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N-Heptane L'heptane ou "n"-heptane est l'hydrocarbure saturé de la famille des alcanes linéaires de formule CH.
Handball Le handball (, ) est un sport collectif joué à la main où deux équipes de sept joueurs s'affrontent avec un ballon en respectant plusieurs règles sur un terrain rectangulaire de dimensions par , séparé en deux camps. L'équipe déclarée victorieuse est celle qui a marqué le plus de buts à la fin du temps imparti, généralement deux périodes de . Aujourd'hui essentiellement disputé dans un gymnase à sept joueurs (six joueurs de champ et un gardien de but), il existe également des versions en extérieur : le handball à onze, version historique disputé sur gazon à onze joueurs jusque dans les années 1960, et le beach handball, disputé sur sable à quatre joueurs et créé au début du . Étymologie. Le nom a été emprunté en 1912 à l'allemand : le substantif allemand se décompose avec " (« la main ») et " (« le ballon »), ce qui signifie littéralement « le ballon à la main », décrivant le ballon de handball lui-même. La prononciation en français européen est influencée par la prononciation allemande d'origine tandis que la prononciation en français canadien est plus proche de la prononciation en anglais nord-américain . Historique. Le jeu moderne prend ses sources au , au Danemark, sous le nom de . Dans les années 1900, un Irlandais du nom de Casey introduisit un jeu semblable au handball aux États-Unis. Il provoque un tel engouement qu'une compétition aurait même vu le jour en 1919 à Los Angeles. En Tchécoslovaquie, après la fin de la première guerre mondiale prenait naissance le . Cependant, le handball est considéré comme un sport de conception danoise. Le Danois Holger Nielsen créa les premières règles du handball moderne ("håndbold") en 1898. En 1919, le professeur allemand , de l'École normale germanique d'éducation physique de Leipzig, propose une adaptation du "torball" (sorte de pratiqué par les femmes allemandes) : il créa alors le handball à onze. En général, Schelenz est considéré comme le père du handball. Le jeu se pratique d'abord en extérieur, à 11 contre 11. Le handball à onze est ainsi introduit aux Jeux de Berlin en 1936. En 1938, deux championnats du monde sont organisés en Allemagne et remportés par l'Allemagne : un championnat à onze et un autre à sept, avec quatre équipes européennes (Allemagne, Autriche, Danemark, Suède). Le handball est très peu pratiqué avant la Seconde Guerre mondiale en France, mais en septembre 1941 on assiste à la mise en place, avec l'aide du régime de Vichy, d'une fédération française autonome. De plus, le handball fait son entrée dans les programmes du sport scolaire. La fédération est interdite et dissoute fin 1944 au titre de l'Ordonnance d'Alger du (Statut des groupements sportifs et de jeunesse, Journal officiel de la République française du ). Elle ne pourra renaître, après plusieurs enquêtes administratives et financières, qu'en juillet 1952. La Fédération internationale de handball est quant à elle fondée en 1946. Dans les années 1960, le handball à onze est progressivement abandonné au profit du handball à sept joueurs et le dernier championnat du monde à 11 a lieu en 1966. Si certaines compétitions ou matchs continuent à être joués en extérieur, le handball investit peu à peu les gymnases. Le handball est admis au programme olympique masculin en 1972 et les femmes entrent en 1976. Le handball est longtemps considéré comme un sport de complément, pratiqué l'hiver au chaud dans les gymnases. Puis, rapidement, on assiste à une véritable progression du handball jusqu'au niveau actuel, notamment grâce aux substrats actifs du milieu scolaire. Le handball doit donc beaucoup aux milieux scolaire et universitaire et tient aujourd'hui encore une place importante dans les programmes de l'Éducation nationale en France. Principes. Au handball, le but du jeu est de faire entrer le ballon dans le but adverse plus de fois que son adversaire en utilisant uniquement les mains pour manipuler le ballon. Le principe est de dribbler avec le ballon ou, faire une passe à un coéquipier. Une fois qu'il a le ballon en main, le joueur peut avancer en dribblant mais ne peut effectuer que trois pas sans dribbler et ne peut garder le ballon plus de trois secondes s'il reste immobile. Généralités. Une rencontre oppose deux équipes et se déroule généralement en deux mi-temps de 30 minutes, chacune séparées par une pause de 10 minutes. Trois temps morts d'une minute sont disponibles par équipe et par match, avec la contrainte pour chaque équipe de deux temps morts maximum par mi-temps et d'un temps mort maximum dans les cinq dernières minutes du match (règle du ). Chaque équipe se compose de sept joueurs sur le terrain et de remplaçants (joueurs de champ ou gardiens) jusqu'au nombre de sept. Toutefois, la Fédération internationale (IHF), les confédérations continentales et nationales ont la possibilité d'alléger la règlementation pour permettre d'inscrire 16 joueurs par équipe sur la feuille de match.Le nombre de remplacements en cours de match est illimité. Une équipe est en temps normal constituée d'un gardien de but et de six joueurs de champ, répartis la plupart du temps en deux ailiers (droit et gauche), deux arrières (droit et gauche), un demi-centre (ou arrière-central) et un pivot. Les statistiques montrent qu'entre la fin du et 2003, lors des compétitions internationales le nombre de buts marqués a significativement augmenté. Les matches enregistrant 30 buts ou plus sont de plus en plus fréquents. La compétence des gardiens semblait donc alors grandir moins vite que celle des tireurs. Terrain. Aire de jeu. L'aire de jeu est un rectangle de longueur de et de largeur comprenant une surface de jeu et deux surfaces de but. Les grands côtés sont appelés lignes de touche ; les petits, lignes de but (entre les montants) ou lignes de sortie de but. Une zone de sécurité devrait entourer l'aire de jeu. Sa largeur est au moins d'un mètre le long de la ligne de touche et de deux mètres derrière la ligne de sortie de but. Il n'est pas autorisé de modifier les caractéristiques de l'aire de jeu pendant le match de sorte à avantager une seule équipe. But. Le but est placé au milieu de chaque ligne de sortie de but. Les buts doivent être solidement fixés au sol ou aux murs derrière eux (s'il y en a). Ils ont une hauteur interne de et une largeur de . Les montants du but sont reliés à une traverse. Leur arête postérieure est alignée sur le côté postérieur de la ligne de but. Les montants et la traverse doivent présenter une section carrée de . Ils doivent être peints sur les trois faces visibles du côté de l'aire de jeu en deux couleurs contrastantes (généralement rouge et blanc), se détachant nettement de l'arrière-plan. Le but doit être muni à l'arrière d'un filet suspendu de telle sorte que le ballon qui entre dans le but ne puisse rebondir ou ressortir immédiatement. Un but est marqué si la balle du tireur passe derrière la ligne du but. Les buts sont situés à chaque extrémité du terrain. Lignes. La ligne de but est tracée entre les poteaux d'un but ; elle fait de long. La ligne extérieure ("ligne arrière" ou "ligne de sortie de but") prolonge la ligne de but au fond du terrain, de façon que le but se situe au milieu de la ligne ; les deux lignes extérieures délimitent le terrain en longueur (). Les lignes latérales ("lignes de touche") délimitent la largeur du terrain (). La ligne médiane relie les milieux des lignes de touche. Ces lignes sont continues. Devant chaque but se trouve la surface de but (appelée aussi ). Elle est délimitée par la ligne de surface de but ("ligne des six mètres"), tracée de la façon suivante : une ligne de de long, parallèle à la ligne de but et éloignée de du but, et deux quarts de cercle de de rayon chacun qui relient la ligne de de long à la ligne extérieure. La ligne est continue. La ligne de limitation du gardien de but ("ligne des quatre mètres") est une ligne de de long tracée parallèlement devant le but, à une distance de . Le gardien peut avancer jusqu'à cette ligne pour se défendre d'un jet de (équivalent du "pénalty" au football), tiré pour l'occasion depuis la ligne de tir ("ligne des sept mètres") : une ligne de de long parallèle à la ligne de but, placée à du but. La ligne de jet franc ("ligne des neuf mètres") est une ligne discontinue, tracée à de la ligne de surface de but, et donc à du but. Les traits de la ligne de jet franc, ainsi que les intervalles, mesurent . La ligne de changement (une partie de la ligne de touche) de chaque équipe s'étend de la ligne médiane à une distance de de celle-ci. L'extrémité de cette ligne de changement est marquée par une ligne parallèle à la ligne médiane. Cette ligne se prolonge de sur l'aire de jeu et de hors de l'aire de jeu (donc seuls ces de part et d'autre de la ligne sont visibles). Toutes les lignes tracées sur l'aire de jeu font partie intégrante de la surface qu'elles délimitent. Les lignes de but doivent présenter une largeur de entre les montants du but, alors que toutes les autres lignes ont une largeur de . Les lignes séparant deux zones adjacentes peuvent être remplacées par une différence de couleur entre les zones adjacentes du sol. Ballon. Le jeu se pratique avec un ballon sphérique constitué d'une enveloppe de cuir ou de matière synthétique. Les dimensions des ballons, c’est-à-dire la circonférence et le poids, varient selon les différentes catégories d’équipe : À noter que pendant leur utilisation, les ballons de handball doivent conserver leur poids, leur forme et leur capacité de rebond. But du jeu. L'équipe gagnante est celle qui comptabilise le plus de buts à la fin du temps réglementaire (60 minutes). Chaque but s'obtient en faisant pénétrer le ballon dans la cage du but adverse (entre les poteaux et derrière la ligne de but), avec les contraintes principales suivantes : L'attaquant a donc le droit de sauter au-dessus de la surface de but et effectuer son tir avant de retoucher le sol, afin d'être plus près du but. Les matchs sont généralement dirigés par deux arbitres (à partir du niveau régional) aidés par un chronométreur et un secrétaire. Ces derniers forment la . Manipulation du ballon. Au handball, les joueurs de champ jouent le ballon (dont la taille varie selon les différentes catégories d'âges et de sexes) avec les mains. Est considéré comme faute tout ballon touchant intentionnellement une partie du corps inférieure aux genoux. Seul le gardien, lorsqu'il est dans sa zone, a la possibilité de contrer le ballon avec n'importe quelle partie du corps, mais il n'a pas le droit de jouer le ballon au pied. Il est interdit à un de ses équipiers de passer la balle au gardien si ce dernier est encore dans sa zone lorsque le ballon est en jeu, sous peine de "jet franc" aux neuf mètres pour l'adversaire. Les joueurs peuvent dribbler avec le ballon. La saisie du ballon par les deux mains à la fois stoppe le dribble : le joueur ne peut pas garder la balle dans les mains plus de 3 secondes et doit alors faire au maximum trois pas, tirer ou faire une passe. Si le joueur se remet à dribbler, cela est considéré comme une et la balle est rendue à l'adversaire. Le dribble doit toujours se faire avec la main au-dessus et pas sur le côté par en dessous (comme au basket-ball), cela est considéré comme une . Lorsqu'une équipe fait tourner la balle sans intention d'attaquer, les deux arbitres lèvent le bras pour demander aux joueurs concernés d'attaquer. Si l'équipe attaquante ne tient pas compte de l'avertissement, et que le ballon recule, le est validé et le ballon rendu aux défenseurs. Si le ballon touche le poteau, est renvoyé par le gardien ou si une sanction est donnée contre la défense, l'avertissement de jeu passif est enlevé. Sorties de terrain. Par une ligne latérale : l'équipe qui a touché le ballon en dernier concède une touche à l'équipe adverse. La remise en jeu s'effectue par un lancer de ballon depuis l'extérieur du terrain, à l'emplacement de la sortie de ballon, par un joueur de cette équipe adverse devant mettre un pied sur la ligne de touche. Par une ligne arrière : le ballon revient au gardien si c'est un joueur adverse ou le gardien lui-même qui le met derrière la ligne. Si c'est un défenseur qui touche en dernier le ballon, et que le ballon va derrière sa propre ligne de but (en la contrant par exemple), c'est l'équipe adverse qui le récupère par le biais d'un jet de coin (équivalent du au football), sauf si le gardien retouche cette balle en restant dans la zone des . Durées de jeu. La durée d'un match dépend de la catégorie d'âge des acteurs de la rencontre, les textes officiels indiquent. Le chronomètre est arrêté lors des temps-mort et peut être arrêté à tout moment par les arbitres, par exemple lorsqu'un joueur est blessé ou sanctionné. La pause entre deux temps de jeu est normalement de dix minutes cependant pour les compétitions professionnelles, elle est généralement de quinze minutes. Sur l'aménagement des règles et des compétitions chez les jeunes, Philippe Bana (alors DTN) rappelle Arbitrage. Au handball, les rencontres sont dirigées par un binôme de deux juges-arbitres, ou par un arbitre jeune en -11 ou -13 ans. Ils sont assistés par deux officiels chargés de tenir la table de marque (un secrétaire et un chronométreur). Dans certaines compétitions nationales et dans toute compétition internationale, par un juge-arbitre délégué de l'instance organisatrice. Les juges-arbitres sont placés de manière à embrasser le jeu de manière globale mais sans en être trop éloignés afin de voir toutes les actions de jeu, régulières et irrégulières, qui sont faites par les joueurs. Chaque juge-arbitre est tour à tour dit "de champ" et "de but" et les deux juges-arbitres échangent régulièrement leur place au cours de la rencontre afin que l'arbitrage ainsi rendu soit le plus équitable et homogène possible. En France, c'est la Commission centrale d'arbitrage (CCA), commission de la FFHB, qui est chargée de la formation, du suivi, des désignations et du développement du corps arbitral. Cette commission est relayée au niveau des ligues par des Commissions régionales d'arbitrage (CRA) puis, au niveau des comités départementaux, par des commissions départementales d'arbitrage (CDA). Nouvelles règles de jeu 2016. À l'occasion des Jeux olympiques 2016, cinq nouvelles règles ont été introduites par la Fédération internationale de handball : Carton blanc. Depuis , les arbitres disposent d’un carton blanc en plus des cartons jaune, rouge et bleu pour signaler un joueur qui a été la victime d'une commotion cérébrale. À la suite de son utilisation, un protocole de suivi est mis en place afin de surveiller la santé du joueur concerné. Postes. Au handball, chaque joueur évolue à un poste singulier (les descriptions ci-dessous sont faites en regardant dans le sens de l'attaque et par rapport à la largeur de terrain). La position des joueurs sur le terrain près du but dépend des tactiques mises en place. En attaque, l’équipe est organisée la majeure partie du temps avec un demi-centre, deux arrières latéraux, deux ailier et un pivot. En défense, la position dite en est la plus courante : les 6 défenseurs sont alignés autour de la zone afin de contrer les tirs de loin ou de parer les 1 contre 1. La position dite en est également courante : un joueur est en position avancée pour gêner les passes des adversaires ou prendre un adversaire jugé dangereux en défense individuelle stricte et les 5 autres défenseurs sont alignés autour de la zone. D'autres positions existent, plus rares : la (2 joueurs avancés), la (3 joueurs avancés) ou (3 joueurs avancés mais étagés). Échelle des sanctions. Avertissement. "Actions en cause" : Un joueur ne devrait pas recevoir plus d'un avertissement. Une équipe ne devrait pas recevoir plus de trois avertissements. Il ne peut y avoir qu'un avertissement contre l'ensemble des officiels d'une même équipe. Un joueur qui a déjà été exclu ne devrait plus recevoir d'avertissement. Exclusion. "Actions en cause" : Un joueur exclu pour la troisième fois doit être disqualifié. Il ne peut y avoir qu'une exclusion contre l'ensemble des officiels d'une même équipe. Un joueur exclu doit quitter l'aire de jeu sans être remplacé pendant deux minutes. L'exclusion d'un officiel entraîne la réduction d'un joueur pour l'équipe pendant deux minutes. Disqualification. "Actions en cause" : Un joueur disqualifié doit quitter l'aire de jeu et la zone de changement jusqu'à la fin de la rencontre mais peut être remplacé après une durée de deux minutes. Un officiel disqualifié doit quitter la zone de changement. La disqualification d'un officiel entraîne la réduction d'un joueur pour l'équipe pendant deux minutes. Carton bleu. Depuis les Jeux olympiques 2016, les arbitres disposent d’un carton bleu pour apporter plus de précisions à la disqualification d’un joueur. Lorsque les arbitres montrent ce carton (après avoir brandi un carton rouge), un rapport écrit est à joindre à la feuille de match et la commission disciplinaire est responsable des autres actions à entreprendre. Temps mort d'équipe. Chaque équipe peut bénéficier de trois temps morts par partie. Symbolisé par un carton vert numéroté T1, T2 ou T3, il est d'une durée de 1 minute. L'obtention de cette coupure de jeu nécessite d'être en possession du ballon et de déposer son carton vert à la table de marque. La table arrête le chronomètre et désigne aux arbitres l'équipe qui vient de déposer le temps mort. L'utilisation d'un temps mort n'est pas obligatoire. Deux temps morts au maximum peuvent être utilisés lors de chaque mi-temps. Un seul est autorisé par équipe dans les cinq dernières minutes du match. Entre deux temps morts, d’une équipe, l’adversaire doit avoir été au moins une fois en possession du ballon. À l'issue du temps mort, les équipes reprennent le jeu à l'endroit où il s'est arrêté. Compétitions. Principales compétitions internationales des nations. Mis à part la tentative isolée lors des Jeux olympiques de Berlin en 1936 en handball à onze, le handball moderne (en salle et à sept) fait son entrée au programme olympique en 1972 à Munich, le premier tournoi olympique féminin ayant lieu quatre ans plus tard à Montréal. Auparavant, les championnats du monde à onze puis à sept constituaient les seuls rendez-vous planétaires, bien que peu de pays non-européens aient participé à ces compétitions. Le handball international étant dominé par les pays européens, son histoire peut être en partie reliée à l'histoire géopolitique de l'Europe. Ainsi, au début des années 1990, la Chute des régimes communistes en Europe, initiée par la chute du Mur de Berlin et achevée par la dislocation de l'URSS, conduit à un déplacement des forces dominantes de l'Est vers l'Ouest. En effet, l'URSS, la Yougoslavie, l'Allemagne (en tant que RFA, RDA ou équipe unifiée), la Tchécoslovaquie ou encore la Roumanie se sont emparés de la majorité des podiums des compétitions des nations et des clubs jusqu'à ce tournant historique. Depuis lors, si la Russie a assuré l'héritage soviétique dans les années 1990, d'autres pays se sont imposés comme des places fortes du handball mondial, profitant notamment de l'exode de nombreux joueurs soviétiques ou yougoslaves, tel Talant Dujshebaev naturalisé Espagnol en 1996 : l'Allemagne et l'Espagne dominent les coupes d'Europe masculines tandis que chez les femmes, ce sont l'Autriche puis le Danemark qui monopolisent les podiums. Dans les compétitions des nations, ce sont la Norvège chez les femmes et la France chez les hommes qui ont remporté le plus grand nombre de titres. Seule exception notable à la domination européenne, la Corée du Sud, dont l'équipe féminine est double championne olympique en 1988 et 1992 et championne du monde en 1995 et l'équipe masculine a remporté l'argent olympique en 1988. Parmi les autres nations non-européennes, seuls le Qatar (vice-champion du monde en 2015), la Tunisie et l'Égypte chez les hommes et l'Angola chez les femmes ont eu des résultats probants lors des phases finales des grands tournois internationaux. Les principales compétitions sont : Principales compétitions internationales des clubs. Au niveau des clubs, l'épreuve reine est la Ligue des champions, anciennement Coupe d'Europe des clubs champions, qui met aux prises les meilleurs clubs européens depuis 1956 pour les hommes et 1960 pour les femmes. Les autres continents se sont dotés de compétitions similaires, à l'image de la Ligue des champions d'Afrique qui fut créée en 1979. Principales compétitions nationales. Chez les hommes, les cinq principaux championnats pour la saison 2023/2024 sont : Longtemps dominateur, le handball en Allemagne est portée par les résultats des équipes de Kiel (vingt fois champion) et de Flensburg ces dernières années ou de Gummersbach, par le passé. En Espagne, Barcelone, vainqueur de sa onzième Ligue des champions en 2022, est le seul club majeur à avoir survécu à la crise économique qui a fortement touché les clubs du championnat et a conduit à la disparition de ces concurrents : Santander (2008), Pampelune (2013), Ciudad Real (2013), Valladolid (2014)... Premier championnat européen en 2018 et 2019, la France profite notamment des performances de Paris, Montpellier et Nantes. En Hongrie, le Veszprém KSE et le SC Pick Szeged dominent outrageusement le championnat puisqu'il faut remonter à 2001 pour voir un autre club à l'une des deux premières places. Le Danemark propose également une compétition de haut niveau, mais avec une importante alternance à la tête du championnat. Chez les femmes, les cinq principaux championnats pour la saison 2023/2024 sont : En Norvège, le Larvik HK a longtemps dominé le championnat avant d'être détrôné par le Vipers Kristiansand, vainqueur des deux dernières Ligues des champions. En Hongrie, Győr est l'un des meilleurs clubs européens, même si Ferencváros, Érd ou Siófok obtiennent également de bons résultats. En France, Metz, vainqueur de son en 2022, obtient de bons résultats en coupe d'Europe comme son principal adversaire, Brest. En Russie et au Danemark, plusieurs équipes tirent leur épingle du jeu, notamment au gré des apports financiers dont bénéficient ces clubs. Vocabulaire spécifique. Le handball possède certains termes spécifiques : Abréviations. Une liste non exhaustive des principales abréviations utilisées dans le handball, notamment le nom des clubs, est : Médias. Les principaux médias spécialisés sur le handball sont : Voir aussi. Articles connexes et catégories. Pratiques et variantes. D'autres appellations du handball concernent des sports de longue paume : handball américain, handball frison et handball gaélique.
Hadès (homonymie) Mythologie. Dans la mythologie grecque, ce terme désigne à la fois :
HIV
Hélios Dans la mythologie grecque, Hélios (en grec ancien Ἥλιος / "Hêlios") est le dieu du Soleil personnifié, souvent représenté avec une couronne rayonnante et chevauchant un char à travers le ciel. Bien que Hélios fût une divinité relativement mineure dans la Grèce antique, son culte devient plus présent vers la fin de l'Antiquité grâce à son assimilation avec les divinités solaires de la mythologie romaine, notamment Apollon et Sol. L'empereur romain Julien en fait la divinité centrale de la renaissance des anciennes pratiques religieuses qu'il crée au . Hélios est une figure importante de la poésie et de la littérature de la mythologie grecque, souvent donné comme fils des Titans Hypérion et Théia, et frère des déesses Séléné (la Lune) et Éos (l'Aurore). Description. Hélios est souvent représenté comme un jeune homme d'une très grande beauté, couronné d'une auréole solaire, et conduisant le char solaire à travers le ciel chaque jour autour d'Océan tandis qu'il redescend chaque nuit. Dans lHymne homérique à Hélios", il est dit que son char est doré et conduit par des coursiers ; Pindare parle des chevaux d'Hélios comme des «"' coursiers [qui] soufflent au loin la flamme ». Plus tard encore, ces chevaux reçurent des noms associés au feu : Pyrois (enflammé), Éuos (de l'orient), Éthion (Fougueux rouge) et Phlégon (Soleil couchant ou qui aime la Terre). L'imagerie autour d'une divinité conduisant un char solaire est plutôt d'origine indo-européenne, et est commune aux religions de la Méditerranée et du Proche-Orient. La représentation artistique la plus ancienne d'un char solaire date de la période parthe, en Perse, où l'on trouve des preuves de rites effectuées par des mages pour le dieu-soleil, créant une assimilation entre le culte de Hélios et celui de Mithra. Hélios est à la fois vu comme la personnification du Soleil et le pouvoir de création qui en découle, et est donc souvent considéré comme un dieu de vie et de création. Homère décrit Hélios comme un dieu « qui porte la joie dans le cœur des hommes », et d'autres textes antiques lui donnent l'épithète « le gracieux » (ἱλαρός), étant considéré comme une source de vie et de régénération, et associé avec la création du Monde. Un passage des papyrus grecs magiques dit de Hélios : « La terre fleurit quand tu brilles sur elle et les plantes sont fructueuses quand tu ris, et tu permets la vie aux êtres de la Terre. » Culte. Grèce antique. L. R. Farnell estime que « le mythe solaire a été important et puissant parmi les peuples pré-hellénistiques, mais très peu de communautés de la période historique l'ont retenu comme un facteur de la religion d'État ». Les principales sources de cette époque sont biaisées par les Athéniens et, selon J. Burnet, « il ne faut pas s'attendre à ce qu'un Athénien vénère Hélios ou Séléné, mais il doit les considérer comme dieux, puisque Hélios est le grand dieu de Rhodes et Séléné était vénérée à Élis et ailleurs ». James A. Notopulos considère la distinction de Burnet comme artificielle : « Croire en l'existence des dieux implique leur connaissance à travers le culte. » Dans "La Paix", Aristophane contraste le culte de Hélios et Séléné, dieux les plus importants du peuple achéménide, avec celui des douze dieux olympiens ; toutes les preuves montrent que Hélios et Séléné étaient des dieux mineurs pour les Grecs. L'île de Rhodes était un lieu de culte important pour Hélios, l'un des seuls endroits où il était vénéré comme une divinité majeure en Grèce antique. Le culte de Hélios à Rhodes incluait un rite dans lequel un quadrige, char à deux roues avec un attelage de quatre chevaux de front, était lancé dans un précipice pour atterrir dans la mer, pour représenter le mythe de Phaéton. Des tournois de gymnastique étaient organisés annuellement en l'honneur de Hélios. Le Colosse de Rhodes lui était également dédié. Sur le territoire principal grec, son culte était aussi assez important dans l'Acrocorinthe. Les Doriens sont également connus pour avoir instauré un culte à Hélios. La diffusion de ce culte à Sicyone, Argos, Hermione, au Sanctuaire d'Asclépios et en Laconie, et la légende selon laquelle son troupeau se trouverait au Cap Ténare, semblent suggérer que la divinité était importante dans la religion dorienne, par rapport à d'autres parties de la Grèce. De plus, il semblerait que ce soit les Doriens qui aient apporté le culte de Hélios à Rhodes. La tension entre la vénération religieuse traditionnelle de Hélios, enrichies par des valeurs éthiques et un symbolisme poétique ajouté par Pindare, Eschyle et Sophocle et l'examen proto-scientifique du Soleil par les Ioniens éclata lors du procès d'Anaxagore en 450 av. J.-C, dans lequel Anaxagore assurait que le Soleil était en réalité une gigantesque boule de métal en fusion. Son procès préfigura celui de Socrate pour impiété, facteur de traumatisme culturel majeur en 399 av. J.-C. Dans la "République" de Platon, Hélios, le Soleil, est la progéniture symbolique de l'idée du Bien. Bien que l'importance exacte du culte de Hélios à Sparte reste inconnue, il semblerait que Hélène était la divinité solaire locale. Confusion avec Apollon. Hélios est parfois confondu avec Apollon. Walter Burkert observe : « Différents noms peuvent symboliser le même être, ou bien ils sont considérés comme équivalents, comme c'est le cas pour Apollon et Hélios. » Dans la littérature homérique, Apollon est clairement identifié comme un dieu différent de Hélios, avec un arc en argent (et non en or) et sans caractéristiques solaires. La référence la plus ancienne où l'on mélange les identités d'Apollon et de Hélios est dans les fragments survivants de la pièce "Phaéton" d'Euripide, dans un monologue où Clymène, la mère de Phaéton, se lamente que Hélios a détruit son enfant, « cet Hélios que les hommes appellent justement Apollon ». Durant la période hellénistique, Apollon est de plus en plus identifié au mythe solaire et Phébus, l'épithète le plus souvent accordé à Apollon, est plus tard accordé au dieu Sol dans la mythologie romaine. Cette confusion devint un thème récurrent dans les textes philosophiques et apparaît dans les œuvres de Parménide, Empédocle, Plutarque ou encore Cratès de Thèbes entre autres, ainsi que dans certains textes orphiques. Ératosthène de Cyrène écrit d'Orphée dans les "Catastérismes" : Dionysos et Asclépios sont également parfois associés à cet Apollon Hélios. Antiquité tardive. Durant l'Antiquité tardive, on attribua à Hélios un grand nombre d'éléments religieux, mythologiques et littéraires appartenant à d'autres divinités, notamment Apollon et le dieu romain Sol. En 274 ap. J.-C, le 25 décembre, lors du solstice d'hiver, l'empereur romain Aurélien instaure le culte de Sol Invictus (« Soleil invaincu »). Ce nouveau culte réunit une imagerie non seulement associée à Hélios et Sol, mais également bon nombre d'éléments syncrétiques d'autres divinités, autrefois distinctes. D'autres éléments syncrétiques de cette période incluent un "Hymne Orphique à Hélios" ; le culte de Mithra, dans lequel il est dit que Sol contrôle les éléments ; des sorts et incantations destinées à Hélios dans les Papyrus grecs magiques ; l'"Hymne à Hélios" de Proclus ; l"'Oration à Hélios" de Julien ; et un épisode dans les "Dionysiaques" de Nonnos de Panopolis. Dans ces œuvres, Hélios n'est pas seulement assimilé à Mithra ou à Harpocrate, mais également au Dieu monothéiste judéo-chrétien. Julien, le dernier empereur païen de Rome, fait de Hélios la principale divinité de sa religion, qui combine des éléments du mithraïsme et du néoplatonisme. Pour Julien, Hélios constitue une triade : ce que Platon appelle la « forme du bien », le savoir suprême ; Hélios-Mithras, le souverain d'un royaume intellectuel ; et le Soleil, sa manifestation physique dans le royaume visible. Julien le considère comme un médiateur et un unificateur, pas seulement de cette triade, mais de toutes les choses vivantes, un concept probablement importé du mithraïsme, et qui a pu inspirer le Logos chrétien. La conception théologique de Hélios par Julien a été décrite comme « quasiment monothéiste », contrairement à celles d'autres néoplatoniciens comme Jamblique, même si d'autres dieux traditionnels vénérés dans tout le bassin méditerranéen ainsi que certains principes et manifestations y ont été inclus. Une mosaïque retrouvée dans la nécropole du Vatican (Mausolée M) représente une figure au style très similaire à celui de Sol/Hélios, couronné de rayons solaires et conduisant un char. Des savants l'ont également identifiée comme étant une représentation du Christ, notant que Clément d'Alexandrie avait également décrit le Christ comme conduisant un char à travers le ciel. D'autres encore doutent de cette association, et pensent que la figure n'est qu'une représentation non-religieuse du Soleil. Dans les Papyrus grecs magiques. Hélios est une figure prééminente des Papyrus grecs magiques, un groupe de manuscrits découverts en Égypte et datant de la fin de l'époque ptolémaïque à l'époque de la domination romaine et couvrant une période du av. J.-C. au . Dans ces manuscrits (principalement des fragments), Hélios est considéré comme le créateur de la vie, le seigneur du Ciel et du cosmos, et le dieu de la mer. On dit qu'il peut également prendre la forme de douze animaux représentant chaque heure du jour, motif en relation avec les douze signes du zodiaque. Les Papyrus assimilent souvent Hélios à une grande variété de divinités. Il est décrit « assis sur un lotus, orné de rayons », à la manière de Harpocrate, souvent représenté assis sur une fleur de lotus, représentant le soleil levant. Selon le philosophe Jamblique, « être assis sur un lotus signifie l'éminence sur la boue, sans jamais la toucher, et montre une direction intellectuelle et empyréenne ». Comme avec l'empereur Julien, Hélios est aussi assimilé avec Mithras dans les Papyrus. La Liturgie de Mithras les combine en Hélios-Mithras, qui a soi-disant révélé les secrets de l'immortalité au mage qui aurait écrit le texte. Certains des écrits dépeignent Hélios-Mithras naviguant dans le ciel dans un bateau et non pas un char, motif que l'on assimile généralement au dieu-soleil égyptien Râ. Hélios est également décrit comme « retenant le serpent », probablement une référence à Apophis, le dieu-serpent qui, selon la mythologie égyptienne, attaque le bateau de Râ pendant son voyage dans l'au-delà une fois la nuit tombée. Dans nombre de ces papyrus, Hélios est identifié à Iao, un nom dérivé de celui du Dieu de l'Israël antique Yahweh. Il est aussi appelé « le dieu des dieux » et est assimilé à Agathodémon, à Horus et à Harpocrate. Les philosophes néoplatoniciens Proclus et Jamblique ont essayé d'interpréter plusieurs synthèses trouvées dans les Papyrus grecs magiques et d'autres travaux concernant Hélios, pour en faire un dieu englobant les attributs de nombreuses divinités. Proclus le montre en dieu cosmique doté de nombreuses formes et caractéristiques. Elles sont « lovées » en lui, et sont distribuées à tous ceux qui « participent à sa nature », comme les anges, les démons, les âmes, les animaux, les plantes et les minéraux. Toutes ces choses sont importantes pour la pratique néoplatonicienne de la théurgie, une forme de magie consistant à invoquer les dieux et les puissances surnaturelles. Jamblique note que la théurgie implique souvent l'utilisation de « roches, plantes, animaux, substances aromatiques, et toute autre chose sacrée et parfaite et divine ». Pour les théurges, le pouvoir élémentaire de ces choses, sacrées pour des dieux particuliers, ferait appel à un genre de « magie sympathique ». Assimilation avec d'autres dieux. Le dieu étrusque du Soleil, équivalent de Hélios, était nommé Usil. Son nom apparaît sur le Foie de Plaisance à côté de Tiur (la Lune). Il est souvent représenté sortant de la mer avec une boule de fer dans chaque main, notamment sur les miroirs en bronze étrusques de l'époque archaïque. Sur les miroirs étrusques de l'époque classique, il apparaît avec un halo. Dans la littérature classique, Hélios est aussi quelquefois assimilé au dieu des dieux de l'Olympe, Zeus, dont il est, implicitement ou explicitement, l'œil. Par exemple, Hésiode dit que le Soleil est l'œil de Zeus. Cette vision est probablement tirée de la religion proto-indo-européenne, dans laquelle le Soleil était soi-disant l'œil de *Dyḗus ph₂tḗr. Selon un dicton orphique, supposément énoncé par un oracle d'Apollon : « Il n'est qu'un Zeus, un Hadès, un Hélios, c'est le dieu Dionysos. » En citant cela dans son hymne "Sur le Roi-Soleil", l'empereur Julien substitue Dionysos pour le remplacer par Sarapis, divinité hellénistique acceptée par la mythologie égyptienne. Julien conclut alors les paroles de cet oracle sur cette phrase : « La souveraineté sur les dieux intelligents est commune au Soleil et à Jupiter, ou plutôt qu'elle n'en fait qu'une. » Diodore de Sicile reporte que les Chaldéens appelaient Cronos (Saturne) Hélios, ou Soleil, expliquant cela par le fait que Saturne était la plus visible des planètes. Mythe. Le mythe le plus connu de Hélios concerne son fils Phaéton, qui tenta de conduire le char solaire de son père mais en perdit le contrôle, réduisant la Terre en cendres. Tous les mortels seraient morts si Zeus n'était pas intervenu en lançant le foudre sur Phaéton, le tuant instantanément. Hélios est quelquefois doté de l'épithète "Panoptes" (« qui voit tout »). Dans le mythe raconté à la cour d'Alcinoos dans l"Odyssée" d'Homère, Aphrodite, la femme d'Héphaïstos, couche secrètement avec Arès, mais Hélios qui voit tout les espionne et dénonce l'adultère à Héphaïstos, qui piège le couple dans des filets invisiblement fins pour les humilier et les punir. Toujours dans l"Odyssée", Ulysse et son équipage arrivent en Trinacrie, une île sacrée au dieu-soleil, que Circé nomme Hypérion plutôt que Hélios. C'est ici qu'est gardé le bétail de Hélios : Malgré les avertissements d'Ulysse, quand les vivres viennent à manquer, son équipage commence à voler, tuer et manger les bêtes du bétail de Hélios. Les gardiennes de l'île préviennent leur père, qui demande à Zeus de neutraliser les hommes, ou bien il prendra le Soleil et le fera briller aux Enfers. Zeus détruit alors le navire avec son foudre, ne laissant survivre qu'Ulysse. Sur un vase grec, Hélios apparaît traversant la mer dans la coupelle d'un trépied sacrificiel, symbole solaire. Dans "Les Deipnosophistes", Athénée de Naucratis écrit qu'au lever du soleil, Hélios grimpe dans une grande coupelle dorée et traverse le monde, du jardin des Hespérides, le point le plus occidental du monde, jusqu'en Éthiopie, où il passe la nuit. Quand Héraclès alla en Érythie où il devait voler le troupeau de Géryon, il traversa le désert libyen et fut si frustré par la chaleur qu'il tira une flèche sur le Soleil. Immédiatement, il réalisa son erreur et fondit en excuses et en prières. Hélios, ému par le courage d'Héraclès, lui donna alors la coupelle dorée qu'il utilisait pour voyager d'ouest en est. Héraclès s'en servit pour arriver en Érythie. Hélios et Clytie. Dans la mythologie grecque, Clytie (en grec ancien Κλυτία / "Klutía" ou Κλυτίη / "Klutíê") est une des Océanides, fille d'Océan et Téthys. Son histoire est contée par Ovide : elle fut aimée d'Hélios mais ensuite supplantée par Leucothoé. Elle en référa alors au père de cette dernière, Orchamos, qui punit sa fille pour l'avoir déshonoré en l'enterrant vivante. Le dieu du soleil tenta de la secourir, mais en vain. Il arrosa alors la terre et le corps de son amante d'un nectar parfumé : il en naquit l'encens. Mais au lieu de permettre à Clytie de regagner l'amour d'Hélios, la mort de Leucothoé ne lui rapporta que le ressentiment de celui-ci. Désespérée, elle s'assit nue sur les rochers et y demeura durant neuf jours, sans eau ni nourriture, tournée vers le soleil, suivant du regard la course du char de son bien-aimé. Jaunie et brunie par son éclat, elle se changea alors en tournesol. Représentations. L'épisode 33 de La petite Olympe et les dieux ("Hélios, le dieux du soleil") lui est consacré.
Héraclès Héraclès (en grec ancien , signifiant « Gloire d'Héra »), de son premier nom Alcide, fils de Zeus et d’Alcmène, est l'un des héros les plus vénérés de la Grèce antique. La mythologie grecque lui prête un très grand nombre d’aventures qui le voient voyager à travers le monde connu des Doriens puis dans toute la Méditerranée, à partir de l’expansion de la Grande-Grèce, jusqu’aux Enfers. Les plus célèbres de ses exploits sont les douze travaux. Il est mentionné dans la littérature grecque dès Homère. Héraclès correspond à l’Hercule de la mythologie romaine, et il est identifié au Melkart phénicien, à l'Hercle étrusque et au Kakasbos en Asie Mineure. L’Hercule des Romains est parfois dépeint comme moins violent que son "alter ego" grec dans les récits où il intervient et connaît quelques aventures se déroulant spécifiquement en Italie. Mythe. Des nombreuses sources conservées de la mythologie grecque, seuls deux auteurs nous rapportent entièrement la vie d'Héraclès : le Pseudo-Apollodore dans son ouvrage la "Bibliothèque" et Diodore de Sicile dans son quatrième livre de la "Bibliothèque historique". Tous deux suivent la même trame : une vie scindée en trois parties, donnant une place centrale aux Travaux d'Héraclès autour desquels se place avant la vie à Thèbes et après les expéditions punitives du héros. Avant les Travaux. Conception et naissance. Héraclès naît à Thèbes, ou à Tirynthe, de Zeus et d'Alcmène, descendante du héros Persée et femme du roi Amphitryon. Le roi des dieux a en effet décidé d'avoir un fils capable de venir en aide aux hommes comme aux dieux. Profitant de l'absence du mari, en guerre contre les Taphiens et les Téléboéens, Zeus descend de l'Olympe et, prenant l'aspect d'Amphitryon, passe sa nuit avec Alcmène après avoir persuadé Hélios, dieu du soleil, de ne pas se lever pendant trois jours, faisant ainsi durer sa nuit avec la femme d'Amphitryon. Dans la même nuit, Alcmène va également avoir un rapport avec son mari de retour de campagne. Aristote, dans "Histoire des animaux", lui donne dans sa descendance, dont une seule fille. Alors qu'elle va accoucher, Zeus promet que l'enfant à naître ce jour-là régnera sur tous ses voisins. Pour se venger des infidélités de son mari, Héra retarde la délivrance d'Alcmène en retenant les Ilithyes, déesses de l'accouchement, et elle demande aux Moires d'aller chez Alcmène et de croiser leurs jambes, ce qui l'empêcha d'accoucher d'Héraclès ; elle fait naître avant terme Eurysthée, fils du roi Sthénélos d'Argos. Ainsi, Eurysthée reçoit la royauté de l'Argolide à la place d'Héraclès. Alors qu'Alcmène est incapable d'enfanter et au supplice, une de ses servantes les plus fidèles, Galanthis, va aller trouver les Ilithyes pour leur annoncer qu'elles ont échoué et qu'Alcmène a réussi à accoucher. Les Ilithyes rappellent alors les Moires, Alcmène peut alors accoucher ; elle donne naissance à deux enfants : Héraclès, fils de Zeus, et Iphiclès, fils d'Amphitryon. Ils naissent tous deux jumeaux avec un jour d’écart. Galanthis fut punie par Héra, qui la transforma en belette, et plus tard, Héraclès fit construire en son honneur un sanctuaire à Thèbes. Enfance. Peu de temps après la naissance d’Héraclès, Hermès enlève l’enfant et le place dans le lit d’Héra endormie : aucun des fils de Zeus ne peut devenir immortel s'il n'a tété au sein de la déesse. Affamé, le bébé s'approche de celle-ci et commence à téter. Se réveillant, Héra aperçoit l'enfant et indignée, le repousse ; le lait divin se répand dans le ciel en une traînée blanchâtre, la Voie lactée. Dans une autre version, Alcmène abandonne son enfant par crainte de la vengeance d'Héra. Athéna convainc cette dernière d'allaiter le bébé, mais Héraclès tète trop goulûment et Athéna doit le rendre à sa mère. Alors qu'Héraclès est encore bébé, Héra envoie des serpents pour le tuer, mais celui-ci les étrangle sans difficulté. Alertés par les cris des femmes, Alcmène et Amphitryon accourent et trouvent les serpents morts. Amphitryon convoque alors le devin Tirésias, qui prophétise les hauts faits du héros et son apothéose. Dans une autre version, Amphitryon dépose lui-même les serpents pour découvrir lequel des deux enfants est le sien et lequel est le fils de Zeus. Ce récit implique qu'Amphitryon soit au courant de l'infidélité de sa femme. Sur quelques vases de Grande-Grèce, on le voit d'ailleurs empiler du bois autour d'un autel près duquel Alcmène s'est réfugiée ; il s'apprête à y mettre le feu quand Zeus envoie un éclair pour dissuader Amphitryon et deux nuages pour éteindre les flammes. Selon certains récits, Héraclès porte d'abord le nom d'Alcide (en grec , dérivé d', « force, vigueur ») ; Héra le rebaptise Héraclès, c'est-à-dire « gloire d'Héra », parce que c'est à cause de ses ordres que le héros a acquis sa renommée. C'est aussi parce qu'Héra va lui infliger une épreuve qu'Héraclès va devenir ce qu'il est et finalement, faire rejaillir sa gloire sur elle. Alternativement, c'est la Pythie de Delphes qui lui conseille de changer de nom après qu'il a tué ses enfants, poussé par Héra qui l'a rendu fou (voir plus bas) ; il prend ce nom de manière propitiatoire après avoir expié son crime. Diodore de Sicile affirme que le nom original du héros était Alcée (en grec ), en référence à son grand-père paternel Alcée fils de Persée ; la responsabilité du changement de nom incombe alors soit à la Sibylle, soit aux Argiens. Formation. Comme beaucoup de héros grecs, Héraclès est l'élève du centaure Chiron. Des sources tardives lui donnent un grand nombre de maîtres : Castor (originaire d'Argos, à ne pas confondre avec Castor le Dioscure) pour le maniement des armes, Amphitryon pour la conduite des chars, Eurytos ou encore Rhadamanthe pour le tir à l'arc. Linos enseigne les lettres et la musique à Héraclès et Orphée. Contrairement à son demi-frère, le héros est indiscipliné et turbulent ; frappé par Linos, Héraclès tue celui-ci à coups de tabouret ou, selon la version, à coups de lyre. Héraclès est accusé de meurtre, puis acquitté après avoir invoqué une sentence de Rhadamanthe consacrant le principe de légitime défense. Parce que la fougue d'Héraclès et son manque de maîtrise de soi deviennent une menace, Amphitryon l’éloigne de la cour. Le héros est envoyé surveiller ses troupeaux à la campagne où son éducation est reprise par Teutoros, un bouvier scythe qui lui enseigne le tir à l’arc. Il se signale déjà par sa force et sa stature : il atteint la taille considérable de quatre coudées. Chez Thespios. À , Héraclès est invité par le roi Thespios, souverain de Thespies. Soucieux d'avoir le héros comme père de ses petits-enfants, Thespios lui envoie chaque soir l'une de ses cinquante filles ; Héraclès croit retrouver toujours la même jeune fille et devient ainsi le père de cinquante fils, les Thespiades. Dans d'autres versions, l'exploit est accompli au cours de cinq nuits, voire d'une seule nuit. Dans ce dernier récit, l'une des filles de Thespios refuse d'entrer dans la couche d'Héraclès ; elle est punie en devenant prêtresse du héros et vouée à la virginité perpétuelle ; les Thespiades sont au nombre de cinquante-et-un, l'aînée et la cadette des filles de Thespios donnant naissance à des jumeaux. Selon l'un des récits, la raison première de la venue à Thespies d'Héraclès est le lion du mont Cithéron, qui ravage les troupeaux d'Amphitryon et de Thespios. Héraclès abat l'animal, le dépèce et se couvre la tête de sa peau en guise de casque. La guerre contre les Minyens. Périérès, le conducteur du char de Ménécée (roi de Thèbes et père de Créon), a blessé mortellement Clyménos, roi d’Orchomène, en lui lançant une pierre alors qu'il se trouve dans le sanctuaire d’Onchestos, pendant l'une des fêtes de Poséidon. Avant d’expirer, il a fait promettre à son fils, Erginos, de le venger. Erginos a vaincu le roi Créon et obligé ce dernier à lui fournir annuellement, et durant vingt ans, un cheptel de cent bêtes. Afin de percevoir cette redevance, Erginos envoie annuellement une délégation. Après son exploit sur le mont Cithéron, Héraclès redescend vers Thèbes et croise la route de ces émissaires. Ne supportant pas l’humiliation imposée à Créon, Héraclès tranche le nez et les oreilles à chacun d’eux et en fait un pendentif ; les percepteurs sont ainsi réexpédiés au palais d’Erginos. Furieux, Erginos marche contre Thèbes. Équipé d'armes données par Athéna, Héraclès mène les siens au combat, et remporte la victoire, malgré la mort d'Amphitryon pendant les combats. Le héros impose aux Minyens d'Orchomène le double du tribut infligé à Thèbes. Les Travaux. La folie d’Héraclès. En récompense de sa victoire contre Erginos, Créon donne à Héraclès la main de sa fille Mégara, dont il a plusieurs enfants : les "Chalkoarai". Leur nombre varie de deux à huit suivant les auteurs. Dans la version la plus ancienne, Héraclès devenu fou jette ses enfants au feu. À son réveil, Héraclès retourne chez Thespios pour être purifié puis, après avoir consulté l'oracle de Delphes, va à Tirynthe pour servir Eurysthée. Cet accès de folie est généralement attribué à Héra, qui veut l'obliger à se mettre au service d'Eurysthée. Selon Euripide, l'épisode est lié à l'usurpation du trône de Thèbes par Lycos, fils de Dircé. En l'absence d'Héraclès, descendu aux Enfers pour chercher Cerbère, Lycos assassine Créon et ses fils. À son retour, Héraclès tue Lycos. Frappé par Iris et Lyssa (la Folie), envoyées par Héra, le héros devient la proie d'une rage meurtrière qui le pousse à massacrer ses enfants, les prenant pour ceux d'Eurysthée. Mégara tente de sauver ses enfants, mais elle rejoint elle aussi le rang des victimes. À son réveil, Héraclès revenu lucide songe d'abord à se suicider. Thésée, qui vient d'arriver, le convainc de n'en rien faire et l'emmène à Athènes. Exploits. Par le nombre de ses hauts faits, Héraclès se distingue de la plupart des héros grecs, comme Persée, Thésée ou Bellérophon, dont la carrière est centrée autour d'un exploit unique. Les plus connus sont les Douze Travaux, entrepris sur l'ordre d'Eurysthée. C'est au cours du premier d'entre eux, la chasse du lion de Némée, qu'il acquiert ses principaux attributs : la massue taillée dans le tronc d'un olivier sauvage et la "léonté", la peau de lion. Il faut y ajouter des aventures secondaires, greffées plus ou moins artificiellement sur les Douze Travaux : Après les Travaux. Héraclès prend également part à plusieurs expéditions qui constituent autant de cycles et d'exploits. La première prend sa source dans une aventure survenue après la quête de la ceinture d'Hippolyte : Héraclès a tué un monstre marin qui ravageait la ville de Troie, sauvant au passage la princesse Hésione qui allait lui être sacrifiée. Le roi Laomédon, revenant sur la promesse initiale de lui offrir quelques-uns de ses chevaux, refuse de lui verser son salaire. Une fois les Douze Travaux terminés, Héraclès monte une expédition de six nefs chargées d'un petit nombre d'hommes pour châtier le mauvais payeur : après avoir fait la guerre au roi Laomédon et ses fils, qu'il tue, il prend Troie. À l'exception de Priam, personne n'est épargné. Au cours de son deuxième séjour dans la cité, il s'unit à Augé, qui lui donnera Télèphe. Pendant son trajet de retour, Héra demande au dieu Hypnos d'endormir Zeus, puis profite du sommeil de son mari pour déclencher une tempête qui jette le vaisseau sur la côte de Cos. Les habitants de l'île, croyant à un débarquement de pirates, attaquent Héraclès et son équipage à coups de pierre ; le héros tue alors Eurypyle, roi de l'île, et s'unit à sa fille, Chalciope, qui lui donnera Thessalos. Le second cycle est celui de la guerre contre Augias, qui a refusé de payer son dû après que le héros a nettoyé ses écuries. Là encore, Héraclès monte une expédition, mais son armée est massacrée par les Molionides, qui profitent d'une maladie du héros pour attaquer son camp par surprise. À son tour, Héraclès les surprend dans une embuscade, puis attaque de nouveau Augias et le tue. C'est au terme de ces aventures qu'Héraclès fonde les Jeux olympiques, après avoir délimité par des palissades l'enceinte sacrée de l'Altis, le sanctuaire de Zeus. Le troisième cycle est celui de l'expédition contre Pylos où, pour se venger du refus de Nélée de le purifier après le meurtre d'Iphitos, Héraclès assiégea la ville et tua son roi ainsi que tous ses enfants hormis Nestor qui se trouva être absent. À ce propos, Dioné raconte dans l’"Iliade" comment Héraclès blesse Hadès d'une flèche à l'entrée des Enfers grecs et « le laisse au milieu des morts » ; Hadès doit monter dans l'Olympe pour se faire soigner par Péan. Les commentateurs antiques ont fourni plusieurs explications à ce passage curieux : l'épisode peut prendre place lors de la descente aux Enfers du héros pour capturer Cerbère. Ce pourrait également être une allusion à l'attaque d'Héraclès contre les Pyliens, qui ont apporté leur soutien à Orchomène contre Thèbes, ou encore au massacre des fils de Nélée à Pylos par le héros. Dans ce même chant de l’"Iliade", Homère fait mention d'un tir de flèche à trois pointes décochée par Héraclès blessant Héra au sein droit. Le dernier cycle est celui d'Œchalie. Voulant se venger de n'avoir pas obtenu la main d'Iole, la fille d'Eurytos, qu'il avait gagnée dans le concours de tir à l'arc, Héraclès mena une expédition contre le roi. Laissant Déjanire, sa dernière épouse, à Trachis, il partit vers Œchalie (Thessalie ou Eubée) à la tête d'une armée d'alliés. Un violent combat s'engagea, dans lequel deux des fils de Céyx furent tués. Héraclès remporta la victoire et tua Eurytos ainsi que tous ses fils. Iole, qui tenta de s'enfuir en se précipitant du haut des remparts, fut soutenue dans l'air par le vent qui enfla sa robe, et redescendit sans se blesser. Elle devint la concubine du héros, qui l'envoya à Trachis avec d'autres prisonniers. Mort et apothéose. Héraclès épousa ensuite Déjanire, fille d’Œnée. Sophocle, dans "Les Trachiniennes", relate la façon dont Déjanire remit une tunique empoisonnée qui allait être fatale à Héraclès. Au cours d'un voyage, face au grand fleuve Événos en proie à une crue exceptionnelle, Héraclès vit que, s’il pouvait facilement le franchir, il ne pouvait le faire en portant Déjanire. Se présenta alors à eux un centaure nommé Nessos qui gagnait son salaire en faisant franchir le fleuve aux voyageurs ; il offrit de porter Déjanire, tandis qu’Héraclès nagerait de son côté. Lorsqu’Héraclès arriva, il vit que Nessos tentait d’abuser de Déjanire. Il prit alors une flèche enduite du poison de l’Hydre de Lerne et la décocha entre les omoplates de Nessos. À l’agonie, ce dernier dit à Déjanire de recueillir son sang qui servira de charme au cœur d'Héraclès afin de s’assurer de sa fidélité. Déjanire obéit. Bien plus tard Déjanire, craignant de perdre son époux qui s’était épris d’Iole la fille du roi Eurytos, remit une tunique enduit du sang de Nessos à Lichas et insista pour qu’il la transmette à Héraclès et qu'il la revêtît. Héraclès sentit cependant que le vêtement le brûlait ; tentant de s’en défaire, il constata que sa peau partait avec, en lambeaux. Il tomba alors dans le piège auquel Déjanire s’était laissé prendre : le sang du centaure était souillé par le poison de l’Hydre de Lerne, qui avait tué Nessos et qui maintenant lui rongeait la chair. Son fils Hyllos alors présent et ayant vu dans quel état était son père s'en est allé à la demeure familiale pour informer sa mère des conséquences de son acte. Déjanire alors épouvantée par son action ne sut trouver les mots et partit. Hyllos devant son silence qui était pour lui signe d’aveux la tança ouvertement. Par la suite, Déjanire se suicida à l'aide d'une lame à double tranchant sur le lit d'Héraclès. Hyllos la découvre alors inerte, le malheureux se rend compte que c'est lui, qui, par sa colère, l'a conduite à cet acte. Il a appris trop tard des gens de la maison qu'elle a agi contre son gré sous l'inspiration du centaure. Pour mettre fin à sa souffrance, Héraclès demanda à son fils Hyllos d'ériger un bûcher sur le mont Œta, et de l'y déposer dans les flammes, remède immédiat à ses maux. Zeus (ou Athéna ou Hermès selon les versions) le fit monter sur l’Olympe parmi les dieux. Sur l'Olympe, Héraclès put se réconcilier avec Héra, devint immortel et fut consacré dieu des éphèbes. Il y épousa en outre la déesse de la jeunesse, Hébé, et ils eurent ensemble deux enfants : Alexiarès et Anicétos. Selon d'autres versions, sa « mort » n'aurait été qu'un passage nécessaire pour se séparer des éléments hérités de sa mère mortelle, Héraclès ayant gagné son immortalité dans son enfance après avoir tété le lait d'Héra. Amours. Le goût d'Héraclès pour les femmes est connu et lui a valu le qualificatif de φιλογύνης, "philogúnes" (« aimant les femmes »), mais les mythes évoquent également plusieurs relations avec des hommes. Femmes. Héraclès s'est marié quatre fois au cours de sa vie. Sa première épouse fut Mégara. Plus tard, devenu esclave, il fut affranchi par Omphale, reine de Lydie, et l'épousa. Il se battit ensuite contre le dieu-fleuve Achéloos pour l'amour de Déjanire. Après sa mort, il se maria sur l'Olympe avec la déesse de la jeunesse Hébé. Hommes. Héraclès a connu plusieurs relations homosexuelles (ou pédérastiques, relevant de rites initiatiques bien attestés dans la Grèce ancienne). Ses éromènes les plus connus sont Iolaos, son neveu, et Hylas. Iolaos, conducteur du char d'Héraclès et compagnon d'armes de plusieurs de ses travaux, entretient une relation avec lui dans plusieurs versions. Plutarque, dans son "Erotikos" ("Dialogue sur l'amour"), indique qu'Iolaos fut l'éromène d'Héraclès et que les couples d'hommes, jusqu'à son époque, viennent honorer le tombeau d'Iolaos et s'y échangent des serments de fidélité et des gages de bonne foi. Héraclès recueille Hylas, fils de Théodamas, après avoir tué son père, et Hylas devient son éromène. Mais le jeune homme est enlevé par des nymphes des eaux pendant la quête de la toison d'or, alors qu'il est allé puiser de l'eau à une source où vivent ces nymphes. Héraclès, bouleversé par sa disparition, laisse les Argonautes repartir sans lui afin de poursuivre ses recherches, mais ne le retrouve jamais. Un autre éromène d'Héraclès intervient dans le récit que fait le Pseudo-Apollodore de son combat contre Diomède le Thrace et ses juments cannibales. Les Bistones viennent prêter main-forte à Diomède et Héraclès qui, pour les combattre, doit confier les juments cannibales à la garde de son éromène, Abdéros, que les juments jettent à terre et traînent sur le sol derrière elles. Après avoir tué Diomède et mis en fuite les Bistones survivants, Héraclès, affligé par la perte de son aimé, élève un tombeau en l'honneur d'Abdère et fonde à proximité une cité qu'il nomme Abdère. Héraclès est également amoureux d'Admète selon Plutarque dans le "Dialogue sur l'amour", et l'auteur indique que c'est pour faire plaisir à Admète qu'Héraclès sauve du trépas son épouse Alceste. Une scholie aux "Argonautiques" d'Apollonios de Rhodes commentant le vers 1207 du chant propose une liste des aimés d'Héraclès : Diomos est également mentionné par le lexique d'Étienne de Byzance, qui indique qu'Héraclès tombe amoureux de Diomos lorsqu'il reçoit l'hospitalité de son père Collytos, et que Diomos est le héros éponyme du dème de Diomeia, qui fait partie administrativement de la tribu Aegeis, en Attique. Perithoas, Phrix et l'idée d'une relation amoureuse avec Philoctète n'apparaissent que dans cette scholie. Culte. En Grèce. Le culte d'Héraclès est répandu dans toute la Grèce, à l'exception de la Crète ; il s'adresse tantôt au dieu, tantôt au héros. Il arrive que les deux cultes coexistent, comme à Thasos ou à Sicyone. Il est plus particulièrement rattaché aux éphèbes et au gymnase et se caractérise par de grands banquets de viande . Dans la sphère privée, Héraclès est avant tout "Alexikakos", celui qui protège du mal. Par conséquent, on retrouve son image sur des amulettes. "Herakleis", « par Héraclès », est une exclamation courante, comme l'est ensuite "mehercle" en latin. Héraclès est également célébré en tant qu'ancêtre des Doriens par le biais du mythe des Héraclides. Hors de Grèce. Les auteurs anciens mentionnent plusieurs cultes rendus hors de Grèce à Héraclès ou à des dieux qu'ils identifient à Héraclès. Hérodote, dans l’"Enquête", évoque un Héraclès homonyme de l'Héraclès fils d'Alcmène et plus ancien que lui, honoré en Égypte. En Asie Mineure, le dieu guerrier est illustré à dos de cheval, et non en char, ce qui est unique à ce culte particulier. Il côtoie Kakasbos, dieu anatolien, dont les traces (reliefs et dédicaces) sont absolument équivalentes à celles que le culte d'Héraclès a laissées dans la même région, soit en Lycie-Pisidie. Les deux divinités se sont probablement rencontrées dans lors des deux derniers siècles , leur culte ayant alors été entremêlés, avant de connaître un réel engouement aux . A Agrigente, colonie grecque établie en Sicile, le temple d'Héraclès remonte au début du En Étrurie, Héraclès s'est très tôt acclimaté sous le nom de Hercle. Il y est non pas un héros, mais une divinité, et certains aspects de son mythe y semblent proprement étrusques. À Rome. Héraclès (nommé "Hercles", puis "Hercoles", puis "Hercules") devint un dieu considérable de l'État romain. Sur le débouché de la vallée du Grand Cirque, deux lieux étaient rattachés par la légende et le culture au héros grec. Ses deux endroits attribuaient leur principal monument au héros lui-même. Le temple d'Hercule Victor, bâti près de l'autel de Jupiter Inventor, est censé avoir été élevé par Hercule lui-même ou ses compagnons après la victoire de celui-ci contre Cacus. En 312 , selon la tradition annalistique, le culte jusqu'ici familial devint étatique et dorénavant, ce fut le fut le préteur urbain, qui chaque année, au nom de Rome, sacrifia le bœuf ou la génisse à l'Ara maxima Herculis. Plus caractéristique encore que la cérémonie annuelle était le service de la dîme. Introduits par les Grecs, le culte d'Hercule devint celui de marchands qui associaient leurs entreprises risquées aux multiples aventures du héros grec, puis des généraux heureux dans leurs batailles. Ainsi, plusieurs des sanctuaires herculéens mineurs qui ont fleuri au cours des âges sont le fait de généraux. C'est à Pompée que l'on doit la restauration du "templum Herculis Pompeiani", titre remarquable puisqu'il paraît faire du dieu le protecteur personnel du général et homme d'État romain. Le temple même d'Hercule Victor jouait un rôle lors de la cérémonie du triomphe des généraux victorieux : le cortège passait devant le temple et on couvrait de vêtements somptueux la statue en bronze d'Hercule qu'on avait placé sur le seuil pour lui faire participer à l'enthousiasme général. Lorsque Rome dans le troisième tiers du quatrième siècle émet ses premières monnaies, Hercule, en dépit de son nom grec, figure sur le quadrans. Au début du siècle, le premier lectisterne collectif l'associe à Diane déjà assimilée à la déesse grecque Artémis. En Gaule. En Gaule, Héraclès a connu une très grande popularité chez les Celtes romanisés. Plus de trois cents sculptures le représentent, un grand nombre de statuettes en bronze, plus de cent inscriptions lui sont consacrés. Cet engouement est favorisé par le mythe des Hespérides. Selon Parthénios de Nicée, de l'union d'Héraclès et de Celtinée naît un fils, Celtos, de qui les Celtes ont pris leur nom. Lucien de Samosate, dans une "prolalia" (un avant-propos) intitulée "Héraclès", évoque un dieu de l'éloquence honoré par les Gaulois qu'il présente sous le nom d'Héraclès Ogmios et rapproche du dieu gaulois Ogmios. Héraclès dans les arts pendant l'Antiquité. Littérature. Aucune œuvre littéraire retraçant l'ensemble des aventures d'Héraclès ne nous est parvenue. Cependant, nous savons que de telles œuvres ont existé : pendant l'époque archaïque, le poète Pisandre avait composé une "Héraclide" aujourd'hui perdue qui, selon, une épigramme de Théocrite, relatait pour la première fois les exploits du héros en détail ; au tout début de l'époque classique, Panyasis d'Halicarnasse compose à son tour une "Héraclée" ("Heracleia") qui, selon la "Souda", comportait 14 livres pour un ensemble de 9000 vers. Seuls quelques fragments nous en sont parvenus. Quelques évocations d'ensemble résumant les exploits d'Héraclès se trouvent dans les tragédies, au moment de présenter le personnage (au début de "La Folie d'Héraclès" d'Euripide) ou bien au moment de sa mort (dans "Les Trachiniennes" de Sophocle). Un passage de l’"Énéide" de Virgile décrivant un sacrifice à Hercule comprend un rappel de ses nombreux exploits. Beaucoup d'autres œuvres contiennent des allusions à plusieurs épisodes, comme l’"Iliade" et l’"Odyssée". Cependant, la plupart des œuvres de la littérature grecque ancienne ayant trait à Héraclès se concentrent sur un épisode qu'elles développent en détail, de manière très variable selon le genre littéraire auquel elles appartiennent et la perspective particulière adoptée par l'auteur. À l'époque archaïque, le poète Créophylos de Samos compose une épopée, la "Prise d'Œchalie", évoquant un conflit entre Héraclès et Eurytos, roi d'Œchalie ; seuls quelques vers et plusieurs témoignages indirects nous renseignent sur cette œuvre perdue. L'un des "Hymnes homériques" évoque les exploits puis l'apothéose d'Héraclès. Au , le poète lyrique Pindare cite Héraclès dans plusieurs de ses poèmes ; au début de l’"Olympique" 2 et dans l’"Olympique" 3, il l'évoque comme le fondateur des jeux olympiques. Dans le théâtre grec antique de l'époque classique, Héraclès fait l'objet (ou apparaît dans) de nombreuses tragédies. Chez Eschyle, il intervient dans "Prométhée enchaîné" pour délivrer Prométhée de son supplice. Sophocle consacre sa tragédie "Les Trachiniennes" à l'épisode de la mort d'Héraclès, et le fait apparaître plus ponctuellement comme "deus ex machina" pour le dénouement de son "Philoctète". Euripide consacre une tragédie à "La Folie d'Héraclès". Euripide fait aussi apparaître Héraclès dans son "Alceste", où il le décrit d'une façon ambiguë, de la même façon que toute la pièce oscille entre tragédie et comédie : Héraclès est un glouton et il donne à Admète des conseils philosophiques d'ivrogne, mais il se comporte en véritable héros et assure le dénouement heureux de la pièce. Héraclès est aussi évoqué dans la comédie, mais aucune comédie grecque parmi celles qui nous sont parvenues ne lui est spécifiquement consacrée. Dans la comédie "Les Oiseaux" d'Aristophane, Héraclès apparaît comme un agent au service des dieux, mais sa gloutonnerie le rend aisément corruptible. Dans une autre comédie d'Aristophane, "Les Grenouilles", le dieu Dionysos décide de se rendre aux Enfers, mais, comme il a peur de ne pas en revenir vivant, il se déguise en Héraclès pour se donner confiance et va demander conseil au héros au début de la pièce. Les philosophes grecs anciens s'approprient eux aussi le personnage d'Héraclès. Le philosophe présocratique et sophiste Prodicos de Céos écrit ainsi un apologue où il met en scène Héraclès jeune confronté aux discours séducteurs de deux femmes qui ne sont autres que des allégories du vice et de la vertu. Nous connaissons ce texte de manière indirecte, par l'évocation qu'en fait Xénophon dans les "Mémorables". Cet épisode allégorique, souvent appelé « Héraclès à la croisée des chemins », connaît une postérité abondante après l'Antiquité, notamment dans la peinture de la Renaissance. À l'époque hellénistique, Héraclès apparaît dans la poésie épique et dans la pastorale. Apollonios de Rhodes, dans ses "Argonautiques", lui fait prendre part à l'expédition des Argonautes, qu'il quitte après la disparition de son éromène Hylas. Théocrite consacre une idylle à « Héraclès enfant » où il relate son tout premier exploit au berceau contre les serpents envoyés par Héra ; dans « Hylas », il évoque lui aussi la disparition de l'aimé du héros. Un papyrus provenant d'Oxyrhynchos, daté du , contient des fragments d'un poème consacré aux travaux d'Héraclès, en l'occurrence le combat contre le lion de Némée. Plusieurs dessins illustrent le texte. La littérature latine est également impliquée dans le mythe, à travers le philosophe stoïcien Sénèque. Il composa la tragédie "Hercule furieux", inspirée d'Euripide, où il dépeint un Hercule héroïque mais aussi victime de la folie. "Hercule sur l'Œta" est plus marquée par une glorieuse en apothéose mais doit probablement être due à un imitateur postérieur à Sénèque. Arts plastiques. Héraclès est représenté dans l'Antiquité en homme barbu, dont la tête est souvent recouverte de la peau du lion de Némée. Il tient parfois un skyphos à la main, et est armé de différentes armes, en fonction de la scène représentée : massue, arc, épée, faucille et/ou fronde. Sculpture. En sculpture, le cycle des travaux d'Héraclès est représenté dès le milieu du , de manière incomplète, comme sur les métopes de l'Héraion de Sele à Paestum. Les douze travaux figurent au complet sur les métopes du temple de Zeus d'Olympie, au ; sur le temple d'Héphaïstos d'Athènes, à la même période, ils sont mis en lien avec ceux de Thésée et donc diffèrent. Ces travaux figurent aussi sur des œuvres de plus petites tailles, comme un relief votif d'Héraclès et Omphale conservé au Musée archéologique national de Naples. Plusieurs sculptures représentent Héraclès au repos, dont le Hercule Farnèse, copie romaine du d'après un original grec de Lysippe, dont une autre copie est l'Héraclès d'Anticythère. Au siècle précédent, l'empereur romain Commode s'est plusieurs fois représenté sous les traits d'Hercule. Céramique. Plusieurs travaux d'Héraclès figurent sur une amphore du peintre de Kléophradès, datant de ; d'autres travaux sont très fréquemment représentés dans la céramique, comme l'épisode du lion de Némée. Gravure. Héraclès tuant le lion de Némée figure sur des monnaies d'Héraclée de Lucanie, au ; à la même période, Alexandre le Grand se fait représenté en Héraclès, couvert de la peau du lion. Études et interprétations mythologiques. Anthropologie historique. Dans la continuité des analyses de Jean-Pierre Vernant sur la notion de personne dans la religion grecque et des développements de Marie Delcourt, qui consacre quelques pages à Héraclès dans son étude sur les héros, Nicole Loraux insiste sur le fait que la figure d'Héraclès tend à se réduire aux exploits qu'il accumule : Héraclès n'a pas vraiment d'intériorité. « Héraclès n'est pas tragique, parce qu'il n'est pas ambigu, et, pour en faire un héros tragique, il faudra qu'Euripide lui invente quelque chose comme une intériorité » (Nicole Loraux se réfère à la tragédie d'Euripide "La Folie d'Héraclès"). En contrepartie, la « force muette » d'Héraclès devient le moyen d'expression de toutes sortes de discours, en particulier philosophiques, qui en font une figure édifiante de vertu et de sagesse. À l'inverse, la comédie tire Héraclès vers l'extrême inverse en le mettant en scène sous les traits d'une brute stupide et gloutonne. Mythologie comparée. Le philologue et mythologue autrichien Rudolf Simek a comparé le héros grec Héraclès au dieu germanique Thor/Donar, sur la base des fonctions et des attributs similaires qu'il leur trouve. Tous deux sont des tueurs de monstres et de géants, défenseurs des dieux et des hommes face aux forces du chaos. Thor possède lui aussi une arme puissante, son marteau Mjöllnir. L’"interpretatio romana" associait déjà Thor à Hercule. Dans "La Germanie", Tacite nomme les dieux des Germains, et évoque les sacrifices faits en l'honneur d'Hercule, qui serait alors le dieu Thor. En Germanie romaine, de nombreuses inscriptions sur des monuments ou pièces portent le nom d'Hercule et désignent véritablement l'Hercule germanique, Thor. Pour Jean Haudry à la suite des travaux de Martin P. Nilsson, la principale particularité d'Héraclès est, par delà le foisonnement des cultes et des légendes, sa conquête de l'immortalité, ce qu'il nomme la conquête de l'Année (Héra). Selon lui, il doit la plupart des légendes illustrant sa force physique à son frère jumeau Iphiclès, tombé dans l'oubli, mais "a contrario" de celui-ci avant la force brutale, il s'illustre par ses exploits civilisateurs et sa volonté. Ses derniers travaux sont une victoire sur la mort et sa fin symbolise une conquête de l'immortalité solaire. Dans une approche relevant de la mythologie comparée, l'anthropologue syrien Firas Al-Sawah a rapproché les travaux d'Héraclès de l’épopée babylonienne nommée "Épopée de Gilgamesh". Il établit une filiation entre le récit "La Gloire d’Uruk", rédigé dans la Mésopotamie du et le mythe d'Héraclès, "La Gloire d'Héra", évoqué par les épopées attribuées à Homère au En effet, la similitude est frappante entre un Gilgamesh, roi de Uruk, deux tiers dieu et un tiers humain, effectuant une série d’œuvres devant le mener à l’immortalité, et Héraclès, « Gloire d'Héra », moitié dieu et moitié homme, effectuant douze travaux qui le mèneront à son tour à l’immortalité. Cette interprétation reste minoritaire. Dans les arts après l'Antiquité. Littérature. Les auteurs chrétiens des premiers siècles de notre ère, comme Tertullien, Lactance et saint Augustin, font d'Héraclès un modèle de courage ("fortitudo") ; mais ce n'est qu'au que la figure d'Héraclès est pleinement intégrée à la symbolique chrétienne, avec "L'Ovide moralisé", qui fait d'Héraclès un symbole de Jésus ou de Dieu. Au , le "Recueil des histoires de Troie" de Raoul le Fèvre met en scène un Hercule chevaleresque et courtois semblable aux personnages des romans médiévaux. Au , Pierre de Ronsard reprend la symbolique chrétienne associée à Héraclès pour composer, parmi ses "Hymnes" publiés en 1555, un « Hercule chrétien », qui dénombre les parallèles possibles entre Hercule et Jésus. À la même époque se développent d'autres symboliques associées à Hercule. Un Hercule égyptien, homonyme de l'Héraclès fils d'Alcmène et plus ancien que lui, était évoqué par Hérodote dans son "Enquête". Au , on commence à faire de cet Hercule, dit « Hercule libyen », l'ancêtre des Gaulois, par l'intermédiaire d'un fils, Galatès, qu'il aurait eu avec la fille d'un chef gaulois et qui serait devenu l'éponyme de la Gaule ; cette généalogie s'élabore dans le cadre d'une rivalité politique et culturelle entre pays d'Europe, où elle vise à avantager la France en lui prêtant des origines plus anciennes encore que les Latins et les Grecs. Un autre Hercule encore, dit « Hercule Gaulois », s'inspire d'un Héraclès homonyme qui apparaît notamment dans l'Antiquité chez Lucien de Samosate sous le nom d'Héraclès Ogmios et est présenté comme un dieu de l'éloquence honoré par les Gaulois : au , cet Hercule est alors représenté doté à la fois des attributs traditionnels d'Héraclès (la peau du lion de Némée et la massue) et d'une série de chaînes partant de sa langue pour s'accrocher aux oreilles d'une foule qui le suit, symbole de son éloquence captivante. Pierre de Ronsard, dans son poème « Hylas » édité dans le septième livre des "Poèmes" en 1569, prête à Hercule l'ensemble de ces caractéristiques d'Hercule « libyen » et d'Hercule « Gaulois ». Joachim du Bellay évoque l'Hercule Gaulois dans la conclusion de la "Défense et illustration de la langue française" en 1549. Au , le dramaturge Jean de Rotrou évoque la mort et l'apothéose d'Héraclès dans la tragédie "Hercule mourant", créée en 1634 et publiée en 1636. Dans la seconde moitié du en France, Héraclès est évoqué par les poètes du Parnasse. José-Maria de Heredia compose, dans "Les Trophées" (publiés en 1893), une série de six sonnets intitulée « Hercule et les Centaures ». Les deux premiers sonnets, « Némée » et « Stymphale », sont consacrés à deux des travaux d'Héraclès, le lion de Némée et les oiseaux du lac Stymphale. Le troisième, « Nessus », évoque l'amour du centaure Nessos pour Déjanire. « La Centauresse », où Héraclès n'apparaît pas, décrit le déclin du peuple des centaures, qu'Héraclès pourchasse et massacre dans les deux derniers sonnets, « Centaures et Lapithes » et « Fuite de Centaures ». Dans ces poèmes, Héraclès est souvent décrit comme terrifiant, ce qui lui confère une affinité inattendue avec les monstres qu'il est chargé de détruire. Leconte de Lisle, dans les "Poèmes antiques", évoque Héraclès dans plusieurs poèmes : « Hylas », « L’Enfance d’Hèraklès », « Hèraklès au Taureau », « Hèraklès solaire » (il l'y nomme parfois Héraclès, parfois Hèraklès selon une orthographe archaïsante, et parfois Hercule). Dans la neuvième de ses Études latines (Néère) figurant dans le même recueil, il le désigne par une périphrase : "L'immortel qui naquit de la Vierge Thébaine" (deuxième vers). Au , Héraclès prend toutes sortes de visages selon les auteurs. L'écrivain français André Dubois La Chartre réécrit ses exploits dans "Le Journal intime d'Hercule" en 1957. Le dramaturge allemand Heiner Müller en fait un personnage comique dans "Herakles 5". L'écrivain français Guy Rachet lui consacre un roman, "Les Douze Travaux d’Hercule". Peinture. Héraclès est représenté par de nombreux peintres. Au , Albrecht Dürer représente plusieurs épisodes de ses aventures sur ses gravures et esquisses, dont "Hercule à la croisée des chemins" (vers 1498) inspiré du texte allégorique de Prodicos de Céos. Le peintre allemand Lucas Cranach l'Ancien peint en 1537 un "Hercule et Omphale" dont les personnages portent des vêtements contemporains. Pierre Paul Rubens représente plusieurs de ses exploits, dont "Hercule aux prises avec le lion de Némée" (après 1608, conservé à Bucarest) et "Hercule dans le jardin des Hespérides", vers 1638 (conservé dans la galerie Sabauda à Turin). Le peintre et sculpteur Antonio Pollaiuolo peint "Hercule combattant l'hydre de Lerne" (conservé à la Galerie des Offices de Florence). En Italie, au début du , le Guide peint une série de tableaux formant le cycle des "Travaux d'Hercule". Le Dominiquin peint un "Paysage avec Hercule tirant Cacus de sa caverne" et un "Paysage avec Hercule combattant Achelaüs changé en taureau" vers 1621-1622. Au début du , le peintre rococo François Lemoyne réalise pour le château de Versailles, entre 1733 et 1736, une "Apothéose d'Hercule" qui donne son nom au salon dit « salon d'Hercule ». L'italien Sebastiano Ricci représente Hercule dans ses relations avec Déjanire dans "Hercule et Déjanire", vers 1702 dans une collection privée. Pour le hall d'Hercule au rez-de-chaussée du Palazzo Fenzi-Marucelli à Florence, il réalise en 1706-1707, "Hercule tue Nessus". Un tableau antérieur, sur le même thème vers 1700, se trouve au Musée des Beaux-Arts de Houston. Dans les années 1740-1750, en Italie, Pompeo Batoni réalise plusieurs versions d’"Hercule à la croisée des chemins". Au , Héraclès est présent dans la peinture symboliste. Gustave Moreau peint un "Hercule et l'hydre de Lerne" entre 1869 et 1876. Arnold Böcklin peint "Nessus et Déjanire" puis "Le Sanctuaire d'Hercule" en 1888. Les peintres préraphaélites le représentent également : John William Waterhouse s'inspire de l’"Alceste" d'Euripide pour son "Hercule se bat contre la Mort pour sauver Alceste", peint entre 1869 et 1871. Au début du , entre 1921 et 1925, le peintre américain John Singer Sargent réalise pour le Musée des beaux-arts de Boston une série de peintures mythologiques parmi lesquelles figure un "Hercule et l'hydre". En 1989, le peintre Jean-Marie Pierret recouvre le tablier du barrage hydro-électrique du Chevril (appelé aussi barrage de Tignes ; département de la Savoie) d'une fresque de représentant Hercule. Sculpture. Comme de nombreux autres mythes grecs, Héraclès fait l'objet de nombreuses œuvres sculptées, en particulier pendant la Renaissance. Au , Antonio Pollaiuolo réalise un groupe en bronze "Hercule et Antée", conservé au Musée national du Bargello à Florence. Au , le sculpteur italien Baccio Bandinelli sculpte un groupe colossal "Hercule et Cacus", placé devant le Palazzo Vecchio à Florence. À la même époque, le sculpteur italien Giambologna réalise un ensemble représentant "Hercule luttant contre le centaure Nessos" ("Ercole con il centauro Nesso"), exposée par la suite à la Loggia dei Lanzi, de même que son "Enlèvement des Sabines". Durant la même période, avant 1560, le sculpteur italien Guglielmo della Porta réalise un "Hercule tue les serpents" représentant Héraclès enfant tuant l'un des serpents d'Héra, tandis que des saynètes sur le socle de la sculpture représentent ses futurs douze travaux. En France, en 1660, Pierre Puget sculpte un "Hercule terrassant l'hydre de Lerne" (dit "Hercule de Vaudreuil") ; la sculpture, brisée pendant la Révolution, est ensuite reconstituée et conservée au musée de Rouen. Puget sculpte aussi, en 1663, un "Hercule au repos" (également appelé "Hercule Gaulois") conservé au Musée du Louvre. Au , Laurent Delvaux réalise un "Hercule et le sanglier d'Erymanthe" exposé à la Bibliothèque royale de Belgique. Au , en 1815, Antonio Canova réalise un spectaculaire "Hercule et Lichas" inspiré de l'épisode de la mort de Lichas et conservé à la Galerie d'art moderne de Rome. En 1823, Antoine-Louis Barye sculpte un "Hercule et le sanglier d'Erymanthe" en bronze, conservé au Louvre. Durant la même période, François Joseph Bosio conçoit un ensemble représentant "Hercule combattant Acheloüs transformé en serpent" dont le modèle en plâtre est exposé au Salon de 1814 et dont la sculpture en bronze, achevée en 1822, est conservée au Louvre). Au tout début du , en 1909, le sculpteur français Antoine Bourdelle réalise un "Héraklès archer" d'après l'épisode des oiseaux du lac Stymphale. Gravure. En Allemagne, Albrecht Dürer réalise la gravure sur bois en relief vers 1496-1497, "Hercule vainqueur de Cacus" ou "Hercule tuant les Molionides" et une gravure sur cuivre au burin vers 1498-1499, "Hercule à la croisée des chemins" ou "Les Effets de la jalousie." En France, Augustin Dupré a gravé les pièces de monnaie représentant Hercule (Union et Force) émises pendant la Révolution. Ce type "à l'Hercule" a été repris sous les deuxième, troisième et cinquième républiques. De nouvelles pièces "à l'Hercule", en euros, ont été gravées en 2011 par Joaquin Jimenez. Musique. Plusieurs opéras sont consacrés à Héraclès (en général sous son nom latin) à la fin du et dans le courant du . Reinhard Keiser compose un "Hercule et Hébé" ("Die Verbindung des großen Herkules mit der schönen Hebe") créé à Hambourg vers 1700. Christoph Graupner compose un "Hercule et Thésée" créé à Hambourg en 1708. Louis-Nicolas Clérambault compose en 1716 une cantate à voix seule et symphonie, "La mort d'Hercule" et en 171? une autre cantate, "Le triomphe de la vertu ou Hercule vainqueur des plaisirs", opus 29. Haendel compose un drame musical, "Hercules" (dont le livret est en anglais), qui prend pour sujet la mort d'Héraclès en s'inspirant principalement des "Trachiniennes" de Sophocle. Le drame est créé le 5 janvier 1745 au King's Theatre de Londres. En France, Camille Saint-Saëns compose en 1877 "La Jeunesse d'Hercule", poème symphonique, op. 50. Claude Terrasse compose un opéra-bouffe en trois actes, "Les Travaux d'Hercule", créé en 1901 au théâtre des Bouffes-Parisiens, dans lequel c'est Augias qui accomplit les exploits d'Hercule, tandis que ce dernier s'en approprie toute la gloire sans rien faire. Dans un tout autre genre, en 1953, Maurice Thiriet compose "Héraklès", une partition chorégraphique pour ballet dramatique. Bande dessinée. Héraclès apparaît dans les "comics" américains dans le de "All Star Comics" publié par DC Comics en 1941, qui l'intègre à l'univers DC sous son nom latin Hercule (). En 1965, un numéro de "Journey into Mystery", de Marvel Comics, ajoute à son tour sa vision du personnage d'Hercule à l'univers Marvel. En 2008, l'éditeur Radical Comics lance une autre série consacrée à Hercule avec "Hercules:The Thracian Wars" puis "Hercules: The Knives of Kush". Dans la bande dessinée européenne, Héraclès est le personnage principal de "La Gloire d'Héra", scénarisée par Serge Le Tendre et dessinée par Christian Rossi (Casterman, 1996). Héraclès apparaît aussi dans chaque tome de la série "Socrate le demi chien" scénarisée par Joann Sfar et dessinée par Christophe Blain (Dargaud, 2002). Les douze travaux d'Héraclès sont racontés par Édouard Cour (scénario et dessin) dans la trilogie "Héraklès", parue entre 2012 et 2015 aux éditions Akileos. Cinéma. Héraclès a fait l'objet de nombreux films, en particulier de péplums au . Il n'apparaît qu'assez tard au cinéma par rapport à d'autres héros mythologiques, car il n'est presque pas évoqué par le cinéma muet : seul Febo Mari réalise un "Hercule" ("Ercole") en 1918. C'est dans les années 1950 que le péplum italien commence à mettre en scène le héros, avec les films de Pietro Francisci, comme "Les Travaux d'Hercule" (1958) ou "Hercule et la Reine de Lydie" (1959). Dans les films de Francisci, Héraclès, évoqué sous son nom romain, Hercule, est incarné par Steve Reeves et est décrit comme le héros par excellence, beau, noble et vertueux. Viennent ensuite les films de Vittorio Cottafavi, "La Vengeance d'Hercule" (1960) et "Hercule à la conquête de l'Atlantide" (1961), le second s'orientant nettement vers la science-fiction ; Hercule y est dépeint comme un bon vivant étonnamment pacifique, Cottafavi jouant à subvertir les codes du genre. Devant le succès du genre et du personnage, Hercule est par la suite utilisé dans les contextes les plus divers : le fantastique avec "Hercule contre les vampires" de Mario Bava et Franco Prosperi (1961), le film d'aventure "pulp" avec "Hercule contre les Fils du soleil" d'Osvaldo Givirami (1964) où Hercule affronte des Incas, la fantasy urbaine avec "Hercule à New York" (Arthur Allan Seidelman, 1970) où Arnold Schwarzenegger fait ses débuts, et de nombreux autres films. Hercule côtoie parfois l'autre héros musclé du péplum italien, Maciste, comme dans "Le Géant de la vallée des rois" (C. Campogalliani, 1960). Héraclès intervient également comme personnage secondaire dans les adaptations de la quête des Argonautes, dont la plus fameuse est "Jason et les Argonautes" de Don Chaffey (1963). En dehors du genre du péplum, le réalisateur allemand Werner Herzog réalise en 1962 un "Herakles", l'un de ses tout premiers films, qui a pour sujet six des douze travaux du héros dans un contexte contemporain. Le cinéma d'animation, de son côté, s'empare très tôt d'Héraclès : Émile Cohl, l'un des pionniers de l'animation française, réalise un dessin animé en papier découpé, "Les Douze Travaux d'Hercule", en 1910 : le film montre l'ensemble des douze travaux. Beaucoup plus tard, en 1997, c'est au tour des studios Disney de mettre en scène le héros, avec le long-métrage d'animation "Hercule", qui adopte un ton humoristique et un graphisme "cartoon". Après le renouveau du genre du péplum qui suit le succès de "Gladiator" de Ridley Scott en 2000, Hercule ne tarde pas à revenir sur les écrans. En 2014, deux films américains lui sont consacrés : "La Légende d'Hercule" de Renny Harlin (avec Kellan Lutz dans le rôle principal) puis "Hercule" de Brett Ratner (avec Dwayne Johnson dans le rôle-titre). Télévision. La première série télévisée consacrée à Héraclès est une série animée américaine, "Le Puissant Hercule" ("The Mighty Hercules"), conçue par Adventure Cartoon Productions, diffusée sur la chaîne Syndication de 1963 à 1966. Vient ensuite une série en images réelles, "Hercule", créée par Christian Williams et diffusée pour la première fois sur Syndication en 1994 ; conçu au départ comme une suite de cinq téléfilms, le concept est prolongé en une série télévisée qui donne lieu à son tour à plusieurs séries dérivées, dont "Xena, la guerrière" en 1995. Le long-métrage d'animation de Disney de 1997 donne lieu à une adaptation en série animée à la télévision, "Hercule", l'année suivante. Héraclès fait aussi l'objet d'une télésuite, "Hercule", réalisée par Roger Young en 2005 pour la télévision américaine. Jeux vidéo. En 1984 paraît "Hercules", un jeu vidéo américain de plate-forme développé par Interdisc pour le Commodore 64, dans lequel le joueur incarne Héraclès et doit parcourir douze niveaux parsemés de plates-formes piégées (). En 1987, Smart Egg Software réalise "The Labours of Hercules", une aventure en mode texte programmée par Terry Taylor dans laquelle le joueur incarne Héraclès et doit accomplir les douze travaux. En juin 1987, le studio japonais Data East réalise "Tōjin Makyō-den Heracles no Eikō" ("La Légende du repaire du démon combattant : la gloire d'Héraclès"), un jeu vidéo de rôle pour Famicom. Le jeu connaît plusieurs suites sur différents supports, scénarisées par Kazushige Nojima. En 1988, Gremlin Interactive édite "Hercules: Slayer of the Damned", un jeu de '. En 1997, la sortie du long-métrage d'animation Disney donne lieu à un jeu vidéo dérivé, "Hercule", édité par Disney Interactive. En 2007, le studio français Neko Entertainment édite "Heracles: Chariot Racing", un jeu vidéo de course sur console où le joueur incarne Héraclès participant à des courses de chars dans un univers inspiré de la mythologie grecque. En 2010, le jeu d'action ', met aux prises le héros du jeu, Kratos, avec Héraclès lors d'une séquence de combat. Astronomie. En 1935, l'union astronomique internationale a donné le nom d'Hercule à un cratère lunaire. Imaginaire collectif. L'imaginaire collectif retient principalement d'Hercule un personnage doté d'une force extrême. La langue française a consacré l'onomastisme nominal "hercule", antonomase lexicalisée qui désigne un homme doté d'une grande force musculaire. De même, l'onomastisme dérivé adjectival "herculéen" désigne ce qui nécessite une très grande force. Aspects sociétaux. Les amours d'Héraclès sont dépeintes comme étant bisexuelles (c'est-à-dire qu'elles concernent des hommes et des femmes), ce qui est un trait largement répandu dans les sociétés grecques antiques. Cet aspect du mythe herculéen a par ailleurs été repris comme un symbole, des journaux LGBT comme des associations bisexuelles se l'appropriant.
Hina matsuri est une fête traditionnelle qui a lieu chaque année au Japon le , jour consacré aux petites filles. Les jours précédant le , les petites filles japonaises exposent de précieuses poupées posées sur des petites estrades à plusieurs niveaux. Ces poupées spéciales, qui se transmettent parfois de génération en génération, sont rangées dans un carton tout le reste de l'année. Elles représentent des personnages de la cour impériale de l'ère Heian. Origine et tradition. "Hina matsuri" remonte à l'époque Heian. Elle fait partie des correspondant aux dates du calendrier traditionnel chinois : le premier jour du premier mois, le troisième jour du troisième mois, etc. Après l'adoption du calendrier grégorien par le Japon, les dates de ces fêtes ont été fixées au , au 3 mars, au 5 mai, au 7 juillet et au 9 septembre. La fête a d'abord été appelée car les fleurs de pêchers s'ouvraient à cette période. Ce n'est plus le cas depuis le passage au calendrier grégorien, mais le nom est encore utilisé et les pêches restent un symbole de cette fête. Historique. La plus ancienne trace d'utilisation de poupées lors du « festival des pêches » remonte à 1625 avec Oki-ko, la fille de l'empereur Go-Mizunoo. Les dames de la cour impériale lui ont disposé des accessoires pour qu'elle puisse . Après qu'Oki-ko succède à son père sous le nom d'impératrice Meishō, « Hina Matsuri » devient le nom officiel de la fête en 1687. Les fabricants de poupées commencent alors à fabriquer des poupées élaborées pour le festival, certaines faisant jusqu'à un mètre de haut jusqu'à ce que la loi limite leurs tailles. La disposition des poupées ou évolue ensuite pour inclure jusqu'à quinze poupées et leurs accessoires. Les escaliers sont ajoutés pour mettre les poupées les plus chères hors de portée des jeunes enfants. Pendant l'ère Meiji, le Japon se modernise et l'empereur reprend du pouvoir. Hina matsuri et d'autres fêtes similaires sont alors remplacées par de nouvelles fêtes célébrant le lien entre l'empereur et sa nation, mais la fête est ensuite restaurée : en mettant l'accent sur le mariage et la famille, elle représente les espoirs et les valeurs du Japon, et les poupées étant censées représenter l'empereur, l'impératrice et leur cour, elles symbolisent aussi le respect pour le trône impérial. La fête s'est aussi répandue dans d'autres pays à travers la diaspora japonaise, mais demeure restreinte aux émigrés japonais et à leur descendance. Tradition. Le principal aspect du Hina matsuri est l'exposition de poupées, en particulier les deux principales, la et la , qui représentent des mariés de l'ère Heian, mais qui sont plus souvent décrits comme l'empereur et l'impératrice du Japon, généralement sur un tissu rouge. Ce sont souvent des poupées traditionnelles très détaillées, mais à défaut de poupées, on peut représenter un couple en origami ou deux images. Les dispositions plus élaborées se font sur une estrade en avec d'autres poupées représentant des dames de la cour, des musiciens et des serviteurs, avec toutes sortes de vêtements et d'accessoires. L'ensemble des poupées et des accessoires est appelé . Le nombre d'étages et de poupées qu'il contient dépend des familles et de leur budget. Les familles s'assurent normalement d'avoir au moins les deux poupées principales pour le premier Hina matsuri de leurs filles. Les poupées sont souvent très chères, et peuvent se passer dans les familles de génération en génération. Les éléments du "hinakazari" passent le plus clair de l'année rangés, et les filles et leurs mères commencent à les exposer quelques jours avant le 3 mars (les garçons ne participent généralement pas, la fête du "Tango no sekku" le 5 mai leur étant traditionnellement consacrée). Les poupées doivent être rangées dès le lendemain du Hina matsuri, la superstition voulant que si elles restent trop longtemps en place, la fille de la maison se mariera plus tard, mais certaines familles les laissent en place pendant tout le mois de mars. L'encouragement à ranger rapidement les poupées vient de l'humidité qui règne pendant le mois de mars après la fête et qui pourrait les endommager. Historiquement, les poupées étaient aussi utilisées comme jouets, mais de nos jours il s'agit de poupées de collection uniquement décoratives. Les poupées ne sont généralement plus exposées après le dixième anniversaire de la fille de la maison. Les poupées étaient supposées protéger des mauvais esprits. Des cérémonies de se tiennent également partout au Japon à cette période, où des poupées de papier ou de paille sont placées sur des barques flottant sur les rivières, afin d'emporter avec elles les péchés et les impuretés. À certains endroits comme le musée des poupées Nagashibina à Tottori, la cérémonie a lieu selon les dates du calendrier luni-solaire traditionnel, plutôt qu'à la date fixe du 3 mars. Pour célébrer Hina matsuri, on boit traditionnellement du "amazake", du "shirozake" ou du "tôkashu", bières traditionnelles peu ou pas alcoolisées à base de riz, et on mange des "hina arare", biscuits à base de riz et des sushis "chirashi", ainsi que des "sakuramochi" et de la , les coquilles symbolisant un couple uni. Des sucreries sont habituellement placées en offrandes devant l'autel des poupées. Disposition des poupées. La disposition des poupées (notamment l'empereur et l'impératrice) à gauche ou à droite dépend des régions et des traditions familiales, mais l'ordre des poupées par étage est le même. L’escalier sur lequel sont disposées les poupées est appelé , il est recouvert d’un tapis de feutre rouge nommé ou simplement . La description qui suit est celle de la disposition la plus complète, comme sur la photographie. Cependant, on peut se contenter d'un ensemble plus simple, avec seulement le couple impérial. Premier niveau. Sur le niveau le plus haut se trouvent les deux , le mot "dairi" désignant la résidence de l'Empereur du Japon. La poupée homme, "obina", tient un tandis que la poupée femme "mebina" tient un éventail. Le couple est également connu sous les noms de et , ou encore et . Bien qu'ils soient appelés Empereur et Impératrice, ils représentent des fonctions et non de vrais individus (sauf pendant l'ère Meiji où certaines poupées représentaient l'Empereur Meiji et son épouse l'Impératrice Shōken). Un doré fait souvent office d'arrière-plan et des arbres verts sont placés de part et d'autre du couple impérial. On peut aussi ajouter deux et des lanternes de papier ou de soie , généralement décorées de motifs de cerisiers ou de pruniers en fleurs. Les dispositions les plus complètes ajoutent aussi des accessoires placés entre les deux poupées, appelés , composés de deux vases de artificielles. En général, dans le Kansai la poupée masculine se trouve à droite, tandis que dans le Kantō elle se trouve à gauche (du point de vue du spectateur). Deuxième niveau. Sur le deuxième niveau sont disposées servant le saké au couple impérial. Deux d'entre elles sont debout et portent des pichets de saké, l'un avec une et l'autre avec une . La se place au milieu devant une petite table et peut être assise ou à genoux. Entre les dames se trouvent des accessoires nommés , constitués de tablettes rondes portant des sucreries de saison à l'exception des "hishi mochi" qui sont placés sur un autre niveau. Troisième niveau. se tiennent sur la troisième marche. Chacun d'entre eux tient un instrument de musique, sauf le chanteur qui porte un éventail : Dans certains anciens ensembles, on trouvait sept voire dix musiciens. Dans au moins l'un d'entre eux, les musiciens étaient des femmes. Quatrième niveau. La quatrième étagère inclut souvent , qui représentent soit les gardes du corps de l'empereur, soit des administrateurs à Kyoto : le et le . Ils sont tous les deux équipés d'arcs et de flèches. Le ministre de droite est généralement représenté jeune et celui de gauche plus âgé, car cette position est réservée à l'aîné des deux. Parce que les poupées sont placées relativement l'une à l'autre, le ministre de droite est en fait à droite de la scène (donc à gauche du point de vue du spectateur) et le ministre de gauche de l'autre côté. Entre les deux poupées sont placées des tables couvertes de bols, appelées ou . On place également des "hishimochi", des petits "mochi" tricolores, en forme de losange, sur des tablettes de même forme. Juste devant les ministres se trouvent des arbustes : à droite un , à gauche un . Cinquième niveau. La cinquième marche, entre les arbres, contient trois ou du couple impérial : Niveaux inférieurs. Sur les niveaux inférieurs sont présents divers personnages et accessoires miniatures, comme des chars à bœufs. Sixième niveau. On y trouve des objets et des meubles utilisés au palais impérial : Septième niveau. On y trouve d'autres objets et meubles utilisés au palais impérial :
Histoire de l'Estonie L’histoire de l’Estonie, pays situé sur la rive orientale de la mer Baltique qui a accédé à l’indépendance en 1918, débute au , lorsque les premières populations nomades pénètrent sur son territoire libéré par la dernière glaciation. Selon la théorie la plus répandue, le peuple finno-ougrien, dont descend la majeure partie des Estoniens contemporains, arrive dans la région vers le en introduisant la céramique à peigne commune à plusieurs peuples rattachés à la même famille linguistique. Au début du les rives sud de la mer Baltique constituent une des dernières contrées païennes d’Europe. Les croisades baltes (1200-1227), menées sur le territoire par un ordre militaire teutonique, les chevaliers Porte-Glaive, réalisent la conquête du pays dont les habitants sont convertis à la foi chrétienne. Un État dominé conjointement par des princes-évêques et l’ordre des moines soldats se constitue sur le territoire correspondant à l’Estonie et à la Lettonie modernes. Une société aux classes sociales particulièrement marquées s’installe : la minorité d’origine allemande constitue l’élite politique, militaire, religieuse, intellectuelle et monopolise le commerce et la propriété foncière. Ces Germano-Baltes dominent la population indigène, finno-ougrienne sur le territoire estonien, qui reste cantonnée aux rôles subalternes. Cette division perdure jusqu’en 1917. Entre 1418 et 1562 la région forme la Confédération livonienne. Le pays est touché par la Réforme au début du et opte pour le luthéranisme. Il est le théâtre de conflits qui l’opposent à des voisins de plus en plus puissants : la Russie, la Lituanie, la République des Deux Nations et la Suède. Finalement cette dernière annexe la région en 1595. Initialement, les souverains suédois ne remettent pas en cause la suprématie de la noblesse balte d’origine germanique descendante des chevaliers Porte-Glaive. Cette politique change avec mais les tentatives de réformes sont interrompues par la défaite de la Suède face à la Russie au cours de la Grande Guerre du Nord. À compter de 1710, le territoire estonien devient pour deux siècles une région de l’Empire russe. Au la noblesse foncière germanophone, à qui les dirigeants russes laissent une grande autonomie, maintient les paysans finno-ougriens dans le servage. Celui-ci n’est aboli qu’au début du siècle suivant, en partie sous la pression du pouvoir russe, en partie grâce à quelques germanophones éclairés. Certains de ces derniers, qualifiés d’estophiles, s’intéressent à la langue, la culture et l’histoire des autochtones. Des intellectuels membres de la classe moyenne estonienne, qui commence à se former à cette époque, vont prendre le relais en faisant un travail de collecte de la mémoire populaire et en affinant la langue ; ces travaux permettent l’apparition des premiers périodiques et ouvrages de fiction en estonien. À la fin du siècle, la langue estonienne, dopée par une tentative de russification, commence à se substituer à l’allemand, qui était jusque-là seule utilisée par les élites. À la même époque la proportion de paysans propriétaires croit fortement. Au début du apparaissent les premiers partis politiques estoniens dont les revendications se cantonnent à une autonomie limitée et à l’égalité de statut avec les germanophones qui conservent une grande partie des pouvoirs. En 1920, à l’issue de la Première Guerre mondiale qui a déclenché l’effondrement de l’Empire russe, l’Estonie acquiert, comme ses voisins baltes, son indépendance après une guerre de courte durée contre l’Armée rouge. Les terres agricoles encore détenues par la noblesse germanophone sont redistribuées aux paysans et un régime parlementaire s’installe. Celui-ci, menacé durant la Grande Dépression par la montée d’un mouvement populiste, se transforme en régime semi-autoritaire à compter de 1934. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, les clauses secrètes du Pacte germano-soviétique qui lie l’Allemagne nazie et l’Union soviétique, permettent à cette dernière d’occuper l’Estonie. Le pays est ravagé par son occupant. La minorité germanophone abandonne le pays qu’elle dominait depuis sept siècles pour répondre à l’appel des autorités nazies. Lorsque l’Allemagne déclare la guerre à l’Union soviétique en 1941, l’Estonie est envahie par les Allemands, puis reconquise par l’Armée rouge en 1944. Une partie de la population fuit alors l’occupant par crainte de représailles et quitte définitivement le pays. L’Estonie, malgré une longue résistance clandestine d’une partie de ses habitants, passe sous administation soviétique. Dans son objectif de propagande, l'URSS créé de toutes pièces une République soviétique pour faire croire à une adhésion volontaire du pays à l'idéologie communiste. La société estonienne et son économie sont profondément transformées par l’envahisseur. De nombreuses industries sont installées et l’agriculture est collectivisée. Une forte minorité russe s’installe pour fournir des bras à ces nouvelles activités. L’éclatement de l’Union soviétique en 1991 permet à l’Estonie de retrouver son indépendance à l’issue d’un processus pacifique. Le nouvel État se transforme rapidement grâce à une forte croissance de l’économie et la mise en place d’institutions politiques et économiques modernes. Soucieuse de conserver son indépendance face à un voisin russe qui accepte mal le nouvel ordre des choses, l’Estonie adhère à l’OTAN et intègre l’Union européenne en 2004. Protohistoire. La période mésolithique. Les premières incursions humaines sur le territoire de l’Estonie libéré tardivement par la dernière glaciation se produisent au À cette époque, une partie des zones littorales sont encore sous les eaux de la mer Baltique, notamment l’île de Saaremaa : l’élévation générale de la région, soulagée du poids des glaces, va progressivement les faire émerger au cours des millénaires suivants. Les glaciers, en se retirant, ont laissé des moraines qui bloquent l’écoulement des eaux et sont à l’origine des lacs et des marécages qui recouvrent 20 % du territoire. La couverture végétale se limite à l’époque à une toundra. Les premières traces d’établissement humain ont été découvertes sur le cours inférieur du fleuve Pärnu ; elles forment la culture dite « de Kunda », du nom de la ville la plus proche. Ces précurseurs, venus du sud, sont des semi-nomades qui vivent au bord des lacs, des rivières puis par la suite de la mer, en pratiquant la cueillette, la chasse et la pêche au harpon, à l’hameçon et au filet. La période néolithique. Le début du Néolithique est marqué par l’apparition des céramiques, dite de Narva (du nom de la ville près de laquelle les premières trouvailles ont été effectuées), dont les plus anciennes remontent à 4900 Le climat est à l’époque devenu plus clément et des forêts de feuillus se sont substituées à la toundra. Les premières poteries sont réalisées en argile épais mélangé avec des galets, des coquillages et des plantes. Les céramiques de cette culture ont été trouvées tout le long des côtes et dans les îles. L’outillage en pierre et en os est proche de celui produit par la culture de Kunda. Vers le apparaissent les céramiques à peigne (le décor consiste en stries faites avec un peigne) qui vont coexister pendant plusieurs siècles avec les céramiques de Narva. Ce type de céramique semble une spécificité des peuples de langue finno-ougrienne car on les trouve également en Finlande et dans l'Oural où vivaient sans doute des peuples parlant une langue apparentée. Il est donc possible que le peuple, dont descendent les Estoniens de langue finno-ougrienne contrairement à leurs voisins du sud (Lettons) et de l'est (Russes), soit arrivé à cette époque. Les analyses génétiques effectuées contredisent toutefois en partie cette dernière théorie car, si les Estoniens ont bien un patrimoine génétique particulier, ils le partagent avec les Lettons et les Lituaniens. Selon les théories les plus récentes, basées sur l'analyse de l'ADN, le berceau des Estoniens modernes, qu'on situait jusqu'à récemment vers la Sibérie ou au pied du massif de l'Oural, serait plutôt localisé dans la région de la steppe pontique. Si les chasseurs-cueilleurs estoniens de la culture de la céramique au peigne sont proches génétiquement des anciens chasseurs-cueilleurs de l'Est européen, les nouvelles populations de la céramique cordée ont une ascendance prédominante dans la steppe, ancêtres qui s'étaient mélangés de manière spécifique selon le sexe avec les premiers agriculteurs européens d'origine anatolienne Ainsi, vers 3200 une nouvelle population, sans doute d'origine indo-européenne, donc utilisant une langue rattachée à un rameau complètement différent du finno-ougrien, arrive dans la région : son apparition se traduit par l’apparition de la céramique cordée, de haches en pierre particulièrement bien finies (haches naviformes) et par l'amorce d'une activité agricole et de d'élevage. Les premières fermes sont construites à l'époque. Il semble qu'après une période de coexistence qui va jusqu’au , la langue finno-ougrienne s'impose sur le territoire de l'Estonie, au nord et sur la côte de la Lettonie, tandis que le parler des derniers arrivants s'impose dans le reste de la Lettonie et plus au sud. Toutefois, chaque langue emprunte sans doute à cette époque une fraction de son vocabulaire à l'autre. Par la suite, aucun autre mouvement de population massif ne semble avoir touché le territoire de l’Estonie. La population estonienne et sa langue semblent donc descendre directement des habitants de cette époque. L'âge du bronze. L’âge du bronze commence dans la région vers 1800 Le mode de vie reste initialement toujours nomade mais l’élevage et l’agriculture commencent à se développer. Des objets en bronze apparaissent sans doute en provenance du sud. Entre 1500 et 1000 , les objets en bronze sont importés de Scandinavie avec laquelle un courant d’échange a pu se mettre en place grâce aux progrès de la navigation. L’influence culturelle des peuples du nord de la Baltique ou peut-être un début de colonisation peut être détecté par l’apparition sur le sol estonien de nouvelles sépultures de type scandinave : celles-ci sont constituées de sarcophages en pierre de forme circulaire ou ovale. La crémation apparaît mais coexiste avec l’inhumation. La langue semble avoir emprunté à cette époque certains termes scandinaves. Dans la région qu’occupe aujourd’hui Tallinn, l’orge commence à être cultivée dans des champs délimités par des murs de pierre à partir de 1000 ; l’utilisation de la charrue semble se répandre tandis que la culture du lin pour le tissage apparaît sans doute à la même époque. La population, jusque-là concentrée le long des rivières et des lacs, se répand dans l’intérieur du pays. Les premiers oppida apparaissent, traduisant une insécurité croissante liée à un début d’accumulation de richesses. L'âge du fer. Vers le apparaissent sur le territoire de l’Estonie les premiers objets en fer : ce sont essentiellement des armes et des bijoux importés du sud. De cette époque datent les « champs celtiques » de forme quadrangulaire et entourés de clôture, ainsi que les pierres à cavité artificielle qui devaient servir à des rites magiques de fertilité. Des différences commencent à apparaître entre l’Estonie du Nord sous influence scandinave et l’Estonie méridionale au contact avec les peuples du Sud et de l’Est. Un artisanat local se met en place vers le L’empire romain, malgré son éloignement, fait sentir son influence entre l’an 50 et l’an 450 ; les échanges sont sans doute favorisés par la route de l’ambre qui permet de ramener cette résine fossile très prisée à Rome et qui abonde sur la côte de la mer Baltique. On a découvert sur le territoire estonien de nombreux objets d’origine romaine : bijoux, lampes à huile, monnaie. Les fibules des costumes traditionnels estoniens ont sans doute une origine romaine. Le nombre d’oppida augmente dans le Nord et le Nord-Ouest de l’Estonie actuelle, ainsi que les caches d’armes et de bijoux, ce qui reflète une instabilité croissante. Les sépultures conservent leur style scandinave mais croissent en taille et en richesse et sont ceintes d’enclos ; les offrandes qui y sont placées ne sont plus constituées d’armes mais de bijoux. Le pays est défriché, l’agriculture et l’élevage se généralisent, et des villages, de forme circulaire dans l’Ouest ou linéaires ailleurs, se créent sur tout le territoire. La population, croissante, atteint peut-être à sur le territoire de l’Estonie actuelle au tournant du millénaire. Comme dans le reste de l’Europe, les grandes invasions s’accompagnent d’un déclin économique. Cette période, dite de l’âge du fer moyen (450-700), est marquée par la généralisation des et des sépultures d’un style moins élaboré, simples tas de pierre ou tumulus de terre dans lesquels on trouve à nouveau des armes. Les Slaves qui progressent pacifiquement depuis leur région d’origine prennent sans doute contact durant cette période avec les habitants occupant le territoire de l’Estonie, et s’installent dans les régions voisines qui deviendront plus tard les principautés russes de Pskov et Novgorod. La frontière linguistique entre les deux populations se fixe pratiquement à cette époque. À partir de 800, les Varègues qui avaient subi une éclipse, sont de retour sur la rive sud-est de la Baltique : ces marchands guerriers mettent en place une nouvelle route commerciale entre la Scandinavie d’une part et Byzance et le monde arabe d’autre part ; celle-ci emprunte la rivière Daugava, aujourd’hui en territoire letton. La cité-État de Novgorod et la Rus de Kiev, embryon de la future Russie, dont les Varègues sont les fondateurs, leur servent de relais et contribuent à nourrir le trafic. Les échanges portent notamment sur le sel, les objets en métal, les étoffes, les esclaves, les fourrures et le miel. Bien que n’étant pas situé sur la route principale qui passe plus au sud, les occupants du territoire estonien profitent de ce courant commercial comme en témoigne la découverte de nombreuses pièces arabes. À l'aube de l'histoire. La christianisation de l'Estonie commence dès le milieu du : le prosélytisme évangélique encouragé par le patriarche Photios Ier de Constantinople voit l'introduction de la foi orthodoxe chez les peuples d'Estlandie et de Livonie, grâce à des moines byzantins qui ont suivi la route des échanges commerciaux entre les empereurs d'Orient et les Vikings. Plus tard le moine Germain, venu du mont Athos, fonde le monastère de Valaam en Carélie ; ces premiers chrétiens de confession orthodoxe sont placés sous la juridiction du Patriarcat œcuménique de Constantinople. À compter de 1050, les marchands allemands commencent à concurrencer les Scandinaves. Les évènements durant cette période ont pu être reconstitués grâce aux premières sources écrites fiables portant sur la région. L’est du territoire tombe dans la sphère d’influence des principautés russes ; selon les chroniques russes de l’époque, les princes russes montent régulièrement des expéditions pour extorquer des tributs aux Tchoudes ; les Russes regroupent sous cette appellation les peuples lettons, estoniens, lives, ingriens et votes. Au cours d’une de ces expéditions, Iaroslav le Sage, prince de Kiev, fonde en 1030 la ville de Iourev et y fait bâtir l'église saint-Georges ; Iourev disparaîtra une trentaine d’années plus tard, mais sur son emplacement sera élevée par la suite Tartu ("Dorpat" en allemand) qui deviendra la deuxième ville d’Estonie. Les sagas norvégiennes de l’époque indiquent que certaines régions de l’Ouest de l’Estonie actuelle versent un tribut de manière épisodique aux scandinaves ou sont l’objet de raids armés. Mais les indigènes ne sont pas sans défense et d’autres récits témoignent d’attaques régulières des autochtones contre Pskov, la plus proche des villes russes, ou de raids sanglants contre l’île danoise d’Öland (1170) ou la ville de Sigtuna, à l’époque capitale de la Suède. La société estonienne se structure. Malgré ce climat de violence, la population autochtone augmente fortement et atteint vers 1200. La surpopulation est particulièrement forte dans l’île de Saaremaa, ce qui explique peut-être la réputation de nid de pirates qu’elle acquiert à cette époque. L’agriculture se développe : un nouveau type de charrue est adopté qui se conservera jusqu’au ; la culture de l’orge prend de l’importance tandis que l’élevage se substitue définitivement à la chasse en tant que source de protéines. L’habitat groupé est constitué de chaumières, d’une seule pièce pour les plus pauvres, dépourvues de fenêtres, pour conserver la chaleur, avec un seuil rehaussé, une petite entrée non chauffée et un foyer couvert ancêtre du poêle four. L’époque voit apparaître des forteresses de mieux en mieux fortifiées, abritant parfois de manière permanente la population locale, signe de temps troublés. De petites agglomérations commencent à apparaître : la plus grande, Varbola, compte à l’époque peut être . Cette période de l’histoire a été fortement idéalisée au par les nationalistes estoniens car elle précède l’invasion allemande qui va complètement transformer la région. Pourtant, tout laisse à penser qu’une société inégalitaire se met en place, dont on trouve des traces à travers la richesse de certaines sépultures et habitations. Les membres d’une élite politico-militaire désignés sous le terme d’Anciens, de Seigneurs ou de Puissants (dans la littérature contemporaine les "vanemad" c’est-à-dire anciens), se recrutent sans doute parmi les principaux propriétaires fonciers et utilisent le clientélisme pour asseoir leur pouvoir. Celui-ci comprend notamment la justice, la collecte des impôts, les corvées et le service militaire. Les esclaves, en partie autochtones, sont nombreux. Il n’y a pas, semble-t-il, d’entité politique à l’échelle de l’Estonie, mais des structures en place à l’échelle locale aux contours mouvants et instables. Sur le territoire de l’Estonie, on en trouve deux niveaux de regroupement : le "kihelkonnad" comporte quelques milliers d’habitants et, sur une partie de la région, le "maakoonad" qui englobe 3 à . Vers 1200, il y a environ et . Le plus vaste des "maakoonnad" est l’Ugandi qui se trouve au sud-est de la région, à cheval sur le territoire occupé par les populations de langue indo-européenne. Au sud-ouest, le Sakala est centré sur le lieu occupé aujourd’hui par la ville de Viljandi. Le maakond de Râvala s’étend dans la région de Tallinn (le nom allemand de la ville, "Reval", en dérive). Au nord-est on trouve le Virumaa qui a donné le nom finnois de l’Estonie ("Viro") et sur la côte ouest le Läänemaa. Au sud du Rävala et du Virumaa se trouvent le Harjumaa et le Järvamaa. Enfin l’île de Saaremaa forme également un maakond. Le centre-est et la région située au nord de Tartu ne comportent pas, semble-t-il, de maakond. Nous savons par l’étude des langues et des restes archéologiques qu’à cette époque les parlers et coutumes se différencient. Durant le conflit qui va suivre au début du , les maakoonad ne constitueront jamais un front uni face à l’envahisseur. Sur le plan religieux, malgré l'absence de sources fiables, on peut déduire des indices disponibles que les indigènes adoraient des dieux représentant les forces de la nature et leur sacrifiaient des animaux et parfois des humains, qu'ils honoraient les morts et pratiquaient la divination. Ils édifiaient des sanctuaires avec des images des divinités et vénéraient des bosquets sacrés. Toutes ces pratiques sont très proches de celles de la Scandinavie avant sa christianisation. La christianisation des pays baltes (1186-1227). Le contexte des croisades. Le est en Europe la période des croisades, qui visent à convertir à la foi chrétienne les peuples païens, si besoin par la force des armes. Coincées entre la Scandinavie catholique et la Russie orthodoxe, les régions bordant la côte sud de la mer Baltique, de la Prusse à l'Estonie, sont à l'époque les dernières contrées païennes sur le continent européen. Des missions de conversion étaient parties de Scandinavie aux sans rencontrer de succès. À la même époque, les côtes de la Baltique, aujourd'hui allemandes et occupées alors de manière sporadique par le peuple slave des Wendes, sont colonisées par des populations germaniques en expansion démographique. Plusieurs ports sont fondés dont Lübeck en 1143. En 1161, les marchands allemands de cette ville fondent avec les commerçants de Hambourg la Hanse : ce réseau d'entraide vise à protéger leur commerce en mer du Nord et en mer Baltique. Intérêt commercial et esprit de croisade vont converger pour déclencher un mouvement qui aboutira à la colonisation germanique des pays baltes : le mouvement migratoire allemand qui se poursuit se heurte bientôt aux peuplades païennes qui vivent plus à l'est en Prusse et en Lituanie, tandis que les marchands de la Hanse souhaitent sécuriser la rive sud-est de la Baltique occupée par les populations païennes dont l'instabilité politique est peu propice à leur commerce avec les principautés russes ; par ailleurs les chevaliers du Saint-Empire romain germanique, dont le rôle en Terre sainte est marginal, sont à la recherche d'une terre de croisade et vont jeter leur dévolu sur ce dernier territoire païen. La conquête des territoires baltes. En 1186, un religieux allemand du nom de Meinhard de Holstein, crée une première implantation appelée Üxhüll (aujourd'hui Ikšķile en Lettonie) sur la Daugava et fonde un évêché sur le territoire des Lives, un peuple païen qui occupe alors une partie de zone côtière de la Lettonie actuelle. La région est baptisée par les nouveaux venus Livonie (Livland en allemand "pays des Lives") bien que cette population n'en occupe qu'une faible partie. L'entreprise de conversion, après un succès initial, se heurte bientôt à des résistances. Le successeur de Meinhard, qui a reçu une bulle de croisade du pape Célestin III, est tué peu après son arrivée dans la région en 1198. Le pape Innocent III relance la croisade et consacre un nouvel évêque à qui des moyens importants sont donnés. En 1200, ces croisés, dirigés par le nouveau prince-évêque de Riga, Albert de Buxhövden, fondent la ville de Riga, aujourd'hui capitale de la Lettonie, à l'embouchure de la rivière Daugava. Riga va devenir rapidement par la suite un centre religieux et un important relais pour les marchands allemands sur la route commerciale qui relie les ports hanséatiques au territoire russe. En 1202, un ordre de moines soldats, les chevaliers Porte-Glaive "(Fratres militiæ Christi)" est fondé dans cette ville ; le pape accorde au nouvel ordre le statut de templiers, pour seconder les efforts d'évangélisation. En 1208, les croisés, qui ont pris le dessus sur le territoire correspondant aujourd'hui à la Lettonie, s'attaquent aux territoires voisins occupés par les finno-ougriens qu'ils baptisent "Estes" en reprenant une appellation utilisée par l'auteur latin Tacite. L'histoire de la conquête de ces territoires nous est connue grâce à une chronique tenue par un prêtre de l'ordre des Porte-Glaive, Henri le Letton, qui a participé activement à la croisade. Les chevaliers s'attaquent d'abord à l'Ugandi au sud-est de l'Estonie actuelle, dont les habitants harcèlent les convois commerciaux qui circulent vers les villes russes de Novgorod et Pskov. Ces principautés russes s'inquiètent de l'avancée des croisés allemands et elles vont tenter par la suite de contrer la croisade, soit en s'alliant avec les indigènes, soit en menant leur propre entreprise de conquête. Otepää tombe à l'automne, mais les croisés aidés par des forces auxiliaires composées de Lives et de Latagaliens, autre peuple balte, sont défaits à l'été 1210 par un "malev" (une force indigène) sur la rivière Ûmera. Les forces en présence sont de faible importance puisque les chevaliers Porte-Glaive allemands ne sont que 20. En mars 1211, les croisés avancent de nouveau et obtiennent la reddition de Viljandi. Une épidémie qui ravage la région arrête temporairement les combats. Ceux-ci reprennent en 1215 dans un contexte confus où les indigènes tour à tour se rallient ou prennent les armes contre les croisés avec l'appui des russes : l'Ugandi et le Sakala sont conquis. Le "vanem" (chef) de Sakala, Lembitu est fait prisonnier puis rallié. Les indigènes finissent par s'organiser en un front uni qui parvient à rassembler une force estimée à par Henri le Letton (chiffre sans doute exagéré) qui assiège Otepää et obtient sa reddition. Lembitu, qui a rompu ses liens avec les croisés, prend la tête de la résistance. Le 21 septembre 1217, indigènes sont défaits par les rassemblés par les croisés, au cours de la bataille de la saint Matthieu près de l'agglomération de Lehola. Lembitu est tué. Les régions de l'Estonie centrale sont désormais aux mains des croisés. Mais le territoire n'est pas complètement pacifié et un raid parti de Lituanie le dévaste en partie. Le prince-évêque décide de faire appel au roi du Danemark Valdemar II pour prendre en tenaille la résistance. Celui-ci effectue un débarquement en 1219 sur la côte nord de l'Estonie dans le golfe de Finlande avec une force importante et édifie une forteresse à l'emplacement de la future capitale de l'Estonie, Tallinn ("Reval" en allemand). Les Danois, qui se heurtent rapidement aux forces indigènes qu'ils ont tenté de rallier, parviennent à maintenir leur contrôle sur la région. Cette conquête provoque toutefois en 1222 un soulèvement général qui gagne l'ensemble du territoire estonien. La forteresse de Viljandi tombe et seule celle de Tallinn résiste encore. Mais, malgré les troupes envoyées par les principautés russes appelées en renfort, le territoire est repris par les croisés. Seuls les habitants de l'île de Saaremaa ("Ösel" en allemand) continuent de résister jusqu'en 1227 : cette année-là une expédition dirigée par les croisés franchit la mer prise dans les glaces et obtient la reddition de la dernière forteresse indigène à Valjala. Plusieurs soulèvements auront encore lieu notamment à Saaremaa qui reprend son indépendance entre 1236 et 1241, en 1255 et 1261 mais la domination des croisés n'est désormais plus réellement remise en question. La confédération livonienne (1227-1558). Durant les trois siècles suivants, les territoires conquis correspondant à la Lettonie et à l'Estonie constituent un État théocratique, la confédération livonienne, où le pouvoir est réparti entre les princes-évêques et les chevaliers Porte-Glaive. Ces derniers continuent leur croisade contre les Lituaniens païens mais également contre les Russes orthodoxes donc schismatiques. Mais leurs effectifs limités (quelques centaines de chevaliers) ne leur permettent pas de vaincre des états qui gagnent progressivement en puissance durant cette période. Un état faible, féodal et théocratique. Peu après la fondation de l'ordre, les chevaliers Porte-Glaive avaient pris une grande autonomie vis-à-vis de l'autorité papale. En 1225, profitant de difficultés dans lesquelles se débat le royaume du Danemark, ils envahissent les possessions danoises situées au nord de la Livonie ; ils n'hésitent pas à combattre les forces placées sous l'autorité du moine Baudoin d'Alne envoyé par le pape pour mettre de l'ordre dans ce conflit entre chrétiens. Par ailleurs les conflits sont permanents entre l'ordre des chevaliers Porte-Glaive et le prince-évêque Albert de Buxhövden. Ce dernier, en tant qu'initiateur et organisateur de la croisade, estime que ses évêchés doivent recevoir les deux tiers des terres conquises. Ce partage accepté, non sans conflit, du vivant d'Albert est remis en cause après son décès en 1229. Finalement en 1236 les chevaliers Porte-Glaive, affaiblis par la défaite subie contre les Lituaniens à Saulè, acceptent un compromis : le traité de Stensby fixe le découpage du territoire. En ce qui concerne le territoire de l'Estonie moderne, le Virumaa, le Harjumaa et le Räval au nord sont attribués au roi du Danemark ; le Sakala, le Järvamma, l'île de Muhu et une partie du Valga au centre et au sud-est reviennent à l'ordre ; le Läänemaa au nord-ouest et les îles forment l'évêché de Saare-Lääne tandis que l'évêché Tartu comprend l'Ugandi et une grande partie du Valga au sud-est. L'ordre des chevaliers Porte-Glaive, dont les effectifs sont tombés très bas, est rattaché à celui des chevaliers teutoniques qui remplit une mission analogue à celle de l'ordre en Prusse-Orientale depuis 1230, en combattant les Prussiens païens et les Lituaniens. Ils prennent le nom d'ordre de Livonie et conservent néanmoins leur autonomie. Ils sont placés sous les ordres d'un grand maître qui réside à Riga puis à Cesis sur le territoire de la Lettonie moderne. L'absence d'autorité centrale au sein de la confédération livonienne entraîne de nombreux conflits au cours des entre les évêques et leurs vassaux d'une part et l'ordre de Livonie d'autre part, sans qu'aucune des parties n'arrive à l'emporter. Les chevaliers Porte-Glaive atteignent le faîte de leur puissance lorsqu'en 1345 Valdemar III, roi du Danemark, qui fait face à une guerre civile, leur vend la province d'Estonie et la ville de Narva. Mais à la suite de la défaite de Tannenberg, l'ordre, affaibli, doit accepter la mise en place d'une forme de pouvoir central en 1421 : la diète de Livonie, qui se réunit environ une fois par an, doit permettre d'aplanir les conflits entre ses membres qui représentent les évêchés, les villes et l'ordre. La mise en place de cette institution n'empêche pas les conflits de se poursuivre et une semi-anarchie de se perpétuer sur le territoire de la Livonie. La société de la Livonie médiévale. À l'issue de la conquête, la société livonienne se structure en deux classes de population bien distinctes ; cette caractéristique, relativement commune en Europe au Moyen Âge, va par contre perdurer jusqu'au dans la région. La minorité germanophone ("Deutschen" c'est-à-dire les Allemands) est concentrée dans les villes et forme l'élite politique, militaire, commerciale et religieuse. Les « indigènes » ("Undeutschen" c'est-à-dire les non-allemands) forment la paysannerie et les classes sociales inférieures des villes. Un courant d'émigration constant venu d'Allemagne vient grossir les effectifs de commerçants et d'artisans installés dans les cités, mais la campagne, aux terres trop pauvres, est laissée aux indigènes qui préserveront ainsi leur langue et leur culture. Estimée à environ avant le début de la croisade, la population des territoires correspondant à l'Estonie tombe à à l'issue de la conquête. Elle remontera à au début du et à plus de au milieu du . Les villes, qui sont fortifiées, sont souvent fondées par l'occupant sur d'anciens oppida indigènes. Ce sont initialement les lieux où se concentrent les pouvoirs politique et religieux, mais très vite l'artisanat et le commerce s'y développent : Tallinn à partir de 1285, Tartu, Viljandi ("Fellinn" en allemand) et la seconde Pärnu ("Pernau" en allemand) au , adhèrent à l'association des villes commerçantes de la Hanse. Ces villes sont essentiellement des relais sur les routes commerciales qui mettent en communication d'une part la Russie exportatrice notamment de fourrures, cire et miel et importatrice de sel, vin, articles de luxe et pièces de laine, et d'autre part la Scandinavie et l'Europe occidentale. Le marché local exporte du seigle. Les commerçants s'organisent en guildes peu ouvertes aux indigènes. Les villes restent de taille modeste : au Tallinn, la plus grande cité de la région, compte moins de , Tartu moins de et Narva ("Narwa" en allemand) 700. La vie culturelle et religieuse. La création artistique de l'époque répond essentiellement à des objectifs religieux. Les bâtiments qui subsistent de cette période sont proches des productions allemandes contemporaines. Ce sont des édifices simples qui peuvent être élégants comme Saint-Olaf à Tallinn ou Saint-Jean à Tartu, généralement conçus par des artistes originaires d'Allemagne. Les édifices en pierre sont peu nombreux : édifices religieux, couvents et châteaux de l'ordre ainsi que quelques bâtiments civils en particulier dans la ville de Tallinn. Les écrits de l'époque, dont il ne reste pratiquement rien, sont en latin et pour les usages quotidiens en bas-allemand. La christianisation des populations s'opère très progressivement et des traces de paganisme subsisteront longtemps dans la pratique religieuse comme le culte de la foudre encore pratiqué au . Un syncrétisme est réalisé à travers le culte de saints. Par contre la pratique de la crémation est rapidement abandonnée. Le clergé catholique, initialement originaire des pays scandinaves, est recruté à partir du en Allemagne et vient grossir la classe dominante germanophone. Au début du le territoire compte trois évêchés dont le pouvoir temporel s'exerce sur de larges portions du territoire et 97 paroisses. Les ordres religieux (cisterciens, dominicains, augustinien) se taillent de vastes domaines au . La réforme protestante, qui apparaît en Allemagne en 1517, est adoptée dès 1523 à Tartu. L'opposition d'une partie du clergé et de l'ordre de Livonie est rapidement balayée par un puissant mouvement de la population, profondément exaspérée par les abus de l'Église : un peu partout, les reliques et les images saintes présentes dans les édifices religieux sont détruites tandis que les ordres religieux sont contraints de quitter les couvents et les monastères. Sur l'ensemble du territoire, entre 1524 et 1525, le nouveau dogme s'impose dans les villes puis gagne les campagnes dans les décennies qui suivent. La diète de Livonie adopte officiellement la Réforme en 1533, mais les évêchés resteront catholiques jusque dans les années 1560. La nouvelle religion, qui insiste sur l'accès des chrétiens à la parole de Dieu, suscite l'apparition des premiers écrits en estonien. Un recueil de prières, rédigé dans les trois langues indigènes dont l'estonien, est ainsi imprimé à Lübeck en 1525, mais aucune Bible ne sera traduite à cette époque. La condition paysanne. La condition de la paysannerie va progressivement se dégrader du au . Les modes de culture progressent avec l'adoption de l'assolement triennal mais l'outillage agricole reste inchangé. Le nombre et le pouvoir des grands propriétaires terriens (les "mõisnik"), majoritairement d'origine germanophone, augmentent progressivement dans les campagnes : ils accaparent les terres tout en multipliant les servitudes féodales. Les commerçants des villes maintiennent un monopole sur le commerce qui prive de sources de revenus la paysannerie des côtes et des îles. L'esclavage disparaît progressivement mais globalement le statut du paysan se dégrade. La paysannerie est subdivisée en plusieurs catégories : les petits vassaux ("maavabad"), sans doute descendants des anciens chefs locaux, exemptés de taxes féodales, les laboureurs qui forment le corps principal de la classe paysanne et les paysans sans terre et journaliers. Au apparaissent les "üsksjalad", propriétaires de lopins modestes. La condition des paysans a été fixée au moment de la conquête par des accords qui préservent certains des droits des indigènes, notamment leur présence dans les instances judiciaires. Le statut accordé est plus favorable dans l'île de Saaremaa, prompte à la révolte, que dans les premiers territoires conquis au sud de l'Estonie actuelle. Mais progressivement les corvées et surtout la dîme, due au pouvoir ecclésiastique, vont s'alourdir jusqu'à provoquer la révolte paysanne dite « de la Saint-Georges » en 1343-1345, qui constitue aujourd'hui un des mythes fondateurs de l'Estonie. Cette révolte éclate, semble-t-il, de manière spontanée dans la région de Tallinn où les grands propriétaires fonciers, moins contrôlés par leur suzerain danois, font peser un fardeau particulièrement lourd sur la paysannerie. Les insurgés brûlent les manoirs et les églises, massacrent les propriétaires puis mettent le siège devant Tallinn en appelant à l'aide les Suédois et les Russes de Pskov. Ces derniers interviennent trop tard, alors que le gros de la révolte a déjà été écrasé. Une dernière flambée de révolte éclate à Saaremaa qui n'est reprise par les chevaliers Porte-Glaive qu'au printemps 1345. L'échec de la révolte est suivi de la poursuite de la dégradation du statut des paysans qui va conduire à l'apparition du servage à la fin du . Pour échapper à une condition de plus en plus misérable, certains paysans quittent la campagne et s'installent dans les villes, ou fuient vers les pays voisins. Une situation de conflit permanent avec la Lituanie et la Russie. Durant toute l'existence de la Livonie, les chevaliers sont périodiquement en conflit avec la Lituanie et les principautés russes car, animés par l'esprit des croisades, ils n'ont pas renoncé à convertir à la foi catholique les populations païennes ou schismatiques (orthodoxes). Mais les États qu'ils affrontent, mieux organisés que les populations indigènes qu'ils ont pu vaincre par le passé, vont résister et progressivement prendre le dessus. Heureusement pour les chevaliers l'invasion du territoire russe par la Horde d'or, à compter de 1237, monopolise le gros des forces russes sur un autre front durant une grande partie de la période. Toutefois ces guerres incessantes affaiblissent progressivement l'État livonien d'autant que, pour réduire les risques d'une révolte, les chevaliers interdisent le port des armes aux paysans estoniens, ce qui limite les forces que les chevaliers peuvent mobiliser. Les chevaliers de l'ordre ne sont que quelques centaines et, ayant fait vœu de célibat, doivent régulièrement reconstituer leurs effectifs qu'ils ont beaucoup de mal à recruter en terre allemande. En 1236 les chevaliers sont sévèrement battus par les Lituaniens à la bataille de Saule (1236). La défaite à la bataille du lac Peïpous (1242) des chevaliers teutoniques assistés de forces auxiliaires estoniennes, face aux armées d'Alexandre Nevski, prince de la principauté de Novgorod, fixe pour des siècles la frontière entre catholicisme et orthodoxie. Les forces lituaniennes parviennent à pénétrer à plusieurs reprises (1260, 1263, 1270) en profondeur dans le territoire livonien qui à chaque fois est pillé. Les combats sont également incessants avec les principautés russes qui n'acceptent pas la présence des Allemands sur les côtes de la Baltique, qui s'imposent comme intermédiaires dans leurs échanges commerciaux avec l'extérieur. Les Russes parviennent parfois à pénétrer en profondeur en Livonie comme en 1323 où seule la forteresse de Tallinn résistera à leur assaut. En 1481, après un raid de l'ordre sur le territoire russe, le grand-duc Ivan III, désormais suzerain de la principauté de Novgorod, envahit la Livonie et la pille durant un mois sans rencontrer de résistance. Il fait édifier la forteresse d'Ivangorod en face du château de Narva. En 1494 il fait fermer le comptoir hanséatique de Novgorod et jeter en prison les commerçants livoniens. En 1501, devant la menace russe, les chevaliers s'allient aux lituaniens et parviennent à battre leur ennemi près de Pskov ce qui leur procure un dernier répit d'environ 50 ans. Les guerres de Livonie (1558-1710). Durant cette période qui va de 1558 à 1770 les conflits, qui aboutissent à l'éclatement de la Confédération livonienne, occupent 70 années pour 82 années de paix et ravagent la région. Les élites locales perdent leur pouvoir politique au profit des grands états voisins qui montent en puissance. Ces bouleversements se superposent avec des changements importants au sein de la société : l'implantation du protestantisme, les premiers écrits en estonien et la fondation de la première université. Le démantèlement de la Livonie (1558-1561). En 1539 la Livonie expulse les marchands russes de ses villes. Les guildes cherchent ainsi à lutter contre le déclin de leur activité en instituant un monopole sur les routes commerciales qui passent par la région et mettent en communication la Russie, complètement enclavée, à l'Europe occidentale. Mais en 1547 Ivan IV le Terrible monte sur le trône à Moscou avec la volonté de renforcer le pouvoir de la Russie et d'étendre son territoire. Sa victoire sur les Tatars qui avaient longtemps tenu le pays sous leur joug est complète avec la prise de Kazan en 1552 et d'Astrakhan en 1556 et permet à l'armée russe en 1558 de prendre l'offensive dans le Nord et d'envahir la Livonie sous prétexte de dettes impayées ; Narva puis Tartu sont conquises. L'armée livonienne attaque alors Pskov ce qui permet d'obtenir une trêve. Les combats reprennent en 1560 : l'ordre livonien, dirigé par son grand-maître Gotthard Kettler, subit une défaite décisive à Hârgmäe près de Viljandi. En septembre de la même année, une révolte paysanne, la première depuis celle de la Saint-Georges, se produit dans le Hrjumaa et le Läänema mais est réprimée au cours de l'hiver. Kettler demande l'aide de la République des Deux Nations (Union de la Lituanie et de la Pologne), dirigée alors par Sigismond II Auguste, pour combattre l'envahisseur russe, tandis que la bourgeoisie d'Estonie se tourne vers le roi de Suède Eric XIV. Celui-ci débarque en revendiquant les anciennes possessions danoises sur le continent et chasse les Polono-lituaniens de Toompea. En novembre 1561, le traité de Vilnius entérine la partition de la Confédération livonienne : l'évêché de Saare-Lääne revient au royaume du Danemark, la région de Tallinn devient suédoise, tandis que le sud de la Livonie est rattaché à la Pologne-Lituanie. Cette dernière crée deux duchés sur ce nouveau territoire : la Livonie est à cheval sur la frontière sud de l'Estonie moderne et a pour chef-lieu Riga ; la Courlande correspond au sud de la Lettonie actuelle. Le maître de l'ordre de Livonie, qui est dissous, prend la tête du duché de Courlande. Les Russes conservent provisoirement Tartu et Viljandi. La montée en puissance de la Suède (1563-1661). Les combats reprennent peu après (1563) entre d'une part la Suède et d'autre part le Danemark allié à la Pologne-Lituanie. La paix de Stettin en 1570 permet à la Suède de récupérer l'évêché de Saare-Lääne. Jusqu'en 1917 le territoire ainsi agrandi détenu par la Suède portera le nom d'Estonie. Les combats reprennent la même année entre la Suède et la Russie. Les Russes parviennent à plusieurs reprises à envahir le territoire occupé par les Suédois mais échouent devant Tallinn malgré deux sièges en 1570-1571 et 1577. La République des Deux Nations, gouvernée à partir de 1576 par Stefan Bathory, s'attaque aux armées russes tandis que le général Pontus de La Gardie, mercenaire au service de la Suède, parvient à chasser définitivement les Russes. Par la paix de Iam Zapolsk (1582) Ivan le Terrible reconnaît la défaite de ses troupes et les droits de la République des Deux Nations sur la Livonie. La guerre reprend entre Russes et Suédois en 1590. La Russie, qui est en proie au chaos depuis la mort d'Ivan le Terrible, doit reconnaître par le traité de Täyssinä (1595) les droits de la Suède sur l'Estonie. Cet accord sera confirmé par le traité de Stolbovo signé en 1617 par le nouveau souverain russe Michel de Russie. La Suède et la République des Deux Nations, après une trêve qui dure jusqu'en 1600, reprennent les armes. La noblesse germanophone de la Livonie, qui a été en partie dépouillée de ses biens par le nouvel occupant, prend le parti de la Suède. Après des combats indécis entrecoupés d'armistices les armées suédoises prennent le dessus. Au terme du traité d'Altmark (1629) signé entre les deux belligérants, pratiquement toute la Livonie passe sous le contrôle de la Suède. La Courlande reste polono-lituanienne. En 1643 un nouveau conflit permet à la Suède victorieuse de récupérer l'île de Saaremaa par le traité de Brömsebro (1645). La première guerre du Nord éclate entre la Suède et la République des Deux Nations en 1656 et se déroule en grande partie sur le territoire de l'actuelle Estonie. La Suède, qui l'emporte, voit confirmer par des traités signés en 1660 (traité de paix d'Oliwara avec la Pologne Lituanie) et 1661 (traité de paix de Kärde avec la Russie) son hégémonie sur les territoires qu'elle détient sur la rive sud de la Baltique, y compris l'Ingrie et l'emplacement de la future capitale russe Saint-Pétersbourg. L'ère suédoise (1595-1710). Les divisions administratives. Le territoire de l'Estonie est désormais pratiquement entièrement contrôlé par le royaume scandinave et pour la première fois placé sous le contrôle d'un pouvoir politique unique. Sur le plan administratif, la région est découpée en trois entités aux statuts très différents : au nord le duché d'Estonie a pour capitale Tallinn et comprend 4 maakonnad : le Harjumaa, le Järvamaa, le Läänemaa et le Virumaa. Narva est détaché de cet ensemble et devient la capitale de l'Ingrie. La province de Livonie au sud a pour capitale Tartu puis Riga et comprend 4 districts dont deux Tartu et Pärnu rassemblant les locuteurs estoniens (désignés par le terme d'Esthen), les deux districts du sud qui rassemblent les locuteurs lettons se situant sur ce qui constitue aujourd'hui le territoire de la Lettonie. Enfin l'île de Saaremaa constitue une troisième entité tantôt gouvernorat tantôt possession personnelle du roi de Suède. Croissance démographique et immigrations. Vers 1640, la population, victime des conflits quasi permanents ainsi que de la famine et des épidémies qui les accompagnent, compte de nouveau moins de . La reprise démographique est rapide et vers 1690 on dénombre entre et sur le territoire correspondant à l'Estonie moderne soit 10 % de la population du royaume de Suède. Cet accroissement de la population est en partie lié à l'arrivée d'immigrants qui viennent repeupler les territoires vidés par les différents conflits et répondent ainsi parfois à l'appel des autorités. Ils viennent de Finlande, Russie, Courlande et de Lituanie. En général les nouveaux venus finissent par se fondre dans la paysannerie estonienne. Toutefois une communauté de Russes vieux-croyants, pourchassés pour leur croyance dans leur pays, vient coloniser les rives du lac Peipous et conservera jusqu'à aujourd'hui sa langue et sa culture. Des commerçants et artisans russes s'installent dans les villes. La croissance démographique est interrompue par le petit âge glaciaire qui débute à cette époque et provoque une dégradation climatique catastrophique en 1695-1697 : des pluies diluviennes et un froid persistant entraînent une famine accompagnée d'épidémies de typhus et de dysenterie qui fait périr 20 % de la population. Le nouveau pouvoir des barons baltes. Le pouvoir de la classe dominante germanophone, descendante de l'ordre de Livonie, sort fortement renforcé de cette série de conflits. Ceux qu'on appelle désormais les barons baltes (en allemand ils se désignent par le terme de "Balten" « Baltes » ou "Deutschbalten" « Baltes allemands » ou "Balstischer Adel" « noblesse balte » pour se distinguer des Allemands roturiers), reçoivent la récompense de leur soutien à la Suède avec des variantes selon les régions administratives : très favorable en Estonie qui s'est ralliée très tôt à la couronne suédoise, un peu moins à Saaremaa ou les terres confisquées sont en partie conservées par la couronne suédoise et en Livonie intégrée plus tardivement. Dans ces trois régions les barons baltes bénéficient d'un statut juridique privilégié ("Ritterschaft" chevalerie) ; les affaires courantes sont désormais gérées par des conseillers territoriaux ("Landräte") choisis parmi les barons baltes. Les représentants forment une diète régionale qui se réunit tous les trois ans, à Tallinn pour l'Estonie et Riga pour la Livonie. Les pouvoirs du gouverneur suédois sont essentiellement fiscaux et militaires. Les lois suédoises n'ont pas cours. Les institutions mises en place, qui donnent les pleins pouvoirs aux barons baltes, se maintiendront jusqu'à la fin du . Dégradation de la condition des paysans et stagnation des villes. Malgré l'absence d'évolution des pratiques agricoles, les provinces baltes contribuent à approvisionner Stockholm, ce qui leur vaut le surnom de « grenier de la Suède ». Le nombre des "mõisad", ces grands propriétaires terriens généralement germanophones, atteint le millier sur le territoire de l'Estonie et, grâce aux pouvoirs accrus accordés à la noblesse balte, ceux-ci s'approprient de nouvelles terres agricoles en expulsant ou asservissant les paysans jusque-là propriétaires. La concentration des terres entraîne la disparition de villages et aboutit à un habitat rural dispersé. Le statut de la majorité des paysans est modifié par des règlements édictés en 1645 en Estonie et en 1671 et 1688 en Livonie : le paysan est désormais un serf attaché à la terre de manière héréditaire qui peut être vendu avec la propriété agricole ; les châtiments corporels se généralisent. La justice seigneuriale s'impose face à une administration suédoise embryonnaire. La fiscalité s'accroît : 50 à 80 % des revenus des paysans reviennent à la noblesse locale et à la couronne. Malgré cette dégradation de la condition paysanne, les révoltes sont de faible ampleur. Le pouvoir suédois va toutefois intervenir à compter des années 1670 pour tenter de freiner et d'inverser cette évolution du statut du paysan. Les villes de l'Estonie ont du mal à se remettre des conflits dont elles ont souvent été victimes car le territoire estonien est désormais à l'écart des principaux courants commerciaux. La population urbaine ne regroupe que 6 % de la population totale en 1700. La plus grande ville est Tallinn qui avec est la troisième cité du royaume suédois après Stockholm et Riga, mais la plus dynamique est Narva qui devient le principal centre commercial du golfe de Finlande. Les premières manufactures industrielles s'installent à Narva et Tallinn. Alphabétisation des campagnes et influence culturelle allemande. Les églises continuent de jouer un rôle majeur dans l'évolution culturelle. Le pouvoir suédois s'intéresse de près à la promotion du protestantisme dans cette région à la limite des terres catholiques (Lituanie) et orthodoxes (Russie). Les deux évêchés, Tallinn et Riga, qui subsistent sur le territoire après une réorganisation menée par les nouveaux dirigeants, reçoivent durant cette période des titulaires suédois à deux exceptions près. La République des Deux Nations avait tenté, lorsqu'elle détenait la Livonie (1561-1629), de ramener au catholicisme la population convertie à l'église Réformée : les jésuites, acteurs principaux de la Contre-Réforme, avaient alors fondé en 1583 à Tartu une école de traducteurs et un établissement d'enseignement secondaire puis en 1595 un collège d'enseignement supérieur chargé de former les prêtres et les cadres administratifs. Après la prise de la ville par les Suédois en 1625, les jésuites sont expulsés et l'école est mise au service du clergé luthérien. Le souverain suédois Gustave II Adolphe élève en 1632 le collège de Tartu au rang d'université. Il s'agit à l'époque de la deuxième université de Suède après celle d'Uppsala. Jusqu'à sa dissolution par la Russie en 1710, elle fonctionnera de manière discontinue du fait des conflits militaires et des problèmes financiers et formera en tout , futurs pasteurs et juristes, surtout suédois et germanophones. À cette époque la langue estonienne se métisse d'allemand. La structure de la phrase se calque sur celle de cette langue. Les verbes à particule séparable font leur apparition à l'image de ce qui existe dans les langues germaniques. Au terme de ce processus, environ 15 à 20 % du vocabulaire est emprunté à l'allemand. Les réformes de Charles XI. Le roi suédois Charles XI, parvenu au pouvoir en 1660, veut établir un État fort sur le modèle de l'État français. Dans ses possessions baltes cette nouvelle politique se traduit par le renforcement du pouvoir royal au détriment des élites germanophones et par un allégement de la condition des paysans afin d'éviter les révoltes. À partir de 1680 le pouvoir suédois s'approprie tous les domaines dont les maîtres allemands n'ont pas de titre de propriété en bonne et due forme ("Güterreduktion"), comme cela a été fait en Suède auparavant. Les confiscations sont plus importantes en Livonie ; sur l'ensemble du territoire 54 % des biens des mõisad sont rattachés à la couronne suédoise, mais contrairement à la Suède, on laisse aux anciens propriétaires l'usage de leurs terres. Sur les terres confisquées, les pasteurs autrefois nommés par la noblesse sont désormais désignés par les représentants du souverain suédois. Le servage y est aboli par des décrets passés en 1681 et 1687. Les paysans prennent désormais part aux conseils provinciaux et peuvent demander justice devant des tribunaux royaux. Face à toutes ces mesures, les élites germanophones, qui sentent leur pouvoir menacé pour la première fois dans leur histoire, protestent vigoureusement jusqu'à déclencher la dissolution de la diète de la Livonie par le pouvoir royal en 1694. Charles XII, qui monte sur le trône de Suède en 1697 alors qu'il n'est encore qu'un adolescent, tente en vain d'apaiser la noblesse en revenant sur certaines des mesures prises par son père. La grande guerre du Nord (1700-1721). Pierre le Grand, tsar depuis 1682, a de grandes ambitions pour son pays qu'il veut moderniser en l'ouvrant vers l'Europe occidentale. La réalisation de son dessein nécessite de disposer d'une « fenêtre » sur les côtes de la Baltique, qui sont à l'époque entièrement aux mains de la couronne suédoise. Il va profiter de la position affaiblie de la Suède dans les pays baltes. La Russie se joint à une alliance passée entre la République des Deux Nations, le Danemark et la Saxe contre la Suède en 1699. Ce pacte est en grande partie le résultat des intrigues du maréchal de camp balte Johann Reinhold von Paktul ; cet ancien porte-parole de la diète de Livonie est devenu celui des opposants aux réformes en 1692 avant de passer dans le camp de la Pologne-Lituanie. La grande guerre du Nord éclate en février 1700. Les troupes saxonnes et polono-lituaniennes pénètrent sur le territoire des pays baltes par le sud mais échouent devant Riga, tandis que le roi de Suède inflige une défaite cinglante aux troupes russes à Narva. Le corps d'armée principal suédois dirigé par Charles XII, négligeant de poursuivre son avantage contre l'armée russe, s'enfonce en Pologne, ce qui permet aux troupes russes d'occuper l'Ingrie puis, en 1701 et 1702, de ravager la Livonie et l'Estonie gardées par un mince rideau de troupes. Les Russes parviennent à s'emparer de Tartu et de Narva. Le souverain suédois, après avoir vaincu ses ennemis à l'ouest et leur avoir imposé des traités de paix, se retourne en 1706 contre les Russes avec lesquels un armistice avait été signé entretemps. Mais il est complètement défait à la bataille de Poltava en Ukraine (1709), ce qui permet aux troupes russes de parachever leur conquête des bords de la Baltique en 1710, puis d'occuper une partie de la Finlande qui est à l'époque une possession suédoise. Le conflit s'achève en 1721 avec le Traité de Nystad qui entérine l'annexion de la Livonie et de l'Estonie par la Russie. Celle-ci est désormais installée dans le rôle de puissance dominante de la région au détriment de la Suède. Dès 1703, Pierre le Grand lance les travaux de la nouvelle capitale de l'Empire, Saint-Pétersbourg, qui reflète le rôle majeur que joue désormais la région pour les dirigeants russes. L'Estonie dans l'Empire russe (1710-1917). Le renforcement du pouvoir de la noblesse germano-balte. Les nouveaux dirigeants russes n'introduisent aucun bouleversement dans la région. La noblesse germanophone, qui a accueilli favorablement le changement de suzerain, retrouve la position qu'elle détenait avant les interventions des deux derniers souverains suédois : dès 1710 les privilèges des diètes de Livonie et d'Estonie sont ainsi restaurés et les biens confisqués par la couronne suédoise sont restitués aux germanophones. Par la suite, tous les tsars jusqu'à Alexandre II confirment ces droits et la gestion des provinces est entièrement confiée aux barons baltes qui en échange font preuve d'un loyalisme sans faille envers le pouvoir russe. La noblesse lettone fournit aux souverains russes de nombreux serviteurs de rang élevé ; à compter de Pierre le Grand, l'élite intellectuelle et militaire est d'ailleurs souvent d'origine germanique. Sur les plans religieux et linguistique, les autorités russes n'interfèrent pas avec les pratiques locales, contrairement à ce qui se passe dans le reste de l'Empire. Le cadre administratif est légèrement modifié : les provinces de Livonie et d'Estonie sont chacune divisées en quatre districts. Saaremaa est désormais un des districts de la Livonie. Le pouvoir russe désigne les deux gouverneurs des régions, généralement des Russes, qui traitent essentiellement des affaires militaires, ainsi que les responsables des douanes et les percepteurs d'impôt. Le reste de l'administration est entre les mains des barons baltes. La langue de l'administration et de la justice est l'allemand, tandis que celle de l'armée et des douanes est le russe. Les pays baltes sont protégés par une barrière douanière du reste de l'Empire et disposent de leur propre monnaie, le Thaler. La condition de la paysannerie au. Profitant de l'autonomie accordée par le pouvoir russe, la noblesse germanophone renforce son emprise sur les terres agricoles. Les mõisad, contrôlés à près de 90 % par cette petite caste qui rassemble environ , soit 1 % de la population, détiennent 81 % des terres cultivables en Livonie en 1758 et 95 % en Estonie en 1774. Durant la même période, la part de ces terres exploitées par des fermiers estoniens installés de manière permanente diminue au profit de celles travaillées par de simples ouvriers agricoles. Comme dans l'ensemble de l'Europe orientale, la condition des paysans se dégrade et, vers 1780, le servage concerne près de 96 % des paysans estoniens. Catherine II monte sur le trône russe en 1762 avec la volonté de moderniser son empire. Tout en étant sensible aux idées du siècle des Lumières, elle veut mettre en place un État fort et centralisé. Dans les États baltes, qu'elle visite longuement en 1764, elle cherche à limiter le pouvoir de la classe dirigeante germano-balte. L'année suivante, elle impose aux diètes une série de réformes destinées à limiter le pouvoir des gros propriétaires fonciers sur leurs paysans tout en reconnaissant à ceux-ci certains droits. Mais l'impact des mesures est faible du fait de la résistance passive des possédants et de l'imprécision des textes. Toutefois Catherine II réussit à mettre sur pied un réseau relativement dense d'écoles : en 1787 il y en a 223 en Estonie et 275 en Livonie du Nord. À la même époque, l'implantation d'un demi-million de paysans allemands dans la région est envisagée mais ceux-ci, faute de terres disponibles et face à la résistance de la noblesse germano-balte, sont finalement installés sur les rives de la Volga. Un nouveau train de réformes est engagé par les autorités russes dans les années 1780, supprimant certains particularismes de la région : les barrières douanières entre celle-ci et la Russie sont supprimées, le thaler est remplacé par le rouble et les Baltes sont désormais soumis à l'impôt commun, la capitation russe. Les effectifs de l'appareil administratif augmentent fortement et se russifient. Le découpage de la province est remanié et un seul gouverneur, siégeant à Riga, dirige à la fois l'Estonie et la Livonie. Les propriétaires même non nobles peuvent désormais siéger dans les diètes et dans les conseils municipaux. Des tribunaux qui traitent les affaires concernant les paysans sont créés à côté de ceux dédiés d'une part aux bourgeois et d'autre part aux nobles. Enfin une réglementation met des limites aux pouvoirs dont la noblesse dispose vis-à-vis de ses serfs. L'influence du mouvement piétiste. Au début des années 1700 la prédication des frères moraves, mouvement piétiste fondé en Bohême par le comte Nikolaus Ludwig von Zinzendorf, s'implante sur le territoire estonien. Ce mouvement religieux issu du luthéranisme met l'accent sur l'approfondissement de la spiritualité personnelle. Il se répand d'autant plus facilement que l'Empire russe se désintéresse des croyances religieuses de ses sujets non orthodoxes et que la hiérarchie religieuse luthérienne ne s'est pas relevée de la disparition de sa tutelle suédoise. Entre 1710 et 1740 le mouvement piétiste prend le contrôle de l'ensemble des paroisses d'Estonie et de Livonie. Le piétisme impose la lecture de la Bible au moins une fois par an. Cette nouvelle pratique nécessite donc la maîtrise de la lecture par les paroissiens et la mise à disposition d'ouvrages religieux dans leur langue. Les frères moraves vont former un réseau d'enseignants très efficace : vers 1790, entre la moitié et les trois quarts des Estoniens savent lire. Parallèlement, la traduction de la Bible en estonien du Nord est entreprise et s'achève en 1739 ; elle nécessite l'invention de nombreux mots estoniens pour désigner des concepts abstraits et pose les bases de l'estonien moderne ; l'estonien du Nord qui bénéficie de la diffusion de cet ouvrage prestigieux prend définitivement l'ascendant sur l'estonien du Sud jusque-là dominant. En 1743, la diète de Livonie interdit la prédication morave qui menace par son égalitarisme l'ordre établi. L'interdiction est levée en 1764 mais entre-temps le mouvement religieux, en proie à des dissensions internes, s'est affaibli. Toutefois, l'influence de son enseignement persiste comme l'égalitarisme qui permettra l'implantation rapide des idées démocratiques, le puritanisme, ainsi que l'habitude de chanter dans des chorales. La majorité des acteurs du mouvement national estonien du seront issus de familles de prédicateurs moraves, tout en récusant un mouvement auquel ils reprochent, à juste titre, d'avoir tenté de faire disparaître les traditions séculaires estoniennes aux relents de paganisme. Les premiers estophiles. De petits ouvrages traitant de thèmes non religieux commencent à se diffuser au début du , notamment des almanachs mêlant conseils pratiques, nouvelles de l'Empire et textes édifiants. Des recueils de contes et récits sont traduits de l'allemand et vont passer en partie dans la tradition orale estonienne. Mais l'essentiel de la vie culturelle se déroule en allemand. Malgré l'éloignement des grands centres culturels où se pratique cette langue, les idées de l’"Aufklärung", l'équivalent germanique du mouvement des Lumières et qui a pris naissance dans les années 1740, touche les pays baltes grâce aux intellectuels allemands venus enseigner ou travailler dans la région. Notamment Johann Gottfried Herder, un des pères fondateurs du relativisme culturel, enseigne à Riga entre 1764 et 1769. Il s'intéresse aux peuples baltes en lesquels il voit des nations en puissance nullement inférieures à la nation allemande. Dans son recueil de chants populaires "Stimmen der Völker in Liedern" (Les voix des peuples à travers leurs chants), il inclut huit airs estoniens. Dans son sillage, un certain nombre de germanophones de la génération suivante s'intéressent aux peuples de la région et publient des essais, comme le Germano-Balte Garlieb Helwig Merkel qui dans son ouvrage publié en 1796 suggère pour la première fois que ces peuples autochtones ont été privés de leur développement naturel par la conquête allemande, et qui le premier idéalise la société qui a précédé les croisades baltes. L'abolition du servage (1802-1830). Les idées de la Révolution française de 1789 impulsent partout en Europe un vent de réforme. Dans les régions baltes leur effet se conjugue avec la montée sur le trône russe en 1801 d'Alexandre, un souverain plus ouvert que son prédécesseur. Peu auparavant, la Courlande est annexée par la Russie à la suite du troisième partage de la Pologne (1795). Elle est regroupée avec l'Estonie et la Livonie dans un ensemble baptisé du nom germanique de "Baltikum" qui est dirigé à compter de 1801 par un gouverneur russe unique installé à Tallinn. La noblesse terrienne balte est sensible aux arguments des physiocrates et Jakob Georg von Berg, propriétaire foncier éclairé, fait adopter en 1802 par la diète d'Estonie un texte instituant une réforme fondamentale du statut des paysans. Le pouvoir russe a contribué à cette évolution en accordant des facilités financières aux propriétaires fonciers souvent très endettés. Le texte adopté reconnaît au paysan l'usufruit héréditaire et perpétuel des terres qu'il cultive dans la mesure où il s'acquitte des obligations féodales envers son maître. Il crée à l'échelon du "vald" (canton) des tribunaux locaux dans lesquels siègent trois juges (un représentant des propriétaires et deux représentants des paysans). La diète d'Estonie adopte en 1804 un texte encore plus libéral définissant un barème des obligations des paysans sur une base objective. Mais les textes libérant véritablement la paysannerie du servage ne sont adoptés qu'en 1816 pour l'Estonie et en 1819 pour la Livonie. Ces lois instituent des assemblées paysannes au niveau des vallads élues par la petite minorité de paysans qui a pu accéder à la propriété ; l'assemblée est chargée de régir les relations de l'ensemble de la communauté paysanne avec la noblesse foncière (contrats de fermage) et avec l'État (impôt, conscription militaire) ainsi que de gérer notamment l'école et l'assistance aux démunis. Conséquence de la fin du servage, les Estoniens, qui jusque-là étaient désignés par le nom de la ferme dans laquelle ils travaillaient, reçoivent un nom de famille souvent à consonance allemande. Une période de transition d'une dizaine d'années est prévue, et c'est seulement vers 1830 que les paysans obtiennent le droit de quitter la terre qu'ils travaillent pour s'installer ailleurs. La noblesse terrienne conserve un pouvoir important : c'est elle qui convoque les assemblées, en contrôle les comptes ; elle est toujours autorisée à appliquer des châtiments corporels lorsque les contrats ne sont pas respectés. Mais le mécontentement de la paysannerie persiste car la terre est toujours la propriété de la noblesse foncière et les conditions des contrats de fermage, souvent plus courts, se sont plutôt durcies. Les paysans tentent de profiter de leur liberté pour aller voir ailleurs, notamment en Russie où ils sont autorisés à se déplacer à compter de 1863. En 1845-1848, paysans, persuadés à tort que le tsar accordera des terres à ses sujets orthodoxes, se convertissent à cette religion. S'étant rendu compte de leur erreur, ils ne sont pas autorisés à revenir à leur ancienne foi et donnent ainsi naissance à une minorité religieuse qui s'est perpétuée jusqu'à aujourd'hui. Une réforme agraire, définie par des représentants de la noblesse terrienne libérale et des représentants du tsar, est promulguée en 1849 et appliquée entre 1856 et 1865 : elle permet aux fermiers de racheter leurs terres mais peu en profitent car les conditions ne sont pas avantageuses. Le mécontentement de la paysannerie est à l'origine de nombreux incidents ; le plus célèbre est la "guerre de Mahtra" (1858), qui voit la troupe tirer sur la foule venue manifester : 10 paysans sont tués et 60 condamnations à mort sont prononcées mais elles seront converties en peines de knout ou de déportation en Sibérie. L'éveil national estonien au. L'éveil du sentiment national estonien est un processus très graduel qui se déroule tout au long du . Durant la première moitié de ce siècle, la question de l'identité nationale est absente des préoccupations de la plupart des estoniens. Il n'y a alors ni classe moyenne ni vie intellectuelle proprement estonienne ; la culture germanique constitue la référence tandis que les questions du servage et de l'accès à la propriété foncière monopolisent les combats des indigènes : les paysans estoniens sont d'ailleurs prêts à émigrer ou à se convertir à une foi étrangère pour améliorer leur sort. L'impulsion initiale vient paradoxalement des Germano-Baltes. La réouverture en 1802 de l'université de Tartu (Dorpat à l'époque), fermée depuis 1711, va contribuer au développement du courant estophile. Les cours sont exclusivement en allemand jusqu'en 1889, quoiqu'une chaire d'estonien, destinée essentiellement aux futurs pasteurs luthériens, est créée en 1803. L'université, qui accueille entre 600 et 700 étudiants et 37 professeurs au milieu du , comprend des facultés de sciences, d'histoire et de lettres, de droit, de médecine et de théologie. Les enseignants sont initialement d'origine allemande, mais à partir de 1841, le corps professoral est exclusivement d'origine locale c'est-à-dire germano-balte. Ce foyer intellectuel va accentuer l'influence culturelle allemande, ce qui, de manière paradoxale, va favoriser l'émergence du mouvement national estonien. Le début du est en Allemagne la grande époque du romantisme qui se traduit notamment par un intérêt croissant pour les traditions et les langues locales. C'est ainsi qu'un petit cercle d'intellectuels, essentiellement germanophones, va se consacrer à l'étude du milieu estonien. Le pasteur Johann Heinrich Rosenplänter publie entre 1813 et 1832 une revue savante à diffusion restreinte, rassemblant des articles sur la linguistique, l'histoire, la mythologie et le folklore estoniens. En 1836 paraît le journal "Das Inland" (« Le pays d'ici » en allemand) qui consacre une partie de ses pages au même sujet. En 1838 est fondée à Tartu la "Société savante estonienne" ("Gelehrte Esthnische Gesellschaft"). Enfin la "Société littéraire estonienne" ("Esthnische Literarische Gesellschat") est créée en 1842 à Tallinn. Cet intérêt pour la culture estonienne se conjugue avec la volonté d'améliorer la condition du paysan estonien : des ouvrages d'éducation populaire touchant l'hygiène, l'agronomie, la lutte contre l'alcoolisme sont publiés. Mais beaucoup d'estophiles sont persuadés que les Estoniens, une fois mis sur la voie du progrès, vont à terme se germaniser comme les peuples de la Prusse : leur propre rôle est d'être les vecteurs de la civilisation, de faciliter la transition et de recueillir un patrimoine culturel appelé à disparaître. Les estophiles cherchent à reconstituer le passé historique des Estoniens. Soucieux de valoriser leur sujet d'étude et en proie à une exagération caractéristique de cette époque romantique, certains d'entre eux tracent le portrait d'une société estonienne antérieure aux croisades baltes idyllique et raffinée. Ces études les mènent à s'intéresser à la Finlande qui utilise une langue apparentée, ce qui, dans l'optique herdérienne dominante, font des Finlandais et des Estoniens des peuples frères. La deuxième moitié du en Europe a vu la publication de plusieurs récits mythologiques, censés être l'expression du génie de la Nation à l'imitation des œuvres d'Homère pour la Grèce et de l’"Énéide" pour Rome. Dans cette veine paraît en 1789 en Finlande la "Mythologia Fennica" œuvre de Christfried Ganander qu'un jeune poète estonien décédé prématurément, Kristian Jaak Peterson, traduit du suédois en allemand. Ce texte, mais plus encore Kalevala, un recueil de légendes finlandaises arrangées par Elias Lönnrot et publié en 1835, vont servir de source d'inspiration pour Friedrich Robert Faehlmann. Ce pur Estonien, médecin de profession, est un des fondateurs de la Société savante estonienne. Il publie en allemand dans les années 1840 huit récits mythologiques qu'il dit inspirés de légendes recueillies dans les campagnes estoniennes mais qui sont, en fait, en partie empruntés à des œuvres étrangères et en partie le fruit de sa création. Il esquisse la rédaction d'une épopée estonienne centrée sur le géant Kalevipoeg, personnage de nombreux contes estoniens, mais décède sans avoir pu mener à bien sa rédaction. Son ami Friedrich Reinhold Kreutzwald, également médecin et estonien, reprend le flambeau. S'inspirant du panthéon mis en place par Faehlman, il rédige un poème monumental de vers intitulé "Kalevipoeg" qui sera publié entre 1857 et 1861 en allemand et en estonien. Dès la génération suivante, l'ouvrage acquiert le statut d'épopée nationale. Si l'ouvrage n'est aujourd'hui plus vraiment lu, ses thèmes et ses personnages sont connus de tous les Estoniens. À compter de 1830, les Estoniens, qui n'ont plus honte de leurs racines, prennent le relais des estophiles et se revendiquent comme estoniens ("eeslane") un terme qui n'apparaît qu'à cette époque. Jusque-là les Estoniens se désignaient sous le nom de "maarahvas" (« les gens du pays ») et appelaient leur langue "maakeel" (« la langue du pays »). Mais l'allemand reste toujours la langue de la culture, dont la maîtrise est nécessaire à toute élévation sociale. L'estonien est encore à cette époque une langue rustique à laquelle il manque une grammaire et un vocabulaire permettant de manier des concepts abstraits. Les membres de la petite communauté intellectuelle estonienne vont forger au cours de la deuxième moitié du l'estonien moderne à l'aide de différentes méthodes : plusieurs milliers de termes sont créés à cette époque par néologisme, emprunts à d'autres langues ou au patois, etc. Des dictionnaires rédigés au début du contribueront à figer et à donner leur cohérence à ces travaux. La graphie de l'estonien, très influencée jusque-là par l'allemand, est remaniée pour reproduire de manière plus fidèle la prononciation ; elle est rapprochée de celle du finlandais ; ainsi le ö inspiré de l'allemand est désormais retranscrit en õ à la manière finlandaise. Une presse en estonien commence à apparaître grâce à l'activité des estophiles. Dans la première moitié du siècle, ce ne sont que des journaux éphémères aux tirages très faibles. Le premier véritable journal est le "Perno Postimees" ("le postillon de Përnu") édité par Johann Voldemar Jannsen de 1857 à 1864 qui compte abonnés. L'économie estonienne à la fin du. À la fin du , le territoire qui correspond à l'Estonie moderne compte dont 3,9 % se déclarent russes et 3,5 % allemands. Alors que les campagnes sont désormais relativement surpeuplées, l'émigration vers d'autres pays, bien qu'elle soit officiellement autorisée depuis 1863, est limitée à la Russie où l'on compte à cette époque Estoniens concentrés dans les régions voisines. Le Zemstvo, assemblée locale élue au suffrage censitaire institué en 1865 par Alexandre II, est mis en place dans les pays baltes à partir de 1870 et permet pour la première fois aux Estoniens de jouer un rôle actif dans la vie politique locale des villes. Un système similaire est créé à l'échelon du vallad dans les campagnes. Les réformes d'Alexandre II touchent également les relations entre les gros propriétaires fonciers et les paysans : l'oukase de 1866 interdit les châtiments corporels, impose le paiement des fermages en argent et limite le pouvoir du mõisnik dans l'assemblée locale. Ces gros propriétaires fonciers, confrontés à des difficultés financières croissantes, vendent progressivement les terres qu'ils n'exploitent pas directement et en 1900 les fermiers de Livonie sont propriétaires de 86 % des terres qu'ils cultivent au prix toutefois d'un fort endettement. Il existe même quelques mõisnik de souche estonienne ; le premier apparaît en Livonie en 1867. La classe des petits et moyens propriétaires et fermiers estoniens constitue désormais le cœur d'une population rurale instruite (97 % des Estoniens savent lire et 78 % lire et écrire). Les deux tiers des agriculteurs estoniens sont de simples ouvriers agricoles. Les pratiques agricoles évoluent rapidement avec la généralisation des engrais. Mouvements coopératifs et systèmes de financement s'amorcent au tournant du siècle. Les céréales, dont la culture est devenue moins rentable face à la concurrence désormais ouverte des grandes régions céréalières du monde, sont remplacées par la pomme de terre, qui devient la base de l'alimentation des paysans estoniens, la culture du lin et l'élevage de vaches, qui fournit en produits laitiers la capitale russe. La population des villes s'est fortement accrue au cours des dernières décennies - Tallinn compte - et les germanophones y sont désormais très minoritaires. L'industrie commence à occuper une place notable ( en 1900 essentiellement à Narva et à Tallinn) grâce à la proximité de la mer Baltique et de la capitale de l'Empire russe. Les productions principales sont le textile, les produits métallurgiques, les machines-outils et le papier ; pour ce dernier produit la région fournit 70 % de la consommation de l'Empire russe. Les capitaux utilisés sont majoritairement d'origine étrangère. La première ligne de chemin de fer est construite en 1870 et relie Tallinn, Narva et Saint-Pétersbourg. L'activité portuaire de Tallinn se développe mais est dépassée par celle de Riga qui, grâce à situation sur le fleuve Daugava, draine le trafic commercial d'une partie de la Russie d'Europe. La tentative de russification (1885-1904). En 1871 la renaissance d'un empire allemand au nationalisme agressif contribue à modifier le regard que portent les dirigeants russes sur les États baltes. Les Germano-baltes ne sont pas insensibles à la naissance d'une nation allemande moderne et forte. Par ailleurs la révolte polono-lituanienne de 1863 entraîne un regain de méfiance du tsar vis-à-vis des peuples de l'Empire situés sur les marges occidentales de la Russie. Le courant de pensée panslaviste, réponse au pangermanisme allemand, se développe en Russie : au sein de l'empire certains souhaitent renforcer l'identité russe des régions peuplées de non russes. Mais cette idéologie, qui prône la naissance d'un État-nation russe est difficilement applicable à un empire qui compte 57 % de non-russes (en 1897). Elle a, de ce fait, peu d'influence sur la politique des tsars. Mais après l'assassinat d'Alexandre II en 1881, qui marque un coup d'arrêt brutal à une période de réformes, Alexandre III adopte en partie les thèses des panslavistes. Il refuse notamment de reconduire les privilèges des Germano-baltes et donne comme instruction aux nouveaux gouverneurs des provinces baltes de renforcer la présence de l'État russe. Le russe devient la langue de l'administration et de la justice. Les fonctionnaires russophones remplacent les germanophones. Le pouvoir tente d'encourager sans succès les conversions à la religion orthodoxe et fait construire des églises orthodoxes comme la cathédrale Alexandre Nevski, située à deux pas du siège de la diète d'Estonie et inaugurée en 1900. Les écoles primaires passent en 1885 sous l'autorité du ministère de l'Éducation. Le russe devient progressivement la langue obligatoire sur l'ensemble du cursus scolaire. Des enseignants russophones remplacent les maîtres d'école ne maîtrisant pas suffisamment le russe pour enseigner dans cette langue. À l'université de Tartu (la ville est rebaptisée Iouriev, son nom russe d'origine), la plupart des enseignants, qui étaient jusque-là des germanophones, sont remplacés par des russophones. Les Germano-baltes sont ainsi pratiquement exclus de tous les domaines dans lesquels ils occupaient une position dominante depuis des siècles. Pour les Estoniens la politique de russification va, de manière paradoxale, renforcer à la fois le sentiment national et la position de la langue estonienne. Le russe est appris comme une langue utilitaire car il n'a pas le prestige de l'allemand. Ce dernier, qui était la langue de la culture chez les Estoniens les plus instruits, perd sa position dominante. Entre 1890 et 1900 l'estonien devient la langue des Estoniens cultivés. C'est sans doute également à cette époque que le sentiment national se répand chez une majorité d'Estoniens. Signe de cette vitalité du nationalisme estonien, le nombre d'associations qui se déclarent estoniennes s'accroît. Parmi celles-ci la Société des étudiants estoniens, fondée en 1870 mais reconnue par le recteur de l'université de Tartu en 1883 seulement, milite pour que l'estonien devienne la langue en usage dans les milieux intellectuels. Elle adopte, sur la suggestion de Jakob Hurt, un drapeau comportant trois bandes de couleurs bleue, noire et blanche disposées horizontalement, qui va devenir rapidement celui du mouvement national avant d'être adopté par l'Estonie indépendante. Après le décès d'Alexandre III en 1894, l'autoritarisme du pouvoir russe s'atténue et le mouvement national estonien peut se politiser. Les leaders du mouvement ne demandent pas l'indépendance, qu'ils n'envisagent pas, mais la reconnaissance de leur existence en tant que peuple et l'égalité des droits avec les Germano-baltes. L'une des figures les plus en vue est Jaan Tõnisson. Ce juriste, ancien président de l'association des étudiants estoniens, prend la direction du principal journal estonien, le "Postimees", en 1896 : il milite pour la reconnaissance du peuple estonien dans le respect de la loi avec pragmatisme, c'est-à-dire au besoin en s'alliant aux Germano-baltes. Conservateur, il considère, comme de nombreux politiciens estoniens du , que l'identité de la nation estonienne se trouve dans ses racines rurales. L'avocat Konstantin Päts, future figure politique majeure de l'Estonie indépendante, fonde à Tallinn le deuxième quotidien estonien "Teataja (Le Héraut)". Plus radical, il souhaite écarter les Germano-baltes du pouvoir et, sans adhérer aux thèses socialistes, s'intéresse au sort des couches les plus défavorisées de la population urbaine. Aux élections municipales de 1904, les nationalistes estoniens présentent pour la première fois des candidats. Päts, allié à un parti russophone, emporte les élections à Tallinn et devient maire-adjoint de cette ville. Il existe quelques défenseurs estoniens de la russification qui mettent en avant notamment la faiblesse démographique des Estoniens. Un mouvement socialiste clandestin apparaît à l'université de Tartu dans les années 1890 tandis qu'une cellule du Parti social-démocrate russe (S.D.), dont les membres sont majoritairement estoniens, est créée dès 1902 à Tallinn. La Révolution de 1905. La Révolution russe de 1905 éclate à la suite de la défaite de l'Empire face au Japon dans un contexte de crise économique et sociale. Son déclenchement (dimanche rouge de Saint-Pétersbourg) est suivi de mouvements de grèves et de manifestations sur le territoire de l'Estonie analogues à ce qui se passe au même moment dans le reste de l'empire. Les représentants des courants nationalistes estoniens, sur le devant de la scène en l'absence de partis ou de syndicats, demandent des représentants élus au suffrage universel, une réforme agraire et une reconnaissance de la langue estonienne, mais à l'époque, l'idée d'indépendance, qui paraît irréaliste aux acteurs, n'est pas évoquée. Le 16 octobre, alors que l'anarchie s'est installée à Tallinn, l'armée ouvre le feu dans cette ville sur un rassemblement autorisé et