantage inspiré par Alain Juppé que par Philippe Séguin. Les politologues ne manquèrent pas de le faire remarquer, tout comme Lionel Jospin lors d'un meeting au lendemain du débat télévisé. Lors du défilé du mai du Front national en l'honneur de Jeanne d'Arc, Jean-Marie Le Pen ne donna aucune consigne de vote. Débat télévisé. Le débat a lieu le 2 mai 1995. Animé par Alain Duhamel et Guillaume Durand, il dure 2 h 21. Les thèmes suivants sont successivement abordés : politique et institution ; finances ; société ; Europe et monde. Bien plus décontracté que les précédents, le débat fut assez courtois et aucune tension ne fut observée. Le seul moment marquant de l'émission fut lorsque Lionel Jospin prononça sa phrase sur une éventuelle victoire de Jacques Chirac : Il vaut mieux cinq ans avec Jospin que sept ans avec Jacques Chirac. Ça serait bien long. Second tour. Lionel Jospin concède sa défaite de manière respectueuse envers Jacques Chirac, jugeant qu'une victoire était quasiment impossible après les de : Les citoyens se sont exprimés ce dimanche 7 mai pour élire le président de la République. La décision était grave et, sans doute, difficile à prendre pour beaucoup de Françaises et de Français en un temps où nombre d'entre vous doivent affronter de sérieux problèmes et s'interrogent sur l'avenir de notre pays. Une majorité a voté pour Jacques Chirac. Je le félicite pour son élection à la présidence de la République et je lui souhaite bonne chance. Je salue François Mitterrand au moment où s'achève son second septennat. Je remercie chaleureusement les quinze millions de Françaises et de Français qui m'ont apporté leurs suffrages. Dans ce grand moment de confrontation démocratique qu'est une campagne présidentielle, j'ai senti se créer autour de ma candidature et de mes propositions, un profond mouvement de renouveau. Il n'a pas permis, aujourd'hui, la victoire, mais il ne s'arrêtera pas car il est porteur d'espérance. J'invite toutes celles et tous ceux qui croient aux valeurs de justice et de progrès à se rassembler pour prolonger cette espérance et préparer les succès de demain. Contexte. Retour de la droite au pouvoir. La droite prépare activement la reconquête du pouvoir. En , Jacques Chirac et Valéry Giscard d'Estaing fondent l'Union pour la France. L'UPF souhaite gagner les élections législatives de 1993 et présenter un candidat commun à la présidentielle de 1995 à la suite d'une éventuelle primaire. La droite est divisée sur la question européenne à l'occasion du référendum sur le Traité de Maastricht. Jacques Chirac, Alain Juppé, Valéry Giscard d'Estaing ou encore Raymond Barre font campagne en faveur du . Philippe Séguin, Charles Pasqua et Philippe de Villiers portant la campagne du . Le , le l'emporte de justesse. Après une campagne sans grand suspense, l'union UDF-RPR remporte un succès considérable aux élections législatives de mars 1993, avec sur 577. Le RPR obtient , l'UDF 215 et les divers droite 23. Le , François Mitterrand nomme Edouard Balladur Premier ministre. C'est la deuxième cohabitation. L'accord entre Jacques Chirac et Édouard Balladur semble clair : le président du RPR se mettant en retrait pour préparer sa campagne présidentielle de 1995 et le Premier ministre installant simplement la droite au pouvoir en attendant le départ de François Mitterrand<ref name="Chirac/Balladur">.</ref>. Affaiblissement de la gauche. Empêtré dans les affaires et les révélations sur le passé de François Mitterrand, le PS se présente dans un bien mauvais état à la fin de l'année 1994. Incarnation d'une alternative de gauche à François Mitterrand, Michel Rocard apparaît comme le candidat naturel du PS. Néanmoins, le parti essuie de violents revers aux élections régionales et cantonales de 1992, et subit la plus lourde défaite de son histoire aux élections législatives de 1993 : seuls socialistes ou apparentés sont élus. Laurent Fabius, premier secrétaire du PS, démissionne au congrès du Bourget. Il est remplacé par Michel Rocard. Celui-ci dirige la liste socialiste aux élections européennes de 1994 : avec seulement 14,49% des voix, c'est un échec. Il est même talonné par la liste du Mouvement Radical de Gauche, emmenée par Bernard Tapie (12,03% des voix). Après le retournement des jospiniens, il démissionne de la tête du parti. Le , François Mitterrand annonça qu'il renonçait à se représenter. L'émergence de Bernard Tapie est évidemment en mesure d'affaiblir le PS à gauche. Fort de son bon score aux élections européennes, sa candidature est envisagée par le MRG. Mais, rattrapé par les scandales financiers (en particulier l'affaire VA/OM), la carrière politique de Bernard Tapie s'arrête. C'est alors que l'ancien ministre Jacques Delors, président de la Commission européenne depuis 1985, est perçu comme le dernier recours à gauche. En tête dans tous les sondages, quelle que soit la configuration, il renonce pourtant à se présenter le . Pour justifier sa décision, il explique que . Son renoncement fut assez mal vécu à gauche, mais également par l'équipe d'Édouard Balladur. Au congrès de Liévin de , Henri Emmanuelli devient Premier secrétaire du PS. Il annonce l'organisation d'une primaire interne pour désigner le candidat du Parti socialiste, dans l'hypothèse où Jacques Delors ne se présenterait pas. Celle-ci se tient le 5 février 1995, et désigne Lionel Jospin. Celui-ci fait campagne sur le thème du , qui marque une prise de distance avec François Mitterrand. De son côté, le Parti communiste français poursuit son effondrement, entamé en 1981. Robert Hue, secrétaire général depuis 1994, semble toutefois bénéficier d'une bonne image dans l'opinion. Il présente sa candidature. Campagne des principaux candidats. Jacques Chirac. Le président du RPR avait passé un accord avec Édouard Balladur après les législatives de 1993 pour pouvoir se présenter à l'élection présidentielle. Néanmoins, il fut confronté à la forte popularité d'Édouard Balladur ainsi qu'à la bonne entente entre François Mitterrand et son Premier ministre, alors même qu'il avait refusé de redevenir Premier ministre de François Mitterrand car cela lui avait beaucoup coûté lors de la présidentielle de 1988. Le , il déclare sa candidature dans un entretien à "La Voix du Nord", prenant de court l'ensemble de la majorité, y compris du côté de l'UDF. Le 12, il démissionne de la présidence du RPR, pour se consacrer exclusivement à la campagne, contrairement à 1981 et 1988 où il avait gardé sa fonction. Il s'entoure de Jacques Pilhan, un ancien conseiller de François Mitterrand pour travailler sur son image et sur sa communication avec sa fille Claude Chirac. Il choisit Patrick Stefanini pour diriger sa campagne, tandis que le jeune François Baroin fut désigné comme porte-parole. Il réalise un coup d'éclat lors de son intervention médiatisée le sur la question des SDF en France, demandant l'application de l'ordonnance du pour réquisitionner des logements. En janvier 1995, son livre programme "La France pour tous" sort en librairie et inspire en partie son slogan de campagne. Le 18 janvier, Édouard Balladur déclare sa candidature et reçoit le soutien de la quasi-totalité du gouvernement, notamment des membres RPR, exceptés Alain Juppé et Jacques Toubon tout comme Philippe Douste-Blazy et Alain Madelin qui préfèrent aller à l'encontre du soutien de son parti. Jean-Louis Debré et Philippe Séguin se rallient également à sa candidature. Il mène campagne notamment sur la « fracture sociale », théorisée en partie par le sociologue Emmanuel Todd. Sa campagne met du temps à décoller, au point que la journaliste Arlette Chabot l'interroge sur la pertinence de sa candidature. Nicolas Sarkozy va même jusqu'à suggérer que s'il se retirait, Édouard Balladur serait élu dès le premier tour. À partir du mois de février, sa campagne décolle tandis que celle d'Édouard Balladur commence à patiner, les sondages passant de 17% à 21% en sa faveur tandis Balladur connaît une chute de (de 33% à 24%). Il bénéficie notamment de l'image positive renvoyée par "Les Guignols de l'info", de l'effet de sa phrase « Mangez des pommes » mais aussi du côté austère d'Édouard Balladur. De plus, à la suite de propos mal placés sur son état de santé, François Mitterrand va favoriser sa candidature au détriment de celle de son rival RPR. Après le mois de février, les courbes s'inversent et Édouard Balladur ne rattrapa jamais son retard. Il reçoit divers soutiens, notamment Johnny Hallyday, Michel Galabru, Line Renaud ou Frédéric Mitterrand, neveu du président sortant. Il bénéficie également du soutien de Valéry Giscard d'Estaing, avec qui il s’est rapproché après leur brouille de la présidentielle de 1981. À la surprise générale, il n'arrive qu'en deuxième position lors du premier tour avec 20,84 % et n'améliore que très légèrement son score de 1988. Cependant, il remporte assez nettement le scrutin lors du second tour, avec 52,64 % des suffrages, bénéficiant d'un très bon report des voix des électeurs d'Édouard Balladur. Pour le second tour, il bénéficie du soutien de Brice Lalonde, qui lui apporta son soutien le . L'opinion était sans doute lassée des de . Lionel Jospin. L'ancien premier secrétaire du PS avait pris du recul après la défaite de la gauche lors des législatives de 1993. Ses rapports avec François Mitterrand s'étaient tendus depuis le congrès de Rennes, et il se tint à l'écart des instances du parti. Lors du congrès du Bourget, Michel Rocard le charge d'organiser les « Assises de transformation sociale », censées rassembler la gauche autour d'un nouveau projet. Au congrès de Liévin, il présenta une contribution comme un simple militant. Il reçoit la bénédiction de Pierre Mauroy, que François Mitterrand avait tenté de convaincre de concourir. Lorsque Jacques Delors renonce à concourir le à l'émission "7 sur 7", il commence à réfléchir à une éventuelle candidature. Daniel Vaillant, proche de Lionel Jospin depuis les années 1970, lui fait l'analyse suivante : Il parvient à ramener vers lui les soutiens de Jacques Delors, notamment François Hollande. Le , il annonce devant le bureau national du PS qu'il est prêt à se présenter à l'élection présidentielle. Le soir même de son annonce de candidature, il reçoit le soutien du bureau politique du Mouvement des citoyens, fondé par les anciens du CERES. En coulisses, la Gauche socialiste tente de se rapprocher du mouvement Radical pour empêcher une candidature Jospin. La fédération socialiste de Haute-Garonne se mêle également à ces intrigues contre l'ancien ministre. Un mois plus tard, Lionel Jospin remporte la primaire face au premier secrétaire, Henri Emmanuelli. Il reçoit également le soutien du mouvement Radical, après le retrait de son président Jean-François Hory le . Il constitue rapidement son équipe de campagne. Originalité par rapport aux précédents scrutins, il innove en nommant cinq porte-parole : Martine Aubry, Jean-Marc Ayrault, Dominique Strauss-Kahn, George Pau-Langevin et Daniel Percheron. Jacques Delors préside le comité de soutien, tandis que Jean Glavany dirige la campagne. Rapidement, il réclame un « droit d'inventaire » sur l'action de François Mitterrand. Il mène campagne principalement sur le passage aux , ainsi que pour la création d'« emplois jeunes », de la réduction du mandat présidentiel et l'adoption du quinquennat. Il propose également de taxer l'argent de la spéculation qui n'est pas réinvesti dans l'économie. Malgré leurs relations difficiles depuis 1990, François Mitterrand lui apporte son soutien le . Il reçoit le soutien du parti Radical le . Son début de campagne fut fortement amputé du duel entre Édouard Balladur et Jacques Chirac, et ne décolla véritablement qu'au mois de février, les sondages ne le créditant que de 17% à 20% d'intentions de vote. Par ailleurs, il ne tient son premier meeting de campagne que le . Sa campagne permit au Parti socialiste de redresser son image. En février 1995, un sondage indiquait que 60 % des Français avaient une mauvaise image du PS, contre 26 % d'opinion favorable. Le mois suivant, la courbe s'était inversée avec 47 % d'opinions favorables contre 44 % de désapprobation. À la surprise générale, il arrive en tête lors du premier tour avec 23,30 %, mais il est nettement défait lors du second tour par Jacques Chirac. Il reçut le soutien de nombreuses personnalités, dont Pierre Arditi, Yves Robert, Barbara, Pierre Perret, Erik Orsenna ou Alain Decaux. Édouard Balladur. Durant ses deux années à l'hôtel de Matignon, le Premier ministre bénéficie d'une forte popularité. L'épisode de la prise d'otages du vol Air France 8969 contribuera d'après les politologues à renforcer sa stature de candidat présidentiable dans l'opinion. Au début de l'année 1994, une enquête de l'Ifop sur le meilleur candidat pour la droite plaçait largement le Premier ministre en tête, devant Raymond Barre et Jacques Chirac. Il était plébiscité par 53 % des sondés contre 18 % à Jacques Chirac, et même 59 % pour les sympathisants de droite. Il annonce sa candidature le depuis son bureau de Matignon. Sa déclaration de candidature fut assez bien reçue dans l'opinion. Il bénéficie du soutien de la quasi-totalité du gouvernement ainsi que de l'Union pour la démocratie française qui lui apporte son soutien. Il fait de Nicolas Bazire son directeur de campagne. Sa campagne est amputée par des couacs dans sa communication, notamment l'épisode du métro qui est ressorti pendant la campagne. Il ne parvient pas à donner une image proche du peuple comme Jacques Chirac le faisait, et son passage au salon de l'Agriculture ne fut pas des plus réussis. Son programme est jugé bien trop libéral pour une bonne partie de l'opinion et des experts. L'affaire Schuller-Maréchal contribue à faire chuter les intentions de vote en sa faveur durant la campagne. Par ailleurs, comme Jacques Chaban-Delmas en 1974, il fut victime de révélations du "Canard enchaîné" sur sa feuille d'impôts. Le Premier ministre reçoit le soutien du maire de Marseille Robert Vigouroux. Le soir du premier tour, il n'obtient que 18,58 % des suffrages exprimés. Invitant ses électeurs à voter pour Jacques Chirac lors du second tour, ses partisans conspuent le candidat. Il réplique alors sèchement à ses partisans « Je vous demande de vous arrêter ! », une phrase qui deviendra l'une des phrases cultes des élections présidentielles. Jean-Marie Le Pen. Dans les années 1980, Jean-Marie Le Pen est parvenu à faire de son parti, le Front national (FN), la quatrième force électorale du pays. Il souffre cependant de la candidature de Philippe de Villiers, candidat du Mouvement pour la France (MPF). Au début de la campagne, il est crédité d’environ 8 % d'intentions de vote, contre 5 % pour ce dernier. Il déclare sa candidature le , et fut officiellement investi par son parti le . Sous le slogan , le président du FN espère profiter des divisions de la droite parlementaire pour se qualifier au second tour. Il met en avant les thèmes de l'immigration, de la souveraineté et le rejet des partis de gouvernement. Il fit également campagne sur l'idée d'une Sixième République. Sa candidature obtient le soutien d’une part importante des ouvriers, ce qui fait naître l’expression de « gaucho-lepénisme ». Crédité de 8 % des voix fin 1994, il passe à 12 % à la mi-. À la différence de l’élection présidentielle de 1988, ses adversaires de l'aile gauche s'attendent à ce qu’il obtienne un score significatif, ce qui lui attire des attaques de toute part. Il est le seul candidat à avoir refusé de répondre à une enquête du journal "Le Monde" sur ses revenus. Au soir du premier tour, il obtient, comme en 1988, la quatrième place. Avec 15,00 % des suffrages, il augmente son score de par rapport au scrutin présidentiel précédent. Après avoir affiché sa forte opposition envers Jacques Chirac pendant la campagne, il ne donne pas de consigne de vote pour le second tour. Robert Hue. Le Parti communiste français (PCF), qui a subi une déroute à l’élection présidentielle de 1988 avec la candidature d’André Lajoinie, aborde l'élection présidentielle en position de faiblesse. Le parti n'a plus le monopole de la protestation, ni le rôle pivot comme au début de la Cinquième République. Robert Hue, qui a succédé à Georges Marchais au poste de secrétaire général, entend entamer une politique de mutation du parti dont il vient de prendre la tête en l’ouvrant vers d’autres mouvements à gauche. Investi candidat à l'unanimité par le comité central du parti le , il ne subit pas de dissidence, contrairement à ce qui s’était passé pour André Lajoinie en 1988. Sous le slogan , Robert Hue axe sa campagne contre l'« argent roi » et entend faire des précaires des emplois stables, tout en réduisant le temps de travail à sans réduction de salaires. Plus feutré que Georges Marchais, il bénéficie d'une image plutôt sympathique. Malgré la concurrence à gauche de Dominique Voynet et d’Arlette Laguiller, il passe, entre et le premier tour, de 3,5 %, à 9,5 %. Il obtient finalement 8,64 % des voix, ce qui le place en cinquième position et constitue une progression de par rapport à 1988. Il appelle à voter pour Lionel Jospin au second tour. Sondages. Les sondages ont longtemps indiqué que le duel pour le second tour serait entre Édouard Balladur ou Jacques Chirac contre le candidat du Parti socialiste. Comme en 1988, ils n'ont pas anticipé suffisamment un score élevé pour Jean-Marie Le Pen car certains électeurs se refusent à avouer cette option aux instituts. De fait, cette élection constitue une surprise. Analyse. Pour la première fois, le vote contestataire (37 %) dépasse les 30 %, alors que jusqu'à présent, ce phénomène n'était limité qu'aux scrutins locaux. Par ailleurs, le vote écologiste connaît un certain essoufflement après la percée des législatives de 1993, notamment en raison de l’incapacité des Verts à profiter de la situation délicate du Parti socialiste. Analyse géographique. Premier tour. Lionel Jospin est arrivé en tête dans soixante-huit départements de France métropolitaine et en Martinique. Il obtient son meilleur score dans l'Ariège avec 33,81 %. Il arrive en seconde position dans seize départements. Il réalise ses meilleurs scores dans les départements les plus à gauche et parvient en deuxième position à Paris. Il réalise quelques bonnes surprises, comme en Vendée où il termine troisième devant Jacques Chirac et en Corse-du-Sud où il termine troisième devant Jean-Marie Le Pen. Jacques Chirac est arrivé en tête dix-sept départements de France métropolitaine et en France d'outre-mer, excepté en Martinique. Il obtient son meilleur score en Corrèze avec 49,30 %. Il arrive en seconde position dans cinquante départements. Sa campagne de premier tour lui a permis de réaliser de bons scores dans des terres traditionnellement à gauche, notamment dans le Sud-Ouest. En revanche, il n'arrive qu'en troisième position en Vendée, en Alsace et en Haute-Marne où Charles de Gaulle réalisait des scores très élevés dans les années 1960. Édouard Balladur est arrivé en tête dans six départements. Il obtient son meilleur score en Mayenne avec 26,76 %. Il arrive en seconde position dans vingt-deux départements. Globalement, il obtient ses meilleurs résultats dans des terres plutôt ancrées à droite. La cartographie de son électorat est semblable à celles de Valéry Giscard d'Estaing et de Raymond Barre avant lui. Jean-Marie Le Pen est arrivé en tête dans sept départements. Il arrive en seconde position dans douze départements. Il réalise une forte progression dans le Midi, dans le Nord industriel et réalise une percée dans l'Est. Ses moins bons scores sont principalement à l'Ouest, mais également à Paris. Il a bénéficié de la montée du régionalisme en Alsace, ce qui peut expliquer en partie pourquoi il est arrivé en tête dans la région. Philippe de Villiers est arrivé en tête dans son département de la Vendée avec 22,02 %. Comme Jean Royer en 1974, il réalise ses meilleurs scores dans les départements limitrophes avec 9,1 % dans les Deux-Sèvres, 9 % en Maine-et-Loire et 7,8 % en Charente-Maritime. Robert Hue arrive en troisième position dans quatre départements, en Dordogne et dans les départements du Limousin. Il obtient son meilleur score dans l'Allier avec 15,66 %, comme André Lajoinie sept ans plus tôt. Arlette Laguiller réalise son meilleur score dans le Puy-de-Dôme avec 6,92 %. Dominique Voynet obtient son meilleur score dans son département du Jura avec 5,87 %. Jacques Cheminade ne parvient pas à dépasser les 1 % dans le moindre département. Second tour. Lionel Jospin n'arrive en tête que dans vingt-six départements de France métropolitaine et dans la France d'outre-mer, hormis en Guyane. Jacques Chirac arrive en tête dans soixante-dix départements, et dépasse les 60 % dans 10 départements. Il obtient son meilleur score dans les Alpes-Maritimes avec 65,48 % tandis que Lionel Jospin réalise son meilleur score dans l'Ariège avec 59,83 %. Analyse sociologique. Abstention. L'abstention a été très forte lors des deux tours de scrutin, sans doute favorisée par les vacances scolaires. Lors du second tour, l'abstention a dépassé les 20 %, mais en prenant compte les 6 % de bulletins blancs ou nuls, près d'un quart des électeurs inscrits ne se sont pas prononcés. 30 % de l'électorat de Jean-Marie Le Pen s'est abstenu, et 13 % d'entre eux ont voté blanc ou nul. Premier tour. Les trois principaux candidats n'ont recueilli que 62,7 % des suffrages exprimés, soit à peine 48,05 % des inscrits. La droite représente 58 % des électeurs tandis que la gauche ne pèse que 42 % si l'on inclut l'électorat écologiste. Le succès inattendu de Lionel Jospin s'explique en partie par la double candidature au sein de la droite. Jacques Chirac a surtout bénéficié de son électorat traditionnel. Le vote utile a défavorisé en partie Robert Hue, tandis que l'écologie politique montrait ses faiblesses. Dominique Voynet a perdu par rapport à Antoine Waechter en 1988, tandis que Robert Hue enregistrait une progression de , même si son score était semblable aux deux candidats communistes en 1988. Arlette Laguiller fut la seule à tirer profit des sondages, et obtint pour la première fois plus de 5 % des suffrages. Seulement séparaient Jacques Chirac et Édouard Balladur. Jean-Marie Le Pen a encore progressé par rapport au scrutin précédent, notamment chez les ouvriers et les chômeurs. Certains historiens et politologues considèrent également que Jacques Chirac a été victime du vote utile en raison de l'orientation de son discours de campagne. Second tour. 51 % des électeurs de Jean-Marie Le Pen ont voté en faveur de Jacques Chirac, contre 28 % pour Lionel Jospin. Lors du second tour, Jacques Chirac n'a été élu qu'avec 39,5 % des électeurs inscrits. Le score de Jacques Chirac se situe entre les scores réalisés par François Mitterrand en 1981 et 1988, ce qui tend à montrer qu'une partie de l'électorat centriste qui avait voté pour ce dernier est revenu vers un vote à droite. Avec près de 6 % de votes blancs ou nuls, ce scrutin marque un certain rejet d'une partie des électeurs des partis traditionnels. Comptes de campagne. C'est la première élection présidentielle française où les comptes de campagnes sont vérifiés. Les comptes de tous les candidats sont validés sauf ceux de Jacques Cheminade. Les comptes de campagne d'Édouard Balladur sont mis en doute à partir de 2010 pour avoir intégré d'importantes sommes en liquide qui pourraient émaner de possibles rétrocommissions d'un contrat militaire avec le Pakistan. Selon le président d'alors du Conseil constitutionnel, Roland Dumas, les comptes n'ont été validés qu'après de houleux débats en passant outre des anomalies dans les comptes de campagne d'Édouard Balladur mais aussi de Jacques Chirac. Selon Jacques Robert, qui siégeait à l'époque au Conseil constitutionnel et a été le premier à évoquer ces irrégularités en 2002, les comptes de campagne des deux candidats, , ont été ajustés à la demande de Roland Dumas. En , le quotidien "Libération" fait le lien entre le déblocage de commissions destinées au Pakistan et un versement de de francs effectué à la même époque et en espèces sur le compte de l'Association pour le financement de la campagne d'Édouard Balladur (Aficeb). Le , Édouard Balladur est mis en examen par la Cour de justice de la République dans le volet ministériel de cette affaire pour complicité de détournement de fonds publics dans l'affaire Karachi. Parallèlement, Nicolas Bazire, ex-directeur de campagne d'Édouard Balladur devenu dirigeant du groupe de luxe LVMH ; Renaud Donnedieu de Vabres, ex-conseiller du ministre de la Défense François Léotard ; Thierry Gaubert, alors membre du cabinet du ministre du Budget Nicolas Sarkozy ; Dominique Castellan, ancien patron de la branche internationale de la DCN et l'homme d'affaires franco-libanais Ziad Takieddine ont eux renvoyés en correctionnelle. En 2020, après avoir eu accès aux archives de l’institution, la cellule investigation de Radio France fait état de la « fermeté » du Conseil constitutionnel concernant le compte de Jacques Cheminade « qui tranche étrangement avec les circonvolutions juridiques qui se font jour autour des comptes de Jacques Chirac et Édouard Balladur » Après l'élection. Au lendemain du second tour, la France célèbre le cinquantième anniversaire du et est représentée par deux présidents, puisque Jacques Chirac est élu mais pas encore investi et François Mitterrand n'a pas encore quitté ses fonctions. Après quatorze ans de présidence socialiste, Jacques Chirac est investi dans ses fonctions le . Il nomme Alain Juppé, son adjoint à la mairie de Paris et ministre des Affaires étrangères du Gouvernement Édouard Balladur, au poste de Premier ministre. Quelques semaines après son élection, Jacques Chirac explique aux Français qu'il doit renoncer à son programme de réduction de la « fracture sociale » ayant « sous-estimé l'ampleur des déficits ». Il annonce vouloir réduire les déficits « pour qualifier la France pour la monnaie unique européenne ». Ce changement de cap radical par rapport à ses promesses électorales suivi de près par le « plan Juppé » provoque de vastes mouvements de grève dans les transports en . Devenu rapidement impopulaire, Jacques Chirac dissout l'Assemblée nationale le , pensant prendre de vitesse la gauche avant les législatives prévues pour 1998 et conserver ainsi la majorité. Après le second tour du scrutin, l'union RPR-UDF, qui comptait alors sur 577, n'en garde plus que 253, tandis que la gauche plurielle de Lionel Jospin (socialistes, radicaux, communistes, Verts) en remporte 319. Jacques Chirac nomme Lionel Jospin Premier ministre le , pour former la troisième cohabitation, qui durera cinq ans.
Élection présidentielle française de 2002 L'élection présidentielle française de 2002 a pourvu à l'élection, au suffrage universel et au scrutin uninominal majoritaire à deux tours, du président de la République française pour le premier quinquennat de l'histoire. Elle est la huitième élection présidentielle de la et la septième au suffrage universel direct. Le scrutin se tient les et . Cette élection intervient après cinq ans de cohabitation entre le Premier ministre socialiste, Lionel Jospin, et le président de la République, issu du RPR, Jacques Chirac. Tous deux sont donnés favoris tout au long de la campagne, mais souffrent de leur grande proximité programmatique, notamment sur les sujets européens. Lionel Jospin affirme que son programme est « moderne, mais pas socialiste », ce qui continue de brouiller les lignes. Jacques Chirac axe sa campagne sur sa critique des prélèvements obligatoires et de l'insécurité. Le « troisième homme » est un temps Jean-Pierre Chevènement, avant que la fin de campagne n'avantage le président du Front national, Jean-Marie Le Pen, qui présente un programme nationaliste en seize points. Cette élection marque durablement la vie politique française. Le premier tour place en tête Jacques Chirac (19,88 %) et, à la surprise générale, Jean-Marie Le Pen (16,86 %). Lionel Jospin arrive en troisième position avec 16,18 % des voix. Ce résultat s'explique en partie par la division de la gauche plurielle et par les scores réalisés par l'extrême gauche. C'est la deuxième fois (avec celle de 1969) qu'un candidat de gauche n'est pas présent au second tour d'une élection présidentielle sous la et la première fois qu'un candidat d'extrême droite y figure. Enfin, et pour la première fois sous la République, aucun candidat ne franchit le seuil de 20 % au premier tour. Au second tour, Jacques Chirac l'emporte avec 82,21 % des suffrages, grâce au soutien massif de la gauche, qui applique ce concept du front républicain face au candidat du Front national. La quasi-totalité des candidats éliminés au premier tour, de la société civile et des médias de masse avait appelé à voter Jacques Chirac, explicitement ou non. Au soir de sa défaite, Lionel Jospin annonce son retrait de la vie politique, puis présente la démission de son gouvernement. Après sa réélection, Jacques Chirac nomme un gouvernement dont les ministres proviennent de partis appelés à former un parti recentré : l'UMP. Ce scrutin a par la suite favorisé le concept de vote utile, tandis que l'expression de « 21 avril », en référence aux résultats du premier tour de cette élection, s'est imposée. Contexte. En 1997, après la victoire de la gauche plurielle aux élections législatives, le président Jacques Chirac nomme le premier secrétaire du Parti socialiste, Lionel Jospin, à la tête du gouvernement. C'est le début de la troisième cohabitation. Le climat politique est, d'après les descriptions du moment, particulièrement négatif, sans enjeu réel, sujet à la contestation, sur fond d'affaires judiciaires et dans un paysage politique très éclaté. À la suite du référendum de 2000, le mandat du président de la République française passe de sept à cinq ans. Le gouvernement Jospin choisit ensuite de placer la présidentielle avant les législatives, afin de redonner la primauté au Président et de limiter les risques de cohabitation. Les deux camps politiques vont dès lors se marquer de près, au point que leurs slogans se parasitent. Le Parti socialiste, dans sa pré-campagne, propose « la France en mieux, la France ensemble », alors que le candidat Chirac répond par le slogan « la France en grand, la France ensemble » (exemples de nominalisation anaphorique, figure de base de la rhétorique politique). Candidats. Évoquant la quête des parrainages par les candidats, l'universitaire Patrick Grosieux souligne que . Le Conseil constitutionnel présente, le , la liste des candidats dans un ordre tiré au sort. Un record de seize personnalités parviennent à réunir les nécessaires pour se présenter à cette huitième élection présidentielle sous la . Charles Pasqua, Nicolas Miguet, Jacques Cheminade, Antoine Waechter, Brice Lalonde, Pierre Larrouturou, Pierre Rabhi, Dieudonné ou encore Renaud Camus font partie des candidats n'étant pas parvenus à recueillir les . Gauche. Alain Lipietz se voit désigné candidat des Verts après avoir gagné la primaire écologiste mais il doit renoncer en raison de la polémique suscitée par son appel à amnistier les auteurs de crimes de sang en Corse, y compris les assassins du Préfet Erignac : il est remplacé par Noël Mamère, qui avait échoué face à lui au second tour et dont la candidature est . Extrême droite. Les tensions présentes depuis plusieurs années au sein du Front national aboutissent à une scission à la fin des années 1990. Lors du conseil national de , les partisans du délégué général du FN, Bruno Mégret, conspuent le président du parti depuis sa création, Jean-Marie Le Pen. Celui-ci fait exclure Bruno Mégret, qui cherchait à transformer le FN en parti de gouvernement en nouant des alliances avec la droite parlementaire. En , Mégret fonde le Front national-Mouvement national, qui devient ensuite le Mouvement national républicain (MNR). Une majorité de cadres et d'élus du Front national décident alors de le suivre. L'extrême droite se trouve fragilisée par ces divisions. Aux élections européennes de 1999, le FN arrive en huitième position avec 5,7 % des voix, contre 3,3 % à la liste conduite par Bruno Mégret. Jean-Marie Le Pen peine à réunir les 500 parrainages nécessaires pour se présenter, handicapé par la quête parallèle de Bruno Mégret et par les pressions de certains proches de Jacques Chirac sur certains élus de droite modérée. Premier tour. Le est inédit dans la vie politique française, puisqu'un candidat d'un parti classé à l'extrême droite de l'échiquier politique se trouve qualifié pour le second tour d'une élection présidentielle. Pour la deuxième fois sous la Cinquième République, la gauche n'est pas représentée au second tour d'une élection présidentielle (le second tour de l'élection de 1969 avait vu s'opposer également deux candidats de droite, en l'occurrence Georges Pompidou et Alain Poher). C'est également le plus fort taux d'abstention observé au premier tour d'une élection présidentielle, et ce depuis le passage en 1962 au suffrage universel, avec 28,4 %. Pour la deuxième fois consécutive, les deux candidats présents au second tour totalisent moins de 50 % des suffrages exprimés (36,74 % en 2002, 44,14 % en 1995), ce qui oblige près des deux tiers des électeurs à faire un autre choix que celui qu'ils avaient fait au premier tour. À , les estimations donnent Jacques Chirac en tête avec 20 % des voix, contre 17 % à Jean-Marie Le Pen, lequel élimine Lionel Jospin, donné à 16 % des suffrages. Ce dernier annonce le soir même son retrait de la vie politique. Si le premier tour a connu un nombre record de candidats, seuls 3 sur 16 n'ont pas dépassé 2 % des suffrages exprimés (Corinne Lepage, Christine Boutin et Daniel Gluckstein), contre 7 sur 12 en lice lors de l'élection présidentielle de 1974. Entre-deux-tours. À l'exception de Bruno Mégret, qui appelle au soutien du candidat Jean-Marie Le Pen, ainsi que d'Arlette Laguiller et Daniel Gluckstein, qui refusent de soutenir un candidat ou un autre, tous les candidats du premier tour appellent à voter pour Jacques Chirac. Des manifestations se déroulent dans la nuit du au , puis les et , dans les grandes villes françaises, pour protester contre la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour. Ces manifestations se sont poursuivies durant tout l'entre-deux-tours atteignant leur apogée pour le . De son côté, le Front national mobilise, le , entre (selon la police) et (selon les organisateurs) personnes au défilé annuel du parti à Paris en l'honneur de Jeanne d'Arc et pour soutenir Jean-Marie Le Pen. Jacques Chirac refuse de débattre à la télévision avec Jean-Marie Le Pen. Un mouvement, lancé par des militants de gauche et d'extrême gauche sur internet, invite les électeurs de gauche à aller voter pour Jacques Chirac « avec des gants ou une pince à linge sur le nez ». Second tour. Jacques Chirac est réélu président de la République avec 82,21 % ; Jean-Marie Le Pen obtient 17,79 % des suffrages exprimés, avec supplémentaires par rapport au premier tour, soit une progression de 15 %. Avec supplémentaires par rapport au premier tour, Jacques Chirac réalise une progression de 350 %. Les consignes de vote des candidats éliminés au premier tour et l'alliance de la quasi-totalité de la classe politique pour faire barrage au président du Front national permettent à Jacques Chirac d'obtenir ce résultat. Il s'agit en effet du plus important score réalisé en France dans une élection présidentielle au suffrage universel direct, Louis-Napoléon Bonaparte n'avait pas obtenu autant lors du vote au suffrage universel masculin direct de 1848 (74,2 %). Le au matin, Lionel Jospin présente sa démission. Quelques heures plus tard, Jacques Chirac nomme Jean-Pierre Raffarin au poste de Premier ministre. Résultats. Analyse générale. Le premier tour de l’élection présidentielle marque plusieurs succès pour Jean-Marie Le Pen : Ce bon résultat de Jean-Marie Le Pen doit toutefois être resitué dans un contexte de forte fragmentation de l'offre politique (16 candidats), et de fort émiettement électoral. Le candidat du FN ne gagne en effet que par rapport au résultat qu'il avait obtenu au premier tour de l'élection présidentielle de 1995. Les faibles résultats obtenus par les candidats du PS et du RPR ont indirectement favorisé le succès de Jean-Marie Le Pen, dont le socle électoral s'est avéré être beaucoup plus stable entre deux élections. En ce qui concerne les deux « candidats sortants », leurs scores sont médiocres : Jacques Chirac ne réalise que 19,88 %, soit près d'un point de moins que son score de 1995 mais aussi le score de premier tour le plus faible pour un président sortant ; quant au Premier ministre du gouvernement de la Gauche plurielle, il essuie un fort recul par rapport à 1995, et de ce fait ne se trouve pas qualifié pour le second tour, et n'arrive en tête qu'en Seine-Saint-Denis, en Ariège, dans la Haute-Garonne, dans les Hautes-Pyrénées, dans l'Aude, dans le Gers, dans le Tarn, dans les Landes et dans la Nièvre. En conséquence, Lionel Jospin annonce le même son retrait de la vie politique. Le score décevant du candidat socialiste a d'une certaine manière mis le voile sur la bonne tenue de la Gauche plurielle dans son ensemble, les candidats des Verts, du PRG, du PCF et du MDC cumulant plus de 15 % des suffrages exprimés. Arrivé quatrième au premier tour, François Bayrou obtient 6,84 % des suffrages exprimés, un score se situant dans la fourchette haute de ce que pouvaient lui laisser espérer les instituts de sondages avant l'élection, avec des intentions de vote plus proches des 5 %. Le candidat de l'UDF fait ainsi mieux qu'Arlette Laguiller et Jean-Pierre Chevènement, qui étaient crédités de scores supérieurs au cours de la campagne. Son score, le plus faible jamais atteint par l'UDF, s'explique notamment par la concurrence à la droite de Bayrou d'Alain Madelin, ex-UDF libéral qui recueille de son côté 3,91 % des suffrages exprimés. L'élection présidentielle de 2002 a également été marquée par une forte poussée de l'extrême gauche trotskyste : la candidate de LO et le candidat de la LCR obtiennent chacun le meilleur score de leur parti : Robert Hue, avec 3,4 % des suffrages, obtient un résultat historiquement mauvais pour le PCF, très éloigné du score qu'il avait obtenu à l'élection présidentielle de 1995 lors de laquelle il avait obtenu près de 9 % des suffrages. Il est en outre devancé tant par Arlette Laguiller que par Olivier Besancenot, ce qui constitue une inversion de tendance historique dans la famille de l'extrême gauche en France. Noël Mamère fait, quant à lui, le meilleur score historique en France pour un candidat écologiste, surpassant même les 5 %. Ce relatif bon score lui permet d'être le seul écologiste à avoir sa campagne remboursée. Celui qui avait fait le meilleur score écologiste, en 1988, Antoine Waechter, est surpassé de presque 1,5 %. Comptes de campagne. Les comptes de tous les candidats sont validés, sauf ceux de Bruno Mégret qui a bénéficié, de la part d’une personne morale autre qu’un parti politique (la commune de Vitrolles), d’avantages en nature. Conséquences. Politiques. De nombreux médias ayant appelé à voter Chirac à contre-cœur emploient les termes de ou de pour qualifier le . Ce jour marquerait la naissance de la conscience politique d'une partie de la génération née dans les années 1980 et 1990, tout comme le 10 mai 1981, fêté par la classe ouvrière et plus tard symbole de l'écart avec les gouvernés. Ce résultat provoque une recomposition du paysage politique. Après la démission du gouvernement Jospin, Jean-Pierre Raffarin est nommé Premier ministre par Jacques Chirac. La droite parlementaire entreprend alors de se réunir dans un mouvement d'abord appelé Union pour la majorité présidentielle, qui deviendra ensuite l'Union pour un mouvement populaire (UMP). Aux élections législatives de juin 2002, la droite l'emporte largement, tandis que le Parti socialiste obtient un mauvais score. Vote utile. La présence du Front national au second tour renforce le débat sur le vote utile pour les élections suivantes. Celui-ci est considéré par certains comme anti-démocratique, le premier tour devant représenter fidèlement les sensibilités politiques de l'ensemble des votants, et par d'autres comme une nécessité pour contrer la présence au second tour de tel ou tel candidat/parti jugés dangereux selon leurs critères. Pendant la campagne pour l'élection présidentielle de 2007, le souvenir du « 21 avril » fut largement rappelé afin d'appeler à voter « utile », c'est-à-dire pour l'un des deux candidats favoris. L'élection présidentielle de 2017 met à nouveau au second tour un candidat du Front national (Marine Le Pen, fille de Jean-Marie Le Pen) aux prises avec un candidat soutenu par les partis de gouvernement : Emmanuel Macron (En marche), ancien ministre du président sortant François Hollande. Le souvenir du « 21 avril » est évoqué. Le principe de l'élection primaire se diffusa en conséquence : il permet de mettre en compétition les candidats d'une même famille politique sans risque d'élimination par les Le Pen. Elle fut d'abord chez les socialistes fermée (2006) puis ouverte (2011), et est mise en place à droite en 2016. Ainsi, en 2007 et 2012, les candidats des deux écuries ont réalisé de bien meilleurs scores et, à l'exception de François Bayrou qui réussit une campagne de 2007 contre le vote utile, tous les petits partis ont perdu des voix. Seul le Front national est revenu au niveau de 2002. Pendant la campagne de 2012, plusieurs sondages ont prévu un « 21 avril à l'envers ». Débat sur les sondages. Il s'ensuit un débat concernant les techniques de sondages, leurs résultats et leurs interprétations. Si les résultats des derniers sondages étaient relativement fiables pour la majorité des candidats, les instituts réalisant les enquêtes ainsi que les journalistes et les personnalités politiques n'avaient pas anticipé la possible présence du Front national au second tour. Un duel RPR/PS semblant acquis, des bulletins de vote au nom de Lionel Jospin ont même été imprimés par l'équipe de celui-ci avant le premier tour. Dans "Le Monde" du , Jean-Marie Le Pen se montre confiant dans sa capacité à accéder au second tour ; son équipe de campagne a réservé à cette date des chapiteaux pour six réunions entre les deux tours. Engagement d'artistes. Durant la nuit du premier tour, Damien Saez compose et enregistre un titre en téléchargement gratuit, "Fils de France". Sur l'album "Révolution.com", No One Is Innocent dénonce l'abstentionnisme dans la chanson "Où étions-nous ?".
Élections législatives en France Les élections législatives en France déterminent les représentants siégeant à la chambre basse du Parlement. Cette chambre a eu plusieurs dénominations au cours de l'histoire, notamment : Assemblée législative sous la Révolution, Chambre des députés sous la Restauration, la monarchie de Juillet et la République, puis enfin Assemblée nationale sous les et Républiques. Sous la Cinquième République, toutes les élections législatives ont eu lieu au scrutin uninominal majoritaire à deux tours sauf les élections de 1986. Les dernières élections législatives ont eu lieu en métropole les et et un jour plus tôt pour les territoires ultramarins. Mode de scrutin. Actuel. À la différence de l'élection présidentielle, le mode de scrutin pour les élections législatives n'est pas fixé par la Constitution. L'article 25 de la constitution précise seulement qu'une loi organique fixe la durée des pouvoirs de chaque assemblée, le nombre de ses membres, leur indemnité, les conditions d'éligibilité, le régime des inéligibilités et des incompatibilités. Il limite par ailleurs le nombre de députés à 577 depuis la révision constitutionnelle de juillet 2008. Les modalités du scrutin sont fixées par le code électoral qui prescrit un scrutin uninominal majoritaire à deux tours : un député est élu dans chacune des 577 circonscriptions législatives. Chaque électeur dispose d'une voix : au premier tour de scrutin, un candidat doit pour être élu recueillir la majorité absolue des suffrages exprimés représentant au moins 25 % des "électeurs inscrits" (et pas seulement des suffrages exprimés). Si aucun candidat n'est élu, un second tour a lieu et il est organisé comme suit : Au second tour, le candidat obtenant le plus de suffrages exprimés est élu, même s'il ne s'agit pas de la majorité absolue, ce qui signifie qu'un candidat peut-être élu avec moins de 12,5 % des votes des électeurs inscrits, surtout si l'absention est particulèrement élévée. En cas d'égalité, le candidat le plus âgé est élu. En même temps que chaque député, et sur le même bulletin de vote, un suppléant est élu dans le but de remplacer le député, si son mandat prend fin dans certaines circonstances. Historique. Depuis l'instauration du suffrage universel (seulement masculin jusqu'en 1945) pour les élections législatives, celles-ci se sont déroulées selon différents modes de scrutin. Les règles fixant les conditions d'accès des candidats au second tour dans le cadre du scrutin uninominal majoritaire à deux tours ont évolué au fil du temps. À partir de 1958, il faut avoir recueilli au moins des suffrages exprimés. Cette disposition, qui avait été prise par ordonnance, est introduite en octobre 1964 dans le code électoral à l'article L162. La loi du 29 décembre 1966 modifie cet article en fixant le seuil d'accès au second tour à du nombre d'électeurs inscrits. Cette disposition est à nouveau modifiée par la loi du 19 juillet 1976 qui augmente le seuil à du nombre d'électeurs inscrits. Dates du scrutin. Le mandat de l'Assemblée nationale est de cinq ans. La loi organique 2001-419 du fixe au du mois de juin la fin des pouvoirs de l'Assemblée nationale, cinq ans après son élection. Cette loi a allongé le mandat de la afin que les élections législatives aient lieu après l'élection présidentielle. Comme le mandat présidentiel a également été fixé à cinq ans en 2000, les élections législatives ont lieu tous les cinq ans quelques semaines après l'élection présidentielle. Ce changement de calendrier permet au président nouvellement élu ou réélu de disposer d'une majorité à l'Assemblée nationale et de diminuer les risques d'une cohabitation. Néanmoins, plusieurs évènements peuvent modifier ce rapprochement électoral, notamment lors d'une démission ou d'un décès du Président de la République et également lors de la dissolution de l'Assemblée nationale. Les élections doivent se tenir dans les soixante jours qui précèdent l'expiration des pouvoirs de l'Assemblée sortante. La date exacte du scrutin est fixée par le gouvernement. Les circonscriptions. Le dernier découpage législatif (le ) date de 2009. Il est voté en 2010 et appliqué depuis les élections législatives de 2012. Mais les circonscriptions sont constituées de cantons (plusieurs communes) et parfois d'une partie d'une commune. Le découpage des cantons a été modifié par des lois votées en 2013 pour les élections départementales de 2015 (président du conseil général). . De plus, certaines circonscriptions qui sont peu peuplées (DOM, COM, TAAF) ne permettent pas un découpage pour atteindre par circonscription ou député. Il y a en tout 577 circonscriptions réparties de la sorte : Pour des raisons organisationnelles, ce sont d'abord les électeurs français de l'étranger qui votent, puis les électeurs des territoires d'outre-mer ou ultramarins et enfin les électeurs de la métropole. Électeurs. Le scrutin législatif est ouvert à tous les électeurs des scrutins nationaux inscrits sur les listes électorales, c’est-à-dire à toute personne : Candidats. Pour se présenter, un candidat doit être électeur. Il n'est pas obligé de se présenter dans la circonscription où il est inscrit mais il est en revanche interdit de se présenter dans plusieurs circonscriptions (ce qui était autorisé sous la République jusqu'à une loi de 1889 à la suite du parcours de Georges Boulanger). L'inscription sur les listes électorales n'est pas une obligation, seule la qualité d'électeur l'est. Le cumul du mandat de député avec certains autres mandats est interdit. Ainsi, un député ne peut être : De manière générale, il est interdit d'exercer plus de deux mandats électifs simultanément (sauf un mandat municipal d'une commune de moins de 3500 habitants). En outre, le cumul de la fonction de député sera interdit à compter des élections de 2017 avec les fonctions de : Enfin, un député ne peut pas être ministre : si un député est nommé au gouvernement, il est remplacé par son suppléant pendant la durée de ses fonctions gouvernementales. Financement des partis. Une partie du financement public des partis politiques est déterminée par les résultats des élections législatives. Chaque parti ayant présenté des candidats ayant obtenu chacun au moins 1 % des suffrages exprimés dans au moins cinquante circonscriptions se voit attribuer une fraction de l'aide publique prévue, au prorata du nombre de suffrages de ses candidats. Des dispositions particulières sont applicables pour les partis des collectivités d'outre-mer. Ce financement est modulé par l'application de la parité (proportion d'hommes et de femmes présentés aux élections législatives), conformément à la loi n°88-227 du relative à la transparence financière de la vie politique modifiée par la loi n°2000-493 du . Une autre partie de l'aide publique est attribuée aux partis proportionnellement au nombre de députés et sénateurs qui y sont inscrits ou rattachés. Lors de la législature 2007-2012, chaque suffrage rapportait environ 1,70 euro par an et chaque parlementaire environ par an. Majorité parlementaire. Sous la République, toutes les élections législatives ont eu lieu selon le mode de scrutin uninominal majoritaire à deux tours, sauf celle de 1986 qui eut lieu à la proportionnelle au scrutin de liste. Neuf ont résulté de la fin d'une législature, les cinq autres d'une dissolution de l'Assemblée nationale par décret du président de la République. Conséquences sur la direction du pays. La Constitution voulue par le général de Gaulle visait à renforcer les prérogatives du chef de l'État et du gouvernement au détriment du Parlement. Au cours de la République, la hiérarchisation au profit du président élu au suffrage universel et non en faveur du chef du gouvernement responsable devant le Parlement, a montré qu'il n'existait pas toujours de réelle prééminence, en particulier lors des périodes de cohabitation. Le « phénomène majoritaire » de l'Assemblée nationale est une des clefs de voûte du système institutionnel. En 1958, Michel Debré l'évoquait en s'exclamant : . Paradoxalement, malgré la volonté initiale de supprimer le « régime des partis », la République a renforcé, législature après législature, un système partisan fondé sur les grands groupes parlementaires. Ainsi, et même si la décision appartient au seul chef de l'État, tous les premiers ministres sont nommés en fonction de la majorité qui se dégage à l'Assemblée nationale à l'issue des élections législatives, rappelant, sans pour autant que ce mécanisme soit formalisé par la Constitution, les régimes parlementaires étrangers qui portent systématiquement à la tête du gouvernement le chef de la coalition victorieuse aux élections.
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Géométrie La géométrie est à l'origine la branche des mathématiques étudiant les figures du plan et de l'espace (géométrie euclidienne). Depuis la fin du , la géométrie étudie également les figures appartenant à d'autres types d'espaces (géométrie projective, géométrie non euclidienne, par exemple). Depuis le début du , certaines méthodes d'étude de figures de ces espaces se sont transformées en branches autonomes des mathématiques : topologie, géométrie différentielle et géométrie algébrique, par exemple. Si l'on veut englober toutes ces acceptions, il est difficile de définir ce qu'est, aujourd'hui, la géométrie. C'est que l'unité des diverses branches de la « géométrie contemporaine » réside plus dans des origines historiques que dans une communauté de méthodes ou d'objets. Étymologie. Le terme "géométrie" dérive du grec de "γεωμέτρης" ("geômetrês") qui signifie « géomètre, arpenteur » et vient de "γῆ" ("gê") « terre » et "μέτρον" ("métron") « mesure ». Ce serait donc « la science de la mesure du terrain ». Grandes divisions de la géométrie. Géométrie classique. Sans qualificatif particulier et sans référence à un contexte particulier (par opposition à la géométrie différentielle ou la géométrie algébrique), la "géométrie" ou encore "géométrie classique" englobe principalement : Les géométries ci-dessus peuvent être généralisées en faisant varier la dimension des espaces, en changeant le corps des scalaires (utiliser des droites différentes de la droite réelle) ou en donnant une courbure à l'espace. Ces géométries sont encore dites classiques. Par ailleurs, la géométrie classique peut être axiomatisée ou étudiée de différentes façons : Il est remarquable que l'algèbre linéaire (espaces vectoriels, formes quadratiques, formes bilinéaires alternées, formes hermitiennes et antihermitiennes) permette de construire des modèles explicites de la plupart des structures rencontrées dans ces géométries. Cela confère donc à la géométrie classique une certaine unité. Autres types de géométries. Il y a des branches des mathématiques qui sont issues de l'étude des figures des espaces euclidiens, mais qui se sont constituées en branches autonomes des mathématiques et qui étudient des espaces qui ne sont pas nécessairement plongés dans des espaces euclidiens : Les différents espaces de la géométrie classique peuvent être étudiés par la topologie, la géométrie différentielle et la géométrie algébrique. Conception de la géométrie. La géométrie admet de nombreuses acceptions selon les auteurs. Dans un sens strict, la géométrie est « l'étude des formes et des grandeurs de figures ». Cette définition est conforme à l'émergence de la géométrie en tant que science sous la civilisation grecque durant l'époque classique. Selon un rapport de Jean-Pierre Kahane, cette définition coïncide avec l'idée que se font les gens de la géométrie comme matière enseignée : c'est « le lieu où on apprend à appréhender l'espace ». En 1739, Leonhard Euler étudie le problème des sept ponts de Königsberg ; ses travaux sont considérés comme l'un des premiers résultats de géométrie ne dépendant d'aucune mesure, des résultats qu'on qualifiera de topologiques. Les questions posées durant le ont conduit à repenser les notions de forme et d'espace, en écartant la rigidité des distances euclidiennes. Il a été envisagé la possibilité de déformer continûment une surface sans préserver la métrique induite, par exemple de déformer une sphère en un ellipsoïde. : ses objets d'étude sont des ensembles, les espaces topologiques, dont la notion de proximité et de continuité est définie ensemblistement par la notion de voisinage. Selon certains mathématiciens, la topologie fait pleinement partie de la géométrie, voire en est une branche fondamentale. Cette classification peut être remise en cause par d'autres. Selon le point de vue de Felix Klein (1849-1925), la géométrie analytique « synthétisait en fait deux caractères ultérieurement dissociés : son caractère fondamentalement métrique, et l'homogénéité ». Le premier caractère se retrouve dans la géométrie métrique, qui étudie les propriétés géométriques des distances. Le second est au fondement du programme d'Erlangen, qui définit la géométrie comme l'étude des invariants d'actions de groupe. Les travaux actuels, dans des domaines de recherche portant le nom de géométrie, tendent à remettre en cause la première définition donnée. Selon Jean-Jacques Szczeciniarcz, la géométrie ne se construit pas sur « la simple référence à l'espace, ni même [sur] la figuration ou [sur] la visualisation » mais se comprend à travers son développement : « la géométrie est absorbée mais en même temps nous parait attribuer un sens aux concepts en donnant par ailleurs l'impression d'un retour au sens initial ». Jean-Jacques Sczeciniarcz relève deux mouvements dans la recherche mathématique qui a conduit à un élargissement ou à un morcellement de la géométrie : Dans le prolongement, la géométrie peut être abordée non plus comme une discipline unifiée mais comme une vision des mathématiques ou une approche des objets. Selon Gerhard Heinzmann, la géométrie se caractérise par « un usage de termes et de contenus géométriques, comme « points », « distance » ou « dimension » en tant que cadre langagier dans les domaines les plus divers », accompagné par un équilibre entre une approche empirique et une approche théorique. Histoire. L'invention de la géométrie remonte à l'Égypte antique. Géométrie classique. Pour Henri Poincaré, l’espace géométrique possède les propriétés suivantes : Les géométries euclidienne et non euclidienne correspondent à cette définition stricto sensu de l'espace. Construire une telle géométrie consiste à énoncer les règles d'agencement des quatre objets fondamentaux : le point, la droite, le plan et l'espace. Ce travail reste l'apanage de la géométrie pure qui est la seule à travailler ex nihilo. Géométrie plane. La géométrie plane repose d'abord sur une axiomatique qui définit l'espace ; puis sur des méthodes d'intersections, de transformations et de constructions de figures (triangle, parallélogramme, cercle, sphère). La géométrie projective est la plus minimaliste, ce qui en fait un tronc commun pour les autres géométries. Elle est fondée sur des axiomes : Parallélisme. Distinguer dans la géométrie projective des éléments impropres caractérise la géométrie arguésienne. Puis la géométrie affine naît de l'élimination de ces éléments impropres. Cette suppression de points crée la notion de parallélisme puisque désormais certaines paires de droites coplanaires cessent d'intersecter. Le point impropre supprimé est assimilable à la "direction" de ces droites. De plus, deux points ne définissent plus qu'un segment (celui des deux qui ne contient pas le point impropre) et rend familière la notion de "sens" ou "orientation" (c'est-à-dire, cela permet de distinguer formula_1 de formula_2). Géométries euclidienne et non euclidiennes. Le cinquième axiome ou « "postulat de parallèles" » de la géométrie d'Euclide fonde la géométrie euclidienne : Voir l'axiomatique de Hilbert ou les Éléments d'Euclide pour des énoncés plus complet de la géométrie euclidienne. La réfutation de ce postulat a conduit à l'élaboration de deux géométries non euclidiennes : la géométrie hyperbolique par Gauss, Lobatchevski, Bolyai et la géométrie elliptique par Riemann. Programme d'Erlangen. Dans la conception de Felix Klein (auteur du programme d'Erlangen), la géométrie est l'étude des espaces de points sur lesquels opèrent des groupes de transformations (appelées aussi symétries) et des quantités et des propriétés qui sont invariantes pour ces groupes. Le plan et la sphère, par exemple, sont l'un comme l'autre des espaces de dimension 2, homogènes (pas de point privilégié) et isotropes (pas de direction privilégiée), mais ils diffèrent par leurs groupes de symétrie (le groupe euclidien pour l'un, le groupe des rotations pour l'autre). Parmi les transformations les plus connues, on retrouve les isométries, les similitudes, les rotations, les réflexions, les translations et les homothéties. Il ne s'agit donc pas d'une discipline mais d'un important travail de synthèse qui a permis une vision claire des particularités de chaque géométrie. Ce programme caractérise donc plus la géométrie qu'il ne la fonde. Il eut un rôle médiateur dans le débat sur la nature des géométries non-euclidiennes et la controverse entre géométries analytique et synthétique. Géométrie des groupes classiques. Il y a en géométrie différentielle et en géométrie algébrique des groupes de Lie et des groupes algébriques, qui eux ont des espaces homogènes, et la géométrie classique se ramène souvent à l'étude de ces espaces homogènes. Les géométries affine et projective sont liées aux groupes linéaires, et les géométries euclidienne, sphérique, elliptique et hyperbolique sont liées aux groupes orthogonaux. Lorsqu'il y a des classifications explicites des groupes de Lie ou algébriques ou des leurs espaces homogènes vérifiant certaines hypothèses (groupes de Lie ou algébriques simples, espaces symétriques, variétés de drapeaux généralisées, espaces de courbure constante, par exemple), les principaux éléments de ces classifications sont parfois issus de la géométrie classique, et les groupes auxquels sont associés ces géométries classiques sont liés aux groupes dits classiques (groupes linéaires, orthogonaux, symplectiques, par exemple). La plupart des géométries classiques sont liées aux groupes de Lie ou algébriques simples, dit classiques (ils sont issus de l'algèbre linéaire). Il y a d'autres groupes de Lie ou algébriques simples, et ils sont dits « exceptionnels » et ils donnent lieu à la géométrie exceptionnelle, avec certaines analogies avec la géométrie classique. Cette distinction est due au fait que les groupes simples sont (sous certaines hypothèses) classés en plusieurs séries infinies (souvent quatre) et en un nombre fini d'autres groupes (souvent cinq), et ce sont ces derniers groupes qui sont exceptionnels, et ils ne relèvent pas de l'algèbre linéaire (du moins pas de la même manière) : ils sont souvent liés à des structures algébriques non associatives (algèbres d'octonions, algèbres de Jordan exceptionnelles, par exemple). Aux groupes de Lie ou algébriques simples sont associés des diagrammes de Dynkin (des sortes de graphes), et certaines propriétés de ces géométries peuvent se lire dans ces diagrammes. Domaines de recherche relevant de la géométrie. Géométrie riemannienne. La géométrie riemannienne peut être vue comme une extension de la géométrie euclidienne. Son étude porte sur les propriétés géométriques d'espaces (variétés) présentant une notion de vecteurs tangents, et équipés d'une métrique (métrique riemannienne) permettant de mesurer ces vecteurs. Les premiers exemples rencontrés sont les surfaces de l'espace euclidien de dont les propriétés métriques ont été étudiées par Gauss dans les années 1820. Le produit euclidien induit une métrique sur la surface étudiée par restriction aux différents plans tangents. La définition intrinsèque de métrique fut formalisée en dimension supérieure par Riemann. La notion de transport parallèle autorise la comparaison des espaces tangents en deux points distincts de la variété : elle vise à transporter de manière cohérente un vecteur le long d'une courbe tracée sur la variété riemannienne. La courbure d'une variété riemannienne mesure par définition la dépendance éventuelle du transport parallèle d'un point à un autre par rapport à la courbe les reliant. La métrique donne lieu à la définition de la longueur des courbes, d'où dérive la définition de la distance riemannienne. Mais les propriétés métriques des triangles peuvent différer de la trigonométrie euclidienne. Cette différence est en partie étudiée à travers le théorème de Toponogov, qui permet de comparer du moins localement la variété riemannienne étudiée à des espaces modèles, selon des inégalités supposées connues sur la courbure sectionnelle. Parmi les espaces modèles : Géométrie complexe. La géométrie complexe porte sur les propriétés d'espaces pouvant localement s'identifier à formula_3. Ces objets (variété complexe) présentent une certaine rigidité, découlant de l'unicité d'un prolongement analytique d'une fonction à plusieurs variables. Géométries symplectique et de contact. La géométrie symplectique est une branche de la géométrie différentielle et peut être introduite comme une généralisation en dimension supérieure de la notion d'aire orientées rencontrée en dimension 2. Elle est liée aux formes bilinéaires alternées. Les objets de cette géométrie sont les variétés symplectiques, qui sont des variétés différentielles munie d'un champ de formes bilinéaires alternées. Par exemple, un espace affine attaché à un espace vectoriel muni d'une forme bilinéaire alternée non dégénérée est une variété symplectique. La géométrie de contact est une branche de la géométrie différentielle qui étudie les variétés de contact, qui sont des variétés différentielles munies d'un champ d'hyperplans des espaces tangents vérifiant certaines propriétés. Par exemple, l'espace projectif déduit un espace vectoriel muni d'une forme bilinéaire alternée non dégénérée est une variété de contact. Applications de la géométrie. Longtemps, géométrie et astronomie ont été liées. À un niveau élémentaire, le calcul des tailles de la lune, du Soleil et de leurs distances respectives à la Terre fait appel au théorème de Thalès. Dans les premiers modèles du système solaire, à chaque planète était associé un solide platonicien. Depuis les observations astronomiques de Kepler, confirmées par les travaux de Newton, il est prouvé que les planètes suivent une orbite elliptique dont le Soleil constitue un des foyers. De telles considérations de nature géométrique peuvent intervenir couramment en mécanique classique pour décrire qualitativement les trajectoires. En ce sens, la géométrie intervient en ingénierie dans l'étude de la stabilité d'un système mécanique. Mais elle intervient encore plus naturellement dans le dessin industriel. Le dessin industriel montre les coupes ou les projections d'un objet tridimensionnel, et est annoté des longueurs et angles. C'est la première étape de la mise en place d'un projet de conception industrielle. Récemment, le mariage de la géométrie avec l'informatique a permis l'arrivée de la conception assistée par ordinateur (CAO), des calculs par éléments finis et de l'infographie. La trigonométrie euclidienne intervient en optique pour traiter par exemple de la diffraction de la lumière. Elle est également à l'origine du développement de la navigation : navigation maritime aux étoiles (avec les sextants), cartographie, navigation aérienne (pilotage aux instruments à partir des signaux des balises). Les nouvelles avancées en géométrie au trouvent des échos en physique. Il est souvent dit que la géométrie riemannienne a été initialement motivée par les interrogations de Gauss sur la cartographie de la Terre. Elle rend compte en particulier de la géométrie des surfaces dans l'espace. Une de ses extensions, la géométrie lorentzienne, a fourni le formalisme idéal pour formuler les lois de la relativité générale. La géométrie différentielle trouve de nouvelles applications dans la physique post-newtonienne avec la théorie des cordes ou des membranes. La géométrie non commutative, inventée par Alain Connes, tend à s'imposer pour présenter les bonnes structures mathématiques avec lesquelles travailler pour mettre en place de nouvelles théories physiques. Enseignement de la géométrie. La géométrie occupe une place privilégiée dans l'enseignement des mathématiques. : elle permet aux élèves de développer une réflexion sur des problèmes, de visualiser des figures du plan et de l'espace, de rédiger des démonstrations, de déduire des résultats d'hypothèses énoncées. Mais plus encore, « le raisonnement géométrique est beaucoup plus riche que la simple déduction formelle », car il s'appuie sur l'intuition née de l'« observation des figures ». Dans les années 1960, l'enseignement des mathématiques en France insistait sur la mise en pratique des problèmes relevant de la géométrie dans la vie courante. En particulier, le théorème de Pythagore était illustré par la règle du 3, 4, 5 et son utilisation en charpenterie. Les involutions, les divisions harmoniques, et les birapports étaient au programme du secondaire. Mais la réforme des mathématiques modernes, née aux États-Unis et adaptée en Europe, a conduit à réduire considérablement les connaissances enseignées en géométrie pour introduire de l'algèbre linéaire dans le second degré. Dans de nombreux pays, . Un rapport de Jean-Pierre Kahane dénonce le manque d'« une véritable réflexion didactique préalable » sur l'apport de la géométrie : en particulier, une « pratique de la géométrie vectorielle » prépare l'élève à une meilleure assimilation des notions formelles d'espace vectoriel, de forme bilinéaire…
Groupe Un groupe est un ensemble d'individus ou d'objets possédant des caractéristiques communes ou rassemblés dans le même objectif. Selon les domaines, il peut faire référence à : Économie. Un groupe est une relation plus ou moins étroite entre différentes entreprises :
Géométrie non commutative La géométrie non commutative, développée par Alain Connes, est une branche des mathématiques, et plus précisément un type de géométrie algébrique distincte de la géométrie algébrique telle qu'on l'entend habituellement (celle développée par Alexandre Grothendieck), car s'intéressant à des objets définis à partir de structures algébriques non commutatives. L'idée principale est qu'un espace au sens de la géométrie usuelle peut être décrit par l'ensemble des fonctions numériques définies sur cet espace. Cet ensemble de fonctions forme une algèbre associative sur un corps, qui est aussi commutative : le produit de deux fonctions ne dépend pas du choix d'un ordre. On peut alors songer à voir les algèbres associatives non commutatives comme des « algèbres de fonctions » sur des « espaces non commutatifs », comme le tore non commutatif. Motivations. L'approche moderne de nombreuses questions géométriques est de s'intéresser à des fonctions définies sur l'espace qu'on veut étudier. Par exemple, l'étude de la géométrie des variétés riemanniennes passe par celle des fonctions méromorphes définies sur la variété, avec comme outil central le théorème de Riemann-Roch et ses généralisations ; la géométrie algébrique, dans sa version refondue par Grothendieck, est tout entière consacrée à l'étude de fonctions généralisées (les schémas). Ces ensembles de fonctions forment, pour l'addition et la multiplication, des anneaux commutatifs, qui caractérisent dans de nombreux cas l'espace correspondant ; on peut dire ainsi que ces espaces ont, en un certain sens, une "topologie commutative." Le « rêve » d'une géométrie non commutative est d'associer de même à des anneaux non commutatifs des « espaces » qu'on pourrait interpréter comme le support des éléments de l'anneau, considérés comme des « fonctions ». Les généralisations correspondantes, hautement non triviales, sont appelées des "espaces non commutatifs", munis de "topologies non commutatives". Motivations venant de la théorie ergodique. D'un point de vue technique, une partie de la théorie développée par Alain Connes prend ses racines dans des approches plus anciennes, venant en particulier de la théorie ergodique. Vers 1970, George Mackey avait ainsi créé une théorie des "sous-groupes virtuels", qui seraient des espaces homogènes (en un sens étendu) pour les actions de groupe ergodiques ; cette théorie est désormais interprétée comme un cas particulier de géométrie non commutative. Applications en physique. En 1997, Alain Connes découvrit des applications de la géométrie non commutative à la théorie M, ce qui amena des physiciens à s'y intéresser ; des applications variées et inattendues en résultèrent, en particulier en théorie quantique des champs. C*-algèbres non commutatives et algèbres de von Neumann. La associe à une C*-algèbre commutative (par dualité) un espace séparé localement compact ; même dans le cas non commutatif, on peut associer à une C*-algèbre "S" un espace topologique "Ŝ" appelé son spectre ; on dit souvent alors que "Ŝ" est un "espace non commutatif". Il y a également une dualité entre les espaces mesurés σ-finis et les algèbres de Von Neumann commutatives, on associe de même aux algèbres de Von Neumann non commutatives des objets appelés pour cette raison "espaces mesurés" "non-commutatifs". Variétés riemanniennes non commutatives. Une variété riemannienne "M" est un espace topologique muni de structures additionnelles ; l'algèbre "C"("M") des fonctions continues sur "M" ne permet de reconstituer que la topologie. Un invariant algébrique permettant de reconstituer la structure riemannienne a été introduit par Alain Connes sous le nom de , en s'inspirant du théorème de l'indice d'Atiyah-Singer. Il est construit à partir d'un fibré vectoriel lisse "E" au-dessus de "M", le fibré de l'algèbre extérieure. L'espace de Hilbert "L"2("M", "E") des sections de "E" de carré intégrable représente "C"("M)" (par les opérateurs de multiplication) ; on peut définir un opérateur non borné "D" sur "L"2("M", "E") d'ensemble résolvant compact tel que les commutateurs ["D", "f"] sont bornés quand "f" est différentiable. En 2008, Alain Connes a démontré que "M", en tant que variété riemannienne, est caractérisée par ce triplet. Cela conduit à définir une variété riemannienne non commutative comme un triplet ("A", "H", "D") formé d'une représentation d'une C*-algèbre "A" (non commutative) sur un espace de Hilbert "H", et d'un opérateur non borné "D" sur "H", d'ensemble résolvant compact, tel que ["D", "a"] est borné pour tous les "a" d'une certaine sous-algèbre dense de "A". La recherche à ce sujet est très active, et de nombreux exemples de variétés riemanniennes non commutatives ont été construits. Schémas non commutatifs affines et projectifs. La dualité entre schémas affines et anneaux commutatifs conduit à définir par analogie une catégorie des schémas affines non commutatifs comme le dual de la catégorie des anneaux unitaires. Dans ce contexte, certaines généralisations de la topologie de Zariski permettent d'associer ces schémas affines à des objets plus généraux. La sur un anneau commutatif gradué peut aussi être étendue au cas non commutatif, en suivant les lignes d'un théorème de Serre sur la catégorie des faisceaux cohérents. Cette extension est prise comme définition de la géométrie projective non commutative par Michael Artin et J. J. Zhang. Invariants d'espaces non commutatifs. Une des questions motivant la théorie est la possibilité d'étendre des invariants topologiques classiques, comme l'homologie, au cas non commutatif, et plus précisément à les définir par dualité à partir d'algèbres d'opérateurs non commutatives. L'un des points de départ d'Alain Connes dans cette direction est sa découverte d'une nouvelle théorie cohomologique, la cohomologie cyclique, ainsi que sa relation avec la K-théorie algébrique (par l'intermédiaire des caractères de Connes–Chern). La théorie des classes caractéristiques des variétés différentiables peut s'étendre aux triplets spectraux à l'aide des outils de la cohomologie cyclique ; ainsi, la classe caractéristique fondamentale dans cette extension, le , généralise le caractère de Chern. Plusieurs généralisations du théorème de l'indice permettent l'extraction effective d'invariants numériques à partir des triplets.
Grèce La Grèce, parfois désignée par le terme Hellade, en forme longue la République hellénique (en grec : , , ou officiellement , [Démocratie hellénique] ; en grec ancien et en katharévousa ), est un pays d’Europe du Sud et des Balkans. D'une superficie de pour un peu moins de onze millions d'habitants, le pays partage des frontières terrestres avec l’Albanie, la Macédoine du Nord, la Bulgarie et la Turquie et des frontières maritimes avec Chypre, l'Albanie, l'Italie, la Libye, l'Égypte et la Turquie (cette dernière est la source du contentieux gréco-turc en mer Égée). La mer Ionienne à l'ouest et la mer Égée à l'est, parties de la mer Méditerranée, encadrent le pays. Le cinquième de son territoire est constitué de plus de et îlots, près de 200 étant habités. De plus, 80 % de son territoire est constitué de montagnes. La plus haute est le mont Olympe qui culmine à . La Grèce est considérée comme le berceau de la civilisation occidentale, patrie des arts (théâtre, architecture), de la politique (Athènes est le berceau de la démocratie), de la philosophie (stoïcisme, épicurisme, aristotélisme) et des sciences (mathématiques, physique, médecine). La Grèce antique a légué à l'Europe un patrimoine culturel et linguistique colossal. La Grèce est l'héritière d'une longue histoire riche et non moins mouvementée. La Grèce antique étend son influence sur tout le bassin méditerranéen, des cités-États à la Grèce romaine. Durant l'Antiquité tardive, l'Empire byzantin survit à la chute de Rome. Les croisades et les incessantes guerres conduisent à la chute de Constantinople en 1453. La Grèce passe sous influence ottomane pendant près de quatre siècles. La conquête ottomane n'a pas pour autant éteint l'influence grecque dans le domaine du commerce et de la culture. Les Grecs participent activement au siècle des Lumières avec le mouvement des Lumières néohellènes. Au même moment, l'Europe occidentale redécouvre la culture grecque et un fort engouement pour « tout ce qui touche à la Grèce » se développe : le philhellénisme. Les idéaux de la Révolution française puis la période napoléonienne contribuent à nourrir l'esprit national. Le du calendrier julien, les élites Helléniques réunies en assemblée nationale à Épidaure proclament l'indépendance de la Grèce vis-à-vis de la Sublime Porte. Neuf ans plus tard, après une guerre d'indépendance, le Royaume de Grèce est reconnu par le Protocole de Londres (1830). Le royaume de Grèce s'est construit en un État moderne grâce aux politiques menées par Ioánnis Kapodístrias. Toutefois, la Grèce indépendante de 1830 est limitée au Péloponnèse et à l'Attique. Le pays cherche alors tout au long du et au à unifier le monde grec : c'est la Grande Idée. Othon et la reine Amélie en sont les premiers souverains. Ils œuvrent pour la création d'une université nationale en 1835 à Athènes, embellissent la capitale en construisant de nouveaux bâtiments de style néoclassique (Académie d'Athènes, Bibliothèque Nationale, Palais Royal). Les évènements de 1843 font du pays une monarchie constitutionnelle. Dans la seconde moitié du , la Grèce entre véritablement dans la révolution industrielle. En 1869, la première ligne de chemin de fer est construite entre le port du Pirée et le centre d'Athènes puis se développe à travers tout le Péloponnèse et la Thessalie. Sous l'impulsion de Pierre de Coubertin et dans la continuité des Olympiades de 1859 d'Evangelos Zappas, les premières compétitions olympiques sont organisés en 1896. À cette occasion, la capitale athénienne s'est dotée de nouvelles infrastructures : Zappéion, Stade Panathénaïque. La première moitié du est particulièrement mouvementée : coup de Goudi de 1909 pour mettre fin à l'instabilité politique chronique, guerres balkaniques au cours desquelles le pays s'agrandit considérablement, participation de la Grèce au côté des Alliés lors de la Première Guerre mondiale, Deuxième République entre 1924 et 1935, et dictature de Ioannis Metaxas. La Seconde Guerre mondiale ravage le pays, qui connaît, en outre, une fratricide guerre civile entre communistes et royalistes jusqu'en 1949. La reconstruction permet à la Grèce de rattraper son important retard économique : c'est le miracle économique grec, avec le développement du tourisme de masse. La trop forte bipolarité qui subsiste dans la vie politique hellénique dans un monde en pleine guerre froide entraîne le coup d'État du 21 avril 1967 fomenté par une partie de l'État-Major. C'est la dictature des Colonels, régime anticommuniste et soutenu par les États-Unis. En 1974, les évènements à Chypre et l'insurrection estudiantine de l'École polytechnique participent à faire tomber le régime militaire. La démocratie est restaurée. La Grèce devient formellement une République et adhère à la Communauté européenne en 1981. En 2004, le pays accueille, pour la troisième fois dans son histoire, les Jeux olympiques modernes. Dix-septième économie européenne et forte d'un PIB de de dollars USD au début de l'année 2020, la Grèce est la économie mondiale. C'est aujourd'hui une puissance moyenne. Son "soft power" s'articule autour de sa culture classique (héritage hellénique : Aristote, Sappho, Hypatie) et moderne (littérature grecque contemporaine qui a pour chantres Maria Polydouri et Nikos Kazantzakis, cinéma avec Theos Angelopoulos, Melina Mercouri et Irène Papas, cuisine riche et variée) ainsi que de son héritage architectural incommensurable (Parthénon, Temple de Poséidon, Cyclades, Sanctuaire d'Épidaure, Achilleion). Le pays est membre des Nations Unies, de l'Union Européenne, de l'OCDE et de l'OTAN (Organisation du traité de l'Atlantique Nord). Géographie. La Grèce est située à l'extrémité sud-est des Balkans, approximativement entre 34°48′ à 41°45′ de latitude nord et de 19°00′ à 28°30′ de longitude est. Elle a une superficie de (3,3 % de la superficie de l'Union européenne). Ses côtes sont longues de . Son territoire comprend trois unités géographiques : la Grèce continentale, la presqu'île du Péloponnèse et les îles qui représentent un cinquième de la superficie totale du pays. Les côtes grecques sont bordées à l'ouest par la mer Ionienne et à l'est par la mer Égée où se trouvent la majorité des îles grecques. Les seules îles de l'Égée à ne pas être grecques sont Imbros et Ténédos. Le nombre d'îles en Grèce varie selon la définition choisie : selon l'ambassade de Grèce en France ou dont 777 dignes d'intérêt selon certains guides. Au recensement de 2001, étaient habitées, mais un tiers d'entre elles comptaient moins de cinquante habitants. La taille de ces îles habitées va de pour la plus petite Délos (qui jouit d'un statut particulier) à pour la Crète. Aucun point de la Grèce n’est éloigné de plus de cent kilomètres de la mer, dans le Péloponnèse cette distance n'est même que d'une cinquantaine de kilomètres tandis qu'en Grèce centrale elle peut atteindre soixante kilomètres. La Grèce a des frontières terrestres avec l’Albanie () au nord-ouest, la Macédoine du Nord () au nord, la Bulgarie () et la Turquie européenne () au nord-est. Le pays a des frontières maritimes avec l'Albanie, l'Italie, la Libye, l'Égypte et la Turquie (cette dernière est la source du contentieux gréco-turc en mer Égée). Relief. La Grèce est située à la rencontre des plaques tectoniques africaine et eurasiatique. Durant le Mésozoïque, elle était recouverte par l'océan Téthys dont la mer Méditerranée est un vestige. Le rapprochement entre les plaques a créé le mouvement alpin dont les montagnes de Grèce font partie. Ce mouvement a entraîné la fracture de la plaque eurasiatique créant la plaque de la mer Égée. Il a aussi créé d'immenses nappes de charriage qui font que l'ouest de la Grèce est constitué de calcaire et flysch plissés et l'est de massifs cristallins et métamorphiques. Le mouvement tectonique se poursuit ( par an) et est cause de tremblements de terre réguliers : la moitié des secousses annuelles en Europe ont lieu en Grèce. Les Cyclades (excepté le volcanisme de Santorin) sont les moins menacées par les séismes. Deux failles sont très actives : la première parcourt l'Égée d'est en ouest (de Rhodes à l'ouest de la Crète) puis remonte le long du Péloponnèse jusqu'à Corfou ; la seconde va des Dardanelles aux Sporades puis rejoint le golfe de Corinthe. Le tremblement de terre de Céphalonie et Zante du atteignit 7,2 sur l'échelle de Richter et fit . Trois ans plus tard, Amorgós fut touchée par un séisme de magnitude 7,5 et eut à déplorer . Le mouvement alpin et les charriages se sont accompagnés durant les trois derniers millions d'années de la création de nombreuses failles ainsi que de fossés d'effondrement envahis principalement par la mer, mais entraînant aussi la mise en place du réseau hydrographique actuel. À la fin de la glaciation de Würm, la remontée des eaux d'une centaine de mètres a dessiné les côtes actuelles, ainsi que les plaines littorales et les deltas des fleuves. Entre 70 et 80 % du territoire grec sont montagneux, ce qui fait du pays le sixième le plus montagneux d'Europe. Cependant, ces montagnes, plutôt massives et aux pentes abruptes, sont considérées comme d'altitude « moyenne ». 43 % des communes grecques sont situées au-dessus des donc en « montagne », et 27 % entre donc en « semi-montagne ». Vingt-neuf sommets dépassent les . Le mont Olympe est le point culminant de Grèce avec . Les monts du Pinde forment la chaîne centrale du pays, avec une altitude moyenne de . Seul le col de Qatara (« malédiction » en français) permet de les franchir, à . Ils sont, avec les massifs du Parnon et du Taygète dans le Péloponnèse et des Lefká Óri en Crète, puis les îles de Kárpathos et Rhodes une prolongation de l'arc alpin et des Alpes dinariques. Le nord de la Grèce présente une autre chaîne de montagnes, les monts du Rhodope, entre , à cheval sur la Macédoine-Orientale-et-Thrace. On trouve en Grèce de nombreux canyons et autres paysages karstiques, dont les Météores et les gorges de Vikos. Les zones de plaine ou de faible pente sont relativement peu répandues en Grèce (20 à 30 % de la superficie). Les grandes plaines alluviales se trouvent principalement en Thessalie, en Macédoine et en Thrace et le long de la côte orientale du Péloponnèse. En raison des mouvements tectoniques du Pliocène et du Quaternaire, elles sont généralement peu étendues : la largeur de la plaine de Macédoine n'excède jamais les . Dans les plaines, l'eau a longtemps posé problème. Dans les poljés (bassins du Stymphale, de Tripoli ou du lac Copaïs par exemple), les ponors étaient (avant les travaux du ) incapables d'évacuer les pluies d'hiver qui créaient des lacs saisonniers et des marais. Les grandes plaines (Thessalie, Macédoine et Thrace) sont coupées par de petits reliefs montagneux qui obligent les eaux de pluie d'hiver à s'écouler dans d'étroites gorges. Avant les travaux d'aménagement, elles étaient retenues en amont des gorges, créant aussi des lacs saisonniers. D'importants travaux de drainage et d'irrigation ont été menés depuis le milieu du et se sont accélérés d'abord dans les puis les afin de rendre les plaines grecques utilisables pour la culture et non plus seulement pour l'élevage comme c'était traditionnellement le cas. Climat. La Grèce a un climat typiquement méditerranéen (hivers doux et humides et étés chauds et secs). Cependant, on trouve une variété de sous-climats liés au relief ; les chaînes du Pinde, Taygète, Parnon et Lefká Óri bloquant les influences venues de l'ouest et plus chargées en précipitations. Les hivers sont plus froids sur le nord du pays : isotherme de janvier à sur les Rhodopes, sur l'ensemble des plaines du nord, en Thessalie, pour la Grèce centrale et la région d'Athènes et isotherme de janvier à pour la Crète et les Cyclades. Cette situation est liée à l'influence des Balkans au nord et de l'Afrique au sud. Le relief joue à nouveau un rôle pour les différences de température l'été. Le nord-est reste le plus frais (isotherme de juillet à pour la Thrace) mais aussi le nord-ouest (isotherme à pour l'Épire et toute la côte ionienne). La Thessalie (et jusqu'à Thessalonique au nord), la Grèce centrale, l'Attique et tout le Péloponnèse sont dans l'isotherme à , avec une bulle à pour la Laconie. Les vents du nord rafraîchissent les températures pour l'Égée. Comme dans toutes les régions méditerranéennes, la Grèce est balayée par des vents périodiques violents. Le "meltémi" souffle du nord vers la mer Méditerranée. Il naît lorsqu'un anticyclone se forme sur les Balkans et une dépression au-dessus de la Turquie. Il rafraîchit l'atmosphère et dégage le ciel. Il peut souffler par rafales entre . Le vent de secteur sud, nommé Sirocco, provient du désert africain et apporte de fortes chaleurs sur le pays. Les precipitations se produisent durant l'automne et l'hiver, le printemps et l'été sont secs. Le versant ouest ionien (Épire, Étolie-Acarnanie, ouest du Péloponnèse et ouest de la Crète) est le plus arrosé, avec une pluviométrie entre de pluie par an. Le nord-est du pays (Thrace, Chalcidique, est de l'Eubée parfois jusqu'à Tinos et Andros) reçoit des dépressions lui assurant une pluviométrie de de pluie par an, en fonction de l'altitude. La région la plus sèche va donc de l'Attique aux Cyclades ( de pluie par an). Fleuves et lacs. La Grèce souffre du manque d'eau alors qu'elle reçoit en moyenne le double de précipitations des autres pays méditerranéens. En effet, la population et l'activité touristique se concentrent dans la zone la plus sèche : Attique et Cyclades. De plus, les activités humaines ont accentué les phénomènes : déforestation et bétonnage empêchent l'absorption et accentuent les risques d'inondations ; l'irrigation massive (maïs et coton), mais souvent avec des installations anciennes qui fuient, les terrains de golf, les piscines ainsi que le tourisme prélèvent une part importante de l'eau ; la gestion de l'eau au (assèchement des zones humides, barrages, pompage de nappes phréatiques trop près de la mer entraînant des remontées d'eau saline ou utilisation massive d'engrais polluant la ressource) a obéré l'approvisionnement au début du . Cependant, la situation semble s'améliorer : retraitement et meilleure gestion agricole et humaine. La formation de fleuves est limitée par la rareté de précipitations et le morcellement du relief. Les grands fleuves sont ainsi assez peu nombreux et certains trouvent parfois leur source à l'extérieur du territoire grec. Il y a cinq grands fleuves au nord : l'Axios (source en Macédoine du Nord, en Grèce et se jette dans le golfe Thermaïque), l'Évros (source en Bulgarie, en Grèce et se jette en mer de Thrace), le Nestos (source en Bulgarie, en Grèce et se jette en mer de Thrace) et le Strymon (source en Bulgarie, en Grèce et se jette dans le golfe Strymonique) ; l'Aliakmon coule intégralement en Grèce : il est le plus long du pays avec et se jette dans le golfe Thermaïque. L'Achéloos, long de coule intégralement en Grèce-Occidentale et se jette dans le golfe de Patras près de Missolonghi. Le Pénée en Thessalie est le dernier fleuve qui dépasse les de longueur. Tous sont utilisés pour l'irrigation et l'hydroélectricité et leur cours est émaillé de barrages. Il y a en Grèce vingt et un lacs, dont quatorze artificiels, qui recouvrent une superficie de . Ils se trouvent dans une grande moitié nord du pays. Faune et flore. Les forêts couvrent un cinquième du territoire du pays. Parmi les d'arbres, les principaux sont le pin, l'olivier, le peuplier argenté, le cyprès, le châtaignier et le sapin. Ses sont largement inférieurs aux surfaces des autres pays européens et constamment menacés par la pression immobilière et les incendies de forêts (tels ceux de 2007). Huit mille hectares sont encore une forêt primaire, principalement dans les Rhodopes. La Grèce est un des pays méditerranéens qui a le mieux conservé sa biodiversité. Plus de sont recensés dont sauvages, 800 d’entre elles sont protégées. On compte aussi animales dont deux cents protégées. Certaines sont endémiques ou dont les derniers représentants sont en Grèce (Phoque moine de Méditerranée, tortue carette) ; 28 des d'aigles européens vivent dans le ciel de Grèce. De nombreuses espèces animales ou végétales découvertes ou décrites en Grèce ont reçu pour épithète spécifique (« grec/grecque » en latin). La protection de la nature est un phénomène ancien (1932 : premières lois de protection ; 1937 : premiers parcs nationaux). En 2009, le pays compte neuf parcs nationaux et dix réserves aquatiques. Quatre cents zones supplémentaires ont été protégées dans le cadre du plan européen . Cependant, la réalité est différente : les activités humaines (chasse, agriculture, urbanisation, tourisme) empiètent sans grande crainte de représailles légales sur les zones protégées. Réseau européen Natura 2000. Le réseau Natura 2000 rassemble des sites naturels ou semi-naturels de l'Union européenne ayant une grande valeur patrimoniale, par la faune et la flore exceptionnelles qu'ils contiennent. En , la Grèce comptait dont : La superficie totale est de , ce qui représente 27,3 % de la surface terrestre et marine du territoire de la Grèce. Transports. La Grèce contient plus de d'autoroutes qui couvrent la majorité de la Grèce continentale ainsi qu'une partie de la Crète. En plus des autoroutes, elle a aussi plusieurs milliers de kilomètres de routes nationales ainsi que des routes provinciales. Le plus grand pont routier en Grèce est le pont Rion-Antirion près de la ville de Patras à l'ouest de la Grèce. Le pont a une longueur totale de et relie la péninsule du Péloponnèse avec l'ouest de la Gréce continentale. Le plus grand tunnel autoroutier est le tunnel de Tempi reliant la Thessalie avec la Macédoine-Centrale ayant une longueur de . Ce tunnel fait partie de l'autoroute A1 reliant Athènes à Thessalonique et a été complété en 2017. La Grèce a aussi un réseau ferroviaire ayant une longueur totale d'à peu près , dont plus de faisant partie du système métrique du Péloponnèse. La majorité des voies ferrées en Grèce sont construites en une seule voie sans électrification, sauf pour la ligne reliant Athènes à Thessalonique (qui est en cours d'amélioration) et les chemins de fer urbains d'Athènes (Proastiakós). La seule compagnie opératrice du système ferroviaire est Organismós Sidirodrómon Elládos (OSE). L'infrastructure ferroviaire fait partie de la compagnie OSE. La Grèce est un grand pays maritime avec un des plus longs littoraux du monde et les ports ont joué un rôle très important dans son développement. Le plus grand port de commerce grec est le port autonome du Pirée qui en 2015 est placé comme le huitième plus grand en Europe avec de EVP transportés. Le port du Pirée est aussi le plus grand port de passagers en Europe avec de passagers transportés en 2015. Les autres grands ports grecs sont le port de Thessalonique et le port de Patras (port principal de transport de camions de/vers l'Europe de l'Ouest). La Grèce a plusieurs aéroports et presque toutes les grandes îles sont reliées avec l'aéroport d'Athènes et avec d'autres destinations internationales. Le plus grand aéroport grec est l'aéroport international d'Athènes Elefthérios-Venizélos (inauguré en 2001) situé à vingt kilomètres du centre d'Athènes. L'aéroport a reçu de passagers en 2017, ayant une augmentation de 8,6 % comparé à 2016. La plus grande compagnie aérienne grecque est suivie de sa filiale . Histoire. Sur l'actuel territoire de la Grèce, le climat a permis une bonne conservation des vestiges même très anciens, et l’écriture est apparue tôt : l’histoire du pays est donc très bien connue, de la Grèce antique à la Grèce actuelle en passant par les périodes hellénistique, romaine, byzantine, ottomane, de l’indépendance, de la monarchie, de la guerre civile et de la dictature des colonels. Depuis le , deux écoles s’affrontent pour l’écriture de l’histoire de la Grèce : celle d’une continuité de l’hellénisme entre l’antiquité et nos jours, qui prend en compte surtout l’évolution de la langue, et celle d’une différence profonde entre la Grèce classique et la Grèce contemporaine, introduite au travers des Empires byzantin puis ottoman, dont les religions monothéistes sont analysées comme une rupture culturelle fondamentale. Les états-nations comme la Grèce se voient souvent comme d'anciennes sociétés pastorales, avec des hommes sauvages qui se seraient peu à peu civilisés et auraient créé les villes. Déjà les Athéniens de l'antiquité se voyaient comme descendants de tribus de patres. Et, de fait, encore au , en Épire, de nombreuses familles valaques bergères ont vécu ce modèle, descendant à la ville depuis leur village, réussissant dans leurs affaires, allant jusqu'à fonder des dynasties capitalistes dans les capitales européennes. Les Saracatsanes, une confrérie de bergers qui vivaient jusqu'au début du dans les Balkans, fournissent à la bourgeoisie grecque le modèle idéal pour se réclamer de cette histoire. En Macédoine, le valaque est considéré comme le cœur de l'identité moderne. Et l'image du berger rapelle aux citadins, qui n'ont pas forcément un ancien passé urbain, le souvenir d'une famille des campagnes avec laquelle ils ont toujours des attachements. De plus, ils s'opposent en cela à une bourgeoisie plus ancienne, qui a ses repères plutôt du côté de Constantinople et des villes-comptoirs cosmopolites de la Méditérannée. Le berger donne l'idée d'un attachement à la terre, image qui favorise la constitution de l'état-nation grec. Préhistoire. Quelques sites datant du Paléolithique sont aujourd'hui connus en Grèce. Les traces de présence humaine les plus anciennes ont été découvertes dans une grotte de Petrálona () en Chalcidique. L'analyse du crâne de l’"Archanthropus europaeus petraloniensis" qui y a été découvert a permis d'envisager une datation large allant de avant le présent (pour un "homo erectus petralonensis") à avant le présent (pour un "homo sapiens petralonensis" proche de l’"homo rhodesiensis"). Cependant, l'hypothèse d'une datation de avant le présent ne serait pas à exclure. Des traces datant du ont été retrouvées dans trois grottes de la vallée du Louros qui furent occupées durant le Moustérien. C'est dans la grotte d'Apidima, située dans le Magne, une péninsule du sud du Péloponnèse, que l'on retrouve les plus vieux restes d’"Homo sapiens" connu hors d'Afrique, datés de . Ces "Homo sapiens" ont disparu sans laisser de descendants. La grotte de Fránchthi en Argolide a été occupée sans interruption au moins du quand l'entrée fut obstruée par un éboulement. Elle permet de suivre le passage d'une « société » de chasseurs-cueilleurs nomades à des sédentaires pratiquant l'agriculture (restes d'animaux et de céréales domestiqués). Cette transition semble s'être faite vers le pour l'ensemble de la Grèce actuelle : Épire, Macédoine, Égée et Crète. Partout, des éléments aux caractéristiques similaires (poteries à figures noires sur fond rouge et formes architecturales arrondies) ont été retrouvés. L'agriculture et l'élevage caractéristiques du Néolithique ont été apportés en Europe par des populations venues d'Anatolie voisine, qui se sont établies en Grèce et dans les Balkans à partir d'environ , avant de s'étendre progressivement vers l'Ouest. Le courant Impressa ou culture de la céramique imprimée apparait ensuite dans différentes parties de la mer Égée. On la retrouve sur le site de Sidari, sur l'ile de Corfou, à l'Ouest de la Grèce, en , puis en Italie Les sites sont très dispersés et cette époque se caractérise par la sédentarisation des populations. Il est difficile de mesurer l'évolution sociale de ces périodes anciennes; mais la diversification des outils et des armes semblent indiquer un début de spécialisation dans les activités humaines. L'usage des métaux se développa à partir du entraînant l'entrée de la région dans la protohistoire. Protohistoire. L'âge du bronze commence vers 3000 À cette époque, la Grèce ne connait pas une structure et un développement semblables aux grandes civilisations égyptiennes ou mésopotamiennes. Mais il faut distinguer des régions comme les Cyclades ou la Crète qui se démarquent par une civilisation originale. La culture des Cyclades englobe les Cyclades dans une unité culturelle au pendant l'âge du bronze. Elle est célèbre pour ses idoles de marbre, retrouvées jusqu'au Portugal et à l'embouchure du Danube. Son influence dans l'espace grec s'est étendue de la Crète à l'Attique. Son organisation en petites entités politiques, sans pouvoir central étatique, portait en germe celle de la Grèce des siècles suivants. La civilisation des Cyclades est un peu plus ancienne que la civilisation minoenne de la Crète qui se développe du , avec un apogée dans la première moitié du Tirant son nom du nom du roi légendaire Minos, elle a été révélée par l'archéologue anglais Arthur John Evans au début du . Elle est célèbre pour ses palais comme Cnossos, Phaistos et Malia. Ils sont situés dans les plaines les plus fertiles de l'île, permettant à leurs propriétaires l'accumulation de richesses, notamment agricoles, comme le prouvent les grands magasins de produits agricoles. Construits avec des briques cuites (innovation), ils n'étaient pas fortifiés car la puissance maritime de cette civilisation semble l'avoir mise à l'abri de la plupart des dangers extérieurs. Ses échanges marchands englobaient la Sicile, Chypre, l'Égypte, l'Asie mineure et la Grèce continentale. D'abord organisée en clans, cette société évolua avec le développement d'une classe marchande. Elle resta cependant très hiérarchisée et centrée sur les palais dominant des agglomérations quasi-urbaines. L'architecture et le décor des palais, ainsi que la qualité de la céramique sont considérés comme sans précédent artistique. La plupart des hypothèses lient le déclin de la civilisation minoenne et son remplacement par la civilisation mycénienne à l'explosion de Santorin. La civilisation mycénienne s'étend de 1550 à 1100 environ (Helladique récent, fin de l'âge du bronze). Son apogée se situe environ entre 1400 et 1200 Le terme « mycénien » a été choisi par l'archéologue Heinrich Schliemann pour qualifier cette civilisation dans la seconde moitié du . Ce nom est repris de celui de la ville péloponnésienne de Mycènes, à la fois parce qu'il s'agit du premier site fouillé à révéler l'importance de cette civilisation et du fait de l'importance que revêtait la cité dans la mémoire des auteurs grecs antiques, en premier lieu Homère, qui faisait du roi de Mycènes le chef des « Achéens ». Par la suite, Mycènes s'est révélée n'être qu'un pôle de cette civilisation parmi d'autres, mais le terme de « mycénien » est resté utilisé par convention. Elle se répandit progressivement à partir du sud de la Grèce continentale sur le monde égéen dans son ensemble, qui connut pour la première fois une certaine unité culturelle. Cette civilisation est notamment caractérisée par ses palais-forteresses, ses différents types de poterie peinte que l'on retrouve tout autour de la mer Égée, ainsi que son écriture, le , la plus ancienne écriture connue transcrivant du grec. Depuis son déchiffrement en 1952, la civilisation mycénienne est la seule civilisation égéenne pré-hellénique connue à la fois par des sources littéraires, des traces archéologiques et des documents épigraphiques. À la fin du millénaire, de nouvelles populations, parlant une langue différente qui se rattache aux langues indo-européennes, arrivent dans la région. Ces peuples sont les Hellènes, ou Grecs, selon le nom que leur ont donné les Latins. Par convention, les habitants qui les ont précédés sont appelés les populations « pré-helléniques ». Antiquité. Siècles obscurs et période géométrique. L'historiographie moderne appelle siècles obscurs ("", « Âges sombres » suivant l'expression anglo-saxonne d'origine) ou « Moyen Âge grec », en Grèce antique, l'époque qui va du au Les invasions qui aboutissent à la destruction de la civilisation mycénienne marquent le début de la période. Le submycénien commence en 1200 au maximum et s'étend jusque vers 1015. Il est suivi par le proto-géométrique. Celui-ci se termine avec l'émergence d'Athènes comme foyer culturel, vers 875, caractérisée par le succès d'une nouvelle forme de céramique dite géométrique, et l'avènement de l'âge des cités. À la période proto-géométrique (), les éléments de continuité sont aussi nombreux que ceux de rupture avec les siècles précédents : un dépeuplement sévère mais une continuité culturelle. Certains historiens avancent l'hypothèse d'une transformation du mode de vie vers le pastoralisme comme explication de ces changements. Les sont souvent appelés période géométrique du nom du style de céramique qui se développe alors. Si l'on se réfère au nombre de tombes dans les nécropoles du , la tendance démographique s'inverse ; mais cette interprétation est toujours l'objet de débats. Ces quatre siècles portent les prémisses des techniques, pratiques sociales et modes de pensée qui définissent ensuite la Grèce archaïque. Ils sont aussi l'époque de rédaction de documents écrits dont certains d'une importance capitale dans la culture grecque : les poèmes homériques, l’"Iliade" et l’"Odyssée" attribués à Homère. Grèce archaïque. On désigne du terme « époque archaïque » une des cinq époques de l'histoire grecque, définie sur la base des styles de poterie. Elle commence vers 620 et se termine en 480. L'expression est parfois utilisée dans un sens plus large pour la période qui s'étale entre 750 et 480. À partir du milieu du , les monarchies à la tête des cités sont renversées et remplacées par des régimes oligarchiques. Âge des cités. En ce qui concerne la Grèce antique, l'époque classique correspond à la majeure partie des , c'est-à-dire depuis la chute de la tyrannie à Athènes en 510 jusqu'à la mort d'Alexandre le Grand en 323. L'expression d'« époque classique » est une dénomination postérieure à la période chronologique à laquelle elle renvoie. Les Grecs ont eu conscience que le monde qui existait avant l'épopée d'Alexandre le Grand et la dilatation du monde grec, pouvait être considéré comme un « âge d'or ». De manière plus contemporaine, l'époque classique sert à désigner la période durant laquelle les valeurs et les institutions fondamentales du monde grec trouvèrent leur pleine expression et arrivèrent à maturité. Considérée comme la période de référence, il n'y a pas de rupture entre les différentes époques. « Époque classique » est une expression historique commode pour les historiens de ces périodes. Grèce hellénistique. L’époque hellénistique (), marquée par les figures d’Alexandre le Grand et de Cléopâtre, est souvent considérée comme une période de transition, parfois de déclin ou de décadence, entre l’éclat supposé de l’époque classique et la domination par de l’Empire romain. Cependant la splendeur des villes, telles Alexandrie, Antioche, Pergame, l’importance des échanges économiques, des métissages culturels, le rôle dominant de la langue grecque et sa diffusion ont profondément modifié le visage du Moyen-Orient antique y compris plus tard sous la domination romaine. L’époque hellénistique a été définie par les historiens du (le terme « hellénistique » est employé pour la première fois par l’historien allemand Johann Gustav Droysen dans ' (1836 et 1843), à partir d’un critère linguistique et culturel à savoir l’accroissement spectaculaire des régions où l’on parle le grec ( / ') et donc du phénomène d’expansion de l’hellénisme. Cependant ce phénomène d’hellénisation des populations et de rencontre entre les anciennes civilisations orientales et grecques se poursuit y compris sous l’« Empire gréco-romain », selon l’expression de Paul Veyne. Les limites chronologiques de la période hellénistique sont donc conventionnelles et politiques : elles débutent avec les conquêtes d’Alexandre le Grand et se terminent quand le suicide du dernier grand souverain hellénistique, la reine d’Égypte , fait place à la domination romaine définitive. Les travaux archéologiques et historiques conduisent à réévaluer cette période et en particulier deux aspects caractéristiques de l’époque, l’existence et le poids des grands royaumes dirigés par des dynasties d’origine grecque ou macédonienne (Lagides, Séleucides, Antigonides, Attalides) mais aussi le rôle déterminant des centaines de cités dont l’importance, contrairement à une idée longtemps répandue, est loin de décliner. Période romaine. La période de domination romaine en Grèce s'étend conventionnellement de 146 après le sac de Corinthe jusqu'à la reconstruction de Byzance par et sa proclamation en tant que seconde capitale de l'Empire romain en 330 apr. J.-C. Durant cette période la Grèce était alors divisée en plusieurs provinces romaines distinctes. Marc Aurèle était un admirateur de la philosophie stoïcienne et a d'ailleurs beaucoup contribué à la diffusion du stoïcisme dans l'Empire romain. Empire byzantin. En 395, à la mort de , l’Empire romain est partagé en deux parties : l’Empire romain d'Occident qui disparaît en 476, et l’Empire romain d’Orient qui dura jusqu'en 1453 à Constantinople, jusqu’en 1461 à Trébizonde et Mistra et jusqu’en 1475 en Crimée grecque. La disparition de la partie occidentale de l’Empire romain et la fin du système des légions, ainsi que les menaces permanentes sur leurs frontières amenèrent les Byzantins à se doter d’une armée puissante dont la tactique a évolué et commencé à s’élaborer de manière autonome dès le . Le terme « byzantin » vient de Byzance, l’ancien nom de la capitale Constantinople, mais l’appellation « Empire byzantin » apparaît seulement au , en 1557, sous la plume de l’historien allemand Hieronymus Wolf, pour définir l’histoire de l’Empire romain d’Orient considérée comme une histoire grecque, distincte de celle de l’Empire romain d'Occident. En effet, bien que les citoyens de l’Empire d’Orient nommaient leur État en grec (' : « Empire des Romains »), qu’ils se considéraient comme Romains ('), et qu’ils ne se soient jamais désignés comme « Byzantins », il n’en reste pas moins que la langue de communication, la culture et la liturgie de l’Empire romain d’Orient étaient essentiellement grecques : d’ailleurs, si certains chroniqueurs désignent l’empire comme « "Terre de Romanie" » (Geoffroi de Villehardouin), la plupart utilisent plutôt « "Imperium Graecorum" », « "Græcia" » ou « "Terra Græcorum" » et « "Grecs" » pour ses citoyens. Au cours des mille ans séparant l’an 395 de l’an 1453, un certain nombre de valeurs et de savoirs furent conservés par les Grecs byzantins : État de droit écrit gouverné par le Code Justinien, Empereur responsable devant le Sénat, absence de servage, collectivités agricoles libres, techniques agricoles élaborées (irrigation), architecture romane, aqueducs, eau courante, tout-à-l’égout et éclairage dans les villes, usage de bains, sémaphores et phares, transmission des savoirs antiques, de la philosophie grecque classique et de la médecine hippocratique dans les universités de Constantinople, Trébizonde et Mistra. Ces savoirs ont d'abord été transmis à tout le monde chrétien et ensuite aux Arabes qui à leur tour les ont communiqués au sein de leurs conquêtes : L'empereur Lécapène () envoie bibliothèques et traducteurs en Espagne musulmane, à Hasday ibn-Chaprut (), ministre du calife de Cordoue, Abd al-Rahman III. L'empereur Justinien (527-565) a marqué son époque dans plusieurs domaines : la politique, les conquêtes militaires, la codification du droit romain et une série de nouvelles lois dont certaines concernent l'Église et la théologie. C'est dans l'Empire Byzantin que fut fondé la première université au monde : l'Université de Constantinople, en 425. De surcroît, les premiers hôpitaux modernes s'y développent au cours des sous l'impulsion de Basile de Césarée. À partir de la seconde moitié du , sous l'impulsion de grands empereurs-soldats, Nicéphore II Phocas (963-969) et Basile II (976-1025), les armées byzantines étendirent la frontière de l'Empire vers l'Orient. Elles s'emparèrent d'Antioche et du nord de la Syrie. L’instabilité politique caractérise cependant l’empire. Après une période de troubles, la dynastie des Comnènes reste au pouvoir pendant un siècle (1081-1185) : le règne d'Alexis Comnène est marqué par un regain de la puissance byzantine et une lutte acharnée contre les Croisés et les Seldjoukides. La puissance byzantine se caractérise par une véritable domination des mers, que cela fût économique ou militaire. L'Empire byzantin est une véritable thalassocratie, héritage de la Grèce hellénistique. La société byzantine est une société hellénisée, profondément cosmopolite. Les byzantins se considèrent à la fois comme les héritiers des Romains et des Grecs, influencés par leurs voisins perses, arméniens et arabes. Constantinople en est le symbole : c'est une ville multi-ethnique et multi-confessionnelle. Les taxes étaient les mêmes pour tous les habitants, ce qui est un cas assez unique pour l'époque, "a contrario" de ce que fait plus tard l'Empire ottoman. Les marchands byzantins occupent une place prédominante dans la société : le commerce maritime représente la principale source de revenus pour l'Empire, qui a une influence non seulement dans le bassin levantin (Hellespont), mais aussi en Mer Noire (avec les ports grecs d'Odessa, Trébizonde et de Théodosie) et en Méditerranée (Syracuse en Sicile, Leptis Magna en Cyrénaïque, Alexandrie en Égypte). La culture byzantine s'articule essentiellement autour de l'orthodoxie, et la religion est une partie centrale de la société de l'époque. La famille a une place importante : les mères représentent l'unité familiale et ont une place influente. Les filles, comme les garçons, peuvent recevoir une éducation, bien que celle-ci ne fût pas mixte. De surcroît, les femmes sont admises à l'Université de Constantinople et peuvent devenir médecins. La présence de femmes médecins n'est pas une innovation de l'époque byzantine, puisqu'elle remonte à la Grèce et la Rome antiques. Les études et la formation des femmes médecins étaient équivalentes à celles de leurs collègues masculins. Les principales spécialités médicales des femmes médecins étaient la gynécologie et la profession de sage-femme. La législation byzantine traitait de manière relativement égale les médecins femmes et hommes. Cependant, elles restent considérées comme mineures sur le plan juridique. Malgré certaines restrictions, de nombreuses femmes ont un rôle dans la vie publique et exercent des activités commerciales. Les femmes ont joué un rôle prééminent dans la culture byzantine : Anne Comnène en littérature, les impératrices Théodora, Irène et Zoé en politique. L'art byzantin est un art impérial, qui reprend la tradition romaine. Entre 395 et 1453, l'architecture fut très prolifique et beaucoup de vestiges nous sont parvenus : monastères du Mont Athos, Tour Blanche de Thessalonique. La ville contemporaine d'Istanbul garde encore des traces de cet héritage byzantin : murailles de la ville, Palais de Boucoléon, basilique Sainte-Sophie. L'influence byzantine est considérable, s'étendant de l'Égypte jusqu'en Russie, en passant par la Sicile : basilique de Ravenne, monastère de Djvari en Géorgie, monastère de la Transfiguration dans le désert du Sinaï, Chapelle palatine de Palerme, cathédrale Sainte-Sophie de Novgorod. Nonobstant la chute de Constantinople en 1453, l'influence byzantine ne disparaîtra par pour autant : elle se retrouve au avec la construction de la mosquée des Omeyyades de Damas. Comme l'Empire romain, l’Empire byzantin fut un État chrétien qui, après le schisme de 1054, resta fidèle à l’orthodoxie et aux dogmes du christianisme de l’église du premier millénaire. Un de ces dogmes est que le Saint-Esprit ne procède que de Dieu lui-même et non du Christ, ce qui fait que toute âme même non-chrétienne peut être sauvée : pour cette raison, l’empire byzantin refuse de participer aux croisades du au et considère les Latins comme un danger aussi grave que celui des Turcs, ce que confirme le sac de Constantinople par les Croisés en 1204, qui morcelle et affaiblit définitivement l’empire. Période ottomane. La Grèce ottomane est le terme utilisé pour désigner la période de domination ottomane, dès avant la prise de Constantinople en 1453 (puisque les Ottomans s’emparent des Balkans dès le ) et jusqu’à la fin de la guerre d'indépendance grecque au début des . La majeure partie de la Grèce fait alors partie de l’Empire ottoman, dont les conquêtes durent plusieurs siècles (la dernière île grecque prise est Tinos en 1715 : une partie non négligeable de l’actuel territoire restant jusqu’à très tardivement sous la souveraineté vénitienne). Corfou, Ithaque et l’archipel ionien n’ont jamais fait partie de l’Empire ottoman. La Crète demeura vénitienne jusqu’à la moitié du ; le Péloponnèse fut reconquis et occupé pendant trente ans par les Vénitiens, jusqu'en 1715. Les Grecs connaissaient alors des situations sociales contrastées. Alors que les aristocrates grecs des îles Ioniennes et de Constantinople (Phanariotes) vivaient dans la prospérité, certains obtenant même des postes à responsabilité au sein de l'administration ottomane, une importante partie de la population de Grèce continentale souffre des conséquences économiques et sociales de la conquête. Dans les dernières années, les autorités ottomanes lancèrent une politique de création de domaines héréditaires, qui transforma les ruraux grecs en véritables serfs (système des Timars). Depuis la chute des Empereurs de Constantinople, l’Église grecque orthodoxe était considérée par le gouvernement ottoman comme l’autorité dirigeant toute la population chrétienne orthodoxe de l’Empire ottoman, qu’elle soit de langue grecque ou non. Bien que l’État ottoman n’obligeât pas les non-musulmans à se convertir à l’Islam, les chrétiens étaient confrontés à différents types de discriminations liées à leur statut inférieur dans l’Empire (dont la pédomazoma () : enlèvement des garçons pour les enrôler dans les janissaires, et la double-capitation sur les non-musulmans). Les discriminations contre les chrétiens, surtout lorsqu’elles étaient associées à des mauvais traitements de la part des autorités ottomanes locales, décidaient la conversion, réelle et définitive, ou apparente et provisoire. Au cours du , avec l’émergence du nationalisme grec moderne, certains « crypto-chrétiens » retournèrent à leur ancienne obédience religieuse… surtout lorsque les territoires où ils vivaient, furent enlevés à l’Empire ottoman par les nouveaux états chrétiens. La nature de l’administration ottomane de la Grèce diffère selon les régions et les époques. Certaines villes étaient dirigées par des gouverneurs nommés par le Sultan tandis que d’autres étaient des municipalités qui s’autogouvernaient. Certaines régions montagneuses et de nombreuses îles restèrent à l’écart du pouvoir central ottoman pendant de nombreux siècles. Quand des conflits militaires se déclenchaient entre l’Empire ottoman et des États chrétiens (Autriche, Venise), les Grecs, à quelques exceptions près, prenaient généralement les armes contre l’Empire, surtout si ses adversaires étaient orthodoxes (Empire russe, Principautés danubiennes). Avant la guerre d'indépendance, il y eut une série de guerres où l’on vit des Grecs combattre les Ottomans : la participation grecque à la bataille de Lépante en 1571, la révolte des paysans épirotes de 1600-1601 en même temps que celle de Michel de Valachie dans les Principautés danubiennes, la guerre de Morée de 1684-1699 et la Révolution d'Orloff de 1770 qui cherchait à démanteler l’Empire ottoman en faveur des intérêts russes. Ces insurrections furent noyées dans le sang. Les sont vus comme un « âge obscur » de l’histoire grecque, la perspective de renverser la domination ottomane apparaissant éloignée. Au cours du , cependant, cette perspective se concrétisa grâce à la richesse de la classe marchande. Ces marchands commencèrent à dominer le commerce à l’intérieur de l’Empire grâce aux communautés dans les Balkans, en Europe occidentale et sur les pourtours de la Méditerranée. Les idées des Lumières combinées aux idéaux de la Révolution française et du sentiment national romantique commencèrent à pénétrer le monde grec par l’intermédiaire de cette diaspora marchande. À la fin du , Rigas, le premier à envisager un État grec indépendant, publia une série de documents sur l’indépendance grecque, incluant notamment la première carte détaillée de la Grèce, à Vienne. À cette époque, la notion de « Grec » se confondait encore avec celle d’ancien citoyen de l’Empire grec (Rômaios / , pas forcément hellénophone, mais grec orthodoxe selon le système ottoman des milliyets) et la « Nouvelle Grèce libre » alors envisagée par les « philhellènes » était plutôt philosophique que nationale, débordant largement la Grèce moderne et se référant plutôt à l’antique aire d’expansion de l’hellénisme ( / ""), incluant la majeure partie des Balkans, l’Anatolie occidentale et la région du Pont. Un mouvement philhellène soutenu par les Tsars se développe à ce moment dans l'Empire russe et se traduit par la mise en place, au nord de la Mer Noire, dans les territoires alors pris à l’Empire ottoman, d’une « Nouvelle Russie » multinationale, mais orthodoxe, où de nombreux colons grecs sont invités et dont les villes nouvelles reprennent les noms des antiques colonies grecques de la région ou bien reçoivent des noms grecs : Odessa, Tyraspolis, Nicopolis, Chersonèse, Théodosia, Eupatoria, Sébastopol, Simferopol, Melitopol, Stavropol et d'autres, tandis que les études archéologiques se multiplient. Puis, au début du , la notion de « Grec » prend de plus en plus une signification ethnique au sens moderne du terme, et se confond dès lors avec l’ensemble des locuteurs natifs de la langue grecque, et eux seuls. Guerre d’indépendance. En 1814, une organisation secrète, la Filikí Etería, fut fondée avec pour but la libération de la Grèce. Cette organisation est en contact avec les élites des salons de Paris, Londres, Moscou ou encore Vienne : la cause grecque séduit rapidement ces milieux intellectuels et politiques. Le 25 mars 1821, jour de l'Annonciation ô combien symbolique pour les Grecs fervents orthodoxes, les indépendantistes se réunissent en Assemblée Nationale à Épidaure pour y proclamer solennellement leur indépendance. Cette proclamation, signée par Pierre Mavromichális qui est alors le chef des armées indépendantistes, marque le début de la guerre d'indépendance grecque : Les insurgés avaient prévu de lancer le mouvement dans le Péloponnèse, et les Principautés danubiennes alors gouvernées par des Phanariotes. Le Péloponnèse entra en révolte ouverte à partir de la fin mars et, en , les Grecs capturèrent Tripolizza. La révolte péloponnésienne fut suivie par des révoltes en Crète, en Macédoine et en Grèce centrale. Pendant ce temps, les navires grecs avaient remporté des succès contre la marine ottomane dans la mer Égée, ce qui gêna l’envoi de renforts ottomans par la mer. Toutefois, en 1822, les Turcs ravagèrent Chios, ce qui galvanisa l’opinion publique occidentale en faveur des Grecs. Dans un premier temps, cependant, aucun pays ne bougea à cause du poids politique et diplomatique de la Sainte-Alliance, à l'exception de la jeune République d'Haïti, premier pays à reconnaître l'indépendance de la Grèce le . Par l'entremise de l'abbé Grégoire, le président Boyer décide d'envoyer une aide aux indépendantistes, proportionnelle à ses moyens, avec de café et haïtiens. Ces derniers n'arrivent jamais, sûrement victimes de piraterie. Pendant deux ans, les Grecs multiplièrent les victoires. Cependant, ils commencèrent à se déchirer. Pendant ce temps, le Sultan négocia avec Méhémet Ali d’Égypte, qui accepta d’envoyer son fils Ibrahim Pacha en Grèce avec une armée pour supprimer la révolte en échange d’un gain territorial. Ibrahim accosta dans le Péloponnèse en et conquit rapidement la majeure partie de la région. Missolonghi, assiégée par les Ottomans depuis le mois d’, tomba en 1826. Athènes tomba à son tour en . Après des années de négociation, les trois grandes puissances, la Russie, le Royaume-Uni et la France, décidèrent d’intervenir dans le conflit, chaque nation envoyant une flotte en Grèce. La Russie, intéressée entre autres au sort des Orthodoxes grecs, souhaitait de plus en plus ardemment intervenir. Les Britanniques, quant à eux, désiraient limiter l'influence russe dans la région. D’après des informations selon lesquelles une flotte combinée turco-égyptienne devait attaquer l’île grecque d’Hydra, la flotte alliée intercepta la flotte turco-égyptienne à Navarin. Après un long bras de fer d’une semaine, la bataille commença et eut pour résultat la destruction de la flotte turco-égyptienne. Une expédition française fut ensuite envoyée dans le Péloponnèse pour superviser son évacuation par l'armée égyptienne en 1828, tandis que les Grecs obtenaient des succès contre les Ottomans en Grèce Centrale. La Russie déclara la guerre aux Turcs la même année. Sa victoire fut entérinée par le traité d'Andrinopole, en 1829. Ces interventions européennes précipitèrent la création de l'État grec. Le protocole de Londres (1830), signé par des représentants britanniques, français et russes, permit en effet l'affirmation de l'indépendance grecque que la Prusse et l'Autriche autorisèrent. La France, la Russie et le Royaume-Uni, appelées « puissances protectrices », gardèrent ensuite une influence notable sur le jeune royaume (sorte de protectorat, la Grèce étant endettée à la suite de différents emprunts contractés pendant la guerre et au début de la naissance de l'État). Lors du protocole de Londres, la Grèce indépendante ne représente qu'une portion congrue du monde hellénique : Attique, Péloponnèse et Cyclades. Ce n'est qu'une partie infime de ce que représente en réalité cette influence hellénique, qui s'étendent aux Îles Ioniennes, en Épire, en Macédoine, Dodécanèse, dans l'Hellespont, en Crète, à Chypre et en Asie Mineure. Le refus de Paris, Londres, Moscou et Vienne de constituer une « Grande Grèce » s'explique par la volonté de ne pas voir se démanteler l'Empire Ottoman qui est considéré comme un élément de stabilité au Levant et favorables aux intérêts stratégiques et économiques occidentaux. Le Royaume-Uni, notamment, ne veut pas perdre ses avantages économiques dans les Détroits tandis que la Russie craint qu'une Grande Grèce, avec Constantinople pour capitale, ne puisse être sa rivale orthodoxe et être trop sous l'influence de Londres ou de Paris. Cela va engendrer un sentiment de frustration chez les Grecs, qui rêvent alors de reconquérir ces « territoires séparés » et de les réunir enfin dans un même État. C'est la Grande Idée (Μεγάλη Ιδέα). En 1827, l'Assemblée nationale réunie à Trézène dans le Péloponnèse, élit à l'unanimité le comte Ioannis Kapodístrias comme chef de l'État. Celui-ci est alors un ancien administrateur des îles Ioniennes pendant la période française de la République des Sept-Îles, ainsi qu'un influent diplomate à la cour de Russie. C'est d'ailleurs en cette qualité qu'il participe, avec le ministre plénipotentiaire des Affaires Étrangères Charles de Nesselrode aux négociations au Congrès de Vienne. Il peut être ainsi considéré comme le premier véritable chef d'État de la Grèce contemporaine, bien que le pays fût toujours en guerre. En tant que chef de l'État grec, Kapodistrias a modernisé le pays, initiant des réformes de toutes sortes. Il a maîtrisé les principales maladies en introduisant le premier système de quarantaine moderne dans le pays, a négocié les frontières du nouvel État avec l'Empire ottoman et les grandes puissances, réorganisé l'armée, ce qui lui a permis de reprendre le territoire perdu aux Turcs pendant les guerres civiles. Au cours de ses premiers mois au pouvoir, il s'attelle à réorganiser les administrations locales et régionales. Il crée une banque financière locale ainsi qu'une monnaie qui émettait des pièces avec le symbole du phénix. Le symbole fut soigneusement choisi : tel le phénix, la Grèce renaissait de ses cendres, elle qui n'avait jamais vraiment disparue. C'est également grâce à lui que la culture de la pomme de terre a été introduite en Grèce, afin de mettre fin aux famines récurrentes. Il développera l'Académie Ionienne pour faire revivre sur le plan culturel les lettres grecques. Les réformes de Ioannis Kapodístrias, cependant, ne font pas l'unanimité dans les rangs grecs (la puissante famille des Mavromichalis est son principal adversaire) ni dans les chancelleries étrangères (il est particulièrement détesté par Metternich qui n'apprécie pas ses idées libérales). Face à la situation financière précaire du jeune État grec, Kapodístrias refusera de percevoir un traitement. En 1831, il est assassiné à Nauplie alors qu'il sortait de l'église par les deux fils de Pierre Mavromichális. Grèce ottonienne (1832-1862). On appelle « Grèce ottonienne » la période comprise entre 1832, date du début du règne d'Otton, et 1862, date de son abdication. La guerre d'indépendance terminée, il convient de trouver un nouveau chef d'État à la Grèce ressuscitée. Dans l'Europe de la Sainte-Alliance, il est évident que le pays sera une monarchie, malgré les volontés de l'Assemblée nationale d'Épidaure et du gouvernement provisoire hellénique d'établir une république. Plusieurs candidats sont proposés. Le duc de Nemours proposé par Louis-Philippe ; le prince Charles de Bavière ; le prince de Saxe-Cobourg Léopold. Mais alors que Léopold de Saxe-Cobourg accepte le trône le 28 février 1830, il se décide de renoncer face à l'intransigeance des chancelleries européennes quant à une modification des frontières et l'inclusion de la Crète dans le nouveau royaume. Léopold devient plus tard roi des Belges, et regrette un temps de ne pas avoir ceint la couronne hellénique. Finalement, après deux ans de tergiversations, les Grandes Puissances s'accordent autour de la candidature d'Otton de Bavière, fils de l'influent Louis de Bavière qui pèse de tout son poids dans ce choix. En janvier 1832, Otton est déclaré roi des Hellènes. Ce dernier obtient de la part des Grandes Puissances une renégociation des frontières par le traité de Constantinople. Le 6 février 1833, le nouveau monarque débarque à Nauplie, dans le Péloponnèse, où il reçoit un accueil très chaleureux de la part des officiels helléniques et de la population en liesse. Il y prononce quelques mots : Dans ce discours, la référence à la Grèce antique est loin d'être anodine. La Grèce ottonienne a d'ailleurs comme principale préoccupation le « retour aux sources » à une Grèce classique et l'effacement de la période ottomane. Athènes est déclarée en 1834 capitale du nouveau royaume : le roi charge ses architectes de reconstruire la ville et de la moderniser selon les règles de l'architecture néoclassique. Les principaux édifices qui témoignent de cette politique néoclassique sont les bâtiments de la Bibliothèque Nationale, de l'École Polytechnique et de l'Université Nationale. Othon et son épouse Amélie d'Oldenbourg s'investissent beaucoup dans la construction de la nation grecque moderne : mise en place d'une administration efficace, dans la continuité des réformes de Ioannis Kapodístrias, fondation de l'Université Nationale d'Athènes, de l'Observatoire National, construction du Palais Royal, loi sur l'instruction publique obligatoire. L'identité nationale hellénique se construit autour de la guerre d'indépendance : en 1838, Othon déclare le 25 mars fête nationale. Il inaugure, avec la reine Amélie, un jardin des Héros à Missolonghi où reposent d'illustres figures du conflit contre la Sublime Porte, comme Márkos Bótzaris. La Grèce d'Otton souffre du jeu des chancelleries européennes : le Royaume-Uni refuse de rétrocéder les îles Ioniennes et l'ambassadeur britannique Edmund Lyons fait tout pour humilier le jeune monarque qu'il n'hésite d'ailleurs pas à qualifier publiquement d'imbécile, l'accusant de se comporter en tyran. Également, il ne manque jamais une occasion de lui rappeler la question délicate de la dette que la Grèce a contractée auprès des puissances occidentales. Durant la guerre de Crimée, les Français et les Britanniques empêchent toute intervention grecque et occupent même le port du Pirée. Exclue de la conférence de Paris de 1856, Athènes n'obtient pas la moindre concession territoriale. Surtout, les grandes puissances profitent de leur nouvel ascendant pour exiger le recouvrement des dettes helléniques et imposer à la Grèce la tutelle d'une commission financière. De surcroît, le monarque gouverne de façon autoritaire : il est contraint de donner au pays une Constitution après le coup d'État du 3 septembre 1843. La Constitution déclare tous les citoyens égaux devant la loi, garantit la liberté de la presse et d'association. Elle confie le pouvoir législatif à une Chambre et à un Sénat. Le pouvoir exécutif reste détenu par le roi qui nomme les ministres sans consultation du Parlement. Toutefois, Othon n'est pas disposé à accepter que le Parlement outrepasse son simple rôle de « chambre d'enregistrement » et entre régulièrement en conflit avec ses ministres. Au début des années 1860, le monarque devient de plus en plus impopulaire : échec de la Grande Idée, pas d'héritier, politique centralisé et autoritaire. En 1861, un attentat organisé par l'étudiant Aristídis Dósios manque de peu la reine Amélie. Un an plus tard, le soulèvement de la population conduit la famille royale à quitter précipitamment le pays pour s'exiler à la Neue Rezidenz de Bamberg, en Bavière. Jusqu'à la fin de sa vie, Othon reste persuadé de son retour en Grèce. Il finance d'ailleurs généreusement la révolution crétoise de 1866. Affaibli, il meurt en 1867, prononçant ses derniers mots pour sa patrie d'adoption : « Grèce, ma chère Grèce... » Le prince Georges de Danemark est choisi pour lui succéder et monte sur le trône en 1863. De la révolution industrielle en Grèce jusqu'aux guerres balkaniques. Essor économique et industriel. À partir des années 1850, la Grèce entre dans une période d'essor industriel et économique considérable : la marine marchande joue un rôle prééminent dans le dynamisme économique de cette période. En 1850, la Compagnie Hellénique de Navigation voit le jour. L'entreprise prend sérieusement son envol à partir de 1857. Ses bateaux à vapeur, "Hydra", "Reine Amélie" et "Panhellénion" sillonnent non seulement les côtes grecques mais aussi étrangères. Les premiers itinéraires sont nationaux, notamment du Pirée au Péloponnèse. En 1858, la flotte compte cinq navires et les routes ont été étendues à Thessalonique et la Crète. En 1862, il y avait onze navires effectuant des voyages réguliers entre Smyrne, Constantinople et d'autres ports de l'Asie mineure. Par le traité de Paris de 1856, le Danube est déclaré ouvert au commerce international : la marine marchande grecque en profite pour se développer dans tout le monde balkanique. En 1875, la Compagnie Maritime de Samos est créée et vient dynamiser la marine marchande grecque. Le commerce maritime est l'une des plus grandes forces de la Grèce depuis l'Antiquité. Le début du marque la transition de la voile à la vapeur. La dynamique du développement de la navigation à vapeur a considérablement amélioré l'économie de nombreuses îles grecques, principalement Syros, Céphalonie, Ithaque et Andros. Outre ces îles, le port du Pirée a énormément profité de l'activité des bateaux à vapeur. Au cours des deux dernières décennies du , celui-ci est devenu le centre industriel et commercial le plus important de Grèce. Le développement rapide du Pirée a donné une impulsion inattendue à la croissance d'Athènes. À cette époque, les réseaux routiers et ferroviaires étaient encore en construction, l'État accordant plus d'importance aux routes de navigation. Le chemin de fer fait progressivement son apparition dans le pays sous l'impulsion du Premier ministre Charilaos Trikoupis : la première ligne de chemin de fer est ouverte en 1869 entre le Pirée et le centre d'Athènes. Après 1883 et jusqu’en 1905, de nombreuses nouvelles voies ont lié la capitale à des villes importantes comme Larissa, Corinthe, Patras et Chalcis. Des voies ont été créées pour relier par ailleurs certaines villes grecques entre elles. Le réseau ferroviaire grec n’a pas favorisé les grands trajets en train mais a plutôt aidé des régions voisines à s’ouvrir les unes aux autres et donc la plupart des habitants se servaient du réseau pour des petits trajets. À la fin du , la ligne Parthénon - Brindisi - Rome - Paris avec une correspondance maritime à Patras permet de connecter le monde hellénique à l'Europe occidentale. En outre, l"'Orient-Express" permettait de relier Londres, Paris, Munich et Budapest à Athènes "via" Sofia et Thessalonique. À partir de 1919, une liaison directe connecte Londres à Athènes par Calais, Paris, Strasbourg, Vienne et Belgrade. Cette période est une période d'essor économique, mais aussi intellectuel et culturel. En 1859, une première tentative d'organisation des Jeux Olympiques a lieu à Athènes au Zappéion grâce au financement du philanthrope Evangelos Zappas. Ces jeux, au succès certes modeste, sont les prémices des Jeux Olympiques modernes. En 1880, sous l'impulsion du roi Georges, un Théâtre National est fondé, de même que le Conservatoire Municipal d'Athènes. Les frères Yannakis et Miltos Manákis œuvrent activement au développement de l'activité cinématographique hellénique. En 1896, les premières véritables olympiades de l'ère moderne sont ouvertes à Athènes, grâce à l'action du Français Pierre de Coubertin. Ce dernier est un philhellène convaincu : le choix d'Athènes pour organiser la première olympiade contemporaine lui apparaît comme une évidence. Il rapporte plus tard, dans ses écrits : Après des négociations entre Coubertin et Constantin, duc de Sparte et diadoque, leur organisation est décidée. À cette occasion, Athènes a rénové intégralement le stade Panathénaïque vieux du et qui fut même utilisé sous l'empereur Hadrien. Durant dix jours, des événements artistiques sont organisés en marge des compétitions