fait entre 28 et 95 morts. Quelques jours plus tard, Nicolas II tente de calmer les esprits en promettant d'organiser sur le territoire de l'Empire russe des élections au suffrage universel et d'autoriser les partis politiques ainsi que les syndicats. Durant les 2 mois suivants, le gouvernement russe abandonne la politique de répression et de censure. Jaan Tõnisson fonde le Parti progressiste populaire ("Eesti Rahvameelne Eduerakond" ou ERE), premier parti politique estonien : celui-ci réclame l'établissement d'une monarchie russe parlementaire, l'autonomie politique de la région, et des droits accrus pour les paysans. Au même moment apparaît un parti socialiste marxiste, l'Union des travailleurs sociaux-démocrates d'Estonie, bien implanté dans les villes, tandis que les Germano-baltes fondent à Riga le Parti constitutionnel balte, d'idéologie progressiste mais reposant sur la prééminence de la culture allemande et de l'élite germanophone. Fin novembre, 800 délégués de l'ERE réunis à Tartu se divisent entre deux mouvements prônant des programmes opposés : les modérés demandent l'union des provinces baltes, la limitation du pouvoir des Germano-baltes et une réforme agraire progressive, tandis que les radicaux exigent l'expropriation des propriétaires fonciers, la collectivisation des terres et appellent à boycotter l'impôt et la conscription militaire. Nicolas II décide de remettre de l'ordre dans l'empire. Dans les pays baltes la loi martiale est instaurée fin décembre 1905 et des arrestations sont opérées dans les milieux nationalistes et socialistes. Dans tout l'empire cette reprise en main attise les violences révolutionnaires. En Estonie les ouvriers de Tallinn s'en prennent aux grandes propriétés foncières. Près de 160 d'entre elles, sur les que compte le territoire, sont gravement endommagées, parfois brûlées. Des troupes militaires, aidées dans certains cas par les milices formées par les propriétaires fonciers, rétablissent l'ordre de manière particulièrement brutale : il y a plus de 300 exécutions sommaires en Estonie et Livonie, 686 condamnations à mort dont 200 sont appliquées. De nombreux dirigeants nationalistes ou socialistes, dont Päts, sont obligés de s'exiler quand ils ne sont pas emprisonnés ou déportés en Sibérie. Les partis et les syndicats sont interdits, sauf l'aile modérée de l'ERE et du Parti Constitutionnel balte. Les journaux sont interdits de parution. En avril 1906 ont lieu les premières élections à la Douma russe. L'Estonie envoie cinq députés dont Jaan Tõnisson et un russe. La majorité de la Douma s'accorde sur un programme que le tsar ne veut pas appliquer et l'assemblée est dissoute en juillet. Tõnisson fait trois mois de prison pour avoir protesté contre la dissolution. L'Estonie envoie cinq députés aux programmes plus radicaux, dont deux sociaux-démocrates à la deuxième douma (janvier 1907), qui est rapidement dissoute pour les mêmes raisons que la première. Pour obtenir une assemblée conforme à ses vues, Nicolas II modifie la loi électorale : dans les deux doumas suivantes (1907 et 1912) les Estoniens n'ont plus que deux représentants tandis que trois députés représentent les Germano-baltes de l'ensemble des pays baltes. Un Conseil Spécial chargé de mettre en place les réformes dans la région ne parvient pas à ses fins, car les Germano-baltes s'opposent à toute modification du statu quo. Par contre, les élections municipales permettent aux Estoniens de s'emparer de plusieurs municipalités détenues jusque-là par des germanophones. La Révolution de 1905 contribue à radicaliser les positions politiques. Chez les sociaux-démocrates apparaît une scission entre d'une part les mencheviks et d'autre part les bolcheviks de Lénine hostiles au courant nationaliste ; ces derniers recrutent en Estonie parmi les ouvriers russophones et des ouvriers estoniens radicalisés tel que Jaan Anvelt. Les Germano-baltes, en réaction à cette montée du nationalisme, font venir depuis la Russie colons germanophones qui s'installent essentiellement autour de Riga (moins de 500 en Estonie). Les relations entre les communautés germanophone et estonienne se tendent fortement. Malgré la crise politique de 1905, l'économie continue de prospérer et la population continue de s'accroître. Elle atteint 1,086 million en 1911 soit une augmentation de 17 % par rapport à 1897. Par ailleurs Estoniens sont installés dans les autres provinces de l'Empire dont 50 % dans l'agglomération des Saint-Pétersbourg. La proportion des non-Estoniens reste stable à environ 10 % malgré l'existence d'un flux migratoire en provenance de la Russie. La population citadine représente désormais environ 20 % du total. Tallinn, en particulier, double de taille entre 1897 et 1913, atteignant à la fin de la période : les établissements de l'industrie lourde, en forte croissance, sont en grande partie situés dans cette ville qui est également, à partir de 1912, le port d'attache de la flotte russe de la Baltique. Une classe ouvrière forte de se forme essentiellement à Tallinn (41 % des emplois) et Narva (33 %). Les fermiers estoniens, en rachetant leurs tenures, détiennent désormais une proportion plus importante de terres que les grands propriétaires fonciers (58 %) mais la proportion des paysans sans terre s'accroît. Le mouvement coopératif connaît une forte croissance. Les Estoniens sont de plus en plus nombreux dans les professions libérales et intellectuelles : dans les années 1910 ils représentent un quart des médecins et une proportion encore plus forte de vétérinaires et d'ingénieurs. En revanche, dans l'enseignement supérieur, ce sont les russophones qui remplacent les germanophones. Les membres du clergé généralement nommés par les principaux propriétaires fonciers restent en majorité germanophones, ce qui explique sans doute la déchristianisation particulièrement forte de ce pays au cours du . De la Première Guerre mondiale à l'indépendance (1914-1920). La Première Guerre mondiale. L'entrée en guerre de l'Empire russe contre l'Empire allemand en août 1914 reçoit un accueil plutôt favorable dans les milieux nationalistes estoniens qui y voient le moyen de prendre une revanche sur les « oppresseurs germaniques ». Pour la minorité germano-balte c'est au contraire une catastrophe : les entreprises à capitaux allemands sont nationalisées, les établissements scolaires, les périodiques et les associations germano-baltes sont fermés. Pendant les trois ans que dure le conflit, l'Estonie, comme tous les autres pays belligérants, est profondément touchée par le conflit : Estoniens sont mobilisés soit 20 % de la population mâle dont plus de sont tués et environ . L'économie, privée d'une grande partie de sa main-d'œuvre, est désorganisée alors que l'inflation n'est plus contrôlée. Le commerce sur la mer Baltique est interrompu par le blocus de la marine allemande. En 1916 la tension monte dans la société : les villes, encombrées de réfugiés et de déserteurs, connaissent des problèmes d'approvisionnement, tandis que les grèves, qui se multiplient, atteignent le même niveau qu'en 1906. La Révolution russe. L'effondrement du régime tsariste en quelques jours, en février 1917, surprend tous les acteurs. La révolution qui s'ensuit est, au début, en Estonie comme dans le reste de l'Empire russe, peu violente car les forces de l'ordre refusent de défendre le régime. En Estonie, des soviets, composés essentiellement de militants socialistes recrutés parmi les ouvriers et les soldats, sont créés à Tallinn et Narva. Les russophones y sont majoritaires. Le pouvoir officiel coexiste avec ces deux instances sans coordination. Les nationalistes estoniens mobilisent l'opinion régionale et, à l'issue d'une manifestation qui rassemble devant le palais du gouvernement russe à Saint-Pétersbourg, obtiennent du gouvernement provisoire du prince Lvov un nouveau découpage des frontières des pays baltes. Une entité administrative baptisée Estonie est créée ; ses frontières coïncident avec celles de l'Estonie moderne (à l'exception de Narva). L'estonien devient la langue d'enseignement dans les établissements scolaires, les diètes sont abolies. Les fonctionnaires russophones sont renvoyés et le gouvernement russe autorise la formation d'un régiment estonien de en espérant que les soldats auront ainsi plus à cœur de défendre leur territoire contre les Allemands. Le maire de Tallinn, l'Estonien Janna Poska, est nommé commissaire du gouvernement de l'Estonie à titre provisoire en attendant l'élection d'une assemblée provinciale. Les élections ont lieu en mai dans les campagnes et en août et septembre dans les villes. La nouvelle Diète comprend 62 membres dont cinq bolcheviks, neuf mencheviks, huit S.R., sept représentants du Parti démocrate estonien, un représentant de la minorité germanophone et un autre de la minorité suédophone. Deux nouveaux partis apparaissent à l'occasion de cette élection : le parti agrarien auquel adhère Päts qui n'a pu fonder son propre parti comme il le souhaitait et le parti travailliste estonien. Dans les villes, à Tallinn et encore plus à Narva, les partis bolcheviques et S.R. sont majoritaires car ils peuvent s'appuyer sur une forte minorité russophone et des soldats sensibles à la propagande bolchevique qui réclame un arrêt immédiat des combats. Le parti bolchevique, qui comptait 200 militants en mars, en compte en octobre. Fin septembre, les Allemands repassent à l'offensive en occupant l'île de Saaremaa alors qu'en Estonie l'anarchie s'installe. À Petrograd, le gouvernement provisoire russe, qui tarde à mener à bien les réformes attendues et veut poursuivre la guerre avec l'Allemagne, perd tout soutien populaire. Lénine parvient à prendre le pouvoir à Saint-Pétersbourg en profitant de la faiblesse de l'opposition au cours de la révolution d'Octobre et décide de négocier immédiatement la paix avec l'Allemagne. Un armistice est signé en décembre tandis que l'armée russe se débande : les soldats veulent rentrer chez eux et massacrent dans certains cas leurs officiers. Le 27 octobre, soit 2 jours après la révolution d'Octobre, un comité militaire révolutionnaire d'Estonie, dirigé par le Russe Ivan Rabrchinski et l'Estonien Viktor Kingissepp, chasse le commissaire du gouvernement estonien Poska et prend le pouvoir au nom du nouveau régime. Mais les représentants politiques estoniens résistent : la Diète refuse sa dissolution et se proclame seul organe officiel du pouvoir en Estonie au cours de l'unique session qu'elle tiendra, les fonctionnaires se mettent en grève tandis que le conseil municipal de Tallinn parvient à repousser sa dissolution jusqu'en janvier. Les élections constituantes qui devaient avoir lieu sur l'ensemble du territoire de l'Empire russe sont maintenues par les bolcheviks. En Estonie, ceux-ci ont su séduire la population grâce aux promesses de paix, d'autodétermination des peuples et de réforme agraire. Ils obtiennent 40 % des voix contre 24 % sur l'ensemble du territoire russe. Le Bloc démocratique de Tönisson obtient 23 % des voix et le Parti travailliste 22 %. Fort de ce succès local, les bolcheviks décident de lancer un deuxième scrutin pour élire une assemblée constituante estonienne. Mais le vote, qui débute les 21 et 22 janvier, s'annonce beaucoup moins favorable pour les bolcheviks et ceux-ci décident de l'interrompre sous prétexte d'un complot des Germano-baltes et des nationalistes et proclament l'état de guerre. Début janvier, l'assemblée constituante panrusse, où les bolcheviks sont minoritaires, avait été dissoute par ces derniers. Le comité des Anciens, émanation de la Diète estonienne, décide début décembre de mobiliser un embryon d'armée nationale. L'idée de l'indépendance commence à prendre corps au sein des hommes politiques estoniens, qui hormis les bolcheviks, n'attendent rien de positif de l'évolution en cours en Russie. Des représentants de la Diète proposent de former une fédération avec les pays scandinaves qui repoussent cette idée. Des contacts sont pris avec les puissances occidentales pour sonder l'opinion de leurs responsables politiques. Les menaces se précisent au sein de l'Estonie où les bolcheviks commettent des actes de violence contre les prêtres, pratiquent des nationalisations et des confiscations arbitraires et déportent 550 Germano-baltes coupables, selon eux, de trahison. Les négociations entamées en novembre 1917 entre le gouvernement russe et l'Allemagne pour la signature du traité de Brest-Litovsk piétinent, Trotski tente de temporiser car les conditions imposées par l'Allemagne sont particulièrement dures. Le commandement allemand fait alors avancer ses troupes : à partir du 18 février 1918, au cours de l'opération Faustschlag (en allemand : « Coup de poing »), l'armée allemande occupe l'ensemble de la Livonie, puis le nord du pays, sans que les forces russes désorganisées puisent s'y opposer. Durant la brève vacance du pouvoir qui sépare le départ des bolcheviks de l'arrivée des Allemands, le Comité de salut public qui a été désigné le 19 février par le Comité des Anciens pour diriger le pays et qui est composé de trois membres dont Päts et Vilms, proclame symboliquement l'indépendance de l'Estonie dans ses frontières historiques et ethnographiques. L'armée allemande achève l'occupation du pays le 3 mars. Le même jour, sous la pression de Lénine, lucide sur les capacités de l'armée russe, le traité de Brest-Litovsk est signé en mars 1918 : la Russie doit céder plus d'un quart de son territoire, notamment l'Ukraine, la Pologne, la Finlande et la Lituanie ; en ce qui concerne le territoire estonien les habitants de la Livonie et de l'Estonie doivent être rattachés à la Russie tandis que les territoires situés plus au sud, notamment Riga, sont cédés aux Allemands. Mais les partisans d'un État balte unifié sous la tutelle allemande sur le territoire du Baltikum, parviennent à convaincre Berlin de renégocier le traité ; en août les délégués russes acceptent, dans le cadre d'une clause additionnelle, de renoncer à leur souveraineté sur l'ensemble des provinces baltes. La guerre d'indépendance (1918-1920). L'occupation allemande de l'Estonie va durer 9 mois jusqu'à la défaite de l'Empire allemand en novembre 1918. Les Germano-baltes reprennent les commandes de la région sous la tutelle des autorités militaires allemandes et annulent toutes les mesures prises en faveur des Estoniens depuis le début de la révolution. Environ bolcheviks et nationalistes estoniens sont exécutés, dont sans doute Vilms. Le pays est pillé par le nouvel occupant qui manque de tout. Le système éducatif est germanisé et l'enseignement dans l'université de Tartu, qui a été rouverte, se fait désormais de nouveau en allemand. Les dirigeants germanophones mettent sur pied en avril un Conseil National ("Landesrat") représentant les trois provinces baltes, qui est notamment composé de 35 élus germano-baltes (pour les trois régions) et de treize élus estoniens. Le Conseil propose à l'empereur Guillaume II d'Allemagne de créer un grand-duché balte sur le territoire du Baltikum. Les dirigeants allemands, qui ont pris d'autres engagements dans le cadre du traité de paix avec la Russie et qui ont une confiance limitée dans les dirigeants locaux, ne donnent leur accord qu'en septembre après avoir renégocié la cession de l'ensemble des Pays baltes par les Russes : la création du Duché balte uni est proclamée en novembre alors même que l'Empire allemand s'effondre. Durant cette période, les dirigeants estoniens, qui sont passés dans la clandestinité, ont pris contact avec les dirigeants de l'Italie, la France et le Royaume-Uni, qui acceptent de reconnaître le principe d'une indépendance de l'Estonie. Le 11 novembre, alors que les Allemands vaincus sur le front occidental déposent les armes, le gouvernement provisoire estonien sort de la clandestinité et Päts, qui a été libéré, en prend la tête. Le 21 novembre les occupants allemands lui remettent officiellement le pouvoir alors que le régime impérial allemand s'effondre. Les dirigeants bolcheviques tentent de profiter de la nouvelle situation et dénoncent le 13 novembre le traité de Brest-Litovsk. Mi-novembre, un Comité révolutionnaire provisoire d'Estonie se proclame seul pouvoir légal en Estonie et demande à l'Armée rouge de libérer le pays. Les soldats russes passent à l'attaque le 22 novembre dans la région de Narva mais sont repoussés par les armées allemandes qui n'ont pas encore quitté le territoire. Une nouvelle attaque le 28 novembre permet la prise de Narva et, début janvier, l'Armée rouge occupe bientôt tout l'Est de l'Estonie. Le gouvernement provisoire tente de mobiliser sans grand succès les Estoniens et fait appel à l'aide de la Finlande et de la Grande-Bretagne. Kingissepp organise un soulèvement pro-bolchevique à Tallinn qui échoue. Une armée estonienne est finalement mise sur pied avec, à sa tête, le lieutenant-colonel Johann Laidoner, ancien officier de l'armée russe. Celui-ci reprend l'offensive à la tête d'une division estonienne assistée de volontaires plus ou moins bien organisés. La contre-offensive se déroule le long des voies ferroviaires et est appuyée par des trains blindés. L'armée estonienne reprend d'abord le contrôle de l'axe Tallinn-Narva avec l'appui de commandos débarqués sur la côte, qui sèment la panique sur les arrières de l'ennemi. Puis l'armée estonienne se tourne vers le sud et progresse le long de la voie ferroviaire qui conduit à Riga. La jeune armée a le dessus au cours de deux accrochages à Võru et Valga. Une escadre britannique fait escale à Tallinn en décembre 1918 pour repousser toute tentative d'attaque soviétique par la mer et apporter des munitions et des armes, tandis que la Finlande envoie du matériel et consent un prêt. Des volontaires lettons et scandinaves viennent prêter main-forte à l'armée estonienne. Le février, cette coalition est parvenue à repousser l'Armée rouge en dehors du territoire estonien. En février 1919, l'Armée rouge reprend l'offensive dans le Sud-Est. En mai, les Estoniens parviennent à repousser celle-ci en territoire russe où elle reçoit le soutien de l'armée des Russes blancs de Nikolaï Ioudenitch. Mais l'entente entre les dirigeants des deux armées n'est pas parfaite car Ioudenitch, qui lutte pour rétablir l'Empire russe, est hostile à l'indépendance de l'Estonie. Une offensive conjointe contre Petrograd, soutenue par les alliés, échoue et l'armée estonienne réintègre ses frontières. Au sud, l'armée estonienne doit se battre contre les corps-francs allemands et la milice ("Landswehr") composée de Germano-baltes commandés par le général allemand Rüdiger von der Goltz : ces armées, qui ont pris le pouvoir en Lettonie et tentent de reconstituer un État germanique avec l'appui officieux des dirigeants allemands, luttent à la fois contre l'Armée Rouge et les nationalistes baltes. Les Estoniens, assistés d'un bataillon letton ( en tout), défont les Allemands le 23 juin 1919 au cours de la bataille de Wenden. Cette victoire sur l'ennemi séculaire sera par la suite célébrée comme une fête nationale. En septembre 1919, l'Estonie engage des pourparlers de paix avec la Russie, mais la désapprobation des puissances occidentales et de leurs alliés baltes et scandinaves, qui espèrent restaurer l'Empire russe et ne veulent pas d'une reconnaissance implicite du régime bolchevique, fait échouer les négociations. L'Armée rouge repasse à l'attaque à Narva avec des effectifs renforcés, et 200 pièces d'artillerie, et l'armée estonienne la repousse avec difficulté. Les négociations reprennent en décembre 1919 et, après d'âpres discussions, les Estoniens signent avec les Soviétiques le traité de Tartu le 2 février 1920. Par celui-ci, la Russie soviétique reconnaît l'indépendance de l'Estonie. La nouvelle frontière ajoute au territoire estonien une bande de terrain située sur la rive droite du fleuve Narva ainsi que l'ensemble du pays setu au sud-est, soit environ 5 % de la superficie totale de l'Estonie. Les Russes d'origine estonienne, dont le nombre est estimé à , sont autorisés à rentrer en Estonie : seule la moitié de ceux qui présenteront des demandes, soit , parviendront à revenir. La plupart des batailles qui opposaient souvent des Estoniens entre eux mobilisaient des effectifs peu nombreux (quelques centaines d'hommes), ce qui explique la modicité des pertes estoniennes finales, environ . La première période d'indépendance (1920-1939). Les institutions de l'Estonie. Les premières élections de l'Estonie indépendante ont lieu en avril 1919 dès que l'Armée rouge a été repoussée en dehors du territoire national. L'assemblée constituante comprend une majorité de socialistes réformistes (71 sièges sur 120) élus grâce à un programme proposant une réforme agraire et promettant des emplois aux anciens combattants. Le parti du Premier ministre par intérim Päts n'obtient que 8 députés. L'assemblée met un an à définir la constitution du nouveau pays. Elle opte pour le régime parlementaire le plus proche des principes démocratiques, qui se révélera en pratique mal adapté aux temps de crise qui suivront et à l'immaturité politique de ce pays neuf. Le pouvoir législatif est représenté par une chambre unique de 100 représentants élus pour trois ans au scrutin proportionnel. Le chef du gouvernement fait également office de chef d'État ; il peut être révoqué à tout moment par les députés et n'a pas de droit de veto sur les décisions législatives. Les citoyens disposent de droits étendus dont ceux de pouvoir initier des référendums populaires à condition de recueillir suffisamment de signatures. Une loi votée dès octobre 1919 confisque les terres de pratiquement tous les mõisads terriens qui subsistaient à l'époque ainsi que les domaines de la Couronne et des Églises, soit en tout 55 % des terres arables de l'Estonie. Celles-ci sont par la suite redistribuées ou vendues aux paysans estoniens. En 1925 un statut légal très ouvert est accordé aux minorités suédoise, allemande, russe et juive. L'économie. Dès 1918 le pays se dote d'une monnaie, le mark. Mais les dettes contractées durant la guerre d'indépendance, l'absence de réserve monétaire et une politique de relance économique dispendieuse ont raison de cette devise qui est remplacée en 1927 par la couronne. La taille du marché intérieur de la Russie avait permis d'édifier de grands établissements industriels sur le territoire estonien mais ceux-ci disparaissent après l'indépendance. La mégapole de Saint-Pétersbourg constituait un débouché naturel pour les produits agricoles de la région mais la politique isolationniste du régime soviétique entraîne la rupture des liens économiques très forts qui existaient autrefois : l'URSS n'absorbe entre les deux guerres qu'une très faible partie du commerce extérieur estonien sauf durant une brève embellie liée à la politique de la NEP en 1921-1922. L'Estonie est pratiquement dépourvue de ressources naturelles et son marché intérieur est étroit. Elle peut difficilement trouver de nouveaux débouchés extérieurs à cette époque caractérisée par la montée du protectionnisme dans les pays occidentaux. Aussi ses dirigeants choisissent de développer l'agriculture en accord avec le credo faisant des Estoniens des paysans. Les agriculteurs, qui représentent 67 % des actifs, sont alors majoritairement propriétaires de leur exploitation (83 % contre 40 % avant l'indépendance) et sont fortement motivés par les changements intervenus dans leur condition. Le nombre d'exploitations a bondi à la suite de la redistribution des terres de à et de nombreuses zones restées jusque-là en friche sont mises en culture. Le développement agricole est facilité par la création d'une banque dédiée au financement des exploitations et le développement d'un mouvement coopératif qui regroupe les deux tiers des agriculteurs dès 1928. Mais la taille réduite des exploitations, la faible viabilité des nouvelles terres mises en culture, l'absence de mécanisation et des infrastructures déficientes débouchent globalement sur un échec économique, même si l'agriculture estonienne réussit à se trouver des débouchés sur les marchés allemand et anglais. De son côté, l'industrie n'emploie plus que au lendemain de l'indépendance et connaît par la suite une croissance lente. La tourbe et les schistes bitumineux, jusque-là dédaignés, sont mis en exploitation, ce qui permet de limiter les importations de charbon. À côté de l'industrie agro-alimentaire, le secteur des sous-produits du bois se développe. L'Estonie introduit la journée travaillée de 8 heures dès 1918 et des congés payés pour les ouvriers en 1934. Les conventions collectives se généralisent à partir de 1929. L'assurance maladie devient progressivement obligatoire. L'Estonie est, comme les autres pays européens, fortement touchée par la Grande Dépression qui se traduit dès 1930 par l'effondrement de ses exportations. La couronne est dévaluée en 1933 de 35 %. Le chômage atteint des valeurs inquiétantes tandis que le niveau de vie de l'Estonien subit une forte baisse. Toutefois, dans la seconde moitié des années 1930, l'économie du pays bénéficie de la reprise économique chez ses principaux partenaires et d'un climat politique apaisé par la mise en place d'un régime fort. Le bilan économique à la veille de la Seconde Guerre mondiale est finalement relativement bon. Les villes estoniennes s'agrandissent : Tallinn compte à la veille de la Seconde Guerre mondiale contre en 1919. Elle est suivie par Tartu (), Narva et Pärnu. Malgré l'un des taux de natalité les plus faibles d'Europe, les Estoniens de souche forment désormais 85,5 % de la population (1934), suivis par les russophones 8,2 %, qui rassemblent des populations aux origines très diverses : vieux-croyants, russes blancs ayant fui la Révolution russe, ouvriers et artisans. L'estonisation des élites progresse rapidement : la proportion de germanophones dans le corps des pasteurs passe de 54 à 17 %. Le constat est le même dans l'ensemble des professions libérales. Par ailleurs, la proportion de germanophones dans la population diminue, passant à 1,5 % en 1934 : beaucoup ont émigré et leur taux de natalité est encore plus faible que celui de la population de souche estonienne. La vie politique dans l'entre-deux-guerres. Les débuts du régime parlementaire. Les principaux partis politiques actifs entre les deux guerres mondiales sont le parti agrarien de Päts situé très à droite sur l'échiquier politique qui place la ferme estonienne au cœur de la nation, le parti populaire de Tönisson nationaliste et libéral bien implanté parmi l'intelligentsia nationaliste et la bourgeoisie urbaine dont Poska est également membre, le Parti travailliste estonien de Strandmann qui prône un socialisme non marxiste et le Parti socialiste des travailleurs estoniens de Rei doté d'un programme social-démocrate, membre de la Deuxième Internationale mais hostile aux communistes. Plusieurs petits partis représentent des groupes d'intérêts ou des minorités linguistiques. Les bolcheviks estoniens qui ont survécu au conflit fondent clandestinement en novembre 1920 le Parti communiste d'Estonie qui comprend en 1924. Kingnissep, son chef, est exécuté en 1922. Le parti présente malgré tout des candidats sous des étiquettes de partis prête-noms qui parviennent à emporter 10 % des sièges aux élections législatives de 1923, et aux élections municipales qui ont lieu la même année 36 % à Tallinn et 25 % à Tartu. Moscou, qui n'a pas renoncé aux territoires baltes, utilise le parti pour tenter d'organiser un soulèvement contre le régime en place en décembre 1924. La tentative, qui n'a pu rassembler que 300 personnes, échoue et il s'ensuit une répression sévère qui se traduit par 155 condamnations à mort. Cet épisode affaiblit considérablement l'audience du parti jusqu'à la fin de la période. Au début de l'existence de l'Estonie, les partis de gauche non communiste emportent 30 % des voix tandis que la droite agrarienne séduit environ 25 % des électeurs. Les gouvernements qui se succèdent durant les années 1920 rassemblent généralement une coalition de centristes et d'agrariens. La nature du régime parlementaire mis en place ainsi que la coexistence d'un grand nombre de partis (jusqu'à 14 en 1923) ne favorisent pas la stabilité gouvernementale ; comme en France et en Allemagne à la même époque, la durée de vie des gouvernements est généralement brève (un peu plus de dix mois entre 1920 et 1934). Le défilé au pouvoir d'un personnel politique, déchiré par des querelles de personnes plus que sur des programmes, et des campagnes de signatures incessantes pour l'organisation de référendums, écornent fortement l'image du régime auprès des électeurs ; un courant d'antiparlementarisme gagne rapidement en audience à la fin des années 1920 comme un petit peu partout en Europe. La montée du populisme. Une association d'anciens combattants sait alors transformer le mécontentement général en un mouvement politique. La Ligue des vétérans de la guerre d'Indépendance ("Eesti Vabadussõjalaste Liit") prend le relais en 1926 de plusieurs associations du même type. Ses objectifs, initialement plutôt corporatistes (priorité aux vétérans de la guerre d'indépendance sur le marché du travail), se transforment en programme populiste à partir de 1931 : le mouvement réclame une réduction drastique du nombre de députés, jugés inutiles, la mise en place d'un régime présidentiel fort, l'annulation des dettes de guerre et des subventions aux partis officiels et aux organisations culturelles, la lutte contre la corruption. Pour empêcher la Ligue de lancer un référendum soutenant son projet, les partis officiels soumettent leur propre programme de réforme du régime qui ne recueille que 49,2 % des suffrages exprimés. Dans un climat de crise économique aggravé et d'instabilité gouvernementale croissante (quatre cabinets se succèdent en deux ans), le parti de Tönisson lance un nouveau référendum en juin 1933, qui est rejeté par 67,3 % des voix. En août, le gouvernement dissout la Ligue et proclame l'état d'urgence sans mettre un terme à l'agitation. Finalement le gouvernement se résigne à soumettre au vote les propositions de réforme de la Ligue, avec le soutien de Päts et Laidoner. La nouvelle constitution est approuvée avec 77,9 % des voix et entre en vigueur en 1934. En attendant l'élection d'un président, un gouvernement de transition dirigé par Päts remplace celui de Tönisson qui, hostile au référendum, a dû démissionner. Les principaux candidats aux premières élections présidentielles sont Päts, Laidoner, Rei qui représente l'aile gauche, et enfin Andres Larka, président de la Ligue, donné grand favori. Mais Päts, qui sait ne pouvoir l'emporter, décide en accord avec Laidoner de prendre le pouvoir au nom de la défense de l'Estonie. Le 12 mars 1934, il rétablit l'état d'urgence qui avait été levé, nomme Laidoner commandant des forces armées et dissout la Ligue en utilisant le prétexte fallacieux que celle-ci prépare un coup d'État. Tous les responsables du mouvement, hormis Larka, sont arrêtés. La Ligue ne s'en remettra pas, d'autant qu'elle est déconsidérée par une tentative de coup d'État menée en décembre 1935. L'Ère du silence (1934-1939). La période qui suit et se prolonge jusqu'à l'invasion soviétique de 1939 est appelée l'« Ère du silence » ("Vaikiv ajastu"). Le putsch ne suscite pas de forte opposition. Les socialistes et les milieux intellectuels sont soulagés que le danger d'un fascisme soit écarté ; de nombreux Estoniens redoutaient que l'arrivée au pouvoir du mouvement soit le prélude d'une guerre civile. La reprise économique qui se manifeste à cette époque contribue également sans aucun doute à calmer l'opposition. Néanmoins, le régime qui est mis en place par Päts n'a rien d'une démocratie : la constitution est suspendue et l'état d'urgence est maintenu tout au long de la période, les partis sont interdits et remplacés par une unique Ligue patriotique. La censure est sévère. Un office de propagande est chargé de mettre en avant la primauté du groupe sur l'individu, le patriotisme ( Estoniens abandonnent à l'époque leurs patronymes aux consonances germaniques) et les valeurs rurales. Une nouvelle constitution entre en vigueur en janvier 1938. Le nouveau régime est bicaméral. La chambre basse est élue au suffrage universel tandis que les 40 membres de la chambre haute ou Conseil d'État sont désignés par diverses institutions (chambres corporatives, institutions), le président se chargeant de désigner dix d'entre eux. Le président est lui-même désigné par un collège de grands électeurs comprenant les membres des deux chambres et des représentants des collectivités locales. Les premières élections ont lieu en 1938. Les opposants peuvent se présenter mais les partis sont toujours interdits. Finalement, 28 sièges sur 80 sont acquis à l'opposition mais dix de ces élus se rallient peu après au courant majoritaire. Un contexte international de plus en plus menaçant. La naissance de l'Estonie indépendante ainsi que de celles des autres pays baltes se réalise aux dépens de ses deux puissants voisins, l'Allemagne et la Russie soviétique. Cette situation dangereuse semble compensée au début des années 1920 par la volonté de la France et le Royaume-Uni de maintenir un cordon sanitaire autour de la Russie bolchevique, dont fait partie l'Estonie. Un rapprochement avec la Russie, un temps espéré, est tué dans l'œuf par la tentative de putsch de 1924 téléguidée depuis Moscou. À partir des années 1930 la situation se tend en Europe avec l'incapacité de la Société des Nations à résoudre les conflits, la montée en puissance des dictatures et la crise économique qui avive les tensions et paralyse les démocraties. L'Estonie tente de signer des traités de protection bilatéraux avec le Royaume-Uni ou la France mais ces deux puissances se désintéressent désormais de la région. Une union des pays baltes, encouragée par les puissances occidentales, ne suscite qu'un intérêt très modéré des dirigeants estoniens qui estiment que les trois nations ont peu d'objectifs communs. L'Estonie cherche en vain à conclure un accord de défense avec la Finlande, qui n'y voit aucun intérêt, et avec la Suède qui se réfugie derrière son statut d'État neutre. L'ère soviétique (1939-1991). La première occupation soviétique. Au début de 1939, dans un contexte international de plus en plus tendu, La France et le Royaume-Uni décident de mettre fin à la politique de conciliation avec l'Allemagne nazie qui se fait menaçante ; les dirigeants négocient avec l'Union soviétique pour obtenir son soutien. Mais les pourparlers s'enlisent et à la surprise des alliés, l'URSS signe finalement avec l'Allemagne le Pacte germano-soviétique ou « Pacte Molotov-Ribbentrop » le 23 août 1939. Ce traité de non-agression comporte des clauses secrètes délimitant les zones d'influence de l'Allemagne et l'URSS. Les dirigeants soviétiques, qui n'ont pas accepté l'indépendance des pays baltes qui prive l'Union soviétique d'un accès à une mer libre de glaces sur sa façade occidentale, obtiennent des Allemands que l'Estonie comme la Lettonie soient inclus dans la zone d'influence de l'URSS. Le septembre l'armée allemande, qui ne court plus le risque désormais d'avoir à lutter sur deux fronts, envahit la Pologne, déclenchant l'entrée en guerre de la France et du Royaume-Uni et le début de la Seconde Guerre mondiale. Constatant que le conflit tourne à l'avantage de l'Allemagne, Staline déclare à son tour la guerre à la Pologne le 17 septembre et l'Armée rouge pénètre dans la partie orientale de celle-ci conformément au pacte. L'Estonie se déclare immédiatement neutre, mais les dirigeants soviétiques exigent des négociations en exerçant un blocus maritime et terrestre du pays pour appuyer leur demande. Le président Konstantin Päts, qui sait que son pays est isolé, accepte de signer le 28 septembre un traité d'assistance mutuelle qui permet aux Soviétiques d'installer des bases navales sur le territoire estonien. L'Armée soviétique installe peu après des troupes terrestres en violation de ces accords. Adolf Hitler a négocié dans le cadre du pacte le rapatriement des germanophones sur le territoire allemand : ceux-ci doivent devenir les nouveaux colons de l'Allemagne agrandie. La quasi-totalité des Germano-baltes estoniens, soit , acceptent de répondre à l'appel du gouvernement nazi et quittent l'Estonie entre octobre 1939 et 1941, mettant fin à une présence qui avait marqué le pays depuis le . La défaite des alliés sur le front occidental permet à l'Union soviétique de franchir l'étape suivante. Le jour de l'entrée des troupes allemandes dans Paris (14 juin 1940), Moscou déclenche des incidents aux frontières des pays baltes puis adresse un nouvel ultimatum en prétextant que le pacte d'assistance mutuelle signé par ceux-ci en 1934 constitue une grave menace pour l'URSS. Les gouvernements baltes sont sommés d'ouvrir leur frontière aux troupes russes. L'Estonie, comme ses voisins, obtempère et, dans la nuit du 16 au 17 juin, et 600 tanks pénètrent sur son territoire sans rencontrer de résistance et prennent possession des principaux points stratégiques. Le général Johan Laidoner doit signer le « diktat de Narva » qui impose la restitution des armes, place les moyens de communication sous le contrôle de l'URSS et interdit les réunions politiques. Le gouvernement Uulots, sous la pression de pseudo manifestants, laisse la place à une nouvelle équipe composée en partie d'intellectuels non communistes dirigés par le médecin et poète Johannes Vares. Des élections largement truquées sont organisées à la mi-juillet : presque tous les candidats d'opposition sont récusés ; ceux présentés par les communistes remportent 93 % des votes avec une participation de 84 %. Le président Päts est démis de ses fonctions par l'assemblée et les élus proclament l'Estonie République socialiste soviétique et demandent son incorporation à l'URSS. Le 6 août 1940, l'Estonie intègre officiellement l'Union soviétique. Le NKVD soviétique mène immédiatement une campagne de purge. Les principaux cadres dirigeants estoniens sont arrêtés et remplacés par des communistes, dont de nombreux Estoniens ayant résidé en URSS. Les Estoniens interpellés sont déportés en Russie ou parfois fusillés sur place. L'Estonie est dotée d'institutions soviétiques. L'assemblée prend l'appellation de Soviet suprême et l'exécutif est confié au Conseil des commissaires du peuple dirigé par Johanes Lauristin. Le parti communiste, qui compte environ , est institué parti unique. L'économie est entièrement nationalisée hormis le commerce de détail. En principe les propriétés agricoles ne sont pas concernées par ces mesures mais environ un quart des terres sont confisquées sous des prétextes divers. Le marché du travail est désormais géré par les planificateurs soviétiques qui réaffectent les ouvriers estoniens au gré de la demande. Près de estoniens sont ainsi déportés à l'extérieur de l'Estonie. Le niveau de vie s'effondre. L'enseignement de l'histoire est entièrement revu ; les cours de marxisme-léninisme et de russe sont mis en avant tandis que les cours de religion et de langues anciennes disparaissent. La presse est placée sous le contrôle de l'État. Au printemps 1941, la tension croissante entre l'URSS et l'Allemagne entraîne un accroissement de la répression dans toutes les régions annexées récemment. Environ Estoniens sont arrêtés entre janvier et juillet 1941, puis plus de (soit 1 % de la population estonienne) sont arrêtées le 14 juin au terme d'une opération soigneusement préparée et qui touche tous les pays baltes. Une grande partie des hommes arrêtés sont exécutés sur place ou en Union soviétique et la plupart des femmes et des enfants ne survivront pas à l'épreuve des camps. Une semaine plus tard, le 22 juin, l'Allemagne déclenche l'opération Barbarossa contre l'Union soviétique. Dès l'annonce de la guerre, les atrocités se multiplient sur le territoire estonien, tandis que Estoniens sont incorporés de force dans l'Armée Rouge dont moins de la moitié reviendra vivants du conflit. Les armées allemandes, qui ont rapidement enfoncé le front soviétique, sont accueillies en libérateur par les Estoniens qui voient la fin de leur cauchemar. Une force de guérilla de plus de Estoniens contribue spontanément à la libération du territoire de l'occupant soviétique. Les combats sur le territoire estonien, débutés le 7 juillet, s'achèvent le 21 octobre. Les Soviétiques avaient évacué environ proches collaborateurs. L'occupation allemande (1941-1944). Il n'est pas question pour l'Allemagne nazie de rendre son indépendance, même de manière symbolique, à l'Estonie. Le pays est rattaché administrativement au Reichskommissariat Ostland qui comprend également la Biélorussie ainsi que les autres pays baltes ; le programme d'épuration ethnique "Generalplan Ost" lui est appliquée. L'occupant ménage toutefois les finno-ougriens qui, dans sa vision raciste du monde, font partie des peuples nordiques, donc supérieurs aux slaves et a fortiori aux juifs et à qui, de plus, une élite germanophone a montré l'exemple durant plusieurs siècles. Les exactions durant l'occupation allemande sont essentiellement limitées aux minorités que le régime nazi pourchasse : les Juifs qui n'ont pas fui, soit un quart des effectifs qui comptait plus de avant guerre, sont éliminés impitoyablement entre août et décembre 1941, ainsi qu'un nombre de Tsiganes peut-être équivalent, et à communistes, résistants et membres de bataillons de destruction. Par ailleurs, une dizaine de milliers de Juifs en provenance des pays voisins périssent dans des camps de concentration installés sur le territoire estonien, ainsi qu'environ prisonniers de guerre russes. Le 19 septembre 1944, à la veille du retour de l'Armée Rouge, l'occupant perpétue le plus grand massacre qu'ait connu l'Estonie au camp de concentration de Klooga en éliminant sauvagement environ personnes, essentiellement des Juifs. Une petite minorité d'Estoniens, motivée essentiellement par l'anti-communisme, collabore avec les Allemands. Néanmoins les forces de sécurité estoniennes jouent un rôle actif dans les arrestations et les autochtones fournissent l'essentiel de l'encadrement des camps de prisonniers et des camps de concentration. L'occupant accepte, à la demande des Estoniens, la constitution d'une milice chargée de poursuivre les communistes et de maintenir l'ordre, mais ce corps, populaire au début de l'occupation, perd rapidement tout attrait. En août 1942, les dirigeants nazis décident de constituer un corps de la "Waffen-SS" estonienne, nommé division SS de grenadiers, qui ne réussit à recruter que 500 volontaires. À partir de février 1943, les classes 37 à 42 sont mobilisées par les Allemands sans grand succès : si plus du tiers des appelés sont malgré tout incorporés ou envoyés en Allemagne dans les industries de guerre, près de jeunes gens rejoignent l'armée finlandaise qui combat l'Armée rouge tandis que le reste prend le maquis. La deuxième occupation soviétique (1944-1991). L'invasion soviétique. À partir de 1943, les troupes allemandes, qui s'étaient profondément avancées dans le territoire soviétique, reculent. Début 1944, elles établissent une ligne de défense sur la Narva. À l'approche de l'Armée rouge qui avance inexorablement, un appel lancé par Uulots, le chef de gouvernement d'avant-guerre, parvient à mobiliser de à pour repousser un envahisseur particulièrement redouté. Au total, près de Estoniens se battent au côté des forces allemandes et parviennent à bloquer l'Armée rouge durant six mois dans l'Est de l'Estonie. Durant cette phase de la bataille, les bombardements aériens soviétiques détruisent le centre de Narva et de Tallinn. Mais l'évolution du conflit sur d'autres fronts et l'armistice demandé par la Finlande qui fait peser une menace sur l'ensemble de la côte balte entraînent le retrait des troupes allemandes, et finalement Tallinn tombe le 22 septembre 1944 ; la conquête de l'Estonie s'achève en novembre 1944. L'invasion de l'Armée rouge provoque un exode massif de la population qui craint des représailles comme celles qu'ont subies certains peuples caucasiens de l'URSS dans des circonstances similaires. Durant l'été 1944, près de soit 9 % de la population prennent la mer et tentent de s'échapper. Entre et d'entre elles périssent en chemin, victimes des chasseurs-bombardiers soviétiques qui attaquent les bateaux chargés de civils. Les survivants débarquent pour un tiers en Suède, le reste en Allemagne d'où la plupart gagneront par la suite l'Amérique du Nord. Cet exode est une catastrophe pour l'Estonie qui perd une grande partie de ses élites intellectuelles, du corps enseignant et des cadres religieux déjà décimés par les massacres qui ont précédé. À l'issue de ces événements, il ne reste plus que 25 % du corps professoral en Estonie ; le pays a perdu par ailleurs 20 % de sa population d'avant-guerre. Le temps de la répression (1944-1949). Avant même que les combats en Estonie ne s'achèvent, les dirigeants soviétiques décident d'amputer le pays de plusieurs territoires représentant 5 % de sa superficie (la rive droite de la Narva et la région de Petchory). Il s'agit de lieux susceptibles de jouer un rôle stratégique et que l'URSS souhaite conserver dans l'éventualité de traités de paix qui l'obligeraient à restituer son indépendance à l'Estonie. Des campagnes d'arrestation reprennent et touchent entre 1944 et 1949 environ , dont un tiers est fusillé ou meurt dans des camps, le reste étant déporté. Les Estoniens qui ont lutté contre l'Armée Rouge et n'ont pu fuir le pays, ainsi qu'une partie de ceux qui ont refusé de se laisser enrôler par les Soviétiques, prennent le maquis comme dans les autres pays baltes : les frères de la forêt, qui sont dans les années 1945-1947 soit 4 % de la population, luttent avec l'espoir que les forces alliées viendront délivrer le pays de l'occupation soviétique. Le mouvement, bien que mal organisé, mal armé et pratiquement dépourvu de soutien extérieur, parvient à survivre et à mener des actions jusqu'en 1949. Pour à la fois briser le mouvement et la résistance à la collectivisation agraire en cours, les autorités soviétiques réalisent entre le 25 et 29 mars 1949 une déportation massive des paysans les plus entreprenants et des personnes ayant des activités politiques ou culturelles : Estoniens sont envoyés en Russie d'Europe et en Sibérie, généralement dans des exploitations agricoles. Ils reviendront progressivement, à partir de la mort de Staline. Le mouvement des frères de la forêt, désormais pratiquement coupé de son soutien logistique, et impitoyablement pourchassé, s'affaiblit progressivement par la suite. Après 1960, la répression diminue et les déportations cessent. Les organes de direction de la République socialiste soviétique d'Estonie. Le pays, devenu République socialiste soviétique d'Estonie, est doté d'un conseil des ministres et d'une assemblée législative élue au suffrage universel sur liste unique qui n'est pratiquement jamais convoquée. Le pouvoir réel est exercé par le Parti communiste d'Estonie qui est une section locale du Parti communiste d'URSS. Du vivant de Staline (1945-1953), le parti ne fait que mettre en œuvre les instructions venues de Moscou. Il accède à une certaine autonomie par la suite en particulier lorsque Khrouchtchev accède au pouvoir (1956-1964). Le parti, qui compte en 1946, en rassemble en 1988. Mais les Estoniens restent durant toute la période d'occupation minoritaires au sein du parti et de sa direction. En 1953 ils ne représentent que 44 % des effectifs du parti dont un tiers sont des « ïestoniens » (surnom donné aux Estoniens élevés ou ayant vécu en Russie reconnaissables à leur prononciation du E à la russe) ; la proportion des Estoniens de souche s'accroît par la suite mais en 1981 ils ne représentent toujours que 49 % des effectifs du parti. Au comité central et à la direction du parti la proportion est encore plus faible. Durant cette période les trois dirigeants qui se succèdent à la tête du parti et qui, à ce titre, exercent le pouvoir réel sur l'Estonie, sont tous des Estoniens russifiés : Nikolaï Karotamm qui dirige le parti jusqu'en 1950 a passé 20 ans en Russie, Johannes Käbin qui prend sa suite et se maintient à ce poste jusqu'en 1978, a vécu à partir de l'âge de cinq ans en Russie et a dû réapprendre l'estonien tandis que Karl Vaino, qui remplace Käbin en 1978, est né en Russie, arrive en Estonie à 24 ans ne parlera jamais couramment la langue du pays. Mais il n'y a toutefois pas un véritable rejet du système puisque près de 20 % des familles estoniennes comptent au moins un membre dans le parti à la veille de l'indépendance et qu'une grande partie de l'intelligentsia estonienne y adhère. Le mouvement indépendantiste de la fin des années 1980 sera d'ailleurs largement mené par des membres du parti communiste estonien comme Edgar Savisaar qui par la suite assumeront des responsabilités au sein du pays redevenu indépendant. L'économie collectivisée. Au sortir de la guerre, l'Estonie est ravagée : les villes sont en grande partie détruites (Tallinn à 50 %, Narva à 97 %), ainsi que les établissements industriels (45 %). L'industrie est nationalisée et Moscou donne la priorité aux investissements dans l'industrie lourde, en particulier les industries énergétiques : l'extraction des schistes bitumineux de Virumaa est développée. Deux centrales thermiques (en 1975) brûlent une partie de la production et alimentent en énergie la mégapole de Leningrad. Après la mort de Staline, les responsables de la planification soviétique décident de spécialiser la région dans la production de machines-outils et de produits agro-alimentaires. Les établissements industriels les plus importants sont implantés dans la région de Tallinn. La croissance de l'industrie lourde très forte (+36 % entre 1946 et 1950 puis +14 % entre 1951 et 1955,+11,4 % de 1956 à 1960, +4,4 % de 1976 à 1980), qui fait de l'Estonie le meilleur élève de toutes les Républiques socialistes, nécessite le recours à une main d'œuvre importante qui afflue depuis les régions russes avoisinantes. Le prix écologique est particulièrement lourd : la Virumaa est ravagée par les carrières d'extraction à ciel ouvert, les centrales thermiques, compte tenu du combustible utilisé, sont particulièrement polluantes. La mer Baltique et les côtes sont fortement dégradées par les effluents industriels en l'absence de stations d'épuration. L'agriculture n'est pas immédiatement collectivisée car l'organisation du nouveau pouvoir n'est pas encore suffisamment étoffée. Les premiers kolkhozes apparaissent en 1947 ; ils se généralisent immédiatement après la déportation de 1949 destinée à briser toute résistance et les dernières fermes disparaissent en 1952. L'Estonie compte, en 1953, 934 kolkhozes agricoles (152 en 1985), 84 kolkhozes de pêche (8 en 1985), 115 sovkhozes (152 en 1985), tandis que les lopins individuels représentent 8 % de la superficie cultivée (4 % en 1985). Comme dans le reste de l'URSS la nouvelle organisation se traduit d'abord par une baisse de 10 % de la production agricole entre 1950 et 1955. Malgré l'inefficacité du système, la production agricole de l'Estonie est, en 1980, de 75 % supérieure à celle de 1939. Les paysans estoniens travaillent particulièrement dur sur leurs lopins privés au point de devenir le premier producteur de concombre de l'URSS. Dans les années 1950, les femmes sont nettement plus nombreuses que les hommes à travailler (54 % des emplois en 1954). Ce déséquilibre, qui se retrouve dans la composition de la population (65 % de femmes en 1959), découle à la fois de l'émigration, des déportations et des conflits passés. L'industrialisation entraîne une forte croissance des effectifs du secteur secondaire, qui dépassent en 1960 ceux du secteur primaire avant de se stabiliser à 35 % des emplois. En 1980, le secteur tertiaire représente 50 % des emplois, mais sa productivité, comme dans tous les pays socialistes, est particulièrement faible. Conséquence de cette nouvelle répartition, les villes estoniennes croissent rapidement et la population urbaine regroupe 71 % de la population en 1984 contre 31 % en 1945. La répartition entre les centres urbains est très déséquilibrée : Tallinn compte en 1980 soit un tiers de la population de l'Estonie. La société estonienne durant l'ère soviétique. Le niveau de vie, après avoir baissé immédiatement après guerre, augmente de nouveau et il est bientôt plus élevé en Estonie que dans toutes les autres républiques socialistes. Mais la qualité de vie en résultant est, comme dans le reste de l'URSS, très basse comparée aux standards occidentaux à la même époque : des pénuries surviennent régulièrement sur des aliments de base donnant lieu à un important marché noir, les produits manufacturés sont de mauvaise qualité et les produits importés inexistants, sauf pour une minorité de privilégiés. À compter des années 1960, la croissance se ralentit, puis la stagnation s'installe dans les années 1980. Lorsque les premiers contacts sont renoués avec la Finlande dans les années 1980, les Estoniens constatent qu'un fossé s'est creusé entre le niveau de vie des deux pays. Sous le nouveau régime la liberté de mouvement est restreinte. De nombreuses zones militaires sur la côte abritent des bases militaires russes ou des villes fermées comme Sillamaë, interdites d'accès. Pour empêcher les fuites vers la Suède, la circulation dans les îles et sur la côte est limitée, seules quelques plages sont ouvertes à la baignade et seulement de jour. À l'intérieur du pays, la circulation des personnes est contrôlée par un système de passeport intérieur et l'accès au logement est lié à l'emploi rendant tout déménagement difficile. L'immigration russophone et la lutte pour la survie de la culture estonienne. L'immigration massive des russophones dans le pays accompagne l'industrialisation rapide de l'après-guerre. La majorité des immigrants sont des ruraux venant des régions russes voisines, qui occupent des emplois peu qualifiés dans les usines : entre 1945 et 1953, les effectifs des Estoniens de souche, du fait des déportations et des exils massifs, passent de à tandis que russophones s'installent dans le pays. Cette immigration continue par la suite à un rythme plus lent : nouveaux arrivants entre 1953 et 1959, entre 1960 et 1989. La proportion des Estoniens passe de 88,2 % en 1934, à 74,6 % en 1959, 68,2 % en 1970 et 61,5 % en 1989. Entre 1953 et 1989, la population totale passe de 1,14 million d'habitants à 1,565 million, mais cette croissance démographique est pratiquement entièrement due à l'immigration, car le taux de natalité des Estoniens est durant toute cette période un des plus bas d'Europe et ne permet pas le renouvellement des générations (15 pour mille en 1970). La minorité russophone est d'autant plus visible qu'elle est concentrée dans les villes du Nord et de l'Est alors qu'elle est absente des campagnes : elle est majoritaire à Tallinn (53 % en 1989) et forme de véritables enclaves russes dans les régions les plus industrielles : 95 % à Narva, 75 % à Kohtla-Järve. Il n'y a pas de volonté délibérée des dirigeants soviétiques de faire disparaître la culture estonienne. L'estonien continue à être la langue d'enseignement dans les écoles estoniennes ainsi qu'à l'université, contrairement, dans ce dernier cas, à ce qui se passe en Ukraine. Mais en 1978, l'arrivée de Karl Vaino à la tête du Parti communiste d'Estonie est suivie par un changement de politique : l'enseignement du russe se fait désormais dès la première année du primaire. À partir de 1976, les thèses des doctorats doivent être rédigées en russe dans les matières scientifiques. En 1980, 83 % des programmes télévisés sont en russe. Dans l'administration, les formulaires en estonien disparaissent. Les discours lors des grandes cérémonies sont en russe. Mais les Estoniens résistent : en 1979 la proportion d'Estoniens qui déclarent parler le russe est la plus basse de tous les peuples de l'URSS (24 %). Les Russes installés en Estonie affichent le même désintérêt pour la langue locale avec 13 % de locuteurs en estonien. La révolution chantante (1985-1991). Mikhaïl Gorbatchev prend la tête de l'URSS en 1985. En rupture avec ses prédécesseurs il mise sur un programme de transparence (glasnost) pour reconstruire (perestroïka) le système économique soviétique peu efficace et qui ne parvient plus à assurer la croissance. Dans ce contexte apparemment moins répressif et alors que le monde est sous le choc de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl (avril 1986), un mouvement écologique prend naissance en Estonie contre l'ouverture d'une nouvelle mine de phosphates et pour la première fois depuis le début de l'occupation soviétique les autorités reculent devant la pression populaire. À la même époque un Groupe estonien pour la publication des clauses secrètes du pacte germano-soviétique, dont les dirigeants soviétiques continuent de nier l'existence, organise le 23 août 1987 une manifestation à proximité du siège du gouvernement qui rassemble plusieurs milliers de personnes et qui n'est pas réprimée. Les commémorations sur des thèmes interdits – guerre d'indépendance, déportations de 1949 – se multiplient dans les mois qui suivent. Le drapeau tricolore estonien, banni depuis l'invasion soviétique, est brandi régulièrement dans les cortèges. Les Estoniens prennent l'habitude de se réunir pour chanter ouvertement des chansons nationalistes donnant son nom à la révolution pacifique en cours : la révolution chantante. Les dirigeants du Parti communiste estonien réagissent avec modération et tentent d'accompagner le mouvement. Edgar Savisaar, membre du parti et directeur du Comité du Plan, crée le Front populaire destiné à soutenir la perestroïka et à élargir l'espace de liberté qui vient de se créer pour l'Estonie. En juin 1988, sous la pression de Moscou qui souhaite obtenir l'adhésion des populations à son programme de réforme, le secrétaire du PCE, le russophile Vaino, est écarté au profit de l'estophile Vaino Väljas. Mais cela n'arrête pas la radicalisation du mouvement. Le Parti de l'indépendance nationale apparaît en août 1988 et réclame l'indépendance nationale. La revendication est reprise par un orateur au cours d'un festival de chant qui rassemble Estoniens. Contre-feu encouragé par les services secrets russes, le Front Internationaliste ou Interfront est créé en juin : il rassemble des russophones et estoniens hostiles à la montée du « nationalisme bourgeois » et à la « contre-révolution rampante ». Le le contenu des clauses du Pacte germano-soviétique est dévoilé par le Soviet suprême de l'URSS. Conséquence de cette annonce, le Soviet suprême de l'Estonie déclare le résultat du scrutin de juillet 1940 illégal et la « libération » par l'Armée Rouge qui l'a précédé est redéfinie comme une annexion. En octobre 1988, Gorbatchev propose une refonte des textes constitutionnels de l'Union soviétique qui est rejetée par les États baltes car, bien que libérale dans l'esprit, elle aboutirait à priver les républiques du droit de se retirer de l'Union. Le Soviet suprême d'Estonie adopte progressivement des positions de plus en plus nationalistes, qui aboutissent en novembre à un vote rétablissant la souveraineté juridique de l'Estonie. En janvier 1989, une loi votée réaffirme que l'estonien est la seule langue nationale et que les fonctionnaires et les employés en contact avec le public doivent en avoir la maîtrise. En mars 1989, pour la première fois des élections vraiment libres sont organisées pour choisir les représentants de l'Estonie au Congrès des représentants du peuple de l'URSS, qui est le nouvel organisme représentatif central mis sur en place par Gorbatchev. La consultation, qui recueille 87 % de participation, envoie 27 représentants du Front national sur 36 délégués, consacrant la défaite des conservateurs communistes russophiles. Le 23 août, date anniversaire du pacte germano-soviétique, sur une idée lancée par Savisaar, un à deux millions de personnes se donnent la main formant une chaîne humaine quasi continue d'environ 600 kilomètres de Tallinn, capitale de l'Estonie, à Vilnius , capitale de la Lituanie, en passant par Riga, capitale de la Lettonie, nommée la voie balte, pour demander l'indépendance des pays baltes. L'événement, qui par son caractère spectaculaire a un grand retentissement dans les médias internationaux, interpelle les dirigeants des pays occidentaux, jusque-là réticents à soutenir le mouvement d'indépendance qui pourrait enrayer la politique d'ouverture pratiquée par Moscou. Son succès raffermit par ailleurs la résolution des Baltes. Moscou tente, en vain, de raisonner les gouvernements des États baltes en marche vers l'indépendance en soutenant que celle-ci n'est pas viable compte tenu de la taille des États et de l'imbrication de leur économie dans l'ensemble soviétique. L'Estonie est alors en pleine ébullition. Des centaines de rues et de places sont rebaptisées comme, à Tallinn, la place de la Victoire (de l'Armée Rouge) qui devient la place de la Liberté. Les programmes scolaires sont expurgés des ajouts ou déformations soviétiques, les témoignages écrits des survivants de la déportation dans les camps soviétiques sont publiés. Les journaux changent de ligne et parfois de titre comme "Edasi" (« En avant ») qui reprend le nom du principal journal d'avant-guerre "Postimees". À côté du Front national de Savisaar, de nouveaux partis apparaissent. Deux voies vers l'indépendance se dessinent : les partisans d'une démarche négociée sans rupture avec le régime précédent sont généralement issus de l'aile réformatrice du parti communiste comme Savisaar ; les membres notamment du parti de l'indépendance nationale, une partie des milieux dissidents, les Estoniens émigrés rejettent complètement le régime et veulent le retour à la situation d'avant 1940. En particulier, ils considèrent que les russophones installés sur le territoire depuis 1944, complices d'une tentative de génocide culturel, n'ont pas le droit de prendre part au débat politique. Ce courant initialement minoritaire, à qui l'on reproche d'envenimer les relations entre les deux communautés, est très actif auprès des gouvernements occidentaux et soviétique. Dans ce courant, des comités des citoyens décident d'organiser en mars 1989 des élections sur la base d'un corps électoral expurgé de sa composante considérée comme étrangère : les russophones émigrés depuis 1944 sont exclus tandis que les émigrés sont invités à participer au vote. Le scrutin, qui a lieu le 24 février, date anniversaire de l'accord de Tartu, est une réussite : votants élisent un Congrès sans pouvoir réel mais qui réaffirme le cadre illégal du régime mis en place par l'Union soviétique. Une semaine plus tard, les élections de l'assemblée officielle, le Soviet Suprême d'Estonie, rassemblent votants et consacrent l'effondrement du PCE qui ne recueille que 3,6 % des suffrages. Le Front populaire arrive en tête avec 24 % des voix. La position des partis modérés se radicalise pour plusieurs raisons : l'URSS est en train de s'effondrer et la politique de Gorbatchev est manifestement en train d'échouer, les négociations avec Moscou sur le nouveau statut de l'Estonie ont du mal à aboutir, l'indépendance semble une solution de plus en plus viable. Sous la pression de l'opinion publique, la position des modérés se rapproche de celle issue du Congrès. Fin mars 1989, le Soviet suprême annonce que l'Estonie va entamer une phase transitoire destinée à préparer l'indépendance. Cette démarche progressive permet, contrairement aux autres pays baltes qui déclarent de manière abrupte et unilatérale leur indépendance, de ne pas prendre de front le « grand frère » soviétique et d'éviter les mesures de rétorsion. Savisaar, qui a rendu sa carte du parti communiste, devient Premier ministre de l'Estonie début avril. Il tente avec les autres dirigeants baltes de négocier avec Gorbatchev l'indépendance, mais celui-ci refuse de peur de provoquer un éclatement complet de l'Union soviétique. La situation est tendue : des manifestants liés à l'Interfront pro-soviétique tentent en vain de prendre d'assaut le siège du gouvernement, multiplient les grèves et les mouvements dans la rue. Les soviétiques stationnés sur le territoire estonien sont ressentis comme une menace. L'effondrement économique provoqué par la sortie de l'économie dirigée accentue la tension au cours du premier trimestre 1989. Dans les trois États baltes, un référendum est organisé début mars pour décider de l'indépendance. Les partisans l'emportent avec 78 % des voix. Un tiers des russophones y sont favorables. Le coup d'État avorté du 19 août 1991 mené à Moscou par les durs du régime soviétique contre Gorbatchev permet à l'Estonie de franchir le dernier pas. Le Congrès estonien et le Soviet Suprême réunis en séance le 20 déclarent le rétablissement de d'indépendance de l'Estonie, c'est-à-dire que l'occupation soviétique est traitée comme une parenthèse illégale, ce qui constituera par la suite une des sources de contentieux avec les dirigeants russes. L'indépendance est reconnue dès le 21 août par le dirigeant russe Boris Eltsine. Le 25 août, la Russie reprend son indépendance et l'Union soviétique est dissoute. La nouvelle indépendance (à compter de 1991). La nouvelle constitution de 1991. L'assemblée constituante formée par la réunion du Soviet suprême et du Congrès estonien choisit de ne pas rétablir la constitution de 1920 qui avait abouti à l'époque à une paralysie de l'action gouvernementale et ne reconduit pas non plus la constitution autoritaire mise en place par Päts en 1937 et qui était encore en vigueur au moment de l'invasion soviétique. La nouvelle constitution estonienne opte pour un régime parlementaire doté d'une seule chambre comportant 101 députés élus pour quatre ans au suffrage universel direct et proportionnel. Le président de la République, qui détient des pouvoirs de représentation et de proposition, est élu pour cinq ans par les députés et son mandat est reconductible une seule fois. Le pouvoir exécutif est dirigé par le Premier ministre nommé par le président et est responsable devant l'assemblée. Une Cour suprême contrôle le caractère constitutionnel des lois et un chancelier, nommé par l'assemblée pour sept ans, sert de médiateur entre l'État et les particuliers. L'Estonie adopte une structure centralisée avec seulement deux niveaux de subdivision : le district ("maakond") et le municip rural ("vald") ou urbain ("linnad"). L'Église et l'État sont séparés et le droit des minorités est garanti par la loi. La vie politique. La première élection législative a lieu en septembre 1992 et porte au poste de président Lennart Meri, fils d'un diplomate de l'entre deux guerres, ancien déporté, cinéaste, ethnologue et romancier qui a dirigé en 1990-1991 les services diplomatiques du pays. Très populaire dans son pays comme à l'étranger, il effectue deux mandats. Arnold Rüütel lui succède en 2001. Celui-ci s'est illustré au moment du rétablissement de l'indépendance mais il est rattrapé par son passé d'ancien membre de la nomenklatura au moment de sa réélection en 2006. Il est battu par Toomas Hendrik Ilves, fils d'émigré estonien, ancien diplomate et député européen. Depuis le rétablissement de l'indépendance, les partis forment des coalitions fragiles entraînant une succession relativement rapide de gouvernements (11 entre 1991 et 2007). Les programmes des partis sont très proches et aucun, par réaction envers la période soviétique, n'affiche une étiquette véritablement de gauche. Il y a consensus sur l'adhésion à l'OTAN, l'orientation libérale en matière économique et sociale ainsi que la méfiance vis-à-vis de la Russie. Le Parti centriste d'Edgar Savisaar, par ailleurs maire de Tallinn, est régulièrement en tête des élections, mais son leader, à la réputation sulfureuse et idéologiquement marquée par son affrontement avec le Congrès estonien au début de l'indépendance, n'a jamais pu avoir la responsabilité d'un gouvernement. Une économie libérale florissante. Les gouvernements estoniens ont donné une orientation particulièrement libérale à l'économie, en faisant les choix les plus radicaux de tous les anciens pays socialistes. Le système fiscal défini en 1993, est d'une grande simplicité : il comporte une taxe sur le foncier de 2 %, une TVA de 18 % et un impôt sur les revenus des particuliers et des entreprises à taux unique (21 % en 2008, 18 % en cible) avec une assiette très large. Les droits de douane, initialement nuls, ont été alignés sur la législation de l'Union européenne. Les investissements des sociétés sont exonérés d'impôt et il n'y a pas d'impôt sur les successions en ligne directe. La politique budgétaire est d'une stricte orthodoxie notamment via un refus des déficits. La couronne a remplacé le rouble. Depuis 2004 son cours est lié à l'euro. L'Estonie a longtemps souffert d'une inflation assez forte (8,2 % en 1998) qui l'a empêché d'adhérer au système européen de la monnaie unique. Celle-ci ayant faibli, l'Estonie a adopté l'euro le janvier 2011. La dénationalisation de l'activité industrielle a été menée très rapidement dans les années 1990 sous la houlette d'une Agence de privatisation qui a liquidé l'ensemble du patrimoine industriel d'État. Beaucoup d'entreprises ont été fermées tandis que plus de nouvelles apparaissent au cours de la même période. L'État a toutefois conservé la propriété de certaines revues culturelles, des principaux théâtres et salles de concert. Dans les campagnes, les terres ont été restituées à leurs anciens exploitants ou à leurs descendants. Ce choix, en partie idéologique, est plutôt un échec, car la taille des fermes, généralement trop faible, ainsi que le sous-investissement hérité de la période soviétique, limite la viabilité des exploitations dans le contexte d'une économie ouverte. Le secteur primaire ne représente plus que 4,5 % des emplois (2004). En ville les terrains et les locaux commerciaux ont été rendus à leurs propriétaires de 1939 mais ce processus s'est heurté à l'éloignement des émigrés et de la disparition d'une partie des déportés. Le secteur secondaire a subi une reconversion totale. L'industrie lourde héritée de l'époque soviétique a pratiquement disparu au profit d'industries légères comme la construction de téléphones portables pour le compte de la firme du voisin finlandais Nokia. Le secteur du bois et le BTP sont les deux secteurs qui assurent la plus forte croissance industrielle. Le pays continue à s'appuyer sur ses importantes réserves de schistes bitumineux pour générer la quasi-totalité de son électricité malgré l'impact écologique négatif. L'emploi dans le secteur secondaire, qui était passé de 35 % en 1985 à 18 % en 1998, s'est redressé à 29 % en 2003. Le domaine des services emploie en 2010 les deux tiers des estoniens. Tallinn tente de jouer un rôle central sur le plan bancaire au niveau de la région. L'explosion de la consommation a été accompagnée d'une refonte complète du système de distribution qui s'est hissé au niveau de celui des pays les plus avancés. Les infrastructures ont été complètement rénovées : l'Estonie a un des taux d'équipement en téléphone portable les plus élevés du monde. Cette réorientation complète du mode de fonctionnement de l'économie a réussi à l'Estonie. Le taux de croissance, négatif jusqu'en 1996, s'est maintenu par la suite à une valeur particulièrement élevée, atteignant 11,6 % en 1997 sauf durant la Crise financière russe de 1998. Le taux de chômage, important au début de la reconversion de l'économie, est tombé à 6,3 % en 2006. La dernière crise financière de 2008 a toutefois durement touché l'économie du pays avec un PNB en baisse de 14,1 % en 2009 et un taux de chômage remonté à 10 %. Les principaux partenaires économiques de l'Estonie sont à la fin de la décennie dans l'ordre décroissant la Finlande, la Suède puis la Russie et l'Allemagne. Le changement a été bien accepté par la majorité de la population grâce à l'augmentation du niveau de vie qui l'a accompagné et qui a concerné toutes les couches de la population. Contrairement à ce qui s'est passé dans beaucoup d'anciens pays socialistes, l'enrichissement de certaines personnes est généralement le fruit de leur travail et l'Estonie est restée, malgré l'apparition de certaines inégalités, un pays sans classe, où les élites sont bien plus accessibles que dans maints pays occidentaux. Certaines catégories de la population n'ont pas autant profité du nouvel ordre économique : les russophones généralement moins qualifiés et touchés plus fortement par le chômage, les retraités dont les revenus sont particulièrement faibles et qui pâtissent d'un système embryonnaire de retraite et de prise en charge des frais de santé, et enfin les agriculteurs. La question de la minorité russophone. Au moment du retour à l'indépendance, les Russes représentent 40 % de la population, une proportion énorme qui se réduit quelque peu les premières années, du fait du retour de certains exilés et du départ d'environ : en 1992 il y a sur le territoire estonien auxquels il faut ajouter Ukrainiens et , soit en tout 33,1 % de la population. Après un débat houleux, l'assemblée législative estonienne met au point fin 1992 une loi sur la nationalité, qui accorde celle-ci uniquement aux personnes (ou leurs descendants) présents sur le sol estonien avant juin 1940, ce qui exclut la plus grande partie des russophones. Plusieurs lois sont passées à la même époque pour remplacer le russe par l'estonien dans l'espace public et dans les documents officiels à l'échelon national et local. Malgré les freins imposés par la loi sur la citoyenneté, en 1995, environ ont acquis la citoyenneté estonienne. La même année, l'assemblée législative vote une loi qui rend encore plus difficile l'obtention de la nationalité estonienne : les candidats doivent résider depuis huit ans, avoir une bonne connaissance de la langue et passer un examen civique en estonien. L'Estonie est régulièrement stigmatisée par des dirigeants moscovites, à la recherche de moyens de pression, pour « ses atteintes aux droits de l'homme ». Elle a assoupli sa législation en partie à la demande du Conseil de l'Europe. En 2010 il reste toutefois 8 % d'apatrides dans la population estonienne : ce sont des russophones ayant perdu la nationalité soviétique au moment de la disparition de l'URSS et qui ne remplissent pas les conditions leur permettant d'accéder à la nationalité estonienne. Ces russophones sont généralement désireux de s'intégrer dans la société estonienne, malgré un mode de vie plutôt communautaire. Mais ils sont moins bien armés que les Estoniens de souche pour s'adapter à la transformation rapide du pays ; l'ancienne génération arrivée officiellement pour « remettre sur pied un pays ruiné et assister une population ayant eu un comportement « douteux » durant la Grande guerre patriotique », ne comprend pas qu'on remette en cause son statut. L'intégration de l'Estonie dans l'Europe et l'Otan. Les relations avec la Russie, naturellement tendues dès la reprise de l'indépendance, se sont encore rafraîchies après l'arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir en Russie. Celui-ci et son successeur font pression sur les pays baltes en exploitant le malaise des russophones. Les dirigeants russes accusent l'Estonie d'opprimer la minorité russophone et d'encourager la résurgence du fascisme. Ils n'ont pas hésité à menacer le pays de blocus en 2002. L'ambassade d'Estonie à Moscou a été attaquée en 2007 par des membres des jeunesses présidentielles (Nachi) tandis que des cyberattaques sont régulièrement lancées depuis le territoire russe contre les sites estoniens. Bien que l'Estonie ait renoncé aux territoires perdus lors de la rectification de frontière qui a suivi l'invasion soviétique en 1939, la Russie refuse de ratifier le traité sur son tracé. Consciente de ce que pourrait lui coûter un isolement militaire et diplomatique face à un voisin puissant et hostile, l'Estonie a intégré l'OTAN en 2004, renforçant le courroux des dirigeants russes. L'intégration de l'Estonie à l'Union européenne répond en partie à la gestion de la menace russe ainsi qu'au souhait de s'ancrer à l'Europe occidentale. Effective depuis 2004, elle a suscité moins d'enthousiasme dans la population (67 % de oui au référendum) qui craignait pour son indépendance retrouvée depuis peu, bien que tous les partis politiques estoniens aient soutenu le processus d'adhésion.
Histoire contemporaine
Henry Ford Henry Ford, né le à Dearborn (Michigan, États-Unis) et mort le dans la même ville, est un industriel américain de la première moitié du et le fondateur du constructeur automobile Ford. Son nom est notamment attaché au fordisme, une méthode industrielle alliant un mode de production en série fondé sur le principe de ligne d’assemblage et un modèle économique ayant recours à des salaires élevés. La mise en place de cette méthode au début des années 1910 révolutionne l’industrie américaine en favorisant une consommation de masse et lui permet de produire à plus de d’exemplaires la Ford T ; il devient alors l’une des personnes les plus riches et les plus connues au monde. Ford a une vision globale de son action : il voit dans la consommation la clé de la paix. Son important engagement à réduire les coûts aboutit à de nombreuses innovations techniques mais également commerciales ; il met ainsi en place tout un système de franchises qui installe une concession Ford dans un maximum de villes en Amérique du Nord et dans les grandes villes des six continents. La Fondation Ford hérite de la majeure partie de la fortune de Ford, mais l’industriel veille néanmoins à ce que sa famille en conserve le contrôle de façon permanente. D’ailleurs, il assumera très longtemps le poste de président de la . Dans les années 1930, Ford se constitue, selon l'expression du "New York Times", « la plus importante troupe militaire privée du monde ». Il s'associe à la pègre de Détroit, notamment afin de recruter des mercenaires capables d'intimider les syndicalistes et de mener des actions punitives contre les ouvriers grévistes. Le diplôme de docteur en ingénierie lui est délivré par l’Université du Michigan et le collège de l’État du Michigan. Il reçoit par ailleurs un "LL.D." honoraire de l’Université de Colgate. En collaboration avec Samuel Crowther, il écrit ' (1922), ' (1926) et ' (1930) qui décrivent le développement de son entreprise et expose ses théories sociales et industrielles. Son nom est également associé au livre ' ainsi qu’au journal "", ce qui lui vaudra de nombreuses controverses concernant son antisémitisme et ses liens avec le régime nazi, certains voyant en lui l'un des maîtres à penser de Hitler. Il fait partie des personnalités dont John Dos Passos a écrit une courte biographie, au sein de sa trilogie U.S.A.. Premières années. Origines irlandaises et enfance à Dearborn. Le père d’Henry Ford, William Ford (1826-1905), est natif de la paroisse de Kilmalooda, située dans le comté de Cork en Irlande. En 1847, âgé de , il immigre avec sa famille aux États-Unis où, l’année suivante, son père John Ford fait l’acquisition auprès d’un vieil homme également originaire de Cork, d’une ferme dans le comté de Wayne près de Détroit. C’est dans cette ferme où il travaille avec son père que William fait la connaissance de Mary Litogot (1839-1876), dont il tombe amoureux. Née dans le Michigan de parents immigrés belges, elle est la fille adoptée d’un des employés de la ferme, Patrick Ahern. William et Mary officialisent leur union le ; après leur mariage, ils décident de s’installer ensemble à "", la résidence où vivent les parents de Mary, à Dearborn. Le , Mary donne naissance à Henry Ford, l’aîné d’une fratrie qui comptera six enfants. Henry fréquente l’école jusqu’à l’âge de . Il n’éprouve que peu d’intérêt pour ses études et se révèle piètre élève ; d’ailleurs, il n’apprendra jamais à orthographier ni à lire correctement, et ne s’exprimera toujours que de la manière la plus simple. S’il n’aime guère plus la vie agricole, Henry Ford se passionne en revanche très tôt pour la mécanique. À l’âge de , il reçoit une montre de poche de son père qu’il parvient à démonter et remonter de nombreuses fois, gagnant une réputation de réparateur de montres auprès de ses voisins et amis. Selon Henry Ford, . Par la suite, Ford passe le plus clair de son temps dans un atelier qu’il équipe lui-même et où il construit, à l’âge de , sa première machine à vapeur. Jeunesse. Malgré les besoins de l'exploitation agricole familiale, Henry Ford, à l’âge de , est autorisé par ses parents à partir travailler à Détroit ; il y est notamment employé comme apprenti dans un atelier d’usinage de fer. Son salaire hebdomadaire de ne lui permet cependant pas de payer sa chambre et ses repas si bien qu’il travaille également de nuit dans un atelier de réparation de montres et d’horloges. Après trois années passées à Détroit, Ford retourne travailler à la ferme. C’est à cette période qu’il fabrique pour "" – une entreprise de location et de réparation de moteurs – une petite machine agricole à vapeur, dont le châssis et une partie du moteur sont issus d’une vieille tondeuse à gazon. Plusieurs années après la mort de sa mère en 1876, Henry fait la rencontre de Clara Bryant, la fille de Melvin Bryant, un fermier du comté de Wayne. Ils se marient le et donnent naissance à un fils dénommé Edsel Ford, le . En 1891, Ford retourne à Détroit, accompagné de sa famille, en tant qu’ingénieur mécanicien chez "". Devenu ingénieur en chef en 1893, il a suffisamment de temps et d’argent pour se consacrer à quelques expériences personnelles sur les moteurs à essence. Elles aboutissent en 1896 avec l’achèvement de son propre véhicule automobile nommé « Ford Quadricycle », un véhicule de à 4 roues refroidi par eau. La même année, lors d’une convention tenue à Manhattan Beach, à New York, destinée à trouver des investisseurs, Ford est présenté à Thomas Edison, expliquant que . Après lui avoir posé quelques questions, Edison finit par déclarer : () Encouragé par cette approbation, Ford démissionne de la société Edison et fonde le , avec le soutien de l’industriel William H. Murphy, la ' dans le but de produire des automobiles. Sans succès, l’entreprise est dissoute en janvier 1901. Pour autant, Ford et Murphy ne se découragent pas et créent une nouvelle entreprise : la '. Pour se faire connaître, Ford fait preuve d’imagination. En , avec l’aide de son associé Childe Harold Wills, il participe à une course de sur le circuit de Grosse-Pointe au volant d’une automobile de compétition qu’il a conçue, la 999. Ford la remporte devant Alexander Winton, un coureur réputé. Grâce à cette victoire largement diffusée dans la presse, Ford se fait connaitre à travers tous les États-Unis. Cependant en 1902, Ford est en profond désaccord avec plusieurs actionnaires de l’entreprise ; ces derniers désirent mettre sur le marché dès à présent une voiture de tourisme tandis que Ford insiste encore et toujours pour poursuivre l’amélioration de l’automobile sur laquelle il travaille. Ford décide donc de quitter la '. Elle sera reprise par Henry M. Leland qui la renomme '. Automobile et ". Des débuts difficiles au succès des premiers modèles. Peu de temps après son départ, Henry Ford propose à Alexander Malcomson, une connaissance rencontrée lorsqu’il était employé chez Edison, de participer à la création d’une nouvelle entreprise de fabrication d’automobiles. Malcomson accepte et ils fondent ensemble un partenariat dénommé ". Leur premier modèle est la Ford A (T33), une petite berline de conception bon marché destinée à être vendue à environ . En 1903, Ford et Malcomson se mettent d’accord pour vendre une partie de leurs parts de l’entreprise, notamment aux frères John et Horace Dodge. Les commandes n’affluant pas, l’entreprise se retrouve rapidement en difficulté et n’est pas en mesure de payer les frères Dodge. Malcomson se tourne alors vers John S. Gray, le président de la banque germano-américaine de Détroit. Gray investit dans leur entreprise. Malcomson convainc également quelques-uns de ses jeunes employés d’investir ; finalement, Malcomson récolte . Le , ' devient ', entreprise dirigée par Gray. Ford, tout comme Malcomson, possède alors 25,5 % des parts de la nouvelle organisation en tant que vice-président ; il en deviendra président le . Entre-temps, en janvier 1904, il bat le record du monde de vitesse terrestre sur un modèle Arrow au Lac Sainte-Claire (un lac alors gelé d', près de New Baltimore, MI), époque où Barney Oldfield et Tom Cooper conduisent régulièrement dans des courses sur ovales la 999, Ford lui-même en disputant quelques-unes en 1905, avec au passage une victoire à Ventnor Beach (NJ) en septembre sur le mile, lors d'un challenge contre une Darracq. Au total Ford bat personnellement trois records mondiaux automobiles avec sa 999, en plein hiver sur son lac de prédilection : deux sur le mile lancé (1903 et 1904), et un sur le kilomètre lancé (1904), pour plusieurs autres tentatives infructueuses sur ovales en terre battue à cette période de sa vie. En 1906, il prend la mer en compagnie de Vincenzo Lancia et de Victor Demogeot (le futur vainqueur) pour venir assister le 12 février à la seconde Course cubaine à La Havane. La nouvelle entreprise est cette fois-ci une réussite : de profit sont réalisés les six premiers mois et sur l’année. Pour accroître leurs profits, Malcomson souhaite investir le marché des automobiles de luxe, le segment automobile le plus porteur selon lui ; Ford est récalcitrant mais doit finalement se résigner à accepter. Les Ford Modèle B et Modèle K vont ainsi voir le jour ; les clients sont au rendez-vous si bien qu’en 1907, les profits excèdent le million de dollars. Ford T ou un mode de production révolutionnaire. C’est ce que proclame Henry Ford peu avant la naissance de la Ford T ou "" (« la bonne à tout faire de fer blanc »). Introduite le , elle est très simple à conduire et peu coûteuse à réparer. La Ford T est de surcroît tellement bon marché en 1908 que, dans les années 1920, une majorité de conducteurs américains apprennent à conduire dessus. La Ford T va connaître un succès sans précédent jusqu’alors dans l’histoire de l’automobile ; au lendemain de la Première Guerre mondiale, la Ford T équipe près d’un ménage américain sur deux, parmi ceux qui possèdent une voiture. Henry Ford doit notamment ce succès au fordisme, un mode de développement inspiré du taylorisme basé sur la rationalisation et la standardisation. La rationalisation, ou plus simplement la décomposition de l’activité de l’ouvrier en tâches élémentaires lui permettant de travailler sur des machines-outils spécialisées, conduit à une simplification et une normalisation des gestes ainsi qu’une augmentation conséquente de la productivité. La standardisation quant à elle, méthode déjà utilisée dans l’industrie de l’armement dont certains ingénieurs de la Ford Motor Company sont issus, permet . La standardisation dans les usines Ford est tellement poussée à l’extrême que seule la Ford T est produite, et uniquement en noir en raison, a-t-on dit, de son temps de séchage rapide, plus probablement de son moindre coût. Cette méthode favorise, non seulement l’augmentation de la production, mais également l’expansion géographique de la Ford T puisque des pièces détachées standards peuvent être aisément envoyées pour réparation. Lorsqu’en 1913, Ford introduit le déplacement des pièces sur des convoyeurs, le temps de montage du châssis de la Ford T passe de à ; . L’idée de cette ligne ou chaîne d’assemblage lui est venue, d’après ses mémoires, lors d’une visite lorsqu’il était adolescent d’un abattoir de Chicago. Mais bien qu’il soit souvent crédité de l’idée, les sources indiquent que le concept et son développement sont en réalité dus à quatre de ses employés : Clarence Avery, Peter E. Martin, Charles E. Sorensen, et C. Harold Wills. Ces transformations du mode de production, qui vont s’inscrire durablement dans la plupart des industries du début du , permettent une forte diminution du coût de revient. Une Ford T vaut au lancement du modèle ; cela correspond certes à plus d'un an de salaire d’un enseignant, mais reste nettement inférieur au prix moyen d’une automobile qui avoisinait alors près de . Et le prix ne cessera de diminuer à mesure de l’augmentation de la production : de en 1911, il est de en 1914 puis de en 1916, et enfin de en 1927. Les ventes de Ford T sont également décuplées et passent de en 1914 à en 1916, puis un million au début des années 1920. Le dernier aspect de ce succès concerne le marketing ; Ford crée une machine de publicité massive à Détroit, pour s’assurer que tous les journaux retransmettent les annonces sur ses produits, ainsi qu’un important réseau de distributeurs introduisant l’automobile dans pratiquement toutes les villes d’Amérique du Nord. Les ventes augmentent en flèche. Finalement, lorsque la production de la Ford T cesse le , ce sont qui ont été vendues en ; ce record a tenu dans les qui suivirent. Déclin du Modèle T et naissance du Modèle A. Henry Ford cède la présidence de "" à son fils Edsel Ford en décembre 1918 ; âgé de , il conserve toutefois un pouvoir discrétionnaire. Interrogé sur le devenir de la "Ford Motor Company", Ford répondait que s’il n’était pas le maître de sa propre entreprise, il en construirait une autre. C’est ainsi qu’en juillet 1919, il rachète l’ensemble des parts, pour un montant de près de de dollars, qu’il partage avec les membres de sa famille. Au milieu des années 1920, les ventes du modèle T commencent à décliner en raison de l’augmentation de la concurrence. D’autres marques automobiles offrent à leurs clients la possibilité d’acquérir une automobile à crédit, ce que Ford a toujours refusé, avec de meilleures prestations et un style plus moderne que le modèle T. En dépit des demandes pressantes d’Edsel, Henry refuse toujours d’intégrer de nouvelles fonctionnalités au modèle T ou toute forme de plan de crédit client. Ce déclin s’explique également par des raisons sociales et commerciales : d’une part, les ouvriers se lassent d’un travail jugé peu valorisant, et d’autre part, l’élévation générale du niveau de vie permet aux autres constructeurs de miser sur la segmentation du marché. Les clients sont en effet de plus en plus soucieux de se distinguer socialement par leur automobile et de disposer d’une voiture confortable. Posséder une Ford T n’est plus aussi valorisant et conduit les clients à renouveler leur voiture en se portant vers des marques plus prestigieuses. En 1926, Henry est finalement convaincu qu’il faut développer un nouveau modèle. Il suit le projet avec beaucoup d’intérêt pour la conception du moteur, du châssis, de la mécanique et d’autres aspects, tout en laissant le gros de la conception à son fils. La Ford Modèle A (deuxième du nom) voit le jour en 1927 ; elle connaîtra en 1931 une production totale de plus de quatre millions d’unités. Ford à l'international. Le "leitmotiv" de Ford est l’indépendance économique, voire l’autarcie, des États-Unis. Son complexe industriel de "" est l’un des sites industriels les plus importants de l’époque, capable de produire l’acier nécessaire à sa production. Son objectif premier est de produire un véhicule à partir de zéro et ce, sans avoir recours au commerce extérieur. Il croit en l’expansion mondiale de son entreprise et estime que le commerce et la coopération internationale conduisent à la paix ; il utilise d’ailleurs la ligne d’assemblage de traitement et de production du modèle T pour le démontrer. Ford ouvre des usines de montage au Royaume-Uni et au Canada en 1911, et devient rapidement le plus grand producteur automobile de ces pays. En 1912, Ford coopère avec Giovanni Agnelli, dirigeant de Fiat, afin de lancer la première chaîne de montage automobile italienne. La première des usines en Allemagne est construite dans les années 1920 avec le soutien d’Herbert Hoover et du Département du commerce, qui partage la théorie de Ford selon laquelle le commerce international est essentiel pour la paix dans le monde. Dans les années 1920, Ford ouvre également des usines en Australie, en Inde, et en France. En 1929, Ford dispose de concessionnaires sur les cinq continents. Ford expérimente également une plantation de caoutchouc dans la jungle amazonienne appelé "Fordlândia" : sa superficie représente de l’État brésilien du Pará. Mais celle-ci est l’un de ses rares échecs. "Fordlândia" visait à mettre fin à la dépendance de Ford envers le caoutchouc venant de la Malaisie britannique. En 1932, Ford produit le tiers des automobiles construites dans le monde. L’image de l’entreprise suscite différentes réactions chez les Européens, en particulier les Allemands : . Partisans et détracteurs insistent sur le fait que le fordisme américain incarne le développement capitaliste, et que l’industrie automobile est la clé pour comprendre les relations économiques et sociales aux États-Unis. Comme le déclare à cette époque un Allemand, « l’automobile a à ce point révolutionné le mode de vie américain qu’il est à peine croyable qu’on puisse vivre sans voiture. Il est difficile de se souvenir comment on faisait avant que Ford vienne prêcher son nouvel évangile ». Pour beaucoup d’Allemands, la réussite de l’américanisme est essentiellement attribuée à Henry Ford. Henry Ford est l’un des pionniers du " (le « capitalisme du bien-être »), une pratique industrielle paternaliste destinée à améliorer le niveau de vie des travailleurs. Le , Ford annonce l’augmentation des salaires journaliers minimum de à pour les ouvriers en apprentissage () ainsi qu’une nouvelle réduction du temps de travail journalier de à . Qualifié de ou de , Ford n’a pas mis en place cette initiative pour établir une solide classe moyenne capable d’acheter ses produits, comme on l’a parfois avancé, ni même par acte de charité. Comme il l’explique lui-même dans ses mémoires, c’est l’. En effet, Henry Ford agit uniquement dans l’intérêt de son entreprise. Ses usines sont en proie à un important "", qui conduit de nombreux départements à devoir engager annuellement pour remplir de travail, et à un absentéisme excessif. Par ailleurs, presque tous les emplois sont monotones, et le travail sur les chaînes d’assemblage est extrêmement pénible à force de réaliser la même procédure toute la journée. Embaucher et former des travailleurs « de remplacement » est par ailleurs très coûteux. L’augmentation des salaires est donc une solution pour lutter contre ces difficultés. Cette philosophie du travail permet d’augmenter rapidement la productivité, mais les salaires demeurent quasiment inchangés pendant : en 1919 et en 1927. Le « Département social Ford » utilise néanmoins des enquêteurs pour s’assurer que ceux qui bénéficient d’une participation aux bénéfices soient irréprochables. On conseille d’ailleurs fortement aux ouvriers de ne pas fumer, non seulement à l’usine, mais également à la maison. « Si vous étudiez l’histoire de la plupart des criminels, vous constaterez qu’ils étaient des fumeurs invétérés », expliquait Henry Ford. L’alcool, les jeux d’argent et le billard sont également strictement interdits. L’intrusion excessive de Ford dans la vie privée de ses employés sera longtemps source de controverses. Dans ses mémoires de 1922, Ford affirmait pourtant que « le paternalisme n’avait pas sa place dans l’industrie ». Dans les années 1930, Ford se constitue, selon l'expression du New York Times, « la plus importante troupe militaire privée du monde ». L'entreprise s'associe à la pègre de Détroit notamment afin de recruter des mercenaires capables d'intimider les syndicalistes et de mener des actions punitives contre les ouvriers grévistes. Dès 1927, la direction de Ford passe un accord avec le « Al Capone de Détroit », Chester LaMare, puis s'associe à Joe Adonis, l'un des chefs de la mafia new-yorkaise. Après un accident de la route survenu à Henry Ford, en 1927, Harry Bennett, le « directeur du personnel » et véritable 2 de l'entreprise, se dit en mesure de rassurer le public quant à l'hypothèse que son patron aurait été victime d'un attentat :« Nos liens avec la pègre de Détroit sont tels que moins de vingt-quatre heures après qu'un tel projet ait été tramé, nous en serions informés ». L'affrontement le plus violent entre des recrues de la milice patronale et des syndicalistes eut lieu le , devant l'usine de River Rouge où des dizaines d'ouvriers syndiqués à la "United Auto Workers" s’apprêtant à distribuer des tracts sont attaqués. D'après les témoignages réunis par la Commission nationale des relations industrielles en , cinq miliciens étaient affectés pour chaque syndicaliste. En raison de la violence de ses pratiques anti-syndicales, le New York Times décrivait Ford comme étant « un fasciste de l'industrie — le Mussolini de Detroit ». Diversification dans l'aviation. Plus connu pour ses automobiles, Ford s’investit pourtant relativement tôt dans l’aéronautique. En 1923, Edsel Ford fait l’acquisition de la ' et développe le Stout 2-AT Pullman. En 1925, il fonde la ', qui marque le lancement de l’étude du premier avion expérimental Ford ; dénommé Ford Trimotor, sa mise sur le marché intervient en 1926. Ce premier avion constitue un progrès technologique majeur et permet à Ford de devenir le premier fabricant d’avions commerciaux au monde. Les compagnies aériennes abandonnent progressivement leurs avions et les remplacent par des avions Ford dont la capacité de transport de passagers est nettement supérieure à la concurrence. Ils sont ainsi rapidement utilisés pour créer le premier service aérien transcontinental. La participation de Ford dans l’aviation joue également un rôle important dans la victoire des Alliés pendant la Première et la Seconde Guerre mondiale. Pendant la Première Guerre mondiale, la Ford Motor Company produit en masse des moteurs V8 Liberty destinés à équiper l’aviation américaine et développe le Kettering Bug, le premier missile guidé américain. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, Henry Ford soutient la construction de milliers de Pratt & Whitney « Double Wasp » ainsi que des moteurs de bombardiers Consolidated B-24 Liberator. Le président américain Franklin D. Roosevelt fera d'ailleurs référence à Détroit comme faisant partie de l’«Arsenal des démocraties ». Syndicats. Ford a toujours farouchement refusé la présence des syndicats dans ses entreprises. Il les estime en effet fortement influencés par certains dirigeants, et qu’en dépit de leur apparente bonne volonté, leur actions est contre-productive pour le bien-être des travailleurs. Si restreindre la productivité est pour la plupart un moyen de favoriser l’emploi, Ford considère à l’inverse qu’elle est nécessaire pour accroître la prospérité économique et ainsi stimuler l’économie, ce qui par conséquent permet de créer de nouveaux emplois. Ford se méfie également des dirigeants syndicaux – plus particulièrement les léninistes – qu’il accuse de fomenter de perpétuelles crises socio-économiques de façon à maintenir leur propre pouvoir. En bon gestionnaire, il se considère néanmoins capable de repousser les attaques de politiques malavisés et de créer un système socio-économique dans lequel ni la mauvaise gestion ni les syndicats ne pourront trouver le soutien leur permettant de se maintenir. Au début des années 1930, malgré la Grande Dépression, Henry Ford accélère la production à un rythme insupportable. Il règne sur ses usines par la crainte ; alors que leurs conditions de vie se dégradent, ouvriers et cadres se méfient des mouchards. Ford utilise en effet près de de main pour empêcher les syndicats d’entrer dans l’usine. Le maire de Détroit observe d’ailleurs qu’. Harry Bennett, un ancien Marine nommé à la tête du service de sécurité interne, emploie différentes tactiques d’intimidation pour écraser la syndicalisation dont le plus célèbre incident, survenu en 1937, aboutit à une bagarre sanglante ; l’événement sera connu sous le nom de « Bataille de l’Overpass ». La même année, Walter Reuther, futur président de l’"United Auto Workers" (l’Union des Ouvriers de l’Automobile) est brutalisé à "" pour avoir distribué des tracts syndicaux. Après l’entrée des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale, le plein emploi met un terme au recours à la terreur. Cependant, les salaires stagnent depuis des années et finissent par devenir très inférieurs à ceux des usines concurrentes. Les syndicats n’obtiennent toujours aucun droit dans les usines Ford, à l’inverse de celles de General Motors et de Chrysler. En avril 1941, huit ouvriers décident d’entamer une marche de protestation dans l’usine de "" en chantant "Solidarity Forever" (Solidarité pour toujours). Finalement, toute l’usine est paralysée et en partie contrôlée par l’UAW ; Ford n’a pas d’autre issue que de négocier avec le syndicat. Edsel, qui est alors président de la société, estime qu’il est nécessaire pour l’entreprise d’arriver à une sorte de convention collective avec les syndicats, les violences, les interruptions de travail et les impasses ne pouvant ainsi continuer. Mais Henry refuse pendant plusieurs années de coopérer, et on sait qu'il a confié à Bennett la tâche de faire en sorte que le dialogue avec les syndicats n’aboutisse à aucun accord. Fin de vie et de carrière. Les dernières années sont particulièrement frustrantes pour Henry Ford. Il n’accepte pas les changements induits par la Grande Dépression et s’oppose au "New Deal", le plan mis en œuvre par le président Roosevelt en vue de redresser la situation économique et sociale des États-Unis. Il refuse toujours de reconnaître le syndicat des travailleurs de l’automobile et utilise des policiers armés pour faire face aux mobilisations syndicales. Pour diverses raisons, Ford, seul dans son industrie, refuse de coopérer avec l’administration du redressement national, un organisme gouvernemental des années 1930 qui prépare et supervise les codes de concurrence loyale pour les entreprises et les industries. Lorsque son fils Edsel, alors président de "Ford Motor Company", meurt d'un cancer en mai 1943, Henry Ford décide d’assumer la présidence. À ce stade de sa vie, il a déjà connu plusieurs accidents cardiovasculaires (crise cardiaque et accident vasculaire cérébral) et n’est mentalement plus apte à occuper un tel poste. La plupart des administrateurs ne veulent pas le voir comme président. Au cours des vingt dernières années, bien qu’il ne soit pas administrateur de plein exercice, le conseil d’administration et la direction ne le défient jamais ouvertement. Au cours de cette période, la société commence à péricliter, perdant plus de de dollars par mois. L’administration du président Franklin Roosevelt envisage d’ailleurs une reprise de l’entreprise pour assurer la continuité de la production pendant la guerre, mais le projet ne se concrétise pas. En mai 1946, Henry reçoit le Jubilé d’or de l’industrie automobile américaine pour ses contributions décisives au développement de cette industrie. La première médaille d’or de l’Institut américain du pétrole lui est attribuée en reconnaissance de sa contribution exceptionnelle au bien-être de l’humanité. Ford maintient par ailleurs une résidence de vacances, connue sous le nom de "Ford Plantation", à Richmond Hill en Géorgie, dont le domaine s’étend sur . Il contribue sensiblement à la vie de la communauté locale, notamment en faisant construire une chapelle et une école, et y emploie de nombreux résidents locaux. Sa femme Clara désire qu’Henry quitte la présidence de Ford, d’autant que le gouvernement voit d’un très mauvais œil qu’un homme de s’occupe de la gestion de la société. Le , Henry Ford, en mauvaise santé, laisse les pleins pouvoirs à son petit-fils, Henry Ford II, et prend sa retraite en . Il meurt le à d’une hémorragie cérébrale à l’âge de à "Fair Lane", sa résidence dans son domaine à Dearborn. Le service funéraire se tient dans la cathédrale anglicane Saint-Paul à Détroit, et Henry Ford est enterré dans le cimetière de la famille Ford à l’église anglicane Sainte Martha. Idéologie controversée. Controverses autour de ses affaires avec le régime nazi. Henry Ford reçut en 1938 la « Grand-Croix de l'ordre de l'Aigle allemand », plus haute décoration nazie pour les étrangers. Cette faveur accordée par les nazis engendre une importante controverse aux États-Unis et finit par un échange de notes diplomatiques entre le gouvernement allemand et le Département d’État. Ford s’exprime à propos de cette polémique en clamant que . Cette décoration n'aurait pas suscité la polémique, comme pour Thomas J. Watson, président d'IBM, décoré l'année précédente, si Ford n'avait pas été aussi l'auteur d'écrits antisémites et un soutien financier pour Adolf Hitler et le parti nazi. Ford a eu des relations économiques avec l'Union soviétique, jusqu'à ce que son ami Serguei Dyakanov, accusé de dérive droitière soit « purgé », jugé et exécuté en . En , le secrétaire américain au Trésor Henry Morgenthau aurait estimé que la production de la filiale française de Ford était « au seul profit de l’Allemagne ». Selon la série "Apocalypse, Hitler", dont les sources sont à confirmer, Henry Ford aurait financé dès le début des années 1930 le parti nazi en laissant des bénéfices en provenance d'Allemagne à ce parti et en versant chaque année à l'occasion de l'anniversaire d'Hitler. Alors que Ford clame publiquement qu’il n’aime pas les gouvernements militaristes, il tire profit de la Seconde Guerre mondiale, en alimentant l’industrie de guerre des deux camps : il produit d'un côté, via ses filiales allemandes, des véhicules pour la Wehrmacht, mais aussi de l'autre des véhicules pour l’armée américaine. Il participe à l’effort de guerre allemand comme le faisait Opel, filiale de General Motors. En 1942, l'aviation britannique bombarde l'usine Ford de Poissy. Ford demande alors au gouvernement français de protester auprès de l’ambassade américaine à Vichy. Antisémitisme. Henry Ford est foncièrement antisémite. Il se base sur "Les Protocoles des Sages de Sion" pour affirmer que les Juifs avaient prévu de longue date que la guerre qui se profilait à l'horizon serait une « "world war" » (guerre mondiale) et il ajoute : « "How did they know it was to be a world war?" » (Comment savaient-ils que ce serait une guerre mondiale ?). Henry Ford utilise sa fortune et son influence pour distribuer des millions d'exemplaires de ce document. Nombreux sont les mouvements américains qui reprennent ses théories antisémites pour raviver une haine latente. Son antisémitisme s’exprime également dans ses mémoires : . Le thème de la conspiration juive se mêle aussi à l'anticommunisme dans ses écrits : pour Henry Ford, la révolution soviétique aurait été « la couverture externe d’un coup longuement planifié pour établir la domination d’une race ». Se justifiant à ce sujet, il explique dans son livre " ("Le Juif International") que l’antisémitisme n’est selon lui que le pendant de l’antigoyisme de la communauté juive. "The International Jew" est un ouvrage en quatre volumes publié sous le nom d’Henry Ford qui rassemble des articles parus dans le journal "The Dearborn Independent". Une phrase dans un texte consacré à la salutaire illustre l’esprit prétendument scientifique de l’ouvrage et dont le langage est chargé de métaphores médicales : il s’agit d’une question d’, parce que . Dans plusieurs autres passages, les Juifs sont présentés comme un qui doit faire l’objet d’un . Adolf Hitler et ses collaborateurs reprendront cette terminologie pour justifier leurs crimes. Le Juif n’est plus défini par sa religion mais par sa « race », . Il faut donc réveiller chez les jeunes la . Ford s’inspire des "Protocoles des Sages de Sion", un ouvrage qui serait , cité et commenté abondamment, comme preuve ultime et irréfutable de la conspiration juive pour s’emparer du pouvoir à l’échelle mondiale. Cet ouvrage est par ailleurs vivement critiqué par le "Times". Il y est souvent fait référence à l’Allemagne qui est décrite comme dominée par les Juifs malgré le fait qu’il . Le thème de la complicité entre le judéo-bolchevisme et la finance capitaliste juive, dans une conspiration pour imposer à la planète un gouvernement mondial juif est abondamment repris par le nazisme. Trois volumes ont pour objet la place des Juifs aux États-Unis. Selon Ford, leur émigration massive d’Europe de l’Est en Amérique du Nord n’a rien à voir avec de prétendues persécutions : les pogroms ne sont que de la propagande ; il s’agit bel et bien d’une véritable invasion : le « "Juif international" » peut déplacer un million de personnes de la Pologne vers l’Amérique . Les Juifs sont responsables de l’introduction dans les arts de la scène aux États-Unis d’une sale et indécente, . La contribution de Ford à la propagation de l’antisémitisme va au-delà de l’imprimé. Il travaille activement à former une communauté. Au départ réunis autour du "Dearborn Independent", ces hommes constituent une force importante dans l’évolution américaine de l’antisémitisme, et incluent un grand nombre de pro-fascistes. En 1918, le secrétaire privé et proche ami de Ford, Ernest G. Liebold, achète un obscur hebdomadaire, le "Dearborn Independent", pour Ford. Le journal est édité par Liebold pendant huit ans, de 1920 à 1927, et atteint au maximum environ . Vincent Curcio, auteur anglais, écrit de ces publications qu’. Hitler, fasciné par les automobiles, accroche même, sur son mur, une photo de Ford. Steven Watts mentionne qu’Hitler Ford, en proclamant que : . Dénoncée par l’"Anti-Defamation League", les articles du "Dearborn Independent" sont explicitement condamnés pour leur violence contre les Juifs. Cependant, selon le rapport des témoignages du procès, Ford n’écrit presque rien dans ces articles. Des amis et des associés d’affaires déclarent qu’ils ont mis Ford en garde sur le contenu du journal mais que Ford ne lit probablement jamais les articles ; Ford ne porta son attention que sur les gros titres du journal. Un procès en diffamation intenté par un avocat de San Francisco et par une coopérative agricole juive en réponse à des articles antisémites conduisent Ford à fermer le journal en . Des reportages tournés au moment cité ci-dessus le montrent comme étant choqué par le contenu et qu’il n’est pas au courant de sa nature. Pendant le procès, le rédacteur en chef de Ford, William Cameron, témoigne en faveur de Ford, indiquant qu’il n’a rien à voir avec les éditoriaux, même s’ils sont publiés sous son nom. Cameron déclare lors du procès en diffamation qu’il ne discute jamais avec Ford du contenu des pages et qu’il ne les envoie jamais à Ford pour approbation. En 1927, les excuses de Ford, à la suite de la pression conjuguée des consommateurs juifs américains et même de Hollywood qui menaça d’employer des voitures Ford pour les besoins des scènes de crash, sont bien accueillies : quatre cinquièmes des centaines de lettres adressées à Ford en juillet de 1927 furent de Juifs et saluent l’industriel. En janvier 1937, une déclaration de Ford dans le "Détroit Jewish Chronicle" désavoue . Cependant, lors du procès de Nuremberg, Baldur von Schirach, le chef des Jeunesses hitlériennes déclare avoir été influencé par la lecture de Ford. Après ses excuses en 1927, Ford se refuse à d'autres déclarations publiques au sujet des juifs. Il continue pourtant, en sous-main, de soutenir des publications antisémites. Sur ce point, l’historien Pierre Abramovici, dans l’article « Comment les firmes US ont travaillé pour le Reich » porte un jugement sévère sur les positions d’Henry Ford. Divers. La fortune personnelle de Henry Ford était colossale. D'après le blog financier "Celebrity Networth", il serait le neuvième homme le plus riche de tous les temps. Dans le roman de Giovanni Papinni, "Gog" publié en 1931, le personnage principal rends une visite à Henry Ford dans son usine de voiture, où ce dernier lui révèle le secret de sa réussite dans les affaires ainsi que sa vision de la place des puissances dans le Monde. Dans le très célèbre roman dystopique d'Aldous Huxley, "Le Meilleur des Mondes" publié en 1932, où des procédés d’ingénierie biologique et de conditionnement mental permettent de produire des êtres humains identiques à la chaîne pour en faire des ouvriers dociles, Henry Ford (Sanctifié en Notre Ford) est l'objet d'un culte religieux obligatoire, imposé par un État mondial totalitaire. Ce culte au contenu assez creux et consensuel a remplacé toutes les religions préexistantes, désormais interdites. L'auteur précise que le calendrier grégorien a été remplacé par un calendrier dont l'année zéro est celle du lancement en série de la Ford T. Huxley précise aussi que les croix latines des églises ont été coupées pour les transformer en T majuscules. Les personnages du roman emploient l'interjection : « Ford du tacot ! » (« "Ford's in his Flivver !" » en anglais) en lieu et place de « Dieu du ciel ! ». Dans le roman uchronique "Le Complot contre l'Amérique" de Philip Roth (2004), il est le secrétaire à l'Intérieur des États-Unis du président Charles Lindbergh. Dans l'adaptation en mini-série "The Plot Against America" (2020), son rôle est joué par Ed Moran. Dans la série de jeux vidéo "Assassin's creed", Henry Ford était membre de la branche américaine de l'ordre du Temple. Il fut un des principaux fondateurs d'Abstergo Industries avec Ransom Eli Olds.
Histoire du christianisme L'histoire du christianisme commence au au sein de la diaspora juive après la crucifixion de Jésus de Nazareth, dont la date probable se situe vers l'année 30. Les premières communautés, qui ne se définissent pas encore comme chrétiennes, sont fondées par plusieurs disciples de Jésus, en particulier dans les villes de Rome, Éphèse, Antioche, Alexandrie mais aussi en Perse et en Éthiopie. Quand il devient une religion admise puis la religion officielle de l'Empire romain au , les premiers conciles définissent peu à peu un ensemble de dogmes. Mais les christologies déclarées hérétiques dans l'Empire ne disparaissent pas pour autant. Parmi elles, l'arianisme et le nestorianisme perdurent pendant plusieurs siècles. Au , le passage d’une grande partie des chrétiens du Moyen-Orient et d'Espagne sous domination musulmane modifie le paysage du christianisme. Au la querelle des images puis le débat sur le Saint-Esprit donnent lieu à de nouvelles controverses qui, ajoutées aux rivalités politiques, aboutissent à la séparation des Églises d'Orient et d'Occident. Le christianisme européen, parvenu à son apogée, s'étend jusqu'en Amérique à partir du , au moment même où il se fractionne de nouveau, cette fois en raison de la Réforme protestante. Les guerres de religion qui s'ensuivent mettront plusieurs siècles à s'estomper au profit d'une rivalité plus feutrée, puis d'une recherche d'unité et de tentatives d'œcuménisme. Les trois grandes confessions chrétiennes, le catholicisme, l'orthodoxie et le protestantisme, regroupent au près de 2 milliards et demi de fidèles répartis sur tous les continents. Historiographie. Longtemps, dresser l’histoire du christianisme fut une entreprise difficile. En effet, elle était cantonnée dans l’apologie de l’Église dominante dans le contexte géopolitique où se situait le candidat historien. Par exemple, des ouvrages fondamentaux comme "Oriens Christianus" de Michel Le Quien ou l’"Encyclopédie catholique" de Charles George Herbermann utilisent le mot « "catholique" » dans le sens actuel du terme pour désigner toute l’église des cinq premiers patriarcats d’avant 1054 faisant ainsi apparaître l'Église de Rome comme seule héritière légitime de l’église primitive ; les auteurs grecs, russes, des Balkans, du Caucase ou du Proche-Orient en font de même avec les églises orthodoxes. Depuis Walter Bauer, on admet qu’aucune unité doctrinale n’existait dans le christianisme ancien ; et depuis Adolf von Harnack, que le dogme cause le schisme et que l’hérésie et l’orthodoxie font système. Ainsi, l’histoire du christianisme est une longue suite de fractures mais, si son élaboration a souvent relevé de la justification anachronique "a posteriori" (sans rapport avec une stricte recherche de la restitution de faits), la méthode historique scientifique et l’évolution de disciplines telles que les sciences des religions, permettent désormais d’en cerner les vicissitudes et d’éclairer les enjeux qui ont présidé à son développement. La question des racines juives du christianisme est problématique en soi, selon qu’on se réfère à la théologie dogmatique de telle ou telle Église ou bien aux diverses écoles d’historiens. Les Pères de l'Église fondent leurs réflexions sur les textes de la Bible, regardés comme un ensemble cohérent dont les différentes parties se complètent. À l’inverse, les chercheurs biblistes contemporains les regardent comme des textes indépendants. Durant plusieurs siècles, l’alternance des opinions et des doctrines amène les théologiens à définir avec une précision de plus en plus fine le dogme de l’Église. Pour l’antiquité tardive, l’historiographie occidentale, héritière de Hieronymus Wolf, préfère envisager l’affirmation d’un christianisme spécifiquement occidental en tant que « nouvelle civilisation » née sous l’impulsion des Francs, comme « synthèse entre la civilisation romaine et celle des Barbares », et dont la forme particulière deviendra le catholicisme romain par opposition au christianisme byzantin décrit comme un christianisme oriental plus ou moins dissident, décadent ou déviant. Mais pour l’historiographie des pays orthodoxes, c’est l’ensemble du monde romain puis « barbare » qui, au fil des sept premiers conciles, a été orthodoxe (« Pentarchie »), avant que les suites du schisme de 1054, et notamment les innovations de l’église de Rome au fil de ses 14 conciles ultérieurs ("Filioque", purgatoire, primauté de Pierre, autorité temporelle des papes, célibat des prêtres, inquisition et bien d’autres nouveautés doctrinales ou canoniques) fassent naître, non pas une nouvelle civilisation, mais simplement une église séparée ; quant aux églises restées « orthodoxes » (patriarcats de Jérusalem, Alexandrie, Antioche et Constantinople, puis ceux apparus ensuite), elles n’ont rien de spécifiquement « oriental » dans cette vision, mais sont la continuation après 1054 de l’église du premier millénaire, de sa doctrine et de ses pratiques. Christianisme des premiers temps. Premiers disciples et premiers chrétiens. La rencontre de Jésus de Nazareth avec ses premiers disciples est située par le Nouveau Testament au bord du lac de Tibériade. Ses rives abritent à cette époque des villages de pêcheurs où se déroulent de nombreux épisodes de la vie de Jésus, rapportés dans les Évangiles : la pêche miraculeuse (Lc 5, 1-11), la tempête apaisée (Lc 8, 12-25) et la dernière apparition aux disciples (Jn 21, 1s). Les quatre premiers apôtres nommés par l'Évangile de Marc sont des pêcheurs : André et son frère Simon-Pierre, ainsi que Jacques et son frère Jean, tous deux fils de Zébédée. André, Simon-Pierre, Philippe, Nathanaël semblent venir de l'entourage de Jean le Baptiste(Jn 1, 35-51). Jésus a une trentaine d'années lorsqu'il se joint aux disciples du Baptiste. Il exerce son ministère essentiellement en Galilée, où il pratique guérisons et exorcismes pendant un ou deux ans. La première communauté chrétienne est constituée par les premiers juifs de Jérusalem qui ont reconnu le Messie en Jésus de Nazareth, puis par leurs successeurs au-delà de la ville sainte. Elle est dirigée d'abord par Pierre jusqu'en 44 puis par Jacques le Juste, « frère du Seigneur », jusqu'en 62. Les premières prédications se fondent sur une proclamation de foi : Jésus est le Messie, le Fils de Dieu ; il est ressuscité, et celui qui parle en rend témoignage personnellement ; il appelle à la conversion. Le mot n'est pas utilisé par les disciples de Jésus pour parler d'eux ; ceux-ci sont habituellement appelés les . Les Actes des Apôtres indiquent que le nom de , dérivé de , fut attribué aux disciples de Jésus de Nazareth à Antioche, qui était à l'époque une ville de langue grecque. Les deux autres références les plus anciennes connues pour le terme se trouvent pourtant au : d'abord dans une citation de Tacite relatant les lendemains de l'incendie de Rome en 64 , puis, dans la lettre d'Ignace d'Antioche aux Magnésiens à la fin du . Controverses théologiques du. Le christianisme est marqué par des controverses théologiques du au Proche-Orient. Création du canon biblique. L’Apôtre Paul joue un rôle important dans le développement du christianisme. Sous le nom de Saül, ce Juif originaire de Tarse aurait d’abord persécuté le "mouvement de Jésus" et ensuite connu une spectaculaire conversion après que le Christ lui fut apparu sur le chemin de Damas. Il consacre le reste de son existence au prosélytisme. Dans un premier temps, l'enseignement de Jésus n'est transmis qu'au sein de la communauté juive, puis, à la suite de difficultés avec les responsables des synagogues, l'enseignement s'oriente vers les non-juifs, les païens, aussi appelés les . Parmi ceux-ci, il en est, nombreux, sensibles à la voie du judaïsme, on les appelle les « craignant-Dieu », mais qui ne franchissent pas, pour la plupart, le pas de la conversion, en particulier celui de la circoncision. La question est débattue lors d’une réunion qui se tient à Jérusalem vers l’an 50 appelée rétrospectivement . Il y est entériné que les prosélytes « chrétiens » n'auront pas à passer d'abord par une conversion au judaïsme. Une grande partie de cette littérature se fait sous forme d'Épîtres qui sont de courts traités de caractère moral ou philosophique, dont les auteurs ne sont pas toujours assurés. Premiers théologiens. Les sources contemporaines concernant cette période sont peu nombreuses. Les Actes des Apôtres (datés des années 80-90) se veulent l’histoire du mouvement au cours des premières années après la mort du Christ. Leur pertinence est toutefois remise en cause par les historiens, notamment à propos de l'« incompatibilité de la figure du Paul des Actes avec celle qui se dégage de ses lettres », ce qui les rend difficilement exploitables. En effet, les lettres de Paul de Tarse (datées des années 50) sont les plus anciens documents du christianisme. Elles fournissent des indications sur les tendances qui parcourent le mouvement à ses débuts et ne correspondent pas toujours à la description qu'en donnent les Actes. Les premiers chrétiens ne sont pas perçus en Judée autrement que comme une des nombreuses sectes au sein du judaïsme, dont les plus importantes sont les pharisiens, les sadducéens, les zélotes et les esséniens. Les Actes des Apôtres et les lettres de Paul laissent entrevoir des dissensions au sein de la première communauté de Jérusalem, notamment entre deux courants : les et les (issus de Palestine) Pour la période qui suit la disparition des apôtres, les Pères de l'Église constituent une source dont on doit avoir une approche critique. C’est le début de la littérature patristique (90-160 après. J.-C.). Ces textes, de caractère non canonique dénommés souvent, les Pères Apostoliques se préoccupent avant tout d’instruction et de prédication, et non pas de reconstitution historique. Face à la concurrence, aux courants centrifuges, mais aussi au scepticisme païen, le christianisme développe une littérature apologétique : Irénée de Lyon, dans son "Contre les hérésies", s’attaque aux gnostiques. Il leur oppose l’unité de l’Ancien et du Nouveau Testament ainsi qu’une vision optimiste de la chute d’Adam et Ève, rachetée par le sacrifice du Christ. Origène pose les fondements de l’herméneutique chrétienne en définissant le premier, selon Henri de Lubac, la théorie des quatre sens, et la Lectio divina, qui sont par la suite largement développés pendant tout le Moyen Âge, surtout au , et dans les débuts de la Renaissance. La question gnostique. Les premiers siècles du christianisme sont une période de développement théologique, passant au crible du rationalisme grec certaines notions en vue de les éclaircir. Si l'on s'en tient à Irénée de Lyon, le gnosticisme est un terme générique désignant une série de courants de pensée, qui, entre 80 et 150, développent une conception ésotérique du christianisme. Selon ces courants, une connaissance est réservée à des élus au sujet de la nature du Mal et des moyens d’y échapper. Les gnostiques sont dualistes ; pour eux le monde matériel est étranger à Dieu et a été créé par des puissances inférieures. Ces croyances s’accompagnent de tendances soit à l’ascétisme, soit à la débauche, qui reflètent toutes deux un même mépris du monde matériel. Bien que l’idée de rédemption reste centrale, le rédempteur n’est pas nécessairement le Christ, vu leur répugnance du monde matériel. Quelques-unes enseignent que le Christ est un pur esprit et que son incarnation est une illusion optique et une apparence (en grec "dokèsis") ; on nomme ce courant docétisme (). La rédemption est réservée aux élus en qui réside une étincelle divine. Une des doctrines les plus populaires est le dualisme de Marcion (), qui distingue le Dieu des juifs du Père de Jésus, et rejette donc l’Ancien Testament. Un autre groupe dissident se forme autour de Montanus au . Originaire de Phrygie, Montanus affirmait que le Paraclet s’exprimait à travers lui. Le montanisme connaîtra un certain succès en Asie Mineure. Ces doctrines créent le débat dans les communautés chrétiennes et incitent à l'approfondissement théologique par ceux que l’on qualifiera ensuite de Pères de l'Église à s’opposer à ces tendances et à élaborer des réfutations de ces doctrines. Ils s’y prennent de plusieurs manières : Antiquité tardive. Les institutions ecclésiales. Au début du , les chrétiens sont peu nombreux et réunis en communautés diffuses. Les communautés chrétiennes prennent le nom d’ (du grec "Ekklèsia" = assemblée). Ils ne sont réellement organisés qu'au Moyen-Orient : Ce terme « église » ne s'applique aux bâtiments qu'à compter du de l'ère commune. Ces communautés, dans les zones où les chrétiens sont nombreux, sont dotées d’un conseil, avec à sa tête un (du grec "épiskopos" = surveillant) ou (du grec = ancien). Le premier terme finira par l’emporter. Il est assisté de diacres. Les fidèles se réunissent, d’abord dans des maisons particulières, puis dans des maisons spécialement aménagées (dont il subsiste un exemple connu du à Doura Europos, où une pièce sert de lieu de réunion et une autre de baptistère). Statut de l'empereur. De Constantin à Justinien, il est le « président de l'Église ». Sa position dans l’Église est clairement définie par Paul Veyne. Entre le moment où Byzance change pour devenir Constantinople, sa personne acquiert un caractère sacréet; depuis Constantin il est ("isapostolos"). Il n’est pas prêtre, mais pourtant, comme le prêtre, il pénètre dans le Saint des Saints, derrière l’iconostase, et communie sous les deux espèces. L’empereur fait respecter les lois de l’Église ; les codes de et de Justinien intègrent les lois de l'Église au droit civil, y compris la dogmatique. Quand le besoin s’en fait sentir, c’est lui qui convoque les conciles œcuméniques. En principe le patriarche, comme chef de l’Église, est lui aussi l’émanation de Dieu. Dans la pratique, l’empereur nomme le patriarche comme bon lui semble, même si en théorie il choisit parmi une liste qui lui est présentée. Le patriarche choisi peut même être un laïc, comme , qui reçoit en catastrophe tous les ordres. Au cours des premiers siècles de l’empire, l’empereur intervient dans des questions de dogme. Cet interventionnisme culminera au cours de la crise iconoclaste (voir ci-dessous). Par la suite s’instaure un équilibre fragile entre l’empereur et le patriarche. Il doit en théorie régner entre eux une harmonie (telle que la définit l’ de en vue du bien-être de l’État et de l’Église. L’empereur peut difficilement franchir certaines barrières morales. On peut en donner pour exemple le quatrième mariage de , qui fait scandale. Le patriarche Nicolas Mystikos refuse alors à l’empereur l’entrée de Sainte-Sophie. Bien qu’il ait forcé le patriarche à abdiquer, Léon devra faire pénitence. Au cours des derniers siècles de l’Empire, les souverains qui veulent se rapprocher de Rome (voir ci-dessous) se heurtent à l’opposition de l’Église. Les Byzantins voyaient dans leur empire l’image du royaume céleste et dans leur empereur l’image du souverain céleste. Il est le , et c’est de Lui qu’il tient son pouvoir (). Le couronnement à Sainte-Sophie par le patriarche de Constantinople symbolise cette sanction divine. Même dans les cas d’usurpation les plus manifestes, le patriarche ne l’a jamais refusée. Cette conception a pour conséquence que l’empereur est le seul souverain légal de la cité terrestre. C’est au nom de cette conception que les empereurs byzantins ont toujours farouchement considéré tout autre souverain chrétien comme leur subordonné. Au , lorsque l’Empire va vers sa fin, le patriarche de Constantinople rappelle au grand-duc de Moscou, qui ne se considère plus comme soumis à l’empereur, qu’. Métropolites et papes. Si, théoriquement, tous les évêques sont sur le même pied, certains acquièrent progressivement plus d’importance du fait de l’importance des premiers titulaires du siège : ce poids n’est pas nécessairement lié à la place du diocèse dans la structure administrative de l’Empire romain. Au sommet de cette hiérarchie se trouvent cinq sièges qu’on appellera les patriarcats à partir de Justinien et que Justinien II organisera, au concile in Trullo, en « Pentarchie ». En Occident, la direction des premières communautés chrétiennes de Rome est longtemps de type synodal et la prééminence de l’évêque de Rome n’est que très progressive ; si, vers 220, l'évêque romain présente pour la première fois « un visage quelque peu consistant » en la personne de , il ne prend de l'importance qu'à partir de la fin du avec Léon. Une partie des pouvoirs dont jouit l'évêque de Rome de nos jours en Occident n'est acquis qu'au sous Charlemagne, avec en 800, quand sa primauté d’honneur se transforme en primauté juridictionnelle pour la partie occidentale de l'empire. Le patriarche romain s’opposera au canon 28 du concile de Chalcédoine (451) qui fait de Rome le second siège de l’Église à l'égale de Constantinople. Ces prétentions du pape de Rome seront mal acceptées par les Églises d’Orient, surtout quand il interviendra en matière doctrinale. En Orient, le concile de Nicée (325) reconnaît deux grands sièges : Antioche et Alexandrie, ainsi qu’avec quelques restrictions à Jérusalem. Le concile de Constantinople (381), et surtout le concile de Chalcédoine (451), accordent à Constantinople les mêmes privilèges qu’à Rome, ainsi que la deuxième place après celle-ci. Des conflits entre patriarcats seront pour beaucoup dans les controverses qui déchireront l’Église. À côté des cinq grands sièges, se constitueront en dehors des frontières de l’Empire romain, des Églises nationales, « autocéphales » (Arménie, Géorgie, Perse). Construction d'un système théologique. L'Église ancienne peut se définir comme « les enfances du christianisme » selon le mot d'André Trocmé, c'est-à-dire avant l'instauration d'un christianisme d'État dont le « président » serait l'empereur de Constantinople. Auparavant, le débat christologique est la règle. Aucune centralité susceptible de régulation n'existe alors. Chaque évêque est maître chez soi, surtout dans les grandes communautés. Aux , les débats théologiques sont d’autant plus violents qu’ils illustrent les rivalités entre les grandes métropoles religieuses de la partie orientale de l’Empire romain : Alexandrie, Antioche et Constantinople. En 313, l’édit de Milan proclame la liberté de culte et prévoit de rendre aux chrétiens les biens qui leur avaient été confisqués pendant la grande persécution de Dioclétien. Sollicité par les évêques africains sur la querelle donastique, Constantin organise en 313 (ou 314) le premier concile pour que les évêques décident entre eux. Il convoque et préside le concile de Nicée (325), qui reconnaît le Jésus comme Dieu et homme à l’unanimité. L'arianisme y est condamné, mais reste diffusé dans les royaumes barbares jusqu'à leur conversion à l’« orthodoxie », achevée au . Le pélagianisme, condamné par le concile d'Éphèse en 431 et combattu par Augustin d'Hippone, influence lui aussi durablement les débats : cette doctrine, qui exalte la liberté humaine face au rôle de la grâce (religion chrétienne), est au cœur de la controverse janséniste au . Controverses christologiques pré-chalcédoniennes. Avec l'accès du culte chrétien aux cultes reconnus de l'Empire, le pouvoir politique prend l'initiative de réunir des conciles œcuméniques pour trancher les différends. Le premier est le concile de Nicée, qui condamne l'arianisme en 325 et formalise la doctrine de la Trinité dans le symbole de Nicée-Constantinople. Les controverses du portent davantage sur la question de l'incarnation : la personne de Jésus-Christ était-elle unique, en deux natures (divine et humaine), ou bien y avait-il en lui deux « personnes » distinctes, l'homme Jésus, d'une part, le Verbe divin d'autre part, ou encore cette divinité s'est elle manifestée une fois adulte, au moment de son baptême par Jean le Baptiste ? Le concile d'Éphèse proclame en 431 que le Christ n'a qu'une seule nature et qu'elle est divine, cette dernière ayant absorbé sa nature humaine. En 451, le concile de Chalcédoine proclame l'unique personne du Christ, de nature à la fois divine et humaine. Mais les christologies déclarées hérétiques dans l'Empire ne disparaissent pas pour autant. Au sein même de l'Empire, l'arianisme se diffuse largement auprès des peuples fédérés et eut une influence importante en Europe jusqu'au ; puis l'ajout du "Filioque" au symbole de Nicée donne lieu à de nouvelles controverses. Les conclusions du concile de Chalcédoine sont également rejetées par certaines églises d'Orient. Églises « pré-chalcédoniennes » est l'expression dont leurs ennemis désignèrent les églises des deux et trois conciles. À leurs yeux, après les conciles, elles auraient dû disparaître. En fait, ces églises sont post-concilaires en ce sens qu'elles marquèrent leur désaccord vis-à-vis des conclusions des troisième et quatrième conciles d'où le nom que les historiens leur donnent : Églises des deux conciles, Églises des trois conciles pour les distinguer des églises « orthodoxes », c'est-à-dire des 7 conciles (dont Rome faisait alors partie). C'est une façon de les déclarer hérétiques et de masquer le caractère foisonnant des christologies de l'époque. Divisions et conquête musulmane. Jusqu’aux conquêtes arabes, la politique impériale variera entre la répression à l’égard des adversaires des thèses chalcédoniennes et diverses tentatives d’accommodement théologique, comme l'hénotique. Sous l’empereur Justinien, la répression des monophysites aboutit à la constitution d’Églises non-chalcédoniennes dite aussi « des trois conciles », avec une hiérarchie parallèle à celle de l’Église officielle : l’Église syriaque orthodoxe, dite aussi Église jacobite en Syrie, l’Église copte orthodoxe en Égypte, qui comprennent la majorité des fidèles, ou encore l'Église apostolique arménienne. Subsiste toutefois une Église chalcédonienne, dite « melkite » (du syriaque "melek", « roi »). Au début du , le christianisme au Proche-Orient reste donc profondément divisé entre chalcédoniens, monophysites et nestoriens quand la région est conquise par l'empire Perse à partir de 611 (l'Égypte en 618). Les Églises monophysites sont alors privilégiées par rapport aux chalcédoniens, vus comme alliés de l'Empire Byzantin. Après la reconquête byzantine (de 622 à 630), les divergences s'étant exacerbées, le patriarche Serge de Constantinople tente encore de mettre fin à la controverse du monophysisme qui divise toujours la chrétienté en contournant la question de la « nature » du Christ et propose le "monothélisme" (du grec du grec "monos", « seul » et "thelein", « vouloir ») qui professe la seule volonté divine « seule volonté du Christ incarné ». Le monoénergisme proposé comme tentative de conciliation des doctrines est bientôt imposé aux monophysites par de nouvelles persécutions. C'est alors qu’apparaît une nouvelle religion monothéiste, l'islam, dans les tribus arabes du Hidjaz, qui bientôt entament une guerre de conquête en direction de la Syrie, la Palestine et l'Égypte. Entre 631 et 643, trois des centres du christianisme oriental (Alexandrie, Antioche et Jérusalem) tombent aux mains des musulmans. Les Byzantins pratiquent une politique de la terre brûlée et laissent derrière eux une très mauvaise image. La vie chrétienne continue dans les régions conquises, avec le statut de "dhimmis" (« protégés »), mais seules Constantinople et Rome gardent leur liberté politique. Le concile œcuménique de Constantinople de 680 condamne le monothélisme et confesse la pleine humanité du Christ en lui reconnaissant une volonté humaine, faillible (colère face aux marchands du Temple, « "Eli, Eli, lama sabachtani ?" » : « mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? ») distincte de sa volonté divine, infaillible (chaque fois qu'il parle au nom du « père »). Selon certains auteurs, le monothélisme se prolonge dans le maronisme. Cette décision ne fit pas disparaître le monothélisme du Proche-Orient : un schisme eut lieu dans l'Église melkite d'Alexandrie, dirigé par Harmasios (les « harmasites ») ; au Liban, l'Église maronite, qui s'autonomisa dans les années suivant le concile (son premier évêque, Jean Maron, fut intronisé vers 687), était sans doute à l'origine un schisme monothélite (mais la question est controversée) ; d'autre part, l'Arménien Bardanès, devenu empereur byzantin en 711, n'eut rien de plus pressé que d'annuler ce concile et rétablir le monothélisme comme doctrine officielle, ce que l'épiscopat grec accepta d'ailleurs sans broncher (selon le chroniqueur Théophane, son conseiller religieux était un moine de Constantinople). Moyen Âge. Contexte politique. Le partage de l’Empire romain (395) et la supposée disparition de l’Empire romain d’Occident (476) sous les assauts des invasions barbares, vont avoir pour conséquences l’éloignement progressif des chrétientés occidentale et orientale et la revendication tout aussi progressive d'une affirmation de la papauté dans l’ex-Empire romain d’Occident, où il n’existe plus d’autorité temporelle suprême. Ces articulations de chronologie basées sur les crises de l'Empire romain ne sont pas très pertinentes pour l'histoire du christianisme, sauf si l'on veut se cantonner à l'histoire de l'Église catholique romaine et suggérer qu'elle succède et se substitue à l'empire romain d'Occident. Par ailleurs, l'émergence de l'islam au et son expansion progressive vont concurrencer le christianisme sur certaines terres. Ainsi, le passage d’une grande partie des chrétiens du Moyen-Orient et d'Espagne sous domination musulmane (), à la suite des premières guerres arabo-byzantines et à la Conquête musulmane du Maghreb puis de l'Espagne wisigothique (renommée Al-Andalus) modifie profondément le paysage du christianisme. Élaboration du concept historiographique d'Orient et d'Occident. L'étude de la séparation de 1054 entre l'Église romaine et les autres est notamment le fait de Peter L. Brown. L’histoire des rapports entre l'Église d'Occident et les Églises d’Orient devient chaotique et reflète les rivalités de personnes et de sièges. Selon cette vision, du , naît, de l’Irlande à la Pologne, et de la Suède à l’Italie, une nouvelle civilisation romano-barbare, dont la religion sera une forme particulière de christianisme qui deviendra le catholicisme romain. Sous Damase (366-384) débute la revendication de l’autorité de l’évêque de Rome, comme successeur de Pierre (apôtre), en matière de discipline et de liturgie. Le pape Léon (440-461) pousse encore davantage dans de nombreux écrits l’exaltation du siège de Pierre mais déclare être un fidèle sujet de l'empereur. Au concile de Chalcédoine, l'église occidentale refuse l'une des conclusions du concile : le document faute d'accepter de partager la primauté d'honneur en commun Constantinople ; elle la réclame pour elle seule. Face à l’empereur Anastase, le pape (492-496) affirme dans un texte célèbre la primauté du pouvoir spirituel face au temporel. La reconquête de l’Italie par l’empereur Justinien, achevée au milieu du , replace néanmoins provisoirement le pape dans l’orbite de l’Empire. Au , à la suite de l’invasion des Lombards, l’empire byzantin perd progressivement la plus grande partie de ses territoires italiens et la papauté cherche à devenir une puissance autonome en Italie. Les ravages des Lombards en Italie coïncident avec le pontificat de (590-604). Ce pape énergique assume le gouvernement civil de Rome, affermit l’autorité de Rome sur les évêchés italiens, s’efforce d’entretenir des relations suivies avec les autres Églises d’Occident et travaille à la conversion de l’Europe du Nord. C'est aussi à partir du qu'on assiste progressivement à l'essor des écoles cléricales qui prennent le relai du réseau scolaire antique, qui s'était désintégré lors des invasions barbares. Ce processus culmine avec la Renaissance carolingienne aux . Charlemagne assure la papauté comme puissance autonome en vers 756, au moment où il vainc les Lombards, en la dotant d'un patrimoine dit « de Saint-Pierre » et légitimé ultérieurement par la donation de Constantin, qui est un faux. En retour, le pape le sacre « empereur d'Occident » signifiant la fin du pouvoir, sur ces territoires, de l'empereur d'Orient dont le trône est à ce moment tenu par une femme : Irène. La rupture politique entre Orient et Occident est alors consommée ; mais religieusement, l'Église de Rome fait toujours partie de la « communion des sept premiers conciles » et de la « Pentarchie ». L’Église d’Occident des Carolingiens à la féodalité. Au milieu du , la papauté et les Carolingiens nouent des relations qui vont se révéler profitables pour les deux parties, et lourdes de conséquences pour la suite de l’histoire de l’Occident. À la demande de Pépin le Bref, le pape Zacharie apporte par une lettre son soutien moral à l’élimination de la dynastie mérovingienne : Pépin se fait sacrer roi. En échange de cet appui, Pépin mène en Italie deux expéditions dans le but de lever la menace que les Lombards font peser sur Rome. C’est dans ces circonstances qu’est créé l’État pontifical, qui ne disparaîtra qu’en 1870. Cette alliance est encore plus étroite sous le fils de Pépin, Charlemagne. Celui-ci fait adopter la liturgie romaine, à un moment où l’extension du royaume franc correspond à celle de la Chrétienté occidentale (à l’exception des Îles britanniques et du petit Royaume des Asturies). Lors de la guerre contre les Saxons d'Allemagne (772-805), Charlemagne ordonne aussi la conversion en masse, et par la force, de la population, afin d'humilier son adversaire. C'est aussi sous Pépin le Bref et Charlemagne que l'ancêtre du chant grégorien, le chant messin, se développe, sous l'influence de l'évêque Chrodegang de Metz, qui agit en tant qu'intermédiaire entre Pépin le Bref et la papauté. La crise iconoclaste. La controverse iconoclaste est la . Elle se déroule au haut Moyen Âge. Au , l’iconoclasme est une réaction au culte des images (ou « icônes »). Ce culte se manifeste de diverses façons ; de l’illumination de l’icône à la prosternation, jusqu’à la conviction que l’icône a un caractère agissant par elle-même. Les raisons de la crise ne sont pas claires. a invoqué entre autres l’influence du judaïsme et de l’islam. Les premières mesures iconoclastes sont prises en 725 par l’empereur . Il remplace le patriarche Germanós par un iconoclaste, Anastase. Dans un premier temps, il n’y a pas de persécutions. Le successeur de Léon, l’empereur Copronyme, convoque un concile qui fait de l’iconoclasme la doctrine officielle de l’Empire d’Orient. Il doit faire face à l’opposition des moines qui sont iconodules (partisans du culte des images). Sous l’impératrice Irène a lieu une réaction : en 786-87, un nouveau concile renverse la tendance et rétablit le culte des images. La hiérarchie « orthodoxe » suit la volonté impériale. En 815, un autre empereur, , revient à l’iconoclasme. Il doit faire face à une opposition puissante menée par Théodore le Stoudiote. Dès la mort de l’empereur Théophile, en 845, le culte des images est définitivement rétabli. Lutte entre l'Église d'Occident et les pouvoirs temporels aux. L'Église d'Occident se veut l'instance spirituelle, supérieure - dans la conception aristotélicienne - à l'état temporel. Depuis l'époque carolingienne, le pape est également à la tête d'un État et ne manquera pas de jouer sur les deux tableaux. Au , l'évêque de Rome devenu pape est sous la tutelle de l’aristocratie romaine quand se dissout l'Empire carolingien, puis sous celle des empereurs germaniques. L’ensemble du monde religieux est sous l’emprise des seigneurs féodaux, dans laquelle la fonction d’évêque est un bien de famille. L’idée d'indépendance fait son chemin. Au , sous l’influence du moine Hildebrand, le pape Nicolas II confie l’élection pontificale au collège des cardinaux (1059). En 1073, Hildebrand devient pape sous le nom de Grégoire VII. Il va lancer ce que l’on appelle la . Sa doctrine est élaborée dans le "Dictatus papæ", qui affirme la primauté du Pape y compris sur les autres souverains. Au même moment, Grégoire VII favorise la construction du droit canonique, discipline centrale de l'Université de Bologne fondée en 1080, qui sera codifiée avec le décret de Gratien au . En s’attaquant à l’investiture laïque, Grégoire VII entre en conflit avec l’empereur germanique Henri IV. Celui-ci fait déposer le pape par une assemblée d’évêques à Worms. C’est le début de la Querelle des Investitures. Le pape fait à son tour déposer l’empereur. Face à la rébellion de nombreux vassaux, l’empereur : en tenue de pénitent, il va implorer le pardon du pape au château de Canossa en Toscane (1077). En fin politique, en 1080, l'empereur fait élire un antipape, Clément III. Ce n’est qu’en 1122, que son fils Henri V conclut avec le pape Calixte II un accord connu sous le nom de concordat de Worms. Aux termes de ce compromis, l’investiture temporelle des évêques et abbés revient à l’empereur, tandis que le pape leur accorde l’investiture spirituelle. La papauté n’entend cependant pas renoncer à ses prétentions. En 1139, le deuxième concile du Latran affirme que . Le conflit reprend de plus belle au milieu du : il oppose l’empereur Frédéric Barberousse au pape Alexandre III, avec un schéma sensiblement identique : l’empereur fait désigner un antipape, tandis qu’Alexandre III s’allie à la ligue des villes lombardes. Le conflit militaire tourne au désavantage de Frédéric Barberousse, qui doit signer la paix de Venise (1177). Cet épisode aura une conséquence importante : au troisième concile du Latran (1179), il est décidé que le pape sera dorénavant élu à la majorité des deux tiers du collège des cardinaux. La rupture de la « Pentarchie » par le schisme de 1054. Au , le premier problème grave tourne autour de la nomination du patriarche de Constantinople. L’empereur Michel III dépose le patriarche Ignace, et le remplace par Photios. Le pape Nicolas, qui y voit une occasion d’intervenir dans les affaires de Constantinople, finit par refuser de reconnaître Photios: c'est le . On évoque alors, pour la première fois, la question du , qui reste en suspens lorsque le pape et Photios réconcilient. Le schisme de 1054 dont les origines sont politiques, intervient lorsque le légat du pape Hubert de Moyen-moutier et le patriarche de Constantinople Michel Cérulaire s’excommunient mutuellement. La séparation des églises suit en gros la frontière linguistique et politique qui partageait les deux Empires d'Occident et d'Orient : les églises de liturgie latine suivent Rome, celles de liturgie grecque, slavonne ou roumaine suivent Constantinople. Les quatre patriarcats d'Orient (Jérusalem, Alexandrie, Antioche et Constantinople) continuent à suivre le symbole de Nicée-Constantinople, tandis que l'église de Rome y ajoute le , une modification doctrinale due à Charlemagne, qui change complètement les rapports de l'Église romaine avec les non-catholiques, puisqu'avec le , seule une âme chrétienne peut être sauvée, alors que sans lui, Dieu peut sauver toute âme, chrétienne ou non : cette différence va rendre le prosélytisme et les missions de l'Église latine, mais aussi sa volonté de contrôle sur ses fidèles (Inquisition) beaucoup plus fortes qu'auparavant, et va contribuer à motiver les croisades, émaillées d’une multitude d’incidents entre et . En 1204, le sac de Constantinople par les croisés va consommer la rupture. Mais ce sont les innovations doctrinales et canoniques de Rome qui la rendent irréversible (Filioque, Purgatoire, autorité temporelle des papes, célibat des prêtres, inquisition...). À deux occasions, au deuxième concile de Lyon en 1276 et au concile de Florence en 1439, pour obtenir le soutien des armées occidentales contre la conquête musulmane, des empereurs byzantins reconnaissent la primauté du pape de Rome, et tentent de reconstituer la « Pentarchie », mais sont désavoués par la hiérarchie de ce que l’on peut maintenant appeler l’Église orthodoxe. Après la chute de l'empire d'Orient, du au, l'Église occidentale n'aura de cesse que de reconquérir les petites églises en sorte d'isoler les églises orthodoxes. Enfin, la Quatrième croisade, en affaiblissant de manière irréversible l'Empire byzantin dont les ressources économiques sont captées par les thalassocraties vénitienne et génoise, l'empêche de continuer à jouer son rôle de « bouclier de l'Europe » face aux Turcs ottomans qui débarquent en 1332 en Europe, encerclent Constantinople qu'ils prennent en 1453, puis portent en 1526 leur frontière aux portes de Vienne, qu'ils assiègent en 1529 et 1683. Apogée de la société chrétienne occidentale au. Le processus engagé aux culmine au , sous le pontificat d’Innocent III. Celui-ci a une conception élevée de la fonction pontificale. Sur le plan spirituel, son autorité est sans partage et s’exerce à travers toute la chrétienté occidentale par l’envoi de légats pontificaux. Sur le plan temporel, il fait une distinction entre l’"auctoritas" du pape et la "potestas", que les souverains tiennent du pape. Innocent III intervient dans les affaires temporelles de nombre d’États en excommuniant ou déposant les souverains. Il obtient par ailleurs que plusieurs de ces souverains se déclarent vassaux du Saint-Siège (notamment Jean sans Terre, roi d’Angleterre). Ses successeurs reprennent la lutte contre l’Empire incarné par le Hohenstaufen Frédéric II. Le conflit sans merci qui oppose les guelfes (partisans du pape) aux gibelins (partisans de l’empereur), tourne à l’avantage de la papauté : grâce à l’appui de Charles d’Anjou, la dynastie des Hohenstaufen est éteinte et le Saint-Empire éliminé d’Italie. La papauté triomphe également en Orient : au deuxième concile de Lyon (1274) l’empereur Michel VIII Paléologue, partisan de l’, reconnaît la primauté du pape de Rome. Ces succès sont de courte durée : dès la mort de Michel VIII, l’Église byzantine rejette l’union, tandis qu’en Occident le roi de France Philippe le Bel, irrité par les ingérences du Saint-Siège, opère un coup de force : lors de l’épisode connu sous le nom d’, il s’en prend physiquement au pape Boniface VIII (1303), qui meurt du choc de cette humiliation. Crises de l’Église aux. Grosso modo, du point de vue l'église latine, le christianisme connait une hérésie par siècle, parfois plus. Venu s’installer provisoirement à Avignon pour préparer le concile de Vienne, destiné à condamner les Templiers, le pape français Clément V finit par y demeurer, vu l’insécurité qui règne en Italie. Cette situation se perpétue sous ses successeurs Jean XXII et Benoît XII. L’administration papale atteindra un degré de centralisation inégalé jusqu’alors, notamment en matière de fiscalité pontificale, mais les prétentions de la papauté à gouverner le monde chrétien suscitent de plus en plus d’opposition, notamment de la part de théologiens comme Marsile de Padoue ou Guillaume d'Ockham. Les monarchies occidentales comme la France et l’Angleterre, elles aussi sur la voie de la centralisation, se rebiffent. C’est cependant le luxe de la cour papale qui finit par scandaliser bon nombre de chrétiens. L’écrivain Pétrarque la traite de et Catherine de Sienne la dénonce en termes encore plus violents. Sensible à ces critiques, le pape Grégoire XI revient s’installer à Rome en 1377. À peine élu, son successeur Urbain VI, extrêmement autoritaire, entre en conflit avec les cardinaux. Sous prétexte qu’ils ont élu le nouveau pape sous la contrainte de la population romaine, une majorité de ceux-ci procèdent à l’élection d’un nouveau pape, Clément VII, qui s’installe à Avignon. Urbain VI refuse de s’effacer. C’est le début du Grand Schisme d'Occident (1378-1417). La querelle d’obédience divise le monde chrétien occidental tout entier. Le schisme se prolonge après la mort des deux protagonistes, qui ont chacun un successeur. Le concile de Pise (1409), embrouille encore un peu plus la situation en élisant un troisième pape. Dans une Chrétienté occidentale désorientée, des remises en cause doctrinales voient le jour: en Angleterre celle de John Wyclif condamnée en 1382 et surtout en Bohême celle de Jan Hus, moins radicale mais plus durable. L’empereur Sigismond convoque le concile de Constance en 1414. Celui-ci condamne les théories de Wyclif et Hus. Ce dernier est exécuté. Le concile dépose ensuite les trois papes et procède à l’élection d’un pape qui fait enfin l’unanimité : Martin V. Si l’unité de l’Église est rétablie, le besoin de réformes continue à se faire sentir. Certains théologiens voient la solution dans la tenue régulière de conciles (conciliarisme). Ces thèses se retrouvent d’ailleurs dans les décrets "Haec sancta" et "Frequens" du concile de Constance. Le concile de Bâle à peine réuni en 1431, il est dissous par le pape Eugène IV. Les participants au concile se rebiffent et refusent de se disperser. Ce mini-schisme se termine par la victoire du pape qui manœuvre habilement en convoquant un nouveau concile à Ferrare puis à Florence. Si la primauté du pape sur les conciles est acquise pour longtemps, le pouvoir papal est néanmoins battu en brèche sur plusieurs fronts, qu’il s’agisse de l’indépendance des Églises nationales, comme en France où le roi promulgue la Pragmatique Sanction de Bourges, ou de la persistance de mouvements radicaux, comme en Bohême, où le pape doit transiger avec les Hussites. Par ailleurs, les conflits au sommet de l’Église ont jeté le trouble dans l’esprit des fidèles, dont la piété prend un caractère plus personnel. Au , le christianisme occidental est traversé par un courant mystique, dont Maître Eckhart et Jean de Ruisbroek sont les représentants les plus connus. Le temps des réformes. Le temps des Réformes n'est pas seulement l'affaire des Églises qui en sont issues. C'est un mouvement européen issu de facteurs religieux, politiques, démographiques, économiques, culturels et technologiques. Les facteurs de la Réforme. Facteurs religieux. Au et au début du , la chrétienté est encore imprégnée par certains aspects de la mentalité du Moyen Âge. Elle est tourmentée par la peur de la damnation éternelle et par l'espérance du salut. L'Église a mis en place au cours des siècles tout un arsenal de mesures permettant de gagner son salut et de réduire la durée passée au purgatoire : jeûne, pénitence, pèlerinages, prières, processions, culte de la Vierge, culte des saints et commerces des reliques, commerce des indulgences. Le bas clergé issu du peuple est à peine instruit et contribue à faire de la religion un ensemble de pratiques plus proches de la superstition que de la foi. Le peuple des fidèles, souvent illettré (seulement 10 % de la population sait lire), qui entend la parole de Dieu proclamée en latin dans les églises, et qui donc n'a accès qu'à des commentaires de la Bible en langue vulgaire, est souvent désorienté par ces pratiques formelles. La croyance à la sorcellerie est très répandue. Les réformateurs n'auront donc de cesse de revenir à la source : l'interprétation de la Bible, traduite en langue vernaculaire. Facteurs politiques. Au début du , la chrétienté est essentiellement répartie entre l'Espagne et le Saint-Empire romain germanique, vaste ensemble dirigé par Charles Quint, la France dirigée par , le Portugal, l'Angleterre, les États pontificaux, et les pays scandinaves. Elle est menacée à l'est par l'Empire ottoman. Les rivalités entre certains souverains, surtout ceux qui dirigent les deux principales puissances du continent, Charles Quint et François Ier (qui n'hésitera pas à s'allier avec les Ottomans contre Charles Quint), auront pour effet de retarder la tenue d'un concile pour régler les questions religieuses. Le concile de Trente n'ouvrira qu'en 1545 et ne se terminera, après deux interruptions, qu'en 1563, alors que la rupture entre catholiques et protestants est déjà consommée. Facteurs démographiques. Le mouvement des essartages produit une meilleure nourriture et l'allongement de la durée de la vie. Des surplus se dégagent et créent des courants commerciaux et donc monétaires. L'Église encourage le retard de l'âge du mariage ; une nouvelle période de la vie se développe : l'adolescence propice aux études. L'Église développe donc des écoles. Facteurs culturels. On invente la philologie (étude des textes), et la critique textuelle grâce à laquelle Lorenzo Valla démontre que la Donation de Constantin est un faux du . Avec l'exil des érudits grecs, à la suite de la chute de Byzance, on voit arriver en Occident des manuscrits bibliques grecs que personne n'avait jamais vus ; les humanistes contribuent à cette remise en question. Les Voyages de grande découvertes amènent à s'interroger sur le salut des indigènes avant leur évangélisation, partant sur son propre salut dans un environnement où la mort est toujours proche, celui des grandes pestes. Facteurs économiques. Les voyages de grande découvertes amènent une extension du commerce, à partir de l'Espagne, dans lesquels une partie des féodaux européens (anglais, italiens, espagnols, princes d'Europe centrale et baltes) prend part. Une amélioration de la qualité de la monnaie et l'adoption d'un bi-métallisme produit un enrichissement et la faculté de devenir mécène. Les papes issus des grandes familles italiennes se conduisent comme n'importe quels féodaux. À la fin du , l’Église était en crise. Au niveau de la papauté et du haut clergé cette crise se manifestait par des pratiques et des comportements qui n’avaient plus aucun rapport avec la foi : les papes faisaient la guerre et se préoccupaient plus de s’enrichir que de faire respecter la religion. Ils pratiquaient le népotisme, c’est-à-dire qu’ils plaçaient leurs protégés (souvent leurs enfants illégitimes) à des postes importants ; le haut clergé pratiquait le cumul des bénéfices ecclésiastiques ; on vendait des simonies et on se livrait à la vente d’indulgences (pardon des péchés). Des croyants réagissent à cette situation. Facteurs technologiques. L'invention de l'imprimerie rend le livre moins précieux, moins cher, et donc plus répandu. On imprime aussi des tracts et des placards. La première bible est imprimée (en latin) dès 1455. Les écrits des réformateurs seront très largement diffusés grâce à l'imprimerie. La Réforme protestante. L'adoption de la Réforme est aussi un caractère politique. C'est un moyen pour les princes d'affirmer leur indépendance face à une papauté revendiquant une théocratie universelle ou pour les populations de pouvoir se révolter face un souverain mal accepté comme en Écosse et aux Pays-Bas espagnols. Dès le , se développent au sein de la Réforme des mouvements plus radicaux appelés à jouer un rôle dans le développement du protestantisme : le puritanisme en Angleterre et le baptisme en Europe centrale. Par ailleurs, les nouvelles colonies anglaises en Amérique du Nord serviront de refuge à de nombreux groupes persécutés en Europe. Ceci explique que les États-Unis soient encore actuellement un des foyers les plus vivaces du protestantisme avec l'Europe du Nord (Suède, Danemark, Lituanie, Pays-Bas) et l'Europe Centrale (Allemagne, Suisse, Hongrie). Les excès commis par un petit groupe d’anabaptistes fanatiques qui avaient pris le pouvoir à Münster en 1534 ont contribué à dresser contre eux les autorités tant catholiques que protestantes. La majorité des anabaptistes sont pourtant pacifistes, comme en témoigne la prédication de Menno Simons (1496-1561), un de leurs principaux dirigeants, auquel doit son nom les mennonites. Un autre groupe d'anabaptiste, implanté en Moravie, porte le nom de frères Moraves. Dès le début du , le protestantisme s’épanouira en Amérique du Nord. La plupart des colonies anglaises ont été fondées par des groupes protestants très divers. Un des groupes les plus connus est celui des "Pilgrim Fathers" ou pères pèlerins qui fondent Plymouth au Massachusetts en 1620, composé de Puritains anglais. À partir de 1639, Roger Williams, chassé du Massachusetts, fonde des Églises baptistes dans la colonie de Rhode Island. Le quaker anglais William Penn (1644-1718) fonde en 1682 la colonie de Pennsylvanie. Il y invite les mennonites allemands, persécutés dans leur pays, qui arrivent par dizaines de milliers. Des calvinistes écossais et hollandais fondent des communautés presbytériennes. La Réforme dans le Saint-Empire. Martin Luther (1483-1546) est un moine tourmenté par son salut, il s’interroge donc sur la situation décrite ci-dessus. Dès 1515, il commence à la religion en donnant des cours sur certaines épîtres de Paul (dont l'épître aux Romains), et en 1517, quand les envoyés du pape arrivent pour vendre les indulgences, il affiche sur la porte de son église 95 thèses, dans lesquelles il condamne la vente d'indulgences et les autres abus de l’Église. Le pape le somme de se rétracter et face à son refus l’excommunie. Luther devra également faire face à l’empereur Charles Quint. Ce dernier, soucieux de ménager à la fois le pape et les princes de l’Empire dont certains avaient déjà rallié le luthéranisme (nom de la doctrine de Luther), hésitera entre la répression et la tolérance. D’abord, il chasse Luther mais devant les protestations de certains princes luthériens (d’où le nom de religion protestante), il accorde à chaque prince le droit de choisir sa religion, ses sujets étant obligés de le suivre. Les thèses de Luther : Du point de vue politique, il se rangera du côté des bourgeois contre les paysans et le petit peuple qui avaient cru trouver un soutien dans sa doctrine et s’étaient révoltés contre leurs princes avec la Réforme radicale. La Réforme en Suisse. En Suisse, la Réforme a lieu en même temps qu’en Allemagne. Les idées du réformateur suisse Ulrich Zwingli (1484-1531) sont au départ proches de celles de Luther. À partir de 1529, il s’éloigne du luthéranisme et perd le soutien des princes allemands. Il est tué en 1531 à la bataille de Kappel, qui oppose les cantons suisses catholiques à Zurich. Cette défaite militaire freine le développement du protestantisme en Suisse. Le réformateur français Calvin appelé, chassé, puis rappelé à Genève (1541), fait de cette ville un bastion du protestantisme. Il fait condamner à mort et brûler Michel Servet parce que celui-ci réfutait la doctrine de la Trinité. La Réforme en France. Les idées de Luther inspirent un juriste français, Jean Calvin (1509-1564). Ce dernier propage d’abord le luthéranisme puis le transforme en une doctrine plus sévère. Pour le calvinisme, l’homme est entièrement soumis à Dieu : chacun est d'avance prédestiné à recevoir, ou non, la grâce: dans le débat entre la grâce divine et le libre arbitre, celle-là l'emporte nettement. Il faut gouverner suivant les Écritures (dépouillement total des lieux de cultes, réglementation des tenues vestimentaires, bijoux, etc.). Cette doctrine, dont le succès est partiel en France, s’impose en Suisse, dans le nord des Provinces-Unies (actuels Pays-Bas) et en Écosse. Par ailleurs, des calvinistes persécutés en Angleterre émigrent en Amérique du Nord, notamment aux États-Unis. En France, la Réforme aboutit à la persécution des Huguenots et à de sanglantes guerres de religion. En 1598, l’édit de Nantes y mit un terme pour 60 ans en autorisant le culte réformé, jusqu'à la révocation de cet édit par Louis XIV en 1685. Les Huguenots sont à nouveau persécutés par les Dragonnades et forcés à se convertir au catholicisme. La Réforme en Angleterre. Dans ce pays, les motivations sont d'abord politiques ; leur caractère religieux tient à l'indépendance de l'église d'Angleterre en regard d'une volonté pontificale théocratique. Le roi d’Angleterre, Henri VIII, veut être le seul à contrôler son royaume (absolutisme). Il désire donc se débarrasser du pouvoir que détient le pape sur l’Église d’Angleterre. Il trouve un prétexte (son divorce refusé par le pape) et, en 1534, se proclame chef de l’Église d’Angleterre ou anglicane. L’anglicanisme réunit une grande partie de la doctrine calviniste et la hiérarchie et du rituel catholique (décorations, fastes nécessaires pour célébrer la gloire de Dieu). Les calvinistes qui ne tolèrent pas cette adaptation sont persécutés et s’exilent (voir puritanisme). En Angleterre les puritains ou non-conformistes estiment que l’Église anglicane ne s’est pas suffisamment dégagée du catholicisme; ils sont notamment opposés à l’organisation épiscopalienne à laquelle ils préfèrent des communautés d’anciens et des synodes, c’est-à-dire une conception congrégationaliste de l’Église. Ils sont aussi partisans d’une plus grande rigueur morale. Face à l’opposition et à la politique de persécution de la plupart des souverains anglais (sauf sous Cromwell) du , ils émigreront d’abord vers les Provinces-Unies, où ils entreront en contact avec la tendance baptiste. Les baptistes sont opposés au baptême des enfants (pédobaptême), auquel ils préfèrent le baptême des adultes. Ils pratiquent le baptême par immersion, plutôt que par aspersion. Eux-mêmes récusent le terme d’, à savoir « qui rebaptisent » dont les affublent leurs adversaires : il ne peut en effet être question d’un , puisque celui des enfants ne peut être considéré comme valable. Leur idée du congrégationalisme va plus loin que celle des puritains : l’interprétation des Écritures repose sur le consensus qui résulte d’un débat auquel chaque membre de la communauté peut prendre part. Il s’agit d’une conception très démocratique du christianisme. La Contre-Réforme ou « Réforme catholique ». « Depuis le concile de Trente, l'Église catholique n'a développé de théologie qu'anti-protestante », écrit Yves Congar. C'est une tendance de fond qui préside encore à la crise moderniste et dure jusqu'au concile Vatican II. Devant la crise politico-religieuse, l'Église catholique engage le mouvement de la Contre-Réforme, sous la bannière des Jésuites, sorte d’ au service du pape chargée de la formation intellectuelle (collèges) et des missions évangélisatrices, notamment dans le Nouveau Monde et en Asie (ce qui provoquera la Querelle des rites à la fin du ). L’Inquisition, tribunal religieux créé au , est rétablie. Elle fait torturer et brûler les hérétiques. En 1543, l’Index des « livres interdits » est instauré. Pour consacrer ces décisions, le pape accepta finalement de réunir le concile de Trente (1542-1563). Celui-ci décida : Le développement de la Contre-réforme ne suit pas le même cours dans les différents pays catholiques. Dans une politique défavorable à l’égard du pape et de l’Espagne, la France n’accepta pas les principes du concile de Trente et s’opposa catégoriquement à l’inquisition. La Contre-réforme ne débuta en France que dans les années 1580. Elle atteint son apogée sous le règne de Louis XIV. En Allemagne, la Contre-réforme déboucha sur la guerre de Trente Ans. Expansion coloniale. En 1455, le pape Nicolas V concéda au Portugal l'exclusivité du commerce avec l'Afrique et encouragea Henri le Navigateur à soumettre en esclavage les , comptant sur les progrès des conquêtes pour obtenir des conversions. Après la découverte de l'Amérique par les Européens en 1492, le pape Alexandre VI est amené à arbitrer le partage du nouveau monde entre les puissances espagnoles et portugaises, et leur attribue l'activité de mission qui a souvent été considérée par les puissances coloniales comme un instrument permettant d'introduire les intérêts occidentaux, voire de légitimer des interventions politiques ou militaires. Le catholicisme s'implante aux Amériques avec les conquêtes espagnoles, au Mexique avec la conquête de Cortés et au Pérou à la suite de celle de Pizarre. Les missions vers l'Asie remportent peu de succès, sauf aux Philippines et à Goa. Les bulles pontificales "Sublimus Dei" () et "Veritas ipsa" du pape Paul III () condamnent l'esclavage des Amérindiens ainsi que , mais n'évoque pas les Noirs. Après la Controverse de Valladolid en 1550 la traite négrière se généralise. À l'issue des guerres de religion qui opposèrent catholiques et protestants en Europe, les colonies anglaises d'Amérique offrirent dès le un asile à ceux qui fuyaient l'intolérance religieuse en Europe. Alors que le Nord-Est restait puritain et les États du Sud anglicans, dans les États du centre l'arrivée des immigrants anabaptistes et piétistes allemands, des frères moraves tchèques, des presbytériens écossais et nord-irlandais, des huguenots français, des méthodistes et baptistes anglais notamment provoquèrent le foisonnement religieux du grand réveil. C'est dans ce contexte que de grands prédicateurs itinérants parcoururent le territoire. L'Église coloniale prit fin en Amérique du Sud, après l'expulsion des Jésuites en 1767 puis la prise d'indépendance des États vis-à-vis de l'Europe. L'Église catholique et la modernité. L’Église catholique et les Lumières. À la fin du , les premières lectures critiques de la Bible entamèrent le monopole spirituel de l’Église catholique romaine, tandis que la Révolution copernicienne avait mis en cause le géocentrisme. La hiérarchie catholique ne reviendra sur cette question qu'au milieu du , sous Benoît XIV. Si ce dernier admet une ouverture relative de l'Église au monde moderne, il condamne toutefois sévèrement la franc-maçonnerie ("Providas romanorum", 1751). Au même moment, des philosophes athées (comme Diderot ou D'Alembert) ou déistes (comme Voltaire) ne se privent pas de critiquer l’Église, le fanatisme et les superstitions. Bien que certains, tels Maurice Sachot, attribuent au christianisme une part importante dans la séparation des pouvoirs religieux et politiques (« rendez à César ce qui est à César »), selon Paul Veyne, « l’initiative et le gros du travail sont dus aux Lumières ». L'influence grandissante de l'idée de laïcité et de sécularisation n'est cependant pas portée uniquement par des adversaires des Églises : Kant, croyant et protestant, qui pose un jalon décisif dans l'histoire des rapports entre foi et raison, prône leur autonomie respective. L’Église catholique et la Révolution française. La Révolution française pose la question du rapport de l’État et de l’Église dans les pays catholiques. Dans la foulée du gallicanisme, l’Assemblée constituante de 1789 française adopte un ensemble de mesures qui transforment radicalement les structures religieuses en France : Les biens du clergé sont par ailleurs confisqués. Cette décision entraîne un schisme entre l’Église du point de vue de la Révolution (c’est-à-dire ) et les membres du clergé restés fidèles au pape (les prêtres ). En novembre 1791, un décret est voté contre les prêtres réfractaires. Après quelques années de persécution pure et simple de la religion, Napoléon négocie avec le pape le Concordat de 1801, qui servira plus tard de modèle dans de nombreux pays. Cet accord marque un souci d’apaisement et permet malgré tout au pape d’affirmer son autorité sur l’Église gallicane. Le sera marqué par l’ultramontanisme, un courant de pensée qui reconnaît l’infaillibilité et la suprématie pontificale. Le courant moderniste. Le monde qui émerge des guerres napoléoniennes a changé, et l’Église catholique ne retrouvera jamais la position qu’elle occupait durant l’Ancien Régime. Les sociétés se sécularisent rapidement. En revanche, le Vatican envoie de nombreux missionnaires dans les colonies. En France, la politique pro-cléricale de la Restauration (loi Bonald abolissant le divorce, loi sur le sacrilège punissant ce dernier de la peine capitale, etc.) est emportée par la révolution de 1830. La question religieuse continue toutefois de faire débat tout au long du et même après, de la loi Falloux de 1850 favorisant l'enseignement confessionnel, à la loi de séparation des Églises et de l'État de 1905 en passant par les lois Jules Ferry sur l'éducation laïque, gratuite et obligatoire. Les États pontificaux, dernier vestige du pouvoir temporel de la papauté, sont absorbés par le nouvel État italien, et à partir de 1870, le pape se considère comme prisonnier dans la Cité du Vatican. Cette affaire ne sera réglée que sous Mussolini par les accords du Latran (1929). En 1864, Pie IX publie l’encyclique "Quanta Cura ", à laquelle s’ajoute le "Syllabus", qui condamne sans appel 80 « erreurs modernes ». De nombreux ouvrages suspectés de « modernisme » sont mis à l’Index. Cette tendance se confirme lors du premier concile œcuménique du Vatican (1870), dont la principale décision est de proclamer l’infaillibilité pontificale (encyclique "Pastor Æternus") : le pape, lorsqu'il parle "ex cathedra" et en tant que docteur suprême de l'Église, ne peut, selon ce dogme, se tromper. Certains évêques sont en désaccord avec les décisions, ce qui donne lieu à un schisme dans la seconde moitié du : celui de l'Église vieille-catholique. L’Église catholique doit affronter des courants intellectuels athées et anticléricaux. En France, le positivisme d’Auguste Comte secoue les fondements de la métaphysique et de la religion. Des penseurs tels que David Strauss ou Ernest Renan lancent la quête du Jésus historique et fondent les sciences religieuses ainsi que l'exégèse critique de la Bible. Les progrès des sciences naturelles, en géologie et en paléontologie notamment, symbolisés par la publication en 1859 de "De l'origine des espèces" de Darwin, invalident la lecture littérale de la Bible. Face à cet effritement, la papauté réagit par un raidissement doctrinal et répond par le serment antimoderniste qui encourage le fondamentalisme. En réaction à l'infaillibilité pontificale d'une part et d'autre part à l'évolution de la lecture de la Bible, les Églises conservatrices américaines se réunissent à leur tour en Églises fondamentalistes. Après la crise moderniste des premières années du , le débat sur le modernisme dans l'Église catholique se poursuit jusqu'au concile Vatican II (1963-1965), lancé par Jean XXIII et poursuivi par Paul VI. Le christianisme et la question sociale. La doctrine sociale de l'Église catholique. Les problèmes sociaux consécutifs à la révolution industrielle (révolte des Canuts…) poussèrent les chrétiens et l’Église catholique à un renouvellement de leur pensée sociale. En effet, les profondes transformations économiques, sociales et politiques ne permettaient plus aux chrétiens et aux structures existantes de l’Église catholique d’exercer la charité dans les mêmes conditions. Il fallait refonder l’action sociale. Les premiers à contester l’idée que la misère était inévitable et même nécessaire furent des ecclésiastiques et des penseurs catholiques. On peut citer Frédéric Ozanam et Lamennais en France, Wilhelm von Ketteler en Allemagne. Certains de ces penseurs furent d’abord condamnés par l’autorité religieuse. Il faut distinguer différentes attitudes, celle des individus (prêtres, intellectuels catholiques), celle des Églises nationales et des partis politiques qui y sont liés, et celle du pape. Peu à peu, une position officielle de l’Église par rapport au problème social prit forme. Elle aboutit en 1891 à la promulgation de l’encyclique "Rerum novarum" par la plus haute autorité de l’Église, le pape Léon XIII. Cette attitude obligea les Églises nationales à modifier leur point de vue et à admettre que des mesures politiques étaient nécessaires pour soulager la misère. Au niveau politique, ce nouveau courant finit par donner naissance à diverses formations politiques qui se rassembleront ultérieurement sous le nom de démocratie chrétienne. Celle-ci fut longtemps combattue par une partie importante des catholiques et par l’épiscopat. Théologie de la libération. Dans les années 1960 en Amérique latine, l’ampleur des inégalités sociales et la violence des luttes incite des ecclésiastiques catholiques à soutenir les combats pour la « libération des pauvres », y compris par la révolution qui, dans cette aire culturelle, est essentiellement marxiste-léniniste, donc en théorie athée. Ce courant, dénommé « théologie de la libération » soutient qu’existe, à cote du péché personnel, un péché collectif et structurel, c’est-à-dire un aménagement de la société et de l’économie qui cause la souffrance d’innombrables « frères et sœurs humains ». Au cours des années 1960 et 1970, des régimes militaires ont été établis dans la plupart des pays d’Amérique latine. Alors que la hiérarchie ecclésiastique soutient le plus souvent les dictatures en place, les militants de la théologie de la libération participent activement à la résistance contre ces dictatures et contribuent à leur déclin à partir des années 1980. Ils ont été un facteur important, sinon décisif, de la démocratisation de ces États. En Colombie, plusieurs prêtres s’engagent dans les guérillas paysannes. Parmi eux, Camillo Torres, qui meurt au combat en 1966, et Manuel Pérez, qui commande la guérilla de l’ELN ("Ejército de Liberación Nacional") au cours des années 1980. .Au Salvador, l’archevêque Oscar Romero est tué par des paramilitaires en . Ignacio Ellacuria et ses cinq collègues jésuites de l’Université centre-américaine d’El Salvador sont assassinés en par l’armée gouvernementale. En Argentine, certains prêtres sont torturés à mort sous le régime de Jorge Videla. Les Églises protestantes depuis la Réforme. Sciences religieuses et libéralisme théologique. Les sciences religieuses se classent parmi les sciences humaines et sociales. L'expression est souvent usitée au pluriel car il s'agit d'approches pluridisciplinaires mais non théologiques du fait religieux en sociologie, anthropologie, psychologie, philosophie, art, histoire littéraire, philologie, linguistique, exégèse ou archéologie. Le droit et les sciences politiques peuvent également être associés aux sciences religieuses lorsqu'il s'agit d'étudier comment les sociétés régulent, de façons très diverses, le fait religieux, allant du statut des institutions et des communautés déclarées croyantes (comme par exemple les républiques islamiques) à celui des des accommodements raisonnables comme la laïcité. En 1885 l'école pratique des hautes études fut la première en France à créer une section de sciences religieuses. Les sciences religieuses n'ont de rapports avec la théologie que pour éclairer la compréhension de certaines manifestations phénoménologiques. Le « libéralisme théologique », lui, a été décrit comme une interprétation de moins en moins littérale des textes sacrés, prenant en compte les apports des sciences religieuses, selon l'aphorisme de 1862 du bibliste . L'histoire des religions est un intérêt objectivant pour les traditions religieuses, dans une tradition comparatiste. La mise à distance historique a permis de traiter la diversité des faits religieux comme une réalité non polémique. Évitant toute folklorisation du religieux, d'autres disciplines analysent le fait religieux comme une réalité vivante spécifique, à la fois englobée et distincte des "cultural studies". La sociologie des religions est la branche des sciences religieuses qui étudie les aspects quantitatifs (comme la géographie) et la phénoménologie des religions (comme l'anthropologie le fait dans les sociétés premières). La question de la place en sciences religieuses d'une approche des théologies comparées, vide à élucider les invariants ou les singularités herméneutiques de chaque tradition.