sportives. La ville d'Athènes est illuminée à profusion pour l'occasion. Diverses parades aux flambeaux, concerts et autres réceptions composent le programme des festivités. Des tragédies antiques telles "Médée" ou "Antigone" sont données en représentation. L'athlète grec Spyrídon Loúis se distingue tout particulièrement en remportant le marathon, ce qui ravit la population et flatte l'ego national. Grèce venizéliste et coup de Goudi (1909). Néanmoins, la Grèce vit au rythme des valses gouvernementales, élément caractéristique de la vie politique hellénique depuis l'avènement de la monarchie constitutionnelle en 1844. De plus, l'esprit de la Grande Idée est loin d'avoir disparu : en 1897, la Grèce se lance, mal préparée et trop sûre d'elle-même, dans une guerre contre l'Empire Ottoman qui se solde par une débâcle grecque. La Grèce déclencha le conflit en envoyant pour soutenir l'insurrection crétoise qui avait proclamé l"'Enosis." L'armée hellénique lance alors des attaques dans l'Épire et en Macédoine qu'elle revendique. Elle subit deux défaites et les armées ottomanes progressent en territoire grec. Grâce à l'intervention de la Russie, de l'Autriche-Hongrie et des autres puissances, un cessez-le-feu est signé. La paix se solde par quelques légères pertes territoriales pour la Grèce et une indemnité à payer. La défaite est surtout intellectuelle et plonge le pays, en ce début du , dans une profonde crise politique. En 1909, une partie de l'armée hellénique, menée par le colonel Nikólaos Zorbás, fomente un coup d'État contre Georges et son Premier Ministre Dimítrios Rállis : c'est le coup de Goudi. Ces insurgés demandent des réformes et la nomination du libéral Elefthérios Venizélos comme chef du gouvernement. Le roi cède et Venizélos devient Premier ministre. Diplomate hors pair, il joue un rôle politique prééminent pendant les décennies suivantes. Entre 1909 et 1913, il mène des réformes politiques et sociales en profondeur : une cinquantaine d'amendements à la constitution de 1864 ont été adoptés, une réforme agraire est mise sur pied (création d'un ministère de l'Agriculture) et des innovations ont été apportées au système éducatif. L'armée est modernisée grâce à l'aide de la mission militaire française. L'impôt sur le revenu est mis en place, les fonctionnaires sont titularisés. Sur le plan social, Venizélos légalise les syndicats et le droit de grève, pose les bases d'une protection sociale en rendant obligatoire les assurances pour les entreprises. L'interdiction du travail dominical est réaffirmée, le travail des enfants est interdit et réprimé. Les magistrats furent désormais protégés par un Conseil supérieur de la magistrature. Guerres balkaniques : les prémices d'un conflit global. En 1913, l'Europe se divise progressivement en deux camps. La Grèce est partagée : la famille royale est liée à l'Allemagne wilhlemienne par la reine Sophie de Prusse mais Venizélos est ouvertement francophile. Au cours de la décennie 1910, le Premier ministre se rapproche de la Serbie de Pierre et de la Roumanie de Dimitri Ionescu duquel il est très proche. À Constantinople, le régime ouvertement autoritaire et nationaliste suscite les inquiétudes des pays balkaniques. De surcroît, chacun d'entre eux veut profiter de l'affaiblissement de la Sublime Porte, désormais « l'homme malade de l'Europe » pour s'agrandir territorialement. Le 12 mai 1912, est constitué la Ligue Balkanique : elle rassemble la Grèce, la Serbie, le Monténégro et la Bulgarie autour de cet ennemi commun. Le 17 octobre 1912, la Ligue déclare la guerre à l'Empire ottoman malgré les réticences françaises, britanniques et russes qui craignent une potentielle intervention allemande et austro-hongroise. La première guerre balkanique se solde par une victoire totale des coalisés : la marine grecque s'illustre notamment au cours de la bataille d'Elli en décembre 1912. La bataille de Lemnos, le 18 janvier 1913, lui fait acquérir définitivement la maîtrise de la mer Égée. La force de la marine hellénique a convaincu les autres membres de la Ligue de s'allier à la Grèce. Le 31 octobre 1912 , l'armée hellénique entre dans Thessalonique, jour du saint-patron de la ville Démétrios. Commandant l'armée de terre, le diadoque Constantin fait une entrée triomphale dans la ville. Le 30 mai 1913, le traité de Londres met fin à la guerre. Il entérine les victoires coalisées mais ne fixe aucune frontière : La Grèce sort grande gagnante de ces négociations. Elle peut annexer officiellement le sud de l'Épire, les montagnes du Pinde, la Thessalie et la Macédoine orientale avec Thessalonique. Cependant, les négociations à Londres n'ont pas abouti à un règlement précis des frontières : aussi, la question macédonienne n'est pas réglée, revendiquée en même temps par les Bulgares et les Grecs, les deux argumentant que la Macédoine est historiquement à eux. Les Grecs en appellent à l'héritage d'Alexandre le Grand tandis que les Bulgares affirment que les Macédoniens sont Slaves. Ces divisions entraînent le déclenchement de la seconde guerre balkanique : la Bulgarie attaque par surprise ses anciens alliés serbes et grecs dans la perspective d'occuper Thessalonique et d'avoir ainsi un accès sur la mer Égée. Les Bulgares, inférieurs en nombre aux Grecs subirent une contre-attaque générale sur l'ensemble du front dès le 19 juin et durent se replier sur la rivière Strymon. L'objectif initial de détruire rapidement l'armée serbe se révéla rapidement irréalisable et l'armée bulgare dut commencer à se replier avant même l'intervention roumaine et ottomane, et avant l'avancée grecque. Le conflit se généralisa en juillet 1913 avec l'intervention des Roumains et des Ottomans qui cherchèrent à reprendre Andrinople. Finalement, les Bulgares dépassés capitulent. Le traité de Bucarest du 10 août 1913 humilie la Bulgarie, qui est mise au ban des pays balkaniques. Ses gains territoriaux au cours de la première guerre balkanique lui sont retirés. La Grèce, soutenue par la diplomatie allemande, obtient le port de Kavala en Thrace. Les guerres balkaniques préparent le jeu géopolitique de la Première Guerre mondiale : la Bulgarie ainsi humiliée nourrit un fort esprit de revanche et se rapproche de l'Allemagne, de l'Autriche-Hongrie et de l'Empire ottoman. De l'autre côté, la Roumanie et la Serbie, deux pays historiquement francophiles (le roi des Serbes a fait ses classes à Paris et les élites roumaines sont étroitement liées à la culture française) se rangent du côté de la Triple-Entente. La Grèce reste toujours divisée sur la politique étrangère à suivre : Berlin, Paris, Londres et Moscou sont des alliés historiques. Les deux conflits n'ont pas résolu tous les problèmes régionaux, bien au contraire : ils n'ont fait que les exacerber. Première Guerre mondiale : de la « Grande Idée » à la « Grande Catastrophe ». Un pays divisé politiquement et idéologiquement. En 1914, alors que l'Europe se prépare à la guerre, la Grèce est partagée et tergiverse sur la politique étrangère à mener. Elefthérios Venizélos mène une politique de prudence et louvoyante. Il existe dans le pays deux grands courants : les venizélistes sont pro-Entente et réclament l'entrée en guerre du Royaume aux côtés des Français, Britanniques et Russes ; les royalistes sont neutres, préférant ne pas prendre parti dans un conflit qui serait dévastateur pour le pays qui sort déjà de deux guerres difficiles. Constantin est poussé par son beau-frère, le "Kaiser" Guillaume II, à intervenir mais résiste et réaffirme la neutralité du pays. En Grèce, une lutte de légitimité prend forme avec d’un côté les partisans de Constantin et de l’autre ceux de Venizélos, les prémices d’une « guerre civile » se font, déjà, ressentir. Malgré la pression des venizélistes, le monarque refuse de participer à l'expédition des Dardanelles avec les Britanniques, qui se solde par une douloureuse défaite alliée. L’intérêt pour la Grèce est devenu particulièrement soutenu après le débarquement des troupes alliées à Thessalonique, le 5 octobre 1915, et à la suite de la deuxième démission de Venizélos, le même jour, face au refus du roi de donner son accord à la participation de son pays aux opérations alliées. Cette démission a été accueillie avec beaucoup d’émotion en France, et elle a été présentée à la "Une" des journaux comme « un coup d’État du roi », ou comme « un acte de révolte contre le Parlement et la nation » selon "L'Humanité". C’est d’ailleurs à ce moment que l’image de la Grèce bascula : le pays apparut alors comme traître à l’égard de la cause de l’Entente. Dans ce sens, Gustave Hervé écrivait dans son éditorial de "La Guerre sociale" du 8 octobre 1915 : À la fin de l’été 1916, les Français, en première ligne, pressent le pouvoir grec de soutenir l’Entente et déplorent l’attitude passive du roi envers les troupes bulgares stationnées en Macédoine. En octobre, Venizélos établit un gouvernement de Défense nationale à Thessalonique en concurrence frontale avec l’autorité du roi, demeuré à Athènes : c'est le Schisme National (Εθνικός Διχασμός). L’épisode des Vêpres grecques symbolise alors les tensions dominantes entre les gouvernements de Thessalonique, d'Athènes et les forces alliées. Ces dernières réclament la restitution d’armes et de matériel militaire de l’armée hellénique alors que le roi s’y oppose. Le , des troupes françaises et anglaises débarquent à Athènes par le Pirée et affrontent les fidèles du pouvoir monarchiste. Cette opération se termine par un échec pour les Alliés obligés d’évacuer la ville le lendemain. Participation grecque aux côtés de l'Entente. Au printemps 1917, l'Entente voit la Russie impériale s'écrouler et s'attend à une attaque allemande dans les Balkans, pour soutenir la Bulgarie. Or, le Royaume-Uni désire retirer ses troupes de Thessalonique pour les utiliser en Palestine. L'Italie désire faire de même pour mieux occuper l'Épire du Nord. En juin 1917, les Alliés de l'Entente évincèrent le souverain et installèrent Venizélos comme premier ministre d'une Grèce formellement unie mais amèrement divisée. Constantin est contraint à l'exil et c'est son fils Alexandre qui lui succède. Venizélos fit entrer la Grèce, jusque-là neutre, dans la guerre du côté de l'Entente. L'armée grecque s'engage donc aux côtés des Français et Britanniques au cours des batailles de Doiran et de Skra-di-Legen. Durant cette bataille contre les Bulgares les Grecs se distinguent par leur courage et leur pugnacité et remontent dans l'estime des Alliés. Le général anglais George Milne écrivit au général Danglis : « Sans l'aide des forces grecques, il n'aurait pas été possible de remporter cette victoire. ». Le général Guillaumat, général en chef des forces alliées, reconnut publiquement l'importance de la contribution des forces grecques dans cette victoire, affirmant : « La victoire de Skra est aussi glorieuse que la prise de "Mort-Homme" avant Verdun. ». Du traité de Sèvres à la Grande Catastrophe. C'est donc en pays allié et vainqueur que la Grèce participe à la Conférence de Paris et à la signature du Traité de Versailles. Elefthérios Venizélos y présente les revendications grecques et obtient sur à peu près tous les sujets gain de cause. Le pays obtient l'Asie mineure, la Thrace mais se heurte aux prétentions italiennes sur le Dodécanèse et l'Épire du Nord malgré le soutien français. En mai 1919, la Grèce a été autorisée à débarquer des troupes à Smyrne, la principale ville portuaire d'Asie mineure où vit une importante population grecque. La Grèce est la grande gagnante du traité de Sèvres d'août 1920 qui lui reconnaît formellement l'annexion de l'Asie mineure. Cependant, pour les nationalistes turcs, dirigés par le général Mustafa Kemal, ce traité n'a aucune valeur juridique et il s'oppose fermement aux prétentions grecques. Le président français Alexandre Millerand prévient Venizélos que son pays n'est pas prêt à se lancer dans une nouvelle guerre pour imposer de force les conditions du traité de Sèvres aux Turcs, mais autorise celui-ci à y envoyer l'armée grecque pour maintenir l'ordre. La guerre gréco-turque qui s'ensuit aboutit à une défaite des armées grecques et la conclusion d'un nouveau traité nettement moins favorable en 1923 : le traité de Lausanne. La Grèce est obligée de se retirer d'Asie mineure et de Thrace orientale. Lorsqu'ils prennent la ville de Smyrne, les nationalistes turcs commettent des exactions terribles sur la population civile (génocide des Grecs pontiques) qui est contrainte à l'exil : c'est la Grande Catastrophe. Cet épisode marque profondément et durablement les mentalités grecques, contribue à tendre encore un peu plus les relations turco-helléniques. Entre-deux-guerres (1923-1939). La grande durée de la Première Guerre mondiale causa une profonde crise de conscience en Grèce. C'était avant tout une guerre que l’ensemble de l’opinion grecque, restée un peu perplexe, ne soutenait pas, parce qu’elle suscita la division du pays en laissant la Grèce seule, après la fin des hostilités internationales, à affronter la Turquie, ce qui provoqua la catastrophe de l’Asie mineure et la fin des revendications nationales. Elle essaya de répondre aux nouveaux besoins, très pressants de la Grande Catastrophe. La République est proclamée le , à la suite des élections ayant donné la majorité au parti républicain. Le roi est destitué. Cette République dure douze ans, douze années agitées, ponctuées par des coups d'État militaires et des conflits frontaliers avec ses voisins, comme l'incident de Pétritch en 1925, résolu par l'intervention de la Société des Nations. Dans les premières années de la République, le gouvernement d'Alexandros Zaimis contracta un prêt auprès des banques britanniques d'un montant total de de livres sterling destiné à la mise en valeur et à l'amélioration des terres (principalement dans les régions du nord). Les conditions de ce prêt stipulaient toutefois que la Grèce devait stabiliser sa monnaie en revenant à l'étalon-or. Un autre prêt de de livres sterling destiné à la réalisation de travaux publics a été contracté en 1928. En mai 1928, la Banque de Grèce fut créée. L'économie du pays est majoritairement concentrée sur le secteur primaire : en 1933, plus de 85% des exportations grecques en termes de valeur étaient agricoles, la plus grande part des exportations étant le tabac brut ( de drachmes). La Grande Dépression a eu un impact considérable sur les prix des produits de luxe tels que le tabac et les raisins secs, qui constituaient la majeure partie des exportations agricoles de la Grèce. Avant la crise, le pays exportait pour une valeur de . Ce n'était plus que de tabac pour une valeur de de drachmes en 1933. La décennie 1930 est marquée par la présence de Venizélos aux affaires politiques. Ce dernier mène des grandes réformes politiques (passage d'un régime monarchique à un régime républicain) et sociales (mise en place progressive d'un régime assurantiel pour les travailleurs). La République hellénique de l'entre-deux-guerres se caractérise par une instabilité gouvernementale chronique : quatorze gouvernements en onze ans. Le 10 octobre 1935, les généraux Geórgios Kondýlis et Aléxandros Papágos renversent la République et restaurent la monarchie au terme d'un référendum. La Grèce redevient formellement une monarchie et le roi Georges II est rappelé de son exil à Londres. Régime du 4 août. En 1936, le général Ioannis Metaxás, devenu Premier ministre, abolit la Constitution pour et instaure un régime autoritaire, inspiré du fascisme italien de Benito Mussolini (Mouvement de la jeunesse nationale, salut fasciste, emprisonnement ou déportation des communistes). Ioannis Metaxás est un ancien militaire qui combattit durant les guerres balkaniques et qui s'y distingua ; il est hostile à la République et quitte le pays entre 1922 et 1935 avec la famille royale. Il revient à Athènes lorsque la monarchie est rétablie. Toutefois, la politique de Ioannis Metaxás est sensiblement différente de celle menée par l'Italie fasciste et l'Allemagne hitlérienne. La Grèce est un allié de la France et du Royaume-Uni, et n'a jamais cherché à mener une politique expansionniste. On peut expliquer cette absence de politique belliciste par un certain nombre de raisons : Le régime du 4 août entend s’appuyer sur un idéal mobilisateur, celui d’une Grèce « régénérée » : la construction d’une « Troisième civilisation hellénique » est érigée en slogan. Les deux civilisations précédentes, racines du renouveau national sont d’une part la Grèce ancienne classique – l’accent est moins placé sur Athènes que sur Sparte, cité réputée guerrière et disciplinée – et d’autre part, la civilisation « médiévale grecque byzantine », marquée par la religion et la culture chrétiennes orthodoxes. Le régime exalte la patrie, la communauté biologique, l’unité sociale, la jeunesse, la famille, la religion, le modèle du soldat, les vertus viriles, le culte du chef, l’idée de régénération. Monarchiste, il condamne le système parlementaire et partisan. L’orthodoxie est posée en gardienne de l’âme grecque. Les revues du régime articulent étroitement nation et christianisme orthodoxe, dans une logique d’exaltation patriotique. Le régime du 4 août, régime politique antiparlementaire, anticommuniste et étatiste, ne peut se comprendre que dans le contexte historique de l'époque. L'entre-deux-guerres voit la montée de régimes politiques « forts » dans une atmosphère marquée par la progression du communisme en Europe et soutenue par l'Union soviétique. La Grèce n'a pas évolué en un régime mussolinien ou hitlérien. Ce fut plutôt un régime étatiste, corporatiste et socialiste. Seconde Guerre mondiale (1940-1945). Guerre contre l'Italie (1940) et bataille de Grèce (1941). En 1939, Mussolini envahit l'Albanie du roi Zog, et ne cache pas ses ambitions en Grèce. Athènes se rapproche donc de Londres et de Paris pour garantir la souveraineté hellénique. Mais avec l'effondrement des Pays-Bas, de la Belgique et de la France, ainsi que le retrait de la Grande-Bretagne à Dunkerque au cours du printemps 1940, la Grèce perd deux de ses alliés les plus influents. Metaxás mène alors une politique de prudence, proclamant la neutralité de la Grèce. Le pays n'a, de toute façon, pas les moyens techniques de s'opposer militairement à l'Allemagne hitlérienne. Le 15 août 1940, la marine italienne torpille le sous-marin grec "Elli" dans le port de l'île de Tinos, alors en pleine célébration de l'Assomption. La responsabilité italienne était évidente, et Rome cherchait d'ailleurs par tous les moyens à provoquer la Grèce. Pour autant, Metaxás se garda bien de toute offensive afin de ne pas donner une raison aux Italiens de déclencher une guerre contre le pays. Dans le même temps, l'armement du pays s'intensifie. Dès 1936, deux lignes de défense, similaires à celle de la ligne Maginot en France, furent construites : à la frontière bulgare, la ligne Metaxás, et à la frontière yougoslave la ligne Alikamon. Le 28 octobre 1940, l'ambassadeur italien à Athènes Emanuele Grazzi remet un ultimatum au gouvernement grec, le sommant de laisser l'armée italienne pénétrer sur le territoire grec et occuper certaines places stratégiques, faute de quoi la guerre serait inévitable. Ioannis Metaxás lui aurait alors répondu par la négative en grec (Όχι) et aurait ensuite ajouté en français : « Alors, c'est la guerre. » Le 28 octobre est donc resté dans les mémoires collectives comme le jour où la Grèce s'éleva contre l'impérialisme italien. C'est un jour férié, appelé «Επέτειος του 'Οχι » ("Jour du Non"). Tous les rapports semblaient donner une victoire rapide à l’armée italienne. Mais c’était ne pas tenir compte de la réalité : il s’agissait d’attaquer, par l’Albanie, des troupes grecques solides et motivées dans un terrain montagneux difficile et dans une saison où pluie puis neige allaient donner bien du fil à retordre à un adversaire italien mal préparé. L’offensive italienne, en infériorité numérique, se solda par un échec cinglant qui permit même aux troupes grecques de contre-attaquer et d’entrer en Albanie. Malgré la disproportion des forces aériennes, les Grecs parviennent à repousser les Italiens à l’intérieur du territoire albanais et conservent un excellent moral même s’ils manquent d’entraînement. Les chasseurs grecs défendent les aérodromes et les ports quand les bombardiers attaquent les lignes de ravitaillement, notamment en Albanie. Le 6 avril 1941, venant en aide à son allié italien au sein de l'Axe, l'Allemagne nazie envahit la Yougoslavie et la Grèce. L'armée grecque est aidée par des renforts britanniques, mais peu nombreux. Les premiers jours sont assez favorables à l'armée hellénique, grâce aux lignes fortifiées Metaxás et Alikamon. Cependant, la supériorité allemande va avoir raison de l'armée hellénique certes déterminée mais moins nombreuse et en manque d'équipement. Les Grecs résistent avec une ténacité qui surprend jusqu'à l'État-Major allemand. Le 20 avril 1940, le général Tsolakoglu offre sa reddition aux Allemands. Cette reddition n'inclut pas l'armée italienne. Outragé par cette situation, Mussolini ordonne une contre-attaque contre les Grecs qui viennent pourtant de se rendre. Elle est repoussée pour le plus grand embarras de Mussolini. Ce dernier obtient d'Hitler la signature d'une nouvelle reddition, ce qui est fait le 23 avril. Toutefois, cela n'est accepté par le commandant en chef des armées helléniques, Alexandros Papágos. Mais Athènes tombe le 27 avril. Le roi s'enfuit d'abord en Crète, puis à Alexandrie pour y organiser un gouvernement en exil. Le matin du 20 mai 1941, le Reich lance une invasion aérienne en Crète, sous le nom d"'opération Merkur". Les parachutistes allemands sous les ordres du général Kurt Student sont largués sur trois points : Máleme, Héraklion, et Réthymnon. Les troupes britanniques et néo-zélandaises du général Bernard Freyberg comptent , , alors qu’une grande partie des troupes sera capturée (environ ). Malgré la victoire, aucune opération aérienne d'envergure ne sera plus lancée par les Allemands jusqu'à la fin de la guerre. Contrairement à ce que l'on pouvait s'attendre, la Grèce offrit une résistance bien plus organisée et bien plus virulente aux envahisseurs italiens et allemands. Ni Mussolini, ni Hitler n'avaient jusqu'alors rencontré de véritable résistance dans leur projet expansionniste., et l'armistice signé ne fut pas reconnu par l'état-major hellénique. La Grèce a permis de retarder d'au moins six semaines l'invasion de l'Union soviétique. Hitler lui-même le reconnut : « si les Italiens n'avaient pas envahi la Grèce et demandé notre aide, la guerre aurait pu prendre un cours différent. Nous aurions devancé le froid russe de plusieurs semaines et conquis Leningrad et Moscou. Il n'y aurait eu aucun Stalingrad. ». La résistance héroïque grecque fit l'admiration tant de la part des Alliés que des Allemands. Lors d'un discours devant le "Reichstag", en 1941, Hitler s'inclina devant leur lutte acharnée : « il doit être dit, pour le respect de la vérité historique, que parmi tous nos opposants, seuls les Grecs se sont battus avec autant de courage et de défiance envers la mort. » Joseph Staline en fit l'éloge : « le peuple russe sera éternellement reconnaissant envers les Grecs pour avoir retardé l'armée allemande ainsi longtemps pour que l'hiver s'installe, et de ce fait nous donnant le temps précieux dont nous avions besoin pour nous préparer. Nous n'oublierons jamais. » Winston Churchill fut impressionné : « Nous ne dirons pas que les Grecs combattent tels des héros, mais que les héros combattent tels des Grecs. ». Occupation. La Grèce est occupée par l'Allemagne nazie, la Bulgarie et l'Italie fasciste. Après la capitulation des Grecs, l'Allemagne, l'Italie et la Bulgarie divisèrent le pays en zones d'occupation. L'Allemagne occupa la Macédoine occidentale (y compris Salonique), la Thrace orientale le long de la frontière gréco-turque, les environs d'Athènes, la Crète occidentale et les îles grecques situées à proximité de la Turquie dans le nord de la Mer Egée. La Bulgarie occupa la Thrace occidentale. L'Italie prit le contrôle du reste de la Grèce continentale, de la Crète orientale et des îles grecques du sud de la Mer Egée, de la partie orientale de la Méditerranée et des mers Ionienne et Adriatique. L'Allemagne et l'Italie occupèrent conjointement Athènes. L'occupation est particulièrement dure (famine, fusillades, destructions), et atteint son paroxysme durant la famine de l'hiver 1941-1942. Un gouvernement collaborationniste est mis en place, mais ne dispose d'aucune assise populaire et n'a guère de pouvoir. Dans les faits, ce sont les forces d'occupation qui ont tout pouvoir exécutif. La résistance s'organise autour des démocrates et libéraux (dont la figure de proue est Dimítrios Psarrós) et les communistes (avec Thanassis Klarás notamment). En novembre 1942, les résistants communistes et libéraux s'unissent et fondent l'Armée de Libération Nationale. Ils font sauter le viaduc du Gorgopotamos, ce qui a pour effet de couper le chemin de fer de Thessalonique au Pirée qui approvisionne l’"Afrikakorps." La répression est particulièrement féroce : après la Pologne et l’URSS, la Grèce connaîtra les pertes humaines et matérielles les plus considérables en Europe (8 % à 9 % de morts dans la population, à mettre en comparaison avec les 1,5 % en France) sans compter la famine de 1941 qui tuera entre et des de Grecs. Après le 8 septembre 1943 et la capitulation de l'Italie, l'Allemagne occupa l'ensemble du territoire de la Grèce. Pendant l'année 1944, des unités de l'armée et de la marine allemande concentrèrent les Juifs qui résidaient dans l'ancienne zone d'occupation italienne dans des points de rassemblement. Ils furent ensuite déportés à Auschwitz-Birkenau. Ainsi 800 Juifs d'Athènes, près de Juifs de l'île de Corfou et près de Juifs de l'île de Rhodes furent déportés et dans leur grande majorité assassinés à leur arrivée par les SS. Dès fin 1943, de larges zones sont libérées en province puis auto-administrées par la population et les communistes de l'ELAS, menés par Thanassis Klarás. La Grèce continentale est libérée en octobre 1944, mais des garnisons allemandes continuent à occuper les îles de la mer Egée jusqu’à la fin de la Seconde guerre mondiale. Des troupes britanniques débarquent à Athènes à la demande de Churchill, dirigé par le général Ronald Scobie, pour assurer que la Grèce ne tombe pas aux mains des communistes. Cela a été négocié à Moscou le 9 octobre 1944 entre Churchill lui-même et Staline : cet accord impose des zones d'influence entre britanniques, américains et soviétiques en Europe (aussi appelé ""). La Conférence interalliée de Paris conclut le que l'Allemagne doit de dollars de réparations à la Grèce en raison du pillage organisé du pays par la de la . L'Allemagne ne paie effectivement qu'1/ de cette somme. Guerre civile (1946-1949). La fin de la Seconde Guerre mondiale ouvre directement sur la guerre civile, en raison des divergences d'intérêts et d'opinions qui traversent la Grèce, région stratégique à l'orée de la guerre froide. D'un côté, les modérés et royalistes aidés des Britanniques ne peuvent imaginer la Grèce dépourvue de son roi ; de l'autre côté, l'organisation résistante communiste EAM-ELAS, qui souhaite un gouvernement démocratique d'union nationale, et qui apparaît comme « rouge » aux yeux de et de Churchill. Le Premier Ministre britannique exige le désarmement et la dissolution d’ELAS, mais la résistance communiste lutte contre les Britanniques et prend rapidement le contrôle de la Grèce continentale, à l'exception d'Athènes et de Thessalonique. Au nom de la lutte contre le communisme, les Britanniques libèrent et arment les miliciens collaborateurs et les bandes royalistes. Les communistes évitent le conflit direct, soucieux de participer à la vie politique après la guerre. Malgré leur supériorité en nombre, les forces de l'ELAS sont envoyées dans le nord, ce qui condamne définitivement toute perspective d’une victoire par les armes. Les 3 et 4 décembre 1944, le général britannique Scobie a tiré sur une grande manifestation pacifique, place Syntagma, faisant plus de . C’est le début des combats de décembre : la loi martiale est instaurée à Athènes. Les quartiers populaires en armes sont bombardés par les avions britanniques sur ordre de Churchill. Pour épargner ses hommes épuisés et affamés, l’EAM accepte un accord, signé à Várkiza, le 12 février 1945. Les soldats de l’EAM-ELAS seront désarmés contre la promesse d’une amnistie et d’une épuration de l’État. Le même jour, l’accord de Yalta entre Staline, Roosevelt et Churchill entérine la partition de l’Europe. Les anciens collaborateurs et miliciens monarchistes imposent la « terreur blanche », commettant de nombreux viols, arrestations et meurtres, sans réaction de la police. La guerre civile commence véritablement en octobre 1946, lorsque l'EAM reprend ses activités de guérilla, prenant dès lors le nom d'Armée démocratique. Ce conflit est le premier exemple d'une insurrection communiste après la Seconde Guerre mondiale dans un contexte de guerre froide naissante. L'Armée démocratique contrôle en partie le nord de la Grèce et bénéficie au départ du soutien de la Yougoslavie (l'URSS en revanche, qui tentait de se concilier les faveurs alliées, presse les communistes grecs de rendre les armes). Les femmes constituent 30 % des combattants rebelles. En face, l’aviation et les troupes britanniques puis américaines (à partir de 1947, Harry S. Truman marqua sa volonté d'« aider la Grèce à sauvegarder son régime démocratique ». Les Américains prennent ainsi le relais des Britanniques qui ne pouvaient plus soutenir les forces royalistes grecques par manque d'argent) forment et ravitaillent l’armée royaliste. L’intervention de troupes spéciales formées par les États-Unis provoque l’écrasement d'une Armée démocratique affaiblie militairement et isolée diplomatiquement. En 1949, on dénombre plus de (voire ) des deux côtés. La guerre civile prend officiellement fin le 16 octobre 1949. Mais les exécutions se poursuivront jusqu’en mai 1955. Reconstruction et miracle économique (1949-1967). La reconstruction est difficile ; le pays reste divisé, la priorité est donnée à la lutte anticommuniste. Les effets à long terme des fonds du Plan Marshall se sont avérés avoir des effets bénéfiques substantiels. Entre 1947 et 1949, l'aide américaine a constitué environ 25 % du produit national brut de la Grèce et a financé 67 % de toutes les importations grecques. Depuis le début de la guerre froide, la Grèce est considérée par l'Occident comme un rempart contre le bloc communiste menaçant. Le premier gouvernement de la Grèce aux lendemains de la guerre civile est un gouvernement conservateur et farouchement anticommuniste, dirigé par Alexandros Papagós. Les gouvernements suivants sont aussi conservateurs : Sophoklis Venizélos, Nikolaos Plastiras. Des réformes sociales sont cependant menées : en 1951, l'Institut de l'Assurance Sociale, qui avait été fondée par Venizélos en 1931 et développé par Ioannis Metaxás, est réformé en profondeur pour devenir un programme assurantiel universel. La période des années 1950 et 1960 est marquée par une bipolarisation très forte de la vie politique, où le parti communiste est toujours illégal. C'est également une période de stabilité, durant laquelle la Grèce s'engage dans le développement économique : urbanisation et exode rural, développement du tourisme, de la marine marchande, normalisation des relations internationales (entrée dans l'OTAN en 1952, traité d'association avec la CEE en 1961). Le pays prend peu à peu sa place dans le bloc occidental. Premier ministre de 1955 à 1963, Konstantinos Karamanlís a pour mot d’ordre la prospérité : la Grèce affiche alors un taux de croissance de 6 % à 7 % par an, un des plus élevés au monde : seul le Japon devance le pays. Cette croissance se fait dans la stabilité monétaire, avec le taux d’inflation (2 %) le plus bas d’Europe et un très faible endettement. Les capitaux étrangers représentent alors 50 % des investissements industriels et contrôlent, en 1970, le tiers des actifs industriels, cette proportion étant encore plus élevée dans les secteurs de pointe. La croissance économique fut accompagnée de changements sociaux et géographiques spectaculaires. La population s’est concentrée dans quelques grandes villes, et surtout à Athènes ; la montagne et les îles ont été abandonnées par leurs habitants en faveur des plaines, des villes et de l’étranger ; enfin une classe moyenne a commencé à voir le jour. La démocratisation de l’éducation a fait émerger une jeunesse étudiante dynamique et revendicative. Un effort d'investissement plus intensif dans les industries manufacturières et en particulier dans les industries manufacturières lourdes devrait apporter une nouvelle croissance de la production industrielle. Un autre facteur important à cet égard fut la poursuite des investissements publics dans l'alimentation électrique, la route et le rail afin de compléter les infrastructures et d'améliorer les économies extérieures du pays. Le développement des structures d'enseignement et de formation adaptées aux besoins futurs de l'économie grecque contribuèrent également à améliorer le taux de croissance économique. En 1964, la première université dédiée uniquement aux technologies et à la recherche scientifique fut fondée à Patras. Le « miracle économique grec » est aussi culturel : Les années 1950 et 1960 sont considérées par beaucoup comme l'« âge d'or » du cinéma grec. Les réalisateurs et les acteurs de cette époque ont été reconnus comme des figures historiques importantes en Grèce et certains d'entre eux ont acquis une renommée internationale : Mihalis Kakogiannis, Alekos Sakellarios, Melina Mercouri ou encore Irène Papas. Plus de soixante films par an ont été réalisés. Le film le plus marquant de cette époque est l'adaptation cinématographique du roman "Alexis Zorba" de Níkos Kazantákis : sort en 1964 "Zorba le Grec." Ce film popularise aux yeux du monde entier le sirtaki qui devient l'un des clichés sur la Grèce. Dans les années 1955-1960, les premières excursions touristiques organisées se développent et de petits groupes arrivent par voie ferrée ou maritime "via" Brindisi ou Venise. La société des loisirs alors en pleine expansion en Europe – et au-delà aux États-Unis – est en quête de destinations touristiques et la Grèce, par ses nombreux attraits, en devient un haut-lieu. L’épanouissement personnel, la redécouverte de la nature, la pratique du sport sont mis en avant et le voyage se fait injonction de plus en plus pressante dans une société où l’hédonisme se développe. Un modèle de tourisme estival caractérisé par la demande des quatre « S » ("Sun", "Sand", "Sex and Sea") s’impose alors. Au début des , le climat politique se tend ; les critiques sont de plus en plus vives à l'égard du gouvernement. En 1963, un député de l'EDA, Grigoris Lambrakis, est assassiné par une milice paramilitaire. Cet évènement, qui inspire Costa-Gavras pour son film "Z", contraint Karamanlis, discrédité, à s'exiler à Paris après avoir perdu les élections. La victoire de Georgios Papandréou aux élections, en 1964, annonce une période d'embellie démocratique. Cependant, la famille royale et les militaires vivent mal l'ombre dans laquelle ils sont rejetés. Ils s'irritent d'un prétendu complot « communiste », ourdi par le propre fils du Premier ministre, Andréas. Les relations entre le nouveau roi Constantin II et Papandréou deviennent si tendues que ce dernier démissionne, en . De nouvelles élections sont donc prévues, dont le résultat s'annonce évident : une nouvelle victoire du parti centriste de Papandréou. Le , un coup d'État de l'armée vient interrompre tout processus démocratique, ajournant définitivement les élections. Le groupe d'officiers à l'origine du putsch est secrètement soutenu par la CIA ; il inaugure la « dictature des colonels ». Dictature des colonels (1967-1974). La « dictature des colonels » est le nom donné au pouvoir politique en place en Grèce de 1967 à 1974, qui provoqua en outre l'exil du roi monté sur le trône en 1964. Le roi avait en effet tenté un coup d'État, en , contre les colonels. Son exil, consécutif à cet échec, laisse le colonel Geórgios Papadópoulos, à la tête des officiers, imposer une constitution dictatoriale lui attribuant les pleins pouvoirs. La dictature des colonels s’est instaurée et déroulée dans un contexte de guerre froide. Membre de l’OTAN depuis 1951, la Grèce appartenait au « bloc de l’Ouest » et se situait à proximité des voisins de « l’Est » : Bulgarie, Albanie et Yougoslavie. Durant la dictature, la Méditerranée orientale connut différentes tensions et conflits, dont la guerre des Six Jours en 1967, tandis que l’île de Chypre, République indépendante depuis 1960 — mais qui accueillait des bases militaires britanniques et des troupes grecques, turques et onusiennes — suscitait des convoitises diverses et notamment celle des Grecs favorables à l’"Enosis" (le rattachement de l’île à la Grèce). Les colonels n'ont pas de véritable programme ; ils se contentent de proclamer « l'ordre moral » de se présenter en champions de l'orthodoxie, avec pour mot d'ordre « la Grèce des Grecs chrétiens ». Le régime policier pourchasse les opposants, supprime les partis, remplit les prisons, bannit la gauche. Cependant, les États-Unis accordent leur aide financière, car ces militaires grecs occupent un emplacement stratégique dans la guerre froide, sur le flanc sud-est de l'OTAN. Le roi Constantin tente un contre coup d’État le avec le soutien d’une partie de l’armée. Il échoue et est obligé de s’exiler avec toute la famille royale à Rome puis à Londres. Les colonels ont désormais le champ libre : Georgios Papadopoulos devient chef du gouvernement. Les colonels, pour donner une légitimité démocratique au régime, laissent des gouvernements fantoches se mettre en place, alors que seule la junte militaire est aux commandes. Le régime prend des mesures dans tous les domaines de la société, relayé en cela par une administration dont l’intégralité des dirigeants a été changée aussitôt après le coup d’État. La minijupe et les cheveux longs sont interdits. Les partis politiques et les organisations syndicales sont interdits. Des tribunaux d’exception voient le jour : on peut arrêter les citoyens sans mandat, les juger sans avocat et les déporter. Une île-rocher de la mer Égée est réquisitionnée : Yaros. Des milliers de personnes y sont déportées et doivent y construire leur propre prison. Les conditions de détentions sur ce caillou de l’Égée sans ombre ni eau potable battu par le vent sont régulièrement dénoncés par les organisations humanitaires. Des organisations clandestines se mettent en place et combattent la dictature. Des moyens radicaux tels que les bombes sont employées contre les Colonels. Ainsi, le , Alexandros Panagoulis tente de faire exploser la voiture du chef de la junte. Celui-ci échappe de peu à cet attentat. Panagoulis est immédiatement condamné à mort. Devant la pression de la communauté internationale, sa peine est convertie en prison à perpétuité. Beaucoup d'intellectuels poursuivent la lutte depuis l'étranger : c'est le cas de l'ancien Premier Ministre Konstantinos Karamanlís, réfugié à Paris. La France notamment est un des pays qui accueillent un grand nombre d'exilés. La capitale française devient un haut lieu de résistance contre la dictature grecque. Des comités de solidarité composés notamment de Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, ou encore Michel Leiris se mettent en place. La situation économique difficile de la Grèce compte tenu du ralentissement économique mondial (premier choc pétrolier) alimente un mécontentement croissant à l'endroit du régime des colonels. En mai 1973, un complot organisé par des officiers de marine échoue. En réaction, Georgios Papadopoulos fait proclamer la République par référendum, le juin 1973. Il destitue le roi Constantin II, en exil à Rome, que l'on accuse d'avoir trempé dans le complot. Les étudiants déclenchent le processus de désintégration de la dictature, en 1973, par l'occupation de l'École polytechnique d'Athènes ; la répression est brutale : les chars sont lancés à l'assaut de l'université, faisant et une centaine de blessés. La crise chypriote de juillet 1974 révèle l'impuissance du régime militaire qui est évincé au profit d'un gouvernement formé de civils. Le coup définitif vient de Chypre, en 1974. L'île, indépendante depuis 1960 (après avoir été colonie britannique), peuplée d'une majorité de Grecs et d'une minorité turque, est alors gouvernée par le président et archevêque . Le président cherche à se débarrasser des officiers grecs de sa garde nationale, attirant la réaction de l'ultra-nationaliste Ioannídis qui tente d'assassiner l'archevêque et de prendre le pouvoir sur l'île. La Grèce et la Turquie, toutes deux puissances garantes, s'apprêtent à intervenir ; les Turcs débarquent, et la junte des colonels s'enfonce dans le chaos. Metapolítefsi. "Metapolítefsi", qui signifie « changement de régime » (), commence juste après la chute de la dictature militaire, le 24 juillet 1974, et se poursuit jusqu'aux années 1980. La dictature des colonels tombe le 24 juillet 1974. L'ex-premier ministre Konstantinos Karamanlís revient d'exil et reprend ses anciennes fonctions à la tête d'un gouvernement provisoire d'union nationale. Des élections se déroulant le 17 novembre 1974 sont remportées avec sur 300 par le Parti Nouvelle démocratie, formation de Karamanlís qui est confirmé à la tête du gouvernement. Le 8 décembre, un référendum permet à la population de se prononcer sur la monarchie. Les Grecs se prononcent contre à 69 %, mettant fin aux espoirs de retour sur le trône du roi Constantin II. La Grèce devient une république parlementaire et entame sa marche vers la démocratie et l'Union européenne. La République rétablit les libertés civiles. Le janvier 1981, la Grèce devient officiellement membre de la Communauté économique européenne. Son adhésion a été soutenue par la France de Valéry Giscard d'Estaing, ami personnel de Karamanlís. Histoire récente. Après la dictature, la Grèce connaît une forte croissance économique, et des niveaux de vie jamais atteints auparavant, notamment grâce à la hausse du tourisme étranger en Grèce. Le pays adopte la monnaie européenne en 2001. Le pays, qui est à l'origine des Jeux olympiques, accueille la compétition en 2004 à Athènes. À partir de 2007, le pays est touché par la crise économique mondiale venue des États-Unis, et connaît en 2009 une grave crise budgétaire qui le force à demander l'aide de l'Union européenne. Au milieu des , le pays figure en première ligne de la crise migratoire en Europe, qui fait suite à la guerre civile syrienne. Politique. Pouvoir central. La Grèce est une république parlementaire depuis la constitution de 1975. Cette dernière garantit de façon détaillée les libertés civiles. Cependant le poids de l'Église orthodoxe y est resté très important : il n'y a pas de séparation entre l'Église et l'État en Grèce (ainsi l' de la constitution règle les rapports entre les deux autorités). Le pouvoir exécutif est assuré par le président de la République, élu par le parlement à la majorité des deux tiers, et un Premier ministre issu de la majorité parlementaire. Le président de la République a un rôle essentiellement représentatif ; ses pouvoirs politiques sont extrêmement limités. Cependant, compte tenu de son expérience, il incarne une certaine autorité morale qui lui est reconnue par la société grecque. L’organe du pouvoir législatif est un parlement à chambre unique, la "" (Chambre des Grecs). Le Parlement siège dans l'ancien palais royal d'Athènes. L' (Aréopage) est le nom porté par la Cour de cassation. Une Cour suprême spéciale est composée du président et de quatre membres de la Cour de cassation, du président et de quatre membres du Conseil d'État, ainsi que du président de la Cour des comptes, assistés dans certains cas de deux professeurs de droit. La politique étrangère de la Grèce est conduite par le gouvernement et le président n'a constitutionnellement aucun pouvoir. Le , la Grèce entre dans l’OTAN, en même temps que la Turquie, mais retire ses forces de la structure militaire intégrée le en protestation contre l'invasion turque au nord de Chypre. Puis elle réintégre l'OTAN en 1980. En 1981, la Grèce intègre la Communauté économique européenne. Échelon local. La première organisation administrative de la Grèce fut l'œuvre de Ioánnis Kapodístrias entre 1828 et 1831 puis des ministres bavarois du roi (début des ). Furent alors mis en place une dizaine de nomes () et . La croissance du pays et l'explosion de sa capitale obligea à en multiplier le nombre. Dans les , la Grèce était divisée en , et . Une réforme dite Kapodístrias modifia cette structure à partir de 1985 pour permettre à la Grèce de se conformer à la charte européenne de l'autonomie locale (1997 : 13 régions ou périphéries (), , , et ). En 2009, un nouveau programme de réforme de l'administration locale est lancé. D'abord appelé , il finit par prendre le nom d'un des architectes du Parthénon : Callicratès. Il aboutit en à une réduction radicale du nombre de subdivisions et d'élus de celles-ci. Un des objectifs principaux est de faire des économies budgétaires et de diminuer la bureaucratie locale. L'échelon des périphéries est conservé tandis que les nomes et leurs subdivisions s'y dissolvent. Les élus des nomes (qui étaient un peu moins de ) deviennent élus de l'échelon régional et ne sont plus que 700 sur l'ensemble du territoire. Les et , quant à eux, sont réduits à . Les élus municipaux sont réduits de moitié, passant d'un peu plus de à un peu plus de . Une économie budgétaire d'un milliard et demi d'euros est alors espérée sur trois ans. Les nouveaux conseillers municipaux et régionaux sont élus pour cinq ans. Cependant, les premières élections locales ont eu lieu en et les suivantes sont prévues pour 2014, en même temps que les élections européennes, dans un but d'économie. Sont éligibles les Grecs de plus de (comme pour le droit de vote), sauf pour le poste de maire où l'âge reste fixé à . Le scrutin est proportionnel plurinominal avec panachage. Partis politiques. Les deux principaux partis politiques grecs sont les conservateurs de Nouvelle Démocratie et la gauche radicale de SYRIZA. Historiquement, la vie politique est divisée entre les formations conservatrices (Nouvelle Démocratie) et les libéraux progressistes (PASOK). En 1920, le Parti communiste de Grèce est fondé : il jouera un rôle prééminent dans la résistance durant l'Occupation allemande. À titre d'exemple, ce seront les deux résistants communistes Manólis Glézos et Apóstolos Sántas qui défieront ouvertement les occupants en enlevant le drapeau nazi de l'Acropole. Le communisme deviendra illégal en Grèce après la guerre civile, achevée en 1949. Une des particularités grecques est la construction de « dynasties » politiques : Le Mouvement socialiste panhellénique (PASOK) et Nouvelle Démocratie (ND) dominent la vie politique jusqu'en 2012, discrédités par la crise économique. Le parti de gauche socialiste et humaniste SYRIZA, est au pouvoir entre 2015 et 2019. Ils adoptent respectivement le vert et le bleu comme couleur emblématique. Ce choix propre à la Grèce rappelle les couleurs des deux groupes de partisans qui s'affrontaient à l'hippodrome de Constantinople à l'époque de l'empereur Justinien. La droite souverainiste est représentée jusqu'en 2004, par le mouvement Printemps politique avant que le parti Alerte populaire orthodoxe (LAOS) ne prenne la relève. Lors élections législatives de, LAOS perd tous ses députés mais Aube dorée (XA), un autre parti d'extrême droite ouvertement néonazi, sort de la marginalité en recueillant 7 % des voix. Ce succès ne dure que quelques années, le parti obtenant moins de 3 % lors élections législatives de 2019, et perdant ainsi sa représentation parlementaire. L'élection présidentielle anticipée de 2014 est entachée d'une tentative de corruption mais qui n'a finalement pas de conséquence sur l'issue du scrutin. Droits de l’homme. Selon des informations publiées par le journal américain "The New York Times" au mois août 2020, les autorités grecques auraient secrètement largué au moins d'asile des frontières de l'Europe, dans la mer Méditerranée, lors d'au moins distinctes. Les migrants ont souvent été contraints de monter à bord de radeaux qui fuyaient, laissés à la dérive dans leurs propres bateaux après que les autorités grecques avaient désactivé leurs moteurs, ou ont été abandonnés sur une île inhabitée, Ciplak. Les demandeurs d'asile ont été transférés d'une île à Athènes, avant d'être abandonnés en mer à la frontière maritime turque. Politique étrangère. La politique étrangère de la Grèce, membre de l'Union européenne et de l'OTAN, est principalement dominée par ses relations historiquement tendue avec la Turquie voisine, avec qui il reste des différents sur le tracé de la frontière dans la Mer Égée et l’occupation illégale de Chypre. En 2020, le ministre des Affaires étrangères est Níkos Déndias. La Grèce, puissance moyenne au plan mondial, entretient des relations diplomatiques sur tous les continents. Le pays est membre de plusieurs organisations internationales : Nations Unies, OCDE, Organisation de coopération économique de la mer Noire, Union européenne, Fonds monétaire international, Banque mondiale, entre autres. Représentation diplomatique Ambassade – Ambassade grecque dans un autre pays<br> Consulat général – Pas de relations – Grèce Économie. Thalassocratie. Selon les chiffres de l'OCDE et d'Eurostat, la Grèce est la cinquante-et-unième économie mondiale, dix-septième économie de l'Union européenne et première marine marchande de la planète, puisque sa flotte marchande dispose de pour de poids en lourd au (15,17 % du tonnage total mondial). L'activité maritime et le tourisme sont les principaux secteurs de revenus. Le tourisme contribue directement pour 7 % du produit intérieur brut (PIB) et 9 % de la main d'œuvre (). En ajoutant la contribution indirecte, ces chiffres passent à 17 % du PIB et 19 % de la main d'œuvre (). Le port autonome du Pirée est le plus grand port de la Grèce, mais la plupart des installations appartient désormais à des consortiums chinois. Globalement en 2010 les terminaux à conteneurs du port du Pirée ont traité un trafic de . D’ailleurs, le port du Pirée est devenu la plus grande concentration urbaine du pays après Athènes, Thessalonique et Patras. Les deux-tiers du territoire grec peuvent être exploités par l'agriculture (40 % des terres sont en prairies ou pâturages et un peu plus de 20 % en terres arables) Si l'on veut prendre une mesure rapide de l'essor et des transformations de l'économie grecque, il faut considérer l'évolution de la structure des caractéristiques macro-économiques. En 1962, les exportations sont encore celles d'une nation peu développée : les produits agricoles représentent 56 % des secteurs d'activité, les matières premières 30 %, les produits industriels moins de 9 %. Au début des années 1980, les proportions respectives sont passées à 25 %, 8 % et 44 %. Trois décennies plus tard, en 2007, l'agriculture, l'élevage et la pêche ne contribuent que 4 % à la richesse nationale, l'industrie et la construction à hauteur de 20 %, le secteur tertiaire à 76 %. En moins d'un demi-siècle, la Grèce est devenue un pays développé, échangeant avec l'étranger, notamment l'Union Européenne (près des deux tiers des importations comme des exportations hors hydrocarbures), des produits manufacturés et des services, et satisfaisant une partie de son marché intérieur, dont la demande s'est considérablement accrue en quantité et en qualité. La mutation est particulièrement nette dans le domaine industriel, où l'on assiste à une profonde transformation des systèmes de production et à des remaniements importants des localisations. Les bouleversements pourraient s'ordonner sous le double signe d'une périodisation banale qui fait se succéder les phases d'industrialisation (années 1960), de diffusion (années 1970) et de restructuration (depuis les années 1980) et d'une exceptionnelle flexibilité des acteurs économiques. Aux activités classiques fondées à l'origine sur la production agricole (alimentation, tabac, textile), se sont ajoutés des secteurs plus modernes et concurrentiels (métallurgie, chimie, chantiers navals ou cimenteries). Crise économique. La Grèce a fait face, ces dernières années, à une violente crise économique intérieure, accentuée par la crise des dettes souveraines de la zone euro de 2010 et de la crise mondiale de 2008. Les causes de la crise grecque, attribuées dans un premier temps à la Grèce seule, sont en fait beaucoup plus complexes. Outre les effets de la crise mondiale, et les fautes de gestion des gouvernements grecs successifs, beaucoup de fonds d'investissements ont spéculé sur la dette. Entre 2008 et 2016, le PIB de la Grèce a chuté de près de 25 %. La dette publique est passée de 103,1 % du PIB en 2007 à 181,2 % en 2018. Les projections du FMI estiment qu'elle atteindra 293,6 % du PIB en 2060. Le pays a diminué de 32,4 % ses dépenses publiques pendant la crise. Ces mesures d'austérité budgétaire ont été accompagnées de réformes structurelles, comme l’affaiblissement du droit du travail, la suspension du droit de négociation collective ou l’abaissement du salaire minimum. Les retraités ont également vu leurs pensions amputées de 14 à 40 %. Le nombre de personnes sans-abri a augmenté de 20 à 25 %. Le Premier ministre conservateur Kyriákos Mitsotákis lance en 2019 une vague de privatisations, dont notamment celles d’infrastructures touristiques, de terres côtières, et des parts détenues par l’État dans les entreprises de gaz et d’électricité et de l’aéroport d’Athènes. La brigade antifraude du fisc est supprimée, et ses employés intégrés au ministère des Finances. Le gouvernement fait par ailleurs adopter une réforme du droit du travail permettant à un employeur de licencier ses salariés sans avoir à motiver sa décision, ni à prévenir les personnes licenciées. Enfin, une réforme fiscale visant à faire du pays « une terre d’accueil pour les milliardaires et les citoyens les plus fortunés », relève le "Financial Times", est mise sur pied. Il s'agit d'attirer les investissements en proposant de faibles taux d'imposition. En outre, une clause protégera les bénéficiaires de cette politique fiscale contre les éventuels changements de politique mis en place par de futurs gouvernements. En 2019, un salarié grec sur trois travaille à temps partiel pour un salaire net de et 34,8 % de la population est exposée au risque de pauvreté ou d'exclusion sociale. Les inégalités se sont également creusées. La fraude fiscale représente en 2019 un manque à gagner pour l'État grec de d'euros. L'OCDE note en novembre 2019 dans son rapport annuel : La pandémie mondiale du Covid-19 aura des conséquences non négligeables sur la croissance du pays. Si la gestion de la crise apparaît comme exemplaire à bien des égards par le gouvernement, la relance économique fragile risque fortement d'être affectée. Tourisme. Le nombre de touristes en Grèce a augmenté de 8,5 % en 2008 par rapport à 2007. Les trois quarts proviennent de l'Union européenne (principalement du Royaume-Uni pour 15 % et d'Allemagne pour 13 %). Dès le début du millénaire, le Fonds mondial pour la Nature (WWF) avait exhorté les professionnels du tourisme réunis à Londres à développer dans les pays de la Méditerranée un tourisme durable, en estimant qu'au cours des vingt prochaines années, un groupe de pays méditerranéens comme le Maroc, la Tunisie, la Grèce, la Turquie et la Croatie, subiront une montée du tourisme étranger, totalisant environ 350 millions de visiteurs par an, avec de plus en plus de constructions sauvages et non concertées d'hôtels, stations balnéaires et villages de vacances. Il avait appelé l'industrie du tourisme à adopter et encourager des pratiques plus responsables afin de renverser la vapeur en défendant des programmes de développement écologiques et en sensibilisant la clientèle au respect de l'environnement. En 2010, le nombre de touristes étrangers en Grèce était approximativement de de personnes. Une étude de la Fondation grecque pour la recherche économique a montré que les dépenses des touristes (étrangers et grecs) en 2010 ont généré d'euros, soit 15,1 % du PNB. Les deux-tiers sont liés à l'hébergement et à la restauration ; les transports génèrent quant à eux d'euros. De plus, l'étude a montré que pour dépensés, l'impact total sur le PNB était de . Directement ou indirectement, le tourisme génère . Au total, 16 % de la population active () dépend du développement touristique. Selon le conseil du tourisme basé à Londres, 16 % du produit intérieur brut est issu du tourisme. En 2010, la région la plus visitée de la Grèce était la Macédoine centrale, avec 18 % du flux touristique total du pays (soit de touristes), suivie de l'Attique avec et le Péloponnèse avec . Le nord de la Grèce est la région la plus visitée du pays, avec de touristes, le centre grec attire de touristes, et se classe deuxième région la plus visitée de la Grèce. Santé. Régime universel. La Constitution hellénique fait de la Grèce une République sociale : Le système de santé hellénique est un système universel et gratuit, divisé entre une branche assurantielle et une branche assistancielle. L'État couvre une partie des frais médicaux et le reste à payer est à la charge des patients. Le ministère de la Santé, de la Solidarité et des Affaires Sociales est chargé de la gestion du système national de santé et de la santé publique. Les assurances sont rendues obligatoires par le gouvernement d'Elefthérios Venizélos en 1914 et 1922, et aboutissent à la création d'un système national de protection sociale en 1934 : l'Institut Nationale d'Assurance Sociale est créé (Iδρυμα Κοινωνικών Ασφαλίσεω, abrégé I. K. A.). Bien que loin d'être aussi efficace qu'aujourd'hui, l'Institut pose les bases de la protection sociale en Grèce. Le régime autoritaire établi par Ioánnis Metaxás entre 1935 et 1941 va développer l'I. K. A., dans le cadre de sa politique sociale. Le temps de travail quotidien est abaissé à , le dimanche est obligatoirement chômé, les accidents du travail pris en charge sont élargis, les chômeurs reçoivent une aide alimentaire régulière. Des livrets de santé individuels pour les travailleurs sont mis en place. Des cliniques sont construites pour assurer gratuitement les services de maternité et lutter ainsi de manière plus efficace contre les conditions parfois très précaires d'accouchement. Les naissances sont contrôlées par l'État. Les inspections du travail et la médecine du travail veillent au respect des mesures ainsi qu'à la surveillance de la santé des travailleurs. Les congés payés sont institués, les travailleurs disposant de deux semaines de vacances. L'interdiction du travail des mineurs est affirmé et des mesures de répression sont mis en place contre les entreprises ne respectant pas la loi. En 1951, l'Institut Nationale d'Assurance Sociale est modernisée et réformée en profondeur. Tout au long des années 1950 et 1960, le gouvernement fera adopter des mesures de protection pour les personnes vulnérables (aveugles, enfants malades, orphelins de guerre, maladies incurables). La Grèce doit ces réformes grâce à l'impulsion de Konstantínos Karamanlís et Georgios Papandréou. La loi de 1983, porter par le cabinet d'Andréas Papandréou, va moderniser les équipements hospitaliers et compléter le système assitanciel par un système assurantiel. Un système national d'urgence est mis en place : l'Εθνικό Κέντρο Άμεσης Βοήθειας dont les missions sont équivalentes à celles du S.A.M.U. en France. Il permet d'envoyer du personnel spécialisé sur les lieux d'une situation d'urgence, afin de fournir une assistance immédiate aux victimes et de les transférer vers les établissements de soins les plus proches. Son numéro joignable en permanence est le 166. Depuis la mise en place du numéro d'urgence européen, le 112 permet également de joindre l'aide médicale d'urgence. Politiques d'austérité. Entre 2009 et 2015, les dépenses publiques de santé par habitant ont chuté de 37,7 % et le système de santé public a perdu les trois cinquièmes de ses effectifs. Dès 2010, le système national de santé ESY a réduit de 60 % ses dépenses. Afin de gagner en rentabilité, les répartis sur le territoire se sont trouvés contraints de fusionner, pour laisser place à un réseau de seulement 83 hôpitaux, avec, au passage, des milliers de suppressions de postes et la fermeture de . Au total, 25 % à 30 % des unités de soins intensifs et des unités de soins spécialisés ont disparu. Après son arrivée au pouvoir, le gouvernement issu de SYRIZA a rétabli la gratuité des soins hospitaliers pour les citoyens les plus modestes. Les accouchements dans le secteur public sont théoriquement gratuits. Pourtant, face aux coupes budgétaires, la pratique des pots-de-vin s'est généralisée. Il convient de payer pour bénéficier d'une anesthésie péridurale, de médicaments et matériels médicaux et d'une chambre. Un accouchement dans le public coûte ainsi entre 800 et , contre environ dans le secteur privé. Une étude d’Amnesty International publiée en avril 2020 établit que les trois « programmes économiques » imposés par les créanciers en contrepartie de nouveaux prêts ont « entraîné des violations du droit à la santé ». Avec un impact significatif sur les personnes les plus vulnérables : personnes handicapées, migrants, personnes âgées, porteurs de maladies chroniques, chômeurs, précaires, sans-abri. Les soignants interrogés, eux-mêmes affectés par des pertes de revenus et par la surcharge de travail créée par les suppressions de postes, décrivent « une situation désespérée » avec, dans les hôpitaux publics, des suppressions massives de lits, jusque dans les unités de soins intensifs, mais aussi des pénuries de médicaments, de vaccins et de fournitures de base (cathéters, bandages, seringues). Démographie. Chiffres et tendance. La population du pays est estimée à , dont 8,4 % d'étrangers, en (49,04 % d'hommes et 50,96 % de femmes). Par rapport à son maximum de en 2001, la population a baissé de 1 %. Cette baisse est un phénomène récent : en 2008, la Grèce présentait encore un accroissement de () habitants par rapport à l'année précédente, dont seulement dus au solde naturel, le reste provenant de l'immigration. Depuis 1996 en moyenne, le solde migratoire positif avait empêché la population grecque de diminuer. En 2011, le pays a enregistré pour . En 2012, le nombre de naissances a encore baissé, d'environ . Cette année-là, la population a diminué de . En 2013, d'après Eurostat, il y a eu en Grèce contre . En 2014, la baisse de la natalité s'est poursuivie : 2,1 % pour un nombre de naissances de ; par contre, le taux de mortalité a augmenté de 1,7 % pour atteindre . Ces dernières statistiques montrent que 40 % de la population grecque devrait avoir plus de en 2050.Au recensement de 2011, 50,3 % des Grecs sont mariés. Un foyer moyen comprend . Les taux de fécondité et de natalité sont parmi les plus faibles d'Europe. Le déclin de la fécondité a atteint un premier étiage au début des ( de taux de natalité et par femme en 1961 ; de taux de natalité avec par femme en 2001) pour remonter un peu ensuite : de taux de natalité et par femme en 2009. Entre 2009 et 2012, la natalité a recommencé à baisser, d'environ 10 %, passant de . En 2012, le taux de natalité est de . Ces chiffres sont expliqués par le coût important d'élever un enfant en Grèce : pas ou peu de crèches et éducation très chère en raison du recours aux cours privés. Il existe une relative homogénéité de ces phénomènes sur l'ensemble du territoire, avec deux petites nuances : les taux sont plus élevés dans les grandes villes car elles sont souvent le lieu de résidence des jeunes couples ; il en est de même en Thrace où se concentre la majorité de la population musulmane dont le comportement démographique est encore différent de celui du reste du pays, même s'il tend de plus en plus à s'en rapprocher. La Grèce a par ailleurs un des plus faibles taux européens de naissances hors mariage : 6 % des naissances, contre 53 % en France. Cependant, ce taux a augmenté de 40 % entre 2004 et 2009. Par contre, la Grèce est le pays d'Europe où la proportion d'avortements est la plus élevée : sont pratiquées tous les ans, soit le double du nombre de naissances, toujours en raison du coût de l'éducation et de la contraception, mais aussi en raison du regard moralisateur, imprégné par le christianisme orthodoxe ou par l'islam, de la société sur les grossesses hors-mariage. Une adolescente sur quatre y a au moins eu recours une fois et un cinquième des interruptions concernent des mineures. Le taux de mortalité a longtemps baissé pour atteindre un minimum de en 1961. Depuis, il est lentement remonté : en 2004 et en 2009. Cette remontée du taux est due à plusieurs facteurs : un vieillissement de la population (19,2 % des Grecs ont plus de et 14,3 % ont moins de en 2009), mais aussi une dégradation des conditions de vie : tabagisme, alcool et obésité. L'espérance de vie en 2009 est de pour les hommes et pour les femmes. Comme tous les phénomènes démographiques grecs, l'exode rural est relativement récent. La population rurale, encore majoritaire en 1961 (54,8 %), est tombée à moins du quart (24,9 %) de la population totale en 2001. Les zones montagneuses se sont principalement dépeuplées tandis que les zones rurales et les grandes villes croissaient. La principale zone de peuplement est au début du l'axe Patras-Athènes-Vólos-Larissa-Thessalonique : les douze nomes le long de cet axe concentrent en 2001 d'habitants, soit plus de la moitié de la population du pays. La tendance à l'hypertrophie de la capitale s'est ralentie. Après une explosion dans les , Athènes (hors de ses limites administratives, en englobant son immense banlieue) a crû plus lentement dans les . Elle concentre cependant encore 36 % de la population (soit plus de de personnes). En Attique, dans les centres-villes d'Athènes et du Pirée, comme ailleurs dans le monde, la population a diminué tandis que celle des banlieues résidentielles a augmenté, surtout à l'est : la population de la moitié des communes de l'Attique orientale a crû de 50 % à 128 % entre 1991 et 2001. Les villes principales des subdivisions de la Grèce connaissent elles aussi une forte augmentation tandis que 97 % des communes grecques ont moins de . Dernier phénomène : la population des îles, longtemps lieu d'émigration, augmente entre 1991 et 2001 : de 56 % à Mykonos, à Paros, Naxos, mais aussi Schinoussa. Il en est de même dans le Dodécanèse et sur la côte nord de la Crète. Le recensement de 2011 confirme ces tendances. L'Attique continue à concentrer plus du tiers de la population (record de densité à Kallithéa : ), suivie de la région de Thessalonique avec 18 %. La Grèce de l'ouest a perdu le plus d'habitants entre 2001 et 2011 (de ) tandis que le sud de l'Égée est la seule région en croissance (de )<ref name="Kath26/07/2011"> , "I Kathimeriní", .</ref>. La Grèce a longtemps été un pays d'émigration : de Grecs ont quitté leur pays entre 1950 et 1977 (pour une population de en 1951 et un peu moins de en 1975) principalement vers les États-Unis, l'Australie, l'Allemagne fédérale et la France, mais aussi l'URSS pendant la dictature des colonels. Après cette date (fin de la dictature en Grèce, fin des contrats de travail, âge de la retraite puis ouverture du bloc communiste), de nombreux retours définitifs (autour de entre 1976 et 1990) ont eu lieu. En parallèle, la Grèce est devenue un pays d'immigration : d'entrées entre 1976 et 2000 dont rien qu'entre 1996 et 2000. On comptait en Grèce en 1991 et en 2001. En 2013, le phénomène migratoire est à nouveau inversé, avec les départs en excédent de par rapport aux entrées. Communautés linguistiques et religieuses. Citoyens grecs. Dans la population disposant de la nationalité grecque, 97 % parlent le grec et sont considérés comme orthodoxes par tradition, sinon par conviction. Les 3 % restant appartiennent à diverses minorités linguistiques comme les aroumains, les arvanites, les slavophones et les tsakones, ou religieuses comme les grecs catholiques et les musulmans. Parmi les communautés ethniques, il y a, notamment les Juifs grecs. Pendant très longtemps, « être Grec » (« de souche ») supposait être locuteur usuel du grec et être orthodoxe : la place prépondérante de l'Église et le jacobinisme de l'État empêchaient la prise en compte des particularismes. Au l'intégration des orthodoxes non-hellénophones, puis l'immigration et la laïcisation de la fin du et du début du , ont fait évoluer ces perceptions : seuls les musulmans, considérés indistinctement comme « Turcs » par les dispositions du traité de Lausanne, sont décomptés à part. Pour le reste, la loi et l'état civil ignorent l'origine ethnique des citoyens et considèrent que les libertés reconnues à tous les citoyens par la constitution sont suffisantes, et évitent des tensions nationalistes comme celles qui ont abouti à la dislocation de la Yougoslavie. Étrangers. En 2009, vivaient en Grèce, soit 8,1 % de la population. Près des deux tiers de ces étrangers étaient d'origine albanaise. Au recensement de 2011, les étrangers constituent 8,4 % de la population du pays et 52,7 % d'entre eux sont d'origine albanaise. La plupart des étrangers viennent des Balkans et principalement des pays proches (Albanie, Bulgarie et Roumanie) dont la culture, les habitudes alimentaires et/ou la religion sont proches celles des Grecs (une partie d'entre eux ont d'ailleurs des ascendances grecques, mais pas assez pour bénéficier de la « loi du retour » permettant d'acquérir la citoyenneté). Leur arrivée a suivi la chute du bloc communiste et l'ouverture du rideau de fer. Les populations issues de l'immigration ont diversifié la mosaïque ethnique et confessionnelle préexistante. Si les premiers migrants (des ) arrivaient de loin (Philippines, Pakistan et Afrique de l'Est), ils sont moins nombreux au début du et principalement concentrés à Athènes et Thessalonique. La population étrangère est répartie sur l'ensemble du pays évitant localement la désertification. Ainsi, entre 1991 et 2001, tous les nomes du Péloponnèse ont perdu des habitants « grecs » sans que leur population totale diminue. Les immigrés travaillent principalement dans l'agriculture et le bâtiment pour les hommes ; dans le tourisme et les services à domicile pour les femmes. Ils représentent 20 % de la population active. La Grèce est, dans les , touchée par une vague d'immigration « de transit » venue du Moyen-Orient et d'Asie centrale qui cherche à gagner la France et surtout le Royaume-Uni. En 2010, 82 % des migrants entrés illégalement dans l'Union européenne passent par la Grèce. Les points d'entrée sont le Dodécanèse et l'Évros. Les migrants se concentrent ensuite à Patras en espérant embarquer à bord d'un ferry. La crise financière des années 2010, due à la dérégulation mondiale et aux endettements de la Grèce, en partie consécutifs aux Jeux olympiques de 2004, a créé des tensions entre ces communautés et celle des citoyens grecs les plus touchés par la crise, qui se retrouvent parfois en concurrence pour les emplois les moins qualifiés. Langues et identités ethniques. Les statistiques grecques ne reconnaissant pas les identités ethniques, c'est un usage informel qui identifie les diverses communautés présentes principalement dans le nord du pays. Ainsi, autour de Flórina, près de la frontière entre la Grèce et la Macédoine du Nord, vivent quelques dizaines de milliers de roumanophones qui se disent « Aroumains » et de slavophones qui se disent pour certains « Slaves » ou « Helléno-slaves », et pour d'autres « Macédoniens ». Les slavophones sont représentés par le parti politique Vinozhito (Arc-en-ciel) qui recueille autour de et qui réclame un statut équivalent à celui des musulmans de Thrace mais se refuse au séparatisme. Vers les , des populations chrétiennes d'Albanais et d'Épirotes se sont installées dans une vaste région regroupant Attique, Béotie, sud de l'Eubée, nord-ouest du Péloponnèse et îles du golfe Saronique. Ces populations ont apporté avec elles la fustanelle et le fez rouge devenus ensuite emblématiques de la Grèce. Cette communauté estimée entre parlait l'arvanite, langue albanaise encore parlée par les plus âgés des membres de la communauté. Présents à tous les niveaux de la société grecque depuis les origines du pays, ils se considèrent comme grecs et leur engagement historique pour la « grécité » est fort ancien. Leurs associations ne visent que des buts exclusivement culturels ; il en est de même pour les Aroumains romanophones (dits valaques) et pour les locuteurs du tsakonien (une langue hellénique) qui, tous, se réclament de la communauté nationale hellénique (""). En revanche, parmi les groupes linguistiques minoritaires, se trouvent aussi des citoyens grecs mais ne se réclamant pas de la communauté nationale hellénique : Albanais musulmans (appelés « Tsamides »), Aroumains revendiquant une identité roumaine et Slaves revendiquant une identité bulgare ou slavo-macédonienne non reconnues par le gouvernement grec, Bulgares musulmans (appelés « Pomaques »), Turcs, Roms (dits Tziganes), Arméniens et Juifs. Ces groupes linguistiques minoritaires parlent le bulgare, le slavo-macédonien (deux langues très proches l'une de l'autre), l'albanais, l'aroumain, le turc, le yévanique (judéo-grec) et le « ladino » (judéo-espagnol). Science et Éducation. En 1824, l'Académie ionienne (Ιόνιος Ακαδημία) de Corfou devient la première université de la Grèce moderne : il existait auparavant un centre universitaire sur l'île développée par la République de Venise à la fin du et une bibliothèque enrichie de volumes durant la période de protectorat français des îles Ioniennes. En 1837, l'Université d'Athènes est fondée par le roi Othon Ier et prend en son honneur le nom d"'université othonienne" (Οθώνειον Πανεπιστήμιον). Elle devient "université nationale" (Εθνικόν Πανεπιστήμιον) à l'abdication de ce dernier en 1864 avant de prendre son nom actuel, "université nationale et capodistrienne" (Εθνικόν και Καποδιστριακόν Πανεπιστήμιον) en 1911 en hommage au premier gouverneur de l'État grec moderne, Ioannis Kapodistrias. Durant l'Interbellum, l'Université Aristote de Thessalonique est fondée sous l'impulsion de l'homme d'État républicain et marxiste Aléxandros Papanastasíou. En 1930, l'Université Panteion est fondée à Athènes par Geórgios Fragoúdis et Aléxandros Pántos, deux anciens étudiants de l'École Libre de sciences politiques de Paris. Les principales universités du pays sont l'Université nationale et capodistrienne d'Athènes, l'Université Aristote de Thessalonique, l'Université de Patras, l'Université du Pirée, l'Université de Macédoine-Occidentale et l'Université ionienne. En 2022, la Grèce est classée en pour l'indice mondial de l'innovation. Culture. Berceau de la civilisation occidentale. La culture de la Grèce s'articule autour de l'héritage classique (Antiquité), de la période byzantine (Époque médiévale) et de la période contemporaine depuis l'accession à l'indépendance (depuis 1830). La Grèce est le berceau de la civilisation occidentale par son héritage philosophique (la dialectique avec Platon, la philosophie morale avec Socrate, le cynisme avec Diogène, l'épicurisme avec Épicure et le stoïcisme avec Héraclite), mais aussi scientifique (mathématiques avec Pythagore, Thalès et Hypatie ; physique avec Archimède ; sciences naturelles avec Hippocrate et Théophraste), historiographique (Thucydide et Hérodote sont considérés comme les pères de l'historiographie occidentale), politique (Périclès à Athènes et la démocratie), littéraire (Sappho, Sophocle, Homère) et culturelle (mythologie, architecture). Les langues indo-européennes tirent leurs racines du grec : le français en est l'exemple type. Tout cet héritage considérable n'a pas laissé indifférent la Rome antique qui puise ouvertement ses racines dans la culture hellénistique : Néron admirait les tragédies grecques, Marc Aurèle était stoïciste et l'empereur Hadrien en était un fervent admirateur, et son histoire personnelle le montre ("cf. Les Mémoires d'Hadrien" de Marguerite Yourcenar). Les Romains ont d'ailleurs relié la fondation de Rome par le mythique Énée afin de se donner une origine presque mystique. La culture hellénistique a nourri un sentiment particulier d'admiration chez les étrangers : le philhellénisme. La Grèce devint la « patrie des arts » et « l’éducatrice du goût ». À partir du Siècle des Lumières, le philhellénisme va prendre une acception sensiblement différente d'alors : être philhellène au puis au , c'est soutenir la cause des indépendantistes helléniques. Les plus illustres sont en France Chateaubriand (qui prend fait et cause pour les insurgés grecs dans son "Itinéraire de Paris à Jérusalem" et sa "Note sur la Grèce"), Victor Hugo (dans ses "Orientales" et son poème "L'Enfant"), Hector Berlioz (il écrivit une "Scène héroïque" en leur honneur) Rossini (qui fait donner un concert à l'Opéra Comique en leur faveur), ainsi que les peintres Eugène Delacroix et Louis Dupré (connu pour ses peintures orientalistes). Le général Fabvier et le colonel Auguste Touret s'engagent militairement aux côtés des révolutionnaires. En Grande-Bretagne, les chantres de ce mouvement sont l'écrivain Lord Byron (qui mourut durant le second siège de Missolonghi), Percy Bysshe Shelley (auteur du drame "") ou encore le Premier Ministre George Canning. Les Allemands ne sont pas en reste : Goethe, Winckelmann (premier à définir les périodes de l'art antique, classant les œuvres de façon chronologique et stylistique), Humbolt (« Notre histoire commence avec les Grecs ») et Hölderlin (dans son poème "Hyperion") sur le plan littéraire, et le roi Louis de Bavière en personne sur le plan politique. Des comités philhellènes se créent aux États-Unis ainsi qu'en Suisse sous l'impulsion du banquier Jean-Gabriel Eynard, ami proche du diplomate grec Ioannis Kappodistrias. En Russie, Catherine II fit renommer des villes pour leur donner une toponymie plus « hellénique » : Odessa, Nicopol, Sébastopol. La diplomatie russe soutint les révolutionnaires par l'action de Nesselrode. En outre, certains indépendantistes helléniques servirent à Saint-Pétersbourg : Dimítrios Ypsilántis et son frère Alexandre, par exemple. Tout au long du et du , les élites occidentales sont imprégnées des Belles-Lettres grecques. Une sorte de « relation spéciale » relie l'Europe à la Grèce : parler le grec est vu comme le "nec plus ultra" et connaître les auteurs classiques est un signe de raffinement. Les penseurs, les philosophes, les poètes et les écrivains n'ont cessé de revenir inlassablement aux sources grecques, pour nourrir leurs réflexions et leurs écrits. Les mythes grecs, la poésie grecque (celle d'Homère et d'Hésiode, en premier lieu), le théâtre grec, la philosophie grecque sont des références incontournables et inoubliables, et les textes grecs sont véritablement des œuvres fondamentales pour nos sociétés occidentales, et en particulier pour toute la littérature et les idées de notre civilisation européenne. La peinture occidentale s'épand dans la seconde moitié du pour le mode de vie oriental et levantin (c'est l'orientalisme) : les peintres Théodore Chassériau, Matisse, Kandinsky en France, John William Waterhouse et Lawrence Alma-Tadéma en Angleterre et Jean-Baptiste Huysmans en Belgique. En 1896, le combat de Pierre de Coubertin pour la renaissance des Jeux Olympiques portera ses fruits avec l'organisation des Olympiades d'Athènes. Alfred Jarry s'inspire de Sophocle pour écrire "Ubu Roi" tout comme le réalisateur italien Pasolini pour son film "Œdipe roi." Jacques Lacarrière avec son roman "L'Été grec" et son "Dictionnaire Amoureux de la Grèce" et l'historienne, helléniste, académicienne et traductrice Jacqueline de Romilly (qui sera d'ailleurs honorée de la nationalité grecque) sont les philhellénistes contemporains les plus illustres. Durant la guerre civile grecque, les intellectuels français tels que Louis Aragon ou Picasso soutiennent activement les communistes grecs dans leur combat contre les royalistes épaulés des Britanniques. Paul Éluard passera d'ailleurs quelques jours auprès des partisans grecs retranchés sur les monts Gramos. André Malraux résume parfaitement la relation qui existe entre monde hellénique et Europe occidentale : « Une Grèce secrète repose au cœur de tous les hommes d'Occident. » Culture littéraire. La Grèce compte un patrimoine littéraire riche et dense : littérature classique, littérature byzantine complétée par une abondante littérature contemporaine. Littérature de l'Hellade archaïque et classique. La littérature classique qui nous est parvenue est loin d'être complète. Les textes qui nous sont parvenus ont traversé les époques grâce à des copies. Les Romains ont contribué à la diffusion de ces œuvres. L'incendie de la bibliothèque d'Alexandrie, qui contenait des ouvrages inestimables, n'a pas aidé à leur préservation. Les œuvres littéraires de l'ancienne Grèce, lues dans l'ordre où elles ont été composées, offrent un tableau des doctrines religieuses et philosophiques, des conditions de la vie sociale et de la vie privée, des relations politiques des cités entre elles, de l'histoire, des arts, des éléments de la civilisation hellénistique. La littérature classique s'étend sur pas moins de dix siècles. Après l'introduction du christianisme en Occident, la littérature grecque renaît au souffle de cette religion nouvelle et produit les œuvres des Pères de l'Église d'Orient. Au commencement, il y eut Homère : tel fut longtemps l'avis général prédominant. Grâce à une série de recoupements, on s'accorde à dire qu'Homère, loin d'être le premier, serait, sinon le dernier, du moins le plus illustre représentant d'une lignée d'aèdes itinérants. Il est universellement connu pour ses deux œuvres "L'Illiade" et "L'Odyssée". La guerre de Troie a nourri non seulement l'imaginaire classique mais aussi contemporain. Le « vocabulaire homérique » est passé dans notre langage courant. De plus, la récurrence dans l'œuvre homérique de formules stéréotypées, composées en une langue différente, la matière même des récits et les éléments de civilisation de loin antérieurs à l'époque de la rédaction des poèmes, tout cela prouve que l'auteur disposait d'un stock de sujets et d'expressions légué par une longue tradition orale. Enfin, l'étude de la civilisation mycénienne a révélé la langue et le moment de civilisation où avaient pris naissance les récits qui allaient aboutir à "L'Iliade" et à "L'Odyssée". Ainsi, la littérature grecque prend sa source non plus au où vécut Homère, mais dès le milieu du millénaire avant notre ère. Le siècle de Périclès est l'un des plus prolifiques : Athènes est le berceau d'une littérature profuse avec Gorgias, Isocrate, Euripide ou encore Aristophane. À la suite des conquêtes d'Alexandre le Grand au avant notre ère, Athènes perd son monopole intellectuel. La cité attique n'est pas dépossédée de son prestige : les auteurs comiques, comme Ménandre, y demeurent et les écoles philosophiques n'en sont pas moins importantes – Académie platonicienne, le Lycée aristotélicien ou le Jardin d'Épicure. Cependant, la ville d'Alexandrie prend une place influente. La dynastie grecque des Ptolémée y développe une abondante bibliothèque, où furent rassemblées toutes les œuvres écrites en grec. L'activité culturelle d'Alexandrie, l'alexandrinisme, se place sous le signe de l'érudition. Pendant la période romaine, la culture grecque reste un modèle : c'est dans les écoles grecques que les élites romaines (à l'instar de Cicéron) apprennent à réfléchir et à s'exprimer. La Grèce fournit à Rome l'essentiel de son bagage philosophique, ses réflexions sur l'éloquence civique, ses références poétiques et ses débats sur le style. Les premiers textes chrétiens, le Nouveau Testament, les Lettres de Paul ou l'Apocalypse de Jean sont également grecs. Littérature byzantine. Le monde byzantin (330-1453) a donné lieu à une abondante production littéraire en grec. Les textes byzantins appartiennent à divers genres littéraires (historiographie, philosophie, poésie, théologie, roman, etc.) et illustrent différents niveaux de la langue, soit proches des modèles classiques, soit influencés par la langue parlée et les formes populaires. Ces textes sont aussi le reflet d'une société, avec ses conceptions culturelles, religieuses et politiques. La littérature byzantine est l'héritière de la tradition grecque antique. L'empire de Constantinople, s'il est politiquement issu de Rome, est intellectuellement grec. La continuité de la langue donne aux Byzantins accès aux œuvres anciennes, qui va nourrir le nouvel Empire : les traités d'Hippocrate et de Galien sont repris par la médecine byzantine. L'activité créatrice s'ordonne selon une certaine hiérarchie, au sommet de laquelle se situent les genres qui traitent des concepts théologiques et philosophiques. La pensée païenne cède définitivement devant le christianisme, qui est devenue religion d'État depuis Constantin. En 529, la fermeture par Justinien des écoles philosophiques d'Athènes marque une rupture avec la période antique : désormais, Constantinople s'affirme comme un centre névralgique de la pensée chrétienne. La vie intellectuelle se concentre dans la capitale : Théodose II fonde en 425 l'Université de la Magnaure, qui est la première université au monde. La production se manifeste d'abord avec éclat, se stabilise pendant deux siècles, pour connaître une nouvelle renaissance à la fin de la période. L'œuvre prolifique d'Anne Comnène peut être considérée comme l'archétype de la littérature byzantine : au , Anne Comnène (1083 - 1148), fille de l'empereur Alexis, se consacre à l'historiographie du règne de son père. Son livre, l"'Alexiade", a pour objectif de raconter ses hauts faits. Malgré des erreurs d'ordre chronologique, l'ouvrage constitue sur ce règne une source historique de premier ordre, en raison des qualités et du rang de son auteur. Anne Comnène livre notamment de précieux renseignements sur la psychologie d'Alexis et de son entourage. Elle montre de manière suggestive le fossé séparant les Byzantins des Croisés, qui arrivèrent dans l'Empire à partir de 1096. Pour Anne Comnène, l'idée d'une croisade déclenchée par le Pape et l'Église était incompréhensible, car la guerre était le fait du seul Empereur. "L'Alexiade" dépeint ainsi les Latins comme des êtres courageux, mais incultes et orgueilleux, et se montre très critique à l'égard des Papes. Dans le domaine romanesque, les plus remarquables textes sont "Daphnis et Chloé", attribué à un certain Longus dont on ne sait que peu de choses ; "Théagène et Chariclée", peut-être le plus ancien texte complet du genre, par Héliodore ; "Leucippe et Clitophon", d'Achille Tatius ; et "Les Amours d'Abrocome et Anthia", de Xénophon d'Éphèse. Grèce des Lumières. La chute de Constantinople en 1453 plonge la Grèce dans une relative période obscure : les Lettres grecques ne renaissent véritablement qu'avec le Siècle des Lumières. Des écrivains, tels que Rigas Feraïos, Iósipos Misiódax et Adamantinos Koraïs contribuent au à enrichir la littérature hellénique. Les Grecs occupent, dans l'Empire ottoman, une place influente : ce sont des négociants et des commerçants cosmopolites qui ont un certain bagage culturel. Tout au long du , les intellectuels grecs évoquent sous leur plume la renaissance politique de la Grèce et sont à l'origine du mouvement indépendantiste grec. En 1814, se fonde à Odessa une société secrète indépendantiste autour des intellectuels comme Eugène Voulgaris, Alexandre Ypsilántis, Theóphilos Kaíris ou encore le poète Dionýsios Solomós. La vie intellectuelle et culturelle grecque est étroitement liée autour de la guerre d'indépendance. "La Femme de Zante" de Dionýsios Solomós est le roman le plus important écrit en grec dans la première moitié du . Sa rédaction en a débuté après avril 1826, au cours du célèbre siège de Missolonghi par l’armée ottomane, et elle s’est inspirée pour partie de scènes réelles, auxquelles Solomos avait pu assister dans les rues de Zante. Dans son roman (la seule œuvre de Solomós à être écrite en prose), l'auteur traite directement de la question de l'indépendance : mais loin d'être un essai purement patriotique ou nationaliste, il met en lumière la brutalité et la violence des combats en se demandant finalement si tout cela n'est pas vain. et première moitié du : le questionnement de l'identité grecque. Constantin Cavafy (1869 - 1933) fait partie des auteurs grecs emblématiques du . Il puise aux sources de la culture méditerranéenne. Son œuvre est à la fois sociale (il aborde le thème de l'homosexualité) et historiographique (ses écrits explorent l'identité hellénique et ses vicissitudes, depuis les conquêtes d'Alexandre le Grand). Ses questionnements et les problématiques qu'il soulève en font l'un des plus représentatifs de son époque : la Grèce vit alors au rythme de la Grande Idée et d'un essor économique considérable. Cavafy est né à Alexandrie : son rapport à l'identité grecque, au sens que revêt ce mot pour lui, est singulier. Tout comme le cinéma, la littérature grecque est profondément marquée par cette question identitaire. Cela s'accentue durant l'entre-deux-guerres, où le pays reste traumatisé par la Grande Catastrophe. Il est possible, à bien des égards, de faire un parallèle entre la génération des écrivains de ces années 1930 en Grèce influencée par les surréalistes français et la « génération perdue » aux États-Unis, incarnée par Francis Scott Fitzgerald et John Steinbeck. Les intellectuels grecs, que ce soit au cinéma ou en littérature, sont profondément marqués par ce désarroi propre à leur génération. Georges Séféris, Níkos Katzantákis et Maria Polydoúri sont les principales figures de la vie littéraire hellénique de l'entre-deux-guerres. Séféris est terriblement marqué par les évènements de 1922 qui ont entraîné pour la Grèce la perte de l’Asie mineure (et donc de son pays natal). Toute son œuvre poétique est une méditation sur cette perte aussi bien que sur celle du prestigieux passé d’un pays aux statues brisées dont les habitants sont condamnés à un douloureux exil. Les poèmes de Maria Polydouri sont teintés de néo-romantisme et de cette « douleur du siècle ». Les écrits de Nikos Kazantzakis (1883 - 1957) reflètent son cosmopolitisme et son goût des voyages, entre la France, la Russie et sa Crète natale. Il fait paraître des essais philosophiques, des traductions, des poèmes, des drames et des romans dont l'un des plus connus est "Alexis Zorba", publié en 1946 et qui a fait l'objet d'une adaptation au cinéma. Kazantzakis s'engage aussi politiquement, couvrant la Guerre d'Espagne comme journaliste. Ses romans soulèvent la question du modèle christique et de la religion de manière générale, ainsi que du marxisme. Son livre "La dernière tentation du Christ" (1955) est d'ailleurs mis à l'index par la papauté. Littérature contemporaine. La première génération d’écrivains après 1945 a été fortement marquée par la Seconde Guerre mondiale, la résistance, la guerre civile (1945 - 1949) et les problèmes socio-économiques du pays. La poésie est caractérisée par l’expression de la perte, de la dépression et de la peur, les poèmes traitant surtout des sujets de la lutte, de la résistance et de l’exil. Dans la poésie sociale ou de résistance, les auteurs sont attachés à l’idéologie de la gauche : (, Titos Patrikios). Dans la poésie existentielle ou métaphysique, les poètes décrivent l’angoisse de l’homme face à la mort : (). Il y a enfin la poésie néo-surréaliste : (Nanos Valaoritis, , ). La prose de cette époque se distingue également par son caractère politique et les sentiments de doute et d’angoisse. Kikki Dimoula (1931 - 2020) faisait partie des chantres de la poésie grecque moderne. Elle était une des plus importantes poétesses contemporaines grecques qui s’est imposée sur la scène poétique de son pays après les années 1980. Kiki Dimoula a publié son premier recueil en 1952 à l’âge de vingt-et-un ans, sous le titre "Poèmes". Ses recueils les plus connus, "Le peu du monde" (1971) et "Je te salue Jamais" (1988) ont été traduits en plusieurs langues étrangères. Le temps, l'absence, la mort, le néant sont les constances d'une thématique très noire, mais incarnée dans des scènes quotidiennes inattendues, éclairées par l'art de la métaphore et l'invention verbale. Les vicissitudes des dernières décennies, marquées par la récession économique et la défiance politique, se retrouvent dans les romans contemporains, notamment ceux de l'essayiste Rhéa Galanaki ("L’Ultime Humiliation", paru en 2016) et Vassilis Alexakis ("Les mots étrangers", paru en 2002). Langues internationales. L'anglais est parlé et compris par 17 % des Grecs (2009), et est la langue de nombreux migrants (Érythréens, Nigérians, Éthiopiens, Pakistanais, Soudanais) L'allemand est parlé par plus de retraités, rentrés au pays, et qui travaillaient en Allemagne ou en Autriche, et est aussi parlé par plus jeunes, qui travaillent surtout dans le secteur du tourisme. On trouve des Grecs francophones surtout dans les classes aisées, l'élite, et aussi dans le secteur du tourisme. L'italien est aussi fréquemment parlé, notamment dans les îles de la mer Egée ayant un passé italien lié aux anciennes thalassocraties de Gênes et Venise, ou qui furent des colonies italiennes entre 1912 et 1947. L'Organisation internationale de la francophonie établie à environ le nombre de locuteurs francophones en Grèce qui est membre de l'Organisation internationale de la francophonie et de l'Assemblée parlementaire de la francophonie. Confessions religieuses. Les Grecs sont en très grande majorité de confession chrétienne orthodoxe (97 % de la population). Le poids des deux Églises orthodoxes autocéphales qui se partagent le territoire grec (Constantinople dans le nord, les îles Égéennes orientales et la Crète et Athènes dans le centre, le sud, les Cyclades et les îles ioniennes), a toujours été très important dans la société et l'économie hellénique. Il n'y a pas de séparation nette entre l'Église et l'État, l'église possède de très nombreuses et importantes propriétés foncières et immobilières, est exemptée d'impôts, et même le gouvernement de gauche d'Aléxis Tsípras n'ose remettre en question ces avantages. L' de la Constitution règle les rapports entre les deux autorités, dont la plus influente n'est pas l'État. Il faut néanmoins souligner que la Constitution de la Grèce garantit la liberté religieuse dans l'. Légalement, le traité de Lausanne de 1923 considère comme « turque » l'ensemble de la communauté musulmane ancienne de Grèce présente depuis la période ottomane et issue soit de migrations, soit de conversions. Cette communauté comprend les musulmans de Thrace (non englobés dans l'échange de populations entre la Grèce et la Turquie), estimés en 2011 à environ, soit presque un tiers des habitants de la région, principalement dans l'ancien nome du Rhodope, mais aussi les quelques milliers de musulmans du Dodécanèse intégrés avec leur région à la Grèce en 1946. Cette communauté est dans sa grande majorité sunnite, mais inclut aussi des bektachis. Depuis 1923, le droit reconnu dans le traité de Lausanne à un enseignement en turc a fait progresser la langue turque au détriment des autres : en 2011 les deux tiers de ces musulmans parlent turc, le dernier tiers est composé de Pomaques (musulmans bulgarophones, autour de ) et de Roms islamisés. Les musulmans de Thrace qui ont souffert des relations entre la Grèce et la Turquie, parfois tendues, ont vu leur sort s'améliorer depuis les dernières décennies du : plus grande tolérance, discrimination positive et élus aux niveaux local et national. Aux « musulmans anciens » de Thrace et du Dodécanèse, s'ajoutent environ un demi-million de « musulmans récents » venus des Balkans (Albanais), d'Afrique et d'Asie (Pakistan). Leur situation diffère de celle des Grecs musulmans : ils n'ont pas de lieux de culte publics, se réunissent dans les appartements ou des entrepôts, sont en butte à l'hostilité d'une partie de l'opinion et des administrations, ainsi qu'à l'islamophobie en relation avec les tensions internationales et à l'afflux de migrants clandestins. estime le nombre de musulmans en Grèce en 2010 à soit 4,7 % de la population. Les catholiques de nationalité grecque sont autour de . Ils vivent principalement à Athènes et dans les Cyclades (Syros et Tinos surtout, héritage de la présence latine à la suite de la Quatrième croisade). Ils constituent ainsi encore la moitié de la population de l'île de Syros. Il s'agit ici de la minorité religieuse la mieux intégrée, même si cette confession n'est toujours que « tolérée » et que certains de ses membres continuent à être parfois mal considérés, surtout en lien avec l'actualité internationale (guerres de Yougoslavie par exemple). À côté des grecs, on en compte plus de , provenant principalement de Pologne et des Philippines. D'autres chrétiens non-orthodoxes, moins nombreux, sont les membres des diverses Églises évangéliques venues en missions prosélytes depuis le début du . Le premier établissement d'enseignement secondaire à Athènes était le Collège évangélique fondé en 1831 par Jonas King. Une cathédrale évangélique fut construite en 1871 à Athènes. Les chrétiens évangéliques sont autour de , surtout présents à Athènes, Patras et Kateríni. Les Témoins de Jéhovah sont considérés depuis 1983 comme membres d'une secte. Ils sont assez mal vus, en raison de leur refus du service militaire. Des aménagements leur ont été concédés avec un service civil renforcé. Il existe aussi des minorités orthodoxes. Ainsi, les Arméniens, descendants des réfugiés du génocide arménien ainsi que de l'échange de populations de 1923. Nombreux jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, ils sont aujourd'hui en nombre très limité en raison des retours vers la république d'Arménie. La communauté juive grecque, présente en Grèce depuis le et encore très importante au début du (principalement à Salonique), a peu à peu diminué (déportation qui extermina 87 % de la population juive de Grèce, puis émigration vers Israël). Elle ne compte plus que quelques milliers de membres, principalement à Athènes et Thessalonique. Ils restent victimes d'antisémitisme, le plus souvent du fait de groupes d'extrême droite tel Aube dorée, et de l'antisémitisme de l'Église orthodoxe grecque. Les dodécathéistes olympiens sont considérés par l'église orthodoxe comme une secte d'apostats revenus au paganisme, alors qu'eux-mêmes se réclament comme héritiers de la religion grecque antique. Ils sont regroupés dans le mouvement "Ellinaïs". Sport. La Grèce est avec la Grande-Bretagne la seule nation à avoir participé à tous les Jeux olympiques d'été depuis leur création en 1896. En tout, la Grèce a remporté (30 en or, 42 en argent et 39 en bronze). Elle n'a remporté aucune médaille aux Jeux olympiques d'hiver. En tant que nation berceau des Jeux olympiques, la Grèce ouvre toujours le défilé des nations lors des cérémonies d’ouverture des Jeux olympiques. L'équipe nationale de football grecque a gagné l'Euro 2004. La Grèce a été en même temps championne d’Europe en football et en basket-ball, exploit que seules l’URSS et l'Espagne ont réalisé. Médias. La Grèce connait une régression de la liberté de la presse : en 2022 « la Grèce est le plus mauvais pays de l’Union européenne dans le classement mondial sur la liberté de la presse de RSF, derrière Malte, la Hongrie et la Bulgarie. Elle a perdu cinq places depuis 2021 ». Le gouvernement veut également faire adopter une loi jugée ambiguë criminalisant les « fausses informations » qui pourrait encore restreindre la liberté de la presseEn Grèce, polémiques sur un projet de loi criminalisant les « fake news », lemonde.fr, 15 octobre 2021 . Radios TV Codes. La Grèce a pour codes :
GNU GNU est un système d’exploitation libre créé en 1983 par Richard Stallman, maintenu par le projet GNU. Il reprend les concepts et le fonctionnement d’UNIX. Les logiciels qui composent GNU sont généralement utilisés en association avec des logiciels libres issus d'autres projets tels que le noyau Linux. Son symbole est un gnou, bovidé vivant en Afrique. Historique. Le , Richard Stallman dévoile dans la pure tradition hacker son projet de développer un système d’exploitation compatible UNIX appelé GNU , en invitant la communauté hacker à le rejoindre et participer à son développement. Cette annonce succède à la « "guerre" » déclarée par Symbolics au laboratoire d’intelligence artificielle du MIT et à la disparition de la communauté hacker Lisp. Il annonce que le système pourra être utilisé et partagé librement par tous comme ce fut le cas avec Emacs. Concrètement il relate l’effort à accomplir, dont on distingue déjà en 1985 certaines pièces maîtresses : le compilateur GCC finalisé dès , une version emacs compatible UNIX, etc. L’effort sera opiniâtrement poursuivi, et au début des années 1990, le projet GNU possède une version utilisable de tous les éléments nécessaires à la construction d’un système d’exploitation (outre ceux cités précédemment : un shell, des bibliothèques, les composants de base, les outils de développement…) à l’exception du plus central : le noyau. Le projet GNU initie alors en 1990 le projet de production d'un noyau nommé Hurd. Selon Thomas Bushnell, l’architecte initial du projet Hurd, l’idée initiale était d’adapter le noyau BSD 4.4-lite, et avec le recul . Stallman confirmera plus tard que l’université de Californie travaillait à combler les parties manquantes pour transformer BSD en un système d’exploitation complet et librement redistribuable. Malgré une collaboration étroite avec les hackers de Berkeley et leur meneur Keith Bostic, le code propriétaire d’AT&T mélangé au code BSD n’est pas supprimé, si bien que Stallman décide, à la place, d’utiliser le micro-noyau Mach, qui s’avérera extrêmement pénible à faire progresser. Hurd ne dépassera jamais réellement le stade de curiosité de laboratoire de recherche, en revanche, le travail réalisé a permis de finaliser une variante du système GNU basée sur le noyau Linux. Une querelle sémantique a, pour cette raison, éclaté ces dernières années concernant l’appellation GNU/Linux afin de faire référence au système dans son intégralité. GNU a fêté son trentième anniversaire au MIT de Cambridge (Massachusetts) en . Influence grandissante. Alors que la réputation de GNU grandissait, des entreprises intéressées ont commencé soit à contribuer au développement, soit à revendre les logiciels du projet GNU et à offrir de l'assistance technique. La principale de ces sociétés est Cygnus Solutions, qui fait maintenant partie de Red Hat. À partir de 1990, le système GNU dispose de son propre éditeur de texte (Emacs), d’un compilateur très performant (GCC), d’un Débogueur (GDB) d’un langage de script (Bash), et de la plupart des bibliothèques système (comme glibc) d’une distribution Unix standard, le principal composant encore manquant étant le noyau, qui sera finalement amené de l’extérieur par le projet linux. GNU est toujours incomplet, notamment parce que son noyau GNU Hurd, une pièce essentielle du système d'exploitation reste immature et certains des composants GNU sont même incompatibles avec ce dernier. Les logiciels du GNU sont utilisés depuis longtemps, mais habituellement avec le noyau tiers Linux. Philosophie. Esprit hacker et projet GNU. Ce système est né du besoin de maintenir intactes les traditions hacker de partage dans un monde de plus en plus marqué par l’empreinte du droit d'auteur. Stallman travaillait encore au laboratoire d’intelligence artificielle du MIT au lancement du projet. Il démissionnera en 1984 pour se consacrer entièrement à la création de ce système et, d’après ses mots, . Il n’était pas question alors de « "propriété intellectuelle" », et tous les codes sources, distincts, s’échangeaient librement. Cette pratique était la règle dans les premiers temps des mainframes, dont les sources étaient fournies sur simple demande et librement modifiables par les clients jusqu’au début des années 1980. On ne peut pas réellement comprendre la nature de ce projet sans en saisir les motivations, qui relèvent de l’éthique et de la philosophie politique. Il vise en effet à ne laisser l’homme devenir ni l’esclave de la machine et de ceux qui auraient l’exclusivité de sa programmation, ni de cartels monopolisant des connaissances en fonction de leurs seuls intérêts. Le projet GNU œuvre pour une libre diffusion des connaissances, ce qui n’est pas sans implications politiques, éthiques, philosophiques et sociales, ou sociétales. Il s’agit d’ailleurs du modèle de coopération qui a toujours été celui des universités. Philosophie du logiciel libre et FSF. Stallman introduit alors la notion de copyleft, et formalise ainsi celle de logiciel libre. Il crée la Free Software Foundation en 1985 pour assurer la protection légale du projet, dont la mission, plus générale, représente un projet proprement politique. La FSF commence par financer des programmeurs pour accélérer les premiers développements, mais la construction communautaire se nourrit de contributions bénévoles. À ce titre, des communautés universitaires ou scientifiques, américaines et internationales, contribuent énormément à la viabilité de ces projets. En janvier 2004, l’UNESCO élève le logiciel libre au rang de patrimoine mondial de l’humanité et confère à GNU la valeur symbolique de « Trésor du monde ». Caractéristiques. Au début de la création de GNU, le système d’exploitation UNIX était déjà largement répandu et son architecture considérée comme suffisamment robuste par les universitaires et les ingénieurs. GNU fut donc conçu pour être compatible avec ce système, par l’implémentation du code source UNIX en logiciel libre et l’écriture de nouveaux composants, afin d’obtenir un équivalent libre. GNU se définit dès l’origine comme une plate-forme universelle dédiée à tous les logiciels libres, pas seulement ceux maintenus par le projet GNU. Le système GNU comprend des programmes qui ne sont pas des logiciels GNU, ce sont des programmes qui ont été développés par d’autres, dans le cadre d’autres projets, pour leurs buts propres, mais qu’on peut réutiliser, car ce sont des logiciels libres. Le système GNU avec le noyau Hurd reste cependant à l’état de projet (bien que la plupart du système soit fonctionnel pour les développeurs et utilisateurs). On peut pourtant le découvrir en "symbiose" avec des projets connexes (comme Debian), ou "concurrents" d’une partie (comme Linux). Différences avec UNIX. GNU Guile est le langage d’extension officiel du système. GNU est en effet "orienté" Lisp depuis son annonce en 1983. Le système est toutefois construit et compilé en C pour assurer sa compatibilité avec UNIX. Texinfo est le format de documentation officiel du projet. On peut citer aussi des améliorations faites à plusieurs logiciels libres alternatifs à ceux d’UNIX : bash, coreutils, bibliothèque C, compilateurs Enfin, l’architecture du noyau, Le Hurd, constitué d’un réseau de serveurs distribués fonctionnant sur un GNU Mach. Toutes les commandes UNIX ont par ailleurs été ré-implémentées et sont maintenues dans le cadre du projet. On lui doit également divers standards innovants, tels que les options longues. Les développements répondent enfin aux normes de codage GNU. Les distributions UNIX étaient pour la plupart propriétaires. GNU est un système libre. La licence publique générale GNU a été créée à cet effet. La nature même du logiciel libre a favorisé une plus large diffusion des programmes. Composants du système. Le système GNU est composé exclusivement de logiciels libres. Ces composants se présentent sous la forme de paquets logiciels maintenus et distribués par le projet GNU. Parmi la liste des paquets GNU, on retrouve la collection de compilateurs GNU, le débogueur GDB, les outils binaires GNU, le shell Bash, la bibliothèque C GNU, les outils de base GNU, l’assembleur GNU ou le noyau Hurd. Distribution. Distributions utilisant Hurd. Il existe à ce jour deux distributions du système d’exploitation GNU : GNU est aujourd’hui utilisé par des millions de personnes avec GNU/Linux. On retrouve aussi quelques-unes de ses composantes dans les systèmes FreeBSD, NetBSD et OpenBSD. Variantes du système. GNU/Linux. GNU/Linux (souvent appelé "Linux") est une variante du système d'exploitation GNU fonctionnant avec le noyau Linux. Le projet GNU avait originellement prévu le développement du noyau Hurd pour compléter le système, mais au début des années 1990, Hurd ne fonctionnait pas encore et son développement rencontrait encore des difficultés. L’arrivée du noyau Linux permit l’utilisation du système GNU sur les ordinateurs animés par des microprocesseurs de la famille Intel x86, en favorisant sa large diffusion par la complémentarité des projets. Distributions soutenues par la FSF. Les distributions du système d’exploitation GNU/Linux constituées exclusivement de logiciels libres sont peu nombreuses. Le fait de n’offrir aucun logiciel propriétaire dans la distribution standard n’est pas suffisant, la FSF demande également de ne pas faciliter leur installation. Les dépôts liés à la distribution ne doivent pas en contenir et la documentation diffusée par la distribution ne doit pas inciter à l’installation de tels logiciels. Ces distributions sont soutenues par la FSF lorsque ces critères sont respectés, parmi elles on retrouve PureOS, GNU Guix,gNewSense, Trisquel, Ututo, Venenux, BLAG, Musix GNU+Linux, Dragora, Dynebolic et Parabola. Toutes ces variantes utilisent aujourd’hui le noyau GNU Linux-libre.
Géographie La géographie (du grec ancien – "geographia", composé de « η γη » ("hê gê") (la Terre) et « γραφειν » ("graphein") décrire, puis du latin , littéralement traduit par « dessin de la Terre ») est une science centrée sur le présent, ayant pour objet la description de la Terre et en particulier l'étude des phénomènes physiques, biologiques et humains qui se produisent sur le globe terrestre, à un certain niveau d'abstraction relative qui s'y prête, pluridisciplinarité comprise voire transdisciplinarité en un certain sens. En effet Yves Lacoste disait : Le portail de l'information géographique du gouvernement du Québec définit la géographie comme « une science de la connaissance de l'aspect actuel, naturel et humain de la surface terrestre. Elle permet de comprendre l'organisation spatiale de phénomènes (physiques ou humains) qui se manifestent dans notre environnement et façonnent notre monde ». Elle se divise en trois branches principales : Grâce aux progrès de l'astronomie et de l'astronautique, des formations sont maintenant connues ailleurs que sur cette planète, le terme est utilisé pour tous les objets célestes. Évolution et étendue de la notion de géographie. La première personne à utiliser le mot « géographie » était Ératosthène (276-194 ) pour un ouvrage aujourd'hui perdu mais l'arrivée de la géographie est attribuée à Hérodote (484-420 ) ; aussi considéré comme étant le premier historien. Pour les Grecs, c'est la description rationnelle de la Terre en comprenant principalement la géographie physique. Il s'agit d'une science qui répond à une curiosité nouvelle, et qui va déterminer la géopolitique en définissant les territoires à conquérir et à tenir, ce qui implique la réalisation de cartes. Pour Strabon, la géographie est la base de la formation de celui qui voulait décider. Quatre traditions historiques dans la recherche géographique sont l'analyse spatiale des phénomènes naturels et humains (la géographie comme une étude de la répartition des êtres vivants), des études territoriales (lieux et régions), l'étude des relations entre l'Homme et son environnement, et la recherche en sciences de la terre. Avec l'évolution de la recherche scientifique, plusieurs domaines de la géographie ont évolué vers un statut de science à part entière. On peut citer la climatologie, l'océanographie, la cartographie, etc. ce qui a eu pour effet de principalement recentrer les activités du géographe sur les interactions humaines (aspect social) et de son rapport à son environnement (aspect spatial). Les géographie physique et mathématique sont les branches de la géographie qui ont le plus subit cette évolution des sciences alors que la géographie humaine a profité de ce changement pour passer de la géopolitique à une étude plus rationnelle et enrichie des rapports humains et des relations qu'ils entretiennent avec leurs environnements à travers des disciplines nouvelles. Néanmoins, la géographie moderne est une discipline englobante qui cherche avant tout à mieux comprendre notre planète et toutes ses complexités humaines et naturelles, non seulement où les objets sont, via l'élaboration de cartes, mais comment ils ont changé et viennent à l'être. Longtemps les géographes ont perçu leur discipline comme une discipline carrefour (Jacqueline Bonnamour), « pont entre les sciences humaines et physiques ». L'approche géographique d'un phénomène ne se limite pas uniquement à l'utilisation de la cartographie (l'étude des cartes). La grille de questionnement, associée à la cartographie, permet d'ajuster l'analyse de l'objet — l'espace — et d'expliquer pourquoi on trouve tel ou tel phénomène ici et pas ailleurs. La géographie s'applique donc à déterminer les causes, aussi bien naturelles qu'humaines ; et lorsqu'ils observent des différences, leurs conséquences. Aujourd'hui, une division de la géographie en deux branches principales s'est imposée à l'usage, la géographie humaine et la géographie physique. Cependant la géographie reste par excellence une discipline de synthèse qui interroge à la fois « les traces » laissées par les sociétés (mise en valeur des espaces ou impacts) ou la nature (orogenèse des montagnes, impact du climat…) et les dynamiques en œuvre aussi bien dans les sociétés (émergence socio-économique de la façade asiatique pacifique, désindustrialisation progressive des pays développés à économie de marché) qu'au sein de l'environnement physique (« Changement global », montée du niveau marin…). La géographie s'intéresse donc à la fois aux héritages (physiques ou humains) et aux dynamiques (démographiques, socioéconomiques, culturelles, climatiques, etc.) présents dans les espaces. Par ailleurs cette discipline tend à intégrer divers champs culturels tels que la peinture paysagiste, le roman ou encore le cinéma. Histoire. Géographie antique. Dans le bassin méditerranéen, la géographie est à l'origine composée de mesures expérimentales et de récits sur des voyages et des lieux pour répertorier l'univers connu. Les cartes et l'exploration sont surtout le fait des savants du monde grec. Ainsi, Claude Ptolémée répertorie tout l'univers connu dans son ouvrage "Géographie". Anaximandre réalise l'une des premières cartes du monde connu. Les Grecs sont la première civilisation connue pour avoir étudié la géographie, à la fois comme science et comme philosophie. Thalès de Milet, Hérodote (auteur de la première chorographie), Ératosthène (première carte du monde connu – l'écoumène –, calcul de la circonférence terrestre), Hipparque, Aristote, Ptolémée ont apporté des contributions majeures à la discipline. Les Romains ont apporté de nouvelles techniques alors qu'ils cartographiaient de nouvelles régions. Ces précurseurs développent quatre branches de la géographie qui vont perdurer jusqu'à la Renaissance : Époque moderne. Après la Renaissance et les grandes découvertes, la géographie s'impose comme une discipline à part entière dans le domaine scientifique. Nicolas Copernic développe la théorie de l'héliocentrisme selon laquelle le Soleil est au centre de l'Univers et que la Terre tourne autour du Soleil. Gérard Mercator publie en 1569 une mappemonde en dix-huit feuillets appelée « projection Mercator » qui fournit aux navigateurs une réelle description des contours des terres. Époque contemporaine. Entre le , plusieurs courants se développent tentant de démontrer l'interaction entre l'homme et la nature, avec plus ou moins de succès et de rigueur d'approche : L'École française de géographie, créée par Paul Vidal de La Blache, développe aussi une spécificité : la géographie régionale. Il s'agit de traiter de l'unique, de la région (« idiographie » ou travail sur les spécificités), évitant ainsi les dérives nomothétiques, mais tombant dans une connaissance encyclopédique. Élisée Reclus est l'auteur d'une encyclopédie (la "Nouvelle Géographie universelle", en 19 tomes). Son regard géographique fut influencé par ses convictions anarchistes. Les Grandes Mutations du. La nouvelle géographie se développe à partir des années 1960 aux États-Unis et gagne la France, la Suisse et surtout l'Allemagne dans les années 1970. Elle est directement influencée par les géographies anglo-saxonnes et scandinaves. Inspirée par les mathématiques (statistiques) et les règles de l'économie, cette géographie tente d'établir des « lois » universelles (science nomothétique). En créant des connaissances multidisciplinaires, la géographie donne des clés de lecture et d’analyse des grands enjeux contemporains liant espaces et sociétés. Elle s’adresse à divers publics : les politiques, les médias, les scientifiques, ainsi que la société dans son ensemble. Dans notre monde de plus en plus globalisé, cette discipline permet notamment d'appréhender de manière multiscalaire et critique les flux de biens, d'informations et de personnes afin de résoudre les défis posés par les changements climatiques, l'urbanisation, ou encore les migrations et les conflits armés. La géographie constitue ainsi un outil d'expertise et d’éducation de ces enjeux, permettant d'agir sur un plan local, national et global. Branches scientifiques. Géographie mathématique. La géographie mathématique se concentre sur la surface de la Terre, l'étude de sa représentation mathématique et sa relation à la Lune et au Soleil. Elle est la première forme de science géographique apparue pendant l'antiquité grecque et comprend aujourd'hui les disciplines scientifiques et techniques suivantes : Géographie physique. La géographie physique est une discipline qui a pour but de . Elle s'organise en plusieurs spécialités : la géomorphologie (structurale et dynamique), la climatologie, l'hydrologie, la biogéographie et la paléogéographie. Ces disciplines concourent à l'analyse du milieu naturel, on dit plus communément aujourd'hui, des paysages, qui est un "géosystème" : ensemble géographique doté d'une structure et d'un fonctionnement propres, qui s'inscrit dans l'espace et dans le temps (échelles spatio-temporelles). Le géosystème comporte des composants abiotiques, biotiques et anthropiques qui sont en interaction : Ainsi par exemple, la géomorphologie analyse l'une des composantes du milieu naturel, en relation étroite avec les autres disciplines de la géographie physique et des sciences de la Terre (géologie). On distingue une géomorphologie structurale qui correspond dans le relief à l’expression directe de la structure, d’une géomorphologie dynamique (voire climatique) dont les formes sont liées à l’action d’un climat particulier. Cette discipline s'associe également à l'analyse du milieu dans son ensemble dans le cadre de projets d'aménagements ou de conservation des milieux naturels La géographie physique a initialement pour objet principal le milieu. C'est la branche de la géographie qui a dominé jusque dans les années 1950-1970 par le biais de la géomorphologie, en particulier structurale, et donc l'ensemble de la discipline. L'étude de géographie physique et du paysage était la base de l'étude de la géographie pour le père de la géographie française, Paul Vidal de La Blache. Pour comprendre l'organisation des sociétés humaines, il fallait analyser le milieu dans lequel vivaient les hommes. L'historien Lucien Febvre a qualifié cette démarche possibiliste, « la nature distribue les cartes, l'homme joue la partie » (J.-P. Alix, "L'Espace humain") (possibilisme). Les évolutions épistémologiques des années 1960 ont fortement affaibli la géographie physique, des géographes tel qu'Yves Lacoste ont fortement critiqué une emprise trop forte de la géographie physique comme élément explicatif de l'organisation des sociétés humaines (déterminisme). La géographie physique a aujourd'hui profondément changé. Elle s'intéresse de plus en plus au rôle de l'homme dans la transformation de son environnement physique. Parmi les concepts les plus utilisés, on trouve l'anthropisation (voir par exemple les atouts et les contraintes dans les travaux de J.-P. Marchand, université de Bretagne, sur le climat de l'Irlande). La place de la géographie physique fait débat au sein même de la géographie. Certains voient en la géographie physique une science de la nature, d'autres comme J.-P. Marchand affirme : « géographie physique, science sociale ». L'unité de la discipline est souvent remise en question pour deux raisons. Certains géographes physiciens se sont fortement rapprochés des unités de recherches des sciences de l'environnement. Certains géographes humanistes rejettent au nom du déterminisme une explication physique de l'organisation des espaces humains. Certains géographes physiciens intègrent les concepts de la géographie humaine et des sciences sociales. Ils plaident pour un renouveau de la géographie physique parfois appelée, géographie de l'environnement. Les études dans le domaine du "développement durable" en sont des exemples. Yvette Veyret en géomorphologie, Martine Tabaud en climatologie ou encore Paul Arnoud en biogéographie tentent de réconcilier "géographie physique" et "géographie humaine" en alliant études environnementales, prise en compte des acteurs géopolitiques et des aménagements. Géographie humaine. Géographie générale. La géographie humaine est l'étude spatiale des activités humaines à la surface du globe, donc l'étude de l'écoumène, c'est-à-dire des régions habitées par l'homme. L'analyse de géographie humaine se fait à cette époque par le prisme de densités : on cherche à comprendre les préférences qui guident les hommes dans le choix du lieu où ils vont habiter. La géographie universitaire du début du insiste sur le poids de l'histoire. Dans cette approche, l'interaction entre les hommes et la nature au moyen de leurs connaissances et de leur histoire propre conduit à distinguer les sociétés et les régions en fonction de leur genre de vie. La géographie humaine était au début du le parent pauvre de la discipline. Comme la géographie physique, c'était avant tout une discipline très descriptive et peu analytique. Dans les années 1920-1930, une approche économique de la géographie humaine se développe autour d'Albert Demangeon proche de l'école des Annales. Mais, c'est toujours la géographie régionale qui domine lors de cette période. Dans les années 1960 se développe la nouvelle géographie, ou analyse spatiale, qui a l'ambition de dégager des lois universelles à l'organisation de l'espace par l'homme. Cette approche positiviste occupera longtemps une place de choix au sein des courants géographiques. La géographie humaine est renouvelée à la fin des années 1970 par Yves Lacoste, créateur et fondateur de la revue "Hérodote" en 1976 (intitulée d'abord "Stratégies géographies idéologies", puis en 1983 "Revue de géographie et de géopolitique") et auteur de l'essai "La Géographie, ça sert d'abord à faire la guerre". Il réhabilite alors une approche politique de la géographie, science dont il pense qu'elle peut être utilisée pour servir la cause des "opprimés". Une certaine partie des géographes rejettent entièrement la géographie physique en affirmant la géographie comme une science sociale, cette vision est notamment relayée dans la revue "Espace-Temps" fondée en 1975 par Jacques Lévy et Christian Grataloup Aujourd'hui, la géopolitique tend à analyser les conséquences de la mondialisation (géoéconomie) et la gestion des ressources naturelles (l'or ; l'or bleu - l'eau ; l'or noir - le pétrole ; l'or vert - la forêt) sont les objets les plus étudiés par la géographie humaine. La géographie humaine s'est aussi enrichie d'une approche culturelle (la géographie culturelle étudie les pratiques et les modes de vie des populations. La géographie du Genre héritière du postmodernisme et sous-branche de la géographie culturelle se développe en France depuis la fin des années 1990. Géographie régionale. La "géographie régionale" est un courant géographique qui recherche à diviser l'espace en régions. La première étape de cette démarche consiste donc à regrouper sous cette appellation des lieux auxquels on attribue une certaine homogénéité. Ensuite, on pourra dire en quoi cette région est un individu géographique, en quoi elle se distingue des autres régions. Dès les années 1950 dans le monde anglo-saxon, puis avec un retard d'une dizaine, voire une vingtaine d'années en France, le paradigme de la région est vivement critiqué, notamment autour de la revue "L'Espace géographique". Si l'approche régionale est considérée obsolète, c'est en vertu de bouleversements mondiaux comme la révolution des transports ou la mondialisation. Ces critiques vont favoriser l’émergence d'un courant qui se veut plus scientifique et objectif : "l'école de l'analyse spatiale". Depuis les années 1970 et 1980, la géographie a vu se développer de nouvelles branches de sa discipline en accord avec une approche pluridisciplinaire (notamment l'utilisation des outils en provenance des disciplines économiques, mathématiques, sciences politiques, sociologiques, et informatiques), inspirée par les géographies scandinave, nord-américaine et anglaise, notamment à travers les approches variées de : Champs relatifs. L'économie spatiale est un domaine aux confins de la géographie économique et de la microéconomie. Elle étudie les questions de localisation économique, et les relations économiques entre le mondial (mondialisation) et le local (aménagement du territoire, pôle de compétence, délocalisation, etc.). La notion d'échelle – ou approche multiscalaire – est essentielle en géographie : suivant que le géographe étudie toute la planète (petite échelle) ou seulement une partie de celle-ci (grande échelle), on parle de géographie générale ou de géographie régionale. De nos jours, on préfère toutefois parler de géographie thématique à la place de géographie générale et de géographie des territoires à la place de géographie régionale. Autres planètes. Avant les années 1970, l'astronomie était une tout autre science. Depuis l'exploration spatiale, la géographie est aussi l'étude des caractéristiques physiques de tous les corps célestes ; aucun mot spécifique n'a été créé pour chacun. Depuis que leurs surfaces commencent à être connues, une même approche guide les études. Exception. Seul sélénographie semble utilisé. Le terme "aréographie" pour Mars, par exemple, a bien été proposé, mais n'a rencontré que très peu de succès. Méthodes et techniques. La géographie nécessite d'être capable de situer les différentes parties de la Terre les unes par rapport aux autres. Pour ce faire, de nombreuses techniques ont été développées à travers l'histoire. Longtemps les géographes se sont posé quatre questions majeures lorsqu'ils regardaient la Terre, s'inscrivant en cela dans une démarche descriptive et analytique : Comme les interrelations spatiales sont la clé de cette science synoptique, les cartes sont un outil clé. La cartographie classique a été rejointe par une approche plus moderne de l'analyse géographique, les systèmes d'information géographique (SIG) informatisés. Dans leur étude, les géographes utilisent quatre approches interdépendantes : Cartographie. La cartographie étudie la représentation de la surface de la Terre et des activités humaines. Bien que d'autres sous-disciplines de la géographie s'appuient sur des cartes pour présenter leurs analyses, la réalisation de cartes est assez abstraite pour être considérée séparément. Les cartographes doivent apprendre la psychologie cognitive et l'ergonomie pour comprendre quels symboles véhiculent les informations sur la Terre le plus efficacement, et la psychologie comportementale pour inciter les lecteurs de leurs cartes à agir sur l'information. Ils doivent apprendre la géodésie et les mathématiques assez avancées pour comprendre comment la forme de la Terre affecte la distorsion des symboles de carte projetés sur une surface plane pour la visualisation. On peut dire, sans trop de controverse, que la cartographie est la graine à partir de laquelle le plus grand domaine de la géographie a grandi. Systèmes d'information géographique. Un système d'information géographique (SIG) est un système d'information capable d'organiser et de présenter des données alphanumériques spatialement référencées, ainsi que de produire des plans et des cartes. Ses usages couvrent les activités géomatiques de traitement et diffusion de l'information géographique. La représentation est généralement en deux dimensions, mais un rendu 3D ou une animation présentant des variations temporelles sur un territoire sont possibles, incluant le matériel, l’immatériel et l’idéel, les acteurs, les objets et l’environnement, l’espace et la spatialité. L'usage courant du système d'information géographique est la représentation plus ou moins réaliste de l'environnement spatial en se basant sur des primitives géométriques : points, des vecteurs (arcs), des polygones ou des maillages (raster). À ces primitives sont associées des informations attributaires telles que la nature (route, voie ferrée, forêt, etc.) ou toute autre information contextuelle (nombre d'habitants, type ou superficie d'une commune par ex.). Le domaine d'appartenance de ces types de systèmes d'information est celui des sciences de l'information géographique. Cet usage se vulgarise par la possibilité d'insérer facilement dans les pages d'un site Internet des cartes superposant des données à un fond cartographique, au moyen d'interfaces de programmation (API, pour "Application Programming Interface"). Les exemples les plus connus en sont Google Maps API, Microsoft®Bing Maps, etc. Pour les développeurs désireux d'intégrer les standards majeurs de l'information géographique, la bibliothèque libre JavaScript Leaflet réunit une large communauté d'organismes officiels et de spécialistes. Télédétection. La télédétection désigne, dans son acception la plus large, la mesure ou l'acquisition d'informations sur un objet ou un phénomène, par l'intermédiaire d'un instrument de mesure n'ayant pas de contact avec l'objet étudié. C'est l'utilisation à distance de n'importe quel type d'instrument (par exemple, d'un avion, d'un engin spatial, d'un satellite ou encore d'un bateau) permettant l'acquisition d'informations sur l'environnement. On fait souvent appel à des instruments tels qu'appareils photographiques, lasers, radars, sonars, sismographes ou gravimètres. La télédétection moderne intègre normalement des traitements numériques mais peut tout aussi bien utiliser des méthodes non numériques. Méthodes de géographie quantitative. La géostatistique est une discipline à la frontière entre les mathématiques et les sciences de la Terre. Son principal domaine d'utilisation a historiquement été l'estimation des gisements miniers, mais son domaine d'application actuel est beaucoup plus large et tout phénomène spatialisé peut être étudié en utilisant la géostatistique. L'analyse des données géographiques : géographes, urbanistes et aménageurs utilisent de plus en plus de vastes tables de données fournies par les recensements ou par des enquêtes. Ces tables contiennent tant de données détaillées qu'une méthode est nécessaire pour en extraire les principales informations. C'est le rôle de l'analyse multivariée (appelée aussi, sous ses diverses formes : analyse des données, analyse factorielle ou analyse des correspondances ou "Statistique multivariée"). Il s'agit de transformer la table des données en matrice des corrélations des variables pour en extraire les "vecteurs propres" (ou "facteurs" ou "composantes principales") et produire un changement de variables. Premier avantage : certaines variables du recensement (prix du sol, revenus, loyers, etc) seront remplacées par un facteur unique qui les résumera en opposant ménages riches/ménages pauvres dans la ville. Au lieu de dessiner plusieurs cartes redondantes, une carte du facteur représentant la structure sociale apportera une information synthétique. Deuxième avantage, l'expérience montre que l'opposition riches/pauvres constitue l'information fondamentale fournie par les recensements dans toutes les grandes villes analysées dans le monde. Toutes les cartes représentant des données socio-économiques répéteront cette structure. Mais il existe d'ordinaire d'autres phénomènes intéressants (opposition jeunes/vieux, retraités/actifs, quartiers récents/quartiers de peuplement ancien, quartiers ethniques, etc) qui seront cachés par ce phénomène dominant. L'analyse multivariée produit de nouvelles variables orthogonales par construction, c'est-à-dire, indépendantes. Ainsi, chaque facteur représentera un phénomène social différent. L'analyse permettra de reconnaître la structure cachée qui sous-tend les variables. Ces méthodes sont très puissantes, indispensables mais offrent aussi de nombreux pièges. Différentes formes d'analyse multivariées sont utilisées, selon la métrique choisie (en général, métrique euclidienne usuelle ou Chi-deux, voir "Test du χ²"), selon la présence ou absence de rotations, selon l'utilisation de « communalités », etc. Aujourd'hui, l'utilisation d'ordinateurs puissants et de logiciels statistiques largement répandus rend ce type d'analyse tout à fait banal, ce qui multiplie les risques d'erreur. L’ethnographie est la science de l'anthropologie dont l'objet est l'étude descriptive et analytique, sur le terrain, des mœurs et des coutumes de populations déterminées. Cette étude était autrefois cantonnée aux populations dites alors « primitives ». Métiers contemporains de la géographie. L'urbaniste Pierre Merlin précise que « "les géographes ont souvent eu tendance à considérer, en France notamment, l'aménagement (et en particulier l'aménagement urbain, voire l'urbanisme) comme un prolongement naturel de leur discipline. Il s'agit en fait de champs d'action pluridisciplinaires par nature qui ne sauraient être l'apanage d'une seule discipline quelle qu'elle soit. Mais la géographie, discipline de l'espace à différentes échelles, est concernée au premier chef" ». Il convient par ailleurs de préciser que dans cette partie, les géographes dits « professionnels » et par conséquent spécialisés dans une science particulière ne sont pas ou ne se sentent pas toujours considérés comme des géographes selon la nature de leur formation et du rapprochement que l'on peut faire avec la géographie. En effet, la plupart de ces professions (et notamment celles de géographie physique et mathématique) ont été tellement approfondies pour devenir des sciences à part entière allant au-delà de la simple analyse spatiale, que l'on emploie des termes plus précis comme climatologue, océanographe, etc. Organisation et diffusion du savoir. Publications. Revues de géographie. Si les revues géographiques ont parfois des origines anciennes, bon nombre d'entre elles publient maintenant des versions électroniques. Revues internationales Enseignement scolaire. L'enseignement de la géographie a fait l'objet de plusieurs études, notamment de la part de Jacques Scheibling ou d'Isabelle Lefort, montrant, depuis son apparition en tant que véritable discipline scolaire en France dans les années 1870 jusqu'à nos jours, son évolution en parallèle avec celle de la géographie savante. De 1870 à nos jours, de nombreuses réformes ont été mises en place faisant évoluer la discipline géographie dans l'enseignement secondaire et aussi à l'université. Ces réformes portent autant sur le contenu des programmes, qui évoluent en fonction des avancées de la géographie savante et du contexte social et historique (avec par exemple une domination de l'enseignement de la géographie régionale au début du , sous l'ère vidalienne), que sur les méthodes d'enseignement, l'aspect pédagogique, comme l'introduction dans les années 1960-1970 de manuels plus lisibles, avec de nombreuses photographies en couleurs. Aujourd'hui, l'enseignement de la géographie se définit plus en fonction de contraintes matérielles, comme les classes surchargées, la diminution du nombre d'heures, etc.
Grande Bretagne
GNU Compiler Collection , abrégé en GCC, est un ensemble de compilateurs créés par le projet GNU. GCC est un logiciel libre capable de compiler divers langages de programmation, dont C, C++, Objective-C, Java, Ada, Fortran et Go. GCC est utilisé pour le développement de la plupart des logiciels libres. Le noyau Linux dépend notamment étroitement des fonctionnalités de GCC. Présentation. GCC a été conçu pour remplacer le compilateur C fourni en standard sur le système d'exploitation Unix, qui s'appelle CC. GCC signifiait à l'origine "GNU C Compiler", soit le « compilateur C de GNU ». Comme GCC est très extensible, la prise en charge de nombreux autres langages a été ajoutée et le nom officiel a été changé en "GNU Compiler Collection". En pratique, l'abréviation GCC est utilisée pour nommer trois entités légèrement différentes : Pour faire référence précisément aux compilateurs de chaque langage, on parle de : Il existe de nombreux autres compilateurs basés sur GCC qui ne font pas partie de la distribution standard du projet GCC. Extensibilité par des greffons. Depuis la version 4.5 (et surtout 4.6), les compilateurs GCC sont extensibles par des greffons (« "plugins" »). Ceux-ci doivent être du logiciel libre et peuvent ajouter des passes d'optimisations, des pragmas, builtins ou attributs (mais ne peuvent pas étendre la syntaxe acceptée par GCC). Il existe quelques greffons pour GCC : Mozilla avait développé Tree Hydra (abandonné). gcc python plugin permet d'étendre GCC avec des scripts Python, notamment pour vérifier du code C pour Python. MELT est un langage spécifique, inspiré de Lisp pour étendre GCC. Débogage. GCC dispose également d'un outil de débogage, GNU Debugger (gdb). Bien que ne faisant pas partie de GCC, Valgrind est cependant préféré pour des tests plus en profondeur, notamment pour rechercher les fuites de mémoire. Portabilité. GCC a été porté sur un nombre considérable de systèmes d'exploitation (pratiquement toutes les variantes d'Unix, VMS, Windows et MS-DOS via DJGPP) et de microprocesseurs (AMD64, ARM, AVR, DEC Alpha, M68k, MIPS, PowerPC, SPARC, x86, Hitachi H8). Limitations. GCC, pour le langage C, ne prend pas en charge les identificateurs Unicode. Histoire. Richard Stallman commence ses développements avec le langage de programmation Pastel, un « dialecte » non portable de Pascal. Une première version est ainsi utilisable dès . Ce langage s'inspire en partie du compilateur Pastel, mais aussi du compilateur portable de l'université d'Arizona. Il écrit un nouveau compilateur C ANSI à partir du printemps 1986, puis, avec l'aide de Len Tower et sous l'égide de la Free Software Foundation, il distribue une première version bêta le , et la première version stable deux mois plus tard. À la fin des années 1980, GCC supporte déjà près d'une douzaine d'architectures ; Michael Tiemann apparaît alors comme le plus actif avec six ports réalisés à lui seul. Il est même crédité du support natif du langage C++ dès la fin 1987, faisant du compilateur GNU le premier à supporter ce langage. Michael Tiemann délaisse progressivement le projet au début des années 1990 par manque de temps dû à ses activités au sein de la société Cygnus Solutions. En 1992, la version 2.0 apporte en plus des nombreuses optimisations, un support stable du langage C++. Le projet semble alors entrer dans une nouvelle ère communément appelée « "les années Cygnus" ». Cette période débute par un processus de transition de la "version 1.42" vers la nouvelle mouture. En 1997, un groupe de développeurs trouve le modèle de développement lent et peu propice aux améliorations, ils décident alors de faire un fork du projet et le nomment EGCS (pour « "Experimental/Enhanced GNU Compiler System" »). À la suite des nombreuses améliorations réalisées, EGCS et GCC sont réunis en avril 1999, la première version publiée est la 2.95. GCC suit de près l'évolution de la normalisation des langages, et parfois même la précède ; ainsi certaines des fonctionnalités de la norme C99 étaient déjà présentes avant la publication officielle. GCC est aujourd'hui le compilateur le plus utilisé dans la communauté des logiciels libres et est le compilateur de nombre de systèmes d'exploitation, comme GNU/Linux, NetBSD, OpenBSD, NeXTSTEP ou encore BeOS/Haiku. A noter que FreeBSD utilise exclusivement Clang/LLVM depuis la version 13.0 et macOS depuis la version 5.0 de Xcode pour des problèmes de licence. Versions. Les versions sont fixées par le "GCC Steering Committee". Voici les dates de sortie des dernières versions principales : Syntaxe. La syntaxe de base utilisée par les compilateurs de GCC est : gcc fichierSource.c -o binaire Pour utiliser des bibliothèques, la syntaxe est la suivante : gcc fichierSource.c -o binaire -l"bibliothèque" De nombreuses options (passées en paramètre) permettent d'agir sur la compilation. GCC est souvent utilisé dans les makefile par le programme make. Des options particulièrement utiles sont "-O1" ou "-O2" pour demander au compilateur d'optimiser, "-Wall" pour lui demander presque tous les messages d'avertissements, "-g" pour la génération d'information de déboguage, "-c" pour la génération d'un fichier objet (sans édition de liens). Compilateurs inclus. GFortran. À la demande de très nombreux utilisateurs scientifiques, à partir de sa version 4, GCC compile le Fortran. Depuis la version 5, via OpenACC, la compatibilité avec le langage Fortran a été améliorée et la version 6 a été considérablement améliorée. En juillet 2020, GFortran implémentait presque intégralement la norme Fortran 2008 et environ 20 % de la norme Fortran 2018. Le développement du compilateur par des utilisateurs volontaires continue et chaque nouvelle version de GCC intègre un meilleur support des dernières normes du langage et des corrections de bogues. GFortran ne gère pas de façon native la programmation parallèle avec les co-tableaux "(coarrays)" mais nécessite l'installation de la bibliothèque OpenCoarrays.
Gard Le Gard () est un département français situé dans la région Occitanie (anciennement en Languedoc-Roussillon). Il tient son nom de la rivière le Gard ("Gard" en occitan), localement appelé le Gardon, qui le traverse. L'Insee et la Poste lui attribuent le code 30. Sa préfecture est Nîmes. Le Gard fait partie du Sud-est de la France. Géographie. Situation. Le Gard fait partie de la région Occitanie qui a intégré l'ancienne région du Languedoc-Roussillon. Départements limitrophes : Bouches-du-Rhône, Ardèche, Vaucluse, Hérault, Aveyron, Lozère. Son point culminant est le mont Aigoual dans les Cévennes à d'altitude. Points extrêmes du département du Gard : Classement. Liste des communes les plus étendues du département : Géologie. Le département possède une grande variété géologique qui a structuré ses paysages et qui est à l'origine d'une importante palette d'activités liées à son sol et à son sous-sol : ressources minières (or, argent, plomb, zinc, antimoine, fer, charbon, lignite, asphalte, uranium), ressources minérales (pierre à chaux ou à ciment, pierre de taille ou marbrière, ocres, craie de tailleur, argiles, sel marin ou sel gemme, sources minérales ou thermales). Sur le plan géologique, le sous-sol est constitué de formations allant de l'antécambrien au quaternaire récent. Il se divise en quatre grandes zones : Climat. Le climat du Gard est de type méditerranéen. Lors de la canicule de juin 2019, le , alors que le département était placé en alerte rouge par Météo France, un record national de a été enregistré dans la commune de Gallargues-le-Montueux. Le précédent record de ce département datait du , avec à Saint-Christol-lès-Alès et Conqueyrac. Histoire. Le département a été créé à la Révolution française, le en application de la loi du , à partir d'une partie de l'ancienne province de Languedoc. À noter que le canton de Ganges, , fut échangé avec celui d'Aigues-Mortes attribué à l'Hérault afin que le département possède un débouché sur le golfe du Lion. Néanmoins, cette affirmation n'a jamais pu être vérifiée, notamment aux archives départementales ; de plus, Ganges a toujours appartenu au diocèse de Montpellier. La confusion semble plutôt venir des années 1830 alors que cette localité, pour des raisons de , demanda à être rattachée au Gard : la proposition fut rejetée. Lors du découpage des départements, les diocèses d'Alès et d'Uzès furent amputés d'une petite partie, autour des Vans, qui fut rattachée au sud de l'Ardèche, tout comme Meyrueis au nord du massif de l'Aigoual. Marsillargues, proche de Lunel mais comprise dans le diocèse de Nîmes, passa dans l'Hérault alors que Beaucaire et la Terre d'Argence, suffrageant d'Arles, revint au Gard. Le département du Gard est riche culturellement. S'il a au travers de l'histoire toujours fait partie du Languedoc, la Provence a aussi influencé sa culture dans sa partie Est. Ce pays fut, dit-on, occupé primitivement par les Ibères. Ceux-ci furent chassés par le peuple celte des Volques qui prirent, en s'établissant dans cette contrée, le surnom d'Arécomiques, c'est-à-dire Volques du pays plat, pour se distinguer des Volques Tectosages, qui occupaient les montagnes du côté de Toulouse. La civilisation orientale fut apportée sur ces rivages par les Phéniciens, qui, du au , y fondèrent de nombreux comptoirs ; par les Rhodiens, qui, vers - 900, fondèrent Rhoda à l'embouchure du Rhône ; enfin, par les Phocéens, fondateurs de Marseille. On se rappelle les expéditions lointaines auxquelles s'associèrent les Arécomiques, sous Sigovèse, Bellovèse, Brennus. Entraînés sans doute par les Massaliotes dans le parti de Rome, les Arécomiques s'opposèrent au passage d'Hannibal (ou Annibal) et tentèrent de l'arrêter sur les bords du Rhône. Il les vainquit et passa (- 218). Vers - 154, les Arvernes soumirent tout le pays des Arécomiques ; mais leur séjour fut de peu de durée, et déjà ils avaient disparu quand les Romains se montrèrent. L'influence de Marseille décida les Arécomiques à se soumettre volontairement (- 121) au proconsul En. Domitius ; en récompense, le sénat permit à Nîmes et aux vingt-quatre bourgs placés dans sa dépendance de conserver leurs lois, leur religion et leurs usages. Rome trouva depuis dans les Arécomiques des sujets toujours fidèles et toujours étrangers aux mouvements qui agitèrent la Gaule. Quelques années après, les Cimbres et les Teutons traversèrent, avec l'impétuosité et les ravages d'une tempête, tout le pays entre le Rhône, les Cévennes et les Pyrénées, et fondirent sur l'Espagne pour revenir ensuite se faire battre par Marius. L'attachement que les Arécomiques vouèrent dès lors au vainqueur des barbares du Nord et à son héritier Sertorius leur valut la haine de Sylla et de Pompée, qui donna une partie de leurs terres aux Marseillais. Par la même raison, ils furent favorablement traités par Jules César et par Auguste. Leur pays fut compris dans la Narbonnaise, plus tard, dans la Narbonnaise première, et se couvrit de monuments romains qui font du Gard le département le plus riche en antiquités de cette époque. Les invasions barbares, arrêtées depuis Marius par la puissance romaine, recommencèrent en 407. Crocus, roi des Vandales, dévasta la Narbonnaise et renversa plusieurs monuments romains. Il fut vaincu par le second Marius. Aux Vandales succédèrent les Wisigoths auxquels fut soumis le pays de Nîmes. Clovis le leur enleva un instant. Mais la victoire d'Ibbas, général ostrogoth, le leur rendit, et leur domination n'y fut plus troublée que par la révolte du duc Paul sous Wamba (672). En 720, les Sarrasins, sous l'émir Zama, se répandent jusqu'au Rhône ; ils sont vaincus deux ans après par Eudes. Iousouf prend le même chemin en 737 ; Charles Martel le bat à son tour. Pour la troisième fois le pays de Nîmes est envahi par les Sarrasins en 752 ; mais il se révolte, forme une ligue et chasse les étrangers. Le chef qui avait été porté à la tête de cette sorte de république, Ansemond, ne se sentant pas assez de forces pour résister longtemps aux Maures, se mit sous la protection de Pépin le Bref et lui livra Nîmes en 752. Pépin donna le gouvernement de Nîmes et d'Uzès à Radulfe, qui fut le premier comte (753). Moyen Âge. Les comtes de Nîmes devinrent héréditaires après Charlemagne, dans ces temps de trouble où les Normands se rendirent si redoutables. Ces pirates débarquèrent en 858 dans la contrée qui nous occupe ; les Hongrois y parurent à leur tour en 924 et y commirent d'affreux ravages. Mais bientôt le Nemosez eut des seigneurs capables de le défendre ; ce fut en 956, lorsque l'héritière Cécile épousa Bernard II, vicomte d'Albi, dont les descendants, devenus maîtres de Béziers et de Carcassonne, furent si puissants et si célèbres sous le nom de Trencavel. La vicomté de Nîmes fut pourtant détachée des domaines des Trencavel, en 1130, pour devenir l'apanage de Bernard, fils cadet de Bernard-Athon IV. Elle fut vendue dans le même siècle (1185) par Bernard-Athon VI à Raymond V, comte de Toulouse, déjà maître de cette partie de la contrée que l'on appelait le comté de Saint-Gilles. Au commencement du siècle suivant, Simon de Montfort se la fit adjuger, et son successeur la remit à saint Louis, qui la réunit enfin à la couronne de France. Depuis ce temps, le Nemosez, directement soumis aux officiers royaux, n'a plus changé de maîtres. Le fief d'Alais (Alès) appartenait, au Moyen Âge, à la maison de Pelet, descendante des anciens comtes de Melgueil, qui avaient eux-mêmes pour auteurs les premiers vicomtes de Narbonne. Les Pelet, qui ont toujours réclamé en vain le comté de Melgueil et la vicomté de Narbonne, furent même obligés de se contenter de la moitié d'Alais lorsque Simon de Montfort se fut emparé de l'autre. Ils gardèrent cette moitié, sous le titre de baronnie, jusqu'au milieu du . L'autre moitié, devenue partie du domaine de la couronne par la cession d'Amaury de Montfort, fut érigée en comté et passa successivement par mariage ou par vente aux Beaufort, aux Montmorency et aux Conti. La vicomté d'Uzès, au commencement du , fut acquise par un mariage au baron de Crussol ; le petit-fils de ce seigneur la fit ériger en duché (1556), puis en pairie, et, au , le duc d'Uzès était déjà le plus ancien pair du royaume, toutes les autres pairies s'étant éteintes auparavant. Au et au , les diocèses de Nîmes, d'Alais et d'Uzès furent agités par les guerres religieuses. Bien que sans cesse persécutés (dès 1660 avec les dragonnades), les protestants y étaient très nombreux, quand la révocation de l'édit de Nantes (18 octobre 1685) vint les frapper d'une proscription générale. Alors, en effet, on leur envoya des missionnaires et des soldats, qui en convertirent quelques-uns ; mais le plus grand nombre aima mieux s'expatrier ou souffrir pour ses croyances. Ce n'était que temples renversés, pasteurs mis à mort ou envoyés aux galères, vieillards, femmes, enfants jetés en prison (comme à la tour de Constance à Aigues-Mortes où cette protestante avait gravé sur les murs "Résistez !"). Beaucoup se réfugièrent dans les Cévennes au nord du département ; mais, là encore, l'inquisition les poursuivit, et des milliers y périrent sur le bûcher ou sur la roue. Désespérés, quelques montagnards cévenols s'armèrent, les uns de faux, les autres de fourches, d'autres d'épées ou de fusils ; et, des montagnes du Gard, de la Lozère et du Vivarais, la révolte se propagea dans le pays d'Alais. Ainsi commença la guerre des Camisards (1702). On sait que cette guerre dura trois ans. Mais la répression dura jusqu'à 1744, voire 1787 (date de l'édit de Tolérance) et même la Révolution française (1789) avec la déclaration des droits et son article sur la liberté de religion (rédigé par un Gardois protestant). Les Camisards marchaient jour et nuit, et par bandes ; ils appelaient frères leurs chefs. Jean Cavalier, qui commandait les bandes de la plaine ou du pays d'Alais, était un garçon boucher à peine âgé de vingt ans. Ardent et courageux, il passait pour un prophète et avait sur ses compagnons un pouvoir absolu. Il eut à combattre le maréchal de Montrevel, ce qu'il fit avec succès ; mais il se rendit à Villars. On dit que le grand roi s'étant fait présenter, le jeune héros, à la vue de son air chétif et de sa petite taille, il haussa les épaules et lui tourna le dos. Après ces sanglantes guerres, le pays de Nîmes, d'Alais et d'Uzès jouit d'un long repos ; le temps du "prophétisme" en tous genres est venu animer par les idées des Lumières, il a même conduit à la création d'une communauté quaker dans le village de Congénies. Des communautés méthodistes vont également se développer à partir des années 1820… Mais la Révolution vint réveiller les anciennes passions : l'histoire du département compte à cette époque de tristes pages… À la Renaissance, et surtout aux , le Gard connaît un impressionnant essor. Notamment, de grandes manufactures de tissus se développent notamment en Cévennes — ainsi, et ce n'est pas une légende, les premiers jeans (Levi's) furent réalisés à Nîmes avec une toile résistante, d'abord conçus pour les bergers cévenols et pour les marins génois, ensuite pour les colons de l'Ouest américain, chercheurs d'or et "cow-boys". D'où les termes « Jean (Gênes) Denim (De Nîmes)». Des métiers à tisser cette toile sont visibles au Musée du Vieux-Nîmes. Bientôt la production d'étoffes et du bas de soie s'exporte en Europe et aux Indes espagnoles. Les deux tiers de la population active de Nîmes sont employés dans le textile. La ville et le département s'enrichissent. Le Gard change. La capitale du département, cité manufacturière vouée au textile et place commerciale importante, devient de plus une plaque tournante ferroviaire essentielle lors de la mise en place du réseau de chemin de fer dans les années 1830-1840 le plus long alors en France. Voilà qu'apparaissent de superbes hôtels particuliers dans les villes et villages, voilà que se dessine un renouveau urbain (notamment le monumental quartier de la gare). À Nîmes, par hasard, au siècle des Lumières, on redécouvre le sanctuaire romain de la Source. On en fait un grand projet d'urbanisme. L'industrie de la soie se reconvertit dans la confection de châles grâce aux premiers métiers Jacquard initiés par Turion, un ouvrier nîmois. Trente années de réussite fulgurante placent le Gard et Nîmes l'industrielle à un rang européen. Fin. Mais la concurrence lyonnaise est rude en cette deuxième moitié du (maladie du ver à soie, du châtaignier, etc.). Très vite, avant de perdre de l'argent, on réinvestit les capitaux du textile dans le vignoble. Celui des Costières, dans la partie sud du département, connaît alors la prospérité. La culture de la vigne est facilitée par la construction du canal du Midi, le transport du vin par celle du chemin de fer, très développé dans le Gard dès la moitié du (notamment grâce à l'industriel Paulin Talabot et à l'ingénieur Charles Dombre). Mais hélas, la crise du phylloxéra durant les années 1870 marque un coup d'arrêt terrible à cette nouvelle économie jusqu'ici florissante. La gare centrale du Gard à Nîmes devient cependant le centre de transit du charbon cévenol vers Beaucaire, le Rhône et Marseille. Il est à souligner que ce département a toujours été inspiré par de multiples cultures, ceci étant notamment dû à sa situation géographique exceptionnelle : la culture latine (notamment à mi-chemin entre l'Italie et l'Espagne), languedocienne, provençale, protestante, cévenole, camarguaise - et en particulier la tauromachie languedocienne et provençale présente depuis le comme en attestent les archives. La corrida espagnole, quant à elle, ne fut importée qu'au milieu du . Le Gard se remodèle. Dans un élan délibéré, sa capitale, Nîmes, allie la pointe de l'art contemporain aux richesses du passé. Elle réhabilite ses quartiers anciens et s'étend vers le sud. Elle confie ses projets d'urbanisme et d'architecture aux plus grands créateurs internationaux : Norman Foster, Vittorio Gregotti, Kisho Kurokawa, Jean Nouvel, Martial Raysse, Philippe Starck, Jean-Michel Wilmotte… Prouesse technique entre toutes, Finn Geipel et Nicolas Michelin offrent aux arènes nîmoises une couverture de toile gonflable, amovible aux beaux jours. Hiver comme été, Nîmes organise des spectacles dans les arènes. Aujourd'hui, pour des raisons de coûts mais surtout de sécurité du bâtiment et des personnes, la bulle a été supprimée cet hiver et ne couvrira désormais plus les arènes pour les hivers à venir. La viticulture y joue toujours un rôle important. La vie culturelle y est dense et de nombreux festivals ont lieu dans le département durant toute l'année. Des personnages historiques ou célèbres jalonnent l'histoire du département (cf. Personnages célèbres). L'héliotropisme et l'arrivée en 2001 de la LGV Méditerranée, mettant le Gard à 2 h 52 de Paris, donnent un dynamisme nouveau au département et contribuent pour une bonne part à son important essor démographique et économique. Le tourisme est aujourd'hui une des toutes premières activités du Gard. C'est au sein du département qu'est né le label national « Tourisme et Handicap », qui promeut l'accessibilité dans 160 équipements touristiques gardois. Au la région Languedoc-Roussillon, à laquelle appartenait le département, fusionne avec la région Midi-Pyrénées pour devenir la nouvelle région administrative Occitanie. Économie. Agriculture. Le Gard présente une surface boisée de soit plus de 40 % de la surface du territoire et plus de 22 % de celle du Languedoc-Roussillon. Les surfaces non cultivées comme les landes ou garrigues représentent soit plus de 17 % du département. Les surfaces agricoles utilisées représentent plus de 27 % du département avec . Les grandes cultures sont la vigne avec soit 34 % des terres agricoles. Puis la culture des céréales avec soit plus de 18 % de la surface agricole, les prairies artificielles avec soit 5,5 % des terres, la culture fruitière (y compris châtaignes) avec soit 5,2 %, les jachères avec soit 2,6 %, les légumes avec soit moins de 3 %, les surfaces enherbées représentent soit 22 % des terres agricoles utilisées. Le cheptel bovin est à . On compte Bio soit 10,8 % des exploitations du département. La part dans la surface agricole utile est de 11,3 % avec , positionnant le Gard derrière l'Aude avec . La surface moyenne des exploitations est de 40 hectares contre 75 hectares au niveau national. Un millier d'exploitation sont biologiques en 2020. Industrie. En 2010 l'industrie emploie . Entreprises et commerces. Le Gard accueille des entreprises d'envergure nationale, dont Eminence et Royal Canin (leurs sièges sociaux sont situés à Aimargues) mais aussi le Groupe Capelle à Vézénobres ou Bastide le Confort Médical à Caissargues. Transports. Chemins de fer. Plusieurs lignes de chemin de fer traversent le département : Beaucoup de lignes ne sont plus en service dans le département. Revenus et fiscalité. Les revenus disponibles moyens sont de , il est de pour une commune rurale, et de pour une commune urbaine. Le niveau de vie médian moyen est de , dans une commune rurale celui-ci atteint tandis qu'il est de dans une commune urbaine. le salaire moyen horaire , il est de pour les ouvriers non qualifiés, de pour les ouvriers qualifiés, de pour les employés, de pour les professions intermédiaires, de pour les cadres. L'intensité de pauvreté est de 22, le niveau de vie moyen des personnes sous le seuil de pauvreté est de . Les familles monoparentales sont les plus touchées avec un taux de pauvreté de 40,9 %, la moyenne nationale étant de 31,5 %, celle du Languedoc-Roussillon 39,9 %. Les tranches d'âges les plus exposées sont celles en dessous de 30 ans avec un taux de 27,9%. Emplois. Les actifs ayant un emploi sont 58,2 %, le taux de chômage est de 14 % de la population active. Les secteurs du commerce, transport et services représentent 42 % des emplois, l'administration publique, la santé, l'enseignement représentent 33 %, l'industrie 11 %, la construction 8 %, l'agriculture un peu plus de 3 %. Démographie. Les habitants du Gard sont les "Gardois". Tourisme. Les résidences secondaires. Selon le recensement général de la population du janvier 2008, 12,9 % des logements disponibles dans le département étaient des résidences secondaires. Ce tableau indique les principales communes du Gard dont les résidences secondaires et occasionnelles dépassent 10 % des logements totaux.
Gers (département) Le Gers ( ou ) est un département français de Gascogne en région Occitanie. Sa préfecture est la ville d'Auch. Il tire son nom de la rivière Gers, affluent de la Garonne. L'Insee et La Poste lui attribuent le code 32. Histoire. Le département a été créé à la Révolution française, le en application de la loi du , à partir d’une partie de l’ancienne province de Gascogne. Il porte initialement le nom de département d’Armagnac. Le département est divisé en six districts, dont les chefs-lieux sont Auch, Condom, Lectoure, L’IsIe-Jourdain, Mirande et Nogaro. Le décret du 28 janvier 1790 prévoit la possibilité de créer un septième district en faveur de Vic-Fezensac mais les trois commissaires chargés de la formation du département décident d’y renoncer. En 1808, le département a été amputé du canton de Lavit, situé au nord-est, pour créer le département de Tarn-et-Garonne. Au , la région Midi-Pyrénées, à laquelle appartenait le département, fusionne avec la région Languedoc-Roussillon pour devenir la nouvelle région administrative Occitanie. Géographie. Le Gers fait partie de la région Occitanie. Il est limitrophe des départements des Hautes-Pyrénées, de la Haute-Garonne, de Tarn-et-Garonne, de Lot-et-Garonne, des Landes et des Pyrénées-Atlantiques. Les extrémités départementales sont au Nord Pergain-Taillac, à l'Est Pujaudran, au Sud Mont-d'Astarac et à l'Ouest Ségos. Au lieu-dit "Tuco" sur la commune de Mont-d'Astarac se trouve le point culminant du département du Gers à l'altitude de 386 m. Le Gers est connu pour ses paysages vallonnés. Les collines mouvantes sont entrecoupées de vallons où se dissimulent souvent des lacs artificiels voués à l'agriculture. Climat. Les précipitations annuelles varient de plus de au sud-ouest du département, à moins de au nord-est (Auch, Condom, Lectoure). Les étés sont très chauds et faiblement pluvieux. Les hivers varient, avec souvent des températures négatives, des gelées nocturnes et souvent de la neige dans le sud du département où les altitudes avoisinent les , mais le climat reste tout de même relativement doux et clément. Transports. Le Gers est dans l'ensemble peu desservi par les infrastructures de transport : il ne comporte ni autoroute, ni voie ferrée électrifiée, ni aéroport desservi par des lignes régulières. La seule voie rapide à 2x2 voies et la seule ligne ferroviaire du département relient Auch à la métropole de Toulouse, principal pôle d'attraction du département. Économie. L'économie dans le Gers tourne principalement autour de l'agriculture et du tourisme culinaire. Le département est producteur de maïs, de blé, de colza, de tournesol servant pour l'élevage de canards gras. Ceux-ci sont transformés en mets de luxe dans les fermes locales ou usines (Comtesse du Barry, Ducs de Gascogne...) comme le foie gras, le confit ou les cous farcis. On y produit aussi de l'alcool et du vin (armagnac, côtes-de-gascogne, floc de Gascogne, madiran, pacherenc, pousse-rapière, Côtes de Saint-Mont, AOC Tursan), ainsi que du pop-corn (Nataïs). D'autres entreprises ont vu le jour autour de l'aéroport Auch-Gers, dont JCB Aéro, premier employeur privé d’Auch avec 150 salariés. Emplois selon le secteur d'activité. De 2008 à 2019 il y a une stabilité du nombre total d 'emplois avec un recul de l'emploi dans l'agriculture et la construction, une stabilité dans l'industrie et une augmentation dans les services marchands et non marchands. Ménages selon la catégorie socioprofessionnelle de la personne de référence en 2019 Démographie. Les habitants du Gers sont les "Gersois". Culture. Langues. Le français, langue officielle nationale, est parlé et compris par l'ensemble de la population. La langue régionale parlée est le gascon. Sports. Le Conseil départemental du Gers est labélisé Terre de Jeux 2024, le label de Paris 2024 à destination des collectivités, et accueillera sur son territoire le Relais de la flamme. Tennis de table. Le Cercle pongiste auscitain est champion de France de Nationale 1 en 2009. Il joue depuis en Pro B. Justice. Contrairement à la quasi-totalité des départements français qui comportent au moins une maison d'arrêt sur son territoire ; le Gers n'en possède aucune. La dernière prison, située à Auch, a fermé ses portes en 1966 pour être démolie dix ans plus tard. Les détenus gersois sont depuis incarcérés à Agen, siège de la cour d'appel. Tourisme. Économie du tourisme. L'économie du tourisme dans le Gers représente (données 2018 du comité départemental du tourisme destination Gers) : Résidences secondaires. Communes ayant plus de 10 % de résidences secondaires. Selon le recensement général de la population du , 9,5 % des logements disponibles dans le département étaient des résidences secondaires. Ce tableau indique les principales communes du Gers dont les résidences secondaires et occasionnelles dépassent 10 % des logements totaux.
Gironde (département) La Gironde ( ) est un département français situé dans le Sud-Ouest de la France, en région Nouvelle-Aquitaine. Ce département doit son nom à l'estuaire de la Gironde qui prend naissance après la confluence de la Dordogne et de la Garonne au bec d'Ambès, en aval de Bordeaux, qui est sa préfecture ainsi que celle de la région Nouvelle-Aquitaine. De 1793 à 1795, il s'appelait département du Bec-d'Ambès. La Gironde est le plus vaste département de France métropolitaine () et le vaste après la Guyane (). L'Insee et la Poste lui attribuent le code 33. Histoire. Le décret décidant la division de la France en 83 départements est voté par l'Assemblée constituante le et précisé par le décret du . Le département de la Gironde, créé à partir d'une partie des anciennes provinces de Guyenne et Gascogne, d'abord sous le nom de département du Bordelais dans le décret du puis avec son nom définitif dans le décret de l'Assemblée nationale du , en position des . Il est composé de sept districts, dont les chefs-lieux sont Bazas, Blaye, Bordeaux, Cadillac, Lesparre, Libourne et La Réole, et son assemblée se tient à Bordeaux. Il s'appela aussi Bec-d'Ambès, de 1793 à 1795, à l'époque où le terme Gironde désignait l'origine du groupe parlementaire des Girondins qui furent alors tous arrêtés. La Gironde est composée de trois entités distinctes, avec un héritage historique qui leur est propre : Entre 1789 et 1850, la partie occidentale du département était couverte de landes mal drainées (sur environ 60 % à 70 % de l'espace). Cette lande était entretenue par écobuage afin de pourvoir en nourriture les grands troupeaux de moutons, surveillés par des bergers montés sur des échasses ; l'usage de ces dernières permettait d'accomplir plus facilement de grandes distances (15 à par jour), tout en surveillant le troupeau. Avant 1857, date de la loi d'assainissement et de mise en culture des Landes de Gascogne, le régime agropastoral est généralisé : il puise sa force dans le libre usage des communaux majoritaires. Puis la systématisation des plantations de pins exploités pour leur résine (gemmage) et leur bois, accompagnée de la vente des communaux durant la deuxième moitié du , a complètement modifié le paysage et l'économie de la moitié du département. Après le coup d'État du 2 décembre 1851 de Napoléon III, la Gironde fait partie des départements placés en état de siège afin de parer à tout soulèvement massif, mais moins d'une centaine d'opposants sont finalement arrêtés. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les FFI du département comptent . Jusqu'au la Gironde faisait partie de l'ancienne région Aquitaine. Durant l'été 2022, la Gironde subit de nombreux feux de forêts, dont deux importants à La Teste et à Landiras. Politique. De longue date, le département de la Gironde a été marqué par la confrontation, plus ou moins équilibrée, entre la gauche (singulièrement le PS), et la droite, et surtout le courant gaulliste depuis les débuts de la Cinquième République. Cette confrontation est fondée en particulier sur l'organisation politique de chaque courant, le Parti socialiste ayant tendance à rassembler autour de lui les couches intermédiaires, les milieux ouvriers et certains des milieux ruraux, tandis que la droite dispose de positions fortes au sein de la bourgeoisie d'affaires de Bordeaux, dans le milieu de la viticulture sur le Libournais, des couches retraitées aisées très présentes sur le bassin d'Arcachon. Une forme de partage des pouvoirs locaux s'est ainsi organisée : jusqu'à sa défaite historique de 2020, la droite gère pendant soixante ans la ville de Bordeaux, et dispose durablement des sièges de député du centre-ville de Bordeaux, malgré quelques défaites surprises à l'occasion, de ses banlieues aisées et d'Arcachon, tandis que la gauche obtient la prédominance dans tout le reste du département, exerçant par là même la présidence du conseil général, celle de la communauté urbaine de Bordeaux devenue Métropole et détient durablement la majorité des élus au conseil régional d'Aquitaine. Lors des consultations nationales, la gauche obtient en général la majorité des suffrages. Le département a voté majoritairement pour François Mitterrand en 1974, en 1981 et en 1988, Lionel Jospin en 1995, Ségolène Royal en 2007, François Hollande en 2012, ainsi que pour Emmanuel Macron en 2017. Géographie. Données géographiques générales. La Gironde fait partie de la région Nouvelle-Aquitaine. Elle est limitrophe des départements des Landes, de Lot-et-Garonne, de la Dordogne et de la Charente-Maritime. Limites départementales. Les limites du département sont définies par la courbe enveloppe des limites des communes qui le composent. Mais devant les nombreuses imprécisions de ces limites communales, un grand chantier d'élaboration d'un cadastre général de la France est engagé sous le Premier Empire. La loi du , relative au budget de l'État et rendue sur l'initiative de Martin Michel Charles Gaudin, ministre des Finances, est considérée comme fondatrice du cadastre parcellaire français. Une campagne d'arpentage systématique de tout le territoire français est ainsi lancée en 1808 et s'achève en 1850. La ville de Bordeaux est en particulier cadastrée en 1820. Aucune modification n'est venue affecter les limites du département depuis la création du code officiel géographique en 1943. Superficie. Avec près de de superficie, La Gironde est le plus vaste département de la France métropolitaine et le deuxième de la France entière. Fixée à par l'Insee, la valeur de cette superficie peut varier selon le mode de mesure adopté. La superficie d'une division administrative est l'aire de l’ensemble des surfaces cadastrées ou non cadastrées situées à l’intérieur des limites de la division, l'unité élémentaire de division étant la commune. Cette superficie varie donc selon le niveau de précision de ces limites communales (et donc du niveau de précision du cadastre) et selon le mode de calcul ou de projection cartographique, mais aussi selon le produit cartographique numérique utilisé puisque deux produits cadastraux numériques officiels existent : celui établi par la DGI (opérateur historique pour établir le cadastre) et celui diffusé par l'IGN (opérateur nouveau qui a vu son rôle d'intégrateur de données géographiques renforcé depuis 2001). Jusqu'en 2016, la référence en matière de données liées aux divisions administratives françaises était le répertoire géographique des communes (RGC), produit par l'IGN, contenant en particulier la superficie de chaque commune. Cette donnée, fournie annuellement par l'Insee, correspond à la superficie évaluée en 1975 par le service du cadastre de la Direction générale des impôts, corrigée des modifications communales intervenues depuis 1975. Cette surface « fiscale » ne correspond pas forcément à la superficie géographique de la commune. Dans ce cadre, la superficie du département s'établit, selon l'Insee, en 2018 à . Par contre la somme des superficies des différentes communes du département, figurant dans le RGC, s'établissait en 2015 à . Depuis 2016, le RGC a été remplacé par les bases de données en licence ouverte Geofla® et Admin Express, des bases de données à petite échelle dédiées à des cartographies statistiques et thématiques à la granularité de la commune, à savoir à des échelles voisines du 1 : . En , la superficie du département de la Gironde, calculée par SIG sur la base des données Admin Express projetées dans le système Lambert 93, s'établit à . L'utilisation du découpage administratif au niveau communal issu d'OpenStreetMap, produit dans sa grande majorité à partir du cadastre, à une échelle plus grande que celle de Géofla ou Admin Express, aboutit à une superficie de . Hydrographie. Le département de la Gironde est traversé par la Dordogne et la Garonne qui se rejoignent au bec d'Ambès pour former l'estuaire de la Gironde. Long de et large de à son embouchure, c'est le plus vaste estuaire d'Europe, couvrant une superficie de . La Gironde est fortement soumise aux marées qui remontent très en amont dans l'estuaire (jusqu'à de l'embouchure) : Casseuil sur la Garonne, Castillon-la-Bataille sur la Dordogne. Lors des grandes marées, le phénomène du mascaret peut survenir. Entités paysagères. Le territoire se structure en quatre entités distinctes : Une majorité ouest et sud du département fait partie de la Gascogne et abrite une grande partie de la forêt des Landes de Gascogne. La Gironde bénéficie d'une très longue façade côtière de sur l'océan Atlantique, de la pointe de Grave au sud du bassin d'Arcachon. Le littoral girondin s'est ouvert au tourisme balnéaire, notamment autour du bassin d'Arcachon. Les principales stations balnéaires sont du nord au sud : La dune du Pilat est une des principales attractions touristiques du littoral girondin. Plus haute dune d'Europe, elle appartient au réseau des Grands Sites de France. Climat. Le climat de la Gironde est un climat tempéré de type océanique, avec des hivers relativement doux et des étés chauds. Les précipitations sont bien réparties sur les saisons avec un maximum en novembre et décembre. L'été, elles sont dues généralement à des averses orageuses. Le littoral girondin bénéficie de l'influence de l'océan Atlantique ce qui adoucit les hivers et rafraîchit les étés. Ainsi, les côtes ne connaissent que rarement des températures en dessous de 0 comme au-dessus de 30 degrés Celsius. La présence de l'estuaire de la Gironde protège les vignobles du Médoc et du Blayais de la canicule et du gel. Le département a connu des températures extrêmes avec comme records à Bordeaux -16,4 le et 41,2 le . Les relevés de la station météorologique de Bordeaux-Mérignac (à d'altitude) sont représentatifs du climat de la Gironde. Démographie. Les habitants de la Gironde sont les "Girondins". La démographie de la Gironde est caractérisée par une forte densité et une population en croissance continue depuis les premiers recensements. En quatorze ans, de 1999 à 2013, la population de la Gironde s'est accrue de plus de , soit environ . Mais ce rythme de croissance varie beaucoup, de l'une à l'autre des du département. La densité de population de la Gironde, en , dépasse celle de la France (). Culture. Langues. La Gironde (Gironda en occitan) connaît deux langues traditionnelles : Le français, langue officielle nationale, est parlé par l'ensemble de la population. Utilisé par les élites depuis le Moyen Âge, il s'est imposé avec l'unification linguistique de la France promue par la . Il est désormais la langue de communication de l'ensemble de la population girondine. "" est un journal en langue occitane qui traite de l'actualité en Gironde. Cinéma. Salles de cinéma. La Gironde est l'un des départements avec le plus d'écrans de cinéma en France, juste derrière Paris et les Bouches-du-Rhône, avec 47 salles de cinéma. Le département est le premier de France en termes de communes équipées, avec 44 communes disposant d'au moins une salle. Si le département est particulièrement bien doté en multiplexes, notamment sur le territoire de la métropole bordelaise, les cinémas indépendants ne sont pas en reste, avec une structure locale, l'association des cinémas de proximité de la Gironde, qui regroupe trente salles, y compris en zones rurales, autour d'une volonté de garder une vie cinématographique locale active. Tournages. Le département également de nombreux tournages de films. La Gironde concentre 60% des tournages de toute la région Nouvelle-Aquitaine, avec presque un tournage par jour, majoritairement à Bordeaux . La ville avec son architecture haussmannienne, est fréquemment utilisé comme doublure de Paris. Événements culturels. Plusieurs manifestations culturelles se déroulent en Gironde : Festival international du cinéma au féminin de Bordeaux, Festival de court métrage Coupé Court de Bordeaux, Festival européen du court métrage de Bordeaux, Escale du livre, Fest'arts, Festival international de cinéma Cinémascience de Bordeaux, Festival du film d'animation de Bègles, Festival international du film d'histoire de Pessac, Festival international du film indépendant de Bordeaux, Festival du film de Pauillac, Festival des Hauts de Garonne, Lire en Poche, Festival Musicacité, Musik à Pile, Nuits atypiques, Ouvre la Voix, La Part des anges (festival), Reggae Sun Ska Festival, Les Rendez-vous de Terres Neuves, Les Riches Heures de La Réole, Festival VivaCité, Festival ODP, etc. Tourisme. Résidences secondaires. Selon le recensement général de la population du , 8,8 % des logements disponibles dans le département étaient des résidences secondaires. Ce tableau indique les principales communes de Gironde dont les résidences secondaires et occasionnelles dépassent 10 % des logements totaux.
Grammaire japonaise La grammaire japonaise est de type agglutinant, avec un alignement nominatif-accusatif, et dont l'ordre des constituants est dépendant-tête et SOV (sujet-objet-verbe). Le marquage des relations entre constituants se fait sur les dépendants, et les rôles syntaxiques des noms dans la phrase sont marqués par des particules s'attachant après eux. Il n'y a pas d'accord en genre, en nombre ou en personne. Phrase. Généralités. En japonais, le prédicat (constitué par un verbe, un adjectif ou la copule) est placé à la fin de la phrase et tous les autres termes avant. L'ordre des différents termes est en général le suivant : Par exemple : Tous les termes de la phrase peuvent être en principe thématisés. Un terme thématisé se place avant les autres : En revanche un terme focalisé, par exemple avec la particule , reste en général à sa place habituelle : En outre, un terme de la phrase peut rester non exprimé si son référent a déjà été évoqué ou s'il est évident : Les particules qui suivent les principales parties de la phrase sont un outil précieux pour comprendre le sens. Cependant, s'ils sont assez facilement identifiables à l'écrit, il en va tout autrement à l'oral. Contrairement au français, les mots d'une phrase japonaise ne sont pas séparés par des espaces. En revanche, le japonais utilise des virgules pour indiquer la respiration d'une phrase complexe. La virgule japonaise est orientée différemment de la virgule occidentale : 、 Quant à l'équivalent du point, il s'agit d'un petit cercle : 。 Par exemple : Le discours rapporté est signalé par des chevrons. 「」 Par exemple : Sujet. En réalité, bien que la structure de la phrase japonaise commence par le sujet, celui-ci est rarement marqué comme tel et même souvent absent. Premièrement, dans la majorité des cas, on ne trouvera pas la marque du sujet が ("ga"), mais bien la marque は ("wa") qui, bien qu'elle s'applique souvent au sujet, représente en réalité ce sur quoi le locuteur souhaite attirer l'attention de celui qui l'écoute, c'est-à-dire, un point particulier de son message, supposé connu des deux. Un peu comme si en français, au lieu d'un sujet, on commençait les phrases par à propos de…. Le point important, c'est que la marque は ("wa") peut s'appliquer à une autre partie de la phrase que le sujet, et dans ce cas, le sujet sera plutôt marqué par が ("ga"). La particule は ("wa") ne s'applique par contre jamais aux pronoms interrogatifs 何 (nani) (quoi) ou だれ (dare) (qui). La particule は ("wa") peut aussi servir à mettre en évidence un contraste : M. A mange, M. B ne boit pas ⇒ Aさんは食べます、Bさんは飲みません。(A san wa tabemasu, B san wa nomimasen). Il est parfois difficile de distinguer si la particule wa est utilisée pour marquer un contraste. Quand on veut mettre l'accent sur un contraste et que cela n'apparait pas dans la structure de la phrase, on peut l'accentuer par l'inflexion vocale. Par exemple, dans la phrase ビールは飲みます ("biru wa nomimasu") (« je bois de la bière », mais en mettant l'accent sur le fait que c'est de la bière que je bois, on pourrait dire : « à propos de bière, c'est ça que je bois »), mais si on accentue le wa pour marquer le contraste, alors la phrase signifie plutôt « je bois de la bière (et rien d'autre) ». Ensuite, très souvent, un certain nombre d'éléments de la phrase japonaise sont souvent éludés quand ils peuvent être déduits du contexte. C'est par exemple très souvent le cas du « je » quand il est sujet : je suis étranger 私は外人です。 ("watashi wa gaijin desu") devient 外人です。 ☀ éluder (gaijin desu). Enfin, il peut être perturbant de rencontrer les particules が ("ga") et は ("wa") dans certains contextes où elles signifient tout à fait autre chose : が ("ga") peut également servir de conjonction de coordination avec le sens « mais », et わ ("wa") peut finir une phrase formulée par une femme, comme expression faiblement assertive ou d'un désir. Accord. Les verbes et les adjectifs ne s'accordent pas avec le sujet et sont invariables en genre, nombre et personne. Il est habituellement le contraire du français. Pronoms personnels. Les mots japonais que l’on considère comme des pronoms personnels se comportent exactement comme des noms. Ils ne sont souvent pas nécessaires à la phrase quand ils peuvent être déduits du contexte, et dans ce cas, leur présence n’a pour résultat que d’accentuer le rôle de la personne ainsi mise en scène, au même titre qu’un « moi » dans un énoncé du type « moi, je mange. » Par ailleurs, ils n’influencent en aucune manière la forme du verbe auxquels éventuellement ils se rapportent. La multiplicité des mots ayant pour sens « moi », « toi », « il », « elle » etc. vient du fait qu’une personne grammaticale en japonais ne s’exprime que dans le cadre de la relation hiérarchique qu’elle entretient avec les autres personnes. Ces mots n’étant rien de plus que des noms, il est courant, et recommandé lorsque la relation hiérarchique entre le locuteur et l’interlocuteur ne permet pas leur usage, d’utiliser à la place le nom (suivi de さん ou d’un dérivé) ou bien le statut de l’interlocuteur ou du référé, dans le cas d’une troisième personne. Dans tous les cas, ces mots sont avant tout à considérer comme des marqueurs indiquant la hauteur relative des personnes en présence sur une échelle hiérarchique. Verbe. Le japonais distingue deux aspects : accompli (ou perfectif) et inaccompli (imperfectif). L'accompli est marqué par les formes « た » et dérivées des verbes, adjectifs et copules ; l'inaccompli est la forme non marquée de ces monèmes. Les valeurs « passé », « présent », « futur », etc. seront déterminées par le moment exprimé dans le syntagme central de l’énoncé. Particularités. Langage de politesse. Grammaticalement, la est marquée en japonais par la forme du verbe et l'utilisation de la forme honorifique des mots. Cependant, la politesse japonaise ne s'arrête pas là et le choix du vocabulaire ou bien même le sujet abordé, sont des éléments autant sinon plus importants. En effet, on peut très bien être impoli en employant une forme grammaticalement polie. Il existe de nombreux niveaux de politesse en japonais, que l'on peut aussi appeler "niveaux de hiérarchisation". La société japonaise est segmentée en groupes : les amis, les collègues, l'université, l'entreprise, la chorale, le club de sport, etc. Dans chaque groupe existe une hiérarchie stricte ou implicite basée sur des critères spécifiques à ce groupe. La politesse par rapport à la "personne à qui l'on s'adresse" se fait en utilisant la forme formelle (en "-masu") des verbes. La politesse (ou plutôt, la déférence) par rapport à la "personne de qui on parle" se fait en choisissant un verbe de déférence (ou de modestie si le verbe a comme sujet le locuteur ou son entourage). Ces deux concepts sont orthogonaux, ce qui donne, du moins en théorie, quatre combinaisons différentes possibles, selon les situations. En résumé, il existe deux types de politesses : Dans l'exemple d'un employé qui parle à son chef, il s'adressera à lui en s'abaissant (modestie) lorsqu'il parlera de lui-même et en portant son chef sur une estrade (respect). L'employé fera de même lorsqu'il s'adressera à un client. Dans le cas d'un employé parlant de son chef à un client, c'est le deuxième type de politesse qu'il utilisera ; il l'abaissera (modestie). Exemple : Non-dit. Le non-dit est très courant en japonais. Il s'exprime par : Donner et recevoir. Le japonais possède plusieurs verbes pour exprimer l'acte de « donner » et de « recevoir », différents selon les participants et la direction du don, c'est-à-dire selon qui donne et qui reçoit. Ils n'ont pas de correspondants exacts dans les langues occidentales. On les appelle les bénéfactifs. Autrement dit, ce sont des verbes utilisés comme auxiliaires qui déterminent les actants du verbe. On peut aisément deviner le sujet et le patient du verbe grâce à ces auxiliaires. Les verbes sont les suivants : Exemples : Le verbe くる (« venir ») peut également s'utiliser dans certains cas comme auxiliaire bénéfactif : 手紙を送ってきた ("tegami wo okutte kita") littéralement « une lettre a été envoyée et est venue » : « j'ai reçu une lettre ». Adjectifs. Il existe deux groupes d'adjectifs : Particules. Le japonais utilise des particules pour indiquer la fonction des mots (sujet, complément d'objet direct, etc.). D'autres particules dites finales, sans rôle sémantique propre autre que leur connotation ("wa", "no", "koto", "mono", "yo") ou marquant l'interjection ("ne") sont régulièrement utilisées en fin de phrase pour marquer le genre féminin de la personne qui s'exprime Comptage. Compter des objets, des animaux ou des personnes en japonais est assez spécifique. En effet, il est nécessaire d'intercaler entre le nombre et l'objet du comptage un suffixe dépendant de la nature de cet objet. Parfois, la prononciation du nombre peut même en être affectée. Différences majeures avec le français. Il existe de fortes différences entre le japonais et le français :
Guatemala Le Guatemala, ou Guatémala, en forme longue la république du Guatemala (en ), est un pays d'Amérique centrale frontalier avec quatre pays: le Mexique, le Belize, le Salvador et le Honduras. Il est bordé au nord-est par la mer des Caraïbes et à l'ouest-sud-ouest par l'océan Pacifique. C'est le troisième pays de l'Amérique centrale par sa superficie, mais il en est le plus peuplé. Il fait également partie de l'Amérique latine. Sa monnaie nationale est le quetzal, faisant référence à l’oiseau sacré, dont les Mayas utilisaient les longues plumes de la queue comme objets de luxe. Le Guatemala est le quatrième pays le plus inégalitaire d’Amérique latine et le neuvième au niveau mondial. Toponymie. Son nom viendrait du nahuatl "Cuauhtēmallān", qui peut se traduire par « lieu rempli d'arbres » et signifie peut-être « pays des Quichés ». Histoire. La civilisation maya est apparue environ avant l'ère chrétienne. Elle s'est développée dans presque tout le Guatemala actuel, où elle a construit de nombreuses villes, dont Tikal. Pedro de Alvarado, un conquistador espagnol, détruisit les villes et soumit brutalement les peuples mayas d'Amérique centrale entre 1523 et 1527. Époque maya. La civilisation maya a prospéré dans la majorité du territoire qui constitue aujourd'hui le Guatemala et les régions environnantes pendant environ avant l'arrivée des Espagnols. Son histoire est divisée en trois périodes : pré-classique, classique et post-classique, toujours pendant la période classique, où la civilisation a ses principales avancées scientifiques et culturelles. La plupart des grandes villes mayas de la région de Peten et les basses terres du Nord du Guatemala ont été abandonnées autour de 1000 Époque coloniale. Pendant la période coloniale, qui a duré près de , le Guatemala était une Capitainerie générale (Capitainerie générale du Guatemala). Il s'étendait de la région de Soconusco dans le Sud du Mexique (Chiapas) au Costa Rica. Les "encomiendas" voulaient christianiser les groupes autochtones mayas, qui ont été utilisés comme esclaves. Cet esclavage a été aboli par l'intervention de l'évêque Fray Bartolomé de las Casas dans les années 1550-51, grâce aux controverses de Valladolid. La première capitale espagnole du royaume du Guatemala était Iximché. La guerre contre les indigènes kaqchikels tua de nombreux indigènes. Plus tard, une autre capitale a été fondée dans la vallée de Panchoy, appelée Santiago de los Caballeros (actuellement Antigua Guatemala). Indépendance. En 1808, l'Espagne est envahie par . La royauté est retirée à , ainsi qu’à son successeur légitime, . Bonaparte confie le pouvoir à son frère, Joseph Bonaparte. Soucieux de continuer de prêter allégeance à leur véritable souverain, , et inquiets devant la menace de Napoléon, qui ne cache pas ses intentions d’étendre son pouvoir sur les colonies espagnoles d’Amérique, une vaste campagne contre l’occupation française voit le jour dans le Royaume. Les colons espagnols d’Amérique décidèrent de destituer les autorités espagnoles en les remplaçant par des gouvernements substituts, dans le but de refréner les envies de Bonaparte et d’exercer le pouvoir, pendant l’absence du roi légitime. À ce moment-ci, certains parlaient d’indépendance, mais cet avis n’était pas partagé par tous. « Plusieurs se seraient contentés d’une plus grande autonomie à l'intérieur de l'Empire ». Même si l’Espagne se retrouvait sous le contrôle de l'Empire français, une ville au sud du pays y échappait, Cadix. Cette ville était dominée par des libéraux, désireux de mettre un terme à l’absolutisme. Ces dirigeants provoquèrent des élections à Cadix pour former un congrès, qui serait constitué de députés en provenance de tous les territoires espagnols, y compris ceux situés en Amérique. « Les députés hispano-américains participèrent activement aux débats, contribuant à rédiger la constitution de 1812 ». La Constitution de Cadix s'inspirait des grands principes de la Révolution française de 1789, tels que la souveraineté nationale, la séparation des pouvoirs, la division administrative du pays en provinces et le droit de propriété ou l’égalité. On voit grâce à cela apparaître la première forme de démocratie en Amérique, où le droit de vote est accordé à tous les hommes, y compris les indigènes. Confrontations entre libéraux et conservateurs. La constitution fut acclamée par les patriotes libéraux d’Amérique centrale, mais José de Bustamante y Guerra, gouverneur du Guatemala et président de l’audience, ainsi que Ramon Casaus y Torres, le nouvel évêque, y étaient farouchement opposés. Le gouverneur tenta de l’entraver, du mieux qu’il put. En revanche, lorsqu’en le roi Ferdinand VII récupéra le pouvoir, il décida par la suite d’abolir la constitution, ce qui déclencha une vague répressive contre les libéraux. Ainsi, les événements de Cadix n’arrêtèrent pas la marche vers l’indépendance. En effet, en 1820, une rébellion libérale, dirigée par le général Rafael del Riego, menaça sérieusement l'absolutisme de Ferdinand VII et le contraignit à annuler l’abolition de la Constitution de 1812. La restauration de la constitution en 1820 permit à la politique centraméricaine d’être plus populaire auprès du peuple, et elle fit émerger différentes factions qui, par la suite, formèrent les bases des pouvoirs libéraux et conservateurs qui se succédèrent au fil de l’histoire de l’Amérique centrale. Le capitaine général Gabino Gaínza devint l’un des atouts majeurs dans l’indépendance. En effet, il agit comme un pont entre les pouvoirs en place et les indépendantistes. C’est lui qui organisa le un séminaire pour parler avec les autorités de la possibilité d’indépendance qui s’offrait à la Capitainerie générale du Guatemala. À force de débats portant sur l’indépendance immédiate ou le "statu quo" en attendant le résultat de l’indépendance mexicaine, la décision fut prise et concrétisée par la signature de la déclaration d’Indépendance d’Amérique centrale. L’Amérique centrale obtint alors son indépendance. Annexion par le Mexique. Par la suite, en 1821, alors que le Mexique venait d’obtenir son indépendance, Gabino Gaínza insista auprès des autorités, pour que les territoires qui formaient la Capitainerie générale du Guatemala avant l’indépendance s’intègrent dans l’empire mexicain d’Iturbide. Il se laissa convaincre par les arguments d'Iturbide, «un général de l’armée espagnole qui devint plus tard empereur du Mexique». Ces arguments montrent que « l’Amérique centrale n’est pas encore prête à former une république indépendante ». Il y eut consultation des différentes provinces et villes pendant cette opération. Puis, malgré les refus de certaines d’entre elles, l’annexion à l’empire mexicain fut décidée. C’est ainsi que, « [moins] de quatre mois plus tard, le , Gainza et un groupe d’aristocrates décrètent de leur propre chef l’annexion de l’Amérique centrale à l’empire mexicain d’Agustín de Iturbide ». Iturbide se révéla être un incapable dans son rôle d’empereur, et il vida les caisses du Trésor public. En 1823, Iturbide est finalement renversé par Santa Anna et il est condamné à l’exil. «[Sous] la pression des libéraux, Fisola [un général mexicain] convoque le Congrès. Le , c’est la proclamation de la seconde indépendance de l’Amérique centrale et c’est ainsi que naît la fédération de l’Amérique centrale. Une charte appelée , qui concerne le Guatemala, le Salvador, le Honduras, le Costa Rica et le Nicaragua, est instaurée le . Elle explique quelques formalités, dont la façon que les différents pouvoirs sont distribués au sein de la Fédération. Selon cette charte, « la Fédération est gouvernée par un président, mais le chef de chaque État conserve une grande liberté d’action ». Désunion de la fédération d'Amérique centrale. Du fait que cette fédération présente différentes idéologies politiques, il s'ensuit de nombreux conflits. Il y a d'ailleurs à cet effet plusieurs conflits entre les autorités fédérales et provinciales qui ont eu lieu. Prenons par exemple l'emprisonnement du chef d'État du Guatemala, Burrundia, en 1825 par le président Arce, qui amena beaucoup de tensions, suivie de la prise d'armes du Salvador au nom de la légalité. « La Fédération centraméricaine reposait sur une Constitution relativement déséquilibrée, qui ne laissait que très peu de moyens financiers et d'autorité à son Président. Surtout, les pouvoirs respectifs des États membres et de la Fédération n’étaient pas clairement définis ». En 1839, une rébellion orchestrée par Rafael Carrera contre le président du Honduras Francisco Morazán renverse le gouvernement en place. C'est à la fin du mandat du président en 1839 et en 1842, à la mort de Morazán, qui fut tué à cause de sa politique autoritaire, que la Fédération se disloqua pour donner place à cinq pays bien indépendants, soit le Guatemala, le Honduras, le Salvador, le Nicaragua et le Costa Rica. Durant près d'un siècle, nombre de dictateurs se succédèrent et favorisèrent les immigrants européens et les intérêts nord-américains. Les Amérindiens se virent spoliés de toutes leurs exploitations et durent se réfugier vers les terres arides du Nord. Le Guatemala est alors le premier producteur de bananes et de fruits tropicaux des Caraïbes, son unique ressource, mais l'essentiel de ses terres et de son économie (chemins de fer, courrier postal, etc.) sont aux mains de la United Fruit Company, société nord-américaine, qui s'installa en 1901 dans le pays. Colonisations belge et allemande. La colonisation belge débute avec un navire expéditionnaire envoyé par Léopold de Belgique en 1842. Lorsque les Belges prennent connaissance des ressources naturelles de la région d'Izabal, Léopold décide d'installer à Santo Tomás de Castilla un campement pour construire des infrastructures dans la région ; le gouvernement du Guatemala cède la région, en échange d'une rente annuelle de seize mille dollars à lui verser à vie. En 1844, Santo Tomás de Castilla est devenue une colonie de la Communauté de l'Union, société de la Compagnie belge de colonisation. Le gouvernement de l'État du Guatemala, cède la région de Santo Tomas à cette société par décret de l'Assemblée constituante du Guatemala le . Les colons doivent se convertir au catholicisme et prendre la citoyenneté guatémaltèque, mais ils ont le privilège d'un gouvernement autonome. Toutefois, dès 1850, la colonisation belge est mise en échec par l'inhospitalité de la région et la dispersion des colons sur tout le territoire du Guatemala. Les premiers colons allemands arrivent au milieu du . Rapidement, ils acquièrent des terres et exploitent des plantations de café dans l'Alta Verapaz et le Quetzaltenango. Cobán devient un centre important pour les colons allemands. Les Allemands développent aussi la culture du thé, du cacao et de la vanille. La plupart des Allemands s'installent à Cobán, d'autres à San Juan Chamelco et Quetzaltenango. L'Alta Verapaz attire de nouveaux colons pour son « isolation naturelle, son climat doux et son sol fertile, et ses possibilités de développement agricole et commercial. » À la fin de 1890, les deux tiers de la production de café de la région était entre les mains des Allemands. Avec le temps, l'économie de Quetzaltenango est devenue entièrement dirigée par les Allemands, et a formé son propre monde dans Quetzaltenango, organisé dans une communauté très unie et solidaire. Ère libérale. Miguel García Granados devient le leader de la révolution libérale contre le gouvernement du général Vicente Cerna. Il fait fonction de président provisoire de 1871 à 1873 après la victoire libérale. Il entreprend de développer les infrastructures du pays et met en place une Assemblée constituante en 1872. Après sa démission, Justo Rufino Barrios est élu président du Guatemala. Celui-ci poursuit la politique de modernisation des infrastructures du pays et mène une politique économique, entièrement centrée sur la production de café afin de développer les exportations. Soucieux de favoriser l'instruction, il veut l'école primaire gratuite, obligatoire et sans éducation religieuse. L'école normale est créée, et la vieille université San Carlos est nationalisée. Il proclame par ailleurs la liberté de culte et procède à l'expropriation des biens de l’Église. Il instaure un style de gouvernement très personnel, ce qui conduit à l'apparition d'une dictature de gauche. La liberté d'expression est fortement restreinte. Nombre d'intellectuels progressistes qui le soutenaient au départ, comme José Martí, prennent leurs distances ou s'exilent. En 1875, durant la guerre pour l'indépendance de Cuba, toujours colonie de l'Espagne, il reconnait officiellement l'indépendance de l'ile. Fervent partisan de la réunion des pays d'Amérique centrale en une seule entité, il est tué en 1885 à la bataille de Chalchuapa, en tentant d'imposer par la guerre son projet. Entre 1898 et 1920, la dictature de Manuel José Estrada Cabrera censure la presse, persécute l'opposition et favorise les membres des grandes familles du café. Enfin, elle octroie d’énormes avantages aux compagnies étrangères, qui investissent dans le pays, en particulier l'United Fruit Company. L’implantation dans le pays des firmes étrangères s'effectue au prix de la dépossession des indigènes, de la destruction de leurs communautés ("ayllu"), et de la prolétarisation des paysans, soumis à l'obligation de travail sur les plantations capitalistes nouvelles, et à la misère des salaires de subsistance. En 1933, le président Jorge Ubico Castañeda, à la tête du pays depuis deux ans, fait adopter une nouvelle Constitution qui retire le droit de vote aux illettrés (75% de la population, principalement les descendants des Mayas). Il instaure en 1934 une loi contre le vagabondage, chacun devant avoir un carnet de travail, dans lequel était indiqué les jours et le nombre d'heures par jour pendant lesquelles il travaillait ; en l'absence de celui-ci, les personnes sont réquisitionnés pour effectuer des travaux publics d'intérêt général. Sa présidence profite beaucoup à l’élite agro-exportatrice et, surtout, à la United Fruit, qui se voit offrir un appui infaillible. Lors de la guerre civile espagnole, le régime soutient sans ambiguïté le camp franquiste. Le régime dictatorial de Jorge Ubico est renversé par la révolution de 1944. Révolution des années 1950. En 1945, Juan José Arévalo, le président nouvellement élu, instaure une nouvelle ère d'investissements sociaux, ainsi qu'un code du travail et le droit de grève, et fonde un institut indigéniste. Les tensions sont alors particulièrement fortes entre grands propriétaires d’une part, syndicats et Parti communiste du Guatemala d’autre part. En juin 1954, son successeur Jacobo Árbenz Guzmán instaure une taxe sur les exportations, et décide une réforme agraire (le Décret 900) qui oblige entre autres la United Fruit Company à céder une partie importante de ses terres en friche. Un coup d'État est mis sur pied au cours d’une réunion entre le président Dwight D. Eisenhower et les frères Dulles. Allen Dulles est alors le numéro un de la CIA et son frère John Foster Dulles dirige le Département d'État. Par ailleurs, les frères Dulles sont actionnaires de United Fruit et ont travaillé pour un cabinet qui représentait les intérêts de cette société. Ainsi, la CIA renverse Arbenz Guzman et installe à sa place une junte militaire, dirigée par le général Carlos Castillo Armas. Plus de du gouvernement de Jacobo Arbenz sont assassinés ou emprisonnés dans les mois qui suivent le coup d’État. La réforme agraire est abrogée et l'United Fruit récupère non seulement les terres, dont elle avait été expropriée, mais également des dizaines de milliers d'hectares de terres en friche, qui avaient été distribués aux paysans. Le président Guzman démissionne le 27 juin 1954 et se réfugie à l’ambassade du Mexique. Le Guatemala tombe dans une dictature avec une répression féroce et s’enfonce dans la guerre civile pour . Opération "PBSUCCESS". L'opération "PBSUCCESS" (début 1953 – fin 1954) est une opération secrète organisée par la Central Intelligence Agency (CIA) pour renverser le président du Guatemala Jacobo Árbenz Guzmán, démocratiquement élu. Le gouvernement d’Arbenz projetait de nouvelles réformes que les services de renseignement des États-Unis jugeaient de nature communiste. La CIA et l’administration Eisenhower craignaient l’instauration d’une tête de pont soviétique de l’Ouest, dans le contexte du maccarthysme intensément anti-communiste de l’époque. Arbenz a été l’instigateur d'une réforme agraire menaçant notamment la multinationale américaine United Fruit Company, dont Allen Dulles (directeur de la CIA de 1953 à 1961) était actionnaire. Allen Dulles avait de gros intérêts au Guatemala et il faisait pression à des niveaux variés du gouvernement américain pour une action contre Arbenz en réplique à son expropriation. Conflit armé entre 1960 et 1996. Le président Julio César Méndez Montenegro (1966-1970) conduit une brutale répression des organisations de gauche, clandestines depuis le coup d’État. Autour de politiques sont dénombrés entre 1966 et 1968. Arrivé au pouvoir en 1970, le général Carlos Manuel Arana Osorio se déclare déterminé à « transformer, s’il le faut, le pays en cimetière, pour restaurer la paix civile ». Entre 1970 et 1978, sont tuées par le régime militaire. Dès les années 1960, une résistance paysanne se met en place face aux dictatures militaires qui se succèdent. Elle est soutenue par un mouvement de guérilla regroupant des militants de gauche, des officiers rebelles et de nombreux paysans. Marquée par la théologie de la libération et la défense des peuples indigènes, la guérilla s’implante dans des communautés autochtones de la région. Si les liens entre la dictature militaire et les États-Unis sont initialement très forts (les États-Unis contribuent à la formation des officiers de l'armée guatémaltèque et de nombreuses multinationales sont implantées dans le pays), l'administration de Jimmy Carter suspend en 1977 les livraisons d'armes à la dictature (en particulier en raison de la médiatisation du , où 150 paysans sont exécutés par l’armée gouvernementale). Israël procure alors au régime des conseillers militaires, des armes et du matériel destiné à la localisation des guérilleros. En 1982, le général Efraín Ríos Montt est à l'origine d'un coup d'État. Peu après son arrivée au pouvoir, il met en place les patrouilles d'autodéfense civiles (PAC), formées de miliciens recrutés de force par l'armée et ayant comme objectif d'éradiquer la guérilla. Le général met en action sa politique de la «terre brûlée » : ainsi, seront complètement rasés, près de seront massacrés ou encore jetés d'hélicoptères dans l'océan Pacifique. fuient vers le Mexique. La guérilla réagit en fondant un mouvement armé, l'URNG (Union révolutionnaire nationale guatémaltèque). Le conflit prend alors des allures de guerre civile (voir conflit armé guatémaltèque) et continue à faire de nombreuses victimes. La Centrale sanitaire suisse, avec bien d'autres ONG internationales, tente d'apporter dans la mesure du possible, une aide médicale. Efraín Ríos Montt est renversé par un autre militaire, Oscar Mejía Víctores, en 1983. En 1985, l'élection du président démocrate-chrétien Vinicio Cerezo remet le pouvoir aux mains des citoyens. Son successeur, Jorge Serrano Elías, fomente un nouveau coup d'État, mais il est finalement destitué peu de temps après et remplacé par Ramiro de León Carpio qui, à ce moment-là, occupait la charge d'ombudsman et qui est nommé par le Parlement pour compléter la période présidentielle de M. Serrano. Cette procédure n'était pas parfaitement constitutionnelle, mais le pays était tombé dans un vide juridique car la Constitution ne prévoyait pas la situation dans laquelle ni le président ni le vice-président (tous les deux s'étant enfuis du pays après l'échec du coup en démissionnant de leurs postes) n'étaient en mesure de prendre en charge la présidence. Rigoberta Menchú reçoit le prix Nobel de la paix en 1992, «en reconnaissance de son travail pour la justice sociale et la réconciliation ethno-culturelle basées sur le respect pour les droits des peuples autochtones». Accords de paix. Le candidat de la droite réformiste Álvaro Arzú devient président en 1996. Le , un accord historique est signé avec la guérilla et le conflit prend fin. L'accord reconnait les Mayas, qui représentent plus de la moitié de la population, comme des citoyens à part entière ; il prévoit une distribution de terres aux petits paysans, une réforme fiscale et la réduction d'un tiers des effectifs des forces armées. La guérilla se transforme en parti politique légal. Malgré une condamnation internationale, les exactions commises par l'armée nationale entre 1960 et 1996 n'ont donné lieu à aucune condamnation des responsables. Des militaires continuent de se livrer à des assassinats de militants d’organisations sociales. L’évêque auxiliaire de la capitale est assassiné en avril 1998, peu après avoir publié un rapport sur le rôle de l'armée dans le conflit. La guerre civile aura fait au moins , dont 80% d'origine indigène et , imputables à la répression policière d’État. La Commission pour l'éclaircissement historique qui entreprend des recherches après la guerre sur les exactions perpétrées attribue 93% d'entre elles aux troupes gouvernementales et aux paramilitaires qui les appuyaient. Après les accords de paix. L’extrême droite retrouve le pouvoir avec l'élection d'Alfonso Portillo (Front républicain guatémaltèque, dirigé par Efraín Ríos Montt). Son mandat débute le . Óscar Berger accède au pouvoir en 2004, à la tête d'un parti conservateur. Son prédécesseur, accusé de détournement de fonds et de blanchiment d'argent au Guatemala, fuit aussitôt le pays. En novembre, à la suite de manifestations d'ex-paramilitaires, le gouvernement accepte de leur verser les indemnisations promises par le régime d'Alfonso Portillo. L'accord de libre-échange du CAFTA entre l'Amérique centrale et les États-Unis entre en vigueur en 2003, suscitant des protestations de la part des organisations paysannes. En 2008, Álvaro Colom prend la tête de l'État face au général Otto Pérez Molina qui sera finalement élu le avec 53,76 % des voix. Affaire de corruption La Línea. Le , la Commission internationale contre l'impunité au Guatemala déclenche une vaste opération anti-corruption et met au jour l'affaire de corruption La Línea, contrebande douanière dans laquelle sont notamment impliqués le président Otto Pérez Molina et la vice-présidente Roxana Baldetti. Le réseau d'entreprises finançant le Parti Patriote a accaparé 450 marchés publics et a déterminé les priorités de plusieurs grandes administrations (tels les ministères des Communications, des Infrastructures et du Logement). Il a ainsi pu mettre en place les programmes et échéances financières qui permettaient d'optimiser la distribution d'argent public aux entreprises qui lui étaient associées. Le président et ses ministres bénéficiant pour leur part de larges rétrocommissions. Ces révélations contribueront à sa démission et au déclenchement de vastes mouvements citoyens de protestation contre la corruption au Guatemala qui s'organisent via les réseaux sociaux et manifestent massivement à partir du . Les manifestants demandent la démission du président Otto Pérez Molina et s'opposent à la candidature aux prochaines élections présidentielles de 2015 du candidat Manuel Baldizón soupçonné de corruption et de pratiques totalitaires. Dans les faits, la campagne conduite par le parti qu'il représente est entachée de violences contre ses opposants. La naissance de ces mobilisations grâce aux réseaux sociaux constitue une nouveauté inédite et notable en Amérique latine. Les manifestations s'organisent autour du mot-dièse « "Renuncia ya" » (démission maintenant) sur Facebook et Twitter qui fédère l'indignation citoyenne. Le , ce sont publics qui sont emprisonnés, pour avoir organisé à leur profit le détournement de de dollars au travers de contrats trafiqués avec diverses organisations publiques, dont la sécurité sociale du Guatemala. Le , la vice-présidente déchue, Roxana Baldetti, est emprisonnée. Le même jour, le ministère public et la Commission internationale contre l'impunité au Guatemala accusent le président Otto Pérez Molina d'être le principal responsable du réseau de contrebande. Le , le congrès vote le retrait de l'immunité du président Otto Pérez Molina. Le , celui-ci fait l'objet d'un mandat d'arrêt. Il annonce sa démission dans la nuit du au . Après une première audience, il est placé en détention provisoire dans la prison militaire de Matamoros. En dépit de ces quelques arrestations, le taux d’impunité au Guatemala pour les affaires de corruption s’élèverait à 97%, selon la commission internationale. Politique. Le Guatemala est une république présidentielle démocratique. Les élections législatives et présidentielles ont lieu tous les en même temps. Le président est à la fois le chef de l'État et le chef du gouvernement. Le président et les ministres qu'il nomme sont à la tête du pouvoir exécutif. Le pouvoir législatif est monocaméral et est exercé par Congrès de la République comptant . La vie politique est très largement dominée par les partis de droite. En 2013, seuls deux députés sur et cinq maires sur 333 se réclament de gauche. Il peut être difficile de s'exprimer librement. Critiquer le rôle de l’armée ou défendre les droits de l’homme expose souvent à l'accusation de «communisme», qui est considéré très négativement par les institutions et les médias. La Commission internationale sur l’impunité estime que plus de 25% de l’argent des campagnes électorales provient du crime organisé et du narcotrafic. En 2019, neuf anciens présidents font l'objet de poursuites judiciaires ou de peines d'emprisonnement, principalement en raison du travail de la Commission internationale contre l'impunité au Guatemala (CICIG). Celle-ci a également fait condamner trois cents hauts responsables politiques et hommes d'affaires. La commission est suspendue en 2019 et son président expulsé lorsqu'elle met en cause le président en exercice Jimmy Morales. Une répression est ensuite exercée contre les responsables de la lutte anti-corruption. Cinq juges du parquet spécial contre l’impunité et un ancien représentant de la CICIG sont incarcérés en 2022 sous le motif d'« obstruction » ou « abus d’autorité ». Une répression dénoncée par Amnesty International et par le centre pour l'Action légale en droits humains du Guatemala, qui met en cause un "«" système complètement corrompu». Géographie. Le Guatemala est un pays montagneux, sauf le long de côtes, où se trouvent des plaines littorales. Le climat est à dominante tropicale, mais davantage tempéré en altitude. La plupart des grandes villes sont situées dans le Sud. Parmi celles-ci, se trouvent Guatemala, Antigua, Quetzaltenango et Escuintla. Le grand lac Izabal est situé près de la côte de la mer des Caraïbes. Les principales données géographiques sont : Les hauts plateaux de l’ouest, qui couvrent quelque 20 % du pays, et contiennent une grande partie des 300 micro-climats du Guatemala. La population est surtout d’ascendance indigène et le mode de vie presque exclusivement agricole. Le taux de malnutrition, qui tourne autour de 65 %, est parmi les plus élevés de l’hémisphère occidental. Frontières terrestres et maritimes. Le Guatemala possède de frontières (classé), dont : Subdivisions. Le Guatemala est divisé en 22 départements : Climat. Situé entre les et nord, le Guatemala a un régime tropical dans le Petén (à l'ouest du Belize) et dans les plaines côtières, plus larges en bordure de l'Atlantique que le long du Pacifique. Les régions montagneuses couvrent environ la moitié du territoire et bénéficient d'un climat tempéré, variant en fonction de l'altitude. La pluviosité est variable, en raison de la proximité de deux océans, avec une saison sèche bien marquée de novembre à avril. De mai à novembre, des pluies torrentielles s'abattent sur le pays. Milieu naturel. Les forêts couvrent en 2019 moins de 30 % du territoire, contre plus de 40 % au début des années 2000. D'après les Nations unies, « la faiblesse des institutions conjuguée à la soif de profits » accroissent « la vulnérabilité socio-environnementale du Guatemala aux impacts du changement climatique et aux catastrophes naturelles ». Le pays doit aussi faire face à la contamination des sols, de l’eau et de l’air, et à la dégradation de la biodiversité. En 2017, la lagune d'Atescatempa disparait, victime du changement climatique. Société. Les homosexuels sont sujets à des discriminations et la loi ne leur est pas favorable. En 2018, un projet de loi interdisant spécifiquement le mariage homosexuel est envisagé. Les Églises évangélistes, puissantes dans le pays, promeuvent les thérapies de conversion. Démographie. En 2017, la population du Guatemala est de . La majorité des Guatémaltèques vit dans des zones urbaines (56 %) et le reste vit dans des zones rurales. 35,12 % de la population est âgée de 0 à , 58,36 % a entre 15 et et 6,52 % a plus de . La majorité de la population est de sexe féminin (53 %) et 47 % sont des hommes. L'espérance de vie est plus élevée chez les femmes () que chez les hommes (), soit pour l'ensemble de la population, une des plus faibles en Amérique latine. Le taux de pauvreté a augmenté de 53,7 % en 2011 à 60,4 % en 2017. Un peu plus de de personnes vivent dans le département de Guatemala où se trouve la capitale. de Guatémaltèques résident à l'étranger, dont aux États-Unis. Le taux de natalité au Guatemala est le plus élevé en Amérique latine, bien qu'en diminution, étant passé de 30,62 % en 2008 à 20,91 % en 2018. Le taux de mortalité est de 4,8 %. Criminalité. Le Guatemala est l'un des pays les plus violents d'Amérique latine, derrière le Mexique et le Venezuela, avec tuées par jour en moyenne. 98 % des meurtres ne font l'objet d'aucune enquête et sont classés « sans suite ». Une composante essentielle de cette violence provient des maras, des gangs qui terrorisent la population et qui ont pour principales activités narcotrafic, rackets, traite des personnes et trafic d'armes. Selon des données de 2020, 90 % de la cocaïne consommée aux États-Unis transite par le Guatemala. Il existe des liens entre le secteur économique et le crime organisé. Celui-ci investit directement dans le pays en achetant des propriétés agricoles, à travers le système bancaire, et en investissant dans toutes sortes d’entreprises. Après la fin de la guerre civile, d'anciens militaires se sont organisés en bandes criminelles pour éviter la mise en place d'une justice transitionnelle effective pour les victimes de crimes de guerre. Menacés par le processus de transition démocratique, ils répondaient par des exécutions de militants politiques ou associatifs. L'exemple le plus notable fut l'assassinat de l’évêque Juan José Gerardi Conedera sur ordre d'un commandant d'une base militaire. Le politiste Edgar Gutierrez souligne que ces groupes « étaient mus par une ambition plus vaste : le contrôle de l’État et de l'économie. La plupart des officiers de renseignement de la dictature militaire sont devenus pendant ces années des infiltrés de la criminalité organisée à proximité ou au sein de l’État. » Groupes ethniques. La société guatémaltèque est multiethnique. Historiquement, le pays était habité par les Mayas, mais avec l'arrivée des colonisateurs espagnols, les deux populations ont été mélangées au fil du temps. Un recensement réalisé par les colons espagnols au Guatemala en 1778, révèle qu'à cette époque les trois quarts de la population sont indigènes (où 29 % d'eux parlaient espagnol), suivis par les métis/Mulâtres avec 21 %, une petite minorité de colons espagnols 4 % et 800 marchands anglais et allemands. Au , le Guatemala a été influencé par les immigrants allemands, chinois, arabes et jamaïcaine, de cette façon, la population locale était plus fragmentée dans l'ascendance et marquait plus de différences, en particulier entre des populations auparavant mélangées. Aujourd'hui, Il est difficile de mesurer exactement quel pourcentage de la population est autochtone et qui ne l'est pas. Étant donné que les registres officiels sont basés sur des mesures nationales, où la façon de classer la population maya est de vêtements traditionnels et parlents des langues ethniques, il s'agit clairement d'une position raciste car le gouvernement a poussé la société vers une modernisation obligatoire, où de nombreux autochtones intégrées à la vie urbaine, changeant leurs codes vestimentaires et leurs langues originales, l'identité culturelle indigène est faible, sans tenir compte de la question raciale et génétique de la population autochtones. Sur le plan racial, on estime qu'entre 65 et 70 % de la population guatémaltèque est amérindienne car leur profil génétique et physique est nettement amérindien. Le reste de la population a une plus remarquable composante européenne, africaine ou autre. Bien que la population soit très majoritairement d'origine indigène, la pression culturelle pousse les individus à s'identifier aux « blancs ». Les racines indigènes tendent souvent à être minorées. Métis. Métissage avec les Allemands. Entre le , le Guatemala voit une immigration massive en provenance d'Allemagne. Ces immigrées se mettent à exploiter des terres en fermage, des terres de café, des vignobles, par exemple dans les domaines de Alta Verapaz, Zacapa, Quetzaltenango et Chiquimula. En 1940, il y avait installés au Guatemala, mais la majorité s'était mélangée avec la population locale, en particulier avec les indigènes, mais aussi les métisses et mulâtres, favorisant un nouveau métissage. Bien que la population guatémaltèque soit à 90 % amérindienne ou partiellement amérindienne, on considère que l'ADN allemand est très disséminé dans la population, au point que nombreux habitants de diverses régions (parmi eux aussi des indigènes) peuvent avoir des noms de famille allemands ou un lointain ancêtre allemand. Généralement, les habitants d'origine allemande plus directe bénéficient de privilèges et de statuts, avec une plus grande préférence pour les propriétaires terriens de les placer à des postes de direction. Peuples indigènes. La civilisation maya est apparue environ avant l'ère chrétienne. Elle s'est développée dans presque tout le Guatemala. Toutefois, la plupart des villes de l'époque classique de la région de Petén, située dans les plaines du Nord, furent abandonnées vers l'an 1000 après Jésus-Christ. En revanche, les États installés dans les plateaux du centre du pays continuèrent à prospérer jusqu'à l'arrivée des Espagnols. Les troupes espagnoles menées par Pedro de Alvarado détruisirent et soumirent brutalement ces États entre 1523 et 1524, grâce à leur supériorité technologique et aux antagonismes entre royaumes mayas des Hautes-Terres du Guatemala ; protégé par son relatif isolement dans la jungle du Petén, le dernier État maya, le royaume itzá de Tayasal, ne succomba aux Espagnols qu'après la Deuxième Guerre du Tayasal, en 1697. Les indigènes qui habitaient les hautes terres du Guatemala, comme les Cakchiquesl, les , les Quichés et les Tz'utujils constituent encore une part importante de la population nationale. Langues. L'espagnol est la langue officielle, bien qu'elle soit utilisée comme seconde langue par certains groupes ethniques au sein du pays. Il y a vingt langues mayas différentes, elles sont parlées dans les zones rurales. Une langue non-maya amérindienne, le xinca, est également parlé dans le Sud-Est du pays, alors qu'une langue africaine-américaine, le garifuna, est parlé sur la côte de l'Atlantique (Izabal). Les Garifunas, qui descendent d'esclaves importés d'Afrique noire au moment de la colonisation, sont présents le long de la côte atlantique depuis le Sud de la péninsule du Yucatán au Mexique jusqu'au Honduras, en passant par le Guatemala et le Belize. Au Guatemala, l'allemand est aussi parlé par dans certaines parties de Zacapa, et Baja Verapaz ; les Allemands sont arrivés au Guatemala par l'ouverture du président Justo Rufino Barrios en 1885 par le morcellement des lois. Ils ont donné une importance à la culture du café. Ces Allemands sont venus du Sud et certains de l'Ouest de l'Allemagne. Au et au début du , d'autres migrations au Guatemala ont eu lieu : Français, Anglais, Japonais, Italiens. Le Guatemala est le huitième pays d'Amérique latine où est parlé l'anglais. La société suédoise , place le pays à la en Amérique latine dans la connaissance de cette langue. Depuis les accords de paix de décembre 1996, la Constitution est disponible dans les quatre langues les plus parlées après l'espagnol, soit le k'iche', le q'eqchi', le mam et le cakchiquel. De plus, des documents officiels sont traduits dans certaines langues indigènes. Religion. La grande majorité de la population est chrétienne. Traditionnellement catholique depuis la colonisation espagnole, le Guatemala a connu comme la plus grande partie de l'Amérique centrale une forte croissance des Églises protestantes, notamment d'origine nord-américaine. Alors que les catholiques étaient 90 % de la population dans les années 1960, ils en sont moins de la moitié au début du . De nombreux éléments des traditions locales ont été introduits dans la pratique catholique pour former ce que l'on appelle maintenant un syncrétisme maya. Avec environ , le Guatemala comprend la plus importante communauté orthodoxe d'Amérique latine. D'autres communautés religieuses comme les musulmans, les Juifs, les mormons, les croyances mayas et les Témoins de Jéhovah sont également présentes. Migrations. Émigration. Les difficultés d'ordre économique, politique ou climatique ont conduit nombre de Guatémaltèques à émigrer (légalement ou non) vers les pays du Nord, plus riches : Mexique, mais surtout États-Unis et Canada. Ce phénomène a été particulièrement important pendant les années sombres du conflit armé guatémaltèque (1960-1996) mais tend à se stabiliser du fait de la reprise économique du début des années 2010 ainsi que du fait du durcissement des lois sur l'immigration dans des pays tels que le Belize et le Nicaragua. La migration saisonnière pour des raisons économiques des Guatémaltèques vers les zones frontalières du Mexique reste très importante actuellement : à peu près migrent chaque année vers le Yucatán pour prendre des places de domestiques, occuper des emplois dans la construction ou devenir vendeurs d’artisanat. Si les migrations intérieures assurent, en général, la survie, en revanche l’émigration vers l’étranger, en particulier vers les États-Unis, entraîne un saut qualitatif, économique et social, que l’on constate au bout de quelques années de séjour dans le pays. Plus de y résident -surtout en Californie, au Texas, en Floride, à New York, en Arizona et dans l'Illinois- et 60 % sont illégaux. Le chiffre total équivaut à 10 % de la population guatémaltèque et fait des Guatémaltèques le troisième groupe latino-américain aux États-Unis (après les Mexicains et les Honduriens). 94 % des immigrants envoient des fonds pour un montant qui représente 12 % du PIB du Guatemala et dont bénéficie 30 % de la population. Cette immigration est surtout constituée de main d’œuvre peu qualifiée. Immigration. Au , il y eut une vague d'immigrants européens, en particulier Allemands, qui possédaient leurs propres exploitations de café et de sucre dans les régions montagneuses du pays, sont également arrivés Espagnols, Français, Italiens, Belges et autres. À la fin du , des immigrants chrétiens orthodoxes de la Terre sainte et du Liban sont arrivés au Guatemala. Au début du , comparée à la vague d'immigrants allemands, une vague, mineure certes mais tout de même présente, d'immigrants russes et grecs est venue au Guatemala. Ces chrétiens orthodoxes se sont imposés avec leurs familles dans leur nouveau pays et ont conservé leur foi et leurs traditions orthodoxe. Dès le début du , on voit arriver des Européens, notamment après la Première Guerre mondiale. Les Allemands constituent alors la majorité des immigrants au Guatemala, et certains sont membres du parti national-socialiste dans les années 1930. Des réfugiés venant de Grèce, de Pologne, de Russie, d'Allemagne et d'autres pays, arrivent après la Seconde Guerre mondiale. Ils s'installent principalement à Cobán et dans les montagnes à la frontière de Chiapas (Mexique). Ils sont à l'origine d'une certaine prospérité économique dans le nord du Guatemala. Les Allemands, qui étaient un millier en 1900, sont environ à la fin la Seconde Guerre mondiale. En 1944, sous la pression des États-Unis, la plupart des descendants allemands sont expropriés et expulsés. Dans le contexte général actuel des migrations, il faut prendre en compte le Guatemala tout à la fois comme un pays d’origine, un pays de transit et un pays d’arrivée ou de destination. En tant que pays de transit, on doit considérer que le Mexique et le Guatemala constituent le corridor de migration le plus grand du monde. On évalue à ou le nombre de personnes qui y transitent, en provenance du Salvador, du Honduras, du Nicaragua, de Colombie, d’Équateur, de Corée et de Chine. Tous sont illégaux et une grande majorité est en transit vers les États-Unis. L'immigration au Guatemala, aujourd'hui, se termine souvent par un retour, qu'il soit choisi ou résulte d'une expulsion. Le retour peut être définitif ou temporaire, selon les expériences vécues et les expectatives futures. Codes. Guatemala a pour codes : Et aussi : Économie. Le Guatemala est la dixième économie en Amérique latine, la première en Amérique centrale et le dans le monde entier. L'agriculture représente un quart du PIB, deux tiers des exportations. Ce secteur occupe aussi la moitié de la population active. Le café, le sucre et les bananes sont les principales exportations du pays. Même si ses récoltes de café ont commencé à décliner au cours de la décennie des années 2010, le Guatemala a confirmé sa place au palmarès des dix plus grands producteurs mondiaux de café. Le secteur s'est renforcé depuis le début des années 2000 grâce à la demande chinoise. L’agrobusiness guatémaltèque est aux mains de quelques dizaines de grandes sociétés nationales ou étrangères. La valeur des produits agricoles exportés chaque année a été multipliée par quatre entre 2000 et 2015 et celle des produits miniers par huit, permettant au Guatemala de bénéficier d'un taux de croissance élevé (3,5 % en 2018). L'agriculture dans le pays est aussi vivrière notamment chez les mayas. Dans les zones rurales moyennes, chaque famille est souvent contrainte d'envoyer un ou plusieurs de ses membres dans les fincas (grandes exploitation agricole comme la United Fruit Company) principalement situés sur les côtes où les terres sont plus fertiles afin de faire survivre la communauté. L'ouragan Mitch, qui frappa le pays en 1998, causa des dégâts, toutefois moins graves que dans les pays voisins. Les biens manufacturés et la construction représentent 20 % du PIB. Le pays est attractif pour les entreprises (notamment de confection) en raison de sa proximité géographique avec les États-Unis, des salaires très bas et des avantages fiscaux considérables. Le secteur des Maquiladoras constitue une part importante du total des exportations du Guatemala. Pourtant, son apport à l’économie de ces pays est contesté ; les matières premières sont importées, les emplois sont précaires et peu rémunérés, et les exonérations d’impôts fragilisent les finances publiques. Elles font aussi l'objet de critiques pour les conditions de travail des employés : insultes et violences physiques, licenciements abusifs (notamment d'ouvrières enceintes), horaires, non-paiement des heures supplémentaires. Selon Lucrecia Bautista, coordinatrice du secteur "maquilas" du cabinet d'audit Coverco, « les réglementations en matière du droit du travail sont régulièrement violées dans les maquilas et il n'existe aucune volonté politique pour imposer leur application. Face aux infractions, l'inspection du travail fait preuve d'une remarquable mansuétude. Il s'agit de ne pas décourager les investisseurs. » Les syndicalistes sont sujets à des pressions, et parfois à des séquestrations ou assassinats. Dans certains cas, des chefs d'entreprises ont fait appel aux services des maras. Enfin, des listes noires comprenant des noms de syndicalistes ou militants politiques circulent dans les milieux patronaux. La fin de la guerre civile fit disparaitre le plus grand obstacle aux investissements étrangers. Le président Álvaro Arzú mena une politique de modernisation de l'économie et de libéralisation. Le Guatemala est cosignataire, depuis , de l'Accord de libre-échange d'Amérique centrale. Ses principaux fournisseurs sont les États-Unis, loin devant le Mexique, et la Chine. Côté exportations, les premiers partenaires sont les États-Unis, le Salvador et le Honduras. Le tourisme est une industrie forte dans l'économie du Guatemala, et a été de plus en plus depuis 2010, les principaux lieux touristiques étant : Antigua Guatemala, Lac Atitlán, Esquipulas, Tikal, Guatemala Ville, port de San José, Chichicastenango et Quiriguá. En , le pays figure sur la liste française des paradis fiscaux. Le Guatemala présente la fiscalité la plus faible d'Amérique pour les entreprises et les investisseurs étrangers. Selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), « au Guatemala, le coefficient de Gini – qui mesure les inégalités de revenus – s’élève à 0,63, l'un des plus hauts taux du monde ». Le pays est l'un des seuls du continent américain à ne pas avoir enregistré de diminution de la pauvreté durant la période de cours élevés des matières premières exportées (2000-2015). Au contraire, elle augmente de 7 %, pour atteindre en 2017, 66,7 % des Guatémaltèques, dont 86,6 % des seuls indigènes. En 2022, le Guatemala est classé en pour l'indice mondial de l'innovation. Importations et exportations. Le Guatemala est l'un des pays exportateurs d'Amérique centrale, environ dans le monde reçoivent les exportations du Guatemala. Les États-Unis sont le principal partenaire commercial du Guatemala, et sont destinataires de 40 % de ses exportations. Les autres grands partenaires commerciaux sont l'Amérique centrale, l'Europe, le Mexique. La part des produits non traditionnels a augmenté, et les produits d'exportation traditionnels (sucre, café, bananes, cardamome, coton, viande) ne représentent plus que le quart du total. À l'inverse, le Guatemala importe principalement du matériel de transport, des appareils ménagers et des produits industriels. Les recettes d'exportation du Guatemala ont atteint de dollars en 2010, les revenus continuent à augmenter à plus de de dollars aujourd'hui. Pauvreté. Selon un rapport du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, 83 % des Guatémaltèques vivent en 2017 dans la pauvreté ou l’extrême pauvreté. Les premiers à être victimes de la précarité économique sont les enfants. En 2013, d'entre eux souffrent de malnutrition chronique, soit 49,3 % de la classe d’âge, indique l’Unicef. La situation ne s’améliore pas dans les années qui suivent : en 2021, près de 50 % des enfants souffrent de malnutrition chronique, ce qui représente le pire taux d’Amérique latine. Le président conservateur élu en , Otto Pérez Molina, entend restaurer les finances du pays et lutter contre la pauvreté. Pour ce faire, il compte sur l’application d’une des dispositions des accords de paix signés en 1996, au terme de trente-six ans de guerre civile : la justice sociale et la reconnaissance de l’identité des peuples indigènes doivent être encouragées. Otto Pérez Molina souhaite relancer ces accords, en favorisant . Otto Pérez Molina est cependant contraint à la démission pour des faits de corruption en , sans avoir été capable d’améliorer la situation sociale au Guatemala. La vie économique et politique des Guatémaltèques est dominée par les métis et les Blancs. La participation des peuples autochtones dans l'administration et la finance est très minoritaire (moins de 10 %), seulement deux sur dix autochtones reçoivent plus que le salaire minimum, alors que dans la population non autochtone, ce nombre atteint sept personnes. Tourisme. Le tourisme est devenu l'un des principaux moteurs de l'économie, il a apporté une valeur de de dollars à l'économie en 2008. Le Guatemala reçoit environ deux millions de touristes annuellement. Au cours des dernières années la hausse du nombre de navires de croisière qui ont visité les ports maritimes guatémaltèques, ont conduit à une augmentation du nombre de visiteurs du pays. Dans son territoire il y a des sites archéologiques mayas fascinants (Tikal dans le Peten, Quiriguá à Izabal, Iximché en Tecpan Chimaltenango et Guatemala) : ainsi, la tombe d'une reine guerrière maya est découverte dans le nord du pays. Le lac Atitlán et Semuc Champey sont des destinations de beautés naturelles. Comme l'est également la ville coloniale d'Antigua Guatemala, qui est reconnu par l'UNESCO comme patrimoine culturel mondial. Il y a un fort intérêt de la communauté internationale pour les sites archéologiques comme la cité de Tikal. Elle fut construite et habitée dans une période où la culture a eu son expression la plus littérale et artistique. Les Mayas de Tikal ont construit beaucoup de temples, un parc de balle, des autels et des stèles en haut et bas relief. Le Guatemala est très populaire pour ses sites archéologiques, villes pré-hispaniques ainsi que des centres touristiques religieux comme la basilique d'Esquipulas et les belles plages de la côtes du Pacifique et de l'Atlantique du Guatemala. Autres destinations touristiques sont les parcs nationaux et autres aires protégées telles que la Réserve de biosphère Maya. Poids et mesures. Le Guatemala n'utilise pas le kilogramme et ses dérivés, mais la livre américaine (environ ). L'essence se mesure en gallons. Culture. La culture maya est toujours très présente au Guatemala, tout comme l'influence de la culture des colons espagnols. Ainsi, de nombreuses femmes portent toujours l'habit traditionnel, la "", la jupe traditionnelle, et le ouipil, la chemise. Plusieurs ruines mayas sont toujours visibles dans le pays à travers divers sites archéologiques, dont le temple du grand jaguar dans la célèbre cité de Tikal. L'architecture de nombreux bâtiments fut fortement influencée par les Espagnols, notamment dans les villes coloniales telles qu'Antigua. La cuisine guatémaltèque, principalement à base de maïs, est très diversifiée, comprenant des mets, tels que les haricots ou les tamales (papillottes). La découverte et la diffusion de la musique guatémaltèque de la Renaissance et du Baroque par le compositeur et musicologue Dieter Lehnhoff est très importante pour la culture du Guatemala. Danse classique. Le principal groupe de danse classique est le , qui a été formé en juillet 1948. Dans les années de la guerre froide, il ne se produisit plus car l'on pensait que ses administrateurs, dont un ressortissant russe, pouvaient être des agents du communisme international. Il a rouvert en 1955 sous la direction de Fabiola Perdomo. De 1962 à 1974 le maître Antonio Crespo a dirigé le Ballet. À ce stade, une génération de danseurs de qualité, comme Christa Mertins, Brenda Arevalo, Ana Elsy Aragon, Richard Devaux, Sonia Juarez, Miguel Cuevas et Gladys Garcia, se lève. L'École nationale de danse et de chorégraphie est la source principale du Ballet national du Guatemala. L'école a vu venir Mayra Rodríguez qui a commencé à danser à un jeune âge et fut découverte par Antonio Crespo. Le Ballet national du Guatemala a été reconnu comme Patrimoine national culturel, en mars 1992. Art. Le Guatemala a produit de nombreux artistes indigènes qui suivent des traditions séculaires précolombiennes. Reflétant l'histoire coloniale et post-coloniale du Guatemala, la rencontre avec plusieurs mouvements d'art mondial a produit un bon nombre d'artistes qui ont combiné l'esthétique du primitivisme traditionnel (ou art naïf) avec l'esthétique occidentale, d'Europe ou Amérique du Nord, et d'autres traditions. La "Escuela Nacional de Artes Plásticas « Rafael Rodríguez Padilla »" est la première école d'art du Guatemala, et plusieurs grands artistes autochtones, également diplômés de cette école, sont dans la collection permanente du Museo Nacional de Arte Moderno de la capitale. Plusieurs artistes guatémaltèques contemporains ont acquis une réputation en dehors du Guatemala : Dagoberto Vásquez, Luis Rolando Ixquiac Xicara, Carlos Mérida, Aníbal López, Roberto González Goyri, et Elmar René Rojas. L’industrie cinématographique est inexistante au Guatemala. Seuls 9 % de la population ont accès aux salles de cinéma. Littérature. Le Prix national de littérature du Guatemala est un prix remis une seule fois à un écrivain du pays pour l'ensemble de son travail. Il est décerné chaque année depuis 1988 par le ministère de la Culture et des Sports. Miguel Ángel Asturias a été récompensé par le prix Nobel de littérature en 1967. Parmi ses livres célèbres, l'on peut distinguer "Monsieur le Président", roman basé sur le gouvernement de Manuel José Estrada Cabrera. Rigoberta Menchú, récompensée par le prix Nobel de la paix pour la lutte contre l'oppression des peuples indigènes au Guatemala, est célèbre pour ses livres, "Rigoberta Menchú" et "Crossing Borders". Monterrico. La ville de est située dans le département de Santa Rosa. Connue pour ses plages de sable volcanique noir et l'afflux annuel de tortues de mer, la ville est aussi une grande station de week-end à la plage pour les habitants de la ville de Guatemala. La ville est de plus en plus populaire auprès des touristes étrangers en grande partie en raison des efforts locaux de conservation des tortues de mer, ainsi que pour l'atmosphère décontractée de la région. Relations internationales. Relations russo-guatemaltèques. Les premiers contacts au niveau diplomatique entre l'Empire russe et la République du Guatemala se sont produits en 1880, par un échange de lettres entre l'empereur Alexandre II et le président Rufino Barrios. Les relations diplomatiques entre l'URSS et le Guatemala sont établies le , mais ne se développent pas et c'est seulement le que les parties ont échangé des missions diplomatiques. Après l'effondrement de l'Union soviétique, le gouvernement du Guatemala a reconnu le la Russie en tant que successeur légal de l'Union soviétique. En 1995, l'ambassade du Guatemala a été ouverte à Moscou. Depuis 1997, l'ambassadeur de Russie au Costa Rica est également ambassadeur au Guatemala. En , les parties ont signé un accord sur les principes des relations entre la Russie et le Guatemala. En , le vice-président du Guatemala, , a visité la Russie. En , il a signé un accord intergouvernemental sur la coopération commerciale et économique. C'est en qu'a lieu la première visite au Guatemala du président de la Russie. Le président de la fédération de Russie Vladimir Poutine a tenu une série d'entretiens avec le président du Guatemala, Oscar Berger. Le régime sans visas entre la Russie et le Guatemala a commencé à fonctionner le . Relations avec le Mexique. Le Guatemala et le Mexique sont deux pays voisins qui partagent une histoire culturelle commune de la civilisation maya et les deux nations ont été colonisées par l'Empire espagnol. En 1821, le Mexique a obtenu son indépendance de l'Espagne et y a administré le Guatemala au cours du premier Empire mexicain. En 1823, l'empire s'est effondré et le Guatemala a rejoint les Provinces-Unies d'Amérique centrale, cependant, la région guatémaltèque de Chiapas a choisi de se séparer du Guatemala et a rejoint le Mexique comme un État. En 1838, l'union s'est dissoute et le Guatemala est devenu une nation indépendante. Les deux pays ont établi des relations diplomatiques en 1838 et les missions diplomatiques furent bientôt ouvertes. En décembre 1958, les deux nations étaient très près de se déclarer la guerre après un incident impliquant la marine guatémaltèque qui a tiré sur des bateaux de pêche au large des côtes mexicaines du Guatemala, tuant trois personnes et en blessant quatorze autres pêcheurs. Peu après les attaques, des relations diplomatiques ont été rompues et les troupes ont été mobilisées à la frontière des deux côtés et des avions de chasse mexicains sont entrés dans l'espace aérien guatémaltèque afin d'attaquer le principal aéroport international du pays. En septembre 1959, par la médiation du Brésil et du Chili, des relations diplomatiques entre le Guatemala et le Mexique ont été rétablies. De 1960 à 1996, le Guatemala est entré dans une guerre civile. Pendant cette période, le Mexique est devenu un refuge pour environ et demandeurs d'asile, la plupart d'entre eux sont des indigènes. Depuis la fin de la guerre civile, les relations entre les deux pays se sont considérablement améliorées et les deux nations travaillent ensemble pour lutter contre le crime, les trafics de stupéfiants, etc. Relations avec Taïwan. Taïwan est un des plus grands partenaires du Guatemala, derrière le Honduras, le Mexique, l'Allemagne et les États-Unis. Le Guatemala, avec les autres pays d'Amérique centrale, signe un Accord de complémentarité économique avec Taïwan, le . Pendant une visite du vice-président du Guatemala à Taïwan en , les représentants des deux parties sont convenus d'entamer des négociations sur un accord de libre-échange, en utilisant comme base le texte de l'accord Panama-Taïwan. Les négociations ont eu lieu en quatre rounds. Le , le Guatemala et Taïwan signent un accord de libre-échange. Le traité se compose de six parties : aspects généraux ; le commerce des marchandises ; barrières commerciales ; investissement, les services et les questions connexes ; droits de propriété intellectuelle ; et les dispositions administratives et institutionnelles. Les exportations vers l'île étaient de l'ordre de de dollars, soit une baisse de 5,3 % par rapport au premier semestre 2007. Les principaux produits exportés sont : les déchets et débris métalliques de dollars américains ; café de dollars ; sucre de dollars ; tabac brut de dollars. Dans le même temps, les importations ont augmenté de 15,4 % pour un montant total de de dollars. D'où une balance commerciale déficitaire de de dollars. En 2010, Taïwan a commencé un total de d'investissement au Guatemala avec un total de de dollars investis. Le ministre des Affaires étrangères de la Taïwan, Javier Ho, a déclaré jeudi , que le gouvernement de Taïwan soutenait la coopération économique avec le Guatemala, en fournissant un soutien aux entrepreneurs nationaux dans leurs efforts vers cet objectif. Relations avec Israël. Le Guatemala compte parmi les premiers pays a reconnaître l’existence d’un « État juif » en territoire palestinien, le , notamment grâce à l'action du diplomate progressiste Jorge García Granados. Pendant la guerre civile guatémaltèque, Israël apporte son appui à la dictature militaire. L’assistance militaire israélienne au Guatemala commence officiellement en 1971. Dès 1975, sont fournis à la dictature des avions Aravaet et divers types d’armements – canons, armes individuelles –. Effectuant « un travail fantastique », d’après le général Benedicto Lucas, des dizaines de conseillers militaires israéliens épaulent le service de renseignements guatémaltèque, le G-2, et mettent en place un système informatique qui permet le fichage systématique de 80 % de la population. Lors du vote de l'ONU du , concernant l'adhésion de la Palestine comme membre observateur, le Guatemala s'est abstenu. Le , le Guatemala reconnaît la Palestine. Le , le Guatemala s'aligne sur la décision prise dans les semaines précédentes par les États-Unis et annonce qu’il a l'intention de déplacer à Jérusalem son ambassade en Israël.
Guido van Rossum Guido van Rossum, né le à Harlem aux Pays-Bas, est un développeur connu pour être le créateur et leader du projet du langage de programmation "Python". Au sein de la communauté pythonienne, il est, jusqu’en , un "Benevolent Dictator for Life" « dictateur bienveillant à vie », ce qui signifie qu'il suit le développement de Python et arbitre lorsque la situation le requiert. Il est également l'auteur du navigateur web "Grail" entièrement programmé en Python ; il n'a pas été actualisé depuis 1999. Le nom fait référence au film ". Biographie. Guido van Rossum a fait ses études au Centre de mathématiques de l’université d'Amsterdam, obtenant son master en 1982. Il fit partie des développeurs du langage ABC. En 2002, il a reçu le prix du logiciel libre 2001 décerné par la FSF, lors de la FOSDEM de Bruxelles, pour récompenser son travail. Fin 2005, il a été engagé par Google pour travailler sur Python. En , il quitte Google pour rejoindre Dropbox à partir du . Le , il annonce son retrait en tant que Benevolent Dictator for Life du projet Python, invoquant les difficultés à faire aboutir la proposition d'amélioration de Python (PEP) 572 et le peu de considération ressentie pour ses décisions. Il restera néanmoins actif en tant que développeur/mentor sur le projet. En , il quitte Dropbox et prend sa retraite. L'entreprise le remercie pour ses travaux par le biais d'un billet où elle explique l'impact de van Rossum sur la culture de l'entreprise et la formation de ses ingénieurs. En , il rejoint Microsoft.
Grammaire La grammaire est l'étude objective et systématique des éléments (phonème, morphème et mot) et des mécanismes et processus de formation, de construction et d'expression constitutifs d'une langue naturelle, écrite ou parlée, en particulier par l'étude de la morphologie et de la syntaxe et à l'exclusion de la phonologie, de la lexicologie, de la sémantique et de la stylistique. Par extension, on nomme aussi "grammaire" un manuel ou un ensemble de documents décrivant des règles grammaticales. Grammaire prescriptive (normative) et descriptive. La grammaire étudie les règles qui régissent une langue donnée et permettent de construire des énoncés reconnus corrects par les locuteurs natifs de cette langue. La grammaire descriptive décrit comment la langue est, sans y porter jugement. La grammaire normative, donc prescriptive, juge un énoncé comme correct ou incorrect selon un standard. La grammaire normative est enseignée à l'école primaire et secondaire. Le terme « école de grammaire » se réfère historiquement à une école (attachée à une cathédrale ou un monastère) qui enseigne la grammaire latine aux futurs prêtres et moines. Dans sa forme la plus ancienne, « école de grammaire » faisait référence à une école qui a enseigné aux élèves comment lire, numériser, interpréter et déclamer des poètes grecs et latins (dont Homère, Virgile, Euripide et d'autres). Ceux-ci ne doivent pas être confondus, bien que distinct, avec les écoles britanniques modernes. Une langue standard est le dialecte qui est promu au-dessus des autres dialectes dans l'écriture, l'éducation et, d'une manière générale, dans la sphère publique ; il contraste avec les dialectes vernaculaires, qui peuvent faire l'objet d'études en linguistique descriptive académique, mais qui sont rarement enseignés de façon normative. La « première langue » normalisée enseignée dans l'enseignement primaire peut être sujet à controverse politique, car il peut parfois établir une norme définissant la nationalité ou l'origine ethnique. Depuis les années 2000 et les avancées en linguistique, des efforts ont commencé pour mettre à jour l'enseignement de la grammaire dans le primaire et le secondaire (voir « grammaire rénovée »). L'objectif principal est d'empêcher l'utilisation de règles prescriptives obsolètes en faveur de l'établissement de normes construites sur des recherches descriptives antérieures et de changer les perceptions concernant la « justesse » relative des formes standard prescrites par rapport aux dialectes non standard. La prééminence du français parisien a largement régné dans l'histoire de la littérature française moderne. L'italien standard n'est pas fondé sur le discours de la capitale, Rome, mais sur le discours de Florence en raison de l'influence florentine sur la première littérature italienne. De même, l'espagnol standard n'est pas fondé sur le discours de Madrid, mais sur celui de locuteurs instruits des régions plus septentrionales telles que la Castille et León (voir "Gramática de la lengua castellana"). En Argentine et en Uruguay, la norme espagnole repose sur les dialectes locaux de Buenos Aires et de Montevideo (Espagnol Rioplatense). Le portugais a, pour l'instant, deux normes officielles, respectivement le portugais brésilien et le portugais européen. Disciplines. La grammaire comporte plusieurs disciplines qui étudient : Grammaire formelle. La linguistique et l'informatique utilisent la notion de grammaire formelle, qui précise les règles de syntaxe d'un langage. Grammaire historique. La grammaire historique décrit et compare les états d'une même langue à des époques différentes. Elle étudie une langue dans son développement, marqué par une suite de changements et transformations linguistiques. Grammaire comparée. La grammaire comparée étudie et compare différentes langues dérivées d'une langue originale commune ou étudie et compare deux ou plusieurs langues non nécessairement issues d'une langue commune. Notons que par exemple, les langues romanes remontent jusqu'au latin, les langues indo-européennes jusqu'au grec et au sanskrit. Par ailleurs, pendant plusieurs décennies, dans de nombreux pays, l'on enseignait une langue étrangère en la comparant avec la langue maternelle des apprenants. Cette méthode a été remplacée par la méthode communicative jugée plus efficace. Grammaire générale. La grammaire générale est le nom ancien de la linguistique générale qui étudie les lois les plus générales du langage, éclairées par les lois de la physique, de la physiologie, de la psychologie, de la sociologie. Philologie. L'étude de la philologie intègre les différentes formes de grammaires énumérées ci-dessus, et les dépasse dans l'étude plus large des rapports de la langue à l'intelligence humaine.