Hongrois Le hongrois ou la langue hongroise (hongrois : "magyar nyelv" ) est une langue de la branche finno-ougrienne des langues ouraliennes, dont d'autres membres sont le finnois et l’estonien, ainsi que le khanty (ou "ostiak") et le mansi (ou "vogoul"). Il est parlé par environ de personnes, dont vivent en Hongrie. Il existe aussi des communautés magyarophones dans tous les pays voisins de la Hongrie (Roumanie, Slovaquie, Serbie, Ukraine, Autriche, Croatie et Slovénie), ainsi que d’importantes communautés apparues par émigration aux États-Unis, au Canada, en Israël, etc. Par sa morphologie, le hongrois est typologiquement une langue agglutinante. Sa phonologie est caractérisée par l'harmonie vocalique. À côté de son vocabulaire hérité ou développé en interne, le hongrois a emprunté historiquement des mots aux langues turques, aux indo-iraniennes, aux langues slaves, au latin, à l'allemand et à quelques autres langues. Le hongrois s'écrit depuis le dans une forme adaptée de l’alphabet latin, qui a progressivement remplacé l'alphabet runique hongrois. Ce dernier est en revanche de plus en plus utilisé partout dans les régions magyarophones depuis sa « redécouverte » dans les années 1980. Répartition géographique et statut. Sur les de locuteurs du hongrois, vivent en Hongrie, où le hongrois est langue officielle. Cette langue a le même statut en Slovénie (), à côté du slovène, dans les localités où il y a des « communautés nationales » hongroises. Quant à l'importance du nombre de locuteurs, le deuxième pays est la Roumanie, avec de langue maternelle. Dans ce pays, le hongrois peut être utilisé dans l'administration locale, dans les localités où le poids des personnes appartenant à la minorité hongroise dépasse les 20 %. En Serbie (), dans la province de Voïvodine, le hongrois est dit « d'usage officiel » dans les localités où la population magyarophone atteint 15 % de la population totale. Dans les pays suivants aussi, Slovaquie (), Ukraine, dans la région de Transcarpathie (), Autriche () et Croatie (), le hongrois est une langue minoritaire reconnue. En dehors des pays voisins de la Hongrie, où les Hongrois ont un statut de minorité nationale, il y a beaucoup de locuteurs de hongrois dans la diaspora. Les communautés les plus nombreuses se trouvent aux États-Unis (), au Canada () et en Israël (). Histoire externe. L'histoire du hongrois commence il y a quelque , à l'est de l'Oural, dans la région du fleuve Ob. Dès cette époque-là et par la suite, au cours de la migration des Hongrois vers le sud-ouest, leur langue est influencée par des langues turciques et iraniennes. Après leur établissement dans le bassin des Carpates, l'adoption du christianisme et la fondation du royaume de Hongrie, le hongrois est influencé par des langues slaves et par le latin, langue par laquelle commence la culture écrite en Hongrie. La première attestation écrite du hongrois date du . Ce sont quelques phrases et mots isolés, dans la lettre de fondation de l'abbaye de Tihany. Au paraît le premier texte complet en hongrois, "Halotti beszéd és könyörgés" (Discours funèbre et prière) et, au , la première œuvre littéraire, le poème "Ómagyar Mária-siralom" (Plainte de la Vierge Marie en ancien hongrois). Au , la langue se développe grâce à la littérature profane, mais surtout aux premières œuvres imprimées en hongrois, des traductions de textes bibliques initiées par l'Église catholique et par des protestants. Au même siècle paraissent les premiers ouvrages linguistiques concernant le hongrois. Aux , dans la Principauté de Transylvanie, le hongrois devient pour la première fois langue de l'État. Les codes de lois "Compilatae Constitutiones Regni Transylvaniae" (1671) et "Approbatae Constitutiones Regni Transylvaniae" (1677) sont rédigés en hongrois. Au , la langue nationale unitaire est formée et les normes de la langue standard sont fixées par des lettrés adeptes du mouvement appelé « renouveau de la langue », qui tend à éliminer les influences latines et allemandes, ainsi que par les ouvrages normatifs de la Société scientifique hongroise. D'abord entre 1844 et 1849, puis définitivement en 1867, le hongrois devient langue officielle. Dialectes. Les dialectes du hongrois sont groupés en dix régions dialectales, chacune comportant plusieurs groupes de dialectes : Phonologie et graphie. Le système phonologique du hongrois standard est formé de sept paires de voyelles, une brève et une longue par paire, et de , chacune pouvant être brève ou longue. L'opposition brève – longue a une valeur fonctionnelle : le sens des mots peut être différencié par la quantité d'une voyelle ou d'une consonne. Le hongrois se caractérise par l'harmonie vocalique, c'est-à-dire, en général, un mot ne contient que des voyelles ayant un certain trait : elles sont, sauf exception, soit antérieures, soit postérieures. En hongrois, l'accent est tonique (appelé aussi d'intensité), plus marqué qu'en français. Les mots relativement longs peuvent comporter plusieurs accents, dont l'un principal. L'accent unique ou principal frappe toujours la première syllabe des mots. L'écriture du hongrois est phonémique dans une grande mesure. Sauf de rares exceptions, un graphème correspond toujours au même phonème. Quelques signes diacritiques sont utilisés pour des graphèmes notant des voyelles : l'accent aigu servant à noter les voyelles longues ("á", "é", "í", "ó", "ú"), le tréma ("ö", "ü") qui définit d'autres voyelles courtes (les voyelles arrondies antérieures, inexistantes en latin) et le double accent aigu ("ő", "ű") qui note leurs homologues longues et qui peut donc être considéré comme un tréma long, puisqu'il ne modifie que la longueur d'une voyelle à tréma. Certaines consonnes sont notées à l'aide de digrammes ( – "cs", – "dz", – "gy", l'une des graphies de – "ly", – "ny", – "sz", – "ty" et – "zs") ou d'un trigramme ( – "dzs"). L'alphabet hongrois compte 44 lettres dont non accentuées, neuf lettres accentuées, huit digrammes et un trigramme. Il est ordonné ainsi : A a, Á á, B b, C c, Cs cs, D d, Dz dz, Dzs dzs, E e, É é, F f, G g, Gy gy, H h, I i, Í í, J j, K k, L l, Ly ly, M m, N n, Ny ny, O o, Ó ó, Ö ö, Ő ő, P p, Q q, R r, S s, Sz sz, T t, Ty ty, U u, Ú ú, Ü ü, Ű ű, V v, W w, X x, Y y, Z z, Zs zs. Le caractère agglutinant du hongrois. Le hongrois est une langue agglutinante, ce qui constitue le principal trait qui le différencie des langues indo-européennes, mais le rapproche des langues de sa famille et de langues d'autres familles, telles que le turc et le japonais. Le caractère agglutinant consiste en ce que les morphèmes sont des affixes (préfixes et suffixes) qu'on attache aux mots radicaux, souvent plusieurs suffixes l'un après l'autre, de façon que les limites entre eux restent nettes, chacun correspondant à un seul trait sémantique ou fonctionnel. Les linguistes qui étudient le hongrois utilisent des termes différents pour les différents types de suffixes. Le suffixe dérivatif s'appelle "képző" et les suffixes grammaticaux sont de deux sortes. Ceux qui s'ajoutent à un radical ou à un suffixe dérivatif et peuvent être suivis d'un autre suffixe grammatical, s'appellent "jel" « marque, signe ». De tels suffixes sont ceux qui indiquent le pluriel, et les suffixes possessifs. Ceux qui expriment les cas grammaticaux et ceux qui indiquent la personne du verbe, c'est-à-dire les désinences, s'appellent "ragok" (au singulier "rag"). Ils se distinguent des autres types de suffixes par le fait qu'il est impossible de leur attacher un autre suffixe. Exemple de mot à suffixes : "házaimban" « dans mes maisons », formé du radical "ház" « maison », la voyelle de liaison "-a-", le suffixe "-i" indiquant le pluriel des objets possédés, le suffixe "-m" indiquant la du singulier du possesseur, et le suffixe "-ban" correspondant à la préposition française « dans ». Les suffixes se succèdent en un ordre qui suit des règles précises. Par exemple, dans le cas des noms, les suffixes dérivatifs s'attachent au radical du mot ou à un autre suffixe dérivatif, étant suivis des suffixes grammaticaux, dont le suffixe casuel est toujours le dernier. Il peut être précédé de : Grammaire. Morphologie. Classification morphologique des mots. Keszler 2000 classe les mots selon leur nature comme suit : Les suffixes personnels. En hongrois, les personnes s'expriment par les pronoms personnels et par des suffixes spécifiques, qui ont plusieurs fonctions, s'appliquant : Le verbe. Concernant le verbe, les grammaires du hongrois prennent en compte les traits grammaticaux suivants : diathèse, mode, temps, nombre (singulier et pluriel) et personne. Par rapport au français, tout comme pour les autres types de mots, il manque au verbe le genre. Une caractéristique importante du système verbal hongrois, c'est l'existence de deux séries de conjugaison pour les verbes transitifs directs : une conjugaison appelée « objective » (ou « définie »), et une autre dite « subjective » (ou « indéfinie »). Le nom, l'adjectif et le numéral. Le nom ne peut exprimer que le genre naturel, le genre grammatical n'étant pas indiqué en hongrois. Ilcomporte aussi le trait grammatical du nombre, bien que le pluriel ne soit pas toujours exprimé par le même suffixe. La marque du pluriel des noms en général est "-k", alors que celle des objets possédés est "-i" : "a gyerekek" « les enfants » mais "a gyerekei" « ses enfants ». En général, on considère que le paradigme casuel hongrois comprend . Le système casuel du hongrois est très riche pour ce qui est de l'expression des rapports spatiaux, ayant trois cas différents pour faire la différence entre le lieu où un procès a lieu, celui vers lequel un déplacement est effectué et celui depuis lequel un déplacement est effectué. Exemple : "a házban van" « il/elle est dans la maison » – "bemegy a házba « il/elle entre dans la maison » – "kimegy a házból « il/elle sort de la maison ». Le hongrois n'ayant pas d'adjectif possessif, la possession est exprimée à l'aide de suffixes, certains qui sont ajoutés à l'objet possédé et deux autres qui s'appliquent au possesseur. Les constructions par lesquelles on exprime la possession, le possesseur et l'objet possédé étant exprimés par des noms, sont les suivantes : L'adjectif qualificatif présente la particularité de ne pas s'accorder en nombre dans la fonction d'épithète, mais seulement dans celle d'attribut. Le numéral cardinal a généralement deux formes, par exemple "három" et "hármas" « trois ». La première est utilisée pour compter, en tant que complément d'un nom ou lorsque ce nom est sous-entendu, ainsi que pour désigner un chiffre dans un nombre. La deuxième forme est l'appellation du chiffre en cause ou du nombre dont ce chiffre est l'unité. Les grammaires hongroises incluent dans la classe des numéraux ce qu'elles appellent « numéraux indéfinis », tels "sok" « beaucoup », "kevés" « peu », "számos" « nombreux, -euse », etc. Le numéral peut aussi prendre des formes adverbiales si on lui ajoute certains suffixes : "öten" « cinq » (le nombre de personnes participant à une action), "kettesben" « à deux » (l'intimité de personnes limitée au nombre en question). L'adverbe. Le principal trait spécifique de l'adverbe hongrois par rapport au français, est un système triple d'expression du lieu, comme pour certains suffixes casuels : le lieu où un procès a lieu, celui vers lequel et celui depuis lequel un déplacement est effectué. Exemple : "bent" ou "benn" « dedans, à l'intérieur » (complément de verbes qui n'expriment pas le déplacement vers ou depuis un intérieur) – "be" « dedans, vers l'intérieur » (auprès de verbes qui expriment le déplacement vers un intérieur) – "bentről" « du dedans, de l'intérieur » (auprès de verbes qui expriment le déplacement depuis un intérieur). Les pronoms. Les grammaires du hongrois prennent en compte neuf espèces de pronoms : personnels, réfléchis, de réciprocité, possessifs, démonstratifs, interrogatifs, relatifs, indéfinis et généraux. En fonction du type de mots qu'ils remplacent, les pronoms sont classés en substantivaux, adjectivaux et numéraux. Les adjectifs pronominaux ne sont pas distingués des pronoms. Les pronoms personnels présentent une particularité notable. Seul l'accusatif est constitué de la forme de nominatif + le suffixe casuel spécifique. Les autres sont des suffixes casuels auxquels on ajoute les mêmes suffixes personnels que ceux appliqués à l'objet possédé. Exemple : "én" « je, moi », "nálam" « chez moi », "velem" « avec moi », etc. À la différence du français, en hongrois il n'y a pas d'adjectifs possessifs, mais seulement des pronoms possessifs. La fonction des adjectifs est remplie par des suffixes ajoutés à l'objet possédé (voir plus haut #Le nom, l'adjectif et le numéral). Les mots grammaticaux. On considère comme des verbes auxiliaires non seulement ceux qui forment des temps verbaux composés, mais on prend également en compte des auxiliaires aspectuels, modaux et pragmatiques. On inclut dans la même classe les verbes copulatifs. Il y a aussi des verbes appelés « quasi-auxiliaires », dont le sens grammatical est prédominant, mais ils ont aussi un sens lexical plus ou moins marqué. Ces verbes peuvent être, d'une part, des verbes de modalité et d'aspect, d'autre part, des verbes appelés « fonctionnels », utilisés en association avec des types de mots nominaux qui sont formellement leurs compléments. Les formes nominales des verbes copulatifs sont considérées comme des types de mots à part dans les grammaires du hongrois, au même titre que les formes nominales du verbe en général (voir plus haut #Le verbe). Les postpositions sont des mots grammaticaux qui constituent l'un des moyens d'expression des fonctions syntaxiques qui s'appellent en grammaire du français compléments d'objets indirects et compléments circonstanciels. Elles correspondent généralement aux prépositions et locutions prépositives du français (exemple : "a fa alatt" « sous l'arbre »). Les adjectifs dérivés de postpositions ne sont que formellement des adjectifs. Ils n'ont pas de sens lexical, mais remplissent la fonction des postpositions dont ils dérivent, formant des compléments de nom avec les noms après lesquels ils se placent (exemple : "a fa alatti pad" « le banc sous l'arbre »). Le seul mot hongrois qui fonctionne comme une préposition est "mint" « comme, en tant que », par exemple dans "Mint mérnök dolgozik" « Il travaille comme ingénieur ». Les verbes hongrois sont souvent munis de préfixes ayant une nature partiellement différente des préfixes que peuvent avoir les verbes français. D'un côté, les préfixes hongrois ont une fonction grammaticale et lexicale, d'un autre côté, ils doivent être séparés du verbe dans certains cas, voire parfois placés après celui-ci. Les conjonctions hongroises ont la même fonction que celles du français. La particule est, dans les grammaires du hongrois, « un mot grammatical qui ne peut accepter d'affixes, ne réalise de rapports ni morphologiques ni syntaxiques avec d'autres mots, ne peut être terme de la phrase simple […]. Elle a la fonction d'effectuer des opérations sur l'affirmation de la phrase […] ; elle exprime un rapport modal, l'attitude du locuteur (sa façon de se rapporter d'un point de vue affectif, volitif, axiologique, ou bien elle marque la réaction du locuteur à la situation de communication ou à une composante de celle-ci […]. ». Les articles pris en compte par les grammaires hongroises sont l'article défini et l'article indéfini, qui ont les mêmes fonctions qu'en français. À la différence des grammaires du français, dans celles du hongrois les mots de négation ne sont pas inclus dans la classe des adverbes, mais forment une classe à part dans la catégorie des mots grammaticaux. Les mots-phrases. Cette catégorie de mots, qui ne comprend pas les verbes, se caractérise par leur capacité à constituer à eux seuls une phrase simple. Outre les interjections et les onomatopées, présentes également dans les grammaires du français, les grammaires du hongrois prennent en compte deux autres classes de mots. Les mots-phrases d'interaction sont utilisés pour interagir avec le destinataire de la communication. Cette classe comprend des formules de salutation ("szervusz" « salut »), des mots affirmatifs ("igen" « oui »), des mots négatifs ("nem" « non ») et des mots injonctifs ("rajta!" « allez ! »). Les modalisateurs ne participent à des rapports syntaxiques avec aucun terme de la phrase simple, mais indiquent l'attitude du locuteur à l'égard du contenu de l'énoncé entier où ils sont utilisés. Ce sont celles des particules (voir plus haut Les mots grammaticaux) qui peuvent constituer à elles seules une phrase simple. De tels mots sont "talán" « peut-être », "valószínűleg" « vraisemblablement », "esetleg" « éventuellement », "állítólag" « on le dit », etc. Syntaxe. La phrase simple. Nous présentons la syntaxe du hongrois à l'aide de la terminologie hongroise transposée en français. Les fonctions syntaxiques dans la phrase simple sont le verbe, le sujet, l'objet, le complément de lieu, de temps, numérique, d'état, d'origine, de résultat, d'accompagnement, de manière, de cause, de but, de relation, de degré/mesure, de moyen, d'attribution et de comparaison, les compléments asémantiques (ou permanents) et l'épithète. Au sujet de l'épithète, il est à noter qu'elle se place devant le terme déterminé et ne s'accorde pas avec celui-ci. Dans la phrase simple, l'ordre des mots est très varié, en fonction du mot ou du syntagme qu'on veut mettre en relief. La phrase complexe. Les propositions coordonnées peuvent être liées entre elles par juxtaposition ou par une conjonction. La coordination peut être copulative, adversative, disjonctive, consécutive ou explicative. Une caractéristique importante des propositions subordonnées en hongrois est qu'elles ont très souvent un antécédent exprimé par un pronom dans la proposition principale, et la subordonnée complète cet antécédent. Dans la phrase complexe hongroise il peut y avoir des subordonnées sujet, prédicat, objet, des subordonnées compléments (de lieu, temporelle, numérique, d'état, d'origine, de résultat, d'accompagnement, de manière, de cause, de but, de relation, de degré/mesure, de moyen, d'attribution, de comparaison), des subordonnées compléments permanents, des subordonnées à contenu sémantique spécial (consécutive, conditionnelle, concessive et comparative) et des subordonnées épithète. Lexique. Le lexique hongrois provient principalement (80 %) de formations lexicales internes, le reste étant constitué de mots hérités (8 %) et d'emprunts (7 %). L'étymologie de 5 % du vocabulaire reste inconnue. La plupart des emprunts sont d'origine slave (27 %), latine (25 %), allemande (17 %) et turcique. On trouve aussi des emprunts à des langues iraniennes, romanes (italien, français, roumain), et à l'anglais. Les calques sont également une source importante d'enrichissement du lexique. Les moyens internes d'enrichissement du lexique sont de loin les plus utilisés. Parmi ceux-ci, les plus productifs sont la création spontanée de mots (interjections, mots onomatopéiques, créations expressives), la formation spontanée de mots par dérivation et par composition, ainsi que la création consciente de vocables par les deux derniers procédés. Par rapport au français, la composition spontanée et la création consciente ont une importance beaucoup plus grande.
Hermann Hesse Hermann Karl Hesse, né le à Calw dans le royaume de Wurtemberg (Empire allemand) et mort le à Montagnola (Suisse), est un romancier, poète, peintre et essayiste allemand puis, à partir de 1924, suisse. Il obtint le prix Bauernfeld en 1905, le prix Gottfried Keller en 1936 et, en 1946, le prix Goethe ainsi que le prix Nobel de littérature. Biographie. Enfance et jeunesse. Hermann Karl Hesse est issu d'une famille de missionnaires chrétiens de confession protestante. Ses parents furent tous deux engagés pour la Mission de Bâle en Inde, où sa mère, , était née en 1842. Son père, , né en 1847 dans la famille d'un médecin, était d'origine germano-balte et la famille vécut à Weissenstein (aujourd'hui Paide en Estonie). Dans la petite ville de Calw, en Forêt-Noire, la famille tint à partir de 1873 une maison d'édition missionnaire sous la direction du grand-père maternel de Hesse, Hermann Gundert. Hermann eut huit frères et sœurs, dont trois moururent prématurément. Il grandit avec Adèle, Marulla et Hans Hesse, ainsi qu'avec leurs deux demi-frères, Theodore et Karl Isenberg, que leur mère avait eus de son premier mari Charles Isenberg. Le monde dans lequel Hermann Hesse vécut ses premières années était totalement imprégné de l'esprit du piétisme souabe. En 1881, la famille s'installe à Bâle pour cinq années, mais revient ensuite à Calw. Après avoir achevé ses études latines avec succès à Göppingen, Hesse rejoint en 1891 le séminaire protestant de Maulbronn (dont il fera le cadre de son roman "L'Ornière"). Là se révèle en mars 1892 son caractère rebelle : échappé un jour du séminaire, le garçon de quinze ans ne sera rattrapé que le lendemain, en pleine nature. Dès lors, sur fond de violents conflits avec ses parents, commence une odyssée à travers divers établissements et écoles. Hermann Hesse était en fait dans une phase dépressive de son trouble bipolaire, au point d'exprimer dans une lettre du des pensées suicidaires (« Je voudrais partir comme le coucher de soleil »). En mai suivant, il fait une tentative de suicide dans l'établissement de Bad Boll dirigé par le théologien et directeur de conscience, Christoph Friedrich Blumhardt. À la suite de cela, Hermann est placé dans la maison de santé de Stetten im Remstal, et plus tard dans un établissement pour enfants à Bâle. Fin 1892 il entre au lycée de Cannstatt, à Stuttgart. En 1893, il y obtient son diplôme probatoire de première année, mais interrompt ses études. Il commence alors à Esslingen am Neckar un apprentissage de libraire qu'il abandonne après trois jours, puis devient au début de l'été 1894 apprenti mécanicien pour quatorze mois, dans la fabrique d'horloges Perrot à Calw. Le travail monotone de soudage et de limage renforce chez Hermann Hesse le désir de se tourner à nouveau vers une activité spirituelle. En octobre 1895, il se sent prêt à entamer un nouvel apprentissage de libraire, à Tübingen, et à s'y consacrer sérieusement. Plus tard, il relatera ces péripéties de son enfance dans son roman "L'Ornière" ("Unterm Rad"). La naissance d'un écrivain. Hesse travaille, à partir du , dans la librairie Heckenhauer à Tübingen. L'essentiel du fonds traitait de théologie, de philosophie et de droit. La tâche de l'apprenti Hesse consistait à collationner, emballer, classer et archiver les livres. Après sa journée de travail de douze heures, il continue à enrichir sa culture en solitaire, et les livres compensent encore son absence de contacts sociaux pendant les longs dimanches fériés. Hesse lit des écrits théologiques, puis l'œuvre de Goethe, et plus tard Lessing, Schiller et des textes de la mythologie grecque. En 1896, son poème "Madonna" est publié dans une revue viennoise. En 1898, il devient assistant libraire et dispose désormais d'un revenu respectable, lui assurant une indépendance financière vis-à-vis de ses parents. À cette époque, il lit surtout les œuvres des romantiques allemands, et tout particulièrement de Clemens Brentano, Joseph von Eichendorff et Novalis. Dans une lettre à ses parents, il exprime sa conviction que « la morale est chez les artistes remplacée par l'esthétique ». Alors qu'il était toujours libraire, Hesse publie, à l'automne 1898, son premier petit recueil de poèmes, "Romantische Lieder" ("Chants romantiques"), et à l'été 1899 le recueil en prose "Eine Stunde hinter Mitternacht" ("Une heure après minuit"). Les deux ouvrages furent des échecs commerciaux. En l'espace de deux ans, seuls cinquante-quatre des six cents exemplaires de "Romantische Lieder" seront vendus. "Eine Stunde hinter Mitternacht" est également tiré à seulement six cents exemplaires et ne se vendit que très lentement. L'éditeur leipzigois Eugen Diederichs est cependant convaincu de la valeur littéraire de l'œuvre, et voit ces publications dès le départ comme des encouragements pour le jeune auteur, plutôt que comme une entreprise rentable. Déménagement à Bâle. À partir de l'automne 1899, Hesse travaille dans une librairie d'occasion à Bâle. Ses parents ayant d'étroits contacts avec les familles bâloises érudites, un royaume spirituel et artistique des plus stimulants s'ouvre à lui. En même temps, le promeneur solitaire qu'est Hesse trouve à Bâle l'occasion de retraites grâce aux nombreuses possibilités de voyages et promenades, ce qui servit sa quête artistique personnelle, en développant en lui l'aptitude à transcrire littérairement une observation sensorielle, aptitude sans cesse confrontée à une aventure nouvelle. En 1900, Hesse est exempté du service militaire en raison de sa faible vue. Ses difficultés de vision dureront toute sa vie, de même que sa névralgie et ses maux de tête. En 1901, Hesse peut réaliser l'un de ses grands rêves en voyageant pour la première fois en Italie. La même année, il entre chez un nouvel employeur, le libraire Wattenwyl, à Bâle. À la même époque, les occasions de publier des poèmes et de petits textes littéraires dans des revues se multiplient et, désormais, les rémunérations de ces publications contribuent à ses revenus. Très vite, l'éditeur Samuel Fischer s'intéresse à lui, et le roman "Peter Camenzind", pré-publié en 1903 et publié officiellement en 1904 chez Fischer, marque une rupture : Hesse peut maintenant vivre de sa plume. Entre le lac de Constance et l'Inde. La consécration littéraire permet à Hesse d'épouser, en 1904, la photographe Maria Bernoulli (1868–1963), de s'installer avec elle à Gaienhofen au bord du lac de Constance, et d'y fonder une famille comptant trois fils, Bruno, Heiner et Martin. Il y écrit son deuxième roman "L'Ornière", paru en 1906. Par la suite, il rédige surtout des nouvelles et des poèmes. Son roman suivant, "Gertrude" (1910), évoque la crise de créativité de Hesse. Il achève péniblement cette œuvre, et la considèrera plus tard comme ratée. Les désaccords se multiplient aussi dans son ménage, et pour prendre de la distance, Hesse fait en 1911, avec Hans Sturzenegger, un long voyage à Ceylan et en Indonésie. Il n'y trouve pas l'inspiration spirituelle et religieuse espérée, mais ce voyage imprègnera fortement ses œuvres ultérieures, à commencer par "Carnets indiens" (1913). Après le retour de Hesse, la famille déménage en 1912 à Berne, mais ce déplacement ne résout pas les problèmes du couple, comme le dépeint Hesse en 1914 dans son roman "Roßhalde". La Première Guerre mondiale. À la déclaration de la Première Guerre mondiale en 1914, Hesse se présente comme volontaire à l'ambassade d'Allemagne, car il ne peut supporter de rester inactif, pendant que d'autres jeunes écrivains meurent au front. Il est néanmoins déclaré inapte au combat et affecté à Berne à l'assistance aux prisonniers de guerre, auprès de l'ambassade d'Allemagne. Dans sa nouvelle fonction, Hesse est dès lors occupé à rassembler et expédier des livres pour les prisonniers de guerre allemands. À cette époque, il était coéditeur de la "Deutsche Interniertenzeitung" ("Journal des internés allemands", 1916-1917), éditeur du "Sonntagsbote für die deutschen Kriegsgefangenen" ("Courrier dominical des prisonniers de guerre allemands", 1916-1919), et responsable de la « Librairie des prisonniers de guerre allemands ». Le , il publie dans la "Neue Zürcher Zeitung" l'article « O Freunde, nicht diese Töne » (« O mes amis, pas sur ce ton ! », premier vers de l’"Ode à la joie"), dans lequel il appelle les intellectuels allemands à ne pas tomber dans les polémiques nationalistes. Il en résulte ce que Hesse qualifiera plus tard de grand tournant de sa vie : pour la première fois, il se retrouva au milieu d'une violente querelle politique, la presse allemande l'attaque, il reçoit des lettres de menace et de vieux amis se désolidarisent de lui. Il est soutenu par son ami Theodor Heuss, mais aussi par l'écrivain français Romain Rolland, à qui Hesse rend visite en . Ces conflits avec le public allemand n'étaient pas encore apaisés, que Hesse subit une suite de coups du sort qui le plongent dans une crise existentielle plus profonde encore : la mort de son père le , la grave maladie de son fils Martin et la crise de schizophrénie de sa femme. Il doit interrompre son travail d'assistance aux prisonniers et commencer un traitement psychothérapeutique. L'intense travail de psychanalyse qui s'ensuit, au cours duquel Hesse fait la connaissance de Carl Gustav Jung, débouche finalement sur un nouveau point culminant de sa créativité : en septembre-, Hesse rédige en trois semaines d'un travail frénétique son roman "Demian". Le livre est publié après la guerre, en 1919, sous le pseudonyme d'Emil Sinclair. La Casa Camuzzi. Lorsque Hesse peut reprendre sa vie civile, son couple est désuni. Une grave psychose s'étant entre-temps déclarée chez sa femme et, même après sa guérison, Hesse ne peut envisager aucun avenir commun avec Maria. La maison de Berne est vendue, et Hesse emménage mi-avril dans le canton du Tessin, où il habita tout d'abord une petite maison paysanne à l'entrée de Minusio près de Locarno. Puis il vit du au à Sorengo. Le , il s'installe dans le village de Montagnola, près de Lugano, comme locataire de quatre petites pièces dans un bâtiment ressemblant à un château, la « Casa Camuzzi ». Là, il ne reprend pas seulement son activité d'écriture, mais commence aussi à peindre, ce qui apparaît clairement en 1920 dans son grand récit suivant, "Le Dernier Été de Klingsor". En 1922 parait le roman indien "Siddhartha", où s'exprime son amour de la culture indienne et des sagesses orientales auxquelles il avait été familiarisé déjà dans la maison de ses parents. Hesse épouse en 1924 Ruth Wenger, fille de la femme de lettres suisse Lisa Wenger et tante de Meret Oppenheim (après le mariage avec Hesse, elle eut comme fils l'acteur Ezard Haußmann). Hesse obtient cette année-là la nationalité suisse. Les principales œuvres qui suivent, "Le Curiste" en 1925 et le "Voyage à Nüremberg" en 1927, sont des récits autobiographiques teintés d'ironie, dans lesquels s'annonce déjà le plus célèbre roman de Hesse, "Le Loup des steppes" (1927). Pour son cinquantième anniversaire, qu'il fête cette année-là, parait également sa première biographie, publiée par son ami Hugo Ball. Peu après le succès de son roman, la vie du solitaire loup des steppes Hesse prend un nouveau tour par sa relation avec Ninon Dolbin, originaire de Czernowitz en Bukovine, et qui devient plus tard sa troisième femme. Le résultat de cette conversion à la vie de couple est le roman "Narcisse et Goldmund" (1930). Hesse quitte, en 1931, la Casa Camuzzi, et s'installe avec Ninon dans une plus grande maison (la "Casa Hesse", parfois aussi appelée "Casa Rossa") dans les hauteurs de Montagnola, construite selon ses souhaits et mise à sa disposition par son ami Hans C. Bodmer. Cette maison est actuellement un bien privé et ne peut être visitée. "Le Jeu des perles de verre". Dans une correspondance du , Hermann Hesse déclare vouloir défendre sa « profession de foi » qui permet de . En 1931, il commence à composer sa dernière grande œuvre, "Le Jeu des perles de verre". Il publie en 1932 un récit préparatoire, "Le Voyage en Orient". Hesse observe avec beaucoup d'inquiétude la prise de pouvoir des nazis en Allemagne. En 1933, Bertolt Brecht et Thomas Mann s'arrêtent tous deux chez lui dans leur voyage vers l'exil. Hesse essaye à sa manière de contrer l'évolution de l'Allemagne : il publiait déjà depuis des décennies des comptes rendus de lecture dans la presse allemande, désormais il s'y exprime plus fortement pour les auteurs (juifs ou non) pourchassés par les nazis. À partir du milieu des années 1930, aucun journal allemand ne publie plus d'articles de Hesse. Le refuge spirituel de Hesse contre les querelles politiques, et, plus tard, contre les nouvelles terribles de la Seconde Guerre mondiale est le travail sur son roman "Le Jeu des perles de verre", publié en 1943 en Suisse. C'est en grande partie pour cette œuvre tardive que lui sera décerné en 1946 le prix Nobel de littérature. Après la Seconde Guerre mondiale, la créativité de Hesse décline : il écrit encore des nouvelles et des poèmes, mais plus aucun roman. Il est par ailleurs sollicité par un flot intarissable de lettres, le prix de sa gloire renouvelée auprès d'une nouvelle génération de lecteurs allemands, qui cherchent aide et conseil auprès du « vieux sage » de Montagnola. Hermann Hesse meurt le , il est enterré au cimetière de Sant’Abbondio, près de Montagnola, où Hugo Ball repose également. Le fonds d'archives de Hermann Hesse se trouve aux Archives littéraires suisses à Berne. Importance de l'œuvre. Les premières œuvres de Hesse restent dans la tradition du : son lyrisme doit tout au romantisme, il en est de même de la langue et du style de "Peter Camenzind", un livre que son auteur présentait comme un roman initiatique dans la lignée du "Henri le vert" de Gottfried Keller. Sur le fond, Hesse s'oppose à l'industrialisation croissante et à l'urbanisation, ce par quoi il rejoint une tendance des mouvements de jeunesse allemands. Hesse abandonne plus tard cette tradition néo-romantique de la forme et du fond. En revanche, la structure antithétique de "Peter Camenzind", avec le contraste entre ville et campagne et l'opposition masculin-féminin, est encore présente plus tard dans les chefs-d'œuvre de Hesse (par ex. "Demian" et "Le Loup des steppes"). La connaissance des archétypes décrits par le psychologue Carl Gustav Jung eut une influence déterminante sur l'œuvre de Hesse, visible à partir du roman "Demian" : le chemin d'une jeune personne vers soi-même devint l'un de ses thèmes de prédilection. La tradition des romans initiatiques se poursuit également avec "Demian", mais dans cet ouvrage (comme dans "Le Loup des steppes"), l'histoire ne se déroule plus sur un plan réel, mais dans un « paysage spirituel » intérieur. Un autre aspect essentiel de l'œuvre de Hesse est la spiritualité, particulièrement présente dans le roman "Siddhartha". La thèse principale de "Siddharta" soutient que la plénitude spirituelle ne peut être trouvée ni dans le renoncement aux réalités du monde ni dans la doctrine de Bouddha, mais dans l'expérience des sens. Les syncrétismes religieux (christianisme, bouddhisme) et intellectuels (Nietzsche, Jung) qui s'y expriment sont la profession de foi de Hesse, fondée sur l'ouverture au monde, sur la découverte d'une transcendance où s'unissent la vie et l'esprit. L'auteur reprendra ces éléments dans une ébauche de théologie "(Ein Stückchen Theologie)" et dans le texte "Mein Glaube" "(Ce que je crois)". Tous les ouvrages de Hesse comportent une part autobiographique, particulièrement visible dans "Le Loup des steppes", qui est précisément un modèle de « roman de crise existentielle ». Cette caractéristique ne disparaît que dans ses œuvres tardives. Dans les romans apparentés, "Le Voyage en Orient" et "Le Jeu des perles de verre", Hesse traita un thème qu'il avait déjà abordé dans "Peter Camenzind" : l'opposition entre vie active et vie contemplative. En partant du contexte de son époque, Hesse conçut dans "Le Jeu des perles de verre" une utopie pour l'humanité et pour l'âme, les deux éléments s'équilibrant dans un jeu d'échanges dialectiques. Bien qu'écrivant encore un roman initiatique « classique », il le fait de façon moderne, inversant les termes de la problématique maître/esclave hégélienne et nietzschéenne (dont il était un lecteur fervent) et répondant à distance au roman de Goethe, "Les Années d'apprentissage de Wilhelm Meister", qu'il considérait comme le chef-d'œuvre de la littérature allemande. En effet, le héros de Goethe s'appelle « Meister » (le « maître »), tandis que celui de Hesse se nomme « Joseph Valet », ceci de façon délibérée, Hesse considérant que seuls l'humilité et le « lâcher prise » étaient des solutions pour l'âme humaine, et l'esprit allemand en particulier (ce en quoi il s'oppose à Thomas Mann). Réception critique. La qualité littéraire et l'importance de l'œuvre de Hermann Hesse étaient déjà controversées de son vivant, et le débat continue aujourd'hui. Des collègues comme Thomas Mann ou Hugo Ball le tenaient en haute estime, cependant qu'à l'opposé Kurt Tucholsky disait : Alfred Döblin parla même d'une « ennuyeuse limonade ». Les premières œuvres de Hesse furent cependant en majorité jugées positivement par les critiques littéraires contemporains. L'accueil de son œuvre dans l'Allemagne des deux Guerres mondiales fut marqué par les campagnes de presse contre l'auteur, en raison de ses prises de position contre la guerre et le nationalisme. À partir de 1937, les ouvrages de Hesse ne pouvaient être vendus que précautionneusement. De ce fait, une grande partie de la jeune génération ne découvrit Hesse qu'après 1945. Plus de dix ans après que Hesse eut reçu le prix Nobel de littérature, Karlheinz Deschner écrivit en 1957 dans son pamphlet "Kitsch, Konvention und Kunst" "(Kitsch, convention et art)" : et n'émit pas non plus un jugement favorable sur sa prose. Une partie de la critique littéraire allemande adopta ce jugement pendant les décennies qui suivirent, et Hesse fut qualifié par certains de « fabricant de littérature décadente et kitsch ». C'est ainsi que l'accueil fait à Hesse poursuivit son mouvement cyclique : à peine avait-il sombré au plus profond dans les années 1960 en Allemagne, qu'éclata aux États-Unis un « Hesse boom » qui atteignit jusqu'à l'Allemagne. "Le Loup des steppes," en particulier, devint un livre à succès international (au point qu'un groupe de rock dont le chanteur était d'ailleurs d'origine allemande lui emprunta son nom : Steppenwolf), et Hesse devint l'un des auteurs allemands les plus traduits et lus dans le monde : plus de 100 millions de ses livres furent vendus. Dans les années 1970, les éditions Suhrkamp commercialisèrent des disques où Hesse récitait à la fin de sa vie des extraits de ses œuvres. En effet, dès le début de sa carrière, Hesse se voua à la lecture publique, et il transcrivit cette expérience particulière dans un texte inhabituellement joyeux, "Autorenabend" "(Soirée d'auteur)".
Liste d'historiens Cet article contient une liste d'historiens par époque. Antiquité. Grecs. Par ordre chronologique : Moyen Âge. Voir aussi : Encyclopédie de l'Histoire - Historiographie médiévale - Université de Louvain
Hugues Capet Hugues Capet est un roi robertien et le fondateur de la dynastie capétienne. Il est né vers 939-941, probablement à Dourdan, et mort le , probablement au lieu-dit aujourd'hui inhabité « Les Juifs », près de Prasville. Il a été duc des Francs (960-987), puis roi des Francs (987-996). Fils de Hugues le Grand et de son épouse Hedwige de Saxe, Hugues Capet est l'héritier des puissants Robertiens, une lignée en compétition pour le pouvoir avec la dynastie carolingienne et les grandes familles aristocratiques de Francie aux , mais, par sa grand-mère paternelle Béatrice de Vermandois, il descend également d'un Carolingien, Bernard roi d'Italie, petit-fils de Charlemagne. Hugues Capet est le premier roi à abandonner le germanique au profit de l'ancien français. La fin du connaît le début d'une révolution économique et sociale qui trouve son apogée vers 1100. Les progrès agricoles, le début des défrichements et l'augmentation des capacités d'échanges entraînée par l'introduction du denier d'argent par les premiers Carolingiens, entraînent une dynamique économique encore timide mais réelle. Dans le même temps, la fin des invasions et la poursuite des guerres personnelles entraînent la construction des premiers châteaux privés où les paysans peuvent trouver refuge. En parallèle, la nouvelle élite guerrière, les chevaliers, entre en concurrence avec l'ancienne aristocratie foncière carolingienne. Pour canaliser ces nouveaux venus et pour assurer la protection de leurs biens, l'aristocratie et l'Église soutiennent et exploitent le mouvement de la paix de Dieu. C'est dans ce contexte qu'Hugues Capet peut instaurer la dynastie capétienne. Il bénéficie tout d'abord de l'œuvre politique de son père qui parvient à contenir les ambitions de , puis à en neutraliser la lignée. Cependant, cela ne peut se faire qu'en aidant les Carolingiens, pourtant totalement évincés de la course à la couronne depuis la déchéance de Charles le Simple, à se maintenir. En 960, Hugues Capet hérite du titre de duc des Francs obtenu par son père en échange de la concession de la couronne à . Mais, avant de parvenir au pouvoir, il doit se libérer de la tutelle des Ottoniens et éliminer les derniers Carolingiens. C'est avec le soutien de l'Église, et en particulier de l'évêque Adalbéron de Reims et de Gerbert d'Aurillac, tous deux proches de la cour ottonienne, qu'il est enfin élu et sacré roi des Francs en 987. La relative faiblesse de Hugues Capet est paradoxalement un atout pour son élection par les autres grandes familles avec le soutien des Ottoniens, car il est peu menaçant aux yeux des grands vassaux et pour les ambitions impériales. Cependant, si effectivement le nouveau roi ne parvient pas à soumettre ses vassaux indisciplinés, son règne voit une modification de la conception du royaume et du roi. Ainsi, Hugues Capet renoue avec l'Église en s'entourant systématiquement des principaux évêques et se rapproche de l'aristocratie en s'alliant avec les grands princes territoriaux (le duc de Normandie ou le comte d'Anjou), ce qui renforce son trône. Cette histoire du premier Capétien nous est surtout connue grâce au moine lettré Richer de Reims. La "Francia occidentalis" se trouve définitivement séparée de l'Empire et le premier Capétien, comme ses successeurs, met toute son énergie à créer une dynastie pérenne en consolidant son pouvoir sur son domaine et en y associant son fils Robert le Pieux le jour de Noël de l'. En 996, à la mort de son père, Robert le Pieux est couronné. Ainsi fondée, la dynastie capétienne règne sur la France sans interruption jusqu'à la Révolution, puis de la Restauration à 1848. Cette maison donne également naissance à des lignées de souverains en Espagne, en Italie, au Luxembourg, en Hongrie, au Portugal et au Brésil. Biographie. Sources primaires. L'étude du règne de Hugues Capet présente plusieurs problèmes causés par les lacunes documentaires. Aucun lettré de son temps n'a jugé nécessaire de rédiger sa biographie. Des éléments épars figurent dans l'histoire contemporaine rédigée par le moine Richer de Reims, dans la "Correspondance" de Gerbert d'Aurillac puis dans l'œuvre d'Abbon de Fleury, tous clercs et largement favorables au nouveau roi. Les événements confus qui se succèdent sont difficiles à reconstituer. Enfance. Hugues est peut-être né au château de Dourdan vers 939-941. Il est le fils de Hedwige de Saxe (sœur d') et d'Hugues le Grand. Le , Hugues le Grand meurt à Dourdan et son fils Hugues Capet est censé hériter d'une puissance de premier ordre : à Rome, le pape le reconnaît « glorieux prince des Francs ». Au milieu du , la compétition pour la couronne entre Carolingiens et Robertiens est entamée, et la victoire de ces derniers est déjà presque inéluctable. La légitimité robertienne se concrétise encore davantage par le jeu des alliances. Il coule dans les veines de Hugues Capet un peu de sang carolingien apporté par sa grand-mère paternelle (Béatrice de Vermandois), mais aussi du sang germain par ascendance directe. Cette origine proviendrait de Rhénanie et non pas de Saxe selon Karl Ferdinand Werner. Enfin, son père s'était allié avec le nouveau roi de Germanie , dont il avait épousé la sœur Hedwige de Saxe pour contrecarrer tout désir de sur la Lotharingie. Au total, à la mort de son père, Hugues Capet hérite théoriquement d'un titre prestigieux et d'une puissante principauté. Origine de son surnom. Ce surnom est peut-être une référence au porteur de la chape abbatiale, issue de la "cappa" ou cape de saint Martin. Hugues était en effet comme son père abbé laïc de nombreuses abbayes, notamment de la collégiale Saint-Martin de Tours, d'où le surnom peut-être ironique de "", « chapé », c'est-à-dire bien pourvu en abbayes. Il semble que ce soit Adémar de Chabannes qui, le premier, ait désigné Hugues le Grand comme « roi à la chape » dans sa chronique vers 1030. Le premier souverain de la dynastie capétienne n'est surnommé Capet qu'au début du , époque où le mot chape est devenu chaperon ou chapeau, d'où l'étymologie légendaire donnée vers 1180 par un moine auxerrois qui fait du roi « l'homme au chapeau » n'ayant pas pu ou voulu recevoir la couronne : cette légende historique forgée "a posteriori" vient du fait que les chroniques ne détaillent pas le déroulement du sacre et du couronnement de Hugues et qu'une certaine propagande fait de l'accession au pouvoir de Hugues Capet une usurpation, puisque l'application du droit héréditaire aurait dû conduire sur le trône Charles de Lorraine. Quant à la dénomination « Capétien », elle apparaît pour la première fois à la fin du sous la plume d'un chroniqueur anglais, Raoul de Dicet. Le royaume et la société au. La Francie des Robertiens. Les Robertiens. Depuis la fin du , la politique royale ne peut se faire sans les descendants de Robert le Fort dont fait partie Hugues Capet. L'octroi de la couronne étant devenu électif, les plus grandes familles du royaume se la disputent. Les Robertiens profitent de la jeunesse puis de la déchéance de Charles le Simple pour monter sur le trône. Eudes et , respectivement grand-oncle et grand-père de Hugues Capet, ont été rois des Francs (888-898 et 922-923). Cependant, son père Hugues le Grand est confronté à la montée en puissance de Herbert de Vermandois qui contrôle tour à tour le Vexin, la Champagne et Laon, octroie l'archevêché de Reims à son fils Hugues et s'allie à l'empereur Henri l'Oiseleur. Le Robertien, qui avait déjà dû renoncer à la couronne en 923 au profit de Raoul de Bourgogne, faute d'héritier mâle susceptible de gérer sa principauté, place sur le trône en 936 le jeune Carolingien , pourtant réfugié chez son oncle en Angleterre depuis la déchéance de son père Charles le Simple et dépourvu de toute possession en Francie, soulignant qu'il serait illégitime de pousser vers le trône quelqu'un qui serait issu d'un lignage étranger à celui de Charlemagne. Cette manœuvre lui permet cependant de devenir le personnage le plus puissant en Francie de la première moitié du : à son avènement, lui donne le titre de "dux Francorum" (duc des Francs), ce qui annonce à nouveau le titre royal. Le roi le qualifie officiellement (peut-être sous la pression) comme « le second après nous dans tous nos royaumes ». Il gagne encore en puissance quand son grand rival Herbert de Vermandois meurt en 943, car sa puissante principauté est alors divisée entre ses quatre fils. Hugues le Grand domine alors de nombreux territoires entre Orléans-Senlis et Auxerre-Sens, alors que le souverain carolingien est plutôt replié au nord-est de Paris (Compiègne, Laon, Soissons) (). Enfin, le duc des Francs est à la tête d'évêchés et d'abbayes comme celles de Marmoutier (près de Tours), de Fleury-sur-Loire (près d'Orléans) et de Saint-Denis. Il est aussi abbé laïc de la collégiale de Saint-Martin de Tours par laquelle Hugues le Grand et surtout son fils Hugues « Capet » hériteront peut-être de leur surnom en référence à la "cappa" (la cape de saint Martin) conservée comme relique dans ce lieu. Sa puissance provient aussi de ses alliances : Hugues le Grand s'est marié une première fois avec Eadhild, la sœur du roi d'Angleterre Æthelstan, un des plus puissants souverains d'Occident au début du . Quand , en restaurant l'Empire, en fait la première puissance d'Europe, Hugues le Grand épouse sa sœur ! Cependant, la puissance dont doit hériter Hugues Capet a ses limites : ses vassaux sont eux-mêmes suffisamment puissants pour avoir une large autonomie et jouer une politique d'équilibre entre Carolingiens et Robertiens. Géographie. Le royaume recouvre l'ancienne Francie occidentale dont les frontières avaient été définies au partage de Verdun en 843. Hugues est désormais le nouveau souverain du royaume de Francie, qu'on n'appelle plus "Francia occidentalis" depuis la seconde moitié du . Les quatre fleuves (Escaut, Meuse, Saône et Rhône) constituent ses limites au nord et à l'est, le séparant de l'empire ottonien. Au sud, les Pyrénées ne constituent pas une limite puisque le comté de Barcelone fait partie du royaume français. Le royaume, duché ou comté de Bretagne ne fait pas partie du royaume de France. D'ailleurs le seigneur de Bretagne ne participe pas à l'élection de Hugues Capet. Enfin, le tracé des côtes est très différent de celui que nous connaissons, car les golfes ne sont pas colmatés, en particulier dans le bassin d'Arcachon et le golfe de Saint-Omer, et les embouchures des fleuves évoluent encore. Qu'il s'agisse du littoral charentais ou de la Flandre maritime, les côtes sont loin à l'intérieur des terres actuelles, . Genèse d'un renouveau économique. L'an mil connaît une croissance économique dont l'apogée se fait nettement sentir aux . Dès le milieu du , on assiste à une première phase de croissance agricole. Il semble que l'« angoisse de la faim » amène la paysannerie à produire mieux et plus. Ainsi, les paysans s'adaptent : meilleure connaissance du sol, adaptation des labours selon le milieu, introduction de l'assolement triennal, lequel entraîne les défrichements pour accroître les surfaces cultivées, optimisation de la force animale (collier d'épaule et fer à cheval), charrue à soc dissymétrique, développement de la micro-hydraulique (fossé de drainage et irrigation). La monnaie d'argent avait toujours été utilisée depuis la romanisation de la Gaule. L'or, introduit par César à Rome et généralisé par Auguste à l'ensemble de l'Empire, complétait les possibilités de paiement des échanges. Or, d'une part l'or n'arrive plus d'Orient à la suite des conquêtes arabes en Méditerranée ; d'autre part depuis la chute de l'Empire Romain au , la plus grande confusion règne en matière de frappe et d'émission de monnaie - confusion qui entraîne une désaffection. L'homogénéisation des poids, des équivalences, des frappes et des émissions de la monnaie par les premiers Carolingiens, a réintroduit l'usage, le recours et la circulation de la monnaie d'argent, provoquant une véritable mutation économique qui porte pleinement ses fruits avec la fin des invasions. Plus adapté que la monnaie d'or héritée de l'Antiquité qui ne convient que pour des transactions très onéreuses, le denier d'argent, normalisé et abondant, permet l'introduction de millions de producteurs et de consommateurs dans le circuit commercial. Les paysans commencent à pouvoir revendre leur surplus et deviennent donc intéressés à produire au-delà de ce qui est nécessaire à leur subsistance et aux droits seigneuriaux. Ce phénomène est attesté par la multiplication des marchés et des ateliers de frappe de monnaie dans tout l’Occident dès le . Dans certains cas, les propriétaires, ecclésiastiques ou laïcs, fournissent des charrues, investissent dans des équipements améliorant la productivité : moulins en remplacement des meules à bras, pressoirs à huile ou à vin (en remplacement du foulage), etc. La redécouverte des capacités de l'énergie hydraulique plutôt qu’animale ou humaine permet une productivité sans comparaison avec celle disponible dans le haut Moyen Âge et comparable à celle des Romains qui se servaient déjà de moteurs hydrauliques installés en série à flanc de collines ou de montagnes. Chaque meule d'un moulin à eau peut moudre cent cinquante kilogrammes de blé à l'heure, ce qui correspond au travail de quarante esclaves. Les rendements des terres cultivées peuvent atteindre jusqu'à cinq ou six pour un. Ces progrès dégagent de la main-d’œuvre pour d’autres activités. Pierre Bonnassie a montré que, après les grandes famines de 1005-1006 et de 1032-1033, la population devient de moins en moins exposée aux dérèglements alimentaires et, par voie de conséquence, aux épidémies : la mortalité diminue. Il ne faudrait pas surestimer cette époque de renouveau économique et social car le changement n'en est qu'à sa genèse et la paysannerie est encore la victime de mauvaises récoltes, comme sous le règne de Robert le Pieux lors duquel se produisent, selon Raoul Glaber, des famines foudroyantes où le cannibalisme est de règle dans certaines régions (1005-1006 et 1032-1033). La croissance démographique et l'augmentation de la production agricole s'auto-entretiennent en un cercle vertueux : elles sont la clef du renouveau médiéval. La société carolingienne s'efface progressivement. Ainsi, on constate la disparition de l'esclavage dans le Midi au profit des paysans libres. Néanmoins, un nouveau pouvoir s'affirme : la seigneurie banale. À partir de 990, l'effritement des institutions de l'époque précédente amène à un nouvel usage, celui des « coutumes ». Au , il s'agit des droits exigés par le seigneur banal et qu'aucune autorité supérieure n'est capable de contrer. Cependant, la mise en place de la seigneurie n'empêche pas le progrès technique et l'avancée agricole. Le denier d'argent est l'un des principaux moteurs de la croissance économique depuis le . La faiblesse du pouvoir royal a entraîné la frappe de monnaie par de nombreux évêques, seigneurs et abbayes. Alors que Charles le Chauve comptait de frappe monétaire, Hugues Capet et Robert le Pieux n'ont plus que celui de Laon. Le règne de Hugues Capet marque l'apogée de la féodalisation de la monnaie. Il en résulte une diminution de l'uniformité du denier et l'apparition de la pratique de la refrappe de la monnaie aux marchés (on se fie au poids de la pièce pour en déterminer la valeur). Par contre, l'augmentation des échanges est soutenue par celle du volume de métal disponible. En effet, l'expansion vers l'est de l'empire permet aux Ottoniens de pouvoir exploiter de nouveaux gisements d'argent. La marge de manœuvre de Robert le Pieux est faible. Or, la pratique du rognage ou des mutations entraîne des dévaluations préjudiciables. Renouveau spirituel. L'Église n'est pas épargnée par les désordres des . Des charges d'abbés, paroissiales ou ecclésiastiques, sont données à des laïcs pour se former des clientèles et la discipline monastique se relâche ; le niveau culturel des prêtres devient médiocre. En contrepoint, les rares monastères qui ont conservé une conduite irréprochable acquièrent une grande autorité morale. Ces monastères intègres reçoivent de nombreuses donations pour obtenir des prières d'absolution, en particulier "postmortem". Le choix des abbés s'oriente de plus en plus vers des hommes d'une grande intégrité et certains tels Guillaume d'Aquitaine vont jusqu'à donner l'autonomie et l'immunité à des monastères qui élisent leur abbé. C'est le cas des abbayes de Gorze, Brogne ou Cluny. D'autres monastères utilisent de faux certificats d'immunité pour acquérir leur autonomie. Parmi eux, Cluny connaît le développement et l'influence les plus remarquables. Sous la férule d'abbés dynamiques tels qu'Odon, Maïeul — un ami personnel de Hugues Capet — ou encore Odilon, l'abbaye entraîne d'autres monastères qui lui sont rattachés, et constitue bientôt un ordre très puissant (en 994, l'ordre de Cluny compte déjà trente-quatre couvents). L'une des grandes forces de Cluny est de recruter une bonne partie de ses membres et particulièrement ses abbés dans la haute aristocratie. Ces monastères sont le fer de lance d'un profond mouvement de réforme monastique. Leur œuvre moralisatrice touche bientôt tous les niveaux de la société. En particulier, elle s'attaque à canaliser la chevalerie par le mouvement de la Paix de Dieu puis de la Trêve de Dieu. Ce mouvement, très influent, pousse à la création d'États stables et en paix. Ces réformateurs ont le souvenir de l'empire carolingien qui soutenait la réforme bénédictine, la fondation de nombreuses abbayes et leur épanouissement spirituel, s'appuyant largement sur l'Église pour gouverner. La montée en puissance des Ottoniens leur donne l'occasion d'œuvrer à la reconstitution d'un empire universel. Hugues Capet, abbé laïc mais soutenant activement la réforme, est un candidat idéal pour occuper le trône de Francie car il est aussi considéré comme insuffisamment puissant pour échapper à l'influence des Ottoniens. « Mutation féodale ». Le contexte historique est celui de la « mutation féodale ». Cette notion que Georges Duby centre autour de l'an mil est discutée par Dominique Barthélemy pour qui cette évolution se déroule sur plusieurs siècles. L’empire carolingien se désagrège dès le milieu du . Avec l'arrêt de l'expansion territoriale, les empereurs n'ont plus de nouvelles terres ou charges pour rétribuer leurs vassaux et n'ont donc plus prise sur eux. Peu à peu, ils doivent leur concéder la transmission héréditaire de terres et de charges, puis une autonomie de plus en plus grande. D'autre part, sur le plan militaire, l’ost carolingien puissant mais lent à rassembler se révèle incapable de répondre aux raids vikings ou sarrasins dont le principal atout est la mobilité. Les châteaux en bois ou mottes castrales sont apparus aux alentours de l'an mil entre la Loire et le Rhin. Cela répond aussi à la logique d'une société médiévale qui évolue : à partir de 980, le royaume des Francs est secoué par la « révolution aristocratique » qui voit les campagnes se couvrir de ces forteresses primitives en bois. Autour d'elles prolifèrent les nouvelles coutumes ("mals usos"). Les vieux "pagi" carolingiens sont éclipsés par un nouveau ressort territorial fondé sur le territoire du château ("districtus"). Les châteaux (les mottes) initialement conçus comme refuges, deviennent le signe de l'autorité, du développement économique et de l’expansion des terroirs. L'histoire romantique du décrit une « anarchie généralisée » et une France « hérissée » de châteaux autour de l'an mil. On est actuellement plus nuancé sur la réalité de ce phénomène car, dès l'origine, les autorités tentent de canaliser les constructions castrales. Des actes qui révèlent cette volonté d'interdire les constructions fortifiées ont été conservés : le "Capitulaire de Pîtres" (864) ou encore les "Consuetudines et Justicie" normandes (1091). Mais, dans ces temps d'invasions et de guerres privées continuelles, les habitants viennent se regrouper à proximité du château, ce qui légitime le châtelain et l'exercice du ban seigneurial : on parle d'incastellamento pour le Midi et d'encellulement pour le Nord de la France. Dès lors, cette nouvelle élite guerrière appuyée sur ces châteaux entre en conflit d'intérêts avec l'aristocratie et l'Église dont les revenus dépendent de l'économie paysanne. Comtes, évêques et abbés qui appartiennent à de grandes lignées aristocratiques doivent réagir pour réfréner les ambitions qui entraînent nombre de guerres privées et pillages. Ces représentants des grandes familles exploitent et propagent le mouvement de la paix de Dieu, né de l'exaspération des paysans et des clercs soumis à l'arbitraire des hommes en armes ("milites"). La codification et la moralisation de la conduite des chevaliers sur des critères religieux entraînent l'élaboration, par l'évêque Adalbéron de Laon, d'une société divisée en trois ordres sociaux : ceux qui travaillent ("laboratores"), ceux qui prient ("oratores") et ceux qui combattent ("bellatores"). Enfin, malgré la décentralisation du pouvoir, le roi conserve une autorité politique. L'époque est à la revendication de terres et de charges ; aussi, l'hommage rendu à son suzerain permet d'en officialiser la propriété. Le roi, qui est sacré, garde donc un rôle arbitral qui permet à la fonction de durer au . Au , elle est encore remise en cause par certains princes (comtes de Blois, comte de Vermandois). La Francie sous l'influence des Ottoniens. En 956, à la mort de son père, Hugues, l’aîné, n'est âgé que d'une quinzaine d'années et a deux frères. , roi de Germanie, entend mettre sous tutelle la Francie occidentale, ce qui lui est possible étant l'oncle maternel de Hugues et de Lothaire, nouveau roi des Francs qui a succédé à l'âge de à en 954. Le royaume de Francie en 954 et la principauté robertienne en 956 sont mis sous la tutelle de Brunon, archevêque de Cologne et duc de Lotharingie, frère du roi . La tutelle de Hugues est doublée par celle de Lothaire. L'objectif d' est de maintenir l'équilibre entre les Robertiens, les Carolingiens et les Ottoniens. En 960, le roi des Francs consent à rendre à Hugues l'héritage de son père, avec le marquisat de Neustrie et le titre de duc des Francs. Mais, en contrepartie, le duc doit accepter la nouvelle indépendance acquise par les comtes de Neustrie pendant la vacance du pouvoir. Son frère Otton n'obtient que le duché de Bourgogne. Andrew W. Lewis a ainsi cherché à montrer qu'Hugues le Grand avait préparé une politique patrimoniale pour assurer à son fils aîné la majeure partie de son héritage comme le faisaient toutes les grandes familles dès cette époque. À partir de 962, l'Occident est désormais dominé par le vainqueur de la chrétienté face aux Hongrois, , qui restaure le titre impérial et s'empare au passage de l'Italie. Le nouvel empereur accroît son influence sur la Francie occidentale en portant son attraction sur certains évêchés frontaliers ; bien qu'élu de Lothaire, l'archevêque de Reims (qui assure le choix des rois de Francie) Adalbéron de Reims tend à afficher ses sympathies impériales. Pris en étau, le roi Lothaire s'appuie sur d'autres évêchés (Langres, Châlons, Noyon) et sur le comte de Flandre . Hugues Capet, duc des Francs (960-987). Des débuts difficiles. Lorsqu'il reçoit sa charge ducale (duc des Francs, "dux francorum") en 960, Hugues Capet est moins puissant que son père (). En effet, il est jeune, politiquement inexpérimenté et, surtout, il est mis sous tutelle par son oncle Brunon de Cologne, proche du pouvoir ottonien. Conséquence de cet affaiblissement, une forte poussée d'indépendance se produit chez les vassaux entre Seine et Loire. Le comte Thibaud de Blois, pourtant un ancien fidèle de Hugues le Grand qui lui a confié la cité de Laon, s'assure une quasi-indépendance en se proclamant comte de Blois, en faisant fortifier ses principales villes et en s'emparant de Chartres et de Châteaudun. Les diplômes royaux des montrent que les grands aristocrates ne sont plus uniquement fidèles au duc des Francs, comme au temps de Hugues le Grand, mais également au roi Lothaire. En effet, on retrouve certains d'entre eux dans les armées royales luttant contre le duché de Normandie pour le compte de Lothaire. Enfin, il semblerait pour Hugues que sa place de numéro deux du royaume ait tendance à lui échapper. Deux chartes de l'abbaye de Montierender (968 et 980) font référence à , alors comte de Château-Thierry, de Vitry et abbé laïc de Saint-Médard de Soissons, portant le titre de « comte des Francs » et même de « comte du palais » dans une charte de Lothaire. Le créateur de la royauté carolingienne. De son côté, Lothaire a aussi perdu du pouvoir face au renforcement de la monarchie ottonienne. Il fait pâle figure en participant au rassemblement des vassaux et parents d' en 965. Pourtant, à partir de la mort de l'empereur en 973, le roi veut renouer avec la politique de son grand-père : récupérer la Lorraine, « berceau des Carolingiens ». Durant l'été 978, pour des raisons obscures, il décide de passer à l'action. Le principal témoin du temps, Richer de Reims explique : En août 978, accompagné des grands du royaume (dont le duc Hugues qui voit d'un bon œil une brouille entre Carolingiens et Ottoniens), Lothaire pille par surprise Aix-la-Chapelle, résidence d', et se permet le geste symbolique de retourner vers l'est l'aigle de bronze décorant la tour du palais. Cet aigle, symboliquement tourné vers l'est du temps de Charlemagne, menaçait ainsi les Slaves de Moravie, mais il avait été tourné vers l'ouest par les Ottoniens, défiant ainsi la Francie occidentale. Toutefois, Lothaire doit rapidement battre en retraite et se réfugier à Étampes chez Hugues. s'engage à son tour dans l'offensive et conduit ses armées jusqu'aux portes de Paris. Charles de Lorraine, frère de Lothaire, est même couronné roi à Laon par l'évêque de Metz, . Mais, devant Paris, Hugues Capet barre la route à l'empereur germanique qui, voyant l'hiver approcher (on était le ) est contraint de s'enfuir. Les troupes de Lothaire et de Hugues Capet poursuivent Otton dont l'arrière-garde, ne pouvant franchir l'Aisne en crue à Soissons, est anéantie, « ainsi il en mourut plus par l'onde que par l'épée ». Cette victoire permet à Hugues Capet de retrouver sa place de premier aristocrate du royaume franc. Le rôle de l'archevêché de Reims. Jusqu'à la fin du , situé en terre carolingienne, Reims est le plus important des sièges archiépiscopaux de France. Il prétend à la primatie des Gaules et son titulaire a le privilège de sacrer les rois et de diriger leur chancellerie. De ce fait, l'archevêché rémois est traditionnellement favorable à la famille régnante et a, depuis longtemps, un rôle central dans la politique royale. Mais la cité épiscopale est dirigée par Adalbéron de Reims, neveu de Adalbéron de Metz (un prélat fidèle aux Carolingiens), élu par le roi Lothaire en 969, mais qui a des liens familiaux avec les Ottoniens. L'archevêque est assisté par un des esprits les plus avancés de son temps, l'écolâtre et futur pape Gerbert d'Aurillac. Adalbéron et Gerbert œuvrent pour le rétablissement d'un empire unique dominant toute l'Europe. Le roi Lothaire, âgé de , est de fait sous tutelle de son oncle . Mais, en grandissant, il s'affirme et prend de l'indépendance, ce qui contrecarre les projets impériaux de réunir toute l'Europe sous une unique couronne. Dès lors, l'évêché lâche Lothaire et soutient Hugues Capet. En effet, pour que les Ottoniens puissent faire de la Francie un État vassal de l'empire, il faut impérativement que le roi des Francs ne soit pas de race carolingienne et qu'il soit suffisamment peu puissant et effacé pour accepter cette mise sous tutelle. Hugues Capet devient pour eux le candidat idéal, d'autant qu'il soutient activement la réforme monastique dans ses abbayes quand les autres prétendants continuent à distribuer des charges ecclésiales et abbatiales à leur clientèle. Une telle conduite ne pouvait que séduire les Rémois, très proches du mouvement clunisien. Grâce à la correspondance de Gerbert, de nombreuses informations sur ces évolutions politiques ont pu être obtenues : Les Rémois voient également d'un mauvais œil le rapprochement entre le roi et Herbert de Vermandois, l'éternel ennemi des Carolingiens, le descendant du traître qui avait permis l'arrestation de son grand-père Charles le Simple en 923. Enfin, Adalbéron et Gerbert sont tous les deux proches de la cour ottonienne et se rapprocher de Hugues serait finalement faire renoncer la Lorraine à la Francie. Enfin, a trois ans quand son père meurt : deux partis luttent alors pour assurer la régence, l'un emmené par , dit "le Querelleur" et Lothaire (954-986), l'autre par les impératrices Théophano, sa mère, et Adélaïde de Bourgogne, sa grand-mère, camp adopté par Gerbert et Adalbéron qui soutiennent donc Hugues Capet contre Lothaire. L'échec de Lothaire (979-986). La fin du , riche d'événements complexes, n'est éclairée que par l’"Histoire" de Richer de Reims qu'il écrit après 990. Il complète la chronologie de Flodoard de Reims qui s'arrête en 966. Cependant, son récit manque de fiabilité. Richer a le désir de bien faire, ce qui l'amène parfois à modifier la chronologie et à favoriser ses maîtres rémois : Adalbéron et Gerbert. Voilà sur quelles bases la chute des Carolingiens est connue. Appuyé par l'évêché de Reims, Hugues est désormais le nouvel homme fort du royaume. En 979, alors que Lothaire souhaite assurer sa succession en associant au trône son fils aîné, c'est le duc des Francs qui prend en charge la réunion des "principes regnorum", c'est-à-dire les grands du royaume. La cérémonie se déroule à Compiègne en présence du roi, d'Arnoul (un fils illégitime du roi Lothaire), d'Adalbéron de Reims sous la bénédiction de Hugues. L'assemblée acclame , selon le rite carolingien, et l'archevêque de Reims le sacre roi des Francs. L'année suivante, Lothaire, voyant grandir l'emprise de Hugues, décide de se réconcilier avec : il accepte de renoncer définitivement à la Lorraine. Mais Hugues, pour des raisons obscures, ne souhaite pas que Lothaire se réconcilie avec l'empereur germanique ; il s'empresse donc de prendre le "castrum" (la forteresse) de Montreuil, puis de partir pour Rome. Sur place, il rencontre l'empereur et le pape, en compagnie de ses fidèles Bouchard de Vendôme et Arnoul d'Orléans. La tension monte entre Lothaire et Hugues. Le roi des Francs fait marier son fils Louis à Adélaïde d'Anjou qui lui apporte l'Auvergne et le comté de Toulouse, de quoi prendre en tenaille les territoires du robertien par le sud (982). C'est un échec. Le couple se sépare deux ans plus tard. À la suite de la mort d' (983) et profitant du jeune âge d', Lothaire renonce à son rapprochement avec les Ottoniens et, s'alliant au duc de Bavière, il décide de reprendre l'offensive en Lorraine en . Hugues se garde bien cette fois-ci d'être de l'expédition. Lorsque le roi prend Verdun et fait prisonnier Godefroy (le frère de l'archevêque de Reims), Adalbéron et Gerbert demandent l'aide du duc des Francs. Mais la course folle de Lothaire s'achève puisqu'il meurt à son tour en . Élu et sacré roi des Francs (987). La fin des Carolingiens. La contradiction de certains faits donnés par Richer ne nous permet pas de comprendre toute l'action politique de Hugues à la veille de son couronnement. Par exemple, on ne sait pas pourquoi il ne s'est pas opposé à l'association au trône de Louis, ni à sa succession en 986, alors qu'il s'est rendu à Rome pour rencontrer l'empereur germanique dans une intention hostile à Lothaire. Il semblerait que le duc des Francs, inquiet de la prise de Verdun et de l'appel d'Adalbéron, avait lui-même rassemblé une armée. Peut-être envisageait-il de marcher contre Lothaire et de s'emparer du trône ? Dans tous les cas, le nouveau souverain , comme l'avaient fait et Lothaire, déclare qu'il prendrait les conseils du duc des Francs pour sa politique. Or, il reprend les visées de son père sur la Lorraine et il est possible qu'il aurait souhaité lancer une offensive contre Reims et Laon du fait de leur rapprochement avec l'Empire. On ne sait pas quel est le rôle de Hugues à ce moment-là, les sources restent vagues. Probablement, le duc des Francs aurait modéré les intentions exagérées du roi carolingien. De fait, Louis convoque l'archevêque de Reims à son palais de Compiègne pour qu'il réponde de ses agissements. Mais, au cours d'une partie de chasse, le roi trouve la mort dans une chute de cheval le en forêt de Senlis. L'éviction de Charles de Lorraine. En , les chroniqueurs, notamment Richer de Reims et Gerbert d'Aurillac, écrivent que, à Senlis, « s'éteignit la race des Charles ». Le roi défunt est aussitôt enterré à Saint-Corneille de Compiègne et non à Reims comme il le souhaitait. Or, même si est mort sans enfant, il reste un Carolingien susceptible de monter sur le trône. Il s'agit de Charles de Lorraine, fils de et frère de Lothaire. Cela n’a rien d'extraordinaire : ce n'est pas la première fois qu'un Carolingien est en concurrence avec un Robertien. En fait, au temps du père de Hugues Capet, on ne concevait pas de rompre avec les Carolingiens tant qu’il en existerait, et le prince Louis était perçu comme jeune et pur. En 987, les temps ont changé. Depuis une dizaine d'années, Hugues Capet concurrence ouvertement le roi, il semble avoir soumis les grands vassaux, mais, surtout, son adversaire Charles de Lorraine est accusé de tous les maux : il a voulu usurper la couronne (978), il est l'allié d' puis il a accusé d'adultère la reine Emma d'Italie, femme de son frère. Adalbéron de Reims convoque les plus hauts seigneurs de la Francie à Senlis et leur dit : De retour d'Angleterre, Abbon de Fleury, écolâtre de Saint-Benoît-sur-Loire, établit une légende selon laquelle les derniers Carolingiens auraient été maudits par le « Loup » ("Passion de saint Edmund", 987). En effet, tout en insistant sur la sainteté de la tête royale due au sacre, il rappelle que le loup avait précipité et sa descendance, trop orgueilleux et brutaux à la différence du roi Edmund, souverain idéal et pacifique. Le clerc répand ainsi l'idée que les Carolingiens étaient comme condamnés par un jugement de Dieu que la contagion rendait héréditaire (, ). Il s'agit donc de bannir cette dynastie du trône. Adalbéron plaide une dernière fois en faveur de Hugues : Où et quand Hugues Capet a-t-il été sacré roi des Francs ? Hugues fait immédiatement acquitter Adalbéron et ce dernier peut alors convoquer une nouvelle assemblée à Senlis (fief de Hugues) et il retourne à Reims écarter toute proposition de la part de Charles de Lorraine. C'est bien Hugues qui va devenir le nouveau souverain. En revanche, les historiens spécialistes de la période affirment qu' À ces incertitudes s'ajoute le problème posé par la chronologie fournie par Richer de Reims. Le moine écrit qu'Hugues est couronné et sacré le . Yves Sassier n'imagine pas qu'on puisse à l'époque sacrer le nouveau souverain dix jours seulement après la mort du Carolingien. Il semble plutôt qu'Hugues ait été acclamé roi par l'assemblée de Senlis (peut-être le ou le ) puis couronné et sacré roi le à Noyon. Mais les sources font également mention d'une cérémonie à Reims, d'où l'idée émise de deux cérémonies : une à Noyon (laïque) et l'autre à Reims (religieuse). Finalement, de quoi est-on sûr ? Hugues Capet a été acclamé par l'assemblée de Senlis (quelques jours après la mort de ), puis il a été couronné et sacré, soit à Reims, soit à Noyon, entre mi-juin et mi-juillet de l'. Le choix de Noyon reste obscur : pourquoi avoir choisi une cité autre que Reims alors que le nouveau souverain venait d'être élu avec l'appui d'Adalbéron de Reims ? S'agit-il d'une manœuvre afin de contrer l'archevêque de Reims comme Hugues le fera quelques mois plus tard en faisant sacrer son fils à Orléans ? On ne sait rien du déroulement du sacre et du couronnement de Hugues ; en revanche il est à peu près certain qu'il portait un manteau de pourpre tissé d'or (et peut-être brodé de sujets pieux), des bas rouges, des chaussures violettes, une couronne à arche ornée de quatre fleurons et un sceptre. Règne. Robert le Pieux, associé à la couronne. Un des premiers soucis du nouveau roi couronné ("") est d'assurer la perpétuation d'une dynastie. Il essaye de convaincre Adalbéron de sacrer son fils Robert. Mais l'archevêque, très proche du pouvoir ottonien qui préfère l'alternance des grandes familles sur le trône de Francie plutôt qu'une puissante dynastie capable de lui faire concurrence, refuse. Hugues, venant de recevoir une lettre de , comte de Barcelone, lui demandant de le soutenir contre Al-Mansur qui vient de razzier Barcelone, fait valoir qu'il a besoin d'avoir un successeur au cas où l'expédition contre les sarrasins tournerait mal. Adalbéron doit céder et Robert le Pieux est sacré, âgé d'une quinzaine d'années, le jour de . Hugues Capet rêve de le marier à une princesse byzantine, mais ce projet échouant, Robert doit épouser la veuve d', comte de Flandre, et fille de , roi d'Italie, membre de la famille carolingienne. Rozala d'Italie est de vingt ans son aînée. N'ayant pas réussi à avoir d'enfant avec elle et parce qu'elle était trop âgée, Robert la répudie vers 991/992. Associé à la couronne ("", « roi désigné »), Robert assiste son père pour les questions militaires (conquête de Laon 988-991). D'autre part, sa solide instruction assurée par Gerbert d'Aurillac à Reims, lui permet de traiter des questions religieuses dont il est rapidement le garant (il dirige le concile de Verzy en 991 et celui de Chelles en 994). Il est presque certain que, contrairement à son fils, Hugues est illettré et ne parle pas le latin mais le roman (latin vulgaire du Nord). Capture de Charles de Lorraine. Durant son règne, Hugues doit faire face à de nombreux opposants. En premier lieu, un de ses grands rivaux : Charles de Lorraine. Ce dernier réapparaît en 988 lorsqu'il s'empare de la ville de Laon, un des derniers bastions carolingiens. Pour se faire respecter, le roi assiège par deux fois la ville sans résultat. Préoccupé par cet échec, Hugues contacte plusieurs souverains afin d'obtenir leur aide. Nous avons connaissance d'une lettre rédigée en , sous la plume de Gerbert, dans laquelle le premier capétien ne se contente pas d'informer l'impératrice Théophano (régente de son fils ) des actions de Charles de Lorraine. En effet, il lui propose une rencontre : Toutefois, il semble que Théophano, étant à Meersburg (près du lac de Constance) au cours du mois d'août, ne se soit pas déplacée. Alors, Hugues décide de ruser. Après la mort d'Adalbéron de Reims (989), il décide d'élire comme nouvel archevêque le carolingien Arnoul (un fils illégitime du roi Lothaire) plutôt que Gerbert. On pense qu'il s'agit d'apaiser les partisans du Carolingien, mais la situation se retourne contre le roi puisque Arnoul livre Reims à Charles. Les alliances se forment alors ; la guerre est ouverte : Charles est allié à l'archevêque de Reims et à Herbert de Vermandois, et Hugues reçoit le soutien d'Eudes de Blois en échange de Dreux. Quant au pape, il est sollicité par les deux adversaires, tandis que la cour d' reste neutre, malgré les demandes de Hugues. La situation se débloque par la trahison d'Adalbéron, évêque de Laon, qui s'empare de Charles et d'Arnoul pendant leur sommeil et les livre au roi (991). Pour parvenir à ses fins, Adalbéron s'est fait recevoir à Laon en faisant croire à Charles et Arnoul qu'il voulait se réconcilier avec eux afin de récupérer son évêché. Bien accueilli à Laon, il jure sur le pain et le vin (le jour du Dimanche des Rameaux 29 mars ou le jour du Jeudi saint ) de conserver sa foi à Charles, avant d'ouvrir les portes de la ville à l'ennemi durant la nuit ! Le dernier Carolingien est emprisonné à Orléans, et meurt à une date inconnue. Cette trahison, qui survient en plein mouvement de la Paix de Dieu (le concile de Charroux date de 989), frappe vivement les imaginations dans la moitié sud du royaume : Adalbéron de Laon est totalement discrédité dans ces provinces et l'image de Hugues Capet est ternie. La guerre impitoyable menée contre Charles de Lorraine pour Laon et Reims (988-991), connue par le récit de Richer de Reims et les lettres de Gerbert, ont rendu le roi hostile aux yeux d'une partie de l'Église. La vision que nous avons de la politique du Capétien est exclusivement celle des religieux, d'où le recul à prendre vis-à-vis du jugement à donner sur Hugues Capet. Les intérêts des uns et des autres, portés par des familles différentes, ne sont pas convergents. Des rivalités se font jour et les conflits entre princes sont relayés par leurs alliés religieux respectifs. Adémar de Chabannes nous donne une vision presque « manichéenne » du règne de Hugues Capet. Le même auteur nous fournit à la fois un portrait négatif et positif du souverain. C'est lui qui nous conte l'histoire d'un défi du comte Audebert à l'égard de Hugues et Robert (). Pendant longtemps, on a affirmé que les sujets méridionaux avaient systématiquement rejeté le premier Capétien. Récemment, des études ont émis des nuances. Il semblerait que le rejet soit plutôt d'ordre politique (la capture de Charles de Lorraine) plutôt que dynastique. En effet, le duc d'Aquitaine refuse de se soumettre à son roi, ' et l'évêque de Laon est comparé à Judas le « "traître" ». Finalement, ils font la paix sur les bords de la Loire. Cette remarque est encore plus explicite dans la cité de Limoges. Les actes affirment que, jusqu'en 988, on reconnaît Hugues et même l'association de Robert puisqu'on les date de leur règne ' (). Mais cela ne dure pas, quelques mois plus tard, les chartes ne sont plus datées des règnes : il semblerait que le changement soit dû à la prise de connaissance de l'affaire de la capture de Charles de Lorraine et de la trahison de Adalbéron de Laon. Une fois mises au courant, les cités méridionales auraient rejeté la légitimité de Hugues et de Robert. Concile de Saint-Basle de Verzy. Arnoul, qui a trahi le roi pour ouvrir les portes de son archevêché de Reims à son oncle Charles de Lorraine, dernier prétendant carolingien possible, est soutenu par le Saint-Siège. Hugues le fait juger au concile de Saint-Basle-de-Verzy (18 et ). L'assemblée est composée de treize évêques (ce qui est peu) et présidée par l'archevêque Seguin de Sens, peu favorable au roi. En revanche, les débats sont soutenus par l'évêque Arnoul d'Orléans, un proche du roi. Responsable de la défense, Abbon de Fleury avance que le souverain ne peut convoquer de concile et que seul le pape est compétent pour juger l'affaire. Arnoul d'Orléans lui réplique par un très violent réquisitoire contre le Saint-Siège. Arnoul est déposé. Quelques jours plus tard, Gerbert d'Aurillac est nommé archevêque de Reims. Le pape n'accepte pas cette procédure et veut convoquer un nouveau concile à Aix-la-Chapelle, mais les évêques de Francie refusent et confirment leur décision à Chelles (hiver 993-994). Gerbert, soutenu par d'autres évêques, prend position pour l'indépendance des Églises vis-à-vis de Rome (qui est contrôlée par les empereurs germaniques). Afin d'éviter une excommunication des évêques ayant siégé au concile de Sainte-Basle, et donc un schisme, Gerbert préfère lâcher prise. Il abandonne l'archevêché et se rend en Italie. Toute l'habileté politique de Hugues Capet consiste, dès le début de l'affaire, à demander le soutien de l'empereur et du pape (qu'il n'obtient évidemment pas), et utiliser les divisions de l'Église pour mettre en première ligne les évêques francs qu'il émancipe en échange de leur soutien. L'usage de la voie conciliaire est donc un moyen habile de contrer l'influence de l'empereur, sans entrer directement en conflit. En parallèle, Abbon de Fleury, qui avait vigoureusement défendu Arnoul, écrit qu'à partir du règne de Hugues Capet, la théorie de la royauté forgée par Hincmar de Reims est reprise : le roi règne avec les conseils des ecclésiastiques. Lui et ses contemporains, pour des raisons obscures et totalement opposées au jugement précédent, affichent à partir de ce moment un grand intérêt pour la royauté. Abbon rappelle qu'il faut être fidèle au roi et que chacun des grands seigneurs ne se trouve finalement être qu'un dépositaire du service dû au roi. Oubliée sous les derniers Carolingiens, l'image du « roi idéal » fait son apparition : , ajoute Abbon. Il semble que, sur ce point, Hugues, pour redorer son blason aux yeux des évêques (en construisant des bâtiments religieux par exemple), ait dû légitimer ses actions contre les Carolingiens : Abbon entend sauvegarder pour l'avenir la mémoire capétienne qui reste encore fragile dans les mentalités du . Sous Hugues Capet et encore chez , le souverain est largement conseillé et entouré par les évêques dans la tradition carolingienne. L'insoumission des grands féodaux. Les historiens (notamment Ferdinand Lot ou Jean-François Lemarignier) ont longtemps écrit qu'Hugues était un souverain très faible durant le règne duquel les châtelains avaient remplacé les princes familiers du palais et que la Paix de Dieu avait été décidée pour contrecarrer un rayonnement royal insuffisant. Encore une fois, les études récentes ont nuancé ces propos trop négatifs. En 987, les contemporains ont dû avoir des doutes tant on craignait la remise en cause de l'ordre carolingien. Certains ont montré ouvertement leur hostilité (Charles de Lorraine, Eudes de Blois) et d'autres (surtout les ecclésiastiques) ont préféré patienter. On a vu qu'il y a encore, sous le règne de Hugues, des habitudes carolingiennes. Les Catalans sont souvent montrés comme étant les premiers à avoir rejeté la légitimité de Hugues. Arraché aux musulmans par les Carolingiens, le comté de Barcelone a longtemps vénéré ces derniers. Pourtant, le premier capétien ne rend pas visite aux abbayes méridionales, et donc ces dernières ne font plus appel à lui pour confirmer leurs privilèges : il y a plutôt éloignement que rupture. En outre, Michel Zimmermann a montré que la rupture entre la couronne de Francie et la Catalogne n'est pas nouvelle : « Depuis Charles le Simple et les derniers Carolingiens, on assiste à un manque d'empressement des souverains à réclamer la prestation de fidélité devant leur incapacité à fournir la protection en contrepartie. » Les comtes de Barcelone renoncent donc, après 900, à faire le voyage pour l'hommage royal. On comprend désormais pourquoi la Catalogne refuse l'exigence de Hugues en . Entre-temps, Barcelone a été assiégée en 985 par Al-Mansur. Le comte fait appel à son protecteur le roi des Francs, mais Lothaire meurt au cours de l'année 986 et a un règne trop bref pour préparer une expédition. Au lendemain de l'avènement de Hugues Capet, Borrell renouvelle son appel et Hugues promet son aide en échange d'un hommage en Aquitaine, en vain. Enfin, Hugues doit faire face, durant tout son règne, à l'opposition d'Eudes de Blois dont les possessions prennent en tenaille le domaine royal. Au printemps 991, le comte de Blois s'assure de la prise de Melun, alors tenue par Bouchard de Vendôme, en soudoyant le châtelain et les "milites" (chevaliers) du château. À la suite de ce coup de force, une coalition se forme entre le roi, le comte d'Anjou et le duc de Normandie : Melun est reprise dès l'été et Eudes bat en retraite. Ce dernier reprend les armes et prend Nantes, aussitôt reprise par le comte d'Anjou Foulques Nerra. Au printemps 993, le comte de Blois, déçu qu'Hugues Capet et son fils aient refusé de lui conférer le titre de duc des Francs, imagina, en liaison avec Adalbéron de Laon de les faire capturer lors d'une rencontre projetée à Metz avec l'empereur et de placer Louis, fils du duc Charles de Basse-Lotharingie, sur le trône. de Blois serait devenu duc des Francs et Adalbéron évêque de Reims. Hugues Capet et son fils, prévenus, firent échouer cette tentative. Inquiets de la puissance de l'Angevin, de Normandie, Eudes de Blois et de Flandre s'allient contre lui (995-996). Le conflit sans fin est interrompu par la mort d'Eudes en , puis par celle de Hugues Capet vers la fin octobre de la même année. Fin de règne. Eudes de Blois meurt en , laisse une veuve dont est épris Robert le Pieux. Hugues Capet refuse cette union qui apporterait la Bourgogne à son fils, car Berthe de Bourgogne est sa cousine au troisième degré, et le mariage serait consanguin. Durant l'été 996, déjà malade, Hugues se serait rendu avec son fidèle Bouchard au monastère de Souvigny où repose son ami saint Mayeul (mort en 994). Il n'est plus en guerre contre Eudes de Blois et a environ quand il meurt durant les neuf Calendes de l'an 996. Il « disparaît » « sans faire de bruit » après avoir surmonté sans gloire les difficultés que lui créèrent ses ennemis. Le roi était peut-être atteint de la variole ; Richer témoigne : « Hugues, qui avait le corps tout couvert de pustules, s'éteignit dans son château nommé "Judéis", « Les Juifs ». Ce toponyme se réfère à un hameau aujourd'hui disparu, près de Chartres, au cœur de la Beauce. Sépulture. Le roi défunt est sitôt transporté à l'abbaye de Saint-Denis où il est inhumé devant l'autel de la Sainte-Trinité aux côtés du roi Eudes, son illustre grand-oncle. En 1263, le roi Saint Louis décida d'un programme visant à réaliser des monuments funéraires pour marquer le rôle de nécropole royale dévolue à l'abbaye. Il commanda une série de quatorze mausolées ornés de gisants pour recouvrir les restes des derniers carolingiens ainsi que les premiers capétiens. Parmi les tombeaux commandés figuraient ceux d'Eudes et Hugues Capet. Ceux-ci se trouvaient à la croisée du transept à côté de l'autel matutinal et derrière les tombeaux de et de Constance d'Arles. En août 1793, ils furent parmi les premiers tombeaux détruits par ordre de la Convention à l'instigation de Bertrand Barère. Les deux gisants disparurent en même temps que celui du roi . De ces tombeaux subsiste un dessin de l'historien et collectionneur François Roger de Gaignières, conservé à la Bibliothèque nationale de France. Le royaume de Hugues Capet. Les principautés territoriales. Hugues Capet, comme ses prédécesseurs, se fait appeler "« rex Francorum »" (roi des Francs) et non pas « roi de France », ce qui signifie qu'il se sent plutôt le souverain d'un peuple, les Francs (les hommes libres), que d'un territoire. Bien entendu, ces liens ne reposent pas sur une présence physique qui ferait connaître le roi dans l'ensemble du royaume. Il est même possible que le premier Capétien se désintéresse progressivement du sud du royaume puisque les abbayes ne font plus appel à lui pour la confirmation de leurs biens. S'il est connu au nord de la Loire, cela est moins vrai dans les régions méridionales, comme le confirme le récit d'Abbon de Fleury de son voyage en Gascogne : En effet, depuis le milieu du , les comtés créés au temps des Carolingiens sont devenus progressivement indépendants en exploitant la faiblesse du pouvoir royal. Les plus puissants d'entre eux se trouvent aux marges du royaume () : Les possessions du roi. Les historiens se sont longtemps demandé pourquoi Hugues n'avait récupéré, à la suite de son couronnement, qu'un minuscule territoire qui allait constituer le domaine royal. Il semblerait que son élection eût été plus une reconnaissance affective qu'une reconnaissance de sa puissance vis-à-vis des grands seigneurs. En effet, ses plus proches voisins (duc de Normandie ou comte d'Anjou) sont plus riches que lui en terres et en hommes. Les possessions du nouveau roi sont réduites à des morceaux de l'ancien duché robertien, consolidé jadis par son père. Ces amputations ne sont absolument pas l'objet de pertes territoriales liées à la réclamation d'un frère cadet du roi. Ce territoire est dominé par deux grandes villes, Paris et Orléans, puis par quelques villes moyennes, Étampes, Melun, Corbeil, Dreux et Senlis. Ces places fortes sont en réalité des chefs-lieux de "pagi" au sein desquels le roi n'exerce que le pouvoir comtal. Dans chacune de ces villes, Hugues Capet dispose d'un palais, d'une troupe de chevaliers et de revenus fonciers et économiques. Chacune de ses possessions est disjointe des autres puisque de gênants vassaux (Montmorency, Montlhéry…) sont venus s'y intercaler. Enfin, le premier capétien dispose aussi d'abbayes qui restent de puissants appuis économiques et stratégiques : Saint-Martin à Tours, Saint-Benoît-sur-Loire (Abbaye de Fleury), Saint-Maur-des-Fossés, Saint-Germain-des-Prés et Saint-Denis. Il ne reste quasiment rien du domaine carolingien, si ce n'est autour de Laon. Il serait cependant illusoire de borner le rayonnement de Hugues Capet à son seul domaine royal. Son influence s'étend sur une région beaucoup plus vaste d'Orléans à Amiens (). L'administration au temps de Hugues Capet. Comme on l'a dit, nous sommes assez mal renseignés sur le règne de Hugues Capet. On n'a conservé qu'un petit nombre d'actes émis par sa chancellerie : à peine une douzaine. C'est infime comparé aux plusieurs centaines de son contemporain . La continuité carolingienne. Hugues Capet apparaît comme un souverain qui reste très « carolingien » dans certains de ses comportements. Dans un premier temps, il associe son fils unique, Robert, à la couronne. Le prince, âgé d'environ , est acclamé puis sacré en la cathédrale d'Orléans par Adalbéron de Reims, le soir de . Cette pratique était déjà usitée au temps des Carolingiens, mais le passé a montré que cette précaution n'empêchait pas l'élection d'un autre roi ( en 922). De plus, Charles de Lorraine est toujours sur le devant de la scène et le roi a quelque peine à convaincre l'archevêque de Reims de le soutenir. Ce dernier, dont le rôle est capital pour légitimer le sacre, ne souhaite pas voir la nouvelle dynastie se renforcer précipitamment. Mais, face à l'argument de Hugues, qui affirme ne pas pouvoir laisser le royaume sans chef et sans succession assurée dans un univers hostile (les vassaux ennemis du roi, les Musulmans), l'archevêque doit céder. Plus curieusement, on assiste au maintien par le roi lui-même et par son entourage d'une tradition impériale de la monarchie franque. Ainsi, une charte royale de Hugues Capet, datée de 992, le présente lui-même et son fils se déclarant « détenteurs du pouvoir sur l'Empire des Francs » ("imperii Francorum" (…) "potiti"). Un autre souvenir franc est la confection d'un manteau royal sur ordre de la reine Adélaïde, confié à la garde de Saint-Denis. Ce vêtement, appelé "orbis terrarum", symbolise le monde. C'est un manteau impérial et sa signification est claire : . Jusqu'en 988, tous les actes royaux du premier capétien suivent une pratique carolingienne selon laquelle la signature (souscription) est réalisée à la fois par la chancellerie et par le roi, qui y appose les signes royaux : son monogramme (modèle carolingien) et le sceau. Après cette date, encore un acte sur deux (connu) se fera de cette manière. Enfin, le rétrécissement, tant décrié par certains historiens, des relations par actes au temps des premiers capétiens, est peu net. Sous les Carolingiens, les diplômes royaux sont rares en Normandie, Anjou, Poitou, Berry et Auvergne, et même inexistants en Gascogne, Bordelais et Toulousain. Au temps de Hugues Capet, on envoie moins de documents en Flandre et en Auvergne, mais on note une multiplication des actes vers la Normandie, la Touraine et le Berry. Il n'y a donc pas une véritable coupure avec les expéditions carolingiennes (excepté dans l'extrême sud). Bref, Richer présente le roi Hugues comme un « roi guerrier » qui accomplit des exploits avec son armée. Pour être un vrai Carolingien, il ne lui manque que le sang de Charlemagne ! La rupture capétienne. Jusqu'en 987, les clercs ne produisent plus de grands textes. Les règnes des derniers Carolingiens ne stimulent pas les penseurs et semblent mettre de côté les hommes d'Église. Avec Hugues Capet, la situation semble changer. Dans un de ses diplômes, le roi apparaît comme l'intermédiaire entre les clercs et le peuple ("mediator cleri et plebis"). D'ailleurs, Abbon de Fleury et Richer de Reims sont conscients du changement avec l'ancienne dynastie. Le moine de Reims ajoute qu'Hugues et Robert réagissent : Et les deux rois eux-mêmes, sous la plume de Gerbert d'Aurillac, insistent sur cette nécessité de "consilium" « ne voulant en rien abuser de la puissance royale nous décidons toutes les affaires de la "res publica" [la chose publique] en recourant aux conseils et sentences de nos fidèles ». En fait, au besoin, les évêques du Nord assistent et soutiennent le roi lors de plaids royaux ou de synodes. Mais Hugues a besoin de l'appui de l'Église pour asseoir davantage sa légitimité, et parce que les contingents de cavaliers qui composent son armée proviennent en grande partie des évêchés. Concernant les actes royaux, on a vu que le roi n'est réellement présent que dans la région située entre l'Oise et la Seine. Les diplômes royaux peuvent être également des chartes privées comportant un grand nombre de souscriptions. Avec Hugues Capet s'ouvre une nouvelle pratique dans la rédaction des actes. Jusqu'en 987, ils faisaient uniformément l'objet, on l'a souligné, d'une signature de la chancellerie jointe à celle du roi. Dorénavant, le roi doit faire souscrire certains de ses diplômes (un seul connu pour Hugues Capet) non par le seul chancelier, mais par les personnes qui l'entourent (les grands seigneurs). Désormais, il semblerait que l'autorité royale ne serve plus, à elle seule, à valider la décision qui est prise. En effet, les actes émanant de la chancellerie sont principalement des privilèges qui confirment les domaines des établissements religieux (par exemple Saint-Maur-des-Fossés, 988) et les placent sous la protection du roi () : les clercs estiment-ils inutile de demander la protection d'un souverain aussi faible ? Cette remarque est aujourd'hui discutée puisqu'on considère que ce changement administratif traduit moins un affaiblissement royal qu'un changement de méthode progressif à partir de Hugues Capet. Les derniers Carolingiens délivraient encore un nombre important de diplômes aux églises situées dans le Midi. Il s'agissait pour eux de mettre en place un sentiment de légitimité et de protection royale contre les musulmans proches, politique mise entre parenthèses depuis le milieu du . Développement culturel et architectural. On assiste à un nouvel essor culturel décrit par Helgaud de Fleury à partir de la fin du . Si l'Antiquité a toujours été présente dans la culture du haut Moyen Âge, le paysage monumental est en train de changer. On connaît aujourd'hui l'existence d'un art préroman clairement différencié de l'art carolingien. On prête à Hugues Capet et à la famille royale un certain nombre de constructions : le souverain continue la construction du monastère Saint-Magloire entreprise par son père à Paris, tandis que la reine Adélaïde fait bâtir à Senlis une chapelle pour abriter les reliques de saint Frambourg et une autre à Argenteuil pour l'abbaye Notre-Dame. Hugues Capet agit en étroite collaboration avec le centre culturel de Saint-Benoît-sur-Loire. Les évêques jouent également un rôle primordial ; on travaille dans certaines cités à reconstruire ou à agrandir les sanctuaires : c'est le cas, à la fin du , de Beauvais et surtout de Reims. À cet égard, Richer de Reims nous décrit la reconstruction de la cathédrale de Reims par l'archevêque Adalbéron de Reims en 976. Plusieurs travaux sont effectués : on abat les cryptes occidentales et l'ouvrage voûté carolingien à l'entrée, on le remplace par un clocher-porche, puis on y place le corps de saint Calixte avant de faire élever un autel avec un oratoire. Enfin, l'autel principal est décoré d'une croix d'or et on fait percer de nouvelles fenêtres pourvues de vitraux historiés. En revanche, tous les contemporains ne partagent pas forcément cet engouement. En effet, pour le continuateur de Flodoard, qui poursuit la rédaction des annales depuis la mort de ce dernier, cette reconstruction est considérée comme un « sacrilège ». Les centres urbains se développent également. À Tours, le quartier Saint-Martin, protégé par son "castrum" de pierre, engendre une agglomération dynamique avec de nombreuses boutiques. À Paris, à l'époque de Hugues Capet, la cité est tout entière occupée par le quartier épiscopal à l'est et le palais royal à l'ouest. Entre les deux, on note la présence d'un quartier dont les habitants fournissent le roi et l'évêque en produits précieux. Sur les deux rives s'élèvent des bourgs monastiques autour desquels s'étendent des vignes, des ateliers et des ports fluviaux (Saint-Germain-des-Prés). Ailleurs, à Châteaudun, la collégiale Notre-Dame apparaît en 1003 dans l'enceinte du "castrum" édifié par le comte de Blois, mais cela reste un cas isolé puisque les châteaux privés restent rares. À la fin du , le timide éveil économique permet de poursuivre la composition urbaine des cités (caractérisée par une structure polynucléaire) : cité épiscopale, "castrum" et "suburbium" hérités du haut Moyen Âge. Hugues Capet et l'Église. Hugues Capet, lui-même abbé, comprend vite tout l'intérêt qu'il peut tirer de la réforme clunisienne. Il entretient des liens d'amitié avec Maïeul de Cluny, fait montre de dévotion aux cérémonies religieuses et de soutien à la réforme monastique. Il octroie, en 994 à l'abbé Heldric de Saint-Germain d'Auxerre, l'élection de l'abbé par les seuls moines, et non plus par l'évêque d'Auxerre. Il est logiquement soutenu pour son élection par les réformateurs de l'Église et, en particulier, par Gerbert d'Aurillac et Adalbéron de Reims, personnalités influentes et proches des Ottoniens, ce d'autant que les Carolingiens se sont montrés menaçants pour et . Mais, une fois au pouvoir, il doit, aux yeux des Ottoniens, rester suffisamment faible pour que la Francie ne puisse s'ériger en contre-pouvoir. Par exemple, Adalbéron rechigne à sacrer son fils Robert, pourtant formé par son écolâtre Gerbert. Il faut toute l'habileté politique de Hugues Capet pour le convaincre. Ce dernier délègue ensuite à Robert le Pieux de réelles responsabilités religieuses et militaires qui l'imposent de fait comme son successeur. La réforme monastique ne pouvant pas emporter l'adhésion de tous les abbés et évêques laïcs, des divisions existent au sein de l'Église. Odilon de Cluny et le mouvement de la Paix de Dieu sont fortement critiqués par des personnalités ecclésiastiques de premier ordre, surtout au nord de la Loire, comme Adalbéron de Laon ou Gérard de Cambrai. Les Ottoniens contrôlent le Saint-Siège et manœuvrent pour que, en Francie, le pouvoir reste partagé entre Carolingiens et Robertiens. La trahison de l'archevêque Arnoul a porté un rude coup au crédit du roi. Cependant, ce dernier manœuvre avec habileté, utilisant la voie conciliaire pour contrer les décisions du Saint-Siège (qui est assujetti à l'empereur). De plus, en contraste avec le peu de moyens dont il dispose, la légitimité du roi s'affermit grâce au soutien de grands ecclésiastiques : ils voient bien que le roi, bien que faible, incarne la tradition d'une autorité supérieure, seule capable de maintenir l'ordre et la paix dans la société chrétienne. Les évêques aquitains et languedociens élaborent sans doute, faute de mieux, la Paix de Dieu au moment même où Hugues Capet commence à régner, mais leurs confrères du Nord, plus proches de la royauté, cherchent à lui apporter un soutien idéologique (Gérard de Cambrai, Adalbéron de Laon). À cet égard, Abbon de Fleury, qui avait vigoureusement défendu Arnoul au concile de Verzy, écrit que, à partir du règne de Hugues Capet, la théorie de la royauté, forgée par Hincmar de Reims, est reprise : le roi règne en s'appuyant sur les conseils des ecclésiastiques. Lui et ses contemporains, pour des raisons obscures et paradoxales, assignent à partir de ce moment un grand intérêt à la royauté. Abbon rappelle qu'il faut être fidèle au roi et que chacun des grands seigneurs ne se trouve finalement être qu'un dépositaire du service dû au roi. Oubliée sous les derniers carolingiens, l'image du « roi idéal » fait son apparition : , ajoute Abbon. Il semble que, sur ce point, Hugues, pour redorer son blason aux yeux des évêques (en construisant des bâtiments religieux par exemple), ait dû légitimer ses actions contre les Carolingiens : Abbon entend sauvegarder pour l'avenir la mémoire capétienne, qui reste encore fragile dans les mentalités du . Contrairement aux derniers Carolingiens, les premiers capétiens s'attachent un clan d'évêques au nord-est de Paris (Amiens, Laon, Soissons, Châlons…), dont le soutien se montrera déterminant dans la suite des événements. Hugues Capet et Robert le Pieux ont besoin de l'appui de l'Église pour asseoir davantage leur légitimité, entre autres parce que les évêchés fournissent de gros contingents pour l'armée royale. Dans un de leurs diplômes, les deux rois apparaissent comme les intermédiaires entre les clercs et le peuple ("mediatores et plebis"). Et les deux rois eux-mêmes, sous la plume de Gerbert d'Aurillac, insistent sur cette nécessité de "consilium" : « Ne voulant en rien abuser de la puissance royale nous décidons toutes les affaires de la "res publica" en recourant aux conseils et sentences de nos fidèles. ». Ce soutien de l'Église à la nouvelle dynastie se traduit au début du par la prophétie de saint Valery : deux auteurs originaires des monastères de Saint-Valery et de Saint-Riquier, dans le Nord, affirmèrent que saint Valery apparut à Hugues Capet pour lui promettre que ses successeurs régneraient sur le royaume des Francs « jusqu'à la septième génération ». Cette prophétie de saint Valery était une réponse à l'affirmation formulée à Sens au début du d'après laquelle les Capétiens étaient des usurpateurs. Finalement, malgré un pouvoir réel relativement faible et en dépit de la puissance des Ottoniens, Hugues Capet parvient à jouer des divisions au sein de la grande aristocratie et de l'Église pour obtenir suffisamment de soutiens à la transmission héréditaire de sa couronne. En même temps, la restauration du pouvoir royal s'inscrit dans un mouvement plus large : la Paix de Dieu est en train de fonder progressivement une société à trois ordres, dans laquelle le clergé, qui est dépositaire de la culture, se rend indispensable à l'exercice du pouvoir. Paradoxalement, l'évolution se fait au alors que le soutien clérical apparaît de moins en moins indispensable (en particulier à partir du règne de son petit-fils ) et que s'affirme l'influence des puissants laïcs. Prix Hugues-Capet. Le prix Hugues-Capet vise à récompenser depuis 1994 un ouvrage écrit sur « un roi de France, une reine de France, un prince capétien, l'un de leurs aïeux, de leurs conjoints, de leurs descendants, ou sur l'un des grands serviteurs du royaume ». Le jury a été présidé, de 1994 jusqu’à son décès en 2003, par Isabelle d'Orléans et Bragance (1911-2003), comtesse de Paris. Béatrice de Bourbon-Siciles lui a depuis succédé.
Hypogée En archéologie, un hypogée (du grec "hupo", « sous », et "gê", « terre ») est une tombe creusée dans le sol (sous-sol, flanc de colline). En égyptologie, cette tombe est plus précisément souterraine (comme dans la vallée des Rois), par opposition aux tombes aériennes comme les mastabas. Lors de la période gréco-romaine, sur la côte syrienne, les traditions funéraires restent hellénistiques. Ainsi on y retrouve notamment des hypogées cruciformes, à côté d'autres types de sépulture : inhumation en pleine terre, sarcophage… Exemples d'hypogées. L'hypogée des Dunes, (de "dun" signifiant « lieu élevé » en gaulois) à Poitiers est en fait un cimetière mérovingien, mis au jour par le père Camille de La Croix à la fin du . Les nombreuses tombes étrusques du site de la nécropole de Monterozzi, toutes fouillées, enfouies sous des tumuli sont des hypogées. On connaît près de en Sardaigne, mais aussi à Malte où l'hypogée de Ħal Saflieni constitue le complexe funéraire de ce type le plus spectaculaire. Il est situé à Paola sur l'île de Malte. Il existe aussi des hypogées en France, notamment dans la Marne, mais aussi dans l'Oise et dans le sud-est de la France. La plus forte concentration se situe dans le département de la Marne et notamment dans la région des marais de Saint-Gond, où on connaît près de creusés dans la craie. Ces sépultures collectives datent du Néolithique récent (3500-3000 av. J.-C.).
Hydrazine L’hydrazine, de nom officiel diazane, de formule chimique N2H4 et de formule semi-développée H2N-NH2, est un composé chimique liquide incolore, avec une odeur rappelant celle de l’ammoniac. Elle est miscible à l'eau en toutes proportions. Les hydrazines constituent également une famille de composés chimiques dérivés de l'hydrazine (H2N-NH2 par substitution d'un ou plus atomes H par des radicaux hydrocarbonés (par exemple la 2,4-dinitrophénylhydrazine). La production annuelle de l'hydrazine est de tonnes. La plus grande part de cette production est utilisée comme agent moussant pour la production de polymères expansés. Le reste de cette production se répartit dans différents secteurs comme la chimie organique pour la synthèse de médicaments ou la chimie inorganique pour la production d'azoture de sodium, l'agent explosif de gonflage des « "airbags" » (coussins gonflables de sécurité). L'hydrazine est également utilisable comme carburant des moteurs de fusée. Structure moléculaire et propriétés. La structure de l'hydrazine se présente sous l’aspect de deux molécules d’ammoniac accouplées l’une à l’autre par enlèvement d'un hydrogène pour chacune des deux molécules. Chaque sous-unité -NH2 se présente sous une forme pyramidale. La distance entre les deux atomes d'azote est de et la molécule adopte une conformation anticlinale. Le moment de rotation est le double de celui de l’éthane. Ses propriétés structurelles ressemblent à celles du peroxyde d'hydrogène gazeux, qui adopte une conformation « asymétrique » analogue à une structure d'alcane linéaire, avec un moment de rotation élevé. Elle possède les propriétés d’une base comparable à l’ammoniaque, mais 15 fois plus faible. Le substituant sur chaque amine rend le doublet électronique moins disponible pour capter un proton et donc moins basique. L'hydrazine est un meilleur nucléophile que l'ammoniac à cause de la répulsion entre les doublets non liants des atomes d'azote adjacents. La deuxième protonation est plus difficile: L'hydrazine est un réducteur beaucoup plus fort en milieu basique qu'en milieu acide. (E=- à pH=0 et E=- à pH=14). Lorsque l'hydrazine réagit avec des oxydants, divers produits azotés peuvent se former mais en général, il s'agit de diazote. La réaction de l'hydrazine avec le dioxygène forme du diazote et de l'eau, tout en dégageant une grande quantité de chaleur. L'hydrazine se dégrade sous l'action de la chaleur et des rayons ultraviolets en azote , hydrogène et ammoniac . Certains sels d'hydrazine sont explosifs : nitrate d'hydrazine, chlorate d'hydrazine, perchlorate d'hydrazine et azoture d'hydrazonium. Propriétés physico-chimiques. L'hydrazine anhydre est un liquide incolore fumant à l'air avec une odeur aminée. Le seuil olfactif est de . Synthèse. Theodor Curtius synthétisa l’hydrazine simple pour la première fois en 1889 par un biais détourné. L’hydrazine est produite par le procédé d’Olin Raschig à partir de l’hypochlorite de sodium et de l'ammoniaque, une méthode inventée en 1907. Ce procédé repose sur la réaction des chloramines avec l'ammoniaque. Une variante du procédé d’Olin Raschig est l'oxydation de l’urée par l’hypochlorite de sodium : Dans le cycle Atofina-PCUK, l'hydrazine est fabriquée en plusieurs étapes à partir d’acétone, d'ammoniaque et de peroxyde d'hydrogène. L’acétone et l'ammoniaque réagissent d’abord pour donner une imine, réaction suivie d’une oxydation par le peroxyde d'hydrogène en oxaziridine, un hétérocycle à trois atomes comportant un atome de carbone, un atome d'azote et un atome d'oxygène, suivie d’une ammoniolyse qui conduit à l’hydrazone, un processus qui assemble deux atomes d'azote. L’hydrazone réagit avec l'acétone en excédent, et l'acétone azine produite est hydrolysée pour former l'hydrazine, en régénérant l’acétone. Contrairement au procédé de Raschig, cette méthode ne génère pas de sel. PCUK est associé à Ugine Kuhlmann, un fabricant français de produits chimiques. L’hydrazine peut aussi être produite par une méthode connue sous le nom de procédé kétazine et peroxyde. En 2001, Marc Strous, microbiologiste à l'université de Nimègue aux Pays-Bas, a découvert que l'hydrazine est produite par des levures et une bactérie océanique, "Brocadia anammoxidans", par une réaction d’anammox réalisée dans des organites spécialisés appelés anammoxosomes. Ce sont les seuls organismes vivants actuellement connus capables de produire naturellement de l’hydrazine. Dérivés. On connaît de nombreux dérivés par substitution de l’hydrazine, et plusieurs d’entre eux sont produits naturellement. Quelques exemples : Utilisation en chimie. Les hydrazines sont utilisées dans la synthèse de nombreuses molécules organiques et beaucoup d’entre elles ont une importance pratique dans l’industrie pharmaceutique, comme antituberculeux, ainsi que dans les textiles comme colorant et dans la photographie. On la trouve aussi dans l'industrie en général et plus particulièrement mélangée à l'eau alimentaire pour chaudière vapeur. Elle a pour but de détruire les dernières molécules d'oxygène et ainsi éviter la corrosion des lignes de vapeur en acier. Réaction avec les carbonyles. Pour illustrer la condensation de l'hydrazine avec un radical carbonyle, citons la réaction avec l’acétone qui conduit à la formation de diisopropylidène hydrazine. Celle-ci réagit encore avec l'hydrazine pour former une hydrazone : L'acétone et la diisopropylidène hydrazine sont des intermédiaires dans la synthèse PCUK-Atofina. L’alkylation directe des hydrazines avec les halogénoalcanes en présence d’une base forme des dérivés alkylés des hydrazines, mais la réaction est généralement inefficace en raison d’un mauvais contrôle sur le niveau de substitution (comme pour les Amines ordinaires). La réduction de l’hydrazone en hydrazine constitue une façon élégante de produire des hydrazines 1,1 dialkylées. Dans une autre réaction, la 2-cyanopyridine réagit avec l'hydrazine pour former des hydrazides amidées qui peuvent être converties en triazines en utilisant les 1,2-dicétones. Réaction de Wolff-Kishner. L’hydrazine est utilisée en chimie organique dans la réduction de Wolff-Kishner, une réaction qui transforme le groupe carbonyle d'une cétone ou d’un aldéhyde en pont méthylène (ou groupe méthyle) par l'intermédiaire d'une molécule d’hydrazone. La production de diazote très stable à partir de l'hydrazine favorise la réaction. Synthèse des molécules polycycliques. Ayant deux fonctions amines, l’hydrazine est une pièce maîtresse pour la préparation de nombreux composés hétérocycliques via la condensation avec une partie possédant deux fonctions électrophiles. Avec l’acétylacétone, il se condense pour donner le 3,5-diméthylpyrazole. Dans la réaction d’Einhorn-Brunner, les hydrazines réagissent avec les imides pour donner des triazoles. Sulfonation. Étant un bon nucléophile, N2H4 est vulnérable à l'attaque des halogénures de sulfonyle et des halogénures d'acyle. Le tosyl hydrazine forme aussi des hydrazones après traitement avec des carbonyles. Découpage des phthalimides. L’hydrazine est utilisée pour découper la "N"-phthalimide en dérivés alkylés. Cette réaction de scission permet à l’anion phthalimide d'être utilisé comme précurseur d'amine dans la synthèse de Gabriel. Agent réducteur. L’hydrazine est un réducteur apprécié parce que ses sous-produits de décomposition sont généralement l'azote gazeux et l'eau. Ainsi, elle est utilisée comme antioxydant, désactiveur d’oxygène et inhibiteur de corrosion dans l'eau des chaudières et des circuits de chauffage (dans ce rôle, on lui préfère désormais la N,N-diéthylhydroxylamine, de moindre toxicité, mais elle est encore abondamment utilisées contre la corrosion dans les grandes centrales thermiques et nucléaires notamment). Elle est aussi utilisée pour réduire les sels de métaux et d'oxydes de métaux à l’état métallique dans l’électrolyse du nickel ainsi que dans l’extraction du plutonium à partir de combustibles nucléaires usés. Sels d’hydrazine. L’hydrazine est convertie en sels solides au moyen d’un traitement par les acides minéraux. Le sel le plus répandu est l'hydrogénosulfate d'hydrazine, N2H5HSO4, qui devrait probablement être appelé bisulfate d’hydrazine. Le bisulfate d’hydrazine est utilisé comme traitement alternatif de la cachexie induite par le cancer. Le sel de l'hydrazine et de l’acide azothydrique N5H5 avait un intérêt scientifique, en raison de sa forte teneur en azote et de ses propriétés explosives. Utilisations industrielles. L’hydrazine est utilisée dans de nombreux procédés, par exemple la production de fibres d’élasthanne, comme catalyseur de polymérisation, agent gonflant, pour les piles à combustibles, comme flux de brasage pour le soudage, comme stabilisant dans certains procédés couleur argentiques, comme prolongateur de chaîne pour la polymérisation du polyuréthane, comme composé réducteur pour le conditionnement de l'eau des centrales thermiques et des circuits secondaires des centrales nucléaires et comme stabilisateur de chaleur. En outre, une technique utilisant des dépôts d'hydrazine sur les semi-conducteurs a été récemment expérimentée, avec une possible application à la fabrication des thin-film transistors utilisés pour les écrans à cristaux liquides. L’hydrazine en solution à 70 % avec 30 % d'eau est utilisée pour alimenter l'EPU (unité d'alimentation d'urgence), sur les avions de chasse F-16 (General Dynamics F-16 Fighting Falcon). En usage militaire, un dérivé de l'hydrazine, la diméthylhydrazine asymétrique (UDMH), combiné avec du nitrate d'ammonium est l'ingrédient de base de l’, un explosif extrêmement puissant inventé dans les années 1960. Carburant pour fusées. L’hydrazine fut d'abord utilisée comme carburant pour fusées lors de la Seconde Guerre mondiale pour les avions Messerschmitt Me 163 (le premier avion-fusée), sous le nom de "B-Stoff" (en fait, de l'hydrate d'hydrazine). Ce "B-Stoff" était mélangé à du méthanol ("M-Stoff") pour donner du "C-Stoff", lequel était utilisé comme carburant avec du "T-Stoff", un concentré de peroxyde d'hydrogène, utilisé comme comburant au contact duquel il s'enflammait spontanément en une réaction très énergétique. Aujourd'hui, l'hydrazine est utilisée généralement seule comme monergol dans les moteurs à faible poussée (mais grande précision) permettant le positionnement sur orbite des satellites et des sondes spatiales ; dans ce cas, la poussée est assurée par décomposition catalytique de l'hydrazine et non par combustion. Cette décomposition est en effet une réaction très exothermique. Elle est obtenue en faisant passer l'hydrazine sur un catalyseur dont le composant actif est l'iridium métallique déposé sur une grande surface d’alumine (oxyde d'aluminium), ou de nanofibres de carbone, ou plus récemment le nitrure de molybdène sur l'alumine, voire du nitrate de molybdène. Sa décomposition en ammoniac, diazote et dihydrogène résulte des réactions suivantes : Cette décomposition se déclenche en quelques millisecondes et permet de doser la poussée de façon très précise. Ces réactions sont très exothermiques (le catalyseur de la chambre peut atteindre en quelques millisecondes), et produisent un gros volume de gaz chauds à partir d’un faible volume d’hydrazine liquide, ce qui en fait un bon propergol pour la propulsion spatiale. Certains dérivés de l'hydrazine sont également employés comme ergols liquides : la monométhylhydrazine (ou MMH), et la diméthylhydrazine asymétrique, (ou UDMH). Ils sont généralement utilisés avec le peroxyde d'azote comme oxydant, avec lequel ils forment un propergol liquide stockable hypergolique. Piles à combustible. Le fabricant italien de catalyseur Acta a proposé d'utiliser l’hydrazine comme solution alternative à l'hydrogène dans les piles à combustibles. Le principal avantage de ce produit est sa capacité à produire plus de 200 mW/cm, davantage qu’une pile à hydrogène similaire sans nécessité de recourir à de coûteux catalyseurs contenant du platine. Comme le combustible est liquide à température ambiante, il peut être manipulé et stocké plus facilement que l'hydrogène. En stockant l'hydrazine dans un réservoir contenant un carbonyle avec une double liaison carbone oxygène, le combustible réagit et forme une matière solide et sûre appelé hydrazone. Ensuite il suffit de remplir le réservoir avec de l'eau chaude pour libérer l’hydrate d'hydrazine sous forme liquide. La manipulation d’un combustible liquide est en pratique beaucoup plus sûre que de celle de l'hydrogène gazeux, et le liquide a un plus grand potentiel d'oxydo-réduction () comparativement à pour l'hydrogène. La molécule d’hydrazine est cassée dans la pile pour former du diazote et des atomes d'hydrogène qui se lient à un atome d’oxygène pour former de l’eau. Sécurité. Toxicité, écotoxicité. L'hydrazine est hautement toxique et dangereusement instable, surtout sous sa forme anhydre. On l'utilise généralement sous forme de monohydrate stable. Les symptômes d'une exposition aiguë à des niveaux élevés d'hydrazine peuvent se manifester chez l'homme par l'irritation des yeux, du nez et de la gorge, des étourdissements, des céphalées, des nausées, un œdème pulmonaire, des convulsions, un coma. Une exposition aiguë peut également endommager le foie, les reins et le système nerveux central chez l'homme. Le liquide est corrosif et peut produire un eczéma de contact chez les humains et les animaux. Des effets nocifs pour les poumons, le foie, la rate et la thyroïde ont été rapportés chez des animaux exposés de façon chronique à l'hydrazine par inhalation. Une augmentation du nombre de cas de tumeur du poumon, de la cavité nasale, et du foie a été observée chez les rongeurs exposés à l'hydrazine. Sa toxicité fait l'objet de réévaluations périodiques, avec l'évolution des connaissances. Un dérivé de l’hydrazine a également été mis en cause dans une étude scientifique, reliant la consommation d’un champignon contenant cette toxine à un cluster de cas de SLA (anciennement appelée maladie de Charcot).
Herbe Le terme « herbe » désigne dans une acception large toute plante annuelle ou vivace, non ligneuse, faisant partie des Angiospermes (monocotylédones ou dicotylédones), de couleur généralement verte. Dans une acception plus étroite, « herbe » désigne couramment les graminées, notamment les graminées fourragères, qui constituent les herbages, les prairies et les pelouses, et les familles voisines par leur morphologie, joncacées (les joncs) et cypéracées (les carex). Utilisation. Les herbes possèdent une variété d'utilisations telles que culinaires, médicinales (phytothérapie) ou, même dans certains cas, spirituelles. L'utilisation générale diffère entre herbes culinaires et herbes médicinales. Pour les usages médicinaux et spirituels, certaines parties des plantes pourraient être considérées comme de l'« herbe », comme les feuilles, les fleurs, les graines, les racines, la résine, les baies et parfois le péricarpe ou autres portions de plantes. Plus spécifiquement, « herbe » peut désigner certaines catégories de plantes utiles (fines herbes, herbes aromatiques en général, herbes médicinales ou officinales), ou nuisibles (mauvaise herbe), mais aussi dans un usage argotique les fleurs de cannabis que l'on sèche pour être fumées dans un but récréatif. Herbes culinaires. L'utilisation culinaire de l'herbe se distingue entre les herbes, parties vertes feuillues d'une plante, et les épices, autres parties de plantes, incluant graines, baies, racines et fruits. Herbes médicinales. Les plantes contiennent des composés phytochimiques faisant effet sur le corps humain. Ces composés peuvent avoir des effets bénéfiques, lorsqu'ils sont consommés en petites quantités, ou avoir des effets néfastes lorsqu'ils sont consommés en grande quantité. Certains types de plantes, comme le millepertuis perforé ("Hypericum perforatum") ou le kava ("Piper methysticum") peuvent être utilisés à des fins médicinales pour lutter contre la dépression ou le stress. Cependant, un grand nombre de ces herbes peuvent mener à des infections toxiques pouvant impliquer des complications, parfois sérieuses, et doivent être utilisées avec précaution. Une substance, nommée Shilajit, peut aider à lutter contre le diabète. Les herbes ont été la base de l'herbologie chinoise depuis des siècles. Linguistique. Le terme d'« herbe » apparaît dans un grand nombre de mots composés ou de syntagmes figés désignant des plantes : le tabac a ainsi été appelé historiquement « herbe de la reine » ou « herbe de l'ambassadeur ». Utilisé absolument, le terme désigne également le cannabis (chanvre ou marijuana). « Herbe » se dit d'ailleurs "hachich" en arabe, ce qui a donné dans la langue française le mot haschich. Botanique. L'herbe n'a pas de définition botanique précise, bien que certaines classifications, depuis Théophraste opposent les herbes aux végétaux ligneux (arbres et arbustes). « Herbe » s'oppose facilement à « arbre » selon deux critères : Dans la classification de Raunkier (classification des types biologiques), les herbes correspondent essentiellement : Formations végétales. L'herbe, essentiellement les graminées, est à la base de formations végétales caractéristiques qui occupent d'importantes surfaces de la planète. Celles-ci incluent les herbes hautes (savane des régions tropicales et subtropicales), les herbes basses (prairies naturelles comme la steppe eurasienne et son équivalent en Amérique du Nord, la Grande Prairie, mais aussi la pampa d'Argentine, le veld d'Afrique du Sud ; steppe à alfa d'Afrique du Nord ; lande basse à bruyère de l'Ouest atlantique européen ; prairies permanentes et artificielles des zones tempérées et champs de céréales cultivées) ainsi qu'herbes rases (toundra des zones sub-arctiques) ; pelouse des montagnes (notamment Massif-Central, Alpes) et gazon des pelouses urbaines.
Hashish
Hashisch
Écriture hiératique Dans l'Égypte antique, l'écriture hiératique permettait aux scribes d'écrire rapidement en simplifiant les hiéroglyphes et était utilisée dans l'administration. Le mot "hiératique" vient du grec ("grammata hieratika" ; littéralement « écriture sacerdotale »), et fut utilisé la première fois par Clément d'Alexandrie au . L'écriture hiératique est en fait le deuxième niveau de simplification des hiéroglyphes. Le premier étant les hiéroglyphes linéaires, qui sont des versions simplifiées des hiéroglyphes, mais qui gardent leur valeur représentative. Les caractères hiératiques, eux, ne représentent plus des objets, mais uniquement des signes immotivés à la manière des lettres d'un alphabet. Les paléographes classent l'écriture hiératique comme une tachygraphie, utilisée dans l'administration (correspondances, remboursements de dettes, notes de blanchisserie, bordereaux de livraison) mais aussi dans le domaine culturel (textes littéraires ou scientifiques). Cette écriture simplifiée a été utilisée tout au long de la civilisation égyptienne, depuis l'époque prédynastique (au moins avant notre ère), jusqu'au après celle-ci, soit pendant presque trente-cinq siècles. Son importance se restreint avec le développement de l'écriture démotique. Nouvelle simplification de l'écriture hiératique, le démotique devient historiquement discernable vers le milieu du avant notre ère. Il remplace pour une bonne part l'usage du hiératique, sans totalement le faire disparaître.
Harpalus (genre) "" est un genre d'insectes coléoptères prédateurs de la famille des Carabidae, de la sous-famille des Harpalinae dont les adultes ont pour proies principalement les pucerons, les diptères et les larves de coléoptères sur les grandes cultures et les cultures légumières. Sous-genres. Les sous-genres sont au nombre de cinq : Espèces fossiles. Il y a aussi selon Paleobiology Database ou Fossilworks dont trois non éteintes :
Heterotoma "" est un genre d'insectes hétéroptères (punaises), des prédateurs de la famille des Miridae, dont les larves et les adultes ont pour proies principalement les acariens, les psylles, les pucerons et les thrips sur les arbres fruitiers, la vigne, et les cultures légumières.
Hemerobius Le genre "" regroupe des insectes névroptères prédateurs de la famille des hémérobiidés, dont les larves et les adultes ont pour proies principalement les acariens, les cochenilles, les psylles, les pucerons, les thrips, les œufs de lépidoptères et d'aleurodes sur les arbres fruitiers, la vigne et les grandes cultures. Lien externe.
Henri Barbusse Henri Barbusse est un écrivain, homme politique, scénariste et journaliste français, né le à Asnières et mort le à Moscou. Biographie. De son côté paternel, Adrien Gustave Henri Barbusse est issu d'une famille protestante d'origine cévenole dans un hameau d'Anduze, près d'Alès. Son père, licencié de théologie de l'université de Genève, est journaliste, chroniqueur théâtral au "Siècle". Sa mère, d'origine anglaise, meurt alors que le jeune Henri n'a pas . Le milieu littéraire le reconnaît très tôt comme l'un des siens, à la suite de sa participation remarquée, en 1892, au concours de poésie de "L'Écho de Paris" de Catulle Mendès. Son premier recueil de poèmes, "Pleureuses", est publié en . Il s'exerce alors professionnellement dans la presse, se tourne vers la prose et publie un premier roman, empreint de décadence et de naturalisme à la fois : "L'Enfer", en . Cette même année il intègre les Poètes d'aujourd'hui, d'Adolphe van Bever et Paul Léautaud. L'expérience de la guerre. En 1914, âgé de 41 ans, malgré des problèmes pulmonaires et ses positions pacifistes d'avant-guerre, il s'engage volontairement dans l'infanterie et réussit à rejoindre les troupes combattantes en au régiment d'infanterie avec lequel il participe aux combats en première ligne jusqu'en 1916. Il est souvent malade mais retourne au front à chaque fois pour quelques mois. Le , il est décoré de la croix de guerre avec citation. Il est finalement réformé le . La postérité se souviendra surtout du roman qu'il écrivit sur cette expérience "Le Feu", prix Goncourt , récit sur la Première Guerre mondiale dont le réalisme souleva les protestations du public de l'arrière autant que l'enthousiasme de ses camarades de combat. Il paraît sous forme de feuilleton dans le quotidien "L'Œuvre" à partir du , puis intégralement à la fin de aux éditions Flammarion. En , Barbusse est cofondateur et premier président de l'Association républicaine des anciens combattants (ARAC). Journalisme et militantisme politique. En , il est appelé par Jean Longuet pour assurer la direction littéraire du journal "Le Populaire". Le premier article qu'il signe dans ce quotidien, qui est alors l'expression de la « minorité » pacifiste du Parti socialiste, est titré « Les lettres et le progrès ». Fondateur du mouvement pacifiste « Clarté » et de la revue homonyme (1919-1924), il adhère au Parti communiste, en 1923, et se lie d'amitié avec Lénine et Gorki, au cours de voyages qu'il effectue en URSS. En , appelé par Marcel Cachin et Paul Vaillant-Couturier, qui ambitionnent de faire de "L'Humanité" un grand quotidien d'informations, il inaugure ses fonctions de directeur littéraire du journal communiste en dressant en « une » du journal la conception qu'il se fait de la littérature : rapprocher les intellectuels du peuple, susciter un art jeune tendu vers la libération des masses, effectuer une « critique rouge » de la littérature bourgeoise. Ce programme, il veut le mettre en pratique dans le projet qu'il porte d'une nouvelle revue. Il le réalise en 1928 en fondant la revue "Monde" (publiée jusqu'en 1935) avec des collaborations mondiales prestigieuses. La direction de cette revue est loin d'être un poste de tout repos : Barbusse doit se débattre entre les difficultés financières, les tournants politiques de l'Internationale communiste et du Parti communiste, et les fractures que ceux-ci occasionnent parmi les intellectuels français : débats sur la littérature prolétarienne, soumission ou non aux injonctions politiques, « affaire » Victor Serge, etc. Par l’entremise du poète hondurien Froylán Turcios, il entretient des relations avec Augusto Sandino qui dirigeait alors une guérilla contre l’occupation américaine du Nicaragua. Il écrit également dans "Le Progrès civique" autour de cette période. Admirateur de la révolution d'Octobre ("Le Couteau entre les dents", 1921 ; "Voici ce qu'on a fait de la Géorgie", 1929), il cherche à définir une « littérature prolétarienne ». Il fut l'un des instigateurs du mouvement pacifiste Amsterdam-Pleyel, dont il devient le président avec Romain Rolland et auquel adhère notamment Albert Camus, dès la prise du pouvoir d'Hitler en Allemagne. Il fait plusieurs voyages en URSS et écrit une biographie naïvement élogieuse de Staline (1935). C'est lors d'un de ces voyages qu'il meurt d'une pneumonie à Moscou, le . L'hypothèse selon laquelle il aurait été empoisonné sur ordre de Staline est controversée, tant la santé de Barbusse, chancelante dès avant la première guerre mondiale, avait été mise à l'épreuve par son intense activité nationale et internationale. Devenu une des figures emblématiques du Front populaire en France, acclamé par la foule qui avait envahi les rues de Paris lors du , ses funérailles à Paris, le , donnent l'occasion à la population parisienne de lui rendre un dernier hommage particulièrement important. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise, non loin du mur des Fédérés, lieu symbolique de la mémoire populaire et ouvrière. C’est André Malraux qui, à la place de Jean-Richard Bloch, prononce son éloge au nom de l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires. Il a été marié à Hélyonne Mendès (1879-1955), fille de la compositrice Augusta Holmès et du poète Catulle Mendès. Soutien de l'espéranto. Barbusse n’était pas espérantiste, simplement sympathisant. En 1922 paraît la brochure de SAT "" (À bas le neutralisme), écrite par Eugène Lanti — le fondateur de SAT — pour justifier l’existence du mouvement espérantiste des travailleurs, séparé du mouvement neutre. Sur la page de titre de cette brochure se trouve la citation suivante de Barbusse : Barbusse fut également président d'honneur du premier congrès de SAT qui se tint à Prague en 1921. Hommage. Dès sa mort, de nombreuses municipalités baptisent de son nom des rues et des écoles, qui sont encore, au , des vecteurs de sa mémoire. Un musée lui est consacré à Aumont-en-Halatte. Une avenue porte son nom dans sa commune de naissance, Asnières (devenue Asnières-sur-Seine). Des élus et parlementaires proposent régulièrement, surtout depuis les années 1950, de faire transférer les restes de Henri Barbusse au Panthéon, vu qu'il fut l'un des grands témoins de la Première Guerre mondiale. Le 11 novembre 2020, Maurice Genevoix, écrivain contemporain de Barbusse, comme lui ancien soldat et témoin littéraire de 1914-1918, entra au Panthéon. Des voix s'interrogent toujours sur la différence de traitement entre les deux écrivains.
Hébreu L’hébreu (en hébreu moderne : / ou , et en hébreu ancien : « langue sacrée ») est une langue chamito-sémitique étroitement apparentée au phénicien, appartenant au groupe cananéen, de la branche centre-nord de la famille des langues sémitiques, qui contient aussi les langues araméennes. L'hébreu ancien, ou classique, est la langue rituelle et liturgique de la religion juive, tandis que l'hébreu moderne compte plus de neuf millions de locuteurs en Israël et un million dans le reste du monde. L’hébreu est la langue officielle de l’État d’Israël. Histoire. Hébreu ancien. L'’écriture protosinaïtique, suivie de l’écriture protocananéenne, dérive probablement de l’écriture égyptienne en hiéroglyphes. Cette écriture évolue en écriture phénicienne considérée comme la mère des écritures grecque, paléo-hébraïque, samaritaine et araméenne. Proto-hébreu. Les lettres d’Amarna ou de Tel-Amarna sont une correspondance diplomatique égyptienne du avant notre ère. Certaines lettres viennent de Canaan. Elles sont rédigées en akkadien, la langue diplomatique de l’époque. Toutefois, elles comprennent bien des mots et expressions de la ou des langues ouest-sémitiques parlées en Canaan. On y trouve des parallèles linguistiques frappants avec l’hébreu de la Torah, ce qui indique que des formes dialectales de proto-hébreu étaient parlées en Canaan avant l'installation des Hébreux eux-mêmes (les lettres ne font pas mention des Hébreux, sauf peut-être sous la forme des "Apirou", population mal identifiée, dont le nom a un rapport possible avec « Hébreux »). Cependant, au-delà de ces indices linguistiques, la forme de ce ou de ces proto-hébreux est imprécise. On peut cependant remarquer que les anciens dialectes phéniciens (Liban actuel) connus sont très similaires à l’hébreu ancien, à tel point qu’on peut parler de formes géographiques d’une même langue, qui semble avoir été parlée (avec des variantes régionales) sur la côte syro-palestinienne. L’hébreu biblique provient donc d’une, voire de plusieurs de ces variantes géographiques dialectales. En , l'ostracon de Khirbet Qeiyafa est découvert dans une strate datée entre -1050 et -970 ; il pourrait être la plus ancienne trace écrite de l'hébreu sur le site de Khirbet Qeiyafa, une petite localité de l’Âge du Fer A. Selon Israël Finkelstein, les premières variantes de caractères hébreux apparaissent entre -880 et -830. Hébreu biblique. L'hébreu est la langue de la Bible hébraïque ( / "tanakh") et de la Mishnah ; celle de la plupart des livres apocryphes ( / "sefarim hiśoniyim") est l'araméen. Les manuscrits de Qumran ( / "sefarim genuzot") découverts dans des grottes situées au nord de la mer Morte entre 1947 et 1956, sont eux aussi principalement écrits en hébreu. En dehors des copies de livres bibliques, seulement un manuscrit sur six est rédigé en araméen (quelques manuscrits étant aussi composés en grec). Dans la Bible, notamment dans le premier livre, la Genèse ( / "Berešit"), au , , on trouve / "Abram ha-’ibri", il s’agit « d’Abram l’Hébreu » avant qu’il ne devienne Abraham ( / "Abraham"), mais le texte ne fait aucune mention de la langue parlée par celui-ci et ses descendants. Il est généralement admis que le terme « hébreu » viendrait de l’expression « / "me-’eber la-nahar" » (de l’autre côté du fleuve), qui désigne l’origine d’Abraham. Le texte de la Bible hébraïque en usage dans les éditions imprimées ou dans les rouleaux de la Torah à la synagogue est appelé texte « massorétique » ( / "massoret", signifiant « transmission »). Sa rédaction est le fruit d’un travail de plusieurs siècles, depuis l’époque des rois () jusqu'à celle des Maccabées (livre de Daniel, 167 avant l’ère chrétienne), dont il est difficile d’établir les différentes étapes. L'hébreu biblique est une langue religieuse, sans doute différente de la langue parlée par la population. On y trouve en effet essentiellement des termes utilisés dans un contexte religieux. On remarque ainsi une certaine pauvreté de la langue biblique : la Bible ne comporte pas plus de , dont seraient des hapax (des termes n'apparaissant qu'une seule fois), et ces mots sont construits sur seulement hébraïques. À titre de comparaison, à la même époque, le lexique grec comporte . Un vocabulaire populaire plus diversifié a dû exister à côté de la langue formaliste et spécialisée de la Bible. Hébreu mishnique. Cette forme de l'hébreu correspond à une période de l'histoire de la langue hébraïque ( – ) qui correspond à peu près à la période du Talmud ( - ), et celui-ci en est donc un témoignage. Elle est appelée aussi hébreu rabbinique ou langue des Sages. C'est une langue vivante utilisée dans la vie courante autant que dans la littérature, comme l'attestent des documents épigraphiques et des manuscrits retrouvés par les archéologues en Israël et réunis dans une banque de données israélienne. Elle commence à être étudiée par Abraham Geiger en 1845. L’hébreu mishnaïque contient certaines innovations par rapport à l’hébreu de la Bible auquel il est postérieur de plusieurs siècles. Ces innovations portent en particulier sur les domaines de la syntaxe et du vocabulaire. Dans celui-ci, on constate des emprunts aux langues politiquement ou culturellement dominantes de l’époque : araméen, grec, latin et persan. Hébreu médiéval. À partir du , l’hébreu survit en dehors de la Palestine, au milieu des diverses communautés juives de la diaspora ( / "galout") , avant sa remarquable renaissance en Israël au à la suite des efforts d'Éliézer Ben-Yehoudah. Dans la vie quotidienne, les juifs parlent la langue du pays dans lequel ils vivent, réservant la langue hébraïque au domaine culturel. C’est en effet dans cette langue que les juifs de la diaspora prient trois fois par jour, qu’ils lisent la Torah et en étudient les commentaires. C’est également en hébreu que des sages ( / "hakhamim") des différents pays correspondent. La production hébraïque dans des domaines cultuels, culturels et professionnels montrent la dynamique de la langue hébraïque sur la longue durée historique. Hébreu moderne : renaissance ou reconstruction de la langue. L’hébreu connaît au une renaissance moderne sous l’impulsion d'Eliézer Ben Yehoudah (1858-1922). Le travail de Ben Yehoudah trouve son origine dans la période dite de la "Haskalah" (). La "Haskalah". La "Haskalah" est un mouvement philosophique, influencé par le siècle des Lumières, qui est lancé à la fin du en Allemagne par Moses Mendelssohn (1729-1786). Il entend mieux intégrer les Juifs dans leur environnement non juif par la pratique d’une éducation « moderne », l’implication dans les débats philosophiques ou scientifiques, et l’intégration aux circuits économiques de l’époque. Une partie du mouvement s’attache à une renaissance de l’usage de la langue hébraïque. Celle-ci était devenue exclusivement une langue religieuse utilisée pour le culte. Les partisans de la "Haskalah", les "maskilim" (), du moins ceux intéressés par cette question, souhaitent développer un usage laïque de la langue et en répandre l’usage dans les populations juives. En 1793, le premier périodique en langue hébraïque est publié par des "maskilim" de la ville prussienne de Koenigsberg : / "Hameasef" (« le Collectionneur »). Une part importante du journal est consacrée aux traductions, à la philologie, à la création littéraire de type moderne et aux actualités. Dès 1853, Avraham Mapou, le père du roman hébreu, publie un « roman biblique » qui connaîtra un grand succès auprès des lecteurs : "L’Amour de Sion". Shalom Abramovitch, plus connu sous le nom de Mendele Moich Sforim (Mendele le vendeur de livres), invente, après un détour via le yiddish, une nouvelle prose hébraïque, mélange d’hébreu biblique et rabbinique. La "Haskalah" se répand dans l'Empire austro-hongrois et dans l'Empire russe, où elle se heurte à l'hostilité de milieux traditionalistes, moins exposés à l’assimilation qu'en Allemagne. C’est en Europe centrale et orientale que se développe la presse hébraïque : plusieurs journaux naissent à Vienne, en Galicie ( / "halouts", / "hašahar") ou dans l’Empire russe ( / "hamagid", / "hamelits"). Ils jouent un rôle clé dans la diffusion des idées « modernisatrices », des œuvres littéraires et de l’usage laïque de l’hébreu propre aux "maskilim". Ces derniers sont très tôt confrontés à la relative pauvreté ( et ) de la langue hébraïque, en particulier pour évoquer le monde moderne. Le problème a deux origines. D’une part, l’hébreu est une langue datant de l’Antiquité, et d’autre part, il s’agit d’une langue formaliste spécialisée dans le domaine religieux et qui n’est quasiment plus usitée en dehors du domaine religieux. Certains auteurs, comme Mendele Moich Sforim, commencent un travail de création lexicale, inventant de nouveaux mots sur la base de racines hébraïques et arabes. Les "maskilim" parviennent ainsi à faire éclore l’usage littéraire de la langue hébraïque, partiellement modernisée. Ben Yehouda. Eliézer Perlman naît en 1858 dans une bourgade lituanienne. De son maître à la "yeshiva" (école talmudique), il apprend la grammaire hébraïque, et il lit en cachette, comme d’autres étudiants, le roman d’Avraham Mapou, "L’Amour de Sion". Il poursuit des études de médecine à Paris où il a l’occasion de parler hébreu et conçoit le projet de faire revivre l’usage de cette langue. En 1878, il écrit un article dans "ha-šahar" dans lequel il exhorte les Juifs à parler l’hébreu. Sympathisant du premier groupe sioniste, les Amants de Sion, Eliézer Perlman choisit en 1881 le patronyme d’Eliézer Ben Yehouda et s’installe dans la ville de Jérusalem, en Palestine ottomane. Il ne s’adresse qu'en hébreu à Deborah qu'il a épousée la même année. Il interdit que l’on communique avec son fils, Ben Tsion, qui portera plus tard le nom d’Itamar Ben Avi, dans une autre langue. Les "maskilim" ont développé une langue littéraire, mais c’est à l’initiative de Ben Yehouda que commence le renouveau de l’hébreu parlé. En 1894, Ben Yehouda entreprend la rédaction d’un "Grand Dictionnaire de la langue hébraïque ancienne et moderne" réunissant tous les termes hébreux utilisables en hébreu moderne, dictionnaire intitulé à l'origine le "Thesaurus Totius Hebraitatis". Pour ce faire, il parcourut des dizaines de milliers d'ouvrages, se fonda sur l’hébreu religieux (biblique ou mishnaïque) et sur le travail de création lexical des premiers "maskilim". Ce travail restant insuffisant, Ben Yehouda est à l’origine de nombreux néologismes comme « restaurant » ( / "mis'ada"), « journal » ( / "iton") ou encore « montre » ( / "ša'on"). Il est aussi à la base de l’usage de la prononciation séfarade, qu’il considère être plus fidèle à la prononciation antique, de l’hébreu religieux comme base de la prononciation de l’hébreu moderne. Après 15 ans, le premier volume du "Thésaurus de la langue hébraïque ancienne et moderne" est publié. Les sixième et septième volumes sont publiés peu avant sa mort, en 1922. Ce n’est qu’en 1959 que la série complète en seize volumes est achevée par une équipe fidèle à son esprit. Pour chacune de ses entrées, ce Grand Dictionnaire contient une traduction en allemand, en russe, en français et en anglais, ainsi qu'une indication de la racine arabe correspondante. Oppositions et adhésions. La pratique « vulgaire » et quotidienne de la « langue sacrée » ( / "Lĕšôn Ha-Qôdeš") suscite la très ferme hostilité des Juifs les plus religieux. Au cours du , la plupart des "haredim" (ultra-orthodoxes) se rallient cependant progressivement à la pratique quotidienne de cette langue « modernisée », tout en conservant l’hébreu religieux pour le culte. Certains groupes "haredim" actuels, comme la "Edah Haredit" continuent de refuser l’usage laïque de l’hébreu, le réservant à un usage sacré. Les membres israéliens actuels de la "Edah" utilisent ainsi toujours le yiddish comme langue parlée. À l’inverse, le mouvement sioniste défend rapidement l’usage de l’hébreu modernisé des "maskilim", plus particulièrement dans la version de Ben Yehouda. Si dans , Theodor Herzl ne croit pas à l’hébreu comme langue uniforme de l’État juif, les organisations sionistes apparues entre la fin du et le début du s’y rallient très rapidement. L’hébreu devint ainsi une des langues officielles de la Palestine mandataire (1922-1948) et d’Israël depuis 1948. Académie de la langue hébraïque. La langue est officiellement régie par l'Académie de la langue hébraïque ( / "Ha-aqademia La-lašon Ha-ibhrit") née en 1948 et dont l'ancêtre créé en 1890 par Ben Yehouda, s'appelait la "Va'ad halashon", la « Commission de la langue hébraïque ». Cependant, les Israéliens ont tendance à ne pas suivre les conseils que donne l'Académie hébraïque; par exemple, les recommandations en matière de prononciation de l'hébreu moderne ne sont pas toujours suivies, et on retient, par exemple, la prononciation des consonnes gutturales, qui donnent à l'hébreu son caractère oriental. Les Israéliens se sont bien éloignés maintenant du modèle oriental initialement proposé. Une des décisions de l'Académie de la langue hébraïque qui a été appliquée est la prononciation du « "sadi" » comme le « z » allemand, en raison de la difficulté supposée des populations germanophones de le prononcer autrement, le « "sadi" » devient alors « "tsadi" ». Synthèse. Pendant le Moyen Âge, il n'est plus une langue vernaculaire mais subsiste comme langue d'étude juive, alors que les textes sacrés et les discussions rabbiniques sont tous écrits en hébreu. Son utilisation est réservée à la liturgie juive (langue liturgique ou cultuelle) et au monde de l'écrit à travers les études à la Renaissance ou la correspondance entre lettrés (langue savante) ou dans les documents commerciaux entre Juifs (langue véhiculaire). L'hébreu est la langue d'écriture principale des Juifs, principalement en matière halakhique : rédaction des protocoles des tribunaux, dossiers halakhiques, interprétation des Écritures, et plus encore. Le linguiste Claude Hagège affirme que « l'hébreu n'était plus vivant, mais il n'était pas mort ». L'hébreu est la langue de l'étude juive alors que celle-ci occupe une place centrale dans la vie des communautés juives, en particulier au sein des shtetls. À partir de la fin du , avec la croissance du mouvement éducatif juif en Allemagne et en Europe de l'Est, la langue hébraïque entre dans la dynamique moderne. Tout au long du siècle, son utilisation laïque se fait croissante. Avec le mouvement sioniste à la fin du , l'hébreu est utilisé comme langue d'établissement en terre d'Israël. Avec Eliezer Ben-Yehuda et d'autres linguistes la langue est adaptée en langue vernaculaire pour devenir la langue nationale du Yishouv. Les "maskilim" qui l’ont précédée y ont contribué. Les locuteurs de l’hébreu qui lui ont succédé continuent de créer des mots. Durant cette renaissance de l'hébreu, il existe deux dialectes, juif et samaritain. Le dialecte juif a quatre modes de prononciation principaux (ashkénaze, sépharade, yéménite et irakienne). Ben-Yehuda choisi la prononciation espagnole comme prononciation standard de l'hébreu dans le Yishouv. Cependant, la pratique de la vie linguistique est un compromis entre les prononciations. Avec le mandat britannique, l'hébreu obtient le statut de langue officielle, aux côtés de l'arabe et de l'anglais. L'hébreu est parlé par plus de 9 millions de locuteurs en 2008. Alphabet. Écriture des consonnes. L’hébreu s’écrit et se lit de droite à gauche en utilisant un alphabet consonantique (abjad) de 22 lettres. L'écriture actuelle de l’hébreu est l'écriture dite carrée ( / "ketab meruba’"), que les sages du Talmud appelaient « écriture assyrienne » ( / "ketab ašuri"). Les sages du Talmud connaissaient deux écritures de l’hébreu : l’écriture dite hébraïque ( / "ketab 'ibri" — maintenant appelée alphabet paléo-hébraïque) et l’écriture assyrienne. D’après un traité talmudique, le peuple d’Israël aurait abandonné aux Samaritains l’écriture hébraïque à l’époque du Talmud et conservé la seule écriture assyrienne : « Israël a choisi l’écriture assyrienne et la langue sacrée et a laissé aux "hediotot" [Samaritains] l’écriture hébraïque et la langue araméenne ». Ainsi les caractères paléo-hébraïques de l’hébreu samaritain, qui sont encore utilisés par les Samaritains de la petite communauté de Holon et Naplouse, sont les caractères antiques, légèrement modifiés au cours des siècles et abandonnés par les Juifs à l’époque talmudique. Si l’hébreu ancien distingue clairement les différentes gutturales, l’hébreu contemporain ne le fait guère. De plus, sa syntaxe tend de plus en plus vers des structures indo-européennes. La prononciation de l’hébreu moderne ne distingue plus certains phonèmes notés par des lettres différenciées, telles que « ח » ("het") et « כ » ("khaf") par exemple, ce qui cause une tendance homophonique et des difficultés d’orthographe. D’autres couples homophoniques figurent dans l’hébreu moderne : « ב » / « ו » ("vav" / "bhet"), « ת » / « ט » ("tet" / "tav") et « כ » / « ק » ("qof" / "kaf"). Notation des voyelles. À l’origine, la langue hébraïque, comme toutes les autres langues sémitiques utilisant l’alphabet, ne note pas les sons vocaliques. Trois systèmes vocaliques se sont développés : le babylonien, le palestinien et celui dit de Tibériade. Ce n’est qu’au que les sages ( / "hazal") du judaïsme réunis à Tibériade conviennent d’un système de voyelles basé sur des traits et des points qu’on appelle système vocalique, qui se nomme en hébreu « "torat haniqud" » (« règles de ponctuation »). On hérite aussi de cette période les signes de cantillation ( / "te'amim" — le mot / "ta’am" signifie « goût » en hébreu), la Torah étant chantée depuis ses origines ; elle l’est encore dans le culte juif, grâce à ces "signes de cantillation". Grammaire. Formation des mots. En hébreu, tout mot peut s’analyser en deux morphèmes : le schème et la racine. Les schèmes nominaux ou verbaux constituent des squelettes dans lesquels sont coulées les racines. Ils sont en nombre limité et associés à des sens ou des usages spécifiques. La racine de chaque mot se dégage naturellement pour le locuteur qui distingue l’ajout d’une consonne préfixale ou suffixale. Une racine est généralement trilitère, mais l’hébreu connaît aussi des racines quadrilitères, voire quinquilitères. C’est ainsi qu'on peut produire un adjectif, une conjugaison, une forme passive, un indicatif etc. à partir de toute racine, même si le mot est d’origine étrangère ou ["lazim"] , comme l’écrit Rachi : prenons le mot « téléphone » () se prononçant bien entendu « "telefon" », le verbe « téléphoner » suivant la grammaire hébraïque, se dit « "letalpen" » () (certains prononcent [letalfεn] par assimilation). Les membres de la famille Kimhi qui ont vécu vers le milieu du Moyen Âge ont passé de nombreuses années à dénombrer et comprendre les schèmes () et ont posé les bases de la première grammaire hébraïque.
Harakhtes
Horakhty Horakhty ("L'Horus des deux horizons") est, dans la mythologie égyptienne, une des manifestations d'Horus représentée sous la forme d'un faucon. Il est le dieu du soleil se levant à l'horizon. Selon la tradition égyptienne, Pharaon gouverne d'un horizon à l'autre (d'Est en Ouest) sous la forme d'Horakhty. À Héliopolis, il est adoré aux côtés de Rê sous la forme de Rê-Horakhty.
Harachte
Écriture hiéroglyphique égyptienne L’écriture hiéroglyphique égyptienne est un système d'écriture figurative : les caractères qui la composent représentent en effet des objets divers tels que des plantes, des figures de dieux, d'humains et d'animaux ("" classification des hiéroglyphes). Les égyptologues y distinguent traditionnellement trois catégories de signes : Apparue à la fin du avant notre ère en Haute-Égypte, l'écriture hiéroglyphique est utilisée jusqu’à l'époque romaine, soit pendant plus de trois mille ans. La connaissance des hiéroglyphes se perd avec la fermeture des lieux de culte dits « païens » par l’empereur vers 380. Des Européens se sont aventurés dans des tentatives de traduction au début du (Johan David Åkerblad, Thomas Young), avec des succès incertains, mais il faudra, après la découverte de la pierre de Rosette, le génie de Jean-François Champollion pour briser, après quatorze siècles, ce qui paraissait être « un sceau mis sur les lèvres du désert ». Étymologie. Le mot "hiéroglyphe" dérive du grec / , formé lui-même à partir de / (« sacré ») et / (« graver »). À l'époque gréco-romaine, il désignait « celui qui trace les hiéroglyphes » et non les hiéroglyphes eux-mêmes, qui se disaient / "tà hierogluphiká (grámmata)", c'est-à-dire « les (caractères) sacrés gravés » sur les monuments (stèles, temples et tombeaux). Ultérieurement, par un glissement de sens, le mot "hiéroglyphes" finit par désigner les caractères hiéroglyphiques eux-mêmes. Les Égyptiens eux-mêmes nommaient leur écriture « /ˌmaːtʼaw ˈnaːcaɾ/ » (« parole divine ») soit, en Par extension, on qualifie souvent de "hiéroglyphique" une écriture utilisant le même principe logographique que l'égyptien. Ainsi, on parle du "hittite" ou du "maya" hiéroglyphiques. Il n'est cependant pas admis de dire des caractères chinois qu'ils sont des hiéroglyphes. Hiéroglyphes comme sinogrammes appartiennent à l’ensemble plus vaste des logogrammes. Histoire et évolution. Les hiéroglyphes égyptiens, quoique très différents de l'écriture cunéiforme mésopotamienne, y trouvent peut-être leur origine, l'Égypte ayant été au minimum influencée par le système inventé en Mésopotamie. L'écriture hiéroglyphique est attestée dès le : la plus ancienne inscription a été découverte en 1986 sur une tombe dans l'antique site d'Abydos et remonte aux années 3250/3200 avant notre ère, c'est-à-dire simultanément à l'apparition des caractères cunéiformes en Mésopotamie. Elle fut employée pendant plus de : la dernière inscription connue à ce jour est datée de , et se trouve dans le temple de Philæ. Dès l'Ancien Empire, l’égyptien hiéroglyphique fut un système d’écriture où se mêlaient idéogrammes, signes consonantiques (unilitères, bilitères, et même trilitères) et déterminatifs (voir plus bas). À partir de la , les scribes utilisèrent un certain nombre de bilitères comme syllabaires ("s"ȝ", b"ȝ", k"ȝ etc.) pour transcrire les noms sémitiques ou d’origine sémitique, mais l’écriture dite syllabique ne sortit jamais de ce domaine. Quelle que soit leur fonction, les signes sont figuratifs : ils représentent quelque chose de tangible, souvent facilement reconnaissable, même pour quelqu'un qui ignore le sens du signe. En effet, pour le dessin des hiéroglyphes, les Égyptiens s'inspirèrent de leur environnement : objets de la vie quotidienne, animaux, plantes, parties du corps. À l'époque de l'Ancien, du Moyen et du Nouvel Empire, il existait environ sept cents signes hiéroglyphiques, alors qu'à l'époque gréco-romaine, on en dénombrait plus de six mille. Les hiéroglyphes étaient gravés sur pierre ou bien, dans le cas de l'écriture hiératique, tracés au calame et à l'encre sur un support moins durable. Apparue avant la civilisation pharaonique, l'utilisation des hiéroglyphes gravés n'est donc pas liée aux nécessités administratives d'un État en formation. Elle se limitait aux domaines où l'esthétique et/ou la valeur magique des mots avaient de l'importance : formules d'offrandes et fresques funéraires, textes religieux, inscriptions officielles. L'écriture consiste d'abord en de courtes inscriptions désignant un souverain, une bataille, une quantité, puis, aux environs de 2700 avant notre ère, sous le règne du roi Djéser marqué par le développement des pratiques religieuses et des rites funéraires, s'élaborent des phrases construites que l'on retrouve essentiellement dans les pyramides. Après le temps consacré au développement du système d'écriture de type hiéroglyphique, quatre autres stades d'évolution (et de simplification progressive) de cette écriture peuvent être distingués : après le stade hiéroglyphique vient le stade des hiéroglyphes linéaires ; puis vient celui de l'écriture hiératique ; vient ensuite celui de l'écriture démotique ; enfin, vient le copte, comme dernière étape du processus d'abstraction et de simplification. Une première simplification du système d'écriture égyptien est qualifiée par les égyptologues de hiéroglyphes linéaires. Ceux-ci conservent l'aspect figuratif des hiéroglyphes gravés, mais étaient tracés avec moins de précision que ces derniers ; ils ont par ailleurs constitué un premier pas vers l'abstraction de ce système de représentation. Ils étaient peints sur les sarcophages en bois et les papyrus des « livres des morts ». L'écriture hiératique, troisième stade de l'évolution du système d'écriture égyptien, en constitue la forme cursive. Réservée aux documents administratifs et aux documents privés, elle était tracée au pinceau et avait pour supports les ostraca (tessons de poterie ou de calcaire), les tablettes de bois, ou plus rarement le papyrus et le parchemin, d'un coût très élevé. À partir de l'époque saïte (), le hiératique fut partiellement supplanté par une nouvelle cursive, le démotique. Il s'agit d'une simplification extrême de l'écriture hiératique, réservée aux actes administratifs et aux documents de la vie courante, d'où son nom d'écriture « populaire ». L'écriture hiératique n'était alors plus utilisée que pour consigner des textes religieux ou sacerdotaux, conjointement avec les hiéroglyphes, d'où son nom d'écriture « sacerdotale ». À l'époque ptolémaïque, le grec s'imposa de plus en plus comme langue administrative : à partir de 146 avant notre ère les contrats écrits uniquement en démotique avaient perdu toute valeur légale. Le copte, enfin, est le dernier stade de la langue et de l'écriture égyptiennes. Il est encore utilisé de nos jours, mais uniquement comme langue liturgique. Il s'écrit au moyen de l'alphabet grec auquel on a ajouté sept caractères démotiques pour transcrire les sons étrangers au grec. L'écriture égyptienne n'est plus utilisée actuellement pour écrire quelque langue moderne que ce soit. Cependant, selon certains chercheurs, c'est elle qui, via le protosinaïtique, aurait donné naissance à l'alphabet phénicien, lequel, à son tour, sera à l'origine des alphabets hébreu, araméen et grec, donc des caractères latins et cyrilliques. Le système d'écriture. Les hiéroglyphes gravés égyptiens sont tous, ou peu s'en faut, figuratifs : ils représentent des éléments réels ou imaginaires, parfois stylisés et simplifiés, mais parfaitement reconnaissables dans la plupart des cas. Jean-François Champollion, le déchiffreur des hiéroglyphes, considéré comme le père de l'égyptologie, définit le système hiéroglyphique comme suit : C'est un système complexe, une écriture tout à la fois figurative, symbolique et phonétique, dans un même texte, une même phrase, je dirais presque dans un même mot. En effet, un même caractère peut, selon le contexte, être interprété de diverses manières : comme phonogramme (lecture phonétique), comme idéogramme ou comme déterminatif (lecture sémantique). Nous verrons plus loin que le déterminatif, qui ne se lit pas, facilite la lecture en « déterminant » le champ lexical auquel le mot appartient : ainsi, le déterminatif de l'« homme assis » (A1 d'après la classification de Gardiner) accompagne les mots désignant la fonction (« vizir », « prêtre »), la profession (« artisan »), l'ethnie (« Asiatique », « Égyptien », « Libyen », « Nubien ») ou encore les liens de parenté (« père », « fils », « frère »). Dans les parties qui suivent, les hiéroglyphes seront translittérés, c'est-à-dire retranscrits à l'aide de symboles d'un autre système d'écriture. Lecture phonétique. On lit le caractère indépendamment de son sens, selon le principe du rébus. Les phonogrammes sont formés soit d'une consonne (signes dits "mono"- ou "unilitères"), soit de deux (signes "bilitères") ou de trois (signes "trilitères"). Les vingt-quatre signes unilitères constituent le pseudo-alphabet hiéroglyphique (voir plus bas). L'écriture hiéroglyphique s'apparente à un abjad : elle ne note pas les voyelles, à la différence du cunéiforme par exemple. C'est une écriture défective ("scriptio defectiva"). Ainsi, le hiéroglyphe représentant un canard se lit "s"ȝ, car telles étaient les consonnes du mot désignant cet animal. On peut cependant utiliser le signe du canard sans rapport avec le sens pour représenter les phonèmes "s" et ȝ à la suite (indépendamment des voyelles qui pourraient accompagner ces consonnes) et ainsi écrire des mots comme "s"ȝ, « fils », ou, en complétant avec d'autres signes qu'on détaillera plus loin, "s"ȝ"w", « garder, surveiller », "s"ȝ"tw", « terre ferme » : L'« alphabet » hiéroglyphique. Pour certains caractères, le principe du rébus devint celui de l'acrostiche : on ne lit plus que la première consonne du mot. Ainsi, on peut regrouper les vingt-quatre caractères unilitères en une sorte d'« alphabet » hiéroglyphique, qui, cependant, ne fut jamais utilisé comme tel en remplacement des autres hiéroglyphes, bien que c'eût été possible : en effet, tous les mots égyptiens auraient pu être écrits au moyen de ces seuls signes, mais les Égyptiens n'ont jamais franchi le pas et simplifié leur écriture complexe en alphabet. Le pseudo-alphabet égyptien est donc composé de caractères ne notant qu'une seule consonne, bien que certains d'entre eux en désignent plusieurs quand ils sont employés comme idéogrammes. Les compléments phonétiques. L'écriture égyptienne est souvent redondante : en effet, il est très fréquent qu'un mot soit suivi de plusieurs caractères notant les mêmes sons, afin de guider la lecture. Par exemple, le mot "nfr", « beau, bon, parfait », pourrait être écrit au moyen du seul trilitère Il est donc écrit "nfr+f+r", mais on lit "nfr". Les caractères redondants accompagnant les signes bilitères ou trilitères sont appelés « compléments phonétiques ». Ils se placent devant le signe à compléter (rarement), après (en règle générale) ou bien ils l'encadrent, servant ainsi d'aide à la lecture, d'autant que le scribe, pour des raisons de calligraphie, inversait parfois l'ordre des signes (voir plus bas) : Les compléments phonétiques permettent notamment de différencier les homophones. En effet, les signes n'ont pas toujours une lecture unique : La présence de compléments phonétiques permet de savoir quelle lecture suivre : Enfin, il arrive parfois que des mots aient changé de prononciation par rapport à l'ancien égyptien : dans ce cas, il n'est pas rare que l'écriture adopte un compromis dans la notation, les deux lectures étant indiquées conjointement. C'est le cas notamment pour l'adjectif "bnrj", « doux ("i. e." d'une saveur agréable) », devenu "bnj", et le verbe "swri", « boire », devenu "swj". On les écrit, en moyen égyptien, "bnrj" et "swri", Lecture sémantique. Outre une interprétation phonétique, les caractères peuvent être lus pour leur sens : on parle dans ce cas de logogrammes (plus précisément d'idéogrammes) et de déterminatifs (ou sémagrammes). Logogrammes. Un hiéroglyphe utilisé comme logogramme désigne l'objet dont il est l'image. Les logogrammes sont donc le plus souvent des noms communs ; ils sont généralement accompagnés d'un trait vertical muet indiquant leur valeur de logogramme (l'utilisation du trait vertical est détaillée plus bas). En théorie, tout hiéroglyphe aurait pu servir de logogramme. Les logogrammes peuvent être accompagnés de compléments phonétiques. Dans quelques cas, le rapport sémantique est indirect, métonymique ou métaphorique. Déterminatifs. Les déterminatifs ou sémagrammes se placent en fin de mot. Ce sont des caractères muets servant à indiquer le champ lexical du mot. Les cas d'homographies étant très fréquents (d'autant plus que seules les consonnes sont écrites), le recours aux déterminatifs est primordial. Si un procédé similaire existait en français, on ferait suivre les mots homographes d'un indice qu'on ne lirait pas, mais qui en préciserait le sens : « vers [poésie] » et le pluriel « vers [animal] » seraient ainsi distingués. Il existe de nombreux déterminatifs : divinités, humains, parties du corps humain, animaux, plantes, etc. Certains déterminatifs possèdent un sens propre et un sens figuré. Ainsi, le rouleau de papyrus, Voici quelques exemples d'utilisation des déterminatifs permettant d'en illustrer l'importance : "Nota :" Tous ces mots ont la connotation méliorative « bon, beau, parfait ». Notons qu'un dictionnaire récent indique une vingtaine de mots se lisant "nfr" ou formés à partir de ce mot — preuve de l'extraordinaire richesse de la langue égyptienne. Sens de lecture. Les hiéroglyphes s'écrivent de droite à gauche, de gauche à droite ou de haut en bas, la direction usuelle étant de droite à gauche. Le lecteur, pour connaître le sens de lecture, doit considérer la direction dans laquelle sont tournés les hiéroglyphes asymétriques. Par exemple, quand les figures humaines et les animaux, facilement repérables, regardent vers la gauche, il faut lire de gauche à droite, et inversement. Les mots ne sont pas séparés par des blancs ou des signes de ponctuation. Cependant, certains caractères apparaissent surtout en fin de mot (notamment les déterminatifs, uniquement présents en fin de mot), de sorte qu'il est parfois possible de distinguer les mots par ce biais. Il est évident toutefois que seule une solide connaissance de la langue et de sa syntaxe permet de découper un texte en mots. Le quadrat. Les hiéroglyphes ne sont cependant pas simplement alignés les uns à la suite des autres : en effet, ils se répartissent harmonieusement dans un carré virtuel (c'est-à-dire non tracé), ou "quadrat" (aussi écrit "cadrat"), à la manière des sinogrammes. À la différence des sinogrammes, cependant, tout caractère ne remplit pas entièrement le quadrat : certains n'en remplissent que la moitié, horizontalement ou verticalement, d'autres le quart. L'ordre de lecture des éléments disposés à l'intérieur d'un quadrat est indépendant du sens de lecture global, qu'il soit horizontal (quadrats disposés en lignes) ou vertical (quadrats disposés en colonnes). Les signes qui occupent un quadrat se lisent de gauche à droite puis de haut en bas, ou bien de haut en bas puis de gauche à droite. Particularités calligraphiques et contraintes. Il existe plusieurs particularités calligraphiques, dont voici les principales : Cependant, même si les hiéroglyphes sont inversés, la lecture et la translittération n'en tiennent évidemment pas compte. Signes annexes. Trait de remplacement. Les caractères offensants, funestes, tabous, rares ou complexes peuvent être remplacés par un trait oblique : Cartouche. On place dans un cartouche les noms de dieux (exceptionnellement) et les deux derniers noms (roi de Haute et Basse-Égypte et fils de Rê) de la titulature royale (toujours) : Mais bien que ce soit normalement réservé aux pharaons ou aux dieux, au cours de la Troisième Période intermédiaire, certains grands prêtres d'Amon-Rê faisaient écrire leurs noms dans des cartouches. Trait de remplissage. On fait usage du trait de remplissage pour terminer un quadrat qui serait, sinon, incomplet. Signes agglutinés. Il existe des signes qui sont la contraction de plusieurs autres. Ces signes ont cependant une existence propre et fonctionnent comme nouveaux signes : par exemple un avant-bras dont la main tient un sceptre sert de déterminatif aux mots signifiant « diriger, conduire » et à leurs dérivés. Redoublement. Le redoublement d'un signe indique son duel, le triplement son pluriel. Signes non figuratifs. Il s'agit : L'orthographe. La notion d'une orthographe « correcte » de l'égyptien hiéroglyphique ne se pose pas dans les mêmes termes que pour les langues modernes. En effet, pour presque chaque mot, il existe une ou plusieurs variantes. Par conséquent, on peut se demander si la notion de correction orthographique n'était pas étrangère à la langue égyptienne. En effet, on y trouve : Traduction. En mai 2017, est mise en place la plate-forme VÉgA (Vocabulaire de l'Égyptien Ancien), traducteur de hiéroglyphes en ligne. Exemples de hiéroglyphes. Exemples de hiéroglyphes extraits de la "grammaire égyptienne" de Jean-François Champollion (1836).
Chronologie des faits économiques Sont listés dans cette chronologie des faits économiques des évènements importants de l'histoire économique. 1733. L'Anglais Cartwright invente, en 1780, le métier à tisser mécanique. Dès lors, un métier à tisser prendra le travail de quatre fileuses. 2002. Début : introduction de la monnaie unique européenne (l'euro) billets et pièces 2008. La crise financière de 2008 se généralise.
Humour L’humour, au sens large, est une forme d'esprit railleuse « qui s'attache à souligner le caractère comique, ridicule, absurde ou insolite de certains aspects de la réalité, dans le but de faire rire ou de divertir un public. ». L'humour est un état d'esprit, une manière d'utiliser le langage, un moyen d’expression. L’humour peut être employé dans différents buts et peut, par exemple, se révéler pédagogique ou militant. Protéiforme, il se retrouve dans un nombre abondant de discours et de situations. Sa forme, plus que sa définition, est diversement appréciée d'une culture à l'autre, d'une région à une autre, d'un point de vue à un autre, à tel point que ce qui est considéré par certains comme de l'humour peut être considéré par d'autres comme une méchante moquerie, une insulte ou un blasphème. Toutefois, rire est bon pour la santé. L'humour permet aux humains de prendre du recul sur ce qu'ils vivent, comme le remarque Joseph Klatzmann dans son ouvrage "L'Humour juif" en souhaitant « rire pour ne pas pleurer ». Beaumarchais écrivit . Plus pessimiste, Nietzsche affirme « L'homme souffre si profondément qu'il a dû inventer le rire », se rapprochant du cynisme. De même, pour Fred Kassak, grand maître du roman noir humoristique, « l'humour [...] est une tonalité de l'ironie ». Étymologie. Le mot humour provient de l'anglais "humour", lui-même emprunté du français « humeur ». L'humeur, du latin "" (liquide), désignait initialement les fluides corporels (sang, bile…) pensés comme influençant sur le comportement. L'humour a ainsi longtemps été associé à la théorie des humeurs avant d'être relié à l'histoire de la subjectivité à l'âge moderne et contemporain. Vers 1760, les Anglais utilisent le terme "humour" dans le sens « tempérament enjoué, gaîté, aptitude à voir ou à faire voir le comique des choses » pour se vanter de posséder un certain état d'esprit actuellement nommé humour britannique. À la même époque, le sens du mot français « humeur » suit une évolution semblable. Les « humeurs » et l'« humour » lubrifient la vie. Le mot « humour » est attesté pour la première fois en français au , entré en France grâce aux liens qu'entretenaient les penseurs des Lumières avec les philosophes britanniques. "« La plus perdue de toutes les journées est celle où l'on n'a pas ri. »", selon Nicolas de Chamfort. estiment que la première occurrence du terme "humour" dans la langue française se trouve dans une lettre adressée par Voltaire à Pierre-Joseph Thoulier d'Olivet, dit l'abbé d’Olivet, le 20 août 1761. Voltaire écrit ceci : « Les Anglais ont un terme pour signifier cette plaisanterie, ce vrai comique, cette gaieté, cette urbanité, ces saillies qui échappent à un homme sans qu’il s’en doute; et ils rendent cette idée par le mot humeur, humour, qu’ils prononcent yumor ; et ils croient qu’ils ont seuls cette humeur ; que les autres nations n’ont point de terme pour exprimer ce caractère d’esprit. Cependant c’est un ancien mot de notre langue, employé en ce sens dans plusieurs comédies de Corneille. » À la fin du , quand les auteurs français s'interrogeaient encore sur le sens exact de l'humour anglais, Félix Fénéon définissait ainsi celui de Mark Twain : L'humour est caractérisé par une énorme facétie (émergeant parfois d'une observation triste) — contée avec la plus stricte imperturbabilité, avec toutefois un dédain très marqué de l'opinion du lecteur ; ses moyens favoris sont le grossissement forcené de certaines particularités, — l'inopinée jonction de deux très distantes idées par l'opération d'un calembour ou par un jeu de perspective littéraire, — l'accumulation patiente de détails allant "" dans le baroque, mais déduits avec une logique rigoureuse et décevante. Définition. Pour Henri Bergson, le rire est avant tout proprement humain : un objet ou un animal font rire uniquement quand ils ont une expression ou une attitude humaine. Avoir le sens de l'humour, ou simplement avoir de l'humour, c'est mettre les difficultés de la vie à distance, les atténuer par un mot d'esprit. Cette forme d'indifférence a été décrite par Joseph Addison en distinguant le vrai du faux humour : . , ou une victime s'il le blesse. . . Cette dernière . Registre humoristique. Dans son sens strict, l’humour est une nuance du registre comique qui vise « à attirer l’attention, avec détachement, sur les aspects plaisants ou insolites de la réalité ». Toutefois, dans le langage courant, le sens du terme s'est élargi pour désigner le comique, c'est-à-dire l'ensemble des procédés visant à susciter le rire ou le sourire. L'humour est indissociable du comique, c'est-à-dire de « ce qui est propre à faire rire » ; le comique est, parmi les registres littéraires, ce qui permet l'humour ; il en existe principalement (situation, mots, gestes, caractère, mœurs, répétition). En sorte, l'humour utilise nécessairement une forme de comique, mais toute manifestation comique n'est pas forcément humoristique. Auparavant, il était question de trait d'esprit dans le domaine littéraire. Le trait d'esprit se définissait plus comme une forme d'ironie acide et pince-sans-rire, constaté chez des auteurs du siècle des Lumières comme Voltaire, Diderot ou Crébillon fils. Sigmund Freud a étudié le trait d'esprit ("") dans "Le mot d'esprit et sa relation à l'inconscient" (1905). L'humour pratiqué par les Britanniques se révélait cependant plus proche d'une forme de regard absurde et détaché sur les événements, sans forcément conduire à la malveillance vers laquelle tendait souvent l'esprit français. Pour Paul Reboux (1877-1963), l'humour consiste tout simplement à « traiter à la légère les choses graves, et gravement les choses légères ». Certaines formes d'humour peuvent utiliser l'ironie ou le sarcasme. Ainsi, l'humour reste-t-il une notion floue, à la croisée d’autres concepts proches tels que le comique, le trait d'esprit, l’ironie ou le burlesque. Il est d'autant plus difficile à saisir qu'on le retrouve presque partout : ainsi, Dominique Noguez a suggéré qu'il est « comme Dieu [...] : ici et là, partout, nulle part ». Formes. Les apparitions les plus connues de l'humour se font dans les histoires amusantes, qualifiées de « drôles », désignées fréquemment sous le vocable de blagues. Il se manifeste cependant de manières très diverses et n'est pas toujours explicite (c'est le cas de l'ironie, de la pointe, de la remarque pince-sans-rire) ; des gestes même peuvent être comiques. Si l'humour est toujours volontaire, un individu peut être comique sans le vouloir. L'humour apparaît aussi sous forme de bande dessinée (pour adultes ou jeune public). Il existe dans Wikipédia une . L’humour a pour but de souligner le caractère comique, ridicule, absurde ou insolite de certains aspects de la réalité. Victor Hugo caricaturé par Honoré Daumier dans "Le Charivari" du . Aussi, l’humour peut revêtir de nombreuses formes différentes et il est très difficile de dresser une liste exhaustive des formes d’humour. Toutefois, on peut faire le classement suivant : Humour noir. L'humour noir est une forme d'humour qui s'appuie sur des éléments tristes ou désagréables et les tourne en dérision et « rire jaune » un rire forcé et amer. De fait, l'humour n'est pas nécessairement lié à la joie et au bonheur Humour pince-sans-rire. L'humour pince-sans-rire est une forme particulière d'humour, caractérisée notamment par l'air sérieux de la personne qui en fait preuve. Humour d'observation. L’"humour d'observation" est une forme d'humour se basant sur la caricature de situations du quotidien. C'est la forme d'humour la plus répandue dans le domaine du , particulièrement dans le . Humour en photographie. Les photographes français René Maltête et Robert Doisneau ont beaucoup donné dans le genre. Le magazine "Life" a publié pendant plusieurs années des photographies humoristiques de ses lecteurs. Recherches. L'étude de l'humour et ses effets (gélotologie) entre dans le champ disciplinaire de la psychologie, de la philosophie, de la linguistique, de la sociologie, de l'histoire, de la littérature et de la médecine. Origine et rôle. Les origines et les fonctions du rire engendré par l'humour sont difficiles à cerner mais il est reconnu depuis l'Antiquité comme ayant une fonction cathartique. Pour , le rire, constaté chez certaines races de singes, est avant tout le rictus, c'est-à-dire un soulèvement des lèvres afin de montrer les dents ; il pourrait donc être une forme de violence détournée, une inclination à l'agression résumée en une grimace. Vu sous cet angle, l'humour permettrait d'évacuer cette violence, née de la frustration et de la souffrance associées à la fonction cathartique. Le lien avec une sensation de malaise peut se vérifier si la gêne est ressentie par l'auditoire et l'orateur lorsque celui-ci rate un trait d'esprit et ne parvient pas à faire sourire. L'humour est aussi souvent un moyen pour un groupe ou une personne soumis à de fortes pressions sociales ou à de fortes contraintes de s'en échapper. L'exemple le plus frappant en est sans doute l'humour juif. Thérapie. Il est empiriquement reconnu que l'humour et son effet direct, le rire, a des effets positifs sur la santé. La science contemporaine a découvert que l'humour et le rire participaient, entre autres, à la décontraction des muscles, à la réduction des hormones de stress, à l'amélioration du système immunitaire, à la réduction de la douleur. L'humour est également un outil à part entière de l'hypnose ericksonienne. Il permet au thérapeute une communication à plusieurs niveaux : au-delà du sens premier perçu consciemment, une seconde possibilité, voire un champ de possibilités peut être perçu inconsciemment, et donc envisagé. Mettant sur la voie du changement, l'humour génère ainsi du recadrage. Pédagogie. L'humour peut se révéler être un outil intéressant pour l'enseignement. Des études ont montré que l'utilisation de l'humour, accompagné d'analogies et de métaphores, permet de mieux mémoriser l'information. Philosophie. On ne saurait enfin, bien sûr, passer sous silence son rôle en philosophie, à la fois proche et distinct de celui de l’ironie. Sans même remonter à Hippocrate et surtout aux cyniques grecs, il faudrait se référer à Soeren Kierkegaard. À sa suite, Henri Bergson et Vladimir Jankelevitch ont critiqué l'esprit de sérieux (mais non le sérieux lui-même) dont se couvrent parfois les penseurs. Psychanalyse. Freud traite le sujet de « l'humour » au cours de son ouvrage sur "Le trait d'esprit et sa relation à l'inconscient" (1905) dans le cadre théorique de la première topique et dans un bref texte plus tardif intitulé « L'humour » (1927) dans le cadre de la seconde topique.
Hardcore Hardcore (HC) est un terme anglais signifiant « noyau dur ». Il peut se référer à :
Harajuku est un sous-quartier faisant partie du quartier de Jingumae, dans l'arrondissement de Shibuya à Tokyo. Histoire. La gare de Harajuku s'ouvre au transport en commun en 1909. Le quartier prend de l'importance avec la construction du Meiji-jingū en 1920, mais reste peu fréquenté. À partir du moment où il est décidé que les Jeux olympiques d'été de 1964 se tiendront à Tokyo, le quartier évolue et de nombreux immeubles et boutiques sont construits. Puis dans les années 1970, Harajuku devient le quartier de la mode, du rock et plus généralement de l'avant-garde. Dans les années 1990, les grands noms du secteur de l'habillement ouvrent des magasins dans le quartier, et le quartier perd petit à petit son identité, les boutiques les plus singulières migrant dans les années 2000 vers , un ensemble de petites rues aux alentours de Harajuku. Culture locale et patrimoine. Le quartier de Harajuku est connu pour abriter l'un des plus célèbres sanctuaires shintoïste, le Meiji-jingū, au milieu du Parc Yoyogi, une forêt artificielle plantée vers 1920. Ce quartier est fréquenté par un grand nombre de jeunes qui profitent du week-end, durant lequel ils n'ont pas l'obligation de porter l'habituel uniforme, pour se distinguer par leur style vestimentaire. On y voit généralement des adeptes de la mode Lolita, des jeunes gens habillés en chanteur de rock ou en visual kei, et, des cosplayers déguisés en personnage de manga, d'anime ou de jeux vidéo. . Ces modes vestimentaires sont ensuite reprises par les adolescents. La rue Takeshita-dōri concentre un grand nombre de boutiques qui habillent entre autres les Gothic Lolita, les Cosplay, les Pink, les Sweet Lolita. La célèbre avenue Omotesandō, les « Champs-Élysées » de Tokyo, relie Harajuku à Aoyama. Économie. Le quartier abrite de nombreux sièges sociaux ; les principaux sont ceux des entreprises suivantes : Éducation. Le quartier abrite deux écoles primaires, un collège et une bibliothèque. Transport. La gare de Harajuku est desservie par la ligne Yamanote de la compagnie JR East. On trouve également dans le quartier la station de métro Meiji-jingūmae (littéralement « devant Meiji-jingū ») desservie par les lignes Chiyoda et Fukutoshin.
Hyper Text Transfer Protocol
Herméneutique L'herméneutique (du grec "hermeneutikè", ἑρμηνευτική τέχνη, art d'interpréter, "hermeneuein" signifie d'abord « parler », « s'exprimer ») est la théorie de la lecture, de l'explication et de l'interprétation des textes. L'herméneutique ancienne est formée de deux approches complètement différentes : la logique d'origine aristotélicienne (à partir du "Peri hermeneia" ou "De l'interprétation" d'Aristote) d'une part, l'interprétation des textes religieux (orphisme ou herméneutique biblique par exemple) et l'hermétisme d'autre part. L'herméneutique moderne se décline en sous-disciplines : Définition générale. Champs de l'herméneutique. On parle d'« herméneutique » pour l'interprétation des textes en général. L'interprétation des Écritures saintes, qu'il s'agisse de la Bible ou du Coran, est un sujet qui demeure délicat. L'interprétation des symboles religieux et des mythes s'appelle l'herméneutique sacrée (ou herméneutique biblique lorsqu'elle se limite à la Bible, c'est-à-dire aux textes du judaïsme et du christianisme). Elle se révèle nécessaire pour le philosophe et théologien Xavier Tilliette, selon lequel « la Bible est un ouvrage complexe et même scellé. Le Livre des livres est un livre de livres. Il est donc susceptible d'interprétation, il ne va pas sans une herméneutique. […] Il n'y a pas d'acheminement direct à la Bible, il faut toujours une médiation au moins implicite ». L'interprétation de symboles divinatoires fait également appel à des herméneutes, comme en Chine et au Japon, lors de séances de scapulomancie, de plastromancie, d'achilléomancie ou autres formes d'arts divinatoires. L'étude, la traduction et l'interprétation des textes classiques (antiques) naît à la Renaissance : c'est la philologie. On désigne aussi par « herméneutique » la réflexion philosophique interprétative, inventée par Friedrich Schleiermacher, développée par Wilhelm Dilthey et rénovée par Martin Heidegger et Hans-Georg Gadamer. L'herméneutique trouve des applications dans la critique littéraire ou historique, dans le droit, dans la sociologie, en musique, en informatique, en théologie (domaine d'origine), ou même dans le cadre de la psychanalyse. Cette dernière discipline fait néanmoins problème. Ainsi le psychanalyste Jean Laplanche n'admet-il pas que la psychanalyse se trouve « enrôlée » dans l'herméneutique comme . Questions de méthodologie. La méthodologie du dévoilement ou de la restitution d'un texte pose deux questions : Histoire de l'herméneutique. L'« herméneutique » ancienne. L'herméneutique est aussi ancienne que le sont les religions, les spiritualités et la philosophie. Cependant, le terme d'herméneutique n'est apparu qu'à l'époque moderne sous la plume de Friedrich Schleiermacher et Wilhelm Dilthey. D'Aristote à la science contemporaine. Dans son traité "De l'interprétation" ("Organon" II), Aristote ( av. J.-C) avait défini des règles essentiellement logiques d'interprétation des textes. Il y développe notamment sa théorie du jugement affirmatif et négatif, de la contradiction et de la contrariété. Son point de départ est l'analyse des éléments sémantiques : la lettre, le nom, le verbe, la proposition. Il aboutit à une métaphysique qui hiérarchise les degrés d'être, après avoir exposé la théorie des , laquelle influence les débats médiévaux sur le problème théologique de la prédestination. Ce traité est abondamment commenté par les philosophes médiévaux Averroès, Thomas d'Aquin, Jean Duns Scot, Guillaume d'Ockham), et fixera pour longtemps la norme de lecture des textes. Les herméneutes contemporains tels que Umberto Eco ou Paul Ricœur se réclament également de la philosophie aristotélicienne, mais davantage de la "Poétique" et de la "Rhétorique" que de l"'Organon" à proprement parler, ce dernier étant plutôt vu comme un prélude à l'élaboration du discours scientifique, que comme un ensemble de traités sur l'interprétation concrète des textes en général. On peut mesurer ainsi le changement de paradigme de l'époque médiévale à l'époque contemporaine : la logique, c'est-à-dire l'ancienne herméneutique de l"'Organon", est devenue la logique symbolique, tandis qu'une nouvelle herméneutique a émergé. Cette dernière explore des champs d'interprétation comme la poétique, la rhétorique, la littérature, mais aussi la sociologie, la psychologie, l'histoire, l'anthropologie. L'une des causes principales de ce changement est la naissance des sciences humaines qui livrent une autre approche du monde que celle des sciences naturelles et de la métaphysique traditionnelle. Néanmoins, certains auteurs de la deuxième moitié du , comme Paul Feyerabend, soutiennent que le discours scientifique est lui aussi une interprétation du monde et que son mode de production ne diffère pas de celui des autres discours, littéraires, mythologiques. En ce sens, aucun champ n'échapperait à l'herméneutique, pas même la science dite univoque, c'est-à-dire non sujette aux querelles d'interprétation, et rigoureuse, non affectée par la contingence des images humaines. Stoïcisme. Les stoïciens développent un naturalisme herméneutique qui assimile les dieux comme représentations à des forces physiques. Judaïsme. La tradition du judaïsme rabbinique connaissait depuis longtemps des règles d'interprétation de la Torah. Hillel Hazaken ( AEC) avait défini sept règles d'interprétation. Rabbi Ishmaël, développant les sept règles d'Hillel, exposa treize principes. D'autre part, le judaïsme rabbinique connaissait quatre sens (Pardes) pour interpréter la Bible hébraïque : "peshat" (évident, littéral), "remez" (allusif), "drash" (interprétatif), et "sod" (secret/mystique). Par exemple, le sens littéral ("peshat") s'avérait souvent insuffisant pour comprendre en profondeur le sens des textes sacrés. La kabbale, dès Eléazar de Worms et Abraham Aboulafia (vers 1290), a développé la science des lettres ("hokhmat ha-zeruf") et ses trois procédés pour déchiffrer la Torah. Dans le judaïsme, la période médiévale a vu le développement de beaucoup de nouvelles catégories d'interprétation rabbinique et d'explication de la Torah, incluant l'émergence de la Kabbale et des écrits de Maïmonide. Les commentaires bibliques et les commentaires du Talmud s'inscrivent dans cette tradition. Christianisme. Dans le christianisme, l’herméneutique biblique s’est appuyée sur diverses doctrines. Origène au a formulé un principe d'interprétation de l'Écriture selon trois sens (littéral, moral et spirituel) à partir de la méthode juive d’interprétation (midrash) utilisée par Paul de Tarse dans l’Épître aux Galates chapitre 4. Il l'appliqua à la prière "(Lectio divina"). Jean Cassien (dont s'inspire la fameuse règle de saint Benoît) l'introduisit dans les monastères.. Hugues de Saint-Victor a contribué à l'herméneutique par son traité "De Scripturis". Le « système » des quatre sens de l'Écriture ainsi progressivement mis au point pendant le Moyen Âge pour l'interprétation des textes sacrés eut un succès relativement important aux . Il joua un rôle dans la naissance de la scolastique. Par ailleurs, le sens allégorique, l'un des quatre sens, inspira une grande partie de la littérature médiévale profane, à la suite de Prudence. Pour le philosophe et théologien catholique Xavier Tilliette, « la Bible est un ouvrage complexe et même scellé. Le Livre des livres est un livre de livres. Il est donc susceptible d'interprétation, il ne va pas sans une herméneutique. La Parole de Dieu […] s'est faite parole humaine, astreinte à la compréhension. Il n'y a pas d'acheminement direct à la Bible, il faut toujours une médiation au moins implicite : traduction, exégèse, histoire, genres littéraires, étude des styles, typologie, connaissance de la Tradition, "lectio divina" »… Renaissance. Retour à la littéralité. L'étude et l'interprétation des textes classiques (antiques) naît à la Renaissance : c'est la philologie. Les savants apprennent le grec et le latin, et développent des méthodes pour prouver l'authenticité ou l'inauthenticité d'un texte, et pour établir des éditions critiques des œuvres. C'est le retour aux sources et à la littéralité des textes. L'un des éminents représentants de cette nouvelle tendance est Guillaume Budé, illustre humaniste. L'une des victoires les plus éclatantes de la nouvelle philologie est la démonstration par Lorenzo Valla de la fausseté de la Donation de Constantin. Cet acte porte également une charge politique, car il démonte les fondements de l'autorité papale, qui s'appuyait sur ce fameux texte. Sous la plume de Martin Luther et Jean Calvin, la Réforme protestante appelle à relire les textes religieux littéralement par-delà les interprétations canoniques de l'Église catholique romaine. Il s'agit de détruire les couches sédimentées de conciles et de doctrines (la tradition), surajoutées aux textes, pour retrouver le texte biblique en sa pureté. Auparavant, la majorité du peuple n'avait pas accès au texte biblique mais seulement aux interprétations qu'en donnaient les autorités religieuses. Avec les mouvements intellectuels de la Réforme et de l'Humanisme, conjoints à l'invention de l'imprimerie et au développement de l'éducation (qui fera reculer l'illettrisme), le texte biblique deviendra de plus en plus accessible et l'autorité religieuse de plus en plus remise en cause quant à la lecture des textes sacrés. Paradoxalement, cette affirmation selon laquelle la Bible serait claire par elle-même, et donc à lire de manière littérale, amène le lecteur à réinterpréter lui-même le texte sacré sans qu'on ne lui impose des normes interprétatives rigides et incontestables. Le retour à l'« autorité » du texte littéral annonce la multiplicité « anarchique » des interprétations qui ne peuvent plus être unifiées par une autorité normative. L'herméneutique moderne naît de la destruction de la norme : s'il n'y a plus de norme de lecture extérieure au texte, il faut apprendre à déceler soi-même le mécanisme interne d'un texte donné qui produit lui-même son propre sens afin d'éviter la multiplication à l'infini des significations du texte en question, jusqu'à l'absurdité. Ce retour à la littéralité sera illustré lors du procès de Galilée (1633) au cours duquel les théologiens privilégièrent le sens littéral de la Bible en l'absence de preuves du mouvement de la Terre. Il aura des conséquences considérables dans l'Histoire. Astrologie et alchimie. Depuis le au moins, le recours à la pensée magique est connu, mais il est vrai qu’il connaît une nouvelle mode au quand Marsile Ficin édite le "Corpus hermeticum", ensemble de textes anonymes du et que l’on attribue à Hermès Trismégiste, fondateur légendaire de la religion égyptienne, contemporain de Pythagore et de Moïse. Dans cette pensée, le monde animé comme l'inanimé forme un tout continu qui possède une âme : il y a donc des correspondances entre l’Univers et l’Homme qui en est le centre et le reflet en même temps. On raisonne d’ailleurs par analogie : les plantes sont les cheveux du monde, par exemple. L'herméneutique joue ainsi un rôle important dans la médecine de la Renaissance, à la fois dans la pharmacopée (une plante correspondant à un organe) que dans les prescriptions, puisque souvent la consultation et surtout l'administration des médecines sont associées à l'horoscope du patient, les différentes parties du corps trouvant leur correspondance dans les signes zodiacaux. On est persuadé de la vertu de certains minéraux ou éléments chimiques et notamment du mercure, du soufre. On est ainsi persuadé depuis le qu’il existe un lien entre la pierre philosophale, qui peut transformer tout métal en or, et les calculs rénaux. Le personnage le plus connu est Paracelse (1493-1541), fils de médecin, à la fois chimiste (travaillant dans les mines) et alchimiste, qui s’intéresse aux correspondances entre les minéraux et l’homme. Il est professeur de médecine à Bâle en 1526. Il a laissé de nombreuses recettes qui emploient l’opium mais aussi des composés minéraux. Cette démarche explique également l’intérêt pour les traitements par les eaux thermales de Michel Savonarole (1385-1468) : "De omnibus mundi balneis" éditée en 1493 à Bologne. Plus tard, l’université de Padoue confie à trois de ses médecins de faire revivre les bains d’Abano, utilisés dans l’Antiquité ; le célèbre anatomiste Fallope qui enseigne à Padoue est chargé en 1556 d'un enseignement à thermalisme acquis. Les précurseurs de l'herméneutique contemporaine. Schleiermacher. C'est Friedrich Schleiermacher (1768 – 1834) qui posa les bases de l'herméneutique contemporaine. Schleiermacher mit également en évidence le cercle herméneutique (l'expression est de Dilthey). Pour comprendre un texte, il faut avoir compris l'œuvre, mais pour comprendre l'œuvre, il faut avoir compris les textes. Dilthey. Wilhelm Dilthey (1833 – 1911) voit dans l'herméneutique la possibilité d'une fondation pour les sciences humaines. Les sciences de la nature ne cherchent qu'à « expliquer » ("Erklären") leur objet, tandis que les sciences de l'homme, et l'histoire en particulier, demandent également à « comprendre » ("Verstehen") de l'intérieur et donc à prendre en considération le vécu. Néo-évangélisme. Dans le courant néo-évangélique, la théologie évangélique modérée a fait son apparition dans les années 1940 aux États-Unis. L’étude de la Bible est accompagnée de certaines disciplines comme l’herméneutique et l’exégèse biblique . Des théologiens modérés sont devenus davantage présents dans les instituts de théologie évangélique et des prises de positions théologiques plus modérées ont été adoptées dans les églises évangéliques. Naissance de l'herméneutique philosophique. L'herméneutique philosophique contemporaine se conçoit comme une théorie de l'interprétation, et de la réception de l'œuvre (littéraire ou artistique). Elle questionne la textualité en elle-même, et son rapport à l'auteur (processus d'explication) et au lecteur (processus de compréhension). L'herméneutique philosophique cherche à analyser ce qui se manifeste, ce qui se présente de soi dans l'œuvre d'art (perspective phénoménologique). Elle pose donc de manière originale le problème de la représentation et de la phénoménalisation, s'inspirant en cela des travaux novateurs de Husserl (lequel avait livré une théorie très élaborée de l'imagination, notamment dans les "Ideen I", à défaut d'esthétique à proprement parler). Le langage de l'art représente pour les herméneutes le lieu où la vérité de l'Être se déploie, au-delà de la description scientifique des étants particuliers. L'herméneutique se fonde ainsi sur une nouvelle interrogation du verbe « être », à la fois grammaticale, ontologique et esthétique, à partir des importants travaux de Martin Heidegger dans "Être et Temps" (et dans ses œuvres ultérieures, dont la tentation hermétiste sera critiquée). L'herméneutique philosophique utilise comme paradigme majeur la poésie, notamment la poésie romantique, symboliste, surréaliste ou d'inspiration hermétiste, c'est-à-dire la poésie qui ne se comprend pas à la première lecture, mais qui nécessite un effort pour être décryptée. Les philosophes herméneutes analysent par exemple les textes et l'esprit de Hölderlin, Mallarmé, Valéry, Rilke, Artaud ou encore Ponge. Le deuxième grand paradigme de l'herméneutique est le roman, notamment les œuvres subversives qui remettent en cause les normes traditionnelles d'écriture. Ainsi, on croisera sous la plume des grands herméneutes Rabelais, le Marquis de Sade, Joyce, Kafka, Bataille, ou encore d'autres grands écrivains comme Goethe ou Borges. Heidegger. Martin Heidegger étend la conception de Dilthey et conçoit à un certain moment l'herméneutique comme la tâche même de la philosophie si l'existence – objet de la philosophie – demande à être interprétée et si elle n'est autre qu'un processus d'interprétation, une compréhension de soi. L'herméneutique est en ce sens un dépassement de la phénoménologie car elle s'applique à ce qui ne se montre pas, à détruire plutôt un rapport de conscience qui dissimule un rapport authentique à l'être. L'herméneutique constitue ainsi l'ontologie. Gadamer. L'élève de Heidegger, Hans-Georg Gadamer publia en 1960 l'ouvrage qui passe encore pour son livre le plus important : "Vérité et Méthode". Cette œuvre affirme, en contestation de la fausse objectivité souvent présente dans les sciences humaines, que « la méthode ne suffit pas ». Une œuvre ne peut pas être expliquée uniquement selon notre propre horizon d'attente. La lecture est faite dans la tension existant entre le texte du passé et l'horizon d'attente actuel. De plus, Gadamer affirme que « tout texte est réponse à une question. » Si le texte parle encore aux lecteurs présents, c'est qu'il répond encore à une question. Le travail de l'historien est de trouver à quelle question le texte répondait dans le passé et à laquelle il répond aujourd'hui. Ricœur. Paul Ricœur entreprend une herméneutique du soi, herméneutique dans la mesure où le moi ne se connaît pas par simple introspection, mais par un ensemble de symboles. Il s'agit de déchiffrer le sens caché dans le sens apparent. Pour Ricoeur, la psychanalyse est une forme d'herméneutique (interprétation des symptômes du malade). Jauss. Hans Robert Jauss, appartenant à l'École de Constance, dans "Pour une esthétique de la réception" (1972), reprenant les enseignements de Gadamer, affinera la théorie herméneutique. Il proposera l'usage d'une « triade » herméneutique pour l'étude des œuvres. La triade herméneutique de Jauss : L'herméneute qui utilise ce modèle s'implique donc énormément dans l'étude et tente de comprendre la valeur novatrice de l'œuvre. Foucault. En 1982, Michel Foucault intitule son cours au Collège de France : « herméneutique du sujet ». Il est question en réalité d’une « herméneutique de soi » au sens d’une forme de connaissance de soi. La notion fondamentale est la pensée grecque de l"'epimeleia heautou" (le souci de soi). Cette question est en même temps esthétique : une « esthétique de l’existence » entendue comme une éthique, soit la production de normes qui ne soient pas cryptées, mais que le sujet fonde ou découvre, et par lesquelles il se découvre également. Foucault considère que la « généalogie » nietzschéenne, qui interprète les jugements de valeur (vrai/faux, bien/mal, beau/laid) à partir de l'histoire et de la physiologie (état de santé du corps), est une herméneutique. Applications de l'herméneutique. Traductologie. L'herméneutique est en traductologie une approche de la traduction à part entière ayant comme figure de proue le linguiste allemand Friedrich Schleiermacher (1767-1834). Schleiermacher conçoit l’herméneutique traductionnelle comme un acte d'immersion du traducteur dans la psyché de l'auteur. Il s'agit d'une méthode de traduction empathique, qui insiste sur l'importance de ressentir le texte à traduire. Prétendant proposer une alternative à l'approche linguistique de la discipline, l'approche herméneutique décompose l'acte de traduction en quatre stades et non trois : "un élan de confiance", "l'incursion, l'agression, l'extraction", "l'incorporation au sens fort du terme" et "une réciprocité qui recréée l'équilibre". Sociologie. La sociologie herméneutique consiste en la recherche de la compréhension des phénomènes dans leur singularité. Elle est l'art de retranscrire un discours afin d'en extraire les besoins des individus, une sorte de traduction des discours. Anthropologie. Pour l'anthropologie interprétative, découlant de l'herméneutique, les faits étudiés sont le produit des réflexions des personnes qui leur sont rattachées. Pour Gagnon, l'anthropologue adoptant une approche herméneutique cherche alors « les connaissances, les représentations, les règles et les attentes que la culture met à la disposition des individus pour leur permettre de donner sens à leurs actions, pour décrire et expliquer le monde (dimension sémantique) mais aussi pour agir, produire quelque chose, résoudre un problème (dimension pragmatique)». Pour être valides socialement, les significations doivent être partagées, à la manière d'un texte public, et la société les garde pour les retransmettre de génération en génération en les adaptant plus ou moins au contexte. Le rôle de l'anthropologue est alors de lire la culture et de l'interpréter à la manière de ce qu'une lectrice ou un lecteur ferait, notamment en rendant clair ce qui est sous-entendu ou présupposé, comme ce que propose Taylor puisque les discours et dialogues contiennent une certaine quantité d'informations tenues pour acquises. Cette méthodologie n'est toutefois pas neutre. Gagnon souligne quelques limites, comme le fait que l'anthropologue est en soi interprète et doit tenir compte de ses propres préjugés culturels et de ses préconceptions issus de sa culture d'origine. Informatique. Les chercheurs en informatique, particulièrement ceux qui traitent de linguistique informatique, d'ingénierie des connaissances, d'intelligence économique, et de protocoles d'analyse, n'ont pas manqué de remarquer la communauté d'intérêt qu'ils partagent avec les chercheurs en herméneutique, par rapport au caractère des agents d'interprétation et à la conduite des activités d'interprétation. Par exemple, dans leur résumé de mémoire en intelligence artificielle en 1986, Mallery, Hurwitz, et Duffy ont déclaré ce qui suit : Relations internationales. L'herméneutique en relations internationales a connu un regain d'attention avec la fin de la guerre froide. Ceci s'explique par la multiplicité des théories déployées et leur incapacité, par la pensée rationnelle, à expliquer dans leur globalité les rapports internationaux. Dans un esprit de synthèse, certains auteurs redécouvrent la pensée de Gadamer, tel Richard Rorty, pour l'appliquer à la philosophie politique. Cette philosophie « se débarrasse de la théorie classique de l'homme-connaisseur-des-essences », c'est-à-dire de la vérité par correspondance et met l'accent sur le contexte spatio-temporel de toute théorie et sur l'intentionnalité des auteurs. L'acte de comprendre se décompose alors en trois étapes qui forment le cercle herméneutique : la compréhension stricto sensu, l'interprétation et l'application (confrontation avec le réel par cohérence). Cette dernière étape participe à la notion de réflexivité en science sociale. Rorty insiste sur le holisme du cercle herméneutique qui fait que tout penseur doit envisager un système dans sa totalité pour en comprendre les parties, et inversement, comprendre toutes les parties pour saisir le fonctionnement du Tout. Appliqué aux relations internationales, la constructiviste Martha Finnemore voit dans l'herméneutique une invitation à la confrontation paradigmatique, pour approcher au plus près la réalité. De plus, la vérité étant nécessairement établie par cohérence, il y aura toujours un décalage entre l'environnement représenté des acteurs et l'environnement réel. Question qui renvoie à la théorie de Robert Jervis sur les fausses perceptions. Enfin, la compréhension du monde, compris comme un complexe "Tout-unités", amène nécessairement à concilier holisme et individualisme méthodologique. Religion et théologie. Mircea Eliade, comme un historien des religions et un herméneute, comprend la religion comme « l'expérience du sacré », et interprète le sacré par rapport au profane. Le savant roumain souligne que la relation entre le sacré et le profane n'est pas d'opposition, mais de complémentarité, ayant interprété le profane comme une hiérophanie. L'herméneutique du mythe est une partie de l'herméneutique de la religion. Le mythe ne doit pas être interprété comme une illusion ou un mensonge, parce qu'il y a une vérité dans le mythe à redécouvrir. Le mythe est interprété par Mircea Eliade comme « une histoire sacrée ». Il a introduit le concept de « l’herméneutique totale ». : résurrection des quatre sens. En matière d'herméneutique biblique, et à la suite des travaux du cardinal Henri de Lubac, s.j., sur l'exégèse médiévale, la théorie des quatre sens de l'Écriture semble renaître chez les théologiens contemporains. Le cardinal Urs von Balthasar écrivait à ce sujet en 1970 :
Hérésie Dans l’Antiquité, le terme haíresis désigne une école de pensée philosophique librement choisie. Au cours des conciles , l'hérésie s'oppose progressivement à l'« orthodoxie » pour indiquer les doctrines formulées par les baptisés qui s'opposent ou remettent en cause les dogmes chrétiens officiels de l'Église. Elle acquiert ainsi une valeur péjorative entre les II et le VI siècles et se fait condamnation de tous dogmes contraires aux opinions et pratiques chrétiennes au Moyen Age. L'hérésiologie devient un champ d'étude et un genre littéraire. Dans le langage courant, le mot « hérésie » en vient à désigner une opinion qui heurte les usages et ce qui est admis ou tenu pour acquis dans les domaines de la pensée, de la connaissance, de la religion. Ainsi, Hilaire Belloc a pu proposer une définition qui englobe sa dimension religieuse et scientifique et s'étend à son usage séculier : Dans le domaine religieux et théologique, l'hérésie est distincte du schisme, qui est un rejet de l'autorité ecclésiale, de l'apostasie, qui est le reniement de sa propre foi, et du blasphème, qui est une parole ou un acte insultant envers Dieu. L'hérésie se produit à l'intérieur de la foi, de manière réfléchie et persistante, se présentant soit comme une innovation soit comme un retour à une prétendue pureté originelle de la révélation. Étymologie et sémantique. Le mot « hérésie » est emprunté au grec , , qui signifie à l’époque classique « choix », puis à l’époque de la koinè, « préférence pour une doctrine, école philosophique », « obédience philosophique » dont le pendant latin est "secta" ou "disciplina". Ainsi, le « jardin » d’Épicure était une "haíresis". Le mot finit par désigner une « secte religieuse » ou une « dissidence » dans le christianisme primitif. Dans le monde antique, où la religion est plus rituelle que dogmatique, l’"haíresis" n’a pas l’aspect dramatique qu'elle devait revêtir dans le christianisme. En effet, l’Antiquité polythéiste sépare le mythe de la philosophie. Le monothéisme en revanche introduit la théologie, étude scolastique du divin qui englobe et transcende tous les domaines du savoir, soumet la philosophie et édicte des « vérités révélées » sur Dieu : les dogmes. La théologie classique n'oublie pas le sens premier du terme mais y intègre au le schisme, la désobéissance aux décrétales du pape (Henri de Suse) et Martin V l'usure. À partir du , tout en gardant son caractère de stigmatisation ecclésiale, le terme se charge de sens nouveau pour désigner une tromperie, une ruse, une duplicité parfois sans lien avec le champ religieux. Il désigne également, à la même période, un crime révoltant. Spécifiquement, il peut désigner une cohabitation genrée inappropriée et contraire aux lois de l'Église. Dans le monothéisme. Les dogmes ne revêtent pas la même importance dans toutes les religions, ce qui explique différentes attitudes par rapport à ce qui est qualifié d'hérésie. Certains auteurs estiment que la notion est trop intimement liée au contexte historique et religieux des premiers siècles du christianisme qui l'ont produites pour être transposée utilement à l'étude des dissidences et hétérodoxies des autres monothéismes. Depuis les grands conciles œcuméniques des IV et V siècles, l'Église aurait "fabriqué l'hérésie" afin de mieux assoir son autorité, imposer son image de corps unique, enseigner une voie unique de salut et réussir ainsi à façonner le pouvoir et la société. À la différence du christianisme, judaïsme et islam ne possèdent pas d'instrument de coercition centralisé ni de magistère dogmatique unique et identifié. Judaïsme. La littérature talmudique ne possède pas de notions similaires et de termes pour désigner les hétérodoxies comparables aux hérésies telles qu'elles ont été décrites dans le monde chrétien. Le judaïsme, n'ayant jamais connu d'orthodoxie au sens strict, les déviances aux normes rabbiniques ou aux treize principes de foi de Maïmonide ne sont pas équivalentes à des hérésies. Toutefois, après la destruction du Temple (70), le mouvement pharisien/tannaïte se donne peu à peu comme exclusif et majoritaire. Dans la littérature rabbinique, ses opposants sont alors désignés par divers termes techniques et notamment par celui de "min" et « il paraît donc possible de traduire "min" par hérétique, du moins pour le sens qu'il paraît avoir pris dès le de notre ère. » Le terme minim désigne à différentes périodes de l'ère rabbinique les divers groupes qui, tout en demeurant partie intégrante du judaïsme du point de vue de la halakha, soulèvent des questions doctrinales pour le judaïsme rabbinique. Il ressort d'un certain nombre de restrictions édictées par les tannaim à l'encontre des minimes qu'elles visent dans un premier temps les judéo-chrétiens. Ces règlements montrent comment les rabbins ont tenté de combattre des doctrines qu'ils estimaient extérieures au judaïsme sans jamais rejeter la judéité de ceux qui les faisaient siennes. Cependant, comme le remarque Adiel Schremer, dans l'Antiquité, l'identité juive est bien une question de naissance et de fidélité à l'alliance mosaïque qu'un examen des doctrines et des pratiques. Christianisme. Les différentes autorités chrétiennes qui ont élaboré la norme religieuse ont conceptualisé l'hérésie. Cependant elle s'impose de l'Antiquité à l'époque moderne comme un concept extrêmement versatile et ambivalent. Dans le Nouveau Testament, les formes "hairesos" ou "hairéseis" sont utilisées soit pour désigner le christianisme naissant comme « secte » ou « école juive » soit pour mettre en garde contre une dissension. Au , ils demeurent des proches synonymes de "schisma" qui indique l'idée d'une scission, du risque d'un schisme. Lors de la période patristique et surtout à la faveur du règne de Constantin, les termes "haeresis" et "haereticus" deviennent sans conteste la condamnation de doctrine erronée et de leurs partisans, d'une opinion qui éloigne de la foi hétérodoxe. A la fin du et après les grands conciles le terme devient équivalent d'hétérodoxie. Discours d'exclusion des dissidences, la réflexion sur l'hérésie est aussi l'occasion pour l'Eglise de définir des lignes de conduites et d'affirmer son unité. À partir du , l'extension progressive du domaine de l'hérésie à de nombreuses formes d'activités répréhensibles comme l'usure, la sorcellerie ou la rébellion politique a fini par lui conférer le statut de crime globalisant. Cependant, comme l'a montré Walter Bauer, les premières manifestations du christianisme correspondent à ce qui est qualifié d'hérétique à partir du deuxième siècle. Historiquement, l'hérésie est donc antérieure à l'orthodoxie. Le christianisme s'illustre en de multiples théologies et pratiques hétérodoxes, que ce soit dans le domaine christologique (docétisme, arianisme, nestorianisme, monophysisme), cosmologique (gnose, macédonianisme, manichéisme, et plus tard bogomilisme, catharisme), ecclésial (marcionisme, montanisme, donatisme) ou disciplinaire (quiétisme). Herbert Grundmann, parmi d'autres, distingue les hérésies populaires, qui ont parfois donné naissance à une Église dissidente (cathares), et les hérésies savantes, fondées sur les recherches théologiques, philosophiques ou scientifiques plus isolées (Pierre Abélard), non sans que des ponts puissent exister entre elles (Jan Hus). Premier millénaire. Le terme « hérésie » a pris une valeur péjorative et s'affirment avec force dans les controverses théologiques où s'illustrent Justin de Naplouse et Irénée de Lyon qui ont écrit « contre les hérésies » dès le . Ces apologistes, comme Méliton de Sardesou Justin développent l'idée d'un appel au pouvoir pour défendre la vraie foi contre l'hérésie. Ils sont suivis au par Hippolyte de Rome, sans lequel certaines hérésies seraient restées inconnues, mais dont l'ouvrage est ambigu, car celle qu'il réfute le plus violemment est celle de Calixte Ier, représentant de ce que l'on devait appeler plus tard la Grande Église. Au , les empereurs romains prennent des mesures contre les hétérodoxes ou hérétiques, afin de limiter les querelles entre chrétiens. Avec l'institutionnalisation de l'Église autour de l'empereur, pour répondre aux hérésies qui menacent la nouvelle autorité ecclésiastique, la pratique juive des assemblées est reprise par l'Église primitive, qui la transforme en conciles œcuméniques, c'est-à-dire en réunions de l’ensemble des évêques qui permettent de débattre des questions controversées. Le premier concile de Nicée sous l'égide de l'empereur romain Constantin le Grand et sur les recommandations d'un synode dirigé par l'évêque Ossius de Cordoue à la Pâques de 325 réunit les évêques de toutes les provinces à Nicée. Ce synode est chargé d'enquêter sur les troubles provoqués par la controverse arienne. Il produit une profession de foi, le symbole de Nicée, qui veut clarifier la nature du Christ et désavoue la gnose et voue l'arianisme à l'anathème. Pour la plupart des évêques, les enseignements d'Arius étaient hérétiques et dangereux pour le salut des âmes. Selon Warren Carroll, « l'Église fait son premier grand pas pour définir plus précisément la doctrine révélée en réponse à un défi lancé par une théologie hérétique. » Ce symbole est complété en 381, lors du premier concile de Constantinople convoqué par Théodose Ier, empereur de l'empire romain d'Orient, par une précision sur la nature du Saint-Esprit qui rejette le pneumatomachisme. Un décret exige de tous les sujets de Constantinople qu'ils souscrivent à la croyance en la Trinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Cet édit définit l'orthodoxie chrétienne et met fin à un grand et vif débat sur la nature de Dieu ; toutes les autres conceptions sont désormais déclarées hérétiques (« "haeretici dogmatis" »). Si ces conciles ont un rôle de normalisation de la foi chrétienne, ils changent aussi le visage de la chrétienté en légitimant la centralisation du pouvoir ecclésiastique organisé par le pouvoir impérial. Quiconque professe une théologie hérétique pèche contre l’unité de l’Église et devient passible d’anathème ou d'excommunication. Dans la pratique, la lutte contre les hérésies revêt plusieurs formes, rarement violentes, du moins au début. Les plus communes sont la catéchèse, la prédication notamment au cours des messes, et souvent l'argumentation et la « disputation ». L'hérésiologie trouve sa synthèse au début du chez Épiphane de Salamine et son généalogique "Panarion", « remèdes contre le poison de l’hérésie » et chez Théodoret de Cyr, plus dogmatique, et son "Histoire des hérésies" ("Haereticarum fabularum compendium"). Sous la dynastie théodosienne, l'hérésie est combattue au nom d'une orthodoxie impériale qui revendique l'autorité et veut maintenir le consensus religieux. Elle se définit et est condamnée dans un corpus juridique et théorique qui l'affilie au crime ("scelus") et au sacrilège ("sacrilegium"). C'est sur cette tradition que s'appuie le pouvoir carolingien pour condamner et réprimer les dissidences religieuses qui sont pour les pouvoirs publics autant de crime de lèse-majesté. Avec le pélagianisme, théorisé par Julien d'Éclane et dénoncé dès le début du par Augustin d'Hippone, l'Occident connaît sa première doctrine jugée comme hérétique par les grands conciles œcuméniques, doctrine qui devait connaître une grande fortune tout au long du Moyen Âge. Cependant, au Haut Moyen Âge, exception faite du mouvement adoptianiste de la péninsule ibérique contrôlée par les Omeyyades et d'un Élipand de Tolède, de l'hérésie félicienne de Félix d'Urgell et du saxon Gottschalk d'Orbais, partisan d'une prédestination totale, les hérétiques identifiés et reconnus comme tels sont très rares dans les sources. De l'an mil au. En Occident, les sont une période de vigilance accrue à l'égard de l'hérésie, marquée par des combats plus violents, plus centralisés et par prolifération de traités antihérétiques. Dans « une société persécutrice », selon la formule de l'historien Robert Moore, l'erreur doctrinale est de plus en plus criminalisée et taxée d'hérésie. La réforme grégorienne, en mettant l'accent sur la supériorité du spirituel par rapport au temporel, suscite dans de nombreuses régions un anticléricalisme virulent qui favorise la recrudescence des hérésies, les laïcs étant notamment sensibles aux discours dénonçant l'enrichissement du clergé à leur détriment, l'indignité morale des clercs ou l'insuffisance de leur zèle pastoral. Ainsi, les adversaires désignés comme hérétiques étaient le plus souvent animés par le désir de réformer en profondeur l'institution ecclésiastique, de la ramener à ses valeurs premières, au premier rang desquelles la pauvreté, en vue du salut. C'est ainsi le cas des mouvements vaudois ou dolcinien. Après le , les mouvements religieux prônant la pauvreté volontaire devaient systématiquement être condamnés pour hérésie, étant perçus comme une menace à l'ordre social. Au , les dissidences religieuses sont empreintes d'un refus de la matérialité (procréation, Incarnation, nourriture carnée), de l'inégalité matérielle et de pratique considérées comme idolâtres. Elles témoignent d'une même anxiété et d'une quête de pureté matérielle et ecclésiale face aux troubles du temps, aux transformations de la société médiévale et à l'affirmation, parfois brutale, de la féodalité. Au-delà, les hérétiques sont ceux qui prétendent pouvoir parvenir à la connaissance de la vérité religieuse de leur propre chef sans une soumission fidèle aux enseignements de l'Écriture ou de l'autorité ecclésiale. Cependant l'Église les qualifie d'hérétiques, en référence à la littérature hérésiologique des premiers siècles, qui visait des systèmes d'un tout autre ordre. Ainsi l'hérésie d'Orléans en 1022 implique l'élite cléricale orléanaise. Ils sont brûlés comme hérétiques sur ordre de Robert le Pieux, ce qui en fait le premier bûcher de la chrétienté médiévale. Tant par la sévérité du châtiment que par la qualité intellectuelle des accusés, l'affaire d'Orléans, procès d'une « hérésie savante », est un cas singulier au sein du « printemps des hérésies » que semble constituer le . Du milieu du jusqu'à la deuxième décennie du , période marquée par un grand nombre de réformes d'inspiration apostolique, on ne compte que peu de manifestations proprement hérétiques en Occident, ce qui a conduit à penser à un véritable « vide » hérétique. C'est à la faveur de ces réformes multiples que naît le mouvement de la Pataria au sein du clergé milanais avant de s'étendre au petit peuple urbain italien puis français et néerlandais. Ce mouvement diffus qui refuse les sacrements délivrés par des clercs corrompus ou indignes, glisse progressivement vers l'hérésie avant de s'affirmer comme une hétérodoxie majeure avec Pierre de Bruys, Henri de Lausanne et Arnaud de Brescia. Ces contestations du clergé s'accompagnent souvent d'une remise en cause ecclésiologique, d'une négation de certains sacrements, à commencer par le baptême des enfants et d'une affirmation de la seule autorité de l'Evangile. Chez Brescia, la condamnation des possessions terrestres du clergé devait marquer par son évangélisme radical les mouvements des Pauvres lombards et des Pauvres de Lyon. Dès le milieu du , Bonn et Cologne, puis Liège sont les foyers d'un mouvement hérétique radical, connu dans l'historiographie sous le nom d'hérétiques rhénans, qui reprennent les thèmes du siècle en prônant pauvreté volontaire, refus des biens matériels, mépris des sacrements et de la hiérarchie ecclésiale. Dans le même temps, les sources font état de constitution d'hétérodoxies dualistes ou néomanichéennes, plus structurées, du Milanais jusqu'au Languedoc, qui devaient donner naissance au mouvement albigeois. Durant le dernier quart du siècle, c'est l'hérésie développée par Pierre Valdès à Lyon qui inquiète très sérieusement la curie romaine. En 1184, le pape Lucius III réunit conjointement avec l'empereur un concile qui condamne les hérésies nouvelles - « Cathares et Patarins et ceux qui se considèrent Humbles ou Pauvres de Lyon » - et toutes formes de prédications n'ayant pas été reconnues par l'autorité romaine. Une inquisition d'une grande rigueur mais circonscrite à la législation des évêques et confiée au bras séculier est instituée par la bulle "Ad abolendam". C'est dans le Languedoc que la papauté, en la personne d'Innocent III, décide d'organiser une intervention militaire d'ampleur contre l'hérésie en 1209. La lutte contre l'hérésie au. Dès 1199, la papauté développe un nouvel arsenal juridique pour lutter contre les hérésies. Dans sa bulle pontificale , Innocent III assimile l’ à un crime de lèse-majesté, concept romain redécouvert à cette époque par les autorités laïques. En 1205, condamne ceux qui viennent au secours des hérétiques, leur interdisant de fait l'assistance d’un avocat, voire de témoins à décharge. La procédure inquisitoriale, destinée à la répression de tous les crimes et non des seules hérésies, est complétée et codifiée par une série de décrétales dont (1199) et (1206). Toutes les dispositions relatives à la procédure inquisitoriale seront reprises et mises en ordre en novembre 1215 à l’occasion du concile du Latran, au , lui aussi nommé . cherche à mieux contrôler le clergé, de manière à mettre fin aux critiques adressées à certains de ses membres. Il s’appuie sur les cisterciens pour lutter contre l’hérésie cathare. Il désigne parmi eux ses légats avec pleine autorité sur les évêques en la matière. Leur action est plutôt inefficace. En 1208, le meurtre de l’un d’entre eux, Pierre de Castelnau, permet au pape de lancer la croisade contre les albigeois, à laquelle il avait appelé à plusieurs reprises depuis 1204. Il est ainsi à l’origine d’une guerre particulièrement violente contre les anticléricaux et évangélistes du Midi de l’actuelle France, déclarés hérétiques. En 1231, les peines pour hérésie sont définies par le pape Grégoire IX dans sa constitution"Excommunicamus" et l'Inquisition y est instituée et généralisée. Cette institution ecclésiastique d'exception et permanente, munie de pouvoirs d'enquête ("inquisitio") et de jugement, soustrait les laïques à la justice séculière pour les causes d’hérésie. Elle est confiée aux ordres mendiants dominicains mais aussi franciscains. Dès lors, les prétendus hérétiques peuvent devenir les cibles d'une persécution judiciaire, si une autorité religieuse ou séculière, sur dénonciation des « mauvais bruits » ("mala fama")” reportés par un juge supérieur, sont dignes de constituer une procédure de mise en accusation ("inquisitio veritatis") à l'encontre d'un individu ou d'un groupe. Aux , après instruction de l’enquête, si le cas d’hérésie est avéré, le juge rappelle le dogme et demande solennellement à l’accusé d’y adhérer par une profession de foi. Si l’accusé accepte de se rétracter, il est condamné à une simple pénitence, sous forme d’actes de dévotion et de charité ou d’un pèlerinage, sauf s’il s'est rendu coupable de conversions à sa doctrine ; dans ce cas, il encourt l’« emmurement », c'est-à-dire la prison, peine exécutée par les autorités séculières. En cas de refus, il est excommunié et donc voué à la damnation éternelle. Le bûcher ne vaut qu’en cas de relaps, c'est-à-dire si l'accusé s’est rétracté au cours d’un jugement précédent mais recommence à professer sa doctrine. L'accusation d'hérésie peut à l'occasion être instrumentalisée par les pouvoirs laïcs, comme c'est manifestement le cas lors du procès des Templiers organisé par Philippe IV dans son conflit avec la papauté dans les premières années du . Au début du , toute la chrétienté est ébranlée par un profond débat sur la pauvreté de l'Église. Suscité par la querelle des spirituels chez les franciscains, il provoque un déchirement en leur sein même, l'ordre des Frères mineurs se divisant entre conventuels et spirituels. Le conflit s'accentue après 1274 lors de la reconnaissance de l'ordre, face à l'hostilité de la papauté envers les spirituels et leur pratique intransigeante de la pauvreté évangélique et leur refus de toute forme de propriété. Du courant des spirituels émerge le mouvement dissident des Fraticelles très influencés par le millénarisme de Joachim de Flore et susceptibles de contester l'autorité d'une hiérarchie accusée d'être indigne de l'idéal évangélique. Ils sont poursuivis et déclarés hérétiques dès 1311 par la bulle "Cum inter nonnullos" qui rejette comme hérétiques les thèses affirmant que le Christ et ses apôtres n'ont jamais rien possédé, ni en propre ni en commun. Les bulles du 30 décembre 1317 et du 23 janvier 1318, confirment leur excommunication. Benoît XII renouvèle la condamnation des Fraticelles en 1336. Désormais persécutés, ils se maintiennent cependant à Naples, en Sicile et en Arménie jusqu'au dernier quart du XVe siècle. Les hérésies à l'époque moderne. Tout au long du , les autorités politiques et religieuses sont conscientes de la vigueur de l'hérésie anciennes et nouvelles nées d'une forte intériorité du sentiment religieux. Ainsi dans le monde anglais la persistance d'un lollardisme tardif et l'émergence du wycliffisme impose une de répression suivie et systématique. Au , avec le déploiement d'une l'Inquisition d'État en Espagne et à Rome, l'essor de la Réforme et le succès du principe « "cujus regio, ejus religio" », les dynamiques de la dissidence sont considérablement modifiées. Dans le royaume de France, la répression de l'hérésie devient pour bonne part l'affaire du pouvoir temporel, qui s'y exerce avec une ardeur gallicane. L'édit de Compiègne (1557) est sans appel pour la plupart des manifestations d'hérésie, passibles de peine de mort et même d'exécutions sommaires. Dans le catholicisme. Au , le "Catéchisme de l'Église catholique" la définit comme « la négation obstinée, après la réception du baptême, d’une vérité qui doit être crue de foi divine et catholique, ou le doute obstiné sur cette vérité ». Islam. Contrairement au christianisme, l'islam n'a jamais eu une seule autorité d'enseignement dogmatique servant de référence à la majorité des croyants. Les concepts d'orthodoxie, d'hétérodoxie et d'hérésie, qui sont apparus dans le monde chrétien, ne s'appliquent que partiellement et de manière très relative à l'Islam. Il existe une doctrine que l'on peut qualifier de majoritaire, le sunnisme, qui prétend être la " conception correcte " en matière de religion et qui condamne les autres doctrines comme étant infidèles ("kufr"), déviantes ("zandaqa") ou novatrices ("bidʻah"). Cependant, les différentes tendances minoritaires n'ont pas toutes été assimilées ou rejetées et ont pu définir leur propre personnalité. Le mot arabe proche de la notion d'hérésie est "bidâa", c'est-à-dire « innovation ». Un hadith jugé authentique met en garde les musulmans contre toute forme d'« innovation ». Toutefois, cette notion diffère selon les écoles, mais de façon générale, la signification de "bidâa" tend vers le superflu, vers ce qui n'existait pas au temps du Prophète. Le Coran étant la première source de la jurisprudence islamique, il est commun de trouver plusieurs interprétations d'un même texte à partir des clarifications tirées de la parole et de la tradition du Prophète. L'islam est donc riche en courants divergents (sunnites, chiites, ibadites, druzes…), dont chacun peut être considéré comme hérétique ou véridique par d'autres. Ces courants ont été à l'origine de nombreuses entités étatiques prolongeant les conflits théologiques par des conflits politico-militaires (Almoravides et Almohades, Proche et Moyen-Orient moderne). Le penseur indien Ali Asghar Engineer écrit dans son livre "À propos de la méthodologie d'interprétation du Coran" : Asghar Ali Engineer plaide pour que chaque génération se voie reconnu le droit d'interpréter le Coran avec son propre éclairage, à la lumière de ses propres expériences. Kufr. La charte nommée « Constitution de Médine » définit le "kufr" ou « récalcitrant », qui est exclu des garanties de sécurité et d'assistance prévues par ce texte. Entre autres, il ne peut exercer la vengeance selon la loi du Talion. La raison invoquée est que le "kâfir" ne se fie ni à Dieu, ni à Mahomet. La charte indique également une exception : Toutefois, le document ne désigne jamais ces Juifs alliés de leur nom propre de tribu, mais seulement par leur relation aux tribus affidées et manifeste une vigilance méticuleuse à leur égard. Au , les Juifs de Yathrib faisaient l'objet de discussions et polémiques plutôt que d'un accord tranquille. Zandaqa. Le terme arabe "zindīq" est un mot emprunté du moyen-persan "zandik 𐭦𐭭𐭣𐭩𐭪", un terme zoroastrien d'étymologie et de signification incertaines (). Zindīq (زنديق) ou Zandik (𐭦𐭭𐭣𐭩𐭪) était initialement utilisé pour désigner péjorativement les adeptes de la religion manichéiste dans l'Empire sassanide, alors de religion zoroastrienne. Cependant, au siècle sous les Abbassides, la signification du mot "zindīq" et de l'adjectival "zandaqa" s'était élargie et pouvait dénoter de nombreuses choses: les dualistes gnostiques ainsi que les adeptes du manichéisme, des agnostiques et des athées. Ont été condamnés sous ce chef d'accusation Ibn al-Muqaffa (mort en 760), Bashâr Ibn Burd (mort en 785), Abu Nuwâs (mort en 810), Al Mutanabbi (mort en 965), Abu Mansur al-Hallaj (858-922), dont la vie et la passion sont contées par Louis Massignon, Abu-l-Ala al-Maari (mort en 1057), Al Suhrawardi (1154-1191), ainsi que plusieurs oulémas, dont le fondateur de la charia, Ibn Hanbal, mort en 855 quand le calife Al-Ma’mūn (813-833) instaura le motazilisme comme religion d'État. Fitna. La "fitna" signifie « ce qui leurre ta vision et t'entraîne dans la confusion » (la beauté, une idée...) : elle signifie la « beauté avec désordre et confusion » ; elle est « l'innovation dans les instructions religieuses » ; elle est « ce qui est condamnable ». Dans l'islam, des savants ont été condamnés pour hérésie, comme Averroès, exposé et humilié à Cordoue, puis exilé.
Hétérodoxie Le terme « hétérodoxe » vient du grec ἕτερος "héteros" (autre) et δόξα "dóxa" (opinion). Au sens littéral, il signifie donc « qui pense d'une autre manière (que la manière habituelle, dominante) ». C'est dans le domaine de la religion, en particulier dans le christianisme, que le mot « hétérodoxe » prend un sens déterminant. Mais lorsque le monde occidental se sécularise, il s'applique à différents domaines de la vie publique. Christianisme. La notion d'hétérodoxie, proche de celle d'hérésie, apparaît à chaque crise dogmatique. Le cas se présente tout au long de l'histoire du christianisme. Ces moments critiques conduisent à la pratique de conciles métropolitains puis à la construction du canon biblique. Économie. Le monde s'étant peu à peu sécularisé à partir de la Renaissance, l'économie joue un rôle majeur dans les sociétés modernes, principalement depuis les théories d'Adam Smith. L'idée qu'il existerait "a priori" une bonne façon de gouverner contribue alors à développer une orthodoxie dans le champ des sciences économiques, ce qui ne tarde pas à provoquer, par compensation, une hétérodoxie.
Hitachi , littéralement « Lever de soleil » en japonais, est une entreprise japonaise d'électronique ayant son siège à Chiyoda-ku, Tokyo. Histoire. Hitachi a été fondée en 1910 par l'ingénieur électricien Namihei Odaira. Le premier produit de la société était un moteur électrique à induction de cinq chevaux, le premier au Japon. Il était initialement développé pour une utilisation dans les mines de cuivre. La société d'Odaira est rapidement devenue le chef de file national dans les moteurs électriques et les infrastructures de l'industrie de l'énergie électrique. La société commença comme un sous-traitant de la société minière de Fusanosuke Kuhara. Hitachi provient de la superposition de deux caractères kanji : "hi" qui signifie « soleil » et "tachi" signifie « se lever ». Hitachi déplaça son siège à Tokyo en 1918. Hitachi America a été créée en 1959 et Hitachi Europe en 1982. Comme pour la plupart des grandes entreprises japonaises des années 1990, ses secteurs d'activités sont très variés. Elle produit notamment des puces magnétiques avec polarités inversées, des disques durs, des appareils électroménagers, des ascenseurs, des téléviseurs, des climatisations, des équipements pour les centrales nucléaires, mais aussi des pelleteuses. Hitachi est également actif dans le domaine ferroviaire avec Hitachi Rail. Histoire récente. En 2007, le groupe a racheté le fabricant de matériel haute-fidélité automobile Clarion, étendant ainsi son empire au domaine automobile. Le , Western Digital annonce le rachat des activités de conception et fabrication d'espace de stockage d'Hitachi pour la somme de  de dollars. Le , Sony annonce un accord avec Hitachi, Toshiba et INCJ portant sur la mutualisation des moyens de productions de dalles LCD de petites et moyennes tailles sous la forme d'une nouvelle entreprise appelée Japan Display. Le , Hitachi annonce le rachat de l'entreprise  appartenant aux entreprises énergétiques E.ON et RWE, pour  de livres ( d'euros), bouclé le . Horizon Nuclear Power est une entreprise travaillant sur plusieurs projets de centrales nucléaires au Royaume-Uni, sur le site de la centrale nucléaire d'Oldbury et sur celui de la centrale nucléaire de Wylfa. Le , Hitachi et Mitsubishi Heavy Industries annoncent la fusion de leurs activités dans la production d'énergie thermique, fusion qui devrait s'achever au début de l'année 2014 ; cette filiale devrait engendrer un chiffre d’affaires de 1,5 milliard de yens, soit 18,3 millions de dollars. Mitsubishi Heavy Industries possèdera 65 % du nouvel ensemble et Hitachi 35 %. Le , Hitachi rachète pour 810 millions d'euros les participations de l'italien Finmeccanica dans deux entreprises : 100 % du fabricant de trains Ansaldo Breda, et 40 % de l'équipementier ferroviaire (signalisation) Ansaldo STS. Hitachi devrait par la suite faire une offre de reprise sur l'ensemble des participations de Ansaldo STS pour un coût d'environ 1,86 milliard d'euros. Le nouveau groupe est rebaptisé Hitachi Rail Italy. En , Johnson Controls et Hitachi Appliances annoncent leur décision de regrouper leurs activités mondiales de climatisation pour créer une société conjointe contrôlée à 60 % par Johnson Controls, et qui possédera les activités mondiales de climatisation de Hitachi. Hitachi Appliances représente plus de 300 milliards de yens de chiffre d’affaires (environ 2,6 milliards de dollars) pour son activité de climatisation. En , Hitachi annonce la vente Hitachi Koki, filiale spécialisée dans les outils électriques de bricolages, au fond KKR, pour 1,3 milliard de dollars. En avril 2017, Hitachi annonce l'acquisition des activités américaines et asiatiques de Sullair pour 1,13 milliard d'euros à Accudyne Industries. En , Faurecia annonce l'acquisition de Clarion, filiale d'Hitachi, pour 1,3 milliard de dollars. En décembre 2018, ABB annonce céder une participation de 80 % de son activité dans les réseaux électriques à Hitachi pour 7,7 milliards de dollars. En , Hitachi fusionne sa filiale Hitachi Automotive Systems avec Keihin, Showa Corporation et Nissin Kogyo, trois entreprises détenus au moins en partie par Honda, à la suite de cette opération Hitachi possèdera 66 % du nouvel ensemble et Honda 33%. En décembre 2019, Hitachi annonce la vente d'une participation de 51 % dans sa filiale spécialisée dans la chimie, notamment de matériaux pour l'industrie électronique, à Showa Denko pour environ 4,5 milliards de dollars d'imagerie médicale. En parallèle, Hitachi annonce la vente de sa filiale spécialisée dans l'imagerie médicale à Fujifilm pour 1,7 milliard de dollars. En décembre 2020, Hitachi annonce la cession au printemps 2021 de 60 % des parts de son activité électroménager à l'international au turc Arçelik, pour environ de dollars. Hors Japon, Hitachi vend ses produits électroménagers principalement en Asie du Sud-Est et au Moyen-Orient. Avec cette alliance, la co-entreprise compte renforcer son activité électroménager en Europe, en Afrique et dans le sous-continent indien. En , Hitachi annonce l'acquisition de GlobalLogic, une entreprise américaine de logiciel ayant 20 000 salariés, pour 9,6 milliards de dollars, reprise de dettes comprise. En avril 2021, Hitachi annonce la vente de sa participation de 53 % dans sa filiale Hitachi Metals, acquit par un consortium mené par le fonds d'investissement Bain Capital rachetant l'intégralité d'Hitachi Metals pour 7,5 milliards de dollars. En , Hitachi annonce la vente de sa participation de 51 % dans Hitachi Construction Machinery pour 1,7 milliard de dollars.. Sur le total, 26 % seront vendus à une coentreprise entre la maison de commerce Itochu Corp. et le fonds d’investissement Japan Industrial Partners Inc. En avril 2022, Hitachi annonce la vente d'une participation de 40 % dans Hitachi Transport System au fonds d'investissement KRR, pour 1,6 milliard de dollars ne gardant qu'une participation de 10 % dans Hitachi Transport System. Actionnaires. Liste des principaux actionnaires au . Sites de production en Europe. Hitachi possède une usine à Roßwein en Allemagne qui produit des pompes à injection pour l'automobile. En 2009, Hitachi ferme son usine d'assemblage de téléviseurs LCD en République Tchèque ouverte en . 800 salariés ont perdu leur emploi. En , Hitachi annonce la fermeture de son usine d'Ardon (Loiret); l'usine produisait des baies de stockage informatique. La production s'est arrêtée en décembre 2016. En juin 2020, Hitachi Construction Machinery Europe annonce la fermeture de son usine de Oosterhout aux Pays-Bas qui produit des mini-pelles. 115 emplois sont menacés, une partie de l'activité devrait être transférée sur le site d'Amsterdam. Affaires judiciaires. En janvier 2016, Hitachi écope avec Mitsubishi Electric d'une amende sur décision de la Commission européenne, pour avoir formé un cartel violant les règles de concurrence. En août 2019, le groupe, accusé de pratiques anticoncurrentielles aux États-Unis, annonce avoir conclu un accord avec la justice américaine. Le groupe avait déjà été mis en cause en 2013 dans une affaire similaire, impliquant plusieurs firmes japonaises.
Homo habilis Homo habilis (littéralement « homme "habile" ») est une espèce éteinte du genre "Homo" qui, d'après les fossiles trouvés à ce jour, aurait vécu en Afrique de l'Est il y a entre 2,3 et 1,5 millions d’années environ. Cette espèce a été décrite en 1964 par Louis Leakey, Phillip Tobias et John Napier, à la suite de la découverte en 1960 des premiers fossiles de l'espèce sur le site d'Olduvai en Tanzanie. Compte tenu de sa longévité, "Homo habilis" a apparemment cohabité en Afrique aussi bien avec des espèces d"Australopithèques" et de "Paranthropes", plus primitives, qu'avec son probable descendant "Homo ergaster", plus avancé. Sites de découvertes. Des spécimens d"Homo habilis" ont été découverts en Afrique orientale, notamment sur les sites d'Olduvai en Tanzanie à partir de 1960, de Koobi Fora à l'est du Lac Turkana au Kenya, à partir de 1972, de l'Omo et de la région d'Hadar en Éthiopie. Des restes d"Homo habilis" auraient aussi été trouvés en Afrique du Sud, à Swartkrans, Sterkfontein et Drimolen, sites du « berceau de l'humanité ». Cependant, l'attribution de certains fossiles trouvés en Afrique du Sud est aujourd'hui sujette à débat entre "Homo habilis" et "Homo gautengensis". Il est possible qu"'Homo habilis" soit en fait cantonné à l'Afrique orientale. Principaux fossiles. OH 7. () est le spécimen-type d"Homo habilis", découvert en 1960 dans les gorges d'Olduvai en Tanzanie par Jonathan Leakey, fils de Louis et Mary Leakey. Ces restes fossiles d'un jeune individu mâle surnommé « "" » (« enfant de Johnny ») sont constitués de fragments d'une mandibule, d'une molaire de maxillaire isolée, de deux pariétaux, de doigts et d'os de la main et du poignet. Ces restes fossiles sont âgés de d'années. La découverte et la description de ce spécimen comme une nouvelle espèce d"Homo" a été publiée en 1964 par Louis Leakey, Phillip Tobias et John Napier.<br> La main d' est large, avec un grand pouce et des doigts larges, semblables à ceux des humains, a une capacité de préhension précise. Cependant, contrairement à l'humain moderne, les doigts sont relativement longs et présentent une courbure semblable à celle des chimpanzés. En outre, l'orientation du pouce par rapport aux autres doigts ressemble à l'anatomie des grands singes.<br> La réduction de la mandibule et de la denture post-canine suggère que le régime de "H. habilis" est aussi exigeant sur le plan mécanique que celui des hominines archaïques. Une capacité crânienne de de l'hominidé a été déduite de la taille des os pariétaux, en tenant compte du fait que les fossiles appartenaient à un individu mâle de 12 ou 13 ans. Cette valeur a été extrapolée par Phillip Tobias à si cet individu avait été adulte. Toutefois, d'autres scientifiques ont estimé la capacité crânienne de à . À partir de la reconstruction des pariétaux, le volume endocrânien de est estimé entre 729 et par Fred Spoor et ses collègues. OH 24. OH 24, surnommé « », est un crâne déformé daté d'environ d'années découvert en par Peter Nzube dans les gorges d'Olduvai. Le volume du cerveau est d'un peu moins de . Une réduction de l'avancement de la face (prognathisme) se constate par rapport à celle d'australopithèques plus primitifs. OH 62. Un ensemble de restes fossiles (OH 62) a été découvert par Tim White dans les mêmes gorges d'Olduvaï en 1986. OH 62 comprend les fragments de maxillaire, calvarium, mandibule, et les fragments de membres supérieurs et inférieurs, en particulier d'humérus et de fémur. L'âge estimé d' est compris entre et d'années. L'étude des proportions du fémur et de l'humérus de cet individu a permis de conclure que la locomotion d"Homo habilis", encore adaptée à la vie arboricole, diffère en cela de lignées humaines plus modernes, telles "Homo ergaster". KNM-ER 1805. KNM-ER 1805 a été mis au jour par Paul Abell en 1973 à Koobi Fora, au Kenya. Les restes fossiles de cet individu adulte sont constitués d'un crâne, d'un maxillaire et d'une mandibule et sont âgés de d'années environ. La capacité crânienne est de . KNM-ER 1813. KNM-ER 1813 est le crâne relativement complet d'un individu adulte daté de d'années. Il a été découvert à Koobi Fora, au Kenya par Kamoya Kimeu en 1973. La capacité crânienne est de , plus faible que celle des autres "Homo habilis", en dessous de la limite de communément admise pour le genre "Homo", ce qui a conduit certains auteurs à classer ces restes fossiles comme ceux d"Australopithecus africanus", bien que la morphologie du crâne soit différente de celle de cette dernière espèce. AL 666-1. L'os maxillaire AL 666-1 provient d'Hadar en Éthiopie et son âge a été estimé à d'années. Son appartenance au genre "Homo" est reconnue, mais si ce fossile présente des affinités avec "Homo habilis" ("Homo" aff. "habilis"), et notamment aux spécimens et d'Olduvai, il n'est pas toutefois formellement attribué à cette espèce, et l'étude menée par Fred Spoor et ses collègues en 2015 sur la mandibule de exclut que soit de l'espèce "Homo habilis". Morphologie. Les sujets masculins mesurent de 1,30 à et pèsent de 35 à .<br> L’espèce présente un fort dimorphisme sexuel, les femelles étant beaucoup plus petites que les mâles. "Homo habilis" maitrisait la bipédie permanente, même si celle-ci n'apparaît pas avec lui, car elle est déjà présente chez l"Australopithèque". En revanche, ses membres postérieurs courts n’en faisaient pas un aussi bon marcheur que les espèces d"Homo" ultérieures. Son squelette post-crânien n'a pas encore atteint la complète extension que l'on trouve chez Homo ergaster. "Homo habilis" a une capacité crânienne encore peu développée, comprise entre 550 et (contre 400 à chez les Australopithèques, et 400 à chez les Paranthropes). L'étude de sa denture montre des canines réduites et des incisives développées, ce qui montre qu’"Homo habilis" était omnivore. Il est probable qu'il ait été charognard plutôt que chasseur. "Homo habilis" et l'outil. "Homo habilis" est contemporain des industries de pierre taillée nommées oldowayennes. Celles-ci comportent des objets simples taillés généralement sur une seule face pour confectionner un outil (galet aménagé) ou pour obtenir des éclats tranchants. Ces outils devaient lui permettre de découper des morceaux de viande ou de casser des os. Mais "Homo habilis" a coexisté avec plusieurs espèces d'Australopithèques et de Paranthropes. Certains chercheurs envisagent que ceux-ci étaient également capables de fabriquer des outils de pierre taillée. La découverte en 2012 de tels outils sur le site de Lomekwi 3 dans la région du lac Turkana au Kenya, datant de , a bouleversé l'hypothèse selon laquelle l'apparition des outils de pierre serait liée à l'émergence du genre "Homo". Paléopathologie. L'étude des restes d'un spécimen d’"Homo habilis" datant de 1,8 million d'années a montré qu'il souffrait d'arthrose et de rhumatismes.
Homo erectus Homo erectus est une espèce éteinte du genre "Homo" dont la définition est controversée. Ses fossiles les plus récents ont été trouvés sur le site de Ngandong, à Java, en Indonésie, où ils sont datés d'environ . Le périmètre morphologique, géographique, et temporel de cette espèce varie fortement selon les auteurs. "Homo erectus" signifie littéralement « homme dressé, droit » en latin : ce nom binominal d'espèce est un héritage historique lié à la description du fossile de "Pithecanthropus erectus" par Eugène Dubois en 1894. Il s'agissait alors de la plus ancienne forme bipède connue d'Hominina, mais elle a été supplantée dès 1924 par la découverte du premier Australopithèque en Afrique du Sud. Définition. L'espèce "Homo erectus" n'a pas de définition consensuelle dans la communauté scientifique. Il existe parmi les chercheurs trois grandes tendances autour de cette appellation. Selon la première, "Homo erectus" rassemble la plupart des fossiles africains et asiatiques connus depuis environ 2 millions d'années et qui présentent une forme plus ou moins intermédiaire entre "Homo habilis" et "Homo heidelbergensis". Plusieurs appellations modernes seraient alors à considérer comme des synonymes, comme des formes ancestrales, ou comme des variétés locales de la même espèce. Cette première école est constituée d'auteurs réticents à trop subdiviser le genre "Homo", et on y trouve notamment de nombreux chercheurs américains. Une deuxième école considère qu"Homo ergaster" et "Homo georgicus", voire "Homo gautengensis", sont des appellations valides et représentent des formes humaines plus anciennes qu"'Homo erectus". Le périmètre de cette dernière appellation n'engloberait alors que les fossiles africains datés entre environ 1,5 million et et la plupart des fossiles asiatiques de plus de , en raison des ressemblances morphologiques constatées entre les spécimens d'âge intermédiaire trouvés sur les deux continents. Pour une troisième école, les fossiles asiatiques devraient être classés dans leur propre groupe, sous le nom d"Homo erectus", dans la mesure où une divergence phylogénétique présumée devrait être sanctionnée par des appellations distinctes, même si elle n'apparait pas clairement dans la morphologie. De plus, une subdivision poussée du genre "Homo" aide à y voir plus clair entre les différentes formes et permet de proposer des analyses plus précises. On trouve notamment dans cette troisième tendance l'équipe de chercheurs français du Musée de l'Homme, à Paris. Pour se comprendre et réconcilier autant que faire se peut les différents points de vue, les chercheurs emploient souvent les expressions "Homo erectus sensu lato" (au sens large) et "Homo erectus sensu stricto" (au sens strict). Pour éviter de surcharger le présent article, seuls sont listés en fin de page les fossiles asiatiques, les autres fossiles de l'appellation prise au sens large étant présentés dans les articles consacrés aux autres espèces humaines. Historique. "Homo erectus" est né du regroupement d'un certain nombre de variantes régionales qui avaient été considérées comme des espèces distinctes à l'origine, dont le Pithécanthrope (Java) et le Sinanthrope (Chine). Ces différentes formes ont été réattribuées au genre "Homo" et regroupées sous la dénomination d"'Homo erectus" dans les années 1960. À la recherche du Pithécanthrope. Peu après la publication des travaux de Charles Darwin, notamment de "L'Origine des espèces" en 1859, le biologiste et philosophe allemand Ernst Haeckel proposa un arbre généalogique théorique de l’homme, dans lequel il faisait apparaitre un « chainon manquant », un être intermédiaire entre le singe et l’homme. Dans son ouvrage "L’Histoire de la création naturelle" paru en 1868, il nomma cette créature hypothétique "Pithecanthropus alalus". Le nom de genre était formé à partir des racines grecques "πίθηκος", "píthēkos", « grand singe » et "ἄνθρωπος", "anthropos", « homme ». Le nom d’espèce était formé sur le préfixe privatif « a- » et le / , « parler » : l’absence de langage articulé était en effet considérée comme l’une des caractéristiques nécessaires du Pithécanthrope. Le médecin anatomiste néerlandais Eugène Dubois, passionné par les nouvelles théories relatives à l’origine de l’homme, entreprit de rechercher les fossiles prouvant l’existence du Pithécanthrope, que Haeckel imaginait originaire d'Asie. Pour cela, il s’engagea comme médecin militaire dans l’armée des Indes orientales néerlandaises. Nommé en 1887 à Sumatra, en Indonésie, il s’y rendit convaincu qu’il trouverait sous les tropiques les traces d’un être intermédiaire entre l’homme et les grands singes. Après quelques années de recherches infructueuses à Sumatra, la découverte de l'Homme de Wajak en 1888 dans l'est de l'île de Java l'incita à se rendre à Java où il entreprit de fouiller les dépôts alluviaux du fleuve Solo, à Trinil, assisté de deux ingénieurs et d’un groupe de prisonniers condamnés aux travaux forcés. En 1890, il découvrit un premier fragment de mandibule. En 1891, il découvrit une molaire supérieure droite (Trinil 1) et une calotte crânienne très particulière (Trinil 2), présentant des caractéristiques qu’il considéra comme intermédiaires entre les grands singes et l’homme. En aout 1892, il exhuma sur le même site un fémur portant une excroissance pathologique (Trinil 3) mais très proche d’un fémur d"'Homo sapiens", appartenant incontestablement à un être parfaitement bipède, ainsi qu'une deuxième molaire (Trinil 4). En 1894, Dubois décrivit ces différents fossiles comme les restes d’une espèce inconnue jusqu’alors, "Pithecanthropus erectus", le « singe-homme érigé ». La publication d’Eugène Dubois fut accueillie avec scepticisme. Seul l'Homme de Néandertal était alors connu, et ses rares fossiles, tout comme ceux de l’Homme de Cro-Magnon, suscitaient encore de nombreux débats. La plupart des spécialistes de l'époque doutaient du caractère humain de la calotte crânienne de Java et surtout de son association avec le fémur. Le doute a depuis été levé sur la calotte crânienne (Trinil 2) : elle a bien été mise au jour dans des niveaux sédimentaires anciens et représente bien une espèce humaine archaïque. En revanche, le fémur et les deux dents restent discutés. En 1898 et 1900, alors qu'Eugène Dubois était rentré en Europe, son équipe mit au jour d'autres fossiles humains sur le site de Trinil, une dent et des diaphyses de fémurs, notés Trinil 5 à 8 et rattachés à la même espèce. La découverte du Sinanthrope. Le premier fossile de Sinanthrope, une dent isolée, fut découvert en 1921 par le paléontologue autrichien Otto Zdansky dans une grotte effondrée de Zhoukoudian, près de Pékin, en Chine. Otto Zdansky et le géologue suédois Johan Gunnar Andersson trouvèrent au cours des années suivantes d'autres molaires humaines fossiles, qu'Andersson décrivit en 1926. En 1927, le médecin anatomiste canadien Davidson Black publia une seconde description des fossiles découverts par Andersson et Zdansky, qu'il attribua à une nouvelle espèce, "Sinanthropus pekinensis". Davidson Black reçut l'aide de la Fondation Rockefeller et fouilla le site jusqu'à sa mort en 1934. En , le jeune géologue chinois Pei Wenzhong découvrit la première calotte crânienne, celle d'un adolescent. À partir de ce moment, l'existence de l'Homme de Pékin commença à être reconnue. Pierre Teilhard de Chardin, paléontologue spécialiste des mammifères tertiaires d'Asie, se vit confier par le "Geological Survey of China" (GSC) la supervision du chantier de fouilles de Zhoukoudian pour la géologie et l'étude de la faune. Les fouilleurs et chercheurs chinois récoltèrent progressivement un nombre important de fragments fossiles humains. En 1937, le laboratoire du Cénozoïque, créé à cette occasion par le GSC, avait récolté en tout 14 crânes partiels, 11 fragments de mandibules, 117 dents, et 15 fragments de fémurs. C'était la première fois qu'autant de restes d'une même espèce humaine disparue et aussi ancienne étaient collectés en stratigraphie. L'étude paléoenvironnementale des remplissages et l'étude anatomique des fossiles, réalisées avec les moyens les plus modernes de l'époque, devinrent des références pour la science préhistorique. La guerre avait commencé entre Chine et Japon, et les fouilles durent s'arrêter en 1937, pour préserver la sécurité des chercheurs. En 1941, devant l'avancée des troupes japonaises vers Pékin, les fossiles furent placés dans deux grandes caisses et partirent par voie de chemin de fer en direction d'un port vers les États-Unis. Ils n'y arriveront jamais, occasionnant une grave perte pour la paléoanthropologie. Le médecin anatomiste allemand Franz Weidenreich, successeur de Davidson Black sur le site, avait cependant procédé à une description écrite minutieuse et détaillée de chacun des fossiles découverts, qui fut préservée et sert toujours aujourd'hui de référence pour l'étude de l'Homme de Pékin. La communauté scientifique accueillit d'abord avec réserve la découverte de l'Homme de Pékin, comme lors des précédentes découvertes de l'Homme de Néandertal et du Pithécanthrope. Puis les esprits commencèrent à se faire à l'idée de l'existence d'une forme humaine plus ancienne et plus archaïque que l'Homme de Néandertal. Le fait que l'Homme puisse avoir une histoire ancienne commençait à être plus largement accepté. L'émergence d'Homo erectus. En 1939, le paléontologue germano-néerlandais Gustav von Koenigswald apporta plusieurs spécimens fossiles humains javanais à Franz Weidenreich, qui travaillait sur l'Homme de Pékin, en Chine. La comparaison des fossiles javanais avec ceux de l'Homme de Pékin, ou "Sinanthropus pekinensis", trouvés sur le site chinois de Zhoukoudian, les amena à conclure que les morphologies étaient très proches. Ils décidèrent alors d'abandonner le genre "Sinanthrope", créé par Davidson Black en 1927, en ramenant tous les fossiles chinois au genre de création antérieure "Pithécanthrope". En 1950, le biologiste germano-américain Ernst Mayr proposa de remplacer le genre "Pithécanthrope", ainsi que la plupart des genres paléoanthropologiques divers créés jusque là, par le seul genre "Homo", en affirmant l'appartenance de tous les fossiles connus à un genre unique, et des fossiles d'une même période à une même espèce. Il obtint dans les années 1960 un consensus scientifique sur ce changement général de dénominations, avant que la tendance s'inverse dans les décennies suivantes. L'appellation "Pithécanthrope" n'a plus aujourd'hui qu'une valeur historique. Afrique et Asie. À partir de 1960, les paléoanthropologues découvrirent des fossiles humains encore plus anciens en Afrique de l'Est, avec le premier fossile d"Homo habilis" trouvé en 1960 (décrit et nommé en 1964), et le premier fossile reconnu d"Homo ergaster" trouvé en 1971 (décrit et nommé en 1975). Pendant une trentaine d'années, les fossiles africains d"Homo ergaster" furent connus sous l'appellation d"Homo erectus". En 1991, Bernard Wood, à l'époque à l'université de Liverpool, proposa de désigner sous le nom d"Homo ergaster" le groupe africain de fossiles d’"Homo erectus", plus généraliste et plus primitif que le groupe indonésien et chinois. Dans cette optique, "Homo erectus" était considéré comme exclusivement asiatique. Ce point de vue a été repris par un certain nombre d'auteurs, qui attribuent désormais à "Homo ergaster" tout ou partie des fossiles africains auparavant rattachés à "Homo erectus". "Homo ergaster" pourrait être l’ancêtre d’"Homo erectus" en Asie, d"Homo antecessor" en Europe, et d"Homo rhodesiensis" en Afrique, bien qu'aucune phylogénie ne fasse encore consensus. La paléoanthropologue Amélie Vialet distingue deux morphologies crâniennes différentes sous les appellations "Homo ergaster" et "Homo erectus", qui correspondraient à deux clades distincts. La première correspondrait à des formes africaines et la seconde à des formes asiatiques. Elle attribue notamment le fossile de l'Homme de Kocabaş (une calotte crânienne trouvée en 2002 en Turquie, et datée entre ) au clade africain. Il s'agit d'un des rares fossiles anciens trouvés à ce jour au Moyen-Orient. En 2019, l’équipe de Russel Ciochon (université de l'Iowa) a conclu une décennie de travail de datation des fossiles de Ngandong, à Java, en Indonésie, dont l’ancienneté variait jusque-là selon les études entre . Ils sont finalement datés entre (par l'uranium-thorium, la thermoluminescence, et l'argon-argon), ce qui en fait les "Homo erectus" les plus récents connus. Caractéristiques physiques. "Homo erectus" est une espèce à la fois plus petite et plus robuste qu"Homo sapiens". Son squelette post-crânien est constitué d'os plus volumineux et les os de son crâne sont plus épais. Les principales caractéristiques physiques d"'Homo erectus" sont une mâchoire puissante, un prognathisme marqué, un front assez bas, un chignon occipital, un bourrelet supra-orbitaire sous forme de torus continu, une constriction post-orbitaire fréquente en vue supérieure, une carène sagittale plus ou moins marquée et un crâne en forme de tente en vue postérieure (non-développement des bosses pariétales). "Homo erectus" montre un prognathisme facial marqué, une base du crâne large, une voute crânienne basse dont la plus grande largeur se situe au niveau des crêtes susmastoïdiennes, et un angle occipital particulièrement aigu. Il mesurait entre 1,50 et , pesait entre 45 et et avait une capacité crânienne de . Le paléoanthropologue japonais Yousuke Kaifu distingue deux groupes de fossiles distincts en Asie, le groupe chinois et le groupe javanais, qui pourraient représenter une divergence phylogénétique ancienne au sein de l'espèce (voir liste des principaux fossiles rattachés en fin d'article). Culture et techniques. "Homo erectus" était cueilleur de fruits, de plantes, et de racines, mais aussi charognard et chasseur de petits animaux et de plus gros à l'occasion. En 2023, une étude des rapports Sr/Ca et C/C de l'émail dentaire d"'H. erectus" ayant vécu à Java au Pléistocène inférieur à moyen confirme la diversité de leur régime alimentaire, avec des variations saisonnières peu marquées (un peu plus de végétaux tendres et énergétiques pendant la mousson, un peu plus de plantes coriaces et moins énergétiques pendant la saison sèche). Certains archéologues pensent que l'outillage des "Homo erectus" indonésiens et chinois, relativement pauvre en outils de pierre, devait être complété par un important outillage de bambou, encore très abondamment utilisé dans ces régions. Cette hypothèse reste délicate à tester dans la mesure où le bois ne se fossilise que dans des conditions exceptionnelles. Principaux fossiles asiatiques attribués à l'espèce. Les fossiles africains ou ouest-asiatiques attribués par certains auteurs à "Homo erectus sensu lato" sont présentés dans les articles consacrés aux différentes appellations modernes d'espèces humaines. En Asie orientale, seules l'Indonésie et la Chine ont à ce jour livré des fossiles attribués consensuellement à "Homo erectus sensu stricto". Indonésie. Homme de Java. Homme de Java (Java) Homme de Solo. Homme de Solo (Java) Homme de Sangiran. Homme de Sangiran (Java) Enfant de Mojokerto. Enfant de Mojokerto (Java oriental)
Homo sapiens Homo sapiens, plus communément appelé « homme moderne », « homme », « humain », ou « être humain », est une espèce de primates originaire d'Afrique qui s'est aujourd'hui répandue et naturalisée sur l'ensemble de la planète hormis l'Antarctique. Il appartient à la famille des hominidés et est le seul représentant actuel du genre "Homo", les autres espèces étant éteintes. Les plus anciens fossiles connus de cette espèce, découverts au Maroc, sur le site de Djebel Irhoud, sont datés d'environ . Parmi les hominidés actuels, il se distingue du point de vue physiologique par un mode locomoteur au sol exclusivement bipède, son cerveau plus volumineux et sa pilosité moins développée. Il faut ajouter à ces critères l’existence d’une ménopause chez la femme, rare chez les autres hominidés. Du point de vue de l'éthologie, et par rapport au reste du règne animal, l"'Homo sapiens" se distingue par la complexité de ses relations sociales, l'utilisation d'un langage articulé élaboré transmis par l'apprentissage, la fabrication d'outils, le port de vêtements, la maîtrise du feu, la domestication de nombreuses espèces végétales et animales, ainsi que l'aptitude de son système cognitif à l'abstraction, à l'introspection et à la spiritualité. Certaines de ces caractéristiques étaient partagées par d'autres espèces du genre "Homo". Plus généralement, il se distingue de toute autre espèce animale par l'abondance et la sophistication de ses réalisations techniques et artistiques, l'importance de l'apprentissage et de l'apport culturel dans le développement de l'individu, mais aussi par l'ampleur des transformations qu'il opère sur les écosystèmes. La science qui étudie les êtres humains actuels sous tous leurs aspects est l'anthropologie. Celle qui étudie son évolution est la paléoanthropologie. Étymologie et appellations. L'espèce "Homo sapiens" fut décrite par Carl von Linné en 1758 dans la de son ouvrage "Systema naturae". Deux siècles plus tard, William Thomas Stearn désigna Linné lui-même comme lectotype de l'espèce. Le mot français « Homme » est une évolution du latin , accusatif de (être humain), et peut faire référence à l'espèce "" dans son ensemble (le nominatif a donné en français le pronom indéfini "on"). "Sapiens" est un adjectif latin signifiant « intelligent, sage, raisonnable, prudent », adjectif issu du participe présent du verbe "sapere" signifiant « avoir du goût, de la saveur, du jugement ». "Homo sapiens" est aussi appelé « Homme », « Homme moderne », « humain » ou encore « être humain ». Le mot « homme » désigne aussi le mâle adulte, plus prosaïquement qualifié d'individu de genre masculin. Le terme « femme » pour sa part désigne la femelle adulte. Les termes « garçon » et « fille » désignent respectivement le mâle et la femelle à leur stade infantile ou pubère. « Fils » et « fille » renvoient indifféremment à l'individu jeune ou adulte lorsque l'accent est mis sur la filiation. On emploie aussi le terme « humanité », au singulier, pour désigner l'espèce humaine dans son ensemble. Dans le dernier quart du , l'espèce "Homo sapiens" a parfois été subdivisée en deux sous-espèces, l'Homme moderne dit "Homo sapiens sapiens" et l'Homme de Néandertal dit "Homo sapiens neanderthalensis". Le consensus actuel classe à nouveau les deux groupes humains dans deux espèces séparées, l'Homme de Néandertal étant désormais dit "Homo neanderthalensis", ce qui rend inutile le recours à une dénomination trinominale pour "Homo sapiens". Si à l'avenir une véritable sous-espèce d"'Homo sapiens" est découverte, l'Homme moderne pourra retrouver une dénomination trinominale (avec ou non "sapiens" comme troisième terme). Classification phylogénétique. "Homo sapiens" fait partie, comme toute autre espèce du vivant, de plusieurs groupes emboîtés en cascade, dont chacun est caractérisé par un ou plusieurs caractères dérivés, qui s'ajoutent ou remplacent des caractères ancestraux. Dans la classe des mammifères, l'espèce "" fait partie des : Les grands singes génétiquement les plus proches de l'Homme moderne sont les deux espèces de Chimpanzés : "Pan troglodytes" (le Chimpanzé commun) et "Pan paniscus" (le Bonobo). Le génome de l'Homme moderne (d'une longueur approximative de de paires de nucléotides) ne diffère que de 1,2 % de celui des chimpanzés (soit quand même de paires de nucléotides). Selon la plupart des paléoanthropologues, la divergence entre Hominina et Panina (lignée des chimpanzés) remonterait à au moins d'années. Histoire évolutive. Des "Hominina" au genre Homo. Les plus anciens "Hominina" identifiés à ce jour sont "Sahelanthropus tchadensis", daté de d'années, découvert en 2001 au Tchad, et "Orrorin tugenensis", daté de 6 millions d'années, découvert en 2000 au Kenya. Les Grécopithèques, représentés par deux fossiles datés de plus de d'années pourraient aussi figurer parmi les Hominina. Plus récemment, une nouvelle espèce découverte en 2015, "Danuvius guggenmosi", présente des similarités avec les Hominina ; elle vivait en Allemagne il y a d'années. Le genre Australopithèque, apparu vers d'années en Afrique de l'Est, a formé de nombreuses espèces en Afrique, du Pliocène jusqu'au début du Pléistocène. La découverte de l'australopithèque Lucy en 1974 en Éthiopie, datée de d'années, à la bipédie affirmée mais dotée d'un cerveau de faible volume (seulement légèrement plus gros que celui des chimpanzés), a confirmé, après l'enfant de Taung découvert en 1924 en Afrique du Sud, que la bipédie était de loin plus ancienne que l'augmentation du volume cérébral. Des empreintes de pas fossilisées datant de 3,66 Ma, trouvées à Laetoli en Tanzanie, montrent cependant une bipédie encore archaïque chez les Australopithèques. Il y a près de 3 millions d'années, en réaction à un probable assèchement du climat en Afrique de l'Est, il semble se produire une divergence évolutive, donnant d'un côté les Paranthropes et de l'autre le genre "Homo". La sélection naturelle pourrait avoir joué un rôle significatif par l'adaptation à un couvert végétal de moins en moins arboré. D"Homo habilis" à "Homo sapiens". Le plus ancien fossile attribué au genre "Homo" (découvert en 2013 en Éthiopie et désigné sous le code LD 350-1) est une mandibule fragmentaire datée d'environ d'années. Elle montre des caractères intermédiaires entre les Australopithèques et "Homo habilis". À partir d'environ 2 millions d'années, les fossiles d"'Homo ergaster" attestent d'une bipédie devenue exclusive, avec des membres antérieurs nettement plus courts que les membres postérieurs et la présence d'une voûte plantaire. Les jambes sont plus longues que la hauteur du torse et adaptées à la marche d'endurance et à la course. Des traces de pas comparables à celles de l'Homme moderne et datant de 1,51 à 1,52 million d'années ont notamment été trouvées à Ileret, au Kenya. De manière générale, tout au long de l'évolution humaine, le squelette devient de plus en plus gracile, alors que les Homo archaïques ont des squelettes robustes. L'évolution vers "Homo sapiens" se caractérise par les éléments suivants : L'un des éléments caractérisant le processus évolutif ayant accompagné l'émergence d’"Homo sapiens" serait la néoténie, c'est-à-dire une modification héréditaire du phénotype consistant en une persistance de caractères juvéniles à l'âge adulte. Certaines caractéristiques de la physiologie et de l'éthologie humaine actuelles seraient directement liées à la néoténie. L'enchainement des différentes espèces humaines depuis quelque d'années demeure un sujet de débat chez les spécialistes, faute de fossiles en nombre suffisant qui puissent permettre de proposer une phylogénie consensuelle. Seules les espèces humaines les plus récentes peuvent faire l'objet d'hypothèses sérieuses, notamment grâce aux récentes avancées de la paléogénétique. Caractères spécifiques. Pour les paléoanthropologues, les ossements fossiles du genre "Homo" peuvent être attribués à "Homo sapiens" s'ils présentent un certain nombre de critères distinctifs, dont les plus importants sont un volume endocrânien supérieur à , une face réduite sous la boite crânienne, un angle facial compris entre 82 et (prognathisme faible à nul), un bourrelet sus-orbitaire réduit, et un menton osseux saillant. Le volume cérébral d"'Homo sapiens", qui est en moyenne aujourd'hui chez l'humain moderne de , était plus élevé au Paléolithique supérieur, sans atteindre toutefois le volume cérébral moyen de l'Homme de Néandertal. La réduction du volume global du cerveau se serait accompagnée d'une réorganisation des aires cérébrales aux conséquences plus importantes que la variation du volume brut. Fossiles. Historiquement, les premiers restes fossiles d"Homo sapiens" ont été découverts en 1823 au Pays de Galles : il s'agit de la Dame rouge de Paviland. Puis des restes ont été découverts en 1829 à Engis, en Belgique, dans les grottes Schmerling, en même temps que les premiers restes néandertaliens. Mais dans les deux cas, ils n'ont pas été reconnus lors de leur découverte comme des restes fossiles d"Homo sapiens". C'est Louis Lartet qui, en mettant au jour en 1868 en Dordogne les fossiles de l'Homme de Cro-Magnon, datés de , fait reconnaitre pour la première fois l'ancienneté d"Homo sapiens". Liste de fossiles. On a déjà découvert à ce jour de nombreux fossiles d"'Homo sapiens" plus ou moins archaïques, en Afrique et, de plus en plus, hors d'Afrique. Les fossiles suivants lui sont généralement attribués (non exhaustif) : En 2015, le site de Fuyan en Chine a livré 47 dents datées d'au moins et appartenant à "Homo sapiens". Huit dents trouvées dans la grotte de Qesem, à proximité de Tel Aviv-Jaffa, dont les plus vieilles seraient datées d'environ , auraient éventuellement des affinités avec "Homo sapiens", hypothèse étudiée par M. Gopher et son équipe, mais elles ne peuvent être attribuées de façon certaine. En 2018 sont découverts sur le site de des fossiles d"Homo sapiens" qui ont colonisé le plateau tibétain, à d'altitude, il y a . Il s’agit de la plus ancienne présence connue d"'Homo sapiens" à haute altitude. Les fossiles européens les plus anciens sont des fragments d'os et de dents trouvés dans la grotte de Bacho Kiro en Bulgarie, datés à (cal AP). La grotte a été utilisée par "Homo sapiens" jusqu'à (cal AP). Émergence et évolution de l'espèce. Les études génétiques basées sur la comparaison de l'ADN nucléaire de différentes populations humaines actuelles indiquent que notre espèce "Homo sapiens" s'est constituée en Afrique au terme d'une évolution allant d'environ à avant le présent. Par la suite l'Homme moderne aurait quitté l'Afrique principalement entre pour se répandre sur tous les continents en supplantant les espèces humaines antérieures, comme l'Homme de Néandertal en Europe ou l'Homme de Denisova en Asie, avec lesquelles ils ont néanmoins pu s'hybrider, ce qui a favorisé leur adaptation aux nouveaux environnements rencontrés. Cette influence néandertalienne s'est ensuite rétrodiffusée en Afrique. Évolution des théories sur l'émergence d"'Homo sapiens". La vision de l’émergence d'Homo sapiens a évolué depuis les années 1980. Parmi les différents modèles proposés, on distingue : Diversité génétique. La diversité génétique humaine actuelle s'est construite à partir de trois principaux évènements radiatifs en Afrique : Hybridation avec des humains archaïques. Plusieurs autres espèces du genre "Homo", l'Homme de Néandertal, l'Homme de Denisova, l'Homme de Florès, ont été contemporaines d’"Homo sapiens", avec lequel certaines d'entre elles ont pu coexister pendant des milliers d'années avant de s'éteindre. Selon de nombreuses études génétiques publiées depuis 2010, des croisements ont eu lieu entre espèces humaines. On relève en particulier environ 1,8 % d'ADN néandertalien chez les populations non africaines modernes. Bien qu"'Homo sapiens" et "Homo neanderthalensis" soient désormais considérés comme deux espèces distinctes, il s'est produit une hybridation entre "Sapiens" et "Néandertal" il y a à au Proche-Orient, produisant aujourd'hui un héritage de 1,8 à 2,6 % de gènes néandertaliens chez tous les non-Africains. Depuis, l'ADN néandertalien a pu se rétrodiffuser en Afrique. Certains de ces gènes, sélectionnés positivement par les Africains, améliorent leur immunité ou les protègent contre le rayonnement ultraviolet. Une partie des gènes qu'ils partagent avec les Néandertaliens (0.3 % en moyenne) provient de migrations eurasiatiques relativement récentes. L'autre témoigne en fait d'une transmission de gènes d'Africains à Néandertaliens, probablement il y a plus de au Moyen-Orient lors d'une première tentative d'émigration hors d'Afrique. Cependant, cette affirmation selon laquelle l'ascendance néandertalienne se trouve généralement parmi les Africains subsahariens est contestée par certains généticiens, comme David Reich. Plusieurs études publiées depuis 2010, basées sur le séquençage de l'ADN nucléaire extrait d'une phalange et de dents dénisoviennes, indiquent que l'Homme de Denisova a contribué à hauteur de au génome des Mélanésiens et Aborigènes d'Australie actuels, et aurait été relativement répandu en Asie à la fin du Pléistocène. Une étude de 2014 montre qu'une partie du matériel génétique de Denisova a été sélectionnée chez "Homo sapiens" pour s'adapter à la haute altitude. Un variant du gène EPAS1 provenant des Dénisoviens améliore le transport d'oxygène et est présent uniquement chez les Tibétains et chez les Chinois Han dans une moindre proportion. Anatomie. "Homo sapiens" est un hominidé dont la caractéristique physique la plus manifeste est sa station debout : la colonne vertébrale est redressée et les membres antérieurs ne s'appuient pas sur le sol. Il fait partie des très rares mammifères adoptant ce mode de locomotion. Un humain adulte mesure de 1,40 à , mais cet écart peut s'étendre d'environ à environ , dans les deux extrêmes du nanisme et du gigantisme. La taille est influencée par des facteurs environnementaux, tels que la disponibilité de nourriture, mais aussi par le caryotype constitutionnel. Ainsi, toutes autres choses égales par ailleurs, les femmes au caryotype 46,XX sont plus petites que les hommes au caryotype 46,XY, qui eux-mêmes sont plus petits que les hommes atteints du Syndrome de Klinefelter (47,XXY) ou du syndrome 47,XYY. Les femmes au caryotype 46,XX sont aussi plus petites que les femmes atteintes du syndrome triple X. De façon générale, la taille semble croître avec le nombre de chromosomes sexuels. Le poids moyen est d'environ . Les données individuelles varient beaucoup autour des moyennes, avec une forte influence de facteurs environnementaux, alimentaires et comportementaux. Les moyennes elles-mêmes varient beaucoup selon les populations et les époques. Les hommes sont en moyenne plus grands que les femmes. La pilosité humaine est réduite par rapport à celle des autres primates ; elle est essentiellement limitée à certaines parties du corps (cuir chevelu, aisselles et pubis). La couleur de la peau humaine présente une grande variété (noire, brune, beige ou rosée très claire), liée à la présence plus ou moins abondante de mélanine, un pigment brun filtrant les rayons ultraviolets. La peau humaine est plus foncée dans la zone intertropicale. Cette variété de pigmentation est une adaptation génétique aux différences d'ensoleillement selon les zones géographiques. En Afrique, les albinos ont ainsi un risque accru de cancers de la peau. L'humain a besoin du soleil pour synthétiser la vitamine D. Plus il s’est trouvé sous des latitudes faiblement ensoleillées, plus sa peau s’est éclaircie, ce qui facilite la production de vitamine D. La peau noire a en revanche un très haut pouvoir filtrant face aux UV. La dépigmentation a suivi la migration des populations humaines vers les zones septentrionales de la planète. La peau humaine se ride, s’amincit et perd son élasticité avec l’âge (un test consiste à pincer et à tirer légèrement la peau du dessus de la main ouverte et à mesurer le temps qu'elle met pour reprendre son aspect normal une fois relâchée : l’écart entre un sujet jeune et un sujet âgé est d'environ une seconde). Des pratiques à visée ornementale ou rituelle peuvent modifier l'aspect de la peau et y faire apparaître des motifs divers. Caractères sexuels secondaires : la pilosité est moindre sur le corps féminin, à l'exception notable du cuir chevelu. En effet, le cycle de vie des cheveux est de cinq ans chez la femme, et de trois ans chez l'homme. Les cheveux poussent aussi plus rapidement chez la femme, ce qui, combiné à des facteurs culturels, peut expliquer que sa chevelure soit souvent plus longue que celle de l'homme. La femme a des seins proéminents en dehors même des périodes de gestation et d’allaitement, une tessiture vocale haute, un bassin plus large et un rapport taille / hanche inférieur. La pilosité masculine est généralement chez l'adulte plus abondante, le bassin est étroit, la musculature plus puissante, la voix plus grave, etc. Toute considération ethnique mise à part, la couleur de la peau est plus sombre chez l'homme que chez la femme. Cette différence serait due à l'influence de certains œstrogènes sur la sécrétion de mélanine. L’humain porte généralement des vêtements, recouvrant presque toujours au moins les parties génitales. Le port de vêtements pourrait, selon une analyse comparative des génomes du pou et du morpion, remonter à environ . Génétique. Caryotype. Les êtres humains ont de chromosomes, dont une paire de chromosomes sexuels XX ou XY. Selon le système XY de détermination sexuelle, les individus de type XY sont mâles et ceux de type XX sont femelles. Diversité. Le génome des humains est identique à 99,9 %, soit un niveau de similitude qui ne se trouve que rarement chez les mammifères. Cette similitude est explicable par la relative jeunesse de l'espèce et le brassage des populations. Celle-ci est encore plus faible entre eurasiens, sortis d'Afrique il y a moins de . À titre de comparaison, on constate une variation de 1,2 % du génome entre humains d'une part, et bonobos et chimpanzés d'autre part. Plusieurs théories concurrentes de goulot d'étranglement génétique ont été émises depuis les années 1990 afin de tenter d'expliquer la faible diversité génétique de l'humanité actuelle, mais ces théories ne sont pas confirmées par l'état actuel de la science, selon lequel l'effet fondateur suffit à expliquer cette faible diversité. Une étude, publiée en 2008 dans la revue "Science", a été réalisée sur l'ADN de plus d'un millier d'individus : la comparaison de chez (non apparentés) appartenant à 51 ethnies a estimé que 89 % de la variation entre individus était contenue à l'intérieur des populations, pour 9 % entre continents et 2 % entre populations d'un même continent. La génétique permet donc d'identifier l'origine géographique des individus en se basant sur la présence de mutations sur certains allèles. L'hétérozygotie diminue au fur et à mesure que la distance avec l'Afrique subsaharienne augmente, ce qui confirme l'origine africaine des humains actuels. Par ailleurs d'une manière générale, plus deux individus sont nés dans des lieux éloignés géographiquement plus ils sont différents génétiquement, à l'exception du continent africain, qui recèle la plus grande diversité génétique entre les individus. Cependant l'histoire des migrations humaines durant la période historique doit aussi être prise en compte pour pondérer cette règle générale. Biologie. Métabolisme. Par rapport aux autres primates, l'humain serait . On a longtemps pensé que les singes et humains brûlaient leurs calories à la même vitesse et les premières études concernaient en outre des individus au repos. En 2010 des études métaboliques ont surpris en montrant que l'orang-outan avait un taux métabolique étonnamment faible. Puis en , une étude publiée dans Nature révèle qu’un humain moyen consomme chaque jour environ de plus qu’un chimpanzé ou bonobo, et de plus qu’un gorille et 820 de plus qu’un orang-outan. Un humain moyen brûle en moyenne 27 % d'énergie par jour en plus qu’un chimpanzé. Cet "hypermétabolisme" pourrait être dû au cerveau humain (au moins trois fois plus gros que celui de tous les autres singes et particulièrement énergivore). La même étude montre que l’humain sédentaire est également le plus gras de tous les primates (y compris que les primates sédentaires de zoos). Une autre explication pourrait être que les femmes produisent potentiellement plus de bébés, plus longs à élever et à intervalles plus court que les singes femelles. Une hypothèse est que le grossissement du cerveau humain, il y a 1,6 million d'années environ se serait accompagné d'une perte de muscles et de longueur d'intestin (par rapport aux autres grands singes) avec un moindre besoin énergétique, une facilité à se tenir debout et courir ; le différentiel pouvant être mis à profit par le cerveau. D’autres ont pensé que l’invention du feu, la cuisson et le partage des aliments ont aussi contribué à cette économie d’énergie au profit du cerveau. Régime alimentaire. "Homo sapiens" est omnivore et opportuniste. Un humain végétarien ou zoophage demeure omnivore : l'alimentation humaine est donc une attitude culturelle avant tout, et . L'Homme peut chasser n'importe quelle espèce animale, et est même capable de chasser des animaux normalement considérés comme des superprédateurs. Pour cette raison, l'Homme est parfois considéré comme le "superprédateur ultime". Selon des données collectées par l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture entre 1961 et 2009, l'être humain n'est cependant pas haut dans la chaîne alimentaire en raison de son régime omnivore qui comporte une large proportion d'aliments d'origine végétale. Les hommes dans leur ensemble consomment des aliments très diversifiés, qu'ils soient d'origine végétale ou animale. Depuis le Néolithique, la base de leur alimentation est toutefois constituée de féculents, issus en particulier de trois céréales : le blé, le maïs et le riz. Cette propension à consommer des féculents semble être une spécialisation humaine : le taux d'amylase dans la salive humaine est en effet de six à huit fois plus élevé que dans la salive d'autres Hominidés comme le chimpanzé. Avant l'essor des céréales au Néolithique, les hommes devaient probablement se procurer des féculents par la consommation de tubercules. Cet usage s'est conservé jusqu'à nos jours, notamment depuis l'expansion de la pomme de terre après l'échange colombien. Une particularité de l'alimentation humaine est que la plupart des aliments sont cuits, en particulier la viande. Parce qu'elle accélère le processus de digestion, et permet ainsi d'accroître l'apport énergétique alimentaire, la cuisson semble avoir joué un rôle essentiel dans le développement particulièrement prononcé du cerveau humain. La cuisson améliore aussi l'innocuité microbiologique des aliments. Normalement un adulte présente, comme la plupart des mammifères, une intolérance au lactose. Cependant, une mutation génétique a été sélectionnée plusieurs fois il y a six à huit mille ans dans certaines régions d'Europe, d'Asie, et d'Afrique, en raison de l'essor de l'élevage laitier dans ces régions. De nos jours, environ 15 % de la population mondiale (mais avec de grandes disparités régionales) présente à l'âge adulte une tolérance au lactose sous forme de lait. La plupart des adultes sont cependant capables de consommer des fromages, dont la production est une pratique très ancienne. Il semble que la consommation de fromage a contribué à sélectionner la tolérance au lactose. L'Homme possède une appétence prononcée pour certaines saveurs, notamment le salé et le sucré. Le sel et le sucre sont normalement présents en faibles quantités dans la nature, mais l'Homme depuis peu est capable d'en produire en quantités industrielles et à faible coût. Cet écart entre l'appétence pour ces substances et leur abondance est l'un des facteurs à l'origine de problèmes de santé tels que l'obésité, l'hypertension artérielle ou le diabète, et ce principalement chez les individus disposant d'un niveau de vie relativement faible, mais tout de même suffisamment élevé, d'un point de vue anthropologique, pour avoir accès aux productions industrielles. Dès le Néolithique, la plupart des sociétés humaines ont fait fermenter des jus de fruits divers ou autres solutions végétales, afin d'en obtenir une boisson alcoolisée. L'alcool a en effet longtemps été le moyen le plus simple d'assurer l'asepsie des boissons et ainsi de permettre le transport de l'eau sur de longues distances, ou son stockage pendant de longues périodes. L'ensemble des habitudes alimentaires et arts culinaires de chaque culture est regroupé sous le terme de gastronomie. Aptitudes physiques. Contrairement à la plupart des autres hominoïdes, l'être humain n'est que peu apte à la brachiation. Seul un individu jeune et en bonne santé peut, après entrainement, effectuer ce type de locomotion. L'anatomie humaine conserve cependant les caractéristiques associées que sont la flexibilité des épaules permettant de lever les bras au-dessus du corps, ainsi que les mains préhensiles. L’Homme est en revanche spécialisé dans la bipédie, dont il maitrise parfaitement les deux allures : la marche et la course. Sa marche est plantigrade, mais sa course peut être digitigrade aux allures les plus rapides. Il marche à une vitesse de 5 à 6 km/h, et peut courir jusqu'à une vitesse d'environ , ce qui est particulièrement lent en comparaison de nombreuses espèces de mammifères terrestres. En effet, "Homo sapiens" ne se distingue pas par la vitesse mais par l'endurance. La marche et la course sur de longues distances sont favorisées par l'absence de pelage, qui contribue à la thermorégulation en favorisant la sudation. Cette aptitude à la marche et à la course était probablement déjà présente il y a plus de 1,5 million d'années chez "Homo ergaster" en Afrique. "Homo sapiens" partage son endurance avec plusieurs espèces de canidés, dont le loup et le chien qui en est issu. Mais l'Homme a dans ce domaine l'avantage sur la plupart des mammifères herbivores, ce qui lui permet de pratiquer avec succès la chasse à l'épuisement sur des animaux comme les cerfs ou les antilopes. Cette faculté à parcourir de longues distances aisément a aussi pu faciliter les échanges entre les tribus humaines, comme c'est le cas aujourd'hui chez les Tarahumaras. L’Homme est capable, de manière occasionnelle et selon les situations, de ramper, grimper, sauter. L'Homme semble aussi avoir des prédispositions naturelles à la nage (absence de pilosité, étanchéité parfaite des lèvres fermées, horizontalité des fosses nasales, contrôle efficace de la respiration, etc.), et même à l'apnée : il manifeste par exemple un réflexe bradycarde à l'immersion, et ses poumons peuvent recevoir un afflux supplémentaire de sang afin de compenser l'excès de pression à partir de trente mètres. Ce phénomène, appelé , a longtemps été cru limité aux seuls mammifères aquatiques. Ces prédispositions font partie des éléments qui appuient l'hypothèse d'un passage transitoire à un mode de vie aquatique ou semi-aquatique au cours de l'hominisation. L'être humain est particulièrement apte au lancer de projectiles divers, notamment par rapport aux autres hominidés. Selon des chercheurs de l'université de Harvard, cette aptitude exceptionnelle résulte d'évolutions propres à l'anatomie humaine : l'existence d'une taille souple entre le bassin et la cage thoracique, le positionnement bas des épaules, et une légère torsion de l'humérus. Cette aptitude au lancer aurait joué un « rôle clé » dans l'évolution humaine. Les aptitudes physiques de l’être humain présentent un dimorphisme sexuel, la puissance musculaire des femmes étant généralement inférieure à celles des hommes. À titre indicatif, l'actuel record du monde de l'épreuve féminine du 100 mètres est en 10 49, contre 9 58 pour l'épreuve masculine. Aptitudes cognitives. De tous les animaux à système nerveux central, l’Homme est probablement celui qui a le cerveau le plus développé et performant. Ses seuls rivaux dans ce domaine sont certains cétacés. D'un point de vue anatomique, ces capacités cognitives sont associées au développement particulièrement prononcé du néocortex, bien que certaines expériences suggèrent que des différences au niveau neuronal jouent aussi un rôle. Le développement particulièrement prononcé du néocortex par rapport aux autres primates et hominidés a été associé à une famille de gènes ancestraux . Les capacités de l'esprit humain notamment en termes de mémoire, d'imagination et d'abstraction sont probablement ce qui explique le mieux le succès évolutif de l'espèce. L’Homme est capable d’appréhender les règles qui organisent le monde qui l’entoure, de près comme de loin : du mouvement des astres aux lois qui structurent la matière, en passant par les règles qui organisent l’espace et les principes nécessaires à l’induction. Plus précisément, on peut dire que depuis le milieu du , "" est capable d’appréhender toutes les règles qui régissent l’organisation du monde visible, à l’exception de celles qui sont à l’origine des forces subatomiques, et des raisons qui font que la matière courbe l’espace-temps. En effet, selon le prix Nobel de physique Richard Feynman, ces deux domaines sont les seuls qui ne sont pas couverts par l’électrodynamique quantique. Cette aptitude à comprendre le monde s'est traduite par l'accumulation d'un ensemble de connaissances appelées « sciences » et le développement d'outils divers appelés « techniques ». L'attitude plus générale qui consiste à clarifier sa pensée et à chercher à comprendre le monde par-delà les seules considérations matérielles, est quant à elle appelée philosophie. Cependant ces savoirs collectifs résultent de l'échange et de la spécialisation, la totalité des connaissances n'étant jamais maîtrisée par un seul individu. Cette dichotomie entre les connaissances individuelles et l'intégralité de la connaissance et de la culture humaine appuie d'ailleurs une conception de la culture comme entité évolutive propre, dont les constituants sont appelés mèmes, et qui évolue avec "Homo sapiens" de façon symbiotique ou même commensale. Les capacités cognitives de l'être humain lui permettent d'avoir conscience de lui-même. Comme quelques autres espèces animales, il réussit systématiquement le test du miroir. Concernant le dimorphisme sexuel, on note quelques différences anatomiques entre les cerveaux féminins et masculins mais la complexité des interactions fonctionnelles rend difficile la corrélation de différences anatomiques avec des différences cognitives. . Reproduction. Le cycle reproductif humain comporte un vocabulaire spécifique par rapport aux autres mammifères : Procréation. La puberté se manifeste en moyenne vers l'âge de 12 à . La ménarche intervient chez les jeunes filles vers l'âge de 12 à . Pour les garçons, la capacité à procréer est en théorie continue, de la puberté jusqu'à la fin de la vie. Chez la femme, cette capacité disparaît à la ménopause, qui survient généralement entre 40 et . La ménopause est rare chez les mammifères, y compris chez les primates. Chez les autres femelles de primates, la fertilité diminue généralement progressivement avec l'âge. Une durée de vie longue après la ménopause pourrait être un avantage sélectif acquis au cours de l'hominisation (c'est l' « hypothèse de la grand-mère »). L'andropause chez l'homme n'est pas l'équivalent de la ménopause chez la femme. Le cycle ovarien dure environ et est marqué par les menstruations. Contrairement à la plupart des femelles de primates, la femme ne manifeste pas de chaleurs et la période de meilleure fécondité n'est donc pas directement décelable par les mâles. Cependant, il est avéré que le comportement des femmes, en particulier lors de la recherche d'un partenaire sexuel, est sensiblement différent pendant l'œstrus. L'homme quant à lui serait plus attiré par les femmes en période d'ovulation, en raison de modifications physiques de la femme. Bien que le coït reste la principale méthode de fécondation, la femme peut avoir recours à des techniques de procréation médicalement assistée, telles que l'insémination artificielle et la fécondation "in vitro", que ce soit dans le cadre de la lutte contre la stérilité, ou pour les femmes célibataires ou en couple homosexuel. Inversement, les êtres humains ont la particularité de pouvoir contrôler et réduire consciemment leur fécondité en empêchant la fécondation lors du coït, par diverses méthodes de contraception. Dans plusieurs endroits du monde, ces pratiques qui tendent à décorréler, de façon unique dans le règne animal, la reproduction de l'activité sexuelle ont un impact drastique sur le taux de fécondité, le rendant inférieur au seuil de renouvellement des générations. Gestation. La gestation est appelée grossesse et dure environ neuf mois. Une femme gravide est dite enceinte. La grossesse est le plus souvent monoembryonnaire, même si une grossesse sur quarante est gémellaire. La parturition est appelée accouchement. L'accouchement s'effectue le plus souvent dans la douleur du fait des contractions utérines, de la dilatation du col de l'utérus et de la distension périnéale. Les difficultés liées à l'accouchement sont parfois associées à l'antagonisme de deux aspects anatomiques propre à l'être humain : la taille croissante du crâne et l'absence de développement concomitant du bassin des femmes attribué à la station debout. Cette hypothèse, appelée , est cependant régulièrement remise en question. L'accouchement ne se fait pas toujours par voie basse : le recours à la césarienne, pratiquée depuis l'Antiquité, représente parfois plus de 30 % des naissances dans certains pays développés. Par ailleurs, l'être humain est capable, à l'aide de dispositifs techniques divers, d'assurer la survie d'un enfant prématuré à partir d'un âge gestationnel d'environ vingt-cinq semaines. Croissance. À la naissance, le bébé est complètement dépendant de sa mère, ce qui constitue une différence notable par rapport aux autres hominidés. La mère peut allaiter son enfant pendant plusieurs années, l'allaitement exclusif couvrant l'intégralité de ses besoins jusqu'à ses 6 mois date à laquelle démarre généralement le début de la diversification alimentaire. "Homo sapiens" élève généralement sa progéniture au moins jusqu'à la puberté. Les jeunes naissent avec une masse autour de , et une taille d'environ 50 à , après une gestation de neuf mois. Ils sont totalement dépendants à la naissance, et leur croissance dure plusieurs années. La maturité sexuelle survient entre 12 et . La croissance des garçons continue souvent jusque vers (la croissance se termine vers 21- avec la solidification de la clavicule). Espérance de vie. L'espérance de vie à la naissance est très dépendante des conditions matérielles et de la disponibilité de soins médicaux. Elle se situe aujourd'hui autour de dans les pays les plus riches, et est inférieure à dans les plus pauvres notamment à cause d'une mortalité infantile plus forte. Des cas isolés de longévité approchent , et la personne ayant vécu le plus longtemps dont l'âge a pu être vérifié est la Française Jeanne Calment, qui avait et un peu plus de le jour de son décès. Nuptialité. Même s'il existe des exceptions, "" possède depuis au moins cinq milliers d'années une forte tendance à la monogamie sociale, et dans une bien moindre mesure, à la monogamie sexuelle. Les couples forment le plus souvent la base de la structure familiale et sociale, s'établissent dès la puberté et durent en général jusqu'à la mort. Cette tendance s'explique par le très fort investissement que nécessitent la protection et l'éducation des enfants, rendant nécessaire d'un point de vue évolutif la cohésion du couple. Il s'agit là encore d'un caractère distinguant l'Homme des autres Hominidés. L'espèce humaine est principalement une espèce à stratégie de reproduction de type K. Psychologie. Sexualité et amour. Le sexe-ratio moyen à la naissance observé chez l'être humain est entre 100 et 105, donc, comme chez la plupart des espèces mammifères, une quasi-symétrie avec un très léger excédent de garçons. Ce léger biais résulte principalement d'une plus grande mortalité des filles pendant la vie intra-utérine ou durant la période néo-natale alors qu'au moment de la fécondation les probabilité de l'un ou l'autre sexe sont égales. Les êtres humains, à l'instar des bonobos ou des chimpanzés, peuvent pratiquer le coït de façon ludique ou sociale, ou avoir des pratiques sexuelles à visée non reproductive, comme la masturbation, la sodomie, la sexualité orale, ou les pratiques homosexuelles. Le coït est souvent la manifestation d'un très fort attachement affectif et émotionnel. Il se déroule en général à l'écart du groupe, c'est-à-dire dans l'intimité. Il est le plus souvent nocturne, fait l'objet de préliminaires et peut s'effectuer selon diverses positions. À la puberté, le corps des femelles et des mâles humains changent via la modification des caractères sexuels primaires et la mise en place des caractères sexuels secondaires, marquant le début de la capacité à la reproduction. Chez les femelles, au niveau morphologique, il y a notamment un développement des parties adipeuses des hanches, un développement de seins dont les formes, inhabituelles pour une femelle de primates, auraient évolué en évoquant celles des fesses, la courbure de la lordose lombaire et la formation d'une taille en violoncelle. La modification de la pilosité ainsi que la bipédie permanente ont diverses conséquences : le sexe est en partie dissimulé par la posture bipède et par la pilosité pubienne, celle-ci pourrait favoriser la dissémination de phéromones. Les femelles humaines possèdent deux caractères évolutifs originaux : le camouflage de l'œstrus et une réceptivité sexuelle constante (à n'importe quel moment de leur cycle menstruel). Le corps des mâles passe aussi par des modifications : taille plus grande ; musculature et épaules plus puissantes (corps en trapèze) ; allongement du pénis dépourvu d'os pénien contrairement aux autres primates, notamment le chimpanzé et le gorille, ce qui autorise une variation angulaire de l'érection, utile selon les positions de l'accouplement ; mue de la voix ; développement de la pilosité pubienne et faciale ; testicules de taille relativement moyenne, en relation avec la capacité de répéter des copulations. Chez l'humain il n'existe pas à proprement parler de parade nuptiale codifiée, même si certaines pratiques et situations, liées notamment à des activités culturelles telles que la danse et la musique, peuvent s'avérer plus propices que d'autres à la formation de couples. Toutefois, selon l'ethnomusicologue australien , les origines de la danse et de la musique ne seraient pas liés aux comportements reproductifs mais plutôt aux moyens naturels de défense, et représenteraient une forme d'aposématisme. La séduction est, chez les humains, un processus souvent long et complexe, du fait de l'importance de l'investissement parental. Motivation et émotion. L'émotion est une expérience psychophysiologique complexe de l'état d'esprit d'un individu lorsqu'il réagit aux influences biochimiques (internes) et environnementales (externes). Chez les humains, l'émotion inclut fondamentalement . L'émotion est associée à l'humeur, au tempérament, à la personnalité, à la disposition et à la motivation. Une taxonomie non définitive des émotions existe. Certaines catégorisations incluent : Il faut distinguer, entre l'émotion et les résultats d'émotions, principalement les expressions et les comportements émotionnels. Chaque individu réagit généralement d'une manière déterminée par son état émotionnel, sa réponse se situant généralement dans l'un des axes combattre – fuir – subir. Sommeil et rêve. L'humain est un animal diurne, même s’il peut se tenir éveillé la nuit, ou dormir le jour. Son rythme circadien n'est d'ailleurs pas tout à fait ajusté à la durée du jour. Comportement. " manifeste une activité culturelle variée, qui se présente notamment sous la forme : On admet qu'il existe des cultures simples chez les autres primates actuels (méthode de toilettage, outils à termites…) mais ce n'est qu'au sein de l'espèce humaine que l'on constate une modification de la culture avec un aspect cumulatif, ce qui lui permet d'atteindre un haut niveau de complexité. Un aspect important de la culture humaine, qui améliore à la fois sa transmission et son accumulation (mais aussi le dogmatisme), est l'existence de l'écriture. La culture est hétérogène et différencie des groupes d'individus. L'étude de ces groupes appelés peuples et de leurs différentes caractéristiques est l'objet de l'ethnologie. Les premières cultures techniques qui se sont traduites par la confection des premiers outils ou la maîtrise du feu sont bien antérieures à '. Les premiers rites funéraires sûrement liés à des croyances, les premiers objets artistiques ou décoratifs sont attribués à '. En revanche, l'art préhistorique, qu'il soit pariétal, rupestre ou mobilier, et les premières représentations humaines font leur apparition au début du Paléolithique supérieur, chez l'espèce humaine moderne. Communication. Comme tous les Hominidés, l’Homme manifeste un comportement social complexe et dispose d'aptitudes à la communication telles qu'une expressivité faciale, accentuée chez lui par la mobilité des sourcils qu'offre l'absence de bourrelet sus-orbitaire. Un autre élément notable de l'expressivité faciale chez l'Homme est la forme des yeux. En effet chez l'Homme le blanc de l'œil est ostensiblement visible et permet de suivre aisément la direction du regard. Cette particularité est unique parmi les mammifères, et peut-être même dans tout le règne animal. L'Homme est capable de vocaliser un langage articulé complexe, appelé parole, et dont l'usage particulier, appelé langue, se transmet de façon culturelle. Les vocalisations et l’acquisition du langage sont liés à la protéine FOXP2, qui semble être plus abondante dans le cerveau des femmes, ce qui pourrait expliquer une maîtrise du langage plus rapide chez les petites filles. À un degré bien moindre que l'articulation, le langage implique parfois l'usage de clics. L’Homme manifeste aussi un réflexe respiratoire et nerveux, appelé rire, qui permet d’exprimer la joie ou l’incongruité d’une situation. Le rire semble inné et propre à l’espèce, mais il existerait néanmoins sous une forme moins accentuée chez d’autres primates et même chez les rats. Le rire est doté d’un pouvoir communicatif et peut faire office de signal d’apaisement dans une situation éventuellement conflictuelle. Le rire possède une version atténuée se limitant à une expression faciale, appelée sourire, qui semble ne pas avoir d'équivalent non plus chez les autres Hominidés à l'exception peut-être du chimpanzé. Contrairement au rire (qui peut tout de même être simulé), le sourire peut être déclenché de façon consciente, ce qui lui fait jouer un rôle particulier dans les conventions sociales : le sourire est dans certaines cultures un élément de salutation requis par la politesse. Une autre réponse émotionnelle propre à l'espèce peut aussi être observée, en particulier chez les individus jeunes : le pleur. Le caractère unique du pleur chez l'être humain est toutefois disputé. Société, gouvernement et politique. Les humains, pour qui le nombre de Dunbar est estimé à 150, forment des sociétés complexes et souvent hiérarchisées, dont le fonctionnement est essentiellement basé sur une répartition des activités qui peut prendre la forme de la division du travail. Au sein de ces sociétés, chaque individu peut avoir des moyens de subsistance extrêmement variés, qui dépendent du type de société dont il s’agit, et de la position hiérarchique qu’il y occupe. Ces sociétés s'affrontent souvent dans des conflits appelés guerres, le plus souvent liés au partage des ressources, à la religion ou à l'occupation territoriale. Selon le professeur David Carrier de l'université de l'Utah, le rôle de la violence dans l'évolution humaine serait suffisant pour être visible dans l'anatomie, notamment en ce qui concerne la forme et la biomécanique des mains. Selon une étude anthropologique dont les résultats ont été publiés en 2013, la guerre est rare parmi les peuples nomades de type chasseurs-cueilleurs, et serait surtout présente chez les peuples sédentarisés pratiquant l'agriculture. Arts. Bien que les premières manifestations de préoccupations esthétiques ou symboliques soient attribuables à l'Homme de Néandertal et datent du Paléolithique moyen, les plus anciennes représentations humaines sont le fait d’"" et peuvent être datées du Paléolithique supérieur (vers à BP). Ainsi à l'Aurignacien (vers à BP), premier faciès culturel attribué à l'Homme en Europe, sont associées les statuettes des grottes de Vogelherd, de Geissenklösterle et de Hohlenstein-Stadel qui restituent des figures en ronde bosse représentant des mammouths, des félins, des ours, des chevaux et des hommes. Dans l'art pariétal, la représentation de vulves féminines et d'individus mi-homme mi-animal est attestée, comme à la grotte Chauvet. Au Gravettien ( à BP) sont sculptées des figures féminines dites « Vénus paléolithiques ». Au Magdalénien ( à BP), les représentations humaines sur paroi ou sur objet se font plus fréquentes. Science. Certains aspects de la culture humaine, notamment la médecine, et les connaissances scientifiques et techniques, influencent les processus biologiques et reproductifs, et ont un impact sur l'espérance de vie ou la fécondité, et sur la démographie. Impact planétaire. Habitat et démographie. Par sa capacité à maîtriser des techniques lui permettant d'affronter des conditions climatiques difficiles, "Homo sapiens" prospère sous toutes les latitudes et sur tous les continents, à l'exception de l'Antarctique. Il a tendance à se regrouper à l'intérieur de villes et de grandes cités atteignant parfois plusieurs millions d'habitants, souvent situées sur une côte ou sur un fleuve. Ailleurs, il occupe l'espace indirectement, notamment par son activité agricole, qui façonne le paysage et influe fortement sur les écosystèmes. La population humaine est estimée à près de d'individus en 2017. Les perspectives démographiques pour le siècle à venir sont incertaines. Compte tenu des incertitudes concernant l'évolution du comportement reproductif des individus, on ignore à quel niveau la population humaine pourrait se stabiliser, ni même si elle se stabilisera. En effet, il est difficile de prévoir si le taux de fécondité au niveau mondial va baisser sous les 2 enfants par femme, ou s'il se stabilisera au-dessus du seuil de remplacement ( par femme), et si le taux de mortalité mondial va continuer de baisser au même rythme que jusqu'à présent. L'Organisation des Nations unies s'attend à ce que la population mondiale atteigne un pic aux alentours de d'individus en 2100. Cette projection suppose que le taux de fécondité au niveau mondial descende en dessous de deux enfants par femme bien avant 2100. L'éventualité d'un crash démographique est envisagée par certains démographes, tandis qu'un modèle mathématique conçu en 2013 à partir des données démographiques recueillies de 1950 à 2010 suggère que l'effectif humain mondial pourrait se stabiliser aux alentours de l'an 2050. Impact sur l'environnement. "Homo sapiens" exerce un impact important sur son environnement, surtout depuis l'époque moderne, parfois appelée anthropocène, essentiellement du fait de ses activités agricoles et industrielles. Cet impact se traduit en particulier par un phénomène d'extinction d'espèces considéré depuis peu comme la sixième extinction massive, parfois appelée crise anthropique. Dans certaines régions du monde, cet impact est ancien ; par exemple, la déforestation de la Chine a été entamée il y a environ. On a longtemps pensé que l’extension de l’agriculture en Afrique centrale avait été rendue possible uniquement par un recul naturel de la forêt tropicale humide primaire qui serait dû à des périodes de sécheresses sévères, longues qui se seraient succédé il y a environ. Mais l'analyse des sédiments anciens déposés par le fleuve Congo, qui offrent un enregistrement continu du Climat d'Afrique centrale pour les , réalisée par des géochimistes, montre que la responsabilité humaine pourrait être au moins en grande partie à l’origine de la relativement brusque disparition de forêts tropicales d'Afrique centrale (il y a environ), via une déforestation active qui a augmenté l’érosion, intensifié les intempéries et asséché cette partie de l’Afrique. Les carottages de sédiments fournissent des données montrant des modifications des précipitations normalement corrélées aux flux de sédiments pour la période de - à -, mais depuis près de , on observe ' entre précipitations et érosion, montrant que dans ce cas '. L’équipe de Germain Bayon, géochimiste à l’Institut de recherche Français d’exploration de la mer à Plouzané, suggère que les ancêtres des actuelles ethnies bantous de l'actuel Nigeria et Cameroun, connus pour avoir entamé des migrations en l'Afrique il y a environ , ont eu en déforestant pour l’agriculture et pour les forges permettant la métallurgie du fer. En 2012, de nombreux paléobotanistes peinent encore à croire que les outils disponibles à l’époque aient pu permettre aux premiers bantous de la région d’abattre assez d’arbres pour causer des érosions de cette importance, plus graves que ceux produits par les abattis avec culture sur brûlis actuellement selon Katharina Neumann. D'autres, estiment aussi qu'un réchauffement climatique a plutôt été en grande partie responsable de la perte de la forêt tropicale d'Afrique centrale, mais que les premiers bantous ont effectivement pu exacerber un recul des forêts induit par un réchauffement. Bayon estime lui-même que ces données ne contredisent pas les théories existantes, mais illustrent "". Pour David Harris, l'étude pose par contre des questions importantes concernant les impacts climatiques de la déforestation et d'autres activités humaines susceptibles d'exacerber les effets d’un changement climatique, . L'Homme semble aussi en zone tempérée responsable en Eurasie et Amérique du Nord de l'extinction de presque toutes les espèces de la grande faune et mégafaune qui avait survécu à trois glaciations. La déforestation, qui a tendance à provoquer la réduction voire la destruction du milieu de vie de nombreuses autres espèces (animales, végétales, fongiques, terrestres et aquatiques), est une pratique ancienne en zone tempérée de l'hémisphère nord, mais récente et très rapide au niveau des forêts tropicales et humides telles que celles d'Amérique du Sud et d'Indonésie et d'Afrique (Bassin du Congo par exemple). La disparition accélérée de groupes entiers d'espèces animales, végétales et fongiques qui en découle, est parfois qualifiée d'« "extinction de l'Holocène" » ou de « " extinction" ». L'agriculture intensive fait un usage important d'engrais, de pesticides et de désherbants chimiques, dont l'innocuité sur la qualité des sols ne fait pas l'unanimité. Un autre aspect important de l'impact de l'Homme sur l'environnement est le fait qu'il transporte avec lui de nombreuses espèces domestiques ou synanthropes. Cela fait de lui un important vecteur d'échanges biotiques intercontinentaux. Un exemple très significatif d'un tel échange est l'échange colombien, déjà évoqué. Outre sa capacité à faire disparaître des espèces, l'Homme influe aussi sur l'évolution d'un bon nombre d'entre elles, notamment du fait de la domestication. De façon plus directe encore, il est aussi capable de modifier le génome de certaines espèces en ayant recours pour cela non pas à la sélection artificielle, mais à une manipulation directe du noyau des cellules germinales, par diverses techniques dite de génie génétique. Ces techniques peuvent consister notamment à prélever des gènes chez une espèce et à les introduire dans le génome d'une espèce qui peut être d'un taxon complètement différent : par exemple le gène de synthèse de la soie d'une arachnide implanté dans le génome d'une espèce de caprin, ou encore un gène bactérien implanté dans le génome du maïs pour lui permettre de résister au glyphosate. Cette pratique appelée transgénèse fait de l'espèce humaine un vecteur de transfection, ou transfert horizontal de gènes, entre des lignées évolutives séparées depuis plusieurs ères géologiques, ou même plusieurs éons. Au début du , une espèce de type bactérien, dont le génome a été entièrement conçu par ordinateur, a été créée pour la première fois. On ignore à l'heure actuelle quel pourrait être l'impact de ces productions humaines sur l'environnement à long terme, mais d'ores et déjà l'apparition de ces espèces, par un processus qui ne relève pas de la théorie synthétique de l'évolution, constitue un évènement sans précédent dans l'histoire de la vie sur Terre. La mise au point récente des techniques dites de forçage génétique constitue aussi un jalon remarquable car il permet à des gènes d'être transmis par reproduction sexuée sans pour autant respecter les lois de Mendel. L'activité humaine produit aussi annuellement environ quarante milliards de tonnes de dioxyde de carbone principalement par l'utilisation de combustibles fossiles comme source primaire d'énergie, ce qui fait de l'espèce humaine le premier facteur biotique de production de ce gaz. Les quantités dégagées sont très importantes même par rapport aux facteurs de production abiotiques tels que le volcanisme, qui en émet environ cent fois moins. Cette production a entraîné une augmentation sensible de la quantité de CO2 dans l'atmosphère. Le dioxyde de carbone étant un gaz à effet de serre, ces taux élevés dans l'atmosphère sont considérés comme l'un des facteurs prépondérants pour expliquer le réchauffement climatique.