Ghana Le Ghana, en forme longue la république du Ghana (), est un pays d'Afrique occidentale situé au bord du Golfe de Guinée. Les pays limitrophes du Ghana sont la Côte d'Ivoire à l'ouest, le Burkina Faso au nord et le Togo à l'est. Sa capitale est la ville d'Accra et ses habitants sont les "Ghanéens". Le pays fait partie de la CEDEAO. La langue officielle est l'anglais et la monnaie est le cedi. Le Ghana est membre associé de l’Organisation internationale de la francophonie depuis 2006 et accorde une place toujours plus importante au français. Le Ghana moderne n'a pas de liens géographiques ou historiques directs avec l'Empire du Ghana. Le Ghana moderne, ancienne Côte-de-l'Or, a été renommé en hommage à l'Empire du Ghana par Kwame Nkrumah au moment de l'indépendance. Le nom colonial de "Côte-de-l'Or" vient des très nombreuses mines d'or du pays qui, avant d'être exploitées par les colons britanniques, allemands, hollandais et français, étaient abondamment utilisées par l'ethnie ashanti, qui garde la tradition de bijoux en or, tradition qui s'est propagée aussi chez l'ethnie voisine abron. L'un des principaux hommes politiques du Ghana fut le panafricaniste Kwame Nkrumah (1909-1972). De 1966 à 1980, de nombreux coups d'État ont rendu le pays particulièrement instable, jusqu'à la prise du pouvoir par Jerry Rawlings qui fit voter une nouvelle constitution en 1992. Élu à deux reprises par la suite, il a pacifiquement cédé le pouvoir à son opposant John Kufuor en 2000. Depuis cette date, les alternances entre les deux principaux partis politiques, le NDC et le NPP, sont régulières et pacifiques, dont celle de 2016, qui voit la victoire de Nana Akufo-Addo contre le président sortant John Dramani Mahama. Histoire. L'histoire de la partie de l'Afrique qui deviendra le Ghana d'aujourd'hui est relativement mal connue avant 1500. Les recherches archéologiques ont montré que l'occupation humaine y est très ancienne aussi bien sur la côte qu'à l'intérieur des terres. Des recherches récentes ont mis en évidence, dans la zone forestière, la présence de sites d'habitat entourés de profonds fossés datant d'entre le . Ce type de site, que l'on connaît par ailleurs de la Côte d'Ivoire au Nigeria, témoigne de l'existence d'une civilisation sédentaire maîtrisant la métallurgie du fer, vivant probablement de la culture de l'igname et de l'exploitation du palmier à huile, et particulièrement bien adaptée à l'environnement forestier. Ces sites furent brutalement abandonnés au . La peste noire et ses conséquences dévastatrices sur la démographie, bien connues en Europe et en Afrique du Nord à la même époque et dont l'étude en Afrique subsaharienne reste à réaliser, pourraient être à l'origine de ces bouleversements à grande échelle. Près d'un siècle et demi plus tard, c'est donc une société bien différente, et sans doute encore marquée par le chaos qui a frappé les générations précédentes, qui accueille les premiers navires portugais. Ceux-ci ont atteint cette partie de la côte pour la première fois en 1471. Ils y ont trouvé de l'or à échanger contre des biens manufacturés provenant d'Europe et ont donc baptisé cette portion de côte, "Côte de l'Or" (Costa do Ouro) ou "Côte de la Mine" (Costa da Mina). Pour protéger ce commerce de l'or des marchands interlopes venus d'autres nations européennes, ils construisent en 1482 une forteresse imposante, Saint-Georges-de-la-Mine (São Jorge da Mina) dans le village d'Edina (Elmina). Cette forteresse demeura le quartier général des Portugais jusqu'en 1637, date à laquelle les Hollandais les en délogèrent, s'affirmant ainsi comme la puissance européenne dominante sur la Côte. Ils le demeurèrent jusque dans les années 1870, lorsqu'ils cédèrent leurs possessions aux Anglais. Ces derniers se lancèrent alors dans la colonisation de territoires situés à l'intérieur des terres, et notamment de l'Ashanti (Asante). La présence de marchands puis de soldats et de missionnaires européens sur la Côte de l'Or ne doit pas masquer l'histoire complexe des entités politiques africaines, dont ils n'étaient que les hôtes. Du , de nombreuses entités se développent, négocient, s'allient et s'affrontent pour dominer les échanges et assurer leur domination politique. Cette histoire est marquée par une grande diversité et inventivité de constructions sociopolitiques. Le commerce de l'or, puis des esclaves, qui le dépasse en volume à partir du tournant du , ont fait l'objet de nombreuses monographies, dont certaines en français. Le Ghana fut une colonie britannique sous le nom de "Gold Coast" (Côte-de-l'Or), avec un vicariat apostolique du même nom confié aux missionnaires de Lyon. Après la Première Guerre mondiale, la Gold Coast s'agrandit d'une partie du Togoland allemand. L'autre partie fut confiée à la France déjà présente au Dahomey (Bénin), et formera le Togo contemporain. Kwame Nkrumah (1909-1972) fut l'homme politique qui mena le Ghana vers l'indépendance. Dans ce but, il appela au boycott et à la désobéissance civile, ce qui lui valut d'être emprisonné par les autorités britanniques de 1948 à 1951. Cette même année, les autorités britanniques organisèrent des élections législatives qui furent remportées par le CPP. Nkrumah, libéré, fut alors nommé Premier ministre et collabora étroitement avec les autorités britanniques. Se basant sur la politique d’« Africanisation de l’administration, de panafricanisme », il décida de développer les infrastructures de son pays grâce aux excédents de l’Office de commercialisation du cacao. Ainsi, le domaine de l’éducation et celui de la santé enregistrèrent de véritables progrès. Après les élections législatives de 1956, le CPP remporta les trois quarts des sièges. Nkrumah, fort de son succès, obligea alors le Royaume-Uni à concéder l’indépendance, qui fut proclamée le . La Côte-de-l'Or devint ainsi la première colonie à obtenir son indépendance après le Soudan (1956). Le jour même de l’indépendance, Nkrumah décida d’abandonner le nom colonial du pays au profit de l'actuel, en référence à l'Empire du Ghana. En outre, contrairement à la Gold Coast (Côte de l'Or), ce nom n'est plus de nature à être traduit différemment en fonction des langues étrangères. Tout en demeurant dans le Commonwealth, le Ghana devint, le , une république. Le pays tente après son indépendance de diversifier son économie et de réduire sa dépendance extérieure avec le développement d'une industrie lourde. Une série de grands projets est lancée, tels que le barrage de la Volta pour produire de l'électricité afin de soutenir les nouvelles industries. Un port en eau profonde est construit à Tema notamment afin de développer un programme d'exportation de l'aluminium. En politique extérieure, le Ghana est à l'initiative de conférences à visées panafricanistes, réunissant tant des délégations d’États indépendants que d'organisations anticolonialistes. Un premier pas vers une réalisation concrète du panafricanisme est tenté en formant à partir de une union avec la Guinée, rejointe en par le Mali. Cette union restera toutefois plus théorique que fonctionnelle : si les trois États tendent à s’entraider économiquement, aucune unité politique n'est réalisée. Le Ghana tente par ailleurs d'envoyer une force militaire soutenir le premier ministre congolais Patrice Lumumba, alors confronté à des tentatives séparatistes soutenues par la Belgique, et qui sera finalement assassiné. Ces initiatives valent à Nkrumah l'hostilité des pays occidentaux (la CIA indique que « Nkrumah faisait plus pour saper nos intérêts qu'aucun autre Noir africain ») mais également de certains dirigeants africains qui l'accusent, à travers ses projets panafricanistes, de vouloir propager le communisme en Afrique. Il est renversé le , alors qu'il est en voyage en Chine, par un coup d’État militaire. Élu en 2000 à la suite de Jerry Rawlings, John Kufuor, membre du Nouveau Parti patriotique avait été réélu pour un second mandat en décembre 2004. Le , au terme d'une élection présidentielle très disputée et unanimement saluée pour son caractère démocratique, le candidat du Congrès démocratique national (Ghana), John Atta Mills, devient le nouveau président du pays. La passation de pouvoir s'est déroulée le . À la suite du décès du président en exercice le , le vice-président John Dramani Mahama lui succède à la tête de l’État. Depuis 2017, Nana Akufo-Addo est président de la République. Politique. Le Ghana fait partie du Commonwealth. Subdivisions. Le Ghana est divisé en dix régions, elles-mêmes subdivisées en districts (216 au total). Les régions du Ghana sont (chef-lieu entre parenthèses) : Géographie. Le Ghana est situé sur le golfe de Guinée, juste au nord de l'équateur. Il partage des frontières avec la Côte d'Ivoire à l'ouest, le Togo à l'est et le Burkina Faso au nord. Le pays est constitué de denses forêts tropicales au sud et de savane au nord. Le climat tropical est pluvieux, essentiellement en mai-juin (grande saison des pluies ou hivernage). La Volta Noire, la Volta Blanche ainsi que les rivières Oti (voir "Pendjari") et Daka se rencontrent au Ghana pour former le lac Volta. Le barrage d'Akosombo, situé au sud du lac, produit beaucoup d'énergie pour le pays. Économie. Comme nombre de pays africains, le Ghana est riche en matières premières, notamment en minerais et en pétrole. Son économie demeure cependant essentiellement basée sur l'agriculture. Le Ghana a longtemps été le premier producteur mondial de cacao (plus de d'hectares de plantations villageoises) avant d'être largement dépassé par son voisin la Côte d'Ivoire, qui représente aujourd'hui une récolte de plus du double. Au cours des six premières années de la décennie 2010 toutefois, il s'est maintenu comme le deuxième producteur mondial. L'industrie y est plus développée que dans le reste des pays de l'Afrique de l'Ouest. Par ailleurs, après la découverte du vaste champ pétrolier du "Jubilee (champ pétrolifère)", le Ghana s'est lancé en 2010 dans la production de pétrole, qui est devenu en 2012 son second poste d'exportation après l'or, avec une production totale de par jour, attendue en hausse. Environ 10 % de la population ghanéenne dépend de la pêche. Le secteur est cependant menacé : le nombre de poissons pêchés au large du pays a diminué de près de moitié en quinze ans, passant de en 1999 à en 2014. En cause, les pratiques des bateaux-usines étrangers, qui dévastent les fonds marins, et certaines techniques de pêche artisanale, telles qu’illuminer les eaux pendant la nuit pour attirer les poissons et les empoisonner avec des produits chimiques, ou les tuer avec de la dynamite. La réduction continuelle des stocks de poisson menace la sécurité alimentaire du pays et réduit le nombre d'emplois. En 2022, le Ghana est classé en pour l'indice mondial de l'innovation. Monnaie. La monnaie officielle du Ghana est le cedi depuis 1965. Un cedi est lui-même décomposé en 100 "pesewas". Le , le Ghana change de monnaie. Le nouveau cedi ghanéen vaut alors anciens cedis. Juste après ce changement, équivalait à un euro. En 2012, environ sont équivalents à un euro. En septembre 2015, il faut environ 4 cedis pour un euro, mais la monnaie n'est plus négociable. En ce taux dépasse 6 contre 1. Éducation. L'éducation nationale ghanéenne est dispensée en langue anglaise. Elle est obligatoire et gratuite jusqu'à l'âge de . L'année scolaire dure généralement du mois d'août à celui de mai. Le cycle éducatif ghanéen est divisé en trois parties : l'éducation de base, le cycle secondaire et le cycle tertiaire. L'éducation de base (scolarité obligatoire et gratuite) débute dès l'âge de , et dure . Elle est divisée en maternelle (), primaire ( de ) et "Junior High school" équivalent du collège (). La fin de ce cycle est sanctionné par un examen : le "" (BECE - Examen de certification de l'éducation de base). Il permet d'accéder au cycle secondaire, qui peut être général au sein d'un "Senior High School" (équivalent du lycée) ou professionnel et technique au sein de lycées techniques ("technical Senior High School"), d'instituts de formation professionnelle et technique, ou d'établissements privés. Le cycle secondaire général est sanctionné par un examen : le "" (WASSECE - Examen ouest-africain de certification du cycle d'éducation secondaire). Le cycle tertiaire, ou enseignement supérieur, se divise entre études universitaires (cycle de , sanctionné par un Bachelor, qui peut être suivi d'un master d'une à deux années, puis d'un doctorat) et enseignement Polytechnique, en ce qui concerne la formation professionnelle et technique (cycle de deux à trois ans). Démographie. D'après le recensement de 2010, la population du Ghana est estimée à . Environ 51 % de la population réside en milieu urbain. Les principaux groupes ethniques sont les Akans (47,5 %), les Mole-Dagbani (16,6 %), les Ewes (13,9 %) et les Ga-Dangme (7,4 %). Langues. Selon le recensement ghanéen de 2010, le Ghana compte 67,1 % d’anglophones dans sa population. Ce chiffre comprend les personnes sachant lire et écrire l'anglais, ce qui montre que la population du Ghana a globalement une bonne connaissance de cette langue occidentale. L'asante twi, l’une des principales langues nationales, est, quant à elle, parlée entre 16 et 47,5 % de la population. Il existe par ailleurs neuf langues nationales ainsi que 81 langues africaines au Ghana selon SIL International. Le Ghana est en outre un État anglophone « enclavé » entre des États francophones (Côte d'Ivoire, Burkina Faso, Togo) et entretient de ce fait de nombreuses relations avec ceux-ci, d'où la volonté des autorités depuis ces dernières années de faire connaître le français aux Ghanéens. Le Ghana est un État associé de l'Organisation internationale de la francophonie. Religions. D'après le recensement de 2010, les chrétiens représentent 71,2 % de la population tandis que les musulmans représentent 17,6 % et les religions traditionnelles africaines 5,2 %. Les personnes n'ayant pas de religion représentent 5,3 % de la population. Le , lors d’une cérémonie œcuménique et interreligieuse, le Ghana s'est consacré, pour la seconde fois, au Sacré-Cœur de Jésus. Le Saint-Siège et le Ghana ont ainsi célébré les quarante ans de leurs relations. Un consensus autour de la foi semble unir le pays, l’idée d’athéisme semble inacceptable et même inconcevable. Culture. L'une des contributions culturelles les plus visibles (et des plus commercialisables) du Ghana moderne est le kente, largement reconnu et apprécié pour ses couleurs et son symbolisme. Le kente est fait par les tisserands ghanéens consommés, et les centres de tissage importants à Kumasi et autour (Bonwire est connu comme l’endroit où l’on fabrique le vrai kente, bien que des secteurs de Région de la Volta prétendent aussi à l’appellation) abondent en tisserands qui lancent ici et là leurs navettes en fabriquant de longues bandes de kente. Ces bandes peuvent être alors cousues ensemble pour former de grandes pièces qui sont portées par quelques Ghanéens (les chefs surtout) et achetées par les touristes à Accra et à Kumasi. Les couleurs et les modèles du kente sont soigneusement choisis par le tisserand et celui qui le portera. Chaque symbole tissé dans le tissu a un sens spécial dans la culture ghanéenne. Le kente est un des symboles du système hiérarchisé du Ghana, qui reste fort dans le sud et les régions centrales du pays, particulièrement dans les zones peuplées par les membres de la tribu Ashanti, culturellement et politiquement dominante. Son roi, l’Asantehene, est peut-être la personne la plus révérée dans la partie centrale du pays. Comme les autres chefs ghanéens, il porte un kente éclatant de couleurs, des bracelets en or, des anneaux et des gris-gris, et il se fait toujours accompagner de nombreux parapluies très ornés (qui sont également un symbole du titre de chef). Le symbole le plus sacré des gens de Ashanti est le trône royal Ashanti, le « tabouret doré », où résident les esprits des ancêtres selon les croyances animistes locales. Il est soigneusement gardé à Kumasi, capitale culturelle des gens d’Ashanti et siège du palais de l’Asantehene. Bien que le titre de chef à travers le Ghana ait été affaibli par des allégations de corruption et de coopération avec l'oppression coloniale, il reste une institution très vivante au Ghana. Les cercueils personnalisés, inventés dans les années 1950, sont également ambassadeurs de la culture ghanéenne contemporaine. Ataa Oko, Paa Joe, Kudjoe Affutu et Eric Adjetey Anang, qui dirige à Teshie l'atelier Kane Kwei (du nom de son grand-père qui le premier présenta ces œuvres en dehors du pays) font partie des artistes ghanéens les plus reconnus à l'étranger. Ils sont auteurs, par exemple, d'un cercueil poule, réalisé par Ataa Oko 2006 dans la Collection du Kunstmuseum Berne, ou d'un cercueil en forme de Centre Pompidou par Kudjoe Affutu 2010 dans la collection de Saâdane Afif, ou d'un autre en forme de réfrigérateur, pour l'exposition "La carte d'après nature", NMNM de Monte Carlo dans la collection de Thomas Demand. La scène musicale ghanéenne est riche et variée. En particulier, le Ghana est connu pour avoir donné naissance au Highlife, un genre de musique qui a essaimé dans toute l'Afrique de l'Ouest. Né à la fin du XIXe siècle, il a connu de nombreuses évolutions jusque dans les années 1980. Un cinéma ghanéen se développe après l'indépendance avec des réalisateurs comme Kwaw Ansah (dont le premier succès est "Love Brewed in the African Pot", 1980) ou John Akomfrak. Dans le sud du pays, de nombreux habitants ont des noms d'origine portugaise, car le sud du pays eut de nombreux comptoirs portugais et a connu la colonisation. Cependant, avec l'évolution économique du pays, de nombreux habitants du sud se sont déplacés dans les autres régions du pays, où l'on retrouve donc ces noms. Les pays voisins connaissent la même situation, car ils eurent aussi une période de colonisation portugaise, surtout sur la côte du golfe de Guinée. Santé. 70% de la population ghanéenne utilise la médecine traditionnelle pour leurs besoins de santé. Les guérisseurs traditionnels transmettent leur savoir de génération en génération en apprenant des recettes à base de plantes de leurs ancêtres, tandis que leurs collègues de la médecine moderne suivent sept ans de formation pratique et théorique pour maîtriser cette science humaine. Certaines circonstances ont poussé les autorités à dépendre de l'extérieur pour l'approvisionnement en médicaments essentiels, et l'utilisation de la médecine traditionnelle est dû à une pénurie d'agents de santé. En 2020, le gouvernement a lancé des drones autonomes dans les zones rurales du Ghana pour transporter des échantillons de test COVID-19 dans le but de répondre à la pandémie et de sauver des vies plus rapidement. Le mercredi 24 février 2021, Ghana a reçu sa première dose de vaccins gratuits contre le Covid-19 de l'Initiative Covax pour les pauvres. Sport. En football le Ghana, lors de la Coupe du monde de football 2010, atteint les quarts de finale ; il est opposé à l'Uruguay qui l'emporte aux tirs au but. Les principales équipes de football ghanéennes sont les Hearts of Oak, club d'Accra, la capitale, et les Asante Kotoko, équipe de Kumasi, la deuxième ville du pays. Elles évoluent dans le Championnat du Ghana de football. Leur rivalité est une des plus célèbres sur le continent africain, les deux clubs étant les plus titrés du championnat de première division ghanéenne (21 titres remportés par les Hearts of Oak, 26 par l'Asante Kotoko). Les deux clubs ont également chacun remporté la Ligue des champions des clubs africains : deux fois pour le Asante Kotoko, une fois pour les Hearts of Oak. Sciences et technologies. L'université du Ghana, créé en 1948 accueille différentes disciplines, dont un département de sciences fondamentales et appliquées. Le Ghana est classé 112ème au Global Innovation Index 2021, événement qu'il a accueilli sur son sol à Accra en 2018. L'institut Ghana Space Science & Technology Institute (GSSTI) accueille depuis 2012 trois centres de recherche: L'association "Alliance for Science Ghana (AfS Ghana)" est un réseau de scientifiques, d'agriculteurs, d'étudiants, d'universitaires, de communicateurs et d'autres Ghanéens bien intentionnés qui s'efforcent de promouvoir la science dans toutes les sphères du développement national. Le Ghana est membre de l'Union astronomique internationale. Tourisme. La côte, dite la Côte de l'Or (en anglais ""), possède les plus anciens forts occidentaux du continent, bâtis à partir de la fin du par les Portugais pour la traite négrière puis par les Hollandais, Suédois, Anglais, Danois et Allemands. Plus d'une quarantaine de forts européens existent encore le long de la côte du Ghana, la plus forte concentration de ce type en Afrique. Le Fort de Cape Coast, bâti par les Anglais, est devenu l’un des lieux de mémoire importants de la traite négrière, inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco. L'autre fort majeur est le fort Saint-Georges-de-la-Mine à Elmina, bâti par les Portugais. Le parc national de Mole, au nord du pays, est la plus grande réserve naturelle du pays, pour les amateurs de safaris à pied ou en voiture. Au Sud du pays, non loin de Cape Coast, se trouve le parc national de Kakum. Le pays dispose d'un long littoral constitué de plages de sable, fréquentées par les Ghanéens et les touristes, de cocoteraies et de mangroves. La culture ghanéenne est riche en festivals de toutes sortes, particulièrement au moment des Fêtes de l’Indépendance, le , mais aussi tout au long de l’année et au mois de décembre.
Gaule La Gaule (en latin : "Gallia") était une région de l'Europe de l'Ouest peuplée majoritairement par les Celtes, les Belges, les Aquitains, les Ligures et les Ibères correspondant actuellement à la France, le Luxembourg, la Belgique, la majeure partie de la Suisse, le nord de l'Italie, ainsi que des régions des Pays-Bas et d'Allemagne situées sur la rive ouest du Rhin. Archéologiquement, les Gaulois étaient porteurs des cultures de Hallstatt (en partie) et de la Tène, qui s'étendaient à travers toute la Gaule, ainsi qu'à l'est de la Rhérie, le Norique, la Pannonie et le sud-ouest de la Germanie du au La Gaule tomba sous domination romaine au cours d'une période allant du au : la Gaule Cisalpine fut conquise en -203 et la Gaule narbonnaise en -123. La Gaule fut envahie après -120 par les Cimbres et les Teutons, qui furent à leur tour vaincus par les Romains en -103. Jules César conquit finalement les parties restantes de la Gaule (qu'il considère comme divisée en trois parties : Gallia Celtica, Belgica et Aquitania) dans ses campagnes de -58 à -51. Quant à l'Aquitaine césarienne, elle se différencie du reste de la Gaule par son assise linguistique basque-aquitaine. La Gaule romaine a duré cinq siècles, jusqu'à ce que le dernier État croupion romain, le domaine de Soissons, ne tombe aux mains des Francs en 486. Alors que les Gaulois celtiques avaient perdu leurs identités et leurs langues originelles durant l'Antiquité tardive, devenant amalgamés en une culture gallo-romaine, "Gallia" est resté le nom conventionnel du territoire tout au long du haut Moyen Âge, jusqu'à ce que la Gaule acquière une nouvelle identité en tant que royaume de France capétien dans la haute période médiévale. "Gallia" reste un nom de la France dans le grec moderne (Γαλλία) et le latin moderne (à côté des alternatives "Francia" et "Francogallia"). Étymologie. Les auteurs latins utilisent déjà le nom de "Gallia" (« Gaule ») et celui de "Galli" (« Gaulois »), pluriel de "Gallus", pour désigner les Celtes installés en Gaule et en Galatie occidentale, « Γαλατία » en grec. Le nom de "Gallia" est attesté pour la première fois chez Porcius Caton vers 168 av. J.-C., mais son emploi est très probablement beaucoup plus ancien. Il servait d'abord à désigner les peuples celtes qui avaient colonisé la plaine du Pô nommée par la suite Gaule cisalpine. Cependant, c'est seulement avec les "Commentaires sur la Guerre des Gaules", de Jules César, que ces concepts vont se diffuser largement, le proconsul romain taillant dans la civilisation celtique une unité géographique arbitraire correspondant aux limites de sa conquête de la Gaule. Au Moyen Âge, l'historien Richer de Reims donne une étymologie pittoresque au nom propre "Gaule" dans ses "Historiae" : . On ne connaît pas avec certitude l'étymologie du terme latin "Gallia", mais il pourrait être lui-même un emprunt au celtique. Peut-être s'agit-il d'un type "*galiā", d'un radical "*gal-", qui devait désigner la force, terme restitué d'après le vieil irlandais "gal" « fureur guerrière », également radical du gallois "gallu" « pouvoir », breton "galloud", de même sens. Les "Galli" seraient donc « les forts », « les puissants » ou « les furieux ». Le radical "*gal-" ou "*gali-" serait en outre à l'origine des mots français "jaillir" (< bas latin "*galire") et "gaillard". Ce n'est qu'à la Renaissance que le nom latin "Gallus" est associé par analogie chez les érudits à son homonyme latin "gallus" « coq » (latin "gallus" > ancien français "jal, jau" « coq », l'étymologie de ce "gallus-coq" le faisant peut-être remonter à une racine signifiant « faire du bruit, chanter »). C'est pourquoi il est devenu l'animal emblématique de la France lors de la redécouverte de « nos ancêtres les Gaulois ». Si les mots français "Gaule" et "gaulois" sont bien les traductions usuelles des mots latins "Gallia", "Gallus" et "Gallicus", il existe deux thèses pour leur étymologie. En effet, le passage apparemment évident de "Gallia" à "Gaule" présente deux difficultés : le "G-" initial dans le groupe /ga/ aurait dû subir une palatalisation selon les règles d'évolution du latin à la langue d’oïl (cf. "gallus" « coq » > ancien français "jal" « coq », forme régulière). C'est dire que "Ga-" aurait dû faire place à "Ja-" (sauf en normanno-picard). Ensuite, la palatalisation en [ʎ] de la latérale [l] (ou [ll]) suivie de yod aurait dû se produire (voir contexte général des consonnes suivies d'un yod), puis [ʎ] aurait dû se muer en [j] à partir du (cf. > "ail" [aj]), d'où "*Jail-" (cf. "jaillir" ci-dessus), phénomène d'ailleurs attesté dans la toponymie française pour ces exemples précis, ainsi trouve-t-on : La Jaille-Yvon ("[Yvo de] Gallia" en 1052 - 1068) et le type toponymique Jailly (Nièvre, Côte-d'Or) de ou Jallais (Maine-et-Loire, "Galiscus" vers 1130). Une première explication se base sur le terme par lequel les Germains désignaient des peuples non germaniques situés à l'ouest ou plus au sud, c'est-à-dire des Celtes ou des locuteurs de langue latine, à savoir "*Walha" « les Celtes » ou « les Romans » (cf. "Walh" et "*walhisk" > "Waals" « wallon » en néerlandais et "welsch" dans les dialectes allemands du sud et signifiant « roman(ophone), francophone, italien » et les noms anglais pour les territoires celtiques "Wales" et "Cornwall"). C'est bien ainsi que le germanique "*Walha" est à l'origine de "wallon" et de "Wales", "Galles", "gallois". Mais ceci n'explique pas bien l'ancienne diphtongue [au], qui est un développement régulier de [al] devant une consonne (cf. "cheval" ~ "chevaux" et latin "alter"> "autre"), car la consonne germanique "h" tend à disparaître rapidement en français, comme le montre le "a" conservé dans "wallon" et "Galles", de même que dans le nom de famille "Wallois" présent dans le Pas-de-Calais, à la limite de la Flandre et de la zone romane, et également issu du francique "*Walha". Cependant, "*Walha" a dû passer au stade "*Wahla" par métathèse, le "h" vélaire s'est vocalisé en "u", comme dans l'exemple parallèle du mot "saule" issu de "*salha". Il est possible que le toponyme "Plaine des Vaulois" à Saint-Ouen-le-Mauger (Seine-Maritime) ait cette origine car le "w" initial ([w]) est régulièrement passé à "v" ([v]) au en normand septentrional. Cependant "Gallia" n'a pas forcément été soumis à cette évolution du langage parlé car il a rapidement disparu du langage populaire pour être remplacé par "Francia" / "Francie" / "France", remplacement initié dès les mérovingiens et bien achevé sous les carolingiens. "Gallia" n'est alors plus utilisé que dans les ouvrages savants ou littéraires pour faire référence aux temps de l'Empire romain, sous une forme qui finit par être francisée. Un des premiers exemples est celui de Wace à la fin du dans le Roman de Rou et il éclaire bien le processus : Wace explique dans un passage que beaucoup de pays ont changé de nom et en cite une grande liste dans laquelle on trouve la « "France" » qui s'appelait auparavant « "Gale" », ainsi que « "Gales" » (le Pays de Galles) qui s'appelait auparavant « "Cambrie" » (Wace ne double donc ni le "l" de "Galle", ni celui de "Galles", ce qui lui est propre). Mais l'ancien nom de la France n'est pas "Gale", mais "Gallia", de même que l'ancien nom du Pays de Galles est "Cambria" et non "Cambrie". Wace a donc francisé à sa manière les noms latins originels, sans que cela aboutisse à une forme palatalisée. En rétablissant le double "l", "Gallia" est ainsi plus souvent francisé sous la forme "Galle" au , tandis que "Gaule" est attesté dans des sources médiévales littéraires et historiques au milieu du , et apparaît issu de "Galle", par vocalisation régulière du premier "l" ("-al-"> "-au-" devant une consonne). Dans cette hypothèse, "Gaule" ne serait pas l'évolution d'un nouveau nom "*Walha" qui viendrait des Francs et dont on n'a aucune attestation, mais résulterait simplement de la francisation savante de "Gallia", sur l'exemple de Wace dans le Roman de Rou. Cette francisation a néanmoins pris la forme "Galle" et non "Gallie" (cfr. "Cambria" > "Cambrie", "Germania" > "Germanie", etc.), ce qui est peut-être le résultat d'une influence du germanique "*Walha". Il existe d'autres exemples de non-palatalisation concernant des mots voisins, mais les raisons diffèrent. D'une part, l'évolution du latin "nux gallica", la noix (dite gauloise), qui a donné l'ancien français "nois gauge" ; mais il s'agit probablement d'un mot d'origine picarde influencé phonétiquement par le germanique "walh-" (cf. néerlandais "walnoot" « noix » littéralement « des Gaules »), puisque l'on trouve également les formes "gauke" et dérivées "gauguier", "waukier" « noyer ». D'autre part, le mot "gaillard", attesté dès le comme adjectif au sens de vigoureux, plein de vie offre un bon exemple de maintien du [g], ainsi que quelques toponymes comme Guilly (Indre) ou Guilly (Loiret, "Galliacum" en 900). Il serait issu du même radical gaulois "*galia" « force, bravoure » que le mot latin "Gallia" (voir ci-dessus). D'après le TLFI cependant « le maintien du "g-" [pour "gaillard"] peut s'expliquer par suppression dissimilatrice de la palatalisation au stade "*gyalya"; une infl. suppl. de "gai" n'est pas à écarter du point de vue sémantique ». La Gaule avant Jules César. Lorsque César arrive en Gaule en -58, une partie du territoire est déjà aux mains des Romains : le sud de la Gaule, des Pyrénées orientales jusqu'au lac Léman, a été conquis entre les années -125 et -121 et transformé en province. Par ailleurs, le reste du territoire, appelé la Gaule chevelue, est déjà fortement romanisé sous l'action des échanges économiques et culturels ; seuls les peuples belges semblent rejeter toute influence romaine. Dans l'incipit de la Guerre des Gaules, César explique que la Gaule est divisée en trois parties : l'Aquitaine, la Celtique et la Belgique. Ce faisant, il présente la Gaule comme une unité, bien qu'il existe des divisions internes. La question de savoir s'il existait chez les Gaulois un sentiment d'appartenance à un ensemble commun fait l'objet de débats historiographiques depuis le . Depuis quelques années, la thèse de Christian Goudineau, selon laquelle César aurait inventé la Gaule qui n'avait à l'époque de l’Indépendance aucune forme d'unité, est remise en question par certains historiens. Ainsi, des travaux récents insistent sur les facteurs d'unité entre les peuples gaulois comme les coalitions face à une menace commune, les assemblées politiques supranationales ou encore l'assemblée des druides de toute la Gaule s'inscrivant toutes dans un système institutionnel normalisé et reconnu par tous les peuples gaulois. Malgré tout, si cet « espace politique commun » semble avéré, il n'en reste pas moins que les cellules de base de l'organisation gauloise restent la tribu et le clan, formé de la famille et de la clientèle d'un chef puissant . Le territoire. Vers -475 / -450, les territoires de la Gaule au début de la Tène (deuxième âge du fer), étaient englobés dans un vaste ensemble continental s'étendant de l'Atlantique jusqu'au Danube et étaient nommés « celtiques » par les premiers témoignages écrits dont nous disposons : ceux des Grecs (notamment Herodote). Au milieu du Jules César divise la Gaule transalpine en trois parties : la Gaule celtique, la Gaule aquitaine et la Gaule belgique (cf. carte). Ce découpage schématique correspondait à des considérations géopolitiques propres aux Romains, Strabon qui fournit des délimitations différentes le précise en au moins deux occasions. Si la Gaule proprement dite apparaît sous la plume des Romains, elle trouve sa définition arbitraire actuelle à travers l'histoire de sa conquête par ces derniers. La Gaule est en effet une pure invention de César voulant que sa conquête soit perçue comme un ensemble homogène, doté d'une frontière qualifiée de naturelle mais qui n'a aucun sens, le Rhin, fleuve délimitant un nouveau territoire qu'il nomme Germanie. La conquête des Gaules. Schématiquement, la conquête romaine de la Gaule fut réalisée en trois phases : La Cisalpine, intégrée à l'Italie sous la République, devint une extension de Rome, tandis que la Narbonnaise constitua une « province » romaine située hors d'Italie (le mot latin "provincia", littéralement « vaincue précédemment », a donné le nom "Provença" en occitan, « Provence » en français). Les noms « Gaule » et « Gaulois » restèrent quant à eux en usage pour désigner les provinces romaines s'étendant sur le reste de ces territoires (France, Belgique et plateau suisse actuels) et leurs habitants de culture romanisée (que l'archéologie et l'historiographie française désignent sous le néologisme de Gallo-Romains). En -12, Auguste instaura la première « institution » supra-provinciale de l'Empire avec le « conseil des trois Gaules » ("concilium trium Galliarum") réunissant chaque année les représentants des cités de la Gaule lyonnaise, de la Gaule aquitaine et de la Gaule belgique à Lugdunum pour célébrer le culte impérial. Il est probable que ce geste ne faisait que confirmer les liens anciens qui existaient entre les habitants de ces territoires. Ce sont ces liens, tissés de proche en proche, qui peuvent expliquer en définitive le caractère unitaire que laisse entrevoir, au-delà des disparités, la description de la Gaule par César près d'un demi-siècle avant. Les Gaulois. À l'origine, les proto-Celtes ont pu peupler l'Europe centrale, venant de l'Est, en remontant la vallée du Danube. Pour les Celtes comme pour la plupart des autres populations ayant constitué l'Europe, il n'est pas possible, en l'état actuel des connaissances, de dater précisément le phénomène, faute de trace écrite. Le cas des Grecs, dont les premières traces écrites remontent au , montre que ces phénomènes peuvent être anciens et complexes, avec plusieurs vagues de colonisation successives. Dans le cas des populations proto-celtiques, l'archéologie et la linguistique indiquent qu'elles ont dû commencer à se mettre en place dans le nord des Alpes et en Gaule au . Dès la première moitié du , des populations celtiques devaient constituer une partie importante de la population des différentes régions de la Gaule. Les premières indications directes de présence des Celtes en Gaule sont données par les Grecs de Phocée, qui fondent pacifiquement la colonie Massalia vers -600, en accord avec la tribu locale des Ségobriges, un nom celtique signifiant « les puissants victorieux » (brige = puissant, sego = victoire, victorieux). Les Grecs développent les échanges avec les tribus indigènes et organisent bientôt, à partir de Massalia, un immense trafic commercial avec l'Europe du Nord, ce qui va être déterminant pour l'évolution future des populations de la Gaule. On connaît également, par les témoignages écrits des Grecs et des Romains, d'importantes migrations vers l'Est, vers l'Italie et vers le Danube, au et au , avec notamment le fameux épisode de la prise de Rome par les Gaulois au début du À l'époque de la conquête par Rome de la Gaule chevelue (), des liens anciens et forts existent entre la Gaule et les autres territoires occupés par les Celtes en Europe, de la Norique jusqu'à l'île de Bretagne, comme l'indique la présence de témoignages archéologiques danubiens parmi les guerriers de Vercingétorix, ou encore les liens importants entre les peuples belges du nord de la Gaule et ceux de la Tamise. Ces liens peuvent s'expliquer d'une part par la présence d'une même tribu sur différents territoire en Europe, et d'autre part par l'existence d'un réseau de « clientèles » qui tient de proche en proche certaines tribus, certains peuples dans la dépendance d'autres, plus riches ou plus nombreux et disposant éventuellement d'un territoire plus étendu. L'existence de « fédérations » de peuples est attestée dans l'ensemble du domaine celtique : parmi les peuples transpadans de la Gaule cisalpine au avant l'ère chrétienne, dans le midi de la Gaule au avant l'ère chrétienne (les Salyens) ou encore en Gaule chevelue avant la guerre des Gaules (Arvernes, Éduens, Bituriges et Séquanes). En définitive, des nombreux peuples ou fédérations de peuples présents en Gaule à la veille de la conquête romaine, il reste des contours de « frontières », dont la position exacte fait cependant débat et un « substrat » linguistique longtemps sous-évalué. L'étymologie, enfin, a conservé le nom de populations gauloises, nom qui désigne encore les habitants de régions et de villes françaises actuelles : par exemple, les Auvergnats, les habitants de l'Auvergne qui couvre le territoire arverne (sud est de l'Allier, le puy de Dôme, nord ouest de la Haute-Loire et le Cantal). La langue. La majorité des habitants de la Gaule protohistorique parlent principalement 3 langues, déclinées en plusieurs dialectes. Jules César mentionne cependant qu'à son époque les trois parties de la Gaule se distinguent par les coutumes, les mœurs, mais aussi par la « langue ». Il semblerait alors qu'en Gaule celtique entre Seine et Garonne, comme en Gaule cisalpine avec le lépontique, les Celtes parlaient une langue appartenant au groupe celtique continental, tandis que les Aquitains au sud de la Garonne jusqu'aux Pyrénées parlaient une langue issue du proto-basque : l'aquitain. Et qu'enfin les Belges se seraient peut-être exprimés pour certains d'entre eux dans un dialecte proto-germanique. Cependant, si les indices toponymiques, les noms des tribus et les anthroponymes, ainsi que les rares inscriptions découvertes (Arras, Bavai) montrent à l'évidence l'origine celtique de la langue parlée, voire aussi d'un autre idiome indo-européen (voir Bloc du nord-ouest), il n'existe en revanche aucune trace, autre que les dires de César ("germani cisrhénani"), qui permettrait d'affirmer que le germanique ait été parlé avant l'installation progressive et plus tardive des Germains en Gaule du nord. Le gaulois était une langue celtique de la famille des langues indo-européennes, proche du brittonique antique, dont on conserve cependant peu de témoignages, malgré un corpus grandissant d'inscriptions lapidaires ou autres mises au jour par l'archéologie, les nombreux anthroponymes et toponymes qui ont parfois une stricte équivalence en Gaule (ex : "*Epiākon" > "Epiaco" , Epfig, Alsace, et "Epiacum", Grande-Bretagne ; "*Festiniākon" > "Festiniacus" en 853, et Ffestiniog, pays de Galles), ainsi que des évolutions phonétiques communes. Certains chercheurs n'ont pas hésité à évoquer l'existence d'un "gallo-brittonique", tel Léon Fleuriot par exemple. Le breton, bien qu'il appartienne au groupe brittonique pour l'essentiel, a pu être influencé par un substrat gaulois et la langue d'oïl est la langue romane la plus imprégnée par un substrat celtique (150 à 180 mots sur les près de 400 contenus dans toutes les langues romanes réunies). L'hypothèse de dialectes gaulois a été reprise par John Rhys qui évoque un dialecte "celtican" (conservation de -qu-, ex : "Sequana" « la Seine », le mois EQVOS) ou encore Joshua Whatmough, cependant que pour Pierre-Yves Lambert . L'économie. L'agriculture et l'alimentation. La Gaule, contrairement à l'idée préconçue qui veut qu'elle soit couverte de forêts dans lesquelles les Gaulois pratiquent essentiellement la chasse, était largement défrichée pour constituer des terres agricoles très riches avec de nombreuses fermes. Au , l'exploitation de son sol était activement poussée. Ainsi, des prospections aériennes dans certaines parties de l'Ille-et-Vilaine mettent en évidence un réseau d'enclos aussi dense que celui des fermes actuelles ; au , les analyses palynologiques du couvert végétal dans la plaine de Vaise près de Lugdunum révèlent un sol couvert de champs cultivés et de prairies herbacées destinées à l'élevage, où les forêts représentent moins de 5 % du faciès paysager, ces résultats pouvant être extrapolés à la plupart des régions. En effet, pendant ses campagnes, César trouva toujours sur place le blé nécessaire à la nourriture de ses troupes, et pourtant, le soldat romain était gros consommateur de froment. Agriculteurs productivistes, les Gaulois inventèrent la herse ferrée pour le labourage et la moissonneuse des champs ("vallus") pour la récolte des céréales. Les ports fluviaux situés à proximité des régions productrices jouaient le rôle d'entrepôts où étaient concentrées les réserves de blé. Celles-ci pouvaient être ainsi acheminées par voie d'eau à portée des armées : tel est le cas d'Orléans, sur la Loire, d'où l'on peut présumer que la Beauce possédait, dès cette époque, d'importantes emblavures. Tel est le cas aussi de Chalon-sur-Saône et de Mâcon, sur la Saône, et aussi d'Amiens qui servait également de magasin dans le nord de la Gaule. Presque toutes les cités possédaient leurs champs de blé et pouvaient se suffire à elles-mêmes : jusqu'aux abords des Pyrénées, le blé était récolté, même les terres peu fertiles des Flandres, alors couvertes de marécages, en produisaient. Le cas de l'Anjou, où César mentionne expressément le défaut de blé, est isolé. Peut-être cette absence était-elle momentanée ou accidentelle. Parmi les terres à blé renommées de l'époque, il faut citer la région de Toulouse, chez les Volques, chez les Cavares et la basse vallée du Rhône, la Bourgogne (surtout), ainsi que le pays des Bituriges et celui des Carnutes. Dans le nord et dans le nord-est, le Soissonnais et la Champagne étaient également assez riches. La production agricole abondante et de qualité est assurée par l'engraissement des sols grâce à la fumure ou le marnage, par des labours performants à l'aide de la charrue à soc métallique et de puissants attelages. Les études archéobotaniques (notamment la carpologie ou la palynologie) montrent que les Gaulois se nourrissaient surtout de céréales (quatre sortes de blé : engrain, amidonnier, épeautre et froment ; orge à grains nus ou vêtus, avoine, millet commun et millet des oiseaux), de légumes (navets, choux) en proportion variable selon les régions, en moins grande quantité des légumineuses (lentilles appelées ers, fèves, pois…) , des plantes sauvages (renouée, arroche, mauves, chénopode) ou oléagineuses (pavot, lin, caméline). Les céréales, pauvres en gluten (donc peu panifiables), se consommaient sous forme de grains concassés, bouillies, gruaux, soupes à base de farine grillée ou de galettes à pâte non fermentée. . Le blé est la principale nourriture du peuple. L'utilisation de condiments (poivre d'eau, ravanelle, moutarde noire) est rare à l'exception du sel, celle de plantes aromatiques orientales et méditerranéennes (fenouil, origan, sarriette) apparaît à partir du . La consommation de fruits comprend des espèces sauvages (prunelles, merises, framboises, fraises, pommes, noisettes, raisins, glands, baies de sureau), des espèces cultivées gauloises (prune) ou romaines (olive, poire, figue). L'archéozoologie montre que la viande provenait de l'élevage car la chasse (lièvre, cerf, chevreuil ou sanglier servis à la table des aristocrates), sport de noble, était marginale (de 1,3 % au à moins de 1 % aux siècles suivants). Elle était constituée principalement de cochon, mais aussi de bœuf dans le centre de la Gaule, de chèvre et de mouton dans le Midi et de chevaux dans le Nord, plus épisodiquement de chien, de cheval ou de volaille. Des ragoût de chien étaient occasionnellement consommés (traces de cynophagie différentiée). Les salaisons et la charcuterie gauloises étaient réputées à Rome. Les volailles, pourtant elles aussi exploitées, étaient peu consommées. Enfin, les populations côtières pratiquaient la navigation et la pêche en haute mer, ainsi qu'en témoignent des fouilles conduites au centre de l’île d’Ouessant, en Bretagne (mise au jour de restes de divers poissons tels les lieus jaunes, les daurades, les bars, les cabillauds). Le philosophe grec stoïcien Posidonios, dans son "Histoire", décrit les boissons gauloises. Le peuple buvait de l'hydromel et surtout de la cervoise, bière à base d'orge, tandis que l'élite consommait du vin pur, à la différence des Grecs et Romains qui le buvaient aromatisé. La culture de la vigne, au temps de la conquête, était peu répandue en Gaule et ne dépassait guère les abords de Marseille. Ce sont en effet les marins commerçants grecs phocéens, qui fondent Marseille en 600 av. J.-C., qui ont fait découvrir cette boisson aux Gaulois. Le vin, boisson rare, était donc importé de Rome et considéré comme un luxe : on échangeait un esclave contre une amphore de vin par exemple. Le commerce avec Rome s'intensifiant (l'archéologie sous-marine l'évalue à un million d'amphores par an), le vin s'est progressivement démocratisé. Au total, ce sont plus d'une dizaine de millions d'hectolitres qui furent importés de République romaine et de la Provincia entre 150 et 50 av. J.-C.. L'élevage du cheval. Le cheval a toujours tenu une grande place dans la vie des Gaulois, au point de figurer sur leurs pièces de monnaie. On dit que la cavalerie était un élément essentiel de leur puissance militaire. Lors de la guerre des Gaules, les effectifs engagés étaient énormes, ce qui supposait un élevage de chevaux très actif. L'élevage du cheval contribuait pour beaucoup à la réputation du paysan et on n'oublie pas qu'Epona, une des déesses gauloise intégrée dans le panthéon romain, était représentée en compagnie d'un cheval. Les nobles gaulois (les "equites") servaient à cheval dans la cavalerie et l'usage permanent des chariots exigeait un grand nombre de chevaux de trait. Pourtant, dès le , les Gaulois qui combattent à l'étranger découvrent les grands chevaux méditerranéens, différents des chevaux indigènes qui correspondent donc à nos poneys ou doubles-poneys actuels, et s'en prennent de passion, et, nous dit César : . Pourtant, il semble que l'élevage se soit développé davantage sous le pouvoir romain. Le commerce. L'abondance de moyens fait soupçonner l'importance du réseau routier, qui a permis le déplacement rapide des légions romaines durant la guerre des Gaules, et des échanges commerciaux. Dans ce domaine encore, les Gaulois bénéficièrent de l'effort soutenu des populations antérieures. La diffusion des matières les plus recherchées, à partir de leurs centres de production, avait entraîné la recherche des itinéraires les plus aisés. Le commerce de l'étain, qui continue à l'âge du fer, eut, sur le développement routier, les plus fortes répercussions. La localisation et la rareté des gisements de ce métal déterminèrent les directions du trafic. Le minerai importé venait, surtout, du Guadalquivir (Tartessos) et de la pointe occidentale de la Bretagne, de Cornouailles et, de là, le métal était apporté sur la côte de la Manche et jusqu'à l'embouchure de la Loire, on suivait les grandes vallées pour pénétrer à l'intérieur du pays. Outre l'étain, Rome importait de Gaule essentiellement du sel, du blé, du fer et beaucoup d'esclaves (prisonniers des peuples voisins). Au premier âge du fer, les échanges ne sont plus limités aux matières premières. De l'Europe centrale, par le Danube, arrivent les modèles des épées de fer qui pénètrent en Gaule par la trouée entre Vosges et Jura et la vallée du Doubs. Parviennent aussi des objets importés d'Italie : seaux cylindriques appelés "cistes", ou tronconiques appelés "situles", les uns et les autres en bronze battu. Parfois des vases étrusques et grecs les accompagnent dans les tumulus les plus récents de la Gaule de l'Est. C'est par la même voie du Danube que s'effectue ce trafic. Depuis la découverte du cratère de Vix, la question de savoir par où cet énorme vase avait pu être acheminé a été longuement discutée. En plus des itinéraires classiques, on a envisagé le col du Grand Saint-Bernard et surtout, la vallée du Rhône, mais rien de décisif. Si le couloir rhodanien reste alors en dehors du grand mouvement commercial, c'est que le littoral, excepté Marseille, et la basse vallée du Rhône est encore aux mains des Ligures, peu sociables. Ces tribus arriérées forment un écran entre le foyer de civilisation méditerranéen et la Celtique, dont les limites méridionales ne dépassent guère le confluent de Lyon. Par ailleurs, Vix se trouve admirablement placé au point où la voie protohistorique de la Loire inférieure et moyenne à la trouée de Belfort coupait l'itinéraire jalonné par la vallée de la Seine. Il faut attendre la descente des Gaulois sur la côte de Provence pour qu'enfin des relations directes pussent s'établir entre Marseille et la Celtique. Dès lors, un avenir brillant s'ouvre pour la voie la plus expressive que la nature avait inscrit sur le sol de la Gaule. Cette voie emprunte le couloir rhodanien jusqu'au coude de la Saône à Châlon, par les passages de Bourgogne, elle atteint le bassin de la Seine et le carrefour parisien. De là, on peut suivre le fleuve jusqu'à son embouchure ou gagner le Pas-de-Calais. L'essor subi du port fluvial de Chalon-sur-Saône, au , fixe la date à partir de laquelle cette voie fut régulièrement suivie. Elle servit au trafic de l'étain, Diodore nous transmit, d'après la relation d'un auteur plus ancien, des détails précis sur son utilisation : les marchands achetaient le métal aux habitants de l'île de Bretagne (Grande-Bretagne actuelle), le transportaient sur le continent, puis, cheminant par terre à travers la Gaule pendant trente jours environ, ils conduisaient leur chargement jusqu'à l'embouchure du Rhône. Un autre géographe grec, Strabon, évoque une communication essentiellement fluviale utilisée pour le transport de toutes denrées. On remontait le Rhône et la Saône et après avoir quitté cette rivière, ce qu'on ne pouvait faire qu'à Chalon, il fallait gagner la Seine par voie de terre et, de là, on pouvait atteindre l'océan. Les monnaies. Chaque peuple gaulois était indépendant du point de vue du monnayage, certains plus productifs que d'autres, mais il y a tout lieu de supposer que les pièces en métaux précieux circulaient entre peuples voisins. Des statères d'or et de bronze a l'effigie de Vercingétorix sont frappées, au verso on peut observer un croissant, un étalon et une amphore. . Au , la colonie grecque établie à Marseille, frappe des oboles. Progressivement, elle se répand parmi les peuples limitrophes (trésor d'Auriol). Au , le monnayage en argent se développe en moyenne vallée du Rhône, et les peuples ayant des mines d'or, comme les Arvernes, frappent des statères qui sont aussi un moyen d'affirmer leur souveraineté et leur puissance. Au , les Parisii produisent leur célèbre et magnifique statère d'or au cheval. Organisation politique et sociale. Conformément au schéma de l'idéologie tripartite des Indo-Européens telle qu'elle a été développée par Georges Dumézil, les Gaulois comme les Celtes sont organisés en trois classes : classe sacerdotale (prêtres, gutuaters, bardes et druides), classe guerrière (les "Equites", chevaliers issus de la noblesse ; l'infanterie, peuple et vassaux des chevaliers) et classe productrice (la "plebs" : commerçants, artisans, agriculteurs et éleveurs). Les peuples de la Gaule étaient dirigés auparavant par une noblesse de type archaïque avec les différentes strates de sa hiérarchie. César nous renseigne dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules sur différents types de magistratures politiques et religieuses : "princeps" (prince), "vergobret" (magistrature suprême), "arcantodan[nus]" (magistrat monétaire), etc.. La noblesse s'était constituée tout au long des temps « héroïques » lors de différentes guerres ou d'expéditions lointaines. Les seigneurs gaulois (rois, princes guerriers, chefs de tribu et riches propriétaires), de type féodal, se réunissant dans des sénats, avaient sous leurs ordres une foule de vassaux et de clients dont la fidélité était absolue. Au bas de la pyramide sociale se trouvaient probablement les esclaves, comme le suggèrent les découvertes archéologiques d'entraves en fer dans des tombes. . Ces velléités de trahison, de « collaboration » avec l'occupant romain ne se passèrent pas toujours très bien pour les nouveaux oligarques celtes puisque tous les membres des sénats des Aulerques, des Lexoviens et des Éburovices furent massacrés jusqu'au dernier par les princes et les nobles de leurs peuples. Il semblerait que la bourgeoisie vénète n'a pas suivi la même démarche car elle avait compris que les Romains voulaient s'emparer de ses marchés et qu'elle avait tout à perdre avec la conquête romaine. Le guerrier gaulois. Introduction. Durant la période de la protohistoire, l'évolution technique de l'armement a peu évolué. Il s'est surtout adapté à des techniques de combat en fonction des situations. Toutefois, suivant l'époque certaines évolutions technologiques ont vu le jour. Dans cet article sont détaillées les deux grandes périodes que sont Hallstatt (-800 ; -400) et la Tène finale ( avant notre ère à -50). Guerrier de Hallstatt. La période de Hallstatt tire son nom du village autrichien où ont été découvertes les traces de civilisation celte les plus anciennes. Appelée aussi civilisation hallstattienne sa période chronologique s'étend de -1100 à environ -400 divisée en deux grandes périodes : Durant cette période les mouvements de troupes sont importants et la renommée des guerriers gaulois (ou celtes) se répand dans toute l'Europe. Ils interviennent en tant que mercenaires n'hésitant pas à changer de camp lorsque l'offre est plus intéressante. L'équipement. L'arme principale est la lance. La raison est simple. Peu chère à fabriquer car nécessitant peu de matière noble qu'est le fer, elle est très maniable et cause de nombreux dégâts chez l'adversaire. Pouvant être maniée à une ou à deux mains sa longueur varie de 180 à . Le fer peut avoir une grande variété de formes mais la principale forme est la feuille de saule. L'épée est relativement courte (entre 65 et de lame) et est particulièrement effilée et pointue, permettant ainsi un combat rapproché ou bien un combat de mouvement sur des chars. Fabriquée en fer, la poignée est en bois. Elle est traversée par la soie qui est écrasée afin de créer un rivetage. Le profil de la lame peut être lenticulaire ou posséder un cœur en forme de losange dont les arêtes extérieures sont étirées pour former la lame (voir les graphiques ci-dessous). Le poignard peut être présent dans la panoplie. Le casque celte est non plus en bronze mais en fer plus léger et de forme oblongue, souvent terminé par un cimier. Le visage est protégé par des paragnathides en fer couvrant les joues. Un protège-nuque peut être présent. Le reste du corps est protégé par un linotorax. Cette protection est composée de plusieurs couches de lin collé. Bien que lourde et rigide, cette protection relativement simple à fabriquer est efficace contre les coups de taille et les coups d'estoc. Enfin le bouclier. De forme ovale pour une dimension d'environ 150 à de haut pour une largeur de 50 à de large est en bois. Le détail de sa structure sera vu plus bas. Percé en son centre pour y placer la main, un manipule horizontal placé sur le centre de gravité permet une manipulation aisée d'une main de manière défensive comme offensive. Le plateau est renforcé par une spina en bois qui a aussi un rôle de protection de la main. Le tout est fixé et blindé par le umbo en fer et des rivets. (Voir photos) Le guerrier de la Tène finale. Le combattant de cette période contemporaine de la guerre des Gaules est le plus connu. Sa panoplie est la même que son ancêtre du Hallstatt à quelques variations près. Le casque est devenu rond et possède un protège-nuque plus important. Cette forme permet aux armes de glisser dessus et d'éviter les prises. De plus cette forme plus compacte permet d'avoir une protection optimale en limitant l'incidence du poids sur les mouvements. L'épée s'est allongée, bien que des modèles courts existent toujours (voir les techniques et les types de combattants), la longueur moyenne d'une lame est désormais de pour une largeur moyenne de . La pointe effilée a laissé place à une forme d'ogive. Cette arme s'est adaptée à de nouvelles techniques de combat telles que le combat monté où l'on se bat essentiellement à coups de taille. Portée à droite, elle est glissée dans un fourreau en fer composé de trois pièces et est fixée à une ceinture à suspension. Ce système encore mal connu permettrait de donner à l'arme une certaine liberté de mouvement sans gêner le combattant (différentes hypothèses ont été émises quant à son montage). Le bouclier a légèrement évolué et est devenu composite. Lorsque au Hallstatt les boucliers étaient composés de couches de bois croisés, à la Tène finale, des couches de lin vont être insérées entre les couches de bois rendant le bouclier plus résistant aux chocs mais aussi plus souple. La spina s'est sensiblement affinée, voire a complètement disparu sur certains modèles. Le umbo s'est développé et la simple double coque de fer clouée sur la spina a laissé la place à une coque d'un seul tenant avec des ailettes permettant le positionnement de rivets. Les boucliers sans spina, plus légers, ont un umbo circulaire tenu par six rivets. Un nouveau type de protection est apparu au cours du , la cotte de mailles annulaire de type lorica hamata. Cette protection en fer est composée d'anneaux de . Bien que lourde, elle présente l'avantage d'être extrêmement souple et de former une seconde peau protégeant ainsi le combattant des coups de taille. Mais elle est inutile contre les coups d'estoc. Les pointes écartant les anneaux. Il est aussi à supposer que les combattants portaient sous la cotte de maille une protection supplémentaire appelée subermalis permettant d'absorber les chocs. Les textes antiques rapportent quelques cas de combats avec des guerrier gaulois nus ou avec une simple jupette de cuir à lambrequins protégeant leur bas-ventre. Ce choix s'explique pour impressionner l'adversaire ou pour des raisons religieuses (pour eux, la mort au combat faisait directement accéder au paradis), plus que pour des raisons de confort (plus grande liberté de mouvement, chaleur selon les explications rationalistes de Polybe). La structure de l'armée gauloise. Contrairement aux idées reçues, l'armée gauloise est particulièrement bien structurée. Bien que l'individu soit au centre, des unités peuvent être créées permettant ainsi de monter des stratégies élaborées et complexes. Il y a trois types de combattants : Un autre type de combattant intervient sur le champ de bataille : le sonneur de carnyx. On ne connait pas exactement son rôle mais l'hypothèse actuelle serait qu'il permettait de transmettre les ordres via des mélodies, de donner des directions suivant son orientation et d'amplifier le tumultus gallicus. Le carnyx est un instrument fabriqué en alliage cuivreux d'environ de haut dont l'embouchure représente souvent une tête de sanglier. À Tintignac, la fouille d'un site votif a permis de mettre au jour une quantité impressionnante de ces instruments et à ce jour le site le plus riche en informations. Deux de ces carnyx sont quasiment complets, l'un représente une tête de sanglier et l'autre un serpent. Têtes-trophées. Les auteurs grecs comme Posidonios, Diodore de Sicile et Strabon rapportent un rituel celtique : lorsque les guerriers gaulois tuent leurs ennemis, ils coupent leurs têtes, les attachent à l'encolure de leurs chevaux et remettent à leurs servants d'armes le reste de la dépouille ensanglantée. Une fois rentrés chez eux, ils enclouent ces têtes au linteau de la porte de leur maison ou les exposaient dans un bâtiment public (alvéoles dans des linteaux, des piliers de portiques), suggérant dans ce dernier cas une fonction religieuse mais aussi civile et politique. Les têtes ont pu être peintes et les alvéoles peut-être accueillir des têtes modelées dans de l'argile ou surmodelées sur les crânes réels. Ils embaument les têtes de leurs plus grands ennemis avec de l'huile de cèdre et les gardent soigneusement dans un coffre transmis de génération en génération. Ce trophée précieux qui est une forme d'hommage au vaincu, témoigne aussi de la valeur du guerrier qui n'hésite pas à le montrer régulièrement aux étrangers. Posidonios assimile . Ce rituel de décapitation est confirmé par plusieurs représentations gravées ou sculptées (Entremont, Aulnat), des piliers ou linteaux percés d'alvéoles céphaloïdes pour exposer les têtes ou les crânes momifiés (Glanum, Roquepertuse), et par les découvertes archéologiques qui ne permettent pas de trancher sur le mode de prélèvement des têtes (décapitation, mode d'exécution sur le vivant, ou décollation effectuée sur des cadavres). La religion. Les Gaulois avaient des druides, que Diodore de Sicile appelait des « philosophes » qui étaient en quelque sorte leurs prêtres. Ils écrivaient, à l'aide de l'alphabet grec, mais uniquement pour des raisons politiques et administratives. La tenue. Loin de la fausse image de , , les peuples gaulois étaient plutôt raffinés. On leur doit par exemple l'invention du savon ("sopo") qu'ils fabriquaient à partir de cendres et de suif pour lustrer leur chevelure qu'hommes ou femmes, ils portaient longue. . Le vêtement gaulois est principalement constitué d'une tunique avec des motifs en petits carreaux serrés et teints (teintures végétales donnant surtout du jaune, vert, rouge de garance, voire du brun ou noir grâce à la noix de galle). Cette tunique (généralement courte pour les hommes et une robe allant jusqu'aux chevilles pour les femmes) est serrée à la taille par une ceinture en tissu. Les chausses sont des braies ou des bas en tissu de laine ou de lin. L'hiver, il revêt le sayon, sorte de casaque décorée, parfois multicolore, s'agrafant par une fibule. Les chaussures ou bottines sont en cuir. L'art et la technique chez les Gaulois. Architecture. L'art architectural est malheureusement difficile à appréhender car il n'a pas survécu aux années, les Gaulois construisant essentiellement en bois et torchis. Néanmoins l'archéologie aérienne initiée par Roger Agache permet de révéler des vestiges architecturaux gaulois à partir des années 1970. Loin du mythe de la hutte ronde de branchage fragile au toit de chaume et de la chasse au sanglier, les Gaulois mènent une existence confortable tournée essentiellement vers l'élevage et l'agriculture. Ils vivent essentiellement dans des fermes, maisons vastes (d'une surface moyenne variant entre une vingtaine et une soixantaine de mètres carrés), carrées ou rectangulaires soutenues par des poteaux en bois, aux parois faites de clayonnage (type branches de noisetier tressées et reliées aux poteaux) recouvert de torchis, charpentées (planches de bois assemblées avec des clous de fer) et couvertes d'un toit de chaume ou roseaux en forte pente. Les fenêtres sont rares et étroites, de façon à conserver la chaleur l'hiver et la fraîcheur l'été. Parfois, les murs sont recouverts par une couche de crépi à base de chaux dont les propriétés hydrofuges assurent une protection contre la pluie et une plus grande durée de vie au torchis (entre trente ans et un siècle). Certains habitats peuvent faire trois à quatre étages avec à chaque niveau des planchers supportant des planches jointives (un platelage) ou assemblées entre elles par rainures et languettes (un parquet traité à l'huile de lin). Un foyer central est équipé de chenets et d'un chaudron suspendu servant à l'éclairage (les maisons n'ont pas de baies), le chauffage et la cuisson à l'origine de fumées qui en se déposant (noir de fumée, goudron) font office d'insecticide. Parfois ces maisons sont précédées par un enclos palissadé (enclos pastoral simple ou système d'enclos emboîtés, constitué d'une levée de terre avec une haie d'arbres doublée d'un fossé), ont un étage muni d'un plancher et qui sert de grenier pour dormir. Ces fermes, isolées en "aedificium" ou regroupées dans un vicus fortifié ou non voire une ville (ces agglomérations avec des quartiers spécialisés et hiérarchisés se développent à la fin du ), témoignent d'une intense activité agricole : entourées de champs quadrangulaires dits "celtiques", elles comportent plusieurs bâtiments indépendants (granges, étables, greniers sur poteaux pour protéger les céréales stockées de l'humidité du sol et des rongeurs ou silos enterrés) au sein d'une cour. L'élevage mixte (destiné principalement à la viande, au lait et à la laine, mais aussi utilisé comme animaux de trait) à proximité de ces fermes comporte surtout des bovidés (bœufs, capridés) et des suidés. En cas d'attaque, les villageois gaulois se regroupent dans un refuge fortifié public, l'oppidum ou un petit poste militaire, le dun. Un art du décor. L'art des Gaulois est très différent des critères esthétiques de la culture romaine. Les Gaulois ne cherchaient pas à représenter le réel. En témoignent les visages succincts et l'absence de détail. Les Gaulois riches portaient des bijoux (bracelets, colliers, bagues, torques, fibules, épingles à chignon, diadèmes, boucles de ceinturon aux motifs variés) en or, les classes inférieures utilisant le bronze qui imite l'or ou des parures en verre coloré, en cuivre ou en fer. Les découvertes archéologique de rasoirs, miroirs, peignes à cheveux et à barbe, cure-oreilles, pince à épiler, mettent en évidence un souci d'hygiène. Matériaux utilisés. L'art gaulois s'exprime essentiellement par le travail des métaux (bronze, fer et or). Les Gaulois savaient manipuler avec précision ces métaux, et étaient d'excellents orfèvres. Certaines créations ont pu aussi se faire sur de la céramique. La civilisation romaine en Gaule. Les changements apportés par le conquérant ont longtemps éclipsé toute idée d'une permanence de certains traits : d'abord, le syncrétisme religieux romain et l'interdiction du druidisme entraînent assurément la disparition d'une religion celtique dont on peut deviner seulement quelques contours, grâce à l'archéologie, d'une part, et par comparaison avec quelques survivances romaines, d'autre part et surtout par la confrontation avec les sources littéraires insulaires (voir par exemple mythologie celtique irlandaise et littérature celtique galloise). Les cadres du pouvoir , l'économie, l'art, notamment monumental, et la culture littéraire latine, aussi, s'imposent, peut-être d'autant plus facilement que rien de préexistant ne peut les concurrencer. Après la conquête romaine de la Gaule, achevée en -51, la romanisation est rapide chez les élites. On ignore cependant quelle est sa progression exacte et sa profondeur en ce qui concerne le peuple. Elle doit en tout cas demeurer inégale, voire limitée dans nombre de domaines ayant trait à la vie quotidienne, comme l'indiquent plusieurs exemples. Le réemploi du site du sanctuaire celtique de Gournay-sur-Aronde, en Gaule Belgique, ou encore les "ex-voto" des sources de la Seine, montrent comme nombre d'autres lieux sacrés pour les Gaulois de la période de l'indépendance que les lieux de culte romains prolongèrent des usages anciens (voir "nemeton"). L'abandon des oppida est un fait avéré dès la deuxième moitié du À partir de ce moment, des villes romaines sortent de terre, soit à la place de l'oppidum gaulois, soit sur un espace plus large et adapté à une période de paix (exemple : le site archéologique d'Alba-la-Romaine). Lorsqu'une certaine « barbarisation » de l'Empire a lieu au , des traits de civilisation qui sont demeurés en vigueur depuis la période de l'indépendance s'introduisent à leur tour dans la culture impériale : le manteau gaulois qui donne son surnom à l'Empereur "Caracalla" n'a pu être remplacé par le mode de vie du conquérant romain. Dans nombre de domaines ayant trait à l'artisanat, où les Gaulois excellent, leurs inventions s'imposent : c'est le cas, notamment, du tonneau qui s'impose face à l'amphore plus fragile et de moindre contenance. La cotte de mailles est adoptée par les Romains dès les premiers siècles de la République, jugée plus pratique que les cuirasses grecques, tandis que le casque impérial gaulois est adopté par les légionnaires au , tout comme les braies ou les braies courtes pour les soldats d'Occident. La Gaule dans l'Antiquité tardive. Certains traits caractéristiques de la Gaule antique perdurent après l'Empire romain. Lorsque l'administration impériale romaine s'effondre, la Gaule se « germanise » lentement et partiellement. La présence de toponymes germaniques est d'abord attestée sur ses franges, due au repeuplement, souvent à but défensif et organisé assez tôt par Rome, de régions sinistrées par les crises et par les épidémies. De tels établissements durables de colons « barbares » (les lètes) ont d'ailleurs lieu dans l'Empire romain tout au long du et du . Ainsi des contingents Francs sont installés en Belgique, des Alamans en Alsace et en Suisse, des Burgondes en Savoie. La date symbolique de la disparition de l'Empire romain d'Occident en 476 et celle du baptême du roi des Francs Clovis, vers 496, ne marquent pas non plus, à cet égard, de rupture : ces événements ont lieu à une époque où Francs, Burgondes et Wisigoths ont fait « souche » et détiennent depuis longtemps déjà le monopole des affaires militaires. Aussi, les familles de la noblesse gallo-romaine continuent longtemps à concentrer l'essentiel du véritable pouvoir politique dans les cités épiscopales : les « patrices », comme le marseillais "Mauronitus", ou les évêques, sont les véritables représentants des populations. Ainsi, la culture nouvelle qui se développe en Gaule, après la période impériale, est avant tout chrétienne, et à plusieurs égards augustinienne. L'expansion chrétienne en Gaule, qui s'appuie en premier sur la diaspora juive, s'est en effet diffusée, par l'intermédiaire des commerçants et artisans d'Orient ainsi que des armées, dans les villes gauloises par les grands axes (vallées de la Loire, du Rhin, de la Seine) puis, à partir de l'édit de Milan en 313, dans les villages dont l'évangélisateur emblématique est Martin de Tours, Saint Martin étant également à l'origine de l'implantation du monachisme en Gaule. La Gaule compte six évêchés vers 250 (celui d'Arles, de Toulouse, de Narbonne, de Vienne, de Reims, et de Paris), 120 à la fin du , Clovis s'appuyant sur ce maillage épiscopal pour gagner l'appui des populations et du clergé gallo-romains lors de sa conquête de la Gaule. Plus généralement, les permanences observables dans le cadre de vie de l'Antiquité tardive jusqu'au sont nombreuses en Gaule : c'est surtout à partir du milieu du , temps de crise, que les patronymes germaniques se multiplient au sein des élites, indiquant par là que le centre de gravité de l'Europe s'est déplacé vers le nord et que les équilibres du monde antique se sont rompus. En définitive, si la culture latine classique recule, le latin continue à constituer la langue de la culture et surtout, celle exclusive de l'écrit (le premier document écrit en langue vernaculaire étant les serments de Strasbourg, datés de 842). Aussi, l'usage des noms « Gaule » et « Gaulois » se conserve jusqu'à la fin de la période mérovingienne, du moins à l'écrit. Lentement, durant la période carolingienne, le nom de « Francie » ("Francia", puis "francia occidentalis") se répand pour désigner la réalité politique majeure qu'est devenu le royaume des Francs ("regnum francorum"). Mais ce nom ne désigne qu'incidemment les territoires correspondant à l'ancienne Gaule romaine, désormais rattachés à un ensemble plus vaste. C'est également la renaissance carolingienne qui pose les fondations d'une culture véritablement nouvelle. Cette « renaissance » veut pourtant, à l'origine, restaurer la culture romaine antique et impériale.
Gaulois
Georges Bataille Georges Albert Maurice Victor Bataille, né le à Billom (Puy-de-Dôme) et mort le à Paris, est un écrivain, philosophe, romancier, poète, essayiste et bibliothécaire français. Son œuvre se compose d'ouvrages de littérature, mais aussi d'anthropologie, de philosophie, d'économie, de sociologie et d'histoire de l'art. Il ne considère jamais l'écriture comme une fin en soi, mais comme un moyen lui permettant, à travers ses récits, romans, essais philosophiques et revues, de témoigner de ses différentes expériences et fascinations : « Il faut vouloir vivre les grands problèmes, par le corps et par l’esprit. » Ainsi, sa vie et son œuvre se confondent, mêlant mysticisme et érotisme. À la croisée des savoirs et des grands débats idéologiques, philosophiques et anthropologiques, de son temps, son œuvre est à la fois littéraire et philosophique, multiple, hétérogène, marginale et échappe aux étiquetages : . D'autant plus qu'il s'est évertué à brouiller les pistes, ainsi qu'il le déclare lui-même dans son dernier entretien, accordé à Madeleine Chapsal en : « Je dirais volontiers que ce dont je suis le plus fier, c'est d'avoir brouillé les cartes [...], c'est-à-dire d'avoir associé la façon de rire la plus turbulente et la plus choquante, la plus scandaleuse, avec l'esprit religieux le plus profond ». Ce « brouillage » est d'autant plus manifeste en raison des multiples versions, manuscrits et dactylogrammes de ses textes, et aussi parce qu'il a souvent usé de pseudonymes pour signer certains écrits (récits érotiques) : Troppmann, Lord Auch, Pierre Angélique, Louis Trente et Dianus. Biographie. Famille et éducation. Le père de Georges, Joseph-Aristide Bataille, a épousé Marie-Antoinette Tournadre alors qu'il avait déjà 35 ans. Successivement économe de collège, employé à la maison centrale de Melun puis receveur buraliste, il a quarante-deux ans à la naissance de son deuxième fils : Georges. L'aîné de Georges, Martial, est celui qui va s'opposer à son frère lorsqu'en 1961 Bataille déclare dans une entrevue avec Madeleine Chapsal que son père était fou. Joseph-Aristide est atteint de syphilis, maladie qui s'est déclarée entre la naissance de ses deux enfants et qui progresse rapidement. À la naissance de Georges, il est déjà presque aveugle et ses membres sont paralysés, comme Bataille l'évoquera par le biais de la fiction, dans "Histoire de l'œil" (son premier récit publié, anonymement, en 1928) : Georges n'a que trois ans lorsqu'il est témoin des effets furieux de la maladie de son père : douleurs atroces, troubles des viscères, des sphincters, . Georges aime néanmoins ce père qui avait tout d'une « bête ». Il l'aime jusqu'à ce que son amour se transforme en haine quand commencent à se manifester les premiers signes de folie, que Georges constate vers 1911, à l'âge de quatorze ans. Selon lui, l'aveugle criait des insanités à caractère sexuel au médecin venu le soigner, ainsi qu'à sa femme qui perdit la raison pendant un temps : . La famille est alors installée à Reims, sans doute parce que le père y a été muté en 1898. Toutefois, Marie-Antoinette survit à son époux une quinzaine d'années en compagnie de ses enfants et il n'est plus, ensuite, question de sa folie. De l'enfance de Georges, on sait peu de choses à l'exception des souvenirs qu'il livre de ses parents. Tous se rapportent d'abord à l'affliction du père. Bataille écrit qu'il s'est adonné au plaisir de l'auto-mutilation avec son porte-plume « pour s'endurcir contre la douleur » dans "Le Bleu du ciel", sans qu'il soit possible de distinguer la part autobiographique de ce récit et la part littéraire. Bataille ne l'a jamais écrit ouvertement, mais il a longtemps été convaincu que son père s'était livré sur lui à des attouchements incestueux, pédérastes, il aurait même parlé de viol. Un récit inédit, intitulé "Le Rêve", décrit ainsi ce père : On a fini par convaincre Bataille que ces scènes n'avaient pas pu avoir lieu à la cave comme il le raconte, puisque son père était paralysé, mais il reste sans doute possible que certains gestes du père aient pu paraître obscènes à l'enfant. C'est cette atmosphère traumatisante que décrit Bernard Noël dans son récit "La Maladie de la chair". Georges étudie au lycée de Reims jusqu'en classe de première, il poursuit ensuite au collège d'Épernay où il est pensionnaire à sa demande, il y obtient son premier baccalauréat en 1914. La foi en Dieu, conversion. Beaucoup de choses sont difficiles à comprendre, voire inexplicables, dans la démarche de Bataille. Pour quelle raison affirme-t-il, en 1914, que ? Il a dix-sept ans à cette date, et rien n'explique pourquoi il découvre Dieu à ce moment-là : son père était irréligieux, sa mère indifférente. Il se convertit en à la cathédrale de Reims où il assiste aux offices du cardinal Luçon. Toutefois, il semble qu'il ait reçu le baptême étant enfant. Dès le mois de septembre de la même année, après la déclaration de guerre par l'Allemagne, Georges est évacué, avec sa mère et son frère, en même temps que les populations réfugiées à Reims depuis le début du mois d'août. Ils s'établissent à Riom-ès-Montagnes dans le Cantal, chez les Tournadre. Le père, incapable de se déplacer, a été laissé sur place, confié aux soins ponctuels d'une femme de ménage. Georges vit ce départ comme un abandon, il en ressentit une certaine culpabilité, d'autant qu'il ne reverra jamais son père vivant : Joseph-Aristide meurt le . Dans l'esprit de Bataille, la mort du père revient, par un cheminement de pensée complexe, à « la mort d'un dieu ». Sa conversion, passagère, est alors à assimiler à un rapprochement vers un Dieu de consolation. L'influence du christianisme sur sa pensée n'est pas simple à interpréter. Selon Michel Surya, « Georges Bataille ne fut jamais définitivement athée (jamais du moins au sens où l'athéisme ne fut pas pour lui une question), ce n'est pas parce qu'il n'y a pas de Dieu, pas davantage parce que Dieu est mort, mais parce qu'il y a plus fort que Dieu : plus fort parce qu'aveugle (« "Dieu dans son infirmité est aveugle quand voir est mon infirmité" »), aveugle et fou. Joseph-Aristide Bataille, à sa façon, était la “folie” de Dieu. » À Riom, Georges mène une vie pieuse dans la maison de ses grands-parents Tournadre. Il passe son temps en promenades et en études, et il prépare son second baccalauréat. Il n'y a que de rares témoignages sur lui à cette époque : il aime chasser, pêcher les truites à mains nues. Entre dix-sept et vingt-trois ans, on le présente plutôt comme un jeune homme modèle, déférent. Le premier texte qu'il écrit en 1918 est un livre pieux, courte plaquette publiée à Saint-Flour : "Notre-Dame de Rheims" ("sic"). Il envisage de devenir prêtre, ce dont son oncle Victor le dissuade. Il passe tout de même une année scolaire, d' à au séminaire de Saint-Flour, qu'il quitte à la fin de la guerre pour entrer à Paris à l'École nationale des chartes où il est admis en . Avant d'entrer au séminaire, il est brièvement mobilisé en 1916 et renvoyé en 1917 pour raisons de santé : des problèmes pulmonaires ont été détectés. "Notre-Dame de Rheims" n'est pas à compter dans l'œuvre littéraire de Bataille : anecdotique, autobiographique, il reste seulement un témoignage précis de la jeunesse de l'auteur. L'image des ruines de Notre-Dame de Reims, encore debout, peut être vue comme le symbole de la foi dressée contre l'irréligion, mais inversement, assimilée à l'image de la mère, ses ruines sont aussi le symbole inconscient du doute et de l'abandon : À Paris, il se plonge dans "Le Latin mystique" de Remy de Gourmont, qui devient son livre de chevet, et Odon de Cluny. Mais, bien que très pieux et très austère, il ne pousse pas aussi loin le déni de la chair que le préconisent Odon de Cluny et Remy de Gourmont. Évolution du jeune homme. Bataille a vingt-deux ans lorsqu'il tombe amoureux de Marie Delteil, fille de Jules Delteil, médecin de sa mère, et dont il va demander la main. Expérience douloureuse pour lui comme pour Marie : la demande est refusée en raison des craintes du père sur l'hérédité de Bataille. Déstabilisé, Georges, qui a déjà un penchant pour les femmes, écrit à sa cousine Marie-Louise Bataille le : En 1920, le jeune homme hésite entre voyager ou vivre en reclus. Il est attiré par l'Orient, mais son premier voyage l'emmène en Angleterre pour un séjour d'étude au British Museum de Londres. À cette occasion, il passe trois jours à l'Abbaye de Quarr dans l'île de Wight, séjour fortuit qui n'a aucune influence sur sa décision : entre l'agitation et la contemplation, c'est l'agitation qui l'emporte, semble-t-il. Lors de son séjour à Londres, il rencontre Henri Bergson, et lit "Le Rire" qui est une grande déception pour lui. Il revient sur cet événement important à deux reprises, la première fois dans "L’Expérience Intérieure" : Il y revient plus longuement dans une conférence de 1953 : "Non-savoir, rire et larmes" : Après son séjour sur l’île de Wight, il abandonne sa vocation monastique, mais selon Michel Surya, l'abandon de la foi semble plus difficile à dater précisément : . Jean-Jacques Roubine précise que c'est peu à peu qu'il va découvrir . Il soutient, en 1922 (30, et février), une thèse sur "L'ordre de la chevalerie, conte en vers du , avec introduction et notes". Reçu deuxième de sa promotion, il est nommé archiviste paléographe, et comme tel, il est envoyé à l'École des hautes études hispaniques de Madrid, actuelle Casa de Velázquez. À Madrid, Bataille, toujours croyant, reste isolé ; il continue de rêver de l'Orient qui reste son seul but. Il décrit son projet dans une lettre à Marie-Louise Bataille : aller au Maroc. Il n'a pas encore découvert l'Espagne qu'il verra plus tard « grave et tragique » et son peuple « angoissé ». Enfermé dans sa piété, qu'il efface par la suite en lui superposant l'image d'une danseuse de flamenco, qu'il allait voir chaque soir et dont il dit, en 1946 : Bataille s'ennuie. Deux événements le sortent de sa torpeur : la prestation d'un chanteur de flamenco à Grenade, et une corrida du à Madrid où le matador Manuel Granero est mutilé par le taureau qui lui défonce l'œil droit. Le torero meurt, il a à peine vingt ans. Toutefois cette horrible scène ne déclenche pas l'effroi immédiat chez Bataille qui était placé trop loin pour voir. Il va ensuite recréer cet événement en imagination, d'après les récits qu'on lui fait. Plus tard, dans "Histoire de l'œil", il consacre un chapitre à cet épisode sanglant intitulé : "L'œil de Granero". À ce moment sans doute, naît en lui ce plaisir mêlé d'angoisse qu'il décrit ainsi : De retour à Paris, en 1923, Bataille se lie d'amitié avec le vaudois Alfred Métraux auquel il expose une forme de morale cynique ("Le Joyeux cynique"), acquise par les lectures de Gide, Nietzsche et Dostoïevski. Métraux observe chez son ami une forme de « conversion », un éloignement de toute piété. État d'esprit qui s'amplifie avec la fréquentation de Léon Chestov qui le guide dans sa lecture de Nietzsche et de Platon : Ainsi, l'ancien idéaliste qui envisageait de se faire représentant de Dieu devient bientôt le plus violent de ses apostats. Chestov lui communique sa philosophie de la tragédie. Bataille étudie toute l'œuvre de Chestov, son intention de publier cette étude ne sera jamais menée à bien. En revanche, il cosigne avec Teresa Beresovski-Chestov la traduction d'un livre de Léon Chestov intitulé "L'Idée de Bien chez Tolstoï et Nietzsche, philosophie et prédication", qui paraît en 1925 aux Éditions du Siècle. Il est probable que Bataille s'est surtout chargé de la mise en français, sa connaissance du russe étant très rudimentaire. C'est de cette année que date sa « conversion à rebours », faisant l'expérience que Nietzsche avait faite avant lui : . Vers le surréalisme et la débauche. 1924 est une année-clé dans la carrière et l'évolution politique de Bataille. Breton est alors entouré Ceux-là participent au "Bureau de recherches surréalistes" du rue de Grenelle. Masson, Leiris, Fraenkel ont une influence considérable sur le futur "philosophe", même si Bataille ne se considérait pas comme philosophe et sur sa prise de conscience politique, jusque-là très limitée. Mais le "Manifeste du surréalisme" lui a semblé illisible, l'écriture automatique, ennuyeuse, Breton prétentieux et conventionnel, Aragon décevant. Nommé bibliothécaire au Département des Médailles de la Bibliothèque nationale cette même année, il rencontre Michel Leiris peu avant son adhésion au surréalisme. Les deux hommes nouent une profonde amitié. Leiris le décrit comme un dandy « très bourgeoisement vêtu », qui « n'avait rien d'un bohème » . Leiris a laissé ses impressions sur sa première rencontre avec Bataille en 1924 : Bataille est alors, comme il l'écrit plus tard, dans une période « décousue ». Il trouve Dada « pas assez idiot », l'idée d'entrer dans le surréalisme comme on entre en religion lui déplaît déjà. Il aime agiter des idées avec Leiris et Jacques Lavaud, et envisage alors de fonder avec ses compagnons « un mouvement "Oui", impliquant un perpétuel acquiescement à toutes choses et qui aurait sur le mouvement "Non", qu'avait été Dada la supériorité d'échapper à ce qu'a de puéril une négation systématiquement provocante. » Déjà « schismatique en puissance » comme le qualifie André Masson, Bataille n'a que faire de la "moralisation" de Breton. Le futur « pape du surréalisme » réunissait rue Fontaine un certain nombre d'amis, tandis que Masson et sa joyeuse bande de la rue Blomet, composée notamment de Joan Miró, Antonin Artaud, Georges Limbour, Leiris, formaient déjà un foyer de "dissidence", prônant la liberté sexuelle, contrairement à Breton. Une autre annexe dissidente s'est également formée rue du Château, dans un pavillon remis à neuf grâce à Marcel Duhamel, qui s'y installe en compagnie de Jacques Prévert et Yves Tanguy. Bataille fréquente les deux au moment où paraît la revue "Surréalisme", dirigée par Yvan Goll, à laquelle participent notamment Antonin Artaud, Robert Delaunay, Guillaume Apollinaire (en annexé), Pierre Reverdy, Joseph Delteil. La revue "Surréalisme" créée par Yvan Goll dans « l'évident dessein de couper l'herbe sous les pieds de Breton » s'ouvre à chaque parution avec un "Manifeste du surréalisme", dont Maurice Martin du Gard écrit dans "Les Nouvelles littéraires" du qu'ils sont moins discutables que celui de Breton, lequel s'est approprié le néologisme "surréalisme" forgé par Apollinaire en 1917. Le groupe de la rue Blomet se rallie d'abord à celui de la rue du Château, puis au printemps 1924 à la rue Fontaine. Mais les surréalistes comptent alors plusieurs chapelles qui ne trouvent pas toutes à s'exprimer. Dès 1925, Bataille, qui juge mal Breton tout en l'admirant, est pratiquement le seul à ne pas lui faire allégeance. Sans le savoir, il dispose déjà d'une influence certaine. Il faut tous les efforts de Michel Leiris pour l'amener à collaborer à "La Révolution surréaliste" à partir d'. Car malgré son admiration pour les surréalistes, Bataille perçoit déjà chez eux un idéalisme ainsi qu'un "engourdissement" dont il craint qu'il ne le gagne lui-même. Et à travers l'attitude hautaine d'Aragon à son égard, Bataille perçoit déjà la supercherie du surréalisme. En 1925, Bataille écrit des récits historiques : "L'Ordre de la chevalerie", qu'il propose à la Société des anciens textes français qui le refuse, ainsi que "Bérinus" un récit en prose se déroulant au , refusé également par la Société. L'année suivante il commence à donner des articles savants à la revue Aréthuse, en même temps qu'il poursuit son œuvre de fiction avec des textes scandaleux et secrets, dont rien n'est encore publié. Il s'agit notamment d'une nouvelle "W.C.", texte « violemment opposé à toute dignité » dont il prétend avoir brûlé le manuscrit, mais dont Michel Leiris estime qu'il l'a réutilisé sous d'autres formes, dans une des multiples versions du "Bleu du ciel", et qu'il l'a également en partie re-publié en 1945, dans "Dirty". Depuis son arrivée à Paris, Bataille s'est peu à peu lancé dans une débauche qui étonne son ami Leiris. Courant de maison close en maison close, il mène une vie dissolue de débauché et buveur. Michel Surya résume cette période en disant qu'alors, pour Bataille, . Dès 1926, il devient le "philosophe débauché" qui écrit à la première page de l"Histoire de l'œil" : . À cette époque, Bataille s'adonne aussi à la boisson et au jeu. L'aspect obsessionnel de ses écrits inquiète le docteur Camille Dausse, qui suggère à l'écrivain une psychanalyse auprès du docteur Adrien Borel, psychiatre qui a fondé la Société psychanalytique de Paris et qui reçoit de nombreux artistes parmi lesquels Raymond Queneau, Colette Peignot, Michel Leiris. Cette analyse dure un an, Bataille la déclare peu orthodoxe, mais néanmoins bienfaisante. Le docteur Borel lui montre des photos du supplice de Fou-Tchou Li, découpé vivant. L'image du supplicié rappelle à Bataille le visage torturé de son père, elle jouera un rôle essentiel dans la « méthode de méditation » de l'écrivain. En 1927, il rencontre Sylvia Maklès, juive roumaine née en France, actrice issue de l'académie Charles Dullin, qu'il épouse le de l'année suivante. Il continue à fréquenter les boîtes et les bordels . Il quitte l'appartement où il vivait avec sa mère et son frère 85 rue de Rennes. Le couple s'installe avenue de Ségur, et par la suite rue Vauvenargues puis à Boulogne-sur-Seine avant de s'établir à Issy-les-Moulineaux. Ils ont une fille prénommée Laurence, née le , cinq mois après la mort de sa grand-mère. On sait peu de choses sur la vie privée des deux époux, si ce n'est que Georges Bataille n'était pas de nature fidèle. On sait également qu'il souffrit lorsqu'ils se séparèrent en 1934 et qu'il attendit 1946 pour divorcer : . Il a en effet très peu écrit sur son mariage. Selon Laurence Bataille, le personnage d'Édith dans "Le Bleu du ciel" est sans aucun doute celui de la femme de Bataille. Michel Surya précise : . Évoquant la mort de sa mère, le , et les scènes du cadavre maternel présentes dans ses textes, Michel Surya interroge : . Il avait vécu avec elle jusqu'à l'âge de 31 ans. Dans un de ses textes, Bataille fait dire crûment à Louis Trente, auteur pseudonyme du récit intitulé "Le Petit" : , scène qui réapparaît dans "Le Bleu du ciel". Elle est plus développée encore dans un court texte des "Écrits posthumes" : . De l'avis de Michel Surya, n'en est pas moins « un hommage ». Dans "Ma Mère" (inachevé), qui est une sorte de prolongement de "Madame Edwarda", le thème de l'érotisme maternel et incestueux est encore évoqué : . Bataille, qui est dès lors obsédé par la mort (), s'éloigne un temps de ses plus proches amis. Un épisode de la vie de l'auteur inspire en partie deux récits : "Madame Edwarda" et surtout "Sainte", court récit posthume et inachevé, publié aux Éditions Léo Scheer. Bataille s'était épris d'une prostituée, Violette, qu'il voulait sortir de sa condition, mais il ne la revit plus après plusieurs visites car elle avait été "déplacée". Cet épisode secret a été livré dans un entretien de Michel Surya avec Diane Bataille (née Diane de Beauharnais Kotchoubey) qui précise que Bataille avait dépensé la presque totalité de l'héritage de sa mère pour "faire sortir" Violette. L'engagement politique, les revues. La revue "Documents". Dans le but d'élargir le mouvement, accroître ses membres et pallier les exclusions-défections (Roger Vitrac, Antonin Artaud, Max Ernst, Joan Miró entre autres exclus), Breton convoque un symposium auquel Bataille est invité. Invitation qu'il décline avec cette phrase : « Beaucoup trop d'emmerdeurs idéalistes. » L'idéalisme est désormais l'ennemi . En 1929, dans le "Second manifeste du surréalisme", Bataille est violemment pris à partie par Breton tout comme Vitrac, Masson, Desnos et l’ensemble du « groupe Bataille », qui réplique en 1930 par un pamphlet très virulent intitulé "Un Cadavre". La revue "Documents" va devenir une machine de guerre en réponse aux attaques de Breton. Bataille en est le secrétaire général, Georges Limbour le secrétaire de rédaction, l'équipe est composée de Michel Leiris et d'autres "transfuges" dont Vitrac, Robert Desnos. Initialement conçue et créée par Georges Wildenstein, fils du marchand d'art Nathan Wildenstein, au début de l'année 1929, pour concurrencer les "Cahiers d'art" de Christian Zervos, la revue "Documents" fait appel à Jean Babelon et Pierre d'Espezel, ex-directeurs de la revue "Aréthuse" à laquelle Bataille a donné des articles sur la numismatique. Toutefois, ce n’est pas par l’intermédiaire de Babelon et Espezel que Bataille et Leiris sont introduits dans la revue, mais par le muséologue Georges Henri Rivière, qui travaille au Musée d'ethnographie du Trocadéro aux côtés de son directeur Paul Rivet, et les présente à Wildenstein. Leiris et Bataille forment rapidement un groupe composé d’André Schaeffner, Robert Desnos, Jacques Baron, Georges Ribemont-Dessaignes, Roger Vitrac, André Masson, Jacques-André Boiffard, puis plus tard, Jacques Prévert. Parmi les contributeurs à la revue, se trouve aussi le tout jeune Claude Lévi-Strauss qui n'est pas encore ethnologue et qui signe « Georges Monnet, Député de l'Aisne » (dont il était secrétaire) un article sur Picasso, intitulé « Picasso et le cubisme », étonnamment élogieux pour le peintre, que le jeune "critique" encense, alors même qu'il déteste le cubisme, et par la suite, Picasso. La revue est conçue au départ comme une revue scientifique, revue d'art, d'histoire de l'art, et d'ethnographie, dont Carl Einstein est le coordonnateur, donnant à l'ethnographie une place prépondérante qui justifie un des sous-titres de la revue : « Doctrine, archéologie, beaux-arts, ethnographie. » Les trois articles de Bataille dans les premiers numéros sont les plus prudents. Le premier intitulé « Le cheval académique », paru en , est une critique de l'esthétique liée aux ; le deuxième, paru dans le numéro 2 de , ne fait que remarquer en passant . Le troisième article sur « le langage des fleurs » (numéro 3 de ) est particulièrement « retors ». Mais les précautions des trois premiers numéros vont vite laisser la place à des articles beaucoup plus véhéments ; en particulier l'article compte-rendu de la "Revue nègre" au Moulin-Rouge, intitulé « Black Birds », est l'occasion pour Bataille de ne plus s'en tenir à aucune réserve : Un des articles les plus véhéments, intitulé « Figure humaine », raille les notions de forme et de ressemblance, qui gouvernent les canons de l'esthétique traditionnelle, établissant une esthétique paradoxale fondée sur ce que Georges Didi-Huberman a nommé « la ressemblance informe » ; « une contre-histoire de l'art » qui, dans « son rapport aux images », « son savoir des images », « son jeu avec les images » met en œuvre une « critique de toute substantialité de l'image ». Dans « Figure humaine », Bataille soutient qu'il y a des hommes, dans leur diversité et leurs « écarts », mais pas de « nature humaine », décrivant l'espèce humaine comme une « juxtaposition de monstres »- ce qu'il énoncera plus tard ainsi : « Ma conception est un anthropomorphisme déchiré ». La révolte commence là. D'autres articles plus violents vont suivre, déplaçant les critères de beauté et de goût vers ceux du désir et de l'intensité, notamment « Le gros orteil », paru dans le numéro 6 de "Documents", qui excite « la rage de voir » la vie humaine dans « un mouvement de va-et-vient de l'ordure à l'idéal et de l'idéal à l'ordure » : "Documents" devient une revue de contre-culture dirigée contre le surréalisme. Tout en utilisant les armes de l’érudition traditionnelle, la revue tend à produire une contre-histoire de l’art, et se présente comme un véritable défi à la critique d'art traditionnelle et à l'ethnographie, dont elle utilise pourtant les méthodes, avec la collaboration de plusieurs ethnographes et anthropologues. Le contenu de la revue est très diversifié, allant de l'étude des peintures pariétales à la peinture contemporaine et, tout en suivant une « méthodologie de méditation en ethnographie », explore aussi des territoires inattendus tels que le jazz, le music-hall, les instruments de musique, les dessins d'enfants, la bande-dessinée, ou « l'ethnologie de l'art ». Carl Einstein entreprend une « étude ethnographique d'André Masson » qui résume assez bien l'orientation « toutes directions » de la revue qui accueille aussi les peintres Pablo Picasso, Fernand Léger, Joan Miró, Salvador Dalí, Jean Arp, Giorgio De Chirico, Chaim Jacob Lipchitz, Georges Braque. À l'époque où le Musée d'ethnographie du Trocadéro est dirigé depuis 1927 par Paul Rivet, les ethnologues de la revue réclament une nouvelle conception du musée, fondée sur un retour au concret qui préfigure ce que Claude Lévi-Strauss appellera « le musée d'anthropologie ». Ayant pour ambition d'embrasser la totalité d'une civilisation, selon le principe de « fait social total » introduit par Marcel Mauss, ils critiquent une esthétique qui privilégie la forme aux dépens de l'usage : selon Marcel Griaule, l'ethnographie doit « se méfier du beau, qui est bien souvent une manifestation rare, c'est-à-dire monstrueuse, d'une civilisation ». Cette nouvelle muséologie consiste à privilégier ce que Bataille appelle « la valeur d'usage », contre « l'art pour l'art » et « la valeur d'échange » ; c'est ainsi qu'il conçoit le musée comme un lieu où l'humanité se déshabille (comme le bordel) : « Un musée est comme le poumon d'une grande ville : la foule afflue chaque dimanche dans le musée comme le sang [...] Le musée est le miroir colossal dans lequel l'homme se contemple enfin sous toutes les faces ». "Documents" se situe alors au croisement de trois réseaux : les conservateurs, les ethnologues, et les dissidents surréalistes. Carl Einstein est en particulier très attaché à l’ethnologie et à l’histoire de l’art. Bataille appartient statutairement au groupe des « conservateurs » qui n'était rattaché que de loin au « surréalisme dissident » et n'avait aucun lien avec le groupe des ethnologues, ce qui explique quelques frictions avec Carl Einstein, ethnologue avant tout. Il est entouré d'une équipe hétéroclite qui comprend des peintres (Alberto Giacometti, Pablo Picasso, Salvador Dalí), des poètes, (Vitrac et Desnos) et des fidèles comme Leiris. Avec eux, la revue "Documents" se fait le chantre d'une contre-culture, incluant les images et le cinéma, encouragée en cela par les apports de Robert Desnos, mais aussi de Marie Elbé qui ouvre la voie, avec son article sur Gustave Courbet, à ce que le peintre appelait « la réhabilitation du laid » : Bataille retourne les concepts d’érudition et d'esthétique en s’intéressant aussi à la culture de masse : Fantômas et "Les Pieds nickelés" font partie de sujets traités, interrogeant ainsi la nature de l’érudition. Dès le second numéro, les réticences de Carl Einstein semblent avoir fléchi. Il participe activement à l'élaboration d'un « Dictionnaire critique » qui devient une rubrique régulière nourrie par lui, puis presque exclusivement par Bataille, Leiris, Desnos, Marcel Griaule et Jacques Baron. Les initiateurs en sont Bataille et Leiris. Dans le numéro 3 de "La Révolution surréaliste", en 1925, Leiris avait commencé un glossaire: « Glossaire j'y serre mes gloses ». Dans le même esprit, il travaille avec Bataille à un dictionnaire de mots « informes » qui se présente comme une enquête ethnographique sur le langage, redéfinissant certaines notions, en les soustrayant aux définitions abstraites, pour les rendre à leurs aspects « concrets ». L'article « Informe » ("Documents", , ), un des plus courts de la revue, en est la « véritable clé de voûte », car Bataille y « expose de manière presque théorique, mais aussi ludique, le point nodal de la critique des “formes” culturelles de signification, et éclaire de façon générale les enjeux esthétiques » de sa pensée : « un dictionnaire, écrit-il, commencerait à partir du moment où il ne donnerait plus le sens mais les besognes des mots. ». La civilisation aztèque a toujours hanté l'imaginaire de Bataille, qui est aussi fasciné par les sacrifices humains. Le sujet apparaît explicitement dans la revue "Documents", dans le numéro 4 de 1930, avec des illustrations de sacrifices aztèques (« Sacrifices humains du Centre-Amérique », article de Roger Hervé), et quelques années plus tard dans "La Part maudite" (1949). C'est d'ailleurs à partir de son texte « L'Amérique disparue », paru en 1928 dans "L'Art précolombien. L'Amérique avant Christophe Colomb", et ses articles sur la numismatique parus auparavant dans "Aréthuse", que Bataille réussit à convaincre Georges Wildenstein de financer la revue "Documents". Dans "Documents", le combat contre l'idéalisme et le surréalisme se trouve amplifié. Il s'agit de déconstruire le discours officiel de l'histoire de l'art et d'élaborer une forme de marginalité. Dans le numéro 4, le sous-titre « Doctrines, archéologie, beaux-arts et ethnographie » fait aussi l'objet de l'ajout « Variétés, Magazine illustré », et Bataille y écrit trois articles dont le ton revient à nier l'existence d'une nature humaine. Son anti-idéalisme s'y déchaîne : Ainsi naît la « machine de guerre contre le surréalisme », selon l'expression de Michel Leiris, qui est surtout une « machine de guerre » contre Breton. Néanmoins, en quinze numéros, pas une fois le nom de Breton n'est cité. La revue "Minotaure". La revue "Minotaure" est fondée à Paris par l'éditeur Suisse Albert Skira. Dirigée à ses débuts par le critique Tériade, elle se présente comme un magazine éclectique qui réserve une place importante aux maîtres de l'art moderne. Mais ce qui la caractérise très rapidement, c'est la place et l'influence grandissante de Breton et de ses amis. Elle paraît en 12 numéros de à . C'est une revue artistique et littéraire qui entend « exprimer les tendances les plus caractéristiques de l'activité contemporaine » selon la formule de présentation, aussi bien dans le domaine des sciences que celui des arts plastiques ou de la poésie. Skira fait appel à Bataille qui a dû renoncer à "Documents" en 1931. La revue accueille des signatures de surréalistes, alors que, selon André Masson, le premier projet de Skira visait à confier la revue aux « dissidents du surréalisme, à l'exclusion de ceux qui étaient restés fidèles à Breton. » Mais progressivement, la revue est devenue de plus en plus surréaliste, en particulier sous la pression de Picasso, tout en étant très éclectique. Le est ainsi consacré à la mission Dakar-Djibouti à laquelle participent Paul Rivet, Marcel Griaule et Michel Leiris. Le titre lui-même de la revue revient tantôt à Georges Bataille et/ou André Masson, ou bien à Roger Vitrac (qui faisait aussi partie de "Documents"), comme le pense Jean Starobinski. Selon Michel Surya, À partir du de la revue, le « phagocytage » par les surréalistes commence. Le "rapprochement" entre les deux « camps », que Skira souhaitait dès le départ pour la revue, mais auquel Éluard s'était farouchement opposé dans une lettre à Valentine Hugo le () sera très étroit par la suite. Il faut attendre le pour trouver la seule contribution de Bataille publiée dans la revue "Minotaure" : un court texte de trois pages intitulé « Le Bleu du ciel », paru en , et écrit deux ans plus tôt, texte qui sera repris dans son essai "L'Expérience intérieure" (1943), et en partie dans le roman éponyme paru en 1957. Mais le goût de Bataille pour les monstres et pour les ténèbres finit sans doute par gagner insidieusement "Minotaure", y faisant pénétrer cette « fascination angoissée », comme le souligne Michel Surya, citant Starobinski. Ainsi, malgré l'emprise des surréalistes, c'est tout de même sa « méthode » (celle appliquée dans "Documents") qui marque "Minotaure" de son empreinte. José Pierre écrit que l'influence de Bataille demeure repérable « dans tout ce qui trahit une indéniable fascination pour l'horrible, mais également à travers un certain type d'analyse où une apparente rigueur scientifique sert en fait une approche du genre “frénétique” ». . L'ombre de Bataille, qui plane sur la revue et que Breton ne peut cette fois exclure, représente pour Michel Surya le triomphe de Bataille. Malgré cela, certaines encyclopédies présentent "Minotaure" comme une "revue surréaliste". Elle a été publiée en 13 numéros sortis en 11 livraisons, les couvertures illustrées respectivement par Picasso, Derain, Bores, Duchamp, Dalí, Matisse, Magritte, Ernst, Masson. Le sommaire de tous les numéros est accessible en ligne sur le site "Revues Littéraires" qui présente l'ensemble année par année. Le contenu de cette revue offre au public un très large choix artistique : Man Ray donne ses photos dans chaque numéro. Certains numéros ne sont pas dénués d'humour comme le numéro 8, de , où Dali traite à sa manière des préraphaélites anglais est un monument de « surréalisme spectral de l'éternel féminin préraphaélite ». Il y développe l'idée que « la lenteur de l'esprit moderne est une des causes de l'heureuse incompréhension des préraphaélites ». Cet esprit canulardesque ne peut toucher Bataille qui reste éternellement étranger à un monde qui n'est pas le sien, trop snob, trop affecté. "Minotaure" ne lui appartient pas, la revue n'appartient pas non plus très vite ni à Skira, ni à son associé Tériade, qui cherchaient surtout à développer une revue d'art luxueuse. Le phagocytage de la revue par André Breton et les surréalistes correspond à une « aubaine ». Il coïncide avec le moment où "Le Surréalisme au service de la révolution" publie son dernier numéro le , et où les surréalistes n'ont plus d'organe où s'exprimer. Breton signale, dans la présentation d'un programme de conférences Ce que Nadeau traduit par : , puisqu'en effet, aucune revue surréaliste n'a succédé à S.A.S.D.L.R. Les surréalistes, qui collaborent à "Minotaure", ont vu dans cette luxueuse revue d'art une publication à leur mesure. Dès l'élimination de son directeur (Tériade), la publication devient un organe surréaliste au service de l'art. Les illustrations en constituent la partie la plus importante. Y participent : Jean Arp, Hans Bellmer, Victor Brauner, Salvador Dalí, Paul Delvaux, Óscar Domínguez, Max Ernst, Alberto Giacometti, René Magritte, Joan Miró, Wolfgang Paalen, Roland Penrose, Man Ray, Remedios Varo, Kurt Seligmann, Yves Tanguy. Le moment où Breton lui-même se range dans la catégorie « artiste », dans les manifestations artistiques, notamment l'Exposition universelle de 1937, marque l'avortement du mouvement surréaliste. Minotaure, dévoré par ce mouvement, le dévore à son tour. L'intermède révolutionnaire : Contre-Attaque. Au début des années 1930, Bataille est membre du Cercle communiste démocratique fondé et dirigé par Boris Souvarine qui avait été exclu du parti communiste en 1924, et qui se déclarait « communiste indépendant. » Ce cercle est indissociable du premier « Cercle communiste Marx et Lénine » auquel Souvarine adhère avant de fonder la revue "La Critique sociale" à laquelle Bataille collabore, toujours en franc-tireur et rapidement désapprouvé par certains membres du « groupe Souvarine ». Ce groupe comprend notamment des figures engagées comme Amédée Dunois ou Pierre Kaan, qui ont collaboré au « Bulletin communiste », ainsi qu'un groupe d'idéologues, d'économistes Bataille est entouré d'autres transfuges du surréalisme, Raymond Queneau, Michel Leiris, qui vont aussi former plus tard le "groupe Bataille", soutenant Bataille lorsque Souvarine se montre réservé sur certains sujets, comme c'est le cas pour "La Notion de dépense" que Souvarine publie sans l'approuver. Une autre figure importante de "La Critique sociale" est Colette Peignot, compagne de Souvarine. Elle a un rôle déterminant dans l'orientation politique de la revue et elle signe ses articles du pseudonyme de « Claude Araxe ». Elle se détache de cet « hétéroclite rassemblement ». Sous son influence, Souvarine accepte de laisser place aux positions peu homogènes de Bataille. Mais il le considère comme un « hérétique » et à partir de 1941 il l'accable d'accusations lui reprochant d'être un adepte « de ce “nazi fuligineux” qu'était Heidegger. » Souvarine poursuit encore longtemps Bataille de sa hargne avec « d'ignobles médisances » dans le prologue à la réimpression de "La Critique sociale" en 1983. Jean Piel réserve une réponse cinglante à Souvarine dans le de la revue "Critique" de mai 1984 dans un article intitulé « Quand le vieil homme trempe sa plume dans le fiel » . À cette époque le "Cercle communiste démocratique" n'est pas la seule organisation que fréquente Bataille. Il se rend aussi aux réunions de Ordre Nouveau, mouvement anti-capitaliste, anti-bolchevik, anti-parlementariste, pro-ouvrier (il demande l'abolition du prolétariat), corporatif, fondé par Arnaud Dandieu et Robert Aron. Dans le premier cercle se trouvent Alexandre Marc (Lipianski), Gabriel Marcel, Jean Jardin, Claude Chevalley, Daniel-Rops et Jacques Naville. Le premier manifeste de ce groupe est paru en 1930. La revue L'Ordre nouveau créée en est dirigée par Dandieu (qui avait travaillé avec Bataille à la Bibliothèque Nationale) jusqu'à sa mort en août de la même année. Si Bataille n'a jamais rien publié dans cette revue, ni rédigé aucun tract pour le groupe, il a aidé à l'écriture du livre de Dandieu et Aron : "La Révolution nécessaire" (1933). Michel Surya précise qu'il aurait notamment participé au chapitre « Échanges et crédits » dont les éléments se retrouvent aussi dans "La Notion de dépense". Simone Weil conteste la présence de Bataille dans le Cercle communiste démocratique. Elle attend pour y entrer qu'on lui explique comment on peut cohabiter quand on entend par révolution des choses différentes. Elle veut parler de Bataille et d'elle-même. Elle a d'ailleurs écrit une lettre où elle expose très précisément ses griefs dont le plus important est: Bataille donne à "La Critique sociale" trois articles majeurs dont un sur le "cri de mort des émeutes". Souvarine prend soin de dégager la responsabilité de la revue sur cette parution. Bataille reprend le texte en 1949 sous le titre "La Part maudite" En paraît un autre article important de Bataille : "La Notion de dépense" suivie de "La Structure psychologique du fascisme". Le fascisme est le problème de l'État, il est à proportion de la dégénérescence du monde bourgeois : . André Thirion considère "La Notion de dépense" comme un texte « majeur de ce siècle » lorsqu'il le relit en 1946, alors que jusque-là, il n'avait pas fait grand cas des écrits théoriques de Bataille. Bataille participe à la « pittoresque et inefficace » manifestation du cours de Vincennes le avec les membres de ce qu'il appelle "son" organisation (qui pourrait être le groupe "Masses" auquel Bataille aurait adhéré, selon Marc Richir dans "Texture" , hypothèse non confirmée). L'orientation politique de "Masses "est incertaine bien que située à l'ultra-gauche, et ouverte aussi bien aux marxistes qu'aux non-marxistes. L'adhésion de Bataille à "Masses" pourrait avoir commencé en et pris fin en . Selon lui, la manifestation du cours de Vincennes est un échec. À ses yeux, le mouvement ouvrier européen se trouve engagé dans une impasse. La suite de l'Histoire lui donnera tort avec l'arrivée du Front populaire, puis raison avec l'arrivée d'Hitler. "Masses" est dirigé par René Lefeuvre, administré par Jacques Soustelle, et soutenu par Simone Weil. Bataille y rencontre Dora Maar. En novembre 1935 alors que la parution de "La Critique sociale " a cessé l'année précédente, et que Bataille vient d'écrire "Le Bleu du ciel", il fonde le mouvement « Contre-Attaque » qu'il dirige avec André Breton, avec lequel il s'est provisoirement réconcilié. Cette réconciliation donne la mesure de l'urgence, comme Bataille l'écrit lui-même dans une lettre à Roger Caillois : . "Contre-Attaque". "Union de lutte des intellectuels révolutionnaires" est signé à la fois par Bataille et André Breton, avant la rupture entre les deux hommes. "Contre-Attaque" est un mouvement hétéroclite. La première ligne du premier tract indique : « Violemment hostiles à toute tendance, quelque forme qu’elle prenne, captant la Révolution au bénéfice des idées de nation ou de patrie, nous nous adressons à tous ceux qui, par tous les moyens et sans réserve, sont résolus à abattre l’autorité capitaliste et ses institutions politiciennes ». "Contre-Attaque" pose aussi des problèmes symptomatiquement absents de toute idéologie révolutionnaire pudibonde. Bataille entraîne le groupe avec des appels à la violence. La première réunion publique a lieu le , la première manifestation publique le . Mais le Front populaire et les dissensions internes à "Contre-Attaque" auront raison de ce qui avait justifié le mouvement. "Contre-Attaque" disperse ce que Bataille avait réussi à sauver du groupe Souvarine. Le divorce entre Breton et Bataille devient définitif Bataille précise ce qu'est le mouvement hétéroclite « Contre-Attaque » dans plusieurs tracts : Il déclare encore dans « La patrie ou la terre » (article co-écrit avec Pierre Kaan) : Jean Piel avait amicalement surnommé « Contre-Attaque » « le mouvement fana. » La revue "Acéphale". En 1936, Bataille fonde la revue "Acéphale". Quatre numéros sur cinq sont publiés sous la direction de Georges Ambrosino, Pierre Klossowski et Georges Bataille. Le texte préliminaire de Bataille, intitulé « La conjuration sacrée », précise le sens du mot « Acéphale ». Il s'agit d'un être mythologique : Le , daté du , avec une couverture dessinée par André Masson, porte le titre de "Conjuration sacrée". Il est édité par Guy Lévis Mano. En décembre de la même année, dans la collection "Acéphale", Bataille publie "Sacrifices" pour accompagner cinq eaux-fortes d'André Masson (achevé trois ans plus tôt) est un ensemble de cinq eaux-fortes d'André Masson, accompagné d'un texte de Bataille. Peu après la parution du premier numéro de la revue, . Le () porte le titre "Nietzsche et les fascistes" (en couverture), ou "Réparation à Nietzsche" (sur la page du sommaire). Il dénonce les falsifications de l'œuvre de Nietzsche par les nazis et les fascistes. Les articles sont signés de Bataille, Jean Wahl, Roger Caillois, Jean Rollin, Jules Monnerot, Pierre Klossowski ; le numéro 3-4 (), illustré de quatre dessins par Masson, est consacré à Dionysos et comprend « Dionysos philosophe » par Jules Monnerot, « Les Vertus dionysiaques » par Roger Caillois, « Don Juan selon Kierkegaard » par Pierre Klossowski et « Chronique nietzschéenne » par Georges Bataille La « Note sur la fondation d'un Collège de Sociologie » parait sans la signature de Michel Leiris parmi la liste des participants. Aucun numéro d"Acéphale" ne paraît en 1938. Michel Leiris et Maurice Heine avaient pourtant rédigé un texte sur l'érotisme qui était censé paraître dans le numéro 4. Cette même année 1938, dans la collection de livres « Acéphale », dirigée par Bataille, parut "Miroir de la tauromachie" de Michel Leiris aux éditions Guy Lévis Mano. Le numéro 5 (), titré "Folie, Guerre et Mort", est anonyme, et comprend « La Folie de Nietzsche », « La Menace de guerre » et « La Pratique de la joie devant la mort », sorte d'exercice spirituel à l'usage d'un mystique athée. Entièrement écrit par Bataille, ce dernier numéro à paraître en 1939 fut préparé, mais finalement ne fut pas publié. . Surya remarque à son propos : Henri Dubief, qui a conservé les textes de Pierre Dugan, indique déjà l'orientation d'Acéphale qui est à la fois le projet d'une communauté et celui d'une religion, assez éloignée de la définition donnée par la suite par Georges Bataille. Cette communauté comprenait les membres suivants : Isabelle Farner, connue plus tard sous le nom de sculpteur Isabelle Waldberg, Georges Ambrosino, Pierre Klossowski, Patrick Waldberg, et peut-être aussi : Jacques Chavy, René Chenon, Henri Dubief, Pierre Dugan, Henri Dussat, Imre Kelemen. D'autres rejoindront le groupe plus tard. Mais une chose est certaine : Acéphale était d'abord un projet de religion, « farouchement religieux », selon la propre expression de Bataille dans « La conjuration sacrée ». La société secrète "Acéphale" se distingue de la revue homonyme. Les biographes et les critiques ne donnent pas tous les mêmes dates, ni les mêmes noms concernant les membres des trois communautés : Acéphale, Collège de sociologie, et Société de psychologie collective. Le Collège de sociologie était une activité externe à "Acéphale", dont le numéro 3/4 (juillet 1937) fait paraître une « Déclaration relative à la fondation d'un “Collège de sociologie” ». L'imbrication des trois communautés n'est pas claire, et Michel Surya insiste sur la part d'inconnu sur laquelle repose la légende d'Acéphale : En réalité, on sait peu de choses sur la société secrète "Acéphale", dans laquelle la folie de Georges Bataille s'est déchaînée au point que Michel Leiris lui écrit en : "Acéphale" (la société secrète) était le projet d'« une communauté », et d'une « religion », comme Bataille l'écrivit lui-même dans ses notes en commençant "Le Coupable" (projet de préface à "La Somme athéologique") : « je me croyais alors, au moins sous une forme paradoxale, amené à fonder une religion », projet qu'il qualifie d'« erreur monstrueuse », ce qui ne l'a pas empêché d'aller jusqu'au bout du possible, dépassant les limites, atteignant « l'illimité possible de la pensée », pour fonder une religion paradoxale : une religion de la mort de dieu. Est en même temps réaffirmée la place majeure que représente Nietzsche dans l'esprit de la communauté, comme de la revue : « La voix orgueilleuse et brisante de Nietzsche reste pour nous annonciatrice de la Révolution morale qui vient, la voix de celui qui a eu le sens de la Terre... Le monde qui naîtra demain sera le monde annoncé par Nietzsche, le monde qui liquidera "toute" la servitude morale. » En effet, c'est sous la figure tutélaire de Nietzsche, mais aussi Sade, Kierkegaard, Dionysos, Don Juan ou Héraclite, qu'Acéphale célèbre une exaltation tragique et dionysiaque de la vie, jusque dans la cruauté et la mort, comme le résume Michel Surya : « Nietzsche, le seul dans la communauté duquel [Bataille] ait vraiment vécu [...] Acéphale, entreprise convulsive, tragique - “monstrueuse” dira-t-il même après coup [...] mais nommément nietzschéenne. » En 1936, Bataille écrit dans « La conjuration sacrée » : . Cette déclaration n'est pas la présentation de la revue "Acéphale", mais celle de la société secrète homonyme dont "Acéphale (revue)" est le versant profane (exotérique), voire le prétexte, comme l'écrit Surya . , dont les premières réunions, d'après le souvenir de Pierre Prévost, auraient eu lieu dans une brasserie de la rue du Quatre-Septembre, la brasserie Gambrinus . Plus précisément, le au café du Grand Véfour, après un exposé de Caillois, qui développera le thème de « l'agressivité comme valeur », Bataille lit le sien, axé sur « l'angoisse de la violence » et une vision de « l'existence dans son ensemble » : l'homme étant « en proie à l'agressivité - à l'agressivité du dehors comme à la sienne propre [...] tous les comportements de l'homme qui sont en rapport avec l'ensemble de l'existence et non avec les fragments qui se trouvent dans l'activité utile sont des réactions en présence de l'agressivité. » Le groupe avait son "journal intérieur", un mémoire, où étaient consignés ses activités et les textes écrits par ses membres. Marina Galletti ajoute dans une note que ce mémoire « révèle également les noms des ». Avant l'exhumation et publication par Marina Galletti de tous les documents, lettres, textes rituels, serments, mémorandums existants, l'histoire d'Acéphale nous est parvenue par le biais des témoignages de Pierre Klossowski et de Patrick Waldberg, qui publia un texte sur son expérience dans la société secrète longtemps après les faits, rapportant notamment les rencontres dans la Forêt de Marly. Depuis, outre ce témoignage, de nombreux documents inédits relatifs à la société secrète (lettres et textes de Bataille surtout), relatant ces réunions nocturnes, leurs interdits, les rituels, ont été découverts, rassemblés et annotés par Marina Galletti sous le titre : "L'Apprenti Sorcier, textes, lettres et documents 1932-1939" (La Différence, 1999). Selon Michel Surya, ce livre « fait à peu près toute la lumière possible sur Acéphale », mais « pour décisifs que soient les faits établis par celui-ci, ils ne modifient pas sensiblement l'interprétation que j'en avais proposé. Tout au plus accentuent-ils le caractère de violence aiguë d'Acéphale, lui restituant sa vraie mesure. » Michel Surya précise (mais c'était avant la publication de "L'Apprenti Sorcier") que On peut inscrire certains rites d'Acéphale (communauté secrète) dans la mythologie de cérémoniaux initiatiques archaïques. À ce sujet, le témoignage de Pierre Klossowski est un des rares à lever le voile : « Le motif de la méditation suggérait sinon la forme matérielle d'un sacrifice rituel, du moins l'invocation de quelque célébration de celui-ci, sous les espèces d'un spectacle dont seuls les membres de notre société eussent été les témoins. » Michel Leiris a qualifié ces rites de « canulardesques », ainsi qu'il l'a déclaré dans un entretien avec Michel Surya. L'un consistait en un refus de serrer la main aux antisémites, l'autre en la commémoration place de la Concorde de l'exécution de Louis XVI, parce que selon Bataille, D'autres rites étaient culinaires : un repas quotidien dont le vin était proscrit. Un autre rite consistait à prendre le train gare Saint-Lazare pour aller jusqu'à Saint-Nom-la-Bretèche où la communauté allait dans la forêt pour faire brûler du soufre au pied d'un arbre foudroyé, signe de mort brutale. Un des rites les plus réguliers était une réunion nocturne, les jours de pleine lune, dans la forêt de Marly, non loin de Saint-Germain-en-Laye, autour de cet « arbre foudroyé » (qui rappelle le chêne sacré dont Dianus avait la garde dans le bois de Némi) et dans les ruines de l'ancienne forteresse de Montjoie. La notion de « lieu sacré » est au centre de ces rituels et réunions, et selon une mythologie de la forêt, de l'arbre acéphale et du « dieu qui meurt », faisant référence à James George Frazer, « c'est dans ce double lieu saint, comme l'explique Marina Galletti, que - annoncé par le surhomme nietzchéen, par l'homme intégral de Sade et par le "rex nemorensis" de Frazer - prend forme le mythe de l'homme acéphale, mythe d'une souveraineté qui, associant sa décapitation à celle de Dieu le père, se dessine “comme alternative, mais aussi comme portée extrême du politique”. »Chaque membre recevait un court billet résumant les moyens de s'y rendre. Chacun arrivait en silence et les nouveaux initiés, surnommés « larvae » par Bataille, étaient conduits en silence par Georges Ambrosino au point de réunion. Bernard Noël évoque la cassure des rapports entre Bataille et Leiris à ce moment-là. Longtemps avant "Acéphale", Bataille avait souhaité fonder d'autres sociétés secrètes. L'une d'elles avait été envisagée dès 1925 (ou 1926) avec Masson, Leiris et un émigré russe nommé Nicolai Bakhtine (frère de Mikhaïl Bakhtine), et conçue à partir de principes nietzschéens avec une tendance religieuse orphique. « Leiris avait alors proposé de donner à cette société le nom de “Judas” », mais l'idée fut abandonnée. Quelque temps après Acéphale, les discussions et les écrits de la communauté trouvent un écho dans les fragments, non publiés du vivant de Bataille, du "Manuel de l'Anti-Chrétien", vision du monde et d'une religion anti-chrétienne, à la fois tragique et mythique, dans la lignée de l'esprit nietzschéen, énoncée notamment dans un texte intitulé « Les onze agressions » : « 1- La chance contre la masse. 2- L'unité communielle contre l'imposture de l'individu. 3- Une communauté élective distincte de la communauté de sang, de sol et d'intérêts. 4- Le pouvoir religieux du don de soi tragique contre le pouvoir militaire fondé sur l'avidité et la contrainte. 5- L'avenir mouvant et destructeur de limites contre la volonté d'immobilité du passé. 6- Le violateur tragique de la loi contre les humbles victimes. 7- L'inexorable cruauté de la nature contre l'image avilissante du dieu bon. 8- Le rire libre et sans limite contre toutes les formes de piété hypocrite. 9- L'“amour de la destinée”, même la plus dure contre les abdications des pessimistes ou des angoissés. 10- L'absence de sol et de tout fondement contre l'apparence de stabilité. 