Homme de Néandertal L' (""), ou Néandertalien, est une espèce éteinte du genre "Homo", qui a vécu en Europe, au Moyen-Orient et en Asie centrale, jusqu'à environ avant le présent. Selon une étude génétique publiée en 2016, il partage avec l'Homme de Denisova un ancêtre commun remontant à environ . Cet ancêtre partage lui-même avec "Homo sapiens" un ancêtre commun remontant à environ . Les plus anciens Néandertaliens fossiles reconnus comme tels sont ceux de la Sima de los Huesos, datés de . Depuis sa découverte en 1856, son statut a varié : un temps considéré comme une sous-espèce d"Homo sapiens" et nommé en conséquence "Homo sapiens neanderthalensis", il est aujourd'hui considéré comme une espèce à part entière. Particulièrement bien adapté pour vivre dans un climat froid, l'Homme de Néandertal était physiquement plus robuste, plus lourd et plus trapu qu’"Homo sapiens". La forme oblongue de son crâne se distingue nettement de celle de l'Homme moderne, plus globulaire. Néandertal avait un cerveau un peu plus volumineux en moyenne, mais avec un coefficient d'encéphalisation légèrement moindre. Premier homme fossile identifié, contemporain d"Homo sapiens", l'Homme de Néandertal a longtemps pâti de jugements négatifs par rapport à l'Homme moderne. Les progrès de l'archéologie préhistorique depuis les années 1960 ont en fait révélé une espèce humaine d'un certain développement culturel. Il maitrisait différentes techniques avancées comme le collage au brai de bouleau, et certains vestiges fossiles datés de moins de sont considérés comme des sépultures témoignant de rites funéraires. De nombreux points restent encore à élucider, comme son ascendance précise ainsi que la date et les conditions de son extinction après plus de d'existence. Les derniers vestiges fossiles ou archéologiques néandertaliens connus sont datés de moins de , dans le sud de la péninsule Ibérique, en Crimée, et dans le Caucase. Toutefois, ces datations restent débattues au sein de la communauté scientifique. Le séquençage de l'ADN nucléaire néandertalien réalisé depuis 2006 et publié à partir de 2010 a montré un « flux de gènes » ancien entre les hommes de Néandertal et les hommes modernes d'Eurasie. Les humains actuels non africains possèdent entre 1,8 et 2,6 % de gènes néandertaliens, acquis par hybridation il y a environ peu après leur sortie d'Afrique, et environ 20 % du génome de Néandertal survit dans l'ensemble de la population actuelle à différents endroits de notre génome. Certains gènes néandertaliens auraient été fixés chez l'Homme moderne en raison de leur caractère adaptatif. Historique de la découverte. Les Néandertaliens avant "Neandertal". Deux fossiles de Néandertaliens ont été découverts avant celui auquel on a donné ce nom. En 1829, un crâne d'enfant, Engis 2, fut mis au jour par Philippe-Charles Schmerling à Flémalle (Belgique) ; nommé comme la commune voisine parce que Schmerling a pensé qu'il se trouvait sur la commune d'Engis. En 1848, un crâne d'adulte fut trouvé à Gibraltar, dans le site de la carrière de Forbes. Si le premier appartenait à un jeune individu sur lequel les traits caractéristiques des Néandertaliens sont moins évidents, le deuxième aurait pu conduire à reconnaître l'existence d'une espèce humaine fossile. Sans doute était-il trop tôt, comme le prouvent d'ailleurs les difficultés pour faire admettre que les os recueillis en 1856 à Neandertal, en Allemagne, correspondaient bien à un homme fossile. 1856 : "Neandertal" ou la « vallée de l'homme nouveau ». Le mot « Néandertalien » est tiré de Neandertal, nom d'une petite vallée située sur le territoire des villes d'Erkrath et de Mettmann, entre Düsseldorf et Wuppertal (Allemagne). Au mois d', dans le cadre de l'exploitation d'une carrière, des ouvriers vidèrent une petite cavité de cette vallée, la . Ils y découvrirent des ossements et un fragment de crâne qu'ils remirent à Johann Carl Fuhlrott, un enseignant d'Elberfeld passionné d'histoire naturelle. Par un heureux hasard, le toponyme "Neandertal" signifie « vallée de l'homme nouveau ». En effet le nom de "Neander" a été donné à cette vallée (en allemand ', anciennement ') en l’honneur de Joachim Neumann (1650-1680), appelé aussi Joachim Neander, car, suivant un usage familial datant de son grand-père et très courant à l'époque, il avait traduit en grec ancien son patronyme allemand, qui signifie littéralement « homme nouveau ». Ce pasteur et compositeur, auteur de cantiques religieux encore populaires dans le protestantisme allemand, aimait chercher son inspiration dans cette vallée, jadis idyllique. Comme, à l'époque, le nom de la vallée s'écrivait encore ', l'homme qui y fut découvert reçut le nom latin d’"Homo neanderthalensis". Ultérieurement, une réforme orthographique de l'allemand a supprimé les "h" superflus, mais, la nomenclature évitant de revenir sur les formes latinisées, on a continué à écrire "Homo neanderthalensis". La graphie française la plus courante, proposée par Henri Vallois en 1952, est "Homme de Néandertal", même si l'on trouve parfois "Homme de Neandertal", "Homme de Néanderthal" ou "Homme de Neanderthal". En anglais, la forme ancienne ' est encore très répandue, ce qui peut induire pour la séquence "" une prononciation incorrecte du nom allemand originel. Une découverte controversée. Johann Carl Fuhlrott comprend rapidement l'intérêt de la découverte et se rend sur place pour tenter en vain de découvrir d'autres ossements ou des vestiges qui leur seraient associés. Il se rend compte qu'il s'agit d'ossements anciens mais surtout incroyablement primitifs, correspondant à un homme nouveau, d'une « conformation naturelle jusqu'ici inconnue ». L'Homme de Néandertal est effectivement le premier homme fossile distinct d"'Homo sapiens", et il est découvert avant l'Homme de Cro-Magnon (1868). L'idée même qu'une espèce d'homme distincte de la nôtre ait existé par le passé (et ait disparu) fut d'ailleurs particulièrement difficile à admettre. On se souviendra par exemple que Charles Darwin ne publiera "L'Origine des espèces par la sélection naturelle" qu'en 1859 et qu'il n'élargira explicitement sa théorie à l'homme qu'en 1871 dans "La Filiation de l'homme et la sélection liée au sexe". Malgré des différences importantes avec les os d'hommes modernes, Fuhlrott reconnait dans ses trouvailles des os humains et les soumet à Hermann Schaaffhausen pour un examen complémentaire. Ce dernier présente ses premières conclusions en 1857. Il estime que les ossements datent d'une période antérieure aux Celtes et aux Germains, et sont ceux d'un individu appartenant à l'une des races sauvages du nord-ouest de l'Europe dont parlent les auteurs latins. Tous les chercheurs n'acceptent pas cette interprétation : pour certains, les os ont appartenu à un genre différent du nôtre, sans doute plus proche du singe ; pour d'autres, ils renvoient à un individu pathologique ou frappé de crétinisme ; d'autres encore évoquent même un cosaque ayant déserté les armées russes en 1814. Reconnaissance de l'ancienneté de l'Homme et de son évolution. Peu à peu les découvertes se multiplient. Viennent d'abord celles de fossiles d"Homo sapiens" associés à des vestiges lithiques et à des animaux disparus (dont l'Homme de Cro-Magnon en 1868) ; puis d'autres "Homo neanderthalensis", encore en place dans les sédiments (mandibule de la grotte des Fées à Arcy-sur-Cure en 1859), complets et présentant les mêmes spécificités anatomiques, mais souvent hors contexte archéologique (pas d'ossements d'animaux ou d'outils associés), ce qui rend difficile leur datation et leur interprétation. Parmi les plus spectaculaires, il faut citer les deux squelettes de la grotte de Spy (région wallonne de Belgique) en 1886 puis la sépulture de l'Homme de La Chapelle-aux-Saints 1 (Corrèze) en 1908. Elles contribuent à faire définitivement accepter l'existence d'une nouvelle espèce d'humain par la communauté scientifique. Le nom scientifique "Homo neanderthalensis" est proposé en 1864 par William King, professeur au de Galway en Irlande et ancien élève de Charles Lyell. En 1866, Ernst Haeckel propose le nom surprenant d’"Homo stupidus", qui n'est pas retenu en vertu des règles de nomenclature donnant priorité à l'appellation antérieure. Les partisans du rattachement à une sous-espèce parleraient sinon d’"Homo sapiens stupidus" ! Les premières études (et les reconstitutions qui en découlaient) donnèrent de l'Homme de Néandertal une image déformée, accentuant les traits primitifs, voire simiesques. Ce fut le cas de l'étude de l'Homme de La Chapelle-aux-Saints 1 publiée par Marcellin Boule en 1911 : même s'il s'agissait d'une étude très complète, qui fit référence pendant de nombreuses années, elle présentait un Homme de Néandertal voûté, la colonne vertébrale courbée (comme chez les gorilles) et les membres inférieurs semi-fléchis. Il fallut presque un siècle à la communauté scientifique pour corriger cette perception influencée par des "a priori" peu scientifiques. Au début du , certains furent scandalisés par le fait que ces découvertes se détachaient d'une lecture littérale de la Bible. Ils reprochaient au prêtre catholique Jean Bouyssonie, qui découvrit le squelette d'un Néandertalien à La Chapelle-aux-Saints 1, de soutenir la théorie de l'évolution. Le , la légende d'une caricature de "La Lanterne" indique : « Les savants prétendent que c’est le crâne du plus ancien homme du Monde. C’est une malveillante insinuation destinée à faire croire que les hommes du Monde descendent du singe ». La caricature montre Jean Bouyssonie en soutane, présentant sa découverte à un savant. Statut phylogénétique. Le statut phylogénétique de l'homme de Néandertal provoque encore quelques débats. Il s’agit d’un simple problème de définition de l'espèce. Deux sous-espèces peuvent se croiser et avoir une descendance fertile, mais c'est beaucoup plus variable pour deux espèces différentes (par exemple le cheval et l'âne, le tigre et le lion) : certaines le peuvent et d'autres pas. L'infertilité de la descendance prouve l'existence de deux espèces distinctes, mais l'inverse n'est pas vrai (s'il y a deux espèces, la descendance n'est pas nécessairement infertile). On peut rappeler ici qu'il existe une vingtaine de définitions de l'espèce, et que l'isolement reproductif n'est que l'une d'entre elles. Lors de sa dénomination en 1864, l’hypothèse d’une espèce distincte avait été privilégiée. Dans les années 1960, certains spécialistes ont considéré les Néandertaliens comme une sous-espèce d"Homo sapiens", comme le généticien Theodosius Dobjansky ou encore le biologiste Ernst Mayr, qui déclarait que « jamais plus d'une seule espèce d'homme n'a existé au même moment ». Aujourd’hui, l’idée d’espèces distinctes est à nouveau dominante, notamment grâce aux apports de la génétique. Les multiples études paléoanthropologiques effectuées sur les ossements ne permettaient pas de se prononcer clairement sur la classification de l'homme de Néandertal. Des analyses comparées d'ADN nucléaire, extrait d'ossements de Néandertaliens et d"Homo sapiens" anciens et modernes, publiées depuis 2010, ont largement contribué à forger un nouveau consensus. En 2006, le projet génome de Néandertal, un programme de séquençage de l'ADN nucléaire de l'homme de Néandertal, a été lancé par l'Institut Max-Planck d'anthropologie évolutionniste, à Leipzig en Allemagne, en collaboration avec la société 454 Life Sciences fabriquant des séquenceurs de gènes à haut débit. L'objectif était de connaitre l'étendue du lien de parenté avec l'homme moderne et d'évaluer l'interfécondité de l'homme de Néandertal et de l'homme moderne. Ce projet a permis d'achever le séquençage du génome néandertalien dès 2009 et de publier les premières études en 2010. Une étude de 2016 exploitant le séquençage de l'ADN nucléaire de spécimens de la Sima de los Huesos (Espagne), datés de , comparé avec le génome de spécimens d"Homo sapiens", d'hommes de Néandertal et d'hommes de Denisova, a attribué les fossiles de la Sima de los Huesos à l'espèce "Homo neanderthalensis", et indiqué que la séparation entre la lignée des hommes modernes et celle des humains archaïques, Dénisoviens et Néandertaliens, a eu lieu entre et avant le présent. La séparation entre Dénisoviens et Néandertaliens est quant à elle estimée entre et . Les fossiles de la Sima de los Huesos étant datés de , on peut estimer cette dernière séparation à un âge d'environ . Pour la première fois, les liens entre différents représentants du genre "Homo" ont pu ainsi être établis. Génome de Néandertal. En 2018, le génome de cinq nouveaux Néandertaliens ayant vécu il y a a pu être étudié (le nombre de Néandertaliens dont on a séquencé le génome a ainsi doublé). Ces cinq personnes avaient un génome très similaire à ceux des Néandertaliens tardifs déjà connus, conformément à ce que prédisait leur situation géographique. Et bien que quatre de ces Néandertaliens aient été contemporains des premiers humains modernes en Europe, aucune trace d'apport génétique des hommes modernes n'a pu être décelée. Les apports de gènes néandertaliens chez les humains modernes outrafricains proviennent de contacts, peu après leur sortie d'Afrique, avec des Néandertaliens représentatifs des fossiles européens tardifs (leur dernier ancêtre commun datant d'environ ). Mais ces lignées sont sensiblement plus éloignées de celle d'un Néandertal de l'Altaï, qui a divergé il y a environ et des Dénisoviens qui se sont séparés il y a au moins . Une étude de Johannes Krause co-directeur du département de paléogénétique humaine de l'Institut Max-Planck d'anthropologie évolutionniste datant de 2022 précise que Néandertal avait des prédispositions génétiques au langage. L'équipe des scientifiques a extrait et analysé des échantillons d’ADN de néandertaliens provenant de la grotte d'El Sidrón en Espagne. Les généticiens ont isolé chez des Néandertal la variante humaine du gène FOXP2, responsable du développement des zones cérébrales liées au langage. Introgression de gènes "sapiens" chez Néandertal. En 2017, une étude de Cosimo Posth, analysant un fémur de Néandertalien vieux de , a montré que cet os contenait déjà des gènes caractéristiques d"'Homo sapiens". L'étude concluait que les premiers croisements entre Sapiens et Néandertal ont dû avoir lieu il y a . Une étude identifie une transmission de gènes d"Homo sapiens" vers des Néandertaliens, probablement il y a plus de au Moyen-Orient lors d'une première sortie d'Afrique. Une étude publiée en 2020 analyse les chromosomes Y de Néandertaliens récents. Cette étude nous renseigne donc sur les lignées agnatiques. Le signal renvoyé par ces chromosomes Y diffère grandement de celui de l'ADN autosomal. Les chromosomes Y des Dénisoviens auraient divergé il y a environ d'une lignée partagée par les chromosomes Y humains néandertaliens et sapiens alors que l'on sait que ce sont les Néandersoviens qui ont divergé de la lignée d"'Homo sapiens" vers cette date. Les lignées Y néandertalienne et sapiens se seraient séparées il y a environ . On retrouve des résultats similaires avec l'ADN mitochondrial et donc la lignée cognatique, alors que les Néandertaliens anciens de la Sima de los Huesos, datés de , avaient un ADN mitochondrial plus proche de celui des Dénisoviens. Ces résultats suggèrent un remplacement, chez les Néandertaliens moyens, des gènes néandertaliens ancestraux par des gènes en provenance de la lignée d"Homo sapiens", et ceci seulement pour les gènes uniparentaux, tant mitochondriaux (lignée maternelle) que du chromosome Y (lignée paternelle). Ce résultat montre des hybridations anciennes avec des "Homo sapiens" archaïques. Histoire et répartition des Néandertaliens. L'apparition de l'homme de Néandertal est une question complexe qui dépend notamment de la définition qu'on choisit d'adopter. Avant les Néandertaliens classiques, les fossiles deviennent beaucoup plus rares et les datations moins précises, encourageant de nombreuses théories concurrentes. Cependant l'analyse de l'ADN nucléaire de la Sima de los Huesos en 2016 a permis de consolider une première affirmation sur les origines de Néandertal : sa lignée se sépare d'avec "Homo sapiens" il y a environ et ses premiers fossiles seraient justement ceux de la Sima datés de . Ceux-ci présentent de nombreux caractères intermédiaires mais leur dentition est déjà clairement néandertalienne, suggérant une spécialisation initiale de l'appareil masticatoire. Les débats se poursuivent sur l'attribution des autres fossiles de cette période du Pléistocène moyen : Aroeira 3 montre des caractères néandertaliens, mais d'autres fossiles sont d'une attribution moins claire. Jean-Jacques Hublin avance un modèle d'accrétion, où des populations successives auraient accumulé progressivement des caractères dérivés pour donner naissance au jeu de caractères commun aux Néandertaliens classiques. L'Homme de Néandertal est une espèce dont l'apparition et l'évolution sont connues principalement en Europe. Les Néandertaliens découverts au Moyen-Orient, sur les territoires actuels de l'Irak, de la Syrie (grotte de Dederiyeh), du Liban (Ksar Akil) et d'Israël, ainsi qu’en Asie centrale (Enfant de Teshik-Tash, en Ouzbékistan) et en Sibérie sont à ce jour moins nombreux et plus tardifs, ce qui pourrait être dû à des fouilles moins avancées. En 2007, la répartition géographique des Néandertaliens a été repoussée de vers l'est par rapport au site de Teshik-Tach, le plus oriental connu jusqu'alors. Des fragments osseux de la grotte Okladnikov, dans l'Altaï, jusqu'alors mal référencés, sont désormais attribués à des Néandertaliens après une analyse génétique de leur ADN mitochondrial par l'Institut Max-Planck d'anthropologie évolutionniste de Leipzig. D'après les chercheurs, l'ADN mitochondrial des Néandertaliens de l'Altaï est d'ailleurs plus proche de celui des Néandertaliens de la grotte Scladina, en Belgique, que de celui de l'Ouzbékistan, suggérant plusieurs vagues de migrations et de peuplements de la région. L'équipe du généticien Svante Pääbo a suggéré que la présence de Néandertaliens dans l'Altaï rendait envisageable une extension plus orientale, en Mongolie, voire jusqu'en Chine. Les estimations du nombre total de néandertaliens par les paléodémographes présentent une très grande variabilité. L'effectif maximal est évalué à . La densité des populations était très faible, de l'ordre de 100 individus pour , se répartissant en 2 à de 20 à 35 personnes. Premiers peuplements européens. Il y a plus d'un million d'années, quelques groupes humains sont arrivés en Europe et ont laissé des traces sous forme de fossiles et de galets taillés de type oldowayen. Les plus anciens fossiles humains européens datent de 1,2 à 1,5 million d'années et ont été mis au jour en Espagne (Sima del Elefante et Homme d'Orce) et en Bulgarie (Kozarnika). Ils sont cependant trop fragmentaires pour avoir pu être attribués à une espèce précise. "Homo heidelbergensis". À partir de , le peuplement de l'Europe se renouvelle avec probablement l'arrivée d"Homo heidelbergensis", porteur de l'industrie acheuléenne. À cette époque, plusieurs espèces appartenant au genre "Homo" coexistaient en Europe et en Asie. L'une d'elles a évolué pour donner les Néandertaliens. Les fossiles européens de cette période sont généralement attribués à "Homo heidelbergensis" : c’est le cas de l’Homme de Tautavel (), trouvé dans le massif des Corbières en France, de la mandibule de Mauer (), trouvée près de Heidelberg en Allemagne, ou du crâne de l'Homme de Petrálona trouvé dans la grotte de Petrálona en Chalcidique (Grèce) (environ). Prénéandertaliens. L’évolution qui conduit au développement d’"Homo neanderthalensis", parfois appelée « néandertalisation », est un processus lent et progressif. Elle peut être suivie depuis différents fossiles, qualifiés de « pré-Néandertaliens », jusqu’aux Néandertaliens récents. Un crâne daté de , Aroeira 3, découvert en 2014 dans la grotte d'Aroeira au centre du Portugal, présente un mélange de caractéristiques jamais observé jusqu'alors chez les humains fossiles ; cet individu présente des traits le rendant proche des Néandertaliens mais aussi certains traits plus primitifs évoquant d'autres espèces humaines éteintes en Europe. Il pourrait contribuer à mieux comprendre les lignées d'Europe ayant évolué vers les Néandertaliens. Les fossiles de Swanscombe (Kent, Angleterre, ), le crâne de l'Homme de Steinheim (Allemagne, ) et de la Sima de los Huesos à Atapuerca (Espagne, ) sont plus clairement attribués aux Prénéandertaliens. Les Néandertaliens anciens. Les restes de trois os longs (humérus, radius, cubitus) du bras gauche d’un individu adulte, de sexe indéterminé, datés d'environ ont été découverts en septembre 2010 sur une fouille de l'Inrap à Tourville-la-Rivière (Normandie, France). Leur étude a été publiée en octobre 2014. Les plus anciens fossiles de morphologie néandertalienne presque complète ont des âges compris entre - et - . Parmi eux, on peut citer le crâne de Biache-Saint-Vaast (Pas-de-Calais), vieux de , les restes de La Chaise à Vouthon (Charente), la mandibule de Montmaurin (Haute-Garonne), les crânes de Saccopastore près de Rome en Italie (), ou les 800 fossiles découverts par Dragutin Gorjanović-Kramberger à Krapina en Croatie. Les Néandertaliens classiques. Les Néandertaliens les plus typiques, dont les caractères dérivés sont les plus marqués, ont des âges compris entre , date de leur disparition. Parmi les fossiles de Néandertaliens classiques, outre les vestiges de Néandertal même (environ ), il faut mentionner les squelettes de La Chapelle-aux-Saints 1, du Moustier, de La Ferrassie, de La Quina, de Saint-Césaire dans le Sud-Ouest de la France ou de Spy en Belgique pour ne citer que les plus complets. Les derniers Néandertaliens connus ont été découverts notamment au Portugal, en Espagne (Zafarraya, ), en Croatie (Vindija, ) et dans le Nord-Ouest du Caucase (Mezmaiskaya, ). Toutes ces dates sont toutefois à considérer avec précaution, les réévaluations successives ayant tendance à vieillir les résultats obtenus par le carbone 14 pour le Paléolithique moyen. Des recherches conduites de 1999 à 2005 dans la grotte de Gorham à Gibraltar suggèrent que les Néandertaliens y ont vécu jusqu'à , voire . Ils auraient donc longuement cohabité avec les "Homo sapiens", présents dans la région depuis . Ces résultats sont toutefois fortement critiqués, par exemple par le paléoanthropologue Joao Zilhão, de l'université de Bristol. En 2011, une équipe internationale publia des travaux concernant le site de Byzovaïa, près du cercle arctique en Russie, où ont été découverts des bifaces taillés typiques de la culture moustérienne, classiquement associée aux Néandertaliens en Europe occidentale. Ces outils datent d'il y a et sont situés plus de mille kilomètres au nord du site le plus septentrional connu pour l'homme de Néandertal, remettant en question la distribution maximale de celui-ci. Ces conclusions ont toutefois été vivement contestées dans une publication ultérieure. Les auteurs considèrent qu'en l'absence de restes fossiles constituant une preuve directe de la présence néandertalienne à cette latitude et à une date aussi récente, l'hypothèse d'un rattachement de l'industrie lithique de Byzovaya au Paléolithique supérieur demeure la plus parcimonieuse. Caractéristiques physiques. Squelette. Les Néandertaliens sont de corpulence souvent très massive et robuste : et en moyenne pour les hommes et et pour les femmes (des individus auraient atteint ). L'ensemble de leur structure (os épais avec corticale développée) et leurs attaches musculaires laissent supposer une grande force physique. Les règles écologiques de Bergmann (corps plus massif qui réduit la déperdition de chaleur) et d'Allen (membres courts qui réduisent également cette déperdition) s'appliquent parfaitement aux néandertaliens dont l'anatomie est une adaptation aux climats froids. Les Néandertaliens présentent quelques caractères archaïques, hérités de leur prédécesseur (caractères plésiomorphes), ainsi que des caractères évolués (caractères apomorphes). Les caractères évolués peuvent être partagés avec les "Homo sapiens" (caractères synapomorphes) ou bien être des caractères dérivés spécifiques (caractères autapomorphes). Seuls ces derniers permettent d'identifier l'espèce lors de l'examen d'un fossile. Les traits spécifiques aux Néandertaliens ont souvent été présentés comme des adaptations au froid ; les membres courts et robustes des Néandertaliens trouvent des analogues modernes dans les populations vivant dans les régions proches du pôle. Des facteurs écologiques liés aux avancées glaciaires tels que l'isolement de populations et le faible brassage génétique ont pu favoriser la fixation rapide de ces traits. Pigmentation et couleur des cheveux. La rousseur des Néandertaliens a été évoquée à la suite de différentes études mais il semble s'agir de sur-interprétations de résultats scientifiques de la part des médias. Chez les humains, la rousseur est liée à une mutation du gène MC1R (') qui régule la production de mélanine. En 2000, une étude a montré que cette mutation pouvait exister depuis . Certains en ont conclu qu'elle pouvait être apparue chez les Néandertaliens qui l'auraient transmise aux hommes modernes, ce que nuancent les auteurs. En octobre 2007, un article de la revue ' présente les résultats d'une étude portant sur l'extraction d'ADN fossile de deux spécimens néandertaliens, l'un découvert en Italie (Monti Lessini), l'autre en Espagne ( 1252). Les auteurs ont amplifié et séquencé un fragment du gène MC1R et ont mis en évidence chez les deux individus une mutation inconnue chez l'homme moderne. Toutefois, il est impossible de déterminer si cette mutation était présente sur les deux allèles et donc si elle affectait le phénotype des individus en question. Pour les auteurs, la présence de ces mutations permet d'estimer qu'un pour cent environ des Néandertaliens avait une pigmentation réduite se traduisant par une peau claire et des cheveux roux. Bien que cette proportion soit très limitée, certains médias ont rapporté que les Néandertaliens étaient roux. Alors que la plupart des musées présentent des reconstitutions de Néandertaliens avec des yeux bleus ou verts, un teint de peau clair et des cheveux roux correspondant à ce que l'on observe chez les populations modernes sous des latitudes équivalentes à celles de l'Europe, une étude génétique parue en 2012 portant sur les ossements de deux femmes néandertaliennes de Croatie suggère la possibilité parallèle d'une peau au teint plus foncé, d'yeux marron et de cheveux bruns. Paléopathologie. Les restes osseux de Néandertaliens, tant en Europe qu'en Asie occidentale, présentent parfois des anomalies qui renseignent sur les lésions organiques survenues de leur vivant et parfois responsables de leur décès. Ces anomalies peuvent être classées en quatre catégories principales : Traumatologie. Les Néandertaliens semblent avoir souffert fréquemment de fractures, en particulier au niveau des côtes (Shanidar IV, « vieillard » de La Chapelle-aux-Saints 1), du fémur (La Ferrassie 1), de la fibula (La Ferrassie 2 et ), de la colonne vertébrale (Kébara 2) et du crâne (Shanidar I, Krapina, Šaľa 1). Ces fractures sont souvent ressoudées et ne montrent pas ou peu de signes d'infection, ce qui suggère que les individus étaient pris en charge au cours de leur période d'invalidité. En relation avec des fractures, d'autres traces de traumatismes ont été signalées sur de nombreux squelettes de Néandertaliens. Ils semblent liés à des blessures perforantes, comme chez Shanidar III dont le poumon fut certainement perforé par une blessure entre les côtes 8 et 9. Il peut s'agir d'une attaque intentionnelle ou d'un accident de chasse, mais l'individu survécut à sa blessure durant quelques semaines avant d'être tué par la chute d'un bloc rocheux dans la grotte de Shanidar. D'autres traumatismes correspondent à des coups portés à la tête (Shanidar I et IV, Krapina), tous consolidés. Pathologie articulaire. L'arthrose est particulièrement répandue chez les Néandertaliens les plus âgés. Elle concerne de façon spécifique les articulations comme les chevilles (Shanidar III), la colonne vertébrale et les hanches (« vieillard » de La Chapelle-aux-Saints), les bras (La Quina 5, Krapina, Feldhofer), les genoux, les doigts et les orteils, le tout en relation étroite avec les maladies articulaires dégénératives (arthrose), qui peuvent aller de la dégénérescence normale, liée à l’usure, jusqu’à la restriction des mouvements, douloureuse et handicapante, et à la déformation. C’est ce qu’on observe à des degrés divers sur les squelettes de Shanidar (I-IV). Pathologie dentaire. L'hypoplasie de l'émail dentaire est l'indicateur d'un stress survenu durant le développement des dents. Les striations et les cannelures de l'émail reflètent les périodes de pénurie alimentaire, les traumatismes ou les maladies. Une étude de 669 couronnes dentaires de Néandertaliens a montré des signes d'hypoplasie plus ou moins prononcés sur 75 % d'entre elles. Les carences alimentaires en étaient la cause principale, pouvant aller jusqu'à entraîner la perte des dents. Les dents appartenant aux squelettes les plus âgés présentaient toutes une hypoplasie, particulièrement nette chez le « vieillard » de La Chapelle-aux-Saints 1 et l'individu 1 de La Ferrassie. Pathologie infectieuse. On trouve occasionnellement sur des squelettes de Néandertaliens des lésions osseuses secondaires liées à une infection des tissus mous du voisinage. Shanidar I présente des traces manifestes de lésions dégénératives de même que La Ferrassie 1, où les lésions sur les deux fémurs, les tibias et les fibulas indiquent une infection systémique ou peut-être un cancer. Langage et parole. L'aptitude physique à la parole et au langage des Néandertaliens a longtemps été controversée. Les discussions portent, en particulier, sur l'aptitude physique des Néandertaliens au langage, pour laquelle la morphologie de l'os hyoïde est importante. L'os hyoïde est un petit os qui maintient la base de la langue. Il est présent chez tous les mammifères. Très peu d'os hyoïdes de Néandertaliens ont été mis au jour : un premier a été découvert en 1983 dans la grotte de Kébara, sur le mont Carmel en Israël ( A.P.) et un autre dans le site d’El Sidron en Espagne ( A.P.). Les deux os sont très peu différents de ceux des humains actuels. Des os hyoïdes appartenant à des pré-néandertaliens ont été découverts dans le site de la Sima de los Huesos à en Espagne ( A.P.) ; ils ont également des caractéristiques proches de celui des "Homo sapiens". En outre, au-delà de la présence ou non de l'os hyoïde, pour le préhistorien Jean-Paul Demoule, il existe plusieurs éléments permettant d'identifier dans la production d'objets des "Homo erectus" tardifs et des premiers Néandertaliens les preuves de la présence d'un « proto-symbolisme » indice probable d'un prélude de langage se situant entre les sons signifiants des chimpanzés et le langage de l'homme moderne. Concernant le conduit vocal des Néandertaliens, Philip Lieberman a émis en 1971, sur la base d'un travail de modélisation, que ceux-ci ne disposaient pas d'un pharynx de taille suffisante pour produire tous les sons que l'on observe dans les langues du monde. Malgré de nombreuses critiques concernant cette argumentation, cette théorie s'est largement diffusée pendant une trentaine d'années. À la suite d'une longue controverse, il semble que les arguments avancés par Lieberman ne soient plus tenables à la lueur des connaissances actuelles. La reconstruction anatomique du conduit vocal qu'il avait utilisée n'était pas réaliste et ses simulations peu convaincantes. Ce n'est pas la taille du pharynx qui permet de parler mais le contrôle des articulateurs (cordes vocales, langue, mandibule, voile du palais, lèvres). Les nouvelles simulations montrent bien que les Néandertaliens avaient la capacité physique de parler. Une étude publiée en 2007 et portant sur l'analyse de l'ADN provenant des restes de deux Néandertaliens découverts dans la grotte d'El Sidrón (Espagne) aurait permis d'y détecter la même version de la protéine Forkhead-P2 (" P2") que celle présente chez les hommes modernes. Cela pourrait plaider en faveur de l'aptitude des Néandertaliens au langage puisqu'on estime que ce gène joue un rôle important dans le développement des parties du cerveau liées à la maîtrise du langage articulé. Une étude publiée en 2021 démontre que les capacités auditives des Néandertaliens étaient les mêmes que celles des humains actuels. Culture et techniques. Après avoir longtemps été considéré comme un être archaïque et encore proche de l'animalité, y compris par une partie de la communauté scientifique, l'Homme de Néandertal commence à apparaître comme un être doté de capacités intellectuelles et de traditions culturelles. Le tableau ci-dessous liste un certain nombre de comportements considérés comme modernes et courants chez "Homo sapiens" ainsi que la fréquence relative de leur mise en œuvre par "Homo neanderthalensis" : Artisan de la pierre. L'homme de Néandertal est l'auteur d'un outillage complexe et élaboré, et notamment des industries du Moustérien. Ses méthodes de débitage apportent en outre la preuve de ses capacités d'abstraction et d'anticipation, en particulier en ce qui concerne le débitage Levallois. Les éclats obtenus par cette méthode ou par d'autres pouvaient être utilisés bruts ou bien retouchés, légèrement modifiés sur leurs bords pour obtenir des outils plus spécialisés tels que les racloirs ou les denticulés. Des preuves directes (traces d'adhésif naturel en bitume ou en résine) ou indirectes (répartition des traces d'utilisation) montrent que certains outils étaient utilisés emmanchés. Les manches eux-mêmes, réalisés en matériaux périssables, n'ont pas été conservés. En revanche, des conditions particulièrement favorables ont permis la conservation de quelques objets en bois. Le plus spectaculaire est sans conteste un fragment d'épieu en if fiché dans le thorax d'un éléphant ("Elephas antiquus"), mis au jour à (Basse-Saxe). Dans le même site, daté de l'Éémien (- avant le présent), ont été découverts des éclats Levallois ayant servi à découper de la peau et de la viande. Il est probable que les derniers Néandertaliens soient les auteurs du Châtelperronien, un faciès culturel de transition entre le Paléolithique moyen et le Paléolithique supérieur en Europe occidentale. Ce faciès est caractérisé par des comportements longtemps considérés comme propres aux hommes modernes : débitage de lames, utilisation de parure, fabrication d'outils en os. Grand chasseur. En 1981, l'archéologue Lewis Binford soutient une théorie selon laquelle les premiers hominidés (dont les Néandertaliens) jusqu'au Paléolithique moyen ne pratiquaient que la cueillette ou le charognage passif, seuls les hommes modernes pratiquant la chasse de grand gibier rapide. Cette théorie est aujourd'hui abandonnée. Rares sont les preuves directes de la pratique de chasse aux grands herbivores par les Néandertaliens telles que le fragment d'épieu en if de et les lances de Schöningen à la pointe parfois durcie au feu ou des pointes emmanchées en silex ou en os, parfois collées au bitume. En revanche, les sites livrent des accumulations impressionnantes d'ossements de grands mammifères (bison à Coudoulous, Lot et à Mauran, Haute-Garonne ; saïga en Crimée ; bouquetin dans la grotte du Lazaret ; aurochs à La Borde, Lot ; cheval à Saint-Césaire, Charente-Maritime) ; elles sont interprétées comme le résultat de chasses saisonnières, parfois avec utilisation d'avens ou de fondrières comme pièges naturels (technique de « chasse à l'abîme »). De plus, les analyses biogéochimiques sur le collagène osseux des Néandertaliens et des mammifères associés montrent une alimentation carnée proche de celle du loup, même en période tempérée. Chasseurs de grands mammifères, les Néandertaliens avaient des stratégies (communautés spécialisées dans la chasse de deux ou trois espèces, technique à l'approche ou à la poursuite de proies en fonction de l'âge et du sexe) qui attestent une parfaite connaissance de l'environnement et de l'éco-éthologie des animaux et un savoir-faire technique développé. Enfin les études anatomiques montrent leur adaptation à la chasse : ils étaient en effet trapus et musclés, et pesaient en moyenne pour (hommes) et pour (femmes). La pratique ponctuelle d'un charognage actif (accès primaire à la carcasse en écartant les prédateurs — hyène des cavernes, loup, lion des cavernes — ou en recherchant les animaux morts dans des pièges naturels) a également été évoquée, notamment pour les grands mammifères (mammouth, rhinocéros laineux). Société néandertalienne. Les analyses en paléogénétique réalisées en 2010 dans la grotte d'El Sidrón suggèrent que la société néandertalienne pratique l'exogamie patrilocale. Certaines constatations de comportements altruistes témoignent de manifestations d'entraide, de solidarité et d'assistance, tel le vieillard retrouvé dans le cimetière de La Chapelle-aux-Saints ou de Shanidar avec un squelette si déformé par la maladie qu'il devait probablement être infirme. Les enfants s'entraînent à la taille d'outils lithiques sur les mêmes sites que les adultes expérimentés. Au moins un comportement alimentaire, le bris des os pour en extraire la moelle, a révélé un apprentissage social plutôt que technique dans les niveaux du Pléistocène moyen. Une étude sur les assemblages de ces matériaux provenant de la (Valence, Espagne, MIS 9-5e) et celle de Gran Dolina TD10-1 (Burgos, Espagne, MIS 9) : dans un même groupe, les os ne sont pas brisés aux points les plus faibles, dans une logique d'efficacité, mais suivant un comportement socialement acquis. Au sein d'une même grotte, ces comportements changent au fil des époques ; ceci suggère l'existence possible d'identités culturelles ou de prédispositions comportementales dépendantes des groupes et pourrait servir de marqueur pour les zones d'extension des différents groupes. Les analyses génétiques suggèrent que les Néandertaliens de Sibérie vivaient dans des populations relativement isolées de moins de . En revanche, les Néandertaliens d'Europe et les humains modernes anciens semblent avoir vécu dans des populations de plus grande taille. Un amoncellement d'ossements et d'outils découverts dans la mine de charbon de Neumark-Nord, près de Halle-sur-Saale (Saxe-Anhalt, Allemagne), montre que les Néandertaliens pouvaient se rassembler par centaines, au moins temporairement. Au cours d'environ trois siècles pendant l'Éémien, il y a environ ( avant l'arrivée des premiers "Sapiens"), ils ont abattus au même endroit plus de 70 éléphants ("Palaeoloxodon antiquus"), récoltant jusqu'à 4 tonnes de chair de chaque animal. Sur les d'éléphants, presque tous montrent des signes de dépeçage à l'aide d'outils tranchants, et aucun n'a été rongé par des charognards, signe qu'ils avaient été parfaitement nettoyés. La viande d'un seul éléphant a pu suffire à nourrir pendant une semaine, ou 100 pendant un mois s'ils étaient capables de conserver la viande aussi longtemps. Alimentation. Les Néandertaliens ont d'abord été considérés comme exclusivement chasseurs carnivores, faisant partie des superprédateurs (mangeant de grands herbivores alors qu’"Homo sapiens" avait diversifié son alimentation — petit gibier, fruits de mer, poissons d'eau douce et marins). Ce régime alimentaire a parfois été considéré comme l'une des causes de leur extinction. En 2010, des analyses de phytolithes piégés dans des plaques de tartre de dents fossilisées néandertaliennes provenant de différents sites ont révélé des traces de plantes fossilisées (palmier-dattier, légumineuses, rhizomes de nénuphar, graminées du genre "Triticum" ou "Hordeum"), indiquant un régime alimentaire diversifié et un comportement de chasseur-cueilleur. De plus, certains grains d'amidon retrouvés montrent des processus de cuisson, suggérant que les Néandertaliens, grâce à leur maîtrise du feu, cuisaient ces végétaux en les faisant bouillir. On pensait auparavant que seules les viandes étaient cuites (d'après l'analyse des ossements d’animaux retrouvés dans de nombreux foyers) alors que les végétaux étaient simplement grillés. Les Néandertaliens ont ainsi une alimentation carnée composée essentiellement de grands mammifères mais incluant également des végétaux ou de petits animaux (lagomorphes, oiseaux, mollusques terrestres) lorsque les conditions s'y prêtent. La matière animale et végétale constituent respectivement 80 et 20 % de leur régime alimentaire. Des restes de coquillages trouvés dans la grotte de Bajondillo au sud de l'Espagne, montrent que des Néandertaliens mangeaient des fruits de mer en Europe dès avant le présent. En 2012 puis en 2017, l'analyse chimique puis l'identification de restes d’ADN piégés il y a environ dans la plaque dentaire de Néandertaliens découverts en Belgique et en Italie montrent qu’ils mangeaient notamment du rhinocéros laineux, du mouflon et des champignons. Par contre, chez ceux d'El Sidrón (Espagne), datés d'environ , seul de l’ADN végétal a été détecté. Il provient de diverses plantes et champignons (pignon de pin et mousse forestière notamment) . Les Néandertaliens semblent aussi avoir utilisé des analgésiques (acide salicylique trouvé dans le saule) et des antibiotiques naturels ("Penicillium"). En 2012, l'analyse chimique de plaques dentaires de cinq Néandertaliens mis au jour à El Sidrón avait déjà montré la présence de composés végétaux amers pouvant provenir de l'achillée millefeuille, dont l'utilisation était déjà présumée précédemment par la présence de pollens dans une tombe néandertalienne à Shanidar, en Irak, et la camomille. Il s'agit de plantes sans valeur nutritive mais présentant des vertus médicinales ou pouvant servir éventuellement de coupe-faim. En 2019, l'étude des dépôts moustériens de la grotte de Pié Lombard (Tourrettes-sur-Loup, Alpes-Maritimes, France) révèle les restes fossilisés d'au moins 225 lapins de l'espèce "Oryctolagus cuniculus", de loin l'espèce animale la plus abondamment représentée sur le site. Par ailleurs, les Néandertaliens chassaient des animaux marins tels que le dauphin ou le phoque. Globalement, les découvertes montrent de plus en plus que leur régime alimentaire était qualitativement aussi diversifié que celui des humains anatomiquement modernes. De plus, lors d'une étude de 2022, John McNabb (Centre for the Archaeology of Human Origins de l’Université de Southampton au Royaume-Uni) met en exergue la découverte du site préhistorique de la Grotte de Shanidar en Irak qui révèle que Néandertal faisait cuire ses aliments et utilisait des mélanges de diverses légumineuses avec de la viande. Par ailleurs, les néandertaliens faisaient cuire des crabes. Sépultures. S'il est possible qu’"Homo heidelbergensis", l'un des ancêtres probables de l'Homme de Néandertal, ait adopté un comportement particulier vis-à-vis de ses morts à , les premières véritables sépultures connues sont néandertaliennes. Les plus anciennes datent d'environ - et ont été mises au jour au Proche-Orient. Elles se multiplient ensuite et on en trouve en France (La Chapelle-aux-Saints, La Ferrassie, La Quina, Le Moustier, Saint-Césaire), en Belgique (Spy), en Israël (Kébara, Amud), au Kurdistan irakien (Shanidar), en Ouzbékistan (Teshik-Tash). Dans certains cas, elles comprennent des dépôts funéraires (outils lithiques, fragments de faune). L'une des sépultures de Shanidar renfermait un Néandertalien enterré sous une grande dalle. Une grande quantité de pollens de plantes à fleurs était présente autour du corps. Ces pollens ont longtemps été considérés comme la preuve du dépôt de nombreuses fleurs lors de l'enfouissement. Une étude de 1999 a remis en question cette interprétation, citant des phénomènes post-dépositionnels ou l'action de rongeurs pour expliquer l'accumulation de pollens. Cette étude a cependant été fortement contestée. Ces sépultures comportent souvent des fosses intentionnelles et sont pratiquement toujours associées à des habitats. Il est peu probable qu'elles n'aient eu qu'un rôle fonctionnel simplement destiné à se débarrasser d'une dépouille, même si leur interprétation en termes de religiosité est sujette à discussion. En 2020, en Dordogne, le squelette d’un enfant de 2 ans est considéré comme ayant été enterré au cours d'un rite funéraire. Les Néandertaliens ont plusieurs types de rites funéraires : sépultures, inhumations en deux temps après décomposition du corps à l'air libre (traces de désarticulation et décharnement à Shanidar VI et VIII, Krapina, Kébara, combe Grenal), « culture des ancêtres » (analyses de taphonomie sur des crânes isolés et corps sans tête à Kébara), endocannibalisme (Moula-Guercy à Soyons, Ardèche, Vindija et Krapina en Croatie : stries de fracturation sur os frais). Culte de l'ours. Dans certains sites tels que celui du Regourdou en Dordogne, des accumulations de crânes d'ours qui semblaient disposés intentionnellement ont été interprétées comme le résultat d'un « culte de l'ours ». Au Regourdou, un squelette d'ours brun reposait sous une dalle monolithe d'un poids de , dans une fosse peu profonde. À proximité, le corps d'un Néandertalien était couché sur le côté gauche, la tête vers le nord, en position fœtale. Le crâne manquait, mais il restait la mandibule. L’absence du crâne a également été observée dans le cas de la sépulture néandertalienne de Kébara. D'après E. Bonifay, il s'agissait d'une véritable tombe composée d’une fosse dallée, empierrée et couverte de sable et de cendres de foyer. Cette interprétation a largement été remise en question depuis, les accumulations d'ossements d'ours du Regourdou pouvant être liés à des phénomènes taphonomiques liés à l'occupation de la cavité par des ours hibernants. L'existence du culte de l'ours, popularisée par les romans préhistoriques de l'écrivaine américaine Jean M. Auel, est contestée par de nombreux scientifiques. Les crânes d'ours sont extrêmement résistants et peuvent être déplacés par des phénomènes naturels jusqu'à acquérir des positions évoquant une organisation volontaire mais en fait seulement due au hasard. Cannibalisme et traitement rituel des cadavres. La présence de traces de désarticulation, de décharnement, de fracturation intentionnelle ou de calcination sur certains os de Néandertaliens a été interprétée comme un témoignage de la pratique du cannibalisme. Des ossements de sites tels que l'abri Moula, en Ardèche ou Krapina en Croatie présentent de telles traces de découpe. Il est toutefois difficile de démontrer s'il s'agit de cannibalisme plutôt que d'un traitement "post mortem" des dépouilles dans le cadre d'un rite funéraire. Les fragments d'os de Krapina présentent des marques comparables à celles de sépultures secondaires d'une nécropole du découverte dans le Michigan, correspondant à l'ablation de la chair sur une dépouille partiellement décomposée. Certains os crâniens du site des Pradelles à Marillac-le-Franc présentent des traces de découpe correspondant sans doute au prélèvement du cuir chevelu par scalpation. Le crâne de Néandertalien découvert dans la grotte Guattari (Mont Circé, Italie) a longtemps été considéré comme une preuve irréfutable de rituel anthropophagique : il aurait été déposé dans un cercle de pierre après que le trou occipital avait été élargi pour consommer le cerveau. Des examens approfondis ont montré que le cercle de pierre était probablement naturel et que l'élargissement du trou occipital avait été causé par une hyène, ce que confirme la présence de traces de dents en différents points du crâne. Cependant, des os humains ont été découverts intentionnellement cassés dans le but d'exploiter la moelle. Ainsi dans la grotte de l'Hyène à Arcy-sur-Cure (Yonne), des os humains étaient mélangés sans aucune distinction aux os d'animaux ayant servi de nourriture, le tout encerclant le principal lieu de vie. Ces découvertes permettent de retenir l'hypothèse du cannibalisme comme fort probable, sans pouvoir trancher s'il s'agit d'un endocannibalisme ou d'un exocannibalisme. Arts. La reconnaissance progressive de la culture néandertalienne remet en cause la primauté culturelle de l'homme moderne : alors que l'on pensait il y a peu que la culture technique et symbolique des Néandertaliens était très nettement inférieure quantitativement et qualitativement à celle de l"'Homo sapiens", les découvertes récentes font apparaître que l'Homme de Néandertal avait lui aussi développé certaines techniques évoluées (débitage de lames), et développé ou adopté des traits culturels modernes (sépultures, signes gravés, parures). La thèse du rôle capital de l'arrivée de l"Homo sapiens" en Europe et celle d'une corrélation entre l'évolution biologique et l'évolution culturelle expliquant le plus grand développement de l"Homo sapiens" par son évolution biologique s'en trouvent donc remises en question. Au Paléolithique moyen apparaissent les premières manifestations de préoccupations esthétiques ou symboliques : En 2014, la découverte dans la grotte de Gorham (Gibraltar) de formes géométriques gravées sur une paroi recouverte de sédiments datant de plus de est annoncée par l'équipe de . Elles constituent le premier exemple connu d'art pariétal abstrait attribué aux Néandertaliens. Leur réalisation a nécessité plusieurs centaines de passages de la pointe d'un outil de pierre taillée, probablement de silex. En février 2018, de nouvelles datations viennent confirmer l'origine néandertalienne de créations artistiques (pourtour de main, réseau de lignes, peinture sur paroi) découvertes dans trois grottes espagnoles (, et ) : plus de , soit plus de avant l'arrivée en Europe des premiers hommes modernes. Des coquillages percés et teints, trouvés dans une quatrième grotte, sont encore plus vieux. Néanmoins, un article paru le 21 septembre 2018 remet en cause la datation des grottes de Maltravieso et de La Pasiega en raison du manque de corrélation entre le matériau analysé (des efflorescences de calcite) et le phénomène à dater. Quant aux aplats d'oxydes rouges trouvées à Ardales, rien ne prouve leur origine humaine. L'étude des pigments de la grotte du Renne à Arcy-sur-Cure (Salomon "et al." 2008) permet de conclure que les néandertaliens ont utilisé des couleurs sur les peaux (vêtements, tentes) bien avant qu'elles n'aient été utilisées pour les peintures rupestres, et étaient donc capables d'ajouter une dimension symbolique aux objets de leur quotidien. Les mêmes auteurs, et d'autres, notent la grande quantité de pigments remontant au Moustérien de tradition acheuléenne dans les grottes du Pech-de-l'Azé à Carsac-Aillac, Dordogne, et à d'autres sites de cette époque. En 2015 un réexamen des serres d'un pygargue à queue blanche, découvertes en 1899 sur le site néandertalien de Krapina en Croatie, révèle un remodelage en vue d'en faire les plus anciens bijoux connus datés de . Il précède de les plus anciens bijoux connus créé par l’"Homo sapiens" à Skhul en Israël. Les Néandertaliens possédaient donc une culture symbolique avant l'arrivée d’"Homo sapiens" Europe. Des griffes similaires qui datent de avaient été trouvées au site néandertalien des grottes du Pech-de-l'Azé en France. Sur le même site, des pigments étaient utilisés sur les cuirs travaillés (vêtements, tentes), prouvant que bien avant l'apparition en Europe des peintures rupestres les néandertaliens savaient manier les matériaux colorants et qu'ils n'ont pas attendu l"'Homo sapiens" pour donner à leurs objets du quotidien une dimension symbolique. Structures de la grotte de Bruniquel. Deux structures annulaires formées par l'accumulation de tronçons de stalagmites ont été découvertes en 1995 dans la grotte de Bruniquel, mais les campagnes de prélèvements n'ont pu avoir lieu qu'à partir de 2014. Ces structures, constituées de presque 400 « spéléofacts », ont été datées en 2016 : . Cet âge indique qu'elles sont vraisemblablement l’œuvre de l'homme de Néandertal, et même de néandertaliens « archaïques ». Fabrication de cordage. En 2020, une équipe internationale a publié une étude décrivant le moulage fossilisé d’un fragment de cordelette torsadée, composée de trois brins eux-mêmes torsadés. Cette découverte a été faite dans l’abri du Maras en Ardèche, daté entre . L’Homme de Néandertal ayant été le seul occupant de ce site, cet artéfact lui a été attribué. Les fibres ont été identifiées comme provenant probablement d’un conifère. C'est la plus ancienne trace de cordage trouvée, la précédente datant de provenant du site Ohalo II. Hybridations. Morphologies d'apparence hybride. Un squelette d'enfant découvert au Portugal a été présenté en 1999 comme un hybride Néandertal/"Homo sapiens". Cette hypothèse est fortement discutée en raison des difficultés à identifier les caractères autapomorphiques chez un individu juvénile, alors que la variabilité de la population concernée est mal connue. Un squelette d'enfant trouvé en contexte gravettien à Lagar Velho dans la vallée de Lapedo, au centre du Portugal, porterait des caractéristiques des deux espèces. Cet enfant d'environ quatre ans a été inhumé dans une sépulture intentionnelle, il y a . Il est donc postérieur de quelques milliers d'années aux derniers restes clairement attribuables aux Néandertaliens (entre et avant le présent). Cependant le caractère hybride de cet enfant est très discuté et difficile à établir : les caractères dérivés des deux taxons sont moins marqués chez les individus juvéniles que chez les adultes et la variabilité individuelle des enfants de l’époque est absolument inconnue. Le réexamen (morphologie géométrique, analyse paléogénétique de l'ADN mitochondrial) en 2013 d'une mandibule dite des « amants de Vérone » suggère une hybridation entre un père sapiens et une mère néandertalienne. Génétique. En 2010, le séquençage de 63 % du génome de Néandertal effectué par une équipe de l'Institut Max-Planck d'anthropologie évolutionniste coordonnée par Svante Pääbo montre que 1 à 4 % du génome des "Homo sapiens" non africains provient des Néandertaliens. Les "Homo sapiens" d'ascendance africaine n'ont, eux, que peu ou pas d'ADN de Néandertal. Cet apport est réparti sur 20 régions génétiques spécifiques aux "Homo sapiens". En 2010, des résultats basés sur l'analyse de de paires de bases d'ADN nucléaire, issus d'ossements fossiles de trois Néandertaliens, ont montré que ceux-ci étaient génétiquement plus proches des "Homo sapiens" eurasiatiques que de ceux d'Afrique subsaharienne. Les auteurs en concluaient que les Néandertaliens auraient contribué à hauteur de 1 à 4 % (en moyenne 2,2 %) au génome des populations d'humains modernes non africaines. Ces croisements entre Néandertaliens et "Homo sapiens" eurasiatiques auraient pu survenir il y a à ans au Proche-Orient<ref name="Science/Genomics"></ref>. En 2012, une étude confirme que Néandertaliens et humains modernes se sont hybridés « quand les humains modernes, porteurs de technologies proches de celles du Paléolithique supérieur, ont rencontré les Néandertaliens alors qu'ils quittaient l'Afrique ». Si chaque "Homo sapiens" n'a que 1,8 à 2,6 % du génome de Néandertal en lui, en regroupant les différentes séquences éparpillées dans le monde entier, les chercheurs sont parvenus à reconstituer environ 30 % de ce génome . En 2014, l'étude du génome d'un "Homo sapiens" découvert à Kostenki, en Russie, et daté de ans avant le présent, confirme encore le métissage et permet d'avancer une date à laquelle l'hybridation aurait eu lieu. En 2015, des analyses génétiques révèlent que le fossile Oase 1 avait un ancêtre récent néandertalien, avec un ADN autosomique néandertalien estimé de 5 à 11 %. En 2017, le génome d'une seconde néandertalienne provenant de la grotte de Vindija (Croatie) a été séquencé. L'étude a permis de préciser la proportion d'ADN néandertalien chez les Eurasiens (1,8 à 2,6 %) et confirme l'implication de ces gènes néandertaliens dans la résistance au froid et la . En 2018, l'ADN d'un fragment osseux trouvé dans la grotte de Denisova, celui d'une adolescente morte vers 13 ans il y a environ , montre qu'elle était l'hybride d'une mère néandertalienne et d'un père dénisovien. C'est le premier cas reconnu d'une hybridation entre espèces humaines au premier degré. Interfécondité. En 2016, une information nouvelle a contribué aux débats : alors que les séquençages précédents concernaient l'ADN autosomal (non sexuel), une première description d'un chromosome Y (et donc masculin) néandertalien (provenant de la grotte d'El Sidrón, Espagne, il y a ) a montré de grandes différences avec le chromosome Y humain actuel. Même si des Néandertaliens et des humains modernes se sont hybridés il y a quelque , l'ADN du chromosome Y néandertalien ne semble pas avoir été transmis aux humains modernes. Ceci va dans le sens d'études antérieures constatant que si les Asiatiques et les Européens actuels ont bien hérité de 1 % à 3 % de leur ADN de leurs ancêtres via des croisements avec des Néandertaliens, leurs chromosomes Y n'en portent pas de traces. Une hypothèse explicative serait que les deux taxons n'étaient pas entièrement compatibles : le sperme des hommes Néandertaliens pourrait avoir été non fécondant pour les femmes « modernes » de leur époque. On a trouvé dans le chromosome Y néandertalien d'El Sidrón des mutations de trois gènes impliqués dans le système immunitaire, dont celui qui produit des antigènes pouvant provoquer une réponse immunitaire aboutissant à une fausse-couche chez les femmes enceintes. Ainsi, même si des hommes néandertaliens et des femmes « modernes » se sont sexuellement unis par le passé, ils n'ont vraisemblablement pas pu obtenir de descendance mâle suffisamment abondante ou viable, ce qui aurait pu hâter des néandertaliens. En 2019, David Reich parle des humains modernes et des Néandertaliens comme de « deux groupes à la limite de la compatibilité », l'analyse de l'ADN ancien et de l'ADN moderne d"'Homo sapiens" montrant une expulsion progressive des gènes néandertaliens impliqués dans la reproduction. Lors de chaque reproduction, l'héritage génétique se fait au hasard, par recombinaison des génomes paternels et maternels. Et le résultat montre que les "Homo sapiens" (non-africains) qui portaient le plus de traces néandertaliennes sur les chromosomes reproductifs n'ont pas eu de descendance (ou peu), donc étaient plus touchés par des problèmes de stérilité. Cette stérilité partielle des hybrides est un des arguments en faveur de la définition de Néandertal comme une espèce à part entière. Gènes transmis par Néandertal à "Sapiens". Dans le génome des hommes modernes européens, un gène lié à l'immunité pourrait être issu du génome de l'Homme de Néandertal. Cette découverte est confirmée en 2016 par des études qui mettent en évidence ces cas d'introgression : gènes néandertaliens à l'origine de la stimulation immunitaire et des allergies des hommes modernes. Certaines séquences d'ADN acquises par "Homo sapiens" auprès des Néandertaliens ont pu s’avérer bénéfiques, comme celles favorisant l'adaptation au climat froid ou résistance aux maladies. Elles ont été sélectionnées positivement alors que d'autres, délétères, ont été éliminées du génome humain par sélection négative. On trouve aujourd'hui dans le génome humain des allèles dérivés de Néandertaliens qui nous rendent à la fois sensibles ou . Parmi les gènes que les néandertaliens nous ont transmis, certains sont associés à des traits phénotypiques ou à des maladies. Ils affectent notamment : Cela conforte l'idée . Extinction. Les derniers Néandertaliens auraient disparu il y a environ . L'extinction aurait été échelonnée dans le temps selon un gradient régional. Leur disparition a suscité de nombreuses hypothèses, certaines faisant intervenir des modèles mathématiques ou économiques. Ce phénomène coïncide avec l'arrivée de groupes d'hommes modernes en Europe depuis le Proche-Orient à partir d'il y a environ , peut-être à la faveur d'un épisode climatique tempéré de la dernière glaciation. Ces hommes modernes, parfois appelés « Hommes de Cro-Magnon », sont porteurs d'une nouvelle culture matérielle, appelée Aurignacien et caractérisée par la généralisation du débitage lamellaire, l'utilisation du percuteur tendre pour ces débitages et la fabrication d'outils en matières dures animales (notamment des pointes de sagaies en os). Les hommes de l'Aurignacien sont également présumés être les auteurs des plus anciennes œuvres d'art pariétal et mobilier d'Europe. Les Hommes de Néandertal et les Hommes modernes ont probablement cohabité pendant quelques millénaires, même si aucune trace directe d'interaction n'est perceptible dans la culture matérielle. Causes d'extinction possibles. Éruption volcanique. Entre 2010 et 2017 ont été mises en relation la disparition de l'Homme de Néandertal autour de AP (avant le présent) et l'explosion de la caldera des champs Phlégréens (baie de Naples, Italie). Des datations de cet événement publiées en 2003 donnent une date de . Cet événement a vu la libération dans l'atmosphère d'un volume de matières volcaniques extrêmement important, d'au moins . Le panache de cendres serait monté à plus de d'altitude (stratosphère), avant de retomber en un épais manteau recouvrant tout, comparable aux couches de cendres de Pompéi, sur une aire de allant de l'Italie aux steppes asiatiques, tuant toute forme de végétation sur cette zone, ainsi que toute la chaîne trophique en dépendant, grands prédateurs et "Homo" compris. L'atmosphère globale aurait été assombrie pendant plusieurs années. Les derniers peuplements néandertaliens ayant survécu à cet évènement (présence constatée sur la péninsule Ibérique pendant encore plusieurs millénaires) auraient fini de disparaitre en raison d'un manque de diversité génétique (garante de la viabilité d'une espèce). Extinction due à des capacités cognitives inférieures. En 2010, une équipe de paléontologues du département d'évolution humaine de l'Institut Max Planck, à Leipzig (Allemagne), a analysé l'endocrâne (l'empreinte laissée par le cerveau dans la boîte crânienne) de squelettes de néandertaliens. Les résultats ont confirmé les données sur la génétique des néandertaliens acquises grâce au séquençage de leur ADN : le cerveau des "Homo sapiens" a une forme globulaire caractéristique qui n'existe pas chez Néandertal. Cette différence pourrait influencer l'organisation neuronale et synaptique du cerveau, et donc les capacités cognitives. Par une litote, Jean-Jacques Hublin, le chercheur français qui a dirigé cette étude, émet l'hypothèse que « l'homme de Néandertal ne voyait pas le monde de la même façon que nous » et que son incapacité à créer des liens sociaux complexes serait à l'origine de son extinction. Extinction par stérilité de l'hybridation. Selon une autre hypothèse, la disparition progressive de la population néandertalienne serait liée à la possibilité d'accouplements féconds mais donnant des hybrides stériles, au moins chez les Néandertaliennes. Une telle hypothèse, émise par le paléontologue finlandais Björn Kurtén, demeure difficile à tester. Certaines études suggèrent que les enfants issus d'union entre Néandertaliens et "Homo sapiens" auraient été moins fertiles, ce qui aurait entraîné une diminution de la proportion de gènes hérités de Neandertal. Extinction par consanguinité et petitesse de la population. La diversité génétique de l'espèce semble s'être fortement réduite au cours du Pléistocène supérieur, comme le montrent les analyses faites sur les séquences connues entre , au moment où Néandertal cohabitait avec l’"Homo sapiens". Ce constat nourrit la thèse du déclin démographique de Néandertal sur cette période, déclin conduisant, par un phénomène de goulet d'étranglement de population, à la disparition progressive de certains génotypes, donc à l'appauvrissement génétique de l'espèce. Ont également été évoqués des problèmes d'ordre génétique liés à une forte consanguinité et/ou des mutations spontanées ayant entraîné des maladies congénitales telles que l'hémophilie, le diabète insulino-dépendant ou une forme de stérilité, ayant suffisamment affecté la démographie de la population pour la faire disparaître. Partant de l'observation que les populations néandertaliennes étaient déjà petites avant l'arrivée de l'Homme moderne, une étude publiée en 2019 met en œuvre trois facteurs que la biologie de la conservation identifie comme essentiels pour la persistance d'une petite population, à savoir la consanguinité, l'effet Allee et la stochasticité. Les résultats indiquent que la disparition des Néandertaliens peut avoir résidé dans la petitesse de leur seule population. Ainsi, même s'ils étaient identiques dans leurs traits cognitifs, sociaux et culturels, et même en l'absence de compétition interspécifique, les Néandertaliens couraient un risque d'extinction considérable. En outre, les auteurs suggérent que si les humains modernes ont contribué à la disparition des Néandertaliens, cette contribution n'aurait peut-être rien à voir avec la concurrence des ressources, mais plutôt avec la façon dont les populations entrantes ont restructuré géographiquement les populations résidentes, d'une manière qui a renforcé les effets Allee, et les effets de consanguinité et stochasticité. Coexistence avec "Homo sapiens". La disparition des Néandertaliens serait liée à l'arrivée des hommes modernes et à la compétition territoriale pour l'exploitation des ressources, voire à leur élimination physique par les hommes modernes à l'occasion de conflits violents sur les zones de contact. L'hypothèse s'appuie en particulier sur la concomitance de l'expansion dHomo sapiens" et de la disparition de Néandertal ; les "Homo sapiens" d'Europe de l'Ouest cohabitant par exemple pendant plusieurs milliers d'années (500 à suivant les régions) avec les Néandertaliens. Elle se heurte toutefois à l'absence de traces de morts violentes ou de traces de cohabitation prolongée sur un même territoire. En outre on peut objecter que les deux groupes ne devaient pas occuper l'ensemble du territoire européen et que les Néandertaliens avaient une meilleure connaissance de ce territoire et de ses ressources que les nouveaux arrivants. La domestication du chien pour la chasse correspondant approximativement à la période de disparition des Néandertaliens, Pat Shipman a émis l'hypothèse selon laquelle cet événement aurait permis à "Homo sapiens" de bénéficier d'un net avantage dans sa recherche de nourriture. Outre cette hypothèse de l'extinction violente liée à l'homme moderne, les Néandertaliens auraient pu succomber à une maladie mortelle (épidémies) apportée par les Sapiens originaires d'Afrique. La trompe d'Eustache néandertalienne, plus courte que celle des "Homo sapiens", aurait favorisé des infections de l'oreille à répétition, fragilisant les Néandertaliens et participant à leur disparition. L'Homme de Néandertal dans les œuvres de fiction. Les Néandertaliens ont été dépeints dans la culture populaire, y compris les apparitions dans la littérature, les médias visuels et la comédie. L'archétype des « hommes des cavernes » se moque souvent des Néandertaliens et les décrit comme des personnages primitifs, bossus, brandissant des massues, grognants, des personnages antisociaux mus uniquement par l'instinct animal. « Néandertal » peut également être utilisé comme une insulte.
Hakkō-ryū Le hakkō-ryū (ou "hakkō-ryū-jū-jutsu") est un art martial japonais. Histoire. Le "hakkō-ryū-jū-jutsu" prend naissance à la même époque que l'aïkido. C'est en 1938 que le "soke" Ryuho Okuyama, alors âgé de trente-cinq ans, et qui vient de terminer ses études de médecine, ouvre son premier dojo à Tokyo. La technique qu'il enseigne, nommée "hakkō-ryū", tire ses origines des "Daitōryū aikijūjutsu", "kito-ryū", "takenuchi-ryū" et "tenshin-shinyo-ryū". On peut remarquer des similitudes avec l'aïkido, ce qui explique les quelques ressemblances qui existent sur la forme de ces deux disciplines, la finalité étant cependant sensiblement différente. "hakkō-ryū" signifie « école de la huitième lumière ». Cette huitième lumière, l'ultraviolet, résultat de la dispersion des sept couleurs de l'arc-en-ciel, évoque l'effet non perceptible des techniques du "hakkō-ryū". Car au-delà de la "self-defense", le but du "hakkō-ryū" est l'équilibre et la santé du pratiquant. Chacune des techniques élaborées par Okuyama possède une interprétation physiologique au sens de la médecine orientale et est destinée à produire un effet bien déterminé sur les organes vitaux du pratiquant. Le "hakkō-ryū-jū-jutsu" est considéré par ses pratiquants comme étant à la fois une école de santé et une école d'efficacité. Elle procède à une éducation progressive et rationnelle du corps en vue de la défense par la souplesse et ne se limite pas à un enseignement superficiel d'autodéfense. Après une trêve due à la loi martiale qui interdit la pratique des arts martiaux au Japon, Okuyama s'établit en 1947 à Ōmiya, dans la préfecture de Saitama, à proximité de Tokyo. C'est là qu'il installe le "honbu-dōjō", qui devient le centre mondial du "hakkō-ryū-jū-jutsu". Après s'être développé au Japon, le "hakkō-ryū" s'implante successivement aux États-Unis, au Canada, en Australie puis en Europe. Le "hakkō-ryū" apparaît en France pour la première fois en 1970 avec la venue à Paris du Japonais Takeshi Dogane, quatrième dan à l'époque, qui y séjournera durant deux ans. Mais la véritable implantation du "hakkō-ryū" en France se fera vers les années 1975-1976, plusieurs Français ayant obtenu le titre de "shihan" à la suite de stages au Japon. Certains de ces précurseurs ont maintenant dévié du "hakkō-ryū" pour créer leur propre école en ajoutant à la progression japonaise originelle des techniques empruntées à d'autres disciplines. De nos jours, très peu de dojos en France et en Europe enseignent encore fidèlement les techniques du "hakkō-ryū" telles que définies par Ryuho Okuyama, qui font toute la spécificité et la richesse de cette école.
Hervé Bazin Hervé Bazin, de son nom de naissance Jean Pierre Marie Hervé-Bazin, né le à Angers, ville où il est mort le , est un écrivain et romancier français, connu en particulier pour ses romans autobiographiques ("Vipère au poing", "La Mort du petit cheval" et "Cri de la chouette"). Biographie. Famille. Hervé Bazin est né au sein d'une famille aisée. Son père, Jacques Hervé-Bazin (1882-1944), est docteur en droit, avocat de profession, et enseigne durant plusieurs années à l'Université Catholique de l'Aurore à Shanghaï (Chine). Sa mère, Paule Guilloteaux (1890-1960), est la fille de Jean Guilloteaux (1865-1949), député puis sénateur du Morbihan. Sa grand-mère paternelle, Marie Bazin (1850-1919), auteure de plusieurs romans sous le pseudonyme de Jacques Bret, est la sœur du romancier et Académicien français René Bazin (1853-1932). Enfance et jeunesse. Il passe son enfance à Marans, près d'Angers, dans la propriété familiale, le château du Patys, avec ses deux frères, où il s'oppose à sa mère qui était une femme autoritaire et sèche. Il fugue plusieurs fois pendant son adolescence et refuse de passer les examens à la faculté catholique de droit d'Angers qu'on lui a imposée et, l'année de ses vingt ans, il rompt avec sa famille, et part étudier à la faculté de lettres de la Sorbonne (il emprunte la voiture de son père, a un accident, dont il sort amnésique, ce qui le condamne à une longue hospitalisation). Malgré les souvenirs douloureux de son enfance, il reste toute sa vie très attaché à sa région natale où il situe bon nombre de ses romans. En parallèle de ses études, il exerce de nombreux petits métiers et écrit de la poésie, durant une quinzaine d'années, sans éclats. En 1946, il crée la revue poétique "La Coquille" (huit volumes seulement). En 1947, il obtient le prix Apollinaire pour "Jour", son premier recueil de poèmes, qui sera suivi d"'À la poursuite d'Iris" en 1948. Sur le conseil de Paul Valéry, il se détourne alors de la poésie pour se consacrer à la prose. Nom d'auteur. Il adresse aux éditions Grasset son manuscrit "Vipère au poing" sous son véritable nom, Jean Hervé-Bazin. Après son acceptation par Jean Blanzat, directeur littéraire, Bernard Grasset décida d'autorité que la publication du livre sous le nom d'Hervé Bazin suffisait. Il décida aussi de rajeunir son nouveau et dernier poulain littéraire en le faisant naître en 1917, au lieu de 1911, pour donner l'impression qu'il s'agissait d'un jeune auteur. En 1948 Hervé Bazin avait déjà . "Vipère au poing". Les rapports conflictuels qu'il a eus avec sa mère pendant son enfance lui inspirent le roman "Vipère au poing" en 1948. Y est narrée la relation de haine entre Folcoche (nom donné par les paysans à une truie qui mettant bas dévore aussitôt ses petits), mère sèche et cruelle constamment à la recherche de nouveaux moyens de brimade (par exemple, l'histoire de la fourchette) et ses enfants. Le narrateur est Jean Rezeau, surnommé Brasse-Bouillon, et l'action se déroule dans les lieux mêmes de son enfance, le château du Patys, rebaptisé La Belle Angerie. Maurice Nadeau apprécie ces « Atrides en gilet de flanelle », selon l'expression d'Hervé Bazin. Ce roman connaît un immense succès après-guerre et est suivi de nombreux autres qui décrivent, avec un certain naturalisme et un art du portrait psychologique, les mœurs de son époque. Plus tard, deux autres romans ("La Mort du petit cheval" et "Cri de la chouette") auront comme héros les personnages déjà présents dans "Vipère au poing". Carrière littéraire. En 1950, il participe, avec d’autres écrivains comme Marcelle Auclair, Jacques Audiberti, Émile Danoën, Maurice Druon et André Maurois, au numéro de la revue "La Nouvelle équipe française" de Lucie Faure, intitulé « L’Amour est à réinventer ». En 1954, il veut témoigner, à la suite de son expérience personnelle, de l'état déplorable des établissements psychiatriques (qui pour lui n'avaient pas changé depuis ses démêlés familiaux de 1940), et entreprend un tour de France de ces hôpitaux (entre autres l'hospice Pasteur à Poitiers), accompagné du photographe Jean-Philippe Charbonnier, enquête qui sera publiée dans la revue "Réalités" de . En 1957, il obtient le grand prix de littérature de Monaco. De 1959 à 1960, Hervé Bazin réside à Anetz dans la maison de l'Emeronce avec une vue imprenable sur la Loire et la rive opposée située en Anjou. C'est en ce lieu qu'il écrira son roman "Au nom du fils". Il est élu membre de l'Académie Goncourt en 1960, au couvert de Francis Carco. Il en deviendra président en 1973 et contribuera au développement du prix Goncourt des lycéens. En 1970, il publie "Les Bienheureux de La Désolation", récit racontant l'histoire vraie des 264 habitants de l'Île Tristan da Cunha, nommée aussi « île de la Désolation », rapatriés en Angleterre à la suite de l'éruption du volcan en 1961. Le roman relate le choc des cultures qui attendait les habitants de Tristan à leur arrivée en Angleterre. De 1984 à 1992, Hervé Bazin vit à Mont-Saint-Aignan. Il passe les dernières années de sa vie à Cunault sur les bords de la Loire. Il meurt le à Angers. Conformément à son souhait, il est incinéré et ses cendres sont dispersées dans la Maine. Toutefois, une pierre tombale à son nom est visible au cimetière de Cunault. Hervé Bazin est considéré comme « un romancier de la famille », thème central de tous ses romans. Sa vision de la famille traditionnelle y est toutefois très négative et destructrice, conformément à ses idées personnelles. Il a écrit également des nouvelles et des essais, comme "Ce que je crois" en 1977. Engagements politiques. Politiquement, il s'engage en 1949 dans le Mouvement de la paix, un mouvement d'extrême gauche proche du Parti communiste qu'il rejoint pour s'opposer à sa famille qui appartient à la droite bourgeoise et conservatrice. Il soutient les époux Rosenberg durant leur procès. Il obtint le prix Lénine pour la paix en 1980, ce qui fit dire plaisamment à Roger Peyrefitte : . Manuscrits. En 1995, lors d'un déménagement, Hervé Bazin avait déposé ses manuscrits et sa correspondance aux archives municipales de la ville de Nancy, déjà en possession du fonds des frères Goncourt, originaires de la ville. Après sa mort, à la suite d'un imbroglio juridique, cinq de ses premiers enfants ont obtenu, contre l'avis de sa dernière épouse et de son dernier fils, la vente de ce fonds à l'hôtel Drouot, le . La bibliothèque universitaire d'Angers parvint à préempter la quasi-totalité de ce patrimoine, soit 22 manuscrits et près de lettres : seuls manquent celui de "Vipère au poing", vendu par l'auteur dans les années 1960, et celui des "Bienheureux de la désolation", recueilli par son fils Dominique le jour de la vente. Unions et enfants. Jean Pierre Hervé-Bazin se marie en premières noces à Paris ( arrondissement) le avec Odette Danigo (1914 - 2003), dont il divorce en 1948. De cette première union est issu : Il épouse en secondes noces à Paris ( arrondissement) le , Jacqueline Dussollier (1920-2007), dont il divorce en 1967. De ce second mariage sont issus : Il épouse en troisièmes noces à Paris ( arrondissement) le , Monique Serre (1933-2018), dont il divorce en 1987. De cette troisième union est issu : Il épouse en quatrièmes noces à Barneville-sur-Seine (Eure) le (il a 76 ans), Odile L'Hermitte (1950-2017) de trente-neuf ans sa cadette. En 1988, il publie "Le Démon de minuit", roman dans lequel il défend l'amour intergénérationnel. De cette quatrième union est issu : Orthographe et ponctuation. Dans son essai de 1966 "Plumons l'Oiseau", Bazin propose une orthographe presque phonémique pour la langue française, qu'il appelle « l'ortografiǝ lojikǝ ». Il attribue cette orthographe à son ami (fictif) Alexis Patagos. Il a également proposé six nouveaux « points d'intonation » : Exemple :
Halophile Un organisme halophile (du grec" halos", sel et "philein", aimer) est un organisme qui s'accommode ou a besoin de fortes concentrations en sel dans son milieu pour vivre. Les micro-organismes halophiles sont des extrémophiles appartenant aux domaines des archées ou des bactéries, mais des plantes sauvages des régions maritimes (les halophytes) et un grand nombre d'algues sont également halophiles. De fait, l'halophilie est un caractère très répandu à des degrés divers dans tous les domaines du monde vivant. Au point que même pour bon nombre d'espèces animales (y compris l'homme) ou végétales terrestres qui sont généralement non considérées comme halophiles (pour lesquelles les plus hautes concentrations en sel ne sont plus supportées), une quantité faible de sel dans l'alimentation ou l'environnement reste encore nécessaire pour leur développement, leur bonne santé, leur longévité ou leur persistance endémique dans certains milieux. Cependant pour ces espèces terrestres qui ne supportent pas les hautes concentrations salines (notamment la plupart des plantes ou animaux, et la plupart des espèces de leurs symbiotes ou parasites), on ne les considère pas comme halophiles ; le sel est donc utilisé comme agent conservateur dans l'alimentation humaine (ou animale domestique), même s’il ne protège pas des invasions par des microorganismes halophiles toxiques (tels que le staphylocoque doré qui peut coloniser rapidement des aliments salés, mais mal préparés et mal protégés). Parmi les exemples d'Archaea halophiles, l'ordre des Halobacteriales comprend les genres "Halobacterium", "Halococcus", "Haloarcula", "Haloferax", "Natronococcus". Ces organismes halophiles sont isolés de lacs et d'étangs salés, de marais salants, de sédiments marins. Ils peuvent être rencontrés dans le Grand Lac Salé en Utah, le Lac Owens en Californie, la Mer Morte, les estuaires de la Baie de San Francisco, le Lac Magadi au Kenya, la lagune de Venise en Italie, ou les lacs du Ouadi Natroun en Égypte. Types d'halophilie. On distingue plusieurs types d'halophilie : Mécanismes adaptatifs. Ces organismes accumulent au sein de leur cytoplasme d'importantes quantités de sel, essentiellement du chlorure de potassium (KCl), proches de la saturation. De cette façon, ils empêchent la perte d'eau par osmose. Ce faisant, ces organismes s'imposent un nouveau stress cellulaire : le stress salin, lequel devrait provoquer l'insolubilité et la précipitation de ses protéines. En fait, dans les organismes halophiles, les protéines non seulement sont solubles et fonctionnelles dans de fortes concentrations en KCl, mais elles se dénaturent lorsque la concentration en sel diminue. Certaines algues ou bactéries continentales apportées en mer par les rivières sécrètent et accumulent dans leur cytoplasme des solutés d'acides aminés comme la glycine bétaïne. Actuellement, il n'est pas possible de dire avec certitude si les protéines halophiles sont le résultat d'une adaptation à un environnement extrême, ou bien si au contraire elles représentent la survivance de conditions de vie primitive à forte teneur en sel.
Halotolérance Un organisme halotolérant est un organisme capable de s'adapter à de très fortes concentrations en sel. La plupart des halotolérants sont des bactéries et des algues unicellulaires. Ils peuvent s'adapter à ces conditions en fabriquant de petites molécules en très grandes quantités, telles que du glycérol, molécules qui s'accumulent au cœur des cellules. La concentration des molécules dissoutes devient égale à la concentration de chlorure de sodium (NaCl) dans le milieu environnant. L'eau ne s'échappe plus des cellules et les conditions biochimiques ne sont pas inhibées. Staphylococcus aureus est une bactérie à Gram + qui est halophile. On peut la cultiver sur des milieux à fortes concentrations en sel. Notamment le milieu de Chapman (voir gélose Chapman) qui est a une concentration en NaCl de 75 grammes par litre, ce qui équivaut à deux fois celle de la mer (37,5 grammes par litre).
Irlande du Nord L'Irlande du Nord ( ; ; ) est une nation constitutive du Royaume-Uni. Située dans le nord-est de l'île d'Irlande, elle partage une frontière au sud et à l'ouest avec la République d'Irlande. En 2011, sa population est de , soit environ 30 % de la population de l'île et 3 % de la population du Royaume-Uni. L'Assemblée d'Irlande du Nord, établie par la Loi sur l'Irlande du Nord de 1998, est responsable d'une série de questions politiques décentralisées, tandis que d'autres compétences sont réservées au gouvernement britannique. L'Irlande du Nord coopère avec la République d'Irlande dans plusieurs domaines. L'Irlande du Nord a été créée le , lorsque l'île fut divisée par la Loi sur le gouvernement de l'Irlande de 1920, qui instaura un Parlement local dans les six comtés du nord-est de l'Irlande. La majorité de la population nord-irlandaise était unioniste et souhaitait rester au sein du Royaume-Uni. Ses habitants étaient généralement les descendants de colons protestants originaires de Grande-Bretagne. En parallèle, la majorité de la population en Irlande du Sud (devenu l'État libre irlandais en 1922) et une minorité significative en Irlande du Nord étaient des nationalistes irlandais et des catholiques voulant une Irlande unie indépendante. Aujourd'hui, les premiers se considèrent généralement comme à la fois irlandais et britanniques, tandis que les seconds se considèrent généralement comme uniquement irlandais. Une identité nord-irlandaise ou d'Ulster est également revendiquée par une large minorité dans les deux camps. La création de l'Irlande du Nord s'accompagna de violences à la fois en faveur et contre la partition. De 1920 à 1922, la capitale Belfast connut d'importantes violences communautaires, principalement entre les civils unionistes protestants et les nationalistes catholiques. Plus de 500 furent tués et plus de 10 000 sont devenus des réfugiés, pour la plupart catholiques. Au cours des décennies suivantes, l'Irlande du Nord connut une série ininterrompue de gouvernements dirigés par le Parti unioniste. Il exista une ségrégation mutuelle et informelle entre les deux communautés, et les gouvernements unionistes furent accusés de discrimination envers la minorité nationaliste et catholique irlandaise, dans ce que le Premier ministre d'Irlande du Nord, David Trimble, appela une « maison froide » pour les catholiques. À la fin des années 1960, une campagne pour mettre fin à la discrimination à l'encontre des catholiques et des nationalistes se heurta à l'opposition des loyalistes, qui y voyaient un front républicain. Ces tensions engendrèrent « les Troubles », un conflit de trente ans impliquant des paramilitaires républicains et loyalistes ainsi que des forces de l'État, qui ont fait plus de 3 500 morts et 50 000 blessés. L'accord du Vendredi saint en 1998 constitua une étape majeure dans le processus de paix, notamment dans le désarmement paramilitaire et la normalisation de la sécurité, bien que le sectarisme et la ségrégation entre les deux communautés restent des problèmes sociaux majeurs et que des violences sporadiques se soient poursuivies après l'accord. L'économie de l'Irlande du Nord était la plus industrialisée d'Irlande au moment de la partition de l'île, mais elle déclina en raison des troubles politiques et sociaux causés par le conflit nord-irlandais. Son économie s'est considérablement développée depuis la fin des années 1990. La croissance initiale, venue du « dividende de la paix » et de l'augmentation des échanges avec la République d'Irlande, se poursuivit avec une augmentation significative du tourisme, des investissements et des affaires avec le reste du monde. Le chômage en Irlande du Nord culmina à 17,2 % en 1986 et il tomba à 6,1 % durant l'été 2014, ce qui constitue un taux similaire à celui du chiffre britannique de 6,2 %. Les liens culturels entre l'Irlande du Nord, la République d'Irlande et le reste du Royaume-Uni sont complexes, l'Irlande du Nord partageant à la fois la culture de l'Irlande et du Royaume-Uni. Dans de nombreux sports, l'île d'Irlande n'aligne qu'une seule équipe, excepté au football. L'Irlande du Nord concourt séparément aux Jeux du Commonwealth, et les Nord-Irlandais peuvent concourir pour la Grande-Bretagne ou l'Irlande aux Jeux Olympiques. Géographie. L'Irlande du Nord était couverte de glaciers pendant la majorité de la dernière ère glaciaire et durant les périodes froides précédentes. On en retrouve des traces visibles dans plusieurs drumlins dans les comtés de Fermanagh, Armagh, Antrim et surtout dans le . La géographie de l'Irlande du Nord est marquée par le Lough Neagh, le plus grand lac d'eau douce des îles Britanniques (et troisième plus grand lac d'Europe occidentale) avec de superficie, est situé presque au centre du territoire. Deux autres lacs importants se trouvent sur le cours du fleuve Erne dans le Fermanagh : les Lough Erne inférieur et supérieur. La plus grande île et également la seule île habitée dépendant de l'Irlande du Nord est l'île de Rathlin, au large du côté d'Antrim. Strangford Lough, avec est la plus grande baie des îles Britanniques est. Les montagnes Sperrins possèdent des altitudes relativement importantes avec une altitude maximale de . Elles sont une extension des montagnes plissées de la chaîne calédonienne. Elles recèlent des gisements importants d'or. Il est également possible d'en trouver dans les montagnes granitiques de Mourne et dans le plateau basaltique d'Antrim, ainsi qu'au sein des chaînes plus petites dans le sud d'Armagh et sur la frontière de Fermanagh et Tyrone. Les collines sont peu élevées, le Slieve Donard, dans les montagnes de Mourne est le plus haut sommet avec . L'activité volcanique qui est à l'origine du plateau d'Antrim a aussi formé la Chaussée des Géants sur la côte nord d'Antrim. Au nord d'Antrim, se trouvent aussi le pont de corde de Carrick-a-Rede, le temple de Mussenden et les Glens d'Antrim. La haute et la basse rivière Bann, ainsi que la rivière forment des basses terres fertiles et cultivées de manière extensive. Il y a de même de bonnes terres arables dans le nord et l'est du , mais la plus grande partie des collines n'est exploitable que pour l'élevage d'animaux. Le climat humide et la déforestation aux ont créé beaucoup de prairies dans la région. La vallée de la rivière Lagan est dominée par Belfast. Sa zone métropolitaine inclut un tiers de la population de l'Irlande du Nord. Elle est fortement industrialisée le long de vallée Lagan et des deux côtés du Lac de Belfast. Le climat de l'Irlande du Nord est tempéré océanique, plus humide à l'ouest qu'à l'est, mais la présence d'une couverture nuageuse est fréquente partout dans la région à cause des reliefs. Les pluies y sont fréquentes et particulièrement d’août à janvier. Le temps est imprévisible pendant tout l'année et, bien que les saisons soient distinctes, elles sont moins prononcées que sur l'Europe continentale ou l'est de l'Amérique du Nord. La température maximale moyenne à Belfast est en janvier et en juillet. La température la plus haute enregistrée fut à Knockarevan, dans le Fermanagh le et à Belfast le . La plus basse était à Magherally, dans le le . Histoire. L'histoire de l'Irlande du Nord commence en 1920 lorsque l'île d'Irlande est scindée en Irlande du Sud (qui deviendra l'État d'Irlande indépendant que l'on connaît aujourd'hui) et Irlande du Nord. Partition de l'Irlande. Le gouvernement britannique libéral du Premier ministre Herbert Henry Asquith, dépendant du soutien du Parti parlementaire irlandais (PPI, nationaliste) à la Chambre des communes du Parlement du Royaume-Uni, entend au début des années 1910 conférer un statut d'autonomie à l'île d'Irlande. Ce projet rencontre une très vive hostilité de la part de la communauté unioniste de l'Ulster. En 1912, un demi-million de protestants y signent le Covenant d'Ulster, jurant de lutter par les armes si nécessaire contre leur subordination à un éventuel gouvernement autonome catholique à Dublin. Pour autant, le Parlement britannique adopte en 1914 la loi d'autonomie pour l'Irlande. Sa mise en œuvre est retardée par le début de la Première Guerre mondiale. La « Grande guerre » permet de mettre un temps de côté les désaccords entre les communautés en Irlande : les nationalistes catholiques, tout comme les protestants de l'Ulster, sont nombreux à se porter volontaires pour rejoindre les forces armées britanniques. En 1916 toutefois, avec le soutien clandestin de l'Allemagne, une minorité radicale du mouvement nationaliste irlandais orchestre l'insurrection de Pâques à Dublin. Cette révolte violente, condamnée avec dégoût par le PPI et par la majorité du mouvement nationaliste, est réprimée dans le sang par les autorités britanniques, ce qui radicalise l'opinion publique irlandaise. En 1919, la guerre d'indépendance irlandaise débute avec la création de l'Armée républicaine irlandaise (IRA) par les nationalistes radicaux, le Sinn Féin. Dans le nord, certains des unionistes sont constitués en une milice armée appelée « Volontaires de l'Ulster », pour y résister. Par ailleurs, les sacrifices des unionistes pendant la Première Guerre mondiale rendent inconcevable pour Londres de les soumettre contre leur gré à un gouvernement du Sinn Féin. Les négociations entre le gouvernement britannique de David Lloyd George et le Sinn Féin, représenté principalement par Michael Collins, aboutissent à un traité en décembre 1921. Celui-ci partage l'île d'Irlande en deux entités politiques ayant chacune ses propres institutions : En 1922, comme le prévoit l'accord signé avec Londres, les nationalistes proclament la création d'un État libre d'Irlande dans la partie méridionale, possédant Parlement et ministères, en échange d'un serment d'allégeance symbolique à la Couronne britannique et de son adhésion en tant que Dominion indépendant au Commonwealth. Cet accord ne fait pas l'unanimité chez les nationalistes et ce désaccord interne au Sinn Féin sera à l'origine de la guerre civile irlandaise qui débute en 1922 et déchire le camp nationaliste. Dans le même temps, dans la partie septentrionale de l'île, le Parti unioniste d'Ulster a largement remporté les élections législatives de 1921 et a été ainsi porté au pouvoir par la majorité protestante de la population. Cette victoire permet aux unionistes d'obtenir le maintien de l'Irlande du Nord dans le Royaume-Uni, avec un statut d'autonomie politique.. Le parti unioniste domina continuellement la région jusqu'en 1972 (quand l’Irlande du Nord repasse sous le contrôle direct de Londres). À chaque élection, le parti parvenait à rassembler une majorité de suffrages protestants, quitte à attiser les tensions religieuses afin que le clivage interconfessionnel demeure prioritaire. La plupart de ses dirigeants étaient issus de l’ordre d’Orange, une puissante association maçonnique fondée dans le but de contrer la propagation du catholicisme. Conflit nord-irlandais. Les premiers mouvements de contestation d'ampleur de la communauté catholique, notamment en , demandaient l'égalité des droits et la fin de la discrimination instituée par la majorité protestante unioniste : droit de vote basé sur la propriété des moyens de production détenu majoritairement par les protestants, découpage électoral inéquitable, attribution de logement inéquitable. Ce mouvement ressemblait en cela au mouvement américain des droits civiques. Mais le courant unioniste vit dans ces demandes une menace envers son existence et ses intérêts (justice, police, logement). Les rassemblements furent interdits tandis que les policiers (majoritairement des protestants) réprimaient de plus en plus violemment les manifestations. L’administration de l’Irlande du Nord fut déstabilisée par de violents affrontements entre catholiques et protestants à Derry/Londonderry, notamment lors du "" (), où les commandos de parachutistes britanniques tirèrent sur des manifestants non armés et pacifiques. Les affrontements s’étendirent à Belfast. Là, des familles catholiques durent fuir leurs maisons qui étaient incendiées par les policiers et la foule protestante opposée au changement (Ardoyne, Nord de Belfast, 1969). Les quartiers nationalistes catholiques se trouvaient à la merci des émeutiers protestants et des forces de l’ordre. Les insurgés irlandais s’armèrent et commencèrent par défendre les quartiers avant de passer à l'offensive. L’IRA se réorganisa spontanément pour permettre la défense de sa communauté. Une nouvelle notion entra dans l’équation du conflit : la réunification des deux Irlandes. Les catholiques en firent un leitmotiv. Tandis que les protestants percevaient une Irlande unifiée comme une menace, notamment sur le plan religieux . En 1969, Londres envoya l’armée britannique pour séparer les deux communautés et rétablir le calme. Mais les soldats, au début perçus par les catholiques comme des protecteurs, devinrent l'instrument du gouvernement en place et les troupes pratiquèrent la même répression que les policiers. L’IRA tourna alors ses activités contre l’armée britannique. Le but avoué des nationalistes devint la libération de l’Irlande du joug britannique. Des milices paramilitaires protestantes se formèrent pour défendre les intérêts du peuple protestant. L’, la et l’ prirent pour cible des membres de l’IRA, du Sinn Féin (aile politique de l’IRA) et les civils de la communauté catholique. S’ensuivit un conflit de type guérilla, appelé avec pudeur « "troubles" », où explosions, fusillades et autres actes de guerre furent commis par les différents protagonistes. Plusieurs tentatives pour mettre fin au conflit furent tentées. Mais elles échouèrent toutes durant les années 1970 et 1980. Processus de paix. Dans les , Londres tente de mettre en place un cessez-le-feu et d'ouvrir des pourparlers avec le Sinn Féin. Un changement de cadres au sein des partis facilita les négociations qui ont culminé en 1998 avec l'accord du Vendredi saint (ou Accord de Belfast). Cet accord entre les partis de l’Irlande du Nord et les gouvernements du Royaume-Uni et de la République d’Irlande prévoyait : un parlement autonome dans la province ; des garanties en matière de droits humains ; des conseils administratifs transfrontaliers en matière d'environnement et de tourisme, des langues régionales (l’irlandais et le scots d’Ulster) ; un conseil britannico-irlandais pour rassembler les gouvernements des îles Britanniques (de l'Angleterre, de la République d’Irlande, de l'Irlande du Nord, de l'Écosse, du Pays de Galles, de Jersey, de Guernesey et de l'Île de Man). L'accord permet la mise en place d'un système de gouvernement local et de partage du pouvoir entre unionistes et nationalistes. Il fonctionne, sans difficultés, jusqu'en 2002. David Trimble est alors Premier ministre de l'Irlande du Nord. Le , le fonctionnement du parlement autonome est interrompu alors qu'éclate un de l'état-major de l'IRA. Ce retour au contrôle direct de Londres dure quatre ans. En 2006, de nouvelles négociations aboutissent à l'accord de Saint-Andrews qui permettent l'organisation de nouvelles élections en , la reprise du fonctionnement de l'assemblée le de la même année et finalement la mise en place le d'un gouvernement impliquant pour la première fois Ian Paisley, le du Parti unioniste démocrate. Il devient Premier ministre d'Irlande du Nord. Le vice-premier ministre est Martin McGuinness. Les deux hommes ont célébré la réouverture du Stormont (le parlement nord irlandais) le . L'Irlande du Nord au. Europhilie dominante. Malgré l'intense campagne pro-Brexit du Parti unioniste démocrate (DUP), à la suite de la victoire des partisans de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne (le Brexit) lors du référendum du, les Nord-irlandais ont montré leurs sentiments europhiles en se prononçant en majorité pour le maintien au sein de l', avec 55,8 % des suffrages exprimés. <br>Les habitants de la région redoutent en effet qu'une sortie de l'Union européenne n'entraîne une fermeture de la frontière avec la République d'Irlande ce qui aurait des effets désastreux sur l'économie encore fragile de l'Irlande du Nord qui a pu s'épanouir grâce aux échanges avec sa voisine depuis l'accord de paix. <br>Dès le lendemain de la consultation, les nationalistes du Sinn Féin ont plaidé pour la tenue d'un nouveau référendum portant, cette fois, sur l'unification des deux Irlandes et donc la rupture avec le Royaume-Uni. Une spécificité de non-transparence des financements électoraux. À la suite des troubles politiques d'Irlande du Nord, une législation, unique au Royaume-Uni et en Europe, a été décidée (et elle persiste depuis, bien que contraire aux règles habituelles de la transparence démocratique) : elle interdit l'identification des personnes physiques ou morales faisant des dons aux partis politiques en Irlande du Nord. Cette loi a permis de protéger les donateurs aux temps de la guerre civile, mais elle bloque ou freine maintenant les enquêtes sur d'éventuels financements illégaux (ex : blanchiment d'argent, pressions de lobbies...), et freine le travail de certains journalistes sur la vie politique du pays. En 2018-2021, cette spécificité a ainsi bloqué certaines enquêtes sur le financement des groupes pro-Brexit, puis sur le financement du Parti unioniste démocrate ou sur l'utilisation des sommes ainsi touchées (ex : le DUP fait partie des 4 parti pro-Brexit qui ont versé à AggregateIQ (AIQ), la discrète société canadienne controversée au moins de livres sterling ( selon le média TV "Below the radar Ltd."). AIQ a ainsi avec cet argent pu agréger des données d'intérêt électoral avec des millions de données personnelles volées par Cambridge Analytica sur Facebook, puis produire des "publicités" électorales et des images et messages ciblés, aux contenus personnalisés, ayant significativement influencé, voire fait basculer le vote anglais qui a abouti au Brexit). Depuis 2005, vainement, la Commission électorale du Royaume-Uni, qui a . Politique et administration. L'Irlande du Nord est un des pays constitutifs (nations constitutives) appartenant au Royaume-Uni, dont le gouvernement siège à Stormont et est représenté par l'Assemblée d'Irlande du Nord. L'assemblée a la mainmise complète sur les affaires dites « de transfert » : (' : administration des services publics, éducation, santé, culture, industrie locale…), un pouvoir partiel sur les affaires réservées, soumises à l'approbation du secrétaire d'État pour l'Irlande du Nord nommé par Londres (' : police, commerce, aviation…) et aucune emprise sur les affaires extérieures (appelées " : diplomatie, défense, impôts centraux). (MLA) sont élus tous les cinq ans, via les mêmes circonscriptions que les élections du Parlement du Royaume-Uni. L'électorat est composé de votants. En font partie tous les citoyens de plus de dix-huit ans, inscrits sur liste électorale. Les élections de l'Assemblée se déroulent selon un scrutin proportionnel plurinominal. Après l'élection, un premier ministre et un vice-premier ministre doivent se présenter conjointement et recueillir l'appui des deux communautés. Le premier ministre et le vice-premier ministre choisissent conjointement les ministres, selon l'importance des partis politiques. L'Irlande du Nord élit (MP) à la Chambre des communes du Royaume-Uni sur un total de 650. Un parlementaires est élu pour chaque circonscription, par un scrutin uninominal majoritaire à un tour. Pour les élections européennes, l'Irlande du Nord est considérée comme une circonscription du Royaume-Uni, qui élit trois parlementaires. Depuis 2014, les députés sont Diane Dodds du DUP, Martina Anderson de Sinn Féin et Jim Nicholson de l'UUP. Ce sont les seules circonscriptions du Royaume-Uni qui procèdent par scrutin à vote unique transférable. La politique de l'Irlande du Nord est en grande partie orientée par la religion et le sentiment national. Par exemple, 55 des membres de l'Assemblée sont unionistes et , ce qui reflète plus ou moins la division religieuse. Une enquête du " montre que 20 % des catholiques en Irlande du Nord sont satisfaits du fait que l'Irlande du Nord demeure au sein du Royaume-Uni ; malgré cela, seulement 5 % déclarent qu'ils voteraient pour les partis unionistes ou pour les sans étiquette. Administration. L'Irlande du Nord possède six comtés traditionnels. Ils ne sont pas pris en compte actuellement par l'administration. En revanche, ils sont mentionnés sur les passeports irlandais, qui présentent un champ « comté de naissance », et ils sont également mentionnés sur les cartes délivrées par le gouvernement. Ils jouent également un rôle dans d'autres domaines : en sport, par exemple, les équipes de l'Association athlétique gaélique sont toujours réparties par comté. Les six comtés sont : L'Irlande du Nord est également divisée en onze districts à des fins d'administration locale. À leur tête se trouvent des conseils locaux dont les pouvoirs sont moins étendus que dans le reste du Royaume-Uni. Ces onze districts, qui ont remplacé les vingt-six anciens districts en , sont : L'Irlande du Nord est encore divisée en dix-huit circonscriptions parlementaires pour les élections de la Chambre des communes du Royaume-Uni et de l'Assemblée d'Irlande du Nord. Ces dix-huit circonscriptions sont : Droit et organisation judiciaire. Il y a trois juridictions légales au Royaume-Uni, Angleterre et le Pays de Galles, l'Écosse et l'Irlande du Nord. La loi de l'Irlande du Nord est basée majoritairement sur le "" anglais, mais il y a aussi des différences qui viennent de la période d'autonomie nord-irlandaise. Il y a aussi des similitudes entre la loi nord-irlandaise et la loi de la république d'Irlande, à cause du parlement d'Irlande, qui a eu juridiction sur toute l'île d'Irlande jusqu'à 1800. Le système de justice criminelle a été complètement revu après la signature de l'accord du Vendredi saint. Le gouvernement du Royaume-Uni, a alors introduit la « Loi sur justice (Irlande du Nord) » 2002 et 2004 pour les faits. Les cours en Irlande du Nord sont administrées par le Service des cours nord-irlandais. En ce moment, la Cour la plus importante de l'Irlande du Nord est la Cour suprême du Royaume-Uni, créée en avec la « Loi sur la réforme de la constitution 2005 » (). Lui est subordonnée la « Cour suprême de justice », qui est composée de la « Cour des appels », la « Haute cour » et la « Cour de la couronne ». Autrefois, avant l’entrée en vigueur de la Loi sur la réforme de la Constitution 2005, en , la Cour la plus puissante était celle de la « Commission judiciaire de la Chambre des lords ». La « Cour des appels » est la plus puissante après celle de la Chambre des lords. Elle s'occupe des appels des autres cours. La « Haute Cour » est divisée en trois entités, la « Division de la magistrature de la Reine » (ou roi quand le monarque est un homme), la « Division de la chancellerie » et la « Division familiale ». La division de la magistrature de la Reine s'occupe du contentieux des contrats et des dommages corporels. La division de la chancellerie s'occupe des affaires commerciales, de dépôt, de succession et de tutelle, et foncières. Elle s'occupe aussi de la propriété intellectuelle. La « Division familiale » s'occupe des divorces, des enfants et des traitements médicaux. La « Cour de la couronne » s'occupe des affaires criminelles sérieuses. À un niveau subalterne, les « Cours de Comtés », s'occupent des procès et des demandes commerciales. Il y a sept Cours de Comtés en Irlande du Nord. Il existe aussi des « Cours de magistrats » qui s'occupent des affaires criminelles mineures ainsi que des audiences préliminaires relatives aux affaires criminelles sérieuses. Économie. L'Irlande du Nord est traditionnellement une économie industrielle, avec des chantiers navals et des usines textiles. Aujourd'hui, l'économie est majoritairement tournée vers les services. Le chômage a considérablement diminué au tournant des années 2000 et est à environ 6 % dans les , contre un pic à plus de 17 % en 1986. C'est le chômage à longue durée et celui des jeunes qui est descendu le plus rapidement. Le taux d'inactivité de la population active est 28 %, soit le plus bas du Royaume-Uni. Historiquement, le gouvernement poursuivit une politique de discrimination économique contre la communauté catholique. L'accès au travail était facilité pour les protestants et rendu plus complexe pour les catholiques. Cela a entraîné un taux de chômage plus important dans cette dernière communauté. Les industries majeures étaient la construction navale, l'industrie textile et la fabrication de cordages. Pendant les , la croissance économique en Irlande du Nord fut plus forte qu'en Irlande. Pendant les , le gouvernement travailliste introduisit une politique d'État-providence, donnant accès à tous au droit à l'éducation et aux soins de santé. Grâce à cette politique, beaucoup de catholiques d'Irlande du Nord ont reçu une formation qu'ils n'auraient jamais pu obtenir autrement. À partir de ce moment, une classe de catholiques éduqués a réclamé des droits civils et économiques. La classe dominante protestante a refusé de prendre en compte ces réclamations, ce qui a envenimé la situation. Devant l'amplification des revendications, Londres introduisit le gouvernement direct. La période du conflit nord-irlandais, ou "Troubles", a fortement influencé l'économie. La campagne violente de l'IRA était aussi une guerre économique, puisqu'elle ciblait des banques, des industries, des chefs d'entreprise, etc. Le but était de rendre économiquement impossible la gestion du nord de l'Irlande par le gouvernement britannique, ou tout au moins, de faire de l'Irlande du Nord un investissement à pertes pour Londres. À long terme, l'économie a périclité et le chômage a augmenté. Avec la signature de l'accord du Vendredi saint et la fin du conflit, l'économie a redémarré, avec un retour des investissements et une baisse du chômage. L'industrie lourde n'est plus le composant essentiel de l'économie nord-irlandais, remplacée par les services. Par exemple, l'entreprise d'industrie lourde a dépéri alors que le secteur touristique s'accroissait avec vitalité. En 2008, une conférence d'investisseurs américains à Belfast s'est tenue afin d'encourager les hommes d'affaires venant des États-Unis à investir en Irlande du Nord. Cela étant, l'Irlande du Nord possède encore le plus bas niveau de PIB du Royaume-Uni, et reçoit encore des subventions de Londres. L’Irlande du Nord bénéficie de fonds européens importants à travers la politique agricole commune, qui représentent 85 % des revenus de ses agriculteurs en moyenne, et des fonds structurels. Population et société. Démographie. La population de l'Irlande du Nord était en 2004 de . La majeure partie de la population possède des origines irlandaises ou britanniques, et quasiment toute la population est d'origine européenne, bien qu'il existe de petites communautés d'immigrés. Durant la Préhistoire, le nord de l'Irlande était habité par des tribus de culture néolithique. Par la suite, les Celtes envahirent l'île et y installèrent leur langue et leur culture, sans beaucoup se mélanger avec la population autochtone. À partir du , les Anglais prennent progressivement le contrôle de l'île. Au nord de l'Irlande, les colons anglais et écossais immigrèrent en Ulster, à la faveur de la création des plantations d'Ulster, sous le règne de d'Angleterre. Cet événement a fortement marqué les populations locales, et la majorité des Irlandais du Nord se reconnaissent actuellement comme britanniques. Religion. Lors du recensement de 2011, 82,4 % de la population se déclarait chrétienne. Une courte majorité est protestante, 41,6 % d'après le recensement (dont 19,1 % de presbytériens et 13,7 % appartenant à l'Église d'Irlande anglicane). 40,8 % se reconnaissent comme catholiques, 16,9 % sans religion et 0,8 % appartiennent à d'autres cultes. La religion est souvent vue comme une manière d'afficher son appartenance à l'une ou l'autre des communautés nationaliste ou unioniste, car la majorité des nationalistes est catholique et les unionistes sont essentiellement protestants. D'après une enquête, 85 % des protestants préféreraient que l'Irlande du Nord demeure britannique, alors que 50 % des catholiques souhaiteraient la réunification de l'île. Les identités ont tendance à se complexifier maintenant, du fait de la tendance globale au recul des religions. La législation a profondément évolué, et garantit à l'heure actuelle l'égalité théorique entre les deux religions, car la discrimination des catholiques par la majorité protestante a profondément marqué l'histoire de l'Irlande du Nord. Évolution de la part des différentes religions en Irlande du Nord entre 2001 et 2011 : Le recensement de 2021 voit pour la première fois les catholiques être plus nombreux que les protestants. 42,3 % de la population est catholique, 37,3 % protestante, 1,3 % d'une autre religion et 17,4 % sans religion. Si l'on s'intéresse à la religion dans laquelle la population a été élevée, les catholiques sont 45,7 %, les protestants 43,5 % et les religions non-chrétiennes 1,5 %. Nationalité et questions constitutionnelle. La est plutôt divisée entre ceux qui se considèrent comme irlandais et ceux qui se considèrent comme britanniques. Il existe toute une gamme de positions entre ces extrêmes. Ceux qui se considèrent irlandais sont majoritairement catholiques, et ceux qui s'affirment britanniques sont surtout protestants. Beaucoup d'enquêtes corroborent cette tendance. Les divisions entre les deux communautés sont encore très présentes. En majorité, les protestants souhaitent demeurer dans le Royaume-Uni. Chez les catholiques, la moitié souhaite la réunification, une minorité soutient le "", et nombreux sont ceux qui n'ont pas d'opinion particulière. Malgré cela, seulement 7 % des catholiques disent qu'ils voteraient pour les partis unionistes ou sans étiquette. D'après un sondage réalisé en 2005, 40 % de la population d'Irlande du Nord se définissent comme « unioniste », 22 % se définissent comme « nationalistes » (pour la réunification), et 35 % n'appartiennent à aucun de ces deux courants. Les personnes nées en Irlande du Nord sont automatiquement des citoyens britanniques, comme toutes personnes nées dans le reste du Royaume-Uni, mais la République d'Irlande étend ses lois de citoyenneté à tous les natifs de l'île du Nord ainsi qu'au sud de la frontière, de sorte que certaines personnes en Irlande du Nord peuvent simplement garder la double nationalité ou choisir d'avoir soit un passeport irlandais seulement, soit un passeport britannique (Droit reconnu par l'accord du Vendredi saint.). Selon certaines enquêtes, les Nord-irlandais partisans de l'unification sont presque aussi nombreux que ceux qui s'y opposent. Langue. Comme la plupart des affaires culturelles nord-irlandaises, la question de la langue est controversée et complexe. Presque toute l'Irlande du Nord parle anglais, mais l'usage de l'irlandais est encouragé par les nationalistes. Dans les quartiers nationalistes, les enseignes de rue sont souvent bilingues irlandais-anglais. La reconnaissance et l'usage officiel de l'irlandais fait partie des doléances régulières des nationalistes. L'attrait pour l'irlandais n'est pas limité aux nationalistes. Certains unionistes pratiquent cette langue et reprochent au Sinn Féin d'en faire un enjeu de différenciation. La première organisation consacrée à la promotion de l'irlandais fut la Ligue gaélique, créée à Dublin en 1893. À sa création, ce mouvement était ouvert aux deux communautés irlandaises ; le premier chef, Douglas Hyde, était protestant. Avec le temps, les nationalistes ont inséré dans les buts de l'organisation le soutien à l'établissement d'une république irlandaise. À partir de ce moment, l'utilisation de l'irlandais a pu être perçue comme un acte de nationalisme. D'après le recensement de 2001, 10 % de la population connaît un peu d'irlandais et 4,7 % peut le « parler, lire, écrire et comprendre ». D'après une autre enquête, 1 % de la population parle irlandais à domicile. Il y a 32 écoles gaélophones en Irlande du Nord, soit 7,3 % du total. Un dialecte coexiste avec l'irlandais, le scots d'Ulster, dont l'emploi est plus controversé encore. Certains dénient au scots d'Ulster le statut de langue et de dialecte, et soutiennent que c'est une construction des unionistes destinée à rivaliser avec l'irlandais. Certains le considèrent comme une langue à part entière, d'autres comme un dialecte. D'après le linguiste Aodán Mac Poilín, D'après Póilín, . L'accord de Saint-Andrews dispose qu'il est nécessaire d'améliorer et développer la langue, l'héritage et la culture des scots d'Ulster. D'après une enquête, 2 % de la population parle le scots d'Ulster, mais personne n'a déclaré le parler chez soi. Il existe de nos jours des cours de scots d'Ulster dans les universités. Deux langues des signes coexistent en Irlande du Nord. La plus répandue est la langue des signes britannique, mais comme il semblait normal aux nationalistes d'envoyer leurs enfants faire leurs études à Dublin, notamment aux et , il existe également une langue des signes irlandaise répandue principalement dans les communautés nationalistes. D'après le site internet du département nord-irlandais de la culture, des arts et loisirs, il y a de la BSL et de l'ISL. Les deux langages ne sont pas liés, le langage des signes britannique provenant de la famille britannique et le langage des signes irlandais étant issu de la famille française. Il existe aussi des langues étrangères minoritaires apportées en Irlande du Nord par les immigrés, comme le chinois et le polonais. Culture. La culture de l'Irlande du Nord est un mélange entre celle d'Irlande et celle de Grande-Bretagne. À cause des divisions entre les deux communautés, il semble qu'il y ait deux cultures qui existent parallèlement. . Arts. Le cinéma de l'Irlande du Nord n'a pas produit beaucoup de films. L'industrie cinématographique reste pour la plupart du temps dans l'ombre du Royaume-Uni et de l'Irlande. Toutefois, ce cinéma a eu des succès notamment avec les films comme ', ' et ' (ces deux derniers films ayant été réalisés respectivement par un Irlandais du Sud, Paddy Breathnach, et un Britannique, Paul Greengrass). L'institution encourage la réalisation, la location et la production de films en Irlande du Nord. Les films de l'Irlande du Nord traitent souvent des problèmes du conflit nord-irlandais. Néanmoins, le réalisateur nord-irlandais le plus connu reste Kenneth Branagh, metteur en scène de ' et "Hamlet". Il a aussi dernièrement joué dans "Valkyrie". Plus connus sont ses acteurs. Liam Neeson et Stephen Rea ont été nommés pour des Oscars du cinéma, Stephen Boyd a gagné un . D'autres acteurs bien connus sont Ciarán Hinds, Bronagh Gallagher, Patrick Magee, Siobhán Nic Cionnaith et Jamie Dornan. L'Académie irlandaise de film et télévision (IFTA) a pour but, dans toute l'île, la L'Irlande du Nord est plus connue pour ses musiciens que pour ses réalisateurs. Van Morrison est un des chanteurs les plus célèbres, il figure dans le et le . a vendu plus de disques dans le monde. Dana a gagné le Concours Eurovision de la chanson pour l'Irlande. D'autres chanteurs et groupes célèbres viennent de l'Irlande du Nord : , , , et Foy Vance. Partie intégrante de la tradition celtique, la musique traditionnelle irlandaise est réputée. Elle est connue pour ses ballades, mais aussi pour ses rythmes rapides, ceux qu'utilisent les gigues et les reels. Il existe aussi une forte tradition de musique scots d'Ulster. Cela est mis en évidence pendant la saison des marches nord-irlandaises. Ce style de musique est basé sur un rythme de marche. L'instrument le plus connu est le tambour Lambeg. Dans le domaine de la littérature, l'Irlande du Nord, comme le reste de l'Irlande, a une tradition forte, avec des auteurs tels que C. S. Lewis, Brian Friel et Flann O'Brien. Seamus Heaney a reçu le prix Nobel de littérature. La littérature de l'Irlande gaélique a beaucoup influencé l'écriture des gens d'Irlande du Nord, les écrivains ont ainsi participé au renouveau littéraire gaélique. L'Écosse a, elle aussi, eu une influence notable sur les écrivains d'expression scots d'Ulster. Plus tard, la littérature en scots d'Ulster s'est diversifiée. Comme dans les autres domaines artistiques, le conflit a beaucoup influencé les écrivains d'Irlande du Nord. Folklore. Le folklore en Irlande du Nord est le même que celui de la République Irlandaise. Alors qu'une grande partie de la mythologie irlandaise n'a pas subi la conversion au christianisme, beaucoup d'histoires ont toutefois été rendues compatibles avec le dogme chrétien. Ce qui a pu subsister est divisé en quatre « cycles », le Cycle d'Ulster, le Cycle mythologique, le Cycle fenian et le Cycle historique. Beaucoup d'histoires ne sont pas incluses dans un cycle mais font participer des personnages à ces dits-cycles. Le folklore irlandais raconte l'histoire de l'Irlande depuis les premières invasions de l'île. D'après les textes, l'Irlande fut envahie plusieurs fois par différents peuples et dieux. Les textes parlent de l'histoire du peuple gaélique. Ils racontent ainsi les exploits des dieux et des héros qui sont venus d'Irlande, comme les Tuatha Dé Danann, Cúchulainn et le Fianna. Les textes plus récents racontent aussi les généalogies des rois irlandais historiques. Les contes relatent des histoires merveilleuses de grands voyages vers un "autre monde" ou à travers les mers et océans de notre globe. D'autres histoires ne parlent pas de héros mais bien plutôt de gens du pays tout à fait ordinaires et d'évènements typiquement locaux. Gastronomie. L'Irlande du Nord partage beaucoup de traditions gastronomiques avec le reste de l'Irlande, notamment l'utilisation courante de la pomme de terre et de la viande de mouton. Le repas traditionnel en Irlande du Nord était composé de pommes de terre avec du chou et d'un morceau de viande pour les plus aisés. Traditionnellement, les fermiers se levaient à du matin pour traire les vaches et travailler sur la ferme, donc ils mangeaient un petit peu au lever, mais le repas le plus important était à midi, quand on mangeait un , le plat le plus connu de l'Irlande du Nord. Cela consistait en des tranches de saucisson, des œufs, du pain au lait, du pain de pommes de terre et des tomates, une variante d'un petit déjeuner complet. Le cheddar de Coleraine était lui souvent consommé en en-cas avant de se coucher. Sport. D'après les chiffres de fréquentation, le football gaélique est le sport le plus pratiqué en Irlande du Nord. En termes de popularité le football est lui aussi très populaire, mais ce sont les matchs du championnat d'Angleterre qui sont le plus suivis à la télévision. Viennent ensuite le hurling et le . Les autres sports très présents en Irlande du Nord sont le hockey sur gazon, le basket-ball, le cricket, le handball gaélique Le football gaélique est organisé sur une base qui inclut toute l'Irlande. Tous les comtés traditionnels d'Irlande du Nord sont tous représentés dans les compétitions organisées à l'échelle de l'île d'Irlande. C'est en football gaélique que les équipes de l'Irlande du Nord ont les meilleurs résultats avec Tyrone GAA deux fois vainqueur du Championnat d'Irlande de football gaélique lors des dernières années. En hurling, les équipes de l'Irlande du Nord ont plus de difficultés à rivaliser avec les équipes traditionnelles plus fortes. Seul Antrim GAA a une équipe capable de rivaliser avec les équipes de Cork ou de Kilkenny. Comme les autres nations constituantes du Royaume-Uni, Le football nord-irlandais possède sa propre structure. Depuis l'indépendance de l'État d'Irlande, le football possède sa propre fédération reconnue par la FIFA. L'Irlande du Nord est une nation mineure du football mondial même si elle a participé à quelques phases finales de coupes du monde de 1958 et de 1986, elle a atteint les quarts de finale. C'est d'ailleurs la région la plus petite à avoir disputé un quart de finale de la coupe de monde. En 2015, elle s'est également qualifiée pour sa première phase finale d'un Euro, l'Euro 2016 se déroulant en France. Le championnat national regroupe douze équipes professionnelles depuis 1890. Le football de club n'est classé qu'à la (au ) au niveau européen. il est dominé par les deux clubs de Belfast Linfield FC et Glentoran FC. Tous les meilleurs joueurs jouent dans les championnats anglais et écossais. Le rugby, exactement comme les sports gaéliques, bénéficie d'une organisation transnationale regroupant l'État d'Irlande et l'Irlande du Nord. Les joueurs nord-irlandais jouent donc sous les couleurs de l'île d'Irlande unifiée. L' est une des meilleures équipes dans le monde, placée dans le premier niveau mondial d'après l'. À 2016, elle a remporté le tournoi des Six Nations dont deux grands chelems, le dernier en 2009. L'IRFU existe depuis 1880. L'équipe d'Ulster, représente une aire géographique comprenant l'Irlande du Nord et les autres comtés d'Ulster de la république d'Irlande. Elle dispute la ligue celtique et la (coupe Heineken). L'Ulster a gagné cette dernière en 1998-1999. En hockey sur glace, les de l'Irlande du Nord disputent l', la ligue professionnelle de hockey britannique (et seule ligue à regrouper Angleterre, Écosse, Pays de Galles et Irlande du Nord), compétition qu'ils ont gagnée deux fois, la dernière victoire remontant à la saison 2005-2006. En cricket aussi, la base de l'organisation est transnationale : l'Irlande s'est qualifiée pour la Coupe du monde de cricket en éliminant l'équipe du Pakistan. Quant au golf, l'actuel mondial est le Nord-irlandais Rory McIlroy. Pour les Jeux olympiques, grâce à un accord entre les comités olympiques irlandais et britannique et avec la permission du Comité international olympique, les sportifs originaires d'Irlande du Nord ont la possibilité de concourir soit pour la Grande-Bretagne, soit pour l'Irlande. Enfin, l'Irlande du Nord envoie sa propre délégation d'athlètes aux Jeux du (la République d'Irlande ne faisant pas partie du ). Hymnes. Officiellement, , l'hymne du Royaume-Uni, est aussi l'hymne de l'Irlande du Nord et est employé par l'équipe d'Irlande du Nord de football, mais il est parfois vu comme un chant partisan unioniste. C'est pourquoi le est joué quand l'Irlande du Nord participe à certaines rencontres sportives, notamment les Jeux du. L'équipe irlandaise de rugby, qui comprend la République d'Irlande et l'Irlande du Nord, utilise un hymne spécialement composé, , mais on chante aussi l'hymne national de la République, "", quand on joue à Dublin.
Islande LIslande ( , littéralement « pays de glace ») est un pays insulaire d'Europe du Nord situé dans l'océan Atlantique. Ayant pour capitale et pour plus grande ville Reykjavik, il est gouverné sous la forme d'une république parlementaire. Située dans l'océan Atlantique nord, entre le Groenland et la Norvège, au nord-ouest des îles Féroé, l'Islande, y compris les îles qui lui sont rattachées, s'étend sur . Son relief, culminant à au Hvannadalshnjúkur, est assez montagneux, le centre de l'île constituant les Hautes Terres d'Islande désertiques et les côtes étant découpées par des fjords. Plus de 10 % de l'île est constituée de glaciers. L'Islande se trouve sur la dorsale médio-atlantique séparant les plaques tectoniques eurasienne et nord-américaine, ce qui lui confère une intense activité volcanique. Son climat est océanique, tempéré malgré les latitudes, l'influence polaire étant limitée par le Gulf Stream. L'Islande fut colonisée par les Vikings à partir du , bien que vraisemblablement découverte auparavant par des moines irlandais connus sous le nom de "". En 930, les chefs islandais décident de créer une assemblée commune, l'Althing, le plus vieux Parlement au monde. S'ensuit une longue période d'indépendance connue sous le nom d'État libre islandais, durant laquelle intervient notamment la christianisation de l'Islande. Cependant, dès 1220, des luttes internes connues sous le nom d'âge des Sturlungar affaiblissent le régime, qui s'effondre en 1262 lors de la signature du Vieux Pacte qui lie l'Islande au royaume de Norvège. En 1536, l'île passe sous domination danoise et l'Althing est abolie par le Roi en 1800. Il faut attendre le milieu du pour que le mouvement indépendantiste, mené par Jón Sigurðsson, se développe. Le Parlement est rétabli en 1843 et l'Islande obtient l'autonomie du Danemark en 1874. En 1918, l'Islande redevient juridiquement un État souverain, le royaume d'Islande, bien que lié au Danemark par un Acte d'Union qui leur confère le même roi. Le pays rompt tout lien avec le Danemark en 1944 lors de la fondation de la république. L'Islande est une république parlementaire. Le pouvoir exécutif est exercé par son chef d'État, portant le titre de « président d'Islande », et le gouvernement de l'Islande dirigé par un Premier ministre. Le pouvoir législatif est quant à lui exercé par l'Althing, le Parlement monocaméral comptant . L'Église d'Islande, de confession luthérienne, a le statut de religion d'État. Les Islandais, au nombre de , sont principalement concentrés dans l'agglomération de la capitale Reykjavik, qui accueille deux tiers d'entre eux. La densité de est la plus faible d'Europe ( mondial). La langue nationale, l'islandais, une langue scandinave, est parlée par la quasi-totalité des habitants et a le statut de langue officielle depuis juin 2011. Le pays est membre de l'ONU, du Conseil de l'Europe, de l'OTAN, de l'AELE, de l'OCDE, de l'espace Schengen et de l'EEE. L'Islande a déposé sa candidature à l'entrée dans l'Union européenne le , mais celle-ci, gelée à partir du , est officiellement retirée le 12 mars 2015, bien que ce retrait soit contesté par une minorité d'Islandais, la majorité refusant l'application des quotas de pêche imposés par l'UE. Avant la crise financière de 2008, l'Islande était au premier rang des pays les plus développés au monde selon l'indice de développement humain (IDH) de 2007 et 2008. Son économie est fondée sur un système d'économie mixte où les services, la finance, la pêche et les industries sont les principaux secteurs. En 2022, l‘Islande est classée en pour l'indice mondial de l'innovation. L'Islande est l'un des pays les moins sujets à la criminalité et possède également un système de soins parmi les plus performants ; toutefois son système éducatif est assez mal classé dans les enquêtes PISA. Géographie. Pays insulaire de l'océan Atlantique nord, l'Islande est composée d'une île principale représentant 99,7 % de sa superficie (du monde en superficie) autour de laquelle gravitent quelques petites îles et îlots, située sur la dorsale médio-atlantique dont elle représente la seule partie émergée. À une distance de au sud-est du Groenland (entre 63° 17' 30" et 67° 07' 05" nord et à 4° 32' 12" ouest), le pays se situe à quelques kilomètres au sud du cercle polaire arctique. Géologiquement, l'Islande est marquée par le volcanisme à l'origine de phénomènes comme les geysers ou de formations d'îlots comme Surtsey. Son relief est relativement élevé au centre (Hautes Terres d'Islande) et caractérisé par des fjords sur les côtes. Plus de la moitié du territoire est dépourvue de végétation. L'île, d'une densité de , connaît une répartition très inégale de la population, qui se concentre dans la région de Reykjavik, et est quasiment absente du centre du pays. Son économie dépend en partie de ses ressources naturelles, et en particulier la pêche, l'élevage et l'activité géothermique. Localisation. L'Islande est un État insulaire à la limite entre l'Océan Atlantique et l'Océan Arctique. Ses plus proches voisins sont : le Groenland, situé à au nord-ouest, et les îles Féroé, à au sud-est. D'une superficie de , le pays est entouré d'une zone économique exclusive de . L'Islande est bordée par la mer d'Irminger au sud-ouest, le détroit de Danemark à l'ouest, la mer du Groenland au nord et la mer de Norvège à l'est. L'île principale est située à quelques kilomètres au sud du cercle arctique. L'île de Grímsey se situe sur le cercle arctique, et l'îlot inhabité de Kolbeinsey constitue le point le plus septentrional de l'Islande. En tant qu'État insulaire, l'Islande n'a pas de frontière terrestre, mais possède deux frontières maritimes : l'une avec la Norvège (plus précisément avec l'île Jan Mayen), l'autre avec le Danemark (constituée de deux tronçons, l'un avec le Groenland, l'autre avec les îles Féroé). Géologie. L'Islande est située au milieu de l'Atlantique sur la dorsale médio-océanique entre l'Europe et l'Amérique. Ainsi, d'un point de vue de la tectonique des plaques, la partie nord-ouest de l'Islande est sur la plaque américaine et la partie sud-est est sur la plaque eurasiatique. De plus, un point chaud se situerait juste en dessous de l'Islande, plus précisément sous le massif du Vatnajökull. Cette situation unique engendre sur l'île une importante activité volcanique et géothermale, située principalement le long de ce graben, là où le magma est le plus près de la surface. Les manifestations à la surface de cette intense activité volcanique sont nombreuses : de nombreux volcans et failles éruptives sont situés sur l'île, dont environ 130 actifs, et de nombreux phénomènes paravolcaniques comme les solfatares et les sources thermales, dont les geysers (ce mot étant lui-même d'origine islandaise). L'abondance d'une telle énergie géothermique fait que la plupart des habitants ont accès à l'eau chaude et au chauffage domestique pour des prix très modiques. Depuis l'ère tertiaire, cette île de ne cesse de se transformer à cause de l'activité volcanique permanente ; ses contours sont donc en évolution relativement rapide (à l'échelle des temps géologiques). Le volcan Eyjafjöll est entré en éruption le , provoquant l'arrêt des lignes aériennes dans le Nord de l'Europe durant plusieurs jours. L'éruption du Bárðarbunga en août 2014 a duré huit mois et produit à elle seule plus de de lave. La fonte des glaciers en Islande s'est significativement accélérée à partir des années 1990. La surface de glace qui a fondu dans le pays depuis l’an 2000 est de . Au rythme actuel, les glaciers pourraient disparaitre d'ici . Topographie et hydrologie. L'Islande possède un relief assez important. Le centre de l'île (les hautes terres d'Islande) constitue un vaste plateau d'altitude supérieure à , et les côtes sont souvent montagneuses, découpées de fjords (en particulier la région des fjords de l'ouest et l'Austurland). Le point culminant de l'île est le volcan Hvannadalshnjúkur, au sud-est, avec une altitude de . Environ 10 % de l'île est recouverte de glaciers. Il y a quatre glaciers importants : le Vatnajökull, le Hofsjökull, le Langjökull et le Mýrdalsjökull. Ces glaciers alimentent plusieurs grandes rivières glaciaires (d'où le nom Jökulsá de plusieurs d'entre elles) dont la Þjórsá est la plus longue () et l'Ölfusá la plus importante quant au débit (). Ces rivières offrent une source importante d'électricité, utilisée principalement par l'industrie. Ces caractéristiques géographiques exceptionnelles ont permis à l'île de développer un tourisme en plein essor, également pour observer les aurores boréales. Climat. L'Islande possède un climat de toundra soumis aux vents froids polaires. Grâce au Gulf Stream, ses côtes sud et ouest bénéficient d'une température bien plus clémente en hiver que New York. Les températures ne s'éloignent jamais beaucoup de ( en moyenne annuelle à Reykjavik, à Akureyri). Les précipitations varient du nord au sud. Akureyri, au nord, a un total inférieur à , alors qu'au sud certaines stations météorologiques atteintes de plein fouet par les tempêtes océaniques ont un total pluviométrique annuel qui peut dépasser . Un proverbe islandais illustrant la variabilité du temps dit : « Si le temps ne te plaît pas, attends juste cinq minutes. » L'île est presque totalement située au sud du cercle arctique et connaît donc une alternance jour/nuit toute l'année, même si la durée de clarté du jour est très courte en hiver, et les nuits sont très courtes en été. Seule la petite île de Grímsey, qui constitue le lieu habité le plus septentrional d'Islande, est traversée par le cercle polaire arctique. Faune et flore. Plus de la moitié du territoire islandais est dépourvue de végétation terrestre ou juste colonisée par de rares plantes dispersées. Après avoir décompté les quelques étendues d'eau : lacs, rivières et lagunes, qui couvrent environ 2 % de la surface du pays, c'est donc un désert qui occupe principalement le plateau central et les chaînes montagneuses et qui est composé de glaciers (environ 10 % du territoire islandais), d'étendues de roches volcaniques nues (environ 23 %), de terrains à végétation très éparse (environ 13 %) et de sables (environ 3 %). La périphérie de l'île est plus verdoyante, avec majoritairement de nos jours des paysages de toundra. Ce ne fut pas toujours le cas : les Vikings au découvrirent une île couverte à plus du quart de sa superficie par des forêts ou des buissons de bouleaux pubescents. Les défrichements agricoles, l'exploitation du bois pour la construction ou comme combustible et le pâturage des moutons ont fait disparaître ces boisements naturels qui ne couvrent plus aujourd'hui que 1,1 % de la surface de l'île (0,2 % de forêts et 0,9 % de buissons). Cependant depuis un peu plus d'un siècle, également pour lutter contre les phénomènes d'érosion, l'Islande a développé une politique de conservation, et également d'afforestation en plantant diverses espèces exotiques. La plus importante forêt issue de cet effort, est celle de Hallormsstaðaskógur, près de Egilsstaðir, créée à partir de 1903 dans l'est de l'île. Ces forêts se sont avérées de très bons puits de carbone, du fait de la pauvreté initiale en carbone du sol. Les principales formations végétales actuelles sont alors des landes rases qui s'étendent sur environ 35 % de l'Islande et qui peuvent être constituées soit de sous-arbrisseaux dont notamment la camarine noire ("Empetrum nigrum"), la callune ("Calluna vulgaris"), la myrtille des marais ("Vaccinium uliginosum")…, soit simplement de tapis de mousses ou de lichens parsemés ici ou là de quelques touffes de petites plantes vasculaires. Les autres habitats sont des tourbières et marécages (environ 7 %), des prairies naturelles (environ 3 %), et des terres agricoles (environ 2,5 %) essentiellement représentées par des pâtures et prairies de fauche. La flore terrestre indigène et naturalisée d'Islande comprend de plantes vasculaires et environ de mousses et apparentées. Un tiers des espèces de plantes vasculaires sont caractéristiques de la flore arctico-alpine, et sont incluses dans un ensemble de type boréal qui représente plus de la moitié de la flore. Les autres espèces, à distribution plus large et plus tempérée, sont surtout des graminées et des plantes du littoral ou des milieux d'eau douce. Il n'existerait qu'une seule espèce incontestablement endémique, une euphraise : "Euphrasia calida". D'un point de vue botanique, l'Islande se trouve aussi au croisement des influences américaine et européenne, avec toutefois une nette prédominance européenne : il n'existe que que l'on ne trouve qu'en Amérique et en Islande, contre environ 72 qui n'existent qu'en Europe et en Islande. L'importance des espèces boréales parmi les plantes islandaises est un héritage de la flore de la dernière glaciation. Cette flore froide s'est maintenue à cause de l'isolement de l'île, malgré un climat aujourd'hui plus doux qui permettrait d'exprimer une végétation de type plus tempéré. De nombreuses espèces exotiques ont d'ailleurs été introduites par les humains, pour l'agrément des jardins ou pour d'autres raisons et certaines peuvent devenir envahissantes au détriment de la flore indigène. Le cas le plus marquant est sans doute celui du lupin bleu d'Alaska ("Lupinus nootkatensis") qui peut former de véritables tapis monospécifiques, qui s'est avéré très intéressant pour fixer des sols érodés et reconstituer leur fertilité mais qui constitue une menace d'étouffement des plantes locales. Du fait de son isolement insulaire, l'Islande possède peu d'espèces animales terrestres indigènes : aucun reptile ni amphibien, un seul mammifère, des insectes en nombre limité… Les populations d'animaux marins, notamment les oiseaux, sont en revanche bien représentées. Le seul mammifère terrestre qui était présent en Islande avant l'arrivée des colons est le renard polaire ("Alopex lagopus"), probablement arrivé lors d'une ère glaciaire en marchant sur la mer gelée. Malgré une longue tradition de chasse intensive, censée empêcher la prédation sur les agneaux et sur les colonies d'eiders ("Somateria mollissima") exploitées pour leur duvet, les populations de renards polaires ont toujours réussi à se reconstituer rapidement après des baisses importantes d'effectifs comme celle commencée dans les années 1950 jusqu'à la fin des années 1970 où l'on estime qu'ils n'étaient plus qu'environ un millier en hiver. Leur population actuelle pour l'ensemble du pays est évaluée à environ . Il est de nos jours toujours chassé, mais protégé dans certaines réserves comme celle de Hornstrandir où les touristes peuvent l'observer. Quelques ours polaires venant du Groenland s'échouent parfois sur l'île après avoir dérivé sur des morceaux de banquise. Les autres mammifères indigènes de l'île sont marins. On trouve ainsi des phoques et de nombreuses baleines près des côtes islandaises. Ces dernières ont donné leur nom à certains lieux, tels que le Hvalfjörður (signifiant fjord des baleines), et la ville de Húsavík a connu un important développement touristique centré sur l'observation des cétacés. La baleine fait l'objet d'une chasse très controversée. Cependant, les colons vikings ont introduit sur l'île plusieurs espèces, involontairement dans leurs navires, comme les rats et les souris, ou volontairement pour l'agriculture, comme les moutons, les vaches, les chevaux. Ces fameux chevaux islandais, aujourd'hui au nombre d'environ sur l'île, ont la particularité d'être exclusivement issus de groupes importés avant la fin du et d'avoir conservé des caractères ancestraux. Ils sont petits (entre au garrot), et très résistants ; ils ont été, des siècles durant, le seul moyen intérieur de transport et de locomotion. Le cheval islandais est aujourd'hui connu à travers le monde pour des allures uniques à cette race: le "tölt" et le "skeid". L'Islande héberge de grandes populations d'oiseaux, en particulier marins. La falaise de Látrabjarg, par exemple, est considérée comme la plus grande falaise à oiseaux de l'Atlantique nord, où se trouve entre autres, la plus importante colonie de Petit pingouin ("Alca torda") au monde. Après avoir failli disparaître voilà un siècle, prélevés avec excès pour être consommés tout comme leurs œufs, les macareux moines ("Fratercula arctica"), parents des pingouins, sont aujourd'hui plusieurs millions, en grande partie dans les îles Vestmann, ce qui représente la plus grande colonie de macareux moines du monde. On trouve aussi plusieurs espèces d'oiseaux d'eau douce, abondantes par exemple dans l'aire de conservation de Mývatn-Laxá. Bien qu'ils soient présents à des latitudes comparables au Groenland et en Norvège, aucune espèce de moustiques n'est recensée sur l'île . Un seul spécimen d"Aedes nigripes" a été récolté dans un avion en provenance du Groenland dans les années 1980 ; il est conservé au musée d'histoire naturelle d'Islande. Une des explications avancées serait, durant l'hiver, les hausses soudaines des températures hivernales suivies de baisses tout aussi rapides. Un phénomène propre au climat islandais, qui serait trop fugace pour que l'insecte puisse achever son cycle de vie lors de ses réveils hivernaux. Néanmoins, d'autres diptères hématophages sont présents sur le sol islandais à l'instar des simulies. Géographie humaine. L’Islande fait partie politiquement de l'Europe, et non de l'Amérique. Géographiquement, elle se situe en effet à cheval sur le rift de séparation des deux continents, la plus grande partie de son territoire se situant du côté européen du rift. Culturellement et historiquement, sa population est d'origine européenne et non amérindienne ou inuit. L’Islande possède la plus faible densité de population d'Europe avec . La répartition de la population de l'île est très inégale. La majorité des villes et villages est située sur la côte car les terres intérieures, ou « Hautes Terres d'Islande », sont constituées principalement de déserts inhabitables. La principale ville du pays est Reykjavik, la capitale, qui concentre près de la moitié de la population islandaise, et même les deux tiers si on inclut l'agglomération dont elle est le centre. La partie orientale de l'île ne compte que , qui dépendent en grande partie de la pêche. Les principales villes du pays en dehors de l'agglomération de Reykjavik sont Akureyri, un port important du nord de l'île, et Keflavík, le lieu d'implantation de l'aéroport international. Transports. Originellement, la circulation automobile se faisait sur la voie de gauche. Le 26 mai 1968, s'est opéré le changement de sens, quelques mois après la Suède. Le principal mode de transport en Islande est la route. En 2012, le réseau comptait de routes, dont de routes revêtues. Les principaux liens par ferry se font entre les Îles Vestmann et le port de Landeyjahöfn (parfois Þorlákshöfn lors des intempéries), entre Stykkishólmur et Brjánslækur (en passant par l'île de Flatey), et entre Akureyri et l'île de Grímsey (en passant par l'île de Hrísey et le port de Dalvík). Le pays n'a pas de voies ferrées. La route 1 est la route principale qui fait le tour de l'île et relie la plupart des zones habitables. Seules quelques routes, dont les pistes de Sprengisandur et de Kjölur, traversent l'intérieur du pays, inhabité. Ces routes sont réservées à des véhicules 4×4, du fait de nombreux franchissements de gués. L'hiver, la plupart des routes secondaires sont difficilement praticables, et les pistes sont même souvent fermées à la circulation. La gestion des routes est assurée par l'administration islandaise des routes, en islandais "Vegagerðin". En Islande, les lignes de bus sont très utilisées, avec pour les touristes des systèmes de forfaits estivaux. L’auto-stop est également un moyen de déplacement fréquemment pratiqué sur les voies touristiques malgré un trafic souvent faible sur les axes les plus isolés. Quelques ferries assurent des liaisons régulières pour desservir les petites îles habitées ou pour traverser certains fjords. Un ferry pour véhicules assure également la liaison avec le Danemark, via les îles Féroé, depuis le port de Seydisfjordur situé à l'est de l'île. L'aéroport de Keflavík, situé à de la capitale, est le grand aéroport international d'Islande. Il sert de hub pour les compagnies Icelandair (qui assure toute l'année des liaisons directes à partir de la France, et de l'été jusqu'à l'automne à partir de la Belgique et du Canada) et WOW air (qui proposait des vols au départ de la France) en effet, Wow air cesse ses activités au printemps 2019 pour causes de difficultés financières. Des liaisons internationales régionales sont proposées entre l'aéroport de Reykjavik et le Groenland et les îles Féroé. Périodiquement, il y a eu des vols au départ des aéroports d'Akureyri ou d'Egilsstadir à destinations européennes. Quelques compagnies locales, comme Air Iceland Connect ou Eagle Air Iceland, basées à l'aéroport de Reykjavik, assurent les vols intérieurs et des vols régionaux. L'Islande compte en tout 98 aérodromes, certains de taille très modeste. Histoire. L'histoire de l'Islande est récente par rapport à celle du reste de l'Europe. Du fait de son éloignement, ce pays n'a pas subi la guerre, mais certains événements extérieurs, tels que la réforme protestante imposée par le Danemark ou la peste noire, ont eu des conséquences importantes pour les Islandais. L'histoire du pays a aussi été marquée par nombre de catastrophes naturelles et par sa lutte pour l'indépendance, obtenue le . L'île ne fut découverte par les Vikings qu'au , bien qu'elle ait été vraisemblablement connue avant cette date. À partir de 874, elle commence à se peupler, principalement de colons norvégiens fuyant les conflits de leur pays. En 930, de nombreux chefs, jusqu'alors maîtres de leur seul clan, décident de créer une assemblée, l'Althing, le plus vieux parlement du monde. S'ensuit une période d'indépendance entre les , connue surtout grâce aux sagas. À cette période intervient aussi l'évangélisation des Islandais qui abandonnent le paganisme nordique au profit du christianisme sous la pression du roi norvégien. Cependant, des conflits internes finissent par affaiblir le pays qui devient en 1262 une colonie du Royaume de Norvège. Avec la déclaration du roi du Danemark de 1536 mettant fin au royaume de Norvège, il passe sous domination du Danemark qui s'empare bientôt du commerce local et impose la réforme protestante. L'Islande glisse peu à peu vers la pauvreté, mais réussit à développer sa culture spécifique. Le est particulièrement marqué par cette pauvreté, qu'aggravent encore plusieurs catastrophes naturelles. Ainsi se confirme le déclin de la population islandaise, d'autant que plusieurs tentatives de développement économique avortent les unes après les autres. Il faut attendre le milieu du pour voir l'avènement d'un véritable renouveau, d'abord marqué par la lutte pour l'indépendance qu'inspirent les révolutions continentales, celle de la révolution de Juillet en France par exemple. À la suite de ce mouvement, l'Althing est restauré et l'île reçoit un statut lui garantissant une plus grande autonomie. L'île devient officiellement indépendante le , bien que conservant le même roi que le Danemark. Le processus d'indépendance s'achève à la fin de la Seconde Guerre mondiale par la fondation de la république en 1944. Le voit le pays se développer rapidement, grâce surtout à la pêche, d'ailleurs source de plusieurs conflits, dont la "guerre de la morue" ("cod war"). En 2008, il compte parmi les plus avancés au monde, mais la crise financière de 2008 affecte considérablement son économie et en bouleverse le paysage politique. Découverte et colonisation (874-930). Dès l'an 320 environ, le navigateur marseillais Pythéas mentionne une terre qu'il nomme Thulé, située au nord de l'Angleterre. Néanmoins, Thulé serait "a priori" en réalité la côte norvégienne. Le premier à évoquer l'île qui serait vraisemblablement l'Islande, au début du , est un moine irlandais, Dicuil, dans son traité "De mensura orbis terrae". Selon l"Íslendingabók" d'Ari Þorgilsson "le Savant" et le "Landnámabók", les premiers colonisateurs scandinaves trouvent l’Islande déserte à l’exception de quelques « "papar" ». Selon Dicuil, ces moines irlandais auraient visité l'île vers l'an 795. Ces "papar" auraient quitté l'Islande pour éviter de côtoyer des païens. De récentes fouilles archéologiques ont révélé les ruines d'une cabane à Hafnir sur la péninsule de Reykjanes, dont la datation au carbone indique qu'elle a été abandonnée quelque part entre 770 et 880, ce qui suggère que l'Islande avait été peuplée bien avant la date traditionnelle de 874. L'île est découverte par les Scandinaves dans les années 860. Le premier Scandinave à avoir accosté serait le norvégien Naddoddr après avoir été pris dans une tempête. Il donne au pays son premier nom : "Snæland" (« pays de la neige »). Garðar Svavarsson, un explorateur viking suédois, aurait été le premier à faire le tour de l'Islande et à établir que celle-ci était une île. Après y avoir passé un hiver, il l'aurait quittée l'année suivante, mais l'un de ses hommes, Náttfari, a décidé de rester avec deux autres esclaves, et serait donc le premier résident permanent de l'Islande. Le premier viking à avoir délibérément pris la route de l'Islande serait Flóki Vilgerðarson, surnommé "Hrafna-Flóki" (« Flóki aux Corbeaux »). Après un séjour particulièrement rigoureux, il donne au pays son nom définitif, "Ísland" (« pays de glace »). Ingólfr Arnarson est souvent présenté comme le premier colon islandais. Expulsé de Norvège avec son beau-frère Hjörleifr Hróðmarsson par le jarl Atli, il construit sa ferme sur le site qui deviendra Reykjavik dans l'année 874 d'après la date traditionnelle retenue. État libre islandais (930-1262). En 930, la plupart des terres arables sont revendiquées. Sous l'impulsion du thing de Kjalarnes, l'Althing, une assemblée législative et judiciaire, est instituée pour réglementer le nouveau régime politique, couramment dénommé État libre islandais. L'Althing est une assemblée annuelle qui réunit tous les hommes libres à Þingvellir. Durant cette période, l'Islande devient le point de départ de nouvelles expéditions vers l'ouest durant lesquelles les Scandinaves coloniseront l'Amérique, principalement documentée par la "Saga des Groenlandais" et la "Saga d'Erik le Rouge". Après la colonisation du Groenland par Erik le Rouge, son fils Leif Erikson découvre une terre à laquelle il donne le nom de Vinland (« pays du vin »). Des fouilles archéologiques à L'Anse aux Meadows attestent que les Scandinaves ont bien atteint l'Amérique du Nord avant Christophe Colomb. L'Islande adopte le christianisme vers 999-1000, lors d'une séance de l'Althing marquée par la division entre les païens et les chrétiens. Finalement, le christianisme est adopté, mais les païens conservent le droit de pratiquer leur religion en privé. À partir de 1220, les luttes internes connues sous le nom d'âge des Sturlungar voient l'influence sur l'Islande du roi de Norvège grandir jusqu'à aboutir à la signature du Vieux Pacte en 1262, qui met fin à l'État libre et place l'Islande sous la couronne norvégienne. L'Islande conserve cependant son autonomie et l'Althing continue à se réunir. Domination norvégienne puis danoise (1262-1530). En 1380, la Norvège et le Danemark adoptent le même roi, lors de la formation de l'Union de Kalmar avec la Suède (1397-1523). Ceci place l'Islande sous l'autorité du roi de Danemark. Dans les siècles qui suivirent, l'Islande est devenue l'un des pays les plus pauvres d'Europe. Le sol infertile, les éruptions volcaniques, la déforestation et le climat impitoyable rendirent la vie encore plus dure dans une société où la subsistance dépendait presque entièrement de l'agriculture. La peste noire a balayé l'Islande à deux reprises, en 1402-1404 et de nouveau en 1494-1495, la première épidémie ayant tué 50 % à 60 % de la population et la dernière de 30 % à 50 %. Réforme et période moderne (1530-1814). Vers le milieu du , dans le cadre de la Réforme protestante, le roi commença à imposer le luthéranisme à tous ses sujets. Jón Arason, le dernier évêque catholique de Hólar, fut décapité en 1550 avec deux de ses fils. Le pays est ensuite devenu officiellement luthérien. Le luthéranisme est depuis resté la religion dominante. Aux , le Danemark a imposé des restrictions commerciales sévères à l'Islande. Les catastrophes naturelles, y compris éruptions volcaniques et maladies, ont décimé la population. Des pirates de plusieurs pays, y compris barbaresques, ont attaqué ses villages côtiers. Une grande épidémie de variole au tua environ un quart de la population. En 1783, le volcan Laki a explosé, avec des effets dévastateurs dans les années qui ont suivi l'éruption, connues sous le nom islandais de "Móðuharðindin" ; plus de la moitié du bétail du pays mourut ainsi qu'un quart de la population de l'île pendant la famine qui en résulta. L'Althing est abolie par décret royal en 1800 et remplacée par une Haute Cour siégeant à Reykjavik. Mouvement d’indépendance (1814-1918). En 1814, après les guerres napoléoniennes, le Danemark et la Norvège sont divisés en deux royaumes distincts par le traité de Kiel. L’Islande reste une dépendance du Danemark. Tout au long du , les conditions de vie sont rudes: petit âge glaciaire avec des hivers 1859 à 1869 particulièrement froids, épidémie de gale en 1855 ravageant les troupeaux d'ovins, éruption de l'Askja de 1875. Elles entraînent une émigration massive vers le Nouveau Monde, en particulier au Manitoba au Canada. Environ émigrent de 1875 à 1914, sur une population totale de . Inspirée par les idées romantiques et nationalistes de l'Europe continentale, une conscience nationale émerge. Un mouvement d'indépendance islandais prend forme dans les années 1850 sous la direction de Jón Sigurðsson, sur la base d'un nationalisme islandais en plein essor inspiré par le Fjölnismenn et d'autres intellectuels islandais danois instruits. En 1843, le roi Christian VIII de Danemark rétablit l'Althing, mais celle-ci n'est plus qu'une assemblée consultative et siège désormais à Reykjavik. En 1871, le roi Christian IX ratifie une loi sur le statut de l'Islande dans la monarchie danoise. Puis, en 1874, à l'occasion du millénaire du début de la colonisation de l'Islande, le Danemark dote l'Islande d'une constitution, avec des pouvoirs limités sur le plan de la politique intérieure, l'État autonome islandais. Cette constitution accorde le pouvoir législatif et le contrôle des finances publiques à l'Althing, bien que ses décisions restent soumises à la contresignature du roi. Le texte est révisé en 1903 et donne une plus grande autonomie à l'Islande (sorte de "", comme en Irlande) à partir de 1904. Le ministre d'Islande, bien que faisant encore partie du gouvernement danois, ne réside plus à Copenhague mais à Reykjavik. Hannes Hafstein est nommé à ce poste le . Le premier véritable gouvernement islandais est formé le et Jón Magnússon devient le premier Premier ministre d'Islande. Royaume d’Islande (1918-1944). En juillet 1918, une délégation dano-islandaise parvient à un accord pour la mise en place d'une union personnelle qui permet à l'Islande de devenir un État indépendant et souverain, tout en conservant le même roi que le Danemark. Après son approbation par référendum, l’Acte d'Union dano-islandais, entre en vigueur le . Le gouvernement de l'Islande établit une ambassade à Copenhague, demandant au Danemark de gérer sa politique étrangère. Les ambassades danoises dans le monde entier affichent alors deux blasons et deux drapeaux : ceux du Royaume de Danemark et de l'Islande. En 1920, la Cour suprême d'Islande est constituée, remplaçant la Haute Cour instituée en 1800 lors de l'abolition de l'Althing. Seconde Guerre mondiale. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'Islande rejoint le Danemark en affirmant sa neutralité. Après l'occupation allemande du Danemark le , l'Althing remplace le roi par un régent, Sveinn Björnsson, et déclare que le gouvernement islandais devra assumer le contrôle des affaires étrangères et d'autres questions jusque-là traitées par le Danemark. Un mois plus tard, les forces armées britanniques envahissent le pays, afin de disposer d'un point d'appui dans l'océan Atlantique face à la marine allemande. En 1941, les forces armées américaines remplacent celles du Royaume-Uni. Cette occupation britannique puis américaine, qui violait temporairement la neutralité islandaise, fut acceptée à contrecœur par les Islandais qui signent un traité de défense entre l'Islande et les États-Unis en juillet 1941. Fondation de la république. Le , l’Acte d'Union dano-islandais expire, après . Le Danemark étant envahi par l'Allemagne nazie, les Islandais décident d'agir unilatéralement, ce qui heurta certains Danois. À partir du , les Islandais se prononcent lors d'un référendum de quatre jours sur l'opportunité de mettre fin à l'union avec le Danemark, l'abolition de la monarchie et l'instauration de la république : 97 % des votants sont favorables à la fin de l'union et 95 % en faveur de la nouvelle constitution républicaine. L'Islande devient officiellement une république le , jour anniversaire de la naissance de Jón Sigurðsson, avec Sveinn Björnsson comme premier président. République d'Islande (depuis 1944). Le 19 novembre 1946, l'Islande devient membre de l'Organisation des Nations unies nouvellement créée et les dernières troupes d'occupation quittent le pays en avril 1947. Sur fond de polémique nationale, l'Islande abandonne sa neutralité, en signant le avec les États-Unis en 1946, la tension allant jusqu'à déclencher une émeute lors de l'intégration de l'OTAN le 30 mars 1949. Le 5 mai 1951, un accord de défense a été signé avec les États-Unis. Les troupes américaines sont retournées en Islande en tant que Force de défense de l'Islande, et y sont restées tout au long de la guerre froide. Les États-Unis les ont ensuite retirées, retrait achevé le 30 septembre 2006. L'Islande avait prospéré pendant la guerre. La période d'après-guerre a été suivie par une forte croissance économique, tirée par l'industrialisation de la pêche et la mise en œuvre du plan Marshall américain, grâce auquel les Islandais ont reçu le plus d'aide par habitant de tous les pays européens. Le développement économique s’accompagne de la création d'un État-providence inspiré du modèle scandinave, qui favorise l’élévation du niveau de vie et la régulation des inégalités. Néanmoins, une oligarchie reste prédominante : quatorze familles - un groupe connu sous le nom de « Pieuvre » - constitue l'élite économique et politique du pays. Elles dominent tous les secteurs de économie : les importations, les transports, la banque, les assurances, la pêche et l'approvisionnement de la base de l'OTAN. Sur le plan politique, cette oligarchie règne sur le Parti de l'indépendance (PI), qui contrôle les médias. Elle détermine également les nominations de hauts fonctionnaires, dans l'administration, la police et l'armée. Les partis dominants (PI et Parti du centre) gèrent directement les banques locales publiques, rendant impossible l'obtention d'un prêt sans l'accord de l'apparatchik local. Un système de relations clientélistes est ainsi généralisé. Les années 1970 ont été marquées par les guerres de la morue L'Islande a accueilli le sommet de Reykjavik en 1986 entre le président des États-Unis Ronald Reagan et le Premier ministre soviétique Mikhaïl Gorbatchev, au cours duquel des mesures importantes furent prises en faveur du désarmement nucléaire. Quelques années plus tard, l'Islande est devenue le premier pays à reconnaître l'indépendance de l'Estonie, de la Lettonie, et de la Lituanie, rompant de ce fait les relations diplomatiques avec l'URSS. Tout au long des années 1990, le pays a accru son rôle international et a développé une politique étrangère orientée vers les causes humanitaires et de maintien de la paix. À cette fin, l'Islande a fourni une aide et une expertise à diverses interventions dirigées par l'OTAN en Bosnie, au Kosovo et en Irak. L'économie s'est fortement diversifiée et libéralisée à la suite de l'adhésion de l'Islande à l'Espace économique européen en 1994, lequel impose la libre circulation des capitaux, des biens, des services et des personnes. Le Premier ministre Davíð Oddsson se lance dans un programme de vente des actifs de l’État et de dérégulation du marché du travail. Les inégalités de revenus et de patrimoine se creusent, aggravées par des politiques fiscales défavorables à la moitié la plus pauvre de la population. Dans les années 2003-2007, à la suite de la privatisation du secteur bancaire sous le gouvernement de Davíð Oddsson, l'Islande s'est déplacée vers une économie basée sur les services financiers et la banque d'investissement. Elle est rapidement devenue l'un des pays les plus prospères dans le monde, mais les signaux alarmants se multiplient. Le déficit courant du pays grimpe de 5 % du PIB en 2003 à 20 % en 2006, soit l'un des niveaux les plus élevés du monde. Début 2006, l'agence Fitch rétrograde la note islandaise de « stable » à « négatif ». La couronne islandaise perd une partie de sa valeur, au contraire de la valeur des dettes des banques, qui augmente. Le marché des actions s'effondre et les faillites se multiplient, ce qui oblige l’État à mobiliser les finances publiques au profit du secteur privé. La Danske Bank de Copenhague décrit alors l'Islande comme une « économie geyser » sur le point d'exploser. L'économie islandaise est finalement très durement touchée par une crise financière majeure en 2008. La crise a donné lieu à la plus grande migration de l'Islande depuis 1887, avec une émigration nette de en 2009. Durant la crise, deux importantes banques filiales de banques étrangères font faillite. Dans un premier temps, l'État islandais accepte de rembourser les dettes de ces banques aux créanciers britanniques et néerlandais. Mais les protestations populaires et la révolution islandaise aboutissent à l'abandon du remboursement (par deux référendums successifs, l'un en 2010 et l'autre en 2011) et au renversement du gouvernement de Geir Haarde. Jóhanna Sigurðardóttir forme alors un gouvernement intérimaire et devient la première femme Première ministre d'Islande. Les élections législatives du 25 avril 2009 lui assurent une majorité au Parlement. Le , les Islandais élisent une assemblée constituante formée de vingt-cinq Islandais issus de la société civile avec mission de réviser la constitution, jusqu'alors inspirée de celle du Danemark. Mais, malgré la stabilisation de l'économie islandaise, qui a connu une croissance de 1,6 % en 2012, de nombreux Islandais restent mécontents de son état et des politiques d'austérité du gouvernement. Le Parti de l'indépendance et le Parti du progrès reviennent au pouvoir aux élections de 2013 et suspendent "sine die" le projet de réforme. L'ensemble de ces évènements est appelé "révolution des casseroles" ou révolution islandaise. Politique. L'Islande est une république, dont la Constitution a été adoptée en 1944. Selon l'article premier de la Constitution, « l'Islande est une République dotée d'un régime parlementaire. ». Le pays appartient au Conseil nordique, à l'OTAN, à l'OCDE et à l'ONU. En 2009, le gouvernement dépose officiellement la candidature du pays à l'adhésion à l'Union européenne ; mais celle-ci gelée en 2013, est définitivement retirée en juin 2015. La Constitution garantit également à tous les citoyens les droits fondamentaux, et définit l'Église d'Islande comme église d'État. Organisation des pouvoirs. La Constitution islandaise a été adoptée lors de la fondation de la république en Islande le . Elle succède à la Constitution du Royaume d'Islande entrée en vigueur en 1918, lorsque l'Islande était devenue indépendante mais restait liée au Danemark par un Acte d'Union qui leur conférait le même roi. Depuis 1944, la Constitution a été amendée à six reprises. La Constitution est composée de (depuis l'abrogation de l'article 80) répartis en sept chapitres, auxquels s'ajoutent des dispositions transitoires pour organiser le changement de Constitution. Celle-ci fait de l'Islande une république parlementaire multipartiste, et organise les pouvoirs. Le pouvoir législatif appartient à l'Althing, fondé en 930, plus vieux Parlement d'Europe et peut-être du monde, conjointement avec le président. Le pouvoir exécutif est exercé par le président, le Premier ministre et son Gouvernement, tandis que les tribunaux possèdent le pouvoir judiciaire. Institutions. Althing. L'Althing (en islandais "Alþingi") est le Parlement monocaméral de l'Islande. Fondé en l'an 930, il s'agit du plus ancien parlement d'Europe, voire du monde. Son fonctionnement ne fut interrompu qu'entre 1800 et 1844, pendant la période de monarchie absolutiste danoise. Dans sa forme contemporaine, le parlement islandais fut réinstitué en 1845, à l'origine en tant qu'organe consultatif auprès du roi de Danemark Christian VIII, et son siège fut établi à Reykjavik, et non plus à Þingvellir. Le grand artisan de l'indépendance de l'Islande, Jón Sigurðsson, en fut un des premiers députés. L'Althing comprend 63 parlementaires, élus tous les quatre ans au suffrage universel direct, au scrutin proportionnel plurinominal à un tour, avec listes bloquées. Les dernières élections ont eu lieu le et ont vu huit partis remporter des sièges au Parlement : le Parti de l'indépendance, le Mouvement des verts et de gauche, l'Alliance, le Parti du centre, le Parti du progrès, le Parti pirate, le Parti du peuple et le Parti de la réforme. Président. Le président de la République est également élu pour quatre ans, au scrutin uninominal majoritaire à un tour. Selon la Constitution, il nomme les ministres et préside leur Conseil. Dans la pratique, il entérine les choix de nomination faits par les partis politiques majoritaires à l'Althing. Il n'exerce d'ailleurs, habituellement, aucun pouvoir exécutif réel et joue surtout un rôle honorifique. En tant que chef de l'État, il est le représentant du pays à l'étranger. Le président dispose cependant de certaines prérogatives importantes. Par exemple, l'article 26 de la Constitution lui accorde un droit de veto sur l'adoption d'une loi par le Parlement, qui l'autorise à faire approuver ou rejeter la loi par un référendum. L'ancien président Ólafur Ragnar Grímsson l'a utilisé à plusieurs reprises, notamment en 2010 et 2011, dans le cadre des deux . Guðni Th. Jóhannesson, élu en 2016, est le sixième président islandais depuis 1944. Il a succédé à Ólafur Ragnar Grímsson, qui occupait cette fonction depuis 1996. L'étendue théorique des pouvoirs détenus par le président fait régulièrement l'objet de débats parmi les juristes islandais : tandis que certaines dispositions de la Constitution lui donnent plusieurs importantes prérogatives, d'autres articles adoptent en effet une orientation contraire. Gouvernement. Le pouvoir exécutif est exercé par le gouvernement dirigé par le Premier ministre et nommé par le président. Les gouvernements islandais ont presque toujours consisté en une coalition de deux partis ou davantage, étant donné que la majorité des sièges de l'Althing n'a jamais été détenue par un seul parti politique. En 2009, Jóhanna Sigurðardóttir est devenue la première femme Première ministre en Islande, ainsi que la première chef de gouvernement au monde à s'être ouvertement déclarée lesbienne. L'actuelle Première ministre de l'Islande est Katrín Jakobsdóttir. Elle est à la tête d'une coalition tripartite formée de son parti, de gauche, le Mouvement des verts et de gauche, et de deux partis de centre-droit : le Parti du progrès et le Parti de l'indépendance, coalition constituée à la suite des élections législatives de 2017. Elle a été reconduite dans ses fonctions après les résultats des élections de 2021. Autorités judiciaires. Le pouvoir judiciaire est composé de deux instances : les Cours ordinaires, tribunaux de districts et de villes, et la Cour suprême d'Islande, au sommet du pouvoir judiciaire islandais. Tendances politiques et élections. À l'exception du gouvernement de Jóhanna Sigurðardóttir de 2009 à 2013, le Parti de l'indépendance et le Parti du progrès dominent la vie politique du pays depuis les années 1930. Depuis les élections législatives de 2017, huit partis sont représentés à l'Althing : le Parti de l'indépendance, le Mouvement des verts et de gauche, l'Alliance, le Parti du centre, le Parti du progrès, le Parti pirate, le Parti du peuple et le Parti de la réforme. Découpage administratif. L'Islande est divisée en régions, circonscriptions, comtés, municipalités. Il y a huit régions, dont l'utilisation est principalement statistique. Jusqu'en 2003, le découpage électoral pour l'Althing suivait les régions, mais des circonscriptions électorales spécifiques ont été créées depuis. En effet, le découpage en région donnait plus de poids aux votes dans les régions faiblement peuplées. Le découpage en circonscriptions permet de rééquilibrer les poids respectifs des votes, même si des inégalités subsistent. L'Islande est traditionnellement divisée en , qui n'ont de nos jours, plus d'importance administrative. Il existe de nos jours , dont les compétences suivent celles des comtés traditionnels. Enfin, il existe , chargées de l'administration locale, comme les écoles, les transports, la gestion des déchets… Les municipalités regroupent souvent plusieurs localités. Politique étrangère. Défense islandaise. L'Islande ne possédant pas d'armée, sa défense est assurée par les États-Unis. Par ailleurs, le pays a également conclu des accords avec l'armée norvégienne, l'armée danoise et d'autres membres de l'OTAN pour sa sécurité intérieure. Appartenance à des organisations internationales. L'Islande adhère à plusieurs organisations internationales de plus ou moins grande échelle. Avec les autres pays nordiques, l'Islande entretient des relations privilégiées, en raison notamment des cultures et des histoires communes. Les programmes de coopération s'exercent depuis 1952 essentiellement dans le cadre du Conseil nordique. Le pays a par ailleurs constitué, avec le Groenland et les îles Féroé, un Conseil nordique occidental dont les centres d'intérêt portent principalement sur les questions relatives à l'Atlantique nord. Le pays participe aussi activement à la vie économique, politique et culturelle de l'Europe. L'Islande fait ainsi partie de l'Association européenne de libre-échange (AELE) et a choisi d'intégrer l'Espace économique européen aux côtés de la Norvège, du Liechtenstein et de l'Union européenne. Elle applique les accords de libre circulation de l'Union nordique des passeports et a donc logiquement aussi rejoint en 1996 l'espace Schengen. Elle participe aussi à de nombreux programmes européens, comme Erasmus. À la suite de la crise économique de 2008, l'Islande se propose d'avoir l'euro comme monnaie, ce qui aurait diminué en partie l'ampleur de la crise. L'euro étant indissociable de l'adhésion à l'Union européenne, le pays pose officiellement sa candidature le . Cependant, les débats notamment sur la question des quotas de pêche n'ont pu conduire à un accord. À la suite d'un changement de majorité au parlement, la demande d'adhésion a été gelée le , puis est officiellement retirée le . Enfin, le pays est membre de l'ONU, de l'OCDE et de l'OTAN. L'Islande ne possédant pas d'armée, sa contribution à l'OTAN se fait sous d'autres formes (bases militaires et contributions financières pour l'essentiel). Depuis les années 1990, il existe une unité de réponse aux crises pouvant participer à des opérations de maintien de la paix qui a été déployée au sein de plusieurs missions de l'OTAN notamment. Économie. Après avoir été pendant des siècles un pays à l'économie très modeste, son ratio PIB/habitant est en 2007 le plus élevé au monde : son PIB/ ajusté en parité de pouvoir d'achat vaut . Cette même année, la croissance du produit national brut a été de 2,6 %, pour un taux de chômage de 2,9 %, une inflation de 6,7 %, et un budget de l'État dégageant un surplus. Cependant, depuis les années 1990, la coalition au pouvoir « a opéré un transfert fiscal systématique des classes aisées vers les contribuables les plus modestes. En mettant en œuvre une politique fiscale réduisant presque à néant l’imposition sur le capital en même temps qu’un gel du barème de l’impôt sur le revenu, elle a permis à la rente d’échapper à l’impôt tandis que, dans un contexte d’inflation, de plus en plus de familles pauvres devenaient imposables. », écrivent les chercheurs en économie et politique publique Silla Sigurgeirsdóttir et Robert Wade. En conséquence, les inégalités ont augmenté : le coefficient de Gini est passé du niveau moyen des pays scandinaves en 1995 à celui des États-Unis en 2007. L'objectif de cette politique était de faire du pays un centre financier international en se démarquant des pays du nord de l’Europe, présentés par le gouvernement et les médias comme des sociétés « couvées par un État-providence trop généreux ». Le président de la chambre de commerce islandaise a ainsi affirmé en 2006 dans un rapport destiné à ses membres : « Nous devrions cesser de nous comparer aux autres pays nordiques. Après tout, nous leur sommes supérieurs par de nombreux aspects ». En septembre 2008, l'État islandais est au bord de la faillite. Il ne peut prendre le contrôle des plus grandes banques du pays en situation de faillite à cause de la crise financière. Crise financière de 2008 et dette extérieure. La crise islandaise est la conséquence directe de la politique d'endettement et du gonflement des bilans des principales banques locales, durant les années 2000, à des niveaux dépassant plusieurs fois le PIB de l’Islande. Ce boom bancaire, qui a soutenu la croissance islandaise durant une dizaine d'années, place le pays au bord de la faillite après la défaillance des banques locales. Cette crise financière affecte le système économique et bancaire depuis , dans le contexte de la crise économique mondiale de 2008. Pour prévenir l'effondrement du système bancaire islandais, les trois principales banques du pays (Glitnir, Landsbanki et Kaupþing) sont nationalisées.La perfusion du FMI n'empêchent pas les annonces de perspectives sombres pour l'avenir. L'endettement du pays devient très élevé et le remboursement en 2009 de la dette contractée notamment par Icesave, filiale de Landbanki fortement impliquée dans les subprimes, ( de dollars, soit par habitant) crée une grave crise politique et sociale. La fronde populaire pour ne pas rembourser la dette prend de l'ampleur. L'embarras politique est total. Les créanciers (Royaume-Uni et Pays-Bas) exigent le remboursement. Après un premier rejet, un nouvel accord est trouvé en 2011 pour que l'Islande puisse étaler ses remboursements de d'euros entre juillet 2016 et au maximum 2046, à un taux d'intérêt de 3 % pour le d'euros dû à la Haye et de 3,3 % pour le reste, dû à Londres. Mais, le président islandais lance une consultation par référendum qui aboutit à un deuxième rejet. Il s'ensuit une bataille juridique qui aboutit à une victoire pour l'Islande en 2013, mais les remboursements à la suite de la faillite d'Icesave se sont poursuivis. L’Islande a déposé en juillet 2009 une demande de candidature à l'Union européenne, selon certains dans l'espoir de stabiliser son économie et d'adhérer à la zone euro. Pourtant, en 2010, d'autres, dont le prix Nobel d'économie Paul Krugman, avancent au contraire que c'est grâce au contrôle de sa monnaie que l'Islande a pu rapidement sortir de la crise, notamment via une dévaluation qui a relancé ses exportations. Le , la commission européenne a recommandé l'ouverture de négociations concernant l'entrée de l'Islande dans l'Union européenne. Bruxelles a estimé que l'Islande était déjà à un stade suffisamment avancé de préparation, dans les domaines politique, économique et législatif. Reykjavik applique, en effet, déjà près des trois quarts des lois européennes nécessaires pour une adhésion à l'UE, ce qui va accélérer le processus. Après la crise de 2008, l'Islande a aussi reconnu que, parce qu'elle avait sa propre devise monétaire, son économie était très volatile. Voilà pourquoi ses dirigeants ont adressé une demande à Ottawa afin de savoir s'il était envisageable pour l'Islande d'utiliser la monnaie du Canada, le dollar canadien, car le Canada est le pays ayant le mieux résisté à la crise économique, donc celui ayant l'économie la plus stable. En janvier 2016, les sources officielles annoncent que le taux de chômage est retombé à un chiffre (1,9 %) proche de ce qu'il était avant la crise de 2008 (1,3 %). En novembre 2015, le Premier ministre Sigmundur Davíð Gunnlaugsson avait déclaré que l'Islande n'aurait pas pu sortir de la crise si elle avait été membre de l’Union européenne et si, comme l'Irlande ou la Grèce, elle avait été obligée de prendre la responsabilité des dettes des banques en faillite. En 2019, la dette publique nette, qui représentait encore près de 50 % du PIB en 2015, est réduite à 29 % de ce même PIB ( de dollars), l'Islande prévoyant toutefois que ce ratio remonte à 47 % à fin 2021, en raison du soutien à l'économie lié à la pandémie de Covid-19. Économie traditionnelle. L'économie traditionnelle de l'Islande dépend fortement de la pêche et de ses débouchés, qui comptent pour près de 60 % de ses revenus à l'exportation. La santé de l'économie est tributaire des conditions du marché des produits de la mer. Les années 1900 comptaient 77 % d'agriculteurs, ils ne sont plus, au début du , que 4 %. Les terres arables en Islande représentent moins de 1 % de la surface de l'île. Cependant, l'utilisation de la géothermie permet de chauffer des serres, comme à Hveragerði, ce qui permet au pays de se fournir en certains aliments qu'on ne pourrait pas cultiver autrement sur l'île. Ainsi, l’Islande est un pays producteur de bananes (c'est même le seul sur le continent européen au sens strict). La protection de la pêche et de l'agriculture fait partie des principales raisons qui retiennent l'Islande d'adhérer à l'Union européenne et qui l'a poussée à abandonner sa candidature le . Production d'énergie. Les énergies renouvelables constituent aujourd'hui un secteur de pointe de l'économie du pays et l'un des piliers de sa politique énergétique. 70 % de l'énergie du pays provient des énergies renouvelables. Plus de 99 % de l'électricité du pays est produite par l'énergie hydraulique et par l'énergie géothermique. La plus grande centrale électrique géothermique se trouve à Hellisheiði, alors que le controversé barrage de Kárahnjúka est depuis 2009 la plus grande centrale hydraulique du pays. Malgré tout, les Islandais émettent de CO de gaz à effet de serre par habitant, ce qui est plus élevé que les émissions de gaz à effet de serre d'un Français ( en 2015). Ceci est dû à l'utilisation de moyens de transport personnels. En 2003, l'Islande est le premier pays au monde avec des stations-services qui mettent à disposition de l'hydrogène pour les véhicules qui fonctionnent grâce à une pile à combustible. C'est aussi un des seuls pays capables de produire de l'hydrogène en quantité suffisante et à des prix raisonnables, en raison de l'abondante énergie géothermique disponible sur l'île. Industrie de l'aluminium. L'Islande est autosuffisante énergétiquement grâce à la géothermie et l'hydroélectricité. Et ce pays possède un important potentiel énergétique, bien supérieur aux besoins de sa population. L'Islande a donc envisagé la construction d'un câble sous-marin de plusieurs milliers de kilomètres, permettant d'exporter son énergie excédentaire vers l'Europe. Devant le coût d'un tel projet et celui d'exporter cette énergie à de telles distances, l'Islande a préféré inviter les industries à haute consommation énergétique à investir dans le pays. Le grand nombre d'usines d'aluminium installées depuis en Islande reflète cette stratégie économique. En aval du Vatnajökull, le plus grand glacier d'Europe, le complexe hydroélectrique de Kárahnjúka, avec un barrage principal haut de , produisant , alimente une usine d'aluminium Alcoa, qui produit par an et emploie neuf cents personnes. Cette usine productrice d'aluminium se trouve dans l'est du pays, où les emplois sont rares. Pour réaliser ce barrage, la Compagnie d’électricité islandaise a créé le troisième lac du pays et immergé de terres sauvages. Ce barrage a fait aussi disparaître cinquante chutes ou cascades en bloquant le fleuve Jökulsá á Brú. Des écologistes se sont opposés par conséquent à sa construction, et arguent que très peu d'Islandais ont sollicité un emploi auprès d'Alcoa, et que par conséquent cette usine n'enrayera de toute façon pas la désertification de cette région, principale raison du soutien gouvernemental. La compagnie Alcoa a construit son usine à Reyðarfjörður pour utiliser l'énergie bon marché du barrage de Kárahnjúkar et n'est pas tenue de respecter les émissions de CO. L'alumine, le dérivé du minerai de bauxite, est importé des tropiques et l'aluminium est ré-exporté par bateau en Europe, dégageant ainsi des excédents pour le pays. Avec le déclin des pêcheries familiales, la plupart des villages côtiers meurent peu à peu. Les défenseurs des producteurs d'aluminium affirment que cette industrie est nécessaire pour revitaliser les zones rurales, alors que les écologistes préconisent de nouveaux parcs nationaux pour renforcer le tourisme, secteur en croissance très rapide. Tourisme. Le tourisme en Islande représente un secteur important de l'économie avec presque un million de visiteurs étrangers en 2014, soit le triple de la population du pays. Ce chiffre a atteint en 2016 et en 2018, mais s'est effondré avec la crise de la COVID ( en 2021). En 2008, l'activité touristique représentait 14 % des revenus du pays et 5,2 % des emplois. Plus des deux tiers des touristes d'Europe centrale ou du sud viennent en été, ainsi que la moitié des touristes américains et scandinaves. Par contre, les touristes anglais visitent le pays aussi bien en été qu'en hiver. La saisonnalité est très marquée, avec, en 2011, un taux de remplissage des chambres de 65 % en juillet, contre 15 % en janvier. En l'absence de domaines skiables significatifs (l'Islande a peu de tradition dans ce domaine, contrairement à ses voisins scandinaves), le déséquilibre entre saisons est exacerbé suivant les régions : la capitale héberge deux fois plus de touristes en été qu'en hiver et ce rapport dépasse 12 dans l'arrière-pays. Les trois sites touristiques les plus fréquentés d'Islande sont nommés « cercle d'or » : il s'agit du parc national de Þingvellir, site classé au patrimoine mondial de l'UNESCO où l'Althing fut fondé en l'an 930, les chutes de Gullfoss, ainsi que le champ géothermique de Geysir. Population. Démographie. La plupart des Islandais habitent la côte sud, au climat plus clément que les rivages septentrionaux. Près de 60 % d'entre eux sont regroupés dans la région de Reykjavik. Seule véritable exception, Akureyri, avec ses en 2011, est située au nord du pays, au bord de l'Eyjafjörður ; bien que proche du cercle polaire, Akureyri bénéficie d'un climat d'abri (microclimat), ce qui lui vaut une végétation arbustive unique en Islande (nombreux sorbiers des oiseleurs). La population se concentre sur seulement 2 % de la superficie de l'Islande. Le , l'Althing a officiellement dénombré sur le territoire islandais (ne comptant pas les vivant à l'étranger, principalement en Europe, au Canada et aux États-Unis). Au , on dénombre . Au Canada, plus de se reconnaissent Islandais ou descendants d'Islandais, dont en Colombie-Britannique. Parmi les immigrants, la minorité la plus forte est la minorité polonaise, au nombre d'environ ; et employée en grande majorité dans le secteur de la pêche. D'ailleurs, certains portails web islandais ont une version polonaise. La deuxième minorité est la minorité lituanienne, laquelle compte quelque . Les autres communautés proviennent essentiellement des pays d'Europe du Nord, d'Asie et des pays baltes. Particularité : la notion de nom de famille n'existe pas en Islande. Les Islandais portent leur propre prénom et dans la plupart des cas le prénom de leur père (dans certains cas le prénom de leur mère) suivi du suffixe "son" (fils de…) pour les hommes, "dóttir" pour les femmes (fille de…) et "bur" pour les personnes non-binaires (enfant de...). Le patronyme change ainsi à chaque génération. Les congés parentaux () sont à répartir librement entre le père et la mère. Langues. Langue germanique parlée en Islande, l'islandais a pour racine historique le vieux norrois, qui était parlé depuis le Moyen Âge dans les pays scandinaves. L'isolement de l'Islande et son importante culture de l'écrit ont permis une conservation exceptionnelle de la langue originelle notamment dans sa version écrite mais également sous sa version orale. L'anglais (85 % des Islandais peuvent s'exprimer en anglais) et le danois (compris et parlé par 75 % des Islandais) sont aussi largement parlés et compris, ce qui permet l'intercompréhension scandinave avec les autres langues nordiques. Le féroïen est très proche à l'écrit de l’islandais, toutefois la prononciation est relativement différente. Le français et l'allemand sont aussi enseignés dans des collèges et à la fin de l'enseignement secondaire. La Constitution ne mentionne pas de langue officielle, ou d'autres caractéristiques identifiant la nation islandaise. L'islandais devient la langue officielle le par simple loi. Les langues anglaise et danoise sont aussi souvent utilisées dans l'administration. Religion. En Islande, il n'existe pas de séparation entre l'Église et l'État. Nommée dans la Constitution, l'Église d'Islande, ou Église évangélique-luthérienne d'Islande, est l'Église nationale. L'État recense l'affiliation religieuse de tous les citoyens islandais. En 2022, les Islandais étaient divisés entre les différents groupes religieux suivants : Le , Sveinbjörn Beinteinsson, agriculteur, poète, chanteur et chef spirituel païen islandais, réussit à faire reconnaître la religion islandaise païenne, l"Islenska Asatruarfelagid" (Ásatrúarfélagið) par le gouvernement islandais comme religion officielle d'État pouvant marier et baptiser les citoyens islandais qui le souhaitent. Sécurité et criminalité. Le taux d'homicide en Islande est le plus bas de l'OCDE. En 2003, 2006 et 2008 aucun homicide n'est recensé sur l'île. Le taux d'agression est également plus bas que dans le reste des pays de l'OCDE. En 2013, la police tue un habitant pour la première fois. Il s'agissait d'un forcené, enfermé dans son appartement et tirant des coups de feu. Selon l'ambassade américaine à Reykjavik : « La criminalité est, en comparaison, plus faible que dans beaucoup de pays développés. C'est en partie dû à un niveau de vie élevé, une population réduite, et des forces de l'ordre diplômées et bien formées ». Système éducatif. Lors de la publication du rapport PISA-2012 de l'OCDE, le système éducatif islandais est mal classé. Il se trouve dans les pays les plus faibles en lecture et en sciences, et dans les pays moyens pour les mathématiques. L'Islande a ainsi perdu par rapport au précédent rapport PISA. De façon générale, les pays nordiques ont tendance à perdre des places au profit des pays d'Asie du Sud-Est. Système de soins. Il existe un système de soins de santé universel en Islande qui est administré par le ministère des affaires sociales et qui est financé à 85 % par les impôts et à 15 % par les frais de service. Il n’existe pas d’hôpitaux privés ni d’assurances privées. Le gouvernement consacre une importante partie de son budget aux soins de santé qui est l’un des plus performants au monde, classé par l’Organisation mondiale de la santé. En 2009, l'Islande avait pour alors qu’en moyenne il y en a 3,1 dans les pays de l'OCDE, et pour contre une moyenne de 8,4 dans les pays de l’OCDE. La proportion de la population qui fume est inférieure à la moyenne de l'OCDE et l'espérance de vie moyenne est de ce qui correspond à la plus élevée dans le monde. D'autre part, l'Islande est le pays le moins pollué du monde grâce à une forte utilisation de l'énergie géothermique, une faible densité de population, et un niveau élevé de prise de conscience environnementale des citoyens. Selon une évaluation de l'OCDE, la quantité de matière toxique mesurée dans l'atmosphère est beaucoup plus faible que n'importe quel autre pays industrialisé. Culture. La culture de l'Islande est un mélange entre les traditions ancestrales issues de l'ère viking et les coutumes modernes. Les traditions s'expriment par la conservation de certaines croyances, comme la présence d'elfes invisibles, mais aussi par la célébrité des sagas qui y ont été imaginées et mises par écrit à l'époque médiévale : certaines, comme la saga de Hrafnkell, sont toujours lues et appréciées aujourd'hui. Plus de la moitié des Islandais affirment croire à la présence d'elfes ; fin août 2016, une entreprise est même contrainte de déterrer un rocher qui, selon certains Islandais, abriterait des elfes. L'Islande connaît également une américanisation qui imprègne le pays : séries en anglais sous-titrées en islandais, diffusion à la télévision du football américain ou encore omniprésence de Coca-Cola par exemple. L'alimentation venant de l'étranger, par exemple les céréales, est rarement totalement traduite, pour des raisons de rentabilité. Parmi les Islandais célèbres, on compte la chanteuse de pop Björk, les groupes Sigur Rós, GusGus, The Sugarcubes, Sólstafir, Skálmöld, Falkenbach, Múm, Kaleo, on peut constater que la majorité de ces groupes connus au-delà de la frontière islandaise sont orientés principalement sur l'electro, l'electropop et le post-rock ou le metal avant-gardiste et le viking metal. En littérature, le romancier Þór Vilhjálmsson est très connu, et Halldór Laxness reçut le prix Nobel de littérature en 1955. On peut également citer l'écrivain Guðbergur Bergsson. Dans le genre du roman policier, Arnaldur Indriðason est traduit et apprécié dans la plupart des langues occidentales. En sport, on peut compter le joueur de football de Molde, Eidur Guðjohnsen. Fêtes et jours fériés. Les dimanches (incluant la fête de Pâques et Pentecôte) sont également tous chômés. Le Jour de l’Indépendance n’est pas un jour férié, mais de nombreux Islandais, notamment à l’étranger, commémorent l’indépendance de l’Islande (). La fête nationale, le 17 juin, commémore la fondation de la république et a été choisi en fonction de la date de naissance de Jón Sigurðsson, artisan de l’indépendance. Littérature. La littérature islandaise médiévale se compose des sagas, des eddas et de la poésie scaldique. Contes épiques écrits en prose, les sagas sont écrits en vieil islandais par des auteurs anonymes des . Les plus connues sont les "Sagas du Vinland", composé de la "Saga d'Eiríkr le Rouge et de la saga des Groenlandais" qui racontent la découverte du Groenland et du Vinland, la "Saga de Njáll le Brûlé", ou encore la "saga de Hrafnkell" qui relate les faits marquants des premiers colonisateurs de l'Islande et de leurs descendants au . L'écrivain Snorri Sturluson a rédigé au Moyen Âge plusieurs ouvrages dont l'Edda de Snorri, exposant poèmes et récits de mythologie scandinave. Il existe une autre edda, l'Edda poétique, qui rassemble des poèmes mythologiques de l'ère pré-chrétienne. Une traduction de la Bible a été publiée au . La littérature entre le comprend des poèmes sacrés, comme les "Psaumes de la Passion" d'Hallgrímur Pétursson, un des plus célèbres poètes d'Islande, mais aussi des Rímur, qui sont des poèmes épiques. L'auteur islandais contemporain le plus connu est sans doute Halldór Laxness, qui a reçu le prix Nobel de littérature en 1955 ; il y a aussi les romanciers Thor Vilhjálmsson et Guðbergur Bergsson. La littérature policière islandaise a quelques auteurs phares, Arnaldur Indriðason est traduit dans la plupart des langues occidentales, Yrsa Sigurðardóttir est traduite dans de nombreuses langues. Décrite dans le poème "Ofsjónir" d'Eggert Olafsen, la Dame de la Montagne est l'incarnation féminine de l'Islande. Art. La peinture contemporaine islandaise trouve ses origines dans les travaux de Þórarinn Þorláksson qui a principalement peint les paysages de l'île. D'autres artistes ont suivi les traces de Þórarinn Þorláksson, comme Jóhannes Sveinsson Kjarval et Júlíana Sveinsdóttir. L'architecture islandaise a des influences scandinaves. Musées. Le plus ancien musée du pays est le Musée national, fondé en 1863 à l'initiative du peintre Sigurdur Gudmundsson. La Galerie nationale, fondée à Copenhague en 1884, est aujourd'hui implantée à Reykjavik et rassemble quelque de la plupart des grands artistes nationaux. Inauguré en 1923, le musée Einar Jónsson, situé également dans la capitale, est entièrement consacré à l'œuvre du premier sculpteur islandais. Le musée d'Art de Reykjavik est réparti sur trois sites dont l'ancien atelier de sculpture d'Ásmundur Sveinsson. Situé en dehors de la capitale, le site du musée de Skogar est à la fois un écomusée, un musée de l'héritage culturel et un musée des techniques. Musique. La musique islandaise est associée à la . La musique traditionnelle est très religieuse. Hallgrímur Pétursson a écrit de nombreux hymnes protestants pendant le . Les rímur occupent également une place importante dans le patrimoine culturel islandais. Les rímur sont des contes épiques, la plupart du temps a cappella, qui trouvent leur origine dans la poésie scaldique. Le poète le plus connu est Sigurður Breiðfjörð (1798-1846). Jón Leifs (1899-1968) était un pianiste, chef d'orchestre et compositeur fortement inspiré du folklore islandais. Ses poèmes symphoniques "Geysir" (1961), "Hekla" (1964) et "Dettifoss" (1964) restituent les caractéristiques de ces éléments naturels. Il existe en Islande de nombreux groupes pop-rock, comme Bang Gang, The Sugarcubes et Amiina, ou encore les chanteurs Bubbi Morthens, Megas et Björgvin Halldórsson. La scène indépendante est également importante avec Múm ou Sigur Rós. Beaucoup d'artistes et de groupes islandais sont connus mondialement comme Björk, Ágústa Eva Erlendsdóttir, Sigur Rós et Emilíana Torrini, mais encore GusGus, Quarashi, , Ásgeir Trausti, et Of Monsters and Men. Il y a aussi des groupes de heavy metal ou de viking metal comme Sólstafir ou Skálmöld. L'égérie gay et DJ populaire Paul Oscar est connu dans le domaine de la dance. Le principal festival musical est Iceland Airwaves, qui se tient chaque année à Reykjavik, et qui réunit aussi bien des groupes islandais que des groupes étrangers. Médias. Les chaînes de télévision les plus importantes en Islande sont la chaîne d'État RÚV et les chaînes privées Stöð 2 et . Les stations de radio les plus importantes sont Rás 1, Rás 2 et . Les journaux quotidiens sont "Morgunblaðið", "Fréttablaðið" et "". Internet est aussi très présent en Islande et la plupart des Islandais ont un blog. Les sites internet les plus importants sont Vísir.is et Mbl.is. C'est en Islande que le programme pour enfants "LazyTown" (islandais : "Latibær") est fabriqué. Il a été créé par Magnús Scheving. Ce programme est devenu très populaire. Il est diffusé dans , dont les États-Unis ou le Royaume-Uni. Les studios Lazytown se trouvent à Garðabær. Cuisine. La cuisine islandaise est à base de poisson pêché au large de l'île, d'agneau et de produits laitiers. Le skyr est un aliment emblématique de la cuisine islandaise. Il s'agit d'un produit laitier dont la texture est similaire à celle du yaourt, bien qu'il s'agisse d'un fromage frais. Le skyr est pauvre en matières grasses et riche en protéines. Parmi les autres plats traditionnels, on compte aussi le Þorramatur, une sélection d’aliments traditionnels islandais comme les fruits de mer et les abats, ainsi que le hákarl, préparation à base de requin du Groenland. Plokkfiskur, kjötsúpa et humarsúpa (soupe aux crustacés) sont des plats communs islandais. La restauration rapide islandaise est réputée pour la pylsa, une sorte de hot-dog, pouvant être agrémenté de ketchup, de moutarde, de rémoulade, d'oignons crus ou d'oignons frits. Échecs. Les échecs sont très populaires en Islande. C'est ainsi à Reykjavik qu'a été organisé le championnat du monde de 1972 entre Bobby Fischer et Boris Spassky. L'Islande compte neuf grands maîtres internationaux, dont le premier fut Friðrik Ólafsson. Sport. Le sport occupe une place importante dans la culture islandaise. Le principal sport traditionnel en Islande est la Glíma, une forme de lutte dont les origines remontent au Moyen Âge. Le handball est souvent considéré comme étant le sport national et l'équipe d'Islande fait partie des toutes meilleures équipes mondiales et a décroché la médaille d'argent aux Jeux olympiques de 2008. Au football, l'équipe nationale féminine est classée par la FIFA. Quant à l'équipe masculine de football, elle s'est qualifiée pour l'Euro 2016 en arrivant de son groupe, après la République tchèque. Non contente de se qualifier pour la première fois pour une compétition majeure, l'Islande accède d'emblée aux quarts de finale de l'Euro 2016. Toutefois, elle a failli y parvenir lors des éliminatoires de l'Euro 2000 en faisant trembler notamment la France. Elle frôla également d'un point la place de barragiste derrière l'Écosse lors des éliminatoires de l'Euro suivant (Euro 2004). Elle disputa en novembre 2013 les barrages de la zone Europe contre la Croatie pour les qualifications de la Coupe du monde de football 2014 mais perdit au match retour et ne devint pas la plus petite nation ayant participé à une phase finale de coupe du monde. De plus, elle possède en la personne de Eidur Guðjohnsen, du FC Bruges, un attaquant de rang mondial. En 2015, l'équipe nationale de football (KSI) se qualifie pour la première fois de son histoire à l'Euro 2016, se déroulant en France ; elle prend la première place ( et 12 pour le ) à deux journées de la fin de son groupe (A) devant des nations confirmées en football tels que la République tchèque, la Turquie et les Pays-Bas, qu'elle bat par deux fois durant cette qualification. Durant l'Euro 2016, l'équipe islandaise termine seconde de son groupe (F) derrière la Hongrie et devant le Portugal. En 1/ de finale, elle bat l'équipe d'Angleterre sur le score de à 1, et accède donc aux 1/4 de finale face à l'équipe de France. Elle perdit ce match sur le score de 5-2 (4-0 à la mi-temps). Le , l'équipe nationale de football (KSI) se qualifie pour la première fois de son histoire à la Coupe du Monde sur un score de 2-0 contre le Kosovo. Elle finit ainsi en tête de son groupe devant la Croatie, l'Ukraine, la Turquie, la Finlande et le Kosovo. Parmi les autres sports populaires en Islande, on trouve le basket-ball, l'athlétisme et l'équitation. Codes. L'Islande a pour codes :
Italie LItalie ( ; en ), en forme longue la République italienne (en ), est un pays d'Europe du Sud correspondant physiquement à une partie continentale, une péninsule située au centre de la mer Méditerranée et une partie insulaire constituée par les deux plus grandes îles de cette mer, la Sicile et la Sardaigne, et beaucoup d'autres îles plus petites . Elle est rattachée au reste du continent par le massif des Alpes. Le territoire italien correspond approximativement à la région géographique homonyme. L'Italie apporte une contribution très importante à la civilisation occidentale : elle est notamment le berceau de la civilisation étrusque, de la Grande-Grèce, de l'Empire romain, du Saint-Siège, des républiques maritimes, de l'humanisme et de la Renaissance. Existant en tant qu'État unitaire depuis 1861 à la suite du ("Renaissance" ou "Résurrection") mené par le royaume de Sardaigne, l'Italie est une république depuis l'abolition par référendum de la monarchie italienne en 1946. Elle est membre fondateur de l'Union européenne et de la zone euro. L'Italie est, en ce début de , une puissance moyenne, forte de ses soixante millions d'habitants, de sa position en 2017 de huitième puissance économique mondiale et de troisième économie de la Zone Euro, et de son rôle au sein de nombreuses organisations internationales comme l'Union européenne, l'Organisation du traité de l'Atlantique nord, le G7 et l'Organisation de coopération et de développement économiques. Toponymie. Au le nom désigne à l'origine une partie seulement de ce qu'est maintenant l'Italie du Sud. Selon Antiochos de Syracuse, c'est la partie du sud de la péninsule (Bruttium), l'actuelle région italienne de la Calabre habitée par les "Italoi" (et plus précisément l'isthme de Catanzaro). Avant le et l'historiographe grec Polybe, on appelle Italie le territoire compris entre le détroit de Messine et les Apennins septentrionaux, puis lui et son contemporain romain Caton l'Ancien étendent le concept territorial de la péninsule jusqu'à l'arc alpin. C'est sous le règne de l'Empereur Auguste () que le terme a été étendu officiellement pour couvrir la péninsule jusqu'aux Alpes, unifiant ainsi la zone géographique italienne et unifiant pour la première fois l'ensemble du peuple ethnoculturel italique qui y vivait. La Sicile, la Sardaigne et la Corse ne font pas partie de l'Italie à cette époque, et ce jusqu'au , conséquence des réformes administratives de Dioclétien, même si leurs rapports culturels étroits avec la péninsule permettent de les considérer comme partie intégrante de l'Italie. Le nom "Italia" pourrait aussi venir du nom d'Italos, fils de Telegonos et de Pénélope, roi des Œnôtres ou Œnotriens, royaume correspondant à une partie de la Calabre et de la Basilicate, allant jusqu'à Tarente au sud. , d'après l"'Énéide" de Virgile. Une des plus anciennes inscriptions faisant apparaître le mot "Italie" sous la forme ITALIA se trouve sur une monnaie datant du , retrouvée dans l'ancienne Corfininium dans les Abruzzes, capitale de la Confédération italique. La monnaie avait été frappée par la confédération des peuples italiques, en guerre contre Rome pour obtenir la citoyenneté romaine (Guerre sociale). Le taureau était un symbole fort dans les royaumes italiques et était souvent dépeint donnant un coup de corne à la louve romaine, symbole provocant de l'Italie libre pendant la Guerre sociale (Rome) au Le terme même d"'Italia" évolue pendant l'Antiquité. Pour les Grecs, il s'agissait seulement du royaume voisin d'Italos. Une origine populaire rapproche l'étymologie à un épisode de la mythologie grecque des travaux d'Héraclès. En effet, après avoir volé les cent quinze bœufs de Géryon, le héros mena le troupeau le long des côtes italiennes, lorsqu'un taureau s'échappa jusqu'en Sicile. Héraclès l'y retrouva et appela le pays "Italia". Une autre version grecque emploie les termes "Ouitalia" et "Ouitalios", en les rapprochant du grec "étalon" (anciennement "Wetalon") signifiant : . Il est possible également que les ítalos aient pris leur nom de l'animal, le taureau, et que dans un printemps sacré, il les avait guidés jusqu'aux lieux où ils se sont certainement installés. L'historien grec Dionysius de Halicarnasse expose ce compte rendu ensemble avec la légende que l'Italie a porté le nom d'Italus, mentionné aussi par Aristote et Thucydide. Une autre étymologie est proposée, sur le rapprochement de "it-" et de "aithô", en grec : ce verbe signifie , et on le retrouverait dans le radical du nom du volcan Etna. Sa présence serait justifiée du fait que, étant un nom donné par les Grecs, venant de l'est, ils voient le soleil couchant rougeoyer et brûler l'horizon à l'endroit de la péninsule. On trouve le terme "aithalia" également utilisé à l'époque antique pour les îles de Lemnos (sans doute du fait de son activité métallurgique) et d'Elbe, pour la même raison qu'. Son usage pour l'Etna ou "Aithna" est transparent. Le nom d"'aithalia" aurait été donné en premier lieu aux côtes sud de la Botte, là où les Grecs ont accosté en premier, sur le continent. Histoire. Avant et pendant Rome. Avant le développement de Rome, l'Italie était composée de plusieurs cultures et civilisations, pour la plupart indo-européennes ("Italiotes" ou "italiques"), sur un substrat ligure du Néolithique. Sur ces cultures qualifiées d'autochtones, empiétaient : Sous la République romaine, la limite nord de l'Italie s'arrête à la Gaule cisalpine, au niveau des fleuves Aesis - puis en -59 le Rubicon - et Magra. En -42, la Cisalpine est réunie à l'Italie qui s'arrête désormais aux Alpes. Cette dernière limite est fixée au trophée des Alpes mais est ensuite déplacée. Rome attribue la citoyenneté romaine à l'ensemble des Italiens dès -89, elle ne l'étend à tout l'Empire que trois siècles plus tard (édit de Caracalla, 211-212). Rome et son empire. Selon la légende, la fondation de Rome est due à Romulus et Rémus au milieu du . La civilisation de Rome connut une première phase d'expansion sous le gouvernement des rois de Rome, qui sont également les fondateurs symboliques de nombreuses institutions romaines. L'unification de la péninsule est conduite à l'époque de la République. Après la victoire de Rome contre Carthage lors de la première guerre punique, les principales îles de la Méditerranée occidentale passèrent également sous le contrôle de Rome. Les deuxième et troisième guerres puniques lui assurèrent le contrôle de tout le pourtour du bassin occidental de la Méditerranée. Au , Rome domine une grande partie du bassin méditerranéen, mais après la mort de Jules César, le , la République sombre dans la troisième guerre civile de son histoire. Son successeur, fils adoptif par testament et petit-neveu, Octave, futur empereur Auguste, d'abord fort mal préparé à mener sa conquête du pouvoir arrive à éliminer progressivement ses rivaux : en , une coalition des forces octaviennes et antoniennes détruisent les forces des tyrannicides dans la plaine de Philippes en Macédoine, en il soumet Sextus Pompée alors maître des îles tyrrhéniennes et se débarrasse de son ancien collègue triumvir Lépide. Enfin en il affronte et défait la flotte de Marc Antoine et à la bataille d'Actium, ce qui fait de lui le maître de l'empire. À partir de , faisant mine de restaurer la République dans son fonctionnement traditionnel, il la transforme progressivement en Empire (son « règne » est une période nommée par les historiens le Principat) et met ainsi fin à de longues années d'instabilité politique. Son régime se fonde sur un consensus : le désir de paix sociale après trois guerres civiles destructrices. Le gouvernement des territoires contrôlés par Rome évolue et s'améliore relativement par rapport à ce qu'étaient les pratiques de gestion républicaine. Le fer de lance de la gestion est le respect des cultures locales (par exemple le respect scrupuleux des traditions religieuses de chaque province), des formes d'autonomies (les premières à en bénéficier furent les anciennes cités-États de Grèce) qui s'approfondissent et s'étendent au fur et à mesure que la romanisation des provinciaux progresse et le développement économique favorisé par la réalisation de grandes infrastructures et surtout la "Pax Romana." L'empire était composé de l'Italie (métropole de l'empire) et des provinces romaines (territoires situés à l'extérieur de la péninsule). Juridiquement le territoire de l'Italie était assimilé à celui de la ville de Rome, ses habitants libres étaient tous citoyens romains grâce au droit du sol (""). Les citoyens romains pouvaient servir dans les légions mais avaient aussi beaucoup de privilèges sociaux par rapport aux non-citoyens. Le programme politique des empereurs était d'intégrer de plus en plus les provinces à la civilisation romaine, ceci, au fil des siècles, a eu comme conséquence une perte progressive de l'hégémonie de l'Italie sur les provinces. Aux , l'Empire romain se transforme, "de facto", d'un « empire colonial » à un empire universel où tous les hommes libres étaient citoyens d'une même nation. La date charnière de cette transformation est l'Édit de Caracalla de 211 qui octroie la citoyenneté romaine à tout homme libre de l'Empire, mesure qui fut précédée de très nombreux octrois soit à titre individuel, soit à titre collectif au cours des premiers siècles de l'Empire. À cette époque les légionnaires sont principalement recrutés parmi les citoyens romains issus des provinces, notamment d'Illyrie et de Thrace. Si l'apogée territoriale et économique de l'Empire couvre les , le marque quant à lui une période sombre appelée "Anarchie militaire" ou "Troubles de l'Empire", marquée par des crises politiques à répétition, sur fond d'invasions barbares régulières. Les Empereurs se succèdent au gré des coups d'État ou des assassinats politiques. C'est seulement l'arrivée de Dioclétien au pouvoir, en 284, qui met en place le système de la Tétrarchie, et qui met fin à une instabilité préjudiciable pour l'Empire : grossièrement, ce système se fonde sur un partage territorial de l'Empire entre deux empereurs nommés les « Augustes », assistés de deux « dauphins » qui portent le titre de « César ». Ce système qui divise l'empire le rend paradoxalement plus apte à répondre aux incursions ennemies (chaque "part" se défend elle-même et prête renfort à sa consœur). Ce système est une tentative pour faire abstraction du système de succession héréditaire, mais qui ne survivra pas à la disparition politique de son fondateur. En 305, d'un commun accord, les deux Auguste (Dioclétien lui-même et son homologue Maximien) quittent le pouvoir et se retirent de la vie politique. La Tétrarchie n'y survit pas et les règles de succession dynastique reprennent le dessus avec l'arrivée de la dynastie des Constantiniens. Après le , le est un siècle de sécurité et de progrès économique qui voit d'autre part l'Empire progressivement se christianiser. Depuis le début du règne de Dioclétien (284), une nouvelle vague de persécutions menées par l'État romain frappe les chrétiens, avec un nombre important de suppliciés. Devant l'échec de ses actions violentes, l'empereur Galère signe en 311, un premier édit de tolérance, mais c'est une tolérance "négative" à l'inverse de l'édit de Milan, lui édictant une tolérance "positive", signé 313 par . Ce texte met fin aux persécutions contre les chrétiens et garantit à tous les citoyens la liberté de culte. La déclaration se réfère à un monothéisme vague (pour ne choquer ni païens ni chrétiens) et déclare que l'État donne la liberté de conscience à ses citoyens, pieuses intentions vite remises en question par l'implication de l'État romain dans le schisme donatiste. Le christianisme, se propage en Italie surtout à partir de la ville de Rome, cité cosmopolite dans laquelle vivaient de nombreux immigrés originaires des provinces d'orient, où le christianisme était plus répandu (Les plus fortes concentrations s'enregistrent en Judée et en Égypte). L'Église romaine récupère un certain nombre de traditions païennes et les assimile dans sa liturgie : par exemple, la date du 25 décembre pour la célébration de Noël coïncide avec les fêtes du dieu Sol, très vénéré au début du . Idem, le choix de dimanche pour le « Jour du Seigneur », jour hebdomadaire des célébrations solaires (qui est resté dans l'anglais "Sunday" ou encore l'allemand "Sontag"). Les cultes polythéistes sont ainsi transformés en vénération des saints et de la Vierge Marie. Par exemple, beaucoup de temples dédiés à Vénus se transforment en églises consacrées à la mère de Jésus et dans les petites villes les cérémonies dédiées à un dieu protecteur deviennent des fêtes patronales en l'honneur d'un saint que l'imaginaire populaire associe au dieu précédent : protecteur des malades, de l'agriculture, de la chasse, des soldats et des marins. Par cette politique, l'Église romaine arrive à mieux faire accepter aux Italiens, très attachés à leurs traditions, le passage au christianisme. Le même processus est à l'œuvre dans les provinces. En 380, l'empereur élève le christianisme au rang de religion d'État. Au début du , en 402, la ville de Ravenne, dans le nord-est de l'Italie, devient capitale de l'empire d'Occident ; elle en sera la dernière. Bien sûr, Rome n'occupait plus vraiment, depuis le , la fonction de capitale sinon une « capitale symbolique », lieu d'ancrage de la mémoire et des traditions romaines. Des capitales plus effectives (et surtout plus proches des fronts) l'avaient depuis longtemps supplantées. Dans la nuit du au , le front rhénan est dégarni pour des raisons de défense de l'Italie péninsulaire. Cette nuit-là, le Rhin gèle et perd son aspect de barrière naturelle, facilitant le passage massif de barbares (Alamans, Wisigoth, Ostrogoth, Vandales) face à un "limes" aminci (seulement défendu par quelques troupes de fédérés francs). C'est le début d'une décennie difficile pour l'Empire (407-420) : il est confronté à une longue série d'invasions barbares : les Wisigoths, les Huns, les Ostrogoths, les Vandales et les Francs. L'année 410 marque durablement les esprits, les barbares mettent Rome à sac mettant fin à huit siècles de sécurité "intramuros". Le préfet de la ville de l'époque Rutilius Namatianus écrit en poème dans lequel il parle de . En dépit de cet affaiblissement, l'Empire ne s'effondre cependant pas immédiatement : En 420, la situation s'est stabilisée mais l'empire a déjà perdu sa première province (La Bretagne), a connu deux décennies de destructions diverses, et des barbares sont présents dans tout l'Empire d'Occident. De plus, à cette date, un quart de l'armée romaine a été anéanti et le limes et très mal défendu. L'Empire connaît une phase de redressement sous l'action énergique du général Aetius (il défait notamment Attila à la bataille des Champs Catalauniques en 451), mais ressort très affaibli de la période d'instabilité politique ouverte par l'assassinat de celui-ci par en (L'Empereur sera lui aussi assassiné un an après, mettant fin à la dynastie des théodosiens). L'Empire perd alors son meilleur général. Les barbares qui avaient été accueillis en tant que fédérés à l'intérieur des "limes", forment des royaumes qui sont de plus en plus autonomes par rapport au pouvoir impérial. Ce morcellement progressif de l'Empire est favorisé par l'incompétence des huit empereurs qui se succèdent de 455 à 476, la plupart faibles et peu entreprenants. Rome est de nouveau mise à sac en . Vers 470, l'Empire d'Occident s'est réduit à l'Italie et quelques possessions en Gaule. En 476, Odoacre, un patrice d'origine germanique, dépose le dernier Empereur, Romulus Augustule, et renonce à prendre le titre d'empereur et à gouverner les provinces. Il se proclame simplement roi d'Italie. Cette date marque la fin de l'Empire romain d'Occident. Symboliquement, il envoie à Constantinople les insignes impériaux à l'empereur d'Orient Zénon. L'Empire romain d'Orient subsiste encore un millénaire, disparaissant avec la prise de Constantinople par les Ottomans en 1453. Italie médiévale. Après la chute de l'Empire romain d'Occident, l'Italie est tombée sous le pouvoir du royaume d'Odoacre et, plus tard, a été saisie par les Ostrogoths, suivie au par une brève reconquête sous l'empereur byzantin Justinien. L'invasion d'une autre tribu germanique, les Lombards, à la fin du même siècle, a réduit la présence byzantine au royaume croupion de l'exarchat de Ravenne et a marqué la fin de l'unité politique de la péninsule pour les suivantes. La péninsule était donc divisée comme suit : le nord de l'Italie et la Toscane formaient le royaume lombard, avec sa capitale à Pavie, tandis que dans le centre-sud de l'Italie, les Lombards contrôlaient les duchés de Spolète et de Bénévent. Le reste de la péninsule resta sous les Byzantins et fut partagé entre l'exarchat d'Italie, basé à Ravenne, le duché de Rome, le duché de Naples, le duché de Calabre et la Sicile, cette dernière dépendant directement de l'empereur de Constantinople. Le royaume lombard a ensuite été absorbé par l'Empire franc par Charlemagne à la fin du et devint le Royaume d'Italie, gardant la capitale à Pavie. Les Francs ont également contribué à la formation des États pontificaux dans le centre de l'Italie. L'Italie médiévale est le théâtre d'une grande rivalité entre les villes du nord de la Péninsule, qui deviennent des centres textiles et des centres financiers et monétaires pour certaines d'entre elles. Florence, Gênes, Venise créent des monnaies en or, en créant chacune une pièce fabriquée dans ce métal, plus difficile à rogner et à falsifier. Le florin, principale monnaie du Moyen Âge, est créé en 1252 par la corporation des changeurs et banquiers (Arte del Cambio) de Florence, l'une des cinq corporations majeures et contribue au succès de la ville, qui l'impose en Europe. Le dynamisme du quartier d'affaires vénitien lui permet une expansion navale et la construction d'un arsenal qui est le plus important au monde et quadruple en quelques décennies. Renaissance. La Renaissance italienne, qui culmine au , prend racine en Toscane (Italie centrale), concentrée autour de Florence et Sienne. Elle a des répercussions importantes à Venise puis se diffuse à Rome, où fleurit une architecture à la mode antique. La péninsule se distingue par les œuvres littéraires de Pétrarque, Castiglione et Machiavel, les travaux d'artistes comme Michel-Ange et Léonard de Vinci et les grands travaux architecturaux, comme le Dôme de Florence et la basilique Saint-Pierre à Rome. La Renaissance italienne est aussi marquée par l'installation en France de financiers et d'artistes. Il en est ainsi des banques italiennes de Florence et Lucques, implantées à Lyon, comme la Banque Gadagne et les Capponi, qui fusionnent et prêtent aux souverains espagnols et français qui se combattent. Le banquier Albisse Del Bene, issu d'une famille d'exilés florentins, est munitionnaire des armées et contrôle la levée des impôts dans toutes les régions de France. Vers l'unification. Du , c'est la Renaissance en Italie avec des artistes tels que Michel-Ange ou Raphaël, et des scientifiques comme Galilée qui font littéralement l'art et la science, d'abord dans la péninsule puis dans l'Europe tout entière. À l'époque de Léonard de Vinci, l'Italie reste très morcelée sur le plan politique. Elle est constituée d'une mosaïque de principautés (duchés, cités-États…). Les princes italiens organisent chacun leur propre cour et se livrent souvent à des guerres sanglantes avec de multiples interventions extérieures, notamment de la France et de l'Espagne (guerres d'Italie). Les guerres incessantes du dues aux ingérences des grands états européens ainsi que la montée en puissance de l'Autriche et des principautés allemandes expliquent en partie le déclin des principautés italiennes du . La Révolution française et les guerres d'Italie qui s'ensuivent font naître au sein de l'intelligentsia italienne l'espoir d'une Italie unifiée, espoir vite effacé après que la péninsule se trouve de nouveau découpée en différents états. Après les campagnes napoléoniennes, la maison de Savoie, qui voit une occasion d'agrandir le royaume de Sardaigne, utilise les poussées nationalistes et s'engage dans trois guerres d'indépendance contre l'Empire Austro-Hongrois, la deuxième se faisant avec l'appui extérieur de la France. En 1859, la France du Second Empire et le royaume de Sardaigne concluent une alliance dans le but de rejeter l'Autriche hors de l'Italie du nord, la France devant recevoir la Savoie et le comté de Nice en récompense pour son aide. Toutefois, après l'occupation de la Lombardie, signe l'armistice de Villafranca qui met fin à la campagne d'Italie, laissant ainsi la Vénétie autrichienne. N'ayant pas rempli ses obligations, le chef de gouvernement de Sardaigne Camillo Cavour refuse de céder la Savoie et Nice à la France. Toutefois, la défaite de l'Autriche affaiblit les petits États de la péninsule, où des gouvernements libéraux se forment et demandent l'annexion au royaume de Sardaigne. Cavour arrache l'accord de la France mais doit lui sacrifier la Savoie et Nice. La cession de Nice soulève de vives protestations, en particulier de Giuseppe Garibaldi, né dans la ville. Le , Napoléon III et Victor-Emmanuel II signent le traité de Turin, qui prévoit l'annexion de la Savoie et de Nice à la France. À la suite de l'expédition des Mille au sud et la descente subséquente des Piémontais du nord, le royaume de Sardaigne réussit à unifier une grande partie de la péninsule (à l'exclusion de Rome et de Venise) et à provoquer la proclamation du royaume d'Italie le , ayant comme capitale Turin, puis Florence à partir de 1865. En 1866, Venise est annexée au royaume d'Italie, suivie par Rome, en 1870. Ceci provoque le début d'une fracture entre l'État italien et l'Église qui durera jusqu'aux accords du Latran, en 1929. La forme de gouvernement proclamée est celle d'une monarchie constitutionnelle, avec un parlement élu au suffrage restreint. Rome devient officiellement capitale de l'Italie en 1871. En même temps, dans le nord de la péninsule, se développe une puissante industrialisation, facilitée par les capitaux d'une agriculture modernisée dans la plaine du Pô, les ressources hydroélectriques des Alpes dans le dernier quart du siècle et la délocalisation des industries du sud, notamment textiles, vers le nord. Cette industrialisation se concentre essentiellement sur le : Turin, Milan et Gênes. Le Sud reste dominé par la production agricole mais aussi par des structures agraires quasi féodales : c'est le système des "latifundia", grandes exploitations aux propriétaires absentéistes et routiniers, aux ouvriers agricoles sous-payés et des "microfundia", minuscules propriétés destinées principalement à l'auto-consommation. Cette situation économique conduit au développement du brigandage, mouvement insurrectionnel politique et social de l'Italie méridionale, violemment réprimé et donnera naissance au début de l'immigration méridionale. De la Première à la Seconde Guerre mondiale. Bien qu'ayant adhéré à la Triple-Alliance en 1882, l'Italie reste neutre au début de la Première Guerre mondiale, puis décide de s'allier à la Triple-Entente. Le , l'Italie déclare la guerre à l'Autriche-Hongrie. La guerre s'avère plus difficile que prévu : les armées autrichiennes et italiennes ne parviennent pas à prévaloir l'une sur l'autre. En 1917, après la défaite russe, les Allemands concentrent sept divisions sur le front italien pour aider leurs alliés autrichiens. Dans la bataille qui suit, à Caporetto, les Italiens subissent une très grave défaite et reculent de plus de sur la ligne du Piave. En , s'engage la bataille du Piave au cours de laquelle, les Autrichiens essayent sans succès de briser la ligne nord du front italien. Le , l'armée italienne lance une offensive victorieuse à Vittorio Veneto et contraint l'Autriche-Hongrie à demander un armistice. Le est signé l'armistice de Villa Giusti. Par le traité de Versailles, les frontières italiennes furent rectifiées en sa faveur. Toutefois l'Italie n'obtint pas tous les territoires qu'elle revendiquait, notamment sur la question de l'irrédentisme, qui fut ressentie comme une , ce qui va favoriser l'agitation nationaliste et l'ascension de Mussolini. Benito Mussolini était dans les un jeune militant socialiste proche du syndicalisme révolutionnaire, un groupe qui ne croyait pas au et était favorable à une révolution violente. Toutefois lors de l'entrée en guerre de l'Italie en 1915, Mussolini avait mûri également un fort penchant nationaliste. Il estimait notamment que la guerre était anticapitaliste car elle exaltait la valeur des masses paysannes et ouvrières au combat. Il estime toutefois qu'une révolution socialiste ne peut se réaliser qu'à travers la collaboration de toutes les classes, populaires et bourgeoises, pour le salut de la nation. De 1919 à 1922, l'Italie est secouée par une grave crise sociale, économique et politique. Mussolini, figure politique montante du fascisme, qui cherche des soutiens d'abord au sein des mouvements de gauche, puis, dès 1920, à droite (conservateurs, monarchistes, nationalistes), exploite ce contexte de tensions économiques et sociales en brisant les grèves et les syndicats par la violence : il se fait ainsi connaître et bien voir par les milieux d'affaires et le patronat ("Confindustria" et "Confagricoltura"). Il utilise pour cela des "squadre" (escouades), sortes de milices, issues en grande partie des rangs des "arditi" (venant des troupes d'élite démobilisées en 1918) nationalistes, dont l'uniforme est la chemise noire — qui deviendra un des symboles du fascisme. Après la marche sur Rome en , le roi d'Italie, , lui confie le gouvernement. En 1924 le parti fasciste remporte les élections législatives. Le député socialiste Matteotti dénonce les violences et les intimidations dont sont victimes les opposants politiques. Il est assassiné quelques jours plus tard. Jouant habilement de mansuétude et de menaces, Mussolini installe progressivement l'appareil fasciste dans le pays, lequel devient rapidement une dictature autoritaire réprimant violemment toute opposition. Les lois fascistissimes, instaurées entre 1925 et 1926, témoignent de cette transformation en État autoritaire (voire totalitaire, selon certains historiens). Elles instaurent un parti unique, une police secrète et un tribunal spécial pour juger les opposants ; elles suppriment également la liberté de la presse, désormais contrôlée par la censure fasciste, et interdisent les syndicats et les associations non affiliés au régime fasciste. L'alliance militaire de l'Italie fasciste avec l'Allemagne nazie provoque l'entrée de l'Italie dans la guerre aux côtés des forces de l'Axe. Mussolini déclare la guerre à l'Angleterre et à la France le , à la veille de l'entrée des Allemands dans Paris. Lors de la signature du Pacte d'acier en 1939 avec l'Allemagne, l'Italie avait estimé ne pas pouvoir participer à une guerre de vaste ampleur avant , à cause de l'usure et de la vétusté de son armement. Les victoires éclair des Allemands poussent Mussolini à entrer en guerre dès 1940, pensant que l'issue du conflit est alors proche. Contrairement à la Première Guerre mondiale où elle combattait sur un seul front, l'armée italienne est forcée de s'engager sur quatre fronts différents : en Afrique du Nord, en Afrique orientale, dans les Balkans et en URSS. Les Italiens subissent plusieurs graves défaites et sont de plus en plus dépendants de leurs alliés allemands. Après la défaite de El Alamein et le débarquement anglo-américain au Maghreb en novembre 1942, Italiens et Allemands abandonnent l'Afrique en mai 1943. De plus, les armées de l'Axe ayant subi une grave défaite à Stalingrad en janvier 1943, l'armée italienne en URSS se désagrège dans une déroute catastrophique. Le , les Alliés débarquent en Sicile puis pénètrent dans le sud de l'Italie ; Mussolini est renversé puis emprisonné, sur ordre du roi. Le dictateur est délivré par un commando allemand le . Alors que les Allemands se transforment d'alliés en occupants, le Duce installe, sous l'ordre d'Adolf Hitler, une République sociale italienne (appelée aussi République de Salò) dans le nord du pays, qui est en réalité un État fantoche fasciste entièrement dépendant des forces allemandes. Le maréchal Pietro Badoglio signe la capitulation le , et l'Italie du Sud poursuit la guerre aux côtés des Alliés, en même temps que s'engage une guerre civile en Italie du nord (fasciste) de Mussolini soutenue par les Allemands. L'Italie devient alors un vaste champ de bataille où s'affrontent plusieurs armées étrangères. Le , tentant de fuir vers la Suisse, Mussolini est exécuté (puis pendu) par des partisans communistes. Époque contemporaine. Le , un référendum met fin à la monarchie : la République italienne est proclamée et la famille royale est exilée. L'Italie s'installe alors dans un régime parlementaire, dominé par la Démocratie chrétienne et des partis laïques antifascistes, qui favorise, malgré de fréquentes crises ministérielles, à la fois la reconnaissance internationale, l'intégration européenne et un développement économique sans précédent. Le secteur du tourisme est dopé par la mode des villages de vacances contribuant à la découverte des paysages et du potentiel touristique de l'Italie du sud auprès de la clientèle internationale. Vedette de la bourse italienne milanaise, Fiat est le symbole du miracle italien, dont la période va des élections d' aux Jeux olympiques de Rome en 1960 : en 1955, cinq ans après. Le fabricant de scooters Vespa n'est pas en reste. Entre 1945 et 1965, il s'en vendra . Un Parti communiste italien de plus en plus fort, et relativement modéré, empêche toute alternance électorale jusqu'en 1976, moment du mais aussi des années de plomb, marquées par le terrorisme d'extrême gauche et d'extrême droite. Peu à peu, la démocratie chrétienne, tout en restant incontournable, laisse une partie du pouvoir à des partis moins importants comme le Parti républicain italien ou le Parti socialiste italien. Des réformes sociales majeures sont adoptées après référendum (le divorce, l'avortement) ou après le vote de lois, ainsi qu'une transformation du Système de retraite en Italie, afin de développer des formules de retraite par capitalisation. Un climat affairiste, de plus en plus corrompu, s'installe, ce qui provoque l'opération judiciaire dite "Mani pulite" (Mains propres). Il s'ensuit une réorganisation politique massive qui voit l'explosion des trois grandes forces politiques (la Démocratie chrétienne, le Parti communiste et le Parti socialiste) en une myriade de partis, changements accentués par le référendum de 1993 et l'adoption en 1994 d'une loi électorale posant les bases d'un système électoral mixte. Ces changements provoquent la "descente" politique de Silvio Berlusconi dont les affaires avaient bénéficié du gouvernement du socialiste Bettino Craxi. S'il est rapidement lâché par ses alliés (comme la Ligue du Nord), il n'en revient pas moins au pouvoir en 2001 avec une victoire électorale écrasante, après un intermède, dominé par le centre gauche, incapable de faire aboutir une réforme constitutionnelle majeure. Ce gouvernement Berlusconi est jusqu'à présent le plus long de toute l'histoire républicaine. En 2006, la gauche, menée par Romano Prodi, revient au pouvoir à la suite d'une courte victoire aux élections législatives. En août 2006, Ehud Olmert demande à Romano Prodi que l'Italie prenne la direction de la Finul "renforcée" après le conflit israélo-libanais, ce qui fut le cas en . À partir de février 2020, l’Italie est l’un des pays les plus touchés par la pandémie de Covid-19. L'Italie du Nord est mise en quarantaine, qui s'étend à la totalité du pays par la suite. Politique. La Constitution italienne date de 1947 et a établi la Première République, (). Elle consacre le principe de la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire (respectivement confiés au Gouvernement, au Parlement et à la Justice) et fonde un régime parlementaire bicaméral : Le Parlement est élu au suffrage universel. La loi électorale a été substantiellement modifiée à la suite d'un référendum abrogatif en 1993, pour introduire une part de scrutin majoritaire (75 %). L'objectif de cette réforme était d'éviter l'instabilité gouvernementale chronique du début de la République due, entre autres, à un multipartisme excessif et à l'absence d'alternance. La loi électorale a été à nouveau modifiée à la fin de l'année 2005, pour rétablir un scrutin proportionnel de listes bloquées, de façon à réduire l'échec probable de la Maison des libertés. Critiquée, y compris par le ministre qui en a présenté le projet, cette réforme est qualifiée de "Porcellum" (de "porcata", une cochonnerie) contrairement à la précédente, le "Mattarellum" (en réalité, la "loi Mattarella", du nom de son rapporteur). Une certaine présidentialisation de la vie politique italienne s'est opérée dans les années 1990 et 2000, incarné par la rivalité entre deux personnalités autour desquelles ont convergé plusieurs partis réunis en vastes coalitions, aboutissant à la formation du premier véritable bipartisme italien : Silvio Berlusconi qui crée un parti personnel, "Forza Italia", en 1994 qui réunit autour de lui une coalition successivement appelée Pôle des libertés - Pôle du bon gouvernement ("Polo delle Libertà" - "Polo del Buon Governo", au pouvoir de mai à ), Pôle pour les libertés ("Polo per le Libertà", principale formation d'opposition de 1996 à 2000), Maison des libertés ("Casa delle libertà", au pouvoir de 2001 à 2006, principale force d'opposition de 2006 à 2007) et Peuple de la liberté ("Popolo della Libertà", transformé en parti politique en 2009, au pouvoir de 2008 à 2011) au centre droit ; Romano Prodi qui forme successivement les coalitions de L'Olivier ("L'Ulivo", au pouvoir de 1996 à 2001, principale force d'opposition de 2001 à 2006) puis de L'Union ("L'Unione", qui se transforme en en parti politique appelé Parti démocrate, au pouvoir de 2006 à 2008) au centre gauche. Le président de la République italienne ("Presidente della Repubblica Italiana") est le chef de l'État, élu par les députés et les sénateurs ainsi que des représentants de régions pour un mandat de sept ans. Bien qu'ayant un rôle considéré comme symbolique, il est le garant de la Constitution, et pour cela, dispose d'une aura reconnue par la classe politique. Il nomme le président du Conseil des ministres et les ministres du gouvernement ; il dispose, également, du droit de dissolution du Parlement. S'il ne peut assumer ses fonctions, c'est le président du Sénat qui devient président de la République par intérim, jusqu'à ce qu'un successeur soit trouvé au chef de l'État sortant. Il s'agit depuis le de Sergio Mattarella, désormais sans étiquette après avoir été membre du Parti démocrate. Le gouvernement de la République est présidé par le président du Conseil des ministres ("Presidente del Consiglio dei ministri") et constitué des ministres et secrétaires d'État, lesquels sont responsables devant le Parlement. Une réforme avortée de la Constitution, adoptée par le Parlement en 2005, aurait dû aboutir à la création d'une dans laquelle l'organisation territoriale aurait été de type fédéral et où le Premier ministre (nouveau nom donné au chef du Gouvernement) aurait eu des pouvoirs très étendus tandis que la Chambre des députés n'aurait plus compté que (-100)) et le Sénat de la République (-50). Les sénateurs auraient été par ailleurs élus au suffrage indirect. Cette réforme a été massivement rejetée par le peuple italien lors d'un référendum en . Romano Prodi, vainqueur de justesse des élections législatives des 9 et à la tête d'une coalition électorale de centre gauche intitulée L'Union, est nommé président du Conseil des ministres par Giorgio Napolitano, le nouveau président de la République élu le , mais démissionne vingt mois plus tard, à la suite de la perte de la confiance des sénateurs. Dans les années 2010, le paysage politique a beaucoup changé : le centre gauche a convergé en un seul parti, le Parti démocrate ("Partito Democratico"), et le centre droit a fait, provisoirement de même avec la création du Peuple de la liberté ("Popolo della Libertà"), le parti créé par Silvio Berlusconi et Gianfranco Fini. Cela a pour conséquence d'enrayer l'instabilité chronique de la vie politique italienne, même si le PDL subit le départ de Futur et liberté pour l'Italie, doit abandonner la direction du gouvernement à la suite de la crise de la dette dans la zone euro en 2011 et finit par éclater en 2013. D'un autre côté, une formation populiste, anti-corruption et partisane d'une démocratie directe par opposition aux formes de démocraties représentatives, le ("Movimento ") de l'ancien humoriste et polémiste Beppe Grillo, a joué du rejet croissant des partis traditionnels au sein d'une partie de l'opinion publique pour devenir l'une des principales forces électorales du pays. Le quatrième gouvernement dirigé par Silvio Berlusconi, qui entamait son troisième mandat, a été nommé le et était composé d'une alliance entre le parti Peuple de la liberté et le parti de la Ligue du Nord ("Lega Nord", droite voire extrême droite fédéraliste, régionaliste, populiste, eurosceptique). À la suite de la démission de Silvio Berlusconi, en , un gouvernement dit technique est dirigé par l'économiste Mario Monti qui démissionne le mais reste en fonction jusqu'au et annonce sa montée en politique à travers la coalition électorale Avec Monti pour l'Italie puis le parti centriste et libéral Choix civique pour l'Italie ("Scelta Civica per l'Italia"). Les élections générales des et aboutissent à des résultats incertains. La coalition de gauche Italie. Bien commun ("") formée autour du Parti démocrate et comprenant la Gauche, écologie et liberté ("Sinistra Ecologia Libertà", gauche écosocialiste et eurocommuniste), le Parti socialiste italien ("Partito socialista italiano", gauche sociale-démocrate et socialiste démocratique) et le Centre démocrate ("Centro democratico", centre chrétien social) arrive en tête en nombre de voix et sécurise la majorité absolue à la Chambre des députés, mais ne peut obtenir le contrôle du Sénat où elle fait presque jeu égal avec la coalition de centre droit de Silvio Berlusconi. Le fait une percée avec un quart des suffrages exprimés, talonnant les deux formations politiques traditionnelles et les forçant à s'entendre pour stabiliser une majorité à la chambre haute. Enfin, dernière coalition à obtenir des sièges, Avec Monti pour l'Italie réunissant Choix civique pour l'Italie, Futur et liberté pour l'Italie ("Futuro e libertà per l'Italia", centre droit libéral-conservatisme et europhile) et l'Union de centre ("Unione di Centro", centre démocrate chrétien). À la suite de ce scrutin, une Grande coalition ("") est formée entre le Parti démocrate (centre gauche), qui prend la tête du gouvernement, Le Peuple de la liberté (centre droit), le Choix civique pour l'Italie (centre) et l'Union de centre (centre), ainsi qu'avec l'appui extérieur du Parti socialiste italien, du Centre démocrate et de plusieurs formations régionalistes, autonomistes ou à la représentation spécifique (Parti populaire sud-tyrolien, Parti autonomiste tridentin et tyrolien, l'Union pour le Trentin, l'Union sud-américaine des émigrés italiens, le Mouvement associatif des Italiens à l'étranger et l'Union valdôtaine). Puis, Le Peuple de la liberté se scinde en deux en : une majorité des parlementaires suivent Silvio Berlusconi dans l'opposition et reforment "Forza Italia", tandis qu'une forte minorité emmenée par le ministre de l'Intérieur Angelino Alfano reste au sein de la Grande coalition et fondent le Nouveau Centre droit ("Nuovo Centrodestra"). Enfin, en , le centre démocrate chrétien se réunit au sein des groupes communs Pour l'Italie ("Per l'Italia") dans les deux chambres du Parlement, toujours membres de la majorité gouvernementale et coalisant l'aile démocrate chrétienne du Choix civique pour l'Italie qui crée en le parti Populaires pour l'Italie ("Popolari per l'Italia") et l'Union de centre. Le gouvernement, formé le , est présidé par Paolo Gentiloni. La Chambre des députés est présidée par Laura Boldrini, députée de la Gauche, écologie et liberté élue le juste après les élections de 2013 alors que la coalition Italie. Bien commun, et alors que son parti est entré immédiatement dans l'opposition au gouvernement de grande coalition qui s'est formé ensuite. Au Sénat, c'est l'ancien juge antimafia et membre du Parti démocrate Pietro Grasso qui préside depuis le . Le , après divers blocages, le parlement italien parvient à élire les nouveaux présidents des deux chambres. La présidence Chambre des députés revient à Roberto Fico, membre du Mouvement , et celle du Sénat à Elisabetta Alberti Casellati, proche de Silvio Berlusconi. Cet accord permet de convoquer l'ensemble des mouvements politiques afin de former le nouvel exécutif. Transparency International (TNI) place en 2018 l'Italie au rang sur pris en compte dans son classement selon d'indice de perception de corruption. En janvier 2021 en pleine Pandémie de Covid-19 et en crise économique, Giuseppe Conte démissionne de son poste de Président du Conseil des ministres d'Italie dans l'espoir de retrouver une nouvelle majorité depuis la défection d'un parti pivot "L'Italia Viva", le parti de son prédécesseur Matteo Renzi après des semaines de critiques sur la gestion de la crise sanitaire et les plans de dépenses économiques de Giuseppe Conte. Le 2 février suivant, il est annoncé que les négociations ouvertes pour la formation d'un nouveau gouvernement dirigé par Conte ont échoué en raison de tensions provoquées par la mésentente entre le chef d'Italia Viva, Matteo Renzi, et les responsables du Mouvement 5 étoiles et du Parti démocrate. C'est Mario Draghi qui est chargé par le président Mattarella de former un gouvernement, ce qu'il réussit quelques jours plus tard. Géographie. L'Italie est une péninsule de l'Europe du Sud située au centre du bassin méditerranéen. D'une superficie de , elle est longue de du nord au sud et couvre à 92 % la superficie de la région géographique italienne. Ouverte sur la mer Adriatique au nord-est, la mer Tyrrhénienne au sud-ouest, la mer Ionienne au sud-est et la mer de Ligurie à l'ouest-nord-ouest, elle englobe de nombreuses îles dont les principales sont la Sicile et la Sardaigne. Au sud, l'Italie est séparée de l'Afrique de par la Tunisie par le détroit de Sicile et au nord les Alpes constituent une frontière naturelle avec le reste de l'Europe. Dans le sud de l'Italie, on trouve les derniers volcans en activité d'Europe (si on exclut l'Islande), le Vésuve près de Naples, l'Etna en Sicile et le Stromboli dans les îles Éoliennes. Le Centre de la péninsule et le Nord du pays sont occupés par des chaînes de montagnes, les Apennins et la face interne de l'arc alpin. Ces zones sont un réservoir d'eau très important et donc un grand fournisseur d'énergie hydroélectrique. Pour faciliter les liaisons nationales et internationales, les autorités ont fait de gros efforts d'aménagement. Huit mille kilomètres d'autoroute ont été construits. L'équipement des cols et le percement de grands tunnels comme ceux du Mont-Blanc ou du Fréjus relient l'Italie au reste de l'Europe. Au nord de l'Italie la plaine du Pô est une riche zone agricole. Le méthane présent dans son sous-sol est la seule source d'énergie fossile présente en Italie. Les autres plaines sont situées sur le littoral. Longtemps marécageuses, elles ont été drainées et amendées pour permettre le développement de l'agriculture et du tourisme. La botte italienne connaît un climat méditerranéen, avec des nuances. Plus on va vers le sud, plus les étés sont longs et secs. Dans le Sud des Pouilles et de la Calabre, la sécheresse estivale est supérieure à cinq mois. Dans les Apennins, les hivers sont plus froids. Le nord de l'Italie connaît un climat de type subtropical humide avec des hivers plutôt froids mais des étés très chauds et humides et des précipitations plus abondantes que dans la péninsule. Les montagnes les plus hautes sont le mont Blanc, le mont Rose, le Cervin et le Grand Paradis. Les fleuves et rivières les plus importants sont : le Pô, le Tanaro, le Tessin, l'Adige, l'Adda, l'Arno, le Tibre, en italien Tevere. Les lacs les plus importants sont : le lac Majeur, le lac de Côme, le lac de Garde et le lac Trasimène. Le point culminant est le mont Blanc () ou le mont Blanc de Courmayeur () selon le regard que l'on porte au litige entre l'Italie et la France sur la frontière du mont Blanc. Madesimo est la commune italienne la plus éloignée de la mer, soit par la route jusqu'à Gênes. Climat. Le climat italien est à la fois méditerranéen dans la péninsule, subtropical humide aux hivers parfois froids dans le nord, et montagnard à l'intérieur des terres. Au nord et sur un axe central du pays, le relief est montagneux. Les températures moyennes en zones de montagnes varient de l'hiver à l'été. Les côtes bénéficient d'un climat plus doux grâce à la proximité de la mer Méditerranée. Les températures varient de l'hiver à l'été. Au sud de la péninsule, la Sicile est la région la plus chaude du pays. Les températures en hiver varient de à l'Etna à sur la côte sicilienne. En été, les températures sur l'île varient de . À l'ouest de la péninsule, la Sardaigne est dotée, comme ses voisines, d'une influence méditerranéenne et montagnarde. Les précipitations varient de du côté du Val d'Aoste au nord à en Sicile et en Calabre. En été, des épisodes de Sirocco peuvent survenir sur le sud du pays, notamment en Sicile, pouvant faire grimper la température à plus de quelques jours consécutifs. La neige tombe chaque hiver sur tous les massifs italiens. De façon générale, l'Italie bénéficie d'une durée d'ensoleillement comprise entre par an. Effets du changement climatique. Le changement climatique a aggravé les problèmes environnementaux existants en Méditerranée. Ceci s'applique également à l'Italie. Dans cinq domaines (eau, écosystèmes, nutrition, santé et sécurité), les changements actuels et les scénarios futurs font systématiquement apparaître des risques importants et croissants dans les décennies à venir. Dans de grandes parties de l'Italie, les précipitations diminuent, les températures augmentent et les phénomènes météorologiques extrêmes deviennent de plus en plus fréquents. Les conséquences des changements dans les Alpes sont particulièrement visibles. Certaines parties du glacier de Planpincieux, à la frontière avec la France, menacent maintenant de plonger dans la vallée en raison de la hausse des températures. Les conséquences sont également évidentes dans l'agriculture. Au cours de la saison 2018/2019 en Italie, la pire récolte d'olives depuis a été prise et l'Association des agriculteurs italiens parle déjà d'un . En Sicile, les agriculteurs ont commencé à cultiver des plantes tropicales telles que la mangue ou l'avocat, en raison de l'évolution des conditions, plutôt que les oranges et les olives, qui étaient auparavant indigènes. La crise climatique menace également le patrimoine culturel du pays. Treize des quinze sites du patrimoine mondial de l'UNESCO sont menacés par l'érosion côtière en Italie car ils sont situés dans la région côtière de basse altitude. Environnement. La pollution de l'air est à l'origine de par an en Italie selon les chiffres communiqués en 2016 par l'Agence européenne pour l'environnement. Le pays est épinglé en 2020 par la Cour de justice de l'Union européenne, laquelle soulignant que l’Italie avait « enfreint le droit de l’Union sur la qualité de l’air ambiant » en dépassant de « manière systématique et persistante » les valeurs limites fixées pour les particules fines. La vétusté des canalisations en Italie est responsable d’un gaspillage d’eau permanent : plus de 40 % de l’eau qui coule dans les installations se perd en route. Le taux de perte atteint même les 70 % dans la province de Chieti. Parmi les régions les plus touchées figurent également la Sicile ou encore la Basilicate. Cette situation est surtout due à l'ancienneté du réseau de canalisation, dont 60 % à plus de trente ans et 25 % à plus de cinquante ans. Le jour du dépassement (date de l'année à partir de laquelle l'humanité est supposée avoir consommé l'ensemble des ressources que la planète est capable de régénérer en un an) de l'Italie est le 15 mai. Subdivisions. L'organisation territoriale de l'Italie se compose de : Population. Démographie. En 2018, l'Italie comptait . La densité est de . Longtemps réservoir démographique de l'Europe et de l'Amérique, elle est devenue une terre d'immigration. En effet l'indice de fécondité est particulièrement bas depuis de nombreuses années. Il était en 2008 de par femme. Le taux d'accroissement naturel est négatif. Le vieillissement de la population commence déjà à grever le budget social (financement des retraites). La longévité des Italiens est cependant la plus forte d'Europe et une des plus élevées au monde : les hommes y vivent en moyenne tandis que les femmes vivent . En , l'ISTAT publie une étude intitulée "Il futuro demografico del Paese" (le futur démographique du pays) dont il ressort une forte chute prévisible de la population italienne qui va passer des plus de actuels à en 2025 et en 2065. Avec un pic négatif jusqu'en 2045, quand seulement 54,3 % de la population sera en âge de travailler. Les prévisions démontrent toutefois une Italie toujours plus déséquilibrée, avec un Nord qui croît et attire les migrants et un Sud qui se dépeuple et où ne restent que les vieux. Le nombre d'étrangers résidant sur le territoire italien était de au début du . En 2008, il semble désormais approcher les , principalement des ressortissants d'Europe de l'Est (Roumanie, Ukraine, Albanie surtout) et du Maghreb. Les citoyens étrangers résidant en Italie au sont évalués à par l'ISTAT (octobre 2009). Ils ont augmenté de en une année (+ 16,8 %). Il s'agit de la plus forte augmentation jamais enregistrée en Italie, essentiellement due aux Roumains (+). La longueur des côtes, la proximité du Sud du bassin méditerranéen et de pays en voie de développement, comme l'Albanie, font de l'Italie, à l'instar de l'Espagne, un important lieu de transit pour les filières de l'immigration clandestine. La répartition de la population est largement dictée par les contraintes naturelles. Les montagnes et les régions très sèches du sud de l'Italie connaissent des densités assez faibles alors que les plaines littorales, et l'industrieuse plaine du Pô, supportent de très fortes densités. Environ 67 % de la population est urbaine. Le réseau urbain est dense en Italie du Nord et centrale, où l'on trouve la capitale économique du pays, Milan, et des grandes villes industrielles comme Gênes ou Turin. L'Italie possède un grand nombre de villes comptant entre . Avec un taux de fécondité de par femme, plus de 20 % de la population a plus de , contre 15 % de moins de (chiffres de 2012). L’Italie compte environ 160 000 Roms sédentarisés. Près de 26 000 d’entre eux vivent dans des bidonvilles. Entre 1860 et 1960, environ d'Italiens ont quitté leur pays natal en raison de l'instabilité économique, de la pauvreté et des tensions politiques. En 2018, la population est en diminution depuis quatre années consécutives, perdant . En 2019, ce sont qui ont émigré, soit 3 % de plus qu'en 2017. Inégalités entre les genres. Les écarts de salaires horaires entre hommes et femmes en Italie sont relativement faibles par rapport à la moyenne européenne − presque inexistants dans le secteur public et de 17 % dans le secteur privé. Cependant, les obligations familiales qui s’imposent aux femmes en conduisent beaucoup à interrompre leur carrière professionnelle, notamment en raison du caractère particulièrement onéreux des services de garde d'enfants ou de personnes âgées. Ainsi, le patrimoine construit par les femmes en Italie au moment de la retraite ne correspond qu'à 76 % de celui des hommes et les pensions perçues ne représentent que 60 % de celles reçues par les hommes. Économie. L'Italie est membre du G7. Elle est la huitième puissance économique du monde en 2018 et est avec la France l'un des plus grands exportateurs mondiaux de produits de luxe. En 2022, l'Italie est classée en pour l'indice mondial de l'innovation. L'économie italienne a des dimensions européennes : produits agricoles (huile, fruits, vinaigre balsamique, fromages, pâtes), produits industriels (voitures), vêtements (deuxième rang mondial), services (tourisme : avec de touristes l'Italie se classe comme le quatrième pays le plus visité). L'Italie est la quatrième puissance européenne, son produit brut étant de de dollars (USD). Les régions du nord, notamment la Lombardie et l'Émilie-Romagne, ont un des PIB par habitant les plus élevés de l'Union européenne ( par habitant en 2018) et comparable à celui de l'Île-de-France ou de la région de Londres. En revanche, les régions méridionales accusent toujours un retard économique notable par rapport aux régions du nord. Le taux de chômage en 2007 était de 5,6 % mais varie selon les régions, notamment entre le nord (3 %) le centre (6 %) et le sud (15 %) du pays. En décembre 2017, le chômage était à 10,8 %. La pension des retraités italiens se calcule depuis 1996 au prorata des cotisations versées tout au long de la carrière, et indexée sur l'espérance de vie. Depuis 2001 et à la suite de la crise financière de 2008, les pensions ont été revues à la baisse et l'âge donnant droit à la retraite a été repoussé à . L'Italie a une longue tradition de fabrication de qualité et de dynamisme commercial (les premières banques furent Italiennes, la puissance des cités-État médiévales reposaient déjà sur leur puissance commerciale). Encore aujourd'hui, son économie est tirée par le dynamisme entrepreneurial, que ce soit grâce aux grands groupes industriels comme Fiat (qui connaît aujourd'hui un renouveau), Olivetti, Fincantieri, Prysmian, Saipem ou Benetton, à des sociétés d'État largement privatisées comme l'Eni, Enel, Leonardo et à l'existence d'un dense réseau de PME constitué de sous-traitants ou de petites structures tournées vers l'excellence, la qualité, le design et constituant la force d'exportation de l'économie italienne. Les grands noms du luxe italien comme Ferrari, Maserati dans l'automobile, Gucci, Dolce & Gabbana, Armani, Alberta Ferretti, Prada, Max Mara dans la mode et Ferretti, Azimut et Riva dans le yachting font de l'Italie une référence mondiale dans le domaine de l'élégance et design. Parallèlement, il existe une économie souterraine surtout présente dans le sud de l'Italie. Le travail au noir représenterait 20 % du PIB. Les grandes organisations criminelles comme la "mafia" sicilienne, la "camorra" napolitaine et la "'Ndrangheta" calabraise pratiquent l'extorsion de fonds, le trafic de stupéfiants, de cigarettes, d'armes, les paris clandestins et l'usure. La plupart des entreprises ainsi que les réseaux de PME dynamiques sont implantés dans le centre et le nord ou dans les régions méridionales. Le triangle industriel Milan-Gênes-Turin fait partie de la mégalopole européenne. Il en représente la partie sud. Avec l'Émilie-Romagne et la Vénétie, il compose le cœur industriel de l'Italie, fortement ancré vers l'Europe et les exportations. On y trouve des industries puissantes comme Fiat et l'Eni mais aussi des PME dynamiques. Les PME de la troisième Italie sont elles aussi fortement tournées vers l'exportation. Cette partie de l'Italie est beaucoup plus riche que le Sud et ne compte que 2 % de chômage alors que le sud atteint les 15 %. Entre les deux, il existe une région que les géographes ont appelé la troisième Italie. Elle base son développement économique sur des réseaux de PME dynamiques dans des secteurs diversifiés comme le textile, le cuir, les industries métalliques et mécaniques. L'Italie est le deuxième fabricant et exportateur de machines-outils après l'Allemagne. Ce pays est le premier partenaire économique de l'Italie, le suivant étant la France. Concernant les échanges commerciaux, 60 % sont effectués en Europe. L'Italie dispose d'infrastructures de communication vers l'Europe (lignes ferroviaires, autoroutes, cols aménagés) ainsi qu'une ouverture sur l'Europe Centrale et de l'Est grâce à la Slovénie et l'Autriche. L'allègement des prélèvements obligatoires, l'assouplissement du marché du travail, la réforme du système de retraites, avancent lentement du fait de l'opposition des syndicats qui craignent une précarisation des conditions de travail des employés et un appauvrissement des futurs retraités. Le gouvernement de Silvio Berlusconi dispose de plus de latitude pour engager ces transformations car il ne repose pas sur une coalition trop hétéroclite. Toutefois, l'Italie ayant une situation financière (dette publique) délicate, ses marges de manœuvres sont réduites. En 1991, la dette publique dépassait les 100 % du PIB. En 2011, cette proportion a atteint 120 %, puis 135 % en 2019. En 2019 la production industrielle est en baisse et le chômage en hausse. Selon la Commission européenne et le FMI, la croissance prévue pour 2019 est proche de zéro. Pour l'OCDE, elle serait même négative. Le déficit (2, 4 % en 2019) est dû à la charge de la dette (3,8 % du PIB). Si l'on exclut cette dernière, les recettes fiscales dépassent les dépenses publiques de 1,4 % du PIB. Le ressentiment est élevé en Italie à l'égard de l'Union européenne. Depuis l'adoption de l'euro, le revenu par habitant de l'Italie n'a quasiment pas augmenté (le salaire moyen brut est passé, à prix constants, de en 2001 à en 2017). En 2018, le gouvernement promet des privatisations massives à la Commission européenne. Les actifs cessibles devraient être essentiellement immobiliers, les gouvernements précédents ayant déjà privatisé la plupart des entreprises publiques. Une amnistie fiscale, mesure défendue par la Ligue du Nord, est adoptée afin d'éponger les contentieux dans la limite de . Une baisse de la fiscalité pour le petit patronat et les travailleurs indépendants est également décidée. Elle devrait par la suite concerner l'ensemble de l'impôt sur les sociétés, selon un mécanisme de "flat tax" (système d'imposition à taux unique) tout en avantageant principalement les revenus les plus élevés. Des dispositions favorables aux étrangers fortunés sont également introduites, leur permettant de bénéficier de privilèges fiscaux s'ils transfèrent leur résidence fiscale en Italie. Le régime fiscal du pays, qui en outre ne prévoit pas de droits de donation et de succession, rencontre un certain succès auprès de riches ressortissants britanniques effrayés par le retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne. Régions économiques. L'Italie présente de fortes inégalités de développement entre ses régions. En 2019, selon l’Institut national de statistique (Istat), le PIB des régions du Sud et des îles (Sardaigne et Sicile) ne représentait que la moitié de celui des régions du nord-ouest du pays. Les efforts de l’État visant à amoindrir ces inégalités ont été abandonnés dans les années 1990 : « l’État a dû s’attaquer à son problème de dette publique considérable, et il a commencé à vivre au jour le jour, en investissant prioritairement sur les régions les plus fortes du pays, là où le bénéfice semblait plus immédiat », explique l’économiste Gianfranco Viesti. Entre le début des années 2000 et la période 2017-2019, les investissements publics annuels dans le Sud et les îles ont chuté de 50 %. L'Italie se divise en quatre grandes régions économiquement distinctes : Agriculture. On compte près de deux millions d'exploitations agricoles en Italie. Elles sont spécialisées dans la culture des produits traditionnels dans le monde méditerranéen, c'est-à-dire la vigne, le blé, l'olivier, les fruits et légumes et les agrumes (notamment la bergamote à Reggio de Calabre) et les produits laitiers. En 2018, Global Slavery Index, une organisation calculant le nombre de personnes réduites à l'esclavage par pays, a estimé le taux de travailleurs agricoles exploités en Italie au nombre de . Un rapport de l'Union européenne sur l'esclavagisme indique en 2019 que agricoles en Italie risquent d'être réduits à l'esclavage et près de sont contraints à vivre dans des conditions inhumaines. Beaucoup sont des travailleurs immigrés. Tourisme. Le tourisme constitue une activité motrice de l'économie : l'Italie, troisième pays touristique d'Europe derrière la France et l'Espagne, accueille de touristes par an dans les Alpes, sur les littoraux et dans les villes d'art et d'histoire comme Milan, Gênes, Venise, Florence, Palerme, Naples et Rome. La présence des vestiges archéologiques fait également beaucoup dans la réputation touristique du pays ; l'Italie développe également depuis quelques années un tourisme œno-gastronomique (appelé agritourisme). Transports. L'Italie est située au Centre du bassin méditerranéen. Sa position géographique centrale a permis à ses cités de jouer un rôle majeur dans le commerce entre l'Orient et l'Occident au Moyen Âge. La Méditerranée est traversée par des routes maritimes mondiales via le canal de Suez. Le port de Gioia Tauro est devenu le premier port de conteneurs de la Méditerranée bien que mal desservi et ne disposant pas de plateforme logistique adéquate ; il reste donc un port de transbordement. L'Italie cherche à renforcer ses liaisons avec l'UE : l'aéroport international de Milan Malpensa, achevé en 2001, permet de relier plus facilement le cœur économique de l'Italie au reste du monde, intention relayée par les projets ferroviaires Berlin-Palerme et Lyon-Turin-Budapest qui accentueront le rôle central de l'Italie du Nord. On note aussi un réseau de ports très efficace, aussi bien dans le trafic de marchandises que dans le trafic de passagers/touristes. Malgré un arc alpin très marquant, les flux économiques entre le nord de l'Europe et l'Italie ne sont pas limités grâce aux bonnes relations entretenues avec ses voisins et les nombreuses coopérations. Transport aérien. Le pays compte en tout internationaux. Rome avec de passagers par an est le hub le plus important du pays, deux aéroports se partagent ce trafic ; Leonardo da Vinci (ou Fiumicino) et Ciampino. Le hub de Milan est en deuxième position, avec trois aéroports (Malpensa, Linate et Orio al Serio) dont le trafic cumulé est de de passagers par an. Réseau routier. Il y a d'autoroute parcourant le pays du nord au sud (y compris la Sicile). La plupart de ces autoroutes sont payantes, sauf, par exemple, reliant Naples à Reggio di Calabria. La première autoroute mise en service au monde fut celle reliant Milan à Varese et ne comptait qu'une seule voie dans chaque sens. Inaugurée en 1927 par Mussolini, elle est toujours en fonction et élargie à trois ou cinq voies dans chaque sens. À cela s'ajoute un réseau de "superstrada", route nationale (SS : "Strada Statale") à deux ou trois voies dans chaque sens d'un total de , qui connecte les régions périphériques aux grands axes. Le réseau est toutefois surchargé et de nombreux projets de réhabilitation des plus anciennes autoroutes sont en cours de réalisation, afin de réduire les risques liés à la vétusté de certains ouvrages et d'en augmenter les capacités. Réseau ferroviaire. Le TAV, équivalent du TGV français, utilise le réseau AV/AC italien (Alta Velocità/Alta Capacità) qui est composé de deux axes principaux : l'axe Turin-Milan-Verone-Venise et l'axe Milan-Bologne-Florence-Rome-Naples-Salerne. À cela s'ajoutera l'axe Milan-Gênes et Naples-Bari (ce dernier étant déjà desservi par un système à grande vitesse mais plus lent que le TAV). Actuellement le réseau TAV compte de lignes AV/AC. L'ensemble du réseau ferroviaire est de . Culture. Langues. Usage. L'unité nationale italienne a été tardive, assez peu d'Italiens maîtrisaient la langue italienne il y a encore cinquante ans. Elle s'est opérée sur fond d'une réelle diversité culturelle et linguistique qui est encore sensible aujourd'hui. L'italien doit composer avec les langues minoritaires et dialectes locaux : en 2002, si 6,7 % de la population parlent comme langue maternelle une autre langue, le taux des dialectophones monte à 52 % si on englobe ceux qui l'utilisent alternativement avec l'italien. Au niveau local, les langues suivantes sont co-officielles ou protégées : frioulan (ou ladin oriental), ladin dolomitique (ou ladin occidental), allemand, slovène, occitan, français, francoprovençal, albanais, grec, sarde, catalan et croate. Outre l'italien, les langues les plus parlées sont : anglais 29 %, français 14 %, langues régionales 6 %. Français. Le français est une langue co-officielle dans la région de la Vallée d'Aoste. Il est compris par environ 19 % de la population italienne. Ce pourcentage fait de l'Italie, avec presque de personnes, le deuxième foyer officieux de la francophonie en Europe, juste après la France. Par contre, même s'il occupe une place qu'il partage avec plusieurs autres langues, aucune autre langue n'a le même impact que le français en Italie. Tout d'abord, il s'agit d'un héritage des zones frontalières que l'Italie partage avec la France. De plus, il s'agit aussi d'un métissage qui découle des intrusions françaises sur le territoire italien à différents moments de l'histoire. À cela, il faut ajouter l'influence culturelle générale de la France, séculaire, qui remonte jusqu'au Moyen Âge, et a aussi contribué au développement du français en Italie. Cette situation se traduit par : Enfin, l'importance particulière du français en Italie, grâce aux communes origines linguistiques latines, qui le rendent plus compréhensible que toute autre langue étrangère, est aussi palpable à la présence d'une littérature franco-italienne riche, diversifiée et historique. Religions. La plus grande association du culte en Italie est l'Église catholique romaine (qui a son siège mondial dans la Basilique Saint-Pierre à Rome), suivie de très loin par les "", qui sont des communautés pentecôtistes et les témoins de Jéhovah. L'arrivée au de populations immigrées a permis le développement de communautés orthodoxes et musulmanes. Viennent ensuite les juifs et les "Valdesi" (Vaudois dans les régions francoprovençales) du Piémont. Fêtes. Un décret de 1985 fixe les fêtes religieuses (catholiques), en application de l'accord concordataire () signé à Rome le entre la République italienne et le Saint-Siège, ratifié par la loi du : Littérature. La littérature italienne naît avec les œuvres poétiques écrites en diverses langues régionales de l'Italie, issues du latin, et qui se développent aux environs du , mais c'est seulement au que débute la tradition littéraire en langue italienne, c'est-à-dire dans le dialecte toscan, de Florence, Pise et Sienne, qui s'est imposé et enrichi, sous l'influence et les apports romans, principalement de la langue d'oc et de la langue d'oïl, même si certains considèrent le "Cantique des créatures" de saint François d'Assise, écrit dans le dialecte italien de l'Ombrie autour de 1220, comme le premier document littéraire italien. Après les grands fondateurs du Trecento () : Dante, Pétrarque et Boccace, on remarque au les figures de L'Arioste, de Machiavel et du Tasse. Plus tard la comédie italienne connaît son maître avec Carlo Goldoni au , tandis que la période romantique voit apparaître le grand romancier Alessandro Manzoni et le poète Giacomo Leopardi. Si la fin du est illustrée par Carlo Collodi, le père de Pinocchio, le est riche de grands dramaturges comme Luigi Pirandello ou Ugo Betti, à côté de romanciers comme Gabriele D'Annunzio, Curzio Malaparte, Giuseppe Tomasi di Lampedusa, Alberto Moravia ou Dino Buzzati, et leurs cadets Primo Levi, Leonardo Sciascia, Italo Calvino, Umberto Eco ou Erri De Luca. La poésie occupe, cependant, jusqu'à nos jours, une place primordiale. Cinéma. L'histoire du cinéma italien a commencé quelques mois après que les frères Lumière eurent présenté au public leur appareil original, le Caméra Cinématographe, le à Paris : ce sont eux qui l'introduisent en Italie au cours de l'année 1896. À la fin de l'après-guerre, le cinéma italien était l'un des cinémas nationaux les plus influents et reconnus au niveau mondial, avec des mouvements très forts comme celui du néoréalisme. Certains remarquables réalisateurs italiens sont Vittorio De Sica, Federico Fellini, Sergio Leone, Pier Paolo Pasolini, Luchino Visconti, Michelangelo Antonioni, Roberto Rossellini, Luigi Comencini, Dino Risi, Dario Argento, et Roberto Benigni. Le cinéma italien a aussi ses acteurs et actrices vedettes comme Sophia Loren, Claudia Cardinale, Rudolph Valentino, Anna Magnani, Rosanna Schiaffino, Gino Cervi, Monica Bellucci, Roberto Benigni, Nino Manfredi, Bud Spencer ou Terence Hill. Le cinéma italien se déploie dans de nombreux sous-genres, dont le fameux western spaghetti ou le giallo. Souvent méprisé par la critique, le cinéma de genre italien a pourtant donné de véritables œuvres d'art et inspiré le reste du cinéma mondial. D'un point de vue technique, le cinéma italien se caractérise par la généralisation dès l'après-guerre de la postsynchronisation, technique de doublage consistant à réenregistrer en studio "a posteriori" les dialogues d'un film. Ceci facilitera l'emploi de grandes vedettes étrangères dans les films italiens, en faisant substituer par des acteurs italiens la voix d'acteurs s'étant exprimés dans des langues différentes lors du tournage. Musique. L'histoire de la musique écrite en Italie remonte au avec des pièces composées pour le luth par Francesco Canova da Milano. La période de la Renaissance voit s'imposer le compositeur Palestrina (1525-1594) qui par ses messes et motets renouvelle l'art de la polyphonie religieuse. Gregorio Allegri (1582-1652) quant à lui compose de nombreux motets et son célèbre Miserere à neuf voix. La période classique du voit la naissance de l'opéra en Italie avec les chanteurs-compositeurs Jacopo Peri et Giulio Caccini qui composent en 1597-1600 deux drames en musique "Dafné" et Euridice. Premier maître de l'opéra italien Claudio Monteverdi (1567-1643) compose l'Orfeo en 1607 et "Ariane" en 1608. Pour la musique instrumentale Arcangelo Corelli (1653-1713) compose de nombreux concertos. Le voit s'affirmer le génie d'Antonio Vivaldi qui compose des centaines de concertos, des dizaines d'opéras et de cantates, et de Domenico Scarlatti, extraordinaire innovateur de sonates pour instruments à clavier. Le voit l'apogée de l'opéra romantique italien avec Gioachino Rossini (1792-1868) qui compose l'opéra-bouffe Le Barbier de Séville en 1816 et un opéra seria Guillaume Tell. Gaetano Donizetti (1797-1848) compose Lucie de Lammermoor tandis que Vincenzo Bellini (1801-1835) compose son célèbre opéra La Norma. Né en 1813, Giuseppe Verdi atteint la renommée avec ses opéras Le Trouvère, La traviata, Rigoletto, Aïda, Don Carlos. L'école vériste est représentée par Giacomo Puccini (1858-1924) qui compose les opéras Turandot, Madame Butterfly, La Bohème. Au Ottorino Respighi compose des poèmes symphoniques au style descriptif. Parmi les plus célèbres compositeurs de musiques de film figurent Ennio Morricone et Nino Rota. L'Italie donne également naissance à des chanteurs à tendance pop dès les comme Eros Ramazzotti, Giorgia, Laura Pausini, Toto Cutugno, Zucchero, Umberto Tozzi ou encore Andrea Bocelli. L'Italie voit chaque année depuis 1951 s'organiser le Festival de Sanremo, dont le vainqueur se voit offrir la possibilité de représenter le pays au concours Eurovision de la chanson. C'est le cas par exemple de Gigliola Cinquetti en 1964 et du groupe Måneskin en 2021, tous deux vainqueurs de Sanremo et de l'Eurovision. Cuisine. La cuisine italienne se caractérise par la variété des produits utilisés et des saveurs ainsi que par une grande diversité régionale. Parmi les plats les plus célèbres on peut citer la pizza ou les pâtes. Les desserts les plus connus sont les glaces, qui existent en de nombreux parfums, ainsi que le tiramisù. Pour finir, le café italien (cappuccino, espresso, lungo), est une boisson extrêmement répandue dans le pays. Sports. Le sport le plus populaire en Italie est le football, dit "calcio" en italien. L'équipe nationale a remporté la Coupe du monde de football à quatre reprises, soit autant que l'Allemagne et derrière le Brésil au niveau mondial. Les autres sports populaires sont le cyclisme, l'escrime, le volley-ball, le basket-ball, le , la pêche sportive, l'athlétisme, le tennis, le sport motocycliste et le sport équestre. En Formule 1, l'Italie accueille le Grand Prix automobile d'Italie sur le célèbre circuit de l'Autodromo nazionale di Monza, dans la banlieue de Milan. De plus, plusieurs pilotes italiens ont participé au Championnat du monde, mais seuls les pilotes Giuseppe Farina (en 1950) et Alberto Ascari (en 1952 et 1953) ont été champions du monde. Quant à elle, la Scuderia Ferrari, l'une des écuries les plus emblématiques de l'Histoire de la , est la seule à avoir présenté ses voitures au départ d'une course au moins une fois chaque saison depuis la création du championnat du monde . Huit pilotes ont été titrés dans une Ferrari pour quinze titres cumulés, seize titres de champion du monde des constructeurs ont été remportés par la Scuderia. Dans les arts. Cette section présente des œuvres ne se déroulant pas que dans une seule ville italienne, mais plutôt dans plusieurs lieux du pays. Littérature. Récits de voyage. Quand on pense aux récits de voyage, on imagine réellement à des contrées lointaines dans lesquels une bonne partie d'entre eux s'y déroulent. Pourtant, fait méconnu, l'Italie est un pays qui a beaucoup servi de décors à ces récits. Il semble que ce soit surtout sa voisine la France où les auteurs voyageurs aiment à décrire ce pays dans leurs écrits : Codes. L'Italie a pour codes :
Informatique L'informatique est un domaine d'activité scientifique, technique, et industriel concernant le traitement automatique de l'information numérique par l'exécution de programmes informatiques hébergés par des dispositifs électriques-électroniques : des systèmes embarqués, des ordinateurs, des robots, des automates Ces champs d'application peuvent être séparés en deux branches : Certains domaines de l'informatique peuvent être très abstraits, comme la complexité algorithmique, et d'autres peuvent être plus proches d'un public profane. Ainsi, la théorie des langages demeure un domaine davantage accessible aux professionnels formés (description des ordinateurs et méthodes de programmation), tandis que les métiers liés aux interfaces homme-machine (IHM) sont accessibles à un plus large public. Définitions. Le terme « informatique » résulte de l'association du terme « information » au suffixe « -ique » signifiant « qui est propre à » : Dans le vocabulaire universitaire américain, l'informatique () désigne surtout l'informatique théorique : un ensemble de sciences formelles qui ont pour objet d'étude la notion d'information et des procédés de traitement automatique de celle-ci, l'algorithmique. Les applications de l'informatique depuis les années 1950 forment la base du secteur d'activité des technologies de l'information et de la communication. Ce secteur industriel et commercial est lié à la fois aux procédés (logiciels, à l'architectures de systèmes) et au matériel (électronique, télécommunication). Le secteur fournit également de nombreux services liés à l'utilisation de ses produits : développement, maintenance, enseignement, assistance, surveillance et entretien. Étymologie. En 1957, l'ingénieur allemand Karl Steinbuch crée le terme « » pour son essai intitulé , pouvant être rendu en français par « Informatique : traitement automatique de l'information ». En mars 1962, Philippe Dreyfus, ancien directeur du Centre national de calcul électronique de Bull, utilise pour la première fois en France le terme « Informatique » pour son entreprise « Société d'informatique appliquée » (SIA). Selon certains, ce néologisme est un mot-valise qui agglomère « information » et « automatique », pour désigner le traitement automatique des données. En 1966, l'Académie française consacre l'usage officiel du mot pour désigner la . La presse, l'industrie et le milieu universitaire l'adoptent dès cette époque. En juillet 1968, le ministre fédéral de la Recherche scientifique d'Allemagne de l'Ouest, Gerhard Stoltenberg, prononce le mot « » lors d'un discours officiel sur la nécessité d'enseigner cette nouvelle discipline dans les universités de son pays ; on emploie ce même terme pour nommer certains cours dans les universités allemandes. Le mot fait alors son apparition en Italie et en Espagne, de même qu’ au Royaume-Uni. Les fondateurs de la Compagnie Générale d'Informatique (CGI) reprennent le mot « informatique » en 1969. Évolution sémantique. Dans l'usage contemporain, le substantif « informatique » devient un mot polysémique qui désigne autant le domaine industriel en rapport avec l'ordinateur (au sens de calculateur fonctionnant avec des algorithmes), que la science du traitement des informations par des algorithmes. Les expressions « science informatique », « informatique fondamentale » ou « informatique théorique » désignent sans ambiguïté la science, tandis que « technologies de l'information » ou « technologies de l'information et de la communication » désignent le secteur industriel et ses produits. Des institutions assimilent parfois la compétence des utilisateurs dans la manipulation des appareils à l'alphabétisation ou à la conduite automobile, comme veut le faire entendre l'expression (traduction littérale : « permis de conduire un ordinateur »). Équivalents en anglais. Plusieurs termes en anglais désignent l'informatique : Dans le monde du travail, on parle volontiers d’"I.T.", le département informatique étant "" (les autres termes ne sont quasiment jamais utilisés). Histoire. Depuis des millénaires, l'Homme a créé et utilisé des outils l'aidant à calculer (abaque, boulier), exigeant, comme les opérations manuelles, des algorithmes de calcul, dont des tables datant de l'époque d'Hammourabi (environ 1750 av. J.-C.) figurent parmi les exemples les plus anciens. Si les machines à calculer évoluent constamment depuis l'Antiquité, elles n'exécutent pas elles-mêmes l'algorithme : c'est l'homme qui doit apprendre et exécuter la suite des opérations, comme pour réaliser les différentes étapes d'une division euclidienne. En 1642, Blaise Pascal imagine une machine à calculer, la "Pascaline", qui fut commercialisée. Sept exemplaires subsistent dans des musées comme celui des Arts et Métiers à Paris, et deux sont dans des collections privées (IBM en possède une). Joseph Marie Jacquard avec ses métiers à tisser à cartes perforées illustre en premier le concept de programmation, comme enchaînement automatique d'opérations élémentaires. George Boole et Ada Lovelace esquissent une théorie de la programmation des opérations mathématiques. Le secteur très féminisé à ses débuts avec des pionnières comme Ada Lovelace, Grace Hopper, Frances Allen, Adele Goldberg est devenu progressivement plus masculin avec la professionnalisation des différents métiers dans l'informatique (premiers diplômes en informatique). La place des femmes en informatique décroit dès le milieu des années 1980 en France. Mécanographie. Dans les années 1880, Herman Hollerith, futur fondateur d'IBM, fonde la mécanographie en inventant une machine électromécanique destinée à faciliter le recensement en stockant les informations sur une carte perforée. Le gouvernement des États-Unis utilise pour la première fois à grande échelle les trieuses et les tabulatrices lors du recensement de 1890, à la suite de l'afflux des immigrants dans ce pays dans la seconde moitié du . L'ingénieur norvégien Fredrik Rosing Bull a créé la première entreprise européenne qui a développé et commercialisé des équipements mécanographiques. Installé en Suisse dans les années 1930 il est ensuite venu en France pour s'attaquer au marché français. Pendant la Seconde Guerre mondiale, René Carmille utilisait des machines mécanographiques Bull. Les Allemands étaient équipés de machines mécanographiques avant la Seconde Guerre mondiale. Ces équipements étaient installés dans des ateliers composés de trieuses, interclasseuses, perforatrices, tabulatrices et calculatrices connectées à des perforateurs de cartes. Des machines électromécaniques utilisant aussi des lampes radio comme les triodes effectuaient les traitements. Ces lampes dégageaient de la chaleur qui attirait les insectes, et les (terme anglais pour "insectes", francisé en « bogue ») étaient une cause de panne courante. Les femmes occupent une place prépondérante au début de l'informatique dans les activités de calcul et de programmation. Les programmeuses de l'ordinateur ENIAC en 1944 sont six mathématiciennes : Marlyn Meltzer, Betty Holberton, Kathleen Antonelli, Ruth Teitelbaum, Jean Bartik, Frances Spence. Adele Goldstine est leur formatrice et elles sont surnommées les « "ENIAC girls" ». L'informatique moderne n'a pu émerger qu'à la suite de l'invention du transistor en 1947 et son industrialisation dans les années 1960. Naissance de l'informatique moderne. L'informatique moderne commence avant la Seconde Guerre mondiale, lorsque le mathématicien Alan Turing pose les bases d'une théorisation de ce qu'est un ordinateur, avec son concept de machine universelle de Turing. Turing pose dans son article les fondements théoriques de ce qui sépare la machine à calculer de l'ordinateur : la capacité de ce dernier à réaliser un calcul en utilisant un algorithme conditionnel. Après la Seconde Guerre mondiale, l'invention du transistor, puis du circuit intégré permettront de remplacer les relais électromécaniques et les tubes à vide, qui équipent les machines à calculs pour les rendre à la fois plus petites, plus complexes, plus économiques et plus fiables. Le capital-risque finance des dizaines de sociétés électroniques. Avec l'architecture de von Neumann, mise en application de la machine universelle de Turing, les ordinateurs dépassent la simple faculté de calculer et peuvent commencer à accepter des programmes plus évolués, de nature algorithmique. En 1961, Marion Créhange soutient une des premières thèses en informatique en France. Dans les années 1970, l'informatique se développe avec les télécommunications, avec Arpanet, le réseau Cyclades et la Distributed System Architecture (DSA) de réseau en couches, qui donnera naissance en 1978 au modèle OSI, appelé aussi « OSI-DSA », puis aux protocoles TCP-IP dans les années 1990, grâce à la baisse des prix des microprocesseurs. Les concepts de datagramme et d'informatique distribuée, d'abord jugés risqués, s'imposeront grâce à l'Internet. Développement des applications informatiques. La série de livres de Donald Knuth, publiée à partir des années 1960, fait ressortir les aspects mathématiques de la programmation informatique. Edsger Dijkstra, Niklaus Wirth et Christopher Strachey travaillent et publient vers un même axe. Ces travaux préfigurent d'importants développements en matière de langage de programmation. L'amélioration de l'expressivité des langages de programmation a permis la mise en œuvre d'algorithmes toujours plus sophistiqués, appliqués à des données de plus en plus variées. La miniaturisation des composants et la réduction des coûts de production, associées à une augmentation de la demande en traitements des informations de toutes sortes (scientifiques, financières, commerciales), ont eu pour conséquence une diffusion de l'informatique dans tous les secteurs économiques, ainsi que dans la vie quotidienne des individus. Dans les années 1970, Xerox fait réaliser des études en psychologie cognitive et en ergonomie en vue de simplifier l'utilisation des outils informatiques. L'interface graphique propose un accès à la machine plus proche des objets ordinaires que l'interface en ligne de commande existant jusque-là. Les constructeurs souhaitant concurrencer le géant IBM promeuvent une informatique plus décentralisée. La démocratisation de l'utilisation d'Internet – réseau basé sur ARPANET – depuis 1995, a amené les outils informatiques à être de plus en plus utilisés dans une logique de réseau comme moyen de télécommunication, à la place des outils tels que la poste ou le téléphone. Elle s'est poursuivie avec l'apparition des logiciels libres, puis des réseaux sociaux et des outils de travail collaboratif dont Wikipédia n'est qu'un des nombreux exemples. Face à la demande pour numériser photos et musiques, les capacités de stockage, de traitement et de partage des données explosent et les sociétés qui ont parié sur la croissance la plus forte l'emportent le plus souvent, en profitant d'une . En France, l'informatique n'a commencé à se développer que dans les années 1960, avec le Plan Calcul. Depuis lors, les gouvernements successifs ont mené des politiques diverses en faveur de la recherche scientifique, l'enseignement, la tutelle des télécommunications, la nationalisation d'entreprises clés. Science informatique. La science informatique est une science formelle, dont l'objet d'étude est le calcul au sens large, c'est-à-dire, non pas exclusivement arithmétique, mais en rapport avec tout type d'information que l'on peut représenter par une suite de nombres. Ainsi, textes, séquences d'ADN, images, sons ou formules logiques peuvent faire l'objet de calculs. Selon le contexte, on parle d'un calcul, d'un algorithme, d'un programme, d'une procédure. Calculabilité. Un algorithme est une manière systématique de procéder pour arriver à calculer un résultat. Un des exemples classiques est l'algorithme d'Euclide du calcul du « Plus grand commun diviseur » (PGCD) qui remonte au moins à 300, mais il s'agit déjà d'un calcul complexe. Avant cela, le simple fait d'utiliser un abaque demande d'avoir réfléchi à un moyen systématique (et correct) d'utiliser cet outil pour réaliser des opérations arithmétiques. Des algorithmes existent donc depuis l'Antiquité, mais ce n'est que depuis les années 1930, avec les débuts de la théorie de la calculabilité, que les scientifiques se sont posés les questions « qu'est-ce qu'un modèle de calcul ? », « est-ce que tout est calculable ? » et ont tenté d'y répondre formellement. Il existe de nombreux modèles de calcul, dont les deux principaux sont la « machine de Turing » et le « lambda-calcul ». Ces deux systèmes formels définissent des objets qui peuvent représenter ce qu'on appelle des procédures de calcul, des algorithmes ou des programmes. Ils définissent ensuite un moyen systématique d'appliquer ces procédures, c'est-à-dire de calculer. Le résultat le plus important de la calculabilité est probablement le fait que les principaux modèles de calcul ont exactement la même puissance, c'est-à-dire qu'il n'existe pas de procédure que l'on pourrait exprimer dans un modèle mais pas dans un autre. La thèse de Church postule que ces modèles de calcul équivalents décrivent complètement et mathématiquement tout ce qui est physiquement calculable. Un deuxième résultat fondamental est l'existence de fonctions incalculables, une fonction étant ce que calcule une procédure ou un algorithme (ceux-ci désignant plutôt comment faire le calcul). On peut montrer qu'il existe des fonctions, bien définies, pour lesquelles il n'existe pas de procédure pour les calculer. L'exemple le plus connu étant probablement le problème de l'arrêt, qui montre qu'il n'existe pas de machine de Turing calculant si une autre machine de Turing donnée s'arrêtera (et donc donnera un résultat) ou non. Tous les modèles de calcul étant équivalents, ce résultat s'applique aussi aux autres modèles, ce qui inclut les programmes et logiciels que l'on peut trouver dans les ordinateurs courants. Il existe un lien très fort entre les fonctions que l'on ne peut pas calculer et les problèmes que l'on ne peut pas décider (voir Décidabilité). Algorithmique. L'algorithmique est l'étude comparative des différents algorithmes. Tous les algorithmes ne se valent pas : le nombre d'opérations nécessaires pour arriver à un même résultat diffère d'un algorithme à l'autre. Ce nombre d'opérations, appelé la complexité algorithmique est le sujet de la théorie de la complexité des algorithmes, qui constitue une préoccupation essentielle en algorithmique. La complexité algorithmique sert en particulier à déterminer comment le nombre d'opérations nécessaires évolue en fonction du nombre d'éléments à traiter (la taille des données) : Nous arrivons maintenant à un problème ouvert fondamental en informatique : « P est-il égal à NP ? ». En simplifiant beaucoup : P est « l'ensemble des problèmes pour lesquels on connaît un algorithme efficace » et NP « l'ensemble des problèmes pour lesquels on connaît un algorithme efficace pour vérifier une solution à ce problème ». Et en simplifiant encore plus : existe-t-il des problèmes difficiles ? Des problèmes pour lesquels il n'existe pas d'algorithme efficace ? Cette question est non seulement d'un grand intérêt théorique mais aussi pratique. En effet, un grand nombre de problématiques courantes et utiles sont des problèmes que l'on ne sait pas résoudre de manière efficace. C'est d'ailleurs un des problèmes du prix du millénaire et le Clay Mathematics Institute s'est engagé à verser un million de dollars aux personnes qui en trouveraient la solution. C'est un problème ouvert, donc formellement, il n'y a pas de réponse reconnue. Mais, en pratique, s'accordent pour penser que P≠NP, c'est-à-dire qu'il existe effectivement des problèmes difficiles qui n'admettent pas d'algorithme efficace. Cryptologie. Ce type de problème de complexité algorithmique est directement utilisé en cryptologie. En effet, les méthodes de cryptologie modernes reposent sur l'existence d'une fonction facile à calculer qui possède une fonction réciproque difficile à calculer. C'est ce qui permet de chiffrer un message qui sera difficile à décrypter (sans la clé). La plupart des chiffrements (méthode de cryptographie) reposent sur le fait que la procédure de décomposition en produit de facteurs premiers n'a pas d'algorithme efficace connu. Si quelqu'un trouvait un tel algorithme, il serait capable de décrypter la plupart des cryptogrammes facilement. On sait d'ailleurs qu'un calculateur quantique en serait capable, mais les calculateurs quantiques actuels n'ont pas encore cette capacité. Autre. Depuis les années 1960, et à la frontière avec la logique mathématique : la correspondance de Curry-Howard a jeté un pont entre le monde des démonstrations formelles et celui des programmes, dans la discipline des méthodes formelles. Citons aussi l'étude de la mécanisation des procédés de calcul et de pensée qui a permis de mieux comprendre la réflexion humaine, et apporté des éclairages en psychologie cognitive et en linguistique, par exemple, à travers la discipline du traitement automatique du langage naturel. Technologies de l'information et de la communication. Le terme "technologies de l'information et de la communication" désigne un secteur d'activité et un ensemble de biens qui sont des applications pratiques des connaissances scientifiques en "informatique" ainsi qu'en électronique numérique, en télécommunication, en sciences de l'information et de la communication et en cryptologie. Les appareils en électronique numérique utilisent tous un système logique. Les entrées et sorties des composants électroniques n'ont que deux états ; l'un correspondant à "vrai", l'autre à "faux". On démontre qu'en assimilant "vrai" au nombre 1 et "faux" au nombre 0, on peut établir les règles logiques qui fondent un système de numération binaire. Les appareils représentent toute l'information sous cette forme. Les appareils informatiques se décomposent en quatre ensembles qui servent respectivement à entrer des données, les stocker, les traiter, puis les faire ressortir de l'appareil, selon les principes de la machine de Turing et l'architecture de von Neumann. Les données circulent entre les pièces des différentes unités par des lignes de communication, les bus. Le processeur est la pièce centrale qui anime l'appareil en suivant les instructions des programmes qui sont enregistrés à l'intérieur. Appareils informatiques. Il existe aujourd'hui une gamme étendue d'appareils capables de traiter automatiquement des informations. De ces appareils, l'ordinateur est le plus connu, le plus ouvert, le plus complexe et un des plus anciens. L'ordinateur est une machine modulable et universelle qui peut être adaptée à de nombreuses tâches par ajout de matériel ou de logiciel. Un système embarqué est un appareil équipé de matériel et de logiciel informatique, et affecté à une tâche bien précise. Exemples d'appareils : Matériel informatique. L'ensemble des composants électroniques, nécessaires au fonctionnement des appareils numériques, est appelé « en anglais ». Dans un boîtier se trouvent les pièces centrales, par exemple, le processeur et des pièces périphériques servant à l'acquisition, au stockage, à la restitution et la transmission d'informations. L'appareil est un assemblage de pièces qui peuvent être de différentes marques. Le respect des normes industrielles par les différents fabricants assure le fonctionnement de l'ensemble. Carte mère. La carte mère est un circuit imprimé avec de nombreux composants et ports de connexion constituant le support principal des éléments essentiels d'un ordinateur (Supports des microprocesseur, mémoires, connecteurs divers et autres ports d'entrée-sortie). Boîtier et périphériques. L'intérieur du boîtier d'un appareil informatique contient un ou plusieurs circuits imprimés sur lesquels sont soudés des composants électroniques et des connecteurs. La carte mère est le circuit imprimé central, sur lequel sont connectés tous les autres équipements. Un bus est un ensemble de lignes de communication qui servent aux échanges d'information entre les composants de l'appareil informatique. Les informations sont transmises sous forme de signaux électriques. Le plus petit élément d'information manipulable en informatique correspond à un bit. Les bus transfèrent des bytes d’informations composés de plusieurs bits en parallèle. Les périphériques sont par définition, les équipements situés à l'extérieur du boîtier. Équipements d'entrée. Les périphériques d'entrée servent à commander l'appareil informatique ou à y envoyer des informations. L'envoi des informations se fait par le procédé de numérisation. Il s'agit de transformer des informations brutes (une page d'un livre, les listes des éléments périodiques, etc.) en suite de nombres binaires pouvant être manipulées par un appareil informatique. La transformation est faite par un circuit électronique. La construction du circuit diffère en fonction de la nature de l'information à numériser. L'ensemble des dispositifs de commande et les périphériques de sortie directement associés forment une façade de commande appelée interface homme-machine. Stockage d'information. Une mémoire est un dispositif électronique (circuit intégré) ou électromécanique destiné à conserver des informations dans un appareil informatique. Processeur. Le processeur est le ou les composants électroniques qui exécute des instructions (calcul, choix, gestion des taches). Un appareil informatique contient au moins un microprocesseur, voire deux, quatre, ou plus. Les ordinateurs géants contiennent des milliers de processeurs. L'acronyme CPU (pour l'anglais ) désigne le ou les processeurs centraux de l'appareil. L'exécution des instructions par le ou les CPU influence tout le déroulement des traitements. Un microprocesseur multi-cœur réunit plusieurs circuits intégrés de processeur dans un seul boîtier. Un composant électronique construit de cette manière effectue le même travail que plusieurs processeurs. Équipements de sortie. Les équipements de sortie servent à présenter les informations provenant d'un appareil informatique sous une forme reconnaissable par un humain. Équipements de réseau. Les équipements de réseau servent à la communication d'informations entre des appareils informatiques, en particulier, à l'envoi d'informations, à la réception, à la retransmission, et au filtrage. Les communications peuvent se faire par câble, par onde radio, par satellite, ou par fibre optique. Un protocole de communication est une norme industrielle relative à la communication d'informations. La norme établit autant le point de vue électronique (tensions, fréquences) que le point de vue informationnel (choix des informations, format), ainsi que le déroulement des opérations de communication (qui initie la communication, comment réagit le correspondant, combien de temps dure la communication, etc.). Selon le modèle OSI – qui comporte sept niveaux –, une norme industrielle (en particulier un protocole de communication) d'un niveau donné, peut être combinée avec n'importe quelle norme industrielle d'une couche située en dessus ou en dessous. Une carte réseau est un circuit imprimé qui sert à recevoir et envoyer des informations conformément à un ou plusieurs protocoles. Un modem est un équipement qui sert à envoyer des informations sous forme d'un signal électrique modulé, ce qui permet de les faire passer sur une ligne de communication analogique telle une ligne téléphonique. Logiciel informatique. Un "logiciel" est un ensemble d'informations relatives à un traitement automatisé, qui correspond à la d'une Machine de Turing. La mécanique de cette machine correspondant au processeur. Le logiciel peut être composé d'instructions et de données. Les instructions mettent en application les algorithmes en rapport avec le traitement d'information voulu. Les données incluses dans un logiciel sont les informations relatives à ce traitement ou exigées par lui (valeurs clés, textes, images, etc.). Le logiciel peut prendre une forme exécutable (c'est-à-dire, directement compréhensible par le micro-processeur) ou source, c'est-à-dire que la représentation est composée d'une suite d'instructions directement compréhensible par un individu. Ainsi donc, on peut considérer le logiciel comme une abstraction qui peut prendre une multitude de formes : il peut être imprimé sur du papier, conservé sous forme de fichiers informatiques ou encore stocké dans une mémoire (une disquette, une clé USB). Un appareil informatique peut contenir de très nombreux logiciels, organisés en trois catégories : Un "logiciel embarqué", un "logiciel libre", un "logiciel propriétaire" font référence à une manière de distribuer le logiciel. Voir « distribution de logiciels ». Domaines d'activités informatisées. Lire en ligne : "IEEE Computer Society - Keywords". Logiciel applicatif. Un logiciel applicatif ou application informatique contient les instructions et les informations relatives à une "activité" automatisée par un appareil informatique ("informatisée"). Il peut s'agir d'une activité de "production" (exemple : activité professionnelle), de recherche, ou de loisir. Logiciel système. Un logiciel système contient les instructions et les informations relatives à des opérations de routine susceptibles d'être exécutées par plusieurs logiciels applicatifs. Un logiciel système sert à fédérer, unifier et aussi simplifier les traitements d'un logiciel applicatif. Les logiciels systèmes contiennent souvent des bibliothèques logicielles. Lorsqu'un logiciel applicatif doit effectuer une opération de routine, celui-ci fait appel au logiciel système par un mécanisme appelé appel système. La façade formée par l'ensemble des appels systèmes auquel un logiciel système peut répondre est appelée Interface de programmation ou API (acronyme de l'anglais ). Un logiciel applicatif effectue typiquement un grand nombre d'appels système, et par conséquent, il peut fonctionner uniquement avec un système d'exploitation dont l'interface de programmation correspond. Le logiciel est alors dit "compatible" avec ce système d'exploitation, et inversement. Système d'exploitation. Le système d'exploitation est un logiciel système qui contient l'ensemble des instructions et des informations relatives à l’"utilisation commune" du matériel informatique par les logiciels applicatifs. Les traitements effectués par le système d'exploitation incluent : répartition du temps d'utilisation du processeur par les différents logiciels (multitâche), répartition des informations en mémoire vive et en mémoire de masse. En mémoire de masse, les informations sont groupées sous formes d'unités logiques appelées fichiers. Les traitements effectués par le système d'exploitation incluent également les mécanismes de protection contre l'utilisation simultanée par plusieurs logiciels applicatifs d'équipements de matériel informatique qui par nature "ne peuvent pas" être utilisés de manière partagée (voir Exclusion mutuelle). POSIX est une norme industrielle d'une interface de programmation qui est appliquée dans de nombreux systèmes d'exploitation, notamment la famille UNIX. Environnement graphique. L’environnement graphique est le logiciel système qui organise automatiquement l'utilisation de la surface de l'écran par les différents logiciels applicatifs et redirige les informations provenant des dispositifs de pointage (souris). L'environnement graphique est souvent partie intégrante du système d'exploitation. Système de gestion de base de données. Une base de données est un stock structuré d'informations enregistré dans un dispositif informatique. Un système de gestion de base de données (sigle : SGBD) est un logiciel système dont les traitements consistent à l'organisation du stockage d'informations dans une ou plusieurs bases de données. Les informations sont disposées de manière à pouvoir être facilement modifiées, triées, classées, ou supprimées. Les automatismes du SGBD incluent également des protections contre l'introduction d'informations incorrectes, contradictoires ou dépassées. Micrologiciel. Le micrologiciel est souvent distribué sur une puce de mémoire morte faisant partie intégrante du matériel en question. Il peut être mis à jour soit en changeant la ROM ou pour les systèmes les plus récents en réécrivant la mémoire flash. Utilisations et domaines d'activités. Le traitement de l'information s'applique à tous les domaines d'activité et ceux-ci peuvent se trouver associés au mot « informatique », comme dans « informatique médicale », où les outils informatiques sont utilisés dans l'aide au diagnostic (ce champ d'activité se rapportera plutôt à l'informatique scientifique décrite ci-dessous), ou dans « informatique bancaire », désignant des systèmes d'information bancaire qui relèvent plutôt de l'informatique de gestion, de la conception et de l'implémentation de produits financiers qui relèvent plutôt de l'informatique scientifique et des mathématiques, ou encore de l'automatisation des salles de marché qui en partie relève de l'informatique temps réel. On peut dire de l'informatique, capable de traiter mathématiquement des commandes de langage formel, qu'elle réalise le projet de la modernité juridique. (la gouvernance) De la sorte, l'informatique a une fonction politique, conformément à la pensée cybernétique. L'informatique déploie des machines à gouverner, qui complètent et se synchronisent avec les lois et procédures. Les grands domaines d'utilisation de l'informatique sont : Exemples de domaines d'utilisation. Les différents domaines d'utilisation de l'informatique sont les suivants : Terminologie de l'informatique. L'informatique est un secteur d'activité scientifique et industriel important aux États-Unis, en Europe et au Japon. Les produits et services de cette activité s'échangent dans le monde entier. Les produits immatériels tels que les connaissances, les normes, les logiciels ou les langages de programmation circulent très rapidement par l'intermédiaire des réseaux informatiques et de la presse spécialisée, et sont suivis par les groupes de veille technologique des entreprises et des institutions. Les matériels informatiques peuvent être conçus sur un continent et construits sur un autre. L'anglais international est la langue véhiculaire du secteur d'activité. Il est enseigné dans les écoles. C'est la langue des publications scientifiques ainsi que de nombreux ouvrages techniques. La grande majorité des langages de programmation utilisent le vocabulaire anglais comme base. Les termes peuvent provenir des instituts de recherche, des entreprises, ou des organismes de normalisation du secteur. De nombreux néologismes sont des abréviations ou des mots-valise basés sur des mots en anglais. Le grand nombre d'anglicismes reflète la domination actuelle des États-Unis sur ce marché. L'usage d'abréviations joue le même rôle que celui des formules chimiques : l'ébauche d'une nomenclature internationale qui facilite l'accès des lecteurs non anglophones à la littérature informatique. Il existe en outre, un phénomène d'emprunt lexical réciproque entre les langages de programmation – dont le lexique est basé sur l'anglais – et le jargon informatique. Marché de l'informatique. On trouve dans le monde environ un milliard de micro-ordinateurs, trois cent mille stations de travail, quelques dizaines de milliers de , et deux mille superordinateurs en état de marche. On ne connaît pas avec certitude la part de marché occupée par l'industrie des systèmes embarqués, mais on estime que l'informatique représente le tiers du coût d'un avion ou d'une voiture. La distribution des produits informatiques est faite sous la forme de multiples canaux de distribution, parmi lesquels on compte la vente directe, le commerce en ligne, les chaînes de revendeurs, les groupements de revendeurs, la vente par correspondance. Les grossistes informatiques ont un rôle clef dans la distribution informatique et sont un point de passage quasi obligé pour les sociétés qui ont choisi la vente indirecte (par un réseau de revendeurs). Les grossistes, qu'ils soient généralistes ou spécialisés, adressent la multitude de petits points de vente ou les sociétés de service pour lesquelles l'activité de négoce représente un volume d'activité faible. Aujourd'hui, la plupart des constructeurs sont spécialisés soit dans le matériel, soit dans le logiciel, soit dans les services. Apple et Oracle (Sun) sont parmi les seuls constructeurs spécialisés à la fois dans le matériel et le logiciel. IBM et HP sont parmi les seuls constructeurs spécialisés à la fois dans le matériel et les services. Dans le sultanat d'Oman entre 2002 et 2005, 16 % des ventes concernaient du logiciel, 30 % concernait des ordinateurs, 28 % concernait des services, et 25 % concernait des équipements de transmission. En Autriche, en 2007, 21 % des ventes concernent le logiciel, 34 % concernent le matériel, et 45 % concernent des services. Histoire. Historiquement, le matériel informatique était distribué par les grands constructeurs qui traitaient en direct avec leurs clients ; la plupart de ceux-ci étant de grandes entreprises ou des organismes publics. Les logiciels étaient créés par les clients. Les constructeurs fournissaient uniquement un système d'exploitation, et assistaient leurs clients par l'organisation de cours de programmation à la formation des analystes programmeurs. Au fur et à mesure de la baisse des prix des systèmes, le marché s'est élargi, obligeant plusieurs constructeurs à se structurer pour mieux diffuser leur produit et à s'appuyer sur des partenaires. Ces partenaires étaient au départ mono-marque et travaillaient souvent sous la forme d'agent semi-exclusif, puis ils se sont transformés au fil du temps en revendeurs indépendants multi-marques. Dans les années 1980, en même temps que les premiers mini-ordinateurs, sont apparus les premiers éditeurs spécialisés dans le logiciel. Depuis 1987, le marché du micro-ordinateur est le principal secteur du marché informatique, et les micro-ordinateurs, initialement utilisés à des fins domestiques, sont désormais largement utilisés dans les entreprises et les institutions, où ils tendent à remplacer les stations de travail et les . Du fait de la croissance très rapide du marché, vecteur de forte concurrence, de nombreuses sociétés ont disparu dans les années 1980. Des quatorze grands fabricants de l'époque, en 1997 il n'en reste plus que deux (Intel et AMD). Marché du matériel. L'ordinateur est un appareil modulable, construit par assemblage de composants de différentes marques. Le développement et la construction des composants est le fait de quelques marques très spécialisées. La majorité des constructeurs d'ordinateurs sont des assembleurs : un "assembleur" est une société qui vend des ordinateurs construits par assemblage de composants provenant d'autres marques, y compris de concurrents. Loi de Moore. En 1965, Gordon Earle Moore, cofondateur d'Intel, un grand fabricant de microprocesseurs, émettait la Loi de Moore. Cette loi, basée sur l'observation, prédit que la complexité des microprocesseurs devrait doubler tous les deux ans. Quarante ans plus tard, cette observation se confirme toujours. Selon le magazine "Ligne de crédit", l'alignement à la Loi de Moore n'est pas le fait du hasard, mais une volonté de l'industrie informatique. Offre en matériel. Le matériel informatique est aujourd'hui produit par diverses multinationales, majoritairement du Japon et de Taïwan. Exemples : En Autriche par exemple, les principales marques d'ordinateur sont, en 2007 : Hewlett-Packard (Palo Alto, États-Unis), Dell, (Round Rock, États-Unis), Fujitsu (Japon), Siemens (Berlin, Allemagne), Sony (Tokyo, Japon) et Acer (Taïwan). Les principales marques de consoles de jeux sont en 2007 : Sony (Tokyo, Japon), Nintendo (Kyoto, Japon), et Microsoft (Redmond, États-Unis). Marché du logiciel. La fabrication d'un logiciel (développement) demande très peu de moyens techniques, et par contre beaucoup de temps et de savoir-faire. Il existe aujourd'hui un très grand nombre d'auteurs de logiciels, il peut s'agir de multinationales comme Microsoft, de petites entreprises locales, voire de particuliers ou de bénévoles. Les grosses entreprises, utilisant du matériel informatique pour leurs propres besoins, ont souvent des équipes spécialisées, qui créent des logiciels sur mesure pour les besoins de l'entreprise. Ces logiciels ne seront jamais mis sur le marché. Un progiciel est un logiciel prêt-à-porter et générique prévu pour répondre à un besoin ordinaire. Par opposition à un logiciel spécifique, qui est développé sur mesure en vue de répondre au besoin d'un client en particulier. La création de logiciels spécifique est le principal sujet de contrats de services des entreprises informatiques. Dans des secteurs industriels comme l'aviation, des équipes créent des logiciels pour les "systèmes embarqués" de ce secteur. Ces logiciels ne sont jamais mis sur le marché séparément. Un logiciel étant un ensemble d'informations, il peut être transmis par les moyens de télécommunications. Le téléchargement est l'opération qui consiste à utiliser un réseau de télécommunication pour récupérer un logiciel en provenance d'un autre appareil. Le commerce en ligne est l'activité qui consiste à vendre des logiciels (ou d'autres biens) en les distribuant par des réseaux de télécommunication comme Internet. Types de logiciels. On peut distinguer quatre grands types de logiciels : libres, propriétaires, , , en fonction du type de contrat de licence qui régit leur distribution, utilisation et copie. Offre générale en logiciels. Il existe aujourd'hui une offre très large de logiciels, de tous les types : libres, propriétaires, et . L'industrie du logiciel est un des principaux secteurs économiques en Europe et aux États-Unis. De nombreux constructeurs de logiciels sont aux États-Unis. La création de logiciels applicatifs représente 52 % de l'activité. Si le Japon est un des pays les mieux équipés en matériel informatique, on y trouve les plus grands fabricants de matériel, il n'en va pas de même pour le logiciel, et de nombreux logiciels posent des problèmes pour l'écriture de textes en utilisant l'alphabet japonais. Il existe en 2008 environ quatre-vingts systèmes d'exploitation différents. Le marché est largement occupé par la famille Windows : cette famille de systèmes d'exploitation, propriété de Microsoft (Redmond, États-Unis) occupe environ 90 % du marché des systèmes d'exploitation pour "ordinateurs personnels". La société Microsoft a fait l'objet de divers procès pour monopolisation du marché. En 2019, le marché des smartphones, tablettes et objet connectés a fortement évolué et utilise très majoritairement le système Androïd développé par Google. Offre en logiciels libres. "GNU" est un projet de système d'exploitation lancé en 1985, entièrement basé sur des produits . Linux est un système d'exploitation , écrit par une équipe de plus de bénévoles. La valeur de revente de Linux est estimée à plus de de dollars. L'offre en logiciels libres consiste notamment en des ensembles qui contiennent à la fois des produits GNU et Linux. Ils sont distribués avec des magazines, ou mis à disposition pour le téléchargement. Aujourd'hui la majorité des téléphones portable sont basés sur des systèmes d'exploitation libres : OS X a été développé à partir de Free BSD, Android est quant à lui basé sur un système Linux classique. Ce qui fait des systèmes Open Source Linux et Free BSD les systèmes les plus répandus sur le marché du téléphone portable. Copie et Contrefaçon. La Contrefaçon numérique consiste à utiliser ou à mettre à disposition tout ou partie d'un logiciel alors que sa licence ne l'autorise pas, les éditeurs logiciel parlent volontiers de pirates pour désigner les auteurs voir, les utilisateurs de ces contrefaçons. La licence d'utilisation s'apparente à un contrat (dont la valeur juridique varie selon les pays) accepté implicitement par tout acheteur d'un logiciel (ou explicitement lors de l'installation ou du premier lancement de celui-ci). Par une licence propriétaire, l'éditeur octroie le droit, généralement exclusif et non transmissible, à l'acheteur d'utiliser le logiciel. Si une copie de ce logiciel est mise à disposition d'autrui, l'utilisation par autrui est alors une violation des clauses du contrat de licence et la mise à disposition est considérée comme un acte de contrefaçon. La vente de licences d'utilisation est la première source de revenus de nombreux éditeurs logiciels et la copie voir la diffusion illégale représente pour eux un important manque à gagner. La contrefaçon touche le marché du logiciel comme les marchés d'autres biens immatériels tels que la musique ou la vidéo. Les éditeurs vendent souvent leur logiciel accompagné de services tels que garantie et mises à jour, des services qui ne sont, la plupart du temps, disponibles que sur les logiciels légalement utilisés. Le nombre de copies de logiciels vendues par des contrefacteurs est plus ou moins élevé selon les pays. Selon la Business Software Alliance, en Algérie 85 % des logiciels vendus en 2008 seraient issus du piratage. Toujours selon la Business Software Alliance, au Luxembourg, ce taux aurait été de 21 % en 2007, ce qui serait le taux le plus bas du monde. Marché des services. Le passage d'un marché industriel de produits à un marché des services est relativement récent et en forte progression. Le commerce de services consiste principalement en la vente et l'exécution de mandats concernant des modifications sur des systèmes d'information d'entreprises ou de collectivités. Les systèmes d'information des entreprises sont parfois composés de centaines d'ordinateurs, sur lesquels sont exécutés des centaines de logiciels de manière simultanée. Il existe de nombreux liens entre les différents logiciels et les différents ordinateurs, et le simple fait d'arrêter un seul des éléments risque de déranger des milliers d'usagers, voire de provoquer le chômage technique de l'entreprise. Selon le cabinet Gartner Dataquest, les services informatiques ont généré dans le monde en 2006. Soit un marché en augmentation de 6,4 % par rapport à 2005. Un consultant est une personne chargée d'une mission de services. Offre en services. De nombreuses SSII se trouvent aux États-Unis et en Inde. Parmi les leaders du marché on trouve IBM – la plus ancienne société d'informatique encore en activité –, ainsi que EDS, Accenture et Hewlett-Packard, toutes originaires des États-Unis. Les principaux sujets des mandats sont la création de logiciels sur mesure, la mise en place de progiciels et la modification des fichiers de configuration en fonction des besoins, des opérations de réglage, d'expertise et de surveillance du système informatique. En France la majorité des constructeurs de logiciels sont des SSII. Métiers et activités. L'informaticien est d'une manière générale une personne qui travaille dans le secteur de l'informatique. Il existe dans ce secteur diverses activités qui sont orientées vers la création de logiciels ou la maintenance d'un système informatique – matériel et logiciels. Le secteur dépend également des activités des fabricants de semi-conducteurs et de pièces détachées, des assembleurs, ainsi que des fournisseurs de télécommunications et des services d'assistance. Maintenance d'un système informatique. La maintenance d'un système informatique consiste à la préparation d'ordinateurs tels que serveurs, ordinateurs personnels, ainsi que la pose d'imprimantes, de routeurs ou d'autres appareils. L'activité consiste également au dépannage des machines, à l'adaptation de leur configuration, l'installation de logiciels tels que systèmes d'exploitation, systèmes de gestion de base de données ou logiciels applicatifs, ainsi que divers travaux de prévention des pannes, des pertes ou des fuites d'informations telles que l'attribution de droits d'accès ou la création régulière de copies de sauvegarde ("" en anglais). Le directeur informatique décide des évolutions du système informatique dans les grandes lignes, conformément à la politique d'évolution de la société qui l'emploie. Il sert d'intermédiaire entre les fournisseurs et les clients (employés de l'entreprise), ainsi que la direction générale. Il propose des budgets, des évolutions, puis mandate des fournisseurs pour des travaux. L'ingénieur système travaille à la mise en place et l'entretien du système informatique : la pose de matériel informatique, l'installation de logiciels tels que systèmes d'exploitation, systèmes de gestion de base de données ou logiciels applicatifs, et le réglage des paramètres de configuration des logiciels. L'administrateur de bases de données est chargé de la disponibilité des informations contenues dans des bases de données et la bonne utilisation des systèmes de gestion de base de données – les logiciels qui mettent à disposition les informations et qui occupent une place stratégique dans de nombreuses entreprises. Il s'occupe des travaux de construction, d'organisation et de transformation des bases de données, ainsi que du réglage des paramètres de configuration du système de gestion de base de données et de l'attribution de droit d'accès sur le contenu des bases de données. Le responsable d'exploitation veille à la disponibilité constante du système informatique. Il effectue des tâches de sauvegarde régulière en vue de prévenir la perte irrémédiable d'informations, organise les travaux de transformation du système informatique en vue de limiter la durée des mises hors service et attribue des droits d'accès en vue de limiter les possibilités de manipulation du système informatique au strict nécessaire pour chaque usager – ceci en vue de prévenir des pertes ou des fuites d'information. Création de logiciels. Le développement de logiciels consiste à la création de nouveaux logiciels ainsi que la transformation et la correction de logiciels existants. En font partie la définition d'un cahier des charges pour le futur logiciel, l'écriture du logiciel dans un ou l'autre langage de programmation, le contrôle du logiciel créé, la planification et l'estimation du budget des travaux. Dans une équipe d'ingénieurs, le chef de projet est chargé d'estimer la durée des travaux, d'établir un planning, de distribuer les tâches entre les différents membres de l'équipe, puis de veiller à l'avancée des travaux, au respect du planning et du cahier des charges. Le chef de projet participe également à la mise en place du logiciel chez le client et récolte les avis des usagers. L'analyste-programmeur est chargé d'examiner le cahier des charges du futur logiciel, de déterminer la liste de toutes les tâches de programmation nécessaire pour mettre en œuvre le logiciel. Il est chargé de déterminer les automatismes les mieux appropriés en fonction du cahier des charges et des possibilités existantes sur le système informatique. L'analyste-programmeur est ensuite chargé d'effectuer les modifications nécessaires dans le logiciel, de rédiger ou de modifier le code source du logiciel et de vérifier son bon fonctionnement. L'architecte des systèmes d'informations est chargé de déterminer, d'organiser et de cartographier les grandes lignes de systèmes informatiques ou de logiciels. Il réalise des plans d'ensemble, détermine les composants (logiciel et matériel) principaux de l'ensemble, ainsi que les flux d'informations entre ces composants. Lors de la création de nouveaux logiciels il est chargé de découper le futur logiciel en composants, puis d'organiser et de cartographier le logiciel et les produits connexes. Sous-traitance, infogérance, intégration. Les entreprises et les institutions qui ont un système informatique de grande ampleur ont souvent une équipe d'informaticiens qui travaillent à la maintenance du système ainsi qu'à la création de logiciels pour le compte de l'entreprise. Cette équipe, dirigée par le directeur informatique peut faire appel à des éditeurs de logiciel ou des sociétés de services en ingénierie informatique (abréviation SSII) pour certains travaux. Par exemple, lorsque l'équipe interne est trop peu nombreuse ou ne possède pas les connaissances nécessaires. Les entreprises peuvent également faire appel à des consultants – des employés d'une société tierce – pour prêter main-forte ou conseiller leur équipe sur un sujet précis. L'infogérance consiste à déléguer toute la maintenance du système d'information à une société de services. Ces services sont parfois réalisés "offshore" : des équipes délocalisées (parfois situées dans un pays lointain) pilotent les ordinateurs à travers les réseaux informatiques (télémaintenance). L'intégration verticale consiste pour une société informatique à non seulement créer un logiciel, mais également travailler sur des opérations antérieures et postérieures au développement du logiciel en question, tels que le management du système d'information, l'aide à la décision de la direction des systèmes d'information, les opérations de migration ou les services d'assistance. En cloud computing, un site informatique - matériel, logiciel et raccordements réseau - appartenant à un fournisseur, est mis à disposition des consommateurs en libre-service payé à l'usage. Selon le service offert, la responsabilité du système d'exploitation, des logiciels moteurs et des logiciels applicatifs incombe soit au fournisseur soit au consommateur. Informatique et développement durable. On applique souvent l'adjectif « virtuel » ou « immatériel » aux produits de l'informatique, ce qui pourrait laisser croire que l'informatique est peu consommatrice de ressources naturelles. Jean-Marc Jancovici montre que la dématérialisation, souvent présentée comme une solution pour le développement durable de l'économie, ne s'est pas accompagnée d'une diminution des flux physiques par rapport aux flux d'information. En pratique, dans les années 2010, les directions des systèmes d'information sont généralement tenues à l'écart des programmes de développement durable des entreprises. On se rend compte aujourd'hui, avec les premières études des experts en informatique verte (TIC durables), que l'informatique serait directement à l'origine de 5 % des émissions de gaz à effet de serre de la France. L'informatique générerait également une forte consommation d'électricité. Mais les impacts environnementaux sont surtout concentrés lors de la fabrication des équipements et leur fin de vie. Les principaux impacts sont l'épuisement des ressources naturelles non renouvelables et les pollutions (eau, air, sol) qui dégradent les écosystèmes. L'application des principes de développement durable à l'informatique donne naissance aux TIC durables. Elle englobe les trois piliers du développement durable (environnement, social, économique) et se caractérise par une double démarche (souvent menée en parallèle) : À terme, le développement durable devrait faire évoluer les modèles employés en informatique. Il est, en effet, nécessaire d'expliciter la sémantique des données, documents ou modèles, ce qui relève de la branche de l'informatique appelée représentation des connaissances. Plusieurs projets en écoinformatique se déroulent dans le cadre d'initiatives telles que le web sémantique.