11- La joie devant la mort contre toute immortalité. » Il est arrivé à Bataille de souhaiter l'irrémédiable, un sacrifice humain qui liât les conjurés, mais l'irrémédiable n'a pas eu lieu, surtout parce qu'aucun membre n'était volontaire, et que seul Bataille se présentait pour être sacrifié, ce que les trois autres membres présents ont refusé. C'est Patrick Waldberg qui rapporte les faits : « la dernière rencontre au cœur de la forêt nous n'étions que quatre et Bataille demanda solennellement aux trois autres de bien vouloir le mettre à mort, afin que ce sacrifice, fondant le mythe, assurât la survie de la communauté. cette faveur lui fut refusée. Quelques mois plus tard se déchaînait la vraie guerre qui balaya ce qui pouvait rester d'espoir » ; ajoutant ce commentaire : « Jamais peut-être n'avaient été associés un aussi formidable sérieux à une puérilité aussi énorme en vue de porter la vie à un certain degré d'incandescence et d'obtenir ces “instants privilégiés” auxquels nous aspirions depuis l'enfance. » Roger Caillois était absent, mais c'est pourtant à lui, et à Patrick Waldberg, que l'on doit les premiers témoignages sur Acéphale. En ce qui concerne les membres de la société secrète, Michel Surya tente de distinguer ceux qui y participèrent effectivement, et ceux qui en rapportèrent les faits. D'où une certaine confusion : Caillois raconte lui-même, dans un entretien, que Bataille lui aurait confié le rôle de "sacrificateur" ; mais ce témoignage paraît aussi douteux que ceux des autres « témoins » sur la question du « sacrifice humain », Michel Surya faisant ce commentaire : « On imagine assez mal Bataille confier à un non-“conjuré” le rôle majeur du sacrificateur dans cette cérémonie extravagante. » Plus tard, Bataille prit conscience de sa « monstrueuse intention », celle de fonder une religion, ce qu'il exprimera ainsi : , qui consistait à « tout mettre en jeu ». Mais Michel Surya lève toute ambiguïté sur cette déclaration de Bataille, précisant qu'il n'a jamais fait allusion à un sacrifice humain : ce que Bataille qualifia plus tard de « monstrueux ce n'est pas ce projet de sacrifice (jamais il n'a avoué l'avoir eu), mais celui de fonder une religion. » Avec l'invocation de la mort, Mais bientôt Bataille n'est plus que chagrin devant la maladie de sa compagne Colette Peignot, connue sous le pseudonyme de Laure. Elle est également surnommée « la Laure de Georges Bataille ». Il est entouré par quelques rares amis pendant l'agonie de la jeune femme : . Bataille avait rencontré Laure en 1931 alors qu'elle vivait avec Boris Souvarine. Il en devient le compagnon en 1935 alors qu'il ne reste à la jeune femme, atteinte de tuberculose, que trois années à vivre. Elle meurt en effet le à huit heures quinze le matin, et son décès met en présence deux clans : d'un côté Bataille et ses amis, de l'autre la famille Peignot, très chrétienne, qui espérait un retour des mécréants dans le giron de l'Église. Lors de son agonie, tous se demandent s'il va faire un signe de croix, les uns avec espoir, les autres avec crainte. Leiris fera un signe de croix à peine esquissé, mais Bataille reste ferme sur ses positions agnostiques, et quand il est interrogé sur la possibilité d'une cérémonie religieuse, affirme que Collège de sociologie et Société de psychologie collective. En 1937, Bataille participe aux deux « institutions savantes » : le Collège de sociologie et la Société de psychologie collective. Fondée à partir de groupes d'études d'ethnographie psychologique, la "Société de psychologie collective" est directement reliée aux deux autres groupes ("Acéphale" et le "Collège"). Elle réunit les docteurs René Allendy et Adrien Borel, ainsi que Paul Schiff, Pierre Janet, Michel Leiris et Bataille. Pierre Janet est le membre le plus connu, Bataille est vice-président, Allendy est secrétaire-trésorier. La Société a pour but d' Au programme du Collège de sociologie les trois premiers sujets sont l'étude du pouvoir, celle du sacré et celle de la mort, et ces sujets doivent embrasser « l'activé totale de l'être », position intenable selon Michel Leiris qui expose son opinion dès 1939 dans une lettre adressée à Bataille. Plus tard, Bataille décrit le Collège de sociologie comme une activité extérieure à la revue "Acéphale" ; néanmoins, le Collège donne des conférences sur des thèmes qui sont au cœur d"Acéphale" : le sacré, les mythes, Hegel, la tragédie, le chamanisme, la révolution entre autres. Denis Hollier a rassemblé tous les textes des conférences, les documents et discussions relatifs au Collège dans son recueil "Le Collège de Sociologie. 1937-1939" (Gallimard, 1979, nouvelle édition augmentée en 1995), comprenant les textes de Georges Bataille, Roger Caillois, Georges Duthuit, René M. Guastalla, Pierre Klossowski, Alexandre Kojève, Michel Leiris, Anatole Lewitzky, Hans Mayer, Jean Paulhan, Denis de Rougemont, Jean Wahl (et autres). Au début de l'année 1937, les réunions préparatoires du Collège de sociologie eurent lieu dans un café, à l'époque poussiéreux, du Palais-Royal, le Grand Véfour. En , Bataille s'exprima sur « l'Apprenti sorcier », Roger Caillois lut une esquisse de son texte « Le vent d'hiver ». Le numéro 3 de "Acéphale" publia une « Note sur la Fondation d'un Collège de Sociologie », signée de Bataille, Caillois, Ambrosino, Klossowski, Monnerot, Libra. Michel Leiris était très ostensiblement absent de la liste et pour cause : sa première participation ne commencera qu'en , avec une conférence intitulée « Le Sacré dans la vie quotidienne ». La première conférence du Collège de sociologie intitulée : « La sociologie sacrée et les rapports entre “société”, “organisme” et “être”, se tint le , dans l'arrière-boutique d'une librairie (les Galeries du livre) au 15 rue Gay-Lussac. Roger Caillois précise les enjeux : Bataille propose une interprétation de la société comme « être composite dont chaque partie est égale au tout ». Par la suite, Avec "Acéphale", Bataille a en vue la fondation d'une sorte d'« église » qui devait fonctionner comme une société secrète, dont les membres se donnaient rendez-vous dans la forêt pour débattre et avaient l'interdiction de parler à quiconque des conversations tenues là. Leiris a été sceptique dès le début, très vite, il prend du recul, la direction du collège de sociologie se réduit alors à deux membres : Caillois et Bataille. En concurrence avec Bataille qui règne sur "Acéphale", Caillois entend régner sur le Collège de Sociologie : Puis Bataille reste seul à la tête de cette entreprise Leiris dénonce alors Bataille avec lequel il se brouille, et Caillois l'abandonne. . La Société de psychologie collective compte notamment Michel Leiris, Bataille et Georges Duthuit. Bataille y a donné sa première conférence le intitulée « Attitude devant la mort », indiquant ainsi l'importance du sujet. Elle n'a duré qu'une année, le collège deux années, la revue Acéphale deux ans. La fin du collège de sociologie en 1939 est d'une part due à la guerre : d'autre part à 'abandon de Bataille par les co-initiateurs du projet : Caillois est parti en Argentine, et Michel Leiris s'est retiré, fâché. Bataille prononce donc seul le discours du , devant l'auditoire du collège . La pensée de Bataille, au moment du "Collège" Postulant qu'il existe au cœur de tout lien social des forces violentes [... ] Pendant la guerre et l'après guerre. Les inimitiés et les attaques. La première attaque est lancée dans un tract du intitulé "Nom de Dieu !", destiné à ridiculiser Bataille par des membres du groupe surréaliste La Main à plume qui l'affublent du titre de « Monsieur le Curé », ou encore le « chanoine Bataille ». Michel Surya juge l'intérêt de ce pamphlet « anecdotique. Faible littérairement autant que confus [...] il ne témoigne que de l'embarras et de la hargne où Bataille continue de jeter un certain nombre de ses contemporains [...] » Selon lui, il s'agit . Ce tract visait surtout la collaboration de Bataille à la revue "Messages". Il écrit dans une lettre, de , à son collègue de la Bibliothèque nationale Jean Bruno : « J'ai vu un tract surréaliste qui me met violemment en cause après la publication de mon livre ; je suis traité de curé, de chanoine... Pas d'intérêt sinon comique. » D’autres encore attaquent violemment "L’Expérience intérieure", comme le très chrétien Gabriel Marcel : . Mais le plus virulent est Jean-Paul Sartre qui qualifie l’ouvrage « d’essai-martyre ». Il décèle dans l’ouvrage l’influence de Nietzsche, et de Pascal. Bataille est très affecté par l’agressivité de Sartre. Le différend entre les deux hommes ne s’estompa jamais complètement bien que, par la suite, Sartre se fût montré plus attentif aux propos de Bataille, et plus amical. Georges Bataille lui-même reconnaît que s'il a été traité de « nouveau mystique », il en est lui-même responsable : En , Bataille s'installe à Vézelay avec Denise Rollin et son fils âgé de quatre ans. Michel Fardoulis-Lagrange, rencontré deux ans plus tôt et recherché par la police pour présomption de propagande communiste, les rejoint dans leur maison. C'est là qu'il achève son troisième livre, "Le Grand Objet Extérieur". Sylvia Bataille et son compagnon (futur mari) Jacques Lacan, pour lesquels Bataille a réservé à quelques pas de chez lui, une grande maison sur la place de la basilique, devaient les y rejoindre, ce qui ne se fit pas. Seule Laurence, fille de Georges et de Sylvia, rejoint son père, et habite avec lui. Elle a alors treize ans. La maison est pauvre et vétuste, Bataille y séjourne de mars à . Celle qu'il a réservée pour Lacan et Sylvia est finalement occupée par Diane Kotchoubey de Beauharnais qui s'y installe avec sa fille. Diane vient d'être libérée d'un camp d'internement près de Besançon. C'est grâce à une invitation lancée par le mari de Denise Rollin, de passage à Vézelay pour voir son fils, que Bataille et Diane se rencontrent et qu'ainsi Bataille se trouve partagé entre deux relations amoureuses : Diane et Denise. Mais dès , de retour à Paris, il se sépare de Denise et se trouve de la sorte sans logement. Grâce à Pierre Klossowski, il trouve refuge dans l'atelier du peintre Balthus qui est le frère de Klossowski. Dans cet atelier, que Jean Piel qualifie de grenier, il vit caché pour échapper à l'ire du mari de Diane qui, bien décidé à tuer l'amant de sa femme, renonce finalement en apprenant que Bataille est malade (il est tuberculeux). Il n'y eut qu'une brève échauffourée dont Bataille ne fait le récit nulle part. En 1944 Bataille rencontre souvent Sartre chez Michel Leiris. Une sorte d'estime mutuelle a remplacé l'agressivité, sans qu'il y ait réelle amitié entre les deux hommes. Il rencontre aussi Henri-François Rey avec lequel il forme le projet d'écrire un scénario de film pour enfin gagner quelque argent. Selon Henri-François : En , Bataille quitte Paris pour s'installer à Samois-sur-Seine, non loin de la maison de Bois-le-Roi où Diane Kotchouny réside. Cela fait maintenant deux ans qu'il est atteint de tuberculose pulmonaire. Il doit se rendre à Fontainebleau pour y recevoir des soins. Diane l'accompagne parfois, mais Bataille est souvent seul. C'est aussi l'époque où il écrit (entre 1942 et 1944) son récit sans doute le plus scandaleux, "Le Mort", qui ne sera publié qu’en 1964, après sa mort. Il écrit aussi "Julie", curieux livre qui ne sera publié que de manière posthume (dans le tome IV des "Œuvres complètes") et dans lequel la guerre est très présente, ce que commente ainsi Michel Surya : Les amitiés et les travaux communs. Bataille est en zone libre dès , mais dès le début du mois d'août, il s’installe de nouveau à Paris au 259 rue Saint-Honoré. Il habite tantôt là, tantôt chez Denise Rollin, sa nouvelle compagne depuis 1939, et avec laquelle il vit jusqu’en 1943. Denise habite 3 rue de Lille, c’est dans son appartement que vont avoir lieu à partir de 1941 des réunions d’amis de Bataille autour du projet du Collège d'Études socratiques. À cette époque, Bataille écrit "Madame Edwarda", "L'Expérience intérieure" et "Le Coupable". Pierre Prévost présente Maurice Blanchot à Bataille en . Dans les années 1930, Blanchot est un journaliste « plutôt de droite et même très à droite » : il écrit pour le "Journal des débats", "Le Rempart", "Combat", "L'Insurgé". Il partage certaines idées de Emmanuel Levinas, son camarade d'études, et c'est à cette époque qu'il publie son premier roman "Thomas l'obscur" (1941) et travaille à son essai "Faux pas". , aux éditions du Solitaire (nom d'éditeur inventé), en décembre 1941. Le pseudonyme de Pierre Angélique renvoie Angèle de Foligno, auteur du "Livre des visions et instructions". Michel Surya souligne la complexité des rapports entre Bataille et Blanchot : Bataille a dix ans de plus que Blanchot, il a déjà une carrière derrière lui, Blanchot en est à ses premières publications. C'est aussi aux positions politiques de Bataille que Blanchot le maurrassien se ralliera. mais c'est à un tout autre niveau qu'il est intéressant de situer la rencontre des deux hommes. L'un et l'autre sont seuls, ont perdu tout lien avec leur communauté. Et ce besoin de communauté pourrait être le lien le plus fort : . L'amitié avec Bataille, Blanchot l'évoquera dans son essai "L'Amitié" (1971), sera indéfectible, jusqu'à la mort de Bataille, avec une exigence commune quant à la littérature, au silence qui lui est lié, et un souci de l'autre marqué du sceau de la discrétion, Blanchot étant très attaché au retrait de l'auteur et à son effacement personnel. Les citations (dans les essais de Bataille ou de Blanchot) de l'un ou de l'autre, comme les dédicaces en sont une illustration éloquente, Blanchot écrivant ainsi dans une de ses dédicaces à Bataille : « le seul proche dans l'extrême lointain ». Bataille avait d'ailleurs un projet d'études, abandonné, intitulé « Les récits de Maurice Blanchot », et envisagea d'inclure dans le deuxième volume de la "Somme athéologique" un essai intitulé « Maurice Blanchot ». En effet, Bataille admire beaucoup Blanchot et subit même une certaine influence de sa part (dont témoigne "L'Expérience intérieure", avec notamment l'idée que l'autorité s'expie). Blanchot est par ailleurs le premier à écrire un compte rendu de "L'Expérience intérieure" en 1943. Bataille a terminé "Madame Edwarda" en octobre 1941, se consacrant aussitôt à un petit texte "Le Supplice" qui deviendra la partie centrale de "L'Expérience intérieure", premier livre publié sous son nom réel d'auteur, Georges Bataille (mis à part la plaquette "Notre-Dame de Rheims", en 1918). De nombreux projets communs sont prévus. Bien peu verront le jour. Ce qui compte pour Bataille en 1941, ce sont les discussions informelles, les échanges d'idées, la communauté d'idées qu'ils explorent ensemble. Ils décident de créer un groupe : le collège Socratique, dont les deux maximes essentielles pour Bataille sont « connais-toi toi-même » et « Je ne sais qu'une chose: c'est que je ne sais rien » ce qui, ironiquement était à la base de « l'Expérience intérieure » et du « Non-savoir ». Bataille établit un programme de conférences dont les sujets vont de la condition physique à la philosophie, de la religion, à la tradition poétique. Bataille donne aussi des lectures partielles de "L'Expérience intérieure" qu'il est en train d'écrire. Chaque membre se présente à chaque séance. La première réunion a lieu dans un restaurant rue de Ponthieu, la deuxième dans les locaux de la Jeune France, une association culturelle soutenue par le gouvernement de Vichy, puis finalement dans l'appartement de Denise Rollin. Les lectures-débats organisées par Bataille réunissent deux cercles d’assistants. Le premier comprend Queneau, Leiris, Fardoulis-Lagrange, le deuxième Pierre Prévost, Xavier de Lignac, Petitot. Maurice Blanchot fait partie des deux groupes. Ces réunions semblent, selon les témoignages de Fardoulis et de Prévost, avoir consisté pour l’essentiel en des lectures de passages de "L’Expérience intérieure", suivies de débats autour de questions se rattachant à cet ouvrage publié en 1943. Les réunions se poursuivent jusqu’en . Cette communauté d’amis, "communauté inavouable", se révèle bientôt un échec, Michel Surya parlant de « la communauté de l'impossible à l'impossible communauté ». Il n'est pas certain que l'amitié avec Blanchot ait été très avouable, au moins à cette époque ; comme le remarque Mathieu Bietlot, Néanmoins, si la correspondance connue et publiée entre les deux hommes est si minime, il convient de mentionner que c'est dû au fait que Blanchot a toujours refusé, sauf exceptions, de rendre publique sa correspondance; Michel Surya précise que « selon Diane Bataille, le plus grand nombre des lettres écrites par Maurice Blanchot à Georges Bataille aurait intentionnellement été détruit par celui-ci avant sa mort. Maurice Blanchot aurait d'ailleurs fait de même (aux termes d'un accord qui les liait ?) des lettres reçues de Bataille dès qu'il apprit la mort de celui-ci. » Cependant c'est encore avec Blanchot que Bataille s’engage dans un nouveau projet en 1944. Il fonde un cahier intitulé "Actualité", avec Pierre Prévost, qu'il souhaite au départ développer en une collection d'essais chez Calmann-Lévy, et qui devait donner lieu à plusieurs parutions. Le premier volume intitulé "L'Espagne libre" couvre les dix ans de l'histoire espagnole qui ont suivi la guerre civile. Le second propose d'étudier sous l'angle international les questions économiques et les sciences sociales, le troisième envisage une étude des rapports entre la littérature et la politique en France. Pierre Calmann-Lévy n'accepte de publier que le premier volume, préfacé par Camus, et qui comporte entre autres les signatures de Bataille, Blanchot, Albert Ollivier, Roger Grenier, Federico García Lorca, W. H. Auden. Blanchot assurant la direction, sa présence est assez importante, comme en témoigne une lettre qu'il envoie à Bataille en 1946 pour lui réclamer un article en retard. Ce cahier traitant de politique, et en particulier de l’Espagne, ne comporte qu’un seul volume qui est édité en 1946 aux éditions Calmann-Lévy. Il est intitulé "L’Espagne libre". Albert Camus déclare dans la préface : . La question de l’Espagne est d’ailleurs une blessure faite à toute l’Europe. Elle met en cause la question démocratique. Et selon Jean Cassou qui laisse éclater sa rage, c’est en Espagne qu’a commencé la tragédie européenne. La présence de Maurice Blanchot à la direction d' "Actualité" témoigne du retournement politique qu'il a opéré pendant la guerre. En 1937, il s'était montré violemment antirépublicain, très hostile à Léon Blum et à la politique d'aide aux « rouges » espagnols. La Revue "Critique". En 1946, Bataille est présenté à Maurice Girodias à l'automne 1945 par Pierre Prévost. Girodias accepte de fonder avec Bataille la revue "Critique" que Sylvie Patron décrit comme « une encyclopédie de l'esprit moderne ». Elle porte en sous-titre "Revue générale des publications françaises et étrangères" et paraît en . L'objectif est de publier des études sur tous les livres considérés comme importants en France comme à l'étranger afin de constituer un « condensé de la production imprimée du monde entier ». Sous la direction de Bataille, le comité de rédaction comprend Maurice Blanchot, Jules Monnerot, Pierre Josserand, Albert Ollivier et Éric Weil. "Critique" est une somme, les études publiées sont beaucoup plus longues et plus complètes que de simples comptes-rendus critiques. Maurice Girodias, directeur des Éditions du Chêne, a d'abord proposé à Pierre Prévost la création de cette revue. La proposition a rebondi de Prévost à Blanchot et à Bataille, qui forme le projet d'une mise en débat des idées. Mais "Critique", dont le titre initial donné par Bataille était "Critica", ne devait pas être une revue d'idées pures, mais de commentaires critiques de livres d'idées, d'où le titre finalement choisi. Lors d'un entretien que Bataille donne le au "Figaro littéraire", qui fait suite au prix de la meilleure revue décerné à "Critique" par les journalistes, la notion d'engagement politique est écartée a priori. Dans ce même entretien, Bataille précise qu'il s'agit de chercher « les rapports qu'il peut y avoir entre l'économie politique et la littérature, entre la philosophie et la politique », et déclare avoir emprunté à l'une des plus anciennes revues françaises le "Journal des savants", l'idée d'une "Critique" paraît à un moment où la compétition est dure dans le monde de la presse. Des journaux comme "Combat" (de gauche) et la revue "Esprit" (tendance catholique) sont bien établis. À cette époque, la revue de Sartre, "Les Temps modernes", est prédominante dans les milieux intellectuels, car elle défend la « littérature engagée », avec des plumes prestigieuses. "Critique" n'a aucune ligne précise : Pierre Prévost et Albert Ollivier y rejettent le communisme tandis que Éric Weil le défend, Blanchot est au centre, rejetant le rejet du communisme, tout comme Bataille qui tient la même position centriste. Les querelles sont vives au sein de la rédaction ; par exemple Éric Weil s'oppose aux publications des ouvrages du marquis de Sade, alors que Bataille s'en fait le défenseur. À partir de 1950, la revue est éditée par Les Éditions de Minuit. Bataille y publie de très nombreux articles dont certains sont ensuite rassemblés, remaniés ou augmentés, dans des essais à part entière. En 1947, Bataille se trouve au plus près de l'analyse rationnelle de la situation économique. Il soutient le plan Marshall de Truman. 16 pays étaient alors réunis à Paris. De cette réunion naît en l'OCDE, d' à les États-Unis ont fourni à l'Europe douze milliards de dollars pour 5/ sous forme de don, et 1/6 sous forme de prêt. Dans le numéro 8-9 de janvier-février de "Critique", il formule de manière prémonitoire l'ébauche d'un projet d'aide que Marshall rend public le . Ainsi le mouvement normal et nécessaire de l'activité américaine devrait aboutir à l'équipement du globe entier, sans contrepartie selon Bataille. Mais tout en encourageant le plan Marshall, il « défend » tout à coup l'Union soviétique, cherchant à comprendre la partition du monde en deux blocs. Bataille est désemparé, de nouveau désespéré. Il hait la bourgeoisie. Mais que valent les communistes ? Bataille les définit ainsi : ils offrent « le saut dans la mort », mais quiconque ne le fait pas est assimilable à un bourgeois. Bataille lui-même refuse de se rallier à la bourgeoisie, mais refuse aussi de faire le "saut dans la mort" ; il cherche à « comprendre comment le monde soviétique, lourd, exténué, coercitif, est un monde de servitude ; un monde où il n’y a d’autre possible que le travail ». Mais il s’insurge contre la plate protestation morale, inefficace avant guerre, inefficace aujourd'hui. Si le Kremlin cherche une domination mondiale, il ne suffit pas de s'en indigner, il faut agir : la paix n’est possible qu’armée. Bataille ne sera jamais pacifiste. « On mesure mal à quel point il est vain de proposer ce monde-ci au repos. Repos, sommeil ne pourraient être à la rigueur que prodromes de la guerre. » C’est finalement une chance pour l’Occident que l’Union soviétique fasse peser sur lui la crainte d’une menace, cela le fait échapper à la paralysie. La menace se résume en trois points : la « police secrète » ; le « bâillonnement de la pensée », les « camps de concentration ». À partir de là, Bataille abandonne l’ethnologie et la politique pour se consacrer davantage à l’économie, dans une approche anthropologique, ce qu'il nomme « l'économie générale », avec le projet sous-jacent, qu'il caressa toute sa vie, d'écrire une histoire universelle. Ainsi, à l'encontre de l'économie classique, mêlant réflexions sur le pouvoir, la politique, la religion, l'économie, la métaphysique, la physique et la biologie, "La Part maudite" (publiée aux Éditions de Minuit en 1949) apparaît comme un vaste projet de repenser le monde et l'humanité à partir de « la notion de dépense ». C'est ainsi que Bataille conclut son essai par des propos iconoclastes, car « il s'agit, selon lui, d'en arriver au moment où la conscience cessera d'être conscience de "quelque chose". En d'autres termes, prendre conscience du sens décisif d'un instant où la croissance (l'acquisition de "quelque chose") se résoudra en dépense, est exactement la conscience de soi, c'est-à-dire une conscience qui n'a plus "rien pour objet". [...] Il s’agit pour un homme de ne pas être seulement une chose, mais d’être souverainement. ». Michel Surya y voit « la première tentative d'une métaphysique de la marchandise », qui inspirera par la suite de nombreux penseurs des sciences humaines, économistes, philosophes, anthropologues ou sociologues. Et il fait le commentaire suivant : De Vézelay à Orléans. Si, pendant l'année 1944 l'activité littéraire de Bataille à Samois a été intense (il a écrit de nombreux poèmes dont "L'Alleluiah", poème d'amour destiné à Diane, publié en 1947) à Vézelay, où il s'établit de 1945 à 1949, sa création littéraire est faible. Il écrit beaucoup pour "Critique". En 1947, il publie notamment "Méthode de méditation", "L'Alleluiah, catéchisme de Dianus", "Histoire de rats (Journal de Dianus)", "Haine de la poésie" (qui sera rééditée en 1962 sous le titre "L'Impossible", suivi de "Dianus" et de "L'Orestie"). Il écrit en 1948 une "Théorie de la religion" qui est annoncée pour 1949, mais ne paraîtra pas de son vivant. L'essentiel de son travail consiste à remanier, augmenter et rassembler certains textes en une somme cohérente pour donner suite à deux grands projets : d'une part prolonger "La Part maudite", avec "L'Histoire de l'érotisme" (1950-1951, première version de "L'Érotisme") et "La Souveraineté" (1953-1954), dont ne parurent que quelques chapitres donnés à des revues ; et d'autre part réunir ses grands essais « philosophiques » écrits pendant la guerre. C'est ainsi qu'il rassemble "L'Expérience intérieure", "Le Coupable", "Méthode de méditation" et "Sur Nietzsche" sous le titre "La Somme athéologique". Bataille reste alors un certain temps sans écrire, mais forme un grand nombre de projets dont celui d'une "Histoire universelle", à laquelle il songe depuis 1934, et dont il compte faire une histoire de l'art. De ce projet naîtront "La Peinture préhistorique. Lascaux ou la naissance de l'art" et "Manet" en 1955, "L'Érotisme" en 1957 et "Les Larmes d'Éros" en 1961. Dès , Bataille écrit à Albert Camus pour lui dire qu'il souhaite rassembler les articles qu'il a publiés sur lui dans "Critique", sous le titre "Albert Camus : moralité et politique". Il se propose de situer Camus par rapport à Nietzsche et Sade, entre surréalisme et existentialisme, entre le stalinisme et le plan Marshall. Camus est parmi les visiteurs de Carpentras à partir de 1949. Et en 1951, Bataille fait paraître un article dans le numéro 55 de décembre de "Critique" pour défendre "L'Homme révolté" contre les attaques de Breton, ainsi que dans le numéro 56 de janvier. Mais pendant toute la période de Vézelay, il est isolé et se débat dans des problèmes d'argent. Selon Jean-Jacques Pauvert, Bataille était alors au bord de la mendicité, ayant brûlé le patrimoine que sa mère lui avait laissé en 1930, ce qui le pousse à reprendre son emploi de bibliothécaire. Chaque fois qu'il parle de cette nouvelle situation, il en souligne le caractère d'obligation, répétant qu'il a dû se faire bibliothécaire, regrettant de ne pouvoir se consacrer à sa revue "Critique". En 1949, Bataille reçoit sa nomination de conservateur à la Bibliothèque Inguimbertine de Carpentras où il s'installe de 1950 à 1951. Le chartiste, qui a fait toute sa carrière à la Bibliothèque nationale, est en disponibilité depuis sept ans à cause d’une tuberculose. Il arrive à Carpentras avec Diane Kotchoubey de Beauharnais, qu'il épouse en 1951. Là, il invite ses amis Albert Camus et René Char, directeurs de la revue "Empédocle", ainsi qu'Albert Béguin, cofondateur de la revue et Jacques Dupin, secrétaire de rédaction, avec lequel il se lie d’amitié. Il y publie "Comment dire ?" La période de Carpentras est l'une des plus difficiles dans la vie de Bataille. Ni Diane Kotchoubey ni lui-même ne s'y plaisaient vraiment. L'éloignement de Paris et de ses amis lui était pénible bien qu'il assistât aux corridas de Nîmes en compagnie de René Char, Pablo Picasso, Claude Lefort, et Michel Leiris, qui avait été le témoin de mariage de Georges Bataille avec Sylvia Maklès en 1928. Lorsqu'il était conservateur de la Bibliothèque Inguimbertine, Bataille aurait réuni une importante collection d’ex-votos, en particulier ceux de Saint Gens. Son fonds aurait servi de support au court-métrage du CNRS intitulé : "Saint Gens, patron des fiévreux et fidèle intercesseur de la pluie et du beau temps", tourné par Jean Arlaud à Monteux et au Beaucet. Des lettres de cette période témoignent d'une grande dépression : « Je sors d'une période d'une grande apathie » ; La solitude de Bataille entre 1949 et 1951 est celle d'un homme contraint de reprendre un emploi à regret, dans une ville qu'il n'aimait pas. La suspension de "Critique" le jette dans une vacuité intellectuelle. Aussi demande-t-il sa mutation pour Orléans, qu'il obtient à l'été 1951. Au cours de l’année 1950, ses rencontres avec René Char, son voisin de l'Isle-sur-la-Sorgue, débouchent sur une estime et une amitié sincères. Peu après le lancement de la revue "Critique" que dirige Bataille, le poète lui avait écrit : « Toute une région majeure de l’homme dépend aujourd’hui de vous ». René Char a posé, en mai de cette année-là, dans sa revue "Empédocle", cette question à tous les écrivains : « "Y a-t-il des incompatibilités ?" » Il s’adresse ainsi à ses « compagnons d’écriture » : . Bataille, qui lui avait envoyé depuis 1946 une grande quantité d’aphorismes, répond à son enquête par un long texte, intitulé "Lettre à René Char sur les incompatibilités de l’écrivain", dans lequel il défend une conception insubordonnée de la littérature, à l'opposé de l'engagement sartrien. Bataille assiste à plusieurs corridas à Nîmes lors de son séjour à Carpentras ; l’épisode du matador Manuel Granero et de sa blessure mortelle avaient déjà été évoqués dans "Histoire de l’œil" : . Bataille s'y expose avec tous ses fantasmes, depuis la frénésie sexuelle, les références à l'urine, l'orgasme, l'œuf, l'œil, toutes images cristallisant ses fantasmes, dont le seul rapport avec la tauromachie, selon Berman est que Bataille se livre comme le torero au milieu de l'arène. Toutefois, la plupart des écrits sur le rôle sacrificiel de la tauromachie et son lien avec les mythes antiques est à mettre au crédit d’une école fondée par Leiris, Montherlant et d’autres écrivains "aficionados". Cette théorie rattache la tauromachie à l’Antiquité grecque en s’inspirant des mythes de Mithra, du Minotaure et du sacrificiel. Sans doute à cause de sa proximité avec Michel Leiris, inventeur de la « révélation d’un culte du taureau » en 1926, en compagnie de Picasso, « lors d’une corrida médiocre à Fréjus », on a assimilé Bataille à un fervent amateur de tauromachie. Mais sa présence dans les arènes, initiée en Espagne en 1922, ne reprend qu'à partir de 1950, date à laquelle il est muté à Carpentras. Dans le de la revue "Documents", entièrement consacré à un hommage à Picasso, en 1930, Bataille évoque le culte mithriaque dans son article « Soleil pourri ». Il n'y rattache aucunement la corrida au culte du taureau, mais fait un rapprochement entre le soleil, Mithra et Prométhée : « Mythologiquement, le soleil regardé s’identifie avec un homme qui égorge un taureau (Mithra), avec un vautour qui mange le foie (Prométhée) ; celui qui regarde avec le taureau égorgé ou avec le foie mangé. » Il développe la notion de "culte mithriaque" en rappelant que dans l'Antiquité, ce culte du soleil se faisait dans une fosse. Des hommes s'y tenaient nus, tandis qu'un prêtre sur un clayonnage au-dessus d'eux égorgeait un taureau : « le taureau lui-même est aussi pour sa part une image du soleil, mais seulement égorgé. » Bataille est nommé conservateur de la Bibliothèque municipale d’Orléans, où il s’installe avec son épouse et leur fille en 1951. C'est d'ailleurs à Orléans que certains de ses livres « les plus lourds, les plus pénibles - et les plus “scandaleux” » ont été écrits : "Histoire de l'érotisme", "La Souveraineté", « textes où la dimension tragique et éveillante de la mort est la plus considérable », mais aussi "Ma mère". Les dernières années. Lascaux et Manet. En , Bataille se rend à Montignac pour visiter la grotte de Lascaux, mise au jour en , avec son ami Albert Skira. Cette visite est surtout destinée à convaincre l'éditeur de publier un volume sur la préhistoire de l'art dans sa collection « Les grands siècles de la peinture ». Bataille a déjà visité la grotte de Lascaux dès la fin de l'année 1952. Il écrit : En il a donné à Orléans une conférence sur Lascaux. Bataille a travaillé sur le sujet à la fois comme archéologue, anthropologue, spécialiste de la préhistoire, en s'appuyant sur l'avis d'experts, surtout l'abbé Breuil, avec lequel il a de fréquentes discussions, l'abbé André Glory, qui s'occupe des relevés, études des objets et peintures de Lascaux, et les ouvrages de Fernand Windels, Johannes Maringer ou Horst Kirchner. La préhistoire fascine Bataille depuis 1920, et dans la revue "Documents" (1930, ), il avait déjà publié un article intitulé « L'art primitif ». Dans les années 1952-1953 il a déjà écrit plusieurs articles, sur la préhistoire et l'art pariétal, notamment « Le passage de l'animal à l'homme et la naissance de l'art », ou « Au rendez-vous de Lascaux, l'homme civilisé se retrouve homme de désir ». Son livre porte le titre "La Peinture préhistorique. Lascaux ou la naissance de l'art", et paraît chez Skira en 1955. Peu après avoir terminé "Lascaux", l'écrivain s'attache à écrire une « étude complémentaire  de la modernité » telle qu'elle est révélée par la peinture d' Édouard Manet, auquel il s'est intéressé très tôt, à l'époque où sa cousine, Marie-Louise Bataille, écrivait sur ce sujet, en collaboration avec Georges Wildenstein et Paul Jamot, et dont les travaux ont servi de source à Bataille pour son propre livre. Skira a publié les deux livres "Lascaux ou la naissance de l'art" et "Manet" à la fois en français et en anglais. Pour Bataille, l'ère moderne de la peinture moderne commence avec Manet. Avec "Olympia", Manet renverse la rhétorique de la représentation, l'indifférence dans le regard de cette femme nue, rappelle à Bataille celle de "Madame Edwarda", cette même provocation, cette même nudité : le "Manet" de Bataille peut être lu comme une biographie à peine voilée, une description de ses propres motivations, et la description de Manet, une auto-description de Georges Bataille. Dès l'introduction, il s'identifie à Manet en brossant de lui un portrait « d'homme élégant » : , avec un souci du vêtement qu'il avait lui-même, reprenant les descriptions d'Antonin Proust. . Les historiens d'art de la fin du et du notent que Bataille a évité de parler de ses peintures religieuses, suivant en cela les historiens d'art de l'époque. ? En décrivant le style de Manet, Bataille use souvent du mot « indifférence », avec lequel il qualifie non seulement le portrait de "Olympia" comme facteur érotique, mais aussi tout l'œuvre de Manet : Ce commentaire ramène davantage à "Madame Edwarda" qu'à la peinture de Manet. Bataille plaque sur le peintre ses propres fantasmes érotiques, voire pornographiques. Une attitude que ne manque pas de remarquer Philippe Sollers, lors de l'exposition Manet au musée d'Orsay en 2011 : S'il est vrai que le "Manet" de Bataille s'appuie beaucoup sur les critiques qui l'ont précédé, qu'il cite abondamment (Paul Valéry, Jules Claretie , Antonin Proust), et qu'il a été probablement inspiré par "Les Voix du silence" d'André Malraux, en particulier pour les références de Manet à Goya , et si de manière autobiographique, il s'attache beaucoup aux œuvres scandaleuses ou "subversives", il n'en reste pas moins qu'il est le seul à comprendre l'exceptionnelle qualité et nouveauté de certains portraits de Manet : "Portrait de Stéphane Mallarmé (Manet)", et la façon dont il a renouvelé le genre des natures mortes: ou encore à propos des "Deux roses sur une nappe" 1882-1883 Bataille critique littéraire : le cas Jean Genet. Les critiques ou historiens de la littérature n'ont pas encore accordé beaucoup de place à l'attitude de Bataille vis-à-vis de Jean Genet, ni aux critiques, parfois contradictoires, qu'il a faites de l'œuvre de ce "chouchou" de Saint-Germain-des-Prés et des existentialistes. Gilles Ernst prend le temps de s'y arrêter en examinant l'attitude de Bataille sous plusieurs angles. D'abord, le bref article que Bataille consacre à la pièce : "Haute Surveillance", représentée pour la première fois à Paris, au Théâtre des Mathurins, le 26 février 1949 dans une mise en scène de Jean Marchat. L'article, publié en 1949 dans le numéro 35 de la revue "Critique", est particulièrement élogieux ; il tranche avec le contenu du second article publié dans les numéros 65 et 66 de "Critique" où Bataille se montre beaucoup plus dur. Mais dès le compte rendu de "Haute surveillance", Bataille insiste sur le fait que la rhétorique du Genet de "Haute Surveillance"« n'a rien de la rhétorique épurée propre aux tragédies classiques » : Bataille va s'acharner à souligner les faiblesses de Genet, alors que Jacques Derrida en soulignera plus tard la force en mettant en regard Hegel et Genet, dans son ouvrage "Glas", donnant ainsi une magistrale réfutation des vues de Bataille sur Genet. Bataille livre finalement ce jugement sans appel : « l'œuvre de Genet est un échec ». L'agacement de Bataille devant Genet tient pour l'essentiel à deux causes : la réelle aversion de Bataille pour l'homosexualité, attitude qui n'a pas souvent été rapportée et qui surprend de la part d'un auteur adepte de toutes les transgressions. Cet agacement déjà inscrit dans l'article sur "Haute surveillance" n'est pas dû à un mouvement d'humeur mais à des goûts esthétiques : Tout en soulignant la force de la prose de Genet qu'il compare à la tragédie grecque et dont il met en lumière la « monstruosité noire », il ignore sa poésie. Bataille qualifie ces écrits de "littérature strass", sans doute une manière de s'en prendre aux admirateurs de Genet parmi lesquels on trouve au premier plan Sartre et Cocteau. En réalité, selon Gilles Ernst, De l'aversion de Bataille pour Genet et pour ses personnages, on pourrait dire comme Didier Eribon que . La haine de l'homosexualité de Bataille n'est pas nouvelle. Alors que "Le Bleu du ciel" n'était pas encore entièrement rédigé, on trouve déjà une description de Troppmann travesti en femme pour aller à "La Criolla" (cabaret travestis de Barcelone) où on voit « le spectacle scandaleux de garçons vêtus en filles ». Il a déjà employé le mot pédéraste, dans un sens péjoratif, dans le passage où il évoque la visite du commandeur de Don Juan , il vit danser « deux vieillards pédérastes ». Le principe de l'homosexualité jugée comme perverse est ce qui guide le jugement de Bataille sur Genet, pratiquant une forme de confusion entre l'auteur et ses personnages. Le problème étant de savoir où commence la nature où commence la contre nature comme celle où Simone aime qu'on urine sur ses fesses dans "Histoire de l'œil". En 1957, Bataille revient en arrière sur ses attaques vis-à-vis de Genet, et de nouveau en 1959 où il confie à Joseph-Marie Lo Duca qu'il souhaite qu'on introduise un article rédigé par Patrick Walberg sur Genet dans le "Nouveau dictionnaire de sexologie " dont Pauvert a le projet. Bataille s'est ravisé par la suite, et Patrick Walberg a confié à Edmund White en 1986 que Bataille avait voulu introduire Genet dans une "encyclopédie de l'art contemporain". Une autre raison de l'hostilité de Bataille envers Genet apparaît à travers un incident rapporté par Marina Galletti lors d'une communication tenue pendant le Congrès international « Georges Bataille, lecteur de Jean Genet » (dans "Jean Genet. La traversée diagonale", colloque organisé par l'université de Rome III du au , chapitre cité en référence par Gilles Ernst, p.164). Elle attire l'attention sur « l'impossible révolte de Jean Genet ». L'hostilité mutuelle entre les deux hommes se serait manifestée dès leur première rencontre, à la brasserie "Lipp", bien avant que Bataille n'ait songé à écrire sur Genet. Edmund White rapporte que Bataille avait avec lui un de ses manuscrits qu'il aurait déposé sur un siège, et que Genet l'aurait emporté en quittant les lieux le premier. Ce vol de manuscrit a alimenté le petit monde germanopratin au point qu'il est difficile de démêler le vrai du faux. Dernier groupe politique et « Affaire Sade ». En , Dionys Mascolo (époux de Marguerite Duras), Robert Antelme, Marguerite Duras, Edgar Morin et Louis-René des Forêts organisent un comité d'intellectuels opposés à la guerre d'Algérie dont tous les membres sont issus du parti communiste, mais dont le cercle s'agrandit bientôt de non-communistes comme Cocteau, Lévi-Strauss, Breton, Sartre. Bataille se joint à ces nouveaux amis, et à la réunion du comité qui a lieu le à la Salle des Horticulteurs, rue de Grenelle à Paris. Il signe la pétition que l'Abbé Pierre, René Julliard, Jean Rostand, Jean-Louis Barrault, Irène Joliot-Curie et de nombreux autres signent pour une « cessation de la répression du peuple algérien [...] cessation de la discrimination raciale » et dont l'hebdomadaire "L'Express" se fait l'écho le . Mais à cause de sa santé défaillante, Bataille n'ira pas plus loin dans son soutien à cette initiative, et en 1960, il ne signera pas la déclaration sur le droit à l'insoumission dit "Manifeste des 121", initié et rédigé par Mascolo et Blanchot. S'il s'est initialement joint au comité, c'est en grande partie à cause de l'admiration qu'il porte à Dionys Mascolo, qu'il connaît depuis 1942, et dont il est l'ami depuis 1950 ; il s'est aussi rapproché du groupe de dissidents marxistes constitué autour de la revue "Arguments", fondée, entre autres, par Mascolo, Kostas Axelos, Edgar Morin. À partir de 1954, Bataille a ressenti de violentes douleurs qui se sont amplifiées au point qu'en 1955, il consent à consulter l'un de ses plus anciens amis, le docteur Théodore Fraenkel à l'hôpital Lariboisière. Fraenkel diagnostique une artériosclérose cérébrale, Bataille se sait condamné à terme. Il a cinquante-huit ans, il lui reste sept années à vivre. En s'enfonçant dans la maladie, l'écrivain connaît des moments à la limite de la folie. Cependant, lui, « l'auteur inavoué de livres clandestins », n'hésite pas à venir témoigner au procès fait à Jean-Jacques Pauvert pour avoir édité quatre livres de Sade : "La Philosophie dans le boudoir", "La Nouvelle Justine", "Juliette", "Les Cent vingt journées de Sodome". Parmi les témoins cités se trouvaient Cocteau, Breton, et Paulhan. Seuls Bataille et Jean Paulhan viennent témoigner le . Bataille s'est adressé au juge non pas en tant qu'écrivain et ami de Pauvert, mais en tant que bibliothécaire et « philosophe ». Son témoignage contribue autant à la reconnaissance de la valeur philosophique et éthique de l'œuvre de Sade qu'à celle du travail d'éditeur de Pauvert, qui finit par obtenir un sursis en appel l'année suivante : « c'est ici la philosophie que je représente [...] j'estime que pour quelqu'un qui veut aller jusqu'au fond de ce que signifie l'homme, la lecture de Sade est non seulement recommandable, mais parfaitement nécessaire. » Cette « Affaire Sade »ainsi que les lectures que Bataille fait de Sade, trouvent un écho dans plusieurs de ses articles, et surtout dans un chapitre de "La Littérature et le mal", essai publié l'année suivante. À la même époque, Bataille se penche sur la « philosophie traditionnelle », et sur le concept de l'histoire universelle, sur la Fin de l'histoire, il écrit plusieurs articles sur Hegel pour lequel son intérêt remonte aux années 1920-1930. Entre autres : « Hegel, la mort et le sacrifice » (paru dans un numéro de "Deucalion" sur les « Études hégéliennes », ), « Hegel, l'homme et l'histoire » dans "Monde nouveau-Paru" (), et « Qu'est-ce que l'histoire universelle ? », paru dans "Critique" (août-). Après avoir vainement tenté d'intéresser Queneau, il reprend le sujet vingt ans après, avec un projet intitulé " La Bouteille à la mer ou Histoire universelle des origines à nos jours avant un éventuel désastre". Puis en , par le biais de Dionys Mascolo, il propose un ensemble d'articles sur la littérature qu'il avait d'abord publiés pour une grande partie dans "Critique", entre 1946 et 1952, et qui sont réunis sous le titre "La Littérature et le mal". Une reconnaissance tardive. Trois livres de Bataille paraissent simultanément chez trois éditeurs différents en 1957 : chez Gallimard "La Littérature et le mal", aux Éditions de Minuit "L'Érotisme", chez Pauvert "Le Bleu du ciel". L'auteur connaît alors une brève notoriété, ce qui lui vaut un entretien avec Marguerite Duras au cours duquel il fait preuve d'un singulière ironie : à la question « s'il pourrait exister une “apparence extérieure” » il répond : la « vache dans un pré. » Lorsque Duras insiste pour lui faire dire qu'il est communiste, Bataille répond seulement « même pas », indiquant ainsi qu'il n'est pas non plus anti-communiste, qu'il ne fait que se soustraire aux exigences d'une idéologie comme il s'est soustrait à toute exigence « engageant quelque responsabilité que ce soit. L'entretien avec Duras est publié dans "France observateur" du ; il est suivi en d'un entretien télévisé avec Pierre Dumayet dans l'émission "Lectures pour tous". En 1958, le premier numéro de "La Ciguë", titré « Hommage à Georges Bataille », lui est entièrement consacré, avec des contributions de René Char, Jean Fautrier, Michel Leiris, Jean Wahl, Marguerite Duras, et bien d'autres. Les écrits de Bataille commencent à être reconnus non seulement par ses pairs, mais aussi par une jeune génération d'intellectuels et d'écrivains. Bataille est cependant très las, mais malgré son état de santé, il se lance pendant un an dans l'élaboration d'un projet que lui propose Maurice Girodias : la création d'une revue sur l'érotisme. Ce projet avorté portait le titre de "Genèse", et sa parution devait être trimestrielle, simultanément en français et en anglais ; Bataille travaille au sommaire avec Patrick Waldberg. Mais les différends entre Bataille et Girodias s'aggravent au cours de l'élaboration du projet, notamment sur les questions de financement, mais aussi parce que Girodias souhaite, comme il l'écrit dans une lettre à Bataille du , que "Genèse" s'adresse davantage au « lecteur moyen ». Auprès de Waldberg, il précise davantage son objectif : que la revue comporte davantage d'« images véhémentes » et séduise « la clientèle des pervers », ce à quoi ni Bataille ni Waldberg ne consentent. Bataille et Waldberg ont l'intention de faire appel à leurs amis : Leiris, Métraux, Pia, René Leibowitz ainsi qu'à Man Ray, Gilbert Lely, Robert Lebel. Ils conçoivent cette publication comme une nouvelle version de "Documents" et hésitent d'abord entre plusieurs titres : "Genèse", "Transgression", "Innocence", "Confession", "L'Espèce humaine" (titre du livre de Robert Antelme). Finalement, Girodias se retire en , et le projet avorte. Alors qu’il a de plus en plus de difficultés à travailler, il publie en 1959 "Le Procès de Gilles de Rais", ouvrage dont se servira son neveu Michel Bataille pour établir une biographie de Gilles de Rais. Le , sa fille aînée, Laurence Bataille, est arrêtée pour son aide au Front de Libération National (FLN) algérien, ce qui ajoute encore aux difficultés du père ; elle est libérée en juillet. Malgré ses souffrances permanentes, grâce à sa collaboration avec Joseph-Marie Lo Duca, qui dirige la « Bibliothèque Internationale d'Érotologie » chez Pauvert, et l'aide de son secrétaire Jacques Pimpaneau, il parvient à finir en 1961 "Les Larmes d’Éros", le dernier livre, abondamment illustré (surtout de reproductions d'œuvres d'art), qui sera édité de son vivant, au terme de deux ans et demi de travail. Néanmoins, malgré le désir de Bataille d'« en faire un livre plus remarquable qu'aucun de ceux qu'[il a] déjà publiés », selon ce qu'il écrit à J.M. Lo Duca le , l'ouvrage souffre d'une certaine précipitation éditoriale, car il est celui d'un homme malade, épuisé, proche de la mort, et dans une certaine mesure, l'état définitif du livre, en particulier en ce qui concerne la constitution de l'iconographie, lui a échappé. Ce que commente ainsi Michel Surya : « son érudition - remarquable - dissimule mal ce qu'a ce livre de contraint et, à la fin, d'empêché », parlant d'« un livre trop caricaturalement récapitulatif pour être tenu davantage qu'un assortiment d'images (au demeurant, magnifiques) ». La même année, il accorde un long entretien à Madeleine Chapsal, dans lequel il esquisse un bilan de sa vie. Bataille confie : « Ce dont je suis le plus fier, c'est d'avoir brouillé les cartes [...], c'est-à-dire d'avoir associé la façon de rire la plus turbulente et la plus choquante, la plus scandaleuse, avec l'esprit religieux le plus profond. ». Selon Michel Surya, Surya cite à ce propos un autre extrait de l'entretien de : En 1961 paraît aux éditions Gallimard la réédition de "Le Coupable" augmenté de la version définitive de "L'Alleluiah". Alors qu'il a toujours connu des problèmes d'argent, , une vente de solidarité est organisée à son profit à l'hôtel Drouot, le . Les œuvres d'amis artistes, notamment celles de Arp, Ernst, Giacometti, Fautrier, Masson, Picasso, Miró, sont vendues par Maître Maurice Rheims, ce qui lui permet d'acheter un appartement à Paris, au de la rue Saint-Sulpice, où il vécut du à sa mort, le de la même année. Muté à sa demande à la Bibliothèque nationale, il quitte Orléans, mais ne peut prendre ses fonctions. Il finit intellectuellement isolé et brouillé avec la plupart de ceux avec qui il a partagé des projets communs. Les biographes ne s'accordent pas sur les circonstances de sa mort. La chronologie établie par Marina Galletti dans le volume de la Pléiade ("Romans et récits"), qui ne donne pas les mêmes informations que Surya, résume ainsi la fin de Bataille : L'œuvre et la pensée de Georges Bataille. L'œuvre de Bataille est singulière. ; il est celui qui ébranle l'ensemble des discours sur l'expérience mystique, artistique, érotique. Son importance se mesure à la capacité qu'il a eue de penser d'une manière neuve : Bataille a connu tous les mouvements intellectuels, littéraires et philosophiques de son temps, et il y a pris une part à la fois occulte et active. Sa pensée, tout en touchant les domaines les plus divers, de la mystique à l'économie, avait pour centre ce qu'il a appelé en 1943 "L'Expérience intérieure", donnant lieu à diverses catégories d'expériences : l'excès, la dépense, l'érotisme, la transgression, la souveraineté, notions qui ont exercé une influence considérable après sa mort sur de jeunes penseurs comme Michel Foucault, Philippe Sollers, ou Jacques Derrida. La philosophie de Bataille. Bataille a écrit : Sa pensée est exposée dans une langue généralement claire, relativement classique, dépourvue de pesanteur, et excluant les concepts de l'habituel jargon philosophique, ce qui l'oppose à Sartre. Car, lui, le non-philosophe, semble faire le tour de ce qui lui paraît impossible dans la philosophie sartrienne : la lourdeur du faux savoir et l'embarras prétentieux du concept. Toutefois, dans un court entretien radiophonique du , il fait cette déclaration qui contredit la première : « Je préfère dire que je suis un philosophe heureux. » Il écrit dans "Méthode de méditation" : « ce que j'enseigne (s'il est vrai que...) est une ivresse, ce n'est pas une philosophie : je ne suis pas un philosophe mais un "saint", peut-être un fou. » Ceci autorise à s'interroger sur la nature de cette philosophie, que Bataille apparente à « une anti-philosophie », du moins un discours philosophique paradoxal et hétérodoxe qui, dans le sillage de Nietzsche, trouble l'histoire de la philosophie traditionnelle, interroge sa part de non-dit, de refoulé, « sa part maudite ». « Bataille ne peut pas ne pas songer à Hegel davantage qu'à Nietzsche ». En 1932, il décide de penser à la fois à partir de Hegel tel que présenté par Kojève, à partir de Marx (de la doctrine de la lutte des classes enracinée dans la révolution russe), mais aussi avec D'autre part, Bataille se tourne vers la sociologie de Durkheim et vers l'anthropologie de Mauss sur un mode qui implique Enfin, il se réfère à Sade qui vient inscrire Bataille, en tant que penseur, s'inscrit dans un espace à cinq pôles. Penseur "hérétique", face à la vague surréaliste, il est d'emblée un franc-tireur philosophique et politique, se réclamant d'un matérialisme qui pose violemment la question de l'athéisme plus largement que Sartre ne le fera par la suite. . Bien que pour Sartre, ses prétentions philosophiques se bornent à un mysticisme athée : . Deux articles de Bataille parus en 1933 dans "La Critique sociale" précisent ce qui s'énonce philosophiquement comme matérialisme hétérodoxe. Le premier « Le problème de l'État », fait état de la crise du mouvement communiste ; le second : « La structure psychologique du fascisme », se veut une intervention théorique en même temps que politique. Il vise à combler une lacune de la théorie marxiste. Le matérialisme de Bataille ou "hétérologie" conçoit, d'une part les forces homogènes de stabilité et de liaison (travail argent, capital) et, d'autre part, les forces hétérogènes de "déliaison" parmi lesquelles il compte « le sacré », « la dépense improductive », la violence, la démesure, le délire, la folie. L'essentiel du raisonnement expose les deux potentialités révolutionnaires opposées de nos sociétés démocratiques. « La Structure psychologique du fascisme » fait écho à « La notion de dépense », paru quelques mois plus tôt la même année. En 1933, Pour l'analyser, Bataille reprend les notions d'« utile » et d'« inutile ». La société homogène est la société productive, que l'État bourgeois régule et homogénéise. Bataille souligne l'incapacité de l'analyse marxiste à comprendre comment se forme une superstructure sociale, religieuse ou politique. Tous les phénomènes sociaux caractérisés par la violence sont hétérogènes : À ce point de son étude, Bataille compare le monde plat des politiciens démocrates et celui des leaders fascistes : le monde bourgeois, mais veule, se trouve confronté à un monde violent, avec des chefs surgis d'un monde hétérogène. En 1934, la recherche de Bataille va du sacré à l’extase et à la quête de l’impossible. Il écrit : , et deux ans plus tard il précise que les « états mystiques lui restent fermés ». C'est dans "L'Expérience intérieure" qu'il développe ce qu'il entend par mystique : il s'agit non pas d'une expérience confessionnelle, mais d'une expérience détachée de tout lien religieux, l'expérience du "non savoir". C'est pourquoi il préfère au mot "mystique" le mot "expérience" ; l'expérience étant une mise en question qui ne trouve pas de réponse. Le principe de "l'Expérience intérieure" est qu'on n'atteint l'état d'extase ou de ravissement qu'en dramatisant l'existence, La dramatisation, nécessaire à toute religion (il cite Saint Jean de la Croix) aboutit au non savoir, touche à l’extrême du possible. La différence entre philosophie et mystique réside principalement en ce que dans l'expérience, l'énoncé est rien. Seule l'expérience mène l'être à la limite, dans l'abîme de ses possibilités, le précipitant vers un point où le possible est en fait l'impossible-même, ouvrant chaque fois sur Dieu. Faisant appel à Descartes, il réduit la certitude divine à l’argument de Saint Anselme, puis il passe à Hegel pour aborder le problème de la connaissance. Partant de la dialectique hégélienne, il pose la question de la nature du savoir et de la connaissance directe (l’extase étant l’un des aspects), et de la connaissance indirecte, ce qui l’amène à insérer dans l’ouvrage un autre texte intitulé "l’Extase" où en vingt pages, il expose plusieurs expériences extatiques. Les explications de Bataille sont loin d’être toujours compréhensibles, remarque Pierre Prévost, souvent même contradictoires. Ainsi, lorsqu’en 1937, il commence à écrire "Le Coupable", il annonce : , expérience qui se conclut avec le constat que Dieu est absent, Dieu est l’impossible. C’est donc dans les bordels qu’il va chercher l’image de Dieu qui a pour nom Edwarda, . Si Bataille se refuse avec une telle énergie à l'appellation de « philosophe » que lui donne Roger Caillois, s'il tient plutôt à être nommé « intellectuel », c'est parce qu'il est d'abord écrivain. Sa pensée est inséparable d'une écriture, d'un style. Sichère considère que la démonstration d'Alain Badiou sur les quatre procédures de vérité, dont le philosophe aurait à penser le dispositif, ne s'applique pas à Bataille. « Je ne suis pas un philosophe mais un "saint", peut-être un fou », cet énoncé capital montre qu'à la différence de Heidegger, Bataille est parti du rire et non de l'angoisse (moment souverain mais se fuyant lui-même). La pensée politique. La pensée politique de Bataille regroupe un ensemble de positions qui ont été mal interprétées par son entourage, lui ont valu des accusations de toute sorte et un éloignement de la part d'un certain nombre d'amis : Michel Leiris, Roger Caillois, Klossowski et Raymond Queneau prennent quelque distance par rapport à lui à partir de 1937, même s'ils restent très liés. Dès 1933, avec "La Notion de dépense", il invite à une véritable révolution conceptuelle sur l'économie générale, soulignant l'importance de la « dépense improductive ». Il entend témoigner d'une possibilité révolutionnaire que les communistes ont trahi par leur mépris du peuple et par une dérive aussi autoritaire que nationaliste. Position dénoncée par Breton et les surréalistes qui ont quitté "Contre-Attaque" dès 1936 : Bataille est accusé de "sur-fascisme", alors qu'il appelait à la mobilisation ouvrière en dehors de l'appareil communiste et même contre lui. Il a même rédigé seul, en , sans l'avis de Breton, un tract intitulé « Travailleurs, vous êtes trahis », y apposant la signature de Breton et des surréalistes, joignant au tract un bulletin de souscription au "Comité contre l'Union sacrée" ce qui consomme la rupture avec le "groupe" en avril de la même année. Son ascendant politique sur Breton explique l'agressivité des surréalistes qui l'accusent de "surfascisme souvarinien". C'est d'ailleurs ses écrits sur le fascisme qui ont entraîné le plus de malentendus et d'accusations. Bataille n'est pas seulement le premier à avoir dénoncé le fascisme, mais encore le premier à l'avoir pensé. Il y a dans "La Structure psychologique du fascisme" une revendication clairement antagoniste à la revendication fasciste. Mais plus encore, Bataille souhaite « arracher Nietzsche aux fascistes » ; . Bataille tente aussi de démontrer que « l'aspect antichrétien de la pensée nietzschéenne ne compte pratiquement pas dans l'idéologie nazie ». Toutefois Bataille reconnaît finalement que . En 1934, il a le projet d'un livre sur "Le fascisme en France", mais de cette entreprise il ne reste que des pages préparatoires et des ébauches lisibles dans son article de "La Critique sociale": En lieu et place de cette étude, Bataille publiera dans « un sursaut de rage » "Le Bleu du ciel" qui célèbre l'envers refoulé de l'optimisme politique. En sociologue qu'il est aussi, Bataille a cette intuition que le fascisme et le communisme sont des religions (...) : De 1940 à 1944, Bataille a gardé le silence parce que pour lui la guerre n'est plus la politique, mais sa consumation tragique, qu'à défaut de combattre, on ne peut que regarder. Pourtant, parmi ses plus grands livres de l'après-guerre, on compte "La Part maudite" et "La Souveraineté" qui sont essentiellement politiques, d'une politique à différencier de son engagement d'avant-guerre. Mais, de son silence, son entourage déduit une « fascination » pour le fascisme, avec un glissement d'interprétation que Surya qualifie de « demi-savoir. » Et que Raymond Queneau consigne ainsi dans son journal : . Sans être réellement accusatoires, les propos de l'entourage de Bataille sèment le trouble, notamment ceux que rapporte Jean Piel sur sa rencontre avec Bataille en 1941, ou encore la déclaration à double sens de Klossowski tirée d'un entretien avec Jean-Maurice Monnoyer . Et parce que pathologique, il est nécessairement dérouté politiquement, voire douteux. Fardoulis-Lagrange à son tour voit une analogie avec Kojève qui annonçait Staline comme incarnant la fin de l'histoire. Mais le plus virulent accusateur est sans doute Souvarine qui déverse sur l'auteur un monceau d'insultes, l'accusant d'être « détraqué sexuellement », « libidineux », voire intellectuellement pervers, d'avoir prêté à Simone Weil les traits de Lazare dans "Le Bleu du ciel" parce qu'elle est juive, ajoutant qu'on devine le mot qu'il n'ose pas prononcer, en pensant à la mère de sa fille (Sylvia Bataille est juive). Ainsi le détraqué devient antisémite. Sichère a pu voir dans la description du fascisme que donne Bataille une certaine fascination pour le « pouvoir militaire », bien que Bataille « dénonce en même temps le nationalisme allemand, fauteur de guerre, et la dérive nationaliste des communistes. » Sichère voit aussi, dans la position de Bataille une : Poussée libertaire sans doute due à une poussée de romantisme révolutionnaire, dès 1933 avec "La Condition humaine" de Malraux, mais aussi, à partir de 1944, à son engagement dans le cahier "Actualité" qu'il dirige à partir de 1944 avec Camus et Jean Cassou à ses côtés. Cette thèse, Sichère précise qu'elle En 1946, dans un cahier de "Actualité" intitulé « L'Espagne libre », Bataille écrit deux textes, dont l’un est un hommage à Picasso (« Les peintures politiques de Picasso »), l’autre une invitation à aller prendre une leçon de liberté auprès des Espagnols, peuple anarchiste, et dans leur pays. Dans le second, intitulé « À propos de "Pour qui sonne le glas" » de Hemingway, il écrit : Populiste parce que Bataille en appelle à la constitution d'un mouvement organique, distinct des formes parlementaires : un mouvement de masse antifasciste, qui appelle à la prise de conscience de ce que les modèles révolutionnaires communistes sont déjà caducs. Dès 1937, Denis de Rougemont avait déjà devancé les mésinterprétations de l'enjeu d"Acéphale" qu'il considérait comme le signe de l'anti-étatisme radical, c'est-à-dire du seul anti fascisme digne de ce nom. Mais Bataille reste sur sa difficile position, à savoir : il est convaincu que le fascisme a réussi à se hisser à une "vérité de parade". Bataille voyait que ces moyens de séduction étaient aussi redoutables qu'efficaces car ils menaient à des fins qui avaient d'avance l'assentiment de foules qui cherchaient à retrouver un sacré perdu. Plus tard André Masson rappelle que les numéros 4 et 5 d"'Acéphale" ont été écrits et dessinés en Espagne en pleine guerre civile espagnole. Hans Mayer dira en 1988 : À propos de la supposée tentation fasciste de Bataille, évoquée notamment par Klossowski, Leiris dit dans sa dernière interview accordée à Bernard-Henri Lévy en 1989, publiée dans "Les Aventures de la liberté : Une histoire subjective des intellectuels" : Jusque dans les années 1950, Bataille, que Sichère qualifie de « libertaire », a balancé autour de cette formule « Nietzsche ou le communisme » affirmant que la position de Nietzsche est la seule en dehors du communisme. Du mysticisme à l'impossible, de l'érotisme à la mort. "Histoire de l'œil" est publié en 1928 sous le pseudonyme « Lord Auch », sans nom d'éditeur, la première édition signée Georges Bataille n'est parue qu'en 1967, soit après la mort de Bataille et quarante ans après que le livre a été écrit. Ce texte témoigne de la place importante que l'érotisme tient dans la recherche mystique de Bataille, ainsi qu'il le développe par la suite avec "Madame Edwarda", qui est le plus marquant de ses livres érotiques (1941) selon Pierre Prévost. "Histoire de l'œil" est un ouvrage sulfureux qui développe une auto-analyse en vue de « se débarrasser de son christianisme et de ses intentions passées de se faire prêtre. » C'est aussi un texte composite qui n'est pas seulement érotique, mais aussi politique, présentant plusieurs niveaux d'expériences biographiques et de lectures. "Histoire de l'œil "a fait l'objet de nombreuses études, notamment celle de Roland Barthes intitulée « La métaphore de l'œil », parue en 1963 dans le numéro hommage de "Critique" qui propose d'étudier l'œil comme un objet. La frénésie sexuelle qui se déchaîne à partir d'images comme l'œil, l'œuf, le lait, l'urine, les couilles de taureau cristallise les fantasmes de Bataille, non pour en faire le point de départ de l'œuvre, mais son sujet-même. Dans une post-face intitulée « Réminiscences », "Histoire de l'œil" est présentée comme une transposition de certaines images obsessionnelles venues de l'enfance. L'auteur profane la parole, le livre devient excès, dit alors ce que le mysticisme n'a jamais pu dire et chaque excès de chaque scène est une étape à franchir pour aller vers "l'impossible", recherche éternellement recommencée de Bataille. La dernière scène a lieu dans l'église de l'hôpital Santa Caridad de Séville, sous deux tableaux de Juan de Valdés Leal représentant des cadavres en décomposition. L'un est intitulé "Triunfo de la muerte" et l'autre " Finis gloria mundis." Ils pourraient venir en sous-titre d"Histoire de l'œil" selon Michel Surya . Le narrateur y livre un jeune ecclésiastique blond aux sévices de Simone, dans un paroxysme de « délire sexuel, déchaînement blasphématoire et fureur meurtrière» .  "Histoire de l'œil" peut être légitimement regardé comme le premier livre de Bataille : roman d'initiation à la mort pour les raisons mêmes qui en font un roman. Toutefois, qualifier l'œuvre de Bataille de littérature érotique, transgressive, perverse, ne doit pas faire oublier la problématique mystique d'un écrivain d'abord lié au christianisme par sa foi, puis par son athéisme paradoxal. Car dans la rupture se dessine aussi une forme de continuité dont Ernest Renan dit Si elle devait survivre dans l'œuvre de Bataille, ce serait dans sa volonté de construire une "athéologie", mot constitué de la fusion de "théologie" accouplée avec un « a » privatif qui pourrait bien souligner un manque. La question mystique n'est certainement pas à bannir, mais il s'agit plus d'un détournement : au lieu de tendre vers Dieu, Bataille tendrait vers le Mal. Ainsi, à propos du jugement de Sartre, qui l'avait traité de « nouveau mystique » dans son compte rendu de "L'Expérience intérieure", Bataille considère . La mystique de Bataille est une posture, une manière de se représenter en tant « qu'écrivain poussé par Dieu ». Il se construit un « je » mystique fondé sur la réinterprétation de figures comme celle l'idiot ou du fou, du martyr ou de l'hérétique, particulièrement nets dans "L'Expérience intérieure" : Bataille se représente en personnage de mystique ou de martyr, sorte de théâtralisation de l'écrivain. Michel Surya a publié un essai significativement intitulé "Sainteté de Bataille". Il met en garde, lors de l'entretien avec Madeline Chalon : Un ou un ? contre toute simplification qui consisterait à « rabattre » Bataille sur le christianisme, même s'il s'est lui-même parfois dépeint comme un saint. "Madame Edwarda" correspond à une époque « mystique » de l'auteur. Écrit en 1937, publié clandestinement en 1941, officiellement en 1956, ce texte n'a cessé de préoccuper Bataille jusqu'à sa mort. Il devait figurer dans une tétralogie comprenant "Ma Mère", "Divinus Deus" (jamais écrit entièrement, inséré dans le récit de "Madame Edwarda"), et "Charlotte d'Ingerville" dont seules trois pages ont été rédigées. Le personnage central du roman est en partie inspiré par la rencontre que l'auteur aurait faite pendant une de ses périodes de débauche et de fréquentation des maisons closes (1930 ?). Il y avait rencontré Violette, une prostituée pour laquelle il s'est ruiné en essayant de la sauver, selon le témoignage de Diane Bataille. Bataille y développe une pensée commune avec Freud, qu'il a présenté dans un article, comme « un novateur aussi important que Hegel. » Avec Freud, Bataille voit dans le sacré « l'intouchable, ce qui est frappé d'interdit, parce que trop bas ou trop haut ». Madame Edwarda est une putain « trop basse », mais elle représente aussi l'image de Dieu, le « Très Haut ». L'érotisme de Bataille est toujours décrit de manière très angoissante, voire tragique. « À l'exception de la première version de l"Histoire de l'œil", il n'y a pas un récit où les amants se rencontrent autrement que comme dans un rituel mortuaire ». "Madame Edwarda" ne fait pas exception : la gêne, la douleur, l'accablement et la mort font partie du plaisir sexuel. Edwarda se révèle pour ce qu'elle est : Dieu. Le narrateur (Bataille ?) n'est pas celui qui a besoin de la mort comme dans "Histoire de l'œil", il est la mort-même. Edwarda, vérité abjecte (un porc) est une vérité tendre, comme le livre qui se veut abject et tendre. Edwarda est Dieu révélé mort. C'est en 1950 que Georges Bataille publie "L'Abbé C." à partir duquel se sont établis de multiples parallèles, bien qu'il Jean-Louis Cornille le rapproche de "La Dame de pique", nouvelle fantastique de Pouchkine dans laquelle deux frères, dont l'un, religieux, se prénomme Robert, et dont la publication en français coïncide avec l'écriture de l"Abbé C". L'abbé Robert C. est peut-être aussi une allusion au traître Robert Alesch qui a été fusillé en 1949 pour avoir dénoncé un réseau de résistants dont Samuel Beckett faisait partie, tout comme le fait l'abbé C. dans le livre de Bataille, à la différence qu'il ne dénonce pas les résistants mais uniquement ceux qu'il aime. Dans une lettre à Georges Lambrichs, Bataille se défend Bataille ajoute Réception. Après avoir été rejeté, violemment attaqué de son vivant, puis soutenu vers la fin de sa vie par un petit groupe d'intellectuels, Bataille est désormais un penseur reconnu dans le monde entier. L'importance de la bibliographie le concernant donne une idée du nombre d'universitaires, d'exégètes, de penseurs et écrivains qui se sont penchés sur son œuvre - Selon Pierre Prévost : En 1997, à l'occasion de la célébration des cent ans de la naissance de Bataille, Eric Loret, dans "Libération", souligne encore la . C'est aussi l'avis de ses exégètes comme Michel Surya, que Michel Leiris critique, relativement, encore dans un entretien donné en 1989 à Bernard-Henri Lévy, ou Francis Marmande. En France. Les premières critiques négatives de l'œuvre de Bataille commencent avec les querelles entre les surréalistes et les « excommuniés » d'André Breton qui, dans le "Second manifeste du surréalisme" malmène pratiquement tous ses « excommuniés ». Outre des divergences quant à l'interprétation de l'œuvre de Sade, Breton reproche à Georges Bataille, entre autres, une phobie pathologique de ce que « l'idée » puisse prendre une « tournure idéologique », ou encore un abus d'adjectifs comme « souillé », « sénile », « rance », « sordide », « égrillard », « gâteux », et d'une manière générale sa malhonnêteté qu'il illustre par l'exemple de l'article « L'Apocalypse de Saint-Sever » paru dans le de la revue "Documents" et qui serait « le type parfait de faux témoignage [...] car prêter une apparence humaine à des éléments architecturaux [...] est encore, et rien de plus, un signe classique de psychasthénie ». Bataille réplique en attaquant violemment Breton avec un article, « Le Lion châtré », paru dans un brûlot collectif intitulé "Un Cadavre" (1930), dans lequel Bataille traite Breton de « vieille vessie religieuse », l'idée du « lion châtré » étant de présenter Breton comme un « futur mort », le « mort en puissance » qu’il est. Ce pamphlet est d'un extrême violence selon Maurice Nadeau : Il marque aussi la venue de nouvelles forces dans le camp de Breton, parmi lesquels Salvador Dalí qui répond à Bataille avec un article, « L'âne pourri », paru dans "Le Surréalisme au service de la révolution". Il y met en cause entre autres D'autres critiques négatives vont suivre. Quelques années plus tard, Bataille subira le « feu roulant » de ses anciens compagnons de route, lors de la publication en de son texte « La Structure psychologique du fascisme », paru dans "La Critique Sociale" , qui fait écho à « La Notion de dépense », article paru quelques mois plus tôt dans la même revue , puis lors de la parution de "Madame Edwarda" et ensuite de son roman "Le Bleu du ciel". Ces deux derniers sont l'occasion pour ses détracteurs de mettre en cause sa position intellectuelle et politique, à divers degrés et diverses époques, ce qui le laisse désemparé. Boris Souvarine l'accuse d'être « détraqué sexuellement », « libidineux », et antisémite. Pierre Klossowski le tient pour un « pornogaphe. » Le critique le plus virulent est sans doute Jean-Paul Sartre qui rédige, à la parution de "L'Expérience intérieure" en 1943, une critique cinglante en trois volets. Il déclare ironiquement que Bataille a inventé une forme neuve : l'« essai-martyre », il tourne en dérision « l'invitation à se perdre » dans "L'Expérience intérieure" : Chez Bataille, il y a selon Sartre une tentative d'exprimer par un discours rationnel, percé d'extases lyriques, une expérience qui se refuse par essence à la logique. Bataille est encore accusé de n'être ni philosophe, ni savant. Toujours selon Sartre, le « scientisme » de Bataille, c'est-à-dire le cas que celui-ci fait des vérités de la science (l'homme est un amas de molécules vouée à la mort...), le fait sans cesse sortir de son « expérience intérieure », ce qui provoque des contradictions que Bataille attribue à la nature humaine. Sur le rire de Bataille, Sartre écrit : « Ce rire de Bataille, nous le reconnaissons : ce n'est pas le rire blanc et inoffensif de Bergson. C'est un rire jaune [...], amer et appliqué » En résumé, Sartre considère Bataille comme un fou et un malade : , reprenant ainsi les arguments déjà émis par Breton. À cela Bataille répond dans un appendice intitulé « Défense de "L’Expérience intérieure" » qu'il publie dans son livre suivant intitulé "Sur Nietzsche" (1945). Après la mort de Georges Bataille en 1962, la connaissance de ses œuvres reste longtemps limitée à un cercle restreint d'intellectuels, cet auteur n'étant que très peu lu dans le grand public. Il est aussi très peu reconnu par la critique littéraire comme le souligne Marguerite Duras qui lui a rendu hommage en 1958 dans un article « À propos de Georges Bataille » : Malgré l'hommage rendu par un petit groupe d'intellectuels dans la revue bimestrielle "La Ciguë", en , entièrement consacrée à Bataille, avec les signatures de nombreux auteurs dont René Char, Marguerite Duras, Jean Fautrier, Michel Leiris, André Malraux, André Masson, Jean Wahl, et celui du numéro spécial de la revue "Critique" en 1963, qui fait date puisqu'il réunit les signatures de Roland Barthes, Maurice Blanchot, Jean Bruno, Michel Foucault, Pierre Klossowski, Michel Leiris, André Masson, Alfred Métraux, Jean Piel, Raymond Queneau, Philippe Sollers, Jean Wahl, il faut encore attendre 1972 pour que Bataille soit plus largement reconnu grâce au groupe "Tel Quel", et notamment grâce à Philippe Sollers qui dirige le Colloque de Cerisy autour de Bataille et Antonin Artaud, dont les actes sont publiés l'année suivante en 10/18. Il est alors tenu en haute estime dans les milieux avant-gardistes et underground dont fait partie Susan Sontag, qui lit attentivement l'œuvre de Georges Bataille et fait l'éloge de "Madame Edwarda" et de "Histoire de l'œil" (qu'elle est une des premières à rapprocher du livre de Pauline Réage", Histoire d'O"). Dans les années 1970, le rayonnement de Bataille dans les cercles intellectuels coïncide avec deux phénomènes. Le premier est lié à ce que l'on a appelé la « révolution sexuelle post Mai 68 » et à un regain d'intérêt pour l'érotisme, dû en partie aux thèses de Wilhelm Reich sur la sexualité déculpabilisée ou à celles de Herbert Marcuse dont le livre "Éros et civilisation" sous-titré "contribution à Freud", rejette la pulsion de mort liée à la sexualité. Le deuxième phénomène est lié au changement des mentalités qui s'est accentué avec la laïcisation et la réduction des rituels religieux de la mort conçus comme facteurs de socialisation. S'il est encore contesté malgré tout par les « libérateurs du sexe », parmi lesquels Gérard Zwang dans "La Fonction érotique", qui ont pris ses textes au pied de la lettre, il reste que Bataille est lu au bon moment, en particulier "Histoire de l'œil", par les intellectuels influencés par ceux de la Beat Generation. Toutefois, la réception décisive de Bataille ne commence vraiment que dans les années 1970-1980, dans le contexte du poststructuralisme et dans la foulée notamment de Jacques Derrida, Jean Baudrillard, Julia Kristeva, Michel Foucault, Jean-François Lyotard en France. À la même époque, ce sont surtout les essais de Michel Surya, qui signe en 1987 la première biographie de Bataille ("Georges Bataille, la mort à l'œuvre"), Denis Hollier ("La Prise de la Concorde. Essais sur Georges Bataille", 1974), Francis Marmande ("Georges Bataille politique", 1985) entre autres, qui offrent les premières véritables analyses de l'œuvre et inaugurent de nouvelles recherches qui ont rendu sa compréhension et sa lecture plus aisées. Au-delà de ce champ plus ou moins universitaire, la réception de Bataille doit évidemment beaucoup aux écrits de certains de ses plus proches amis, notamment Maurice Blanchot ("Faux pas", 1943 ; "L'Entretien infini", 1969 ; "L'Amitié", 1971 ; "La Communauté inavouable", 1983), Michel Leiris ("À propos de Georges Bataille", 1988) ou Michel Fardoulis-Lagrange ("G.B. ou un ami présomptueux", 1969). La publication chez Gallimard des "Œuvres complètes" de Bataille en douze volumes a commencé en 1970, avec une préface de Michel Foucault qui écrit : Dans les autres pays. La réception de Bataille « en Angleterre » en 1953 aurait pu être considérée comme la première si elle avait réellement eu lieu en Angleterre. Vincent Teixeira, évoque la traduction de "L'Abbé C." en japonais par Shin Wakabayashi (1957) comme une des premières traductions de Bataille à l'étranger, . En réalité, il ne s'agit pas d'une parution en Angleterre mais en France et en Suisse, en langue anglaise. "Histoire de l'œil", publiée sous le titre "A Tale of satisfied desire" est une commande passée à l'écrivain américain Austryn Wainhouse par Maurice Girodias, propriétaire de Olympia Press, Paris. La version « anglaise » est éditée en France par Olympia press, sous le pseudonyme de Pierre Angélique, parce que Girodias voulait brouiller les pistes, redoutant les poursuites comme celles qu'avait subies Jean-Jacques Pauvert pour quatre éditions de DAF de Sade. Le traducteur avait lui-même pris un pseudonyme pour écarter les soupçons (Audiart) ; en 1955, c'était Skira qui proposait une version anglaise des études de Bataille sur "Manet" et "Lascaux". L'année suivante, "Madame Edwarda" paraissait encore en anglais chez Olympia press (Paris), sous le titre "The Naked Beast at Heaven's Gate", avec la préface de Georges Bataille parue la même année chez Pauvert. Aucune de ces parutions ne fit connaître Bataille dans le monde anglophone. Il fallut attendre la traduction américaine de 1977 pour que "Story of the eye" (traduction de Joachim Neugroschel) retrouve son "œil" dans le titre. Michel Leiris s'était élevé contre sa disparition en anglais, déplorant que, dans "A Tale of satisfied desire", "Histoire de l'œil", Au Japon, "L'Abbé C." est traduit en 1957 sous le titre "La Nuit de fascination", par Shin Wakabayashi (né en 1929), préfacée par Tarō Okamoto. D'autres traductions vont suivre : "La Littérature et le Mal", "L'Érotisme" (1959), "Les Larmes d'Eros" (1964). Bataille est particulièrement admiré par Yukio Mishima qui rédige, après la traduction de "L'Érotisme" (1959) par Junsuké Muro, un article intitulé "L'Érotisme" ("Erochishizuma"). L'écrivain japonais est surtout fasciné par le rapport entre l'éros et la mort, thème qui se retrouve ensuite tout au long de son œuvre. Toutefois sa nouvelle "Patriotisme" (1966), dont il explique le motif dans l'article "L'incident du et moi" en se référant à Bataille, révèle un écart entre le monde du « samouraï » et celui de Bataille. De 1969 à 1975, la maison d'édition Futami shobô fait paraître « les Œuvres de Bataille en quinze volumes », publication qui, selon Yoshikazu Nakaji, est accélérée au Japon par celle des œuvres complètes chez Gallimard, en même temps que des traductions de Foucault, Derrida, Deleuze. En 1973, la deuxième traduction de "L'Érotisme" par Tatsuhiko Shibusawa, grand spécialiste de l'érotisme et de Sade, Selon Tatsuo Satomi « c'est surtout vers la fin des années 1960, marquée ici [au Japon] par les révoltes étudiantes, qu'il est devenu un des maîtres à penser des contestataires japonais. » Si entre 1975 et 1985, Bataille n'a plus été considéré comme le plus frappant et le plus novateur des penseurs contemporains au Japon, il a connu un regain d'intérêt à partir de 1986, avec la traduction par Osamu Nishitani de quatre conférences prononcées par Bataille entre 1951 et 1953 sur la question du non-savoir, et surtout à partir de 1996, à la suite de la parution de "La Tentation de Nietzsche : comment Bataille a-t-il lu Nietzsche ?" par Hiroshi Yoshida. La jeune génération de chercheurs s'est attachée en particulier à des écrits épars, des articles, des œuvres inachevées. Yoshikazu Nakaji précise : « la réception scientifique de Bataille au Japon est récente : son œuvre est entrée dans la phase d'une vraie recherche qui, sans nier toute charge émotive, s'assigne pour but de cerner patiemment le fondement et la portée de cette pensée sans pareille. » Aux États-Unis, après la traduction de "Histoire de l'œil" par Joachim Neugroschel en 1977, l'hommage des intellectuels de langue anglaise n'a pas été immédiat, malgré les deux essais de Susan Sontag sur le thème "The Pornographic imagination", et d'un autre de Roland Barthes : "The Metaphor of the eye" publié par Marion Boyars Publishers à Londres. Il a fallu attendre l'édition Penguin Books en 1982 pour que Bataille cesse d'être un écrivain confidentiel. À compter de ce moment, les traductions de Bataille ont été faites selon un rythme soutenu autant que celles de Breton, Camus ou Sartre. Michael Richardson a aussi contribué à le faire connaître avec une biographie et une compilation de textes "Georges Bataille Essential Writings", 1998. Dès 1979, Bataille faisait l'objet d'un culte chez l'écrivaine Kathy Acker (1947-1997), féministe, pro-sexe, et icône de la sous culture punk. Elle s'est en particulier intéressée à Colette Peignot dont elle a fait un personnage de son roman "Don Quichotte. Ce qui était un rêve" (1986), s'inspirant du récit posthume "Ma Mère" (1966), disponible en anglais (traduit par Austryn Wainhouse, chez l'éditeur londonien Jonathan Cape). Kathy Acker dont le principal éditeur américain est Grove Press où est parue la traduction de "Madame Edwarda", en arrive à s'identifier à Laure. Sa référence la plus évidente à Bataille se trouve dans la reprise du titre "Ma Mère" : elle publie en 1994 "My Mother, Démonology ?", avec un recours très fréquent à la scatologie et à l'obscénité, dont il paraît impossible de donner un résumé conventionnel, puisque même la présentation en quatrième de couverture ne reflète pas le contenu. Ce n'est pas par son titre, mais par son contenu que ce livre se rapproche de Bataille, faisant comme lui Partick Bergeron dans "Bataille 50 ans après" montre l'importance que l'œuvre de Bataille a eu pour Kathy Acker, et l'influence qu'il a eu en général chez les écrivains du Mouvement punk. En Italie, où la première traduction fut celle de "L'Érotisme" en 1962, Bataille est également reconnu dans les milieux intellectuels, en particulier grâce à Mario Perniola, qui a publié en 1977 "Georges Bataille e il negativo" ("Georges Bataille et le négatif"), puis en 1982 "L'Instant éternel, Bataille et la pensée de la marginalité" ; également grâce à Marina Galletti, professeure de philosophie à l'Université de Rome III, auteur de "La comunità impossibile di Georges Bataille. Da Masses ai difensori del malequi" (2008), qui a mis au jour de nombreux documents des années 1930, textes et lettres pour la plupart inédits, dans "L'Apprenti sorcier", et aussi grâce à Jacqueline Risset, qui a dirigé en 1987 l'ouvrage collectif "Georges Bataille: il politico e il sacro". Plusieurs autres pays ont accueilli les écrits de Georges Bataille, par la publication de traductions et essais critiques, dont rend compte un numéro spécial de la revue "Critique" (, janvier-, Les Éditions de Minuit), intitulé « Georges Bataille. D'un monde l'autre », au sommaire duquel sont annoncées les contributions de : Si elle a influencé plusieurs écrivains, et est devenue un sujet de recherches pour les universitaires, pour autant, l'œuvre de Bataille reste peu lue du grand public, ainsi que l'indique la quatrième de couverture de la réédition de l'essai "Georges Bataille, la mort à l'œuvre" de Michel Surya : Œuvre. Principaux ouvrages. Bataille a usé de nombreux pseudonymes pour signer ses ouvrages : Troppmann ("W.-C."), Lord Auch pour "Histoire de l'œil", Pierre Angélique pour "Madame Edwarda", Louis Trente pour "Le Petit", et Dianus pour un texte intitulé « La Nuit », intégré par la suite dans "Le Coupable" et "Julie". Ceci est une manière à la fois de contourner la censure et d'être « hors de soi », d'échapper au moi et à la généalogie familiale : « J'écris pour oublier mon nom », dira-t-il.
GPL GPL est un sigle qui peut désigner : en français : en anglais :
Game Boy La (ou le) est une console portable de jeu vidéo 8-bits de quatrième génération développée et fabriquée par Nintendo. Mise en vente au Japon le , puis en Amérique du Nord en octobre 1989, et enfin en Europe le , elle est la première console portable de la gamme des Game Boy. Elle fut conçue par Gunpei Yokoi et Nintendo Research & Development 1 — la même équipe ayant conçu la série des "Game and Watch" ainsi que de nombreux jeux à succès sur Nintendo Entertainment System. Malgré la sortie de consoles portables techniquement plus avancées, la Game Boy connaît un franc succès. Les modèles Game Boy et Game Boy Color totalisent d'exemplaires vendus à travers le monde. Dès sa sortie aux États-Unis, plus d'un million d'exemplaires sont vendus en quelques semaines. La production de la console portable s'est achevée en 2003. Historique. Gunpei Yokoi, employé de Nintendo, accompagné des membres de la division Nintendo Research & Development 1, dont Satoru Okada, conçoit une console de jeux vidéo portable dont la puissance est quasiment comparable à celle de la NES (Famicom au Japon), mais dont l'écran est monochrome afin de permettre un prix de vente bas et une consommation de piles réduite. Ce choix fut souvent décrié mais personne ne revint sur cette décision car elle provenait d'une expérience de Gunpei Yokoi : La Game Boy sort en France le 1990 dans un paquetage comprenant la console, un câble de liaison pour jouer à deux, des écouteurs stéréos, quatre piles R6, pour pouvoir jouer immédiatement, et le jeu "Tetris", le tout pour (environ en conversion simple, ou actualisés en 2019). Les jeux vendus séparément sont, au moment du lancement, généralement au prix de (environ , ou actualisés en 2019). Il se vend de Game Boy la première année en France, un record à l'époque. L'incroyable succès de cette console tient en toute une série de jeux commercialisés tout au long du cycle de vie de la console. Et en premier lieu, le célèbre "Tetris", créé par le soviétique Alekseï Pajitnov (malgré le grand succès du jeu auprès des utilisateurs, la presse spécialisée a critiqué ce choix en qualifiant le jeu de "dépassé"). Vendu avec la console, ce jeu connaît de nouveau un immense succès (après avoir été commercialisé sur micro-ordinateurs, bornes d'arcade et PC). Il se vend à plus de d'exemplaires. À partir de 1996 sort la série de jeux vidéo "Pokémon", franchise créée par Satoshi Tajiri, dont le succès phénoménal, avec de jeux vendus, relance les ventes de la portable de Nintendo, qui atteint alors la quatrième place parmi les consoles les plus vendues de l'histoire, avec d'exemplaires vendus, derrière la PlayStation 2 de Sony, la Nintendo DS et la Nintendo Switch. Malgré une qualité graphique minimaliste, la Game Boy a su s'imposer grâce à de nombreux atouts : petite taille (notamment par rapport à la Game Gear ou à la Lynx), prix bas, grande autonomie et catalogue de jeux aussi riche que varié. Le succès de la machine conduira Nintendo à utiliser la marque Game Boy pour plusieurs de ses successeurs, dont la Game Boy Color, en 1998, et la Game Boy Advance, en 2001. Fondées sur les mêmes principes de simplicité et de faible consommation, ces deux consoles sont compatibles avec les jeux de la Game Boy originale. Des consoles de récupération sont notamment recyclées pour fabriquer des électrocardiographes à destination de Madagascar dans la lutte contre le paludisme : la cartouche de jeu avec cette nouvelle fonctionnalité engendre un coût de fabrication de seulement . Elle est également utilisée par certaines personnes pour faire de la musique électronique ou encore comme interface pour certaines machines à coudre. Description. La Game Boy possède quatre boutons — « A », « B », « SELECT » et « START », ainsi qu'une croix directionnelle, tout comme la Nintendo Entertainment System. Un bouton « on/off » (marche-arrêt), accompagné par une troisième position « Light » sur les Game Boy Light, ainsi qu'une fente pour insérer les cartouches, sont situés sur le haut de la console portable. Nintendo recommande aux utilisateurs de laisser insérée leur cartouche afin d'éviter que la saleté ne pénètre dans la console. Bien qu'elle soit dotée d'un écran monochrome de , la Game Boy est légèrement plus puissante qu'une Nintendo Entertainment System (NES). La Game Boy a un processeur graphique très puissant pour l'époque. Le processeur graphique de la NES est moins récent que celui de la Game Boy (la NES est commercialisée dès 1983) qui est un Zilog Z80 (produit à partir de juillet 1976) qui gère la 8-Bit (commercialisée en 1983). La puissance de calcul sonore est la même que la NES. Les bruitages sont similaires à la NES mais peu de jeux utilisent la totalité de la puissance de calcul sonore de la console contrairement à la NES. La Game Boy est considérée comme mauvaise au niveau sonore (ce qui n'a pas altéré son succès mondial), à l'exception de quelques jeux comme "Super Mario Land", "". La Game Boy connaît plusieurs variations de prix, dont une hausse liée à son succès. En mars 1992, le prix du pack contenant la console et le jeu "Tetris" passe officiellement de à . Il se vend ensuite à partir de décembre 1992, et la console sans jeu passe sous la barre des à l'automne 1993. Évolutions. Game Boy Pocket. En 1995, alors que Nintendo et Gunpei Yokoi essuient l'échec du Virtual Boy, une version relookée de la Game Boy est en préparation. Car la firme, qui vient de connaître l'un de ses plus gros échecs, voit également chuter ses ventes de Game Boy alors qu'elle n'en avait pas préparé la succession, ayant tout misé sur son Virtual Boy. En attendant de trouver une idée, Nintendo lance donc la Game Boy Pocket le au Japon (et quelques mois plus tard en Occident). Cette console diffère très peu de la Game Boy, sauf sa taille réduite de 30 %. L'écran a été très légèrement agrandi et a perdu son aspect verdâtre. L'autonomie est passée à pour LR03 (contre pour la Game Boy originale). Les premiers modèles de Game Boy Pocket étaient dépourvus de voyant indiquant le niveau de batterie de la console. À l’origine, il était prévu d’y ajouter une dragonne, décision prise à l’unanimité par la R&D1 afin de s’adapter à la mode et de rendre la console encore plus facile à utiliser. Toutefois, cet ajout fut annulé car selon Takehiro Izushi « les enfants risquaient plutôt de faire tournicoter en l’air leur Game Boy avec la dragonne ! ». Game Boy Light. Commercialisé le au Japon et seulement là-bas, il apporte à la Game Boy Pocket ce qui lui manquait le plus : une bonne lisibilité, grâce à un rétro-éclairage de bonne facture avec lequel il devient possible de jouer dans le noir. Le traditionnel interrupteur « on-off » (marche-arrêt) est doté d'une troisième position, la fameuse position « Light », qui permet d'activer ou couper le rétro-éclairage sans redémarrer la console ; l'autonomie des LR06 variant de lumière allumée, jusqu'à lumière éteinte. Pour le reste cette console diffère très peu du Game Boy Pocket, sauf une taille légèrement plus élevée. Il y eut des éditions spéciales, beaucoup plus rares que les versions Silver et Gold : "Pokémon Center Tokyo", "Astro Boy", "Toys R'Us"… La Game Boy Light a été rapidement éclipsée par la Game Boy Color, qui fut annoncée seulement six semaines avant la sortie de la Game Boy Light. Non pas que ce fût un échec mais Nintendo lui-même voulait contrecarrer les plans d'une concurrence de plus en plus agressive. Successeurs. Game Boy Color. Commercialisée le en Europe, la Game Boy Color (couramment référencée par GBC) propose un écran couleur pour une forme légèrement plus grande que la Game Boy Pocket, et double la cadence du processeur et sa quantité de mémoire pour atteindre les et . Toutes les cartouches de jeux Game Boy sont lues. Les couleurs à utiliser sont sélectionnables, ce qui a permis de raviver la commercialisation de la gamme existante des jeux Game Boy, et ainsi de proposer sensiblement plus de titres que ses concurrents directs. Technologiquement, cette console a été comparée à la NES des années 1980. Game Boy Advance. En , Nintendo sort une mise à jour de sa console portable. La Game Boy Advance, possède un processeur ARM cadencé à , couplé avec un processeur Z80 permettant de supporter les cartouches de jeux des premières Game Boy. C'est techniquement une console équivalente à la Super Nintendo. Ce qui permet des améliorations aux jeux anciens comme "Super Mario Bros. 2" et aux nouveaux titres comme ', ' et "Kuru Kuru Kururin". La version SP de la Game Boy Advance, lancée en , propose un encombrement réduit avec la possibilité de la replier en deux, un éclairage intégré et une batterie rechargeable, tout le reste demeurant identique. C'est la dernière Game Boy à permettre la rétro compatibilité avec les cartouches de jeux Game Boy et Game Boy Color. La Game Boy Micro est une dernière version de la Game Boy Advance. Annoncée à l'E3 2005, elle est sortie en en Amérique du Nord et au Japon, et le en Europe. Cette console portable est incompatible avec les jeux Game Boy et Game Boy Color. La Game Boy Micro a un poids de et une taille de de long sur de large et moins de d'épaisseur. Sa façade est amovible et personnalisable. Sa principale qualité réside dans son petit écran fin et avec une assez bonne luminosité. La console joue aussi sur l'aspect rétrogaming avec sa façade Famicom très appréciée au Japon.
Géographie du Japon Le Japon est un archipel situé au large de la côte de l'Asie (Asie de l'Est), bordé par la mer du Japon à l'ouest et l'océan Pacifique à l'est. Les principales îles sont, en partant du nord : Hokkaidō, Honshū (l'île principale), Shikoku et Kyūshū, prolongée au sud par les îles Ryūkyū dont fait partie l'île d'Okinawa. Plusieurs litiges frontaliers perdurent avec la Russie, la Corée du Sud et la Chine. De par ses nombreuses côtes, le Japon profite d'une des plus grandes zones économiques exclusives au monde. C'est un archipel volcanique et fortement montagneux, ce qui a pour conséquence une répartition inégale de la population sur le territoire, principalement regroupée le long de la mégalopole japonaise. La deuxième conséquence notable est la forte activité sismique, ces îles étant également touchées par les tsunamis. Dans la moitié nord, le climat est continental acadien, et subtropical humide au sud, bien que l'on note de fortes différences selon la côte et le relief. Ces différences de climats et de reliefs ont permis le développement d'une faune et d'une flore variée, avec certaines espèces endémiques rares ou disparues, notamment sur l'archipel d'Ogasawara. Le pays est découpé en , parfois appelés départements, ayant remplacé les anciennes provinces du Japon, puis divisé en près de . Situation et définition. Le Japon est un archipel de de long, s’étalant de la Russie au nord à Taïwan au sud, le long de la côte orientale de l’Asie (Chine et Corées). Il est bordé par la mer d'Okhotsk au nord, la mer du Japon (mer de l'Est) et la mer de Chine orientale à l'ouest, l'océan Pacifique à l'est et la mer des Philippines au sud. Sa superficie totale est de , ce qui en fait le pays le plus vaste du monde. Il comporte de plus de , dont 421 sont habitées (430 en 2008). Les cinq îles principales représentent 97 % du territoire, soit du nord au sud : Les îles de Honshū, Shikoku et Kyūshū sont séparées par la Mer intérieure de Seto. Parmi les autres îles, on trouve deux longs archipels situés aux extrémités sud, est et ouest du pays : Plusieurs litiges frontaliers historiques perdurent : Sakhaline et les îles Kouriles. Sakhaline, en japonais, et les îles Kouriles, en japonais, sont respectivement une île et un archipel situés au nord de Hokkaidō, au large de la Sibérie et au sud du Kamtchatka, entourant la mer d'Okhotsk. Estimant que Sakhaline était une extension à la fois culturelle et géographique de Hokkaidō, les Japonais proclamèrent leur souveraineté sur l'ensemble de l'île ainsi que sur l'archipel des Kouriles en 1845. En 1855, le Japon et la Russie signèrent le traité de Shimoda, déclarant que les deux nations pouvaient occuper l'île, les Russes s'installant au nord et les Japonais au sud, sans qu'une frontière ne soit précisément tracée. Le traité plaça cependant la frontière dans les îles Kouriles au niveau du chenal séparant les îles d'Itouroup et d'Ouroup, l'empire russe reconnaissant la souveraineté du Japon sur les îles méridionales Chikotan, Habomai, Kounachir (Kunashiri) et Iturup (Etorofu), ensemble appelé . En 1875, à la suite de la signature du traité de Saint-Pétersbourg, les Japonais cédèrent le Sud de l'île Sakhaline aux Russes et eurent en échange la souveraineté sur toutes les îles Kouriles. En 1905, à la fin de la guerre russo-japonaise, les Russes et les Japonais signèrent aux États-Unis le traité de Portsmouth. Par cet accord, le Japon récupérait la partie sud de Sakhaline, tandis que la Russie conservait les trois cinquièmes nord de celle-ci. La frontière entre les deux pays était fixée le long du parallèle nord. Sakhaline et les îles Kouriles furent annexée en 1945 par Staline et rattachée à l'URSS. L'Armée rouge débuta l'attaque de Sakhaline le , et celle des îles Kouriles le 18, soit respectivement quatre jours avant et trois jours après la capitulation japonaise. La conquête de Sakhaline se termina le , celle des îles Kouriles le septembre. Il n'y a pas eu de traité de paix entre l’Union soviétique et le Japon à la suite de la Seconde Guerre mondiale, et bien que le Japon ait renoncé à tous ses droits sur les îles Kouriles par le traité de San Francisco, l’Union soviétique a refusé de signer ce traité mettant fin à la période d’occupation américaine et restaurant l’administration japonaise sur son territoire. L'ensemble des Kouriles fait aujourd'hui partie de la fédération de Russie, plus précisément de l'oblast de Sakhaline. Le Japon réclame les quatre îles Kouriles les plus méridionales, soit un tiers de la surface totale, selon la frontière fixée par le traité de Shimoda, et arguant du fait que le traité de San Francisco de 1951 ne précise pas quelles îles exactement comprend la dénomination d'îles Kouriles et n'a pas été contresigné par l'URSS. Le gouvernement nippon considère que les quatre îles qu'il revendique sont des extensions de Hokkaidō, et les appelle . En revanche, il ne revendique pas la frontière du traité russo-japonais de 1875 incluant les îles du Nord, car ce traité considère l'ensemble des Kouriles comme un territoire unique (alors placé sous administration japonaise). La Russie, comme le faisait auparavant l'URSS, se réfère pour sa part au traité de San Francisco et considère que le renoncement japonais concerne bien l'ensemble de l'archipel. Les rochers Liancourt. Les rochers Liancourt, Dokdo () en coréen et en japonais, sont un petit groupe d'îlots situé en mer du Japon (mer de l'Est), possession sud-coréenne mais dont la souveraineté est contestée par le Japon. Ils sont aujourd'hui rattachés administrativement à l'île d'Ulleungdo, distante de , dans la région du Gyeongsang du Nord. Le Japon considère que ce groupe d'îlots, annexé en 1905, fait toujours partie de son territoire, et le rattache au bourg d'Okinoshima dans l'archipel Oki (préfecture de Shimane), distant de . Il s'appuie pour cela sur l’omission des Rochers Liancourt dans le traité de San Francisco signé en 1951, arguant qu'il représente la fixation définitive de son territoire (Jeju-do, Ulleungdo et Geomundo sont ainsi rendus à la Corée du Sud). Selon la Corée du Sud, les îles mentionnées dans le traité ne sont que des exemples et non une liste exhaustive en regard du grand nombre des îles entourant la péninsule coréenne. De plus, les directives du Commandant suprême des forces alliées (SCAPIN) , intitulées « Mémorandum concernant les séparations gouvernementale et administrative de certaines zones du Japon » et datées du , envoyées au gouvernement japonais en application de l’acte de soumission, excluaient les rochers Liancourt du territoire japonais. Les îles Senkaku et Okinotori. Les , appelées en chinois îles Diaoyutai (), se situent au nord-est de Taïwan et au sud-ouest d'Okinawa Hontō, dans la mer de Chine orientale. Cet archipel inhabité est contrôlé par le Japon depuis 1895 et le traité de Shimonoseki, mais est revendiqué par la République de Chine (Taïwan), ainsi que par la République populaire de Chine. Après la Seconde Guerre mondiale, à la fin de l'occupation du Japon par les États-Unis (1945-1952), Taïwan est reconnu indépendant par le traité de San Francisco (1951), mais pas les îles Senkaku qui sont occupées jusqu'en 1972, avant d'être rendues au Japon avec les îles Ryūkyū. Administrativement, ces îles dépendent de la ville d'Ishigaki sur l'île éponyme, dans la préfecture d'Okinawa. Géographiquement, elles font partie de l'archipel Sakishima, avec les îles Yaeyama et Miyako (plus au sud), et donc des îles Ryūkyū. L' est un atoll japonais situé à de Tokyo, au milieu de la mer des Philippines. L'atoll est le point le plus au sud du Japon, et fait officiellement partie de l'archipel d'Ogasawara (sous-préfecture d'Ogasawara). Si Okinotorishima est considéré comme une île par le Japon, la Chine considère qu'il s'agit uniquement de rochers, et que le Japon ne peut pas établir autour d'eux une zone économique exclusive (ZEE) selon l'article 121 de la convention des Nations unies sur le droit de la mer. Cette ZEE couvre environ , avec de nombreuses ressources halieutiques et très certainement des gisements minéraux (manganèse, cobalt, lithium). Topographie. En 2006, les lacs et rivières représentaient près de 4 % du territoire japonais avec , les zones terrestres totalisant . L’archipel présente une superficie importante d’eau. En France par exemple, l’eau ne représente que 0,26 % du territoire. Le relief, c'est-à-dire l’étroitesse et le caractère montagneux de l’archipel, est générateur de fleuves courts et torrentiels. Ils sont anormalement larges en raison du volume d'eau important qu'ils doivent écouler en peu de temps, et se prêtent peu à la navigation. Le plus long fleuve est le Shinano-gawa avec . Les glaciers susceptibles de constituer des réserves sont rares, conférant aux régimes fluviaux un caractère saccadé reflétant le rythme des périodes pluvieuses. De manière contrôlée par l’homme, l’eau d’irrigation des rizières proviennent des cours d’eau. Le sol nippon recèle de riches réserves en eaux souterraines, et les lacs sont nombreux et souvent d’origine tectonique ou volcanique. Le plus grand est le lac Biwa avec de superficie, situé au centre de Honshū. Il est le troisième plus ancien lac d'eau douce au monde. Les montagnes occupent 63 % du territoire, les collines 12 %, les plateaux 11 % et les plaines seulement 14 % (lacs et rivières exclus). Seul un peu plus du cinquième du territoire est habitable (), près des littoraux. Les massifs montagneux s'étirent du Nord au Sud sur plus de le long de l'archipel, avec principalement les monts Ishikari sur Hokkaidō et les monts , Ōu, , Okuchichibu, , Tanzawa, , , Yatsugatake, Hida, Kiso, Akaishi, Suzuka, Hira, Kii et Chūgoku sur Honshū. Les monts Hida, Kiso et Akaishi forment les Alpes japonaises, le plus important massif du Japon (92 des hautes montagnes du pays). Le point culminant du Japon est le célèbre mont Fuji atteignant d’altitude, et situé entre les monts Okuchichibu, Akaishi, Tanzawa et Hakone. Il s’agit d’un relief volcanique, toujours actif mais peu menaçant. Le point le plus bas est le lagon Hachirō à . La plus grande plaine de l'archipel, celle du Kantō, n'atteint pas , la suivante est la plaine de Hokkaidō. La rareté des plaines, très peuplées (plus de par km sur la côte Est de Honshū), oblige l’exploitation des collines et des montagnes avec le système des cultures en plateaux (les versants sont recouverts de bassins successifs de taille décroissante avec la hauteur, permettant la culture du riz, du soja). En effet, on ne compte que de terres arables (13 % du territoire) et de pâturages (0,2 %) en 2006. Autre conséquence, 69 % du territoire japonais est constitué de zones boisées et de forêts (), et seuls 5 % du territoire est construit, en dehors des routes (). Le relief subit une érosion violente marqué par de nombreux glissements de terrain, fréquents dans une partie du Chūbu où sont présents d’épais horizons argileux imprégnés d’eau à cause du long enneigement hivernal. Ce sont souvent des langues de terre, épaisses de cinq à vingt mètres, larges de 200 à et longues d'un à cinq kilomètres, s’écoulant vers l’aval, qui portent rizières et forêts. Population. La population japonaise est ainsi inégalement répartie sur le territoire, principalement le long de la mégalopole japonaise qui rassemble d'habitants sur un total de , avec quatre principales zones, du nord au sud : En dehors de la mégalopole, les villes les plus importantes sont Sapporo (Hokkaidō), Sendai et Niigata, plus au Nord. Météorologie. Le climat est très varié, du fait de l'étirement du Japon du nord au sud, de la latitude de Québec à celle de Cuba : L'archipel japonais connaît de plus une alternance des vents et des courants marins qui influent sur son climat. Au Japon, on retient ainsi cinq zones climatiques pour le pays (voir carte à droite) : Le climat des massifs centraux est parfois considéré comme élément de celui des côtes de l'océan Pacifique, alors que le climat des côtes du sud-est est parfois différencié de celui des côtes du nord-est de par ses fortes précipitations, tout comme celui de l'ouest de Kyushu. Presque tout le Japon bénéficie d’abondantes précipitations : avec de précipitations en moyenne par an, le Japon est l’un des pays les plus pluvieux de la zone tempérée. Les typhons se forment tout au long de l'année dans le Pacifique sud. De l'hiver au printemps, leur déplacement est limité aux latitudes basses. À partir de l'été, ils progressent vers l'ouest en direction des Philippines (une trentaine s’y forment par an), jusqu'à des latitudes plus élevées : trois ou quatre de ces typhons atteignent le centre du Japon. Ces cyclones constituent d’énormes réservoirs d’eau et peuvent contenir en vapeur jusqu’à cinquante milliards de tonnes d’eau. Les précipitations accompagnant les typhons sont très importantes, elles peuvent facilement atteindre de pluie en vingt-quatre heures. Les typhons les plus violents du au Japon ont dévasté Muroto en 1934 (trois mille morts) et la baie d’Ise en 1959 (cinq mille morts). En 2004, dix cyclones se sont abattus sur le Japon, parmi lesquels Meari qui a fait vingt-deux morts et six disparus, pour un total de de yens ( de dollars ou d’euros) de dégâts. En 2008, les typhons ont touché , soit , pour seulement cinq blessés. En comparaison, la même année, , soit ont été touchés par de fortes pluies, ayant causé la mort ou la disparition de vingt personnes, et , soit , ont subi des vents violents ayant abouti à la mort de sept personnes. Les principales villes de la mégalopole japonaise sont confrontées au phénomène d'îlot de chaleur urbain en été. En , la température a dépassé dans 132 villes, et même à Tokyo. Entre la fin mai et le début du mois d'août, ont été amenées à l'hôpital à la suite de coups de chaleur, dont 118 en sont mortes. De 1967 à 2007, seraient mortes de chaleur au Japon, soit une moyenne de 169 par an. Les régions montagneuses sont quant à elles parfois confrontées à l'effet de foehn. Tectonique. Plaques, failles et fosses. Le Japon est un archipel volcanique, situé sur la « ceinture de feu du Pacifique » à la rencontre de la plaque eurasienne à l'ouest avec ses sous-plaques de l'Amour, d'Okinawa et du Yangtsé (du nord au sud), de la plaque philippine au sud, de la plaque pacifique à l'est et de la plaque d'Okhotsk au nord. Ces plaques sont à l'origine des fosses des Kouriles, du Japon, d'Izu-Ogasawara , de Nankai, , de Ryūkyū et d'Okinawa. En conséquence plusieurs jonctions triples se trouvent sur le territoire japonais : principalement la jonction triple de Boso à la rencontre des plaques pacifique, philippine et d'Okhotsk, et celle au niveau du mont Fuji au nord de la péninsule d'Izu à la rencontre des plaques philippine, de l'Amour et d'Okhotsk. On observe ainsi plusieurs failles, notamment la ligne tectonique médiane du Japon, celle de Butsuzō, la ligne tectonique Itoigawa-Shizuoka, les lignes tectoniques de Kashiwazaki–Chiba et de Shibata-Koide, et celles de Tanakura et de Hatagawa. On peut diviser l'arc japonais en quatre zones principales selon ces failles : Séismes. Des milliers de secousses telluriques d’intensité variable (de 4 à 7,3 sur l’échelle de Richter) sont ressenties dans le Japon tout entier chaque année, la plupart ne provoquant pas ou peu de dégâts aux constructions humaines. Par ailleurs, les puissants et ravageurs tremblements du plancher sous-marin génèrent des raz-de-marée appelés tsunamis. 1/5 des séismes d'une magnitude égale ou supérieure à 6 recensés dans le monde surviennent au Japon. Entre 1900 et 2004, sur 796 tsunamis observés dans l'océan Pacifique, 17 % d'entre eux ont eu lieu près du Japon. En 2008, , soit ont été touchées par des tremblements de terre, 22 en sont décédées ou ont disparu. Les récents séismes les plus meurtriers ayant touché le pays sont : Volcans et sources chaudes. Le volcanisme japonais est un volcanisme de convergence, au contact des plaques de subduction. Cependant, aucun volcan ne se trouve près des dislocations tectoniques majeures et les grandes failles n’ont donné naissance à aucun volcan, si ce n’est les monts Aso, Fuji et Asama. Il y a environ 200 volcans au Japon, dont 77 considérés comme actifs : 10 % des 700 volcans actifs terrestres se situent au Japon. Ils sont surtout localisés à Hokkaidō, le long de la "fossa magna" ainsi qu’au centre de Kyūshū. Les volcans japonais sont très divers. On trouve des volcans effusifs (ou volcans rouges) et surtout explosifs (ou volcans gris), les plus courants. Les trois plus grands volcans du Japon sont le mont Fuji, le mont Ontake et le mont Norikura. Il semble que les grands phénomènes volcaniques qui ont abouti à la formation des caldeiras (caldeira d'Aira, lacs Tōya et Tazawa…), de même que les émissions de cendres très importantes qui ont notamment constitué le plateau de cendres du Shirasu-Daichi, au sud de Kyūshū, soient le fait d’un volcanisme passé, et que le volcanisme actuel n'en présente plus que des « séquelles ». Il y a au Japon sept grands ensembles de caldeiras. Les émissions de cendre auraient certainement joué un rôle essentiel dans le relief et sur la végétation et la pédocénose japonaises : les sols volcaniques sont généralement très fertiles et la plupart des piémonts de volcans offrent de belles ressources en eau. Les éruptions volcaniques font peu de victimes grâce aux prévisions, les dégâts sont plus d’ordre économique en s’attaquant à certaines zones agricoles. Les sources naturelles d’eau chaude appelées "onsen", conséquence agréable de l'activité volcanique de l'archipel, sont nombreuses et très populaires. Elles ont souvent été aménagées en bains publics, hôtels ou stations thermales pour les séjours de villégiature et retraites de santé. On peut par exemple s’y baigner dans des « baignoires » naturelles de . Environnement. Ressources naturelles. Les côtes du Japon s'étendent officiellement sur , dont pour les quatre principales îles ( avec Okinawa Hontō). La côte pacifique possède de larges interpénétrations terre et mer (comme les baies de Tokyo et de Nagoya). Vers la mer du Japon au contraire, la côte est à peu près rectiligne sur , exception faite de la péninsule de Noto. Les côtes de la mer du Japon sont en général basses, dunaires et marécageuses, tandis que les formes d'accumulation sont moins achevées sur le Pacifique. Le Japon profite avec ces nombreuses côtes ( pour de terres) d'une zone économique exclusive de , la sixième plus importante au monde. À l'exception des produits de la pêche (poissons, crustacés, baleines), auxquels s'ajoutent quelques industries minières et l'exploitation forestière, les ressources naturelles sont faibles. Ainsi, l'eau est la première ressource naturelle de l'archipel nippon. En effet, les eaux marines japonaises sont poissonneuses, grâce à la rencontre des courants marins chauds et froids. Et l'eau douce est abondante au Japon, notamment du fait de ses précipitations annuelles moyennes de . De ce fait, les nappes phréatiques sont bien alimentées et les rivières pérennes. Cette abondance en eau favorise la riziculture. Le manque d'un certain nombre de ressources naturelles sur le sol nippon fait du Japon le premier importateur mondial de charbon et de gaz naturel liquéfié, et le troisième importateur de pétrole. Sols. Les sols japonais sont fort variés mais généralement acides, et en majorité peu évolués. Ils se sont généralement développés sous une couverture forestière. Les sols azonaux forment 82 % des sols du Japon. Parmi eux, les sols minéraux bruts des régions en pentes (68 %) sont très présents au vu du relief japonais très montagneux et pentu, et généralement minces à cause du ravinement, alors que les sols alluviaux des plaines, les plus fertiles, couvrent 14 % du territoire nippon (leurs caractéristiques sont très variées puisqu’elles dépendent des conditions locales de l’écoulement de l’eau). Les sols zonaux, peu fertiles, présentent un profil caractéristique d’un milieu végétal et climatique auquel ils ont été longuement exposés. Ils sont peu présents, compte tenu du relief abrupt : ce sont des sols surtout podzolisés, soit gris-brun dans les régions froides, soit rougeâtres dans les régions subtropicales. Enfin, les sols intrazonaux, des sols stationnels, ont des profils développés, et se situent à proximité des volcans, les cendres caractérisant une grande partie d’entre eux. Ils sont sombres et acides et retiennent peu l’humidité, aussi leur fertilité est médiocre. Océan et fond marin. La zone économique exclusive du Japon est . Il a beaucoup de vie marine. On estime que de grandes quantités de ressources se trouvent sur les fonds marins. Faune et flore. Végétation. La grande variété de la végétation japonaise (environ ) est liée au climat et au relief. La végétation du Japon est essentiellement forestière. La forêt couvre 67 % de la surface du pays et elle est composée par une majorité de feuillus et de conifères : chênes, hêtres, érables, thuyas, pins rouges et noirs, associés aux bouleaux et aux frênes. À l'ouest domine une forêt où conifères poussent aux côtés de bambous, magnolias et chênes verts. Les pruniers et abricotiers, les cerisiers à floraison précoce, ainsi que les bambous et les pins sont devenus les symboles traditionnels du pays. Les Japonais respectent et conservent la forêt. Au Japon, on dénombre différentes d’arbres (l’Europe dans son intégralité n’en a que 85, en 1975). Ceci s'explique par les facteurs cités précédemment, l’étendue en latitude de l’archipel japonais ( du nord au sud), ses variations de climat allant de tempéré froid à subtropical, ses reliefs (ses plaines et ses hautes altitudes), ainsi que les différents sols. La grande variété et la luxuriance de la végétation s'expliquent également par la chaleur et l'humidité des étés, et l’abondance d’eau (nappes phréatiques, lacs…). Le Japon n'ayant pas connu les grandes glaciations du Quaternaire, la végétation du Pléistocène (troisième époque du Néogène, fin du Paléolithique) a été épargnée. Elle est caractérisée par un grand nombre d'espèces végétales et 7 % de cette forêt est considérée comme primaire. La forêt est composée de trois types. La première est de type boréal, on la rencontre dans le nord et l’est de Hokkaidō : les conifères y forment la majorité de la couverture végétale, associés au bouleau et au frêne. Le second type de forêt dit tempéré se compose de feuillus et de conifères. On peut la diviser en deux parties : la forêt véritablement tempérée (chênes, hêtres, érables, thuyas, pins) dans le nord de Honshū, et la forêt de type pénétropical qui s'observe dans l'ouest du Japon : on y retrouve conifères, chênes, bambous, magnolias. Enfin à Kyūshū, Shikoku, et dans le sud de Honshū, ce sont les arbres de la végétation subtropicale que l'on rencontre, tels le bambou, le camphrier, le banian. Les variations des types forestiers sont liées principalement aux climats de l’archipel. Faune. Tout comme la flore japonaise très riche du fait de grandes différences climatiques et géologiques entre le nord et le sud, le Japon abrite des animaux vivant sous différents climats : animaux des tropiques du sud-est asiatique, animaux de la zone tempérée de la Corée et de la Chine et animaux subarctiques de Sibérie. L’île de Hokkaidō, qui se trouve en majeure partie face à la mer d'Okhotsk dans la région arctique est fréquentée occasionnellement par des animaux originaires de la zone arctique tels que le morse, et sur le plan terrestre de nombreux animaux se trouvent sur cette île puisqu’elle est peu industrialisée. On y trouve surtout des animaux de climat tempéré froid comme l’ours brun, comme au nord de Honshū. La mer au nord de Honshū appartient à la région du Pacifique nord, qui fait partie du royaume du nord, et longe la côte sud des îles Aléoutiennes et la côte ouest des États-Unis jusqu'en Californie. On y trouve des otaries, des lions de mer et des baleines. La mer au sud du Honshū central appartient à la région indopacifique occidentale qui fait partie du royaume tropical. Elle regorge de poissons de coraux colorés, de serpents de mer et de tortues, on y trouve aussi le dugong et le marsouin aptère. Le Japon en comparaison à sa flore, possède une faune réduite, sa faune comporte néanmoins de mammifères, d’oiseaux et de reptiles, de batraciens et de poissons. Le seul primate (hormis l'homme) est le singe à face rouge, le macaque du Japon, que l’on trouve sur tout le territoire de Honshū. Parmi les carnivores, on rencontre encore des ours noirs et des ours bruns. Le renard est très répandu. Le cerf est l’espèce de cervidés la plus commune. Le Japon ayant été de par le passé plusieurs fois détaché et rattaché au continent, de nombreuses espèces animalières que ne l’on ne trouve pas dans les pays voisins ont élu domicile dans l’archipel nippon. De même pour les îles Ryūkyū qui se seraient détachées du continent antérieurement aux îles principales. On trouve notamment parmi les espèces : Protection. L'histoire environnementale du Japon et les politiques actuelles reflètent un équilibre fragile entre le développement économique et la protection de l'environnement. Dans la rapidité de la croissance économique après la Seconde Guerre mondiale, les politiques d'environnement ont été délaissées par le gouvernement et les entreprises industrielles. Conséquence inévitable, la pollution a fortement sévi au Japon dans les années 1950 et 1960 et a entraîné certains fléaux comme la maladie de Minamata. Avec la montée des préoccupations sur le problème, le gouvernement a introduit de nombreuses lois sur la protection de l'environnement en 1970 et a créé le Ministère de l'Environnement en 1971. Le premier choc pétrolier a également encouragé l'utilisation efficace de l'énergie au Japon en raison du manque de ressources naturelles. Les questions environnementales actuellement prioritaires comprennent la pollution de l'air en zones urbaines (les NOx, ou oxydes d'azote, sont des substances toxiques irritantes pour les voies respiratoires), la gestion des déchets, l'eutrophisation de l'eau, la conservation de la nature, la gestion des produits chimiques et la coopération internationale pour la conservation de l'environnement. Le Japon est de plus touché par les pluies acides, en partie provoquées par les rejets industriels chinois. Aujourd'hui, le Japon est l'un des leaders mondiaux dans le développement de nouvelles techniques respectueuses de l'environnement. Les automobiles hybrides de Toyota et Honda ont été désignées comme ayant la plus haute économie de carburant et les plus basses émissions. Ceci est dû à la technique de pointe des systèmes hybrides, aux biocarburants, à l'utilisation de matériel léger et à une meilleure ingénierie. Le Japon prend également en considération les problèmes entourant le changement climatique. En tant que signataire du protocole de Kyoto, et hôte de la conférence de 1997 qui l'a établi, le Japon est dans l'obligation de réduire ses émissions de dioxyde de carbone et de prendre d'autres mesures liées à la lutte contre le changement climatique. La Cool Biz, présentée par l'ancien Premier ministre Junichiro Koizumi, avait pour cible la réduction de l'utilisation de l'énergie grâce à la réduction de l'utilisation de la climatisation dans les bureaux du gouvernement. Le Japon va forcer l'industrie à faire des réductions d'émissions de gaz à effet de serre, en vertu de ses obligations liées au protocole de Kyoto. Le pays est classé trentième dans le classement des pays en fonction de leur indice de durabilité environnementale. Le Japon est cependant l'un des importateurs majeurs d'espèces animales et végétales en danger : il aurait importé, en 2007, appartenant à en danger différentes sur les animales et en danger répertoriées dans le monde. Il est de plus pêcheur mondial de thon rouge de l'Atlantique avec 9 % des captures, ainsi qu'un fort importateur, aboutissant à une consommation locale estimée de 80 % des thons péchés en Méditerranée. Le thon rouge, en particulier le thon gras, est consommé sous forme de sushis, très recherché au Japon malgré la raréfaction de ce poisson. Le Japon est le pays au monde où l'on trouve le plus de récifs artificiels : vingt millions de mètres cubes de récifs ont été immergés, soit un aménagement de 12 % du plateau continental en 2008 Le Japon est également un des rares pays à pratiquer la chasse à la baleine. La baleine est chassée dans le cadre d'un programme de recherche scientifique, autorisé par la Commission baleinière internationale, et la viande des baleines ainsi pêchée est ensuite vendue dans les restaurants japonais. Le Japon est à ce sujet soupçonné d’acheter les voix de petits pays (Tanzanie, Kiribati, îles Marshall) à la Commission, monnayant leur vote contre des aides au développement. Découpage administratif. L'organisation territoriale du Japon est définie par la loi d'autonomie locale de 1947. Elle subdivise le pays en plusieurs échelons hiérarchisés, de la municipalité à la préfecture (ou département). Le Japon étant un État unitaire, les juridictions locales dépendent largement, notamment sur le plan financier, du gouvernement central, et dépendent pour ce qui est de la règlementation de leur fonction publique et de leur administration du ministère des Affaires intérieures et des Communications. Ce système fut ainsi qualifié d'. Le Japon est scindé, d'un point de vue géographique et non politique ou administratif, en huit régions (voire neuf, si la préfecture d'Okinawa n'est pas inclus dans le Kyūshū) qui sont du Nord au Sud : Hokkaidō, Tōhoku, Kantō, Chūbu, Kansai (couramment appelé Kinki), Chūgoku, Shikoku et Kyūshū. La région du Chūbu est parfois décomposée en trois régions : la région de Hokuriku sur la côte nord-ouest, la région de Kōshinetsu à l'est et la région de Tokai au sud. Les limites de ces dernières ne sont cependant pas fixées avec précision. Préfectures. Les 47 , ou départements, forment les plus grandes subdivisions administratives japonaises. Elles regroupent quatre réalités différentes : Elles ont remplacé les anciennes provinces du Japon à la suite de la restauration de Meiji de 1867. Districts et sous-préfectures. Les préfectures peuvent être également subdivisées en deux types de subdivisions qui ne constituent pas des entités politiques (elles n'ont ni exécutif, ni conseil élu, mais gèrent administrativement certains services comme l'état civil, la voirie), mais uniquement administratives et territoriales : Municipalités. Au , le Japon possédait toujours ou communes, mais ce nombre est appelé à être diminué à selon la loi de fusion des municipalités de 2004. On distingue les municipalités urbaines : villes ou arrondissements spéciaux à Tokyo, et rurales : les bourgs et villages. Les principales villes du Japon classées en ordre décroissant d’habitants sont (chiffres de 2005) :
Giga Giga (symbole G) est le préfixe du Système international d'unités (SI) qui représente 10, soit un milliard de fois l'unité qui suit. Origine. Confirmé en 1960, il provient du grec ancien γίγας ("gígas"), signifiant « géant ». Informatique. En informatique, il ne faut pas confondre le gibioctet Gio (en anglais GiB, pour « gibibyte »), qui vaut 2 octets, soit exactement , et le gigaoctet Go (en anglais GB, pour « gigabyte »), qui vaut exactement 10 octets, c'est-à-dire . Dans la pratique commerciale, ce nombre indique davantage un ordre de grandeur.<br> Par exemple, une clé USB vendue comme est détectée par Windows comme ayant une capacité de , dont utilisés pour son formatage en FAT32, (ce qui est donc plus proche de que de ) soit . Mais une personne cherchant à acheter une clé USB par correspondance cherchera des chiffres « ronds » au sens informatique : lors d'une interrogation sur des moteurs de recherche ou le site d'un vendeur.