Iron Maiden Iron Maiden est un groupe de heavy metal britannique, originaire de Londres. Le groupe est formé en décembre 1975 par le bassiste Steve Harris, rejoint très rapidement par le guitariste Dave Murray. Il figure parmi les pionniers de la (« la nouvelle vague de heavy metal britannique »). Iron Maiden représente l'un des plus grands succès commerciaux du heavy metal et a vendu plus de cent millions d'albums. Son sens de la mélodie et une certaine complexité le rapprochent du metal progressif. Sa longévité, ses compositions puissantes et mélodiques, la diversité de sa discographie et surtout sa qualité de précurseurs du genre en ont fait l'un des groupes phares de la scène heavy metal. Le nom du groupe se réfère à un instrument de torture inventé à la fin du , la vierge de fer. Sa mascotte, Eddie, est issue de l'imagination du dessinateur Derek Riggs. Le groupe est fréquemment accusé de satanisme, à cause notamment de l'imagerie fantastique véhiculée ou de ses références aux écrits bibliques tels que l"'Apocalypse" ou encore à ceux d'Aleister Crowley. Les membres du groupe ont cependant toujours démenti ces accusations. Biographie. Débuts (1975-1981). Iron Maiden est formé le jour de Noël en 1975 par le bassiste Steve Harris, bientôt rejoint par Dave Murray, guitariste. Durant les deux années qui suivent, le groupe change plusieurs fois de membres, excepté Harris et Murray, et joue des chansons influencées par des groupes comme Black Sabbath, UFO, Thin Lizzy ou Deep Purple. En 1978, le line-up est stabilisé par l'arrivée de Doug Sampson à la batterie et du chanteur Paul Di'Anno. Ce dernier apporte une attitude plus punk bien que la musique reste incontestablement heavy. Le groupe se forge une grande popularité au Royaume-Uni en parcourant tous les clubs du pays qui acceptent d'engager des formations de hard rock en pleine tempête punk. Les musiciens font la connaissance de Rod Smallwood, leur futur manager et « sixième membre » . En décembre 1978, le groupe enregistre enfin sa première démo, "", éditée à . Grâce au bouche à oreille, ce premier enregistrement s'arrache en quelques jours. En 1979, Clive Burr remplace Sampson et Dennis Stratton entre dans le line-up en tant que deuxième guitariste. Quelques mois plus tard, EMI, se basant sur le buzz autour des musiciens, signe un contrat pour quatre albums. Après ces nombreux changements de line-up, les musiciens entrent en studio en 1979 et enregistrent leur premier vrai album, ' qui prend aussitôt la du hit-parade britannique. Malgré une production très sommaire, on retrouve l'ensemble de tout ce que le groupe peaufine depuis des années (Phantom of the Opera, Remember Tomorrow, Iron Maiden, Prowler). Invité à , le quintette refuse de jouer ' en play-back et devient le premier groupe à jouer "live" depuis The Who en 1972. Bien établi en Angleterre, le groupe ouvre aux États-Unis pour Judas Priest et en Europe pour Kiss. Stratton est ensuite remercié et remplacé par Adrian Smith, un ami d'enfance de Dave Murray. Sur la pochette du maxi ', Eddie poignarde Margaret Thatcher qui vient d'arracher une affiche annonçant un concert du groupe. On raconte que Derek Riggs a été obligé de recouvrir les yeux de sa victime d'un bandeau noir pour la rendre moins reconnaissable. Pour le single suivant, ', la Dame de Fer a sa revanche. Cette fois c'est elle, placée en embuscade avec un fusil, qui attend la mascotte du groupe pour lui faire sa fête. L'année suivante, le groupe sort ' (12 GB, 70 US), son très attendu. Seules ', ', ', ' et ' sont de nouvelles compositions, le reste faisant déjà partie du répertoire rodé sur scène depuis la fin des années 1970. Cette fois, le groupe a fait appel au producteur Martin Birch (Deep Purple, Whitesnake, Black Sabbath) pour obtenir un son bien plus clair et puissant. Iron Maiden entame sa première tournée mondiale, le "", qui mène le groupe pour la première fois de sa carrière au Japon à la suite de la tournée européenne et américaine. Succès mondial (1981-1988). En septembre 1981, Paul Di'Anno est renvoyé du groupe pour cause d'abus de drogues et de son rejet de tout projet de longue tournée. Il est remplacé par Bruce Dickinson ex-Samson, qui se démarque de son prédécesseur par une voix se rapprochant plus de la mouvance heavy metal lyrique, dont la discipline et la technicité doivent être irréprochables, des textes élaborés se distinguant des groupes évoluant dans cette période ainsi qu'un style bien plus mélodique et varié. Une tournée italienne de cinq concerts a lieu à la mi-octobre 81 pour présenter le nouveau chanteur ainsi que 2 concerts en angleterre. ' (1 GB, 4 FR, 33 US) sort le et connaît un succès international. L'album atteint la première position au Royaume-Uni et est certifié disque d'or aux États-Unis. Aux États-Unis, la réaction des milieux puritains, qualifiant la pochette de ' de « sataniste », lui vaut un bon coup de publicité. Les titres ', ' et "" s'imposent comme des classiques absolus, incontournables en concert. Le groupe amorce alors sa deuxième tournée mondiale, 179 concerts devant un million de spectateurs, le quintette s'aventurant cette fois également en Australie. Aux États-Unis, le groupe décide d'y monter sa première tournée en tête d'affiche. Pari risqué mais qui fonctionne et inaugure une ère de prospérité. Le quatrième disque est conçu aux Bahamas dans un pub converti en studio. Épuisé par les tournées, Clive Burr est remplacé par Nicko McBrain (ex-Trust), un batteur autodidacte (Iron Maiden trouve ainsi sa formation la plus populaire). Les relations se détendent entre Harris et Dickinson qui, sur la précédente tournée, avaient tendance à se disputer la première place sur scène. En 1983 paraît ' (3 GB, 14 US). Production léchée, parties de guitares ultra mélodiques, batteur virtuose, chanteur en état de grâce et compositeur-bassiste génial, tout est là. Le second single, ', suffit à résumer l'impact de l'album au moment de sa sortie. Il est certifié disque de platine aux États-Unis. En 1984, le groupe ne s'accorde que quelques mois de repos avant de retrouver le chemin des studios et d'enregistrer son cinquième album ' (2 GB, 21 US). ' est un album abouti, les deux singles ' et surtout ' prendront le statut de classique. Figurent également sur l'album "Losfer Words" (qui signifie "Sais Pas Quoi Dire"), l'un des trois seuls instrumentaux du groupe (avec "Genghis Khan" sur l'album ' et "Transylvania" sur l'album '), et l'épique "" qui s'étale sur treize minutes (et sera joué pendant toute la tournée). Suivra le une tournée gigantesque d'un an passant par l'Europe de l'Ouest, l'Amérique du Nord, le Japon, l'Australie mais aussi l'Amérique du Sud (passage au festival ) et certains pays du bloc de l'Est (ce qui est alors peu courant). Elle prévoit 187 concerts dans les plus grandes salles et stades du monde, le déplacement d'une infrastructure énorme dont des décors inspirés de l'Égypte antique. Les membres du groupe, et plus particulièrement Bruce Dickinson, sortent éreintés de la tournée. Qu'importe, avalanche d'or et de platine, tournée triomphale, Iron Maiden entre au panthéon du rock. Paru en 1985, ' (2 GB, 19 US) est probablement l’un des plus grands album live de l’histoire du metal. Il est enregistré lors du au Long Beach Arena de Los Angeles ( en quatre représentations) (à l’exception de ', ', ', ' et ' enregistrés à l'Hammersmith Odeon de Londres). L’album est un nouveau succès international. Parvenu à un sommet de popularité, le groupe décide d'innover en rajoutant quelques touches électroniques à son nouvel opus, ' (3 GB, 11 US). L'album abandonne l'antiquité des pharaons pour le monde futuriste du film ' (le thème servira d'ailleurs d'introduction au '). Adrian Smith y signe trois morceaux dont ' et ' qui serviront de singles. Même s'il surprend certains fans, l'album connaît un succès équivalent au précédent et annonce déjà les évolutions du prochain. Une nouvelle tournée occupe le groupe jusqu'à la mi-1987. L'année suivante, Iron Maiden atteint le point culminant de sa carrière avec ' (1 GB, 16 FR, 12 US), concept album magistral où le groupe croise metal et rock progressif. Il apparaît comme l'achèvement d'une évolution entamée dès le premier album et qui a fait passer un modeste groupe de banlieusard londonien au statut de plus grand groupe de metal européen. Trois singles, ', ' et " se classent dans le Top Ten britannique. Cet album est souvent considéré comme le meilleur exemple de ce que peut donner la collaboration entre Harris, principal compositeur depuis les débuts, Smith et Dickinson. En chauffe salle de la tournée américaine, on retrouve Megadeth puis Guns N' Roses. En août, Iron Maiden est tête d'affiche de la plus grosse édition du festival de Donington, devant . Instabilité (1989-1994). À la fin de la tournée, Bruce Dickinson se lance dans son premier album solo accompagné à la guitare par Janick Gers et part en tournée en solitaire. De son côté, Adrian Smith fait de même en formant le groupe ASAP (Adrian Smith And Project), avant de quitter Iron Maiden au début de l'année 1990. Entretemps, Gers est intronisé comme remplaçant de Smith. Iron Maiden sort un single initialement prévu pour l'album solo de Dickinson, '. Le titre est 1 en Angleterre et figure sur la B.O de Freddie 5. Parallèlement, le groupe édite la collection ', une série de dix doubles CD singles, correspondant à tous les du quintette depuis ses débuts. Peu après sort l'album " (2 GB, 28 FR, 17 US) un album qui possède un style quelque peu différent car il abandonne toute idée de concept (Égypte, futur...) comme lors des précédents opus. Cette fois, cela ne parvient pas à toucher tous les fans, dont certains trouvent les compositions et l'ensemble moins inspirés. Néanmoins, l'affluence reste la même lors des concerts. Le groupe est alors conscient qu'il lui faut se ressaisir pour ne pas finir englouti comme une bonne partie des groupes des années 1980. Les temps changent, le Grunge de Nirvana s'apprête à exploser et une nouvelle génération de groupes de metal, Metallica en tête, s'affirme avec un son beaucoup plus moderne. Iron Maiden sort un nouvel album en 1992 avec ' (1 GB, fr, 12 US), annoncé par le single, '. Malgré quelques chansons considérées par certains fans comme de moindre qualité et une tendance à lorgner vers AC/DC ('), il présente deux nouveaux titres qui acquerront un statut de classique, ' et surtout '. L'album se vend à un million d'exemplaires la semaine de sa sortie et permet d'attirer de nouveaux fans. L'été suivant, le groupe est une nouvelle fois tête d'affiche des . Début 1993, le groupe annonce la sortie d'un album live en deux parties, ' (3 GB, 106 US), consacré à la période 1986-1992 et ' (12 GB, 140 US) à 1980-1984. C'est à ce moment que Bruce Dickinson annonce qu'il quitte le groupe pour se consacrer à sa carrière solo. Mais il honore la deuxième partie de la tournée jusqu'à son terme. Le groupe clôt l'année avec un troisième album live, ' (23 GB) et l'avenir parait incertain. Arrivée de Blaze Bayley, ' et ' (1994-1999). L'année suivante, le groupe présente à la presse son nouveau chanteur, Blaze Bayley, ancien chanteur du groupe Wolfsbane, à la voix plus grave et moins typique des années 1980. Après une longue attente, "" (8 GB, 11 FR, 147 US) sort en 1995. Album radicalement différent, le succès commercial n'est pas vraiment au rendez-vous (bien qu'il contienne des morceaux jugés de bonne qualité). La tournée qui suit passe pour la première fois en Israël et en Afrique du Sud. Si le groupe maintient sa popularité en Europe, ce n'est pas le cas aux États-Unis où le metal classique rencontre moins de succès qu'auparavant. En 1996, Harris gère la conception du premier best of du groupe, ' (qui sous son format collector inclut les fameuses '). Le best of contient un inédit, '. En 1998 ' (16 GB, 12 FR, 124 US) réitère le semi-échec commercial de " et confirme le déclin du groupe. Paradoxalement, en Amérique du Sud Iron Maiden continue d'être populaire. Du retour de Dickinson et Smith, à " (1999-2007). Le , le groupe annonce dans un communiqué officiel le retour de Bruce Dickinson (en remplacement de Blaze Bayley). Il est accompagné par Adrian Smith, sans que cela n'entraîne le départ de Janick Gers. Le groupe évoluera donc avec trois guitaristes, chacun étant à la fois rythmique et soliste. Une tournée de 31 dates, le , est ensuite planifiée (à noter que ce sont les fans qui ont choisi la setlist de la tournée en votant sur le site officiel du groupe), le groupe rejoue alors à Bercy le 9/9/1999 (une première depuis 1988). Les six musiciens font paraître, en 2000, l'album du grand retour (enregistré au Studio Guillaume Tell), ' (7 GB, 3 FR, 39 US). On retrouve modernisés les éléments progressifs qui avaient fait la réussite des plus grands disques de la formation. Les fans de la nouvelle génération adhèrent en masse et le groupe ressuscite aux États-Unis, la tournée permet de renouer avec les plus grandes salles et s'achève en 2001 en tête d'affiche du devant (le groupe profite de l'occasion pour enregistrer son premier DVD live, '). Début 2003, le groupe annonce vouloir privilégier les concerts '. Une nouvelle tournée (le ) se déroule entre mai et . , Iron Maiden poursuit son retour avec ' (2 GB, 3 FR, 18 US) puis repart sur la route avec une tournée plus théâtrale qu'auparavant. Le DVD ' (22 GB, 14 FR), témoignage du sortira durant l'été 2005. Fin 2004, sort le DVD ' retraçant les débuts du groupe (1975-1983), s'ensuit une tournée estivale consacrée exclusivement aux quatre premiers albums (en Scandinavie les billets partent en un temps record). Aux États-Unis Iron Maiden est en tête d'affiche du d'Ozzy Osbourne et les membres sont invités à laisser leurs empreintes de mains sur le Hollywood's Rock Walk of Fame. Ils se retrouvent ainsi inscrits dans la légende aux côtés de plus de 160 autres groupes ou artistes célèbres. En 2006, le groupe atteint de nouveaux sommets avec ' (4 GB, 5 FR, 9 US) son quatorzième album. L'album est unanimement apprécié par la critique (comparaison avec '). Pour la tournée, le groupe surprend le public, en jouant l'intégralité du disque (chose que leurs concurrents, Kiss, AC/DC ou Rolling Stones par exemple, ne peuvent pas se permettre), le show se termine avec seulement une poignée de vieux classiques. La tournée 2007 (dont la setlist est plus équilibrée) passe pour la première fois aux Émirats arabes unis (tête d'affiche du de Dubaï) ainsi qu'en Inde (premier concert d'un groupe de rock d'une telle envergure). Les ventes d'album au Proche-Orient et en Inde suivent. En , pour les de ', le groupe entame une tournée des festivals européens et ' est ajouté à la setlist. De " au (depuis 2008). En 2008, parallèlement à la réédition DVD du ', le groupe se lance dans une nouvelle tournée mondiale nommée . Cette tournée reprend essentiellement les décors du célèbre et la setlist y est largement inspirée (retour de ' et " notamment). Autre particularité, un Boeing 757-200, baptisé , est affrété par le groupe (cela deviendra ensuite une habitude) et la première partie de la tournée fait l'objet d'un documentaire, . Pour la première fois il passe au Costa Rica, en Colombie, en Équateur et au Pérou, l lui permet également de retourner en Australie et en Nouvelle-Zélande. La dernière partie de la tournée s'achève en avril 2009, au total le aura attiré deux millions de spectateurs pour 90 représentations. En , Iron Maiden remporte le (équivalent britannique des Victoires de la musique) pour la meilleure prestation scénique 2008. , le groupe sort ' (1 GB, 1 FR, 4 US), pour la première fois l'album atteint la première position des ventes d'albums en France depuis "Fear of the dark" numéro 1 au Multitop Nuggets lors de sa sortie, bien que la formation britannique n'ait plus rien à prouver aux yeux de la presse comme des fans. Dans la veine dA Matter of Life and Death", c'est l'album le plus progressif de sa carrière. Sur la pochette, Eddie change une nouvelle fois d'apparence. En 2012 sort un énième album live, "", enregistré à Santiago du Chili pendant le Final Frontier World Tour. Été 2012, sur le même principe que le ', Iron Maiden repart sur les routes avec un spectacle inspiré de la tournée '. En référence à la VHS du concert de Birmingham de , la tournée s'appelle "". En 2015 paraît l'album "The Book of Souls" qui, par maints aspects, évoque autant le metal que le rock progressif. Si "The Final Frontier" se voulait comme l'album le plus progressif, "The Book Of Souls" se veut plus épique dans ses compositions mais ne délaisse pas leur compositions progressives pour autant ; à noter que ce dernier opus compte le morceau le plus long de la discographie d'Iron Maiden : Empire Of The Clouds (dix-huit minutes au compteur) composé par Bruce Dickinson. Bien que l'album soit numéro un dans seize pays, sa tournée ne débute qu'en 2016 en raison de problèmes de santé pour Bruce Dickinson, qui s'est vu diagnostiqué d'un cancer à la langue. Pour sa tournée 2016, dans trente-cinq pays, dont la Chine pour la première fois, le groupe utilise un Boeing 747-400 racheté par Air Atlanta Icelandic l'année précédente à Air France à la place du Boeing 757 employé précédemment. Il est piloté par le chanteur du groupe, Bruce Dickinson. En 2020, le groupe est contraint de mettre en pause sa nouvelle tournée "", à la suite de la sortie du jeu vidéo mobile du même nom, et de décaler ou d'annuler certains concerts en raison de la pandémie de Covid-19. En 2021, la tournée est de nouveau décalée pour l'année 2022, elle s'étendra du mois de juin à juillet. En parallèle, un mystérieux jeu de piste est lancé via divers médias. Entre autres, des affiches annoncent le « Belshazzar's Feast » dans les rues de Londres et au Download Pilot Festival, avec une date donnant rendez-vous le 15 juillet. Interrogé sur le Brexit, Bruce Dickinson apparaitra sur Sky News avec un t-shirt à l'effigie de ces posters. Aussi, l'inscription WOTW signifiant « writing on the wall » revient à plusieurs reprises sur les réseaux sociaux de Maiden : cachée sur les pochettes d'album du groupe en stories Instagram, sur l'affiche de la tournée 2022, en message codé sur Twitter, etc.. Les fans s'empressent de trouver chaque élément qui fera avancer l'enquête et sont convaincus qu'il s'agit bien là de l'annonce du dix-septième album de la bande à Steve Harris. Le vendredi 9 juillet est organisée la « Tim Twitter listening Party » et c'est l'album "Seventh Son of a Seventh Son" qui est mis à l'honneur. À l'issue de cette session une vidéo est dévoilée, on y retrouve Bruce Dickinson au Shepherd's Bush Empire s'adressant au public : . Une invitation est donnée aux fans qui se réuniront sur un livestream YouTube le jeudi même, après une longue attente ils découvriront le nouveau single du groupe nommé "The Writing on the Wall", celui-ci est accompagné d'un clip animé. Le lundi suivant le nouvel album au nom de "Senjutsu" est révélé au public, sa sortie est prévue pour le 3 septembre de la même année. Mascottes. Eddie et les pochettes. La mascotte du groupe se nomme Eddie, une sorte de mort-vivant reproduit dans différentes postures sur toutes les pochettes du groupe (à l'exception de celles de quelques maxis et CD 2 titres : ', ', ', ', ', ' (réédition 1999) et ") et présent sur scène en concert. Elle est surnommée « » (« Eddie la tête ») car, au début, seule sa tête était affichée sur scène. Les pochettes sont quasiment toutes signées du dessinateur Derek Riggs, du moins jusqu'en 1992. Au fil des albums, Eddie évolue et a ainsi une histoire. Sur les trois premières pochettes, c'est un zombie aux cheveux longs comme tous les hard rockers de l'époque. Sur l'album ', Eddie se fait lobotomiser ; on voit la cicatrice purulente de la trépanation, et la calotte crânienne est maintenue par une plaquette vissée. La pochette le représente enchaîné dans une camisole de force, dans une chambre capitonnée. Sur l'album ', Eddie se cybernétise et gagne un œil électronique qu'il gardera sur l'album suivant : '. Les pochettes du groupe sont souvent très travaillées, on peut citer celles de ', de ' et de ', sorties à l'époque des vinyles qui favorisait, de par son grand format, la représentation à l'échelle de fresque. On y trouve une multitude de détails, de citations d'œuvres fantastiques et de science-fiction, et des références aux anciens albums. Dans ", on distingue parmi les hiéroglyphes une tête de Mickey Mouse, Kilroy et des graffiti : , , et . La faucheuse est également présente au bas du mur de gauche, au dos de la pochette. Sur ', une citation de H. P. Lovecraft est apposée sur une tombe : (« N'est pas mort ce qui à jamais dort, et au long des siècles peut mourir même la mort »). Le chat noir de la pochette est le même que celui présent sur l'album "Killers" et l'ombre de la faucheuse de nouveau visible en arrière-plan. La pochette de ', elle, est extrêmement travaillée, avec près de . Charlotte. Charlotte est une prostituée de 40 ans qui revient dans quatre chansons: "Charlotte the Harlot" (album "Iron Maiden"), "22, Acacia Avenue" (album "The Number of the Beast"), "Hooks in You" (album "No Prayer for the Dying") et "From Here to Eternity" (album "Fear of the Dark"). . Influences. Influences musicales. Les influences musicales du groupe sont multiples et incluent notamment Jethro Tull, The Who, Beckett, Thin Lizzy, UFO, Deep Purple, Queen, Uriah Heep, Wishbone Ash, Rush et Black Sabbath. Inspirations. Les sources d'inspiration des paroles sont très variées. « Inspiration » ne signifie pas que la chanson relate la source, les paroles se contentent parfois simplement de capter une ambiance ou un élément de l'œuvre originale. Mythologie. Le mythe de Dédale et Icare est librement adapté dans "Flight of Icarus" (album "Piece of Mind") mais le texte de la chanson prend de grandes libertés avec le mythe originel. Chronologie. T : tournée uniquement † : mort d'un musicien Discographie. Albums studios. (*) Réédités en 1998
Imagerie médicale non invasive
Ier millénaire Le de notre ère a commencé le janvier de l'année suivant la date conventionnelle de la naissance de Jésus et s'est achevé le 31 décembre 1000 du calendrier julien. Il s'étend entre les jours juliens à inclus.
IIe millénaire Le ap. J.-C. a commencé le (du calendrier julien) et s'est achevé le (du calendrier grégorien). Il s'étend entre les jours juliens à inclus.
Île-de-France LÎle-de-France (), est une région historique et administrative française. Il s'agit d'une région très fortement peuplée, qui représente à elle seule 18,8 % de la population de la France métropolitaine sur seulement 2,2 % de sa superficie, ce qui en fait la région la plus peuplée ( d'habitants en 2022) et la plus densément peuplée () de France. Ses habitants sont appelés les "Franciliens". Parfois désignée par son ancien nom de « région parisienne », elle est fortement centralisée sur l'agglomération parisienne, qui s'étend sur 23,7 % de la surface régionale, mais où habite 88,6 % de sa population. L'aire d'attraction de Paris recouvre, quant à elle, la totalité de la superficie francilienne et des portions de régions limitrophes. Avec un PIB estimé à d'euros et un PIB par habitant de en 2018, c'est la région qui produit le plus de richesses en France. L'Île-de-France est également un pôle européen de premier ordre puisque c'est la deuxième région européenne pour le produit intérieur brut (PIB) comparé selon la méthode dite « à parité de pouvoir d'achat » (PPA), juste derrière la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, et la sixième région d'Europe selon le PIB par habitant (PPA), derrière la région métropolitaine de Prague en Tchéquie, mais devant les Southern and Eastern (Dublin) en Irlande. La région est limitrophe de cinq autres régions françaises : les Hauts-de-France, au nord, le Grand Est, à l'est, la Bourgogne-Franche-Comté, au sud-est, le Centre-Val de Loire, au sud-ouest, et la Normandie, à l'ouest. Géographie. Localisation. La géographie de l'Île-de-France est marquée, sur le plan physique, par sa situation au centre d'un bassin sédimentaire, le Bassin parisien, au relief relativement plat, irrigué par un fleuve navigable, la Seine, dont les principaux affluents convergent précisément dans cette région ; par un climat tempéré et des sols agricoles très fertiles, et sur le plan économique, par la présence en son centre de Paris, capitale et principale agglomération urbaine de la France. Avec une superficie de , l'Île-de-France est l'une des plus petites régions françaises (la plus petite de la France métropolitaine après la Corse), mais de loin la plus importante par sa population (environ d'habitants en 2015, soit un peu moins de 18 % de la population française, départements d'outre-mer inclus) et par son produit intérieur brut qui représentait, en 2014, 30,94% du PIB de la France. Concentrant les pouvoirs économiques, administratifs et politiques d'un pays très centralisé, elle est au centre d'un réseau de communication qui se ramifie en étoile autour de Paris. Environnement. Le territoire de la région est très urbanisé malgré la fragmentation éco-paysagère d'une grande partie du territoire (par les routes) et des grandes vallées de la Seine, de la Marne, et de l'Oise (par l'urbanisation). Elle possède de grands massifs forestiers ( dont de forêt publique) et de nombreux grands parcs urbains qui ceinturent presque la région au sud et au nord (massif des trois forêts). Les trois quarts du territoire régional sont toujours recouverts de forêts ou de terres agricoles. La région a cependant moins perdu de biodiversité que certaines zones d'agriculture intensive de surface équivalente plus au nord. Cette ceinture forme un réservoir de biodiversité, principalement constitué du Vexin, des forêts de Rambouillet et d'Yvelines, connectés par des vallées de l'Essonne et certaines boucles de la Seine, repérés comme éléments du réseau écologique national. Selon son profil environnemental régional, l'Île-de-France est du point de vue de la biodiversité dans une situation moyenne à l'échelle du continent européen, plus riche que les régions du Nord, mais moins que celles du sud. Un réseau relictuel et fragile, à conforter de corridors biologiques a permis un minimum de dispersions animales et végétales entre les grands noyaux de nature (massifs forestiers, zones humides) par la Carte des corridors biologiques d'intérêt régional. La région est à 80 % constituée d'espaces naturels et ruraux, 20 % du territoire étant construit. On y trouve d'oiseaux sur les en France, d'insectes sur les plus facilement observables et de mammifères sur 121, ou encore et sous-espèces de plantes sur . Les données communiquées par les autorités sur la qualité de l'air en région Île-de-France seraient délibérément faussées, les niveaux de pollution étant nettement plus élevés que les données officielles, selon une enquête du journal "Le Parisien". Interrogé par le quotidien, le journaliste Jean-Christophe Brisard explique que ces données sont faussées « parce qu’au lieu d’avoir des pics de pollution quelques jours par an, on serait presque toujours en pic ». La région parisienne est touchée par le problème des décharges sauvages. La très grande majorité de ces déchets proviennent d'artisans et d'entreprises du BTP. Les études de l'Union internationale pour la conservation de la nature menées sur l’Île-de-France révèlent que 31 % des de fougères et plantes à fleurs sont menacées de disparition, 27 % des papillons de jour, 30 % des chauves-souris, ou encore 39 % des oiseaux nicheurs. Sans être menacées de disparition, certaines populations « encore abondantes il y a peu » ont considérablement diminué, comme certaines espèces de chauve-souris (pipistrelles communes et noctules communes) ou d'oiseaux, dont les hirondelles et le moineau domestique, qui a perdu 73 % de ses effectifs parisiens entre 2004 et 2017. L'usage des pesticides, l'urbanisation et le réchauffement climatique semblent en être les principales causes. En 2019, selon la liste rouge régionale des oiseaux nicheurs, sur les 14 espèces de rapaces diurne d'Île-de-France, huit sont menacées d'extinction. Géologie. En dehors des zones construites le long des rivières, les carrières et zones rocheuses exploitables sont encore nombreuses dans la région. On trouve du gypse au Nord (Cormeilles-en-Parisis, butte de Montmorency, monts de la Goële), beaucoup de sablons notamment dans le Gâtinais et les boucles de la Marne, de l'argile autour de la ville de Provins (Seine-et-Marne) et dans le Mantois ainsi que du calcaire aux limites champardennaises et le long du Loing. Relief. Le point culminant de la région d'Île-de-France, au sens administratif, est situé à Neuilly-en-Vexin (Val-d'Oise) sur les buttes de Rosne et culmine à . Le point le plus bas est à à Port-Villez (Yvelines). L'altitude moyenne est de . Le point le plus haut de la région historique, qui comprend des terres hors de la région administrative actuelle (notamment dans l'actuel département de l'Oise), est le mont Pagnotte, en forêt d'Halatte au nord de Senlis qui culmine à . La colline d'Élancourt (anciennement colline de la Revanche) est plus haute avec ses , mais il s'agit d'une colline en partie artificielle, élevée avec les remblais de construction de la ville nouvelle de Saint-Quentin-en-Yvelines : son sommet n'est pas d'origine naturelle. Le point culminant de Paris et de sa proche banlieue (départements 75, 92, 93 et 94) se trouve dans la forêt de Meudon qui culmine à . Hydrographie. La région Île-de-France est entièrement comprise dans le bassin versant de la Seine. Tous les cours d'eau de la région sont des affluents ou des sous-affluents de la Seine. Nombre des rivières sont drainées par les grands affluents de la rive droite (Marne, Oise, Epte) ou de la rive gauche (Eure). Cette dernière bien qu'elle ne coule pas en Île-de-France, reçoit de nombreuses rivières issues du sud et de l'ouest des Yvelines (Drouette, Vesgre…). Les cours d'eau principaux (Seine, Marne et Oise) sont navigables et se caractérisent par leurs nombreux méandres, boucles typiques de l'Île-de-France qui ont modelé le paysage. La formation de ces méandres s'explique par la très faible pente de ces cours d'eau. L'altitude du terrain totalement aléatoire (oscillant toujours entre 10 et ) a laissé, souvent aux abords des boucles, des lacs et des étangs aujourd'hui aménagés en bases de loisirs (Moisson-Mousseaux, Cergy-Neuville, Villeneuve-Saint-Georges, etc.). Climat. La région Île-de-France bénéficie d'un climat tempéré, modéré par des influences océaniques. La température moyenne s'élève à et les précipitations moyennes à . Urbanisme. Occupation des sols. Malgré sa forte urbanisation qui la situe au premier rang national sur ce plan, l'Île-de-France est majoritairement agricole et rurale pour ce qui est de l'occupation des sols : sur ses , environ 50 % sont consacrés à l'agriculture (une des plus productives de France) et environ 23 % à la forêt (), contre une moyenne nationale de 30 %. Parmi les plus importantes forêts de la région, on peut citer celles de Fontainebleau, Rambouillet, Montmorency, Saint-Germain-en-Laye et Sénart. Cependant, la progression de l'urbanisation continue, année après année, de grignoter la surface agricole qui a perdu mille kilomètres carrés au cours des cinquante dernières années face à l'étalement urbain et aux développements des infrastructures. Logement. Avec locatifs sociaux, l’Île-de-France totalise 26 % du parc social de la France métropolitaine. Les catégories socioprofessionnelles les plus favorisées représentent en 2018 73 % des transactions de logements contre 60 % en 1998. Inversement, la part des employés et ouvriers achetant un logement est tombé de 27 % à 19 %. Transports. Tous les modes de transport urbains ou presque, sont représentés en Île-de-France. Malgré sa position en marge de la banane bleue européenne, l'Île-de-France et en particulier l'agglomération parisienne dispose d'atouts qui contribuent à en faire un pôle essentiel des transports européens : poids économique de la région, position sur des axes de circulation importants entre nord et sud de l'Union, qualité du réseau existant (en particulier du réseau TGV qui désormais la connecte à cinq pays européens), poids de Paris en tant que centre touristique, première ville mondiale pour les congrès… Jusque dans les années 1960, le métro était presque cantonné à Paris "intra-muros", ayant en plusieurs décennies étendu encore relativement peu les terminus de ses stations à la proche banlieue (ce qu'il fit ensuite progressivement), le bus et le train de banlieue restant les transports principaux pour la banlieue et grande couronne. En 1969, le premier tronçon du métro régional, futur RER, fut inauguré : ce nouveau parcours reliant la Nation à Boissy-Saint-Léger, complètement électrifié, fut réalisé en grande partie sur l’ex « ligne de Vincennes » auparavant desservie par des trains à vapeur et diminua considérablement les temps de parcours. L’année suivante, une liaison ferroviaire directe Étoile – la Défense à grand gabarit fut mise en service, dix ans après les débuts de la construction du nouveau quartier d’affaires. Elle fut prolongée vers la nouvelle gare d'Auber dans le quartier de l’Opéra en 1972, puis à l’ouest vers Saint-Germain-en-Laye en intégrant une partie de la ligne historique en 1973. En 1977, la traversée de Paris par le nouveau RER A fut achevée par la liaison entre les stations Auber et Châtelet - Les Halles, tandis qu’une nouvelle branche en direction de Marne-la-Vallée fut construite. En même temps, la ligne de Sceaux desservant la vallée de Chevreuse et le sud-est des Hauts-de-Seine fut prolongée vers le nouveau cœur du réseau aux Halles et devint le RER B. Au cours des années suivantes, ces deux lignes furent prolongées en empruntant des voies de chemin de fer déjà existantes ou prolongées mais exploitées avec d’autres trains de la SNCF ayant pour terminus les gares de surface, vers le nord-est et l’aéroport de Roissy pour le RER B, vers la ville nouvelle de Cergy-Pontoise pour le RER A. Ce réseau fut ensuite complété par la création de nouvelles liaisons ferroviaires traversant Paris, dont seuls les tunnels passant sous le centre-ville étaient nouveau : RER C connectant les réseaux de banlieue des gare des Invalides et d’Austerlitz à partir de 1979 puis la vallée de Montmorency en 1988 ; RER D reliant le réseau de la Gare de Lyon aux Halles et à la plaine de France au nord en 1987 ; puis RER E destiné à délester le RER A d’une partie de son trafic, mais non achevé avant les années 2020 au moins. En 1990, les tramways qui avaient été complètement abandonnés et dont la dernière rame avait circulé dans Paris en 1937, reprirent naissance sous forme plus moderne, avec des véhicules plus confortables et entièrement électrifiés, cette fois pour desservir les banlieues dans le cadre d’un projet de rocade à quelques kilomètres des limites de Paris, réalisé en partie seulement. Le T1, au Nord-Est de la capitale, en fut le premier tronçon, nouvellement construit sur les chaussées jusque-là réservées aux voitures. Le T2 à l’Ouest, reprenant en grande partie la « ligne des Moulineaux » peu rentable à partir de 1997, fut un succès et une reconversion similaire fut effectuée au nord-est (Ligne 4 du tramway d'Île-de-France) pour la « ligne des Coquetiers ». Sur les boulevards des Maréchaux, qui formaient une limite entre la partie urbanisée de la ville de Paris et l'ancienne zone "non aedificandi" correspondant à celle des fortifications de Thiers – sur laquelle des ensembles de logements à bon marché (HBM), différents équipements et le boulevard périphérique ont été bâtis –, circulaient les autobus de la ligne de petite ceinture (le PC). Le tramway T3 remplace progressivement le bus PC, avec les actuelles lignes T3a et T3b. De plus en plus de lignes de tramways inter-banlieue, dont le manque se faisait sentir pour les salariés devant se rendre de leur domicile à leur travail, soit en passant par Paris, soit par de multiples changements de bus, sont construites. L’agglomération parisienne s'étendant et devenant de plus en plus peuplée au fil des années (extension de l'urbanisation), des projets de construction de tramways de grande banlieue sont en cours, dont l'un correspondant à une « grande ceinture », analogue mais en transport en commun à la Francilienne utilisée par les voitures automobiles. Une ligne de télécabines, à l'instar de celle enjambant la Tamise à Londres, ou de celle de Cologne, devrait être construite également vers 2016 au-dessus de Créteil, pour désengorger en « hauteur », la circulation toujours très intense du Carrefour Pompadour (le métro et train y existant déjà eux-aussi). Le transport fluvial de voyageurs est relativement peu répandu en raison de sa commodité moins grande et de son accès restreint, dû à la nécessité de relier un point à l'autre devant être situés sur la Seine, voire l'Oise ou la Marne (ou encore les canaux Saint-Martin ou de Saint-Denis, mais avec des écluses) ou depuis quelques ports fluviaux. L'usage du « batobus » est néanmoins de plus en plus prisé. Infrastructures. Réseau routier. Le réseau routier comporte environ d'autoroutes en Île-de-France. On distingue une dizaine de radiales : les principales étant l'Autoroute du Soleil (Dijon, Lyon, Marseille), du Nord (Lille), de Normandie (Rouen, Caen, Le Havre), de l'Est (Reims, Metz, Nancy, Strasbourg), et l'Aquitaine et l'Océane (Nantes, Bordeaux, Rennes) ainsi que des autoroutes concentriques : le périphérique entoure le Paris historique, l'A 86, la proche banlieue et la Francilienne en cours de bouclage est située à une dizaine de kilomètres plus à l'extérieur. En Île-de-France, les principaux axes de circulation incluant des autoroutes urbaines côtoient des zones densément peuplées très avoisinantes ces axes routiers, ce qui conduit 58 % des Franciliens à ressentir les effets de la pollution atmosphérique sur leur santé ou celle de leur entourage proche. Réseau ferroviaire. Paris dispose de six grandes gares de chemin de fer terminus assurant à la fois un trafic grandes lignes et banlieue. Chaque gare dessert à la fois une portion de la banlieue et est un point de départ de grandes lignes vers les autres régions de France et l'étranger. Le réseau ferré de l'agglomération parisienne comporte environ cinq cents gares et mille cinq cents kilomètres de lignes pratiquement entièrement électrifiées en alternatif ou en continu. Réseau fluvial. L'Île-de-France dispose d'un réseau de de voies navigables. Aéroports. Paris possède trois aéroports, qui ont accueilli de passagers et de tonnes de fret en 2015 : Deux autres sont beaucoup plus éloignés du centre-ville de Paris : Héliport. Paris possède aussi un héliport, situé dans le mais au sud du boulevard périphérique, en limite de la commune d'Issy-les-Moulineaux, ce qui explique son nom (héliport de Paris - Issy-les-Moulineaux). Le site est exploité par Aéroports de Paris. Pistes cyclables. En 2019 on compte de pistes cyclables. Mobilité. Un jour ouvré, on compte environ vingt-trois millions de déplacements mécanisés en Île-de-France (soit deux tiers des déplacements). Plus de la moitié de ceux-ci sont effectués par des véhicules privés (le parc est supérieur à quatre millions de voitures) ou par des véhicules utilitaires. Le solde est assuré par les transports en commun. Le trafic routier a connu une forte croissance durant les années 1980, mais cette progression n'a pas été linéaire et tend à ralentir depuis 1992, en particulier dans la zone agglomérée. Les déplacements routiers demeurent prépondérants, mais les flux tendent à se modifier au fil du temps. Si les axes radiaux et le boulevard périphérique voient leur fréquentation stagner voire diminuer, les axes de rocade voient leur trafic augmenter, provoquant des phénomènes de saturation chroniques, à l'exemple du tronc commun des autoroutes A4 et A86 dans le Val-de-Marne. Cette évolution est en relation avec le développement des emplois, commerces et services en banlieue, alors que l'emploi régresse dans Paris intra-muros, les transports en commun demeurant peu compétitifs pour des déplacements en rocade. Vélo. En 2019, la part du vélo dans les déplacements quotidien est de 2 %. Si cette part était en augmentation à Paris au début des années 2000, elle restait stable voire en baisse dans les autres départements de la région. Transports en commun. Les transports en commun de l'agglomération parisienne offrent plusieurs modes de transports distincts. La ville de Paris et sa proche banlieue sont accessibles par le métro, un système ferroviaire où les stations sont très proches. Au-delà des limites de la ville, l'Île-de-France est couverte par les trains des réseaux RER et Transilien, créant un réseau ferroviaire étendu. L'offre est complétée localement par un réseau extensif de lignes d'autobus et quelques lignes de tramways. L'organisation des transports en commun de la région relève de Île-de-France Mobilités, anciennement le "Syndicat des Transports d'Île-de-France (STIF)", établissement public composé de la région Île-de-France, de la ville de Paris et des sept autres collectivités départementales de la région. ÎdF Mobilités organise, coordonne et finance les transports publics de voyageurs assurés par la Régie autonome des transports parisiens (RATP), la SNCF et l'Organisation professionnelle des transports d'Île-de-France (OPTILE) qui regroupe 80 entreprises privées exploitant des lignes régulières d'autobus dans la région. Les principaux transports en commun d'Île-de-France sont : « Vélib' » et « Autolib' ». En 2007, la mairie de Paris, décide, face au nombre important de cyclistes et de pistes cyclables, de mettre à disposition, pour des périodes allant d'une demi-heure à un an moyennant caution et abonnement dans ce cas, des vélos répartis et stationnés à différents endroits stratégiques de la capitale. L'utilisateur prend l'un des vélos de son choix disponible à l'une des stations du service Vélib', et peut le ramener à une autre station avec emplacements disponibles Vélib'. Au départ uniquement situés dans Paris, les points des Vélib' sont étendus progressivement, tout comme, par la suite, les Autolib', dans la banlieue parisienne. Les pistes cyclables sont de mieux en mieux aménagées, permettant éventuellement aux rollers ou skateboards, sous toute réserve, d'y circuler aussi. En 2011, un service d'autopartage de petites voitures électriques est lancé sous le nom d'Autolib'. Il est nécessaire de s'inscrire au préalable dans une des stations plus spécifique en présentant sur machine, le permis de conduire. Trafic ferroviaire grandes lignes. Environ mille trains de grandes lignes quittent chaque jour ouvré les six grandes gares tête de ligne parisiennes. Ces trains desservent l'essentiel des villes de France, ainsi que de nombreuses villes d'Europe occidentale. Le trafic est en augmentation avec l'ouverture de lignes à grande vitesse en direction de la Grande-Bretagne, de la Belgique et de l'Allemagne en particulier. La gare de Lyon se place en tête, suivie des gares du Nord et Montparnasse. Le développement du TGV a permis la création de liaisons directes entre métropoles de Province, mais passant par le réseau francilien. La réalisation de la LGV Interconnexion Est en 1994 a ainsi permis le net développement des relations entre le Nord et le Sud-Est ou le grand Ouest, mais ces liaisons profitent également à la région par la présence de gares, permettant d'assurer un meilleur remplissage des trains et un allègement de la charge des grandes gares parisiennes, pour l'essentiel au bord de la saturation. Le trafic grandes lignes (environ de passagers en 2004 toutes gares confondues) s'est considérablement développé avec les TGV qui partent de la Gare de Lyon, de la gare Montparnasse, de la gare du Nord et depuis 2007 de la gare de Paris-Est. La gare Saint-Lazare est la première gare pour le nombre de trains en partance (banlieue et grandes lignes) alors que la gare du Nord est la première pour le trafic. Transport fluvial. Le transport fluvial de voyageurs demeure globalement marginal dans la région, mais tend à progresser. Si le tourisme fluvial à Paris est particulièrement développé, des croisières fluviales se créent progressivement sur les autres cours d'eau d'Île-de-France, par exemple sur l'Oise, ou sur les canaux. Un service régulier sur la Seine et la Marne, Voguéo, accessible aux personnes titulaires d'un abonnement de transport, a été expérimenté entre 2008 et 2011, et n'a pas redémarré depuis. Transport de marchandises. En 2006, de tonnes de marchandises ont transité en Île-de-France, soit environ 12 % du tonnage total transporté en France, volume en hausse de 2 % par rapport à l'an 2000. Quatre catégories de marchandises représentent à elles seules 90 % du total : les matériaux de construction représentent de tonnes soit 40 % du total, suivis par les produits manufacturés et messageries avec de tonnes soit 31 %, les produits alimentaires avec vingt-deux millions de tonnes soit 9 % et les produits agricoles avec vingt-et-un millions de tonnes soit 8 % du total. Près de la moitié des marchandises transportées ne quittent pas la région, les courtes distances étant quasi exclusivement assurées par la voie routière. Le rail est privilégié en revanche pour les plus longues distances, la voie navigable étant très concentrée sur les échanges avec la Normandie, qui représentent près de la moitié du tonnage transporté, en particulier les ports de Rouen et du Havre, assurant essentiellement le transport de matériaux de construction, et, dans une bien moindre mesure, de combustible. La part du transport aérien se monte à de tonnes, assuré à 88 % par les deux principaux aéroports parisiens. Les marchandises sont majoritairement échangées avec les États-Unis et le Sud-Est asiatique. Transport routier. Le transport routier de marchandises domine largement dans la région, avec plus de deux cents millions de tonnes transportées par la route en 2008. Les transports ferroviaires ou fluviaux n'en ont assuré que de dix à quinze millions de tonnes chacun la même année. La part modale de la route atteignait alors 89,9 %, contre 5,4 % pour la voie navigable et 4,8 % pour le rail. Transport ferroviaire. Durant les années 1990, on compte chaque jour plus de cinq-cents convois de fret sur les lignes ferroviaires régionales, transportant près de de marchandises. Si la dimension de l'agglomération peut expliquer les volumes constatés, c'est avant tout la situation de carrefour de la région qui explique l'importance des flux, majoritairement de transit. Ainsi, le trafic généré par la région elle-même peut être évalué à en moyenne quotidienne, pour de flux inter-régionaux. Les principaux flux observables relient le Nord au Sud-Est, ou les produits lourds de l'industrie métallurgique dominent, et l'Est à Ouest liant la Lorraine et l'Alsace à la basse-Seine et à la Bretagne. D'autres flux de moindre importance existent, parfois orthogonaux, dont la présence en Île-de-France s'explique pour partie par la médiocrité des liaisons ferroviaires transversales, souvent mal équipées. Si les axes radiaux Paris - Lille, Paris - Bruxelles, Paris - Bordeaux et Paris - Le Havre sont les plus fréquentés, c'est la ligne de Grande Ceinture, particulièrement à l'Est de Paris, qui détient le record national pour le trafic fret. Le transport ferroviaire de marchandises demeure relativement stable. La part des marchandises importées dans la région représente environ le double en volume des marchandises exportées, ce qui s'explique par les besoins d'une importante population et la quasi-absence d'exportation de matières premières ou de produits énergétiques ; la part du trafic interne reste très faible. Le transport combiné, après une hausse jusqu'en 2001, est désormais en recul. Il dépassait trois millions de tonnes en 2008. Transport fluvial. Paris est le premier port fluvial de France avec un trafic de de tonnes en 2005. Les installations du port sont échelonnées le long de la Seine et des canaux de la Ville de Paris : le canal Saint-Denis et le canal de l'Ourcq. Les terminaux les plus importants sont le Port de Gennevilliers et le Port de Bonneuil-sur-Marne. L'activité est gérée par le Port autonome de Paris. Le trafic est constitué majoritairement par les matériaux de construction (16,8 MT), les granulats (10,9 MT), les déblais (4,8 MT) et les céréales (2,1 MT). Le trafic de marchandises par voie fluviale au port de Gennevilliers demeure relativement stable, la part des marchandises importées dans la région étant en moyenne le triple de celle des marchandises exportées. Le transport de conteneurs est, lui, en augmentation rapide et constante : il a été multiplié par quatre entre 2000 et 2007. Transport aérien. Le transport aérien de marchandises est quant à lui en augmentation constante : il a doublé entre 1998 et 2008. Toponymie. La région reprend le nom de la région historique : elle est née du domaine royal constitué depuis le par les rois Capétiens. Étant située en pleine terre, le nom d'« île » de France peut paraître étrange, mais il semble que ce nom désigne la langue de terre délimitée par l’Oise, la Marne, la Seine et l'Ourcq. Une explication plus historique voit en « Île-de-France » une altération de "", c'est-à-dire « Petite France » en langue franque. Cette région est en effet une des terres d'enracinement du peuple des Francs, depuis leur pénétration en Gaule, lors des grandes invasions. Cette explication pose cependant problème car le nom est apparu des siècles après l'extinction de la langue franque. En effet, selon l'historien Marc Bloch, le nom apparaît pour la première fois en 1387, dans les Chroniques de Jean Froissart, en lieu et place de « Pays de France ». Lors du débat parlementaire sur la création administrative de la région, s'impose grâce au soutien du sénateur-maire de Versailles André Mignot face à qui était promu par les députés de Paris, mais qui marquait peu de considération pour la banlieue et les régions rurales de la nouvelle région. Ses habitants sont nommés les , gentilé proposé en 1985 par Michel Giraud, dans son ouvrage "L'Île-de-France, région capitale" et adopté par l’Académie française en 1986. Histoire. Sous la monarchie, on trouvait, administrativement, un gouvernement militaire, relevant directement de l'autorité du roi de France. La généralité de Paris, autre entité administrative d’Ancien Régime ayant à sa tête un intendant, avait des limites qui ne coïncidaient pas avec celles du gouvernement. Comme les autres entités administ françaises, sa reconnaissance officielle fut supprimée en 1789 lors de l'instauration des départements. L'Île-de-France retrouva de nouveau un statut officiel avec la loi de décentralisation de 1982 impulsée par Gaston Defferre. Aujourd'hui, elle regroupe huit départements : l’Essonne, les Hauts-de-Seine, Paris, la Seine-Saint-Denis, la Seine-et-Marne, le Val-de-Marne, le Val-d'Oise et les Yvelines. Jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, ce gouvernement administratif, dénommé gouvernement d'Île-de-France, s'étendait en réalité bien plus loin que ne l'est l'Île-de-France en tant que province, comme le précise Robert de Hesseln dans son "Dictionnaire universel de la France". La province d'Île-de-France proprement dite comporte le Pays de France avec le Parisis, le Mantois, la Brie française, le Vexin français, le Hurepoix, le Gâtinais français et la Goële. En plus des pays de la province d'Île-de-France, le gouvernement englobait vers le nord et le nord-est des pays de la province de Picardie comme le Soissonnais ou le Laonnois, actuellement situés dans l'Aisne, ainsi que le Beauvaisis, le Noyonnais et le Valois, actuellement situés dans l'Oise (Hauts-de-France), mais était moins étendue vers l'est, excluant la Brie champenoise, autour de Meaux, rattachée à la Champagne. Vers le sud ses limites étaient sensiblement les mêmes qu'aujourd'hui englobant le Gâtinais, tandis que vers l'ouest, la limite avec la Normandie est restée inchangée le long de la ligne de l'Epte. Elle correspondait à une zone de gouvernement militaire qui ne coïncidait pas complètement avec la zone d'intérêts économiques des corporations marchandes de Paris. Par parenthèse, cette remarque historique vient renforcer l'hypothèse d'une étymologie franque ("liddle franke") du nom "Île-de-France", et en affaiblir l'hypothèse géo-fluviale. Au , un nombre important d'habitants vinrent coloniser la Nouvelle-France (Canada), en particulier les fameuses « filles du Roy ». À la suite de la Révolution, elle fut découpée en cinq départements : Seine, Seine-et-Oise, Seine-et-Marne, Oise et Aisne. La région fut reconstituée après 1945 à partir des trois premiers et la décentralisation administrative à partir de 1964, puis politique en 1982 a consolidé les anciennes provinces. Découpage des départements. Les limites des départements de la Seine, de Seine-et-Oise et de la Seine-et-Marne avaient été fixées pendant la Révolution française, le 16 février 1790, à la suite du décret divisant la France en départements. Pour éviter la domination de la capitale sur une trop vaste région tout en assurant néanmoins à la ville une zone de ravitaillement, le département de la Seine fut inscrit en principe à l'intérieur d'un rayon de trois lieues () autour de la cathédrale Notre-Dame et fut entouré de tous côtés par la Seine-et-Oise, dont le chef-lieu fut fixé à Versailles. Les limites actuelles de la région datent de l'arrêté ministériel du , définissant les régions de programme à la suite du décret du sur les plans d'action régionale. Appelée initialement "région parisienne", elle recouvre les départements de la Seine, de la Seine-et-Marne et de Seine-et-Oise, soit ceux qui étaient sous l'autorité du "préfet régional", haut fonctionnaire institué par le régime de Vichy à partir de mars 1941 et ayant sous sa tutelle les préfets de ces départements. Elle devient par la suite l'une des neuf zones régionales d'action administratives dites « igamies » ayant à sa tête un inspecteur général d'administration en mission extraordinaire (IGAME) instauré en 1948. En 1960, lors de la transformation des régions de programme en circonscriptions d'action régionale, la composition de la région parisienne fut inchangée. Cependant, l'État cherche à exercer un contrôle étroit sur l'aménagement et l'urbanisme de la région, au détriment des conseils généraux des départements et des conseils municipaux. Aussi, le gouvernement de Michel Debré publie l'ordonnance du créant le District de la région de Paris, confirmé par la loi du , à la tête duquel est nommé un délégué général, Paul Delouvrier. Il met aussi à l'étude un nouveau découpage de la région en départements, une commission présidée par le conseiller d'État Roland Maspétiol y travaillant de 1961 à 1963. Mais les propositions de celle-ci sont peu suivies. Sous l'impulsion de Paul Delouvrier, qui bénéficie du soutien du président de la République Charles de Gaulle, le gouvernement de Georges Pompidou fait voter la loi du et publie le décret d'application du portant de trois à huit le nombre des départements. Le nouveau découpage entre en vigueur le . Le très important département de la Seine ( au recensement de 1962), portant le dans l'ordre logique alphabétique des départements, est alors démembré, la commune de Paris étant isolée, alors que trois départements de banlieue limitrophes de Paris sont créés, incluant les communes de l'ex-Seine et de l'ex-Seine-et-Oise et constituant la petite couronne, particulièrement urbanisée et densément peuplée : La majeure partie de l'ex-Seine-et-Oise, qui portait le , moins dense et plus rurale, est elle-même découpée en trois départements constituant, avec la Seine-et-Marne, la grande couronne : La Seine-et-Marne (77), à l'est, reste, quant à elle, inchangée, devenant ainsi le plus vaste département d’Île-de-France (près de la moitié de la superficie régionale). L'objectif de cette réforme était de rapprocher l'État de ses administrés dans le cadre de départements de taille plus réduite et de faire coïncider les nouvelles préfectures avec des pôles restructurant la banlieue dense dans le cadre de vastes opérations d'urbanisme en petite couronne (Nanterre, Bobigny, Créteil) et avec des villes nouvelles en grande couronne (Évry, Pontoise, Melun et Saint-Quentin-en-Yvelines près de Versailles). Nommé préfet de la région en 1966, tout en demeurant délégué général au District de Paris, Paul Delouvrier eut ainsi toute latitude pour mettre en œuvre l'aménagement de la région parisienne. D'un point de vue politique, il s'agissait aussi de démanteler le département de la Seine, dont le préfet avait plus de pouvoir que le délégué général du district de Paris. Cette concurrence à la tête de la région capitale était jugée néfaste par Charles de Gaulle et par les premiers ministres de l'époque, Michel Debré puis Georges Pompidou, pour entreprendre l'aménagement de la région parisienne (« remettre de l'ordre »). Ainsi, la réorganisation de la région parisienne en 1964 aboutit à démembrer le Grand Paris pour trois raisons principales : En 1965, l'équipe de Paul Delouvrier réalise le Schéma directeur d'aménagement et d'urbanisme de la région de Paris (SDAURP), un document de planification spatiale ambitieux, qui remodèle profondément le visage et le fonctionnement de la région capitale : constitution d'un Réseau Express Régional (RER) et création des villes nouvelles (Évry, Marne-la-Vallée, Cergy-Pontoise, Saint-Quentin-en-Yvelines et Sénart). Le district de la région parisienne est devenu la région Île-de-France en 1976 (loi du 6 mai 1976 portant création et organisation de la région d’Île-de-France). Le schéma directeur de la région (Sdrif) appuie depuis 2008, sa politique sur un nouvel outil : les fronts urbains. Cette ligne de contact entre la ville et l'espace ouvert des champs et des bois représente près de en Île-de-France. Pour le Sdrif, il s'agit d'en faire des lignes de démarcation au-delà desquelles il ne sera plus possible d'empiéter. Politique et administration. Politique. La région compte 155 cantons pour 96 députés et 53 sénateurs. Administration. Le conseil régional administre la région Île-de-France. Il siège à Saint-Ouen-sur-Seine, au 2 rue Simone Veil, et est présidé depuis 2015 par Valérie Pécresse (Soyons libres). Ses 209 sièges sont répartis comme suit entre les groupes : Le préfet de région de la région Île-de-France est le préfet de Paris. Finances publiques. Pour 2011 les dépenses (hors gestion de la dette) atteignaient d'euros et l'endettement d'euros. Population et société. Démographie. Évolution et structures démographiques. Avec et un excédent naturel de plus de en 2013, l'Île-de-France est une des régions d'Europe démographiquement les plus dynamiques. À titre de comparaison, le nombre des naissances est à peu près égal à celui des Pays-Bas dont la population dépasse les seize millions, et correspond à la moitié du chiffre enregistré dans une Pologne de plus de trente-huit millions d'habitants. L'Île-de-France a une densité de en 2015. En 2016, la région compte . Près de 90 % des habitants d'Île-de-France vivent à domicile, et plus de 70 % des ménages âgés sont propriétaires de leur habitation. On voit ainsi un développement assez important des structures d'accueil pour personnes âgées, tel que les résidences services, résidences autonomies, et autres maisons de retraite. Tout au long du la région d'Île-de-France connut une croissance spectaculaire de sa population, liée surtout à l'attraction qu'exerçait la ville de Paris sur les provinces. En 1911, Paris dont la population constituait déjà l'essentiel de celle de l'Île-de-France ( sur ), était la troisième ville la plus peuplée du monde (après Londres et New York , et avant Vienne et Berlin ). Entre la Première Guerre mondiale et 1945, la croissance de la population d'Île-de-France ralentit quelque peu, à la suite des guerres, mais se maintint malgré la dénatalité qui sévissait dans le pays. De 1946 à 1975, la population de la région fit un bond de près de 50 %, cette période correspondant à celle du baby-boom et au maximum des migrations des provinces vers l'Île-de-France. Les vingt-cinq années suivantes se caractérisent par une croissance nettement moindre, liée avant tout à une émigration importante vers d'autres régions de France (régions atlantiques et méridionales), cela malgré un dynamisme des naissances et une fécondité devenue supérieure à la moyenne du pays, et malgré l'apport d'un courant migratoire positif en provenance de l'étranger. Depuis la fin des années 1990 cependant, il semble que l'on assiste à une nouvelle période de croissance soutenue due au fort excédent des naissances sur les décès et à la réduction du déficit migratoire à l'égard des autres régions. Alors qu'entre 1990 et 1999 la population de la région n'avait augmenté que de - soit par an -, le rythme d'accroissement s'est considérablement accéléré depuis lors. De 1999 à 2009, le taux d'accroissement annuel moyen a été de 0,69 %, soit plus de supplémentaires chaque année, principalement dû à l'excédent naturel. Au janvier 2010, la population de l'Île-de-France est passée à . Au recensement de 2006, 40 % des immigrés vivant en France résident en Île-de-France. Plus d'un Francilien sur trois (35 % soit plus de de personnes) est immigré ou a au moins un parent immigré, soit environ 17 % d'immigrés et près de 18 % d'enfants d'immigrés (nés en France). La part des immigrés est passée de 14 % en 1990 à 16,9 % en 2006, et celle des enfants de moins de 18 ans nés en France de parents immigrés de 24,6 % à 32,5 %. 43 % des franciliens âgés de en 2008 ont un lien direct avec la migration vers la métropole, sur deux générations, au sens d’être immigrés, descendants d’immigrés, natifs d’un département d’Outre-Mer (DOM) ou descendants de natifs de DOM. Par ailleurs, 51,6 % des enfants nés en Île-de-France en 2014, soit sur , ont au moins un parent né à l'étranger (quelle que soit sa nationalité) ou dans un DOM-TOM, soit la plus forte proportion devant la région Provence-Alpes-Côte d'Azur (35,3 %) et l'Alsace (33,7 %). Sur les franciliennes des Yvelines, de Seine-et-Marne, de Seine-Saint-Denis, de l'Essonne, des Hauts-de-Seine, du Val-d'Oise et du Val-de-Marne, la moitié compte moins de . Il y aurait de musulmans en Île-de-France dont près de à Paris. Avec plus de de personnes âgées de et plus, l’Île-de-France est la région qui compte le plus d’aînés. Toutefois, l’Île-de-France reste une région jeune, puisque la population francilienne compte 18,5 % de personnes âgées de ou plus contre 23,4 % au niveau national. Enseignement supérieur. L'Île-de-France regroupe encore la plupart des grandes écoles les plus prestigieuses malgré un mouvement de décentralisation qui a conduit notamment au transfert de l'École nationale d'administration à Strasbourg et de l'École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud à Lyon. Santé. Les cas de tuberculose ont augmenté de 10 % en Île-de-France entre 2015 et 2017. Les populations précaires, vivant en hébergement collectif ou sans domicile fixe, sont les plus exposées à la maladie. En 2020, c'est la région de France qui a été le plus touchée par la pandémie de Covid-19 avec notamment près d'un décès sur quatre survenus dans le pays ( sur un total de au 15 juin). Sport et loisirs. La région dispose de nombreux hippodromes, notamment les hippodromes parisiens (Auteuil, Longchamp, Vincennes, etc.). Mais il existe également deux hippodromes situés en Île-de-France et qui dépendent de la Fédération des courses d'Île-de-France et de Normandie : l'hippodrome de Rambouillet et l'hippodrome de Fontainebleau. Elle possède en outre des équipements sportifs reconnus internationalement pour l'organisation de grandes compétitions : cinq grands stades de football et de rugby (pouvant servir aussi pour des compétitions d'athlétisme ou d'autres manifestations, notamment culturelles) : Par ailleurs, la région accueillera les jeux olympiques de 2024. Elle possède douze bases de plein air et de loisirs nommés « îles de loisirs » : Corniche des Forts en Seine-Saint-Denis ; Boucles de la Seine, Saint-Quentin-en-Yvelines et Val-de-Seine dans les Yvelines ; Cergy-Pontoise dans le Val-d'Oise ; Port-aux-Cerises et Étampes dans l'Essonne ; Créteil dans le Val-de-Marne ; Bois-le-Roi, Buthiers, Jablines-Annet et Vaires-Torcy en Seine-et-Marne. Des manifestations comme Paris Plages, ou Clamart Plage (Hauts-de-Seine) sont organisés chaque année. Économie. L'Île-de-France est un des principaux moteurs de l'économie mondiale. En 2008, le PIB de l'Île-de-France calculé par Insee était de d'euros. Ainsi, la région parisienne est la plus importante région européenne par son PIB. Bien que sa population n'en fasse que la mondiale, le PIB de l'Île-de-France est le cinquième des grandes villes du monde après l'aire métropolitaine de Tokyo, le Grand New York, Los Angeles et Osaka. Avec plus de d'emplois, dont 85,5 % dans le secteur tertiaire, l'Île-de-France se caractérise par sa place prépondérante dans l'économie nationale et par l'importance du secteur tertiaire. De nombreux groupes nationaux ou internationaux ont leur siège en Île-de-France et la région représente 29 % de la valeur ajoutée brute du pays (en 2002). Bien que réalisant 83 % de sa valeur ajoutée dans les services, l'économie francilienne reste extrêmement diversifiée par rapport aux autres villes de sa taille. Bien que la région a subi une forte désindustrialisation, elle reste la première région industrielle française. L'agriculture, qui occupe 45 % du territoire régional (48 % hors Paris), dont les deux tiers sont consacrés aux céréales, est l'une des plus productives de France. L'Île-de-France est aussi une destination touristique de premier plan. Le taux de pauvreté en Île-de-France s’élève à 15,9 % en 2015, contre 12,3 % en 2006. La région est par ailleurs de plus en plus inégalitaire. Les prix du logement ont poussé les plus modestes en dehors de Paris. Comparaison internationale. L'Île-de-France représente en 2015 31,1% du PIB de France métropolitaine, alors que sa population représente 18,2 % de la population française métropolitaine. En 2002, Eurostat évaluait le PIB francilien à 4,5 % du PIB total de l'Union européenne (à ), alors que la région comporte moins de 2,45 % du total de la population de l'UE à 25. En Europe de l'Ouest, la seule métropole qui puisse se comparer à Paris est Londres. , Eurostat évaluait le PIB total du Grand Londres en 2002 à d'euros. La région métropolitaine londonienne est toutefois un peu plus large que le grand Londres ce qui fausse un peu la comparaison (et les chiffres que l'on peut composer à l'occasion donnent les deux métropoles au coude à coude). Cependant, le PIB de ces deux régions métropolitaines dépassent largement ceux de toutes les autres métropoles européennes, que ce soit la Randstad Holland, les conurbations Rhin-Ruhr ou Rhin-Main, la région bruxelloise, le triangle d'or italien ou celle de Berlin-Brandebourg. Grands secteurs d'activité. L'économie francilienne est diversifiée. L'industrie du tourisme, par exemple, (Paris est la première destination mondiale) emploie en 2011 (dont directs), soit 30 % des emplois touristiques nationaux, mais à peine 6,9 % des Franciliens en 2011 : dans de nombreux domaines, Paris est le premier ou l'un des tout premiers centres mondiaux sans être totalement dépendant d'aucun. D'ailleurs, si l'économie francilienne est essentiellement une économie de services, sa base industrielle demeure très importante. L'Île-de-France est toujours l'un des principaux centres de production européens, qui a su préserver sa compétitivité en augmentant toujours plus la part de la recherche dans son activité industrielle. Il n'en demeure pas moins que l'Île-de-France est aujourd'hui surtout une région de services de très haut de gamme, en particulier à destination des entreprises. L’Île-de-France est une place-forte du cinéma avec 50 % des tournages de France ( par an, dont un tiers sont des productions étrangères) et 90 à 95 % du travail de postproduction générant , , ), l’Île-de-France est la première région d’Europe à peu près à égalité avec le grand Londres en termes de volume d’activité. Première région en Europe pour les tournages, la région offre , dont des studios récents comme la Cité du cinéma à Saint-Denis. et se situe en pointe dans le secteur des effets visuels et de la 3D avec des entreprises comme Mac Guff (les Minions). Industrie. L'industrie emploie en Île-de-France, ce qui en fait la première région industrielle française devant Rhône-Alpes. Mais c'est en même temps, avec seulement 8,2 % des emplois dans l'industrie, l'une des régions les moins industrialisées de France (après Provence-Alpes-Côte d'Azur, Languedoc-Roussillon et Corse) et une région qui s'est fortement désindustrialisée depuis une vingtaine d'années. Aéronautique, espace et industries de défense. Le secteur de l'aérospatiale et des industries de défense emploie en Île-de-France (dont directs). Plusieurs sociétés d'importance européenne y sont présentes, notamment Airbus Group, Thales, Dassault Aviation, Snecma, ESA, Alcatel-Lucent, Arianespace, etc. avec des sites de production, des centres de recherche, des sièges sociaux… Automobile. Le secteur de l'automobile en Île-de-France emploie (dont directs et le solde en sous-traitance). Les deux constructeurs nationaux sont présents et exploitent deux usines de production parmi les plus importantes (Renault à Flins-sur-Seine, PSA à Poissy et plusieurs centres de recherche, dont le technocentre Renault de Guyancourt et le centre Stellantis de Vélizy). La plupart des équipementiers y sont également implantés, notamment (Delphi, Valeo, Faurecia, Johnson Controls Automotive Electronics, Bosch Braking System, Lear Corporation, etc.) Le secteur de la recherche en automobile emploie , dont , en Île-de-France, soit 75 % du potentiel du secteur en France. Énergie. Depuis la découverte de la radioactivité à Paris, le nucléaire est un des secteurs où la recherche et l'industrie francilienne sont en pointe. Le groupe Areva y a son siège social. Total, un autre leader mondial de l'exploitation d'énergie, a également son siège mondial en Île-de-France ainsi que de nombreux laboratoires de recherche. EDF est également très fortement implanté en Île-de-France. De même, Engie (ex GDF Suez) a son siège en Île-de-France (à La Défense). Services. Les services constituent la majeure partie de l'emploi francilien. Au , l'Insee recense travaillant dans les services (74,4 % de l'emploi régional) auxquelles il faut ajouter travaillant dans les commerces (12 % de l'emploi régional). Services collectifs. Au quotidien, ce sont plus de de personnes qui travaillent dans l'administration, la santé humaine, l'action sociale ou l'éducation. De grands groupes de services collectifs (électricité, téléphonie, eau, etc.) à capitaux publics ou privés ont leur siège dans la région (EDF, Veolia, France Télécom). Services aux entreprises. Les activités de conseil sont en très fort développement et la région parisienne compte environ dans ce domaine. Les principales entreprises mondiales sont présentes à Paris, y ayant implanté leur siège européen ou un bureau. Les activités financières (), connaissent actuellement une réorganisation très rapide. L'Île-de-France accueille le siège de grandes Banques mondiales (BNP Paribas, Société générale, Crédit agricole) et le siège d'Euronext. La Bourse de Paris, par sa proximité avec plus de et institutions est considérée comme étant la mondiale derrière Tokyo, New York et Londres. De plus, Paris accueille les bureaux de grandes banques comme Lazard ou Goldman Sachs. Agriculture. L’évolution des modes de transports et l’invention de la réfrigération ont progressivement recomposé sur l'organisation spatiale des régions urbaines et fait perdre sa couronne maraîchère à Paris. Transportées d’abord par le train puis par la route, les denrées périssables ont pu être produites plus loin et la ceinture horticole a petit à petit cédé la place à l’étalement urbain. L’Île-de-France n’est ainsi autonome qu’à hauteur de 10 % pour les légumes frais, de 1,5 % pour les fruits, de 12 % pour les œufs ou encore de 1 % pour le lait, l’autonomie alimentaire n’étant atteinte que pour le blé (159 %) et le sucre (117 %). En 2020, l'agriculture couvre environ 50 % du territoire régional (soit hectares), mais elle n'emploie que sur exploitations. La Seine-et-Marne est de loin le département le plus agricole : il consacre à l'agriculture 58 % de son territoire d'où provient 57 % de la production de blé régionale. La proximité d'un marché de onze millions de consommateurs, la fertilité des sols, la technicité agricole, la mécanisation des exploitations, le développement de la qualité, font que l'Île-de-France demeure une grande région agricole, notamment dans le domaine céréalier. Sur les de superficies céréalières de 2013, le blé tendre couvre à lui seul (dont en culture biologique) pour une production de de tonnes. L’orge et le maïs ont une production respective de et . des franciliennes sont tout ou en partie céréalières et les rendements sont assez élevés pour le blé tendre () et l’orge (). Avec , la région produit 15 % de la production nationale de farine, ce qui en fait la première région française. La production agricole régionale couvre globalement plus de 20 % des besoins du marché francilien, ce qui est très important. Outre les grandes cultures, une caractéristique régionale est la permanence des productions spécialisées péri-urbaines (plantes en pot, plantes à massifs, roses coupées, plantes de pépinières, légumes et frais), bien que celles-ci aient tendance à régresser sous la pression de l'urbanisation, mais l'Île-de-France reste une des premières régions horticoles de France. Les cultures maraîchères ou horticoles occupent 40 % de la population active agricole. La production animale ne représente que 8 % de la valeur de la production agricole francilienne. L'industrie agro-alimentaire place l'Île-de-France au premier rang des régions françaises pour son chiffre d'affaires et sa valeur ajoutée (23 %). Elle compte productrices (Coca-Cola, Lu, Panzani, etc.). Géographie de l'emploi francilien. La géographie de l'emploi francilien inclut les pôles économiques qui, eux-mêmes, incluent pôle central (Paris), pôles scientifiques et techniques régionaux d'échelle mondiale (La Défense - Plateau de Saclay - Roissy - La Plaine Saint-Denis) et autres pôles scientifiques et techniques régionaux majeurs (Marché de Rungis - Évry - Marne-la-Vallée). Pour l'organisation régionale, voir les pôles de compétitivité, les articles sur l'agglomération parisienne et le Bassin parisien ainsi que le cadre régional du SDRIF. Culture locale et patrimoine. Patrimoine culturel. Architecture, routes historiques et touristiques. L'Île-de-France est le berceau de l'architecture gothique dont les joyaux sont la cathédrale Notre-Dame de Paris, la basilique Saint-Denis, l'abbaye de Royaumont, le château de Vincennes, l'église Saint-Eustache, la Conciergerie et la Sainte-Chapelle. Des témoignages de l'architecture Renaissance, tel que le monumental château d'Écouen (Val-d'Oise) bâti par Anne de Montmorency au , peuvent être visités. La commune d'Écouen présente par ailleurs un grand nombre de monuments architecturaux de cette époque. L'arc de triomphe de l'Étoile et l'hôtel national des Invalides à Paris, et les châteaux de Versailles, de Vincennes, de Vaux-le-Vicomte, de Fontainebleau, de Rambouillet sont également des monuments d'architectures classique et néoclassique en Île-de-France. La basilique du Sacré-Cœur de Montmartre à Paris est de style romano-byzantin. La Grande Mosquée de Paris est de style hispano-mauresque. La Grande Synagogue de la Victoire à Paris est de style roman fleuri. L'architecture moderne et contemporaine est bien représentée en Île-de-France, par le Centre Georges-Pompidou, la tour Montparnasse, la Grande Arche et les tours de la Défense, la Bibliothèque nationale de France, le Stade de France, et dans les villes nouvelles de Marne-la-Vallée (Noisy-le-Grand), de Cergy-Pontoise, d’Évry (cathédrale de la Résurrection), de Melun-Sénart et de Saint-Quentin-en-Yvelines. La région possède à ce jour huit villes d'Art et d'Histoire : Paris, Boulogne-Billancourt, Étampes, Rambouillet, Saint-Quentin-en-Yvelines, Pontoise, Meaux et Noisiel. Elle a quatre routes historiques et touristiques : la route historique des maisons d'écrivain, la route Normandie-Vexin, la route François et le parcours des Impressionnistes. Elle possède 4 plus beaux jardins de France : Château de Breteuil, Château de Saint-Jean-de-Beauregard, Château de Vaux-le-Vicomte, Domaine de Courson. Quatre sites franciliens sont classés UNESCO : les Rives de la Seine à Paris, Palais et parc de Fontainebleau, Palais et parc de Versailles et Provins ville de foire médiévale. Culture rurale. L'Île-de-France, dans sa partie la plus périphérique, a été jusqu’à l'époque de la création des villes nouvelles un ensemble très rural constitué de terres très fertiles. Aujourd'hui, près de 80 % de la surface régionale est toujours constituée de cultures et de forêts. Chacune des petites régions qui entourent la capitale conserve, malgré l'expansion de l'agglomération parisienne, une vocation rurale marquée et très souvent, un important patrimoine tant monumental (châteaux, églises classées…) que vernaculaire (lavoirs, croix de chemin, fermes fortifiées, quelques moulins…). Depuis les années 1980, le classement de certains sites (Vexin français) puis la création de quatre parcs naturels régionaux contribuent à préserver ce patrimoine. Parmi les régions historiques qui entourent Paris on compte : Culture urbaine. L'Île-de-France concentre, notamment grâce à Paris, un ensemble d'activités culturelles urbaines de grande densité : la capitale mais aussi d'autres villes franciliennes abritent un nombre très important de musées, théâtres, salles de concert et de spectacles. Cette présence de la culture en ville contribue à la capacité d'attraction touristique de la région. L'activité culturelle liée au patrimoine urbain contribue au rayonnement de la région. Par ailleurs, bien que le tag (graffiti) soit interdit en de nombreux endroits et coûte en dépense de nettoyage à la collectivité, certains avancent qu'il est devenu un art des cultures urbaines. Dans les différents quartiers de Paris et de la banlieue, se développe dans les centres culturels, les maisons de jeunes et les écoles de cirque, la pratique des arts urbains émergents croisés avec les arts du cirque. Naissent avec ce nouveau courant artistique des festivals comme celui de Bagneux (92) appelé HipCirqHop, mêlant les arts du cirque, le hip hop, le graff, le free-style… Équipements culturels. Musées principaux. Les musées incluent notamment le Palais du Louvre, le Musée National d'Art Moderne-Centre Pompidou, le Museum National d'Histoire Naturelle, le musée d'Orsay, le Musée du Quai Branly - Jacques-Chirac, le Musée Rodin, le Musée national des arts asiatiques Guimet, la Cité des Sciences et de l'Industrie, le Musée national de la Renaissance d'Écouen (Val-d'Oise), le Musée de l'Air et de l'Espace du Bourget (Seine-Saint-Denis) et le Musée de la Grande Guerre du pays de Meaux (Seine-et-Marne). Salles de spectacles principales. L' AccorHotels Bercy Arena, l'Olympia, le Palais des congrès de Paris, le Casino de Paris, le Grand Rex, le Chapiteau Alexis-Gruss, le Palais des Sports de Paris, la Philharmonie de Paris, la Cité de la Musique de Paris, l'Opéra National Garnier et l'Opéra Bastille de Paris, le Cirque d'Hiver-Bouglione à Paris. En banlieue, La Seine musicale de Boulogne-Billancourt, le Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines, le Théâtre de Gennevilliers, le Théâtre de Nanterre-Amandiers, la MC93 de Bobigny, l'Académie Fratellini de la Plaine-Saint-Denis, ainsi que le Stade de France de Saint-Denis et le Paris la Défense Arena (anciennement U Arena) de Nanterre, couramment utilisés en tant que lieux de représentation et lieux de concert. Emblèmes : Des trois lys d'or à l'étoile rouge-orangé. Héraldique. Le blason d'Île-de-France, en écu ou en bannière d'armes (drapeau armorié), est l'emblème traditionnel qui reste le plus connu et qui est utilisé officiellement par la région militaire, par la légion de gendarmerie d'Île-de-France, ou par exemple en 2010 par la Monnaie de Paris qui a frappé une pièce de à trois fleurs de lys pour représenter la région d'Île-de-France. Il s'agit du blason d'une région appelée France, comme l'atteste des toponymes comme Roissy-en-France, parce que c'était le domaine particulier des rois de France. Il est la forme moderne du blason dit « "de France ancien" » ("d’azur semé de fleurs de lys") comme le montre un timbre-poste de vingt francs émis le et conçu par Robert Louis, ou encore les écussons régionaux de plusieurs mouvements scouts, de produits régionaux. Les fleurs de lys sur fonds d'azur figurent dans nombre de blasons des villes d'Île-de-France : Saint-Denis, Montreuil, Puteaux, Cachan, Villepinte, Juziers, etc. Les villes comme Paris qui possèdent dans le haut de leur blason trois fleurs de lys sur fonds d'azur étaient des bonnes villes. Des armes traditionnelles au logo commercial. Après la recréation en 1976 de l'entité administrative Région Île-de-France qui avait été supprimée en 1946, le Conseil régional d'Île-de-France a voulu remplacer le blason millénaire de l'Île-de-France, , par un logotype publicitaire commandé à des agences de communication, résultant en cinq changements successifs de 1976 à 2014. Le premier logo adopté était formé représentant les quatre départements de la grande couronne (Essonne, Seine-et-Marne, Val-d'Oise et Yvelines), les trois pétales intérieurs blancs ceux de la petite couronne (Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis et Val-de-Marne) et le bouton rouge le département de Paris. Cette rose est traversée par une ligne bleue et au-dessus des mots en lettres bleues et en lettres blanches sur fond bleu. Ce logo a ensuite été légèrement modifié pour donner un deuxième logo, en faisant apparaître un cadre bleu à la place de la simple ligne, et transformant le texte en (sur deux lignes, toujours en bleus sur fond blanc) et (en blanc sur fond bleu), avec sous le cadre la mention en lettres bleues. Un troisième logo a été commandé en novembre 2000 par le Conseil régional à l'agence de publicité "Ailleurs exactement" (filiale du groupe Havas Advertising) qui a proposé . Ils ont donné huit pointes à l'étoile pour symboliser les huit départements de la région, tandis que le tourbillon bleu symbolise la volonté de dynamisme du Conseil régional. Un quatrième logo a été commandé en 2005 par le conseil régional d'Île-de-France qui l'a fait déposé a déposé comme marque à l'Institut national de la propriété industrielle (INPI) sous le , dont l'enregistrement a été publié au le et modifié au du . Ce logotype est composé . Un cinquième logo a été adopté en 2014, la couleur est rouge-orangé alors que les précédents étaient de couleur bleue, ce qui a suscité une controverse. Une sixième variante a été adoptée en 2019 : le texte repasse sur deux lignes, le lettrage de "région" est en caractères bleu, tandis que celui de "Île-de-France" reste en caractères gras de couleur orange. Projets et réalisations. Smart Region Initiative. La région Île-de-France accueille plus de et de du numérique et constitue un territoire dynamique dans ce domaine. En 2017, sous l'ambition de la présidente de la région Valérie Pécresse, est lancée la Smart Region Initiative. Son programme s'étend de 2018 à 2021, dans le but de faire de l'Île-de-France la première Smart Region d'Europe. Le concept de la Smart Region en tant que tel correspond à l'utilisation des différents outils offerts par les nouvelles technologies et les données récoltées sur le territoire d'une région, afin d'en améliorer la gestion pour répondre aux usages et aux besoins de ses habitants. La stratégie se traduit par une offre croissante de nouveaux services numériques et d'équipements qui répondent aux besoins de ses citoyens et des entreprises, tout en consolidant son attractivité. Pour concrétiser cette volonté, la plateforme de données Île-de-France Smart Services est mise en ligne en octobre 2019, et recense régulièrement les innovations mises à disposition. Le lancement, et la réussite, de cette initiative se base sur quatre piliers : Pour se démarquer comme le premier techno hub européen, le programme Smart Region Initiative prévoit aussi de soutenir la création de pôle de recherches technologiques autour des enjeux de l'intelligente artificielle, des véhicules autonomes ou encore de l'impression 3D. Des inégalités persistes dans la prise en main des outils numériques par les différents niveaux de collectivités territoriales (région, départements, intercommunalités et communes). Dans cette démarche, la région d'Île-de-France doit s'assurer de la cohérence globale des initiatives sur son territoire pour que tous les franciliens soient intégrés, et développe en même temps des initiatives à son échelle, en particulier sur les questions de mobilités. C'est l'objectif d'Île-de-France Mobilité qui souhaite rendre accessible une offre d'accès global à la mobilité, intégrant tous les modes de déplacement.
Ille-et-Vilaine Le département dIlle-et-Vilaine () est un département français situé en région Bretagne. Il porte le dans la numérotation départementale française. Il est situé dans l’est de la région Bretagne et fait partie de la Haute-Bretagne. La population totale, de en , est en augmentation depuis plusieurs décennies. Rennes est le chef-lieu de département et préfecture de la région Bretagne. Le département compte . Géographie. L'Ille-et-Vilaine est un département de la région Bretagne. Il est limitrophe des départements de la Manche, de la Mayenne, de Maine-et-Loire, de la Loire-Atlantique, du Morbihan et des Côtes-d'Armor, et il est baigné par la Manche, son littoral appartenant à la côte d'Émeraude pour sa partie occidentale (de la pointe du Grouin située à Cancale jusqu'à Saint-Briac-sur-Mer) et à la baie du Mont-Saint-Michel pour sa partie orientale (de la pointe du Grouin à Roz-sur-Couesnon). Le département s’étend sur . Il se situe entre les méridiens 1° et et les parallèles et . Il s’agit du département breton le moins maritime puisque son littoral, s’ouvrant sur la Manche, n’est que de (de Saint-Briac-sur-Mer à l'ouest, à Roz-sur-Couesnon à l'est). L'Ille-et-Vilaine est localisé sur une dépression topographique correspondant à une fosse sédimentaire. Le département est protégé des flux d’ouest par les hauteurs du Massif armoricain et des influences continentales à l’est avec les collines normandes et du Maine. Par sa géologie, la majeure partie de la moitié septentrionale appartient au domaine nord-armoricain, l’autre moitié relevant du domaine centre-armoricain traversé par le synclinorium médian armoricain (Brest-Laval), seule une petite partie autour de Redon étant comprise dans le domaine sud-armoricain. En effet, la partie centrale et littorale du département est de faible altitude, le plus souvent inférieure à dans la bande côtière et dans les vallées et moins de quasiment partout. Ce n’est qu’en limites occidentale et orientale que se situent des reliefs plus élevés : Les plateaux se trouvent : Les régions maritimes comprenant l’est de Cancale, les marais de Dol et du mont Saint-Michel, et à l’ouest un plateau de roches cristallines profondément entaillé par la Rance. Pour ce qui est de la pédologie et la botanique (1480 plantes vasculaires recensées)es, le sous-sol est souvent imperméable du fait de la présence de roches granitiques. Si bien que l’on trouve très peu de nappes phréatiques et l’on ne trouve que des eaux de surface. Les cours d’eau voient leur débit varier selon les flux océaniques amenant la pluie. S’il y a une longue période sans précipitations, l'Ille-et-Vilaine peut souffrir de la sécheresse. Mais un apport pluvial important peut provoquer des inondations car les sols peuvent être gorgés d’eau. L’agriculture est principalement basée sur l’élevage, ce qui en fait le premier département laitier de France. Cela a pour conséquences, une adaptation de l’agriculture avec des cultures orientées pour l’alimentation animale avec du blé, du maïs, des plantes fourragères et des prairies. Hormis ces espaces anthropisés, il subsiste des espaces naturels comme la lande sur les plateaux au sud et les falaises du littoral, environ de forêt (forêt de Paimpont, , , , ) ; les zones humides du département. Hydrographie. Les bassins, creusés par l’érosion dans les schistes tendres, se développent de part et d’autre des rivières principales : Climat. L'Ille-et-Vilaine bénéficie d'un climat océanique (de type Cfb selon la classification de Köppen). La station Météo-France de référence est celle de l'aéroport de Rennes-Bretagne à Saint-Jacques-de-la-Lande. L'autre station est celle à l'aéroport de Saint-Malo-Dinard-Pleurtuit. À Rennes, les hauteurs annuelles de précipitations sont inférieures à . Les hivers sont humides et en moyenne doux. Les étés sont relativement secs, modérément chauds et ensoleillés. Le département bénéficie d’environ d’ensoleillement chaque année. Néanmoins, le climat n'est pas uniforme sur le département. Il varie suivant l'exposition à la mer, aux perturbations océaniques, au vent et à l'altitude. Toponymie. Le nom du département vient du fleuve de la Vilaine et de son affluent l’Ille, qui ont leur confluence dans le centre de Rennes. Le département est nommé "" en breton. Histoire. Le département a été créé à la Révolution française, le en application du décret du 22 décembre 1789. C'est l'un des cinq départements issus du découpage de l'ancienne province de Bretagne. Auparavant, se sont succédé sur le même territoire : Le nom de ce département a été forgé comme beaucoup d’autres en reprenant les particularités géographiques principales qui s'y trouvent. Ici, il est basé sur deux rivières, l'Ille et la Vilaine, qui se rejoignent à Rennes, à l'ouest du centre-ville. Le nouveau diocèse de Rennes reprend les limites du département. Le coup d'État du 2 décembre 1851 de Napoléon III est largement soutenu en Ille-et-Vilaine, département catholique, conservateur et monarchiste ; elle fait même partie des quatre départements où aucun opposant n'est arrêté. Un problème identitaire a agité les esprits du conseil général en 1989, qui aurait alors souhaité rebaptiser le département en « Marche-de-Bretagne », ce à quoi la DDE s’est opposé et qui n'a pas fait l'unanimité des habitants. En 2005, après de longues réflexions, un nouveau projet a été proposé à la consultation populaire par questionnaire : « Haute-Bretagne ». Il a été refusé par 75 % des répondants. Devant ce résultat, le conseil général a renoncé à ce projet qu'avait avancé le comité départemental du tourisme. Emblèmes. Logotype. Créé en 1986, le premier logotype du conseil général d’Ille-et-Vilaine est formé par la silhouette très stylisée de la Bretagne en noir (couleur régionale) avec un gros disque rouge symbolisant l’emplacement géographique du département dans la région. En 2008, l’assemblée départementale a modifié son logo qui a été retravaillé par l’agence de communication . Les évolutions les plus marquantes sont : Armoiries et drapeau. Ce blason n’est qu’une proposition de Robert Louis, et n’a donc pas de caractère officiel. L'Ille-et-Vilaine ne dispose pas de drapeau officiel. Le conseil départemental utilise toutefois un drapeau blanc avec son logo au centre. Politique. Comme une grande partie du reste de l’Ouest de la France, l'Ille-et-Vilaine a longtemps eu la réputation d’être un département de droite ; en effet, de tradition catholique, le département vota à droite tout au long de la Troisième République, en opposition à la gauche anticléricale. Une tradition qui se retrouve encore, avec un personnel politique parfois très anciennement enraciné comme en témoigne l’élection, depuis désormais plus de deux cent vingt ans, d’un représentant de la famille Méhaignerie sur le pays de Vitré. Le courant de gauche a longtemps été marginal, ne rencontrant d’influence notable que dans quelques milieux ouvriers (chaussure à Fougères, imprimerie sur Rennes). Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l’électorat du département s’est tourné vers le MRP, de sensibilité démocrate-chrétienne, confirmant son ancrage à droite de l’échiquier politique. Cependant, trois phénomènes essentiels ont motivé une évolution durable des comportements politiques des habitants d’Ille-et-Vilaine : Cela est notamment manifeste pour ce qui concerne l’industrie automobile avec l’ouverture des deux grandes usines de et de la Barre-Thomas du groupe Citroën, usines qui ont embauché largement dans le monde rural et où, malgré un contexte social tendu, le mouvement syndical et les idées de gauche ont peu à peu pris corps et trouvé de nouveaux soutiens. L’autre grande industrie du département, l’agroalimentaire, a connu une progression liée à la demande grandissante du marché parisien en produits frais et en produits alimentaires transformés. Tout ceci transforme la population du département, de plus en plus ouvrière alors et de moins en moins attachée à l’activité agricole, même si nombre d’ouvriers de l’automobile demeuraient, dans un premier temps, également exploitants agricoles. De fait, à compter du début des années 1970, la gauche progresse de façon continue. Pourtant, de 1958 à 1981, le département est exclusivement représenté à l’Assemblée nationale par des élus de la droite et du centre, parfois réélus avec de très confortables majorités. Ainsi, en 1978, Pierre Méhaignerie est élu député avec plus de 72 % des suffrages au premier tour. Mais l’électorat est toutefois de plus en plus gagné à d’autres choix. Les élections municipales de 1977 sont comme un coup de tonnerre dans le paysage politique local : Rennes passe à gauche, ainsi que Saint-Malo, autre ville importante du département. Edmond Hervé devient le maire de la ville préfecture et le reste jusqu’en , date à laquelle lui succède Daniel Delaveau. D’autres communes de l’agglomération rennaise choisissent également d’élire des maires de gauche, toujours dans la mouvance ou appartenant au PS, la spécificité d’Ille-et-Vilaine au regard des autres départements bretons étant de n’avoir jamais eu de représentation significative du PCF. Le mouvement engagé en 1977 s’est depuis prolongé, l’implantation de la gauche faisant tache d'huile autour de Rennes et des autres villes du département, repoussant de plus en plus les forces de droite sur les seules zones rurales. Lors des élections législatives de 1981, le parti socialiste obtient les deux sièges de députés de Rennes et la tendance ne s’est pas inversée depuis. À la suite de la débâcle nationale de la droite aux cantonales de 2004, cette dernière a perdu le contrôle du conseil général d’Ille-et-Vilaine pour la première fois depuis la Révolution française. À la suite des élections cantonales françaises de 2008, le a ainsi obtenu la totalité des élus représentant la ville de Rennes à l’assemblée départementale. L'Ille-et-Vilaine a voté oui à la constitution européenne lors du référendum du 29 mai 2005, avec un pourcentage de 53,8 % et de majorité. Ce résultat confirmait d’ailleurs l’implantation des forces dominantes de la vie politique locale : un très pro-européen et un courant centriste demeurant influent. Cependant, ce résultat, presque inverse du résultat national du scrutin, était en sensible baisse sur le référendum de 1992 sur le traité de Maastricht, où le oui avait obtenu 62,8 % des voix et une majorité de . Lors du deuxième tour de l’élection présidentielle du 6 mai 2007, avec 87,46 % de participation et supérieure à la moyenne nationale de 3,5 %, le département a voté à 52,39 % pour Ségolène Royal et à 47,61 % pour Nicolas Sarkozy soit d’écart. Au premier tour, François Bayrou est arrivé en troisième position 23,81 % des suffrages exprimés. À l’occasion des législatives de juin 2007, quatre des sept députés du département sont de gauche (trois candidats officiels du parti socialiste et un candidat apparenté, s’étant présenté contre l’avis de la direction nationale du parti). Économie. Pour l’aménagement du territoire, le département est couvert par sept bassins d’activité appelés « pays » : Le fort développement très centralisé de l’agglomération de Rennes, renforcé par une excellente desserte routière, ferroviaire, voire aérienne, et l’attractivité de la zone en termes d’enseignement et d’emplois a conduit à une concentration rapide de population dans son bassin, mais répartie aussi dans une vaste zone périphérique, nécessitant des trajets transversaux. Aussi l’agglomération a développé un système de transport en commun visant à déconcentrer le centre-ville de Rennes et faciliter et accélérer les échanges. Le succès de ce mode de transport, complété par une excellente desserte des lignes transdépartementales a conduit l’agglomération à redéfinir les lignes de bus urbains. Aussi Rennes dispose d’un métro souterrain, le VAL et construit une deuxième ligne. Pour contrecarrer cette attractivité de Rennes, le département a développé des échanges efficaces dans les autres pays, et renforcé le rôle des communautés de communes afin de reconvertir l’industrie et les zones agricoles en zones de développement tertiaire (de service ou touristique). Aussi le développement démographique du département a su rester positif même dans les zones d’anciennes industries en déclin (Fougères) ou peu facilitées par leurs situations excentrées (Redon). Démographie. Entre 1990 et 1999, la croissance de la population a été très soutenue () avec un taux annuel moyen de variation de la population de soit la septième position française. Il y a un équilibre entre le solde naturel () et le solde migratoire (). La progression, stimulée par le dynamisme économique, continue encore à l’heure actuelle. Depuis les années 2000, l'Ille-et-Vilaine gagne entre et nouveaux habitants par an, il est ainsi l'un des départements des plus dynamiques de France. Gentilé. "Bretillien" () est un gentilé créé pour désigner les habitants d'Ille-et-Vilaine qui en étaient dépourvus jusqu'alors. Il est choisi le par le Conseil général du département qui achète et dépose le nom à l'Institut national de la propriété industrielle (INPI). Le terme est construit sur les noms « Breton » et « Illien » (d'après le nom de la rivière Ille). L'orthographe (sans accent) du mot ne correspond pas à la prononciation retenue. L'adoption du gentilé a suscité la polémique auprès de la population, une partie n'en étant pas satisfaite et critiquant l'absence de consultation populaire. Culture. Une bonne partie des équipements culturels sont concentrés sur la préfecture de Rennes à rayonnement départemental, régional voire davantage. Voici la liste des principaux équipements. Langues. Historique. Le gallo, langue d'origine romane était la langue « traditionnelle » du territoire d’Ille-et-Vilaine, elle était surtout parlée dans la limite occidentale du département, ce qui coupe plusieurs « pays » en deux : Poudouvre, Porhoët, Redon, etc. En 2001-2002, on dénombrait (écoles, collèges, lycées) étudiant la langue gallèse en Bretagne. Au , on peut retrouver la limite breton-roman par l'opposition des noms dérivant de -acum qui se différencient en -ac du côté bretonnant et en -ée ou -é du côté roman. D'autres oppositions (-euc...-oc; gu...v). On estime que la limite linguistique de la zone bretonnante se situe sur une ligne allant de Plouha à Rhuys. Dans l’ancien évêché de Saint-Malo, dont une partie a été rattachée à l'Ille-et-Vilaine pendant la Révolution française, on parla breton jusqu’au ; dans certaines poches, son usage s’est perpétué jusqu’au . Au , on signale une communauté bretonnante importante à Châteaugiron. En 1835, Abel Hugo indique que : Langue gallèse. D'après l'Enquête sociolinguistique sur les Langues de Bretagne de TMO Régions pour la Région Bretagne de 2018, 9,8 % de la population de l'Ille-et-Vilaine, âgée de 15 ans et plus, parlent le gallo, soit environ . 17,2 % de la population de l'Ille-et-Vilaine comprennent le gallo, soit environ . Sur parlant le gallo, 43,2 % sont en Ille-et-Vilaine. Sur comprenant le gallo en Ille-et-Vilaine, 55 % sont locuteurs et 45 % locuteurs passifs. 19 % de la population de l'Ille-et-Vilaine entendent parler gallo autour d'eux au moins une fois par mois. Sur originaires de l'Ille-et-Vilaine, 14 % sont locuteurs du gallo. Langue bretonne. Selon les effectifs pondérés que fournit l’enquête "Étude de l’histoire familiale" menée par l’INSEE en 1999, plus de de plus de résident en Ille-et-Vilaine. À cela, il faut ajouter les effectifs des écoles bilingues Diwan qui se montent à plus de à la rentrée 2013, ou encore les élèves suivant des cours de breton dans les établissements publics du secondaire (plus de 200 en 2002/2003). Plusieurs communes mènent une politique en faveur des langues régionales, notamment l’affichage bilingue. Quelques entreprises et communes sont signataires de la charte "". Par rapport au trois autres départements de la Bretagne administrative, le breton reste très peu parlé puisque originellement non dans la zone bretonnante. Le breton est enseigné en maternelle et primaire à Rennes, Bruz, Fougères, Redon, Saint-Malo. Des écoles Diwan existent à Rennes, Guipel et Fougères. Transports. Rennes Métropole organise également son propre réseau de transports sur le territoire de ses , le STAR, qui comporte plus de cinquante lignes de bus ainsi que le métro. D’autres communautés comme celles de Saint-Malo (), Fougères et Vitré gèrent également leur propre réseau de transport en commun. Jusqu'au et l'application de la loi NOTRe, le conseil départemental assurait les transports en commun non urbains sur son périmètre, et ce à travers le réseau Illenoo. Depuis 2017, c'est la région Bretagne qui assure cette compétence, à travers le réseau BreizhGo. Tourisme. En Ille-et-Vilaine, le tourisme est l’un des moteurs du développement économique. Le Conseil général participe à la promotion, au développement et à la diversification des activités touristiques en partenariat avec le Comité départemental du tourisme. Il soutient les investissements relatifs aux projets de loisirs ou aux projets culturels à vocation touristique et contribue au développement de l’offre d'hébergement. Il accompagne aussi le développement du tourisme rural et aide les professionnels à diversifier leurs activités touristiques en basse saison grâce au tourisme d'affaires. L'Ille-et-Vilaine est riche en monuments historiques ou religieux, cités médiévales remarquables, musées et patrimoine naturel. Voici les principaux monuments ou équipements visités (> - chiffres 2014 du comité départemental du Tourisme) : Au , la capacité d’accueil touristique est de touristiques, dont marchands classés : et secondaires pour (R.G.P. 2010). En 2014, la fréquentation touristique atteint extra-départementales et encore davantage si l’on ajoute les Bretiliens qui séjournent dans leur propre département. Le nombre de nuitées est de dans les hôtels, de dans les campings. En 2005, environ d’excursions ont été réalisées (c’est-à-dire les déplacements en journée). La dépense moyenne par jour et par personne est de et la durée moyenne du séjour est de (source : enquête de fréquentation hôtelière/Direction du Tourisme/DR INSEE/Réseau MORGOAT module Hôtellerie). Les résidences secondaires. Selon le recensement général de la population du , 6,6 % des logements disponibles dans le département étaient des résidences secondaires. Ce tableau indique les communes d’Ille-et-Vilaine dont les résidences secondaires et occasionnelles dépassent 20 % des logements totaux. Sources :
Indre (département) L'Indre () est un département français de la région Centre-Val de Loire qui tire son nom de l'Indre, une rivière qui le traverse. L'Insee et la Poste lui attribuent le numéro de code 36. Le chef-lieu du département est Châteauroux et les sous-préfectures sont Le Blanc, La Châtre et Issoudun. Géographie. Situation. L'Indre s'étend sur une superficie de et il regroupe avec le département du Cher, la plus grande partie de la région historique du Berry. Départements limitrophes. Les départements limitrophes sont: le Loir-et-Cher (au nord), le Cher (du nord-est au sud-est), la Creuse (du sud-est au sud), la Haute-Vienne (au sud-ouest), la Vienne (du sud-ouest à l'ouest) et l'Indre-et-Loire (de l'ouest au nord-ouest). Relief et géologie. L’Indre appartient à la partie méridionale du Bassin parisien, soulevé sur les marges du Massif central. Au calcaire jurassique de la Champagne berrichonne succède les tourangelles du crétacé. les sables et argiles tertiaires masque irrégulièrement ce substrat. Située au carrefour des axes de liaison historique entre Paris et Toulouse (nord-sud), l'Indre est divisée en cinq régions naturelles : Il est essentiellement composé de plaines vers le parc naturel régional de la Brenne et dans la Champagne berrichonne. En revanche le Boischaut Nord est légèrement vallonné avec une altitude située entre 80 et d'altitude, mais surtout le Boischaut Sud est beaucoup plus bosselé ; le point culminant du département réside dans la commune de Crevant à environ d'altitude. Le département compte 28 cavités souterraines , de développement supérieur ou égal à , se trouvant dans les régions du Blanc et d'Argenton-sur-Creuse. Le département est classé en zone de sismicité 2, correspondant à une sismicité faible. Hydrographie. Les principaux cours d'eau sont : Voies de communication et transports. Réseau routier. Au , la longueur totale du réseau routier du département de l'Indre est de , se répartissant en d'autoroutes, de routes nationales, de routes départementales et de voies communales. Transport ferroviaire. Le département fut autrefois traversé par six lignes ferroviaires, qui sont les lignes de Saint-Benoît au Blanc, de Port-de-Piles à Argenton-sur-Creuse, du Blanc à Argenton-sur-Creuse via Saint-Benoît-du-Sault, d'Argenton-sur-Creuse à La Chaussée, de Salbris au Blanc et des Aubrais - Orléans à Montauban-Ville-Bourbon. Aujourd’hui seulement deux lignes sont encore en service, ou partiellement. Il s'agit de la ligne des Aubrais - Orléans à Montauban-Ville-Bourbon (en service sur la totalité de son parcours) et la ligne de Salbris au Blanc (en service d'Argy à Salbris). Dans l'Indre 23 gares sont en service (voyageurs et ou marchandises). La desserte est assurée par des trains : Intercités, Réseau de mobilité interurbaine (Rémi) et par le Train du Bas-Berry. Autobus / Autocars. Le département est desservi par les lignes du Réseau de mobilité interurbaine, qui est géré par le conseil régional du Centre-Val de Loire. De plus cinq lignes d'autocars TER Centre-Val de Loire traversent le département. L'agglomération de Châteauroux est desservie par les vingt lignes du réseau Horizon (gratuit depuis le ). La communauté de communes du Pays d'Issoudun est desservie par les trois lignes du réseau Transport Intercommunal Gratuit Rural. Issoudun est desservie par la seule ligne du réseau Transport Issoudun Gratuit. Transport aérien. Le département possède un aéroport appelé aéroport de Châteauroux-Centre, qui est situé sur les communes de Déols et Coings, à proximité de Châteauroux. Sentiers de randonnée. Le département est traversé par les sentiers de grandes randonnée : 41, 46, 48 et 654 ; par les sentiers de grande randonnée de pays : Valençay, Brenne, Sur les pas des maîtres sonneurs, Le Val de Creuse et Champagne berrichonne ainsi que par la voie verte des Vallées. Énergie. Le département compte trois barrages hydroélectriques exploités par Électricité de France ainsi que des micro-centrales exploitées par des propriétaires. Le département est alimenté par dix-sept postes sources repartis sur seize communes. Toponymie. Ses habitants sont appelés les "Indriens" et plus familièrement les "Berrichons". Il doit son nom à l'Indre, une rivière qui le traverse. Histoire. Le département de l'Indre a été créé à la Révolution française, le 4 mars 1790 en application de la loi du , à partir de l'ouest de l'ancienne province du Berry, du sud-est de la Touraine (Châtillon-sur-Indre, Mézières-en-Brenne), de la frange nord de la Marche (Bélâbre, Saint-Benoît-du-Sault, Éguzon) et quelques communes du Poitou (Ingrandes). Son chef-lieu était fixé à Châteauroux, avec des districts : au Blanc, à La Châtre, à Issoudun, à Argenton-sur-Creuse et à Chatillon-sur-Indre. Le est né à Châteauroux, Henri Gatien, comte Bertrand. Le , Napoléon ordonna la création du train des équipages depuis la ville d'Osterode (Prusse-Orientale). En 1844, la ville de Châteauroux acquiert trois hectares au Champ aux Pages. Par la suite l'État y construira une caserne destinée à recevoir un escadron du train des équipages. En 1854, le nouveau quartier est construit pour accueillir 379 hommes et 112 chevaux. Ce quartier sera appelé Bordesoule. En 1875, le ministère de la Guerre décide d'implanter une division d’infanterie à Châteauroux, ce qui fut réalisé en 1876. Le d'infanterie de ligne s’installe provisoirement dans des casernes avant d’emménager en 1877 dans de nouveaux bâtiments en ville, comme la caserne Bertrand née en 1882 et baptisée ainsi en 1886, construite par l'architecte Alfred Dauvergne. De 1875 à 1920, les communes d'Issoudun et du Blanc accueillent le d'infanterie de ligne. De plus, de 1940 à 1942, Issoudun tiendra lieu de garnison pour le d'infanterie de ligne, le de Flandres et le d'artillerie. En 1934, après l'arrivée du de tirailleurs algériens à la caserne Bertrand, celle-ci deviendra une cité administrative. Administration et politique. Politique locale. Le département de l’Indre est dirigé par le conseil départemental de l'Indre, assemblée délibérante départementale composée de vingt-six conseillers départementaux dont quatre dans l'opposition. Au Sénat, le département de l’Indre est représenté par deux sénatrices qui sont : Découpage administratif et électoral. L’Indre connut de 1790 à 1795 six districts (Argenton, Le Blanc, Châteauroux, Châtillon, La Châtre et Issoudun). En 2017, le département de l’Indre est subdivisé en : Enseignement. Le département compte quatre circonscriptions dans le degré : Le Blanc (57 écoles), Châteauroux (37 écoles), La Châtre (67 écoles) et Issoudun (60 écoles). Il dispose de 32 collèges (27 publics et 5 privés) et 12 lycées. Le centre d'examen du permis de conduire se trouve à Déols. Santé. Hôpitaux. Le département dispose de huit centres hospitaliers de tailles différentes : Le Blanc, Buzançais, Châteauroux, Châtillon-sur-Indre, La Châtre, Issoudun, Levroux et Valençay. Samu 36. Le service d'aide médicale urgente 36 est basé au centre hospitalier de Châteauroux. Il dispose de trois antennes du service mobile d'urgence et de réanimation qui sont basées à Châteauroux, Le Blanc et Issoudun. Le SAMU a doté l’hôpital de La Châtre d'un véhicule pour les interventions en zone rurale, afin que les médecins correspondants du SAMU (MCS 36), soient déclenchés simultanément au SMUR pour permettre une médicalisation précoce et débuter les traitements d’urgence en présence d’une détresse vitale. Ces médecins sont formés aux soins d’urgence par le centre d’enseignement des soins d’urgence et équipés du matériel d’intervention du SMUR. 35 MCS sont opérationnels sur le département. En 2015, l'antenne de Châteauroux a réalisé interventions dont interventions de type primaire et 973 interventions de type secondaire. Sécurité et justice. Le département possède : Organisation militaire. L'Indre dispose de plusieurs sites militaires. Tous d'abord à Neuvy-Pailloux se trouve le site central de la base de soutien du matériel. La commune de Rosnay abrite quant à elle un centre de transmissions de la Marine nationale qui est une station d'émission radio en très basse fréquence (VLF) utilisée par les forces sous-marines de la Marine nationale française pour transmettre des informations et ordres aux sous-marins. Au Blanc est implanté le commandement du soutien opérationnel de la gendarmerie nationale (COMSOPGN). Gestion des déchets. Le département de l'Indre est doté de trois syndicats pour les déchets : En ce qui concerne les autres communes qui n'ont pas adhérées a des syndicats, c'est l'établissement public de coopération intercommunale qui a en la gestion. SYTOM de la région de Châteauroux. Le syndicat mixte de traitement des ordures ménagères de la région de Châteauroux est un établissement public local chargé du traitement des déchets ménagers et assimilés. Il comporte 46 communes réparties sur trois EPCI (Châteauroux Métropole, Val de l'Indre - Brenne et Éguzon - Argenton - Vallée de la Creuse). Le syndicat comprend huit déchetteries, deux quais de transferts (Buzançais et Saint-Marcel) et une usine de traitement des ordures ménagères (Le Poinçonnet). SYMCTOM du Blanc. Il comporte 45 communes réparties sur deux EPCI (Marche Occitane - Val d'Anglin et Brenne - Val de Creuse). Le syndicat comprend cinq déchetteries et un centre de tri (Le Blanc). SICTOM de Champagne Berrichonne. Il comporte 39 communes (30 dans l'Indre et 9 dans le Cher) réparties sur deux EPCI (Champagne Boischauts et FerCher - Pays Florentais). Le syndicat comprend six déchetteries, un quai de transfert et un centre de tri. Identité visuelle. Logos successifs du département de l'Indre. Démographie. Évolution démographique. L'Indre est confrontée au vieillissement de sa population ainsi qu'au déclin démographique (faible natalité et solde migratoire négatif). En 2020, elle perd 2 places dans le classement des départements par population et figure à la place alors qu'elle se situe pourtant à la 23° place des départements métropolitains par sa superficie ; elle fait partie avec plusieurs départements proches (Creuse, Allier, Cher, Loir et Cher) de la " diagonale du vide ". Les agglomérations de l'Indre après avoir bénéficié des migrations des communes rurales maintenant exsangues, stagnent voire entament leur déclin, en effet ces agglomérations subissent elles-mêmes la concurrence des métropoles proches (Tours, Limoges, Orléans et Poitiers) ou celle de la capitale. L'Indre pourrait passer sous la barre des 200 000 habitants autours de 2040 - 2045. Cependant un espoir réside dans l'installation de néo-ruraux ainsi que les implantations consécutives à l'épidémie de COVID. Logement. Les résidences secondaires sont présentées selon le recensement général de la population du , 10,6 % des logements disponibles dans le département étaient des résidences secondaires. Ce tableau indique les principales communes de l'Indre dont les résidences secondaires et occasionnelles dépassent 10 % des logements totaux. Vie quotidienne. Sport. Labélisé Terre de Jeux 2024, le label des territoires de Paris 2024, le Département accueillera le passage du Relais de la flamme. Médias. Journaux Télévision Radios Économie. Agriculture. Les cultures de céréales, comme le blé, l'avoine, le maïs, l'orge, le colza, le miel, et le tournesol se sont développées dans le département. La viticulture est présente, avec les vins d'appellation d'origine contrôlée : valençay, reuilly et châteaumeillant. L’élevage bovin, ovin et caprin perdure dans l'Indre. Des fromages d'appellation d'origine contrôlée, comme le pouligny-saint-pierre, le sainte-maure de touraine et le valençay font partie de la gastronomie indrienne. En Brenne, la pisciculture s'est fortement développée dans le territoire. Industrie. Aéronautique. En , le secteur de l’aéronautique représente 58 entreprises et : Agroalimentaire. En , le secteur de l'agroalimentaire représente 52 entreprises et , avec une vingtaine d’entreprises et en lien avec l’industrie agroalimentaire sur des secteurs connexes : packaging, logistique et agroéquipementiers. Il est présent des entreprises leaders dans la collecte et transformation des céréales : boulangerie, viennoiserie, malterie, minoterie et nutrition animale et la laiterie et fromagerie. Arts graphiques - Packaging. En , le secteur de l'arts graphiques et packaging représente 54 entreprises et 644 salariés. Il est présent 2 leaders de l’industrie de l’emballage et un leader de l’industrie des arts graphiques : Automobile. En , le secteur de l’automobile représente 37 entreprises et . Biens d'équipements industriels. En , le secteur des biens d'équipements industriels représente 34 entreprises et . Il est présent des entreprises leaders : Bâtiment et Travaux Publics. En , le secteur du bâtiment et travaux publics représente 710 entreprises et . Equipements de la maison et du bâtiment. En , le secteur des équipements de la maison et du bâtiment représente 50 entreprises et . Il est présent des entreprises leaders : On compte aussi de nombreuses PME dans le secteur de l’ameublement et la décoration. Logistique et transport. En , le secteur de la logistique et du transport représente 120 entreprises et , dont une dizaine d’entreprises industrielles intégrant en parallèle une activité logistique. Il est présent également : Services aux entreprises. En , le secteur des ervices aux entreprises représente 877 entreprises et . Il est présent également : Sous-traitance. En , le secteur de la sous-traitance représente 63 entreprises et . Les activités principalaux sont : la mécanique, la chaudronnerie, la tôlerie, le traitement de surface. Ils ont comme principaux clients : l'aéronautique, l'automobile et les biens d’équipements industriels. Textile - Cuir - Habillement. En , le secteur du textile, cuir et habillement représente 52 entreprises et , dont quatre entreprises et 652 salariés dans le secteur de la logistique et la confection. Il est présent des entreprises leaders : Tourisme. Hébergement. Campings. Le département dispose de 45 campings :
Indre-et-Loire Le département d'Indre-et-Loire () est un département français situé en région Centre-Val de Loire. L'Insee et la Poste lui attribuent le code 37. Peuplé de , sa préfecture est Tours. Le département correspond à l'ancienne province de Touraine. Histoire. Le département d'Indre-et-Loire est créé en 1790 avec les 82 autres départements français. Son territoire reprend presque exactement les limites de l'ancienne province de Touraine à laquelle est ajoutée toute la partie orientale de l'ancienne province d'Anjou allant de Bourgueil, sur la Loire, jusqu'à Château-la-Vallière au nord en passant par le domaine de Gizeux. La ville de Richelieu, rattachée, dès sa création par le cardinal de Richelieu, sur le plan administratif, judiciaire et financier, au gouverneur de Saumur et au pays saumurois, est intégrée au tout nouveau département d'Indre-et-Loire en 1790. En revanche la partie orientale de l'ancienne province de Touraine est rattachée aux départements de Loir-et-Cher (région de Montrichard) ou de l'Indre (environs de Mézières-en-Brenne et Écueillé). Après la victoire des coalisés à la bataille de Waterloo (), le département est occupé par les troupes prussiennes de à. En 1840, le département qui relève de la cour royale d'Orléans comporte trois arrondissements, vingt-quatre cantons et . Au recensement de 1846, le département est subdivisé en trois arrondissements, vingt-quatre cantons et seulement , après l'annexion de Saint-Etienne-Extra par Tours en 1845. Il compte . La France métropolitaine selon le même recensement officiel compte environ d'habitants dans ses . Durant l'occupation allemande, pendant la Seconde Guerre mondiale, le département est coupé en deux par la ligne de démarcation. Politique. 1789-1870 : une terre conservatrice mais modérée. La Touraine, séjour des rois de France, demeura longtemps une terre conservatrice, comme le note Honoré de Balzac dans plusieurs de ses romans. Néanmoins, avant tout, elle demeure une terre modérée, rarement en proie aux passions politiques. Au cours des premières années de la Troisième République elle demeurait royaliste. L'Indre-et-Loire sous la République : une terre radicale. Vers le républicanisme rural. Peu à peu néanmoins, le département d'Indre-et-Loire devint une terre de républicanisme et, plus précisément, de radicalisme tempéré puis de radical-socialisme, à dominante rurale. C'est ainsi que le gendre du président Jules Grévy, M. Wilson, fut député de Loches. Camille Chautemps fut député d'Indre-et-Loire durant l'entre-deux-guerre. Après la victoire de 1918 la rue Royale à Tours devint la rue Nationale. Cet ancrage au centre-gauche fut une constante jusqu'à la guerre de 1939-1945, même si, les décennies passant, il se colora d'un certain conservatisme. Saint-Pierre-des-Corps, bastion communiste. Dès sa naissance en 1920 au congrès de Tours, le Parti communiste français (PCF) a compté un bastion en Indre-et-Loire, celui de Saint-Pierre-des-Corps, près de Tours, qui, par ses implantations ferroviaires, est doté d'une forte identité ouvrière. De 1920 à 2020, tous les premiers magistrats de la commune sont membres du PCF, notamment Marie-France Beaufils élue pour la première fois maire en 1983. Elle fut également sénatrice d'Indre-et-Loire de 2001 à 2017. L'après-guerre en Touraine : Royer et Voisin. L'Indre-et-Loire de l'après-guerre est assez largement dominée par deux figures fortes : celle de Jean Royer, maire de Tours de 1958 à 1995 et député du département de 1958 à 1999, infatigable bâtisseur, et celle d'André-Georges Voisin (1918-2008), conseiller général de l'Île-Bouchard, président du Conseil Général des au début des , qui dota la Touraine de son étoile autoroutière à cinq branches et construisit un grand nombre de ponts. Ces deux personnalités gaullistes n'en demeurent pas moins singulières, et peu en phase avec les découpages partisans classiques. Le retour à la tradition de centre-gauche ? Le basculement de la mairie de Tours à gauche en 1995 et celui du département en mars 2008 confirment le retour d'une gauche modérée sur la scène politique tourangelle. Jean Germain, en ce sens, s'inscrit bel et bien dans une tradition radicale et socialiste dont Yves Dauge, sénateur de Chinon, n'a cessé d'être le représentant. Quant au conseil général présidé par Claude Roiron puis Marisol Touraine, il a basculé pour la première fois à gauche lors des cantonales de ; la carte politique du département n'en est pas moins très duale, entre des campagnes massivement à droite et une agglomération tourangelle à gauche. À ce titre, il semble hasardeux de parler de retour à une tradition politique : le socialisme urbain d'aujourd'hui semble "a priori" bien éloigné du radicalisme rural d'hier. Géographie. Situation. Le département d'Indre-et-Loire fait aujourd'hui partie de la région Centre-Val de Loire qui regroupe également les départements d'Eure-et-Loir, de Loir-et-Cher, du Loiret, de l'Indre et du Cher. Le département a une superficie de qui le place au national en importance de taille et au régional sur 6. Il est limitrophe des départements de Loir-et-Cher au nord-est, de l'Indre au sud-est, de la Vienne au sud-ouest, de Maine-et-Loire à l'ouest et de la Sarthe au nord. Il est situé géographiquement dans le centre-ouest de la France. Un parc naturel régional concerne en partie le département d'Indre-et-Loire : le parc naturel régional Loire-Anjou-Touraine, situé entre Angers (Maine-et-Loire) et Tours. Géographie physique. Le département d'Indre-et-Loire se situe à l'extrémité sud du Bassin parisien. Il est traversé d'est en ouest par la Loire qui sépare le département en deux parties avec au nord la Gâtine et au sud la Champeigne. C'est dans ce département que le Cher, l'Indre et la Vienne se jettent dans la Loire. Le relief du département dépasse souvent les mais jamais les et est assez vallonné au sud toujours à proximité des rivières (Céré-la-Ronde près de Montrichard est le point culminant du département avec d'altitude), alors que le nord demeure tabulaire (Gâtine tourangelle). En revanche, la rive nord longeant la Loire est un peu plus vallonnée. Hydrographie. Les plus longues rivières traversant le département d'Indre-et-Loire : Climat. Le climat d'Indre-et-Loire est tempéré de type océanique dégradé avec une température moyenne d'environ . La Loire est souvent utilisée comme frontière climatique entre nord et sud de la France. Les étés sont en règle générale assez chauds (température maximale annuelle dépassant toujours les ), des températures supérieures à ont ainsi été enregistrées en 1947 et 2003. À l'inverse, les températures très basses sont rares, descendant rarement sous les seuil franchi aux hivers 1985-1986 et 199-1997. La Loire gèle alors, on rapporte ainsi que lors de l'hiver particulièrement rigoureux de 1956 on a pu la traverser à pied. Le fleuve charrie des blocs de glace lorsque la température descend sous les . La pluviométrie est assez faible (de 500 à par an), ce qui peut engendrer de graves situations de sécheresse comme en 1976, 2003 ou 2006. La neige est également rare (pas plus de dix jours par an). Économie. Une province prospère durant le Moyen Âge et l'époque moderne. Au , et notamment sous les règnes de Charles VII et de Louis XI, la navigation en Loire et le négoce apportaient une grande activité à Tours. La soierie de Touraine rivalisait avec celle de Lyon grâce aux présents au sein de la province. L'imprimerie y connaissait un rayonnement important. Tours fut capitale de la France durant la Guerre de Cent Ans, entre 1422 et 1528, bien que Paris ait été repris en 1436 par Charles VII, et entre 1588 et 1594, comme cela fut décidé par le roi Henri III, à la suite de la Journée des Barricades. Le déclin économique durant le jusqu'au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. L'entrée dans l'époque contemporaine marqua un ralentissement de la prospérité économique, avec la Révolution industrielle. Le sous-sol de l'Indre-et-Loire ne disposant pas de houille, le territoire ne put bénéficier de cette révolution économique. Seuls les domaines de l'imprimerie, du meuble et de la confection tenaient à bout de bras l'économie du département. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la situation économique de l'Indre-et-Loire était toujours alarmante. L'industrie tourangelle n'employait que 20 % de la population active du département. Seuls 17 % de cette même population active travaillaient au sein des bâtiments de transformations, contre 25 % à l'échelle nationale. L'économie tourangelle déclinait, et les investissements manquaient. Il était donc nécessaire de trouver des solutions, et de profiter du contexte économique favorable des Trente Glorieuses. La décentralisation parisienne. À la suite du second conflit mondial, les gouvernements qui se succédèrent cherchèrent à décentraliser les activités de Paris vers la Province. Cette problématique fut abordée par exemple par le professeur Milhau dans un article consacré à l'aménagement des régions du Bas-Rhône et du Languedoc. Celui-ci faisait le constat de la nécessité d'un aménagement rationnel du territoire. En effet, durant la République, la région parisienne comptait à elle seule une population largement supérieure à celle des trente-trois plus grandes villes de France. De plus, près d'un cinquième de la population active y travaillait, dont plus de 23 % provenant de l'industrie nationale. Cela pouvait même atteindre des chiffres comme 50 % voire 60 % pour certains domaines industriels telles que l'automobile, l'industrie électrique et électronique, ou bien encore l'aéronautique. Cette zone comptabilisait également 50 % des cadres industriels et 30 % des administrateurs et dirigeants de sociétés. Il en était de même dans le secteur tertiaire (le commerce, les établissements financiers, les services de tous types) De ce fait, le Général Dancourt, qui fut directeur du Comité de l' Orientation Économique de l'Indre-et-Loire expliquait que le taux d'activité, à Paris, dans les domaines du commerce et des banques était à hauteur du tiers de l'activité française. Quant aux services publics, la région parisienne en représentait le quart. À titre d'exemple, l'Université de Paris accueillait près de 40 % des étudiants d'Outre-Mer. Cette centralisation des activités avait des conséquences socio-économiques. Tout d'abord et non des moindres, le coût. En effet, cette capitalisation demandait des investissements considérables en équipements de toutes sortes : logements, transports, adduction d'eau, énergie, équipements scolaires et hospitaliers. De plus, le prix des réalisations, pour les logements, les routes et les écoles était de 25 à 40 % plus élevé à Paris qu'en Province. Aussi, les dépenses d'administration par habitant en Seine furent de l'ordre de Francs contre pour la population résidant en Province. En comparaison, les coûts dans les domaines de la Sécurité, de la Justice et de la Police furent de par habitant à Paris contre , en moyenne, pour les autres régions. La centralisation incitait les provinciaux à migrer en région parisienne. Ainsi, Paris accueillait annuellement , dont 70 % étaient originaires de Province. La conséquence fut simple : un essoufflement socio-économique des régions provinciales, nuisant dès lors au bon équilibre du pays. Les gouvernements, depuis 1950, ont tenté de freiner l'afflux d'activités au sein de la région parisienne. La voie vers la décentralisation fut engagée sous le gouvernement de Pierre Mendès-France. Dans cette perspective, il réalisa une série de réformes. En premier lieu, les comités départementaux d'orientation économique composés de leurs branches principales dont les collectivités locales furent fondées le . Le , une loi fut prescrite afin de faciliter la meilleure répartition des industries sur l'ensemble du territoire ainsi que pour soumettre la création ou l'extension des entreprises industrielles. Enfin, les programmes d'action régionaux virent le jour le . Ceux-ci devaient coordonner les initiatives publiques et privées en vue de favoriser l'essor économique des régions mais aussi pour compléter le Plan national de modernisation et d'équipement. Pour soutenir cela, il y eut la mise en place du Fonds de Développement Économique et Social afin de financer les projets. En 1956, la France fut découpée en vingt-deux régions de programmes par le Commissariat général au Plan. Toutes ces idées devaient faciliter l'expansion des régions et des départements. En effet, la décentralisation parisienne avait comme objectif Le préfet d'Indre-et-Loire créa donc le Comité départemental d'orientation économique de l'Indre-et-Loire qui travailla à sensibiliser l'opinion en entreprenant une série de campagnes de publicité. Ces dernières commencèrent à porter leurs fruits à partir de 1959. En effet, cette année marqua les premières implantations des entreprises décentralisées au sein du département. Michel Debré, alors Premier ministre et conseiller général de la commune d'Amboise, écrivait Les atouts pour faciliter l'implantation d'entreprises. Une position géographique favorable. Géographiquement, le département possède des arguments importants pour inciter les entreprises à venir s'y installer. L'Indre-et-Loire est situé à de Paris. De ce fait, comme l'explicite le général Dancourt Cette proximité avec Paris est renforcée par la création de l'autoroute A10, entre 1960 et 1981, reliant Paris et Bordeaux en passant par Tours. Le département de la région Centre, se trouve être également une zone charnière entre la région parisienne et les régions qui furent ou qui sont encore peu prospères économiquement parlant et qui subissent une forte pression démographique de l'ouest et du sud-ouest. De ce fait, l'Indre-et-Loire pouvait (et peut) être dans la capacité d'accueillir une partie des excédents démographiques en provenance de la Bretagne, des pays de la Basse-Loire et du Poitou. En outre, le département numéroté 37 devait Plus encore, l'Indre-et-Loire se trouve être un carrefour international, puisqu'il se trouve au croisement de grands axes transfrontaliers. Cela lui donne un rayonnement économique dépassant les frontières nationales, tout en lui donnant une dimension touristique. Une démographie jeune et en augmentation. L'Indre-et-Loire vit, durant la période dite des Trente Glorieuses, une augmentation considérable de sa démographie (cf. le tableau évoquant l'évolution de la population du département dans la partie consacrée à sa démographie.) Cette hausse peut s'expliquer par plusieurs raisons, parmi lesquelles le phénomène dit du "baby-boom", le rapatriement des Pieds-noirs à la suite de la guerre d'Algérie, les migrations de travailleurs étrangers et nationaux etc. Surtout, le département possédait une population jeune. Ainsi, le Général Dancourt racontait que L'Indre-et-Loire : un carrefour énergétique. Au , le manque de ressources du sous-sol fut un frein à l'expansion économique du département. La donne a changé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Tours est un des sièges régionaux des Charbonnages de France, couvrant près de dix départements. La capitale de l'Indre-et-Loire use de son avantage géographique pour être un dépôt important pour la distribution des combustibles solides. Si l'Indre-et-Loire n'est pas producteur de pétrole, sa capacité de stockage des ressources pétrolières n'a pas cessé d'augmenter. La Touraine est alimentée par les raffineries de Donges et de La Pallice. Il existe une station Primagaz à Saint-Pierre-des-Corps qui s'occupe du chargement de gaz liquéfiés pour le département. Toutes les Sociétés pétrolières sont présentes dans le département. L'Indre-et-Loire profite de sa proximité géographique avec les raffineries pour être livrée rapidement en produits pétroliers et à des prix compétitifs. Le transport se fait soit par route, soit via le réseau de chemins de fer. L'agglomération tourangelle s'est convertie au gaz naturel entre les et 1965. Cette énergie s'est substituée au gaz manufacturé, qui était produit par l'usine à gaz de Tours, dont les capacités de production ne suffisaient plus pour répondre aux besoins énergétiques d'une population qui ne cessait de croître. La possession du gaz naturel, véritable innovation technique, pouvait être un motif pour les industriels pour s'installer dans le département. Les agglomérations de Loches, Chinon, Langeais et Amboise détiennent des distributions autonomes alimentées en air propané pour les trois premières et en propane pour la quatrième. Surtout, l'Indre-et-Loire bénéficie d'une bonne desserte électrique. Cette alimentation est permise grâce au complexe général d'interconnexion du réseau de transport d’Électricité de France. La principale sous-station est celle de Larcay, localisée sur l'artère de reliant Marmagne, près de Bourges à Arnage dans la région du Mans. Cette ligne est renforcée par une nouvelle artère de évacuant dans le réseau général la production de la centrale nucléaire de Chinon. Le carrefour que représente le département d'Indre-et-Loire lui confère une alimentation sans interruption puisqu'il est relié aux sources hydrauliques de production du Massif central et des Pyrénées, et aux sources thermiques de la centrale de Nantes-Cheviré et dès 1962 à la centrale atomique E.D.F. de Chinon, permettant à l'Indre-et-Loire d'être exportatrice en électricité (et donc de lui donner un rendement économique). Plus encore, elle peut obtenir de l'électricité provenant de la Basse-Seine via la voie de reliant Tours à Arnage mais aussi en provenance de la région parisienne via la double ligne de provenant d'Orléans. La Touraine est également bien servie en électricité de par le réseau de issu du poste principal 90/30/5 kV situé à Tours. Ce réseau détient une ceinture de forte section qui dessert Tours et sa banlieue. De ce fait, toutes les industries peuvent être alimentées directement à ce réseau. Celui-ci possède également un coût compétitif, à condition que la puissance n'excède pas 5 à . Il existe également un réseau de couvrant l'Indre-et-Loire sur une longueur de , qui permet l'installation de grosses entreprises dans l'agglomération tourangelle. Enfin, un réseau de dessert tout le département avec une boucle reliant Azay-le-Rideau, Langeais, Chinon, Loches, La Haye-Descartes et Preuilly ; des antennes vers le nord alimentant Semblancay et Château-la-Vallière. Les régions d'Amboise, de Bléré et de Château-Renault sont servies par un réseau à issu du poste de la commanderie. Cette bonne desserte énergétique doit favoriser l'implantation d'industries au sein du département. Les investissements consentis par le département pour se relancer économiquement. Certes, la situation géographique de l'Indre-et-Loire, sa population active en hausse et qui plus est juvénile, ainsi que sa bonne desserte énergétique, furent des atouts non négligeables qui incitèrent certaines entreprises à ouvrir des établissements dans le département. Néanmoins, les pouvoirs publics locaux comprirent rapidement que cela n'était pas suffisant. En accord avec les grands plans de modernisation et d'équipement, l'Indre-et-Loire fit de nombreux investissements non seulement pour se moderniser, mais également pour accentuer l'afflux d'agents économiques. Ces investissements étaient de différents types. Les aménagements industriels. Pour attirer les industriels, l'Indre-et-Loire a réalisé de lourds investissements dans le domaine industriel. En premier lieu, des zones industrielles furent aménagées dans différentes communes, comme celle de Saint-Pierre-des-Corps (), équipée par la Chambre de commerce de Tours et d'Indre-et-Loire. Une autre à Joué-lès-Tours (), réalisée par la ville de Joué-les-Tours et la Société d'équipement de Touraine. Il fut également aménagé des ZI à Menneton () par la ville de Tours et sans aide extérieure, à Chambray-lès-Tours, à Saint-Avertin (une quarantaine d'hectares), à La Riche (une vingtaine d'hectares) et une autre à Saint-Symphorien. Les zones rurales n'ont pas été délaissées. De ce fait, certaines communes périphériques possèdent des zones industrielles ou du moins des réserves foncières à vocation industrielle. C'est le cas à Château-Renault, à Amboise, à Pocé, à Bourgueuil, à Sainte-Maure, à Bléré, à Langeais, etc. De plus, des bâtiments vacants ont été achetés et reconvertis par des industriels venant de la région parisienne. Comme l'expliquait le général Dancourt, la création d'activités dans une nouvelle région coûte cher. C'est pour cette raison que l'Indre-et-Loire offrait des aides pour ces investisseurs. Dans cette optique, ces derniers avaient accès au crédit à long terme. Ce procédé fut facilité par l'action de la Société de Développement Régional de l'Ouest. Outre le crédit à long terme, d'autres avantages furent proposés selon les lieux et les conditions d'implantation. Ces offres étaient de différentes natures. Il existait une indemnité de décentralisation, une exonération des droits de mutation, une aide pour la formation de la main-d’œuvre, des indemnités pour le personnel selon l'entreprise, des facilités pour l'acquisition des terrains. Enfin, certaines communes étaient dans la capacité de demander la construction d'usines qui furent payées en une ou en plusieurs fois. Ces investissements ont porté leurs fruits. En effet, entre 1959 et 1964, plus de quatre-vingts entreprises se sont installées en Touraine. C'est le cas de certaines entreprises d'envergure régionale comme Usinor, Longométal, Transports et Exportation Danzas, Unilever, Antargaz, Berlict, Dépôt ou encore l'Agence Commerciale de la Régie Renault. Certains industriels qui se sont implantés dans le département ont un rayonnement international, offrant à l'Indre-et-Loire une dimension identique. De plus, l'offre de travail n'a cessé d'augmenter. De ce fait, entre ces six années, près de ont été créés, . Certaines entreprises se sont basées dans les communes périphériques de Tours, participant dès lors au renouveau économique et social de ces villes. Ces dernières étaient d'ailleurs très intéressantes pour le recrutement de la main-d’œuvre féminine. Sur le plan national, selon l'examen des statistiques du Ministère de la Construction en 1961, l'Indre-et-Loire se classait des français pour le nombre des implantations industrielles réalisées en 1960 et pour la superficie des planchers industriels autorisés ( carrés.) Un effort réalisé dans la construction et la rénovation de logements. Dans le cadre général des Plans d'aménagement, pour faire face à la hausse de la population mais aussi dans l'objectif d'expansion économique du département d'Indre-et-Loire, il était nécessaire pour le département de réaliser de nouveaux logements, voire de rénover des bâtiments vétustes. De ce fait, entre 1955 et 1960, près de avaient été construits. La création de ces logements fut l'occasion de moderniser certaines zones. Ainsi, il y eut la construction de près de sur la "Rive du Cher". De même à La Rabattière, à Saint-Pierre des Corps, dans laquelle virent le jour. Deux zones à Joué-lès-Tours profitèrent de cette politique de construction pour s'urbaniser. Il s'agit d'une part du quartier du Morier qui a vu l'érection de près de , et d'autre part de La Martellière avec ses habitats. À cela s'ajoutait une zone à urbaniser en priorité de pour fonder aux alentours de . Les communes rurales ne furent pas mises de côté, puisque de nouveaux logements apparurent par exemple à Loches, Château-Renault, ou Amboise. En moyenne, durant le Plan, près de furent construits annuellement. Au cours de ces six années, près de virent le jour au sein de l'Indre-et-Loire. L'objectif des réalisés durant cette période a été largement rempli. Le tableau suivant traite de la répartition de ces logements pour les trois types de zones de l'Indre-et-Loire, à savoir l'agglomération tourangelle, les localités urbaines possédant au moins comme Amboise ou encore Château-Renault, et les zones rurales de moins de . Ce tableau confirme le constat fait par le Comité Départemental d'Orientation Économique de l'Indre-et-Loire. Ainsi, pour les années 1966 et 1967 la proportion de logements construits à Tours et dans sa banlieue atteignait 73 % de l'ensemble des réalisations. Ce taux est tombé à 60 % pour l'année 1968 pour être de nouveau à 65 % pour les années 1969 et 1970. Certaines localités urbaines, comme Château Renault et Amboise ont noté une recrudescence des implantations industrielles. De ce fait, les pouvoirs publics locaux devaient réaliser des habitats dans ces villes pour loger les travailleurs. Le secteur rural était aussi en expansion. Néanmoins, les résultats sont faussés, puisque, à cette époque, Chambray-lès-Tours était considérée comme étant rural. Les habitations créées étaient accessibles en location ou en accession à la propriété. Les cadres moyens et les techniciens logeaient surtout dans des habitations à loyer modéré (HLM). Il existait d'autres types de logements collectifs ainsi que des pavillons jumelés ou individuels à l'extérieur de Tours dans lesquels ils étaient en mesure de résider. La Société Immobilière Interprofessionnelle de Touraine avait construit des logements en location sous condition que les entreprises qui allaient les louer souscrivent aux actions correspondant aux nombre d'habitats à créer, soit un versement de 1 %. À la suite de cela, les logements devenaient propriété de la Société immobilière de Touraine et les entreprises étaient alors actionnaires. La ville de Tours ainsi que des sociétés immobilières privées construisirent des logements destinés aux cadres. Dans ce cadre, la Coopérative d'HLM d'Amboise et d'Indre-et-Loire construisit des logements en pavillons avec l'assistance du département et de divers organismes. Ces derniers bénéficiaient d'. Initialement, ils devaient verser une part personnelle, dont le montant variait selon la taille du logement. Ainsi, pour un logement de type 3, le versement était de Nouveaux Francs, de NF pour un F4 et enfin de NF pour un F5. Le CIL, qui recevait l'action de 1 % de la part des entreprises pouvait également construire des logements avec accès à la propriété. Les sociétés immobilières privées construisaient également des pavillons ou des appartements. Les constructions directes représentaient un substitut à . Dès lors, trois cas de figure existaient. En premier lieu, si un cadre souhaitait entreprendre la création de son logement, . La surface « primable » était de avec comme plafond . De plus, le Comptoir des Entrepreneurs pouvait lui octroyer un crédit à hauteur de NF, avec un intérêt de 3,75 %. Le remboursement s'étalait sur vingt ans. Un industriel pouvait servir d'alternative. Il investissait le fameux 1 % jusqu'à concurrence de 20 % du coût total de construction. qui souhaitait construire sa propriété. Ainsi, le processus était le même, excepté qu'il n'a pas forcément besoin d'. Enfin, très exceptionnellement, une commune du département était dans la capacité de construire une habitation avec un prêt du Crédit Foncier à rembourser avec un taux d'intérêt de l'ordre de 5,50 % pendant quinze ans. Cet effort fait par les pouvoirs publics dans la construction de logements modernes symbolisa une nouvelle fois sa volonté d'expansion économique. Grâce à cet aménagement, ils signalaient aux industriels et aux ouvriers que l'Indre-et-Loire était en mesure de les accueillir. Surtout, la multiplication des logements augmentait la possibilité d'avoir son habitation proche de son lieu de travail même dans les zones périphériques de Tours. Enfin, il existait des moyens fonciers pour devenir propriétaire des logements. Tours : une agglomération tertiaire et administrative. Ville bourgeoise et commerçante, Tours, en dépit des implantations ferroviaires à Saint-Pierre-des-Corps, ne fut jamais un centre industriel de grande ampleur. Son centre, classiquement, abrite des services de qualité, de commerce et de restauration, dans les domaines culturel ou de l'habillement ; en matière d'enseignement, il est doté de plusieurs lycées dont le lycée Descartes, et de l’université François-Rabelais. Il est structuré autour d’importantes administrations, la mairie de Tours, le Conseil départemental d'Indre-et-Loire, ainsi que la préfecture du département. L'économie rurale en Indre-et-Loire. Il convient de distinguer en Indre-et-Loire quatre ensembles ruraux, bien distincts sur les plans géographique et économique. L'axe ligérien. Traditionnellement, la Loire est propice au développement des cultures maraîchères. Elle le demeure aujourd'hui. S'y rattachent également les vignobles de Vouvray, Montlouis-sur-Loire, Bourgueil et Saint-Nicolas-de-Bourgueil. Le Chinonais. Les pays de la Vienne se distinguent par l'importance du vignoble de Chinon, et la structure en domaines et coopératives viticoles, très prégnante dans l'économie rurale. La centrale nucléaire de Chinon emploie plus de , plus de dans la sous-traitance, et environ dans les entreprises installées sur la zone industrielle du Véron (actuellement ). La Gâtine (Touraine du nord et du nord-ouest). Espace pauvre et en déprise partielle, la Gâtine tourangelle est touchée de plein fouet par les mutations du monde agricole. La Touraine du sud-est. Espace rural préservé, traditionnel et polyvalent sur le plan agricole, la Touraine du sud-est, autour de Loches, est surtout un lieu de tourisme, de villégiature ; les résidences secondaires y tiennent une place importante. Démographie. Les habitants d'Indre-et-Loire sont appelés "Tourangeaux" (par analogie entre le département actuel et l'ancienne province de Touraine qui lui correspondait). Cette appellation peut parfois prêter à confusion, et différentes tentatives ont été faites sans succès pour trouver un autre gentilé aux habitants du département, comme Indréloiriens ou Indro-ligériens. Les résidences secondaires. Selon le recensement général de la population du , le département comptait 4,4 % de résidences secondaires. Ce tableau indique les principales communes d'Indre-et-Loire dont les résidences secondaires et occasionnelles dépassent 10 % des logements totaux. Sources : Culture. La Direction déléguée du Livre et de la Lecture Publique (DDLLP) permet aux petites communes et à ses habitants de disposer d'une offre en matière de lecture. La bibliothèque d'étude de la Société archéologique de Touraine met à la disposion des curieux et des chercheurs autorisés un important fonds d'ouvrages concernant l'histoire, l'archéologie et le patrimoine de l'Indre-et-Loire et de l'ancienne Touraine, . Le département accueille par ailleurs de nombreux événements culturels tels que le Carnaval de Manthelan, qui depuis 1869 organise le plus grand carnaval de la région Centre Val de Loire près de Loches. On retrouve également les festivals Terres du son à Monts, Avoine Zone Groove, Jazz en Touraine, Yzeures n Rock, et Aucard de Tours pour les plus connus. La métropole tourangelle organise pour sa part, depuis 2007, le festival international du cirque. Des initiatives récentes développent la mémoire de la batellerie ligérienne en Indre-et-Loire, dans le périmètre du Val de Loire classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, avec la préservation ou la reconstitution d'anciens bateaux de Loire comme à Tours, grâce à l'association Boutavant, à Savonnières avec le scute "Dame Périnelle", classé au Patrimoine fluvial depuis 2012, construit par l'association Les bateliers du Cher ou à Lignières-de-Touraine avec le chaland "La Fillonnerie" construit par l'association Ancre de Loire, qui sont le prétexte à des actions archéologiques et pédagogiques.