G Sciences. Physique et chimie. "G" (majuscule, italique) est un nom de variable ou de constante, couramment employé pour représenter : "g" (minuscule, italique) est le symbole de : g (minuscule, romain) représente : Unités. G (majuscule, romain) est : g (minuscule, romain) est :
Geb Geb est le dieu de la Terre dans la mythologie égyptienne qui fait partie de la grande Ennéade d'Héliopolis. Il est le fils de Shou (dieu de l'air) et de Tefnout (déesse de l'eau), mais aussi le frère et l'époux de Nout (la déesse du ciel). Description. Geb et Nout furent si proches que rien ne pouvait s'interposer entre eux. Geb fut séparé de Nout par leur père Shou, mais grâce à un stratagème de Nout ils réussirent à s'unir et enfantèrent Osiris, Seth, Isis et Nephtys. Une symbolique veut que Geb et Nout s'unissaient dans le secret de la nuit pour être séparés par Shou au matin. Dieu de la terre, des plantes et des minéraux, Geb donne à la terre ses fruits et son eau, laissant à sa sœur Nout, le royaume des cieux. Il est l'un des quatre éléments qui formèrent le monde. La légende veut que les tremblements de terre aient comme origine les éclats de rire de Geb. Geb est aussi le symbole de la royauté, qu'il aurait enlevée de force à sa mère Tefnout qui se réfugia au sein de l'Ennéade et finit par lui céder le trône. Il devint ainsi le premier roi mythique de l'Égypte et donna son nom au trône de pharaon qu'on appelait le « trône de Geb ». Il est représenté sous forme humaine avec une barbe, une couronne rouge et une perruque en trois parties sur laquelle est posée une oie (l'idéogramme de son nom). Parfois debout avec un bâton dans sa main gauche et le symbole Ânkh de la vie dans sa main droite. L'oie (l’ouette d'Égypte) est devenue un symbole de prospérité, de sorte que la succession d'un nouveau souverain était annoncée par quatre oies sauvages, libérées, comme une bénédiction d'un règne long et prospère. Dans beaucoup de ses représentations, Geb se trouve généralement couché sur le dos, portant souvent la couronne de la Basse-Égypte, le corps nu de Nout, le ciel, est arqué au-dessus de lui. Sa peau est souvent verte, indication sur son rôle de Dieu de fertilité et la végétation qui l’associe aux collines, aux vallées et aux montagnes. C'est pourquoi il est parfois représenté par des plantes et par des fruits. Plus tard, il est également décrit comme un bélier, un taureau ou un crocodile, ce dernier dans un fragment du "Livre des Morts" (papyrus de Dame Haroueben - Musée Égyptien du Caire). Dieu de la mémoire et guide de la main des scribes, Geb était honoré à Héliopolis, et son animal sacré était l'oie, qui formait d'ailleurs l'un des hiéroglyphes de son nom. Les six rois-dieux sont dans l'ordre :
Gonfanon Le gonfanon ou gonfalon (en ancien français, "confenons") est un morceau d'étoffe quadrangulaire, comme la bannière, ou terminé par des pointes. Il était attaché à la hampe ou au fer d'une lance et pouvait y être enroulé. On disait, "fermer" le gonfanon, pour l'attacher à la hampe. L'orthographe "gonfalon" — et "gonfalonier" ou "gonfalonnier" pour le porteur — est également très fréquente, bien que l'étymologie fasse préférer "gonfanon". Étymologie. Le terme est attesté pour la première fois vers 1050 sous la forme "gunfanun" « bannière de guerre » (Alexis, éd. Chr. Storey, 414). Il associe deux racines franciques : En vieux haut-allemand, "gundfano" est un étendard de combat.<br> "Fano" a donné en allemand "Fahne", drapeau ou étendard. On trouve dans la Chanson de Roland, au : "De cels de France virent les gunfanuns". Histoire. Le terme a d'abord été utilisé pour désigner un étendard ou une enseigne réunissant autour de ses plis les vassaux d'un seigneur suzerain. Il pouvait également être utilisé lors du rassemblement de l'ost. L'objet pouvait avoir une signification religieuse et l'étendard que le pape envoie à Guillaume le Conquérant, avant son expédition d'Outre-Manche, est qualifié de gonfanon dans le "Roman de Rou" de Wace. Les gonfalons (en italien, "gonfalone " ou "confalone") étaient également utilisés très largement dans les communes italiennes du Trecento – à l'instar de Sienne, Milan, Padoue – et par la suite ils furent appliqués aux quartiers ("vicinanze" à Florence ou "piviere"), compagnies armées ou d'armes et corporations ("Arti") de ses communes. Plus tard et jusqu'au , il vint à désigner, comme à Florence, des subdivisions intermédiaires entre la paroisse et le quartier, aux fonctions fiscales, électorales et administratives. Les "gonfaloni" étaient leurs représentants et étaient responsables de la surveillance des rues et de leur éclairage mais aussi de rendre la justice. Le gonfalon a été utilisé lors de la cérémonie d’intronisation des papes pour afficher l’emblème de la papauté, du Moyen Âge jusqu’à l’abandon de celui-ci par au , dans l’esprit du concile œcuménique du. De nos jours "Gonfanon" est souvent synonyme de "Bannière de procession". Gonfanons, bannières et héraldique. Même si les auteurs des s paraissent employer indifféremment les mots gonfanon (Fig 1. à 6.) et bannière, la caractéristique du gonfanon est que son axe est à l'angle droit de la hampe et ne semble pas avoir été destiné à être porté à l'horizontal mais à la verticale à l'instar de l'oriflamme comme figure de ralliement fixe ou portée à pied au bout d'une lance (Fig 1. & 2.). C'est par commodité que le gonfanon fut porté à l'horizontale par les cavaliers des et siècles. Il ne fallait pas que le gonfanon soit très grand, puisque l'on combattait avec la lance à laquelle il était fixé et que l’étoffe pouvait gêner les mouvements du porteur ou se prendre dans les jambes du cheval. Ainsi une aigle y paraît donc la tête vers la hampe et la queue au large (Fig. 5). Les études sigillographiques ont démontré que la bannière rectangulaire s'est imposée dans le dernier quart du en même temps que les premières figures véritablement héraldiques (Fig. 7.). Un des plus anciens gonfanons subsistants () est conservé au château de Blonay. Cependant, comme l'a démontré dès 1942 D.L. Galbreath dans son "Manuel du blason", ce serait commettre une erreur d'affirmer que la bannière héraldique reprenait exactement le(s) meuble(s) et couleurs de l'écu. "« Notons que ces bannières, dont nous postulons l'existence, diffèrent entièrement des armoiries" […] "Les grandes familles du , propriétaires d'alleux et de fiefs très nombreux, doivent avoir rassemblé un grand nombre d'enseignes, proportionné au nombre de leurs seigneuries, dont sans doute une partie seulement resta en usage et dont une partie moindre encore paraît dans nos sources »". Un cas d'« école » est celui des seigneurs de Monfort(-L'Amaury) dont l'émanché de la bannière (Fig. 9) diffère radicalement de l'écu (Fig. 10). Comme l'avait également souligné André Steyert dès 1860, il est indispensable de conserver un regard critique sur les érudits de la première moitié du qui, se recopiant les uns les autres, ou citant des sources antérieures non vérifiables, se sont permis de faire remonter les origines de l'héraldique bien avant le . Ainsi, par exemple, faire remonter le lion de la ville de Lyon dès le siècle n'est pas scientifiquement acceptable. On peut tout au plus proposer à titre d'axe de recherche, quelques suppositions jamais antérieures au , à partir de blasons datant au plus tôt du dernier tiers du siècle en émettant de sérieuses réserves quant aux couleurs proposées (Fig. 8). Le gonfanon est aussi un meuble héraldique, qui peut être frangé, et qui est généralement représenté par trois fanons arrondis. Celui des comtes d'Auvergne (Fig. 11) est le gonfanon primitif de Saint-Géraud d'Aurillac (Fig. 1) utilisé selon la légende lors de la Première croisade. En héraldique il est fréquent de désigner l'agneau pascal par un agneau porte-étendard qui tient par ses pattes de devant (la patte dextre) la "bannière" du Christ (normalement frappée d'une croix de gueules sur fond d'argent) mais le terme exact devrait être "Gonfanon à deux pans" (Fig. 12).
Google Google LLC est une entreprise américaine de services technologiques fondée en dans la Silicon Valley, en Californie, par Larry Page et Sergey Brin, créateurs du moteur de recherche Google. C'est une filiale de la société Alphabet depuis . L'entreprise s'est principalement fait connaître à travers la situation monopolistique de son moteur de recherche, concurrencé historiquement par AltaVista puis par Yahoo! et Bing. Elle a ensuite procédé à de nombreuses acquisitions et développements et détient aujourd'hui de nombreux logiciels et sites web notables parmi lesquels YouTube, le système d'exploitation pour téléphones mobiles Android, ainsi que d'autres services tels que Gmail, Google Earth, Google Maps ou Google Play. Après Larry Page et Eric Schmidt, son directeur général est, depuis 2015, Pichai Sundararajan. Google est devenu l'une des premières entreprises américaines et mondiales par sa valorisation boursière, quelques années après une entrée en bourse originale. Début 2008, elle valait de dollars à Wall Street. Le , sa capitalisation boursière dépasse celle d'Apple et devient la première des États-Unis, avec un total de 550 milliards de dollars répartis dans ses différentes catégories d'actions. En 2014, le classement "Best Global Brands" d'Interbrand positionne la marque Google en seconde position mondiale, derrière la marque Apple, avec une estimation de sa valeur à 107,43 milliards de dollars (+15 % par rapport à 2013), dépassant la barre des cent milliards de dollars pour la première fois depuis la création de ce classement en 1974. En 2016, le classement "Brand Z Top 100" place Google en première position devant Apple. La société compte environ . La plupart travaillent au siège mondial : le Googleplex, à Mountain View en Californie. Google est l'une des plus imposantes entreprises du marché d'Internet et fait partie, avec Apple, Facebook, Amazon et Microsoft, des géants du Web (aussi appelés GAFAM). En 2011, Google possédait un parc de plus de , contre en 2006, ce qui en fait le parc de serveurs le plus important au monde (2 % du nombre total de machines), avec des appareils répartis sur 32 sites. Parallèlement, le moteur de recherche Google a indexé plus de de pages web en 2008. En , Google représente 6,4 % du trafic Internet mondial et affiche une croissance supérieure à celle du web. En Europe, Google aurait une part de marché de 93 % concernant les moteurs de recherche. Au-delà du moteur de recherche, Google offre gratuitement de nombreux logiciels et services (e-mail, suite bureautique, vidéo, photo, blog) et se finance par la publicité à partir de l'an 2000, principalement avec un principe de lien sponsorisé dans les résultats de recherche et une facturation au « coût par clic » pour les annonceurs. Cependant, la situation croissante de monopole et les questions de vie privée inquiètent de plus en plus, de l'internaute occasionnel jusqu'à certaines grandes organisations. Google a également fait l'objet de plusieurs poursuites en justice, notamment pour plusieurs affaires de compatibilité de copyright et pour sa plateforme Google Livres. Origine du nom. Le nom de l'entreprise Google a pour origine le terme mathématique « googol » ou gogol en français, qui désigne 10, c'est-à-dire un nombre commençant par 1, suivi de cent zéros. Larry Page et Sergey Brin demandèrent en 1997 de l'aide à d'autres étudiants en informatique pour nommer le fruit de leur travail. L'idée serait venue de Sean Anderson, qui suggéra « googolplex », nom qui séduisit Larry Page. Il lui demanda d'aller enregistrer le nom de domaine « googol ». Sean Anderson se serait alors trompé dans l'entrée du nom, en frappant google.com. D'autres sources affirment que, le nom de domaine googol.com n'étant plus disponible (déjà attribué depuis ), le nom fut modifié volontairement. Quelle qu'en soit la raison, "Google" prend la place de "googol", plus simple et plus facile à retenir pour un anglophone, et il deviendra célèbre dans le monde entier : en 2006, le nom du moteur de recherche, puis de l'entreprise, figurait parmi les dix marques les plus connues au monde et serait devenu, depuis, la première marque connue au niveau mondial. Certains dictionnaires ont désormais inclus le verbe "to google" (en français, "googoliser ou googler") dans leurs pages, avec le sens "utiliser le moteur de recherche Google pour obtenir un renseignement sur le web". Par ailleurs, la similitude avec le mot anglais "", signifiant « lunettes », rappelle les deux ["O"] de la marque. Si on ne peut pas en attribuer l'origine, Google utilise ce jeu de mots dans un de ses services de recherche photo : Google Goggles. Également, 10gogol (un chiffre 1 suivi d'un gogol de zéros) s'appelle un gogolplex, dont vient le nom du quartier général de Google. Ce terme symbolise les buts que Google s'est fixés : . En effet, si le nombre de pages web indexables est gigantesque (plus de mille milliards), il reste minime par rapport à un gogol. Ce nombre, dont est issu le nom « Google », exprime les dimensions potentiellement colossales et universelles du monde d'Internet, unique domaine d'activité de l'entreprise. Histoire. Naissance. Les fondements de l'histoire de l'entreprise Google commencent par la rencontre de deux étudiants de l'université Stanford en 1995. Sergey Brin alors âgé de vingt-trois ans et Larry Page de vingt-quatre ans sont . Cela ne les empêche pourtant pas, en janvier 1996, de commencer à travailler sur un nouveau moteur de recherche. Les fondateurs de Google, alors doctorants, observent la façon dont sont classés les résultats lorsqu'ils effectuent des recherches dans les bases de données scientifiques. Ils constatent que l'exploitation des informations contenues dans la structure hypertextuelle dépend de la nature des liens entre ces documents. Ainsi l'idée d'analyser les liens inter-documents reposait sur l'observation d'une caractéristique de la littérature scientifique et aux modes d'organisation du Science Citation Index (SCI), qui consiste à attribuer une valeur à une publication scientifique proportionnellement au nombre de publications qui la cite. Ce principe revient aux travaux de Jon Kleinberg qui avait mis au point pour IBM l'algorithme HITS (Hyperlink –Induced Topic Search) qui prenait en considération l'autorité d'une page en fonction du nombre de liens pointant vers elle. C'est donc en s'inspirant des travaux de Jon Kleinberg que les deux étudiants mettent au point l'algorithme de classement des pages web appelé Pagerank. Celui-ci prend en considération les liens pointant vers une page comme un vote pour cette page. Plus une page recevrait de vote, plus elle serait considérée comme étant pertinente et plus le vote de cette page, lorsqu'elle pointerait elle-même vers d'autres pages, aurait de la valeur. Ils nomment leur projet "BackRub". Ils imaginent un logiciel qui analyserait les relations entre les sites web afin d'offrir des meilleurs résultats que ceux donnés par leurs concurrents de l'époque, AltaVista notamment. Une fois leurs travaux terminés, les deux étudiants commencent à concrétiser leur projet de moteur de recherche et achètent à cet effet un téraoctet de disques durs d'occasion, afin de créer une base de données. Cette installation sommaire a pris place dans la chambre de Larry Page. Sergey loue un bureau et se met en quête de financements. David Filo, fondateur de Yahoo!, convient de l'intérêt de leurs recherches, mais les encourage à créer leur propre moteur de recherche plutôt que vendre leurs travaux. Andy Bechtolsheim, l'un des fondateurs de Sun Microsystems, se laisse convaincre par Sergueï et Larry et leur fait un chèque de pour financer leur moteur. La société Google n'est toutefois pas encore créée et Larry garde le chèque dans son tiroir pendant quelques semaines, le temps d'achever les formalités légales. Le nom de domaine « google.com » est enregistré le . Les deux entrepreneurs sollicitent parallèlement famille et amis et parviennent finalement à réunir un million de dollars pour fonder la compagnie. "Google Inc." s'installe dans le garage Google de Menlo Park, loué par une amie, en . La société emploie alors trois personnes : Sergueï, Larry et Craig Silverstein, qui est aujourd'hui directeur de Google Technology. Début des technologies. Alors que le moteur est toujours en phase version bêta, il répond à près de par jour. En , PC Magazine classe Google dans sa liste des cent meilleurs sites au monde. En , c'est journalières que Google doit gérer. Devenant trop grand pour le « garage Google », Google se déplace, en mars, dans un bureau sur l'avenue de l'université de Palo Alto et huit personnes y travaillent désormais. En , la barre des trois millions de recherches quotidiennes est franchie. Dès , la presse mondiale commence à se faire l'écho des performances de ce nouveau moteur de recherche. Le journal français "Le Monde" écrit ainsi que le choix technologique de Google . Ainsi, une recherche avec les mots « Bill Clinton » renvoie d'abord au site de la Maison-Blanche, alors qu'AltaVista ne fait apparaître le site qu'après des dizaines d'autres références. Autre avantage, Google affiche les mots-clés en gras dans le contexte d'une phrase pour chaque lien, alors qu'Altavista ne fournit, à l'époque, que les liens eux-mêmes. Le , Google obtient de capitaux propres, fournis par des sociétés de capital risque. Omid Kordestani quitte Netscape pour rejoindre Google en tant que vice-directeur des ventes. Michael Moritz et John Doerr, qui avaient contribué à l'essor de Sun Microsystems, Intuit, Amazon.com et Yahoo!, s'assoient autour de la table de ping-pong en compagnie de Ram Shriram. La société déménage une seconde fois vers son emplacement définitif, le Googleplex, situé à Mountain View, en Californie. Le moteur de recherche, jusque-là en version bêta, achève sa phase de test le . Google assure alors la gestion de trois millions de recherches par jour. Le , le moteur de recherche est disponible en dix nouvelles langues : allemand, danois, espagnol, finnois, français, italien, néerlandais, norvégien, portugais et suédois, permettant à la société de pénétrer de nouveaux marchés et de gagner en importance. Tout juste un mois plus tard, en , Google est le premier moteur de recherche à avoir référencé un milliard de pages web. L'entreprise cherche à étendre la portée de son moteur en concentrant ses efforts sur l'Asie, avec les versions chinoise, japonaise et coréenne (), puis au monde entier, totalisant vingt-six langues dès le . Fin octobre 2000, Google signe un partenariat avec Yahoo! et commence à proposer de la publicité ciblée en fonction des mots-clés. L'année 2000 se termine avec la publication de la barre d'outils Google (Google Toolbar), proposée depuis en téléchargement gratuit, et voit le trafic journalier du site dépasser les 100 millions de requêtes, ce qui représente plus de requêtes/seconde en moyenne. Par son succès et sa croissance exponentielle, l'entreprise devient un phénomène mondial de presse. En , Larry Page et Sergueï Brin font appel à Eric Schmidt, le président de l'éditeur de logiciels Novell, pour prendre la direction de l'entreprise, en tant que président dans un premier temps, puis PDG à partir du , cinq jours après l'ouverture du premier bureau à l'étranger, situé à Tokyo. L'année 2001 s'achève donc par une conquête physique du monde et par l'annonce de la 3 milliardième page indexée. Le , Google obtient la validation de son brevet concernant PageRank. Le moteur de recherche continue ainsi sa croissance, en 2003, Google compte trois cents millions de requêtes par jour. Il est décliné en plus de cent langues en 2004 et cent cinquante en 2010. En 2010, Google est le premier moteur de recherche sur Internet, que 80 % d'internautes américains utilisent contre seulement 35 % de Chinois, qui préfèrent l'outil chinois Baidu. En Europe, sa part de marché serait de 93 %. Le , le site annonce une mise à jour de son algorithme dénommée « Panda » dans l'ensemble des versions du site (excepté les versions chinoises, japonaises et coréenne) afin de faire baisser la visibilité des sites sans valeurs ajoutées comme les comparateurs de prix ou les agrégateurs de contenus (à tel point que certains sites marchands de premier plan sont désormais victimes de ). Outre Motorola Mobility, Google a racheté environ à IBM en 2011 pour éviter de nouvelles attaques menées par Apple et Microsoft contre Android. En 2012, Google a indexé plus de de documents et gère à peu près 3,5 milliards de requêtes de recherche quotidiennement. Diversification des produits. Google, comme Amazon, Apple et Facebook, a depuis sa fondation racheté de nombreuses entreprises pour alimenter sa croissance, élargir sa base d'utilisateurs et développer de nouvelles technologies. Parmi ses acquisitions on peut citer Picasa, Android, YouTube, DoubleClick et Waze. Croissance et diversification. C'est à partir de 2002 que l'entreprise diversifie son activité, basée jusqu'alors sur son moteur de recherche. En cette année, Google propose aux entreprises le GB-1001 de Google Search Appliance, une solution à la fois matérielle et logicielle permettant de se . Google n'a pas voulu révéler le nom de son partenaire de fabrication pour les dispositifs matériels, qu'il a décrit comme basés sur des composants Intel exploitant Linux. Ce produit pouvait s'installer en rack de serveurs, stocker un index de (10go) au prix de . Il fut décliné en un autre modèle, le GB-8008, plus performant, mais plus onéreux (). La fonction Google Labs est également une importante nouveauté de cette année. Elle permet aux utilisateurs curieux de tester les services et produits non finalisés, mais dont la sortie en public approche. Par ailleurs, AdWords voit sa tarification s'établir au nombre de clics (). En septembre, le service en ligne Google Actualités est disponible et permet d'afficher des pages web relatives à l'actualité en fonction des mots-clés de l'utilisateur. Ce service se base au départ du plus de . Un mois plus tard s'ouvre un nouveau bureau en Australie, à Sydney alors que l'effectif total de l'entreprise dépasse les . De ce fait, la société inaugure son nouveau Googleplex, un complexe organisé architecturalement comme un campus, au Parkway à Mountain View, dans lequel travaillent . Le Google s'essaie au monde des réseaux sociaux en mettant au point son propre site de réseautage social : Orkut. Toutefois, ce projet ne rencontre pas le succès escompté, sauf au Brésil et en Inde. Par souci de communication, Google met en ligne son propre blog officiel pour y publier l'actualité de l'entreprise, de ses produits et technologies. Le , l'entreprise émet une demande auprès de la Securities and Exchange Commission pour entrer en Bourse. Cette demande aboutira le à son introduction sur le NASDAQ et la vente de , au prix unitaire de . La société réalise une introduction en bourse sous forme d'enchères inversées, une méthode inédite dans l'histoire des bourses de valeurs. En huit ans le cours de l'action sera multiplié par plus de huit, avec un pic en 2012 à plus de . Entre-temps, Google réalise en , un an après son introduction en Bourse, afin de disposer d'un total de 7 milliards de dollars de liquidités pour sa croissance, une des plus grandes augmentations de capital de l'histoire boursière, en levant un total de 4,2 milliards de dollars sous forme de 14 159 265 actions nouvelles, soit les huit premières décimales du nombre pi. Le Google propose Gmail, son propre service de courrier électronique avec une capacité initiale de annoncée doublée pour 2005. Cette capacité est totalement inédite et foudroie la concurrence, à l'exemple de MSN hotmail, dont la capacité lui était 500 fois inférieure. Ce stockage révolutionne la messagerie, qui s'affranchit dès lors du stockage des messages sur l'ordinateur par l'intermédiaire de logiciels, tels qu'Outlook. Gmail instaure donc l'ère de la messagerie email en ligne. À son lancement, l'inscription nécessitait toutefois une invitation. Son succès se traduit par un nombre croissant d'utilisateurs, début 2010. Google propose une visionneuse d'images par rachat début de Picasa. Ce logiciel est couplé à un compte en ligne permettant de stocker une galerie de . Le service connaîtra un certain succès, mais devra lutter contre le service Flickr de Yahoo! lancé en début d'année et sera concurrencé par la Windows Live Photos en 2008. Le , Google installe son centre européen à Dublin en Irlande avec un effectif de . Trois semaines plus tard, on apprend le rachat de Keyhole, une société de cartographie numérique qui sera à la base de Google Earth, sans toutefois publier le logiciel l'année même, qui se termine par le lancement de Google Desktop search le , de Google Scholar quatre jours plus tard, et de Google Print le (rebaptisé Google Recherche de livres), alors que l'index de recherche affiche huit milliards de pages web. L'entreprise emploie à cette date plus de . En juin 2019, Google signe la quatrième plus grosse acquisition de son histoire en mettant la main sur Looker, une société américaine spécialisée dans l'analyse des données. L'opération, financée en numéraire pour un montant de 2,6 milliards de dollars, vise à renforcer la division Google Cloud. Réalité virtuelle. Au Google I/O 2014, Google présente le Google Cardboard, son premier casque de réalité virtuelle fabriqué avec du carton. En mai 2015, Google a dévoilé la seconde version de son Google Cardboard qui présente notamment l'avantage d'être bien plus facile à monter. En octobre 2016, Google présente un casque de réalité virtuelle, le Daydream View, uniquement compatible avec le Google Pixel. Réalité augmentée. Lors de la Google I/O 2014, Google annonce le Projet Tango, une plateforme de création de contenue en réalité augmentée. Il est abandonné en fin 2017 et fait place a ARCore qui devient plus accessible. Google lance en 2020, une nouvelle fonctionnalité issue de la réalité augmentée : Art Filters. Le but est de mettre à disposition des utilisateurs des filtres pour transformer un portrait en « œuvre d'art ». Ceux-ci permettent ainsi d'intégrer un visage au sein de différents tableaux. Réputation grandissante. Le , Google pénètre le monde de la cartographie numérique en lançant en ligne un de ses produits les plus populaires : Google Maps. Ce service est gratuit, mais encore limité aux États-Unis, au Canada et au Royaume-Uni. Le jeudi il couvre la France, l'Allemagne, l'Espagne et l'Italie, et par la suite, les régions disponibles s'élargissent. Moins de deux mois plus tard, les fonctions très populaires de calcul d'itinéraires et de vues satellites y sont intégrées. Ce service sera plus tard utilisé pour la géolocalisation des téléphones portables et des GPS. Le , Google introduit dans le Labs une fonctionnalité d'affichage et de recherche dans l'historique et de statistique d'utilisation de moteur de recherche. Le , l'entreprise convie les utilisateurs de son moteur de recherche à personnaliser leurs pages d'accueil par le biais de iGoogle. Le , le concept de Google Maps est repris pour le logiciel Google Earth qui intègre quelques améliorations, notamment la topographie en relief, certains bâtiments en 3d, puis la vue sous-marine. Maps conserve sa simplicité puisque les grandes innovations sont réservées aux logiciels multiplateformes. auparavant, Google avait lancé son propre outil de traduction gratuit en ligne. Il connaîtra un succès énorme, tant pour les internautes que pour les élèves et contribuera une nouvelle fois à la renommée de l'entreprise. La même semaine, l'entreprise annonce la sortie de sa propre messagerie instantanée Google Talk. Ce logiciel est basé sur le protocole ouvert XMPP et permet la Voix sur IP. Il offrira par la suite la possibilité de chat vidéo et d'utilisation en ligne sans logiciel téléchargé préalablement. Toutefois, malgré ces innovations, l'échec se profilera puisque incapable de concurrencer Skype et Windows Live Messenger. C'est au tour de Google Reader de voir le jour début octobre, Google Analytics le , puis de l'adaptation à la téléphonie de son service Gmail le lendemain. Cloud Computing pour les utilisateurs. Le Google s'attaque au marché chinois, qui représentait plus de 110 millions d'internautes, avec une tendance à la forte hausse pour les années à venir avec la démocratisation de l'accès à Internet. Google déplore aussi en ce pays . Entre-temps, Google opère un des plus gros rachats jamais faits, en acquérant la plateforme de partage de vidéo en ligne YouTube pour 1.65 milliard de dollars d'actions de l'entreprise. Le , on apprend le rachat de l'entreprise Writely proposant un éditeur de traitement de texte en ligne, acquis pour 8 millions de dollars, dans l'intention de l'utiliser comme base pour le projet Google Documents utilisant le même concept, qui sera annoncé lui, six mois plus tard. Fin mars, c'est Google Finance qui sort des cartons de Google. Il s'agit d'un outil permettant de suivre en ligne les cours et les devises. Google Agenda, un agenda en ligne gratuit est annoncé le . Ces services sont par la suite destinés aux professionnels par Google Apps, le . Lors de sa sortie même, ces services entraient agressivement en concurrence avec d'autres services déjà bien installés. Empire Google. Le , Google Livres lance un service permettant la lecture en ligne et le téléchargement d'ouvrages littéraires entrés dans le domaine public et alimentera des nombreuses controverses. L'entreprise entame l'année 2007 avec . En mai, Google permet à n'importe quel internaute d'étudier le trafic, les recherches et les statistiques de son moteur de recherche par le biais de "trends". Quelques jours plus tard, une importante mise à jour de Google Maps permet de naviguer virtuellement dans les rues de certaines villes à travers des photos omnidirectionnelles. Il s'agit de Street View. Le fait de pouvoir regarder ce qui se passe chez les gens ou de voir par hasard n'importe qui dans la rue provoque également des controverses sur le respect de la vie privée. Le mois de mai s'achève par le lancement de Google Gears. La deuxième moitié de l'année 2007 se caractérise par le perfectionnement et l'adaptation de services existants à d'autres langues. Dernier fait marquant, l'annonce le d'un OS pour téléphones portables ; Android, qui concurrencera Symbian OS et Windows Mobile. Cet événement s'inscrit dans la recherche de marché dans la téléphonie mobile qui offre de plus en plus des possibilités de navigation sur Internet. On dénombre dans l'entreprise en fin d'année. Le projet Google Apps est complété le par l'introduction de Google Sites qui permet à tout utilisateur Google de créer facilement son propre site web dans un domaine fourni par Google. C'est une alternative peu coûteuse - la version standard de Google Apps étant gratuite - par rapport à des produits commerciaux comme SharePoint de Microsoft. En mai, selon des principes similaires à ceux de Wikipédia, Google annonce son projet Knol. Pendant les mois suivants, aucune sortie notable n'intervient, mais les équipes de Google travaillent sur les produits déjà lancés. En effet, l'entreprise cherche à rendre plus accessibles plusieurs de ses outils notamment Google Traduction, Google Finance et Street View. Quelques adaptations sont également annoncées, comme la prise en charge de l'Unicode 5.1 et l'adoption de l'IPv6. L'effort d'internationalisation des logiciels et services se poursuit avec un objectif de traduction en 40 langues pour un public d'internautes estimé à 98 %. Cette activité relativement faible favorise la préparation de la sortie de son propre navigateur web, Google Chrome qui est officialisé le par une bande dessinée, ce qui crée un buzz, du fait du contexte et de la notoriété acquise par l'entreprise américaine. Le navigateur connaîtra une croissance non négligeable puisqu'il atteindra deux ans plus tard 6 % des parts de marché. Plusieurs versions et mises à jour suivront. Le , Google a annoncé son intention de développer Google Wave, un produit affiché comme révolutionnaire. Il s'agit d'une application web dont le concept mélange les notions de services de courrier électronique, de messagerie instantanée, de wiki et de réseautage social, le tout associé à un correcteur orthographique et un traducteur instantané. Une première phase de test bêta pour le avec la distribution de aux personnes qui se seront inscrites sur leur site avec la volonté de reporter les bugs. Le , Google a annoncé le projet de développement Chrome OS, un système d'exploitation open-source basé sur Linux. Cet OS se veut léger et adapté aux netbooks en plein essor. En , Google Musique indexe de la musique sur le moteur de recherche aux États-Unis pour débuter. Pour assurer son autonomie énergétique et réduire ses factures d'électricité, Google a annoncé en décembre 2009 son intention de fonder Google Energy. Dans ce but en janvier 2010 Google a demandé à pouvoir bénéficier d'un statut industriel. Après de longues rumeurs et certaines annonces, le Google présente officiellement son téléphone lors d'une conférence de presse à son siège, à Mountain View. Ce Google phone est produit par HTC. Cette action s'inscrit une nouvelle fois dans l'ambition de conquête de l'Internet nomade. Ce choix se confirme par les fortes rumeurs du lancement d'un netbook fonctionnant sous Chrome OS signé par le géant californien. Le , Google lance un appel d'offres pour fournir la mise en place d'un réseau de fibre optique à pour , voire beaucoup plus. Si cette annonce incite à penser que Google voulait devenir un FAI, l'entreprise a tempéré son ambition en affirmant qu'il s'agissait plus d'un test qu'autre chose. Un mois plus tard, plus de américaines, principalement sur la côte est, ont fait acte de candidature, appuyées par plus de individuelles. Dans le but de créer un concurrent de Facebook, Google Me, durant l'été 2010, l'entreprise de Mountain View se lance dans plusieurs opérations financières visant aux rachats de six entreprises dont l'activité lui permettrait d'arriver à ce but. Ainsi, ont été achetées Slide (entre 182 et 228 M$), Jambool, Angstro, Zynga (achetée entre 100 et 200 M$), Like.com (100 M$) et SocialDeck. Le , Google lance son service de réseau social Google+ toujours dans l'optique de concurrencer Facebook. Mais en , Google annonce la fermeture de plusieurs services pour . Il s'agit de "Buzz" (un réseau social lancé en 2010), "Jaiku" (un réseau social acheté en 2007), "Code Search" (outil de recherche de code open source sur le web), les fonctions sociales intégrées à "iGoogle" et "The University Research Program for Google Search" (programme qui offrait des API d'accès aux résultats de recherche à des chercheurs universitaires). En 2011, l'entreprise atteint le milliard de visiteurs uniques par mois. Le , Google annonce son intention d'acquérir Motorola Mobility pour la somme de 12,5 milliards $. L'année 2013 montre la volonté de Google de se développer dans le secteur de la robotique, avec l'acquisition de 8 sociétés du domaine, dont Boston Dynamics, réputée pour sa collaboration avec le Pentagone et pour ses robots capables de courir en terrains accidentés. Le département Robotique de Google est dirigé par Andy Rubin, ancien responsable du développement d'Android OS. Selon John Markoff, ces acquisitions seraient les prémices de la construction de systèmes autonomes capables de tout faire : aide aux tâches ménagères, livraison à domicile ou encore soin aux personnes âgées. En , Google acquiert "Nest Labs", une entreprise américaine spécialisée dans la domotique, pour 3,2 milliards de dollars Au mois de , Google annonce le rachat de DeepMind pour 400 millions de dollars, une startup londonienne spécialisée dans l'intelligence artificielle. Dans le même temps le , Google annonce la vente des smartphones Motorola au groupe chinois Lenovo. Dans le même temps, suivant un document de la bourse de Hong Kong, Google a pris le , une participation de 5,94 % du capital de Lenovo. Le , Google officialise un investissement de 40 millions de dollars dans Renaissance Learning, une startup spécialiste en logiciels et services cloud dans le domaine de l'éducation. Le , Google confirme le rachat de Green Throttle Games, une startup spécialisée dans les jeux vidéo. En , Google lance un nouveau service d'enregistrement de nom de domaine. Confirmant son intérêt pour les nouvelles technologies, Google investit en 542 millions de dollars dans Magic Leap, jeune société spécialisée dans les interactions homme-machine Le , Google entre sur le marché de la téléphonie mobile aux États-Unis en lançant Project Fi. Il devient un opérateur virtuel en louant le réseau de ses partenaires T-Mobile et Sprint. Pour l'instant, seuls les propriétaires de téléphones Nexus 6 peuvent bénéficier de cette offre. Google devient Alphabet. En , Larry Page, ex-directeur de Google, annonce une importante réorganisation de l'entreprise. En effet, l'entreprise Google devient une filiale du nouveau groupe Alphabet. L'entité nommée Google se voit ainsi retirer toutes les activités qui ne concernent pas Internet ou l'informatique et qui deviennent des filiales à part entière d'Alphabet. Ces filiales sont : Cependant, Google, qui est à présent dirigé par Sundar Pichai garde, sans aucune modification, les autres marques plus connues du grand public, tel que le moteur de recherche Google, YouTube, Android, Google Play, Google Livres, AdSense. Pour les utilisateurs, cette restructuration ne change strictement rien, du moins à court terme. En effet, la restructuration et la création d'Alphabet permettent surtout d'améliorer la transparence de l'entreprise, et de séparer les activités qui ne rapportent pas d'argent (Calico, Google X) de la branche Internet, qui à elle seule rassemble presque tous les profits. Le , Google a présenté son service « Sunroof », basé sur Google Maps, et qui permet de déterminer quelles sont les toitures adaptées à l'installation de panneaux solaires photovoltaïques. À cette date, les expérimentations se limitent aux régions américaines de Boston, de la baie de San Francisco et de Fresno. Le , Google dépose un brevet sur une lentille de contact électronique permettant d'améliorer la vue. Celle-ci serait directement greffée au patient afin de remplacer la lentille naturelle de l'œil. Grâce à ses capteurs, elle adapte la vision en fonction de la lumière ambiante pour permettre de voir de près comme de loin. En , Google annonce conjointement avec Facebook leur projet de créer un câble sous-marin transatlantique à haut débit afin d'accélérer la vitesse d'accès à leurs services et au Cloud. Le projet du nom de MAREA devrait relier les villes de Virginia Beach aux États-Unis à Bilbao en Espagne. Le Google lance Trips, une nouvelle application qui permet d'organiser ses voyages et, une fois sur place, d'accéder à toutes les informations nécessaires, même sans connexion. En , Google présente une nouvelle application Cloud Jobs API permettant aux employeurs et aux demandeurs d'emploi de trouver des offres en les recherchant par mots-clefs. Google n'est pas nouveau sur le marché numérique du travail, depuis la création d'Adwords en 2000, les agrégateurs d'offres d'emploi peuvent débourser de l'argent pour que leur site apparaisse en premier dans le moteur de recherche pour certains mots clefs (RH, développeur par exemple). En 2017, Google a payé 3 milliards de dollars à Apple pour rester le moteur de recherche par défaut sur les terminaux iOS contre un milliard trois années auparavant. En 2017, HTC vend une partie de ses activités notamment concernant ses téléphones pixels et certaines de ses licences et droits à Google pour 1,1 milliard de dollars. En , Google lance en France son système de paiement mobile avec une banque partenaire. Google Pay est accessible aux utilisateurs d'Android. En , l'entreprise relance les Google Glass avec le modèle "Enterprise Edition 2". Les Google Glass quittent le laboratoire X pour rejoindre la gamme des produits vendus directement par Google. Le , Larry Page et Sergey Brin, cofondateurs de Google et par extension Alphabet, annoncent leur départ de la direction de l'entreprise. Ainsi, Sundar Pichai devient le CEO de Google en plus d'Alphabet. En août 2020, la société crée le ""Android Earthquake Alerts System", un dispositif destiné aux smartphones de la marque permettant de détecter et signaler les premiers signes d'activité sismique précédant un tremblement de terre. Il s'appuie sur le système de "Shake Alert"" développé par l'institut américain d'études géologiques. En 2022, Google multiplie les acquisitions de start-up spécialisées dans la cybersécurité tels que Mandiant (mars 2022) ou Siemplify (janvier 2022). Durant la même période, Google continue également d'investir massivement dans le "cloud," en faisant l'acquisition par exemple de MobiledgeX. En janvier 2023, Google annonce la suppression de 12 000 emplois soit 6 % de ses effectifs, dans un contexte de suppressions de postes similaires dans les autres entreprises américaines de technologie. Implantation en Chine. En 2006, Google accepte de brider son moteur de recherche pour pouvoir s'implanter en Chine. Le gouvernement chinois a, en effet, imposé certaines conditions pour l'entrée sur le marché d'Internet, la censure notamment. Les cofondateurs expliqueront qu'. Ainsi, à partir du , une recherche images sur « Tian'anmen » affiche, dans Google.fr, la célèbre photo de l'étudiant barrant la route aux chars, symbole des manifestations de la place Tian'anmen, tandis que, sur Google.cn, les résultats affichent des portraits de familles joyeuses ou des photos de monuments. Cette action a fait couler beaucoup d'encre dans les médias mondiaux. Cependant, le , une attaque double pirate massive et venue de Chine dite « Opération Aurora » a ciblé plus d'une vingtaine d'entreprises dont Adobe, Google et Intel. Cette opération a permis à ses auteurs le vol de secrets industriels et la copie des mails de milliers d'exilés chinois et de militants des droits de l'homme. Ces atteintes, malgré le respect et l'application des conditions imposées par le gouvernement chinois, provoqueront la fureur de l'entreprise californienne, qui menacera de ne plus appliquer aucune censure en reconnaissant que cette décision pourrait la contraindre à quitter le pays, mais retirer directement ses services de Chine. 2010 est l'année où Google est censuré en Chine (sauf Hong Kong). Cette annonce fut perçue par certains forums comme un bluff, puisque le marché de l'internet est très porteur (384 millions d'internautes fin 2009) et que Microsoft a annoncé son intention de poursuivre ses activités avec Bing malgré tout. Pour rendre hommage et affirmer leurs soutiens à de telles décisions, de nombreux Chinois déposèrent sur l'édifice portant le logo de l'entreprise fleurs, bougies et mots de soutien. Ces actions sont devenues des phénomènes très médiatisés et l'affaire prit les tournures d'un incident diplomatique entre les États-Unis et la République populaire de Chine. Les trois principaux moteurs de recherche dominants en Chine, en 2016 sont : Lieux et centres d'activités. Google possède des infrastructures et des bureaux partout dans le monde, même s'ils sont plus nombreux en Europe, aux États-Unis, en Inde et Chine littorale. Le principal lieu où se déroule le développement de Google est le Googleplex situé en Californie. Le Googleplex est constitué de quatre principaux bâtiments, totalisant sur un terrain de . Le Googleplex abrite aussi le site de développement du système d'exploitation pour smartphones et appareils mobiles, appelé Android. Dans ce complexe, travaillent sous les ordres de Jean-Marc Tassetto. À l'ouverture de ce centre, Eric Schmidt a déclaré : Le , aux termes d'un accord conclu avec les éditeurs de presse français, la société s'engage à financer à hauteur de d'euros un fonds d'aide à « la transition de la presse vers le monde du numérique ».En , Nick Leeder, Australien francophone et formé notamment à l'INSEAD, succède à Jean-Marc Tassetto, démissionnaire. A la suite de du conflit ukrainien, la filiale russe de Google dépose le bilan le 18 mai 2022 et cesse ses activités en Russie. Le dépôt de bilan fait suite à la saisie du compte bancaire de Google par les autorités russes qui empêche tout fonctionnement de la filiale de Google en Russie. Le chiffre d'affaires de la filiale russe s'est élevé à 134,3 milliards de roubles (1,98 milliard d'euros) en 2021. En juin 2022, Google ouvre son premier data center en France en région parisienne. Technologie et propriété intellectuelle. PageRank. Le moteur de recherche Google repose principalement sur l'exploitation de la technologie PageRank. Le premier brevet (US 6.285.999 B1, intitulé « Method for Node Ranking in a Linked Database »), déposé en janvier 1997 et enregistré le , est la propriété de l'université Stanford. Le texte du brevet est accessible sur le site du bureau des brevets des États-Unis, qui a licencié cette technologie à Google en 1998 (amendée en 2000 et 2003), deux mois après sa fondation. Il s'agit d'une licence exclusive jusqu'en 2011, l'exclusivité prenant fin à cette date. Les recherches qui ont abouti au développement de la technologie du PageRank ont été financées en partie par la National Science Foundation (Grant NSF - IRI-9411306-4). Il est donc précisé dans le brevet que le gouvernement a certains droits sur cette invention. Open Source. Google existe en grande partie grâce aux logiciels libres sur lesquels il a été bâti dès l'origine, tels Linux, MySQL et Python, qu'il a contribué à améliorer en retour. Google emploie Andrew Morton, un contributeur très important au noyau Linux et a contribué au code de MySQL. Le logiciel libre permet à Google de repérer des programmeurs talentueux, capables non seulement d'imaginer des solutions techniques, mais aussi de les mettre en œuvre. Pour les attirer, Google a créé un environnement de travail où sont encouragées l'innovation, les idées techniques et la participation aux projets open source. Ainsi chaque développeur dispose de 20 % de temps libre pour travailler sur un projet de son choix, qu'il soit libre ou pas. Google a, de 2004 à 2014, soutenu la fondation Mozilla à travers un partenariat, car la mission de Mozilla - « préserver le choix et l'innovation sur l'Internet » - sert les intérêts de Google. Google est le moteur de recherche par défaut de la barre de recherche de Mozilla Firefox en Europe. Les internautes européens utilisant Firefox font des recherches sur Google et cliquent sur les publicités d'AdSense. Les revenus que Google en tire sont alors partagés avec Mozilla, ce qui leur permet d'avoir les moyens financiers pour améliorer les standards du Web et les logiciels qu'ils éditent (dont Firefox et Mozilla Thunderbird), ce qui pousse les autres éditeurs de navigateur web à faire de même. En définitive, c'est Internet dans son ensemble qui bénéficie de ces améliorations et Google (ou d'autres) peut alors utiliser ces nouvelles possibilités dans ses produits grâce à son cycle rapide d'innovation. Google participe à l'open source et le soutient : Finances. Origine des revenus. Google tire la majorité de ses revenus de la publicité avec différents mécanismes. Avec le système Ads (anciennement AdWords), littéralement publicité liée aux mots, Google vend des mots-clés aux enchères. Si une personne fait une recherche avec ce mot, les liens des sites de ceux qui ont participé aux enchères s'inscrivent dans la partie des liens commerciaux selon un ordre déterminé par l'algorithme de Google. Chaque fois qu'une personne sélectionne un de ces liens, l'annonceur concerné doit verser une certaine somme à Google. C'est ce qu'on appelle le coût par clic. Le système "AdSense for search" permet à un site web d'accueillir un moteur de recherche offrant la technologie de Google et par extension les publicités AdWords suivant les mots-clés sur ses pages web. Google reverse une partie de ses gains, toujours au coût par clic, à ce site web, le partage étant de 51 % pour l'éditeur et 49 % pour Google. De même le système "AdSense for Content" permet à un éditeur d'afficher les encarts publicitaires de Google sur son site web, qu'il soit consulté sur ordinateur ou sur mobile, les revenus générés sont répartis à hauteur de 68 % pour l'éditeur et de 32 % pour Google. Gmail comporte un affichage publicitaire contextuel dans la fenêtre de lecture des e-mails, la rémunération de Google étant toujours au coût par clic. YouTube comporte également des publicités. Le réseau Display de Google permet à un annonceur de cibler précisément les modes de diffusion et les sites de contenu de sa campagne publicitaire ; l'internaute ne consultant un moteur de recherche et donc la publicité que 5 % de son temps, Google optimise les canaux de diffusion de la publicité. En dehors des activités publicitaires, Google a d'autres sources de revenus, notamment la location d'espace sur ses serveurs informatiques. Pour le stockage en ligne, Google propose gratuitement à ses utilisateurs de stocker des documents et des photos, et d'y accéder depuis n'importe quel poste (applications Google Drive et Google Photos). Mais lorsqu'un utilisateur atteint la limite d'espace disque autorisé, il peut acheter de l'espace disque supplémentaire. Google loue également ses serveurs pour l'hébergement de sites Internet (Google Cloud). Google Workspace (anciennement Google Apps) propose une solution de collaboration, qui réunit plusieurs outils bureautiques et de production. Une version gratuite est disponible, mais les organisations/entreprises désirant utiliser toutes les fonctionnalités de cette solution doivent payer mensuellement pour bénéficier de services supplémentaires. Google Play est un ensemble de plateformes de distribution numérique, comme Google Play Store, magasin d'applications destiné à la vente ou la location de livres, de jeux et d'applications Android, ou Google Play Musique. Google Store est quant à lui un magasin en ligne d'appareils informatiques, Google Nexus (tablettes et smartphones) entre autres. Données financières. Google est une des startups qui ont franchi sans encombre le krach du NASDAQ en 2001, notamment du fait qu'elle n'était pas cotée. L'entreprise s'est introduite en Bourse par un système peu usité d'enchères en qui a comprimé de 5,5 à 1,5 % les commissions perçues par les banques d'affaires ; introduite à , l'action cotait un an plus tard, ce qui valorisait l'entreprise à près de de dollars. Début 2006, l'action coûte environ, elle franchit la barre des () le , puis celle des le , ce qui la place au quatrième rang en termes de capitalisation à la Bourse de New York. Avec les différentes crises financières de fin 2007 et début 2008 sur les marchés financiers et l'annonce d'un probable rachat de Yahoo! par Microsoft, l'action Google a chuté passant de fin 2007 à en . Le code de l'action au NASDAQ est GOOG. Le , le cours est divisé entre GOOG et GOOGL, le premier regroupant les titres de classe A et le second de classe C. Les actions de classe B sont toutes détenues par les fondateurs, Larry Page et Serguey Brin, ce qui renforce leur contrôle sur la direction de l'entreprise. Le , Time Warner annonçait que Google allait prendre 5 % de participation dans le capital de sa filiale AOL. Stratégie fiscale. Afin d'éviter de payer les impôts auxquels sont soumises la plupart des entreprises américaines et européennes, Google utilise la technique dite d'« optimisation fiscale ». Les licences Europe, Moyen-Orient et Afrique de la marque sont exploitées par une société domiciliée aux Bermudes. Et « pour échapper au Trésor américain qui impose à hauteur de 35 % les bénéfices des entreprises rapatriés de l'étranger, la multinationale les laisse dormir aux Bahamas ». Selon Bloomberg, Google aurait réalisé une économie de 3,1 milliards de taxes sur les bénéfices en et . En , Google serait parvenu à abaisser son taux d'imposition à 2,4 % sur ses activités hors États-Unis, grâce à sa filiale irlandaise par laquelle transitent 88 % de ses activités internationales. Le taux d'imposition sur les bénéfices des sociétés, en Irlande, est, en effet, de 12,5 % contre 25 % en moyenne dans les autres pays où Google réalise l'essentiel de son chiffre d'affaires. Mais Google a également cherché à réduire le montant des bénéfices imposables de sa filiale irlandaise en lui imposant de reverser des redevances à une filiale néerlandaise, condition sine qua non afin que l'Irlande accorde l'exonération fiscale à Google Ireland Holdings, société jumelle de Google Ireland Limited, la filiale opérationnelle. Google Ireland Holdings transfère ses redevances à la filiale néerlandaise qui les transfère ensuite aux Bermudes. Cette stratégie a permis à l'entreprise de cumuler plus de 39 milliards de dollars au comptant. Le véhicule juridique utilisée par Google aux Bermudes, Google Bermuda Unlimited est adopté en et lui permet d'échapper à la fiscalité des pays où sont réalisées les ventes, mais également à l'obligation de publier ses comptes. Selon Paul Tang, économiste et membre de la délégation du Parti Travailliste hollandais (PvdA) au sein du groupe de l'alliance des socialistes et des démocrates au parlement européen (Progressive Alliance of Socialists & Democrats in the European Parliament (S&D)), Alphabet, la maison mère de Google, n'aurait été imposé que de 0,36 à 0,82 % de son chiffre d'affaires entre et à l'intérieur de la zone UE, alors qu'Alphabet est imposé de 6,49 % à 8,79 % hors UE. Ainsi, au sein de l'union européenne, les pertes s'enregistrent à hauteur de 3 955 millions d'euros entre et . Si un taux de taxation à hauteur de 2 à 5 % avait été appliqué entre et tel qu'il avait été suggéré par le conseil ECOFIN, les pertes en cas d'évasion fiscale vis-à-vis de ce taux (virtuel) auraient été comprises entre 1 262 et 3 155 millions d'euros au sein de l'UE. Soupçons de fraude fiscale en France. Le , une étude menée par VRDCI montre que les revenus de Google en France seraient supérieurs à ses déclarations. Entre novembre 2012 et novembre 2013, Google aurait réalisé 1,43 milliard d'euros en France, un chiffre loin des 193 millions d'euros déclarés par l'entreprise en France (lors de l'exercice fiscal 2012). Au terme d'une enquête commencée en 2011, le fisc français en février 2014 aurait décidé d'infliger un redressement fiscal de près d'un milliard d'euros à Google pour s'être soustrait à l'impôt. Lors de cette enquête (nom de code « Tulipe »), les membres du parquet ont travaillé durant une année hors connexion, pour garantir une confidentialité maximale autour du dossier. En 2017, le tribunal administratif de Paris annule ce redressement fiscal qui concerne la période de 2005 à 2010, au motif que Google ne disposait pas en France d'un établissement stable. L'administration fiscale ayant fait recours, la justice donne raison à Google et confirme en l'annulation de ce redressement fiscal de 1,15 milliard d'euros. Selon le rapport de Paul Tang, en France, pour 55 millions d'utilisateurs en 2015 (représentant 14 % du flux internet en Europe) les pertes dues à l'évasion fiscale s'enregistrent à hauteur de 544 millions d'euros entre 2013 et 2015. En 2019, Google décide de verser 965 millions d'euros à la France pour clore le dossier du parquet national financier. Données collectées. Les différents outils Google collectent des données qui sont exploitées pour améliorer l'efficacité des services Google, tels que Google Ads. Ces outils Google partagent la même politique de confidentialité, vers laquelle redirige chaque service. La quantité importante de services proposés par Google a mené Google à fusionner le mars 2012 les 70 documents de confidentialité et les 60 règles existantes présentant le traitement des données collectées par les différents services. La centralisation de la gestion des données collectées dans les services tels que Analytics ou Android à travers un compte Google est justifiée par un objectif de croisement de ces données pour apporter par un service plus personnalisé mais aussi une publicité plus ciblée, qui ont soulevé des inquiétudes sur la vie privée. Certains services comme Google wallet ou le logiciel Google chrome garderont néanmoins des règles spécifiques du fait de contraintes règlementaires particulières. Applications, navigateurs et appareil. Les données collectées pour une personne varient selon qu'elle ait un compte Google ou pas. Utilisation sans compte Google. L'usage de services Google sans compte donne lieu à la collecte d'informations. Celles-ci comportent l'identifiant unique associé au navigateur, application ou appareil (ordinateur portable, téléphone, tablette, etc.), les préférences (langue, acceptation des publicités, personnalisation des recherches), le système d'exploitation et sa version. Elles incluent les échanges avec d'autres personnes à travers les services Google (courrier électronique, photos, vidéos enregistrées, documents en ligne, commentaires Youtube, etc.). Utilisation avec un compte Google. Un compte Google est associé à plusieurs informations, obligatoires, nom et mot de passe, ou optionnelles, telles qu'un numéro de téléphone et des informations de paiement. Activité. L'activité sur les différents services est collectée, l'objectif affiché est d'adapter le résultat des pages à chaque personne. Parmi l'activité sur les services Google, les informations collectées regroupent : Dans le cas où un compte Google est utilisé, il est possible d'accéder à et gérer ces informations. Position géographique. La position peut être collectée par les capteurs d'un appareil portatif tel qu'un téléphone mobile ou une tablette, ces capteurs incluent les GPS, les accéléromètres, et les gyroscopes. Cette position peut être déduite de l'adresse IP de l'appareil, mais aussi des recherches et des lieux sur lesquels un libellé est ajouté, comme le lieu d'habitation ou le lieu de travail. Enfin, elle peut être obtenue par les appareils qui passent à proximité de l'appareil, tels que des bornes Wi-Fi, des antennes relais et des appareils connectés en blutooth. Informations collectées auprès de tiers. Des informations accessibles publiquement sur Internet peuvent être collectées pour usage dans des outils tels que Google traduction, ou encore l'indexation du moteur de recherche Google. Des informations peuvent aussi être collectées auprès de partenaires tels que des services d'annuaires fournissant des informations commerciales affichables sur Google Maps, des services marketing pour la prospection de clients potentiels des services professionnels, ou des informations permettant de vérifier la véracité des certaines personnes qui utilisent des services Google. Communication. Identité visuelle. Le logo de Google est très simple et provient de son moteur de recherche. Il est constitué du mot Google écrit en police Catull, dont les lettres sont colorées dans l'ordre suivant : bleu-rouge-jaune-bleu-vert-rouge. Cette composition n'a pas changé depuis 1999, si ce n'est la mention « bêta » et le point d'exclamation qui ont disparu. Il a été créé par Ruth Kedar, qui enseignait le à l'université Stanford à l'époque où les fondateurs du moteur de recherche, Larry Page et Sergey Brin, étudiaient. Cette architecture de couleur et de forme se retrouve sur plusieurs produits, notamment Gmail. Si le logo de l'entreprise ne change pas, celui de son moteur de recherche est régulièrement remplacé pendant un jour pour marquer ou commémorer un événement particulier. Ces logos, présents uniquement sur la page d'accueil, sont alors visuellement adaptés au thème de la journée. Ce sont les (« " » désigne un gribouillage en anglais et permet une paronomase avec « »). Il est possible de visualiser le logo Google en art ASCII en recherchant ce même terme dans le moteur de recherche de Google. Google a gardé son premier logo assez longtemps. Le logo est connu pour ses lettres multicolores et en relief. À partir de fin , Google change légèrement son logo, pour plus de modernisation : les couleurs sont plus pâles et les lettres sont désormais en deux dimensions. Le logo change à nouveau dès , pour prendre une police plus grasse et arrondie, tout en gardant les mêmes couleurs pour chaque lettre. Slogan. Jusqu'en , le slogan de Google est " (« Ne soyez pas malveillants »). Au printemps 2004, la phrase figurait même en tête du courrier adressée aux investisseurs, quelque temps avant leur entrée en bourse. Larry Page a écrit que . Cette devise résume assez bien la volonté supposée de Larry Page et Sergey Brin qui tend à faire de Google une société qui œuvre pour un monde meilleur. La société a parfois été prise à partie sur son slogan, en particulier à propos du filtrage interdisant l'accès à certains sites ou à des pages contenant certains mots depuis la Chine. En particulier, google.cn veille à ne pas faire figurer sur ses pages de réponse les chaînes de caractères qui provoquent la déconnexion de l'utilisateur par les mécanismes de surveillance automatique que doivent assurer les fournisseurs d'accès. Elle a expliqué que, selon elle, mieux valait pour les utilisateurs chinois un Google imparfait que pas de Google du tout. En , le slogan est remplacé par " (« Faites ce qui est juste »). En , " a été complètement supprimé du code de conduite d'Alphabet. Seule une mention subsiste, la dernière phrase : (« Et rappelez-vous... ne soyez pas malveillant, et si vous voyez quelque chose qui vous semble mal : exprimez-vous ! »). Discrétion. Google est connu pour sa discrétion, voire son silence auprès des journalistes. Un exemple documenté est celui de Mark Jen, un nouvel employé qui arrive chez Google le lundi . Celui-ci crée alors un blog, retraçant ses impressions sur la société. Mais peu à peu, le ton du blog devient contestataire, Mark Jen allant même jusqu'à déclarer que Le , Mark Jen apprend son licenciement, à cause de son blog. Cet exemple illustre la volonté de discrétion de la société, les journalistes n'arrivant quasiment jamais à décrocher un entretien avec les deux fondateurs, Page et Brin. Engagements environnementaux. Pour être en accord avec sa politique de développement durable, des services de covoiturages sont organisés et les déplacements entre les bâtiments se font à vélo. Les bâtiments sont surmontés de plusieurs milliers de capteurs solaires. Dans la même visée, au lieu d'employer des tondeuses à gazon pour débroussailler les alentours du googleplex dans des mesures de lutte anti-incendie, l'entreprise a recruté 200 chèvres. Toutefois, cet affichage est mis à mal par la réputation de la société d'être un très grand consommateur d'énergie, par le biais de ses grappes de serveurs. Fin , Google injecte 280 millions de dollars dans l'entreprise SolarCity, ce qui porte ses investissements totaux dans les énergies vertes à . Fin , Google s'associe à et investit 75 millions de dollars pour installer des systèmes d'énergie solaire chez des particuliers dans le but de démocratiser cette énergie auprès des citoyens. En , Google a fait installer l'intelligence artificielle DeepMind au sein de ses serveurs pour faire baisser sa facture d'électricité en refroidissement de 40 %. Nouvelle forme de travail. Google entend fonctionner avec une hiérarchie légère et peu contraignante. L'autonomie et un encadrement libéral offrent aux employés des postes de travail moins stressants. Des plannings sont établis pour établir les lignes directrices du travail collectif ; Google incite toutefois ses employés à adhérer à la politique du 80-20 : un horaire composé de 80 % de travail imposé par la direction et 20 % du temps consacré à des projets autonomes sans restrictions notables. Par ailleurs, Google s'efforce de créer un cadre de travail motivant. Appliquant les principes d'organisation adhocratique, il laisse ses employés libres de gérer l'environnement de leur poste de travail et prône le travail en équipe. Pour ce faire, l'entreprise utilise des plannings communs et des wikis internes. Les lieux de travail sont également radicalement différents de ceux des autres entreprises : la direction offre à ses salariés l'utilisation gratuite de nombreuses installations de divertissement ou de bien-être. Le Googleplex, siège de l'entreprise, comporte des salles de repos, des salles de billard, des terrains de sport, une piscine, un service de massage ou de coiffure. Les employés sont autorisés à amener leur chien, mais pas leur chat, au Googleplex. Cette politique de bien-être a pour objectif de générer une plus grande motivation et, en conséquence, une productivité accrue. Parallèlement, cette vie professionnelle hors norme devrait fidéliser les employés, assurant ainsi la stabilité de la masse salariale. En effet, d'un point de vue sociologique, cette forme de travail se base sur une très forte intégration de ces derniers au sein de l'entreprise : cette intégration permet aux valeurs de groupe de prendre l'ascendant sur les sentiments personnels et incite les employés à faire passer les intérêts de l'entreprise avant leurs intérêts propres. Critiques et controverses. Craintes d'un abus de position dominante. À mesure que Google se développe et prend une importance de plus en plus considérable dans la gestion des informations mondiales, se développent en parallèle de nombreuses critiques d'une entreprise dont quelques hommes politiques (par exemple Jean-Noël Jeanneney) craignent qu'elle puisse abuser de sa position, notamment en recueillant des données très privées des internautes utilisant ses services, et en les utilisant, voire en louant l'usage, de manière abusive. Un nombre croissant d'instruments informatiques a ainsi été développé par différents groupes d'activistes et de militants pour limiter les capacités intrusives de Google. Il s'agit, par exemple, de masquer les publicités AdWords. Parmi ces instruments, on peut citer le réseau Tor (« The Onion Router », littéralement : « le routage en oignon »), qui anonymise les internautes (le résultat visible avec Google est que les publicités ne sont plus ciblées) ; le logiciel Scroogle, un « Google Scraper » développé par l'activiste Daniel Brandt qui détourne le moteur de recherche, lui fournit une nouvelle adresse IP à chaque recherche, et accepte l'installation du cookie sur son serveur avant de le jeter à la poubelle ; ou encore l'extension pour Mozilla Firefox « Optimize Google » qui permet de rendre anonyme le cookie Google, empêche Google Analytics de récolter des statistiques sur l'utilisateur et supprime également les publicités, à l'instar de Adblock Plus (extension de navigateur). Par ailleurs, certains sites militant pour la défense de la protection des informations privées donnent des informations sur la manière dont les internautes peuvent faire valoir auprès des régies publicitaires, et notamment auprès de Doubleclick, leur droit d'exiger que les données les concernant ne soient pas récoltées (elles le sont par défaut, mais il existe un système d'opt-out). La régie publicitaire Doubleclick est rachetée par Google en 2007 pour 3,1 milliards de dollars ce qui induit une forte concentration du marché entre les mains d'un seul acteur, mais en dépit de protestations la "Federal Trade Commission" et la Commission européenne ont validé ce rachat. Au cours du premier semestre 2014, Google a dépensé 9,5 millions de dollars pour faire du lobbying, soit plus que presque toute autre entreprise. Selon Marc Rotenberg, président du "Electronic Privacy Information Center", Google finance un grand nombre de groupes de réflexion axés sur la politique de l'internet et des télécommunications. Cette stratégie a réduit au silence les critiques contre l'entreprise au cours des dernières années. D'après Barry Lynn de la "New America Foundation", « Google est très agressif en jetant son argent autour de Washington et de Bruxelles, puis en tirant les cordes [...] Les gens ont peur de Google maintenant ». Toujours selon Lynn, Google essaye de « censurer les journalistes et les chercheurs qui luttent contre les monopoles dangereux ». À la suite d'une publication louant les sanctions de l'Union européenne contre Google, Barry Lynn a été licencié de la "New America Foundation" et sa publication a été temporairement supprimée en raison d'un « problème interne non intentionnel ». La "New America Foundation" est un "think tank" de Washington qui a reçu plus de 21 millions de dollars de Google. La "New America Foundation" est perçue comme une voix qui compte au sein de la gauche américaine. En , la commission européenne après enquête présente à Google une « communication de griefs » sur sa position dominante. La commission accuse le moteur de recherche de mettre en avant ses propres services au détriment de ceux de ses concurrents dans les résultats de recherche notamment son comparateur de prix Google Shopping et cela selon les termes de Margrethe Vestager, commissaire européenne chargée de la concurrence. Cela présenterait également à l'utilisateur des résultats qui ne seraient pas les plus pertinents. D'autre part, une enquête est également ouverte concernant des faits de distorsion de concurrence pour son système d'exploitation mobile Android. La peine encourue par Google serait une amende pouvant représenter 10 % de son chiffre d'affaires, soit environ six milliards de dollars. En , Google est condamné par les autorités de la concurrence européenne à une amende de 2,42 milliards d'euros pour abus de position dominante via son comparateur de prix Google Shopping. Selon d'anciens cadres de Mozilla, Google aurait saboté Firefox pendant des années en y introduisant de petits bugs afin de favoriser l'application Google Chrome. Le 9 avril 2020, l'Autorité de la concurrence française a prononcé des mesures conservatoires à l'encontre de Google, l'obligeant à négocier la rémunération des éditeurs de presse en ligne. En octobre 2020, aux États-Unis, le département de la justice via le procureur général William Barr ainsi que 11 états (Arkansas, Floride, Georgie, Indiana, Commonwealth of Kentucky, Louisiane, Mississippi, Missouri, Montana, Caroline du Sud et Texas) déposent une plainte contre Google pour abus de position de dominance. En juin 2021, l'Autorité de la concurrence en France, en parlant de « pratiques très graves » impose une amende de 220 millions € à Google pour avoir abusé de sa position dominante et favorisé ses propres solutions sur le marché des technologies de publicité en ligne (adserver et RTB). Le , le département de la justice des États-Unis ainsi que 8 États (Californie, Virginie, Connecticut, Colorado, New Jersey, New York, Rhode Island et Tennessee) poursuivent Google devant le tribunal fédéral d'Alexandria pour monopole et pratique anticoncurrentielle, les États plaignants complètent ceux qui se sont associés à la plainte en 2020 pour les même raisons. Contrôle de l'information. Les géants du web détiennent un quasi-monopole sur le flux d'informations et, en tant que tel, sont en mesure de manipuler le discours public. Internet est un ensemble de services de base. La plupart de ces services sont détenus et gérés par des sociétés privées, qui hébergent le contenu et donnent aux utilisateurs la possibilité de le consulter ou d'en créer de nouveaux. Si ces fournisseurs de services de base ne veulent pas de quelque chose sur Internet, ils peuvent le censurer et le faire disparaître d'Internet dans le monde entier. Ce contrôle d'Internet est, dans les faits, concentré dans les mains de quelques entreprises massives qui font tout pour que le public n'en soit pas conscient. Dans le cas de Google, le contrôle de l'information s'effectue principalement au niveau du moteur de recherche, qui est la principale porte d'entrée aux contenus présents sur intenet : en modifiant les résultats affichés, l'entreprise peut rendre des informations inaccessibles ou en mettre d'autres en avant. Google News est son pendant pour l'actualité. Selon l'éditorialiste Tucker Carlson, « Google est en 2017 la société la plus puissante de l'histoire du monde. Google contrôle la réalité et a déjà démontré une volonté troublante de fausser cette réalité à des fins idéologiques ». Réagissant à un blocage des revenus grâce aux contenus publicitaires de centaines de vidéos sur Youtube, SkyNews écrit « c'est de l'intimidation. Le débat n'existe plus ». En , Google développe un nouvel algorithme pour rendre plus difficile l'accès aux sites propageant des « théories du complot » et conforter la place des médias dominants. Toutefois, pour ses détracteurs, la mesure s'apparenterait à une censure des sites présentant des opinions différentes, dont la couverture et l'interprétation des événements s'opposent à celles des médias dominants. Certains sites, comme WikiLeaks ou des sites critiques de la politique extérieure des États-Unis, ont connu une baisse massive de visites. En avril 2018, Google désactive les écrans de domaines, sur pression exercée par le gouvernement russe pour limiter l'utilisation de l'application de messagerie sécurisée Telegram, qui utilisait ces réseaux, argumentant que cette fonctionnalité . Google contrôle la liste des applications disponibles sur Play Store et crée systématiquement des obstacles pour empêcher les utilisateurs Android de télécharger d'autres magasins d'applications pour leur smarphone depuis Google Play. Google empêche l'accès au Google Play Store à des applications qui peuvent entraver ses sources de revenus par la publicité, parmi lesquelles Disconnect qui a porté plainte auprès de l'Union européenne, les applications AdBlock Plus en 2013 et AdBlock Fast en 2016. En , le réseau social Gab.ai a intenté un procès contre Google qu'il accuse de violer les lois antitrust fédérales en ayant banni l'application du Google Play. À cette occasion, Andrew Torba, chef de la direction de Gab.ai, a déclaré « Google est la plus grande menace pour la libre circulation de l'information ». Vie privée et informations personnelles. La multiplication des services proposés par Google engrange une demande accrue de renseignements sur les utilisateurs : suivi de la navigation internet et stockage des mots-clés, informations livrées dans les formulaires, scan des mails dans Gmail, liste des applications téléchargées et historique de géolocalisation dans les smartphones Android, entre autres. Cela pose à chaque innovation la question du respect de leur vie privée, comme le note la philosophe et philologue Barbara Cassin dans son ouvrage sur Google. Google croise ces données pour affiner le profil des utilisateurs, et améliorer le ciblage des publicités sur Internet. Une telle concentration d'informations sur les individus et leur conservation inquiètent les organisations de défense de la vie privée sur Internet, comme l'Electronic Frontier Foundation ou le « Groupe de travail de l'article 29 » de la Commission européenne, une nouvelle forme de surveillance très sophistiquée et un danger pour la liberté des personnes. Récemment, Google fut placé tout en bas du classement élaboré par l'ONG Privacy International, qui dit de Google qu'elle est « "ennemie du respect de la confidentialité en raison de la surveillance totale des utilisateurs" ». Tout ceci est d'autant plus inquiétant depuis que Google a signé un contrat de sécurisation avec la NSA, services secrets des États-Unis, laissant présager la fourniture des informations des usagers à ces services. Google est également attaqué en Allemagne par l'équivalent allemand de la CNIL, car sa Google Car collecterait toutes les informations sur les HotSpot Wi-Fi et leurs adresses MAC sur son passage. Le , le New York Times révèle que cette collecte de données personnelle n'était ni fortuite ni une erreur, mais que des responsables avaient été avertis. Ces derniers n'ont pas stoppé la démarche. En 2004, Google, associé à AOL, Amazon.com, CNet, eBay, Microsoft et Yahoo!, a pratiqué aux États-Unis du lobbying contre le Spyware Control Act en Utah obligeant de demander l'accord explicite de l'utilisateur pour activer des options de traçage de ses choix ou avant l'installation d'un logiciel espion. Les raisons de leur opposition, selon eux, étaient d'ordre technique et non éthique : dans la lettre envoyée au sénateur Valentine et au représentant Urquhart, ils reconnaissent les "très bonnes intentions" de la loi. Au sujet des éventuelles techniques de traçage employées par Google, "Google Watch", site de l'activiste américain Daniel Brandt, tente de démontrer les failles et le manque de neutralité de Google et propose un proxy, Scroogle, permettant de soumettre une recherche Google sans être épié d'une quelconque façon. Il dénonce entre autres sa censure orientée, dans d'autres pays comme la République populaire de Chine, ou les États-Unis, concernant l'invasion de l'Irak et la prison d'Abou Ghraib. À ce sujet, Google a dans un premier temps refusé de se plier aux injonctions du gouvernement américain fin 2006 en ne lui donnant pas accès aux listes de recherche et URL qui lui étaient demandées pour contribuer à une loi sur la répression de la pédophilie. Néanmoins, ils ont ensuite remis au gouvernement, mais le juge chargé de l'affaire a décidé que Google n'avait pas à remettre les listes de mots-clés demandées par le gouvernement. En France, les garanties de respect de la vie privée apportées par la CNIL ne sont pas applicables à des services dont les serveurs sont situés hors du territoire national. Le refus de Google de se soumettre aux lois locales crée donc une extension de fait de la juridiction américaine. Ce refus lui a valu le Big Brother Awards français 2007. En 2007, le chef du service expertise informatique de la CNIL juge ainsi : « En clair, Google peut contrôler toutes les données personnelles des individus. En exploitant de façon corrélée ces outils, Google pourrait se transformer en une redoutable société de surveillance. […] Les internautes doivent savoir qu'en utilisant les services de Google, ils lui donnent la possibilité de les surveiller ». Seul Google n'a pas réagi à la recommandation du G29 (Union européenne), c'est-à-dire « de porter à six mois maximum, contre au moins douze mois aujourd'hui, la durée pendant laquelle les moteurs de recherche sur Internet ont le droit de conserver ou d'utiliser les données personnelles ». En 2012, Google modifie sa politique de règles de confidentialité, et prévoit de stocker et croiser tout élément concernant ses utilisateurs : données personnelles telles que nom, adresse, numéro de téléphone, numéro de carte de paiement, données techniques sur les appareils connectés et leurs paramétrages, journaux de consultation ou d'utilisation des outils Google. En 2013, le moteur de recherche communique le nombre de ses comptes internet surveillés par le gouvernement américain, dans le cadre du Patriot Act, qui cherche à prévenir d'éventuelles activités terroristes. Le , la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) a sanctionné Google à une amende de , estimant que les règles de confidentialité mises en œuvre par la firme depuis le ne sont pas conformes à la Loi informatique et libertés en France. La sanction pécuniaire s'accompagne de l'obligation de publier un communiqué sur la page d'accueil de Google.fr pendant 48 heures. Le la Cour européenne de justice a débouté Google dans une affaire de «droit à l'oubli numérique ». La Cour européenne de justice a estimé que l'exploitant d'un moteur de recherche est responsable des données personnelles qui apparaissent sur ses pages et de leur traitement. Face à la pression effectuée par la Cour européenne de justice, Google s'est montré très réactif et a mis en place le un formulaire de droit à l'oubli qui permet à l'internaute qui le souhaite de faire effacer certaines informations le concernant. Le résultat est au rendez-vous puisqu'en 24 h, la firme de Mountain View avait déjà reçu . Mi-, Google nomme un comité consultatif de dix experts, qui est chargé de rédiger un rapport avec des recommandations afin d'appliquer la mesure du « droit à l'oubli ». Il est constitué de Frank La Rue (rapporteur spécial de l'ONU sur les questions de la liberté d'expression), Jose Lui Pinar (ancien vice-président du groupe européen de commissaires à la protection de données), Sabine Leutheusser-Schnarrenberger (ancienne ministre allemande de la Justice), Peggy Valcke (enseignante-chercheuse à l'université KU Leuven), Luciano Floridi (professeur à l'université d'Oxford), Sylvie Kauffmann (directrice éditoriale du "Monde"), Lidia Kolucka-Zuk (membre de l'association Trust for Civil Society in Central and Easter Europe) et Jimmy Wales (cofondateur de Wikipédia). En août 2014, un utilisateur de la messagerie Gmail a été dénoncé aux autorités locales par Google à la suite de l'envoi d'une photo pédopornographique en pièce-jointe d'un mail. Or, Google le dit clairement dans ses conditions d'utilisation : Ce fait divers met en lumière le contrôle massif des échanges effectué par Google. Cette méthode entre par ailleurs en contradiction avec l'article 29 de la CNIL qui stipule que : Le en France, la CNIL condamne Google à une amende de 50 millions d'Euros « en application du règlement européen sur la protection des données personnelles (RGPD) pour manque de transparence, information insatisfaisante et absence de consentement valable pour la personnalisation de la publicité ». L'enquête de la CNIL, qui a duré plusieurs mois, a été ouverte après des plaintes collectives des associations et la Quadrature du Net. Il s'agit de la première décision d'une instance de régulation de sanctionner l'un des acteurs majeurs du numérique, en utilisant les dispositions du RGPD en vigueur depuis . Le , le Conseil d'État valide la sanction de 50 millions d'euros prononcée par la CNIL à l'encontre de la société Google LLC. En décembre 2020, la CNIL décide d'une nouvelle amende, de 100 millions d'euros cette fois, à l'encontre de Google. Celle-ci estime que l'entreprise installe des cookies publicitaires quand les utilisateurs visitent le site Google.fr, sans consentement préalable et sans les en informer de façon suffisante. Cette condamnation rappelle celle de 2014 pour des faits similaires. L'amende s'élève quant à elle à un niveau record en Europe pour une affaire de cet ordre. En outre, les faits reprochés sont en contravention avec la directive européenne privacy (directive on privacy and electronic communications) de 2002 et non seulement avec le RGPD de 2018, ce qui autorise la CNIL française à statuer sans avoir à remonter jusqu'à son homologue irlandaise, que Google avait pourtant choisi comme "guichet unique" en Europe ayant compétence pour traiter ce type d'instructions. Google Latitude. Google Latitude est un service créé en 2009 permettant de déterminer la position d'une personne s'étant enregistrée à ce service par le biais de son téléphone mobile. En 2009, ce service est disponible dans . Ce service est sujet à controverse : on peut voir en Latitude un outil permettant de tracer les personnes, la vie privée peut donc être atteinte, mais Google répond que cet outil a été conçu dans une autre optique : il permet, par exemple, de localiser sur Google Maps ses enfants, ses amis ou ses collègues. Le service a été supprimé le . Google Livres. Google Books est un projet annexe de Google très critiqué à une certaine époque. Il consiste à numériser systématiquement le plus grand nombre possible de livres. Les critiques s'inquiètent de l'impact que la position dominante de Google peut avoir sur la numérisation des livres en général, et du traitement des droits d'auteur par Google (soit que la distribution internationale des versions numérisées violerait les droits dans certains pays, soit que la position de force de Google leur permettrait d'obtenir des concessions de droits jugées abusives). Impact environnemental. Les requêtes dans Google auraient un impact environnemental non négligeable quant aux émissions de gaz à effet de serre. Il a été mentionné dans des grands titres de la presse anglo-saxonne et française (en citant incorrectement un article d'Alex Wissner-Gross qui ne fait aucune référence à Google) que le coût d'une requête serait de - ce qui n'a pas été étayé par l'étude. Selon les propres calculs de Google, ces requêtes ne pèsent que . Les fermes de serveurs de l'entreprise sont notamment réputées avoir une consommation, systèmes de refroidissement inclus, représentant plusieurs centrales nucléaires. Toutefois, cette assertion est douteuse, dans la mesure où les plus petites tranches de centrales nucléaires ayant une puissance de , il faudrait, pour atteindre une telle puissance, que chacun des Google requière une puissance d'un kilowatt, ce qui est peu probable du fait que la puissance habituelle d'un serveur est de l'ordre de au maximum et celle du système de refroidissement, une fraction de cette dernière. En , Google reconnaît avoir fait des « contributions substantielles » à des organisations qui, selon "The Guardian", (American Conservative Union, Competitive Enterprise Institute, American Enterprise Institute, Americans for Tax Reform, Cato Institute, Mercatus Center ou encore Heritage Foundation). Recrutement. L'entreprise est mise en cause dans une affaire d'entente sur les salaires et d'entente sur le débauchage d'employés à grande échelle, dont l'origine remonte à 2005 avec des accords non écrits entre Steve Jobs et Eric Schmidt. En 2017, James Damore, un cadre de l'entreprise, fait circuler un mémo interne ("" – ) d'une dizaine de pages mettant en garde sa hiérarchie contre les effets contre-productifs de la politique de l'entreprise en matière de diversité et de parité homme-femme. Il reproche notamment à l'entreprise d'organiser des formations réservées « à un genre ou une race », et de favoriser les candidats issus de la diversité. Selon lui, Google a « un biais de gauche » sur les questions de la diversité et de l'inclusion, qui a « créé une monoculture politiquement correcte qui se perpétue en humiliant et en réduisant au silence ceux qui ne s'y conforment pas ». La note, qualifiée de « sexiste » par de nombreux médias américains, et rapidement devenue virale sur les réseaux sociaux, fait scandale. L'ingénieur est licencié par Sundar Pichai le lundi . La réaction de Google au mémo et son licenciement de Damore sont critiqués par multiples chroniqueurs culturels, dont Margaret Wente of "The Globe and Mail", Erick Erickson de RedState, David Brooks du "New York Times" (qui appelle Sundar Pichai à démissionner) et Clive Crook de "Bloomberg View". D'autres font objection à l'intensité de la réponse au mémo dans les médias et sur Internet, comme Kirsten Powers de CNN, Conor Friedersdorf de "The Atlantic", et Jesse Singal dans le "Boston Globe". Le psychologue , connu pour le paradoxe de l'égalité des sexes, affirme que la controverse reflète une hostilité au débat ouvert et pacifique sur le lien entre les différences d'origine biologiques dans certains secteurs, et que la censure du débat garantira l'absence de changement. Google et le marché du travail. En , Google a annoncé le lancement d'une version alpha de sa nouvelle API Google Cloud Jobs, qui permet de mettre en relation des employeurs et des demandeurs d'emploi grâce à des algorithmes d'apprentissage profond et une gigantesque base de données d'offres d'emploi et de curriculum vitae. Ce n'est pas la première fois que le géant de l'informatique s'attaque au marché de l'emploi. En effet, en , Google lance le dispositif Adwords permettant aux agrégateurs d'emploi d'acheter des mots-clefs pour que des demandeurs d'emploi soient redirigés sur les sites des agrégateurs en question. Google était alors jusque là, un intermédiaire entre les employeurs et les demandeurs d'emploi, si l'API Cloud Jobs est effectivement lancée publiquement, le géant californien mettra directement les deux parties en relation. Ce système est donc une bonne nouvelle pour les personnes qui ne sont pas satisfaites de leur travail, car l'API permettra d'envoyer directement des offres d'emplois via des annonces sur navigateur ou sur les réseaux sociaux. Cela pourrait aider, par exemple, des travailleurs frustrés qui n'osent pas démissionner à trouver un emploi dans lequel ils seront davantage épanouis. De nombreuses controverses sont toutefois soulevées par cette initiative. En effet, le rôle de l'action publique dans la régulation et la mise en forme du marché du travail est interrogé. La France, via Pôle Emploi, s'est engagée dans des démarchés de transparence du marché de l'emploi et l'arrivée de la firme californienne ne risque pas d'aider en ce sens. De plus, confier les rênes du marché du travail à des algorithmes pose des questions sur l'identité des demandeurs d'emploi.
Géographie de la Grèce La Grèce est un pays d'Europe situé à l'extrémité sud de la péninsule des Balkans. Elle est formée de trois entités géographiques distinctes : la Grèce continentale, la presqu'île du Péloponnèse et les îles, qui représentent un cinquième de la superficie totale de la Grèce. Les frontières terrestres de la Grèce sont partagées avec l'Albanie, la Macédoine du Nord, la Bulgarie et la petite partie européenne de la Turquie. Les côtes grecques sont bordées à l'ouest par la mer Ionienne et à l'est par la mer Égée. Cette mer recueille la majorité des îles grecques, avec des exceptions parmi lesquelles il peut être fait mention de la Crète et l'île de Corfou. La Grèce s'étend approximativement sur une latitude de 35°00'N à 42°00'N et une longitude de 19°00'E à 28°30'E. Il en résulte une importante variation climatique. Montagnes. Environ 80 % du territoire grec est montagneux, ce qui fait de la Grèce le sixième pays le plus montagneux d'Europe. La Grèce occidentale est une région de lacs et de marais. Les monts du Pinde forment la chaîne centrale du pays, avec une hauteur moyenne de . Cette chaîne trouve son prolongement par l'intermédiaire des îles de Cythère, Anticythère pour trouver son extrémité en Crète et à Rhodes. Les îles de la mer Égée sont les pics de montagnes sous-marines qui sont une extension géologique des monts du Pinde. Aucun point de la Grèce n’est éloigné de plus de de la mer. Dans le Péloponnèse et la Grèce centrale, cette distance n'est même que d'une cinquantaine de kilomètres. De fait, il n’existe pas de montagne en Grèce d’où la mer ne puisse être aperçue. La Grèce centrale et occidentale présente de hauts sommets escarpés. On y trouve de nombreux canyons et autres paysages karstiques, dont les Météores et les gorges de Vikos. Ces gorges sont d'ailleurs les plus grandes au monde et les plus profondes après celles du Grand Canyon, plongeant à plus de . Le mont Olympe est le point culminant de Grèce avec ses d'altitude. Le nord de la Grèce présente une autre chaîne de montagnes, les monts du Rhodope, à cheval sur la Macédoine-Orientale-et-Thrace et la Thrace. Cette région est également recouverte de vastes et épaisses forêts centenaires comme celle de Dadia. Les plaines se trouvent principalement en Thessalie orientale, en Macédoine-Centrale et en Thrace. Fleuves et lacs. La formation de fleuves est limitée par le faible degré de précipitations et le morcellement du relief. Les grands fleuves sont ainsi assez peu nombreux et certains trouvent même leur source à l'extérieur du territoire grec. Dans l’Antiquité, les routes principales suivaient les cours d'eau, et la rivière Évros était à l'époque navigable. De nos jours, des voies navigables sur le Mesta et le Vardar sont à l'étude. En , grecques se sont unies en un réseau de villes fluviales dans le but de lutter contre la pollution des rivières et de coordonner leurs efforts. Il y a en Grèce , dont quatorze artificiels, qui recouvrent une superficie de . Ils se trouvent dans une grande moitié nord du pays. Climat. Bien que la Grèce soit considérée comme ayant un climat typiquement méditerranéen, on trouve cependant une variété de sous-climats selon les régions : De manière générale, l'année peut être divisée en deux saisons principales : une première période relativement froide et pluvieuse à partir du mois de novembre jusqu'à fin mars, et une saison chaude et sèche à partir du mois d'avril jusqu'au mois de septembre. Détails. Situation : sud de l'Europe, bordée de la mer Ionienne et la mer Égée. Superficie : Frontières : Côtes : Îles : Revendications maritimes : Relief : principalement montagneux, avec des chaînes de montagnes s'étendant jusque dans la mer sous forme de péninsules ou d'îles. Altitude : Ressources naturelles : bauxite, lignite, pétrole, marbre, zinc, nickel, plomb, hydroélectricité, blé, fruits, tabac, olives, sel, betterave à sucre, vigne, coton, élevage. Terres irriguées : (est. 1993) Risques naturels : importants séismes Problèmes environnementaux : pollution de l'air, pollution de l'eau Incendies de l'été 2007. La quasi-absence de pluie à l'hiver 2006-2007 alliée à un passage rapide du printemps à l'été et des périodes de canicule inhabituelles en juin et juillet ont créé des conditions d'inflammabilité extrême en Grèce à l'été 2007. Trois vagues d'incendies se sont succédé, tuant et ravageant près de . Les incendies se sont surtout concentrés dans la région du Péloponnèse et du Pélion, une péninsule située dans le nord-est de la Grèce dans la région de Thessalie.
Canton de Genève Le canton de Genève (GE), officiellement la République et canton de Genève, est l'un des de la Suisse. Son chef-lieu est Genève. Fin 2020, la population du canton s’établit à . Il s’agit du successeur de la république de Genève, indépendante depuis le jusqu'à son intégration dans la République française en 1798. Elle retrouve son indépendance le après le départ des armées de , puis devient un canton suisse le . La république et canton de Genève occupe une superficie modeste, inférieure à celle du district de Nyon, mais elle est densément peuplée, car elle abrite la seconde ville de Suisse. Situé à l'extrémité ouest de la Suisse et du Léman, ce canton est totalement enclavé dans la République française à l'exception de 10 km de frontière commune avec le canton de Vaud. Toponymie. Le nom officiel du canton est « Seigneurie et république de Genève » entre 1534 et 1798, puis « République et canton de Genève » à partir de 1815. En allemand, son nom est « "Kanton Genf" » ; en italien « "canton Ginevra" » ou « "cantone di Ginevra" » ; en romanche « "chantun Genevra" ». En arpitan genevois, son nom est « "canton de Geneva" ». Géographie. Généralités. Situé à l'extrémité occidentale de la Suisse, au bout du Léman, le canton de Genève partage plus de 95 % de ses frontières avec la France ( contre si l'on exclut les frontières dans le canton de Vaud avec les exclaves de la commune de Céligny). Il est entouré des départements de l'Ain à l'ouest, et de la Haute-Savoie à l'est et au sud, ainsi que du canton de Vaud au nord, dans lequel est enclavée la commune genevoise de Céligny. Le point le plus haut du canton se trouve aux Arales, qui culminent à , et son point le plus bas se trouve à Chancy au bord du Rhône, à d'altitude. Avec , Genève est le sixième plus petit canton de Suisse. Relief. Elle est ceinturée, sur territoire français, par le massif du Jura au nord-ouest dont le point culminant s'établit au crêt de la Neige à , là où le point le plus élevé du canton se situe aux environs de sur la commune de Jussy (à Monniaz). Le Vuache à l'ouest, séparé des Monts du Jura par le creuset du Rhône, le Fort l'Écluse a été construit pour dominer la région du Genevois. Le Mont-de-Sion au sud, décrit par César dans la guerre des Gaules comme le seul passage franchissable pour les convois de chars désirant quitter "Genava" en direction de la Narbonnaise. Le Salève, au sud-est, est situé en France mais on le surnomme la "montagne des Genevois" de par sa grande facilité d’accès (téléphérique) mais aussi grâce à sa situation privilégiée de surplomb au-dessus du canton et du lac, qui offre une vue pour le moins spectaculaire. Par temps clair, on bénéficie d'un panorama allant de Fort l'Écluse, passage du Rhône creusé lors de la dernière glaciation par son glacier que l’on estimait s’étendre jusqu’aux alentours de Lyon et qui façonna les reliefs vallonnés et caillouteux de la plaine, jusqu’à Nyon dans le canton de Vaud. La caractéristique principale du canton consiste en ce mélange très homogène entre d'un côté une ville moyenne par sa taille, mais grande par son rayonnement international, aidée en cela par son aéroport créé en 1923 (17,4 millions de passagers en 2017) et de l'autre par une campagne encore bien conservée, située au maximum à environ du centre-ville. Le Mandement, au nord-ouest du canton, est une partie vallonnée qui a été notamment creusée par l’Allondon, un affluent du Rhône prenant sa source au pied du Jura et qui regroupe les communes viticoles de Dardagny, Russin, et Satigny. Le barrage de Verbois construit sur le Rhône fournit une bonne partie de l’énergie genevoise et relie le Mandement à la région de la Champagne, sur la rive gauche, entre les communes de Russin et Aire-la-Ville. Dans la Champagne genevoise se trouve la commune de Chancy, la commune la plus occidentale de la Suisse. C’est à Bernex, la bourgade principale, que se trouve le lieu-dit du Signal, le deuxième point le plus haut du canton avec , sur lequel on allumait jadis un feu destiné à être vu par le plus grand nombre. La commune de Bernex, qui regroupe sous son administration les villages de Lully et Sézenove, avoisine les . On trouve encore dans cette région de petits villages au cachet typique comme ceux qui ont été cédés par le duché de Savoie en 1815 lors de l’entrée de Genève dans la Confédération tels Sézegnin, Athenaz, Avusy, Laconnex, Soral, Cartigny ou encore Avully. La plus grande partie de la frontière entre la Champagne et la France est délimitée par la Laire, petit affluent du Rhône qui passe à proximité de Soral et Sézegnin et le Rhône. La région comporte principalement des exploitations agricoles mais aussi viticoles et fournit, de par les couches de sédiments déposées par le glacier du Rhône, d’importantes ressources en gravier. Transport et mobilité. Réseau ferroviaire. Les Chemins de fer fédéraux suisses (CFF) et la Société nationale des chemins de fer français (SNCF) avec le TGV Lyria ainsi que le TER Auvergne-Rhône-Alpes desservent le canton. Le canton compte 22 gares dont la gare de Genève-Cornavin et la gare de Genève-Aéroport. Il est au cœur du réseau Léman Express ou "RER franco-valdo-genevois" dont la clé de voûte est la réalisation de la nouvelle ligne ferroviaire entre Genève et Annemasse, terminée en décembre 2019. Réseau fluvial. Des embarcations surnommées Mouettes genevoises assurent les traversées entre la rive gauche et la rive droite du Léman à travers quatre lignes, accessibles avec les titres de transport Unireso. Plusieurs lignes de la Compagnie générale de navigation sur le lac Léman (CGN) desservent Genève. Notons l'existence d'une ligne touristique descendant le Rhône jusqu'au barrage de Verbois. Réseau routier. L'autoroute A1 traverse le canton du nord au sud, en contournant Genève par l'ouest et en finissant à la douane de Bardonnex tandis que la route principale 1 aboutit dans le centre-ville de Genève. Le canton possède un important réseau routier cantonal, on peut citer par exemple la route 101 qui relie Genève au CERN et la frontière française. Transports publics. Les Transports publics genevois (TPG) font partie des communautés tarifaires Unireso et Léman Pass. Ce réseau s'étend sur plus de de lignes, à travers cinq lignes de tramway, six lignes de trolleybus et une soixantaine de lignes d'autobus, dont plusieurs s'étendent jusqu'en France ou sont même intégralement en territoire français. Le canton a la particularité, commune avec celui de Bâle-Ville de n'avoir aucune ligne CarPostal. La commune de Céligny, enclavée dans le canton de Vaud, bénéficie quant à elle d'une desserte par les Transports publics de la région nyonnaise (TPN). La nuit, le réseau de bus Noctambus dessert l'intégralité du canton, ainsi que de nombreuses communes vaudoises et françaises. Transport aérien. L'aéroport de Genève est situé près du hameau de Cointrin, sur les communes de Meyrin, Grand-Saconnex et Bellevue. Il est accessible en bus ou trolleybus (lignes 5, 10, 23, 28, 50, 54, 56, 57, 59 et 66 des Transports publics genevois) ou en train (gare de Genève-Aéroport). Entre 3 et 6 heures du matin, des lignes Aérobus desservent l'aéroport. Ce dernier est positionné en bordure de la frontière entre la France et la Suisse, ce qui a permis l'aménagement d'une route douanière reliant directement le terminal de l'aéroport au territoire français, évitant ainsi aux frontaliers le passage par la douane suisse. De grandes compagnies telles que EasyJet, British Airways, Air France, Lufthansa, Swiss, United, Etihad Airways, Emirates, Royal Air Maroc, Qatar Airways et EgyptAir proposent des lignes à destination de toute l'Europe et du reste du monde. Histoire. L'histoire du canton se confond avec celle de la ville de Genève et de ses mandements, particulièrement jusqu'à l'annexion par la France en 1798 de la république de Genève, fondée en 1541 par Jean Calvin, lorsqu’elle devient fin août la préfecture et chef-lieu du département du Léman. C'est la première fois que la commune est considérée comme une entité administrative distincte de son territoire. En 1813, à la suite de la défaite de l'armée napoléonienne, la restauration de la république de l'ancien régime est proclamée. Cette indépendance n'est toutefois que de courte durée, car très rapidement les magistrats de la ville, conscients que Genève ne peut plus former un État isolé, se tournent vers la Suisse, allié historique, pour demander leur rattachement à la Confédération, effectif le à la suite du congrès de Vienne, après avoir négocié avec le duché de Savoie le transfert territorial de de terres pour supprimer la solution de continuité avec les territoires du Mandement et de Jussy, et obtenu six communes françaises pour désenclaver le futur canton par rapport au canton de Vaud (Collex-Bossy, Le Grand-Saconnex, Pregny, Vernier, Meyrin et Versoix soit ). En 1846, une révolution dirigée par James Fazy renverse le gouvernement de la Restauration et établit la constitution qui régira le canton jusqu'en 2012, date de la nouvelle constitution genevoise. Au cours du et au début du , Genève accueille de nombreux réfugiés politiques. Suivant les idées du Genevois Henri Dunant, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) est créé en 1864, première des institutions internationales que la ville va abriter. La mission internationale de Genève s'affirme après la Première Guerre mondiale, lorsqu'elle est choisie comme siège de la Société des Nations, ancêtre de l'Organisation des Nations unies (ONU). Politique. Niveau communal. Jusqu'au 28 novembre 2021, les communes genevoises de moins de étaient administrées par un maire et deux adjoints, tandis que les communes de plus de élisaient un conseil administratif de 3 membres, ce nombre étant porté à 5 pour la ville de Genève. Depuis cette date, suite à une votation populaire, toutes les communes élisent un conseil adminitratif de 3 membres (avec la même exception pour la Ville de Genève dont le conseil administratif comporte toujours 5 membres). Les conseillers administratifs occupent la fonction de maire à tour de rôle, le de chaque année. Chaque commune élit également un conseil municipal (législatif), dont la taille varie selon la population (de 9 membres pour les communes de moins de 600 habitants à 80 pour la ville de Genève). Communes. Au 31 décembre 2019, le canton de Genève compte 13 villes (plus de ) sur les 45 communes genevoises : Sécurité. En plus des différentes polices municipales gérées par certaines communes (ex. : police municipale de Genève), le canton de Genève dispose d'un corps de police au niveau cantonal. En plus des services administratifs et logistiques, le corps de police est composé des services police-secours, police internationale, police de proximité, police routière et police judiciaire. Des unités spécialisées le Groupe d'intervention existent pour faire face aux menaces particulières. L'unité de déminage (NEDEX) est conjointe avec le canton de Vaud. Le canton de Genève accueille et gère sept établissements pénitentiaires sur son territoire : Population et société. Démographie. Au , le canton de Genève compte , soit % de la population totale de la Suisse. Seuls cinq cantons sont plus peuplés que Genève (Zurich, Berne, Vaud, Argovie et Saint-Gall). Sa densité de population atteint . Religions. Le tableau suivant détaille la population du canton suivant la religion, en 2014 : Éducation. L'éducation publique est gérée par le Département de l'instruction publique, de la formation et de la jeunesse (DIP). Le canton compte également 43 écoles privées. Économie. L'économie genevoise est principalement orientée vers les services même si le canton a une longue tradition agricole et viticole. Elle comprend un important secteur financier qui est spécialisé dans le secteur bancaire et le financement du commerce international (négoce). De nombreuses banques sont représentées à Genève, parmi lesquelles les banques privées Baumann & Cie, Bordier & Cie, E. Gutzwiller & Cie, Gonet & Cie, Landolt & Cie, La Roche & Co Banquiers, Lombard Odier & Cie, Mirabaud & Cie, Mourgue d'Algue & Cie, Pictet & Cie, Rahn & Bodmer, Reichmuth & Co, Wegelin & Co, etc. Entre mars et septembre 2008, Genève est passée de la septième à la sixième place au classement des places financières mondiales selon le "" de la "City of London". Genève est le siège international de compagnies comme Merck Serono (départ annoncé en 2012) et STMicroelectronics. Beaucoup d'autres compagnies multinationales comme Alcon, DuPont de Nemours, Electronic Arts, Hewlett-Packard, IBM, McDonald's, Procter & Gamble, Thomson Reuters, Colgate-Palmolive et Sun Microsystems y ont installé leurs sièges européens. Le canton a également une longue tradition dans le domaine de l'horlogerie : en 2007, 75 sociétés actives dans ce secteur sont basées à Genève avec des marques telles que Baume & Mercier, Chopard, DeWitt, FP Journe, Franck Muller, Hublot, Patek Philippe, Piaget, Roger Dubuis, Tudor, Urwerk, Vacheron Constantin et surtout Rolex, le plus important employeur privé du canton en 2019. Firmenich et Givaudan, deux producteurs importants d'arômes et de parfums y ont leurs sièges et leurs centres de production. Secteurs d'activité. Sciences et techniques. Au niveau européen, l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN), est situé des deux côtés de la frontière, sur la commune suisse de Meyrin, et les communes françaises de Prévessin-Moëns et Saint-Genis-Pouilly. Organisations internationales. De nombreuses institutions ont leur siège, leur centre européen ou leur bureau à Genève. Parmi celles qui se trouvent en périphérie, on peut citer: Culture locale. Emblèmes. Le canton de Genève a pour emblèmes un drapeau et un blason. Les armoiries de Genève se blasonnent : "Parti, en 1, d’or, au demi-aigle bicéphale de sable, armée, languée et couronnée de gueules et en 2, de gueules, à la clé d’or, posée en pal". La devise cantonale est "Post tenebras lux". Langues. La langue traditionnelle du canton de Genève est l'arpitan (ou francoprovençal), dans son dialecte genevois. C'est d'ailleurs dans cette langue qu'est composé l'hymne cantonal, le Cé qu'è lainô. Le tableau suivant détaille la population du canton suivant la langue principale, entre 2016 et 2020 : Note : les personnes interrogées ont eu la possibilité de mentionner plusieurs langues principales. Jours fériés. Le Jeûne genevois est un jour férié propre au canton de Genève, qui est célébré le jeudi suivant le premier dimanche de septembre. Le 31 décembre est un autre jour férié propre au canton de Genève. C'est l'anniversaire de la Restauration de la République décrétée en 1813 après l'épisode napoléonien.
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Grenoble Grenoble ( ; ) est une commune du Sud-Est de la France, en région Auvergne-Rhône-Alpes ; elle est le chef-lieu du département de l'Isère et l’ancienne capitale du Dauphiné. Grenoble est la commune-centre de la deuxième agglomération de la région Auvergne-Rhône-Alpes en nombre d'habitants (après celle de Lyon), et la troisième commune de cette région (derrière Lyon et Saint-Étienne). Son agglomération de est également la plus grande métropole des Alpes (devant Innsbruck — dont l'agglomération compte — et Bolzano), ce qui lui vaut le surnom, en France, de « capitale des Alpes ». L’histoire de Grenoble couvre une période de plus de deux mille ans. Durant l'époque gallo-romaine, le bourg gaulois porte le nom de Cularo, puis celui de Gratianopolis. Son importance s'accroît durant le , lorsque les comtes d’Albon choisissent la cité comme capitale de leur province, le Dauphiné. Ce statut, consolidé par l'annexion à la France, lui permet de développer son économie. Grenoble devient alors une ville parlementaire et militaire, à proximité immédiate de la frontière avec la Savoie. En 1788, la population s'est mobilisée pour défendre ses parlementaires lors de la journée des Tuiles, en attaquant les troupes royales. Antoine Barnave et Jean-Joseph Mounier, représentants du tiers état, à l'origine du fameux serment du jeu de Paume, furent d'illustres acteurs grenoblois de la Révolution française. Le développement industriel de Grenoble commence véritablement au avec la ganterie, et s’accentue dans la deuxième partie du avec la découverte de la « houille blanche » (l'énergie hydroélectrique). Mais Grenoble connaît sa croissance la plus forte durant les Trente Glorieuses. L'organisation des Jeux olympiques d’hiver (1968) symbolise cette période de grands bouleversements pour la ville. Son développement continuant, Grenoble s'affirme aujourd’hui comme un grand centre scientifique européen. Pour ce qui est de la population, Grenoble était, en 2018, la seizième commune de France avec , son unité urbaine la seizième de France en 2018, avec , et son aire d'attraction la onzième, avec . Ses habitants sont dénommés les "Grenoblois". Géographie. Localisation. La commune de Grenoble est située entre les massifs du Vercors (à l'ouest et au sud-ouest), de la Chartreuse (au nord), du Taillefer (au sud-est) et de la chaîne de Belledonne (à l'est). Elle est approximativement au centre de la partie française des Alpes. La ville entourée de montagnes très proches faisait dire à Stendhal :… Au bout de chaque rue, une montagne Grenoble est située dans la partie sud-est du territoire national, à relativement faible distance (à vol d'oiseau) des frontières italienne () et suisse (). L'agglomération est située sur l'axe du sillon alpin, s'étendant de Valence à Genève, et qui comprend également les villes de Chambéry, Annecy, Aix-les-Bains, Voiron et Romans-sur-Isère. Bien que située au confluent actuel du Drac et de l'Isère, Grenoble fut bâtie à l'origine au niveau des contreforts de la Bastille, sur un léger tertre en rive gauche de l’Isère, à son point le plus aisément franchissable et donc au premier endroit permettant d'accueillir un pont avant la confluence. L'Isère venait en effet buter contre l'éperon sud du Rachais et divaguait dans des méandres qui se déplaçaient sans cesse. Les villages alentour étaient, quant à eux, installés à l’abri des inondations sur les coteaux des trois massifs. Ce n'est qu'une fois ces rivières canalisées que la ville connaîtra une expansion urbaine sur le reste de la plaine. Le point zéro de départ du kilométrage se situe sur le pont Marius-Gontard. À vol d'oiseau, Grenoble se situe à de Chambéry, de Valence, de Gap, de Vienne, de Lyon, de Genève, de Turin, de Nice, de Marseille et de Paris. Toujours à vol d'oiseau, Grenoble se situe à de la station de ski de Chamrousse, à des Sept Laux, à de Villard-de-Lans, à de l'Alpe d'Huez, à des Deux Alpes et à de La Grave. Par la route, Grenoble se situe à de Lyon, de Turin, de Nice et à de Paris. Géologie et relief. La ville est principalement bâtie dans une plaine au confluent de l'Isère avec le Drac, au centre de l'Y grenoblois. Cette configuration permet de parler d’une « cuvette grenobloise », vallée singulièrement plate d'origine glaciaire. Grenoble est ainsi la ville la plus plate de France, ce qui la rend propice au déplacement à vélo. Le retrait du glacier de l'Isère, il y a environ vingt-cinq mille ans, entraîne la présence d'un lac pendant plus de dix mille ans, avec ses alluvions lacustres würmiennes. La recul des glaciers a laissé un réseau hydrographique changeant, parfois de manière brutale (inondation de Grenoble en 1219). Ainsi, avant le , le Drac n'était pas canalisé et rejoignait l'Isère par de nombreux méandres vers l'actuel pont de la Porte de France. Le reste de la plaine, soumis aux inondations fréquentes de l’un ou l’autre des cours d’eau, se partageait entre marais, cultures et maigres pâturages. Au fil des siècles, la lutte des habitants pour maîtriser ces deux rivières va donner naissance au symbole du serpent et du dragon. Aujourd'hui, ce rapport à l'eau est toujours particulier puisque certaines nappes phréatiques se trouvent à moins de deux mètres de la surface, nécessitant des fondations spéciales pour toute construction nouvelle, et rendant toute réalisation de transports souterrains irréaliste en raison d'un coût financier trop important. L'altitude de Grenoble varie de ; la mairie, proche des berges de l'Isère, se situe à . La ville est dominée par la Bastille, une ancienne forteresse défensive construite sur une hauteur culminant à près de , accessible depuis le centre-ville par le téléphérique de Grenoble Bastille, dont les cabines appelées communément « les bulles », sont devenues un des symboles marquants de la ville. Derrière la Bastille commence le parc naturel régional de Chartreuse. Climat. Le climat à Grenoble dépend des données des différentes stations météorologiques et des classifications climatiques. Selon la classification de Köppen, le climat à Grenoble intra-muros et la proche agglomération est « tempéré-chaud, sans saison sèche avec été chaud ». Un climat complexe qui se trouve entre les climats: océanique, continental et méditerranéen. Ce climat se traduit par des différences souvent brutales de température et des irrégularités de pluviométrie avec des étés chauds et humides ou alors très chauds et secs, avec des températures maximales supérieures à et avec des hivers variables allant de très doux et humides à très froids et neigeux avec une possibilité de températures supérieures à ou inférieures à durant la saison. Grenoble est souvent divisée en deux l'hiver avec une moitié ouest de l'agglomération qui est concernée par la neige et une moitié est qui ne voit pas l'ombre d'un flocon. Cet effet se produit quand une dégradation arrive par le nord-ouest. La neige se met à tomber en grande quantité à l'ouest de la ville car la dégradation s'engouffre dans la cluse de Voreppe. En revanche, au même moment, le sud et l'est de la ville ne sont pas ou peu concernés par la neige car les massifs de la Chartreuse et du Vercors freinent et absorbent une bonne partie de la dégradation. Les relevés suivants ont été effectués à la station Météo France de Saint-Martin-d'Hères, située sur le domaine universitaire : Voici également les relevés de la station de l'aéroport de Grenoble-Alpes-Isère, situé à au nord-ouest de Grenoble et plus haut en altitude, à . Météo France est propriétaire de cette station et c'est la station officielle de Grenoble, appelée « Grenoble - Saint-Geoirs ». Ici le climat est climat semi-continental (Köppen: Cfb) selon la classification de Köppen et tempéré continental (Trewartha: Dc, Do) selon la classification de Trewartha. Le record de froid s'établit à le 3 janvier 1971, ce qui est remarquablement froid pour une station de plaine, même dans l'est/le sud-est de la France. Urbanisme. Typologie. Grenoble est une commune urbaine, car elle fait partie des communes denses ou de densité intermédiaire, au sens de la grille communale de densité de l'Insee. Elle appartient à l'unité urbaine de Grenoble, une agglomération inter-départementale regroupant et en , dont elle est ville-centre. Par ailleurs la commune fait partie de l'aire d'attraction de Grenoble, dont elle est la commne-centre. Cette aire, qui regroupe , est catégorisée dans les aires de ou plus (hors Paris). Occupation des sols. L'occupation des sols de la commune, telle qu'elle ressort de la base de données européenne d’occupation biophysique des sols Corine Land Cover (CLC), est marquée par l'importance des territoires artificialisés (92,9 % en 2018), une proportion identique à celle de 1990 (92,9 %). La répartition détaillée en 2018 est la suivante : zones urbanisées (58,2 %), zones industrielles ou commerciales et réseaux de communication (29,1 %), espaces verts artificialisés, non agricoles (5,6 %), eaux continentales (3,8 %), forêts (3,3 %). L'IGN met par ailleurs à disposition un outil en ligne permettant de comparer l’évolution dans le temps de l’occupation des sols de la commune (ou de territoires à des échelles différentes). Plusieurs époques sont accessibles sous forme de cartes ou photos aériennes : la carte de Cassini (), la carte d'état-major (1820-1866) et la période actuelle (1950 à aujourd'hui). Morphologie urbaine. La vieille ville. Grenoble, enfermée dès le dans une première enceinte de neuf hectares, n’a guère conservé de bâtiments marquants antérieurs à la fin du Moyen Âge, hormis le groupe cathédrale et une église collégiale, mais le tracé actuel des rues conserve le souvenir de sa physionomie urbaine : un réseau irrégulier de voies étroites aboutissant aux portes de l’enceinte vers la plaine et au pont franchissant l’Isère. Les extensions successives des murailles n’ont guère changé la morphologie de la ville intra-muros, même si son aspect architectural a accompagné le renouvellement de ses bâtiments. Le carcan des enceintes s'est lentement élargi, suivant l’évolution de l’art des fortifications, en particulier aux . La cité a une superficie de dans l'enceinte Lesdiguières (1591–1606), de quarante-cinq hectares dans l'enceinte Créqui, commencée en 1640, interrompue par l'inondation de 1651 et terminée en 1675. À la fin du l’agglomération se présente donc comme un petit noyau urbain de quelque vingt mille habitants, serré dans son enceinte au pied de la Chartreuse, entouré de villages reliés à la ville par des chemins qui deviendront, presque inchangés, les grands axes de l’agglomération, au moins jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. L'ère industrielle. Ce n’est qu’au que la morphologie de Grenoble, puis de l’agglomération, se transforme profondément. Entre 1832 et 1836, la création de la nouvelle enceinte fortifiée du général Haxo ajoute un rectangle de cinquante hectares au sud de la ville ancienne. Ce territoire accueille une urbanisation radicalement différente de la ville ancienne : un quadrillage régulier d’avenues autour d’une place d'Armes (actuelle place de Verdun) dont les quatre côtés voient se bâtir les édifices symboles de l’importance croissante de Grenoble : le cercle militaire (initialement École d'artillerie) en 1858, l’hôtel de la Division en 1862, la préfecture en 1866, le musée-bibliothèque en 1870, le Palais de l’Université de 1875 à 1879. À l'ouest, la création d’un pont suspendu sur le Drac en 1828, le tracé de l'actuel cours Berriat en 1840 et l’arrivée du chemin de fer en 1858, dont l'emplacement du terminus fut fixé par un arrêté ministériel du 24 septembre 1856, en dehors de l’enceinte, entraînent la création d’un quartier d’ateliers et d’habitats ouvriers, hors les murs, le long d’un réseau de voies résultant autant du parcellaire que d’un essai de tracé régulier. Cette urbanisation commence à déborder, au débouché du « pont du Drac », sur le territoire de la commune de Fontaine. La croissance de l’activité industrielle et de la population entraîne le renforcement de l’urbanisation qui déborde des remparts ; mais Grenoble est une place forte, ce sont donc les fortifications qui sont en partie déplacées après la guerre de 1870 : après avoir projeté une nouvelle enceinte englobant le nouveau quartier jusqu’au Drac, la construction d'une ceinture de forts autour de Grenoble fut préférée. De ce fait, l’espace occupé par l’ancienne enceinte Ouest devint disponible. Situé entre la ville ancienne et les quartiers ouvriers, fut édifié, à partir de la dernière décennie du , un nouveau centre sur un tracé aussi régulier que le permit la forme triangulaire du terrain libéré. Issues d’une place centrale (Victor-Hugo), des avenues bordées d’immeubles « » assurent une relative soudure entre les urbanisations précédentes. La poursuite du développement industriel et démographique entraîne l’amorce de nouveaux quartiers au sud des fortifications (la Bajatière, les Eaux-Claires, les Alliés-Alpins…) et sur les communes mitoyennes. Sous la magistrature de Paul Mistral, à l'occasion de l’exposition internationale de 1925, sont détruits les remparts sud de la ville. Leur suppression permet la création des grands boulevards. L’expansion de l'après-guerre. L’après-Seconde Guerre mondiale accélère le développement : Grenoble et les communes périphériques tendent à ne plus former qu’une seule urbanisation, encore ponctuée de nombreux espaces non bâtis. Quelques grandes « cités » de logements sociaux, dans plusieurs communes, répondent partiellement à la demande croissante. De même, face au développement universitaire, un campus regroupant la plupart des établissements est créé de toutes pièces dans une boucle de l'Isère, sur des terrains agricoles relativement marécageux. À l’occasion de la préparation des dixièmes Jeux olympiques d’hiver en 1968, la réalisation d’infrastructures routières et ferrées donne une ossature plus lisible à l’urbanisation d’ensemble. L’urbanisation se poursuit par des opérations concertées de plusieurs centaines, voire milliers de logements, avec leurs équipements résidentiels. Ces opérations sont plus ou moins bien reliées aux urbanisations existantes, mais dans tous les cas, en diffèrent profondément par leur architecture. Un « centre secondaire », destiné à fournir aux quartiers sud de l’agglomération un ensemble de services et d’accueillir des équipements qui ne peuvent trouver place dans le centre ancien, est réalisé dans une urbanisation concertée entre Grenoble et Échirolles : la Villeneuve. Sa morphologie urbaine, pour différente qu’elle soit entre les quartiers, reflète un renouveau urbain et architectural, fondé sur les principes de la Charte d’Athènes. Durant les années 1960 et les années 1970, connues sous l'appellation des Trente Glorieuses, les « vieux quartiers » grenoblois entament leur réhabilitation. Après un essai d’inscription d’une architecture nouvelle dans l’ancienne trame urbaine (quartier centre-ville, secteur de la rue de la République - quartier Mutualité/Bir-Hakeim - quartier de l'Île verte), qui n'est pas concluante, la rénovation respecte désormais la morphologie urbaine existante tout en renouvelant l’architecture. Face à l’augmentation de la circulation automobile, le réseau de transport en commun, vieillissant, est renouvelé dès le début des années 1970. La création des lignes de tramway suscite un renouvellement du tissu urbain, tant dans les « vieux quartiers » grenoblois que dans les communes traversées. Dans la dernière décennie du , la création d’Europole entraîne un renouvellement architectural des quartiers voisins, sans en modifier la trame urbaine, et induit un développement des fonctions centrales vers l’ouest (palais de justice à Europole, secteurs de recherches sur la Presqu'île). Plus récemment, l'achèvement du premier écoquartier de France sur le site de l'ancienne caserne de Bonne, grand prix Écoquartier 2009, témoigne d'une volonté de concilier les nouveaux développements urbains avec les exigences nouvelles de développement durable. Quartiers grenoblois. Grenoble comprend de nombreux quartiers, parmi lesquels peuvent être cités : Logement. La commune de Grenoble comptait en 2007, contre en 1999, soit une augmentation de 3,6 % alors que la population de la commune connaissait une croissance de 2,2 % sur la même période. La ville compte 91,1 % de résidences principales contre seulement 1,7 % de résidences secondaires et logements occasionnels. Grenoble compte par ailleurs plus de 7,2 % de logements vacants. Les logements construits avant 1949 représentent près de 26 % du parc grenoblois tandis que près de la moitié d’entre eux a été construite entre 1950 et 1974. Les logements construits après 1990 représentent un peu moins de 10 % du parc. Enfin, les logements grenoblois sont essentiellement de grande taille avec 36 % de quatre pièces et plus. La part des propriétaires est de , celle des locataires s’établit à 59,6 %. Les logements individuels représentent 3,4 % du parc immobilier, ce qui est très faible comparé à des villes comme Bordeaux (26,9 %) ou Nantes (23,4 %) mais semblable à Lyon (3,3 %). Le prix moyen des appartements, en 2020, est d'environ . Longtemps réputée chère, Grenoble compte en réalité parmi les grandes villes de France où les prix immobiliers sont les plus abordables. Grenoble concentrait sociaux en 2011, soit plus de 40 % des logements sociaux de l’agglomération et 30 % de ceux de la RUG. De par une politique volontariste de construction de logements sociaux (300 par an en moyenne), la commune a franchi début 2011 le seuil des 20 % exigé dans le cadre de la loi SRU. De nombreux organismes d'attribution de logements sociaux sont présents sur le territoire de la commune : Actis, héritière des premiers OPHBM de la ville de Grenoble, Pluralis ou encore le bailleur social Grenoble Habitat. Il y a également un office public de l'habitat (OPH) : l’Office public d'aménagement et de construction (OPAC 38). Projets d'aménagement. Actuellement, les élus locaux mènent des politiques visant à « reconstruire la ville sur la ville » pour réparer les déséquilibres causés par le développement anarchique des Trente Glorieuses. De nombreux écoquartiers ont vu le jour ou ont été lancés ces dernières années comme la Caserne de Bonne. L'objectif affiché par la municipalité étant de densifier la ville sur elle-même afin d'éviter l’étalement urbain et la consommation d'espace en péri-urbanité, mais aussi de répondre à l'important manque de logement, d’embellir les espaces publics et d’accueillir de nombreux emplois avec la construction de bureaux, de commerces ou d'équipements universitaires et de recherche. Ces projets urbains ont à Grenoble la spécificité d'être contraints par la rareté du foncier et l'impossibilité d'étendre la ville en raison du relief ou des risques naturels (vallée de l'Isère). D'importants programmes de réhabilitation urbaine sont aussi menés, notamment thermique sur l'habitat ancien et de certains quartiers (avec l'ANRU). Un aménagement innovant de l'éclairage public pour lutter contre la pollution lumineuse et réduire la facture d'électricité a aussi été mis en place depuis 2016. Développement du transport à vélo. La municipalité fait du développement du transport à vélo l'une de ses priorités, ce qui a notamment conduit à la construction d’une autoroute à vélo. Avec 15,2 % de ses actifs rejoignant au quotidien leur travail à bicyclette, « Grenoble se positionne dans le tiercé de tête des grandes villes françaises où le vélo est le plus utilisé », relève l’INSEE en 2017. Depuis, le réseau « Chronovélo », soit des itinéraires directs réservés aux cyclistes, a été mis sur pied, et devrait relier en 2022 onze communes de la métropole. La ville a été récompensée par la Fédération des usagers de bicyclette, qui la place en première position sur les métropoles de . Les principaux projets urbains en cours ou achevés récemment sont : Si l’écoquartier de Bonne est certainement le plus symbolique de cette action de la municipalité, il existe également d’autres projets moins médiatisés tels que le projet « Cœur de Ville, Cœur de Métropole » visant à revaloriser le cœur historique de la métropole, avec par exemple une transformation profonde de l'axe Agutte Sembat et de la place Victor Hugo; l'aménagement des quartiers Mistral-Eaux Claires, Châtelet, Beauvert ou encore la création du quartier Vigny-Musset. Les principaux programmes de renouvellements urbains engagés par la municipalité sont situés dans les quartiers Sud de la ville, où se trouvent de grands ensembles architecturaux ainsi qu’un aménagement urbain chaotique (Mistral, la Villeneuve). Ces aménagements, en cours lors de la fin de la décennie 2010, font toujours l’objet de concertations avec les riverains concernés, quartier par quartier. Voies de communication. Durant l'Antiquité, la cité était située sur la voie romaine de l'Oisans qui la reliait à Vienne et à Turin et elle figure à ce titre (sous le nom de "Culabone") sur deux cartes antiques, la table de Peutinger et l’Anonyme de Ravenne. Progressivement, mais surtout, au cours des deux derniers siècles, l'agglomération grenobloise est devenue un point de convergence de plusieurs lignes routières, autoroutières et ferroviaires. Voies routières. Les routes nationales. Grenoble est traversée par d'anciennes routes nationales, la plupart déclassées partiellement ou complètement en routes départementales. Les autoroutes. Grenoble est située au croisement de trois axes autoroutiers majeurs : Les rocades urbaines. Ces trois autoroutes sont interconnectées grâce à l'autoroute urbaine A480 (rocade ouest) et à la RN87 (rocade sud). La vitesse sur ces deux rocades autoroutières, à 2×2 voies, est limitée à . Ces deux rocades sont l’objet d’engorgements quotidiens rendant la circulation automobile difficile à Grenoble aux heures de pointe. Ces encombrements ont également été imputés à l'absence de périphérique nord entre la cluse de Voreppe et la vallée du Grésivaudan en raison de la présence du massif de la Chartreuse. Ces encombrements motivèrent le projet de rocade nord devant permettre ce bouclage autoroutier grâce au percement d’un tunnel sous la montagne de la Bastille. Après des années de tractations, l'avis défavorable de la commission d'enquête sur la déclaration d'utilité publique de la rocade nord en 2010, auquel s'ajoutent les contestations d'associations de riverains, de groupes écologistes ainsi que d'élus locaux, sonnent le coup d’arrêt du projet. Toutefois, avant même l'abandon de boucler le périphérique grenoblois par la Chartreuse, l'État proposait l'élargissement en 2×3 voies d'une partie de l'A480 dès l'année 2009, mais sans modification de l'échangeur du Rondeau, principal point de congestion dans ce secteur. Une première tranche de travaux concernant l'élargissement de la section qui voit passer plus de véhicules par jour le long du Drac est alors prévue pour la décennie suivante. Mais en 2015, à la suite de la publication du décret portant le plan de relance autoroutier, l'A480 est concédée à la société AREA. Dans le cadre de cette concession, l'entreprise s'engage à passer l'A480 à 2 x 3 voies sur la totalité de son tracé pour un coût de d'euros. De leur côté, les collectivités locales s'engagent à traiter l'échangeur du rondeau et de couvrir une partie de la rocade sud pour d'euros. Le projet complet, d'un coût de d'euros devrait commencer en 2019 pour une fin des travaux prévue en 2022. L’arrêté préfectoral de déclaration d'utilité publique (DUP), signé par le préfet de l’Isère le confirme que ces travaux, même s'ils sont encore soumis à l’enquête publique au titre de l’autorisation environnementale, seront bien engagés en 2019. Aménagements cyclables. Grenoble et son agglomération disposent en 2023 d’un réseau de pistes cyclables d'un peu plus de 450 kilomètres, partagé entre pistes cyclables, bandes cyclables, couloirs mixtes bus-vélos et contresens cyclistes dans les rues à sens unique. Le territoire dispose également de plus de 136 km de voies vertes, principalement, présentes le long des fleuves et des cours d’eau. Des pistes cyclables relient désormais Grenoble à Valence, Chambéry ou encore Nice. Lors de l’assemblée générale du , la Fédération française des usagers de la bicyclette a attribué son « Guidon d’or » à la ville de Grenoble pour la généralisation des double-sens cyclables dénommés "chronovélos". La part des déplacements à vélo à Grenoble a augmenté de 64 % entre le  janvier 2008 et le 31 décembre 2019. En 2019, étaient loués en moyenne chaque mois. Un réseau express vélo couvre l'ensemble des communes de Grenoble-Alpes Métropole. Lancé en juin 2017, ce réseau dénommé « Chronovélo » est composé au début de la décennie 2020 de quatre axes totalisant environ de liaisons cyclables rapides et sécurisées entre les différentes communes de l'agglomération. En 2020, une cinquantaine d'aires de service seront réparties sur les quatre axes de l'agglomération. Ces aires permettront aux cyclistes de pouvoir consulter une cartographie du quartier, un plan global du réseau cyclable, un point de rencontre et avec espace de repos disposant d'un banc, et d'un service de gonflage de pneu. Pour faciliter la circulation à vélo, la Métro a mis en place en 2010 un service de "vélocation" appelé Métrovélo. En plus de la location de vélo, vingt-cinq consignes individuelles automatiques (appelées MétrovéloBox) ont été installées en périphérie de la ville pour favoriser la multimodalité, atteignant en 2010 plus de sécurisées. Ces « box » incluent la possibilité de location en courte ou longue durée de vélos ainsi que l'offre d'un service de consigne pour son propre vélo. Le nombre de cyclistes a augmenté de 60 % entre 2002 et 2007. En 2019, Grenoble reçoit 3258 contributions d'usagers au Baromètre des villes cyclables de la Fédération française des usagers de la bicyclette (FUB) et reçoit l'appréciation “B” (favorable), avec une note globale de 4,12, ce qui classe Grenoble au premier rang de sa catégorie (communes entre ). L'enquête 2021 a été close le 30 novembre 2021 et ses résultats seront connus en février 2022. Transports publics. Desserte ferroviaire. Le territoire de la ville de Grenoble n'héberge qu'une seule gare ferroviaire : L'agglomération grenobloise accueille cependant sept autres gares, de taille nettement plus modeste et toutes raccordées aux lignes ferroviaires desservant la gare principale : Le bâtiment initial de la gare de Grenoble a été remplacé, lors de la préparation des Jeux olympiques d'hiver de 1968, par l'enceinte actuelle plus moderne et adaptée aux besoins. Grenoble est un pôle ferroviaire d'importance régionale. Au niveau national, une dizaine de TGV desservent quotidiennement Paris au départ de la ville. Une liaison directe en TGV existe également pour les directions de Marseille, Lille et Nantes. Le trafic vers l'international consiste en des liaisons TER vers Genève. L'essentiel du trafic se limite ainsi à des liaisons régionales vers les agglomérations voisines de la région Auvergne-Rhône-Alpes ainsi qu'à destination de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur en direction de Gap, Briançon et Avignon. En période de vacances scolaires d'hiver, des liaisons TGV supplémentaires sont mises en place avec d'autres villes (Rennes, Le Havre, Poitiers ou Perpignan). Le transit annuel de la gare est d'environ sept millions de passagers. Pour répondre à la demande et à la croissance prévue du trafic, la gare fait l'objet d'un programme de restructuration important, en liaison avec le réaménagement du polygone scientifique voisin. L'itinéraire ferroviaire du Sillon Alpin Sud (Gières-Montmelian et Valence TGV-Moirans) a été entièrement électrifié en 2014. Transport urbain. Les transports urbains de Grenoble sont exploités depuis 1975 par la Sémitag sous la marque commerciale « TAG » (Transports de l'agglomération grenobloise). Les lignes de tramway. La faible profondeur des nappes phréatiques rendant très onéreuse la construction d'un réseau de métro, les municipalités successives ont décidé d'investir dans un réseau de tramway. Grenoble est doté d'un premier réseau urbain et suburbain de tramway à partir de 1894. Connaissant cependant le même sort que bon nombre de réseaux dans la première moitié du , il est après des amputations successives fermé en 1952. Il faut attendre 1987 pour que le tramway fasse son retour à Grenoble, avec l'ouverture de la première ligne. Avec les années, quatre autres sont ouvertes tandis que les lignes A et B ont connu différents prolongements depuis leur inauguration. Ce réseau de cinq lignes (Tram A, B, C, D et E) a une longueur de . Avec le TFS, il est le premier tramway au monde à être accessible aux personnes à mobilité réduite. Les lignes de bus. Au tramway s'ajoute un réseau de lignes de bus réorganisé en trois niveaux en septembre 2014, 7 lignes Chrono, 12 lignes Proximo et 27 lignes Flexo, qui desservent toute la métropole grenobloise. Les lignes Chrono desservent les axes structurants du cœur dense métropolitain, elles se caractérisent par une fréquence élevée la journée (moins de ) et un service étendu jusqu'à 1 heure du matin, leur livrée jaune leur confère une identité forte. Le service Chrono vient se substituer au service de Noctibus qui disparaît. Les lignes Proximo desservent les zones denses de périphérie. La desserte des zones peu denses est quant à elle réalisée par les services Flexo, qui présentent une hétérogénéité de véhicules adaptés à la demande. Un certain nombre de courses ne sont d'ailleurs disponibles que sous réservation ( avant au plus tard), ce qui permet d'adapter le véhicule au nombre de passagers inscrits et de ne desservir que les zones demandées. Les services scolaires sont associés à la marque "Sacado" depuis septembre 2018. D'autre part, un service à la demande a été mis en place à destination des personnes à mobilité réduite : Flexo +. Enfin, il faut adjoindre à cet ensemble les dix-neuf parcs relais proposant de stationnement en entrées d’agglomération qui facilitent l’intermodalité. Projets d'extension. Le réseau grenoblois fait l'objet de nombreux projets d'extension. À l'horizon 2025, ces extensions envisagent : Distinctions. Le réseau grenoblois a fait l’objet de nombreuses distinctions et récompenses en raison de sa grande qualité. Le magazine "Ville et Transports" lui a décerné trois fois le ticket d’or (premier prix du palmarès des transports urbains) en 2002, 2003 et 2005, ainsi que le ticket de bronze en 2006, derrière Bordeaux et Mulhouse. En outre, la Conférence européenne des ministres des Transports a décerné au réseau le premier prix européen pour l'accessibilité aux personnes handicapées en 2003 ainsi que la palme de l'accessibilité en 2004. Transport interurbain. Le transport interurbain par autocar est, quant à lui, principalement assuré par le réseau Transisère dépendant du conseil général de l'Isère et rassemblant tous les transporteurs. Il existe une gare routière à Grenoble. Celle-ci accueille des cars assurant des liaisons avec d'autres grandes villes de France, telles que Paris. Le leader du marché, la société FlixBus, a réalisé une enquête « qualité » auprès de ses usagers, la gare routière de Grenoble étant considérée comme une des deux plus accueillantes de France avec celle de Toulon. Transports aériens. Un ancien site d'aviation, l'aéroport de Grenoble-Mermoz, situé approximativement sur le site actuel du centre commercial Grand'Place, a été supprimé en 1967 pour laisser place aux installations olympiques et a été remplacé par deux plates-formes : 1 - l'aéroport de Grenoble-Alpes-Isère 2 - l'aérodrome de Grenoble-Le Versoud Risques naturels et technologiques. La Mairie de Grenoble considère que la ville est exposée à cinq risques naturels : inondation, mouvement de terrain, feu de forêt, météorologique et sismique. Risques d'inondation. Situé à la confluence du torrent alpin du Drac et de l'Isère, le territoire de Grenoble est exposé à un risque de crue. Un ensemble de digues ont progressivement été édifiées entre le et le et sont entretenues de façon permanente. Le « Plan de Prévention du Risque Inondation » (PPRI) a été approuvé le . Celui-ci présente Grenoble comme étant en zone de contraintes faibles, les risques étant les crues dites « historiques », les remontées de nappe phréatique ou le refoulement des réseaux d'égouts. Risque de mouvement de terrain. Au niveau de la ville de Grenoble, les risques de chutes de blocs et d'éboulement sont localisés sur le site de La Bastille, seul secteur montagneux de la commune. Une surveillance les zones à risque s'appuie sur plusieurs études géotechniques afin de pouvoir réaliser les travaux d'entretien et de protection adaptés. Une étude de ce risque spécifique sur le site, jointe au plan local d'urbanisme (PLU), présente les différents types de mouvements de terrain affectant ce secteur, il peut s'agir de glissements de terrain, des chutes de blocs se détachant de la montagne, des éboulements ainsi que des effondrements de cavités souterraines. Risque des feux de forêt. À l'instar des risques de mouvements de terrain, ce risque concerne surtout le massif forestier de la Bastille correspondant à la pente méridionale du Mont Rachais, partagé avec les communes de Saint-Martin-le-Vinoux et de La Tronche. La végétation du site est entretenue régulièrement afin d'éviter tout risque de propagation rapide des feux, les voies étant maintenues accessibles pour permettre l'accès des secours. Risque météorologique. La ville et son agglomération se situent dans une vallée souvent dénommée « cuvette grenobloise » qui peut être soumise à des phénomènes météorologiques strictement locaux, tels que des vents forts pouvant entraîner de graves dégâts matériels, des périodes de canicule ou des périodes de grand froid. Risque sismique. L'intégralité du territoire de Grenoble est située en zone de sismicité (sur une échelle de 1 à 5), comme l'ensemble des communes de l'agglomération grenobloise. À ces risques naturels, s'ajoutent des risques technologiques : risque de rupture de barrage, industriel, transport de matières dangereuses et nucléaire. Toponymie. Le toponyme a beaucoup évolué. Dans l'Antiquité la bourgade se nommait "Cularo" jusqu'en 381, nom d'origine celtique dont la signification est sujette à diverses interprétations. La ville, dotée de remparts, deviendra "Gratianopolis" sous le règne et en l'honneur de l'empereur Gratien, nom progressivement altéré en "Grenoble". En arpitan dauphinois (aussi appelé « patois » ou « francoprovençal »), le nom de la ville est "". Une légende tenace assure que la ville fut rebaptisée "Grelibre" pendant la Révolution, mais c'est faux. S'il est vrai que plusieurs milliers de communes ont été rebaptisées à cette période, l'ouvrage de référence à ce sujet, "Les Noms révolutionnaires des Communes de France", ne mentionne pas Grenoble, alors qu'il cite trois communes du canton de Grenoble (Hères-la-Montagne, Mansval et Vence). D'autre part, la base Cassini de l'EHESS montre une continuité de nom sur la période révolutionnaire. Histoire. Préhistoire. Plusieurs éléments préhistoriques ont été trouvés à Grenoble ou dans ses environs immédiats, attestant d'un lieu de passage, voire d'une présence humaine, notamment au niveau de la montagne du Rabot à la fin du néolithique, ainsi qu'à l'âge du bronze. Les données archéologiques restent cependant relativement rares en raison de la vitesse de la sédimentation des alluvions de l'Isère, du Drac, et des torrents provenant du massif de la Chartreuse qui retirait progressivement les principales traces de passage. Selon Alain de Montjoye, archéologue du centre archéologique et historique des Musées de Grenoble et de l'Isère, les premières populations sédentaires, au niveau local, firent leur apparition au néolithique, principalement sur les premières pentes du massif du Vercors puis sur celles de la Chartreuse, lors du chalcolithique, au niveau de la cluse grenobloise. Dès l'âge du bronze, les chercheurs constatent l'existence de courants d'échanges utilisant le carrefour grenoblois. Ceux-ci seront tout d'abord de nature d'abord modeste avant de s'intensifier au bronze final jusqu'à la période de la Tène. Les recherches archéologiques ont permis d'identifier de nombreuses installations durant cette période, tout autour de Grenoble et dans la vallée du Grésivaudan. Cependant, au niveau du site même du territoire grenoblois, les traces les plus anciennes très faibles, observées à la fin du siècle dernier, ne semblent pas antérieures à la période gauloise. Antiquité. La première référence à Grenoble remonte à . Au départ simple bourg gaulois ("vicus") du nom de Cularo, la bourgade, située à un endroit stratégique sur la voie romaine entre Vienne et l'Italie par le Montgenèvre, fut fortifiée sous Dioclétien et Maximien (entre 284 et 293), puis accéda au rang de chef-lieu de cité, à la suite de la venue possible, mais non attestée, de l’empereur Gratien en 379. Elle fut alors rebaptisée Gratianopolis. Des troupes y stationnaient en permanence ("cohors prima Flavia") et un évêché, avec à sa tête l'évêque Domnin, est attesté au moins depuis 381. Gratianopolis. Durant le , Gratianopolis compte environ sur ses neuf hectares et se présente sous la forme d'une ville fortifiée plus rurale que commerçante malgré la présence d'un port sur l'Isère, situé près de la place de Bérulle. Le premier évêque de Gratianopolis est Domnin ("Domninus"), attesté par sa présence au concile d'Aquilée en septembre 381 et qui va décéder en novembre 386 Énigme du « passage d'Hannibal ». Plusieurs historiens, spécialistes de l'Antiquité, évoquent le passage d'Hannibal dans la cuvette grenobloise, soit en suivant le cours de l'Isère, soit en traversant le massif du Vercors, d'ouest en est. Professeur émérite d’histoire ancienne à l’Université de Newcastle au Royaume-Uni, John Francis Lazenby, auteur d’un ouvrage spécialisé sur le général carthaginois Hannibal Barca narre dans celui-ci toute l’épopée du célèbre conquérant et celui-ci émet une théorie à propos de la traversée des Alpes, en ce qui concerne la première attaque des Allobroges. Ce professeur d'Histoire suggère, en effet, qu’Hannibal n’aurait pas voulu traverser l’Isère et aurait donc cheminé sur la rive gauche, mais qu'au-delà de Saint-Nazaire-en-Royans la poursuite de cet itinéraire était impossible à l’époque et qu'il aura donc contraint le général carthaginois à traverser les gorges de la Bourne. Le camp d’Hannibal se serait alors situé à proximité du village actuel de Choranche. Le chemin suivi par Hannibal passerait ensuite sur la route jouxtant l'Isère qui rejoint Grenoble par une route située entre Sassenage et Noyarey. D'autres historiens, dont l'académicien et historien militaire Paul Azan ou Marc Antoine de Lavis-Trafford, évoquent la possibilité que ce grand général et stratège carthaginois ait pu passer par Montaud pour ensuite longer l'Isère depuis les territoires actuels de Veurey-Voroize, Sassenage, puis le territoire actuel de Grenoble, avant de remonter la vallée du Grésivaudan et de traverser les Alpes. Aucune source archéologique (armes, ossements) n'ayant encore été découverte à Montaud et dans ses environs immédiats, rien ne peut étayer cette hypothèse séduisante, ni l'infirmer, d'ailleurs. La thèse reste donc, jusqu'à présent, recevable. Une étude plus récente (2009) du préhistorien Aimé Bocquet, fondée sur le peuplement au , ne fait pas passer les troupes d'Hannibal par le nord de la région grenobloise, mais pour ensuite lui faire emprunter le versant occidental de la Chartreuse pour atteindre le col du Petit-Saint-Bernard. Un site web bien documenté présente les différentes hypothèses, ainsi que les textes originaux (traduits) de Tite-Live et de Polybe sur la question. Moyen Âge. Dauphins. Au , les comtes d’Albon prirent une décision importante pour l’unité de leurs domaines. En effet, ils choisirent Grenoble, ville de médiocre importance en ce , pour capitale. Ils auraient pu céder à la tentation de Vienne, l’ancienne métropole romaine comme capitale de leurs États. Ce choix fondamental leur a permis de garantir leur autorité à la fois sur le Bas et le Haut-Dauphiné. Cependant, les territoires respectifs du Dauphiné et de la Savoie se chevauchaient à cette époque (ainsi, le Faucigny appartenait au premier tandis que la seconde possédait Voiron et la Côte-Saint-André). Cet enchevêtrement fut source de nombreux conflits entre les deux peuples. La future province du Dauphiné. Grenoble se retrouva alors capitale d’un État indépendant au sein du Saint-Empire romain germanique. En 1219, Grenoble connaît sa pire inondation, véritable déluge dû à la rupture d'un barrage naturel formé dans la vallée de la Romanche et provoquant de nombreuses morts. Les dauphins successifs fondèrent l’université en 1338, et le Conseil delphinal s'installa à Grenoble en 1340. Durant la guerre de Cent Ans, la noblesse dauphinoise participa aux conflits contre l’Angleterre et ses alliés. En 1349, la ville se retrouva rattachée au royaume de France suite au transfert (et non-rachat) du Dauphiné à la couronne de France, et Grenoble devint capitale provinciale. La présence entre 1447 et 1456 du dauphin, le futur Louis, renforça ce statut de ville parlementaire avec la création du troisième Parlement de France. La ville devint également le siège de garnisons, à la frontière avec le duché de Savoie. Elle s'affirma comme la principale ville de la province. Lors des guerres d’Italie, la noblesse dauphinoise se distingua particulièrement sous la figure de Bayard, le « chevalier sans peur et sans reproche ». En 2019, des fouilles archéologiques ont permis de retrouver les restes des remparts du couvent des Dominicains, datant du , dans l'actuelle rue de la république, en travaux pour son aménagement en voie piétonne. Ce couvent était situé « hors murs », le long de l'ancienne enceinte romaine. Renaissance. Guerres de religion (1562 - 1598). Grenoble eut à souffrir des affrontements des guerres de religion et en sortit affaiblie. Ils furent marqués par de nombreux massacres et destructions. Les conflits prirent fin avec l'ultime victoire de Lesdiguières, lorsqu'il s'empara de Grenoble en 1590. Devenu administrateur du Dauphiné, il modifia et agrandit considérablement la capitale dauphinoise et lança notamment la construction de la première génération des fortifications de la Bastille. Temps Modernes. Grenoblo malhérou. Depuis sa création, la cité de Grenoble a souvent été ravagée par les inondations durant certaines périodes et malgré l'endiguement du Drac, effectué au cours des et , la ville continue à subir de vraies catastrophes au fil des siècles. Dans les années 1730, elle est frappée par cinq crues qualifiées d'événement exceptionnel. Celle du 14 septembre 1733 frappe particulièrement les esprits en montant à au-dessus de l'étiage. L'abbé Bonnet, curé de Vourey et témoin raconte dans ses mémoires « L'eau qui venait à gros bouillons par la porte de Très-Cloître et de Saint-Laurent, eut bientôt rempli toutes les boutiques presque jusqu'au premier étage ». Un poète grenoblois, François Blanc surnommé Blanc-Lagoutte, immortalise cette catastrophe dans un long poème appelé "Grenoblo malhérou" et qui permettra de mieux connaître la langue locale (voir le chapitre « langue et traditions locales»). Expansion économique. Le développement économique de la cité lui permit d’asseoir son importance. La présence de notables et autres parlementaires permit le développement de la ganterie, qui prospéra au cours du et connut son apogée durant le . Les gants grenoblois (dont les Gants Perrin) s’exportaient alors dans le monde entier et cette industrie constitua l'activité dominante dans la région grenobloise pendant des décennies. Ce développement économique participa fortement de l'expansion de la ville vers l'ouest au-delà de ses remparts. Révolution française. La "journée des Tuiles" est une émeute survenue dans le centre de Grenoble le , et considérée comme annonciatrice de la Révolution française, quoique spécifiquement grenobloise et dauphinoise : elle est l'aboutissement de l'opposition du Parlement du Dauphiné à la réforme royale portant sur la création d'assemblées provinciales et municipales qui établissaient enfin l'égalité de tous les citoyens devant les impôts. Le Parlement est en fait inquiet car cet édit porte atteinte au nombre de charges dans chaque Parlement, charges dont profite une grande partie de la population de la ville. Ce jour-là, à six heures, une foule évaluée à oblige les magistrats à regagner le palais du Parlement, et les protestataires veulent même envahir le greffe pour brûler le registre sur lequel les édits ont été enregistrés de force. Mais Albert de Bérulle, premier président du parlement du Dauphiné s'y oppose, et après avoir remercié les Grenoblois de leur sympathie à l'égard des magistrats, leur demande de regagner leurs domiciles. La journée doit son surnom au fait que les soldats du roi étant venus contenir la foule qui se rassemblait autour de la place Grenette, et un vieil homme ayant été blessé par une baïonnette, à la vue du sang, le peuple révolté commence à dépaver les rues, et de nombreux Grenoblois montent alors sur les toits des immeubles afin de lancer une véritable pluie de tuiles et de pierres sur la troupe. Le duc de Clermont-Tonnerre, lieutenant-général des armées du roi dans le Dauphiné, est gravement menacé par la foule. Il sera peu après remplacé dans ses fonctions par Noël Jourda de Vaux. Sujette à de nombreuses interprétations, l'expression « Faire une conduite de Grenoble » ne serait pas liée à cette journée d'émeute, mais serait antérieure à cette période. À la suite de ces événements, la "Réunion des états généraux du Dauphiné", également appelée "Assemblée de Vizille", se déroule le dans la salle du jeu de paume du Château de Vizille sur l'invitation de son propriétaire, l'industriel Claude Perier. Ces États de la Province du Dauphiné, préparatoires à la future convocation des États généraux de 1789, connaissent plusieurs sessions, la dernière étant tenue à Romans-sur-Isère entre le et le . Époque contemporaine. Agrandissement de territoire. Après l'agrandissement de son enceinte militaire vers le sud en 1840, un mouvement d'extension vers l'ouest semble se dessiner, les édiles souhaitant étendre le territoire de la ville jusqu'au Drac. Le maire Eugène Gaillard, en poste depuis la fin de l'année 1858, parvient à faire adopter l'annexion des territoires de la rive droite de cet affluent de l'Isère lors du conseil municipal du , englobant ainsi la récente gare ferroviaire et une partie des territoires des villes de Fontaine, Seyssinet-Pariset et Seyssins. Révolution industrielle du. La révolution industrielle fut cependant un moteur tout aussi important de l’expansion économique de Grenoble. La découverte de la houille blanche par Aristide Bergès assura l’industrialisation rapide de la région, illustrée à partir de 1870 par la création des "Ateliers de construction Bouchayer et Viallet", puis au début du par les sociétés Neyrpic et Merlin Gerin. La tenue de l’exposition internationale de la Houille Blanche et du tourisme en 1925 mit en lumière ce développement. En détruisant les remparts de la ville, cet événement permit l'extension de la ville vers le sud. À la même époque, un comité d'acteurs de la vie économique jette les bases en 1889 d'une association portant le nom de "syndicat d'initiative dans l'intérêt de la ville de Grenoble et du Dauphiné". Une intense propagande est ainsi faite pour développer le tourisme dans la ville et ses environs. Illustrant cette nouvelle économie, la première société française de ski est créée en novembre 1895 et officialisée le février 1896 à Grenoble sous le nom de "Ski Club des Alpes". Les années 1930, avec l'institution des premiers congés payés, marquent le développement du tourisme d’hiver. La station de l’Alpe d'Huez par exemple est créée en 1936. Après-guerre : mathématiques, informatique et électronique. La tradition d’innovation grenobloise se maintenait aussi, favorisant un fort développement de la recherche scientifique à partir des années 1950 l'implantation de la Compagnie générale de télégraphie sans fil (CSF) à Saint-Egrève et l’impulsion de Jean Kuntzmann créateur du premier laboratoire de calcul en 1951 ou de Louis Néel, instigateur du centre d'études nucléaires de Grenoble (CENG) qui va employer sept cents personnes dès l'année 1960, après avoir créé en 1957, un groupe « électronique intégrée » l'élaboration et de la maintenance de l'électronique des réacteurs nucléaires, sous la direction de Michel Cordelle, car la plupart des circuits intégrés vient des usines américaines. Jean Kuntzmann fonde en 1960 l'Institut de mathématiques appliquées de Grenoble. En 1961, le professeur René Perret et son élève l'ingénieur Guy Jardin débutent une collaboration avec Mors, l'industriel américain de électroménager connu pour ses enregistreurs, après avoir fondé en 1957, de retour des États-Unis, et avec l'Institut polytechnique de Grenoble (IPG), le Laboratoire d'automatisme de Grenoble (LAG) pour l'automatisation et le calcul des commandes de procédés et processus, d'abord appelé laboratoire de Servomécanisme. C'est l'époque où Mors commence à ajouter à son catalogue des produits d'automatisation incluant beaucoup d'électronique. Son département automatisme, situé à Crolles, va même lancer un calculateur industriel, grâce à un établissement fondé en 1962 par quelques ingénieurs issus du LAG. L'année 1962 voit émerger un engouement mondial pour l'électronique, grâce aux projets de la société américaine Control Data Corporation, menée par Seymour Cray, tandis que la technologie Mos de Thomson-Brandt bouleverse la microélectronique, avec l'usine de transistors Sesco de installeé début 1962 à Aix-en-Provence, qui a 20 % du marché français dès 1968. Le Centre d'études nucléaires de Grenoble (CENG), demande au cours de cette même année 1962 à son groupe « électronique intégrée » de créer sans plus attendre sa propre technologie, l'amenant à sortir en 1965 son premier circuit intégré composé de dix transistors. Ce laboratoire va rallier d'anciennes équipes de recherche mathématique puis informatique de l'IMAG. En 1965, Grenoble compte aussi un troisième pôle de circuits intégrés : la COSEM, filiale de CSF (Compagnie des signaux sans-fil). Le mini-ordinateur Mato1 voit le jour dès 1966 chez l'industriel Mors, qui réalise des études sur un site de l'industrie chimique avec l'aide de la DGSRT. Mais dès 1967, ne pouvant faire face aux coûts de développement, il cède l'usine à Télémécanique qui poursuit la collaboration avec le LAG puis ouvre sa propre usine à Crolles, dans la banlieue de Grenoble, où elle fabrique des calculateurs devenus mini-ordinateurs, la future gamme T1600. Le site emploie en 1967. L'année 1967 voit aussi Serge Kampf, ex-directeur régional chez Bull-GE, fonder à Grenoble la SSII Sogeti (société pour la gestion des entreprises et le traitement de l’information). Un premier Plan Composants, baptisé « plan électronique professionnelle », est annoncé en avril 1967 par le gouvernement, car la CSF est débordé par le coût de sa croissance. Il prévoit sa fusion avec Thomson-Brandt. Leurs filiales semi-conducteurs (SESCO et COSEM) sont regroupées en 1969 dans la Sescosem, qui entre en 1972 au « Top 20 » mondial des semi-conducteurs et reçoit de francs de subventions de 1969 à 1973, flux qui repart, doublé, en 1978. Le site grenoblois de la Télémécanique comptant rapidement , dont plusieurs dizaines d'ingénieurs de l'Institut polytechnique de Grenoble, elle ouvre en 1971 une seconde usine à Échirolles, employant cette fois , assurant à la fois la conception matérielle et logicielle, l'intégration et la maintenance des ordinateurs. C'est sur ce site grenoblois que sont lancés le T 2000 (1968), T 1000 (1969), T 1600 (1972) puis qu'est développé à partir 1973 et durant , le Solar, sorti en septembre 1975, qui concurrence les gammes PDP-11 de Digital Equipment Corporation et Data General Nova de . Entre-temps, le centre scientifique de la Compagnie internationale pour l'informatique (CII) à Grenoble est créé en 1970, pour la collaboration entre ses équipes de recherche et celles de l'IMAG sur l'architecture de systèmes. Son personnel est en majeure partie recruté localement, faute de succès des propositions de transfert de personnel CII, créant un appel d'air dans la communauté étudiante et industrielle grenobloise. Ce centre scientifique s'investit dans l'effort de recherche sur la naissance du modèle relationnel de bases de données, en vue des premiers systèmes commerciaux de 1978-1980. Il travaille en particulier sur les systèmes transactionnels répartis. Un projet d'architecture multi-microprocesseur est mené mais pas exploité, faute de support logiciel. En 1972, le LETI crée une filiale vocation industrielle, pour valoriser ses recherches en semi-conducteurs dans tous les domaines, et axée sur la mise en œuvre de la technologie CMOS. C'est l'Efcis (Études et fabrication de circuits intégrés spéciaux), dont le capital initial provient du Commissariat à l'Énergie atomique, rejoint par Thomson-Brandt en 1976, qui deviendra actionnaire majoritaire en 1982. Cette filiale est la future SGS-Thomson, rebaptisée ST Microelectronics au début des années 2000. L'année 1972 est aussi marquée par la première démonstration de Cyclades (réseau), créé en 1971, avec des transferts de données entre les locaux de la CII en région parisienne et l'IMAG de Grenoble, sur des ordinateurs Mitra 15 et IBM 360. Des accords de licence sont décrochés par Efcis avec Motorola. La Sescosem, qui a IBM comme principal client, est utilisée comme une « seconde source » par Texas Instruments. L'Institut national de la sous-traitance s'installe en 1973 à Grenoble, pour en faire le berceau de l'informatique légère. Un "système productif territorialisé", dépassant le simple transfert de technologie des centres de recherche vers les industriels apparaît dans l'agglomération, selon Bernard Reverdy, professeur associé à l'université Grenoble-II, qui a étudié le développement des semi-conducteurs à Grenoble avec une équipe de l'IREPD (Institut de recherche, économie, production et développement). En 1973, le consortium européen Unidata est fondé pour réunir CII, Philips, et Siemens. Et implanter à Grenoble son centre de recherche à partir du centre scientifique CII, mais Unidata est stoppé par le gouvernement dès 1975. La production des Solar est réalisée à 60 % grâce à la sous-traitance, par des ingénieurs et des techniciens formés dans les écoles ou instituts grenoblois. Mais sans marché intérieur ni capacité d'investissement pour s'imposer face aux autres sous-traitants en pleine croissance, Efcis et Sescosem sont mis à rude épreuve sur le marché mondial, quand l'État prend conscience du retard de la France dans ce domaine devenu stratégique et improvise un "plan composants" en 1977, trois ans après le Premier choc pétrolier. Années 1980 et 1990 : télécoms et technologies médicales. Les années 1980 seront marquées par la priorité donnée par l'État à la filière des télécoms sur celle de l'informatique qui se concrétise vers 1978 lorsqu'est abandonnée la vision du Datagramme, inhérente au projet Cyclades (réseau). Une partie des personnes travaillant sur projet Cyclades (réseau) à Grenoble rejoignent le centre scientifique CII où elles tentent de prolonger leurs travaux sur les protocoles de communication et sur l'architecture de systèmes répartis. Dès 1976-1977, l'État pousse la Télémécanique à se scinder en plusieurs parties, la division fabriquant le Solar intéressant Thomson, qui accepte en contrepartie de sortir de la CII. Les personnes insatisfaites des orientations prises fondent leurs propres entreprises et contribuent au démarrage de la ZIRST de Meylan. Les premières furent Option et BGT, suivies par APSIS, APTOR, MC2, XCOM, Périphérique assistance, CYBERSYS, PRODIS, DIGIGRAM, ou encore Qualité conseil. En 1989, sur de la ZIRST de Meylan, 17 ont été fondées par d'anciens salariés de Mors ou la Télémécanique à Grenoble. En 1979, le Centre national d'études des télécommunications créé son propre bureau d'études local, le "Centre Norbert Ségard", dans la ZIRST de Meylan, ce qui oblige à créer des structures de concertation, comme le GCIS (Groupement Circuits Intégrés au Silicium) associant au CEA et au CNRS, pour harmoniser les politiques de recherche. En 1992, deux ingénieurs du LETI créent près de Grenoble la société Soitec pour commercialiser les substrats SOI (silicon-on-insulator) et d'autres substrats pour les semi-conducteurs. L'année suivante, le programme Morphomètre 3D est lancé, consistant à visualiser des organes en trois dimensions pour la médecine. Aujourd’hui, Grenoble constitue l’un des grands centres scientifiques européens et s'affirme comme l'un des pôles en pointe dans le domaine des nanotechnologies. Mais en mai 2018, la presse confirme que 293 postes vont être supprimés sur le site de General Electric (GE) Hydro à Grenoble (Isère), ce qui est moins élevé qu'initialement annoncé en juillet 2017. Progressisme grenoblois. En matière politique et sociale. Tout au long de son histoire, les Grenoblois se distinguèrent par des actions progressistes dans les sphères politiques et sociales. Ce fut par exemple à Grenoble que se firent sentir les prémices de la Révolution française en 1788. La population se mobilisa en effet pour défendre ses parlementaires lors de la Journée des Tuiles en attaquant les troupes royales, ce qui aboutit à la tenue des États de Vizille, qui entraînèrent en 1789 la convocation des États généraux. Antoine Barnave et Jean-Joseph Mounier, à l'origine du fameux serment du jeu de Paume, furent d'illustres acteurs grenoblois durant la Révolution. C'est Jean-Joseph Mounier qui, le , présenta à l'Assemblée Constituante les trois premiers articles de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, qui furent votés sans discussion. Par ailleurs, la première société de secours mutuels de France fut créée le mai 1803 entre les maîtres gantiers grenoblois pour leurs ouvriers. Elle fut suivie par d'autres organisations semblables (comme celles des cordonniers ou des tisserands, drapiers et tapissiers). C'est également à Grenoble que virent le jour les trois premières sociétés mutualistes féminines en 1822. Toutes ces associations mutualistes se regroupèrent dans une maison de la mutualité située 3 rue Hébert et avaient les mêmes objectifs : protéger l'ouvrier et sa famille en cas de maladie, en échange d'un droit d'affiliation et d'une cotisation mensuelle, par le versement d'une allocation. Certaines versaient également des indemnités de chômage, voire des pensions aux vieillards. Ce système de prévoyance ne concernait cependant qu'une partie de la classe ouvrière, les plus pauvres en étant exclus. Les Grenoblois s’illustrèrent également durant la Seconde Guerre mondiale dans leurs actes de résistance face à l’occupant. À la suite de l'arrivée allemande en 1943, les affrontements se firent de plus en plus violents (arrestations multiples, Saint-Barthélemy grenobloise) et les actes de résistance de plus en plus audacieux (manifestation du 11 novembre 1943, explosions du polygone d'artillerie et de la caserne de Bonne). Sur les antennes de la BBC, la France libre qualifia Grenoble de "Capitale des Maquis", en relation en particulier avec sa proximité du maquis du Vercors. Le 4 mai 1944, la ville fut nommée compagnon de la Libération par le général de Gaulle pour son rôle dans la Résistance française. Le 10 juin 1961, Grenoble ouvrit le premier planning familial de France, ce qui représenta alors une étape essentielle dans le combat mené par les défenseurs d'une maternité libre et choisie. Le maire Hubert Dubedout fut également à cette époque une des figures du socialisme municipal et Grenoble un véritable laboratoire urbain en France. Les Grenoblois se sont également fortement mobilisés lors des différentes protestations qui eurent lieu en 2002 à la suite de l'arrivée du Front national au second tour des élections présidentielles. Ils ont également défrayé la chronique pendant plusieurs mois entre 2003 et 2004 à la suite du mouvement des "écocitoyens" opposés à la construction du stade des Alpes dans le parc Paul-Mistral. De nombreux opposants se sont alors installés à la cime des arbres centenaires avant d’être délogés par les forces de l’ordre. En matière scientifique et technologique. D'autre part, certains Grenoblois s'affirmèrent sur la scène nationale de par leur esprit d'innovation. Quant à Grenoble, elle sut également attirer de nombreux entrepreneurs contribuant à l'innovation locale. Parmi les figures grenobloises, peut être mentionné dès le Jacques Vaucanson, génial inventeur d'automates et précurseur de nouvelles techniques. Son invention la plus sophistiquée fut le Canard digérateur. Il est également crédité de l’invention du premier tour métallique, le "tour à charioter", en 1751. Pour sa part, Xavier Jouvin contribua à l’essor de la ganterie grenobloise au en industrialisant le procédé de fabrication. Cela fut rendu possible par la création en 1834 de la « main de fer », un procédé de coupe à l'emporte-pièce, sur la base de l'invention de 250 pointures différentes (c'est le prêt-à-porter). La moitié du vit également de nombreuses innovations prendre corps. Louis Vicat, par l’étude du mécanisme de prise des chaux naturelles et la découverte de leurs principes d'hydraulicité en 1817, inventa le ciment artificiel en 1840 après son installation définitive à Grenoble en 1827. Albert Raymond est quant à lui inventeur du bouton-pression en 1865, pour les gants, pour tout ce qui se "clipse". Enfin, la fin de siècle fut marquée par l’arrivée à Grenoble d’Aristide Bergès. En équipant les papeteries de Lancey de la première haute chute de alimentée en permanence par une retenue sur un lac de montagne, il devint en 1869 l’un des pionniers du développement de l'énergie hydroélectrique. Il popularisa à Paris lors de l’exposition universelle de 1889 l’expression « Houille blanche ». En 1925, Grenoble organisa l'Exposition internationale de la houille blanche afin de consacrer la ville capitale de la houille blanche. Dans les années 1930, Jean Pomagalski, Grenoblois d’origine polonaise, fut un pionnier dans le développement des remontées mécaniques, avec la construction de son premier téléski à perches en 1936 à l'Alpe d'Huez. Il est par ailleurs à l’origine des téléskis à perches débrayables. Après-guerre, la recherche grenobloise prit de l’ampleur sous l’impulsion de figures telles que Louis Néel ou encore Jean Kuntzmann. La technopole fut à l’origine de nombreuses innovations depuis lors dont, pêle-mêle, l'invention des capteurs pour airbags, de l’écran plat, des tickets sans contact et, plus récemment, de l’invention du silicium sur isolant ou SOI, élément incontournable entre autres de toutes les consoles de jeu modernes (Xbox 360, Playstation 3, Wii). Politique et administration. Découpage administratif. La ville de Grenoble est divisée entre deux circonscriptions législatives dont l'une inclut également les cantons de Meylan et de Saint-Ismier, et l'autre le canton de Fontaine-Sassenage. Au niveau local, la commune est divisée en quatre cantons. Ceux-ci sont distincts des six secteurs qui divisent la commune en zones servies par des antennes de la mairie, et ne sont donc pas des arrondissements municipaux, comme à Paris, Lyon ou Marseille. Voici ci-dessous le partage des sièges au sein du conseil municipal de Grenoble : Tendances politiques et résultats. Politiquement, Grenoble est une ville de gauche, de tradition socialiste, bien que la ville ait aussi été très brièvement gérée par le Parti communiste français après la Libération. Depuis l'après-guerre, la droite a géré la ville pendant dix-huit ans, et aucune fois depuis 1995. La figure symbolique de ce progressisme grenoblois reste Hubert Dubedout, modèle du socialisme municipal. Sous son administration, la ville fut un véritable laboratoire social, avec des réalisations utopiques telles que la Villeneuve. Certains parlaient alors de « mythe grenoblois ». Alain Carignon, RPR, le maire qui a précédé Michel Destot à l'hôtel de ville de 1983 à 1995, était parvenu à maintenir la droite à la tête de la mairie au cours d'une période d'une durée inhabituelle, avant d'être poursuivi puis condamné pour diverses affaires de corruption entre 1994 et 1996. À l'issue des élections municipales de 2014, remportées par le Rassemblement citoyen de la gauche et des écologistes (EELV, PG et alliés), Éric Piolle devient le premier maire écologiste français d'une ville de plus de . Cet ancrage à gauche se manifeste aussi lors des élections nationales : lors de l'élection présidentielle de 2017, Jean-Luc Mélenchon est le candidat qui reçoit le plus de suffrages de la part des Grenoblois, devant Emmanuel Macron, avec 28,88 % des suffrages exprimés. Au référendum sur le traité constitutionnel pour l'Europe du , les Grenoblois ont majoritairement voté pour la Constitution européenne, avec 55,67 % de « Oui » contre 44,33 % de « Non » avec un taux d'abstention de 33,47 % (France entière : « Non » à 54,67 % - « Oui » à 45,33 %). Liste des maires. Éric Piolle est le maire actuel de la ville de Grenoble. En tant que maire, il ne souhaite pas cumuler plusieurs mandats et renonce à briguer la présidence de Grenoble-Alpes Métropole, devenue métropole au janvier 2015. Il démissionne également de son mandat de conseiller régional. Il est le premier maire de la ville, depuis Albert Michallon, soit près de cinquante années, à ne pas cumuler son mandat avec d'autres mandats électifs. Depuis 1959, plusieurs maires se sont succédé à Grenoble : Instances judiciaires et administratives. Grenoble compte de nombreuses juridictions administratives et judiciaires. La ville connaît en effet une longue tradition judiciaire, car durant plusieurs siècles, la cité fut la capitale de la province du Dauphiné, et à ce titre siège d'un Parlement, qui fut créé dès 1453 par le futur roi Louis XI, alors dauphin de France. Aujourd'hui, la ville est le siège d’une cour d’appel qui regroupe les départements de l’ancienne province, à savoir l’Isère, la Drôme et les Hautes-Alpes. La ville accueille également un tribunal d'instance et de commerce, un Conseil des prud’hommes ainsi qu'un tribunal administratif important (sept chambres). À cette liste s'ajoute par ailleurs un ordre des avocats de Grenoble. En 2012, avec 516 avocats et 51 honoraires, il se situe parmi les quinze premiers barreaux de France. Le Palais de Justice de Grenoble est situé depuis 1991 place Firmin-Gauthier, dans le quartier Europole. En tant que chef-lieu départemental, Grenoble abrite également la préfecture de l'Isère, le conseil départemental de l'Isère, l'antenne départementale de la région (l'Espace Auvergne-Rhône-Alpes de Grenoble), la chambre régionale des huissiers de justice et le conseil régional des notaires de la cour d'appel de Grenoble (ce dernier étant situé plus précisément à Seyssins). Grenoble abrite également un rectorat couvrant les départements de l’Isère, la Drôme, l’Ardèche, la Haute-Savoie et la Savoie. Grenoble est également le siège d’une Chambre de métiers et de l'artisanat, ainsi que d'une Chambre de commerce et d'industrie qui gère notamment l’aérodrome du Versoud, Grex et Euromart ainsi que Grenoble École de management. Outre l'hôtel de ville qui héberge de nombreux services administratifs locaux, la région grenobloise possède un commissariat central et deux postes de police, une maison d’arrêt, située sur le territoire de la commune de Varces-Allières-et-Risset, un peloton de gendarmerie de haute montagne, un centre des impôts et une succursale de la Banque de France. Par ailleurs la commune de Varces abrite également le régiment d'artillerie de montagne de l'Armée de Terre, seul régiment français à avoir la double spécificité artillerie et montagne. La commune voisine de Gières est, d’autre part, le siège du Centre d'études de la neige, une unité de recherche de Météo-France. Politique environnementale. Gestion des crues. Les crues de l'Isère et du Drac ayant dramatiquement marqué l'histoire de Grenoble, l'Association départementale Isère Drac Romanche a été créée en 1936 pour gérer la construction, la surveillance et l'entretien des digues et autres ouvrages anti-inondations dans le bassin grenoblois. Le syndicat mixte des bassins hydrauliques de l'Isère (Symbhi), créé en 2004, mène également des travaux pour réduire les risques de crues dangereuses de ces trois rivières. Ceux-ci ne sont en effet pas totalement écartés : en 2001, la digue de la Taillat à Meylan menaçait de céder à cause d'une crue importante. Pour réduire ce risque (et notamment protéger contre une crue bicentennale, comme celle de 1859), les pouvoirs publics mènent actuellement l’ambitieux projet « Isère Amont » qui répond à ce souci de prévention tout en y intégrant des objectifs environnementaux. Ce projet répond ainsi à trois objectifs : protéger d'une part les zones urbanisées face à une crue bicentennale et les zones agricoles face à une crue trentennale en redonnant de l'espace à la rivière en cas de crue grâce au principe des champs d'inondation contrôlée (CIC), effectuer d'autre part une mise en valeur environnementale (restauration de certains milieux naturels pour la préservation de la faune et de la flore locale), prendre en compte enfin l'aspect paysager et de loisirs (meilleur accès aux berges, faciliter la randonnée nautique…). Développement durable. La ville de Grenoble est également mobilisée en faveur du développement durable, à la suite d'une délibération « Grenoble, Facteur 4 » qui vise à diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050. Les différentes actions engagées concernent les domaines des transports, de l’énergie mais également le bâti actuel (sur le modèle de l’opération d'amélioration thermique menée sur les immeubles des Grands Boulevards). Les nouveaux quartiers doivent également répondre aux principes du développement durable : déplacements doux, mixité des usages et performance énergétique. Cette politique a été récompensée par de nombreux prix reçus en 2009 et 2010 : grand prix national Ecoquartier pour la ZAC de Bonne, lauréat des Rubans du développement durable, Guidon d'Or pour l'action en faveur du « réflexe vélo », champion de la Ligue en France pour les catégories solaire et bois-énergie, Marianne d'Or du Développement Durable. Après 2014. Nouvelle orientation politique. Lors des élections municipales de 2014, la ville change d'orientation politique. La liste « "Grenoble, Une Ville pour Tous" » soutenue par le Rassemblement citoyen de la gauche et des écologistes, alliance regroupant EÉLV, le Parti de gauche, Les Alternatifs, la Gauche anticapitaliste et deux associations locales, l'ADES (écologiste) et le Réseau citoyen, est en tête au premier tour et ses membres sont majoritairement élus au second tour. Dès lors, la nouvelle municipalité veut engager la ville dans des actions de . Cette politique "verte" va entraîner très rapidement des réalisations, notamment au niveau du cadre de vie, des déplacements et de la politique d'aménagement urbain, telles que le passage de 60 % des cantines à l’alimentation bio, la tarification sociale de l’eau, la prime air-bois et la fourniture en énergie verte qui devrait couvrir 100 % des ménages en 2022. Grenoble s’est également dotée de la plus grande zone à faible émission de France, ce qui lui a permis de se placer seconde au classement Greenpeace des douze agglomérations luttant contre la pollution de l’air. Publicité urbaine. Un des premiers gestes politiques du maire pour indiquer sa volonté de changement, dans le sens d'une amélioration de l'environnement, consiste à faire disparaître les panneaux publicitaires situés dans les rues de la ville, particulièrement dans les zones piétonnes. Selon les déclarations de la municipalité, ces panneaux ont été remplacés par des services d'affichage propres à la ville et par un aménagement paysager. Des panneaux publicitaires restent présents dans les transports en commun, gérés par la métropole et non par la commune, plus particulièrement aux arrêts, et sur certains bus. Restrictions de circulation. En 2016, le ministère de l'Écologie met en place sur l'ensemble du territoire français les certificats et vignettes "crit'air" à tous les véhicules. L'année suivante, ce certificat est obligatoire à tous les véhicules devant circuler dans toutes les communes de la métropole grenobloise. Avec Paris, Strasbourg, Lille, Lyon-Villeurbanne et Toulouse, la ville de Grenoble met en application des mesures restrictives, avec l'accord du préfet de l'Isère. À compter du cinquième jour d'un pic de pollution, les véhicules qui ne sont pas classés dans le système des vignettes "crit'air" ne peuvent plus circuler dans les voies urbaines grenobloises. Promotion du vélo. Créée en 1994 à Grenoble, l'association Un p'tit vélo dans la tête y fait la promotion de l'usage du vélo en animant les rues (véloparade, etc.) et des ateliers vélo participatifs et solidaires. Depuis 2015, le réseau associatif la « Clavette grenobloise » regroupe l'ensemble des associations de l'agglomération proposant des ateliers vélo participatifs et solidaires. Baptisé « autoroute à vélos » par la presse, mais dénommée officiellement « Chrono Vélo », la municipalité et la Métro décident conjointement de mettre en place, de façon progressive ces tronçons de piste de cyclable en site propre, séparés de la circulation automobile. En sécurisant ces nouvelles voies cyclables, les deux collectivités espèrent encourager l'utilisation du vélo en ville et ainsi tripler les déplacements en deux roues d'ici à 2020 par les citoyens de l'agglomération grenobloise. Projet de co-construction. À l'instar du projet urbain de Grenoble esplanade, la municipalité veut engager un . Aux yeux de la municipalité, il s'agit donc de concevoir le projet urbain en lien étroit avec les résidents du quartier. Fiscalité communale. Les taux de fiscalité directe locale de la commune pour les années 2000 et 2010 sont les suivants. Ces taux regroupent le taux de la taxe d'habitation, le taux foncier bâti, le taux non foncier bâti et le taux de la taxe professionnelle. Taux de fiscalité directe communaux Selon le quotidien "Le Figaro" du , Grenoble est en tête des villes françaises pour son imposition des ménages avec par habitant et une augmentation de 26 % entre 2008 et 2012. Le magazine "Challenges" confirme cette place en calculant un montant par habitant en 2012 de pour les impôts locaux des ménages et une évolution de 33,06 % entre 2007 et 2012. Relations internationales. Jumelages et coopérations. Depuis les années 1960, Grenoble s’est engagée dans des accords de jumelage afin de concrétiser son attachement à ses populations d’origine étrangère et favoriser les échanges culturels, scolaires et sportifs. Grenoble a signé des contrats de coopération, fondés sur l’échange de savoir-faire et d’expériences entre collectivités françaises et étrangères : en 1996, avec le district de Bethléem dans les Territoires palestiniens ; en 1998, avec Suzhou en Chine ; en 1999, avec Ouagadougou au Burkina Faso et en 2004 avec Sevan en Arménie. En 2011, à la suite de la visite à Grenoble de Charles Rivkin, ambassadeur des États-Unis, il a été décidé de l'installation du premier American Corner en France dans l'Hôtel de Lesdiguières. L'inauguration de cet espace culturel américain s'est déroulée le . Représentations consulaires. Grenoble compte également six consulats (Algérie, Grèce, Italie (jusqu'en 2015), Saint-Marin, Slovaquie et Tunisie). Équipements et services publics. Enseignement. L'académie de Grenoble regroupe les départements de l'Ardèche, la Drôme, l'Isère, la Savoie et la Haute-Savoie. Elle se situe toujours parmi les meilleures académies sur le plan national pour son taux de réussite au baccalauréat général. Le rectorat de l'académie de Grenoble est situé place Bir-Hakeim, près de l'hôtel de ville de Grenoble. Enseignement primaire. Les Grenoblois disposent de se répartissant en 36 écoles élémentaires publiques, quatre écoles élémentaires privées. Il existe également vingt-neuf sections d'écoles maternelles dont une école relavant de la Pédagogie Montessori (dénommée « "Aide-moi à faire tout seul" »), dix-neuf écoles primaires dont sept communales, dix privées, une spécialisée et une d'application. Voici, ci-dessous, la liste des trente-six écoles élémentaires publiques, publiée par site de la ville de Grenoble. Enseignement secondaire. Grenoble compte quinze collèges (onze gérés par le département, cinq gérés par des organismes privés, dont un établissement relavant de la méthode pédagogique « Montessori ») et 28 lycées. Voici, ci-dessous, la liste des quinze collèges publics et privés, situés sur le territoire de la commune de Grenoble. Le lycée Stendhal, situé dans l'hyper centre, est le plus ancien lycée de Grenoble. À l’origine collège des Jésuites, il prit le statut d'École Centrale en 1796, puis celui de lycée impérial en 1803. Stendhal y effectua ses études. Il est considéré comme l'un des plus prestigieux lycées de Grenoble. Le second établissement réputé est le lycée Champollion, situé à proximité de la place Victor Hugo. Il s’agit du second plus ancien lycée de Grenoble, inauguré pour la rentrée 1887. Au départ, l'établissement accueillait des élèves des classes enfantines, âge de 5 à 6 ans, aux classes préparatoires telles que Saint-Cyr et les mathématiques spéciales (maths spé), si bien qu'il était possible d'y passer de sa jeunesse. Au fil des décennies, l'établissement perdit ses classes primaires, puis son premier cycle, et vit gonfler le second cycle. La cité scolaire internationale située dans le quartier Europole comporte un collège et un lycée publics. Elle permet aux élèves dotés d'un excellent niveau en langues étrangères, notamment les enfants de chercheurs et travailleurs étrangers, de bénéficier d'une scolarité bilingue et de la valider par l'OIB, un diplôme international équivalent au baccalauréat, en allemand, anglais, arabe, espagnol, italien ou portugais. Le cursus "McLuhan" propose aux élèves venant des États-Unis de poursuivre leur scolarité américaine. L'admission à la cité scolaire s'effectue en sixième ou en seconde, sur tests de langue. Chaque année, une pièce de théâtre en anglais est jouée par les lycéens au théâtre de Sainte-Marie d'en bas. De plus, les collégiens de la section allemande présentent deux soirées de théâtre chaque année. Le CDI partage sa salle de lecture avec la bibliothèque municipale internationale. La ville accueille également un lycée hôtelier, qui est l'un des quatre établissements publics en France à posséder son propre hôtel d'apprentissage, l'hôtel-restaurant Lesdiguières. Cet établissement qui est doté de plusieurs salons, de salles de séminaire, mais également de vingt chambres, est situé sur le cours de la Libération, au sud de Grenoble, à proximité du terminus de la ligne E du tramway de Grenoble. La Fédération compagnonnique des métiers du bâtiment, dans son lycée professionnel situé à Échirolles, en très proche banlieue, propose aux futurs "Compagnons du tour de France" une gamme très large de formations, allant de la maçonnerie à la CAO/DAO. Enseignement supérieur. L'agglomération de Grenoble est le dixième pôle universitaire français. C'est aussi un des centres d'enseignement supérieur les plus réputés en France (il rassemble en 2012), en particulier dans le domaine scientifique. 15 % d’entre eux sont des étudiants étrangers (cette proportion atteint 45 % pour les doctorants). Plus de effectuent leurs études dans les différents établissements situés sur la métropole grenobloise. Le magazine "L'Étudiant" a placé Grenoble en première place du palmarès 2016-2017 des villes françaises où il fait bon étudier devant Rennes et Toulouse. Classes préparatoires. Plusieurs lycées grenoblois disposent de classes préparatoires aux grandes écoles. Le lycée Champollion possède des classes préparatoires scientifiques, littéraires et commerciales. En 2007, environ huit cents élèves y étudiaient. Le lycée Vaucanson propose également ce type de formation. Les lycées Stendhal et des Eaux-Claires offrent par ailleurs des préparations aux concours de sciences politiques. Le lycée privé catholique Itec Boisfleury Europe de Corenc possède des classes préparatoires commerciales. Université de Grenoble. L'université de Grenoble fut instaurée en 1339 par le dauphin Humbert. Elle tenta dès sa naissance d'imiter l'université de Paris. Y étaient enseignés le droit canonique, le droit civil, la médecine ainsi que les arts libéraux. Les étudiants bénéficiaient du gîte et du couvert, privilège appréciable à l'époque. Elle subit cependant une histoire à éclipse du due à la concurrence tenace de l'université de Valence créée en 1452 par Louis et à l'aura prestigieuse de l'université de Paris qui attirait en son sein les meilleurs étudiants. Au début du , créa l'Université impériale. Grenoble devint le siège d'une académie qui regroupait en 1879, place de Verdun, les facultés de droit, lettres et sciences. Une nouvelle université de Grenoble fut créée par la République, elle comptait environ à la fin du . Elle acquit une dynamique certaine avec le développement d'un tissu industriel né de la découverte de la houille blanche par Aristide Bergès en 1869. De cette époque date la mise en place d'un système triangulaire typiquement grenoblois, associant fortement l'université, la recherche et l'industrie. Ce système favorisa l'émergence des premiers grands établissements scientifiques, comme l'École de papeterie ou l'Institut électrotechnique devenu en 1913 l'Institut polytechnique de Grenoble. En 1967, les facultés de médecine et de pharmacie de Grenoble s'installent sur le site de l'ancien domaine de la Merci à La Tronche, à proximité de l'hôpital Nord qui deviendra par la suite l'hôpital Michallon. En 1970, l’université de Grenoble se fractionne pour donner d'un côté l'INPG, et de l'autre trois établissements universitaires : À partir de 2005 un projet de groupement des trois universités de l'agglomération ainsi que de celle de Savoie, de l'INPG et de l'IEP est lancé, aboutissant à la création d'un « établissement public de coopération scientifique », statut administratif actuel. Les acteurs universitaires se sont donc fédérés autour d'un pôle de recherche et d'enseignement supérieur appelé communauté université Grenoble-Alpes. Un résultat de ce rapprochement est la création en 2009 d'un collège doctoral unique, réunissant les treize écoles doctorales issues des universités Joseph-Fourier, Pierre Mendès-France, Stendhal, Savoie et Grenoble INP (auxquelles s'ajoute l'école doctorale de philosophie coaccréditée avec l'université de Lyon-3), représentant , et qui délivre depuis un doctorat de l'université de Grenoble. La constitution d'un PRES devenait également nécessaire dans le cadre du Plan campus lancé par le gouvernement. Fédérés sous le label « Grenoble Université de l'Innovation » (GUI), les acteurs universitaires grenoblois se sont vus allouer 400 millions d'euros par l'État. L'université de Grenoble est donc reconnue comme l'une des douze « pôles universitaires d’excellence » de niveau international. Le projet grenoblois prévoit, outre la rénovation de certains bâtiments, la création de cinq nouvelles écoles (telles une école professionnelle supérieure ou encore une école européenne). Une fusion des trois universités grenobloises aboutit au janvier 2016 en prenant le nom d'Université Grenoble-Alpes. Par ailleurs, une université populaire a été inaugurée en 2007 sur le modèle de l'université populaire de Caen. Autres établissements. Grenoble comprend également plusieurs grandes écoles. L'institut polytechnique de Grenoble (groupe Grenoble INP depuis 2008), établissement d'enseignement supérieur à rang de Grand établissement dans lequel sont regroupées six écoles d'ingénieurs, constitue le premier pôle français de formation d'ingénieurs, diplômant chaque année et . Il s'agit d'un établissement d’enseignement supérieur et de recherche fondé à Grenoble en 1900. C'est l'une des françaises accréditées au à délivrer un diplôme d'ingénieur. Établissement public à caractère scientifique, culturel et professionnel, auquel s’applique le statut de grand établissement, c'est l'un des cinq grands établissements d'enseignement supérieur localisés au cœur de la métropole grenobloise. On peut également ajouter l'École polytechnique de l'université Grenoble-Alpes, plus communément appelée Polytech Grenoble (appartenant au réseau Polytech) qui se trouve rattachée à l’UGA. Une antenne locale de l'école privée Supinfo (école supérieure d'informatique) est également implantée à Grenoble. L'Institut d'études politiques de Grenoble (Sciences Po Grenoble), créé en 1948, est l’un des deux IEP dits « d’équilibres » avec celui de Bordeaux. Il est réputé pour la qualité de sa recherche en sciences sociales. Il se trouve rattaché à l’UPMF, de même que l'IAE de Grenoble (Institut d'Administration des Entreprises) et l'Institut d'urbanisme de Grenoble (IUG). Grenoble compte également deux écoles de commerce. Le groupe Grenoble École de management (GEM) tout d'abord, qui propose des cursus de formation après classe préparatoire et bac+2/+3. GEM, créée en 1984, s'affiche comme la sixième école supérieure de commerce de France. Une école privée non reconnue par l'État appelée Wesford existe également (située dans les anciens locaux de la chambre de commerce). Une École supérieure du professorat et de l'éducation se trouve également à Grenoble. Le Centre universitaire d'enseignement et de formation des adultes (CUEFA) est voué à la formation tout au long de la vie professionnelle. Il accueille chaque année environ dans ses différentes formations. L'UIAD (l'université-Inter Âges du Dauphiné) propose quant à elle des cours aux seniors. Les arts graphiques sont représentés par l'école supérieure d'art de Grenoble et l'école nationale supérieure d'architecture de Grenoble. Enfin, le Conservatoire à rayonnement régional de Grenoble assure une formation musicale de grande qualité. L'aéroport de la ville abrite enfin une antenne de l'École nationale de l'aviation civile qui forme 150 pilotes de ligne chaque année. Santé. En 2008, la ville de Grenoble a obtenu la première place du troisième « palmarès santé », publié par la revue "Impact médecine". En 2016, le magazine Le Point attribue la septième place nationale au CHU Grenoble-Alpes dans son classement des établissements hospitaliers Établissement sanitaires privés. De nombreuses cliniques se répartissent également sur le territoire : D'autres établissements sanitaires sont situés en banlieue, tels que la clinique Belledonne à Saint-Martin-d'Hères, la clinique des Cèdres à Échirolles et la clinique du Dauphiné à Seyssins. Justice, sécurité, secours et défense. Bien que ville moyenne (mais située dans une agglomération importante), la criminalité de Grenoble présente un visage proche de celle des cités parisiennes ou marseillaises, caractère jugé selon la police « exceptionnel, compte tenu de la taille de la ville ». En 2015, Pierre Tholly, responsable sud-est du syndicat policier Alliance, décrit l'agglomération de Grenoble comme « particulièrement difficile depuis 30 ans » et estime les fusillades ayant eu lieu cette année-là comme une « preuve d'une « banalisation » de la violence extrême dans la ville ». La ville est notamment touchée par une « guerre des gangs » (dix morts entre 2007 et 2008, 4 morts en 2015) sur fond de trafic de drogue. Selon le journal "L'Express" en 2016, « Grenoble pâtit d'une mauvaise image en matière de sécurité ». Depuis plusieurs années, la ville est en proie à « des violences urbaines parfois spectaculaires ». Lors de sa visite, le 18 janvier 2016, Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur, souligne l'inquiétante progression de la délinquance dans l'agglomération grenobloise. Néanmoins, le maire Éric Piolle ne veut pas durcir le ton. À son arrivée, il promet de « rompre avec la démagogie et le discours sécuritaire ». Selon le procureur de la république de Grenoble, pour les dix premiers mois de 2017, les chiffres de la délinquance dans l'agglomération étaient de + 10 % pour les cambriolages, + 8 % pour les véhicules incendiés, + 26 % pour les vols avec violences et + 42 % pour les vols violents avec arme. Pour l'ensemble de l'année 2017, malgré un chiffre de violences globales stable, les vols avec violence sont en augmentation de 21 %. Le procureur juge le niveau de cambriolages sur l’agglomération grenobloise « très élevé ». Il pointe du doigt le phénomène des mineurs étrangers « embauchés par les trafiquants de drogue du quartier Mistral. ». En 2018, après les incendies volontaires du CCSTI de Grenoble, et des gendarmeries de Grenoble et de Meylan revendiqués par le mouvement anarchiste, puis du théâtre Prémol, du collège Lucie-Aubrac, les médias s'interrogent sur une série impressionnante d'incendies de commerces sur l'agglomération grenobloise. La même année, le syndicat policier Alliance qui qualifie la ville de « Chicago français », pointe une « délinquance 63 % plus élevée » dans la cité alpine « que dans des villes de même taille ». Le , le syndicat Alliance de la police parle de « "situation alarmante" » avec sept fusillades faisant trois morts, deux blessés graves et un blessé léger depuis le début de l'été. La même année, une enquête d'opinion indique que 79 % des Grenoblois estiment que la sécurité est un enjeu majeur pour la ville, une personne interrogée sur deux affirmant avoir été victime d'un acte de délinquance. L'année suivante, ce même pourcentage s'établit à 77 %. Durant l'été 2022, en moins de deux mois, neuf épisodes de violences par arme à feu sont enregistrés dans la ville sur fond d’économie parallèle. "Le Dauphiné" évoque une « spirale du règlement de comptes permanent » du fait du trafic de stupéfiants au premier lieu. Population et société. Démographie. Évolution démographique. En 2014, Grenoble était la troisième ville-centre la plus dense de France, après Paris et Lyon, avec . Ceci est dû essentiellement à la relative petite taille de la commune () en comparaison avec les villes de même importance (à l'exception de Nancy et Rouen) ; à part la colline de la Bastille, tout le territoire est urbanisé. C'est également une ville cosmopolite où plus de soixante-dix nationalités étrangères se côtoient. La population de l'agglomération grenobloise a connu une très forte augmentation durant le , en raison du développement industriel de la ville, surtout après la Seconde Guerre mondiale, durant les années 1960 et 1970. L'agglomération de Grenoble connut alors une des croissances les plus importantes parmi les villes de France, passant de à entre 1962 et 1975. Cette croissance s'est ensuite fortement ralentie à partir de la fin des années 1970. Celle de la commune de Grenoble fut même négative de 1975 à 1990, et elle est plutôt faible aujourd’hui : + 0,2 % par an de 1990 à 1999, + 0,3 % par an de 1999 à 2007, + 0,2 % par an de 2007 à 2012. Cela s'explique par un solde apparent des entrées-sorties négatif depuis 1968. L'agglomération s'est, en revanche, étendue, le périmètre de l'unité urbaine ayant beaucoup augmenté lors de la nouvelle délimitation de 2010 : sa population est passée de en 1999 à en 2011, les quatre cinquièmes de la croissance s'expliquant par l'extension de sa superficie. La population n'en est pas moins fortement mobile, en raison de son statut de grand centre scientifique et universitaire. Début 2007, 80 % des Grenoblois n'étaient pas dauphinois d'origine. D'autre part, la population de l'agglomération se renouvelle par tiers tous les dix ans. En 2012, Grenoble comptait . La commune occupait le rang au niveau national, comme en 1999, et le au niveau départemental sur 533 communes. Au janvier 2016 (chiffres INSEE), la population de la ville est descendue à , soit près de de moins en un an. Celle de l'agglomération (unité urbaine) à la même date comptait , soit une perte de en un an. C'est la première fois depuis 1919, que l'on peut constater une baisse pour l'agglomération, qui se constate également pour l'arrondissement de Grenoble. Grenoble, perd de son attractivité industrielle, a contrario des villes comme Lyon, Toulouse, Bordeaux, Nantes, Rennes ou Montpellier, qui connaissent toujours une forte augmentation de leur population. En 2020, Dijon (159 000 habitants) passe devant Grenoble qui perd donc une place au niveau National. Pyramide des âges. La population de la commune est relativement jeune. En 2018, le taux de personnes d'un âge inférieur à s'élève à 45,5 %, soit au-dessus de la moyenne départementale (37,1 %). À l'inverse, le taux de personnes d'âge supérieur à est de 19,7 % la même année, alors qu'il est de 23,9 % au niveau départemental. En 2018, la commune comptait pour , soit un taux de 51,91 % de femmes, légèrement supérieur au taux départemental (51,01 %). Les pyramides des âges de la commune et du département s'établissent comme suit. Immigration. Avant le , la ville de Grenoble n’est pas terre d’immigration. Au contraire, le Dauphiné était davantage un territoire d'émigration. Ainsi, le premier recensement utilisable, effectué en 1851, ne comptabilise à Grenoble qu’entre 700 à 800 étrangers, soit entre 2,25 à 2,5 % de sa population. Durant le siècle qui suit toutefois, l’histoire migratoire grenobloise change radicalement. La première vague massive d'immigration vers Grenoble commence à partir de la Belle Époque, mais accélère fortement durant l’entre-deux-guerres. Seulement étaient dénombrés en 1881 mais en 1911 et finalement en 1931. La population immigrée représente alors 18 % de la population (la moyenne, en France, étant à 7 %). L’essentiel de ces migrations (85 % des étrangers en 1931) provient des pays du sud de l’Europe, à savoir l’Espagne, la Grèce, le Portugal mais surtout l’Italie où les immigrés représentent 15 % de la population grenobloise en 1931 et plus des deux tiers de l'immigration. La répartition dans Grenoble montre une forte concentration dans la vieille ville. Les immigrés sont également très présents dans certaines communes de l’agglomération (Fontaine, Saint-Martin-d'Hères). Après la Seconde Guerre mondiale, la proportion d’immigrés chute lourdement. Ils ne représentent plus que 8,6 % de la population en 1946, la communauté italienne ayant vu pour sa part ses effectifs chuter de moitié. La reprise de l'immigration est cependant plus vive que dans le reste de la France, sans retrouver pour autant son importance d'avant-guerre. Surtout, cette immigration devient beaucoup plus diverse. Le nombre de communautés passe de quatre en 1946 à plus de 21 en 1968. Entre vieillissement et naturalisations, le « règne » de la communauté italienne se clôt, pour laisser surtout la place aux ressortissants des pays d'Afrique du Nord. Par ailleurs, ces nouvelles communautés s’installent désormais dans les Grands Ensembles édifiés durant les Trente Glorieuses dans la partie sud du territoire communal. Le développement scientifique de ces dernières décennies a entraîné l’arrivée de nouvelles populations. L’agglomération abrite ainsi la deuxième communauté anglo-saxonne de France (après Paris) avec environ . Il s'agit souvent de cadres travaillant pour des entreprises internationales comme Hewlett-Packard, Caterpillar ou STMicroelectronics. En 2010, la ville compte soit 15,6 % de sa population (4,8 % nés en Europe et 10,8 % nés hors d'Europe, majoritairement originaires du Maghreb (5,8 %)). Manifestations culturelles et festivités. Le 16 juin 2014, le nouveau maire Éric Piolle annonce que le Palais des sports de Grenoble doit retrouver des activités purement sportives et qu'il ne renouvellera pas la convention entre l'association qui le gère et la ville. Les manifestations comme les Six jours de Grenoble, le Festival international du cirque de Grenoble ou le supercross SX Tour de Grenoble ont de ce fait disparu. Cependant, en novembre 2019, le Festival international du cirque revient sur le site de l'esplanade et le supercross international au Palais des Sports en décembre 2020. Foire des Rameaux. Chaque année, une fête foraine, dénommée la Foire des Rameaux, débute le samedi des Rameaux et dure généralement trois semaines. Cette manifestation festive organisée par les forains est une des fêtes les plus importantes après la Foire du Trône. Celle-ci se déroule depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale sur l'esplanade de la Porte de France, au nord du territoire communal. En 2020, et 2021, cette manifestation annuelle fut annulée, en raison des restrictions sanitaires dues au COVID 19. Festival le Millésime. Parmi les principaux événements, il faut mentionner aussi le « Festival le Millésime ». Cette manifestation est à la fois un festival œnologique convivial et populaire (important programme de dégustations, de rencontres d'auteurs et d'ateliers œnophiles…), un festival musical (programme surtout classique et jazz) et un marché aux vins en plein centre-ville, place Victor Hugo. Lauréat du prix René-Renou en 2008. Il s'agit du premier festival œnophile de France, de par son ancienneté et sa fréquentation. La édition se déroule en octobre 2018, dans toute la métropole grenobloise. États généraux du renouveau. Dans un autre registre, les « États Généraux du renouveau » (ancien « forum Libération » de Grenoble) se déroulent sous forme de débats publics consacrés au devenir de notre société et sont organisés à plusieurs reprises depuis 2007 à Grenoble par le quotidien "Libération". Cette manifestation organisée en 2007, 2008, 2010, 2011 et 2012 se déroule traditionnellement dans les locaux de la MC2. Fête des Tuiles. Le samedi , la municipalité de Grenoble a célébré sa première "Fête des Tuiles", l'un des engagements du nouveau maire. Cette première édition a rassemblé de nombreux acteurs associatifs et culturels et a été fréquentée par . Pour cette occasion des cours Jean Jaurès et de la Libération a été réservé aux piétons et aux vélos. Street Art Fest Grenoble-Alpes. Le Street Art Fest Grenoble-Alpes est un festival d'art urbain, porté par le centre d'art Spacejunk de Grenoble. Il se déroule à Grenoble et dans son agglomération. L'objectif déclaré de ce festival est de proposer les créations actuelles liées ce mouvement artistique contemporain durant plusieurs semaines, au cœur même de Grenoble et des villes de son agglomération. Ce festival d'art, qui se déroule généralement en juin, se présente comme le premier festival en Europe à pouvoir produire . Festival du cinéma. Dans le domaine cinématographique, et grâce à la Cinémathèque de Grenoble, le festival du film court en plein air, qui a lieu début juillet sur la place Saint-André et dans la salle Juliet-Berto, met sur le devant de la scène le genre cinématographique du court métrage. Début novembre sont organisées les Rencontres du cinéma de montagne au Summum qui réunissent des alpinistes, des guides, des réalisateurs pour des rencontres avec le public autour de projections ayant trait à des événements ou exploits dans le domaine de l'alpinisme. Enfin ont lieu chaque année les Rencontres du cinéma italien de Grenoble. Grenoble accueille également chaque année en avril le festival Vues d'en face, un des premiers festivals français de cinéma consacrés aux films gay et lesbien. En 2014, Grenoble renoue également avec la "Marche des fiertés", organisée par le centre LGBT CIGALE. En 2015, une marche d'une grande ampleur, toujours organisée par le centre LGBT CIGALE s'est tenue, point d'orgue d'une semaine des fiertés. Autres festivités. Parmi les principaux événements musicaux, il est à noter la présence du festival "Rocktambule" qui a lieu chaque année en octobre. Le Grenoble Jazz festival et le Festival 38e Rugissants ont par ailleurs fusionné pour donner naissance à un nouvel événement, Les Détours de Babel, festival des musiques du monde contemporain. La première édition s'est déroulée de 8 au 23 avril 2011. La ville de Grenoble organise par ailleurs le Cabaret Frappé qui a lieu la deuxième quinzaine de juillet, dans le Jardin de Ville. Il offre aux Grenoblois une programmation éclectique présentant des artistes d'horizons différents (confirmés ou novices) et attire plus de chaque année en moyenne.<br> Depuis 2002, l'association Retour de scène organise le festival "Magic Bus" consacré aux musiques actuelles. Sports et loisirs. Grenoble compte un grand nombre de clubs sportifs, notamment le GF38 en football (Ligue 2), les Brûleurs de Loups en hockey sur glace (Ligue Magnus, premier échelon national), le FCG en rugby (Pro D2), le FC Grenoble Basket ou le Grenoble Volley Université Club. La capitale des Alpes est également célèbre pour avoir accueilli les Jeux Olympiques d'hiver en 1968.Grenoble a également été le théâtre d'autres grands événements sportifs comme la Coupe Davis 1982, championnats d'Europe en salle d'athlétisme, Masters de la perche, championnats du monde de boxe, matches internationaux de rugby, de basket-ball, de volley-ball, de handball ou de hockey sur glace, compétitions internationales de gymnastique ou de patinage et de moto sur glace, critérium cycliste du Dauphiné Libéré, six jours cyclistes, jumpings internationaux, etc. Grenoble a été la première ville en 1919 où un maillot jaune a été attribué au leader du Tour de France. Le , le Stade Charles-Berty est le théâtre d'un match entre l'équipe de Nouvelle-Zélande de rugby à XV et une sélection alpine avec 6 joueurs du FC Grenoble. Les "All blacks" y essuieront la seule défaite (16-18) de toute leur tournée européenne avec tous les points de la sélection des Alpes marqués par l'ouvreur du FC Grenoble, Pierre Pommier. Fin , une sélection alpine avec 8 joueurs du FC Grenoble dans le XV de départ réussi l’exploit de battre l’Australie, futur championne du monde au Stade Lesdiguières. Deux pénalités et un drop du Grenoblois Frédéric Vélo suffiront à mettre en échec les joueurs de Nick Farr-Jones et Michael Lynagh 9-7. La ville a aussi accueilli un match de la Coupe du monde de rugby à XV 1991 au Stade Lesdiguières et des rencontres de la Coupe du monde féminine de football 2019 au Stade des Alpes. Enceintes sportives. Grenoble dispose de nombreux lieux d'accueil de manifestations sportives. Parmi les principaux se trouvent le Stade des Alpes, d'une capacité de , où sont organisés la plupart des matches officiels de rugby, de football des clubs locaux du FC Grenoble Rugby et du Grenoble Foot 38. La patinoire Polesud, où réside le club de hockey sur glace des Brûleurs de Loups, est la plus grande patinoire de la Ligue Magnus, avec une capacité de dans la halle sportive. De plus, des équipements sportifs construits pour les Jeux olympiques d'hiver de 1968 subsistent encore aujourd’hui, le plus notable étant le Palais des sports situé dans le parc Paul-Mistral. Médias. Presse papier locale. La presse locale est dominée par le quotidien régional "Le Dauphiné libéré", fondé en 1945, et dont le siège est à Grenoble. Ce quotidien fait partie du groupe Est Bourgogne Rhône Alpes. Son tirage quotidien est d'environ et sa zone de diffusion s’étend sur les anciennes provinces du Dauphiné et de la Savoie, mais également l’Ain (Pays de Gex), le Vaucluse (Vaucluse matin) ainsi que la vallée de l'Ubaye dans les Alpes de Haute Provence. "Le Dauphiné Libéré" a lancé en 2008 "Grenews" afin de diversifier son public et de faire face à la concurrence d'autres médias. Grenews vise l'agglomération grenobloise et combine un hebdomadaire gratuit, un site web et une Web TV. En février 2011 cet hebdomadaire est renommé "Gre CityLocalNews". Le choix de journaux locaux et de magazines est également étoffé par différentes publications : Il existe d'autres publications gratuites, distribuées sur périodes, telles que "Captiv Magazine", "Les Antennes", le "Guide du dahu" et "Minizou". Les collectivités locales éditent deux bimensuels officiels gratuits et distribués dans les boîtes aux lettres, "Gre.mag" et le "Métropole", ainsi que le mensuel "Isère Magazine". Télévision locale. Le bassin grenoblois bénéficie par ailleurs de la présence de chaînes de télévision régionales comme France 3 Alpes qui propose une édition locale du service public. Celle-ci domine historiquement l'information locale en offrant des reportages sur divers lieux de la région. La chaîne locale TéléGrenoble est une chaîne de télévision privée mise en service en octobre 2005. Devenue en 2011, Télé Grenoble Isère, elle propose de multiples reportages d'actualités locales sur Grenoble et l'ensemble du Grésivaudan et du Pays Voironnais. Ces deux chaînes émettent par voie hertzienne grâce entre autres à l'émetteur de la Croix de Chamrousse et à celui de la Tour sans Venin, mais uniquement sur le réseau de la télévision numérique terrestre. Radios locales. Plusieurs radios nationales de catégorie C émettent sur Grenoble avec des décrochages locaux d'information, c'est le cas pour NRJ Grenoble sur 103,2 FM, Virgin Radio Grenoble sur 91,2 FM, Nostalgie Grenoble sur 93,3 FM et Chérie FM Grenoble sur 105,8 FM. Par ailleurs, il existe plusieurs radios locales basées à Grenoble et dans sa région complétant celles du réseau national : Internet. Début 2008, l'ancien rédacteur en chef du "Le Six"' édition Grenoble a lancé Grenews.com, une webTV d'information locale. En ce qui concerne les médias locaux sur la toile, l'information locale peut être retrouvée sur le site de GreNews ainsi que sur ceux de placegrenet.fr, du Dauphiné libéré et de TéléGrenoble Isère. D'autres sites se sont spécialisés dans l'information sportive comme "grenoblefoot.info" et "metro-sports.fr" ou dans la science comme "echosciences-grenoble.fr". En 2015, la commune de Grenoble a été récompensée par le label « Ville Internet @@@@@ » pour la septième année consécutive après avoir reçu également fin 2010 le trophée de la Communication récompensant le meilleur site web des villes de plus de . Lieux de cultes. Les Grenoblois disposent de lieux de culte bouddhiste, catholique, israélite, musulman et protestant. Culte bouddhiste. L’association culturelle bouddhiste gère la pagode Tinh Do Hoa Nghiem, cercle de pratique affilié à l'institut Karma Ling (le Sangha Loka), situé en Savoie, non loin de la ville d'Allevard, ainsi qu'un Centre d'études bouddhiques. Le culte Zen Sōtō est présent au dojo Zen de Grenoble situé dans le quartier hyper-centre. Il est affilié à l'Association Zen Internationale, fondée par Taisen Deshimaru. Culte catholique. Le diocèse de Grenoble-Vienne compte cinq paroisses à Grenoble disposant à Grenoble de 18 lieux de culte catholique : sept églises (Notre-Dame - Saint-Luc, Notre-Dame Réconciliatrice, Saint-André, Saint-Joseph, Saint-Louis et Saint-Vincent-de-Paul) au sein de la paroisse Notre-Dame de l'Espérance, trois églises (Saint-François-de-Sales, Saint-Jacques et Saint-Paul) au sein de la paroisse de la Sainte-Famille, cinq lieux de culte (la basilique du Sacré-Cœur, les églises Saint-Bruno, Saint-Jean, Saint-Pierre et la mission italienne Sainte-Claire) au sein de la paroisse Jean , deux lieux (le centre œcuménique Saint-Marc et le relais 3V « Villeneuve - Village olympique - Vigny-Musset ») au sein de la paroisse de la Sainte-Trinité et l'église œcuménique Saint-Augustin au sein de la paroisse Saint-Thomas. Culte israélite. La communauté juive grenobloise comprend plusieurs organisations : notamment la synagogue consistoriale Bar Yohaï et l'association cultuelle Zekhout Avot qui abrite également une synagogue, ainsi que la communauté juive loubavitch qui bénéficie d'une école et d'un mikvé (bassin de purification). Culte musulman. Les Grenoblois de religion musulmane disposent de onze lieux de culte : centre-ville (mosquée du centre culturel musulman de Grenoble), quartier Alma (mosquée Al Fath, mosquée AL Imane), quartier Mistral (mosquée Abou Bakr), quartier Teisseire (mosquée de Teisseire), quartier Villeneuve (mosquée Al Kawthar, mosquée Tawba, mosquée turque), mosquée des Baladins, mosquée de Saint-Bruno, mosquée turque du centre-ville. Culte protestant. Le culte protestant à Grenoble est principalement organisé autour de l’Église protestante unie de Grenoble, membre à l'Église Protestante Unie de France (rassemblement des courants réformés et luthériens). Le temple protestant de Grenoble est situé 2 rue Joseph-Fourier, au coin de la rue Hébert. La paroisse rassemble sur l’agglomération grenobloise près de , soit près de . Le Diaconat Protestant de Grenoble (2 rue Joseph-Fourier) existe depuis 1906. Il exerce la solidarité et l’entraide au profit des personnes en difficulté. Il accueille, écoute et aide celles et ceux qui souffrent, se mobilise pour plus de justice et d’amour, agit sur les causes de l’exclusion et de la misère et interpelle l’opinion et les pouvoirs publics sur des questions de société. L'association de l'église anglicane de Grenoble a par ailleurs été fondée à Grenoble en 1966. À l’origine sous l’autorité de l’aumônier de Lyon, elle est devenue une aumônerie autonome en 1994. Diverses Églises protestantes évangéliques se trouvent également à Grenoble, dont la majeure partie s'identifie au Conseil national des évangéliques de France. Culte orthodoxe. Les paroisses orthodoxes à Grenoble sont : la paroisse de Saint Georges, située rue Général Mangin, la chapelle de la Résurrection, située avenue de Vizille, la paroisse orthodoxe de Tous Saints, située à Saint-Martin-d'Hères, et la communauté du Patriarcat de Moscou. Économie. Repères. L’économie grenobloise a commencé son développement au et autour de l’industrie gantière. Au cours du , la ville s'est progressivement industrialisée. Grenoble et sa région sont pionnières en matière d'hydro-électricité : quelques carrières, de l'industrie de transformation mais surtout la houille blanche. Grenoble organisa ainsi l'exposition internationale de la houille blanche en 1925. Toutefois, dans le courant du milieu du , la ville connaît un certain déclin industriel, bien que son industrie du gant soit réputée dans le monde entier (Gant Perrin…). En 2006, la ville de Grenoble compte (dont cent vingt établissements de plus de cinquante salariés) totalisant (dont dans le secteur privé). Environ sont créées chaque année (taux de création d'activité annuel de 14 %), et plus de ont été créés entre 1999 et 2006. Le secteur tertiaire représente 88 % du tissu économique grenoblois et 83 % des emplois. L’économie de Grenoble est par ailleurs caractérisée par le poids important dont jouissent les administrations publiques territoriales avec la présence entre autres de la préfecture, de la mairie, du conseil général, de l’intercommunalité, de l’Université Grenoble Alpes ou encore du centre hospitalier. Ce dernier emploie par exemple en 2011 un total de (dont en personnel médical), ce qui fait de lui le plus gros employeur de l'agglomération grenobloise. En outre, l’économie sociale et solidaire représente 14 % des établissements employeurs (associations, coopératives, mutuelles) et comptabilise 16 % des salariés à Grenoble. Le secteur connaît une progression importante avec une forte création d'emplois de plus de 20 % ces dix dernières années. La municipalité est engagée depuis mars 2009 dans le projet européen « Urban Nose » devant contribuer au développement de l'économie solidaire. Différentes initiatives sont également menées tel l'événement YESS! au sein duquel participent cent cinquante associations, coopératives et mutuelles. L'économie parallèle est implantée à Grenoble avec dans l'histoire de cette économie entre autres la présence de Cosa nostra, dont des membres y furent arrêtés en 1992 (Giacomo Pagano et Calogero Pulci). La présence de plusieurs milieux mafieux et de réseaux de petite et grande délinquance a plusieurs fois été le sujet de procès, de faits divers et de la une des journaux nationaux ou locaux. Secteur secondaire. Depuis plusieurs décennies, la ville a connu une évolution dans le secteur de la recherche et depuis la fin du , la ville est réputée pour être un important pôle de recherche scientifique (universités, CEA, Synchrotron…). Grenoble est impliquée dans quatre pôles de compétitivité : les pôles mondiaux Lyonbiopôle (biotechnologie, diagnostic et vaccins) et Minalogic (microtechnologies, nanotechnologies et logiciels embarqués), le pôle national Tenerrdis (énergies renouvelables) et le pôle à vocation mondiale Axelera (chimie et environnement). L'agglomération accueille en outre plusieurs entreprises spécialisées dans les nouvelles technologies (STMicroelectronics, Sun Microsystems, Hewlett-Packard, Schneider Electric, Atos Worldgrid, R&D France Télécom, Bull, etc.). D'autres grandes sociétés y ont leur siège comme Teisseire et les Éditions Glénat. La commune de Grenoble comprend environ industriels. Services. Zones commerciales. La ville compte sur son territoire trois centres commerciaux privés importants : Grand'Place, complexe de cent quarante boutiques au sud de la ville, en limite de la commune d'Échirolles ; le nouveau centre commercial de la caserne de Bonne avec ses trente-neuf boutiques ; et K'Store, le plus petit (seize boutiques), mais le plus ancien, situé dans un immeuble de style « paquebot » datant des années 1930 sur le cours Berriat. Le centre-ville comprend également de nombreux petits commerces et quelques grandes enseignes en particulier dans ses zones piétonnières. De nombreuses enseignes de grandes chaînes commerciales se sont également implantées dans le centre-ville, telles que les Galeries Lafayette, une Fnac ou encore Nespresso. L’agglomération grenobloise comprend quatre importantes zones commerciales : « Espace Comboire » à Échirolles ; « Porte du Grésivaudan » à Saint-Martin-d’Hères ; « Cap des H' » et « Cap 38 » à Saint-Égrève. À noter également que l'hypermarché le plus rentable de France (hors Monaco), en 2011, est le Carrefour de Meylan, qui génère de chiffre d'affaires annuel par mètre carré. Le tourisme représente aussi une part non négligeable de l'économie locale avec les nombreuses stations de sports d'hiver implantées dans la région. La ville comprend en 2015 une centaine d'hôtels et de résidences de tourisme dont huit « quatre étoiles ». Tourisme et loisirs. L'office de tourisme. La ville de Grenoble se situe dans une région à vocation touristique et fréquentée en toute saison et bénéficie essentiellement d'un tourisme de passage. L'agglomération gère un office de tourisme, dénommé "Office de tourisme Grenoble-Alpes Métropole" et dont le siège est situé en centre-ville. Ce service propose aux touristes et aux visiteurs de passage de découvrir les richesses du territoire métropolitain en jouant sur sa position entre les trois massifs montagneux. La ville sera la première en France à se doter d'un "syndicat d'initiative" dès mai 1889, ayant pour missions de service public l'accueil, l'information et la promotion du lieu, en proposant des activités aux visiteurs. Les espaces verts de l'urbanisme à Grenoble ont été reconnus à l'échelle européenne. Si la Slovénie et sa capitale Ljubljana ont été les destinations les plus récompensées par la Commission européenne pour le tourisme durable, d'autres cités du Vieux Continent figurent au classement des 20 villes les plus vertes établi en 2021 par le site spécialisé European Best Destinations. Au sein de ce palmarès, Grenoble est dixième et la première en France. Revenus de la population et fiscalité. Le revenu médian par ménage grenoblois en 2008 est de par an, ce qui est légèrement supérieur à la moyenne nationale de par an. Le revenu net déclaré moyen par ménage était quant à lui de ( pour la moyenne nationale). Au niveau de la fiscalité, 59,9 % des ménages étaient imposables à Grenoble, contre 54,2 % au niveau national. D’autre part, sont redevables de l'impôt sur la fortune (ISF). L'impôt moyen sur la fortune à Grenoble est de /an contre /an pour la moyenne nationale. Le patrimoine moyen des redevables grenoblois de l'ISF est estimé à environ /an. Emploi. L’unité urbaine grenobloise compte une population active totale d’environ sur les du pays. Le taux annuel moyen de variation de l’emploi total entre 1999 et 2008 a été de 1,5 %. Le taux d'activité entre 15 et 64 ans en 2008 est de 70,1 %, ce qui est inférieur à la moyenne nationale qui est de 71,6 %. Le nombre de chômeurs est de en décembre 2010. Grenoble compte 44,5 % d'actifs au sein de sa population ainsi que 16,3 % de retraités, 31,9 % de jeunes scolarisés et 7,3 % d'autres personnes sans activité. Le taux de chômage, après avoir fortement diminué entre 1999 et 2008, a subi comme partout en France les effets de la crise économique internationale. Évolution du taux de chômage de la zone d'emploi Au sein de la ville de Grenoble, les emplois sont répartis de la manière suivante : Répartition par domaine d'activité Entreprises de l'agglomération. Le tissu économique grenoblois est caractérisé par une place prépondérante donnée à l’industrie et aux services aux entreprises (représentant mi-2011, soit 56,6 % des établissements implantés sur l’agglomération de Grenoble). En 2011, 47,7 % des établissements comprenaient de un à neuf salariés tandis que 9,9 % comptaient dix salariés ou plus. De par son statut de technopole européenne, l'économie locale bénéficie par ailleurs de la présence de grands groupes industriels, fleurons de l’économie locale et nationale, implantés à l’international et souvent leaders sur leurs marchés. L’unité urbaine de Grenoble comptait au total répartis ainsi : Répartition des établissements par secteur Recherche et techniques de pointe. La ville de Grenoble a une longue tradition dans les techniques de pointe, puisque l'Institut électrotechnique y a été créé au début du . Par la suite, le physicien Louis Néel va créer en 1946 le laboratoire d’électrostatique et de physique du métal (LEPM), considéré comme le premier laboratoire du CNRS fondé hors de Paris. Son ancien assistant, Louis Weil, crée en 1962 le Centre de recherches sur les très basses températures, à l'origine de l'installation de l'Air liquide à Sassenage. De son côté, l'IMAG, dont les activités tournaient autour de l'hydraulique, a été le premier laboratoire académique en France à recevoir un calculateur électronique, en 1952. Le Plan (1971-1975) prévoyait de développer le centre informatique de Grenoble. La recherche scientifique publique tient aujourd’hui une place primordiale dans la métropole grenobloise. Les trois sites d'Inovallée, du domaine universitaire et du polygone scientifique regroupent quatre centres de recherche internationaux (l'EMBL, l'ESRF, l'ILL, l'IRAM), mais également neuf organismes de recherche nationaux (CEA Grenoble, CNRS, IRSTEA, CEN, INRA, INRIA, INSERM, IRD) et enfin trois centres techniques industriels (CETIM, CSTB, CTP). De plus, l'université et Grenoble INP possèdent aussi leurs laboratoires de recherche et des entreprises comme Schneider Electric et Naver ont implanté leur centre de recherche mondial à Grenoble. Cette recherche de haut niveau a profité de la présence à Grenoble d'équipements de renommée mondiale, comme l'ESRF, le plus important synchrotron de la planète, ou l'institut Laue-Langevin abritant la source de neutrons la plus intense au monde. D'autres laboratoires ont bâti leur renommée sur l'étude du climat de la Terre comme l'Institut des géosciences de l'environnement qui apporte son expérience en matière d'évolution du climat mondial ou comme le GIPSA-lab qui développe de multiples disciplines comme l'interface neuronale directe, mais l’expertise de Grenoble en matière de hautes technologies s’organise principalement autour de trois pôles : Le pôle numérique et logiciel. Il comprend le domaine des micro- et nanotechnologies, ainsi que l’informatique et l’électronique : Grenoble bénéficie d’un environnement riche dans les nanotechnologies, avec la présence de grands groupes industriels, un grand nombre de PME/PMI et de nombreux laboratoires de recherches (LETI, INRIA…). Ceci s’est traduit en 2002 par l’Alliance-Crolles 2, collaboration entre Freescale Semiconductor (ex-Motorola), NXP Semiconductors (scission de Philips Semiconductors) et STMicroelectronics, qui fut le plus gros investissement industriel réalisé en France depuis dix ans (avec d’euros investis). Cette alliance a pris fin en 2007 et c'est un accord entre STMicroelectronics, le CEA et IBM (appelé Nano 2012) qui lui a succédé, pour un investissement total de d'euros en recherche et développement. Un accord Nano 2017 poursuivra l'alliance. De même, le pôle d'innovation Minatec, lancé à l'initiative du CEA-Leti et de Grenoble INP, est un centre majeur en Europe pour les micro et nanotechnologies. Grenoble fait ainsi partie des quelques sites qui, dans le monde, possèdent les bases scientifiques, technologiques et industrielles suffisantes pour atteindre une reconnaissance internationale dans ce domaine. En septembre 2005, le gouvernement français nomme Minalogic (MIcro NAnotechnologies et LOgiciel Grenoble-Isère Compétitivité) comme pôle de compétitivité. Ce pôle a pour ambition de construire un centre de dimension internationale pour les puces intelligentes grâce à la mise en commun de moyens issus à la fois de l’industrie, de la recherche et de la formation en micro-nanotechnologies et technologies du logiciel. La région grenobloise constitue l'un des trois plus grands centres mondiaux pour les micro-nanotechnologies avec East Fishkill dans l'État de New York aux États-Unis et Hsinchu à Taiwan. Enfin, en 2012, Grenoble est devenu l'un des huit instituts de recherche technologique français, nommé Nanoelec. Grenoble est également un grand pôle en informatique et en électronique avec la présence de grandes entreprises (Hewlett-Packard, Bull…) et une recherche active. L’industrie du logiciel est très développée dans l’agglomération : le multimédia et le développement de logiciels, positionnent Grenoble, tant en industrie qu'en recherche, dans les premiers rangs au niveau européen. En plus de la présence de leaders mondiaux du secteur, Grenoble offre un tissu dense de PMI-PME et de start-ups. Ce foisonnement est soutenu par une formation et une recherche académique de qualité, notamment par le biais de l'école nationale supérieure d'informatique et de mathématiques appliquées de Grenoble, considérée comme l'une des meilleures écoles d'ingénieurs de France pour la qualité de son recrutement et de sa recherche. En 2003, le CNRS a implanté à Grenoble l'Institut européen de données financières, seul acteur académique européen à fournir des bases de données à haute fréquence sur les marchés boursiers européens. Enfin, cet écosystème numérique s'est doté en 2011 du premier centre de données écologique en France désigné sous le nom de GrenoblIX, ainsi que d'une association appelée "Digital Grenoble" et labellisée French Tech en novembre 2014. En 2015, ce pôle numérique avec la microélectronique et les nanotechnologies, en passant par le logiciel et les systèmes embarqués, compte dans la métropole dont en électronique et micro-nanotechnologies et dans l'informatique et le logiciel. Le pôle « biotechnologies ». <mapframe text="Établissements du campus santé (cliquer la carte)." width="290" height="290" zoom="15" longitude=5.74467 latitude=45.20058 align="right"> { "type": "ExternalData", "service": "page", "title": "Grenoble Medicine Campus.map" ] </mapframe> Dans le domaine des biotechnologies et de la bio-informatique, Grenoble est reconnu comme pôle d'excellence dans plusieurs disciplines qui se situent dans le champ scientifique, à la croisée de la chimie et de la biologie : ingénierie de la santé, imagerie médicale, neurosciences et cancérologie. La biologie structurale est également une discipline très représentée avec la présence de l'Institut de biologie structurale qui bénéficie de la proximité de l'ESRF, de l'ILL, du LEBM et d'une importante plate-forme de RMN. La biologie cellulaire est quant à elle représentée par l'Institut pour l'avancée des biosciences et le Grenoble-Institut des neurosciences installés sur le campus santé à La Tronche. La ville est également reconnue pour son expertise dans le domaine des biopuces. L’entreprise bioMérieux a implanté son centre de recherche en biologie moléculaire à Grenoble et le centre de recherche Clinatec ouvert fin 2011 sur le polygone scientifique rentre dans sa phase opérationnelle sur les implantations de nanomatériaux dans le cerveau. Grenoble participe au pôle de compétitivité mondial Lyonbiopôle et abrite des projets de recherche fédérateurs comme NanoBio, le génopôle Auvergne-Rhône-Alpes, le Cancéropôle Lyon Auvergne-Rhône-Alpes (CLARA) ainsi que le programme européen Nano2Life. En 2015, ce pôle totalise dont dans les entreprises et dans la recherche publique. En 2016, sept institutions grenobloises font partie du projet Green (GREnoble Excellence in Neurodegeneration), l’un des sept centres français d’excellence dans le domaine des maladies neurodégénératives, et qui vise l’étude de quatre maladies principales, Alzheimer, Huntington, Parkinson et la sclérose en plaques. Le pôle des nouvelles technologies de l'énergie. Grenoble occupe aujourd’hui une place importante pour le développement et l’expérimentation de l’énergie solaire photovoltaïque, de la pile à combustible et des réseaux intelligents. Grâce au LITEN, le pôle de compétitivité Tenerrdis, dans lequel l’agglomération grenobloise est impliquée, a pour ambition de développer les nouvelles technologies de l’énergie, composante majeure du développement durable et répond à un enjeu majeur : améliorer le rendement des panneaux solaires. En novembre 2009, un accord a été établi entre le CEA Grenoble, le gouvernement français et le constructeur automobile Renault portant sur la création d’une coentreprise ayant pour objectif le développement et la production des batteries pour véhicules électriques en France d'ici la mi-2012. En 2012, la filiale d'un leader mondial, Atos Worldgrid, s'installe sur le site Bouchayer-Viallet avec et en 2015, GreEn-ER, le pôle mondial de l'énergie ouvre ses portes sur la Presqu'île. La filière des véhicules électriques fonctionnant avec de l'hydrogène est également très importante sur Grenoble avec la présence d'entreprises spécialisées comme Symbio ou encore le site de recherche d'Air liquide à Sassenage visité par François Hollande en 2015 et par la présidente de Corée du Sud, Park Geun-hye en 2016. En 2015, ce pôle représente dont dans les entreprises et dans la recherche publique. Recherche. Grenoble peut être considéré comme une ville qui compte dans le domaine de la recherche en raison de son taux de 14 % d'emplois métropolitains supérieurs, soit . La ville se situe ainsi dans les premiers rangs des grandes aires urbaines de province. Ces emplois sont principalement spécialisés dans la conception-recherche (45 % du total). Par ailleurs, avec ( dans la recherche publique, dans la recherche privée) auxquels s'ajoutent , la métropole s'affirme comme le deuxième pôle de recherche en France après Paris et un pôle de recherche scientifique majeur en Europe, ce qui lui vaut parfois le surnom de « Silicon Valley » française. Cette expertise lui vaut d'accueillir en avril 2019 l'un des quatre Instituts interdisciplinaires français en intelligence artificielle et un rapport parlementaire en janvier 2020 suggère qu'elle accueille l'un des trois instituts français en informatique quantique. Un autre secteur phare pour la recherche française se déroule dans la ville avec la mise en place en 2018 d'un consortium de trois laboratoires, "Quantum Silicon Grenoble", visant à mettre au point pour 2024 un calculateur quantique de 100 qubits. Afin de renforcer la position de Grenoble dans ce domaine, les pouvoirs publics locaux lancent en 2007 le projet GIANT ("Grenoble Innovation for Advanced New Technologies") avec pour ambition de doter la ville d’un campus d'innovation (Giant) de rang mondial. Le projet s’appuie sur les trois centres d'excellence précédemment présentés : Minatec pour les Technologies de l'information et de la communication, GreEn-ER (Grenoble Énergies - enseignement et recherche) pour les énergies du futur et les transports innovants, NanoBio pour les biotechnologies et la santé, afin de favoriser les synergies entre recherche, plates-formes technologiques, enseignement supérieur et industrie. Cet objectif suppose des aménagements urbains importants, prenant place dans le cadre du projet connexe Grenoble Presqu'île, partie prenante du programme EcoCités. En raison de ce nouveau type de projet urbain, universitaire et scientifique, Grenoble Presqu’île apparaît comme un des investissements public-privé les plus importants de France, avec d’investissements sur quinze ans, et se veut projet pilote en matière de développement urbain durable. Par ailleurs, Grenoble possède le Minatec IDEAs Laboratory, un laboratoire à idées qui étudie l'application des nanotechnologies dans la vie courante et future grâce à des partenariats formés avec de grands groupes industriels comme Renault ou TF1. La recherche scientifique à Grenoble est à l'origine de nombreuses conférences et colloques qui justifient l'existence d'un site Internet répertoriant les événements scientifiques s'y déroulant. Grenoble est également connu pour le fonctionnement de sa recherche académique en sciences politiques et sociales. L’unité mixte de recherche du CNRS, de Sciences-Po Grenoble et de l’université Grenoble-Alpes, Pacte (Laboratoire des sciences sociales) regroupe plusieurs laboratoires en sciences humaines et sociales et constituant une des plus grosses structures de recherche en France pour la science politique, la géographie, l’aménagement et l’urbanisme, la sociologie des organisations et de l’innovation scientifique. Elle compte et enseignants-chercheurs permanents, vingt-quatre ingénieurs, techniciens et administratifs, et . Culture locale et patrimoine. Lieux et monuments. Grenoble compte répertoriés à l'inventaire des monuments historiques, répertoriés à l'inventaire général du patrimoine culturel et un monument labellisé Patrimoine en Isère. La ville est labellisée ville d'art et d'histoire depuis le 27 juillet 2017. Patrimoine civil. Grenoble demeura une ville proche d'une frontière et fortifiée par des murailles jusqu’au dernier quart du , ce qui explique la relative petite taille de son centre historique. Il n’en demeure pas moins attrayant et riche de nombreux ouvrages témoins de l’histoire de la cité. La vieille ville. Parmi les lieux d’intérêt peut être tout d'abord mentionnée la place Grenette. En plein cœur du centre historique et commerçant, les foires aux grains de Grenoble s'y tenaient jadis (d'où son nom). Elle est aujourd’hui bordée de restaurants et de brasseries. D'ici, la Grande Rue qui abrite de nombreuses maisons natales de personnalités politiques et artistiques (Casimir Périer, Jean-Joseph Mounier, Henri Fantin-Latour) et qui fut également l’antique voie romaine, conduit à la place Saint-André, où se trouvent la statue du chevalier Bayard, ainsi que le Palais du parlement du Dauphiné, dont la partie la plus ancienne remonte au . Sa façade confronte plusieurs styles et matériaux, témoins de ses différentes périodes de construction. Un peu plus loin se trouve la place aux Herbes avec son marché. Jadis dénommée place du Mal-Conseil, elle était traditionnellement au Moyen Âge la place du pouvoir populaire à Grenoble, où se réunissaient les Grenoblois pour discuter des affaires de la cité. C'est ici qu'eurent lieu également les exécutions publiques. Plus à l'ouest se trouvent le Jardin de ville (dont une partie serait due à Le Nôtre), la tour du Trésor () et l'ancien hôtel de Lesdiguières, construit en 1602 par l'architecte Pierre La Cuisse (naguère hôtel de ville et actuellement Maison de l'international). Le Jardin de ville contient également la gare inférieure du téléphérique de la ville. La vieille ville de Grenoble regorge par ailleurs d’hôtels particuliers qui rappellent son passé de cité parlementaire. Peut notamment être cité ici l'hôtel de Pierre Bucher (procureur général du roi et doyen de l'université de Grenoble), rue Brocherie, qui comporte deux parties. La plus ancienne, édifiée en 1560 sur trois niveaux aux baies géminées rehaussées de médaillons, témoigne du profond changement de l'architecture de cette époque qui passe du gothique à la Renaissance. La partie sur rue, avec sa belle porte cochère et sa façade avec entresol est représentative du . Également, l’hôtel d'Ornacieux, dit maison de Vaucanson, rue Chenoise, construit après 1620, possède un intérêt historique certain. Un portail en pierres bicolores permet l'accès à la cour et à son escalier d'honneur, l'un des plus beaux de la région Rhône-Alpes. Dans cet hôtel vécut Jacques de Vaucanson, célèbre mécanicien et inventeur d'automates. L'hôtel de François Marc (conseiller au Parlement de Grenoble), rue Barnave, datant de 1490, possède quant à lui un portail en arc brisé rehaussé d'un écu sculpté d'un lion (symbole de l'évangéliste Marc), porche voûté d'ogive et anciennes fenêtres gothiques sur cour carrée. Au 10 rue Chenoise se trouve un hôtel du de style gothique tardif avec une façade et une cour intérieure bien restaurée ; au 16 rue Jean-Jacques Rousseau enfin, l’hôtel Coupier de Maillé datant du présente une porte monumentale en bois. Par ailleurs, l'appartement du docteur Gagnon (grand-père de Stendhal), Grande Rue, est ouvert depuis le 15 septembre 2012 en tant que nouveau musée Stendhal. Comme autres monuments remarquables, il convient de citer la tour de l'Isle, datant du (premier hôtel de ville de Grenoble, aujourd’hui annexe du musée de Grenoble abritant la collection des dessins), ainsi que le lycée Stendhal édifié au (ancien collège des Jésuites, rue Raoul Blanchard). En 1673, le père Bonfa y peint une "horloge solaire", aidé de ses élèves. C'est une fresque couvrant de murs et de plafonds dans l'escalier principal. Ce cadran solaire à réflexion fonctionne encore parfaitement : à l'aide d'un miroir placé sur la fenêtre, le soleil se reflète et donne une tache lumineuse qui, passant sur les lignes du plafond et des murs, indique l'heure solaire, le mois et le signe du zodiaque. Elle permet d'autre part de connaître l’heure dans toutes les écoles jésuites du monde. Ses dimensions et son intérêt astronomique en font une œuvre unique au monde. De l'autre côté de l'Isère, sur la rive droite, se trouvent au sein du quartier Saint-Laurent (quartier « italien » de Grenoble avec entre autres ses nombreuses pizzerias) la porte Saint-Laurent (reconstruite en 1615 sur l'ordre de Lesdiguières) et la porte de France. La passerelle Saint-Laurent, suspendue au-dessus de l'Isère, date de 1837 et se trouve approximativement à l'emplacement où les Romains ont construit le premier pont sur l'Isère en 43 avant notre ère. Au 97 rue Saint-Laurent, l'ancien hôtel des monnaies constitue un bel immeuble du début du . Les Dauphins y frappaient des pièces d'or et d'argent de même valeur que les monnaies du Royaume, mais à leurs armes. Le bâtiment a conservé son couloir renaissance aux voûtes nervurées. Dans la cour, un portail surmonté d'un fronton triangulaire encadré de deux colonnes donne accès à un escalier à vis. Chaque étage possède en outre des coursives à l'italienne. Plus au sud se trouve la ferme de Vaulnaveys (ou tour Prémol), au Village Olympique, datant du . Époque industrielle. Grenoble connut une importante extension, à l’ouest et au sud au-delà de ses remparts, durant le , à la suite du développement économique de la ville. Le centre-ville augmenta considérablement et ce fut l'occasion de moderniser et de construire des quartiers dans les styles architecturaux de l’époque destinés à accueillir les services administratifs et la nouvelle bourgeoisie industrielle grenobloise. Cette extension s’est faite au sud autour de la place de Verdun, ancienne place d'Armes et centre du pouvoir administratif de la ville. Elle est entourée d'édifices remarquables en pierre calcaire, représentatifs de l'époque du Second Empire, tels la préfecture de l'Isère, l'ancien musée-bibliothèque, l'hôtel des Troupes de montagne, l’ancienne université, ainsi que des rues et immeubles du . L’extension du centre-ville à l’ouest s’est faite un peu plus tard autour de la place Victor Hugo (où se trouve une statue d'Hector Berlioz), avec le percement des grandes artères urbaines que sont le boulevard Édouard Rey ou encore l’avenue Alsace-Lorraine. De multiples édifices dans le style haussmannien peuvent y être admirés, la plupart étant réalisés en béton (appelé à l'époque « ciment moulé » et dont Grenoble était le berceau). Parmi les plus remarquables se trouvent l’immeuble « aux éléphants » rue Félix Poulat, l’immeuble « au griffon » à l’angle de la rue Molière et du boulevard Édouard-Rey ou encore la « Coupole dauphinoise » avenue Alsace-Lorraine. C’est également à cette période que les Halles, place Sainte-Claire, furent construites dans le style des anciennes halles de Paris. Le quartier Bouchayer-Viallet est quant à lui un témoignage du passé industriel de la cité avec la petite Halle, récemment réhabilitée à la suite du réaménagement du quartier, l'ancienne usine Cémoi, ou encore le Centre national d'art contemporain : halle construite par les ateliers Eiffel pour l'exposition universelle de Paris de 1900, elle fut achetée par les industriels grenoblois Bouchayer et Viallet, démontée et transportée à Grenoble. Elle se distingue par sa structure métallique rivetée, caractéristique des ateliers Eiffel, et la grande verrière. Ouvrages du. Le patrimoine grenoblois a également été étoffé de nombreux monuments datant du , l'un des plus emblématiques étant le téléphérique de Grenoble. Le parc Paul-Mistral, créé avec l’exposition internationale de 1925, conserve pour sa part en son sein la tour Perret, vestige de cet événement symbole du développement industriel grenoblois. Le parc concentre également de nombreux ouvrages datant du bouleversement des Jeux olympiques. Le garage hélicoïdal, dans le centre-ville historique est également à noter, chef-d'œuvre de l'art déco en ciment armé. L’hôtel de ville, inauguré fin 1967, abrite un grand nombre d'œuvres d'art commandées à des artistes réputés (comme une mosaïque de tesselles de marbre réalisée par Charles Gianferrari ou encore une tapisserie de Raoul Ubac, tissée par les ateliers des Gobelins). En arrivant par les Grands Boulevards, l'entrée du parc est quant à elle marquée par la présence de la vasque olympique, véritable vestige du passé olympique de la métropole alpine. Elle fut rallumée à l'occasion du passage des flammes olympiques des Jeux olympiques d'hiver de 1992 et 2006, ainsi que pour la célébration des des JO en février 2008. Il convient également de noter le Palais des sports, d'une remarquable complexité technique, en particulier de par sa structure constituée de deux voûtes cylindriques en béton armé se chevauchant à angle droit, autoportantes et complètement indépendantes des façades de l'édifice. L'aménagement du village olympique et du quartier de la Villeneuve ont également fortement marqué le visage urbain de l'agglomération. Grenoble possède également d’autres ouvrages remarquables datant des « Trente Glorieuses » comme, entre autres, les grands boulevards et leur architecture, couvrant des évolutions allant des années 1930 jusqu’aux années 1960, les imposantes Trois Tours de l'Île-verte (devenues à leur achèvement les plus hautes tours d'habitation d'Europe), l’immeuble en « S » ainsi que la Maison de la Culture, inaugurée par André Malraux. D’autre part, de nombreuses œuvres d’art contemporain couvrent actuellement la ville, que ce soit au niveau de la gare (Calder), dans le parc Paul-Mistral ou dans le parc Albert Michallon. Enfin, les constructions plus récentes comme le musée de peinture et le stade des Alpes sont incontestablement des ouvrages importants dans le patrimoine architectural de la ville. Patrimoine religieux. La ville possède un important patrimoine religieux, lié à la présence ancienne de nombreux couvents et témoignage de l’influence considérable qu’eurent les évêques de la ville, car, chefs spirituels du diocèse, ils furent pendant plusieurs siècles également détenteurs du pouvoir temporel en rivalité avec les Dauphins. La disposition spatiale permet de rendre compte de ces deux zones de pouvoirs : d'un côté de la cité le groupe épiscopal autour de la cathédrale Notre-Dame et de son parvis, symbole du pouvoir des évêques ; de l'autre le quartier delphinal avec la collégiale Saint-André et le palais du Parlement, symbole du pouvoir des Dauphins. « Deux places, deux juridictions, deux clochers qui se toisent avec instance ». Groupe évêché cathédral, place Notre-Dame. Constitué par la cathédrale Notre-Dame et l'église Saint-Hugues (qui forme avec elle une église double), ainsi que par l'ancien palais épiscopal et les vestiges du baptistère, le groupe cathédrale est un ensemble complexe, dont les parties de bâtiment les plus anciennes remontent aux . La cathédrale présente dans le chœur un des plus imposants ciboriums de France (de style gothique flamboyant du , atteignant quinze mètres de hauteur). La tour de Clérieux, datant du , est visible depuis la place Notre-Dame. L'ancien palais épiscopal, musée de l'Ancien Évêché depuis septembre 1998, possède un beau portail d'entrée, un escalier monumental à rampe en fer forgé. Le bâtiment actuel date du , mais des éléments antérieurs (Moyen Âge) ont été préservés dans les étages et, surtout, sont visibles au sous-sol depuis 1999 les vestiges de l'enceinte gallo-romaine du , ainsi que du baptistère des premiers temps chrétiens, utilisé entre les (redécouverts en 1989, au moment de la construction de la ligne B du tramway). Collégiale Saint-André, place Saint-André. Datant du début du , la Collégiale Saint-André est un des premiers bâtiments gothiques de la ville et abrite depuis 1822 le mausolée élevé au chevalier Bayard, mort en 1524. C'est le dauphin Guigues-André qui, à partir de 1228, en lança la construction au cœur du quartier delphinal, lieu de pouvoir des dauphins au Moyen Âge, pour installer le chapitre de chanoines qu'il avait fondé deux ans plus tôt, et ainsi affirmer son pouvoir face à celui de l'évêque. Avec ses , le clocher de Saint-André est resté l'édifice le plus élevé de la ville depuis son édification jusqu'à la deuxième moitié du . Autres édifices religieux. Parmi les autres édifices de la commune, citons l'église Saint-Louis, rue Félix-Poulat. Construite de 1689 à 1699, à l'instigation d'Étienne Le Camus, sur un terrain situé près des remparts et des casernes et donné le par Louis, qui accorda aussi trois subventions successives de , sur des plans de Claude Mollard. D'autres édifices furent réalisés à la suite des extensions successives de la cité à partir du . Le quartier Chorier-Berriat est dominé par la silhouette de l'église Saint-Bruno, place Saint-Bruno. Consacrée à Bruno le Chartreux, fondateur du premier monastère de la Grande Chartreuse, elle est ouverte au culte en 1879. Ce fut la première église construite à l'ouest de la ville dans les nouveaux quartiers populaires et ouvriers et, avec ses , devint le plus haut bâtiment de la ville. Près de la gare de Grenoble se trouve la basilique du Sacré Cœur, place Doyen Gosse. Construite entre 1917 et 1924, cette basilique est un "ex-voto" de la ville. Son clocher demeure inachevé. Elle abrite un Christ en pierre réalisé par le sculpteur Émile Gilioli en 1942, ainsi que 25 tableaux de l'artiste Marie Adomi Israël. L'année 1924 marque également la consécration de la basilique Saint-Joseph située place de Metz, dans le centre-ville et qui remplace l'église Saint-Joseph. Plus récemment a été édifiée de 1963 à 1965 l'église Saint-Jean, boulevard Joseph Vallier. Cette église est certainement, par son originale forme circulaire juchée sur pilotis, l'édifice religieux récent de Grenoble le plus marquant. La toiture est surmontée d'un important lanternon comportant neuf baies avec une croix au-dessus, culminant à de hauteur. Deux ans plus tard, l'église Saint-Luc fut inaugurée au sein de l'Île Verte. Détail insolite, elle fait partie d'un complexe architectural comprenant l'église en bas et un immeuble d'habitation en haut. Édifices reconvertis. De nombreux autres édifices religieux grenoblois ont par ailleurs vu leur usage varier au gré des époques. Aujourd'hui, nombre d'entre eux sont devenus des lieux importants de la vie culturelle locale. L'ancienne église Saint-Laurent est par exemple devenue le musée archéologique Grenoble Saint-Laurent. Il s'agit d'un site archéologique complexe du dans le quartier Saint-Laurent. La « crypte » Saint-Oyand (début du ) est l'un des très précieux et rares monuments du haut Moyen Âge en France encore debout. L'ancien monastère des Visitandines de Sainte-Marie-d'en-Haut, fondé en 1618, est devenu quant à lui après une histoire pleine de vicissitudes le musée dauphinois. À l'intérieur, la chapelle de la Visitation, véritable joyau de l'art baroque français, a reçu en 1662 un grand retable en bois doré, don de François de Bonne de Créqui, et en 1666 un superbe décor de fresques en trompe-l'œil dû au peintre Toussaint Largeot, pour célébrer la canonisation de François de Sales. Destin similaire pour l'ancienne chapelle de Sainte-Marie-d'en-Bas, rue Très Cloîtres, transformée en théâtre. Construite en 1652, la façade possède un beau portail encadré de colonnes jumelées portant un entablement et des pots à feu, rehaussés d'un motif de nuées rayonnantes. L'ancienne Chapelle des Pénitents blancs, devenu chapelle de l'adoration, située, rue Voltaire, sert de lieu de culte à la paroisse orthodoxe russe de Grenoble. Fondé en 1646, l'ancien couvent des Minimes, rue du Vieux Temple, a eu une histoire mouvementée. Aujourd'hui les bâtiments abritent le foyer de l'étudiante, et l'ancienne chapelle est transformée en salle de concert (salle Olivier Messiaen) pour l'orchestre Les Musiciens du Louvre–Grenoble et diverses actions culturelles. Enfin, l'ancien monastère des Bernardines de Sainte-Cécile, rue Servan, eut lui aussi à subir une histoire mouvementée : fondé en 1624, réquisitionné par les armées révolutionnaires en 1791 et convertie en magasin pour le matériel des troupes, il devint un cinéma durant les années 1920 avant d'abriter un dancing baptisé « l'Enfer », puis le théâtre le Rio de 1974 à 1999. Il abrite depuis 2009 le siège des éditions Glénat, dont l'installation permit la réhabilitation entière du couvent pour lui rendre sa splendeur d'origine. Désormais, la chapelle, la cour-parvis et la bibliothèque de plus de sont de nouveau ouvertes aux visiteurs. En outre, une statue à l'effigie de Titeuf surplombe désormais le porche de l'ancien couvent. Patrimoine funéraire. Remplaçant les cimetières paroissiaux des siècles précédents, le premier cimetière municipal est créé en 1810 sous Napoléon, et prend le nom de cimetière Saint-Roch. Il remplace un cimetière utilisé durant seulement dix ans le long du Drac, abandonné à cause de son éloignement de la ville fortifiée et surtout d'un terrain alluvionnaire rempli de gravier, peu propice à l'enterrement des corps. Le cimetière Saint-Roch contient classées remarquables, tant sur le plan architectural qu'historique. En 1941, un second cimetière municipal de sept hectares, dit du « Grand Sablon », est ouvert à la périphérie de la ville, sur la commune de La Tronche. Enfin, devant la saturation de ce dernier, est ouvert en 1995 un troisième cimetière, intercommunal, de huit hectares ; il est situé sur la commune de Poisat. Patrimoine militaire. La cité a été une importante place de garnison, à la frontière du royaume de France. Le patrimoine militaire demeure toujours visible de nos jours en divers endroits de la ville. L’édifice le plus symbolique de cet héritage est sans conteste le fort de la Bastille, qui domine toujours la ville de son imposante silhouette. Il est entre autres composé d'une échauguette construite au ainsi qu’un donjon encadré de deux branches fortifiées et doté, côté montagne, d'un cavalier casematé, d'un fossé et d'un glacis. Ses remparts, ses casemates et ses escaliers s’étendent par ailleurs sur près de trois cents mètres de dénivelé jusqu’aux faubourgs de la vieille ville. En contrebas se trouve en outre la citadelle Rabot, lieu de vie des soldats, ainsi que le jardin des Dauphins. La forteresse sommitale est également accessible par le téléphérique de Grenoble. Enfin, de part et d’autre du site se trouvent les portes de France et Saint-Laurent. L'esplanade Alain Le Ray, cour d'honneur de l’ancienne caserne militaire de Bonne inaugurée en 1883, et ses bâtiments, rénovés lors de l’aménagement du quartier, s’affirment également de nos jours comme des témoins remarquables du passé militaire de Grenoble. À cela s’ajoutent également la caserne de l’Alma, rue Cornélie Gémond, les édifices d’entrée de la cité administrative Dode (où se trouve par ailleurs l'ancienne poudrière construite par Vauban, rue du commandant Lherminier, et datant de la fin du ), sans oublier l’ancien hôtel de la Division, actuel hôtel des troupes de montagne, place de Verdun. Enfin, la métropole alpine conserve en son sein de nombreuses portions de remparts datant de tous les âges. Les plus anciens, rue Lafayette et au musée de l’Ancien-Evêché, remontent au et constituent les vestiges de l’enceinte romaine. Près du musée de Grenoble demeurent deux sections de murailles de la citadelle de Lesdiguières édifiée au début du ainsi que la tour de l'Isle, achevée en 1418, seul vestige marquant des fortifications médiévales de Grenoble. Pour finir, plusieurs vestiges des remparts du général Haxo édifiés au demeurent : le long du parc Michallon, où plusieurs sections du mur d'enceinte sont préservées, mais surtout près du parc Paul-Mistral, où un bastion entier est conservé, et ceci jusqu'à l'ancienne porte Très-Cloître, dont la partie nord-est toujours existante, du côté de la rue Malakoff. Espaces verts. En mars 2017, la commune confirme le niveau « trois fleurs » au concours des villes et villages fleuris pour la sixième année consécutive. La ville compte plus d'une cinquantaine de parcs de taille très diverse, du petit square au grand parc urbain, d'une dizaine d'hectares ou plus. D'autre part, Grenoble compte environ quarante mille arbres, et la construction des lignes du tramway a permis la création de nouvelles « coulées vertes ». Le plus ancien d’entre eux est le Jardin de Ville. C'est l'ancien parc du château du duc de Lesdiguières, aménagé en 1622 en un jardin de fleurs et une partie boisée plantée de tilleuls et de platanes, racheté par la ville à ses héritiers en 1719. À proximité de la vieille ville se trouve également le Jardin des Dauphins, site inscrit. D'une superficie de deux hectares, il est situé sur les pentes sud de l'éperon du Rachais. Aménagé en terrasses sur des terrains militaires en 1909, la situation très abritée du jardin des Dauphins en fait un site unique avec un microclimat favorable à une végétation méditerranéenne. Au fut aménagé par ailleurs le Jardin des Plantes sur . Il accompagne le Muséum d'histoire naturelle et abrite entre autres curiosités des arbres centenaires. L’extension de la ville au cours du a permis la constitution de parcs aux dimensions beaucoup plus importantes. Le plus connu d’entre eux est le parc Paul-Mistral, d’une superficie de vingt et un hectares. Il abrite de nombreux bâtiments, dont l'hôtel de ville et le palais des sports depuis 1968 et le Stade des Alpes, inauguré en 2008. De nombreuses sculptures ainsi que des monuments y sont exposés. La vasque olympique des jeux de 1968 y est installée. Plus au sud, après le démontage du stade olympique de Grenoble, la création du quartier de la Villeneuve au début des années 1970 s’est accompagnée de la réalisation du parc Jean-Verlhac, d’une superficie de quatorze hectares. La fin de siècle a vu la création de nouveaux parcs dans la ville. Cela commence à partir de 1988, avec la création sur du parc Albert-Michallon. Situé au nord-est du musée de Grenoble, il le prolonge par son jardin de sculptures. Dernièrement (2010) a été aménagé le Jardin des vallons, d’une superficie de . C'est un petit parc boisé et vallonné (d'où son nom), situé dans le nouvel éco quartier de Grenoble et contigu au centre commercial de la caserne de Bonne. Fontaines et bassins. De très nombreuses fontaines parsèment la ville, monumentales ou discrètes, anciennes ou récentes, rappelant que l'histoire de la ville est une lutte constante contre les inondations. Ponts et passerelles. Le franchissement de l'Isère et du Drac a de tout temps posé problème et s'est longtemps fait en bac à traille, les ponts étant rares. Leur construction, pour la plupart, n'est pas très ancienne et n'a pas toujours été facile. Pendant des siècles, la ville n'a eu qu'un pont sur l'Isère, le pont Saint-Laurent, endommagé ou emporté à chaque grande crue et reconstruit maintes fois. À péage et doté de piliers en pierre au , il est remplacé en 1838 par un pont suspendu à tablier de bois, encore à péage, rénové et renforcé en 1909. Un deuxième pont, en pierre, commencé par Lesdiguières en 1621, fut achevé en 1671 par François de Bonne de Créqui et baptisé "Pont Créqui" ou pont de la Graille. Reconstruit aussi en 1838, en pierres de Sassenage. Les autres ponts datent pour la plupart du , et pour une demi-douzaine de voies routières et autoroutières, du . Au début du , cependant, Grenoble ne compte pas moins de deux passerelles et dix-neuf ponts, le dernier ayant été achevé début 2011. Toute navigation sur l'Isère, même pour le trafic de péniches de bas tonnage, a été suspendue en 1957. La navigation se limite donc actuellement à de petites barques et aux kayaks lors de balades touristiques. Patrimoine insolite. En décembre 1999 Grenoble fut, à l'instar d'autres grandes villes de France et du globe, victime d'une invasion de « "Spaces Invaders" ». Cinquante quatre « "Invaders" » colonisèrent la ville, œuvre occulte de l'artiste Invader en partenariat avec l'École des Beaux-Arts, pour le plus grand bonheur de ceux qui se souviennent du jeu vidéo du même nom et des observateurs. En 2012, 51 d'entre eux subsisteraient encore. L'École des Beaux-Arts dispose de la carte de leurs emplacements. Patrimoine gastronomique. La commune se situe dans plusieurs zones d'appellations décernées par l'INAO : AOC-AOP Noix de Grenoble, bleu du Vercors-Sassenage, IGP Emmental français Est Central (Label rouge), IGP Isère blanc, rosé et rouge. La noix de Grenoble. Le patrimoine gastronomique de Grenoble est symbolisé par ses célèbres noix (premier fruit AOC) avec lesquelles est réalisé le gâteau aux noix de Grenoble. Le gâteau originel que l’on peut encore trouver dans quelques pâtisseries de Grenoble et de la région de Vinay est une sorte de tourte fourrée de miel, de caramel et de crème aux noix. L’aire géographique de l’AOC noix de Grenoble couvre 259 communes sur trois départements l'Isère, la Drôme et la Savoie principalement le long de la vallée de l’Isère. Les zones de plantations les plus denses se trouvent dans la basse vallée du Grésivaudan en aval de Grenoble, entre le Voironnais et le Royans), au pied du massif du Vercors, cependant la ville qui a donné son nom à cette appellation ne possède aucun champ de noyers sur son territoire en raison de son urbanisation trop dense. Le bleu de Vercors-Sassenage. La commune voisine de Sassenage est pour sa part célèbre pour son fromage. Ce fromage bénéficie d'une AOC depuis le 30 juillet 1998, et une association, la confrérie du Bleu, organise la promotion de ce produit culinaire au-delà de la région elle-même. L'écrevisse. L'écrevisse est par ailleurs une spécialité de la région et est présente dans de nombreux plats régionaux : poulet aux écrevisses, pigeon aux écrevisses, gratin de queues d’écrevisses, quiche aux écrevisses. D'autres spécialités incluent la soupe de l'ubac et la fricassée de caïon. Le gratin dauphinois. Le gratin dauphinois a été officiellement mentionné pour la première fois en 1788, à l'occasion d'un dîner offert aux officiers municipaux de la ville de Gap. Le plat est apprécié dans l'ensemble du Dauphiné et a fini par être célèbre dans toute la France. Ce plat peut être préparé selon des variantes locales — à l'instar de celle du Vercors, massif montagneux très proche de Grenoble. La ville de Grenoble détient depuis le le record du plus grand gratin dauphinois jamais cuisiné, couvrant . Produits alimentaires locaux. La ville fut également le lieu de création des usines de sirop Teisseire en 1720, de la fabrique de pâtes Lustucru en 1824, de la biscuiterie Brun en 1883, ou encore de la chocolaterie Cémoi en 1920. Autres spécialités régionales. La région voironnaise, connue pour ses chocolats et son plum-cake, a également apposé son nom sur une recette de bette : les bettes « à la voironnaise ». La région est d'autre part le lieu de production de trois célèbres liqueurs : la chartreuse, l'antésite et le génépi. La batavia "rouge grenobloise" (appelée également "gloire du Dauphiné") est une variété de salade produite dans la région. Restaurants et AOC. Grenoble possède un restaurant étoilé du Guide Michelin : le "Fantin Latour". Par ailleurs, le restaurant "Grand Hôtel" d'Uriage-les-Bains à proximité de la ville est récompensé par deux étoiles. Langues et traditions locales. Historique de la langue locale. Le territoire de l'agglomération grenobloise se situe dans la partie centrale du Haut Dauphiné, dénommé Grésivaudan, terme lui-même issu du nom de la ville, et donc dans la zone méridionale des patois dauphinois, lesquels appartiennent au domaine des langues dites francoprovençales ou arpitanes, au même titre que les patois savoyards, vaudois, Valdôtains, bressans et foréziens. Le poème dénommé « "Grenoblo malhérou" », énoncé par un marchand dénommé Blanc La Goutte, après une inondation catastrophique qui dévasta Grenoble en septembre 1733, a été élaboré en patois grenoblois. Cette publication prouve que cet idiome appartient bien à la famille du franco-provençal. Un second poème, connu sous le titre de : « "Dialoguo de le quatro comare" », accompagnera en général toujours le « "Grenoblo malhérou" ». Le texte de Blanc La Goutte, publié dès l'année 1733, consultable sur le site Gallica, commence ainsi Quan ben ne vou chaut ren, de le gen de ma forta,<br> je voudrin bien povey fare uvri voutra porta<br> intra chieu vous, monßieu, vou leva mon chapet,<br> vou rendre mou devey, vou zuffry mou reßpect,<br> mais d'avey ce l'honnou, l'eßpéranci s'envole,<br> Je ßèu tout rebuti, la goutta me déßole,<br> Je ne poey plu marchiez décendre, ni monta,<br>A pompon lorion, je me foey' charroìita,<br>A pena din le man ; poey-je teili mon Livro,<br> Je n'ay plu queflou zieux, & quátro deigt de libro,<br> Je feu ßàns apetit, je ne poey ren dormi,<br> Enfin jamey gouttou, ne ßouffrit tant que mi,<br> Maugra tant de chagrin, quan je ßèu las de lire,<br> Quoque ßey per hazard, jé me meilo décrire. Historiquement, l'idée du terme "francoprovençal", attribué à cette langue régionale parlée dans le quart centre-est de la France, différent du français, dit langue d'oil et de l'occitan, dit langue d'oc, est l'œuvre du linguiste et patriote italien Graziadio Isaia Ascoli en 1873 qui en a identifié les caractéristiques. Contes locaux et légendes régionales. Il existe encore quelques ouvrages qui relatent les contes et les légendes du Dauphiné et du Grésivaudan, y compris pour les montagnes et les vallées environnantes. Le plus connu de ceux-ci est un ouvrage notable, fruit d'une recherche importante, a été écrit par Charles Joisten (1936-1981), ancien conservateur du Musée dauphinois du conseil général de l'Isère situé sur les pentes de la Bastille à Grenoble, et qui relate, parmi les autres légendes, le bestiaire fantastique et les légendes de l'ensemble des pays dauphinois. Patrimoine culturel. Théâtres et salles de spectacle. Dès le , un grand nombre de « mystères » étaient joués sur la place Saint-André et, pour de grandes occasions, des « histoires » étaient représentées dans certaines salles aménagées en salles de spectacles. En 1658, Molière et sa troupe jouèrent dans la salle qui n'était pas encore considérée comme une salle de théâtre, mais comme la salle du jeu de paume du duc de Lesdiguières. L'endroit devint un vrai théâtre l'année suivante en septembre 1768. L'édifice jouxte une autre salle de spectacle, la cinémathèque de Grenoble. En 1952, la Ville se donna les moyens de doter l'établissement d'un équipement moderne capable d'offrir le confort et d'assurer la sécurité des spectateurs. L'intérieur fut totalement réaménagé. Les efforts furent concentrés surtout sur l'acoustique et la manutention. La façade fut démolie et mise au goût du jour, l'entrée décorée de fresques polychromes cloisonnées en trompe-l'œil par l'artiste Georges Gimel représentant les artistes et comédiens des années 1920. Le bâtiment fut ravalé et rajeuni dans les années 2000 et la décoration du mur de scène aveugle fit l'objet d'un concours ; il fut orné de fenêtres en trompe-l'œil, assorties à celles de façades voisines. La salle fut entièrement refaite pour l’ouverture de la saison 2007/2008 avec fauteuils. Le théâtre municipal propose une soixantaine de représentations par saison. La scène théâtrale grenobloise est également présente au sein de la maison de la culture de Grenoble. En tant que scène nationale, elle comprend un studio de répétition pour le théâtre ainsi que le réputé Centre dramatique national des Alpes (CDNA) dirigé par Jacques Osinski (fermé au janvier 2014). Il propose de grandes œuvres du répertoire ainsi que des textes contemporains, tour à tour joués à Grenoble, puis repris en tournée dans toute la France. Trois spectacles ponctuent chaque saison, dont un d'un metteur en scène invité et de fréquentes lectures de textes contemporains. Grenoble abrite d'autres structures comme le café-théâtre La Basse-cour axé sur les spectacles d'humour ou le Théâtre 145 géré par le collectif le Tricycle et associé au Théâtre de Poche. La programmation de ces deux théâtres est axée sur la jeune création et la transversalité des formes artistiques. Un travail artistique est mené avec les habitants du quartier Berriat (ateliers d'écriture, concours de nouvelles, école des spectateurs…). Le festival Regards croisés y est organisé. Il jouit d’une capacité d’accueil s’élevant à . Par ailleurs, l'Espace 600, situé à la Villeneuve, est particulièrement spécialisé dans le jeune public. La présence de l’établissement « Le 102 » peut également être mentionnée. Il s’agit d’un lieu autogéré et sans subvention, occupant depuis 1983 des locaux en convention avec la ville de Grenoble. Le 102 est connu pour ses concerts de musique improvisés ainsi que ses séances de cinéma expérimental et documentaire. Musique et danse. La principale institution grenobloise dans ce domaine est la maison de la culture. Construite par André Wogenscky à l'occasion des Jeux olympiques, elle rouvre ses portes après d'importants travaux de réhabilitation et d'agrandissement en 2004. Nommée auparavant Le Cargo, elle change alors de nom pour celui de MC2 (pour « Maison de la Culture 2 »). Ses capacités d’accueil sont nombreuses et diversifiées puisqu’elle inclut une grande salle de , un auditorium de , une petite salle de , une salle de création de ainsi que deux studios de danse et un studio d'enregistrement. Sa fréquentation dépasse depuis sa rénovation la barre des par an. Deux prestigieux centres de création lui sont associés, à savoir le Centre chorégraphique national de danse contemporaine dirigé par Jean-Claude Gallotta et les Musiciens du Louvre-Grenoble dirigés par Marc Minkowski. L'ancienne chapelle du couvent des Minimes de Grenoble fut par ailleurs transformée en salle de musique Olivier Messiaen où se produisent également Les Musiciens du Louvre. Elle peut accueillir quarante-deux musiciens en plateau devant . Parallèlement à l'activité des musiciens du Louvre, la salle Morillot dans l'aile Vieux Temple de l'ancien couvent est mise à disposition des MJC et écoles qui organisent ainsi des manifestations très diverses. Depuis 1991, les lieux accueillent également l’observatoire des politiques culturelles, ainsi que quelques associations. La ville compte aussi deux grandes structures : le palais des sports de Grenoble, pouvant accueillir jusqu’à , accueille régulièrement de nombreux artistes de la scène nationale et internationale comme Elton John, Bob Dylan, Snoop Dogg ou encore Mylène Farmer. D'autre part, le Summum est une salle de spectacle située près d'Alpexpo accueillant nombres d’artistes. Jaugée à assises, elle peut atteindre assises/debout (la « fosse » est alors débarrassée de ses sièges). Une salle de concert pour les musiques amplifiées, "La Belle Électrique" a par ailleurs été implantée dans le secteur Bouchayer-Viallet dans le cadre de son réaménagement urbain. D’une jauge de , elle complète sur l'agglomération le réseau de salles de diffusion et de lieux d'accompagnement des pratiques. Musées. Musées d'art. Le musée de Grenoble, fondé par Louis-Joseph Jay en 1798, est l'un des grands et plus riches musées de Beaux-Arts français, dont les collections couvrent les principales périodes de l'histoire de l'art, de l'Antiquité à nos jours. La section du est particulièrement riche puisque le musée est considéré comme le plus ancien musée d'art contemporain en France. Toutes les tendances et mouvements de la peinture sont présents avec des tableaux de peintres tels Georges Braque, Amedeo Modigliani, Marc Chagall ou encore Vassily Kandinsky. Matisse fit don de son "Intérieur aux aubergines", Pablo Picasso de sa "Femme lisant" en 1921 et Claude Monet du "Coin de l'étang à Giverny" en 1923. De grands noms du surréalisme sont aussi présents. Le musée de Grenoble est une référence pour l'art contemporain, avec notamment des œuvres de Pierre Soulages, Christian Boltanski ("Monument"), Andy Warhol, ou encore Rebecca Horn. Mais les autres collections sont également très importantes. Ainsi, la collection d’antiquités égyptiennes présentée est considérée comme la cinquième de France, avec en particulier de très beaux sarcophages ainsi qu'une momie du , la prophétesse d'Antinoé, présentée sous une vitre blindée. Par ailleurs, la plus belle collection de tableaux de Francisco de Zurbarán dans un musée français avec le musée du Louvre y est incluse. Enfin, l'école dauphinoise du occupe une place de choix dans le musée. Un jardin de sculptures est en outre installé sur le pourtour est/nord-ouest du musée, dans le parc Albert Michallon. Remarquablement paysagé, c'est dans ce parc que se trouve le plus vieil arbre de la ville, un Cèdre du Liban, planté en 1847. Le Centre national d'art contemporain (CNAC) dit Le Magasin est par ailleurs l'un des lieux emblématiques de la vie culturelle française. Il fait partie des grands travaux de 1981, et se voulait l'un des fers de lance d'une politique de décentralisation d'une forme d'expression artistique. Le nom de Magasin a été choisi par son directeur fondateur, Jacques Guillot, en hommage à l'exposition constructiviste russe de 1916 de même nom. Contrairement à un musée, le Magasin n'acquiert pas d'œuvres et ne constitue pas de collection. Il renouvelle ses expositions trimestriellement et un bon nombre des œuvres présentées sont créées in situ. Le Centre d'art Bastille est également un autre lieu d'exposition consacré à l'art contemporain. Par ailleurs, en matière d'art, l'ancien couvent Sainte-Cécile abritant les éditions Glénat est parfois le lieu d'expositions de tableaux ou de gravures comme celles du peintre Rembrandt en 2017. Musées régionaux et historiques. La culture dauphinoise est quant à elle mise à l’honneur par le musée dauphinois des arts et traditions populaires créé en 1906. Musée ethnographique, archéologique, historique et de société bénéficiant du label « musée de France », il offre deux expositions de longues durées : « Gens de l'alpe » et « La Grande Histoire du ski » et deux nouvelles expositions temporaires proposées chaque saison. D’autres musées remontent aux origines et à l’histoire de la région grenobloise. Le plus prestigieux est sans conteste le musée archéologique Grenoble Saint-Laurent. Dans l’un des plus anciens quartiers de la ville, le quartier Saint-Laurent, la visite propose un voyage pour remonter le temps jusqu’aux origines du christianisme dans la région. Si sa renommée est acquise, grâce en particulier à son sanctuaire des premiers temps chrétiens () pourvu d'une crypte exceptionnelle, la réalisation de récents travaux a permis de mettre en valeur toute la richesse d'un site classé monument historique. À l'emplacement de l'ancien cloître, les vestiges mis au jour par les archéologues sont désormais protégés par une couverture de verre et de métal. Plus de ont été mises au jour et plus de ont été retrouvés dans les couches archéologiques et dans les tombes. Le musée de l'Ancien Évêché présente quant à lui sur cinq niveaux des objets et tableaux ayant trait à l'histoire de Grenoble et de l'Isère, de la préhistoire à nos jours. Le sous-sol offre aux visiteurs des vestiges archéologiques : les restes du premier rempart de la ville datant de la fin du ainsi qu'un baptistère utilisé entre le et le . Le musée Stendhal réinstallé depuis 2012 dans ses locaux de la Grande-Rue, présente l'appartement meublé de l'époque du grand écrivain. Le musée des troupes de montagne présente quant à lui sur l'histoire des soldats spécialisés dans le combat en montagne dont l'origine remonte à 1888. Armes, uniformes, matériels de transmission, cartes et témoignages retracent les moments forts de ces combattants surnommés les Diables bleus. De son côté, le musée de la Résistance et de la Déportation de l'Isère décrit la spécificité de la Résistance dans le département de l'Isère et particulièrement dans le massif du Vercors lors de la Seconde Guerre mondiale, avec une présentation chronologique des événements de cette guerre. Une nouvelle présentation par cartes murales animées permet de restituer l'univers concentrationnaire des déportés. Le musée a obtenu le label « musée de France ». Enfin, grâce à son rôle actif dans le déclenchement de la Révolution française et à l'action de l'industriel Claude Perier, Grenoble est proche de l'unique musée de la Révolution française situé à , sur la commune de Vizille. Musées scientifiques. D’autres musées grenoblois possèdent des collections à dimension scientifique. Le Muséum d'histoire naturelle de Grenoble tout d’abord, fondé en 1773, et qui présente au public un riche patrimoine naturel, notamment alpin. Ses collections sont fortes de plusieurs centaines de milliers d'objets dans les disciplines de la botanique, de la zoologie, de la géologie ou encore de l'ethnologie. Se trouve également au sein du muséum un jardin des Plantes achevé en 1855. Le musée grenoblois des sciences médicales créé en 1992 et rattaché à l'hôpital Michallon propose chaque année une exposition liée à la médecine. Par ailleurs, le musée ARhome (musée privée de l'innovation industrielle) retrace les temps forts de l'histoire sociale, économique et politique française, ainsi que l'histoire de l'entreprise A.Raymond. Enfin, le CCSTI de Grenoble - La Casemate, premier centre de culture scientifique, technique et industrielle de France, ouvert en 1979, vise à vulgariser la science, la technologie et la culture d'innovation. À cet effet, il organise une panoplie d'activités, telles que la conception et la mise en œuvre d'expositions interactives, d'ateliers scientifiques, de tables rondes et de débats destinés à une grande variété de publics, ainsi que des expositions itinérantes et des outils de proximité (le camion des sciences, par exemple). Il coordonne par ailleurs la Fête de la science dans la région. Il convient également de mentionner le musée-bibliothèque de Grenoble, édifice culturel du situé place de Verdun à Grenoble. Achevé en 1870, il accueillait jusqu'en 1970 la Bibliothèque municipale de Grenoble et jusqu'en 1992 les collections du musée de Grenoble. Il est actuellement utilisé comme lieu d'expositions temporaires (dont La Plateforme). Bibliothèques. La Bibliothèque municipale de Grenoble est une bibliothèque municipale classée rassemblant et animant un réseau de treize bibliothèques réparties sur la ville, ainsi que huit autres bibliothèques d'institutions culturelles locales. Héritière de la bibliothèque publique créée en 1772, elle s’installe en 1970 dans un bâtiment construit entre 1955 et 1959 par l'architecte Jean Benoit et labellisé patrimoine du en septembre 2004. Elle conserve en 2010 environ et documents sur une superficie de . Elle détient également des fonds concernant l'ancienne province du Dauphiné et de l'ancienne région Auvergne-Rhône-Alpes ou d'autres extrêmement prestigieux, tels que ceux du monastère de la Grande Chartreuse, Stendhal (ce fonds compte environ de manuscrits de l'écrivain), Berlioz, Champollion. Sur demande, elle donne par ailleurs accès au fonds ancien dauphinois, composé de , et au fonds ancien général comprenant et antérieurs à 1900 ainsi que . La mission de la bibliothèque municipale, par-delà la conservation du patrimoine, est de contribuer au développement de la lecture et de lutter contre l'illettrisme. La bibliothèque a ainsi établi un réseau maillé de recherche et de consultation avec vingt et une autres bibliothèques dans la ville, dont huit bibliothèques associées dépendant d'institutions culturelles locales comme le centre de ressources des écritures théâtrales contemporaines, la bibliothèque des éditions Glénat ou la bibliothèque Albert-Soboul du musée de la Révolution française de Vizille par exemple, élargissant ainsi sa réserve de lecture. Cinémas. L'agglomération de Grenoble compte quarante-cinq salles dans dix cinémas. Le centre de la ville est investi par les petits cinémas indépendants à vocation culturelle, notamment la Cinémathèque de Grenoble qui organise chaque année le Festival du Court Métrage, ou le cinéma d'art et d'essai Le Méliès, mais également Le Club (cinq salles, ). La Nef (sept salles, ) et Les 6 Rex (six salles, ), les deux anciens principaux cinémas de Grenoble avant la création de multiplexes, possèdent une offre plus généraliste. D’autres petites salles se sont également implantées dans plusieurs communes de l’agglomération : l’Espace Aragon à Villard-Bonnot, Mon Ciné à Saint-Martin-d'Hères et La Vence Scène à Saint-Egrève. Enfin, l’agglomération abrite également deux multiplexes : un multiplexe Pathé (douze salles, ) situé dans la commune périphérique d’Échirolles, et le multiplexe Pathé-Chavant (dix salles, ) situé dans le quartier de l'hyper-centre au cœur de Grenoble. Grenoble dans les arts. Dans la littérature. Monsieur Jean-Joseph Renou, alias le philosophe Jean-Jacques Rousseau qui voyage sous ce nom d'emprunt, va résider dans la ville dauphinoise entre les mois de juillet et de septembre 1768. Il en profite pour herboriser dans les environs. Un livre, intitulé "Trois mois de la vie de Jean-Jacques Rousseau", écrit par l'auteur grenoblois Auguste Decoin et publié en 1852 retrace ce cours passage de Rousseau en y ajoutant des lettres et des notes inédites de l'écrivain écrites durant cette période. L'écrivain français est né à Grenoble en 1783, au cœur de la vieille ville et au sein d'une vieille famille grenobloise les "Beyle" et reste l'auteur littéraire local le plus connu au niveau national et international. Dans son roman autobiographique "Vie de Henry Brulard", écrit en 1835, Stendhal n'est pas bien tendre avec sa ville natale : Tout ce qui est bas et plat dans le genre bourgeois me rappelle Grenoble, tout ce qui me rappelle Grenoble me fait horreur, non, horreur est trop noble, mal au cœur. Un peu plus loin dans le même ouvrage, on peut lire : Grenoble est pour moi comme le souvenir d'une abominable indigestion. Cependant, dans "Mémoires d'un touriste", écrit trois ans plus tard, le même auteur consacre une centaine de pages sur trois cents à sa vieille cité, et son ton est nettement plus positif, arguant que Grenoble possède et reconnaît sa . En 1864, la femme de lettres française, George Sand, signe la préface d'un ouvrage dénommé « Poésies en patois du Dauphiné : Grenoblo malhérou », écrit par François Blanc dit "Blanc dit la Goutte". La préface commence ainsi : Notre époque voit peu à peu disparaître de beaucoup de localités les derniers vestiges archéologiques. Le pittoresque n'a pas de plus grands ennemis que les ouvriers maçons. On assainit les villes, on fait circuler l’air et la lumière, la santé par conséquent, dans rues étroites et sombres du Moyen Âge, et on fait bien. La prospérité publique y gagne, mais l’art y perd. avant de poursuivre un peu plus loin dans son hommage au poète grenoblois : Ce bel Ouvrage s'adresse aux gens de goût de tous les pays, et quiconque sait le français peut comprendre le limpide et gracieux dialecte de Blanc la Goutte. Une telle publication est une gloire pour le Dauphiné, non seulement en ce qu'elle lui restitue son passé archéologique (tout en lui conservant les restes encore debout de ses vieilles richesses), mais en ce qu'elle ressuscite un de ses morts illustres [...] Dans la chanson. Il s'agit d'une complainte, originaire du Dauphiné, écrite et composée par un auteur anonyme remonte à la fin du . Cette chanson a été reprise par de nombreux d'interprètes, dont notamment le groupe folk français Malicorne en 1973. Il s'agit d'une chanson de Gribouille, nom d'artiste de l'interprète d'origine lyonnaise, décédée en 1968, Marie-France Gaite. Au cinéma. Grenoble et ses environs immédiats ont souvent servi de cadre pour le cinéma. Les montagnes environnantes (particulièrement le Vercors) ont été une source d'inspiration pour les décors cinématographiques. Personnalités liées à la commune. Grenoble est le lieu de naissance de nombreuses personnalités de l'histoire nationale, parmi lesquelles : La ville a par ailleurs accueilli de nombreuses figures historiques aux talents variés, comme : mais aussi le mathématicien et physicien Joseph Fourier, les ingénieurs Aristide Bergès et Louis Joseph Vicat, le physicien Louis Néel, prix Nobel de physique en , les fameux compositeurs Hector Berlioz, né en Isère, et Olivier Messiaen, ou encore l'abbé Pierre durant la Seconde Guerre mondiale. Au cours du , des personnalités venant du monde entier séjournèrent à Grenoble : Jacqueline Kennedy et Abdoulaye Wade effectuèrent une partie de leurs études à l’université de Grenoble, Igor Stravinsky s'installa quelques années à Voreppe et l’écrivain Kateb Yacine passa à Grenoble ses dernières années. La période contemporaine est caractérisée par la présence de musiciens et de gens du spectacle : le comique troupier Charles-Joseph Pasquier dit Bach (1882-1953) né au Fontanil-Cornillon, créateur de la célèbre chanson "Quand Madelon...", le chef d’orchestre Emmanuel Krivine, le compositeur et pianiste Karim Maurice, le chorégraphe Jean-Claude Gallotta, l’humoriste Roland Magdane, le vidéaste et rappeur Yvick Letexier alias Mister V, le chanteur-compositeur Michel Fugain ou encore le comédien Sami Bouajila. De nombreux artistes de la scène musicale française actuelle sont également issus de la région grenobloise tels les chanteurs Calogero, Anaïs Croze, Merwan Rim et Pep's ainsi que les groupes Sinsemilia et Gnawa Diffusion. La journaliste Mélissa Theuriau est née à Échirolles, ville de la proche banlieue grenobloise. Les sportifs Guilbaut Colas, Marion Josserand et Marion Haerty sont originaires du bassin grenoblois. Héraldique. Les armes de Grenoble sont d'or aux trois roses de gueules. L'origine de ce blason varie selon les historiens. Pour Auguste Bouchayer (1874-1943), un des pionniers de la houille blanche, les trois roses rouges seraient l’emblème des saints martyrs : saint Vincent, patron du diocèse de Grenoble ; saint André, patron des Dauphins ; saint Jean Baptiste, patron des citadins. Les trois roses seraient la représentation symbolique des trois autorités qui, au Moyen Âge, gouvernaient la cité : l'évêque, le dauphin, les consuls. En 1958, le Syndicat d'initiative de Grenoble a voulu y voir « le symbole de ses trois gloires : UNIVERSITÉ TOURISME INDUSTRIE ». Dans l’actuel logo, qui fait fi de la tradition héraldique, les trois roses sont disposées différemment.
Garonne La Garonne ( ; "" en occitan, catalan et espagnol) est un fleuve principalement français prenant sa source en Espagne et qui coule sur avant de se jeter dans l’océan Atlantique ; son estuaire commun avec la Dordogne est la Gironde. Elle a donné son nom aux départements français de la Haute-Garonne, de Lot-et-Garonne et de Tarn-et-Garonne. Hydronymie. Les formes anciennes de la Garonne sont bien connues : - en grec, "Garounas" (Strabon, v. 10 ap. J.-C.), "Garouna", "Garuna", "Garunas", "Garina" (Ptolémée, v. 150 ap. J.-C.), "Garunna", "Garounna" (Marcien d'Héraclée v. 470); - en latin, "Garumna" (Jules César. - 52 av. J.-C.), "Garunna" (Pline l'Ancien v.100 ap. J.-C.), "Garumna, Garunna, Garonna, Garona" (Pomponius Mela v.43 ap. J.-C.), "Garunda" (Sidoine Apollinaire v. 460), "Gyrunda, Gyriunda" 1242, "Garunna" 1480, "Gironda" 1557. Garonne et Gironde seraient des variantes dialectales. L'alternance "-nn-/-nd-" a été souvent constatée en gaulois, et c'est elle qui différencie le celtique "-onna" et le latin "unda" "eau". Le premier élément de Garonne pourrait provenir soit d'un radical pré-latin "*gar-" « pierre, rocher, montagne », variante de "*kar-" et de "*gal-", soit, plus vraisemblablement, d'un radical bilabial "*gw-ar-" qui expliquerait mieux les différentes variantes observées. En effet l'élément occlusif est soit conservé, comme Garonne, , Gard, soit perdu comme en celtique "ver, Var" "eau, rivière". Le second élément est aussi un suffixe hydronymique "-onna" ("onno" « fleuve », est cité comme gaulois dans le Glossaire d'Endlicher ). Selon la première hypothèse, Garonne signifierait « la rivière du roc, la rivière caillouteuse ». Selon la seconde, elle signifierait « la rivière de (Celle de) l'Eau », divinisation du cours d'eau bien connue chez les Celtes. Le nom pourrait peut-être aussi être issu de "garona" dans le "fabla aragonés" (ou patois aragonais,"fabla" étant la traduction de "patois"). En effet, l'une des sources de la Garonne se trouve dans la Comarque de la Ribagorce, qui appartient à la province de Huesca, et donc à l'Aragon (communauté autonome). En fabla aragonés donc, "garona" signifie plusieurs sens. - 1 : un site inondé, détrempé ou rempli d'eau ( "la cosina esta feta una garona"/la cuisine est inondé). - 2 : une rivière torrentielle . (ça pourrait expliquer l'origine du nom du fleuve) - 3 : ce dernier sens est plus imagé. Il sert à designer une personne au fort tempérament ou colérique . ( "la muller yera feta una garona"). La Garonne s'appelle en occitan "". Géographie. Le cours de la Garonne. La Garonne est partagée en plusieurs parties, d'amont en aval : Le point triple entre les trois lignes de partage des eaux de la Garonne, de la Loire et du Rhône se trouve en Lozère à un « sommet » du mont Planas (, altitude : ) sur la commune d'Allenc très proche de la limite avec celle de Belvezet, au nord-ouest du « Carrefour de la Pierre Plantée » avec un menhir à proximité. Les sources. Selon les auteurs, trois sources distinctes peuvent être reconnues pour la Garonne : Montagne et piémont. Le fleuve se dirige au nord, entre en France au "Pont du Roy" à Fos. La longueur de son parcours restant en France jusqu'à l'embouchure est de . Il reçoit ensuite la Pique descendue des massifs de Luchon. Il quitte les Pyrénées après avoir arrosé le site antique de Saint-Bertrand-de-Comminges, puis il reçoit la Neste à Montréjeau, change de direction pour se diriger vers le nord-est en une large vallée (plaine de Rivière), il arrose Saint-Gaudens, franchit les Petites Pyrénées entre Saint-Martory et Martres-Tolosane, reçoit le Salat descendu de Saint-Girons. La vallée de la Garonne. La vallée très large s'étage en terrasses alluviales étagées sur la rive gauche (basse et relativement plate, par rapport à la rive droite plus haute et plus escarpée), cette dissymétrie traduisant, lors des phases de remblaiement fluviatile, une migration progressive du cours du fleuve vers le nord et vers l'est. Le fleuve traverse Muret, reçoit l'Ariège à Portet-sur-Garonne pour atteindre Toulouse où il change de direction en se dirigeant au nord-ouest pour se jeter dans l'Atlantique à son embouchure en commun avec la Dordogne où les deux fleuves forment l'estuaire de la Gironde. Entre Toulouse et Bordeaux, le fleuve traverse Agen et reçoit ses principaux affluents sur la rive droite, le Tarn et le Lot issus du système hydrologique du Massif central. Le fleuve est navigable de l'océan à Langon. Un canal latéral a été construit au pour joindre Langon (Castets-en-Dorthe) à Toulouse (liaison avec le canal du Midi de Toulouse à Sète). La marée se fait sentir jusqu'à Casseuil, soit en amont de Langon. Des oscillations caractéristiques sont aussi observables à La Réole, plus amont (lorsque le débit est suffisamment faible). Des Pyrénées à Toulouse, le fleuve est aménagé pour l'industrie hydroélectrique. Plus récemment, deux centrales nucléaires sont implantées sur les rives : Principaux affluents. En descendant le cours du fleuve, on rencontre les affluents suivants, de plus de de long : "Diagramme comparatif des bassins versants des principaux affluents, supérieurs à :" L'Estuaire. À Bordeaux, le fleuve est très large et sous l'influence des marées. À marée montante se forme un mascaret qui remonte le fleuve. L'eau salée de l'océan remonte à Bordeaux en période d'étiage, quand le mascaret peut être observé jusqu'en amont de Cadillac en périodes de grandes marées. Hydrographie. Dans sa partie supérieure, à l'amont de Toulouse, son débit dépend de l'enneigement et de la fonte des neiges et, dans sa partie inférieure, elle a une alimentation pluviale due à ses principaux affluents. La Garonne alimente aussi plusieurs canaux : Le SANDRE attribue à la Garonne le numéro d'identité hydrographique 0---00000 et le code générique O---0000. Crues de la Garonne. À Toulouse, la Garonne a subi de nombreuses crues, notamment depuis que sa rive gauche est habitée. Il y aurait ainsi eu des crues vers 1177, en 1220, en 1258, en 1430, en 1523, en 1536 et en 1589, en 1608, en 1658, en 1673, en 1675, en 1709, en 1712, en 1727, en 1750, en 1772, 1788, 1804 et 1810, et en 1827 et en 1835, en 1855, en 1856. À Toulouse, en 1827, la Garonne à quatre mètres au-dessus du "niveau ordinaire" remplit les arches du pont de Pierre ou Pont neuf. En 1835, la Garonne monte à cinq mètres 35 au-dessus de l'étiage et passe par les quatre lunes du pont. En 1772, la Garonne atteint 8 mètres 50 . En 1777, la Garonne subit une crue extraordinaire au point que le curé de Bourdelles prit la peine de retranscrire l'événement, à la fin des actes de l'année, dans le registre paroissial des baptêmes, mariages et décès : Hydrologie - Les débits. La Garonne au Mas-d'Agenais. Le débit de la Garonne a été observé sur une période de 76 ans (1913-1988), au Mas-d'Agenais, localité du département de Lot-et-Garonne située à une douzaine de kilomètres en amont de la ville de Marmande. La surface prise en compte est de , ce qui correspond à près de 95 % du bassin versant total du fleuve qui fait plus ou moins . Le module du fleuve au Mas-d'Agenais est de (plus que la Seine à son embouchure qui fait plus ou moins ). La Garonne présente des fluctuations saisonnières de débit bien marquées, mais pas excessives. Les hautes eaux se situent en hiver et au printemps, et se caractérisent par des débits mensuels moyens allant de 832 à , de décembre à mai inclus (avec un léger sommet en février). Dès fin mai, le débit diminue progressivement ce qui mène aux basses eaux d'été. Celles-ci ont lieu de juillet à octobre inclus, et s'accompagnent d'une baisse du débit mensuel moyen jusqu'au niveau de au mois d'août, ce qui reste considérable. Mais les fluctuations de débit sont plus importantes selon les années, ou observées sur de courtes périodes. Étiage ou basses eaux. Aux étiages, le VCN3 peut chuter jusqu'à , en cas de période quinquennale sèche, ce qui est loin d'être sévère. Le débit de la Garonne se maintient ainsi bien mieux que ceux de la Seine ou de la Loire, en période de sècheresse. Crues. D'autre part, les crues du fleuve peuvent être assez importantes, aggravées par la taille élevée de son bassin versant. Les QIX 2 et QIX 5 valent respectivement et . Le QIX 10 se monte à , et le QIX 20 en vaut . Quant au QIX 50, il se monte à pas moins de , soit presque le débit moyen ou module du Danube en fin de parcours. Ainsi la possibilité d'importants débordements menace constamment. Le débit journalier maximal enregistré au Mas-d'Agenais a été de le 5 mars 1930, lors de l'inondation historique de 1930. En comparant cette valeur à l'échelle des QIX exposée plus haut, il apparaît que cette crue était un peu plus importante que la crue vicennale calculée par le QIX 20 (une crue vicennale a, chaque année, une probabilité de 1/20 de se produire). On peut aussi noter les estimations de la crue de la Garonne en 1875 où au moins auraient transité en aval du confluent avec le Tarn. Lame d'eau et débit spécifique. Bien qu'une bonne partie des plaines de son bassin soient peu arrosées, au point de nécessiter des ouvrages d'irrigation, la Garonne est un fleuve abondant, puissamment alimenté par les fortes précipitations des hauts sommets des Pyrénées centrales, et d'une bonne partie du Massif central. La lame d'eau écoulée dans son bassin versant se monte à 384 millimètres annuellement, ce qui est nettement supérieur à la moyenne d'ensemble de la France tous bassins confondus (320 millimètres par an). Le débit spécifique (ou Qsp) atteint 12,1 litres par seconde et par kilomètre carré de bassin. Hydrologie - l'étiage (juillet-octobre). Les débits généralement faibles en été et en automne, période appelée étiage, coïncident avec des prélèvements importants. Afin de limiter les risques pour la Garonne et éviter les conflits entre usage, une réalimentation du fleuve est assurée à partir de réservoirs situés dans les Pyrénées. Les usages préleveurs "(données moyennes sur l'aire du Plan de Gestion d'Étiage du juillet au 31 octobre)" : Le soutien d'étiage : Des conventions pluriannuelles de soutien d’étiage mobilisent déjà et ce depuis 1993, plus de 50 millions de mètres cubes (hm) de ressources en amont de Toulouse (de 30 à 70 hm mobilisables selon les années). Sur ce stock, la moyenne du volume mobilisé est de 25 hm (mini 12 hm et maxi 46 hm), car il y a des étés humides, des étés secs et des pluies automnales plus ou moins tardives. Couleur de la Garonne. Si de ses sources jusqu'aux limites du Lot-et-Garonne, le fleuve arbore une couleur habituelle allant du vert au bleu, en traversant le département de la Gironde, elle prend une couleur caramel. Cela s'explique par la rencontre des eaux douces chargées d'argile avec la marée qui remonte jusqu'à la ville de La Réole. Une réaction appelée floculation entraine alors l’agglomération des particules d'argile que les courants de marée remettent en suspension. La navigation. Autrefois la Garonne était un axe important de navigation et de transport de marchandises, autant fluvial que maritime. La navigabilité de la Garonne a déjà été établie dans des temps anciens sur une bonne longueur. Elle a ainsi permis à Bordeaux de devenir, au , le premier port français, et le deuxième port mondial après Londres. La partie fluviale s'effectuait quant à elle au moyen de gabares, bateaux à fond plat conçus pour remonter les cours d'eau. En 1822, la construction du pont de pierre a mis un terme au transport maritime en amont de Bordeaux. Puis, progressivement, l'activité portuaire a migré en aval de la ville. Elle commence désormais au terminal de Bassens, et s'étend jusqu'à celui du Verdon, en passant par les sites de Blaye et Pauillac. En amont du pont d'Aquitaine, le trafic est presque exclusivement dédié aux bateau de croisière et au tourisme fluvial. Transport des pièces de l'A380. Entre 2004 et 2021, la Garonne a servi à acheminer des pièces de l'avion A380, des sites de productions européens, vers les ateliers d'Airbus à Toulouse. L'arrivée dans l'estuaire s'effectuait d'abord en roulier (le "Ville de Bordeaux") jusqu'à Pauillac, puis les pièces étaient transportées par barge (le Breuil et le Brion) jusqu'à Langon, la suite s'effectuant par route. Avec l'abandon de la production de ces avions géants, ce trafic s'est arrêté en 2021. Navette fluviale à Bordeaux. En 2013, TBM, le réseau de transport public de Bordeaux, a mis en place un bateau-bus, le Bat3. Conçus et fabriqués par des entreprises girondine, en forme de catamaran, ces bateaux hybrides permettent aux usagers d'aller d'une rive à l'autre avec un ticket de transport. L'exploitation de cette navette fluviale est assurée par l'entreprise Bordeaux River Cruise. « Garonne fertile ». Au printemps 2021, est lancé , un projet de fret fluvial alimentaire entre Damazan, en Lot-et-Garonne, et Bordeaux. Une péniche chargée de produits alimentaires a ainsi effectué, entre le 3 et le 8 mai, un premier trajet de 110 km en empruntant canal et Garonne. Pour le collectif qui porte le projet, les objectifs sont autant économiques qu'environnementaux, et il espère fédérer plusieurs acteurs sur le potentiel d'un transport fluvial au service des territoires. Un deuxième voyage a lieu du 18 février au 24 avril 2022. Anciennes pratiques. Ponts. Au fil de son histoire, la Garonne a été dotée de ponts qui permettent de la franchir, notamment à Bordeaux et à Toulouse. En 1789, le pont en bas de Montréjeau était en bois. En 1860, la Compagnie des chemins de fer du Midi pour relier Toulouse à Tarbes (avant d'arriver à Bayonne) a construit six ponts sur la Garonne : Flottage. Le flottage a été utilisé pour acheminer les poutres maîtresses de la cathédrale de Montauban à partir des forêts de la vallée d'Aure. Le flottage a disparu avec la construction d'une ligne de chemin de fer (aujourd'hui remplacée par un service d'autocar) entre Luchon et Montréjeau. La Garonne a également servi au flottage de bois de chauffage et de construction, qui venait du Val d'Aran, jusqu'à Cazères ou jusqu'à Toulouse. Ce flottage se faisait dans le cadre de libres échanges commerciaux, qui ont par la suite été encadrés par des privilèges, sujets de différends nationaux, jusqu'à leur disparition. Ainsi 500 à 600 hommes coupaient cannes de bois annuellement pour la région toulousaine. Les escales se réalisaient aux ports de Bossòst, Les, Saint-Béat et Fos. Par ailleurs, Julien Sacaze suppose que Lugdunum Convenarum était un port antique. Ainsi, en Haute-Garonne, en 1878, la Garonne était navigable sur environ. Ports et quais. En 1847, Toulouse comptait sur la Garonne des quais et trois ports. Péages. L'histoire des péages de la Garonne et de ses affluents au Moyen Âge a été étudiée par le professeur C. Higounet. Il en existait notamment une trentaine entre Bordeaux et Toulouse. Poissons migrateurs. La Garonne et son estuaire accueillent encore les huit espèces de migrateurs amphihalins : la grande alose, l'alose feinte, l'anguille, l'esturgeon européen, la lamproie fluviatile, la lamproie marine, le saumon atlantique et la truite de mer. La Garonne constitue l'axe majeur de migration pour les poissons grands migrateurs, reliant l'Atlantique jusqu’aux Pyrénées. L'estuaire de la Gironde, véritable milieu de transition, joue un rôle clé dans l’adaptation physiologique des poissons grands migrateurs au passage d’un milieu marin à un milieu fluvial, et vice versa. La Garonne est un lieu de reproduction et les graviers de son lit abritent les œufs. C'est aussi un milieu nourricier. Petit à petit, les incidences de certaines activités humaines ont commencé de porter tort à ces populations fragiles. Les prélèvements intensifs de granulats, la pollution de l’eau et surtout les barrages ont bouleversé les écosystèmes, rendant souvent inaccessibles les zones de frai quand ils ne les détruisaient pas simplement. Il a fallu attendre les années 1970-1980 pour que les pouvoirs publics étendent le plan de sauvetage du saumon à l’ensemble des espèces migratrices, imposent des dispositifs de franchissement de barrages, prévoient des alevinages, limitent la pêche et redonnent un avenir à des espèces emblématiques en pays de Garonne. L'esturgeon européen : il est sur la liste rouge des espèces menacée de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Le système Gironde-Garonne-Dordogne abrite les dernières frayères. L'anguille : longtemps considérée comme nuisible, elle fait actuellement l’objet de toutes les attentions. Des mesures d'urgence aux niveaux national et local s’imposent pour la sauvegarde de l’espèce. La grande alose : la Garonne et la Dordogne ont longtemps accueilli la population de grande alose la plus importante d'Europe. Aujourd'hui, cette espèce, de la famille de la sardine, connaît une baisse d'effectif préoccupante. Un plan de sauvegarde de l'espèce a été mis en place en 2008. La lamproie marine : elle est pêchée dans la partie aval de la Garonne, au filet ou dans des nasses. Cuisinée « à la bordelaise », en civet, elle est ensuite commercialisée en conserve. C'est l'espèce migratrice la plus abondante. Le saumon atlantique : disparu dans les années 1970, le saumon atlantique repeuple peu à peu le bassin de la Garonne, grâce au plan de restauration. En littérature et en musique. La Garonne est, . L'œuvre de Pierre Gamarra a en effet pour cadre la Gascogne et le Haut Languedoc, des Pyrénées à la région de la moyenne Garonne, pays toulousains et tarnais. Dans son recueil de poèmes "Romances de Garonne" publié en 1990, il situe son inspiration entre les deux fleuves nourriciers que sont pour lui le Rhône et la Garonne. Julos Beaucarne met en musique en 1976 sur une mélodie originale la chanson à dire publiée en 1895 par Gustave Nadaud et interprétée en 1903 par Charlus où l'on apprend que Toulousain emblématique et chantre de sa ville dans l'accent de laquelle roule un torrent de cailloux, Claude Nougaro est aussi l'enfant du fleuve qu'il célèbre en 1993 dans "C'est une Garonne" sur la musique de Ray Lema.
Freeware Un logiciel gratuit, gratuiciel, ou est un logiciel propriétaire distribué gratuitement sans toutefois conférer à l'utilisateur certaines libertés d'usage associées au logiciel libre. Les termes ou , dont l'usage est préconisé par la Commission d'enrichissement de la langue française en France, sont des traductions du mot anglais ', qui est une contraction de ' (gratuit) et " (logiciel) . Un logiciel peut fonctionner gratuitement pour une durée de temps illimité. L'auteur d'un logiciel ' pourrait limiter les droits de copie et/ou de distribution de son logiciel. En tant que logiciel propriétaire le principe de "' peut être une stratégie de marketing fondée sur des revenus indirects (support, produits liés…) plutôt que sur la vente du logiciel. Histoire. Selon la Free Software Foundation, le terme est souvent utilisé dans les années 1980 pour distribuer des programmes seulement en exécutable, sans fournir le code source. Motivations. Dans les années 1970, les logiciels étaient distribués avec le matériel et n'étaient pas considérés comme une marchandise vendable. Cela résultait de la forte dépendance qui existait entre le logiciel, généralement écrit en langage machine comme l'assembleur, et le matériel. L'apparition de langages informatiques portables, tels que le C, mirent fin à ce couplage, car un même code source pouvait désormais servir à générer des programmes capables de s'exécuter sur différents types d'ordinateurs. Dès lors, vendre du logiciel devint une activité spécialisée et lucrative. La distribution gratuite de logiciel présente un intérêt évident pour les grands acteurs du monde logiciel. Il peut s'agir dans un cas, de distribuer gratuitement un logiciel aux fonctions réduites, sous la forme d'un produit d'appel, pour inciter une partie des utilisateurs à utiliser la version payante ou d'autres produits du même éditeur. La distribution gratuite peut aussi être réalisée dans le but de créer une dépendance aux produits de l'éditeur ou dans le but de devenir un standard "de facto". C'est le cas avec la distribution du lecteur de contenu Flash. Dans le cas de développement réalisé par des amateurs éclairés, la distribution gratuite du logiciel est une nécessité, du moins dans un premier temps, pour s'assurer de la propagation du logiciel. Ces auteurs de gratuiciel ne peuvent pas se permettre, s'ils veulent que leur logiciel soit utilisé, de le faire payer. Terminologie. En France, la Commission d'enrichissement de la langue française conseille d'employer « logiciel gratuit ». Au Québec, « gratuiciel » est le terme recommandé par l'Office québécois de la langue française pour remplacer l'anglais "freeware". Les termes « logiciel gratuit » et « graticiel » sont également reconnus par l'organisme. Il ne faut pas confondre logiciel gratuit "(freeware)" ou gratuiciel (idem) et partagiciel "(shareware)" qui permet d'utiliser le logiciel complet ou bridé gratuitement mais pendant une durée déterminée : un logiciel de traitement de texte pourrait par exemple interdire la sauvegarde des fichiers créés, ou fonctionner uniquement pendant les deux mois qui suivent son installation. Le gratuiciel et le partagiciel sont cependant tous deux des logiciels commerciaux. Il faut aussi distinguer le logiciel gratuit du logiciel libre. Le logiciel libre est non seulement souvent gratuit (mais pas toujours, bien que cela soit très rare), mais offre en outre des libertés que la gratuité ne prend pas en compte. Le logiciel gratuit est presque toujours diffusé sans les sources du programme, à l'inverse le logiciel libre est également à "code source ouvert" (open source). Sa modification ou la redistribution de versions améliorées sont donc impossibles. La licence de distribution peut être restrictive (pas de diffusion sur cédérom, ou uniquement sur certains sites internet). La FSF recommande d'éviter d'employer le terme comme synonyme de logiciel libre. Exemples. Ces logiciels comprennent des limitations particulières, indiquées entre parenthèses, en plus de posséder les limitations habituelles du logiciel propriétaire.
Galeon Galeon était un navigateur web basé sur Gecko, le moteur de rendu de Mozilla, et intégré dans l'environnement GNOME. Un temps concurrent d'Epiphany, le navigateur officiel de GNOME, Galeon n'est aujourd'hui plus développé, le projet ayant fini par fusionner avec Epiphany. Historique des versions. Sorties en 2008 : Sorties en 2006 : Sorties en 2005 : Sorties en 2002 : Caractéristiques. Galeon, comme beaucoup d'autres navigateurs (libres ou non), ne supporte pas par défaut le flash et les applets java. En novembre 2002, le développeur principal de Galeon, Marco Pesenti Gritti, a décidé de quitter le projet et a créé Epiphany, basé sur le code de Galeon mais avec une interface plus épurée. Le 22 octobre 2005 les développeurs de Galeon ont décidé de s'allier aux développeurs d'Epiphany ; en effet Epiphany et Galeon étaient en concurrence directe au sein de GNOME car ils étaient, à l'époque, tous deux basés sur Gecko.
Graham Greene Henry Graham Greene, né le à Berkhamsted, dans le comté de Hertfordshire, en Angleterre, et mort le à Vevey, dans le canton de Vaud, en Suisse, est un écrivain et scénariste britannique. Il a écrit des romans, des nouvelles, des récits de voyages, des essais et des critiques dans lesquels il explore l'ambivalence morale et politique du monde moderne et s'interroge sur le catholicisme. Il est médaillé de l'ordre du Mérite, de l'ordre des compagnons d'honneur, et membre de la Royal Society of Literature. Biographie. Il est le quatrième des six enfants de Charles Henry Greene et Marion Raymond Greene, cousine issu de germains d'un des premiers héros de Graham, l'écrivain Robert Louis Stevenson. Le père de Graham Greene était le principal de l'école communale où il fait sa scolarité. Il rejoint ensuite le Balliol College d'Oxford. Sa première œuvre (un recueil de poésie) est publiée en 1925, avant qu'il ne soit diplômé. Dans son autobiographie, il donne de nombreux détails à propos de son enfance difficile, notamment de son ennui qui commence aux alentours de sa treizième année, cet état se transformant en dépression et tentatives de suicide, comme le fait de jouer à la roulette russe. Après ses études, il se lance dans le journalisme, d'abord au "Times", puis au "Spectator". Il devient catholique en 1926 afin d'épouser , ce qu'il fait l'année suivante. Son travail de journaliste consistait à rédiger des critiques de livres et de films pour le magazine politique britannique "The Spectator" et à coéditer le magazine "Night and Day", qui fait faillite peu après la parution de ses commentaires à propos de Shirley Temple (et de l'exploitation sexuelle de son corps par les magnats du cinéma hollywoodien). Ses romans sont écrits dans un style contemporain et réaliste, mettant souvent en scène des personnages envahis par le doute et marqués par une vie déracinée et misérable. Leurs doutes sont souvent de nature religieuse, faisant écho à l'attitude ambiguë de l'auteur envers le catholicisme, entre admiration et doute. Les romans de François Mauriac avaient une influence sur son œuvre. Tout au long de sa vie, Graham Greene était obsédé par l'idée de s'éloigner de son pays natal, pour aller vers ce qu'il appelait les lieux « sauvages et éloignés » du monde. Entre 1951 et 1955, il séjourne ainsi plusieurs fois en Indochine pour ses reportages. Ses voyages lui ont donné l'occasion de se lancer dans l'espionnage au profit du Royaume-Uni (en Amérique centrale principalement). Il est recruté au MI6 par sa sœur Elizabeth et, durant la Seconde Guerre mondiale, est stationné en Sierra Leone par la centrale britannique de renseignement, ayant pour superviseur le célèbre agent double Kim Philby. Greene était lié à Fidel Castro et à l'évêque brésilien Hélder Câmara. On retrouve les personnages et les lieux hauts en couleur rencontrés alors dans les pages de ses romans. Les livres de Graham Greene pouvaient originellement être classés en deux genres principaux : les thrillers ou romans à suspense tels que "Rocher de Brighton", qu'il qualifiait lui-même de « divertissements », mais qui incluaient souvent une part notable de philosophie, et les livres purement littéraires comme "La Puissance et la Gloire", sur lequel sa réputation s'est construite. Toutefois, ses ouvrages ultérieurs tels que "Le Facteur humain", "Notre agent à La Havane" et "Un Américain bien tranquille" combinent allègrement les deux genres. Beaucoup de ses livres ont été adaptés au cinéma, et il a aussi écrit le scénario original du film "Le Troisième Homme" ("The Third Man"), sorti en 1949. Facétieux, il participe au film de François Truffaut, "La Nuit américaine", tourné à Nice, dans le rôle d'un agent d'assurance anglais. Le réalisateur ne s'en aperçoit qu'au montage. En 1966, à la suite de déboires avec son conseiller financier Thomas Roe, il doit fuir le fisc de son pays et s'installer en France, au moment même où Downing Street l'inscrit à l'ordre des compagnons d'honneur. Greene passe les dernières années de sa vie dans le village de Corseaux (Suisse) au bord du lac Léman. À sa mort en 1991, il est inhumé dans le cimetière de cette même commune. Même s'il ne divorça jamais de Vivien Daryell-Browning (1904-2003) ; ils se séparèrent peu après la Seconde Guerre mondiale et, au moment de son décès, il vivait avec Yvonne Cloetta (1923-2001). Rencontrée en 1959, il venait régulièrement la voir à Antibes, où il s'était même acheté un deux-pièces en 1966. L'influence de Graham Greene ne s'est pas éteinte avec lui. En 2000, la journaliste américaine publie un roman intitulé "Loving Graham Greene", inspiré en partie par un entretien que l'écrivain anglais lui avait accordé à Antibes en . Ce roman, dont le sujet principal est le début de la guerre civile algérienne des années 1990, et l'impuissance des bonnes volontés occidentales à la comprendre, constitue un vibrant hommage à Graham Greene en tant qu'écrivain engagé. Ce livre a été traduit et publié en français en 2007.
GBA GBA est un sigle qui peut signifier : GBA est un code qui peut signifier :
Géographie du Venezuela Données de base. Localisation : Le Venezuela est situé au nord de l'Amérique du Sud, en bordure de la mer des Caraïbes et de l'océan Atlantique, entre la Colombie et le Guyana. Coordonnées géographiques : Superficie : Surface comparative : un peu moins de deux fois la France. Frontières : Longueur des côtes : km Territoire maritime : Climat : tropical, chaud et humide, mais plus modéré en altitude. Territoire : la chaîne des Andes et les "Maracaibo lowlands" au nord-ouest ; plaines centrales ("Ilanos" ; "Guiana Hignlands" au sud-est. Altitudes extrêmes : Ressources naturelles : pétrole, gaz naturel, hydroélectricité, minerais de fer, or, bauxite, diamant et autres minéraux Occupation du territoire : Surface irriguée : (estimation de 1993) Note géographique : le pays se trouve sur les principales routes maritimes et aériennes entre le nord et le sud du continent américain. Hydrologie - Bilan hydrique du pays. De même que ses voisines, la Colombie et les Guyanes, le Venezuela fait globalement partie d'une des régions les plus arrosées de la planète. D'après Aquastat, la hauteur d'eau annuelle moyenne des précipitations est de , soit pour une superficie de carrés, un volume de précipitations annuelles de 1.710,094 kilomètres cubes ("France 477,98 km"). De ce volume précipité, l'évapo-transpiration et les infiltrations consomment 1.. Restent cubes de ressources d'eau superficielle produites sur le territoire du pays (en interne). De plus une quantité de cubes d'eau souterraine est produite chaque année, en interne également. À ces ressources produites en interne, il faut ajouter pas moins de cubes d'eau produits à l'étranger et qui font partie des ressources utilisables du pays, une fois la frontière franchie. Il s'agit du débit apporté de Colombie par divers affluents de l'Orénoque, essentiellement le río Guaviare, le río Vichada, le río Tomo, le río Meta et le río Arauca. Compte tenu de ces apports, les ressources totales en eau du pays se montent annuellement à quelque ( milliards 170 millions de m), soit pour une population estimée à 28 millions d'habitants en 2008, environ d'eau par habitant, ce qui doit être considéré comme exceptionnellement élevé. Néanmoins il faut préciser que la pluviométrie est inégalement répartie sur le territoire. De plus l'utilisation de l'eau dans les centrales hydroélectriques pour environ 70 % de la production électrique induit des restrictions d'approvisionnement en électricité en période de sécheresse. Environnement. Catastrophes naturelles : tremblements de terre, risques de raz-de-marée, de glissements de terrain, sécheresse périodique. Environnement — problèmes actuels : pollution du lagon de Valencia par les égouts. Pollution urbaine et pollution aux hydrocarbures du lagon de Maracaibo, déforestation, dégradation des sols, pollution urbaine et industrielle, essentiellement le long de la côte caraïbe. Environnement — accords internationaux : "Participe aux traités concernant :" l'Antarctique, la biodiversité, les changements climatiques, la désertification, les espèces en danger, les déchets nocifs, la conservation de la vie marine, l'interdiction des tests nucléaires, la protection de la couche d'ozone, la pollution maritime, "Tropical Timber 83", "Tropical Timber 94", les marais, la pêche à la baleine. "a signé mais pas encore ratifié le traité concernant : " "Marine Dumping".
Politique au Venezuela Le Venezuela est une république fédérale multipartite à régime présidentiel, où le président est à la fois chef de l'État et chef du gouvernement. Il exerce le pouvoir exécutif tandis que le parlement détient le pouvoir législatif. Pouvoir exécutif. Le président est élu au suffrage universel pour six ans renouvelable indéfiniment. Il nomme le vice-président ainsi que les ministres en collaboration avec l’Assemblée nationale. Selon l'article 233 de la Constitution en cas d'empêchement du président avant sa prise de fonction (mort, démission, destitution, etc.), le président de l'Assemblée nationale assure l'intérim dans l'attente d'une nouvelle élection dans une période de trente jours. Si l'empêchement advient durant les quatre premières années du mandat, le vice-président assure l'intérim dans l'attente d'une nouvelle élection dans une période de trente jours. Enfin, si l'empêchement se produit durant les deux dernières années du mandat, le vice-président assumera la fonction de Président jusqu'à la fin du mandat. Pouvoir législatif. L’Assemblée nationale, composée d’une seule chambre, a remplacé le parlement bicaméral à la suite de l’entrée en vigueur de la constitution de 1999. Elle compte 167 membres élus pour cinq ans au suffrage universel, qui peuvent se présenter à trois mandats consécutifs. Les parlementaires sont élus selon une combinaison de listes présentées par les partis et de circonscriptions à siège unique. Trois sièges sont réservés aux représentants des peuples indigènes. Pouvoir judiciaire. Le Tribunal suprême de justice est la plus haute instance judiciaire du pays. Ses juges sont nommés pour 12 ans par l’Assemblée nationale. Les juridictions inférieures sont composées de tribunaux de districts, de tribunaux municipaux et de tribunaux de première instance. La politique aujourd'hui. La Constitution oblige le gouvernement, selon le discours officiel, à « renverser les données économiques qui, dirigées par le Fonds monétaire international (FMI) avaient été la cause de la « décennie perdue » (1985-1995), et ses terribles effets négatifs sur les populations et leurs systèmes économiques ». Le président Chávez applique cette Constitution avec insistance. Son action politique est centrée sur le renforcement du rôle de l’État par le biais de nationalisations et la revalorisation du pétrole, principal produit d'exportation du pays. Elle vise à se libérer des impositions d’une lourde dette, qui grevait en 1998 50 % du budget national, en la payant. Le gouvernement cherche aussi à satisfaire la dette sociale d’urgence : santé, alimentation, éducation (missions civico-militaires de grande pénétration populaire). De nouvelles lois sont rédigées concernant la réforme agraire, la banque centrale, l'exploitation d’hydrocarbures (gaz, pétrole), la fiscalité, le contrôle de monnaies et devises Le Venezuela quitte le FMI et la Banque mondiale (BM) le après avoir remboursé sa dette en totalité. Comme le Brésil, l’Uruguay et l’Argentine qui ont remboursé, par anticipation, une grande partie de leurs dettes grâce à la croissance économique retrouvée, le Venezuela, avec cinq années d’avance, a remboursé tout ce qu’il devait à la Banque mondiale. En effet, la manne issue du boom pétrolier a permis au pays de rembourser sa dette qui était de trois milliards de dollars à son arrivée au pouvoir en 1999. En 2007, Hugo Chávez demande des pouvoirs spéciaux qui grâce à une « loi d'habilitation révolutionnaire » lui permettent de gouverner par décrets sans passer par le parlement, dans les prochains dix-huit mois à partir du . Ces pouvoirs spéciaux sont limités aux thèmes sociaux (recentralisation des ministères de la santé, du logement et de la sécurité alimentaire), à la réforme agraire (inventaire, récupération et distribution de toutes les terres non ou mal exploitées à des coopératives) et à la récupération par achats des services publics et industries stratégiques, privatisées dans les dernières décennies (électricité, eaux, télécommunications, industrie pétrolière et minière : fer, aluminium or et diamants). Ce programme est déjà en marche depuis le , avec des répercussions variées : très critiqué par les grands propriétaires terriens, la plupart titulaires de documents parfois douteux, mais acceptés par plusieurs, en regard de l'apparente flexibilité appliquée dans chaque cas particulier par des arrangements à l'amiable. Dans l'industrie pétrolière, les partenaires commerciaux étrangers doivent désormais se contenter d'une participation minoritaire dans toutes les sociétés. Jusqu'à présent tous ont accepté, bon gré mal gré, y compris Total qui exploite et modifie des pétroles très lourds de la ceinture de l'Orénoque. En 2009, un référendum supprime la limite de deux mandats pour le président, permettant ainsi à Hugo Chávez de se présenter à nouveau. Perception. Pour l'ex-président américain Jimmy Carter, qui s’emploie désormais à surveiller les processus électoraux dans le monde à travers sa « Fondation Carter », le Venezuela possèderait « le meilleur système électoral au monde » notamment en raison de son système de vote électronique. Selon Carlos Álvarez, le président de la commission de surveillance électorale de l’UNASUR, « "il est intéressant de souligner un élément que très peu connaissent, je parle surtout de ceux qui analysent la réalité depuis les préjugés, c’est que le Venezuela possède aujourd’hui un des systèmes électoraux les plus vigoureux et les plus avancés technologiquement de l’Amérique Latine, qui garantit la transparence, le contrôle et la surveillance du scrutin" ». D'après l'ONG chilienne Latinobarómetro, les Vénézuéliens étaient en 2013, avec 87 % de réponses positives, le peuple d'Amérique latine le plus confiant en sa démocratie. Pour l'ONG « "le Venezuela est le pays où on observe la plus grande différence entre ce que pensent ses citoyens de leur démocratie et l’image qui circule dans la communauté internationale »""." Participation aux organisations internationales. Le Venezuela est représenté au sein des organisations suivantes : Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Association des États de la Caraïbe (AEC), Association latino-américaine d’intégration (ALADI), Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA), Association des académies de la langue espagnole (ASALE), Banque de développement des Caraïbes (BDC), Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), Corporación Andina de Fomento (CAF), Caricom (observateur), Chambre de commerce internationale (CCI), Commission économique pour l'Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC), Comité international olympique (CIO), Confédération internationale des syndicats libres, Confédération mondiale du travail (CMT), Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, Cour pénale internationale (CPI), Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), G15, G24, G77, IADB, FIDA, FMI, FSM, HCR, IFC, OHI, Intelsat, Interpol, ISO, MINURSO, Mouvement des non alignés, OACI, OEA, OIT, OMC, OMI, OMI, OMM, OMPI, OMS, OMT, ONU, OPANAL, OPCW, OPEP, PCA, RG, UIT, Unesco, UNIDO, UNIKOM, UNU, UPU.
Game Boy Advance La (ou le) Game Boy Advance (abrégée en GBA) est une console de jeux vidéo portable créée par Nintendo en 2001. Elle dispose d'un écran couleur et d'un processeur 32-bits, ce qui en faisait à sa sortie la console portable la plus performante. En 2003, Nintendo lance la Game Boy Advance SP, identique techniquement à la Game Boy Advance, mais disposant d'un format plus compact et d'améliorations telles qu'un écran rétro-éclairé, ainsi qu'une batterie lithium-ion rechargeable. Enfin, en 2005, Nintendo sort la Game Boy Micro, dernière déclinaison de sa portable, une console au format « mini » qui propose un écran amélioré. Le rapport annuel 2006 de Nintendo indique que 75 millions de Game Boy Advance ont été vendues (toutes versions confondues). Le 12 février 2008, le dernier jeu de la console ("Samurai Deeper Kyo") est sorti aux États-Unis. La console aura donc vécu presque 7 ans. Ses ventes finales sont estimées à 81,51 millions d'exemplaires, faisant de la console un nouveau succès après ceux de la Game Boy et de la Game Boy Color. La Nintendo DS, sortie à la fin de l'année 2004 au Japon et en début d'année 2005 dans le reste du monde, succède à la Game Boy Advance. Historique. Descendante de la Game Boy Color (elle-même descendante de la Game Boy), la Game Boy Advance offre des performances légèrement supérieures aux consoles de salon 16 bits (Mega Drive et Super Nintendo). Cette puissance permet à Nintendo de rééditer sur ce format nombre de ses jeux Nintendo Entertainment System et Super Nintendo, comme la série des "Super Mario Advance", la gamme NES Classics ou encore le jeu "", et même certains jeux Mega Drive tout en développant des suites inédites. La gamme Game Boy Advance Video propose des films d'animation et des compilations d'épisodes de séries animées au format cartouche pouvant être lu sur la console. Nintendo voulait que sa console ait une apparence originale qui frappe les regards et n'était pas satisfait par les prototypes proposés par les designers traditionnels de l'entreprise. Enfermés dans les schémas classiques, tous les prototypes ressemblaient invariablement à la Neo-Geo Pocket ou à la Lynx avec quelques variations. Voulant un regard neuf, Nintendo entra en contact avec Gwénaël Nicolas, un designer français de passage au Japon, totalement étranger au monde du jeu vidéo. Celui-ci proposa des dizaines de prototypes complètement décalés (une console en forme de fleur notamment) par rapport aux schémas traditionnels. Finalement, Ce fut le prototype « panda » qui fut retenu et pour cette raison, la console vue de face doit suggérer la tête de cet animal. Sa compatibilité avec les jeux de la Game Boy et de la Game Boy Color lui assure un grand catalogue de jeux (compatibilité qui n'est toutefois pas de mise avec la Game Boy Micro). La GBA n'étant pas zonée, il est possible de jouer à des jeux américains et japonais sur une console européenne. De plus, le faible coût de développement des jeux pour consoles portables comparé à celui des jeux pour consoles de salon à la même époque fait que de nombreuses productions sortent sur Game Boy Advance. La possibilité de jouer à quatre, parfois avec une seule cartouche de jeu, en reliant les Game Boy Advance entre elles est un autre point fort. Son gros point faible bien qu'il existe des accessoires pour compenser ce défaut est l'absence de rétro-éclairage, rendant l'affichage très sombre. C'est l'un des points qui ont amené Nintendo à sortir la Game Boy Advance SP, un modèle disposant d'un écran éclairé par le biais de diodes sur ses côtés. Un autre point faible est le rendu sonore de la console. En effet, elle ne dispose pas de circuit intégré dédié au son, obligeant les jeux à y dédier une partie de la puissance du processeur central. Cela dit, une grande partie de la qualité sonore et musicale des jeux est encore du ressort du compositeur, et selon les jeux les capacités plus faibles sont compensées à des niveaux variables. Modèles. Modèle original. Caractéristiques techniques. Comme la PC-FX, le processeur est peut-être en 32 bits, mais la console ne possède aucune capacité graphique 3D (c'est-à-dire une production de polygones). Comme cette dernière, rares sont les jeux à être en 3D, tels "Duke Nukem Advance" et "V-Rally 3".
Gameboy Color
Géographie du Mexique Le Mexique est un pays d'Amérique du Nord partageant ses frontières avec les États-Unis () au nord, et le Belize () et le Guatemala () au sud. Il possède également de façades maritimes : La superficie totale du pays est de en incluant d'îles, comme Guadalupe et Revillagigedo. La superficie maritime totale du Mexique est de . Elle se subdivise en une mer territoriale, qui s'étend sur les 12 milles marins () autour des côtes, et une zone économique exclusive (ZEE) qui s’étend sur 200 milles marins () autour des côtes. Il a pour coordonnées géographiques . Montagnes. Le Mexique est traversé par deux principales chaînes de montagnes : la Sierra Madre occidentale et la Sierra Madre orientale. La Sierra Madre occidentale à l'ouest est la prolongation de la Sierra Nevada de Californie et la Sierra Madre orientale à l'est est la prolongation des montagnes Rocheuses du Nouveau-Mexique et du Texas. Entre les deux principales chaînes de montagnes se trouve le plateau mexicain. La Sierra Madre occidentale s'étend sur à au sud de la frontière avec les États-Unis et rejoint la cordillère néovolcanique après le Río Grande de Santiago. La cordillère néovolcanique traverse d'est en ouest le centre du Mexique. Au nord, la Sierra Madre occidentale est située à environ des côtes occidentales mais à proximité de la cordillère néovolcanique elle n'est plus qu'à de la côte pacifique. La Sierra Madre occidentale s'élève à environ d'altitude avec des sommets atteignant . La Sierra Madre orientale commence à la frontière entre le Texas et le Mexique et continue sur jusqu'à atteindre le Cofre de Perote, un des sommets principaux de la cordillère néovolcanique. Comme pour la Sierra Madre occidentale, la Sierra Madre orientale rejoint progressivement les côtes en se rapprochant de l'extrémité sud. En effet elle ne se situe plus alors qu'à du golfe du Mexique. La Sierra Madre orientale s'élève à environ d'altitude avec des sommets atteignant . Le plateau mexicain s'étend lui aussi de la frontière avec les États-Unis jusqu'à la cordillère néovolcanique et occupe une vaste superficie entre les Sierra Madre occidentale et orientale. Le plateau fut divisé par le passé entre la Mesa del Norte et la Mesa Central, néanmoins aujourd'hui les géographes considèrent ces deux parties comme appartenant au même plateau. Le nord du plateau s'élève à environ d'altitude et s'étend du Río Bravo jusqu'à l'État de Zacatecas et l'État de San Luis Potosí. La région compte de nombreuses dépressions dont la plus grande est le Bolsón de Mapimí. Le sud du plateau est plus haut puisqu'il s'élève à environ . Il comporte de nombreuses vallées qui ont été formées par d'anciens lacs. Plusieurs des plus importantes villes mexicaines comme la ville de Mexico ou Guadalajara sont situées dans ces vallées. Une autre chaîne de montagne importante est la chaîne de montagne californienne. La partie mexicaine de la chaîne de montagne californienne s'étend sur de la frontière avec les États-Unis jusqu'à l'extrémité sud de la Basse Californie. Les sommets s'élèvent à au nord de la Californie mexicaine et à seulement près de La Paz au sud. La cordillère néovolcanique est une ceinture de de long et de large qui s'étend de l'océan Pacifique jusqu'au golfe du Mexique. La cordillère commence au sud du Río Grande de Santiago et continue jusqu'à l'État de Colima où elle se dirige ensuite vers l'est en suivant le parallèle pour finir au centre de l'État de Veracruz. La région est caractérisée par une activité sismique importante et compte les sommets volcaniques les plus hauts. La cordillère possède trois sommets dépassant les d'altitude : Pico de Orizaba ou Citlaltépetl qui est le plus haut sommet d'Amérique du Nord, le Popocatépetl et l'Iztaccíhuatl qui sont tous deux près de Mexico. La cordillère néovolcanique est considérée comme la division géologique entre l'Amérique du Nord et l'Amérique centrale. Au sud et sud-ouest du Mexique d'autres chaînes de montagnes importantes dominent le paysage. La Sierra Madre del Sur s'étend sur le long de la côte en partant du sud de la cordillère néovolcanique jusqu'à l'isthme de Tehuantepec. La Sierra Madre del Sur s'élève en moyenne à d'altitude sur de large mais s'élargit à dans l'État d'Oaxaca. La Sierra Madre de Oaxaca commence à partir du Pico de Orizaba et s'étend en direction du sud-est sur jusqu'à atteindre l'isthme de Tehuantepec. La Sierre Madre de Oaxaca s'élève en moyenne à d'altitude avec certains sommets dépassant les . La Sierra Madre de Chiapas se situe au sud de l'isthme de Tehuantepec et s'étend sur le long de la côte pacifique à partir de la frontière entre les États mexicains de Oaxaca et Chiapas jusqu'à la frontière entre le Mexique et le Guatemala. Même si l'altitude moyenne n'est que de , un des sommets, le volcan de Tacuma, dépasse les d'altitude. Enfin, la Meseta Central de Chiapas s'étend sur à travers le centre du Chiapas jusqu'au Guatemala. L'altitude moyenne au niveau de la Meseta Central de Chiapas est de . La vallée centrale du Chiro sépare la Meseta Central de Chiapas et la Sierra Madre de Chiro. Climat. Le tropique du Cancer divise le pays en deux zones, l'une "tempérée" du point de vue thermique (climat subtropical sec) et l'autre au climat tropical. Les côtes de l'État du Tamaulipas situées en façade orientale connaissent un climat à tendance subtropical humide. Au nord du parallèle connaissent des températures plus froides pendant les mois d'hiver. Au sud du parallèle, les températures sont relativement constantes le long de l'année. Elles varient néanmoins en fonction de l'altitude. Les zones au sud du parallèle: Les pluies varient beaucoup selon la situation géographique et les saisons. Aride ou semi-aride en Basse Californie, le nord-ouest de l'État de Sonora, les plateaux du nord et une partie des plateaux du sud. Il pleut dans ces régions en moyenne entre 300 et par an. Dans les plateaux du sud et notamment les régions les plus peuplées (comme Mexico et Guadalajara) il pleut en moyenne entre 600 et . Les basses terres le long du golfe du Mexique reçoivent plus de de pluies à l'année. La région au sud-est de Tabasco reçoit approximativement de pluies à l'année. Il neige occasionnellement sur certains des plateaux du nord et des hauts sommets de la Sierra Madre occidentale et de la Sierra Madre orientale. Le Mexique connaît une saison humide (ou saison des pluies) et une saison sèche marquée. La saison des pluies dure, pour la majeure partie du pays, de juin à mi-octobre. Il pleut nettement moins le reste de l'année. Février et juillet sont respectivement les mois les plus secs et les plus humides. Par exemple, la ville de Mexico, a de pluies en février et de pluies en juillet. Les régions côtières, et spécialement celle du golfe du Mexique ont la quantité la plus importante en septembre. Tabasco enregistre plus de de pluies pendant ce mois. Une petite partie de la côte nord-ouest du Mexique autour de Tijuana possède un climat méditerranéen avec des brumes importantes et une saison des pluies en hiver. Le Mexique est situé dans la ceinture des ouragans et toutes les régions côtières sont susceptibles de subir une de ces tempêtes de juin à novembre. Les ouragans de la côte pacifique sont moins fréquents et souvent moins violents que ceux qui affectent la côte est du pays. Plusieurs ouragans frappent chaque année les côtes du golfe du Mexique et de la mer des Caraïbes, avec des vents violents qui peuvent dépasser les et provoquent des dégâts importants aux hôtels et habitations de la région mais aussi mettre en péril la vie des habitants. Villes. Sa capitale est Mexico. Le pays compte environ 120 millions d'habitants, dont environ 8,8 millions d'habitants dans la capitale souvent abrégée en DF ("districto federal") au Mexique. Il s'agit d'un État fédéral composé de 31 États et d'un district fédéral ("distrito federal" ou DF). Le pays compte municipalités. 78 % de la population vit dans les villes en 2010
Pidgin (logiciel) Pidgin (anciennement "Gaim") est un logiciel libre client de messagerie instantanée multiprotocole, multiplate-forme et multilingue. Il permet de se connecter aux protocoles XMPP, IRC, ICQ/AIM, Google Talk et Yahoo! Messenger. Pidgin est un logiciel utilisant la bibliothèque GTK+, ce qui lui a valu d'être, durant quelques années, le client de messagerie instantanée officiel du bureau GNOME. Il fut remplacé par Empathy à partir de la version 2.28 de GNOME. Publié sous GNU GPL, il est disponible pour GNU/Linux, Windows et BSD. Sous Mac OS X, Adium est un client équivalent à Pidgin. Il existe une version de Pidgin portable pour clé USB. Pidgin a été écrit en séparant l'interface graphique du code fonctionnel. Ainsi, toutes les fonctionnalités ayant trait aux connexions aux réseaux de messagerie instantanée et à la gestion des comptes sont regroupées dans la bibliothèque libpurple, permettant à d'autres logiciels libres d'utiliser ces mêmes fonctionnalités. Histoire de nommage. Gaim (GTK+ AOL Instant Messenger) a été renommé en Pidgin le en raison de plaintes de la société AOL. Le nom utilisant la marque déposée AIM de AOL. Libgaim a été renommé en libpurple et gaim-text est devenu "Finch". Fonctionnalités. Le logiciel fonctionne sous plusieurs systèmes d’exploitation, dont Windows et plusieurs systèmes Unix tels que GNU/Linux et BSD. Il intègre plusieurs protocoles (14 en standard et plus de 10 autres via des greffons). Depuis la version 2.6, Pidgin gère la visioconférence et la VoIP avec le protocole XMPP. Les serveurs mandataires ("proxies") HTTP ou SOCKS 4 ou 5 sont supportés. Il est possible de paramétrer plusieurs comptes d’accès pour chaque protocole ou service et de déclencher des scripts automatisés sur une action précise lors des changements d'états du contact (appelé "Buddy Pounces"). Les contacts utilisant des protocoles/services différents sont regroupés en un contact unique. Chaque contact peut aussi recevoir un ou plusieurs alias locaux. La fenêtre des messages utilise des onglets pour gérer les conversations qui sont enregistrées dans des fichiers log. La fenêtre de conversation permet la vérification orthographique avec Aspell qu’il faut installer en plus. Une fenêtre surgissante de notification est disponible avec le greffon Guifications et le greffon "libnotify". Pidgin intègre une zone pour les notifications Le logiciel intègre le , ce qui permet un chiffrement des messages du client vers le serveur pour les protocoles qui le supportent. Les greffons "Off-the-Record Messaging", et "Pidgin encryption" permettent un chiffrement des messages de bout en bout. Protocoles gérés par Pidgin. Parmi les protocoles gérés par Pidgin, on trouve (par ordre alphabétique) : Protocoles qui ne sont plus supportés dans Pidgin Protocoles supportés par des greffons non fournis avec Pidgin Les greffons ci-dessous n'apparaissent pas dans la liste des greffons. À la place, ils créent de nouvelles entrées dans le champ protocole de l'éditeur de compte et permettent à l'utilisateur de se connecter à de nouveaux réseaux de discussion ou de messagerie instantanée. Le logiciel permet d'être connecté en même temps sur plusieurs serveurs en utilisant plusieurs protocoles différents. Cryptographie. Les messages peuvent être chiffrés en utilisant un greffon Off-the-Record Messaging (OTR) disponible sur le site web du projet OTR. Il y a aussi un greffon Pidgin-Encryption qui utilise le chiffrement RSA. Greffons supplémentaires. Il s'agit de greffons normaux c'est-à-dire qu'ils ne rajoutent pas de protocoles supplémentaires mais apparaissent dans la liste des greffons et fournissent des fonctionnalités supplémentaires.
Granulométrie d'un sol
Gaïa Dans la mythologie grecque, Gaïa (du grec ancien ou ), ou Gê (du grec ancien , « Terre ») est la déesse primordiale identifiée à la « Déesse mère » et à la « Mère des titans ». Ancêtre maternelle des races divines, elle enfante aussi de nombreuses créatures. Divinité chtonienne, on l'invoquait et lui sacrifiait des animaux de couleur claire. Unie à Ouranos, le dieu du Ciel, elle engendra les six Titans et les six Titanides, puis les Cyclopes et enfin les Hécatonchires (les monstres aux cent bras). De son frère Tartare, Gaïa donna naissance à une créature terrifiante, Typhon. Étymologie. Le mot grec ancien est un doublet de même sens du mot (, dans le dialecte dorien), signifiant « terre ». Ni , ni n'ont d'étymologie établie. On a néanmoins supposé que était une contamination de avec , équivalent supposé de , la et qui répondrait au latin . Le mot grec est à l'origine, à l'époque moderne, du préfixe "géo-", qui compose les mots faisant référence à la terre, tels géographie, géologie, géométrie, etc. Mythe. Gaïa est largement évoquée dans la "Théogonie" d'Hésiode : au commencement c'est Chaos qui sort d'une profonde crevasse, suivi par Gaïa et Éros (l'Amour). Gaïa donne naissance, dans un premier temps (sans intervention mâle), à Ouranos (le Ciel) afin de l'envelopper, Pontos (le Flot marin) et à Ouréa (les Montagnes et les Monts), ainsi qu'aux nymphes. S'unissant à Ouranos, elle enfante ensuite les Cyclopes (bâtisseurs de murs colossaux, à l'œil unique au milieu du front, qui donneront plus tard le foudre à Zeus), les Titans et Titanides (divinités de très grande taille, décrits comme violents et forts dans la "Théogonie" d'Hésiode), parmi lesquels Cronos (celui qui sauvera ses frères et sœurs de la haine de leur géniteur) et les Hécatonchires : Cottos, Briarée et Gygès (monstres possédant 50 têtes et 100 bras). Fécondée ensuite par son fils Pontos, elle engendre les divinités marines primordiales : Nérée (qu'Hésiode, dans sa "Théogonie", v. 233-234, fait plutôt naître du seul Pontos), puis Thaumas, Phorcys, Céto et Eurybie. Avec Tartare, elle donne naissance à Typhon et, selon le pseudo-Apollodore, à Échidna. Plusieurs autres maternités lui sont également attribuées. Descendance. Les descendants de Gaïa sont très nombreux. Sa descendance compte des divinités primordiales, des Titans, des Géants, des divinités marines et agrestes, des divinités mineures, diverses créatures (monstres et animaux), des rois et des peuples. Parmi les principaux enfants cités par les traditions posthésiodiques, on trouve : On lui reconnaissait en outre la maternité parthénogénétique de lointains héros fondateurs ou premiers hommes, tels que : Et aussi de peuples mythiques entiers : Autres terre-mères. La Terre-Mère des anciens est presque toujours désignée sous les noms de Gaïa ou Gê en Grèce, de Tellus ou de "Terra-Mater" chez les Romains, tous considérés comme des traductions littérales du mot « Terre ». Mais au gré des traditions tardives, elle se confond, notamment chez les poètes, avec d'autres puissances fécondatrices, telles la déesse-mère phrygienne Cybèle (plus fréquemment assimilée à la Rhéa grecque) ou la déesse du foyer Hestia ou Vesta (notamment dans les "Fastes" du poète latin Ovide). Eschyle considère pour sa part qu'elle ne fait qu'une avec Thémis (Prométhée enchaîné) ; les traditions orphiques la désignent volontiers sous le vocable de Chthon en tant que puissance infernale (divers orphiques). Dans la tradition gnostique au sens le plus élargi, la Terre-Mère est formée de l'Éon Achamoth (ou "Sophia-Terrestre", la sagesse), rejetée du Plérôme où l'engendra à elle seule l'Éon Sophia du Dodécade (sans appoint de son pendant mâle, Thélêtos (ou Christos) la volonté). Elle erre ainsi, disséminant à travers le Kérôme, et ne faisant bientôt plus qu'un tout avec le plan terrestre. Gaïa est assimilée au dieu de la Terre égyptien Geb. Interprétation. En tant que divinité première, Gaïa est, d'une certaine manière, la gardienne du pouvoir divin : c'est elle qui provoque la rébellion de Cronos contre Ouranos et celle de son petit-fils Zeus contre Cronos, en une certaine quête du souverain parfait ; mais elle dresse aussi ses fils monstrueux, les Géants et Typhon, contre Zeus, mutineries vouées à l'échec. De cette façon, les Grecs ont voulu sans doute représenter les deux aspects de la nature : capable de créer la beauté harmonieuse mais également capable de faire resurgir le chaos originel. Elle est aussi la première divinité qui pouvait prédire l'avenir, notamment à Delphes où elle sera finalement remplacée par Thémis puis Phœbé (Eschyle, les Euménides, 1 et suiv.) puis par Apollon. Mais d'autres traditions affirment qu'elle a été remplacée directement par Apollon après que celui-ci eut percé de ses flèches le dragon Python, gardien du sanctuaire de Gaïa ("Hymne homérique à Apollon"), né de cette dernière et du dieu-fleuve Nil juste après le déluge (Ovide, "Métamorphoses", 1). Lovelock et l'hypothèse Gaïa. Pour illustrer sa théorie , l'écologiste anglais James Lovelock utilise, dès 1970, le nom et l'image de la déesse mère Gaïa, personnifiant (titre de son ouvrage fondateur). Selon lui, la Terre est un système intelligent, s'autorégulant, et voulant permettre le développement de la Vie, objectif permis au moyen des lois gaïennes. Cette hypothèse a ses prolongements et alimente toujours des débats tant dans les milieux artistiques, académiques (voir aussi les articles détaillés Hypothèse Gaïa et théories Gaïa) que dans la société (Gaïanisme des courants New Age par exemple).
Gaéa
Gaia
Ginza est un quartier chic de Tokyo, situé dans l'arrondissement de Chūō. Origines. Lorsque la capitale du Japon devient Edo en 1602, Ginza qui était une zone marécageuse est assainie et devient un pôle d'attraction pour les marchands et commerçants. Le quartier est construit en 1612. Le pont de Nihonbashi à Ginza devient rapidement le point de départ de la Tōkaidō, le principal axe de circulation entre le Kantō et le Kansai. Le quartier est baptisé « Ginza » (« siège de l'argent ») parce qu'il abrite le bureau chargé de superviser la frappe de pièces de monnaie en argent ("ginka") et la maison de commerce du métal. À partir de l'ère Meiji (1868-1912), Ginza devint un quartier en vogue où le siège des grandes sociétés modernes de commerce et de communication, ainsi que les restaurants de style européen côtoient les vieilles enseignes traditionnelles. Ginza de nos jours. Dans les années 1980, Ginza était le quartier commerçant le plus cher au monde. On y trouve encore aujourd'hui le long de grandes avenues de nombreuses boutiques de mode (notamment des marques de luxe de renommées internationales), mais aussi des "showroom" à la japonaise, c'est-à-dire des bâtiments d'exposition, assez découpés, où l'on peut découvrir différents produits, par exemple des voitures dans le "showroom" Nissan, de l'électronique grand public au cœur du Sony Building ou dans l'Apple Store. Le quartier est aussi connu pour l'abondance de ses enseignes lumineuses. Le quartier était traditionnellement le lieu du luxe au Japon avec par exemple les enseignes Prada, Louis Vuitton ou la première boutique asiatique de la marque Abercrombie & Fitch. C'est un secteur qui a longtemps ignoré la crise au Japon. Toutefois, avec la baisse des loyers et la mondialisation, se sont installés récemment des marques bon marché comme Uniqlo, Gap, Zara ou Forever 21. Lieux importants. Plusieurs théâtres renommés se trouvent à Ginza : le Kabuki-za, théâtre de kabuki, le théâtre Takarazuka, exclusivement féminin, ou encore Shinbashi Enbujō. En tant que quartier du luxe, on y trouve de nombreux grands magasins : Mitsukoshi, Matsuya, Tokyu Plaza, Ginza Six qui a remplacé Matsuzakaya, Marronnier Gate Ginza qui a remplacé Printemps, ou encore Wako, ancien siège de l'horloger Seiko. S'y trouvent également le Gallery Center Building, abritant des galeries d'art japonais et occidental, une salle d'expositions Sony, et Sukiyabashi Jirō, le restaurant de sushis qui avait « 3 étoiles » au Guide Michelin de Jirō Ono.
Gaule romaine La Gaule romaine désigne à la fois un lieu donné et une époque précise de l'histoire par les historiens français. Géographiquement, la Gaule romaine recouvre la France actuelle, la Belgique, le Luxembourg et une partie des Pays-Bas, de l'Allemagne et de la Suisse actuelles. La principale ville était Lugdunum (aujourd'hui Lyon), la capitale des Gaules (Gaule lyonnaise, Gaule aquitaine et Gaule belgique). La période couverte va de la conquête de la Gaule par Jules César (-52) à la bataille de Soissons (486) qui marque l'avènement des Francs de la dynastie mérovingienne. Cependant, pour la civilisation romaine, le terme gaulois représentait les nomades celtes (en grec "Keltoi"), qui occupaient alors le nord de l'Italie en deçà et au delà des Alpes. Pour exemple, en Angleterre, il existe des Gallois. La Gaule romanisée. Alors que les Celtes (ci-après Gaulois) avaient envahi l'Italie et conquis Rome dans le passé, les Belges, les Gaulois et les Aquitains succombèrent sans grande résistance à l'avancée des légions romaines. Au cours des deux siècles qui suivirent leur conquête, les Gaules connurent seulement deux mouvements de révolte, en 21 et en 68 Malgré des luttes de pouvoir stériles, les Gaulois cisalpins s'appliquèrent plus à imiter leurs vainqueurs qu'à cultiver leur originalité. Ce ralliement favorisa la tâche de Rome qui, en quelques décennies, dota le pays de nouvelles structures politiques et administratives, transforma les villes comme les campagnes, multiplia les réalisations spectaculaires tel le pont du Gard, et marqua ainsi la Gaule cisapine d'une empreinte profonde. La romanisation des âmes. S'étonnant que ses livres fussent vendus dans la capitale des Trois Gaules, Pline le Jeune écrivait : Cette boutade donne la mesure de la romanisation. Il ne suffit pas en effet de reconstituer le cadre de la vie publique ou de recenser les vestiges de l'architecture romaine pour apprécier la diffusion de ce qu'on appellerait aujourd'hui « mode de vie romain ». Le temps des malheurs. En 162, alors qu'en Arménie les Parthes envahissent l'Empire romain, les Chattes, un peuple germanique, s'infiltrent dans le nord de la Belgique. En 166, deux siècles après que Jules César eut rejeté Arioviste au-delà du Rhin, des Quades et des Marcomans franchissent le Danube, traversent les Alpes. En 172, d'autres pénètrent en Alsace. Avec ces premières brèches dans la ligne de défense édifiée depuis deux siècles pour endiguer la menace germanique, la pression germanique s'annonce en Gaule romaine. Les événements. À la suite de la campagne victorieuse de Jules César, des troubles, notamment dans la province d'Aquitanie (aujourd'hui Aquitaine), durent être réprimés par Agrippa en 38 av. J.-C. et Messalla en 27 av. J.-C.. Révolte de Sacrovir. En 21, sous Tibère, de nouvelles mesures financières poussent plusieurs peuples gaulois dans le bassin inférieur de la Loire, dont les Andécaves et les Turones à se révolter. D'autres peuples se joignent à eux : les Trévires sous la conduite de Julius Florus dans les Ardennes, les Éduens et les Séquanes sous celle de Julius Sacrovir près de Lyon. La garnison romaine de Lyon, renforcée par une partie des légions du Rhin mit rapidement fin à ces révoltes. Vaincus, Sacrovir et Florus se donnent la mort par immolation. Révolte de 69-70. Au , l'Empire romain connut lors de la succession de Néron une grave crise civile, avec l'affrontement de Galba, Othon, Vitellius, et Vespasien. En 69 , les Bataves étaient alliés des Romains. Le Batave Caius Julius Civilis, soupçonné à tort de connivence avec les clans germains hostiles est emprisonné, puis délivré par Galba dès son avènement. À la mort de Galba, une guerre fratricide oppose Vitellius à Othon, puis à Vespasien. Civilis refuse de soutenir Vitellius qui commande les légions de Basse-Germanie et assiège le camp romain de Vetera. La disparition de Vitellius et les atermoiements de Vespasien qui tarde à venir pacifier la région créent un climat de guerre civile. Dans ce contexte, Civilis a une entrevue à Cologne "(Colonia)" au cours de l'hiver 69-70 avec trois chefs gaulois, le lingon Julius Sabinus et les trévires Julius Classicus et Julius Tutor. L'idée commune est de constituer un empire gaulois autonome associé à un Empire batavo-germanique, puis de négocier d'égal à égal avec l'Empire romain. Le général romain Vocula qui tente de dégager le camp de Vetera est assassiné. Classicus proclame l'Empire gaulois, et Julius Sabinus prend le titre de "césar des Gaules". Cependant, ce dernier disparaît à l'issue d'un combat perdu près de Vesoul contre les Séquanes qui refusaient de rentrer dans la coalition. Caius Julius Aupex, premier magistrat des Rèmes prend alors l'initiative de proposer à l'ensemble des civitas gauloises une conférence impériale qui se tient à Reims "(Durocortorum)" en août 70. Aupex est partisan d'un accord avec Rome et rallie la majorité des délégués contre l'avis de Valentin (Julius Valentinus), délégué des Trévires et des Lingons. Vespasien a nommé Quintus Petillius Cerialis légat de Basse-Germanie. Le général romain fait son entrée à Trèves, exploite intelligemment les dissensions gauloises, et soumet en décembre 70, après quelques affrontements, Civilis, Classicus et Tutor. Valentin qui a poursuivi la résistance est pris et exécuté. Quant à Julius Sabinus, il est pris à son tour après s'être caché neuf ans. Il est exécuté avec sa femme Éponine de Langres sur ordre de Vespasien. Cet épisode qui oppose des Gaulois entre eux – Julius Sabinus étant lui-même allié à des Germains – relève plus de troubles intérieurs que d'une volonté de mettre fin à une quelconque domination romaine. La paix qui s'instaure ensuite – si elle est une paix « en armes » – dure jusqu'aux troubles du milieu du . Empire gaulois 260-273. Au cours du , l'Empire romain connaît une période de grave crise appelée l'Anarchie militaire. Aux raids barbares parfois aux conséquences durables (pillage et accaparement de richesses transportables, prise d'otages ou d'esclaves) s'ajoutent une crise politique et économique qui se traduit par une dévaluation importante de la monnaie (à valeur beaucoup plus fiduciaire que réelle, comme les bronzes), une grande instabilité politique doublée de guerres civiles et de généralisation de bagaudes encore plus ravageuses que les incursions étrangères. Quelques généraux prirent le contrôle des Gaules, assurant la défense du limes du Rhin et s'intitulèrent « Empereur des Gaules ». Les cités qui participent à des guerres locales agressives ou qui en craignent les répercussions se mutilent pour se doter de remparts efficaces, dans les années 270-275. Des cités comme Divodurum Mediomatricorum (Metz), Limonum (Poitiers), Avaricum (Bourges) auraient eu des limites originelles d'enceintes sacrées incluant respectivement 70, 50 et 40 hectares, sans forcément avoir été pleinement remplies. Même Agendicum (Sens) s'étend sur , Tullum Leucorum (Toul) sur , alors que les antiques Lutèce (Paris) ou Condate Riedonum (Rennes) n'atteignent pas . Tous ces aménagements destructeurs, afin de protéger et densifier le centre, créent de facto les premiers faubourgs, parfois encore plus ou moins réduits pour des raisons stratégiques, et désorganisent en partie et durablement les aménagements hydrauliques, assurant autrefois la qualité de vie et l'image festive de la ville. Usurpations sous Probus. Au cours des années 280-281, l'empereur Probus eut à combattre deux usurpations, de Proculus et de Bonosus à Cologne, vite réprimées. Carausius. Marcus Aurelius Carausius est un Ménapien, officier romain. Il combat les Bagaudes aux côtés de Maximien Hercule qui le charge de la défense du littoral Nord et Nord-Ouest. En conflit avec Maximien, il se déclare "Imperator", s'allie avec des clans bagaudes et germains, et passe en Britannia romaine en 286. Il débarque ensuite à Boulogne, rentre dans Rouen dont il fait sa capitale. Un traité avec Maximien lui reconnaît la qualité d'Auguste en 289, mais il prend le titre d'« Empereur de la Mer » et non celui d'Empereur des Gaules. En dehors de l'île Britannia, son autorité n'est reconnue que sur le littoral. En 293, Constance Chlore est nommé par Dioclétien « césar des Gaules ». Il est chargé par Maximien d'en finir avec Carausius. Il investit Gesoriacum (Boulogne) et obtient la reddition des Morins. Sur Britannia, Carausius est assassiné par un de ses lieutenants, Allectus qui lui succède. Ce n'est qu'en 297, que Constance Chlore débarquera en Britannia et mettra fin à l'Empire de la Mer. Allectus est à son tour assassiné. Le. La décadence de l'Empire romain, les extraordinaires ravages des guerres civiles entre cités après les restaurations d'autorité de Dioclétien à Constantin, qui logent pour y assurer la sécurité policière les "barbari" (soldats) dans les centres villes, parfois les rares passages d'armées barbares, cherchant du ravitaillement gratis ou commettant opportunément pillages et rançons, créent un climat de troubles, alors que les rares campagnes populeuses des Gaules oppressées d'impôts et de taxes renouvellent leurs révoltes traditionnelles ou bagaudes sanglantes, les populations rurales sans statut alimentent des courants migratoires qui se transforment en véritables flots de réfugiés vers les diocèses supposés prospères ou paisibles. Ainsi de petites cités disparaissent ou s'annihilent, des vides territoriaux incroyables gardant des vestiges monumentaux se créent au point que des groupuscules ou clans barbares et nomades, bien armés avec leurs troupeaux mais nullement agressifs et prêts à pactiser ou s'entendre avec les derniers occupants, observent avec fascination les fondements ou reliquats en pierre qu'ils croient sincèrement avoir été érigés par des dieux ou des géants fantasques, réseaux de voies intacts traversant les contrées à l'infini du regard, bâtiments et villae à colonnades, certaines parfois en ruines depuis plus d'un siècle, cités et zones urbanisées en partie désertes, vastes campagnes ouvertes mais déjà en friches. En 435-437, Tibaton (ou Tibatto) se fait élire par ses troupes « Empereur bagaude » avant de mourir assassiné. Les généralissimes romains commandant les derniers territoires gallo-romains se font appeler Patrice, Préfet du prétoire, voire Roi des romains, mais éluderont le titre d'empereur. Il s'agit de : Organisation administrative. Les provinces. Après le recensement général de la Gaule en 27, l'organisation administrative est mise en place par Auguste et comprenait : Sous Domitien, la Gaule belgique fut divisée en trois provinces : la Belgique, la Germanie supérieure et la Germanie inférieure. Par la suite c'est Dioclétien qui va morceler les provinces de Gaule : En 418, un édit réorganise les assemblées provinciales en leur donnant pour lieu de réunion Arles, siège depuis quelques années de la préfecture du prétoire des Gaules (à la place de Trèves, trop exposée aux raids barbares). Les diocèses. Sous la tétrarchie, les provinces furent réunies en deux diocèses : La préfecture. Les deux diocèses relevaient de la préfecture du prétoire des Gaules. Celle-ci comprenait aussi les diocèses d'Hispanie et de Bretagne. L'ensemble faisait partie de l'Empire romain dès sa conquête par Jules César en 51 av. J.-C., jusqu'au de l'ère chrétienne, voire jusqu'au début du cinquième. C'est-à-dire jusqu'à la fin de l'Empire romain, à l'époque des invasions barbares, et notamment celle des Francs. La capitale de la Gaule romaine, ou plutôt des Gaules, était Lyon, alors appelée "Lugdunum", centre du culte fédéral à Rome et Auguste. Lyon eut le droit de frapper la monnaie romaine, chose unique dans l'Empire romain durant le premier siècle. La Gaule romaine a joué un rôle important dans l'Empire romain, comme province la plus peuplée de l'Empire (population estimée à 8 ou 10 millions d'habitants) et comme plaque tournante du commerce européen, voie d'accès fluviale et terrestre à l'Europe du Nord et à l'Angleterre - alors appelée la Bretagne. Pour ces divers rôles importants, Rome a favorisé la Gaule, en accordant progressivement la citoyenneté romaine aux Gaulois à partir du premier siècle. Transition vers les royaumes francs. Ces événements ont longtemps été exploités dans une perspective nationaliste ; il est probable qu'après les horreurs de la guerre, la majorité des Gaulois aspirent à la paix, paix dont les Romains étaient les nouveaux garants. De plus, le régime imposé par Rome est relativement agréable pour les élites gauloises qui profitent très vite des avantages de la romanité (loisirs, culture, art de vivre..) et voient leurs prérogatives confirmées au service de Rome. Michel Reddé (dans "L'Armée romaine en Gaule", 1996) montre comment la tradition guerrière de l'aristocratie gauloise est mise à profit, d'abord afin d'assurer la paix intérieure (les "equites" de la célèbre cavalerie gauloise conservent leur équipement et leurs traditions, chaque "aile" étant recrutée dans un même peuple ; certains obtinrent le privilège de battre monnaie, comme le Séquane Togirix), puis dans l'entreprise de la conquête de la Germanie. Très tôt, en effet, les troupes romaines chargées de pacifier la Gaule sont transférés sur le Limes (le long du Rhin et du Danube) qui protège efficacement la Gaule trois siècles durant et vers -12 l'armée romaine n'est plus guère présente en Gaule. Il semble que cette transition se soit faite facilement et progressivement à compter du , et ce pour plusieurs raisons :
Gone Gone peut faire référence à :
G.E. Ranne
Grande Dépression La Grande Dépression () ou « crise économique des années 1930 », dite encore « crise de 29 », est une longue phase de crise économique et de récession qui frappe l'économie mondiale à partir du krach boursier américain de 1929 jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. Précédée par la puissante expansion des années 1920, c'est la plus importante dépression économique du . Elle a été accompagnée d'une forte déflation et d'une explosion du chômage et a poussé les autorités à une profonde réforme des marchés financiers. Chronologie. Jeudi noir et conséquences directes. Le krach du 24 octobre 1929 produit une perte importante de valeur à la bourse de New York. En raison de la déflation, l'un des principaux problèmes aux États-Unis est qu'une même somme d'argent permet d'acquérir de plus en plus de biens au fur et à mesure de la chute des prix. Dans ces conditions, les agents économiques ont individuellement intérêt à : L'effet du krach de 1929 sur la Grande Dépression a fait l'objet d'analyses diverses. Il a significativement impacté les pratiques des traders. Gérald M. Loeb, influencé par le krach fait partie des premiers auteurs à décrire le marché comme trop imprédictible pour investir dans des actions à long terme et à changer durablement les pratiques d'investissement et de spéculation. Pour Paul Samuelson, il n'est qu'un des facteurs, d'ailleurs « fortuit », qui ont conduit à la Grande Dépression. Crise boursière et bancaire. La situation devient un cercle vicieux durant plusieurs années. La chute se traduit à de nombreux niveaux, y compris dans les cours de bourse : l'indice Dow Jones perd pratiquement 90 % entre son niveau le plus haut en 1929 et son niveau le plus bas en 1932. En raison de l'éclatement de la bulle spéculative, de nombreux plans d'investissements s'avèrent insolvables, voire frauduleux. La crise boursière dégénère en crise bancaire. Les banques font faillite : elles sont prises en tenaille entre l'effondrement de la valeur de leurs actifs (elles sont parfois engagées dans des affaires douteuses, même si des entreprises régulières et solides sont également frappées), les défauts de remboursement de leurs emprunteurs et la réduction de leur activité de crédit (ajouté à cela leurs incapacités à rembourser leurs propres déposants). Dans un tel climat, il en faut peu pour provoquer la faillite de certaines banques et précipiter l'effondrement du système bancaire. La précarité du système bancaire encourage la population à conserver ses liquidités et le manque de liquidités présent sur le marché empêche la reprise d'une activité économique à même d'inverser la tendance. Entre 1929 et 1933, la production industrielle américaine baisse de moitié. Entre 1930 et 1932, bancaires font faillite, ce qui fait augmenter de manière conséquente le taux de chômage chez les ouvriers(et les employés) au début des années 1930 : le taux de chômage aux États-Unis atteint 9 % en 1930. Le pays compte quelque de chômeurs en 1932. En 1933, lorsque Roosevelt devient président, 24,9 % de la population active est au chômage et deux millions d’Américains sont sans-abri. Les manifestations de la faim se multiplient. En mars 1930, défilent dans les rues de New York. En juin 1932, les anciens combattants réclament le paiement des pensions à Washington : ils sont violemment délogés par les soldats. Une grande grève dans le secteur du textile éclate en 1934. Dans les campagnes, la situation économique se dégrade, notamment à cause de la sécheresse et du Dust Bowl (1933-1935). En 1933, la diminution de 60 % des prix agricoles affecte durement les agriculteurs (effet ciseaux). La ruine des fermiers des Grandes Plaines pousse des milliers de personnes à s'installer dans les États de l'Ouest. Face à la misère qui grandit, l'influence communiste progresse dans les milieux populaires. Diffusion de la crise au plan mondial. La diffusion de la crise se réalise par deux canaux. Comme les banques américaines ont alors des intérêts dans de nombreuses banques et bourses européennes et qu'elles rapatrient d'urgence leurs avoirs aux États-Unis, la crise financière se propage progressivement dans toute l'Europe. Parallèlement, les échanges économiques internationaux subissent de plein fouet d'abord le ralentissement qui commence aux États-Unis, ensuite l'effet négatif des réactions protectionnistes, d'abord des États-Unis, puis de tous les autres pays quand ils sont touchés à leur tour ; la France et le Royaume-Uni effectuent un recentrage sur leurs colonies, mettant au point la « préférence impériale », interdite lors de la conférence de Berlin (1885) mais à nouveau pratiquée après 1914. Les relations économiques étant à l'époque bien moindres qu'aujourd'hui, ces répercussions mettent quelques mois à se manifester : ainsi la France est touchée à partir du second semestre de 1930, soit six mois plus tard. L'Italie fasciste est touchée à partir de 1931. Dans "Tintin en Amérique" (1931)"," Hergé ne consacre qu'une image à la crise, de façon très anecdotique. Les réactions gouvernementales en Europe ne sont pas plus adéquates qu'aux États-Unis. En France la crise est aggravée par les mesures déflationnistes (baisse des prix et des salaires) des gouvernements Tardieu et Laval, malgré le lancement de grands travaux (dont l'électrification des campagnes). En Allemagne, le taux de chômage atteint plus de 25 % de la population active en 1932, alimentant désillusion et colère de la population. C'est notamment en promettant de juguler la crise qu'Adolf Hitler parvient au pouvoir le 30 janvier 1933. En Espagne, la crise économique coïncide avec l’arrivée du Front populaire au pouvoir et aggrave les tensions politiques qui mènent à la guerre civile de 1936. En Amérique du Sud, en Asie et en Afrique, se produit la « crise des produits de dessert » liée à la forte baisse du pouvoir d'achat en Europe et en Amérique du Nord. Au Brésil, pour limiter les transports d'invendus et maintenir les cours, du café est brûlé dans les locomotives. Si le monde occidental entier est touché, l'Union soviétique de Staline reste à l'écart de la crise en raison de son système économique autarcique et de la non-convertibilité du rouble. Causes. De nombreuses explications concurrentes s'opposent au sujet des causes de la Grande Dépression. La plus célèbre explication de la Grande Dépression est celle proposée par Milton Friedman et Anna Schwartz dans "Une histoire monétaire des États-Unis, 1867-1960", que l'on appelle généralement la Grande contraction. La Grande Dépression n'aurait été à l'origine qu'une crise économique classique, mais elle aurait été amplifiée par la politique monétaire de la Réserve fédérale. Peu interventionniste, souhaitant laisser libre cours aux marchés, la Fed a laissé la masse monétaire chuter de plus d'un tiers. Cela a exercé une pression à la baisse sur les échanges économiques. Cette explication est concurrencée, quoiqu'en partie compatible, avec celle avancée par John Maynard Keynes dans la "Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie". La crise de 1929 se serait transformée en la Grande Dépression par le biais d'une sous-consommation chronique. Le chômage et les anticipations négatives des entreprises et des ménages ont conduit à une contraction de la demande, et donc, à un cercle vicieux par lequel les entreprises ont mis à l'arrêt leurs usines, licenciant plus encore de salariés. Il s'agit de l'explication keynésienne de la Grande Dépression. Une troisième explication pointe du doigt l'endettement excessif que connaît l'Amérique en 1929. L'économie américaine avait connu une décennie de croissance en partie basée sur l'endettement. Le surendettement des ménages et des entreprises s'est traduit par des effets de levier dangereux. La crise provoque une incapacité des agents économiques à rembourser leurs emprunts, ce qui cause des faillites en série tant des ménages que des entreprises, dont des banques. Il existe également une explication géopolitique à la Grande Dépression. Il s'agit de l'explication de Charles Kindleberger : selon la théorie de la stabilité hégémonique, les crises économiques mondiales ne peuvent être stabilisées que dans le cas où une puissance dominante, l'"hegemon", prend à sa charge la fourniture de biens publics mondiaux, dont le soutien face à des crises économiques fait partie. Or, les années 1920 sont marquées par la perte de statut d"'hegemon" par le Royaume-Uni, et un refus latent des États-Unis d'endosser ce rôle. L'Amérique n'a ainsi pas pris la crise en main en tant que "leader" mondial, alors que c'est le seul pays qui disposait de la puissance économique et financière pour redresser la situation à la racine. En termes monétaires, certains auteurs mettent en avant le poids des tensions déflationnistes sur l'économie mondiale dès 1928. Le rôle de l'accumulation de masses d'or importantes par la France est à ce titre tout particulièrement pointé du doigt (responsabilité de la France dans la Grande Dépression). En thésaurisant de l'or, la France aurait réduit les masses monétaires des autres pays, et serait ainsi responsable d'environ 30% de la déflation de 1930-1931. Enfin, certains économistes se sont intéressés au rôle joué par le protectionnisme dans le déclenchement de la crise. Politiques mises en place pour sortir de la crise. "New Deal" (1933). Une politique interventionniste. Herbert Hoover, président républicain des États-Unis de à , tenta sans grand succès de remédier à la crise. Ses adversaires démocrates le surnommaient le "". ayant perdu 3/4 de sa valeur, il faut d'urgence lancer les grandes réformes financières et boursières de son successeur Roosevelt. Reposant sur le crédit à la consommation, l'économie américaine est alors étranglée par l'effondrement de ses banques. En , les États-Unis élisent Franklin Delano Roosevelt (démocrate) pour remplacer Hoover à la tête de l'État. Le taux de chômage approchait alors les 25 % de la population active. Roosevelt prit ses fonctions en mars 1933 et lança plusieurs programmes nationaux afin d'accroître le volume de liquidités et réduire le chômage (c'est ce que l'on nomma le ). Cet interventionnisme économique très fort conduira la Cour suprême à des arrêts négatifs, immédiatement présentés par le gouvernement comme une opposition politique, cependant à partir de 1937, par l'arrêt , la cour adapte sa jurisprudence et n'essuie plus guère cette critique. Le Congrès envisagea de réduire la semaine de travail à trente heures afin de créer des emplois. Roosevelt mit en œuvre des mesures d'urgence impliquant un contrôle étatique du fonctionnement du capitalisme. Celles-ci incluaient la garantie des fonds bancaires par le système de la Réserve fédérale (Fed), l'utilisation de l'argent public pour acheter et détruire des récoltes afin de faire monter les prix, un programme de travaux d’intérêt général employant dans des chantiers de jeunes chômeurs, une forme limitée d'autorégulation de l'industrie au moyen de cartels pour contrôler les prix et les niveaux de production, des quantités limitées de production étatique directe sous le contrôle de la , ainsi que des mesures permettant aux travailleurs de former des syndicats et d'obtenir des hausses de salaire afin d’accroître la demande des biens de consommation. La force des syndicats. L'amélioration de la situation économique et des droits syndicaux entraîna chez une partie des travailleurs un sentiment nouveau de confiance en leur capacité à lutter. Des syndicats, tels que le Congrès des organisations industrielles (CIO), recrutent des millions de nouveaux membres. Dans les six premiers mois du New Deal, au moins quinze ouvriers grévistes furent tués, deux cents blessés et des centaines incarcérés. En 1934, les grèves des ouvriers de l'industrie automobile, des chauffeurs routiers de Minneapolis et des débardeurs de San Francisco furent victorieuses, malgré les attaques de briseurs de grève et de la police. Les grèves se multiplièrent au cours des années 1935-1937, permettant dans bien des cas d'obtenir des améliorations salariales. Ces mouvements sociaux, qui favorisaient la solidarité entre travailleurs blancs et noirs, permirent de faire reculer le racisme. Le CIO était alors la seule grande institution de la société américaine où les ouvriers noirs avaient une possibilité de « participation authentique » aux côtés des travailleurs blancs. Ce syndicalisme reflua en 1937, notamment lorsque 18 grévistes furent tués par la garde nationale et des centaines d'autres arrêtés lors d'une grève en mai. Dans plusieurs États, les gouverneurs renforcèrent la législation anti-syndicale. Dix grévistes sont également tués à Chicago par la police. En 1939, le nombre de grèves fut deux fois moins élevé qu'en 1937. L'assainissement du secteur bancaire. Les États-Unis tentèrent également d'assainir les pratiques bancaires en leur donnant un cadre légal plus strict, afin de protéger et rassurer les clients. En 1933 et 1935, le Glass-Steagall Act et le Banking Act sont votés dans ce but. Il instaure une séparation entre les banques de dépôt (épargne et prêt) et les banques d'investissements (vente de valeurs mobilières diverses). Après avoir été largement contourné par l'ensemble de la profession bancaire, il a finalement été abrogé en 1999 puis avec la crise économique de 2008 remis en place par Barack Obama (président des États-Unis) cette année-là. Un bilan controversé. Le "New Deal" voulut offrir une réponse politique aux attentes sociales nées du désastre humain de la crise dont témoigne par exemple "Les Raisins de la colère" de Steinbeck. Il entend redonner espoir aux Américains. Roosevelt sera réélu en 1936, 1940 et 1944. Il fournit aussi aux États-Unis des infrastructures - routes, aménagements hydroélectriques - partiellement encore utilisées à l'heure actuelle. Le "New Deal" est souvent crédité d'avoir permis de surmonter la crise. Ce point de vue, généralement admis jusque vers les années 1960, est aujourd'hui contesté par certains économistes. Lorsque survint la Seconde Guerre mondiale, en 1939, soit après les débuts du "New Deal", les États-Unis étaient encore en pleine crise. Une personne sur sept était encore sans emploi à la fin des années 1930. que l'instabilité inhérente des marchés économiques causa une crise si profonde que même les interventions du New Deal, aussi pertinentes qu'elles fussent, n'auraient pas pu rétablir rapidement la situation. D'après eux, la crise de 1929 correspondant à la période de l'histoire américaine où l'intervention du gouvernement fut la plus forte, on pourrait raisonnablement penser que l'action du gouvernement n'a fait qu'accentuer la dépression, plutôt que d'y remédier. Ils tirent, entre autres, argument du fait qu'après un redressement initial, l'économie a replongé à partir de 1937, à peu près au moment où la Cour suprême a permis au "New Deal" de prendre plus d'ampleur. La thèse défendue par l'École autrichienne d'économie (Hayek, Mises) est que la crise fut en fait causée par les interventions politiques ayant permis le développement d'une bulle spéculative qui éclata le « jeudi noir ». Selon les monétaristes comme Friedman, elle aurait été aggravée par la politique monétaire trop restrictive de la Fed, et elle prit fin lorsque cette politique cessa, pour redevenir plus accommodante. La Fed elle-même s'est ralliée à cette thèse et gère maintenant toutes les crises comparables en conséquence : elle fait largement crédit par des taux bas, crédit qu'elle résorbe ensuite par des taux croissants. Plan de relance allemand. L'Allemagne suivit dès le début des années 1930 une politique différente des recettes de l'orthodoxie de l'époque. Sous la responsabilité financière de Hjalmar Schacht, elle se lance dans une politique d'investissement massif, avec des objectifs civils. Galbraith écrira dans son livre sur « la monnaie » que la politique allemande fut à cette époque une politique keynésienne complète avant l'heure. La doctrine de Keynes dit en effet qu'il faut rétablir par une politique d'investissement public l'équilibre perdu entre épargne et investissement. C'est de cette époque que date le réseau d'autoroutes allemand (dont l'équivalent en France ne sera construit que trente ans plus tard). Cette politique est menée sans aucune inflation, ce qui vaudra une réputation durable au ministre des finances, malgré son rôle ultérieur dans l'appareil nazi. Malgré un apport non-négligeable de la politique de financement des grands conglomérats industriels de l'armement, le plein emploi est quasiment revenu avant même qu'Hitler n'oriente l'économie allemande vers la production militaire. Absence de plan de relance italien. En Italie, où l'exemple allemand n'est suivi que très partiellement, les aventures coloniales extérieures absorbent une partie importante de l'énergie nationale et l'économie restera faible pendant toute la période. Hésitations françaises. La Grande Dépression en France ne commence qu'à l'automne 1931, lorsque les exportations s'arrêtent, à la suite de la dévaluation de la livre. La France se replie sur son Empire et ne parvient pas à élaborer une politique constante. Au lieu de relancer la demande d'investissement public comme en Allemagne, on s'oriente vers une politique malthusienne sur l'offre de travail, avec les congés payés et surtout les « quarante heures », qui selon le démographe français Alfred Sauvy, dans son "Histoire économique de la France entre les deux guerres", bloque la reprise qui commençait à se manifester. L'effort de production militaire est tardif et n'a qu'une influence marginale sur l'activité. Autres. La situation est peu ou prou la même au Royaume-Uni, qui a tenté de revenir à un taux de change en or intenable pour la Livre avant même 1929, et qui a connu une stagnation plus longue que les autres pays. La politique d'armement ne commence vraiment que très peu de temps avant la guerre et ne peut être considérée comme la méthode qui a permis de sortir de la crise. Le Japon connaît une période d'avant-guerre très différente des démocraties du fait de son expansionnisme militaire et de l'encadrement rigoureux de la population. Il manque de pétrole pour ses entreprises. La guerre avec les États-Unis sera largement provoquée par l'embargo (l'interdiction d'exporter) décidé par ce pays sur les exportations pétrolières vers le Japon. Économie de guerre. En outre, tous ces pays furent ruinés par la guerre. Les États-Unis connurent une période de forte activité pendant la Seconde Guerre mondiale avec le retour au plein emploi, la mobilisation des hommes jeunes étant compensée par le recours massif à la main-d'œuvre féminine dans les usines d'armement. D'énormes investissements furent faits dans beaucoup de domaines qui, après-guerre, donnèrent un avantage technologique au pays. Lorsque la guerre arriva à son terme, le retour des millions de soldats dans leurs foyers imposa une période de réajustement de l'économie. C'est cette transition qu'était censée faciliter la G.I. Bill. En fait, ce fut le seul pays (en l'occurrence les États-Unis) important à ne pas sortir ruiné de la guerre. , de peupler l'administration qui, pendant la période, se dote des moyens en hommes, en idées et en droit, de son action. La paix retrouvée, ils mirent en place une politique de dépense publique qui ne faiblira plus. Ces exemples montrent que la montée vers la guerre ne sera nulle part le secret de la fin de la crise de 1929. La guerre marquera une rupture dans les mentalités, provoquera un besoin de reconstruction intense pendant une dizaine d'années, provoquera une concentration du pouvoir économique dans l'État qui est désormais partout chargé du droit au travail et à la sécurité sociale. La nouveauté keynésienne devient la nouvelle orthodoxie et tous les gouvernements deviennent alors « keynésiens ».
Gambas Le terme gambas (avec un « s » final obligatoire, qui se prononce) peut signifier : Zoologie. Terme espagnol dont l'usage commercial peut correspondre à différentes grosses crevettes :
Géographie de l'Ouganda LOuganda est situé au cœur de l'Afrique des Grands Lacs, entouré par trois d'entre eux, le lac Édouard, le lac Albert et le lac Victoria. Une partie importante des frontières du pays sont des lacs. Géographie physique. Structure du territoire. L’Ouganda a une superficie de dont de lacs et de cours d'eau. Frontières Topographie. Le pays est principalement composé d'un plateau central, d'une altitude moyenne de mètres, entouré de montagnes, ce qui le rend plus propice à l'agriculture et moins sujet aux maladies tropicales que d'autres pays de la région. Le relief est composé de collines au sommet plat, séparées par des vallées au fond desquelles le papyrus abonde. Le pic Marguerite du mont Ruwenzori culmine à mètres d'altitude. Les autres sommets de l'Ouganda sont les monts Elgon ( m), Moroto et Kadam à l'est et le Morungole au nord. Inversement, le point le plus bas est le Lac Albert à . Géologie. Ressources naturelles : cuivre, cobalt, énergie hydraulique, sel, terres arables Climat. Situé sur l'équateur, l'Ouganda jouit cependant d'un climat tempéré par l'altitude. Le nord connaît un climat chaud et sec (température moyenne : ) tandis que le sud et les rives des lacs connaissent des pluies abondantes et une température plus modérée (moyenne : ). L'année connaît deux saisons sèches (de décembre à février, puis de juin à août). Le nord-est, près du Soudan du Sud, est semi-aride.
Gestion du trafic aérien La gestion du trafic aérien (ou ATM, de l'anglais "air traffic management" ) est l'ensemble des activités menées pour assurer la sécurité et la fluidité du trafic aérien. Apparue dans les régions du monde au trafic le plus dense afin de gérer les problèmes de congestion du trafic, la gestion du trafic aérien inclut les services de la circulation aérienne, la gestion des flux de trafic et des capacités, et la gestion de l'espace aérien. Les activités de gestion du trafic aérien sont menées aux différentes échelles géographiques que sont les territoires nationaux, les zones aériennes supra-nationales et les continents. Initialement menée par les États, la gestion du trafic aérien est désormais assurée par des organismes supra-nationaux, des prestataires de service privés, des gestionnaires d'aéroports et des prestataires de services de navigation aérienne . Définition réglementaire. L'Organisation de l'aviation civile internationale définit dans son document PANS/ATM (doc. 4444) la gestion du trafic aérien comme la "gestion dynamique intégrée de la circulation aérienne et de l’espace aérien, comprenant les services de la circulation aérienne [ATS], la gestion de l’espace aérien [ASM] et la gestion des flux de trafic [ATFM]" Intérêt environnemental. Selon le GIEC (1999) une meilleure gestion du trafic aérien (au sens large, c'est-à-dire incluant une attente réduite avant l'atterrissage, des itinéraires plus efficaces et des profils de vol optimisés) permettrait d'économiser de 8 à 18 % de kérosène (et donc de moins polluer). En Europe. Le ciel européen voit circuler près de avions par jour (année 2000), avec des pointes d'engorgement sur l'axe Londres-Paris-Milan. La mise en place du ciel unique européen s'axe autour d'une organisation : En France. La direction générale de l'Aviation civile (DGAC), via sa Direction des services de la navigation aérienne (DSNA), est responsable de la gestion du trafic aérien en France.