Isère (département) Le département de l’Isère ( ; ) est un département français de la région Auvergne-Rhône-Alpes et tirant son nom de la rivière Isère, affluent de la rive gauche du Rhône. L'Insee et La Poste lui attribuent le . Sa préfecture est Grenoble. Au sein de la région Auvergne-Rhône-Alpes, l'Isère recouvre une grande partie de l'ancienne région du Dauphiné dont la capitale était Grenoble et est par ailleurs le dixième département le plus vaste de France, et le deuxième de sa région par la population ; ses habitants sont les "Isérois" et "Iséroises". Origine du mot Isère. L'origine du mot Isère n'est pas clairement identifiée car elle pourrait avoir deux origines différentes : Ce nom de rivière se retrouve un peu partout en Europe, comme l’"Isar" en Bavière ou l’"Yser" en Flandres, et même l’"Oise" ("Isara", selon César). L'origine celtique du terme n'est pas assurée, car on retrouve ce nom de rivière dans des zones que l'on suppose non influencées par la culture celtique (Vénétie, Thrace, Lituanie) mais sans certitude. Histoire. Une partie de l’ancienne province du Dauphiné viennois est devenue le département de l'Isère à la Révolution française, le en application de la loi du . Limites du département. Ses limites avec le département du Rhône furent plusieurs fois modifiées. En 1852, l'apparition de zones urbanisées en périphérie de Lyon conduit à rattacher les communes iséroises de Bron, Vaulx-en-Velin, Vénissieux, Villeurbanne et La Guillotière au Rhône. Avant cette date, la commune de Lyon était limitrophe de l'Isère. En 1967 est créée la communauté urbaine de Lyon. Les structures intercommunales de l'époque ne pouvant dépasser les limites des départements, 23 communes de l'Isère et 6 communes de l'Ain sont rattachées au Rhône. En 1971, Colombier-Saugnieu est détachée de l'Isère. Préhistoire. L'histoire du territoire qu'occupe actuellement le département de l'Isère est riche et les premières traces humaines remonteraient au paléolithique moyen vers av. J.-C. où les hommes s'installèrent dans les massifs de la Chartreuse et du Vercors malgré le climat froid qui pouvait régner à cette époque. Plusieurs sites isérois confirment cette présence notamment sur la grotte de Bury qui aurait été occupée pendant une période allant de à av. J.-C.. La répartition géographique de ces premiers « isérois » dépendit beaucoup de la météorologie, des périodes de glaciation, et de la répartition du gibier. Autour de av. J.-C. les premiers groupes sédentaires prirent place sur les bords de la Chartreuse, du Vercors, du Trièves, dans la cluse de Voreppe et dans la plaine de Bièvre-Valloire où régnait à l'époque un climat chaud et humide rappelant celui que l'on pouvait trouver sur les bords de la Méditerranée et favorable à l'essor d'une agriculture locale. La fin de la Préhistoire dans le département vit la naissance d'un site néolithique remarquable sur la rive sud du lac de Paladru où s’installa vers un village composé de cinq maisons familiales en bois, équivalant à une population d'environ . Ce site aujourd'hui sous les eaux du lac fait l'objet de fouilles. À cette période succéda la protohistoire et l'âge du bronze, avec l'apparition des premiers métallurgistes alpins entre 1300 et 1100 av. J.-C., certainement afin de répondre à une demande émanant d'utilisateurs locaux. La découverte de nombreux objets en bronze (haches, couteaux, bracelets…) sur les communes de Goncelin et d'Allevard montre l'importance de la métallurgie pratiquée par les bronziers autochtones. S'ensuivit l'âge du fer et l'apparition des premières tribus gauloises des Alpes… Époque romaine. Avant l'arrivée des Romains se trouvaient dans la région principalement quatre peuples gaulois, le plus important d'entre eux étaient les Allobroges dont le territoire s'étendait depuis Genève jusqu'à Cularo (Gratianopolis puis Grenoble) puis a Vienne qui en était la Capitale. Entre 125 et 118 av. J.-C., les peuples gaulois du Sud-Est qu’étaient les Allobroges, les Arvernes et les Voconces, connurent un certain nombre de défaites face à Rome, et cette dernière put dominer une vaste contrée allant des Alpes aux Pyrénées donnant naissance à la province de la Gaule transalpine. Vienne devint une cité romaine prospère et était à cette époque le principal centre économique politique et culturel du territoire qu'occupe aujourd'hui l'Isère. De nombreux monuments de cette époque sont encore visibles dans cette cité, notamment le temple d'Auguste et de Livie, le théâtre antique… Moyen Âge. Lors du Moyen Âge, l'Isère et Grenoble connurent une période de développement. Rome céda sa place au royaume burgonde de 443 à 524 (date de la bataille de Vézeronce) qui lui-même fut suivi par les royaumes francs. Aux côtés de cette autorité royale se trouvaient les évêques qui jouissaient d'un rôle administratif et juridique croissant sur leurs diocèses, devenant ainsi des personnages d'autorité parmi les principaux. En Isère comme partout en Europe, la construction de nombreux châteaux marque la période du Moyen Âge inférieur au bas Moyen Âge (de 750 à 1500). Les fortifications connaissent de fortes évolutions, passant de la motte castrale avec des fortifications en bois, comme le montrent les recherches menées sur le site de la motte du Châtelard à Chirens, à des châteaux en pierre destinés à protéger le seigneur et à symboliser son autorité au sein du fief. Vers arrive une vague de construction de châteaux en Isère : cinq fortifications sont dénombrées en 980, et ce sont en 1120. C'est à cette époque qu’apparaissent le Dauphiné et ses dauphins de Vienne, avec Guigues d'Albon, reconnu comme le premier des dauphins. Cet homme ambitieux possède, à la fin du , un château, un village et une église à Vizille mais aussi des terres vers Roussillon au sud de Vienne. Il gagne ensuite, plusieurs titres et agrandit son domaine grâce à ses liens de parenté avec les évêques de Grenoble et Valence et grâce à une fine stratégie de mariages. Ainsi naît le Dauphiné, qui devient un état indépendant du Saint-Empire romain germanique. Le Dauphiné fut un état indépendant sur une période de plus de deux siècles pendant laquelle se déroulèrent de nombreux conflits avec le comté de Savoie. Et c'est le par le traité de Romans que Humbert II céda le Dauphiné au roi de France Philippe VI de Valois. Époque moderne. L'époque moderne voit la multiplication des places fortes lors du dans le département et notamment autour de Grenoble, afin de se défendre d'éventuelles attaques de la Savoie dont les souverains se trouvent souvent parmi les rangs des ennemis des rois de France. Le est profondément marqué par le travail de François de Bonne de Lesdiguières, lieutenant-général du Dauphiné, qui se donne pour mission de maintenir la paix et de remettre en route la vie économique de la province. Le , tout en étant une période de prospérité pour les Isérois, fut limité par l'exode protestant de la fin du , comme tout le reste de la France. Cependant, un célèbre paysan qui devint contrebandier, Louis Mandrin, mit à mal l'autorité, notamment en s'attaquant aux impopulaires fermiers généraux. Il reçut ainsi rapidement le soutien de la population. Cette période de calme et de prospérité permit ainsi le développement d'une vie intellectuelle qui se révéla très vivante, notamment à Grenoble où se fonda la bibliothèque publique qui comptait parmi ses membres Henri Gagnon, grand-père de Stendhal. Plusieurs « grands noms » isérois sont à noter dans ce siècle des Lumières comme Dolomieu, un des premiers géologues et litho-logiste français ; Vaucanson, inventeur et mécanicien qui contribua entre autres à l'automatisation des métiers à tisser ; Mably, philosophe et frère de Condillac lui aussi adepte de la philosophie ; Barnave homme politique… Ce dernier avec Jean-Joseph Mounier fut à l'origine de la journée des Tuiles, émeute qui se déroula le à Grenoble, pendant laquelle la population de la ville affronta à coup de tuiles les troupes royales. C'est l'émeute notable du début de la Révolution française. Les siècles suivant furent marqués par la révolution industrielle et l'essor du tourisme de montagne. Pour se développer, toutes les industries ont besoin de ressources naturelles, et l'Isère en propose de nombreuses, certaines issues des richesses apportées par la montagne (forêts, eau des torrents, sous-sols). Ces ressources ont permis de développer des activités de transformation comme la papeterie, le textile, la métallurgie ou des activités d'extraction (mine de fer, de plomb, d'argent…) qui sont pour certaines mises en place dès le Moyen Âge, comme l'atteste la présence de l'agglomération minière médiévale de Brandes. Le département dispose aussi de forces hydrauliques considérables et il est dès la fin du un des départements les plus industrialisés du pays, comme en témoigna l'exposition internationale de la houille blanche et du tourisme qui se déroula à Grenoble du 21 mai au 25 octobre 1925. Différents secteurs d'activités bénéficièrent en plus de forts progrès de l'industrie de la fin du et du début du . Ainsi Paul Héroult installa en 1886 le premier four électrique de l'industrie métallurgique et commença la première coulée d'aluminium par voie électrolytique en France dans la ville de Froges. Cette usine d'aluminium qui existe toujours mais n'est plus en activité constitue un bel exemple d'architecture industrielle du début du . Seconde Guerre mondiale. Lors de la Seconde Guerre mondiale, le département fut occupé par l’Italie fasciste de novembre 1942 à septembre 1943. Cependant de nombreux résistants montèrent dans les massifs environnant notamment dans le maquis du Vercors qui fut une importante base de la Résistance française. La Chartreuse a aussi accueilli, dans une moindre mesure, des troupes de combattants résistants du Bataillon et d'une compagnie du Bataillon des francs-tireurs et partisans français des FFI, de mars 1943 à . Au la région Rhône-Alpes, à laquelle appartenait le département, fusionne avec la région Auvergne pour devenir la nouvelle région administrative Auvergne-Rhône-Alpes. Politique. Le conseil départemental de l'Isère est depuis avril 2015 présidé par Jean-Pierre Barbier (LR). Le département de l'Isère est divisé en chacun ayant une maison du conseil général afin d'apporter au plus près les services du conseil général : Le département a manifesté, à de maintes reprises, une personnalité politique originale, marquée notamment par l'influence des forces progressistes, puis de la gauche, dès la fin du . On peut considérer que la Révolution française a commencé avec la Journée des Tuiles où les envoyés du Roi de France se firent faire une « conduite de Grenoble » par les Dauphinois en colère. Le département a expérimenté après la Libération une période de communisme municipal avec la création d'une véritable « ceinture rouge de Grenoble », une douzaine de communes étant administrées par le PCF. Plus récemment, les rapports de forces politiques isérois ont connu une progressive inflexion vers la gauche, notamment à partir de l'expérimentation de la concertation locale à Grenoble, pendant le long mandat municipal de Hubert Dubedout. La représentation parlementaire du département est plus équilibrée que ne le sont les rapports de forces nationaux, avec deux sénateurs de gauche sur quatre et une majorité de députés de gauche dans la représentation à l'Assemblée nationale. Cette situation n'est pas nouvelle. En 1967, sur les sept députés représentant alors le département, deux étaient des élus du PCF, trois représentaient la FGDS (dont Pierre Mendès France), deux seulement la majorité parlementaire d'alors. Lors des consultations présidentielles de 1974, 1981 et 1988, le candidat de la gauche (François Mitterrand) est toujours arrivé en tête au premier comme au second tour, passant même à deux reprises la barre des 55 % en 1981 et 1988. En 1995, Lionel Jospin est arrivé en tête au premier comme au second tour, mais avec une majorité plus faible (50,2 % seulement). Lors de l'élection présidentielle de 2007, Nicolas Sarkozy est arrivé en tête au second tour, obtenant en effet et 52,1 % des suffrages contre et 47,9 % à son adversaire Ségolène Royal. Celle-ci est toutefois arrivée en tête à Grenoble avec plus de 58 % des suffrages. Cette situation inédite depuis trente ans pour les partis de droite n'a cependant pas empêché l'élection de six députés socialistes sur neuf lors des législatives de juin 2007. Les trois élus UMP du département le sont dans les arrondissements du Nord Isère (Vienne et La Tour-du-Pin) tandis que les députés PS sont élus dans les six circonscriptions issues du découpage de l'arrondissement de Grenoble. De 2012 à 2017, 10 députés sur 13 appartiennent au PS. En 2018, il n'en reste plus qu'un sur 10, face à 8 députés LREM et 1 MoDem. Cette situation politique se retrouve d'ailleurs dans la répartition des sièges au conseil départemental. En effet, lors des élections départementales de mars 2015, la grande majorité des cantons nord-isérois (arrondissements de Vienne et de La Tour-du-Pin) sont détenus par des élus UMP et divers droite (10 cantons sur 12). Au contraire, la majorité des cantons sud-isérois (arrondissement de Grenoble) sont détenus par la gauche (PS, PCF et EELV) avec 10 cantons sur 17. Le département a connu une évolution sensible de son comportement lors des deux "referenda" européens de 1992 et 2005. Pour le traité de Maastricht, les Isérois avaient en effet dit Oui à 55,6 %. Lors de la consultation sur le Traité Constitutionnel Européen, ils ont par contre voté Non à 53,6 %, avec une majorité de près de . Géographie. Le département de l'Isère se situe dans l'est et/ou dans le sud-est de la France et fait partie de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Il est limitrophe des départements du Rhône, de la métropole de Lyon et de la Loire au nord-ouest, de l'Ain au nord, de la Savoie à l'est, des Hautes-Alpes au sud-est et au sud, de la Drôme au sud-ouest et à l'ouest et enfin de l'Ardèche à l'ouest. Ce département est très contrasté, avec : Environnement. L'Isère, pour des raisons biogéographiques notamment, possède un patrimoine environnemental exceptionnellement riche. Dès les années 1990, le département a été précurseur, d'une politique de restauration et protection de corridors biologiques (avec des écoducs dans le cadre d'une trame verte et bleue), qui depuis 2001 a retenu l'attention de la Convention alpine, ce qui a justifié un prix et un diplôme remis au département par le ministère de l'environnement en 2011. Le parc national des Écrins est pour partie en Isère. Climat. L'Isère est soumise à un climat très diversifié selon l'altitude et l'exposition : se mêlent les influences atlantique, continentale, alpine et aussi méditerranéenne dans le sud du département. Une partie du département connaît un climat montagnard marqué en raison de l'altitude élevée, jusqu'à plus de d'altitude dans le massif des Écrins. Économie. L'Isère est un département très urbanisé, dont les activités économiques sont diverses. Ces activités ont notamment tiré parti, dans le passé, de l'existence d'une ressource énergétique disponible et renouvelable : la houille blanche qui a permis de développer de nombreuses activités industrielles. Les activités économiques ont aussi été développées à partir de l'exploitation des ressources forestières comme des ressources agricoles, et de l'exploitation du gisement houiller de La Mure à partir du Premier Empire et plus encore au tournant du et du . Mais la qualité des réseaux de communication, le niveau élevé de qualification des salariés, la réalité d'une immigration de travail ancienne et importante, notamment venue d'Italie, sont autant d'autres éléments ayant conduit au développement de l'activité et à ses mutations les plus récentes. De fait, les grandes entreprises iséroises sont présentes dans bien des domaines : industrie du papier, métallurgie, composants électroniques, biens d'équipement, chimie, agroalimentaire, etc. Peu de secteurs d'activité manquent à l'appel. Plusieurs sites nucléaires se trouvent en Isère, notamment la centrale nucléaire de Saint-Alban, le site nucléaire de Creys-Malville et l'ancienne usine de combustible de Veurey-Voroize. Grenoble, centre administratif et universitaire important, a développé de nombreux emplois liés au commerce et aux services, avec un impact particulier de l'économie de matière grise, autour des activités informatiques, d'ingénierie et de conseil qui constituent de véritables filières d'activité. Le tourisme contribue de manière relativement importante à l'économie du département, avec plus d'une vingtaine de domaines skiables alpins et plusieurs domaines de ski nordique renommés. Le chiffre d'affaires des stations iséroises se situe au-dessus des d'euros, soit le troisième rang français, après les départements de Savoie (plus de d'euros) et de la Haute-Savoie (plus de d'euros), voisin de celui du département des Hautes-Alpes. Démographie. Pour la première fois depuis 1945, la population légale du département n'augmente quasiment pas entre les années 2015 et 2016 : soit seulement de plus. Grenoble, avec perd plus de en 2015. C'est également le cas de la circonscription de Grenoble qui perd avec . Seule la partie nord du département gagne des habitants () en raison surtout de la proximité et du dynamisme de Lyon. En 2020, la population du département se monte à 1 277 513. (INSEE) Aires urbaines. Le département comporte trois aires urbaines : En 2012, l'Isère compte quelque âgées de ou plus, ce qui représente 21,5 % de la population et situe le département en deçà de la moyenne régionale de 22,5 % et de la moyenne nationale de 23,7 %. L'Isère recense moins de âgées de (8 % de la population totale). La communauté anglo-saxonne. L'Isère abrite une importante communauté anglophone. Il s'agit souvent de cadres travaillant pour des entreprises internationales comme HP, Caterpillar ou STMicroelectronics, principalement installés en vallée du Grésivaudan. Une partie de cette population n'est que de passage dans la région, de l'ordre de . La communauté italienne. Arrivés souvent aux alentours de la Seconde Guerre mondiale, les Italiens se sont installés en Isère pour fuir le fascisme ou trouver du travail et gagner leur vie. Le quartier Saint-Laurent et la ribambelle de pizzerias sur les quais de l'Isère à Grenoble en sont les témoins. À l'époque, ils se sont souvent vus confier les terres "réputées infertiles" des coteaux de la Chartreuse (Meylan, Saint-Ismier). De nombreux Isérois portent aujourd'hui un nom à consonance italienne, parfois originaires du Val d'Aoste, région francophone d'Italie, qui ont la nationalité italienne mais dont le nom peut aussi être à consonance française. Le flux de nouveaux arrivants est aujourd'hui quasiment tari. Agriculture. Le Conseil départemental de l’Isère mène une politique agricole agissant à plusieurs niveaux. Gastronomie. L’Isère riche de son identité agricole forte a développé une gastronomie authentique, fidèle à son terroir. Son emblème : le gratin dauphinois. D’autres produits isérois sont réputés. À commencer par la Noix de Grenoble, le Saint-Marcellin ou encore la Chartreuse. L'Isère possède de nombreux produits locaux qui font la spécificité de la cuisine dauphinoise. Le département comporte des zones d'appellations décernées par l'INAO : AOC-AOP que la commune de Grenoble, capitale française des Alpes, liste dans son patrimoine gastronomique. Autant de produits mis à l’honneur par les maîtres restaurateurs isérois mais aussi différentes confréries, à l’instar de la Confrérie du Gratin dauphinois créée en 2019. Pour soutenir les produits issus du territoire, le Conseil départemental de l'Isère lance en partenariat avec Grenoble-Alpes Métropole, le Pays voironnais, le Grésivaudan, Entre Bièvre et Rhône, les chambres consulaires, et avec les professionnels agricoles, de la transformation et de la distribution, le Pôle Agroalimentaire de l'Isère. Cette association a pour mission de gérer la marque Is(H)ere. Tourisme. Stations de sport d'hiver. Avec un chiffre d'affaires aux remontées mécaniques de pour la saison 2013/2014, l'Isère se place au des départements français en matière de tourisme de montagne. Deux stations du département figurent parmi les stations françaises quant à la fréquentation et la taille : l'Alpe d'Huez et les Deux Alpes. En 2017, les de ski alpins isérois sont les suivants : Festivals. À Vienne, se déroule chaque année, en été, depuis 1981, le festival de jazz Jazz à Vienne, avec les plus grands noms du jazz mondial ; en mars-avril le Festival de l'humour ; mi-novembre, le Festival du polar "Sang d'Encre". Le Festival Berlioz a lieu chaque année à la Côte Saint-André. À l'Alpe-d'Huez se déroulent chaque année le Festival international du film de comédie de l'Alpe-d'Huez et le Festival de la Bande dessinée. À Chamrousse a lieu le Chamrousse Adventure Festival en juillet. À Saint-Pierre-de-Chartreuse, les Rencontres Brel, en juillet. À Uriage-les-Bains, le Festival de musiques du monde "Uriage en voix", en septembre. À Grenoble, le Festival des Maudits Films, en janvier, le Festival de la marionnette, en février, le Festival du film sur la Résistance, en mars, les Détours de Babel et Grenoble Gospel Jazz Festival, en avril, le Festival Quartiers Libres, en juin, les Rencontres du jeune théâtre européen, le festival de musique Cabaret Frappé, le festival du court-métrage en plein air, en juillet, le Festival Magicbus en mai, le Festival Holocène, le Festival Musée Électronique, la Fête du Travailleur Alpin en juin, le Noise Fest en juin également, le Festival Rugissants, le Festival international du cirque et la Rencontre du cinéma italien en novembre. Le Festival folklorique de Montseveroux (ORCIV), dernière semaine de juillet et première d'août. Le Festival Musiques en Vercors au mois d'août. Le Festival de la voix soliste de Méaudre en septembre. Le Festival d'humour et de création de Villard-de-Lans en octobre. Le festival du film pour enfants à Lans-en-Vercors pendant les vacances de Noël. Le Festival international du film "Montagne et Aventure" d'Autrans, en décembre. À Corps, le Festival "Les Nuits Musicales", de fin juillet à mi-août. À Voiron, le Festival de jazz de Voiron, début avril, le Festival des cultures du monde, début juillet. À Mens, le Festival "Mens Alors", de fin juillet à début août. À Saint-Antoine-l'Abbaye, le Festival de musique sacrée de fin juin à fin septembre et festival de théâtre contemporain "Textes en l'air" en juillet. Le festival des randonnées musicales du Ferrand qui a lieu chaque année dernière semaine de juillet et première d'août. À l'Alpe-d'Huez se déroule le grand festival Tomorrowland dans sa version hiver : Tomorrowland Winter Les résidences secondaires. Selon le recensement général de la population du , 8,8 % des logements disponibles dans le département étaient des résidences secondaires. Ce tableau indique les principales communes de l'Isère dont les résidences secondaires et occasionnelles dépassent 10 % des logements totaux. On peut remarquer que les communes concernées se situent, essentiellement, dans des stations de sport d'hiver. Sources :
Indonésie L’Indonésie, en forme longue la république d'Indonésie (en indonésien et ) est un pays transcontinental principalement situé en Asie du Sud-Est. Avec, comptabilisées à ce jour, , dont 922 habitées, il s'agit du plus grand archipel au monde. Avec une population estimée à de personnes, composée de plus de ethniques et parlant plus de 700 langues, c'est le quatrième pays le plus peuplé au monde et le premier pays à majorité musulmane pour le nombre de croyants. L'Indonésie est une république dont la capitale est Jakarta, et qui doit être transférée dans une nouvelle ville nommée Nusantara, sur l'île de Bornéo, à partir de 2024. Dans les premiers siècles av. J.-C., l'archipel indonésien est une importante région d'échanges avec l'Inde et la Chine au cœur d'un réseau centré sur le Fou-nan. Les chefs de ces cités portuaires indonésiennes adoptent des modèles culturels, religieux et politiques indiens. À partir du , le centre des échanges se déplace vers le royaume de Sriwijaya dans le sud de Sumatra. Le voit se développer dans le centre de Java une culture du riz prospère qui permet à différents royaumes de bâtir de grands monuments religieux. C'est le début de la période classique indonésienne. Avec le déclin de la route de la soie, le détroit de Malacca devient un carrefour maritime majeur pour le commerce entre l'Indonésie et la Chine d'une part et l'Inde et le Moyen-Orient d'autre part. L'archipel indonésien est intégré à un réseau commercial international bientôt dominé par des marchands musulmans. Les princes des ports se convertissent progressivement à l'islam. Au , l'âge des Grandes découvertes, les puissances européennes cherchent à accéder directement aux Moluques, région productrice d'épices. En 1511, les Portugais de Goa conquièrent Malacca et s'y établissent. Les Néerlandais les chassent en 1605. Au , ils éliminent leur rival dans l'Est de l'archipel, dans ce qui deviendra le royaume de Gowa, et s'établissent à Java. L'île est minée par les guerres de succession du royaume de Mataram qui cède peu à peu une partie de ses territoires aux Néerlandais. Au , les colonisateurs peuvent commencer l'exploitation économique de l'île et imposer leur loi au reste de l'archipel. Un mouvement national naît au début du . En 1945, Soekarno et Mohammad Hatta proclament l'indépendance de l'Indonésie. Les années 1950 sont marquées par de nombreux mouvements séparatistes. À la suite des événements de 1965-66, le général Soeharto prend le pouvoir. Il démissionne en 1998, ce qui permet au pays d'entamer le début d'un processus de démocratisation. À travers ses nombreuses îles, l'Indonésie comprend de nombreux groupes distincts culturellement, linguistiquement et religieusement. Les Javanais forment la population la plus représentée sur le plan du nombre et de l'influence politique. En tant qu'État unitaire et en tant que nation, l'Indonésie a développé une identité commune en définissant une langue nationale appelée « indonésien » (qui est une des formes du malais), et en respectant sa diversité et le pluralisme religieux au sein de sa majorité musulmane. Malgré sa forte population et ses régions densément peuplées, l'Indonésie comporte de vastes zones sauvages, ce qui donne au pays une grande biodiversité même si ce patrimoine régresse à cause d'activités humaines en forte augmentation. Étymologie. Le nom « Indonésie » est un néologisme tiré des mots grecs "Indos", signifiant « Indien », et "nêsos", signifiant « île ». Ce nom date du , bien avant la formation de l'Indonésie indépendante. En 1850, l'ethnologue anglais George Earl crée le terme « "Indu-nesians" » pour désigner les habitants des archipels indonésien et philippin ainsi que ceux de la péninsule de Malacca. Un de ses étudiants, James Richardson Logan, utilise le nom « Indonésie » comme synonyme d'« archipel indien ». Néanmoins, les universitaires néerlandais écrivant sur les Indes orientales néerlandaises n'étaient pas très enclins à utiliser le nom « Indonésie ». Ils utilisent plus volontiers les termes d'« Archipel malais » ("Maleische Archipel"), « Indes orientales néerlandaises » ("Nederlandsch Oost Indië" raccourci par "Indië"), "de Oost" (« l'Est ») ou encore "Insulinde" (terme introduit en 1860 dans le roman "Max Havelaar" de Multatuli où le colonialisme néerlandais est critiqué). À partir de 1900, le nom « Indonésie » est utilisé de manière commune par les universitaires aussi bien étrangers que néerlandais et également par les groupes nationalistes indonésiens. Adolf Bastian, de l'université de Berlin, popularisa le nom dans les milieux universitaires néerlandais à travers son livre "Indonesien oder die Inseln des Malayischen Archipels, 1884-1894". Le premier Indonésien à utiliser le nom « Indonésie » est le journaliste Ki Hajar Dewantara lorsqu'il établit un bureau de presse aux Pays-Bas sous le nom d"Indonesisch Pers-bureau" en 1913. Géographie. Géographie physique. Données synthétiques. Selon le "CIA World Factbook", l'Indonésie est constituée de . D'après des estimations du gouvernement indonésien en 2008, 922 d'entre elles sont habitées. Elle s'étend des deux côtés de l'équateur. Les quatre plus grandes îles sont Célèbes, Sumatra, Kalimantan (partie indonésienne de Bornéo) et la Nouvelle-Guinée (partagée avec la Papouasie-Nouvelle-Guinée). L'Indonésie a des frontières terrestres communes avec la Malaisie sur les îles de Bornéo et Sebatik, la Papouasie-Nouvelle-Guinée en Nouvelle-Guinée et avec le Timor oriental sur l'île de Timor. L'Indonésie a des frontières maritimes avec Singapour, la Thaïlande, Palaos, la Malaisie, les Philippines et l'Australie au sud. La capitale du pays est Jakarta, sur l'île de Java. C'est la plus grande ville du pays, suivie par Surabaya, Bandung, Medan et Semarang. Le gouvernement a annoncé en 2019 qu'il comptait installer la capitale dans une nouvelle ville (Nusantara) qui sera construite sur l'île de Bornéo. Les raisons invoquées sont la position plus centrale et le peu de risques naturels du nouvel emplacement, ainsi que la surpopulation et l'enfoncement dans les eaux de Jakarta. Le transfert devrait commencer en 2024. Avec ses , l'Indonésie est le plus grand pays du monde en superficie. Sa densité de population est de par kilomètre carré, la mondiale, Java étant l'île la plus peuplée du monde avec une densité de population de par kilomètre carré. Avec d'altitude, le Puncak Jaya en Papouasie est le point culminant de l'Indonésie. Le lac Toba, à Sumatra, est le plus large lac volcanique avec une étendue de kilomètres carrés. Les fleuves les plus longs du pays sont à Kalimantan, le Mahakam et le Barito, qui servent de moyen de communication et de transport entre les différentes installations sur les rives des fleuves. L'archipel est bordé à l'ouest par l'océan Indien et à l'est par l'océan Pacifique, et comprend en son sein des mers comme la mer de Java, la mer de Banda, la mer de Célèbes ou encore la mer des Moluques. L'Indonésie est située à la convergence de la plaque pacifique, de la plaque eurasiatique et de la plaque australienne. Il en résulte une très forte activité volcanique et des tremblements de terre fréquents. Le pays compte au moins 150 volcans actifs, dont le Krakatoa et le Tambora, tous les deux célèbres pour leurs éruptions dévastatrices au . L'éruption du supervolcan Toba il y a a été l'une des plus grandes éruptions de la préhistoire humaine et une catastrophe planétaire. Le pays a également dû faire récemment face à des catastrophes naturelles importantes comme le tsunami de 2004 dont on estime les victimes à Sumatra à et le tremblement de terre de Yogyakarta de 2006. D'autre part, les cendres volcaniques ont beaucoup contribué à la fertilité des sols, ce qui permit à l'agriculture de se développer et de maintenir possible l'alimentation des îles densément peuplées comme Java et Bali. Climat. Par sa situation, l'Indonésie présente soit un climat tropical, avec alternance de saison humide et de saison sèche, soit un climat équatorial, sans variation ni de température, ni de pluviométrie, humide toute l'année. Les précipitations annuelles moyennes varient, à basse altitude, entre jusqu'à, dans les régions montagneuses, . Les régions montagneuses sont situées en particulier sur la côte ouest de Sumatra, l'ouest de Java, Kalimantan, Sulawesi et la Papouasie, et sont très arrosées. Le taux d'humidité est souvent très haut, avoisinant 80 %. La température moyenne varie peu au fil de l'année ; la température moyenne quotidienne à Jakarta varie entre 26 et . L’Indonésie sera le pays le plus affecté par les inondations provoquées par le réchauffement climatique. La Banque asiatique de développement estime qu'avant l’an 2050, de maisons indonésiennes seront envahies par les eaux et seront submergées par la montée du niveau de l’océan. Ce processus est déjà en cours et force de nombreux Indonésiens à l’exil. Géographie administrative. L'Indonésie est divisée en une succession de quatre niveaux d'unités de gouvernement territoriales qui sont, en allant de la plus grande à la plus petite unité : Espace très étendu et aux populations très variées, l'Indonésie est un État unitaire qui, en 1999, a accordé une certaine autonomie aux "kabupaten" (départements), qui sont par ailleurs des subdivisions des provinces. Ces dernières sont au nombre de 33 en 2007, 7 ayant été créées depuis 2000, généralement sur la base de spécificités culturelles et historiques. Les provinces d'Aceh, de Papouasie et de Papouasie occidentale ont reçu un statut d'autonomie spéciale qui leur donne une plus grande autonomie législative vis-à-vis du gouvernement central, par rapport aux autres provinces. Jakarta étant fortement menacée par la montée du niveau de la mer sous l'effet du réchauffement climatique et par le pompage excessif des eaux souterraines, le gouvernement annonce en 2019 sa décision de transférer la capitale dans une autre ville, Nusantara. Faune, flore et environnement. D'après l’Agence française de développement (AFD) : « l’Indonésie est très exposée aux conséquences du changement climatique, qui sont déjà présentes : hausse des températures, des précipitations, des inondations, élévation du niveau de la mer, glissements de terrain et sécheresse ». La taille de l'Indonésie, son climat tropical, et le fait que ce soit un archipel, donnent au pays le statut de seconde zone de biodiversité du monde (après le Brésil). Sa faune et sa flore mêlent espèces asiatiques et australasiatiques. Anciennement reliées à l'Asie, les îles de plaque continentale de Sunda (Sumatra, Java, Bornéo et Bali) possèdent une riche faune asiatique. De grandes espèces comme les tigres, les rhinocéros, les orangs-outans, les éléphants ou les léopards étaient abondantes jusqu'à Bali à l'est du pays, mais le nombre et la répartition de ces espèces se sont fortement réduits. Les forêts couvrent environ 60 % du pays. À Sumatra et Kalimantan, les espèces prédominantes sont asiatiques. Néanmoins, les forêts des plus petites îles ou de celles plus densément peuplées comme Java, ont été largement remplacées par des zones d'habitation et d'agriculture. Sulawesi, Nusa Tenggara et les Moluques, ayant été séparées depuis plus longtemps des continents, ont développé une faune et une flore uniques. La Papouasie, ancienne partie de l'Australie, est le lieu d'une faune et d'une flore uniques proches de celles de l'Australie, incluant par exemple plus de d'oiseaux. L'Indonésie est seconde après l'Australie en ce qui concerne le degré d'endémisme, avec par exemple 26 % des d'oiseaux ou 39 % des de mammifères étant endémiques. Les de côtes de mers tropicales de l'Indonésie contribuent également au haut niveau de biodiversité du pays. L'Indonésie abrite 47 grands écosystèmes naturels distincts où sont répertoriées environ 17 % des espèces de la planète ; probablement 11 % des plantes à fleurs, 12 % des mammifères et 37 % des poissons. Parmi ces écosystèmes, figure une grande variété d'écosystèmes maritimes et côtiers comme des plages, des dunes, des estuaires, des mangroves, des récifs coralliens ou des vasières. Le naturaliste anglais Alfred Russel Wallace, décrivit une ligne de division entre la distribution des espèces asiatiques et australasiennes. À l'ouest de cette ligne, connue sous le nom de ligne Wallace, les espèces sont asiatiques, et à l'est, elles sont de plus en plus australiennes. Dans son livre de 1869, "The Malay Archipelago", Wallace décrit de nombreuses espèces uniques à cette région. La région des îles se trouvant entre la ligne et la Nouvelle-Guinée est aujourd'hui appelée Wallacea. La forte population et l'industrialisation rapide de l'Indonésie créent de nombreux problèmes environnementaux auxquels la priorité n'est pas donnée en raison de l'instabilité politique et du niveau de pauvreté du pays. Les problèmes concernent entre autres la déforestation massive (souvent illégale) et les feux de forêt causant l'apparition de brume sèche au-dessus de l'ouest de l'Indonésie, de la Malaisie et de Singapour. Ils concernent également la surexploitation des ressources marines et les problèmes ayant trait à l'urbanisation et le développement économique rapides causant des problèmes de pollution de l'air, d'embouteillages, de gestion des déchets et de retraitement des eaux usées. La perturbation écologique menace de nombreuses espèces indigènes dont de mammifères répertoriées par l'UICN parmi lesquelles 15 sont en danger critique. L'Indonésie compte aujourd'hui 51 parcs nationaux. Six millions d’hectares de forêts ont été perdus entre 2000 et 2012. D'après les ONG, la perte nette représente près d’un tiers de la forêt tropicale de Sumatra. Les multinationales emploient essentiellement la méthode du brûlis après avoir abattu les arbres. Cette technique sert à fertiliser rapidement de nouvelles terres. Seulement, cette méthode, pratiquée à l’échelle industrielle, génère une très grande pollution. En 2015, deux millions d’hectares sont ainsi partis en fumée, principalement sur Kalimantan (île de Bornéo), et Sumatra. Ce feu de forêt gigantesque a dégagé dans l’atmosphère de tonnes de . La capitale du pays, Jakarta dépasse régulièrement de 4 ou 5 fois les recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé relatives à la pollution atmosphérique. En comparaison de la période 2000-2013, l'Indonésie a perdu en moyenne 62 % de forêts de plus chaque année entre 2014 et 2016 Après la décision de la Chine de cesser d’être la « poubelle du monde » en important les déchets plastiques des pays occidentaux, les importations de déchets plastiques en Indonésie ont augmenté de 56 % en 2018. Histoire. Préhistoire. Des restes fossilisés d’"Homo erectus", connus sous le nom d'homme de Java, suggèrent que l'archipel indonésien était peuplé il y a d'années. Sur l'île de Florès fut retrouvée une espèce supposée d'hominidés aujourd'hui disparus : l'Homme de Florès ("Homo floresiensis"). À l'époque de la glaciation de Würm, le niveau des mers est plus bas qu'aujourd'hui et la partie occidentale de l'archipel indonésien, qui fait partie du plateau continental appelé "Sunda", est à cette époque reliée au continent asiatique. L'Indonésie est alors le lieu de passage des migrations qui, de avant le présent, vont de l'Asie vers l'Australie. Plus tard, d'autres migrations ont lieu d'Australie vers ce qui est aujourd'hui la Nouvelle-Guinée, car les deux forment un plateau continental appelé "Sahul". Les migrations de population de langues austronésiennes, qui forment la majorité de la population moderne, commencent vers 2000 depuis Taïwan vers les Philippines. Vers 1500, d'autres migrations austronésiennes commencent vers l'Indonésie et le Pacifique. Premiers royaumes. La position stratégique de l'Indonésie comme carrefour maritime favorise les liens entre les îles et le commerce avec l'Inde et la Chine. Au de notre ère, l'ouest de l'Indonésie fait partie d'un réseau d'états portuaires qui commercent entre eux et avec l'Inde et la Chine. C'est ainsi que le clou de girofle, apporté en Inde par des commerçants de l'archipel indonésien et de là, acheminé au Moyen-Orient, est connu dès l'Antiquité. Le centre de réseau est alors le royaume du Fou-nan, situé dans le sud de l'actuel Viêt Nam. Le déclin du Fou-nan déplace le centre de ce réseau vers le sud de Sumatra. Au , la cité de Sriwijaya connaît un essor important grâce à son contrôle du commerce maritime dans le détroit de Malacca. Le commerce a depuis cette époque fondamentalement façonné l'histoire indonésienne. Dans le centre de Java, des conditions idéales pour l'agriculture et la maîtrise de la technique des rizières dès le permettent le développement d'une riziculture prospère. Entre les , les souverains du centre de Java, dont les plus connus sont les dynasties Sailendra, bouddhiste, et Sanjaya, hindouiste, parviennent à la fois à respecter l'autonomie des villages et à construire de grands monuments religieux comme le temple bouddhiste de Borobudur et le complexe religieux hindouiste de Prambanan. On est dans ce que l'on appelle la « période classique indonésienne ». À la fin du , le centre du pouvoir s'est déplacé du centre à l'est de Java. Là aussi, une agriculture prospère fait de l'île le grenier à riz de l'archipel, assurant la puissance des royaumes successifs de Kediri, Singasari et finalement Majapahit, fondé à la fin du . Sous le règne de Hayam Wuruk (règne 1350-89), ce dernier est la puissance dominante de l'archipel. Cette période est souvent mentionnée comme étant « l'âge d'or » de Java. Royaumes musulmans. Les marchands musulmans de Perse, d'Inde et de Chine abordent dans les ports de l'archipel indonésien. Sans doute au , des princes du nord de Sumatra se convertissent à l'islam, désireux de s'intégrer dans ce réseau commercial. Majapahit commerçait avec des royaumes musulmans indiens, comme celui de Gaur. Des tombes musulmanes datées du , situées dans un cimetière sur le site de Trowulan et portant un symbole du royaume hindou-bouddhique de Majapahit surnommé "Soleil de Mahapahit", suggèrent que des personnages importants du royaume, sans doute membres de la famille royale, se convertissent à l'islam. L'essor du commerce à l'intérieur même de l'archipel se traduit par la diffusion de l'islam. Les voient ainsi l'essor des États côtiers musulmans, dont le plus prospère est Malacca sur la péninsule Malaise, qui devient le plus grand port d'Asie du Sud-Est. À Java, les principautés de la côte nord, le "Pasisir", certaines fondées par des Chinois musulmans, s'affranchissent peu à peu de leurs suzerains hindou-bouddhiques de Majapahit. Le plus puissant d'entre eux est Demak. À la fin du , une nouvelle puissance du centre de Java, le royaume de Mataram, entreprend la conquête de ces cités portuaires musulmanes. Il oblige les cités côtières à détruire leur flotte et interdit le commerce maritime. Ce royaume se proclame l'héritier de Majapahit. Sous Mataram s'épanouit une culture de cour dont les références continuent d'être les modèles représentés par les grandes épopées indiennes du Mahabharata et du Ramayana. Dans la partie orientale de Java, la principauté de Blambangan échappe au contrôle de Mataram et est vassale de Bali. Ces princes, hindouistes, seront contraints en 1770 de se convertir à l'islam par les Hollandais, soucieux de soustraire l'est de Java à l'influence balinaise. Au , dans le nord de Sumatra, sous le règne d'Iskandar Muda, le sultanat d'Aceh entreprend la conquête des régions côtières de l'île, aussi bien de l'est sur le détroit de Malacca, que de l'ouest sur l'océan Indien. Dans l'est de l'archipel, sous le sultan Hasanuddin, le royaume de Gowa, dont les souverains se sont convertis à l'islam en 1605, soumet l'une après l'autre chaque principauté du sud de Sulawesi. Déclin des royaumes indonésiens et essor de la puissance néerlandaise. Les Portugais, qui ont pris Goa en Inde en 1510, conquièrent Malacca en 1511. Ils sont dirigés par Francisco Serrão et cherchent à monopoliser les sources de noix de muscade, de clou de girofle et de cubèbe dans les Moluques. Ils signent dans le port de Kalapa un traité de paix avec le royaume sundanais de Pajajaran. S'appuyant sur leur base de Malacca, ils passent des alliances avec les princes moluquois et établissent des postes de commerce, des forts et des missions dans les Moluques, principalement sur Ambon, Ternate et les îles Solor. En 1575, ils sont expulsés du sultanat de Ternate. En 1596, l'explorateur néerlandais Cornelis de Houtman parvient avec une flottille à Sumatra et Banten. Alors que les chroniques orangistes font d'emblée de cette expédition le début de l'aventure hollandaise en Indonésie, les sources malaise et javanaise ne font pratiquement pas mention de cette rencontre qui offre peu d'intérêt de leur côté, ce qui souligne la vision européocentriste de ces expéditions. En 1602, le parlement néerlandais donne à la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC) le monopole des activités commerciales et coloniales en Indonésie, prenant ainsi à revers le pouvoir hispanique de Philippe d'Espagne sur son côté asiatique. À partir de 1605, ils expulsent les Portugais d'Ambon, des Moluques du Nord et des îles Banda. Les Portugais restent établis au Timor oriental mais laissent aux Moluques une certaine influence culturelle (langue, arts). En 1619, la VOC conquiert la ville de Jakarta, à l'ouest de Java, où ils fondent la ville de Batavia (aujourd'hui Jakarta). La Compagnie prend le contrôle de la politique javanaise et combat le sultanat de Mataram et le sultanat de Banten. Elle parvient, contrairement aux Portugais, à contrôler le commerce d'épices dans l'archipel. Elle utilisa la division des petits royaumes javanais pour s'établir de manière permanente dans ce qui devint l'une des plus riches possessions coloniales du monde. Dans la deuxième moitié du , après la mort du Sultan Agung, Mataram est miné par les guerres de succession et doit céder petit à petit des territoires aux Hollandais. Ceux-ci défont Gowa en 1664 et contrôlent désormais l'est de l'archipel. À la fin du , la VOC contrôle également toute la côte nord de Java. En 1800, la VOC est dissoute pour banqueroute. De 1808 à 1811, Herman Willem Daendels devient gouverneur-général des Indes orientales néerlandaises, nommé par Louis Bonaparte, roi des Pays-Bas, et réforme l'administration coloniale. En 1811, les Britanniques occupent les Indes néerlandaises, presque pacifiquement, car les militaires néerlandais sur place, refusent la domination française du royaume des Pays-Bas, et l'Europe des Bonaparte. Le britannique Thomas Stamford Raffles devient lieutenant-gouverneur de Java de 1811 à 1814. En 1824, par le traité de Londres entre les Britanniques et les Néerlandais, le contrôle des territoires revendiqué au sud de Singapour revient aux Néerlandais. Le monde malais se retrouve divisé en deux. Entre 1825 et 1830, la guerre de Java met aux prises le gouvernement colonial avec une partie de l'aristocratie javanaise, dirigée par le prince Diponegoro. Celle-ci prend fin grâce à l'arrestation de Diponegoro. Les Hollandais peuvent alors mettre en place le "cultuurstelsel", un système d'agriculture forcée orienté vers les cultures commerciales. Ce système enrichit considérablement les Pays-Bas. Les paysans indonésiens sont alors obligés, par an, de travailler pour le gouvernement. Le système sera aboli en 1870. En 1901, les Néerlandais lancent ce qu'ils nomment la politique éthique. Elle inclut des réformes politiques mineures et l'éducation des populations indigènes. La paix à Java permet également aux Hollandais de soumettre progressivement les différents États princiers du reste de l'archipel, à Sumatra, dont notamment le sultanat d'Aceh, mais aussi à Bornéo et dans les Petites îles de la Sonde. En 1908, la fin de la conquête de Bali et de la guerre d'Aceh parachève la formation des Indes néerlandaises. Contrairement aux autres puissances coloniales, les Néerlandais ont peu laissé d'héritage linguistique dans leur colonie, au point qu'actuellement pas un Indonésien sur dix mille ne pratique le néerlandais. Cependant certains mots néerlandais sont passés dans la langue indonésienne (comme « wortel » : carotte, du néerlandais "wortel", ou « koran » : journal, du néerlandais "krant"). Mouvement national. On considère que la création, cette même année, du "Budi Utomo" par de jeunes nobles javanais marque le début du mouvement national indonésien. Un « Serment de la Jeunesse » est prononcé en 1928, émettant le vœu de créer une patrie indonésienne. Le débarquement en 1942 des Japonais dans les Indes orientales néerlandaises en pleine Seconde Guerre mondiale est accueilli par la majorité du mouvement nationaliste avec l'espoir d'obtenir l'indépendance. Seconde Guerre mondiale. Le 8 décembre 1941, le Japon, État faisant partie de l’Axe, envahit l’Indonésie alors que les Pays-Bas sont envahis par l’Allemagne. La politique d’occupation du Japon oblige d’après un rapport tardif de l’ONU à d’indigènes d’être employés dans des travaux forcés comme le « chemin de fer de la mort ». Quant aux colons néerlandais, métis ou autre ressortissants occidentaux, ils furent déportés dans des camps où le taux de mortalité était de 25 %. À la fin de la guerre, 10 % des (principalement Néerlandais) moururent. Indépendance. Durant la plus grande partie de la période coloniale, le contrôle néerlandais était réduit. C'est seulement au début du que la domination néerlandaise s'étendit dans les frontières actuelles de l'Indonésie. L'invasion du territoire puis son occupation par les Japonais lors de la Seconde Guerre mondiale, dont les pertes humaines sont estimées à quatre millions de morts, mit fin à cette domination et encouragea le mouvement pour l'indépendance de l'Indonésie autrefois étouffé. Deux jours après la capitulation du Japon, le , Soekarno et Mohammad Hatta proclament l'indépendance du pays et deviennent respectivement le premier président et le premier vice-président du pays. Les Pays-Bas tentent alors de rétablir leur pouvoir provoquant une lutte diplomatique, un conflit armé et une révolution sociale appelée "Revolusi". Cette période s'achève le avec la création de la république des États-Unis d'Indonésie, les Pays-Bas reconnaissent l'indépendance partielle du pays. Le , le gouvernement proclame le retour à l'état unitaire. La Nouvelle-Guinée occidentale ne sera incorporée à la nouvelle république d'Indonésie qu'en 1962 à la signature de l'accord de New York. Période Soekarno. Les années 1950 sont marquées par de nombreuses rébellions séparatistes : "Darul Islam" pour la création d'un état islamique en Indonésie, la constitution de la république des Moluques du Sud, les mouvements de la Permesta à Sulawesi du Nord et du PRRI à Sumatra occidental. En 1955 se tiennent les premières élections parlementaires. En 1957, Soekarno dissout l'assemblée constituante issue des élections de 1955 et établit la « démocratie dirigée ». En 1955 se tient également la conférence de Bandung. L'Indonésie est un des plus fervents défenseurs du principe de non-alignement et d'indépendance du tiers monde. Soekarno est obligé de composer avec deux formations importantes dans les pays : les forces militaires et le parti communiste indonésien ("PKI"). Au cours des années 1960 Soekarno infléchit sa politique vers le communisme en instituant le principe du Nasakom. Période Soeharto. Dans les années 1960, les tensions montent dans la population, et plus encore dans l'armée entre conservateurs et procommunistes. Le octobre au matin, un officier de la garde présidentielle, le lieutenant-colonel Oentoeng, annonce qu'un complot fomenté par l'armée contre Soekarno a été déjoué. La nuit précédente, six des principaux généraux de l'armée de terre indonésienne ont été tués sur la base aérienne de Halim. Le général Soeharto, qui commande le corps du , organise la répression contre ce que l'Armée de terre va s'empresser d'appeler "GErakan September TigAPUluh", c'est-à-dire le « Mouvement du 30 septembre 1965 » (sur lequel est créé l'acronyme évocateur de "Gestapu"). Soeharto ordonne la dissolution du "PKI", que l'armée accuse d'avoir organisé la tentative de coup d'État. La thèse du complot communiste a plus tard été démontée par des universitaires américains se basant entre autres sur des rapports de la CIA. Ils suggèrent au contraire que Soeharto était dans la confidence du coup d'Etat qu'il a lui-même réprimé. Rapidement le parti communiste est interdit et les militants et sympathisants communistes massacrés de façon systématique. Le nombre de victimes des massacres qui s'ensuivent est estimé entre et de personnes. Plus d’un million de personnes sont détenues sans procès pendant des années, pour beaucoup torturées. Leurs familles et leurs descendants sont privés de droits politiques comme d’accès à l’université et à l’administration. Les historiens interrogent la responsabilité du gouvernement américain, qui a fourni à l'armée indonésienne des listes de militants communistes. Les services secrets britanniques, qui menaient depuis des années une campagne de propagande et de désinformation en Indonésie pour déstabiliser le gouvernement de Soekarno, ont également encouragé l'armée indonésienne à procéder à l’extermination des militants communistes. En , Soeharto force Soekarno, dont la force politique est affaiblie, à lui transférer le pouvoir. Celui-ci est nommé officiellement président en avec le soutien du gouvernement américain. « Les massacres de 1965 ont marqué la naissance du régime de l’"Ordre nouveau”, explique la chercheuse Saskia Wieringa. En détruisant le PKI, le général Suharto a considérablement affaibli le pouvoir du président Sukarno, proche des idées communistes et cofondateur du Mouvement des pays non-alignés, avant de prendre le contrôle de l’Etat. » Pendant les trente années suivantes, Soeharto exerce un pouvoir dictatorial. Les restes du PKI qui cherchent à se reconstituer en sont les premières victimes : en 1968-1969, dans la province de Purwodadi (Kabupaten de Grobogan, au centre de Java), deux cents villages « infectés » de communistes sont purgés par l'armée, sans doute au prix de 6 000 victimes environ. En décembre 1975, l'Indonésie envahit et annexe l'ancienne colonie portugaise du Timor oriental, soumettant la population locale à une terrible répression. Les massacres causent la mort d'environ , soit le quart de la population du pays. Construction démocratique. En 1997 et 1998, l'Indonésie est le pays le plus touché par la crise économique asiatique. Comme les autres pays asiatiques, l'Indonésie fait face à un afflux massif de capitaux étrangers qui se retirent ensuite, déstabilisant la monnaie puis l'économie des pays. La dévaluation de la roupie indonésienne, est alors suivie de celle du ringgit malais puis du peso philippin et des monnaies de Corée du Sud, Taïwan, Singapour et Hong Kong, avec la fin au système de change fixe ou quasi-fixe qui régnait depuis des décennies dans ces pays. Le mécontentement populaire s'amplifie et mène aux émeutes de Jakarta de mai 1998. Soeharto démissionne et son vice-président, Bacharuddin Jusuf Habibie, devient président. En août 1999 se tient à Timor oriental un référendum proposant à la population du territoire une autonomie régionale dans le cadre d'un maintien dans la république d'Indonésie. Près de 80 % des votes refusent la proposition. Après d'occupation militaire par l'Indonésie qui fut marquée par la condamnation par la communauté internationale de la répression brutale qui y sévissait, les Timorais de l'Est expriment leur souhait d'un détachement de l'Indonésie. Cette même année se tiennent les premières élections démocratiques d'Indonésie depuis 1955. Celles-ci voient la victoire d'Abdurrahman Wahid, destitué en 2001. Sa vice-présidente, Megawati Sukarnoputri, la fille de Soekarno, prend alors la présidence. Depuis 2000, l'Indonésie fait face à une vague d'attentats terroristes islamistes dont l'attentat de la Bourse de Jakarta en 2000 et celui de Bali en 2002. En 2004, grâce à un amendement de la constitution, se tient la première élection présidentielle au suffrage direct. Susilo Bambang Yudhoyono est élu président. Le pays peine à se défaire de la corruption institutionnalisée qui prévalait sous le dictateur Soeharto et connaît encore de nombreuses affaires de corruption impliquant aussi bien les milieux d’affaires que les autorités. Démographie. Données synthétiques. La population de l'Indonésie est estimée à plus de d'habitants en 2021. L'Indonésie est le quatrième pays le plus peuplé du monde après la Chine, l'Inde et les États-Unis. Il s'agit de la en nombre d'habitants. En 2012, de personnes vivaient sur Java, l'île la plus peuplée du monde. En 2016, 25,4 % de la population était âgée de moins de . L'indicateur de fécondité est de par femme de (2017). Sur la base de l'auto-déclaration, le recensement de 2010 dénombre plus de ethniques en Indonésie. Les linguistes dénombrent plus de 700 langues. Le groupe le plus nombreux sont les Javanais, qui représente 40 % de la population totale. Certains auteurs les décrivent comme politiquement et culturellement dominants. Viennent ensuite les Sundanais (16 %), les Malais (4 %) et les Batak (4 %). Il existe un sentiment national indonésien qui cohabite avec des identités régionales. Les dernières années du régime Soeharto et les premières années qui ont suivi sa démission en 1998 ont été marquées par des violences inter-religieuses et inter-ethniques. Ces dernières sont dues à l'installation dans certaines régions de populations originaires d'autres régions, soit de manière individuelle (comme les « BBM », Bugis, Buton et Makassar originaires de Sulawesi et établis aux Moluques), soit dans le cadre du programme de "transmigrasi" du gouvernement, dans le cas des Madurais de Kalimantan occidental. Les Chinois sont souvent décrits comme une minorité très influente. Ils passent pour contrôler la majorité des commerces privés et de la richesse du pays. Cette perception provoque un fort ressentiment envers eux et même des violences anti-chinoises. L'économiste indonésien George Aditjondro a démonté ce mythe. Le naturaliste britannique Alfred Russel Wallace avait noté la présence de « deux races très fortement contrastées [habitant] l’Archipel - les Malais [dans] la moitié occidentale […] et les Papous [en] Nouvelle-Guinée [dans] les îles adjacentes. Entre [les deux], on trouve des tribus qui sont aussi intermédiaires dans leurs caractéristiques principales ». Aujourd’hui dans le monde scientifique, on ne parle plus de « race » à propos des humains mais de « phénotype ». Ainsi, des généticiens peuvent écrire que « phénotypiquement, les groupes dans l’ouest sont similaires à leurs voisins d’Asie du Sud-Est continentale, que les groupes orientaux près de la Nouvelle-Guinée sont similaires aux Mélanésiens et que les populations entre les deux ont une apparence intermédiaire ». Ces mêmes généticiens, associés à d'autres, proposent un modèle de peuplement de l’archipel indonésien par "Homo sapiens" en quatre phases. La première est l’arrivée d’"H. sapiens" il y a au moins quarante-six mille ans. La deuxième est constituée de migrations de chasseurs-cueilleurs depuis l’Asie continentale au début de l’Holocène il y a moins de onze mille ans, qui ont laissé des témoignages d’une culture du Hoabinhien à Sumatra. La troisième est l’arrivée d’agriculteurs de langue austronésienne venus du nord il y a environ trois mille ans. Enfin, la dernière phase concerne les mouvements liés aux échanges commerciaux, qui commencent sans doute dès le avant notre ̠ère avec l'Inde, et plus tard avec la Chine. Religions. La liberté de religion est énoncée dans la constitution indonésienne. L'État reconnaît officiellement six religions : l'islam, le protestantisme, le catholicisme, l'hindouisme, le bouddhisme et le confucianisme. En 2010, 87,2 % de la population se déclarait musulmane, ce qui fait de l'Indonésie le pays du monde comptant le plus de musulmans. Cette même année, 7 % de la population se déclare protestante, 2,9 % catholique, 1,7 % hindouiste, 0,9 % autre (dont bouddhiste et confucianiste) et 0,4 % sans religion. L'hindouisme est particulièrement présent sur l'île de Bali. La plupart des bouddhistes d'aujourd'hui sont des Indonésiens d'origine chinoise. Si l'hindouisme et le bouddhisme sont aujourd'hui deux religions minoritaires en Indonésie, elles ont eu beaucoup d'influence dans le passé et ont défini des aspects de la culture du pays. L'islam est arrivé en Indonésie avec des marchands musulmans d'origine arabe, indienne et chinoise. Il s'est lentement diffusé en suivant les routes commerciales. Au terme de trois siècles, il était devenu la religion dominante dans l'archipel. La religion catholique romaine a été importée par les premiers colons et les missionnaires portugais. Le protestantisme a lui été apporté par les missionnaires luthériens et calvinistes néerlandais lors de la période coloniale. L'islam d'Indonésie est sunnite, ce qui est un des éléments de compréhension - parmi d'autres, se reporter au paragraphe Politique étrangère ci-dessous - de l'alliance avec l'Égypte, l'Arabie saoudite et l'Otan. En Indonésie, la religion est souvent pratiquée de manière syncrétique, influencée par les coutumes et les croyances locales, citons par exemple la fête chiite du Tabuik en pays Minangkabaus dans les deux provinces voisines de Sumatra occidental et Bengkulu, le christianisme chez les Bataks, et l'hindou-bouddhisme aux abords du mont Bromo. Langues. La langue officielle de l'Indonésie est l'indonésien ("bahasa indonesia"). Elle est enseignée dans les écoles et parlée par presque tous les Indonésiens. C'est la langue utilisée dans le commerce, la politique, les médias nationaux, l'école et les universités. C'est une forme du malais, un groupe de langues très proches les unes des autres au point de permettre une certaine intercompréhension. La norme officielle pour l'indonésien est le malais de Riau. En réalité, l'indonésien a adopté de nombreux mots de différentes langues régionales, notamment du javanais mais aussi du soundanais. Le malais était la "lingua franca" dans l'archipel indonésien, comme en témoignent les Européens qui arrivent dans la région au début du , notamment l'Italien Antonio Pigafetta, qui accompagnait Magellan dans son périple. Le malais était la langue que les Hollandais utilisaient pour s'adresser aux indigènes. C'était aussi une des langues de l'administration à partir de 1865. L'indonésien est toutefois distinct de ce malais véhiculaire. Il a été promu par les nationalistes dans les années 1920 et a été déclaré langue officielle en 1945. L'indonésien se caractérise en fait par une diglossie dans laquelle on peut distinguer un niveau formel, que certains linguistes appellent « élevé », et un niveau informel, qualifié de « bas ». Dans les situations de la vie courante, c'est le niveau informel qui est utilisé, mais il est déconseillé aux étrangers d'y recourir s'ils ne maîtrisent pas les deux niveaux de langues, car des impairs peuvent être commis. En outre, socialement, la difficulté est de comprendre à partir de quel moment on peut passer du registre formel à l'informel. Par ailleurs, la plupart des Indonésiens parlent également l'une des langues parmi les plusieurs centaines de langues locales ("bahasa daerah") existantes, souvent comme langue maternelle. Parmi ces langues, la plus parlée est le javanais, suivie par le sundanais. En Nouvelle-Guinée, il existe, en plus de ces langues, 500 langues papoues ou austronésiennes parlées. Après la période coloniale, le néerlandais reste parlé par quelques Indonésiens ( en 2007, souvent très partiels, et qui ne connaissent que quelques mots, souvent âgés de plus de ). Deux créoles néerlandais presque éteints se sont également formés sur l'archipel : le petjo (ou pecok) et le . Le néerlandais est aussi présent chez des citoyens néerlandais qui vivent en Indonésie, et qui ne sont pas des descendants de Néerlandais qui vivaient en Indonésie avant 1949: ce sont surtout des commerçants, ou des hommes d'affaires, et autres, dont des coopérants, dont les contrats de travail n'excèdent généralement pas de présence sur le territoire Indonésien, et les chiffres de ces ressortissants néerlandais sont très fluctuants, et changent d'une année à une autre. L'anglais est de nos jours une langue bien plus courante que le néerlandais, et il est estimé qu'au moins 1 % des Indonésiens maîtrisent l'anglais en seconde langue, en 2018, ce qui fait plus de de locuteurs en langue seconde de l'anglais. L'anglais est une langue très utile pour les secteurs du tourisme, et du commerce. En tout, il existe 742 langues différentes en Indonésie dont certaines sont éteintes ou en voie de disparition. Société. Fêtes et jours fériés. Les jours fériés en Indonésie, en dehors de la fête de l'Indépendance, reflètent la diversité religieuse et culturelle du pays et le respect des coutumes de celles-ci, indépendamment de la taille de la population concernée. Système éducatif. Il n'y a pas de crèches publiques en Indonésie. Divers systèmes d'éducation publique des jeunes enfants existent en Indonésie dont des écoles maternelles ("taman kanak-kanak") qui accueillent les enfants qui ont entre . L'école primaire ("sekolah dasar") commence à l'âge de et dure . Les cours ont généralement lieu le matin. À l'école primaire succède un premier cycle secondaire de dans les "sekolah menengah pertama". L'instruction est obligatoire jusqu'à la fin de ce premier cycle. Le deuxième cycle en "sekolah menengah atas", également d'une durée de , s'atteint après le passage d'un examen. Les élèves peuvent y suivre différents cursus : cours préparatoires pour l'université, formation professionnelle ou formation d'instituteur. Avant le début de la crise économique asiatique, le taux de scolarisation dans les écoles primaires était de 90 % mais il a chuté depuis. L'école a beau être obligatoire, elle engendre des frais pour les familles (l'uniforme entre autres), ce qui empêche les plus pauvres d'y accéder. Moins de la moitié des jeunes Indonésiens accèdent au cycle secondaire. L'accès à l'université, publique ou privé, nécessite le passage d'un examen difficile. Peu d'Indonésiens y accèdent. Les femmes représentent environ la moitié de la population universitaire. Les frais de scolarité étant très élevés, celles-ci sont globalement concentrées sur Java. Les cours de religion ("agama") sont obligatoires dès l'école primaire. Ils correspondent à la religion de chacun, les musulmans étudiant par exemple l'islam et la langue arabe. Les écoles privées, dépendant généralement de mosquées ou d'églises, sont très prisées bien que chères, car le niveau d'enseignement y est plus élevé. En 2006, 17,2 % du budget de l'état était considéré à l'éducation, ce qui est moins que ce qui est stipulé par la Constitution (20 %). Le taux d'alphabétisation du pays est de 87,9 %. Si l'école est obligatoire en Indonésie, le travail des enfants existe encore dans le pays (avec près de domestiques à Jakarta). Santé. Dans les grandes villes indonésiennes, il y a généralement des hôpitaux et des centres de soin publics ainsi que des cliniques privées. Dans les endroits reculés, ce sont les "puskesmas" (de Pusat Kesehatan Masyarakat, ou Centre de Santé Populaire), qui accueillent les patients. L'accès aux soins est gratuit dans les centres publics mais pas les médicaments ou la nourriture durant la période des soins. La qualité des soins dans le pays est dépendante de l'aide internationale. L’Organisation mondiale de la santé et le gouvernement ont mis en place une campagne de vaccination contre la tuberculose qui tue par an. L'Indonésie est le deuxième pays d'Asie ayant le plus grand nombre de nouveaux cas de lèpre par an. La propagation du SIDA y est actuellement très rapide. Les problèmes d'eau potable et de qualité de l'air ont un effet très néfaste sur la santé. Entre 2004 et 2007, des mesures importantes ont été mises en place contre la grippe aviaire. Le tabagisme est très répandu en Indonésie et pèse commercialement pour 1,2 % du produit intérieur brut. Les Indonésiens consacrent en moyenne 3,2 fois plus d'argent au tabac qu'aux dépenses de santé, entre autres pour l'achat des cigarettes locales : les "kreteks" aromatisés au clou de girofle. La médecine traditionnelle a encore une place prépondérante dans la société indonésienne. La mortalité infantile est élevée dans l'archipel (39/1000) même si une politique de formation de sages-femmes a été mise en place. L'espérance de vie en Indonésie est de . Homosexualité. L'homosexualité est passible de prison. Arts et culture. Les différents groupes ethniques d'Indonésie possèdent chacun une riche tradition. Le régime de Soeharto s'est efforcé de construire des « cultures régionales » ("kebudayaan daerah") sur la base des provinces. Cette action créait des artifices comme la « culture du Java oriental », la « culture du Kalimantan oriental » ou la « culture du Sulawesi du Nord », sans tenir compte d'une réalité culturelle plus complexe. En effet, une même province peut abriter différentes cultures traditionnelles, comme au Java oriental, où on peut au moins distinguer, si l'on se limite au critère linguistique, une culture de Banten, une culture betawi (Jakartanais « autochtones »), une culture sundanaise et une culture de Cirebon. Inversement, une même culture peut couvrir plus d'une province, comme la culture malaise, qu'on trouve dans les provinces de Sumatra du Nord, Riau et Jambi à Sumatra ainsi qu'à Kalimantan occidental et du Sud à Bornéo. Depuis la démission de Soeharto en 1998, diverses régions d'Indonésie essaient de promouvoir leur culture traditionnelle, en ne prenant plus comme référence le cadre administratif mais tout simplement le nom de la "suku" (« ethnie »). Il existe ainsi maintenant des organisations comme l'Institut de la culture minahasa, nom dans lequel se reconnaît un groupe de populations de la province de Sulawesi du Nord. Architecture. L'architecture indonésienne, à l'instar des autres aspects de la culture indonésienne, a emprunté à de nombreuses sources : indienne puis chinoise et arabe et enfin européenne, tout en gardant ses caractéristiques propres. À Java, l'architecture religieuse s'est développée dès le , laissant des monuments, imposants témoignages du passé, comme Borobudur (temple bouddhiste) ou Prambanan (complexe de temples hindouistes). C'est à partir du que les mosquées sont apparues et se sont répandues dans le pays. Il existe également en Indonésie, et particulièrement sur Java, de nombreux palais royaux ("kraton") ou princiers ("puro" ou "dalem"). L'architecture coloniale se développe à partir du . Certaines architectures sont néanmoins traditionnelles et n'ont été que peu influencées par l'extérieur : chez les Bataks, les Minangkabaus, les Dayaks, les Torajas ou encore les Danis. Aujourd'hui, le modernisme architectural a fait son entrée en Indonésie. Il fut introduit par Soekarno, ingénieur civil de formation, qui approuva et lança de grands projets architecturaux comme la mosquée Istiqlal, le stade Gelora-Bung-Karno ou le "Monumen Nasional". Artisanat. L'artisanat, à l'instar de l'art indonésien, reflète la diversité du pays. Certains auteurs distinguent les trois catégories suivantes : Il est plus simple de parler d'un artisanat traditionnel dans lequel les gens produisent les objets nécessaires à leur vie quotidienne, matérielle et spirituelle. La plupart des œuvres ont aujourd'hui perdu leur dimension spirituelle au profit d'une dimension économique et touristique. La forme artisanale la plus répandue d'Indonésie est celle du textile : l’"ikat" (tissage d'étoffes avec des motifs originaire de Nusa Tenggara mais répandu dans tout l'archipel), le "songket" (étoffe de soie entremêlées de fils d'or et d'argent), le "tapis" de Lampung ou encore le fameux "batik" (dessin avec de la cire et de la teinture sur les étoffes) javanais. La poterie indonésienne est brute et naïve sur Lombok, très influencée par la céramique chinoise dans la région de Singkawang. Elle très influencée par l'Occident et vernie sur Bali. La vannerie est très développée sur Lombok et chez les Dayaks avec des techniques de tissage du rotin traditionnelles. Les Torajas pratiquent le travail des perles alors que chez les Dayaks et sur Lombok, on travaille les cauris, petits coquillages de grande valeur. La sculpture sur bois est également très répandue en Indonésie. Ces sculptures avaient originellement pour but de protéger les maisons contre les mauvais esprits. Cette fonction est toujours présente. À Java par exemple, il existe un couple de figurines en bois, les "loro blonyo", qu'on expose lors d'un mariage à l'écart des mariés pour attirer sur eux les esprits malfaisants, ou à l'entrée d'une maison pour accueillir les visiteurs. À Nias, Sumba, dans le pays toraja et dans les villages ngaju et dusun à Kalimantan, les statues de bois représentant les ancêtres participent encore pleinement à la vie religieuse des communautés. Sur de nombreuses îles, des objets utilitaires sont sculptés en bois : des récipients en bambou à Sulawesi ou des bols en bois laqué à Sumatra par exemple. À Bali et Java en particulier, la fabrication de meubles ornés est très développée, notamment les meubles en teck ("jati"), très recherchés. Les masques en bois sculptés sont très fréquemment utilisés lors de rites communautaires ou dans le théâtre. Le travail du bronze en Indonésie a été introduit par la culture Dong Son (-]). L'apparition du travail du fer est plus tardif, en partie en raison de la rareté du minerai local, essentiellement d'origine météorique. À Java et dans les autres îles de l'ouest de l'archipel, on fabrique des "kriss", dagues d'apparat à la lame droite ou sinueuse richement travaillées. La région d'Aceh est spécialisée dans la bijouterie, surtout dans le travail de l'or. À Bali, les bijoux sont davantage en argent. Le quartier de Kotagede à Yogyakarta, à Java, est spécialisé dans la création d'argenterie et principalement, d'argenterie de table. Cinéma. Le premier film réalisé en Indonésie était un film muet, "Loetoeng Kasaroeng", réalisé en 1926 par les réalisateurs néerlandais G. Kruger et L. Heuveldorp. Il fut tourné à Bandung avec des acteurs locaux. Depuis lors, des centaines de films ont été produits par l'Indonésie. Durant l'occupation japonaise, l'industrie cinématographique indonésienne a été réquisitionné comme outil de propagande. Le gouvernement de Soekarno, le cinéma était utilisé pour diffuser des messages nationalistes et anti-Occident. L'importation de films étrangers était illégale. Durant l'ère Soeharto, la censure régissait la diffusion d'œuvres cinématographiques. Dans les années 1980, le cinéma indonésien connaît son âge d'or avec entre autres le succès des comédies de la Warkop. Le début de l'import de films étrangers dans les années 1990 fit perdre une partie de leur succès aux films locaux. Le nombre de films locaux produits passa de 115 en 1990 à 37 en 1993. L'essor de la contrefaçon et de la télévision contribua également à ce déclin. Les films alors produits sont surtout des séries B pour adultes, des vidéofilms et des téléfilms. Dans l'Indonésie post-Soeharto, le cinéma indépendant connaît un nouveau départ. Le premier vidéofilm d'animation indonésien, "Beauty and Warrior", sort en 2002. En 1998, le festival international du film de Jakarta (JiFFest) voit le jour. Il existe quelques complexes cinématographiques en Indonésie ainsi que de nombreuses salles indépendantes. Le film étranger le plus célèbre se passant en Indonésie est le film australien "L'Année de tous les dangers" de Peter Weir sorti en 1982. Danse. Quand on parle de « danse indonésienne », il faut distinguer deux choses : les danses traditionnelles (religieuses, protocolaires, rituelles ou de cérémonies), qui sont propres à un groupe donné, et la danse au sens moderne, qui concerne l'ensemble de l'Indonésie. Parmi les danses modernes, on trouve le "dangdut" et le "poco-poco". À Bali comme à Java, les danses traditionnelles peuvent avoir une fonction religieuse mais aussi cérémonielle. Ainsi, le "pendet" balinais ou le "bedhaya" javanais ont une fonction spirituelle, alors que le "legong" balinais ou le "serimpi" javanais ont un rôle cérémoniel. Les Minahasa du nord de Sulawesi pratiquent des danses en partie d'origine européenne comme le "katrili" ou quadrille et la "polineis" ou polonaise, résultat d'une influence qui remonte à l'époque de la colonisation de l'archipel. À Java, on reconnaît quatre écoles de danses de cour : celles du "kraton" de Surakarta, du "kraton" de Yogyakarta, du Puro Mangkunegaran (cour princière « mineure » de Surakarta) et du Puro Pakualaman (cour mineure de Yogyakarta). La danse est souvent mêlée au théâtre de marionnettes et à la musique dans les spectacles indonésiens. Gastronomie. La gastronomie indonésienne n'existe pas en tant que telle, il s'agit plutôt d'un ensemble de gastronomies régionales. L'influence des cuisines étrangères a fait changer la cuisine indonésienne au fil du temps. C'est tout d'abord la cuisine indienne qui l'a influencée, puis la cuisine chinoise. Enfin, ce sont les cuisines espagnole et portugaise puis finalement néerlandaise qui l'ont influencée. Elle est assez proche de la cuisine malaisienne. Le riz compose la base de la cuisine indonésienne. Parmi les préparations indonésiennes les plus connues, on trouve le saté, le "rendang", le "bakso" ou encore les "krupuk". De nombreux ingrédients locaux agrémentent la cuisine indonésienne : le lait de coco, le piment ("sambal"), la cacahuète (sauce saté), le soja (tofu et tempeh). Les fruits locaux y sont consommés tels quels ou préparés : le mangoustan, le ramboutan, le fruit du jacquier, le durian et la banane. Les Indonésiens consomment peu de porc ("babi") étant donné la prédominance de la religion musulmane dans le pays. Les plats avec du poulet ("ayam"), du canard ("bebek"), du bœuf ("sapi") ou du poisson ("ikan") sont, eux, très communs. Théâtre. Le théâtre indonésien traditionnel englobe les spectacles de danse scénarisée, le théâtre masqué balinais et plus généralement le "wayang". Le "wayang" est un spectacle de marionnettes traditionnelles. Le "wayang kulit" est un théâtre d'ombre avec des marionnettes plates en cuir. Il a un aspect rituel et dure plusieurs heures (initialement toute une nuit) lors d'évènements importants : fête du village, mariages… Il est surtout présent sur Java. Le "wayang golek" est un spectacle de marionnettes en bois vraisemblablement apparu vers le dans les royaumes musulmans certainement sous l'influence chinoise. À la suite du processus de démocratisation, un théâtre à l'occidentale commence à se développer dans le pays. Littérature et poésie. De nombreux peuples d'Indonésie ont une littérature relativement ancienne. Les Balinais et les Javanais ont une tradition commune au moins jusqu'au . Avant le , cette littérature est écrite dans une langue qu'on appelle vieux-javanais. Le texte le plus important de cette période est le "Nagarakertagama", une épopée écrite par Mpu Prapanca en 1365 qui fait l'éloge du roi Hayam Wuruk de Majapahit. Au , cette littérature s'écrit dans une langue qu'on appelle moyen-javanais. Le principal texte de l'époque est le "Pararaton", une chronique qui décline la généalogie des rois de Singasari et Majapahit. À la fin du , la conversion à l'islam du dernier prince hindou de Blambangan sous la pression des Hollandais sépare Bali de Java. À cette époque, la langue javanaise a déjà sa forme moderne. Les quelque de paix relative qui sépare la fin des guerres de successions javanaises de la guerre de Java (1825-30) vont voir éclore dans les cours royales et princières un renouveau littéraire. Le monument littéraire de cette époque est la "Serat Centhini", épopée mystique et paillarde de écrite aux alentours de 1814 à la demande d'un prince de Surakarta. Dans l'ouest de Java, les Sundanais possèdent une littérature dans leur propre langue. Les Bugis et les Makassar du sud de Sulawesi ont une tradition littéraire surtout faite d'épopées, dont le célèbre "La Galigo" (littérature Bugis) mis en scène par Bob Wilson en 2004. Dans l'ouest de l'archipel indonésien, l'essor de l'islam au et au se traduit par la floraison d'une littérature en malais d'inspiration religieuse, mais aussi héroïque. La poésie en malais s'est constituée autour de la forme du "pantun". L'auteur contemporain le plus connu d'Indonésie est certainement Pramoedya Ananta Toer qui a reçu en 1995 un prix Ramon-Magsaysay. Parmi les écrivains indonésiens modernes connus internationalement, on peut citer Chairil Anwar (poète de l’"Angkatan '45" ou « Génération 45 »), Taufiq Ismail (poète de l’"Angkatan '66" ou « Génération 66 »), Mochtar Lubis (auteur de "Twilight in Jakarta"), Ayu Utami (auteur de "Saman" et lauréate d'un prix du Prince Claus), Dewi Lestari et Eka Kurniawan (journaliste et nouvelliste). Musique. Il existe des centaines de formes différentes de musique en Indonésie. Celle-ci est souvent utilisée pour accompagner le théâtre et la danse. La forme de musique la plus emblématique d'Indonésie est le gamelan, un ensemble d'instruments de percussion métalliques, surtout présent sur Java. L'arrivée des Portugais au en Indonésie fut marquée par la diffusion de la musique keroncong. Au milieu du , sous l'occupation néerlandaise, le "tembang" et le "kacapi suling" apparaissent en pays Sunda. À Surakarta, dans les années 1920, le kroncong et le gamelan ont fusionné pour former le "langgam Jawa". Dans les années 1960, la culture musicale occidentale n'entre pas dans le pays et les cultures locales sont remises sur le devant de la scène. Gugum Gumbira modernise et popularise une musique locale, le jaipongan. Dans les années 1970, influencé par la musique filmi apparaît le dangdut dont Elvy Sukaesih et Rhoma Irama sont les célèbres représentants. Avec la démocratisation, les genres musicaux occidentaux se développent dans le pays et se mêlent avec la musique locale, on voit ainsi apparaître le hip-hop indonésien — Iwa K étant le premier et plus célèbre rappeur du pays — ou encore le jazz indonésien dans lequel le groupe Krakatau a inséré du gamelan. Anggun est une des chanteuses les plus populaires du pays, la plupart de ses albums se classant régulièrement numéro 1 des ventes. Le Heavy Metal est également très populaire en Indonésie (fait rare pour un pays à majorité musulmane) les sous-genre Death Metal, Grindcore et Groove Metal étant les plus appréciés par les metalleux Indonésiens, l'archipel compte environ . Jeux. Les loisirs indonésiens, à la suite de l'ouverture du pays, sont comparables aux loisirs occidentaux : loisirs culturels, sport, jeux vidéo ou encore la musique. Les jeux de société y ont néanmoins une part très importante. Hormis les échecs, le backgammon ou le mah-jong, l'Indonésie possèdent des jeux locaux dont le plus célèbre est le congklak, un jeu mancala. Il y a également en Indonésie une grande tradition de cerfs-volants ("layang-layang"). L'industrie des paris est également très développée par exemple, lors des combats de coqs, même si ceux-ci sont bien souvent illégaux. Sport. Les sports sont populaires en Indonésie aussi bien au niveau de la participation que du nombre de spectateurs. Les deux sports les plus populaires en Indonésie sont le football et le badminton. Les équipes de football sont financés par des entreprises et les sportifs y jouant travaillent dans les dites entreprises pour compléter leurs salaires. La Fédération d'Indonésie de football a été fondée en 1930, pendant l'époque coloniale néerlandaise. Le football australien y est également pratiqué. En badminton, les Indonésiens ont remporté de nombreux titres comme 13 Thomas Cups sur 24. L'un des joueurs de badminton le plus célèbre du pays, Rudy Hartono, a remporté sept fois de suite le championnat All England. Le joueur indonésien Taufik Hidayat a remporté une médaille d'or aux JO en 2004, en simple monsieur. Il est considéré comme une légende en Indonésie. D'autres sports classiques sont pratiqués en Indonésie, principalement le tennis (plusieurs trophées d'Asie remportés), le polo (pratiqué depuis l'époque coloniale) ou encore la course à pied. Bali possède des spots de surf très prisés des surfeurs du monde entier. Il y a de nombreux sports traditionnels encore pratiqués en Indonésie : l'art martial du "Pencak-Silat", le "sepak takraw", les courses de taureaux (les ' dans le Sumatra occidental ; les ' sur l'île de Madura) ou de canards volants (les "" dans le Sumatra occidental), les courses de bateau ou encore les concours de cerfs-volants. Les événements sportifs en Indonésie sont organisés par le comité national des sports appelé Comité national des sports d'Indonésie (ou KONI). Le comité a décidé, avec l'appui du gouvernement une Journée nationale des sports le 9 septembre. Des jeux nationaux, les Pekan Olahraga Nasional ont lieu tous les quatre ans. Le pays a organisé à deux reprises les Jeux asiatiques : la édition, en 1962 à Jakarta, et le édition, en 2018, à Jakarta et à Palembang. Médias et communication. La liberté de la presse dans le pays s'est considérablement améliorée avec la démocratisation du pays. Depuis 1998, le nombre de publications a augmenté considérablement. Des centaines de nouveaux magazines, journaux et tabloids sont apparus. Il existe également dix chaînes de télévision nationales qui concurrencent la chaîne d'État TVRI. Elles sont complétées par des chaînes régionales à travers tout le pays. Il en va de même pour la radio dont le service public est Radio Republik Indonesia. Des stations de diffusion pirates fleurissent également dans tout le pays. Internet est relativement répandu en Indonésie par 24 fournisseurs d'accès car c'est un moyen de communication efficace pour un archipel si morcelé. Politique. L'Indonésie est une république avec un régime présidentiel. En tant qu'État unitaire, le pouvoir est concentré au niveau du gouvernement national. À la suite de la chute de Soeharto en 1998, les structures politiques et gouvernementales indonésiennes ont été largement réformées. Quatre amendements à la constitution de 1945 ont redéfini le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire. Depuis le coup d’État militaire de 1965 toute propagation des idées communistes ou de leur représentation politique est interdite. Afficher des symboles comme la faucille et le marteau ou des images du révolutionnaire argentin Che Guevara peut conduire en prison. Des raids sont menés contre les librairies ou bibliothèques suspectées de contenir des ouvrages d'auteurs communistes. Répartition des pouvoirs. Pouvoir exécutif. Le président de l'Indonésie est le chef d'État, le commandant en chef de l'armée indonésienne, le responsable du gouvernement, des prises de décisions et des affaires étrangères. Le président nomme le conseil des ministres, ministres qui ne sont pas nécessairement des membres élus de la législature. L'élection présidentielle de 2004 fut la première fois où le peuple a élu au suffrage universel direct le président et le vice-président. Le président peut enchaîner au maximum deux mandats consécutifs de cinq ans. Les gouverneurs de province, élus jusqu'en 2005 par les parlements provinciaux, sont désormais au fur et à mesure élus au suffrage direct. Les préfets ("bupati") sont élus par les assemblées départementales et les maires ("walikota") par les assemblées municipales. Pouvoir législatif. La plus haute structure représentative au niveau national est l'Assemblée délibérative du peuple ("Majelis Permusyawaratan Rakyat" abrégé "MPR"). Son rôle principal est d'appuyer et d'amender la constitution, d'introniser le président et de formaliser les grandes lignes de la politique nationale. Le "MPR" comprend deux chambres : Les réformes menées depuis 1998 ont augmenté le rôle national du "DPR" au niveau gouvernemental. Le "DPD" s'occupe des questions régionales. Au niveau des provinces, des "kabupaten" (départements) et des "kota" (municipalités), il existe également des assemblées régionales ("Dewan Perwakilan Rakyat Daerah") dont les membres sont également élus au suffrage direct pour cinq ans dans un système proportionnel. Pouvoir judiciaire. La plupart des conflits civils sont résolus à la Cour d'État et les appels sont entendus à la Haute Cour. La plus haute autorité judiciaire est la Cour Suprême ("Mahkamah Agung"). Elle s'occupe des cassations et des révisions de cas. Parmi les autres cours, on peut citer la Cour de Commerce, qui s'occupe des problèmes de faillite et d'insolvabilité ; la Cour Administrative, qui s'occupe des cas légaux mettant en cause le gouvernement ; la Cour constitutionnelle qui débat de la légalité de la loi, des élections, des dissolutions de partis politiques et de l'envergure de l'autorité des institutions d'état ; et la Cour religieuse qui traite les cas religieux spécifiques. Politique étrangère. Contrastant avec l'anti-impérialisme de Soekarno et la confrontation indonésio-malaisienne ("Konfrontasi"), la politique étrangère de l'Indonésie s'est axée, depuis l'ère Soeharto, sur la coopération économique et politique avec les nations occidentales. L'Indonésie maintient des relations de proximité avec ses voisins asiatiques et est membre fondateur de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN) et du Sommet de l'Asie orientale. L'Indonésie a renoué des liens avec la Chine en 1990, relations jusqu'alors gelées à la suite des purges anti-communistes des débuts de l'ère Soeharto. Elle est membre de l'Organisation des Nations unies depuis 1950 et fonda le Mouvement des non-alignés (soutenu lors de la conférence de Bandung en 1955) et l'Organisation de la coopération islamique. Elle fait partie du Groupe de Cairns, de l'Organisation mondiale du commerce mais s'est retiré en 2008 de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole. L'Indonésie reçoit de l'aide humanitaire et de l'aide au développement depuis 1966 en particulier en provenance des États-Unis, de l'Europe occidentale, de l'Australie et du Japon. L'Indonésie est le seul pays d'Asie du Sud-Est à être membre du G20. Défense et sécurité. Les forces armées indonésiennes ("Tentara Nasional Indonesia" ou "TNI") ont un effectif total d'un peu plus de . Elles comprennent l'Armée de terre ("TNI Angkatan Darat"), la marine ("TNI Angkatan Laut") et l'armée de l'air ("TNI Angkatan Udara"). "Global Fire Power" classe les forces armées indonésiennes mondial quant à la puissance et en Asie derrière la Chine, l'Inde, le Japon et la Corée du Sud. Les femmes peuvent intégrer l'armée dans un corps spécial séparé des hommes. Le budget de l'armée en 2008 était de de dollars américains soit 0,8 % du produit intérieur brut environ. L'armée a eu et a toujours un rôle très important dans la politique intérieure du pays. La police nationale indonésienne ("Kepolisian Republik Indonesia") dépend directement du président de la République. Jusqu'en 1999, elle faisait partie des forces armées. Ses effectifs sont de dont un corps de , la "Brigade Mobil" (ou "Brimob"), organisé comme une unité militaire. La petite délinquance est assez répandue en Indonésie malgré une loi qui autorise la peine de mort à partir de faits tels que le trafic de drogue. L'administration pénitentiaire dispose de 527 prisons d’une capacité maximale théorique d’environ détenus mais en accueille, début 2010, . Le spectre du terrorisme plane sur le pays depuis le très médiatisé attentat de Bali de 2002. Il existe un mouvement séparatiste en . Ce territoire, anciennement Nouvelle-Guinée néerlandaise, fut conquis par l'Indonésie en 1963. Des dizaines de milliers de Papous ont été tués par les forces de sécurité indonésiennes depuis les années 1960. Selon Usman Hamid, directeur d'Amnesty International Indonésie : « La Papouasie est l'un des trous noirs de l'Indonésie dans le domaine des droits humains. C'est la région où les forces de sécurité ont pendant des années été autorisées à tuer des femmes, des hommes, des enfants, sans craindre de devoir assumer la moindre responsabilité. » La sécurité des côtes est assurée conjointement par la garde maritime et côtière et l'Agence de la sécurité maritime. Droits de l’homme. Le 21 juillet 2022, Human Rights Watch a déclaré que la majorité des provinces indonésiennes, ainsi que de nombreuses villes et réengences, ont des codes vestimentaires oppressifs et discriminants pour les femmes et les filles. Les témoignages personnels ci-dessous des femmes indonésiennes - scolaires, enseignants, médecins et autres - ont consulté les effets néfastes de ces règles. Le parlement d'Indonésie a changé le 6 décembre 2022 le code pénal sous prétexte qu’il était un héritage du droit colonial néerlandais. Celui-ci est considéré comme un recul en matière de droits humains. Il rend les relations sexuelles hors mariage passibles d’un an de prison et la cohabitation d’un couple non marié de six mois afin de « protéger l’institution du mariage ». Les relations homosexuelles sont en conséquence de facto interdites. Il comprend également un élargissement de la définition du blasphème, déjà considéré comme un crime, et introduit celui d’apostasie. Enfin, il prévoit une peine de quatre ans de prison pour toute personne reconnue coupable de « propagande marxiste ou communiste ». Économie. Données synthétiques. Le produit intérieur brut (PIB) était de de dollars américains en 2017, ce qui fait de l'Indonésie la économie mondiale. Le secteur tertiaire est le plus important et pèse pour 45,4 % du PIB (en 2017). Il est suivi par le secteur secondaire (41 %) et l'agriculture (13,7 %). Les principales industries sont celles du pétrole et du gaz naturel, des textiles et de l'habillement ainsi que des mines. L’Indonésie est le premier pays au monde pour ses réserves de nickel. Les produits agricoles principaux sont l'huile de palme, le riz, le thé, le café (même si sa production a stagné au cours de la décennie des années 2010, l'Indonésie est toujours quatrième au palmarès des quinze plus grands producteurs mondiaux de café), les épices (qui ont été exploitées dès la colonisation hollandaise) et le caoutchouc, au succès plus récent. Sur les six premières années de la décennie des années 2010, l'Indonésie est aussi resté quatrième au palmarès des producteurs mondiaux de cacao, mais loin derrière ses rivaux ivoirien et ghanéen d'Afrique de l'Ouest. En 2016, les principaux marchés d'exportation de l'Indonésie étaient les États-Unis ( de dollars), la Chine (), le Japon (), Singapour () et l'Inde (). L'Indonésie importe principalement depuis la Chine (), Singapour (), le Japon (), la Thaïlande () et la Malaisie (). En 2016, la balance commerciale de l'Indonésie était excédentaire de de dollars américains avec à l'export et à l'import. Le pays possède d'importantes ressources naturelles de pétrole brut, gaz naturel, d'étain, de cuivre et d'or. L'Indonésie importe principalement de l'équipement et des machines, des produits chimiques, de l'essence et des denrées alimentaires. En 2022, l'Indonésie est classée en pour l'indice mondial de l'innovation. Dans les années 1960, l'économie se détériora à cause de l'instabilité politique et d'un gouvernement encore inexpérimenté fraîchement mis en place, ce qui provoqua pauvreté et famine. Après la chute de Soekarno au milieu des années 1960, l'administration qui fut mise en place par Soeharto, composées d'Indonésiens instruits aux États-Unis, remit le pays sur les rails de la croissance économique. Le taux d'inflation diminua fortement et la roupie indonésienne ("rupiah") se stabilisa. Les règlements de la dette extérieure furent redéfinis. Grâce à cela, l'investissement et les aides étrangères devinrent plus importants. Grâce à la hausse des prix du pétrole dans les années 1970 permit au pays d'atteindre des taux de croissance très élevées (variant autour de 7 % de 1968 à 1981). À la suite des réformes entreprises pour accroître la compétitivité économique du pays vers la fin des années 1980, l'investissement étranger en Indonésie augmenta énormément dans le secteur de l'industrie et ainsi, entre 1989 et 1997, l'économie indonésienne s'améliora de 7 %. En 1997 et 1998, l'Indonésie fut le pays le plus touché par la crise économique asiatique. Le dollar américain passa de l'équivalent de "rupiah" a et l'économie s'effondra de 13,7 %. La monnaie se stabilisa et un dollar s'échangea finalement contre "rupiah", ce qui était la marque lente mais significative d'une relance économique. L'instabilité politique qui s'ensuivit ainsi que la corruption de masse contribuèrent à la sporadicité des signes de relance. Transparency International plaça l'Indonésie sur dans son indice de perception de la corruption. Cependant, la croissance du PIB dépassa 5 % en 2004 et 2005 et les prévisions attendent l'augmentation de chiffre. Le chômage reste néanmoins élevé et la croissance a peu d'impact sur celui-ci. Les bas salaires stagnants et l'augmentation des prix du pétrole et du riz ont augmenté les niveaux de pauvreté du pays. En 2006, il fut estimé que 17,8 % de la population vivait en dessous du seuil de pauvreté et 49 % vivait avec moins de par jour. Le taux de chômage atteignait en 2008, 9,75 % de la population active. L'oligarchie née sous le régime de l'Ordre nouveau s'approprie l'essentiel des fruits de la solide croissance économique indonésienne. En 2017, un rapport d'Oxfam situe l'Indonésie au sixième rang des pays les plus inégalitaires ; les 1 % les plus fortunés détiennent 49 % des richesses. À travers le contrôle des médias et le financement des partis, ces oligarques exercent une influence considérable sur la vie politique. En octobre 2020, une loi perçue comme « ultralibérale » est approuvée par le Parlement. Destinée à attirer les investisseurs étrangers en Indonésie, la loi devrait entrainer la perte de certains acquis sociaux, faciliter les licenciements, réduire les indemnités de licenciements et augmenter le nombre d'heures supplémentaires. En outre, en assouplissant la législation environnementale, elle pourrait aboutir à une « déforestation sauvage » selon les associations pour la protection de l’environnement. Les syndicats de travailleurs et les écologistes organisent des manifestations, ce qui aboutit à des affrontements avec la police et à des centaines d'arrestations. Industrie. Le pays s'est lancé dans les années 2020 dans plusieurs projets d'intégration de la transformation de ses matières premières. Cela s'est traduit par la création de deux parcs industriels aux Moluques et sur l'île de Célèbes. Ces projets sont axés notamment sur la production d'acier inoxydable, de batteries électriques et de véhicules. Transports. La plupart des voyageurs arrivent en Indonésie en avion. Outre l'aéroport international Soekarno-Hatta de Jakarta, les principales portes d'entrées aériennes internationales d'Indonésie sont l'aéroport international Ngurah-Rai de Denpasar à Bali, l'aéroport international Juanda de Surabaya à Sidoarjo dans l'est de Java et l'aéroport international Sultan-Hasanuddin de Makassar dans le sud-est de Sulawesi . Les compagnies aériennes indonésiennes les plus importantes la compagnie nationale Garuda Indonesia et sa filiale à bas coût Citilink et les compagnies privées Lion Air et Sriwijaya Air. En 2002, le réseau routier de l'Indonésie faisait au total , dont avec un revêtement. Le transport ferroviaire en Indonésie est concentré sur l'île de Java qui possède deux lignes principales qui traversent l'île d'ouest en est et plusieurs lignes secondaires. Quant au transport maritime, l'entreprise d'état Pelni ("Pelayaran Nasional Indonesia" ou Compagnie de Navigation Nationale d'Indonésie) exploite vingt-six navires qui desservent des routes et des destinations dans l'archipel. Tourisme. Le tourisme est une activité économique importante pour l'Indonésie. En 2014, il représentait 3,2 % du PIB du pays et soutenait directement environ (2,9 % de l'emploi total). Les campagnes touristiques internationales ont été concentrées largement sur l'aspect « destination paradisiaque » avec pour vitrine le sable blanc des plages et le ciel toujours bleu et éclatant. Les stations balnéaires et hôtelières se sont développées dans quelques îles indonésiennes avec Bali comme destination principale. Riche en diversité biologique, l'Indonésie offre un gros potentiel naturel qui comble notamment les plongeurs. Le tourisme culturel représente aussi une partie importante de l'industrie touristique du pays. Le pays toraja et le pays minangkabau attirent les amateurs de dépaysement culturel tandis que les temples de Borobudur et Prambanan sur Java par exemple attirent les passionnés d'histoire ou de spiritualité. Le tourisme commercial est également en expansion : de grands centres commerciaux ont vu le jour pour accueillir des touristes recherchant des lieux de "shopping" à prix raisonnables. En 2010, de touristes étrangers ont visité l'Indonésie. Ces chiffres sont à comparer à ceux des touristes indonésiens qui visitent l'étranger, dont le nombre était de et qui ont dépensé de dollars en 2008. Codes. L'Indonésie est référencée par différents codes :
Inde LInde (en / ' ; ), en forme longue la république de l'Inde (en / ' ; ), est un pays d'Asie du Sud qui occupe la majeure partie du sous-continent indien. Sa capitale est New Delhi. L'Inde est le deuxième pays le plus peuplé et le septième pays le plus grand du monde. Le littoral indien s'étend sur plus de sept mille kilomètres. Le pays a des frontières communes avec le Pakistan au nord-ouest, la Chine au nord et à l'est-nord-est, le Népal au nord-est, le Bhoutan, le Bangladesh et la Birmanie à l'est-nord-est. Sur l'océan Indien, l'Inde est à proximité des Maldives au sud-sud-ouest, du Sri Lanka au sud et de l'Indonésie au sud-est. L'Inde revendique également une frontière avec l'Afghanistan au nord-ouest. L'Inde dispose de l'arme nucléaire depuis 1974 après avoir fait des essais officiels. L'Inde est un foyer de civilisations parmi les plus anciennes du monde, la civilisation de la vallée de l'Indus s'y est développée dès . Le sous-continent indien a abrité de vastes empires et est présent sur les routes commerciales dès l'Antiquité. L'Inde est la terre de naissance de quatre religions majeures alors que le zoroastrisme, le christianisme et l'islam s'y sont implantés durant le millénaire. L'hindouisme y est la religion majoritaire avec environ 80 % de fidèles. l'Inde est le troisième pays ayant la communauté musulmane la plus importante. L'Inde est aujourd'hui un pays très divers sur le plan religieux, linguistique et culturel. Le pays a été progressivement annexé par la Compagnie anglaise des Indes avant de passer sous le contrôle du Royaume-Uni au . L'Inde devient indépendante en 1947 après une lutte marquée par la résistance non-violente de Mohandas Karamchand Gandhi et plusieurs autres. Le pays est depuis 1950 une république parlementaire fédérale considérée comme la démocratie la plus peuplée au monde. En 2017, l'économie indienne est la septième du monde en PIB nominal et la troisième en PIB à parité de pouvoir d'achat. L'Inde, pays à forte croissance économique, est considéré comme un nouveau pays industrialisé. Cependant certains problèmes comme la pauvreté, l'analphabétisme ou la corruption restent très importants. Les inégalités de revenus sont en augmentation. En 2016, les 10 % les plus riches disposaient de 55 % des revenus nationaux. L'Inde est passée de la à la place entre 2016 et 2018 sur l'Indice de performance environnementale réalisé par des chercheurs des universités de Yale et de Columbia. L'étude souligne en particulier la détérioration « alarmante » de la qualité de l'air. Toponymie. Le nom du pays « Inde » est dérivé de la version en vieux persan, « hindu », du mot sanskrit « Sindhu », l'appellation du fleuve Indus en sanskrit. La constitution du pays utilise également le mot « Bharat » (mot hindi dérivé du nom sanskrit d'un roi aryen antique dont l'histoire peut être trouvée dans le "Mahabharata"). Un troisième nom, « Hindustan » ou « Hindoustan » est employé depuis la période de l'Empire moghol et est encore utilisé aujourd'hui par les Indiens dans le langage courant. En français, le pluriel « les Indes » était couramment utilisé pour désigner tant la région géographique que l'État au moment de la domination britannique (« Empire des Indes ») ; cette tournure est tombée en désuétude depuis l'indépendance du pays. Climat. L'Inde a un climat de mousson, tropical semi-aride et chaud. Il y a quatre saisons en Inde : Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat relève que la mousson indienne s'est considérablement affaiblie en quelques décennies, probablement en raison du réchauffement de l'océan Indien. Selon Harjeet Singh, chargé des questions climatiques chez ActionAid, l'Inde est particulièrement vulnérable à la montée du niveau de la mer et des millions de personnes pourraient être déplacées au cours des décennies à venir. Histoire. Antiquité. Les plus anciennes traces humaines trouvées en Asie du Sud remontent à environ . Autour de 7000 , la première installation néolithique apparaît sur le sous-continent à Mehrgarh et dans d'autres sites dans l'ouest du Pakistan. Ceux-ci se développent pour former la civilisation de la vallée de l'Indus, la première culture urbaine de l'Asie du Sud qui existe entre 2500 et 1900 av. J.-C. au Pakistan et dans l'ouest de l'Inde. Centrée autour de villes comme Mohenjo-daro, Harappa, Dholavira, et Kalibangan, et reposant sur différents moyens de subsistance, la civilisation s'engage dans la production artisanale et le commerce à grande échelle. De 2000 à 500 , en termes de culture, beaucoup de régions du sous-continent passent du Chalcolithique à l'âge du fer. Les Veda, les plus vieux textes de l'hindouisme, sont, selon certaines hypothèses, composés pendant cette période et les historiens les ont analysés pour en déduire l'existence d'une culture védique au Pendjab et dans la haute plaine du Gange. La plupart des historiens considèrent cette période comme celle de plusieurs vagues de migrations indo-aryennes vers le sous-continent depuis le nord-ouest. Le système des castes, qui crée une hiérarchie entre les prêtres, les guerriers et les paysans libres, mais exclut les indigènes en déclarant leurs occupations impures, serait apparu à cette période. Sur le plateau du Deccan, des preuves archéologiques suggèrent l'existence d'une organisation politique fondée sur les chefferies. Dans l'Inde du Sud, une progression de la vie sédentaire est indiquée par le nombre de monuments mégalithiques pendant cette période ainsi que par des traces d'agriculture, de bassins d'irrigation et de traditions d'artisanat. À la fin de la période védique, vers le , les petites chefferies des plaines du Gange et du nord-ouest se consolident autour de seize oligarchies et monarchies importantes connues comme les Mahajanapadas. Le développement de l'urbanisation et des orthodoxies religieuses pendant cette période est à l'origine des mouvements de réforme religieuse que sont le bouddhisme et le jaïnisme qui deviennent tous deux des religions indépendantes. Le bouddhisme, fondé sur les enseignements de Gautama Bouddha attire des fidèles de toutes les classes sociales et les chroniques de la vie de Bouddha sont centrales dans les débuts de l'histoire écrite de l'Inde. Le jaïnisme devient important durant la même période, lors de la vie de Mahāvīra. Alors que dans cette période, la richesse urbaine augmente, ces deux religions font de la renonciation un idéal et toutes deux établissent des monastères. Politiquement, au cours du , le royaume de Magadha annexe ou réduit d'autres États pour devenir l'Empire maurya. On a longtemps pensé que l'empire contrôlait la totalité du sous-continent à l'exception de l'extrême sud, mais il apparaît que ses régions les plus importantes étaient probablement séparées par de grandes zones autonomes. Les rois maurya sont connus pour la construction de leur empire et pour leur gestion de la vie publique, notamment Ashoka qui renonce au militarisme et propage le dharma bouddhique. La littérature sangam en tamoul révèle qu'entre 200 et 200 , le sud de la péninsule est contrôlé par les Chera, les Chola et les Pandya, qui commercent avec l'Empire romain, l'ouest et le sud-est de l'Asie. Dans le nord de l'Inde, l'hindouisme développe le contrôle patriarcal de la famille. Au cours des , l'Empire Gupta crée dans la plaine du Gange un système complexe d'administration et de taxation qui devient un modèle pour les royaumes suivants. Sous les Gupta, l'hindouisme connaît les débuts d’un renouveau, reposant sur la dévotion plutôt que les rituels. Celui-ci s'exprime dans la et l'architecture. La littérature sanskrite se développe, les sciences, l'astronomie, la médecine et les mathématiques font d'importantes avancées. Moyen Âge indien. La première partie du Moyen Âge indien, entre 600 et 1200, se caractérise par des royaumes régionaux et une grande diversité culturelle. Quand Harsha de Kânnauj, qui contrôle la majeure partie de la plaine du Gange de 606 à 647, essaye d'étendre son royaume vers le sud, il est défait par la dynastie Chalukya qui contrôle le Deccan. Quand son successeur entreprend de conquérir l'est, il est défait par l'Empire Pala du Bengale. Quand les Chalukya eux-mêmes tentent de s'étendre au sud, ils sont défaits par les Pallava, qui à leur tour s'opposent aux Pandya et aux Chola plus au sud. Aucun dirigeant de cette époque n'est capable de créer un empire et de contrôler des territoires au-delà du cœur de son royaume. Dans le même temps, les peuples pastoraux, dont les terres sont utilisées pour la croissante économie agricole, sont intégrés dans la société de castes, à la suite de quoi le système des castes commence à voir émerger des différences régionales. Aux , les premiers hymnes de dévotion sont créés en tamoul. Ils sont imités à travers toute l'Inde et provoquent une résurgence de l'hindouisme et le développement des langues modernes du sous-continent. Les rois indiens et les temples qu'ils financent attirent des fidèles en grand nombre. Des villes de pèlerinage de tailles diverses apparaissent un peu partout et l'Inde s'urbanise à nouveau. Au cours des , la culture et le système politique indiens se répandent en Asie du Sud-Est, dans ce qui est aujourd'hui la Thaïlande, le Laos, le Cambodge, la Malaisie et Java. Des marchands indiens, des érudits et parfois les armées sont impliqués dans cette expansion alors que dans le même temps des envoyés d'Asie du Sud-Est séjournent en Inde et traduisent les textes bouddhistes et hindous dans leurs langues. Après le , les clans nomades musulmans d'Asie centrale, avec leur cavalerie et leurs vastes armées, pénètrent régulièrement dans les plaines du nord-ouest, ce qui aboutit en 1206 à la création du Sultanat de Delhi. Le Sultanat réussit à contrôler la majorité de l'Inde du Nord et à pénétrer dans le Sud. Cette invasion est d'abord perturbante pour les élites locales, cependant le Sultanat s'accommode de sa population majoritairement non-musulmane et en préserve les lois et traditions. En repoussant les raids mongols au , le Sultanat protège l'Inde des dévastations connues dans l'ouest et le centre de l'Asie. Pendant des siècles, des soldats, érudits, mystiques, commerçants, artistes et artisans de ces régions trouvent refuge dans le sous-continent, contribuant à l'émergence d'une culture indo-islamique syncrétique dans le nord. L'affaiblissement des royaumes du sud par le Sultanat permet l'émergence de l'Empire de Vijayanagara. Adoptant une forte tradition shivaïte et apprenant des traditions militaires du Sultanat, l'empire parvient à contrôler la majorité de l'Inde péninsulaire et influence fortement la culture du sud de l'Inde. Débuts de l'Inde moderne. Au début du , l'Inde du Nord tombe aux mains d'une nouvelle génération de guerriers d'Asie centrale. L'Empire moghol qui en résulte ne supprime pas la société locale mais, au contraire, l'équilibre et la pacifie par de nouvelles pratiques administratives et l'émergence d'une nouvelle élite diverse et inclusive, amenant à un gouvernement plus systématiquement centralisé et uniformisé. Cela n'empêche pas l'Empire moghol de s'en prendre à piller des lieux sacrés du bouddhisme et à imposer l'islam dans certaines régions. Le commerce avec l'Occident se développe via Anvers, première place financière mondiale, qui fait transiter vers l'Inde les métaux précieux de l'Amérique. Grâce aux liens tribaux et à l'identité islamique, spécialement sous Akbar, les Moghols unifient leur État par la loyauté, exprimée par une culture persanifiée, à un empereur au statut quasiment divin. L'Empire moghol tire la plupart de ses revenus de l'agriculture et ordonne que les impôts soient payés dans une monnaie d'argent bien régulée, permettant aux paysans et artisans de pénétrer des marchés plus importants. La paix relative maintenue par l'empire durant presque tout le est un facteur d'expansion économique pour l'Inde et voit émerger des nouvelles formes de peinture, de littérature, de textiles et d'architecture. Des groupes sociaux cohérents émergent alors dans le nord et l'ouest de l'Inde, comme les Marathas, les Rajputs et les Sikhs. Le commerce s'étend sous le règne moghol et permet la création de nouvelles élites commerciales et politiques le long des côtes sud et est de l'Inde. Quand l'empire moghol commence à se désagréger, beaucoup parmi ces élites parviennent à prendre contrôle de leurs propres affaires. Période coloniale. Au début du , les clivages entre la domination commerciale et la domination politique disparaissent et des compagnies de commerce européennes, notamment la Compagnie britannique des Indes orientales, établissent des comptoirs sur les côtes. Le contrôle de la Compagnie anglaise sur les mers, ses importantes ressources et son avance militaire et technologique lui permettent de prendre le contrôle du Bengale en 1765 et de mettre sur la touche les autres compagnies européennes. En aggravant par de lourdes taxes la famine au Bengale, qui cause, en raison de mauvaises récoltes de riz et d'un conflit armé avec les pouvoirs locaux, de sept millions à dix millions de morts, cette compagnie . Ses actions chutent à Londres et Amsterdam. Plusieurs de ses actionnaires sont en faillite, comme l'Ayr Bank et la Banque Clifford. Au cours des années 1820, la Compagnie s'appuie sur les richesses du Bengale pour accroître la puissance de son armée et annexe ou domine la majeure partie de l'Inde. Cette domination marque le début de la période coloniale : l'Inde cesse d'exporter des biens manufacturés et devient un fournisseur de matières premières pour l'Empire britannique. Dans le même temps, les pouvoirs économiques de la Compagnie sont réduits et celle-ci s'engage de plus en plus dans des domaines non-économiques, comme l'éducation, les réformes sociales et la culture. La nomination en 1848 de James Broun-Ramsay comme Gouverneur général de la Compagnie des Indes orientales marque le début d'un certain nombre de réformes de modernisation de l'État. Parmi ces changements, des avancées technologiques comme les chemins de fer, les canaux et le télégraphe, qui sont introduits en Inde peu de temps après l'Europe. Entre 1840 et 1860, l'Angleterre multiplie par huit ses importations de coton indien : , mais avec des inconvénients: elle a introduit le coton américain en Inde, avec ses maladies végétales, et parasites, comme le ver de la capsule. De plus, le coton américain (Gossypium hirsutum) exige beaucoup plus d’eau et d’intrants que le coton indien (Gossypium herbaceum), et il épuise les sols plus vite. Cependant, le mécontentement envers la Compagnie grandit pendant cette période et aboutit à la Rébellion indienne de 1857. Nourrie par divers ressentiments, notamment par les réformes sociales des Britanniques, de dures taxes foncières et les traitements sommaires des propriétaires et des princes, la rébellion traverse de nombreuses régions du nord et du centre de l'Inde et menace la domination de la Compagnie. Matée en 1858, la rébellion conduit à la dissolution de la Compagnie et à l'administration directe de l'Inde par la couronne britannique. Proclamant un État unitaire et un système parlementaire limité, le nouveau régime protège les princes et l'aristocratie comme garde-fou féodal contre de futures rébellions. Dans les décennies qui suivent, une vie publique commence à émerger et, en 1885, est créé le Congrès national indien. Un peu plus tard, la terrible Famine en Inde de 1866 décime près d'un million de personnes. Les avancées technologiques et la commercialisation de l'agriculture dans la seconde moitié du sont marquées par des problèmes économiques - de nombreux petits paysans étant devenus dépendants de marchés lointains. De plus, alors que les activités industrielles permettent l'enrichissement d'une bourgeoisie indienne, la masse populaire continue d'utiliser des techniques agricoles stationnaires. Les féodaux tels les "zamindar" négligent les travaux productifs comme l'irrigation. Ainsi, l'Inde reste le pays des famines parce que certaines années les pluies font défaut. En 1877, dans la grande famine du Dekkan, cinq millions d'individus trouvent la mort. Le nombre de famines de grande échelle augmente et peu d'emplois industriels sont créés. Cependant, l'agriculture commerciale, notamment au Pendjab nouvellement irrigué par des canaux, conduit à une augmentation de la nourriture pour la consommation interne. Le réseau de chemins de fer est essentiel dans la lutte contre les famines, réduit les coûts des transports de biens et aide à la naissance d'une industrie indienne. Entre les années 1870 et 1890, près de trente millions d'Indiens meurent de famines successives. Le degré de responsabilité de l’administration coloniale britannique est sujet à controverses entre historiens, D'après l'historien Niall Ferguson, « il y a des preuves claires d'incompétence, de négligence et d'indifférence au sort des affamés », mais pas de responsabilité directe, l’administration coloniale étant simplement restée passive. Au contraire pour le journaliste Johann Hari : « Loin de ne rien faire pendant la famine, les Britanniques ont fait beaucoup - pour empirer les choses. Les autorités auraient en effet continué d'encourager les exportations vers la métropole sans s’inquiéter des millions de morts sur le sol indien ». L'historien et activiste politique Mike Davis soutient également l'idée que « Londres mangeait le pain de l'Inde » pendant la famine. En outre, le vice-roi Robert Lytton fait interdire de porter assistance aux personnes affamées, parfois décrites comme « indolentes » ou « incompétentes pour le travail ». Les journaux des régions épargnées par la famine reçoivent l'instruction d'en parler le moins possible. D'après Mike Davis, Lord Lytton aurait été guidé par l'idée qu'en « s'en tenant à l'économie libérale, il aidait obscurément le peuple indien ». Après la Première Guerre mondiale, dans laquelle un million d'Indiens servent, une nouvelle période commence, marquée par des réformes des Britanniques mais également par une législation répressive et des appels répétés pour l'autodétermination et les débuts du mouvement non-violent de non-coopération dont le Mahatma Gandhi devient le leader et le symbole. Ce mouvement aboutit dans les années 1930 à quelques réformes législatives et le Congrès gagne les élections qui en résultent. Mais la décennie qui suit est marquée par les crises : le gouvernement colonial engage l'Inde dans la Seconde Guerre mondiale, le Congrès pousse plus en avant la non-coopération alors que le nationalisme musulman s'intensifie. Le mouvement pour l'Indépendance aboutit le . Mais le pays subit une partition sanglante et le sous-continent est divisé en deux États : l'Inde et le Pakistan. La période coloniale représente pour l'Inde un fort déclin économique, en comparaison du reste du monde : d'après les statistiques réalisées par l’historien britannique Angus Maddison, la part de l'Inde dans la richesse mondiale est tombée de 22,6 % en 1700 à 3,8 % en 1952. Les 5 comptoirs français des Indes, ne seront restitués à l'Inde qu'en 1954 de facto, et officiellement qu'en 1962 (ratification par l'Assemblée nationale du traité de 1956). Cette période coloniale a un impact sur la production artistique de l'Inde. Inde indépendante. Après avoir été une monarchie constitutionnelle pendant trois ans, la constitution de l'Inde entre en vigueur en 1950, elle fait alors du pays une république parlementaire fédérale et démocratique. Depuis, l'Inde est demeurée une démocratie, la plus peuplée du monde : les libertés civiles sont protégées et la presse est largement indépendante. La libéralisation économique commencée dans les années 1990 a permis la création d'une large classe moyenne urbaine et a fait de l'Inde l'un des pays au taux de croissance le plus élevé au monde. Le cinéma, la musique et les spiritualités d'Inde jouent un rôle de plus en plus important dans la culture globale. Cependant l'Inde est toujours touchée par une importante pauvreté urbaine et rurale, par des conflits et violences religieuses ou de caste, par les rébellions des naxalites et des séparatistes au Jammu-et-Cachemire. Des conflits opposent toujours l'Inde avec la Chine et le Pakistan au sujet des frontières. Ces conflits ont abouti à la guerre sino-indienne de 1962 et à trois guerres indo-pakistanaises en 1947, 1965 et 1971. Politique. Avec un corps électoral de d'électeurs, l'Inde est souvent présentée comme « la plus grande démocratie du monde ». De 1947 à 1950, l'Inde était une monarchie constitutionnelle. En 1950, trois ans après l'Indépendance, la constitution a fait du pays une république parlementaire fédérale dans laquelle le pouvoir est partagé entre le gouvernement central et les États et territoires. Institutions. Gouvernement central. Promulgué le , la Constitution crée la « république d'Inde » et la dote d'institutions inspirées du parlementarisme britannique. Le Président de l'Inde est le chef de l'État, mais ses pouvoirs sont avant tout symboliques. Avec le Vice-président, il est élu au suffrage indirect pour un mandat de cinq ans. L'essentiel du pouvoir exécutif est dans les mains du Premier ministre et du Conseil des ministres de l'Inde. Celui-ci est responsable devant la Lok Sabha (« Chambre du peuple »), élue tous les cinq ans au suffrage universel direct. Le Parlement comprend également la Rajya Sabha (« Chambre des États »), une chambre haute élue au suffrage indirect et renouvelée par tiers tous les deux ans. La Cour suprême de l'Inde est la plus haute juridiction du pays. Elle est à la fois tribunal fédéral, cour d'appel et cour constitutionnelle. Au fil des ans, la Cour s'est dotée d'un très important pouvoir de contrôle de constitutionnalité des lois et même des amendements à la Constitution. Elle dispose également de pouvoirs particuliers pour remédier aux atteintes aux droits de l'homme. Ses membres sont nommés par le Président de l'Inde. États et territoires. Après l'Indépendance, les États ont été organisés sur la base des anciennes provinces et États princiers qui existaient pendant le Raj britannique. En 1956 est adopté le "States Reorganisation Act", qui réorganise les États selon des bases linguistiques. Cette politique se poursuit dans les années qui suivent par la création de nouveaux États pour atteindre le chiffre actuel de 28. Dans chaque État, le pouvoir exécutif est détenu par un gouverneur nommé par le Président de l'Inde, et dont le pouvoir est surtout symbolique, et un ministre en chef responsable devant la législature de l'État. Celle-ci comprend une Vidhan Sabha (Assemblée législative) et, pour sept États plus importants, un Vidhan Parishad (Conseil législatif). En cas d'instabilité dans un État, le gouvernement central peut imposer le "President's rule" : les institutions représentatives de l'État se voient retirer leurs pouvoirs au profit du Gouverneur, normalement pour un temps limité. Les gouverneurs sont nommés pour cinq ans par le Président à la tête des vingt-neuf États composant le pays. À l'opposé du Président de l'Inde qui doit concilier son pouvoir avec le Vidhan Sabha, les gouverneurs ont un pouvoir constitutionnel beaucoup plus indépendant. En fait on pourrait dire que les gouverneurs sont les Présidents constitutionnels des États de l'Inde en marge des véritables dirigeants indiens. Les territoires de l'Union sont au nombre de huit. À la différence des États, ils sont directement gouvernés par l'État central. Toutefois, trois d'entre eux, Delhi, Pondichéry et le Jammu-et-Cachemire, ont obtenu le droit d'élire leur propre Vidhan Sabha et Conseil des Ministres. Le fédéralisme est un important facteur de stabilité en Inde. Les gouvernements des États possèdent de vastes compétences notamment en ce qui concerne la fourniture et la répartition de prestations publiques de base et de subventions et le pourvoi de postes dans la fonction publique. C'est ce qui explique en grande partie le fait que lors des élections au niveau des États, les électeurs portent souvent leur préférence sur des partis bien ancrés au niveau régional. La cohésion d'un pays d'une telle diversité ethnique, religieuse et linguistique et présentant de par la tradition de tels clivages sociaux ne peut être assurée que dans le cadre d'un système démocratique laissant suffisamment d'autonomie aux États de l'Union, plus homogènes. Panchayat raj. Depuis 1992, un amendement à la Constitution de l'Inde oblige tous les États à mettre en place des panchayats. Tous les cinq ans dans chaque village, est élu au suffrage universel un gram panchayat présidé par un sarpanch. Ces institutions sont chargées de l'administration locale et de préparer les plans de développement économique et pour la justice sociale. En fonction de leur nombre d'habitants, les villes sont administrées par un nagar panchayat (conseil municipal), nagar palika (municipalité) ou nagar nigam (corporation municipale) élu tous les cinq ans au suffrage universel. Pour ces institutions locales, un système de quotas existe afin d'assurer la représentation des femmes, des Dalits (intouchables) et des Adivasis (aborigènes). Contexte politique. Dans les années qui suivent l'Indépendance, le Congrès national indien, le parti du Mahatma Gandhi et de Jawaharlal Nehru (premier Premier ministre de 1947 à sa mort en 1964) domine largement le paysage politique. En 1975, Indira Gandhi, la fille de Nehru, devenue Première ministre en 1966 et impliquée dans des scandales de fraudes électorales, déclare l'état d'urgence et suspend les libertés fondamentales et les élections. À la fin de l'état d'urgence, le Congrès perd les élections de 1977 au profit d'une coalition d'opposition : c'est la première fois que le Congrès se retrouve dans l'opposition. Depuis, le paysage politique indien se caractérise par la montée progressive de partis régionaux, contraignant les principaux partis à s'engager dans des coalitions parfois instables. En 1999, le Bharatiya Janata Party (BJP, droite nationaliste), devenu au fil des années 1990, le principal opposant au Congrès, parvient à former un gouvernement de coalition qui, pour la première fois, se maintient au pouvoir jusqu'au terme de son mandat de cinq ans. Cependant, en 2004, le Congrès remporte les élections et forme l'Alliance progressiste unie. Cette coalition est largement défaite par le BJP en 2014 et Narendra Modi devient Premier ministre et conserve son poste après les élections de 2019, qui voient le BJP accroître sa majorité. Depuis le 25 juillet 2022, la présidente de l'Inde, poste aux fonctions essentiellement protocolaires, est Droupadi Murmu. Relations extérieures. Aujourd'hui, l'Inde est reconnue comme une puissance émergente. Après avoir lancé le Mouvement des non-alignés sous l'impulsion de Jawaharlal Nehru, elle tisse désormais des partenariats stratégiques avec toutes les grandes puissances : les États-Unis dans le cadre du programme "Next Steps in Strategic Partnership (NSSP)", la Chine avec laquelle elle progresse sur la voie d'un règlement du contentieux frontalier qui oppose les deux pays. L'Inde, depuis son ouverture au commerce mondial dans les années 1990, a aussi cherché à nouer des liens plus forts avec les pays membres de l'ASEAN, au travers de la politique du Look East. Le pays a également avancé sa candidature auprès du G4 (Allemagne, Brésil, Inde, Japon) afin d'obtenir un siège permanent au Conseil de sécurité de l'ONU. Cependant, les relations extérieures de l'Inde sont marquées par le conflit persistant avec le Pakistan voisin au sujet du Cachemire. Tout comme le Pakistan, l'Inde n'a pas signé le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires et s'est dotée de l'arme atomique. Elle a procédé à une explosion « pacifique » en 1974 et à des essais en mai 1998. L'Union européenne et l'Inde ont établi en 2004 un « partenariat stratégique » de développement de leur coopération politique, économique et environnementale. Défense. L'Inde a l'une des plus grandes armées du monde : les forces armées indiennes disposaient en 2018 d'un effectif de et . Le budget pour la défense s'élève à de dollars (2018), soit 2,42 % du produit national brut (PNB). Elles disposent , véhicules blindés, de combat (ainsi que des forces aéronavales), 16 sous-marins, 1 porte-aéronef (l'INS "Vikramaditya") et 11 destroyers. L'Inde vient de commencer le remplacement de 126 MiG-21. L'Inde dispose d'armes nucléaires depuis 1974, date de l'explosion d'une bombe atomique au plutonium dans le désert du Rajasthan. Ces armes sont réparties dans l'aviation ou dans des missiles IRBM. Le , l'Inde prévoit de sécuriser ses ports militaires avec des clôtures électriques contre les menaces clandestines maritimes. Le , elle teste avec succès son premier Missile balistique intercontinental, lAgni V", d'une portée de , puis la génération suivante d'une portée de , l'. Par ailleurs, l'Inde est membre de l'Organisation de coopération de Shanghai. Corruption. La corruption constitue encore un défi majeur pour les institutions du pays. Parmi les parlementaires élus en 2019, 43 % ont des dossiers judiciaires en cours. Les partis politiques se tournent de plus en plus vers les grandes fortunes et les entreprises pour se financer. Sur l'année fiscale 2017-2018, les entreprises et les personnes fortunées avaient contribué douze fois plus au financement du BJP qu'à celui de six autres partis nationaux, y compris le Congrès. Alors que les milieux d'affaires sont mis en cause dans de nombreux dossiers spectaculaires, des hommes d’affaires compromis ont dû fuir le pays et les liens entre milieu politique et financements obscurs nourrissent l’« empire des milliardaires », selon la formule du journaliste James Crabtree. Les médias sont également secoués par des affaires de trafics d'influence, certains d'entre eux couvrant les activités de personnalités politiques en échange de paiements. L’Inde est le pays de la région Asie-Pacifique où dessous-de-table et pots-de-vin sont le plus pratiqués. Les plus pauvres en sont fortement victimes : 73 % d'entre eux sont contraints d'y recourir au moins une fois par an, contre 55 % des plus favorisés, selon "Transparency International". Cette corruption facilite l’accès à des services qui devraient être publics : documents administratifs, affaires de police, raccordement à l’électricité, voire soins hospitaliers. Géographie. L’Inde occupe la majeure partie du sous-continent indien, qui est placé entre la plaque tectonique de l’Inde et la partie nord-ouest de la plaque indo-australienne. Une partie du territoire des États du nord et du nord-est de l’Inde est située dans le massif de l’Himalaya. Le reste de l’Inde septentrionale, centrale, et orientale est occupé par la zone fertile de la plaine indo-gangétique. Dans la partie occidentale, bordée par le Pakistan du sud-est, se trouve le désert du Thar. L’Inde méridionale se compose presque entièrement du plateau péninsulaire du Deccan, flanqué de deux massifs côtiers au relief accidenté, les Ghats occidentaux et les Ghats orientaux. De grands fleuves et rivières, tels le Gange, le Brahmapoutre, la Yamuna, la Godavari, la Narmada, la Kaveri traversent le pays. L’Inde possède par ailleurs trois archipels : les îles Laquedives, qui se trouvent au large de la côte du sud-ouest ; la chaîne volcanique des îles d’Andaman et de Nicobar au sud-est, et les Sundarbans dans le delta du Gange au Bengale occidental. Le climat de l'Inde varie, de tropical dans le sud à plus tempéré dans le nord de l’Himalaya et où les régions montagneuses reçoivent les chutes de neige continues en hiver. Le climat de l’Inde est fortement influencé par l’Himalaya et le désert du Thar. L’Himalaya et les montagnes de l’Hindou Kouch au Pakistan, font obstacle aux vents catabatiques venus d’Asie centrale et les empêchent ainsi de pénétrer dans le continent, ce qui préserve la chaleur dans la majeure partie de ce dernier, contrairement à la plupart des régions situées à la même latitude. Le désert du Thar, quant à lui, attire les vents humides de la mousson d’été qui, entre juin et septembre, est responsable de la plus grande partie des précipitations de l’Inde. La superficie de l’Inde est de . Délimitées par le Pakistan, la Chine, le Népal, le Bhoutan, le Bangladesh, la Birmanie, les frontières indiennes sont longues de . Environnement. Ressources en eau. L'Inde est une zone en déficit hydrique. de mètres cubes d'eau sont prélevés chaque année en Inde. La plaine du Pendjab, à cheval entre l'Inde et le Pakistan, présente un déficit en eau qui concerne l'ensemble de l'Inde, car on y cultive du blé en hiver et du riz en été, avec un surplus qui s'exporte dans les autres États de l'Inde. Dans cette région d'agriculture irriguée, les paysans puisent de l'eau dans la nappe phréatique, dont le niveau baisse de par an. Selon la Banque mondiale, 60 % des nappes phréatiques de l'Inde seront dans une situation « critique » d'ici 2034. Au niveau national, les activités agricoles sont les principales consommatrices d'eau souterraine, représentant 85 % de l'eau extraite du sous-sol. La politique d'électricité gratuite ou à bas prix mise en place par les gouvernements des États indiens incite en effet les agriculteurs à privilégier l'extraction des eaux souterraines grâce à un système de pompage pour irriguer leurs cultures. L'eau souterraine, source de 40 % des besoins en eau de l'Inde, s'épuise rapidement selon un rapport publié en 2018 par un organisme gouvernemental. Vingt et une villes indiennes - dont Delhi, Bangalore, Madras et Hyderabad - devraient manquer d'eau souterraine dès 2021, et 40 % de la population indienne n'aura pas un accès suffisant à l'eau potable en 2030. Faune et flore. Située dans l'écozone Indomalaise, l'Inde abrite une grande biodiversité : 7,6 % des mammifères, 12,6 % des oiseaux, 6,2 % des reptiles, et des 6,0 % des plantes à fleurs vivant sur la Terre s'y trouvent. Elle possède beaucoup d'écorégions, comme les forêts de Shola, qui présentent des taux extrêmement élevés d'endémisme : au total, 33 % des espèces de plantes indiennes sont des espèces endémiques. La couverture de la forêt indienne s'étend de la forêt tropicale des îles Andaman, des Ghats occidentaux, et de l'Inde du nord-est jusqu'aux forêts de conifères tempérées de l'Himalaya. Entre ces extrémités se situent la forêt tropicale humide de l'Inde orientale, dominée par le sal ; la forêt tropophile de l'Inde centrale et méridionale, dominée par le teck ; ainsi que la forêt épineuse du Deccan central et de la plaine du Gange occidentale, dominée par l'acacia mimosa. On compte parmi les arbres importants le neem aux propriétés médicinales, largement utilisé pour des remèdes en phytothérapie rurale. Le figuier des pagodes, visible sur les sceaux de Mohenjo-daro, a ombragé le Gautama Bouddha pendant qu'il atteignait le Nirvana. Beaucoup d'espèces indiennes descendent directement des taxons provenant du supercontinent Gondwana, duquel l'Inde est originaire. Le supercontinent Laurasia a permis un large échange d'espèces lors de son mouvement en direction de la plaque indienne, et de leur collision. Cependant, le volcanisme et les changements climatiques survenus il y a d'années ont causé l'extinction de beaucoup de formes endémiques en Inde. Peu après, les mammifères entrèrent en Inde depuis l'Asie au cours de deux passages zoogéographiques de chaque côté de l'Himalaya naissant. En conséquence de cela, on compte parmi les espèces indiennes seulement 12,6 % de mammifères et 4,5 % d'oiseaux qui sont des espèces endémiques, contrastant avec les 45,8 % de reptiles et 55,8 % d'amphibiens. Les endémiques notables sont le singe semnopithèque du Nilgiri et le crapaud brun ou carmin de l'espèce bufo beddomii des Ghats occidentaux. L'Inde contient 172 soit 2,9 % d'espèces menacées selon l'UICN, parmi lesquelles on retrouve le lion asiatique, le tigre du Bengale, et le vautour chaugoun indien, qui fut très proche de l'extinction à cause d'ingestion de charognes de bétail traités au diclofénac. Depuis les dernières décennies, la faune de l'Inde a été sérieusement menacée par la forte augmentation démographique humaine. Pour contrer cela, le gouvernement a considérablement étendu sa liste des secteurs protégés et des parcs nationaux (liste initialement établie en 1935). En 1972, l'Inde a mis en place un plan de sauvegarde de la faune, et un projet spécialement consacré à la préservation du tigre et de son habitat naturel. Ce plan de sauvegarde fut étendu par d'autres protections fédérales promulguées dans les années 1980. En plus des 500 zones de sauvegarde de la faune, l'Inde accueille maintenant 14 réserves de biosphère, dont 4 font partie du réseau mondial des réserves de biosphère. 25 zones humides sont protégées par la convention de Ramsar. La population de tigres en Inde est passée de en 1947 à en 2021 ; ce nombre représente 75 % de la population totale dans le monde de ces animaux. Politique environnementale. Dès la fin du , voyant les ressources naturelles diminuer, les Britanniques ont mis en place des lois et des organismes afin de gérer l'immense territoire que représentent les Indes. Le "Indian Forest Service" est créé en 1866, la "Indian Forest Act" est édicté en 1878. Les Britanniques cherchaient alors avant tout à préserver le couvert forestier sur ces zones de façon à assurer une pérennité pour l'exploitation du bois d'œuvre, le principal levier étant le prélèvement des taxes de douane. Accessoirement, ces dispositions permettaient de préserver également le gros gibier qui peu à peu disparaissait. C'est ainsi que plusieurs aires protégées ont vu le jour comme le Parc national de Kaziranga en 1905. Les mesures de protection se sont renforcées avec l"Indian Forest Act" de 1927. Devant la dégradation continue des zones protégées, le gouvernement indien a fait promulguer le "" en 1972 sur la protection de la faune et de la flore sauvages. La loi relative à la conservation des forêts, le "Forest Protection Act" de 1980, dispose qu'aucune superficie boisée ne peut être soumise à des utilisations non forestières sans l'approbation préalable du gouvernement indien. Cette loi, adoptée rapidement avec peu de concertation, a servi de façon très efficace à interdire la conversion des zones forestières. Cependant, elle pose localement des difficultés aux petites communautés rurales. Dans la foulée, le "Forest survey of india", un organisme destiné à évaluer les résultats de la protection du couvert forestier, a été créé en 1981. La loi relative à la protection de l'environnement, l"", a joué un rôle crucial dans la conservation et la gestion des écosystèmes notamment dans le traitement des eaux et des déchets. La loi de 2006 sur les tribus répertoriées et autres habitants traditionnels des forêts (reconnaissance des droits forestiers) est un texte clé de la législation forestière adoptée en Inde le "(The Scheduled Tribes and Other Traditional Forest Dwellers (Recognition of Forest Rights) Act, 2006)". En 2008, le "Forest Rights Act" fait craindre à certains protecteurs de l'environnement une perte d'autorité de l'État sur les zones protégées. Il existe plusieurs niveaux de protection, le plus élevé étant les parcs nationaux et le plus petit les "Village forests". En outre, certaines zones protégées peuvent l'être par des personnes privées. 4 % de la surface du pays doit, d'après une décision gouvernementale, être protégée. À ces aires protégées, se superposent des zones où des moyens complémentaires sont offerts pour protéger une espèce particulièrement ou un biome important. C'est le cas par exemple des "Tiger Reserves" et des "Elephant reserves", qui peuvent le cas échéant se superposer. Ces réserves sont pilotées dans le cadre de plans comme le "Project Tiger", le "Project Elephant", l"Asiatic Lion Reintroduction Project". Le "Yamuna Action Plan" a pour objectif à réhabiliter la rivière Yamuna. La protection de l'environnement est aujourd'hui pilotée par le ministère de l'Environnement et des Forêts qui dirige de nombreuses agences gouvernementales comme l"Indian Forest Service", des centres de formations et d'autres institutions. Face à la forte pollution présente dans le pays, le gouvernement indien a lancé en 2016 l'objectif d'électrifier à 100 % le parc automobile d'ici 2030. Le pays prévoit également d'électrifier à 100% le réseau ferroviaire d'ici à 2030. Ces dernières années, les événements météorologiques extrêmes, avec des sécheresses, des canicules et des cyclones récurrents, sont un facteur majeur de la chute de revenus des fermiers. Selon le Centre for Science and Environment, la plus grande ONG environnementale de l'Inde : « On fait face à une crise agricole, avec une vague de suicides de fermiers et des manifestations paysannes qui se sont multipliées par trois […] Les partis n’ont pas l’intelligence ni la vision à long terme pour prendre les mesures nécessaires. À la place, ils répondent à chaque sécheresse, à chaque inondation, par de la gestion de crise. Il n’y a aucun plan d’ensemble pour agir à l’échelle nationale pour la prévention et l’adaptation. La pollution de l'air provoque la mort de de moins de cinq ans chaque année selon le Centre pour la science et l'environnement de New Delhi. Elle est responsable de 12,5 % des morts en Inde. L'Inde génère actuellement, en 2019, de tonnes de poubelles par an, mais cette production pourrait s'élever d'ici 2030 à de tonnes annuellement selon les estimations du gouvernement. Géologie. La tectonique des plaques montre qu'au Permo-Trias (250-200 Ma), Madagascar, l’Inde (le craton indien était alors une grande île, située à au sud du continent asiatique et dont la côte sud-ouest actuelle était reliée à Madagascar, la côte sud-est à l'Australie), l’Afrique, l’Australie, l’Antarctique et l’Amérique du Sud étaient réunis en un supercontinent appelé Gondwana et qui commençait à se démanteler. Il y a d’années, le Gondwana s'est disloqué pour former les cinq continents : à une première phase de rifting qui a commencé au Permo-Trias, suit une phase d’ouverture océanique du Jurassique moyen au Crétacé supérieur (180-70 Ma) avec la formation des bassins de Somalie au nord et de Mozambique au sud, relié par la ride de Davie entraînant la plaque Indo-Malgache vers le sud. L’extension de la dorsale centrale indienne il y a 150 Ma sépare l’Inde de Madagascar avec un épisode de compression le long de la ride de Davie alors exhumée. Au cours de cette océanisation, se forment un épaulement de rift (l'actuelle chaîne de montagne occidentale indienne, les Ghats occidentaux) et l'Inde opère une remontée du sud au nord vers l'Asie, il y a entre d'années, à une vitesse estimée d'environ /an. Au cours de cette migration, la plaque indienne dérive sur le point chaud de La Réunion, une zone à forte activité volcanique. Les terres de l'Inde actuelle subissent alors d'intenses éruptions volcaniques il y a environ d'années qui forment les trapps du Deccan, constitués d'un empilement successifs de laves basaltiques. Aujourd'hui, cette zone couvre une bonne partie du centre-ouest de l'Inde. La dérive vers le nord aboutit à une collision avec l'ancienne plaque eurasienne (l'ancien Tibet), provoquant la surrection de l'Himalaya et l'expulsion du bloc indochinois vers le sud-est. Démographie. L'Inde est le deuxième pays le plus peuplé du monde et compte près de (projections de l'ONU pour 2021), dont dans l'Uttar Pradesh (Kanpur, Agra) et dans le Maharashtra (Bombay, Pune). C'est un pays jeune avec de personnes de moins de . En 2004, un Indien sur deux avait moins de et 70 % de la population habitait à la campagne. On prévoit que l'Inde deviendra le pays le plus peuplé du monde aux alentours de 2025. Cinq ans à peine après l'Indépendance, en 1947, l'Inde fut le premier pays à mettre en place une politique de contrôle de la population. Depuis, le gouvernement s'est fixé des objectifs ambitieux aussi régulièrement qu'il les a manqués. L'Inde, du fait de la nature démocratique de son régime politique, axe sa politique sur la responsabilisation individuelle, avec par exemple des centres d'information sur la contraception. Cette politique non contraignante diffère de celle de l'enfant unique de la Chine. Adoptée en 2000, une politique nationale appelait le pays à atteindre avant 2010 le seuil de renouvellement de 2,1. Il n'y parviendra sans doute pas avant une décennie au moins. Les facteurs qui semblent avoir eu le plus d'impact sur la natalité semblent être l'amélioration générale du niveau de vie ainsi que l'alphabétisation des femmes dans certains États (par exemple, au Kérala). Ainsi, l'Inde connaît une augmentation rapide de sa population. La population indienne augmente d'environ dix-neuf millions d'individus par an (conséquence d'une fécondité de par femme en moyenne, contre 1,5 pour la Chine). L'espérance de vie est passée de en 1952 à en 2011. Néanmoins, l'Inde est aujourd'hui confrontée à un phénomène problématique : la baisse du nombre de femmes par rapport au nombre d'hommes, en raison de l'élimination prénatale des fœtus féminins. Le ratio dans la population est de l'ordre de neuf femmes pour dix hommes. Dans certaines parties de l'Inde, il n'y a plus que huit femmes pour dix hommes. En conséquence, de nombreux hommes vivent aujourd'hui un célibat forcé, en même temps que se développent de vastes trafics de filles à marier étrangères, que l'on fait venir des Philippines, de Birmanie ou d'Indonésie. La cause souvent avancée pour expliquer l'élimination des fœtus féminins est d'ordre socioculturel : le destin d'une fille en Inde est de quitter sa famille à son mariage pour vivre dans celle de son époux et contribuer ainsi à enrichir le foyer de ses beaux-parents. En outre, la famille de la fiancée doit s'acquitter d'une dot envers la belle-famille, mais qui tend à s'étendre à l'ensemble de la population malgré une loi l'interdisant, et qui donne parfois lieu à des abus. Son versement peut ainsi entraîner de graves difficultés financières, voire la ruine, pour la famille de la mariée. Les cas de meurtres de jeunes mariées perpétrés par leur belle-famille sont souvent dénoncés dans la presse indienne et sont présentés comme la conséquence d'un défaut de paiement de la dot par leur famille d'origine. En 2006, on estimait ainsi officiellement qu'un cas de meurtre lié à la dot était rapporté à la police toutes les , soit près de mariées, insuffisamment dotées, assassinées par an. Économie. Caractéristiques générales. L'Inde a réalisé d'énormes progrès économiques depuis l'indépendance. En 2015, l'Inde était la économique mondiale avec un PIB de de dollars. Le journal indien "Economic Times" annonce ainsi une croissance de 7,6 % pour l'Inde du au contre 6,5 % affichés par la Chine. Néanmoins, le mode de calcul du PIB a été modifié en 2014, permettant de gonfler artificiellement les chiffres de la croissance. Le taux de chômage est si considérable que le ministère du travail ne communique plus de statistiques depuis 2016. Les secteurs bancaire et ferroviaire ont commencé à être privatisés. Ces dernières années les budgets de la santé et de l'éducation, déjà très faibles (respectivement 1,2 % et 0,6 % du PIB), ont été réduits, de même que d'autres dépenses sociales : aides à l'emploi, allocations aux cantines scolaires, plans pour l'accès à l'eau potable. Sur la question du droit du travail, des amendements votés en 2018 restreignent davantage les activités syndicales et tendraient à faciliter les licenciements et à allonger la durée de travail hebdomadaire des salariés. L'Inde s'efforce d'approfondir ses relations avec l'Association des Nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN), de resserrer ses liens avec la Chine et d’accroître ses interactions avec les pays d’Asie centrale, les États-Unis et l’Europe. Chambre de commerce. De son côté, la Chambre de commerce indienne est le principal organe de commerce et d'industrie de l'Est et du Nord-Est de l'Inde. Fondé en 1925, la Chambre est composées de plusieurs des plus grands groupes d'entreprises du pays. La Chambre a été créée par un groupe d'industriels pionniers dirigé par . Enfin, historiquement la Chambre indienne était étroitement associée à la liberté indienne. Emploi et chômage. Les travaux publics emploient à eux seuls plus de d'Indiens et représentent environ 10 % du PIB avec de gigantesques projets d'élargissement de routes, d'aéroports et de barrages pour les années 2016-2025. La question de l'accès à l'emploi devient cependant un problème majeur. Le nombre d'emplois dans le pays a diminué de entre 2012 et 2019, alors que plus d'un million de jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail. En conséquence, le nombre de chômeurs chez les moins de a bondi de en 2012 à en 2018. D'autre part, 90 % des emplois en Inde relèvent encore du secteur informel, caractérisé par l’absence de contrat de travail, d’assurance et de cotisation retraite. Plus des deux tiers de la population (68,8 %) vivent avec moins de () par jour. Chaque année, des millions d’Indiens, parmi les plus défavorisés, quittent leur village pour travailler dans les mégalopoles. Le nombre de ces se situerait entre et . Cette main-d’œuvre non qualifiée et mal payée est essentielle dans l’économie indienne. Elle est le plus souvent utilisée dans des emplois précaires et parfois dangereux, sans contrat de travail ni sécurité sociale, dans le secteur informel, sur les chantiers de construction, dans les usines, dans les hôtels et restaurants. Le reste forme le bataillon des vendeurs de rues ou de conducteurs de rickshaws. Agriculture. La situation des paysans est également préoccupante. Chaque jour, des agriculteurs se suicident, criblés de dettes ; d’autres sont obligés de mettre fin à leur activité et de quitter leur lopin de terre pour rejoindre les bidonvilles. Modernisation économique. Dans le domaine spatial, le pays a réussi à lancer en janvier 2007, une fusée transportant une capsule qui a ensuite été récupérée sur Terre, dans le cadre de la préparation d’un vol spatial habité. La fusée indienne PSLV () a placé sur orbite quatre satellites, une première pour l’Inde, dont deux satellites indiens, un indonésien et un argentin. Aujourd'hui, avec neuf satellites géostationnaires opérationnels, le pays a mis à profit son succès technologique spatial pour créer la télé-éducation ainsi que des réseaux de télé-médecine au service de la population. L'Inde compte plus de de nouveaux abonnés au téléphone mobile chaque mois et a dépassé début 2016 plus d'un milliard d'abonnements de lignes mobiles. Des jeunes du monde entier, dont un nombre croissant d'Européens, viennent étudier en Inde et effectuer des stages dans le pays. Un autre indice du développement économique est l’équipement des foyers en téléviseurs. Le nombre de foyers équipés était de en 2000 contre en 2007 (50 % des foyers). La classe moyenne indienne compte plus de de personnes et est en constante évolution. Les secteurs qui tirent profit de la conjoncture sont, avant tout, l'informatique, le BTP, les services, dont le tourisme et les industries manufacturières. L'Inde est aussi le premier producteur et exportateur de médicaments génériques du monde. La capitale de l’industrie pharmaceutique est Hyderabad. La première entreprise du secteur est Ranbaxy, avec plus de et de dollars de chiffre d’affaires. Les exportations indiennes se chiffrent à plus de de dollars. Inégalités sociales. L'Inde se caractérise par des inégalités sociales très élevées. Le 1 % de la population la plus riche gagne en 2021 plus de 20 % du revenu national total, alors que les 50 % les plus pauvres gagnent seulement 13 % du revenu national total. L’Inde fait désormais partie des pays les plus inégalitaires dans le monde selon le "Rapport sur les inégalités mondiales 2022", qui qualifie l’Inde « de pays pauvre et très inégalitaire, avec une élite aisée ». Société. Religions. La religion la plus pratiquée en Inde est l'hindouisme (79,8 %) d'après le recensement de 2011. Viennent ensuite l'islam (14,2 %), le christianisme (2,3 %), le sikhisme (1,7 %), le bouddhisme (0,7 %), le jaïnisme (0,4 %), le judaïsme et le zoroastrisme 0,009 % (parsis). Parmi ces religions, l'hindouisme, le jaïnisme, le bouddhisme et le sikhisme sont nés en Inde. Par ailleurs, des religions classées comme animistes sont encore très vivantes parmi les groupes tribaux du centre et du nord-est du pays. L’Inde constitue le berceau de religions pratiquées par plus de 2 milliards de personnes sur la planète, il est donc très important d'un point de vue historique et culturel . Les religions indiennes sont présentes en Asie du Sud , Asie du Sud-est , Asie de l’Est . La communauté chrétienne d'Inde du Sud est issue de deux périodes d'évangélisation, soit très ancienne, dès le (chrétiens de saint Thomas au Kerala et au Tamil Nadu), soit consécutive à l'arrivée des Européens à partir du : Portugais, Français, Anglais, Danois et Italiens. Les chrétiens de l'Inde du Nord-Est sont quant à eux issus de l'évangélisation de masse effectuée par les missionnaires américains et britanniques durant la colonisation britannique. Le jaïnisme est une religion de l'Inde qui rassemble à peu près de fidèles (environ 0,4 %) de la population et dont la majorité des pratiquants habitent au Maharashtra, au Karnataka et au Gujarat. Il existe toutefois actuellement des communautés jaïnes aux États-Unis, au Canada, au Royaume-Uni, en Thaïlande, au Népal, au Japon, en Belgique (Anvers), en Malaisie, au Kenya Le jaïnisme se caractérise par un respect absolu de toute forme de vie. Alors que le bouddhisme est originaire d'Inde, il est pratiqué à l'heure actuelle par une minorité de la population, notamment par les habitants du Ladakh, du Lahaul-et-Spiti, de l'Arunachal Pradesh et du Sikkim. Il y a également les Tibétains réfugiés depuis l'intervention au Tibet par la Chine, et les communautés d'ex-intouchables du Maharashtra (5 % de la population) qui se sont convertis en suivant l'exemple de Bhimrao Ramji Ambedkar, un grand leader intouchable de l'indépendance. Mais depuis quelques années, l'élite urbaine et la classe moyenne indiennes commencent doucement à s'intéresser de plus en plus au bouddhisme avec l'arrivée des écoles bouddhistes du Japon. La population zoroastrienne, qui forme la deuxième population de cette religion derrière l'Iran décroît rapidement à cause du taux de fécondité extrêmement bas (environ ). Les zoroastriens indiens se divisent en deux communautés issues de deux périodes d'arrivées différentes : les "Parsis" (établis en Inde vers l'an 717 à la suite des invasions musulmanes en Perse) et les "Iranis" (venus d'Iran durant le règne de la dynastie Kadjar au ). Le gouvernement indien organise des campagnes de sensibilisation auprès de ces groupes au sujet de la contraception et du planning familial, incitant les couples à avoir de nombreux enfants afin de sauver leurs ethnies de la disparition. Tensions communautaires. Les tensions interreligieuses peuvent être vives en Inde. Après l'indépendance en 1947, les déplacements forcés de populations entre l'Inde et le Pakistan avaient provoqué des émeutes extrêmement violentes entre les communautés hindoues et musulmanes, qui firent, selon certaines estimations, un million de morts. En 1984, après l'assassinat d'Indira Gandhi, les pogroms touchent la communauté sikh ( dont beaucoup de brûlés vivants). En 1992, la destruction de la mosquée historique d'Ayodhya par des hindous avait entraîné des violences entre musulmans et hindouistes, notamment à Mumbai, faisant plus de dans le pays. En , un attentat suicide frappe le Parlement du Jammu-et-Cachemire à Srinagar (). Le , le Parlement fédéral subit une attaque suicide qui provoque la mort de . Des violences au Gujarat en 2002 entre hindous et musulmans font plus de en trois jours à Ahmedabad, et plus de au Gujarat. Les émeutes font suite à l’incendie, le , d’un train ramenant des pèlerins hindous, dans un climat de tensions liées à la destruction de la mosquée d'Ayodhya en 1992. En , trois explosions attribuées aux islamistes provoquent la mort de à Delhi. Le , la ville de Varanasi connaît un triple attentat, revendiqué par le Lashkar-e-Qadar. Le , l’explosion de trois bombes près de la mosquée de Malegaon, dans le Maharashtra, fait . Le , deux attentats à la bombe frappent la ville d'Hyderabad, tuant au moins . Le , les villes de Bénarès, Lucknow et Faizabad, sont touchées par des attentats contre des tribunaux, faisant au moins treize morts et une cinquantaine de blessés. Ces attentats arrivent au moment où les avocats de l'Uttar Pradesh annoncent ne pas assurer la défense des militants islamistes dans leur région. Le , plusieurs attentats dans la ville de Jaipur font au moins et . Une bombe a explosé dans un temple hindou. Les 25 et , les attentats revendiqués par des islamistes à Bangalore et Ahmedabad provoquent la mort de . À la fin du mois d'août 2008, des hindous s'en prennent aux chrétiens dans l'état d'Odisha, à l'est du pays : les violences font au moins une dizaine de morts et ont été incendiées. Le , plusieurs explosions touchent Delhi. Ces derniers attentats sont revendiqués par les Moudjahidines indiens, un groupe islamiste. Le , c'est Mumbai (Bombay) qui est touchée par une série d'attaques faisant au moins , et environ . Ces attentats sont revendiqués par l'organisation islamiste des Moudjahidines du Deccan. Plus récent encore, les tensions inter-communautaires de l'ouest de l'Assam durant l'été 2012, a opposé les populations indigènes hindous bodos et les bengalis musulmans. Ces tensions ont provoqué un regain de violence dans l'ensemble du pays. Les grandes villes, dont Bangalore, étaient très exposées aux risques d'attentats terroristes de la part des extrémistes hindous et musulmans. Le gouvernement nationaliste de Narendra Modi entreprend à partir de 2018 de déchoir de la nationalité indienne les personnes qui ne peuvent prouver que leurs ancêtres étaient présents en Inde avant le . Dans l’État de l'Assam, quatre millions de personnes sont subitement devenues apatrides en 2018, et deux millions d'autres en 2019. La forte proportion d'hindous (environ les deux tiers) parmi les personnes déchues de leur nationalité a été une surprise pour le gouvernement indien. Ce dernier, qui conduit une politique antimusulmane et nationaliste hindou, a réagi en adoptant la loi sur la nationalité visant à permettre aux hindous de retrouver leur nationalité indienne. La construction de plus d'une dizaine de camps de détentions est en projet pour rassembler les personnes devenues apatrides. Le Bangladesh voisin, d'où les personnes ayant perdu leur nationalité sont censées être originaires, a indiqué qu'il n'accepterait de recevoir ces « migrants » que si la preuve de leur nationalité bangladaise était apportée. En attendant, les exclus — hommes, femmes et enfants — seront placés en détention provisoire. Pourtant, cette preuve semble dans la plupart des cas impossible à fournir, et les détentions pourraient donc être définitives. Famille. Les valeurs indiennes traditionnelles de la famille sont encore aujourd'hui respectées, bien que dans certains milieux, le modèle de la famille change pour diverses raisons : migration, mondialisation, changement de mœurs Aujourd'hui encore la plupart des mariages sont arrangés. La coutume est que la femme quitte le foyer de ses parents pour celui de son mari, qui reste vivre auprès de ses parents. Travail des enfants. L’Inde est le pays le plus touché par le travail des enfants. Les estimations varient entre d’enfants actifs, mais l’évaluation la plus couramment citée est de tandis qu’officiellement, ce chiffre est de . Selon l’Unicef, 11,8 % des enfants travaillent en Inde (chiffres 2002-2012). Environ 20 % de ces enfants travaillent dans la rue en tant que chiffonniers, mendiant, conducteurs de vélos taxis et cireurs de chaussures. Ils sont aussi exploités par les exploitations agricoles telles que les rizières et les plantations de jasmin, thé, noix de cajou Un travailleur agricole sur dix est un enfant. L'industrie est elle aussi touchée par ce travail infantile, particulièrement dans les mines, les usines de textiles, les verreries, les usines de feux d'artifice, de cigarettes, et encore d'autres. Plus de seraient exploités sexuellement par la prostitution et la pornographie. Les conditions de travail des enfants sont des plus déplorables. Ils peuvent passer entre 12 et par jour dans des lieux malsains et dangereux pour leur santé. Dans les usines de textile, les enfants sont parfois enchaînés à leur machine à coudre et sont forcés de dormir sur place. L'hygiène de base n'est que très rarement respectée et les soins de santé sont inexistants. Les enfants sont souvent soumis à l'exposition de produits toxiques et, dans bien des cas, doivent les manipuler. En plus de ces mauvaises conditions, les enfants sont sous salariés puisqu'ils ne connaissent pas la valeur de l'argent. De plus, les trois premières années, sous prétexte d'apprentissage, ils ne sont pas rémunérés. Actuellement, on compte plus de d'enfants qui sont en position de servitude. La plupart du temps, ils ont été échangés contre du bétail ou pour effacer les dettes des parents envers les compagnies. Scolarité. Le , l'instruction scolaire du premier degré est devenue obligatoire pour les enfants de . Les frais sont pris en charge par l'État pour les familles démunies. Depuis le avril, l'éducation est devenue un « droit fondamental » pour des millions de petits Indiens. La nouvelle loi qui vient d'être adoptée par le Parlement de New Delhi ne sera pas facile à mettre en œuvre. Pour autant, elle est historique. Elle vise à garantir un enseignement gratuit et obligatoire à tous les enfants âgés de , dans un pays où au moins d'entre eux n'ont jamais vu une salle de classe. La nouvelle loi a été portée sur les fonts baptismaux par le premier ministre, Manmohan Singh, lui-même issu d'un milieu très modeste. Santé. L'espérance de vie indienne est de (2011). À noter, encore en 2011, le taux de natalité est de , alors que le taux de mortalité est de , créant ainsi une augmentation importante de la population chaque année. Une nouvelle estimation nationale du nombre de personnes vivant avec le virus VIH en Inde, réalisée avec le soutien du Programme commun des Nations unies sur le VIH/sida (ONUSIDA) et de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), révèle que la prévalence du virus chez les adultes s'établit à 0,36 % de la population du pays, ce qui correspond à un chiffre compris entre 2 et d'individus. Les accidents de la route constituent la première cause de mortalité, tuant en moyenne dix-huit personnes chaque heure, soit plus de en 2011. Or 80 % des blessés ne reçoivent aucun soin au cours de la première heure, cruciale dans bien des cas. Comme il n'existe pas de service d'aide médicale urgente, ce sont les policiers qui sont les premiers sur les lieux, mais ils ne sont pas préparés au secours d'urgence. Alors que les foyers pauvres consacrent 60 % de leurs revenus à l’alimentation, 38 % des enfants souffrent toujours de malnutrition. L’Inde ne compte que 0,5 lit d’hôpitaux pour (contre pour en Chine). Génétique. Depuis les années 2010 et l'étude de l'ADN ancien, les études génétiques ont permis de mieux connaître le peuplement du sous-continent sud-asiatique qui se caractérise par une histoire complexe de migrations et d’interactions humaines, ainsi que par une variété de pratiques traditionnelles, qui ont toutes contribué à une vaste diversité culturelle et génétique. La diversité génétique de l’Inde peut être ainsi décrite par un modèle de mélange entre deux populations ancestrales statistiquement reconstruites : les « Indiens du Nord ancestraux (ANI) », qui sont génétiquement apparentés aux Eurasiens de l’Ouest, y compris les Moyen-Orientaux, les Asiatiques centraux et les Européens, et les « Indiens du Sud ancestraux (ASI) », qui sont lointainement apparentés aux insulaires autochtones d’Andaman. L’ascendance ANI est proportionnellement plus élevée chez les locuteurs indo-européens et est également plus répandue dans les castes supérieures que dans les castes inférieures ou moyennes. En outre, la composante ANI présente une structure géographique discernable en Asie du Sud, qui diminue par rapport au nord-ouest. Ce gradient reliant l’ANI à l’ASI est connu sous le nom de « gradient Indien (Indian Cline) ». Les dernières études intégrant des données génomiques provenant à la fois de l’ADN ancien (ADNa) et des Asiatiques du Sud actuels ont permis d'affiner la modélisation de la formation de ce « gradient indien » comme une combinaison de trois populations sources : (1) les « Anciens Indiens du Sud ancestraux (AASI) », qui représentent une lignée de chasseurs-cueilleurs sud-asiatiques hypothétique découlant d’une division de population qui s'est produite en même temps que la séparation des populations de l’Asie de l’Est, des ancêtres des Onge et des aborigènes australiens; (2) les Iraniens anciens et (3) les populations de steppes de l’âge du bronze moyen et tardif (Steppe-MLBA). Ces études suggèrent qu’un mélange génétique distinctif d’anciens Iraniens et d’AASI aurait pu former la base génétique de la civilisation de la vallée de l’Indus (IVC), ainsi ce mélange a été désigné par les auteurs, la « périphérie de l’Indus ». On a émis l’hypothèse que la « périphérie de l’Indus » a joué un rôle central dans la transformation des trois populations sources en deux populations ancestrales, l’ANI et l’ASI, qui façonnent l’actuel « gradient indien ». Pendant le déclin de l’IVC, une partie de la population de la « périphérie de l’Indus » s’est mélangée à l’AASI pour former l’ASI dans les régions du sud de l’Inde, tandis que l’interaction ultérieure entre la « périphérie de l’Indus » et les populations entrantes steppiques-MLBA dans les régions du nord a entraîné la formation de l’ANI. Notamment, après cette période de mélange (il y a 4200-), les populations indiennes semblent avoir montré un changement vers l’endogamie, réduisant par la suite le flux génétique. Dans ce contexte, une série de migrations historiques et de divisions socioculturelles de longue date ont structuré la variation génétique de l’Inde en un modèle unique de différents groupes endogames. Culture. La culture indienne est le résultat de traditions qui ont combiné des éléments hétérogènes de civilisations présentes sur le territoire à la suite d'invasions, de mouvements migratoires et de colonisation qui ont marqué le pays à un moment ou à un autre de son histoire. Langues. L'Inde est un des pays au monde où la diversité linguistique est la plus importante : le recensement de 2001 a comptabilisé 234 langues maternelles, dont 122 langues importantes ainsi que plusieurs milliers de dialectes. 77 % des Indiens parlent une langue indo-aryenne (dont la plus parlée du pays, l'hindi, est la langue maternelle de d'Indiens, soit 41 % de la population), 20 % une langue dravidienne. Les autres familles représentées sont les langues austroasiatiques, sino-tibétaines et tai-kadai ainsi que quelques isolats. La langue officielle du gouvernement central est l'hindi. Depuis plusieurs années, le gouvernement central tente de renforcer l'usage d'un hindi standardisé à travers tout le pays. Cependant, une certaine partie de la population juge cet hindi comme trop complexe, perçu même comme « nouveau symbole de l’oppression et du pouvoir d’État » envers les intérêts locaux. L'anglais, langue de l'ancien colonisateur britannique, a le statut de seconde langue officielle. L'anglais n'est cependant utilisé que par une faible partie de la population, notamment par l'élite indienne dans les affaires, le tourisme, l'administration, le milieu universitaire ou encore diplomatique. Si de nombreux intellectuels depuis Gandhi voient dans l’anglais une langue de l'aliénation, créant de surcroît un schisme entre l'élite indienne et le peuple, l'anglais a néanmoins le mérite de transcender en certaines occasions les particularismes linguistiques régionaux, très présents et parfois opposés, comme le prouve notamment le conflit en Inde entre États dravidophones et États hindiphones. En outre, une vingtaine de langues sont officielles dans les différents États et territoires, dont le français (bien que peu parlé) dans le territoire de Pondichéry, en raison de l'histoire coloniale de ce territoire. Musique et danse. La musique indienne est très diversifiée. La musique classique compte principalement les traditions hindoustanies du Nord et carnatiques du Sud. La musique populaire est généralement régionale. Elle inclut de très nombreuses musiques de film (dont A. R. Rahman auteur et compositeur) et de la musique folklorique comme le Bhangra. Les danses sont également variées, selon les régions et les communautés. Parmi les danses classiques les plus connues : le bharata natyam, le kathakali, le kathak (qui partage ses racines avec le flamenco d'Espagne), le kuchipudi, le manipuri, l'odissi et le yakshagana. Ces danses sont habituellement imprégnées par des éléments religieux et de dévotion. Littérature. La tradition littéraire la plus ancienne, le Veda, fut composée et transmise oralement. La littérature religieuse hindoue écrite en sanskrit, tels que le Ramayana, le Mahabharata ou les Purana, tient une grande place dans la culture indienne, et donne lieu à des réminiscences et des adaptations jusque dans les œuvres contemporaines de fiction, de théâtre ou de cinéma. Une autre littérature importante de la période est la « Littérature du Sangam » de langue tamoule produite dans le Tamil Nadu, également très ancienne. Le sanskrit comme le tamoul classique sont des langues savantes qui ne sont accessibles qu'à un groupe très restreint d'individus cultivés. Les littératures en langue vernaculaire (telle que l'hindi, bengali ou ourdou par exemple) se développent quant à elles à partir du . Les textes sont en vers ou en prose, d'essence religieuse et bien souvent inspirés de légendes anciennes ou d'épopées. Sous l'influence de la colonisation britannique, les auteurs indiens de l'ère moderne, dont le bengali Rabindranath Tagore, écrivent en anglais comme dans leur langue maternelle. À partir du et à l'époque contemporaine, beaucoup d'écrivains, dont certains jouissent d'une audience internationale (Salman Rushdie, Anita Desai, Amitav Ghosh, Vikram Seth, Arundhati Roy, Vijay Singh, Tarun Tejpal, Rohinton Mistry) ont contribué au développement d'une fiction indienne de langue anglaise en rupture avec la narration classique caractérisant leurs prédécesseurs (et notamment R. K. Narayan, considéré comme l'un des pères du roman indien écrit en anglais). Leurs œuvres portent l'empreinte du courant postcolonialiste, où les thèmes de l'identité nationale, de l'histoire, de la réflexion sur l'oppression coloniale s'allient à une interrogation sur ce qui fonde l'identité de l'individu, sur la difficulté à vivre la rupture entre la tradition et la modernité, sur le conflit des cultures et des influences qui se joue dans la conscience de l'homme de l'Inde indépendante. Cette recherche d'identité passe par le recours à la langue anglaise, langue du colonisateur réinventée et réappropriée, qui témoigne par ailleurs de la volonté de créer un langage et une esthétique propre, et par là même de s'exprimer en dépassant la difficulté de se dire avec des mots « venus d'ailleurs », suivant l'expression de R. K. Narayan. Auteur de fiction, de poèmes et d'essais littéraires, dont plusieurs ont obtenu des prix internationaux, Amit Chaudhuri occupe également un rang notable dans la toute jeune génération de la littérature anglo-indienne. Dans un registre intimiste, il s'attache à la description des mutations de la famille et à une réflexion sur la conjugalité dans les foyers de la classe moyenne émergente. De même, Hari Kunzru a récemment publié une épopée comique sur le thème de la recherche de l'identité, illustrant le surgissement de tendances individualistes qui semble à l'œuvre dans cette même classe moyenne résidant dans les métropoles indiennes. On peut enfin citer Kiran Desai qui a remporté le "Man Booker Price" en 2006 avec un récit illustrant la tension vécue par la génération actuelle, entre héritage familial et aspirations individuelles. Le postcolonialisme, mouvement littéraire de grande ampleur qui a touché à la fois les pays du sud et l'Occident, en amorçant un détachement des formes élitistes, a également favorisé en Inde l'expression littéraire de groupes minoritaires qui traditionnellement se voyaient dénier la capacité de produire des œuvres culturelles. Ainsi des écrivains, dramaturges et poètes "dalits" (ou « hommes brisés » en marathi, nom que se sont donné les individus originaires des castes intouchables pour contester leur statut social issu de leur position hiérarchique dans la société hindoue) ont également ébranlé les formes littéraires classiques, par l'usage d'un langage inhabituellement concret, voire cru, pour décrire leur condition d'opprimés, contribuant ainsi au renouvellement des thèmes et des formes de la littérature nationale. Cinéma. L'industrie cinématographique indienne est la plus prolifique du monde. Son fleuron est constitué par la production de Bollywood (mot valise dérivée de Bombay, l'ancien nom de Mumbai, et Hollywood), dont les studios sont situés dans la capitale du Maharashtra, et qui réalisent principalement des films commerciaux en hindi. L'industrie est également importante dans la région de Calcutta, de Madras, et au Kerala. Il existe ainsi une production non négligeable de films en telugu (Tollywood), kannada, malayalam (Mollywood), tamoul (Kollywood), penjabi, bengali ou marathi. Le cinéma est un art et une distraction particulièrement populaire en Inde. Les acteurs les plus connus jouissent ainsi d'un grand prestige et les liens entre l'industrie du film et la politique sont parfois très étroits. Ainsi, certains acteurs ont occupé des postes gouvernementaux importants, comme M. G. Ramachandran et Amma, acteurs tamouls populaires devenus ministre en chef du Tamil Nadu. En marge de cette production de masse, il existe également un cinéma d'auteur, dont le représentant le plus connu hors des frontières de l'Inde est le bengali Satyajit Ray. On peut également citer parmi les réalisateurs classiques Guru Dutt, Raj Kapoor (également acteur), Adoor Gopalakrishnan et Yash Chopra pour ses grands succès. Parmi les réalisateurs indiens contemporains ayant connu le succès, Mira Nair, figure de proue du cinéma indien indépendant, a récemment obtenu plusieurs récompenses internationales, dont un Lion d'or à Venise en 2001 ; ses films sont travaillés par les thèmes de l'exil et de la fracture entre les générations, ou aussi par ceux de la sexualité féminine et de sa censure. Citons également Shyam Benegal, Deepa Mehta, ou encore Vijay Singh, cinéaste indien vivant à Paris, dont les films touchent à la fois à l'Inde et à la France. Sur un mode plus léger, Karan Johar, issu d'une famille de réalisateurs de Bollywood, possède sa propre société de production et tente de renouveler les codes du genre en introduisant des thèmes de réflexion sur les mœurs familiales en mutation dans ses intrigues par ailleurs très représentatives du cinéma commercial produit à Mumbai. Médias. L'Inde compte, en 2018, de presse, de radio et de télévision par satellite. Au niveau national, quatre quotidiens représentent les trois quarts du lectorat en hindi, et il en est de même pour les quatre principaux quotidiens nationaux anglophones. La propriété des médias est essentiellement concentrée entre les mains de quelques de grands groupes. Il n’existe dans le pays « aucune limite fixée à la concentration de l’actionnariat dans les domaines de la presse écrite, de l’audiovisuel ou du numérique », ni d’organisme de régulation du secteur des médias. Les propriétaires des médias sont fréquemment engagés en politique, à l'image des milliardaires Subhash Chandra et Shobhana Bhartia, respectivement propriétaire du groupe Zee News et de HT Media, et tous deux élus au Parlement. Au niveau local, comme le relève l'ONG Reporters sans frontières (RSF) : « La principale chaîne de télévision de l’État de l’Odisha est détenue par la famille Panda, dont l’un des membres éminents, Baijayant Jay Panda, n’est nul autre que le vice-président national et porte-parole officiel du BJP, le parti du Premier ministre Modi. De même, dans l’État de l'Assam, la propriétaire de la principale chaîne, NewsLive, est l’épouse d’un des principaux ministres de l’exécutif régional, lui aussi dominé par le BJP. » Ainsi les partis politiques et les milieux d'affaires possèdent des leviers d’influence considérable sur l’information en Inde. Ces dernières années, les violences contre les journalistes ont augmenté dans le pays. Sur les réseaux sociaux, des groupes nationalistes mènent, selon RSF, « d’effrayantes campagnes coordonnées de haine et d’appels au meurtre contre les journalistes qui oseraient parler ou écrire sur les sujets qui dérangent ». Alimentation. La cuisine indienne est extrêmement diversifiée selon les régions, les communautés, les religions ou les familles, et inclut de nombreuses épices souvent moulues et mélangées dans des assortiments appelés masalas (ou "curry" en anglais ou en français, "curry" à l'origine signifiant « sauce » en hindi) : tandoori masala de la cuisine islamique moghole, rasam masala de la cuisine du sud de l'Inde, garam masala de la cuisine du nord de l'Inde Les épices et les méthodes changent de région en région. Le riz, les lentilles et le blé sont la base alimentaire de la nation indienne. On consomme en Inde également de tonnes par an de bœuf, de tonnes de porc et de mouton. Le pays est connu pour sa grande variété de cuisines végétariennes et non-végétariennes. La nourriture et les bonbons épicés sont populaires. Il existe également une grande variété de plats sucrés et de boissons qui varient de région en région. Sport. Si le sport national est le hockey sur gazon, c'est le cricket qui, en Inde, est élevé au rang de véritable passion nationale. L'équipe indienne joue au plus haut niveau international, et certains joueurs, tel Sachin Tendulkar et Virat Kohli, sont extrêmement populaires dans tout le pays et au-delà. Certains matches sont suivis avec ferveur par tout le pays, notamment les rencontres entre l'Inde et son voisin le Pakistan, ou les confrontations de la sélection nationale avec l'Angleterre. Dans quelques États, en particulier dans le nord-est et les États côtiers du Bengale-Occidental, de Goa et du Kérala, le football est largement répandu. Le Championnat d'Inde de football existe depuis 1996. Récemment, le tennis a gagné en popularité, en particulier grâce à la joueuse professionnelle Sania Mirza. L'Inde est par ailleurs présente dans le monde de la course automobile avec les pilotes de F1 comme Karun Chandhok ou Narain Karthikeyan au volant de l'ancienne écurie « Force India », constructeur qui était détenu par le milliardaire indien Vijay Mallya, racheté en 2018 par Lawrence Stroll, pour nommer l'équipe Racing Point et y apporter l'expertise d'Aston Martin en 2021 après son rachat l'année précédente. On peut enfin citer le catcheur The Great Khali. Le jeu d'échecs, réputé originaire de l'Inde, progresse également du fait de l'augmentation du nombre de grands maîtres indiens, à commencer par Viswanathan Anand, régulièrement classé numéro un mondial et sacré champion du monde le 29 septembre 2007 à Mexico, qui conservera son titre en 2008, 2010 et 2012, avant de s'incliner devant Magnus Carlsen en 2013. Les autres sports traditionnels comprennent le Kabaddi, le Kho-Kho, et le Gilli-Danda, qui sont joués dans tout le pays. L'Inde est la source de la discipline historique et religieuse du yoga, et également de l'art martial antique, le Kalarippayatt. Fêtes. Les fêtes indiennes sont nombreuses et variées. En plus des trois jours fériés nationaux, la plupart des fêtes sont d'origine religieuse. Certaines sont fêtées partout dans le pays, comme Divali à l'automne ou Holi au printemps, d'autres sont plus régionales, comme l'Ugadi/Gudi Padwa au Deccan, Pongal au Tamil Nadu ou Onam au Kérala. Codes. L'Inde a pour codes :
Iran L’Iran , en forme longue la république islamique d'Iran , est un pays d'Asie de l'Ouest, historiquement appelé la Perse. Bordé au nord par la mer Caspienne, au sud-est par le golfe d'Oman et au sud par le golfe Persique, l'Iran partage des frontières avec le Turkménistan au nord-est, l'Afghanistan à l'est, le Pakistan au sud-est, l'Irak à l'ouest, la Turquie, l'Arménie et l'Azerbaïdjan au nord-ouest. Le pays a une superficie de . L'Iran est un pays fortement diversifié tant sur le plan des grands ensembles naturels que de sa population et sa culture. Le relief de l'Iran est montagneux à l'ouest et au nord et à l'est, le plateau iranien s'insérant entre les deux massifs et les plaines étant circonscrites aux côtes de la mer Caspienne et du golfe Persique. À la rencontre des plaques eurasiatique, arabique et indienne, le pays est sujet aux séismes. Les aires à l'ouest et au nord, plus humides et couvertes de steppes et de forêts, rassemblent la plus grande partie de la population, les régions de l'est et du sud étant semi-désertiques ou désertiques. L'Iran est l'un des plus anciens berceaux civilisationnels du monde, ayant été habité par les Élamites dès le . Unifié par les Mèdes, le territoire vint à constituer l'un des plus vastes empires à avoir jamais existé, s'étendant de l'Est de l'Europe à la vallée de l'Indus sous le règne des Achéménides, ainsi que le plus important foyer du monothéisme zoroastrien pendant plus de mille ans. Conquis en 331 avant notre ère par Alexandre le Grand et placé sous la domination des rois séleucides, l'empire se rebella au siècle suivant sous l'impulsion des Parthes. Régnant à partir du de notre ère, les Sassanides érigèrent l'Empire perse au rang de grande puissance de l'Asie de l'Ouest pendant plus de quatre cents ans. La conquête arabo-musulmane au conduisit à l'islamisation de l'Iran, dont les contributions aux arts, aux sciences et à la philosophie au cours de l'Âge d'or de l'islam furent nombreuses. L'Iran fut gouverné au cours des deux siècles qui suivirent par des dynasties locales puis par les Turcs seldjoukides puis les Ilkhans mongols. La dynastie séfévide unifie à nouveau l'Iran au et fait de l'islam chiite la religion officielle. Après avoir été une puissance majeure sous Nader Chah au , des rivalités tribales créent le désordre qui permet l'émergence de la nouvelle dynastie Kadjar qui va unifier le pays par la violence et le sang. Cette dynastie stabilisera le pouvoir pendant 2 siècles en résistant avec force aux tentatives de colonisation des britanniques et des russes. Cependant l'Iran n'a pas les moyens de résister face aux super-puissances et subit des pertes territoriales face à l'Empire russe. Au début du , la révolution constitutionnelle persane aboutit à l'instauration d'un parlement.(période 1905-1911).L'Empire Perse devient l'empire d'Iran en 1935. Il est dirigé par Reza Palavi. Le pays est gouverné de façon parlementaire ou autoritaire de façon fluctuante pendant cette période. Le gouvernement du Premier ministre Mohammad Mossadegh veut nationaliser le pétrole au début des années 1950. En conséquence, un coup d'État est opéré par le Royaume-Uni et les États-Unis en 1953. La révolution islamique en 1979 aboutit à l'établissement de l'actuel régime politique de l'Iran. L'Iran compte . La langue officielle est le persan et plusieurs minorités parlant azéri, kurde, lori, guilaki, soureth, baloutchi, mazandarani, kachkaï et arabe peuplent différentes villes des . La capitale est Téhéran. Le calendrier officiel est le calendrier persan. L'Iran est la puissance économique mondiale selon le produit intérieur brut (PIB) nominal et la dix-huitième selon le PIB à parité de pouvoir d'achat (2015). Le PIB par habitant s’élève à (2011). Membre de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), c'est un important producteur de pétrole à l'échelle mondiale. Il dispose de la plus grande réserve de gaz naturel. La monnaie est le rial. Toponymie. Le toponyme "Iran", qui signifie « royaume des Aryens », d'usage natif depuis l'ère sassanide, est officiellement adopté le pour l'usage international. Auparavant, le pays était connu en Occident sous le nom de Perse. Les noms « Perse » et « Iran » sont souvent utilisés indifféremment dans le contexte culturel, bien que le terme « Iran » demeure utilisé officiellement dans le contexte politique. Le mot "Iran" a une racine aussi ancienne que les langues indo-européennes. Aussi bien mythologiquement qu'historiquement, c'est la base d'un mot à la fois complexe et commun, couvrant un espace étendu allant de l'Iran à l’Écosse. Pendant la dynastie des Achéménides (559 à 330 av. J.-C.), les Iraniens appelaient leurs territoires "Parsa" du nom de l'empire de Cyrus le Grand, de la tribu perse, qui se retrouve aujourd'hui sous la forme de Fars ou Pars, ville et province d’Iran. Cependant, la totalité de l’État était alors appelée "Aryanam". Ce mot est apparenté au terme « Aryen », qui signifie "noble". À l’époque parthe (248 av. J.-C. à 224 ap. J.-C.), "Aryanam" a été modifié en "Aryan" pour évoluer vers "Iranchahr" et "Iran" à l’époque sassanide. Les Grecs appelaient les Perses du nom de Mèdes, les confondant avec un peuple que les Perses avaient soumis auparavant. Ils utilisaient les termes "Aryana" et "Persis" pour désigner la région aujourd’hui connue comme le plateau Iranien. Le terme "Persis" est passé au latin pour devenir "Persia", puis en français "Perse", terme encore utilisé dans les pays occidentaux. Le , Reza Chah Pahlavi publie un décret demandant à toutes les relations étrangères du pays de le désigner sous le nom d"'Iran" dans leur correspondance officielle, sans que le terme "Perse" tombe dans l'inusité. En 1959, le gouvernement annonce que les deux noms ("Perse" et "Iran") peuvent être officiellement utilisés de manière interchangeable. En 1979, la révolution iranienne proclame la « république islamique d’Iran », désignation officielle actuelle. Les termes "Perse" et "Iran" sont toujours largement utilisés. Géographie. Géographie physique. L'Iran se situe un peu au nord du tropique du Cancer entre les parallèles 25° N et 40° N de latitude et entre les méridiens 44° E et 63° E de longitude. L'Iran fait partie du fuseau horaire qui correspond à peu près à l'heure réelle à Téhéran. L'Iran est un pays montagneux et partiellement désertique d'une superficie de , dont terrestres et d'eaux intérieures. Au nord-ouest, il a des frontières communes avec l’Arménie (), l’Azerbaïdjan (), au nord-est, il cumule de côtes sur la mer Caspienne, puis au nord-est il partage une frontière terrestre avec le Turkménistan (). À l’est, l'Iran est borné par l’Afghanistan () au nord et le Pakistan () au sud. Les frontières occidentales sont partagées avec la Turquie () au nord-ouest et l’Irak () au sud-ouest, finissant au Chatt-el-Arab. Le golfe Persique et le golfe d’Oman forment l’intégralité de sa limite méridionale de . Cette situation sur les lignes maritimes des hydrocarbures est stratégique. Au territoire continental s'ajoutent plusieurs îles dans le golfe Persique, quelques-unes dans la mer Caspienne. L’Iran connaît un contentieux avec les Émirats arabes unis depuis les années 1970 portant sur les îles Tunbs et Abou-Moussa, occupées militairement par l’Iran. La distance entre les extrêmes en Azerbaïdjan de l'Ouest au nord-ouest et au Sistan-et-Baloutchistan au sud-est est approximativement de . Le relief iranien est dominé par plusieurs chaînes de montagnes qui séparent divers bassins et plateaux. Le sommet le plus haut de l’Iran, le mont Damavand, culmine à . Plus haute montagne eurasiatique à l'ouest de l'Hindou Kouch, il fait partie des monts Elbourz, qui surplombent la mer Caspienne au nord. Les monts Zagros coupent le pays du nord-ouest au sud-est, d'une altitude dépassant les , avec au moins cinq sommets de plus de . Vers le sud du pays, l'altitude moyenne des sommets descend brusquement jusqu'en dessous de . L’Iran est situé dans une zone sismique très instable et est régulièrement touché par des tremblements de terre. Le paysage accidenté de l'Iran a surgi de la dernière grande collision tectonique des continents. En s'éloignant de l'Afrique, le nord de la plaque arabique a heurté la plaque eurasiatique, il y a d'années, peu après la création de l'Himalaya lors de la poussée de la plaque indienne. L'impact a soulevé pratiquement toutes les chaînes de montagnes de l'Iran, ainsi que le plateau central, qui passe de d'altitude dans le Nord-Ouest à moins de dans les bassins désertiques de l'Est. La collision, toujours à l'œuvre, est responsable des nombreux tremblements de terre. Le plateau Iranien, constitué de plusieurs bassins fermés, est la zone située entre les chaînes de montagnes localisées à l’est et à l’ouest du pays. L'altitude moyenne de ce plateau est d'environ , mais plusieurs sommets surplombant le plateau s'élèvent à plus de . La partie orientale du plateau est couverte par deux déserts salés, le Dacht-e Kavir et le Dacht-e Lout. La plaine du Khouzistan, au sud-ouest, est une extension de la plaine de Mésopotamie d'une largeur moyenne de . Elle entre sur environ à l'intérieur des terres avant de se heurter aux contreforts des monts Zagros. S'élevant à quelques mètres, elle est recouverte de marais. La plaine Caspienne, à la fois plus longue et plus étroite ( sur ), s'insère entre la mer Caspienne et les contreforts des monts Elbourz. Sur la côte du golfe Persique et du golfe d'Oman, la chaine des Zagros vient se terminer directement sur le littoral. Le réseau hydrographique compte peu de cours d'eau importants. Le Karoun (), le plus long cours d'eau d'Iran et la seule voie navigable, est un affluent du Chatt-el-Arab, fleuve du bassin du golfe Persique. Le Sefid Roud () se jette dans la mer Caspienne. D'autres rivières permanentes se jettent dans le golfe Persique, et plusieurs rivières ayant leur source dans le nord-ouest des Zagros ou dans l'Elbourz font partie du bassin de la mer Caspienne. Sur le plateau iranien, de nombreuses rivières intermittentes se jettent dans des lacs salés, qui ont tendance à sécher pendant les mois d'été. Le lac d'Ourmia, dans l'Azerbaïdjan iranien au nord-ouest, est le plus grand lac d'Iran avec une superficie moyenne de . La salinité y est trop élevée pour permettre aux poissons ou à d'autres formes de vie aquatique d'y vivre. Plusieurs lacs salés se trouvent au Sistan-et-Baloutchistan, le long de la frontière avec l'Afghanistan. Le climat de l'Iran est caractérisé au nord par les masses continentales anticycloniques de l'Asie centrale, au centre par les vents méditerranéens amenant systèmes dépressionnaires et précipitations occasionnelles, et au sud et au sud-est par un climat désertique ou aride. Le climat aride ou semi-aride occupe la plus grande partie du pays, dans les bassins orientaux et centraux, avec moins de de précipitations annuelles et des températures estivales dépassant les . La plaine côtière caspienne connaît un climat subtropical : les températures y tombent rarement en dessous de en hiver et le climat reste humide toute l’année. L’ouest du pays, dans les vallées et monts Zagros, connaît des températures moyennes souvent en dessous de et de fortes chutes de neige en hiver. Les températures estivales montent rarement au-dessus des . Les précipitations annuelles sont de moins de dans les secteurs désertiques à l’est, jusqu'à dans les basses terres de la Caspienne. La plaine côtière du golfe Persique a des hivers tempérés, et des étés très chauds et très humides. Les précipitations y varient entre 135 et . La composition des sols varie selon les régions. Environ la moitié du pays, dans les pentes et montagnes, est rocheux et le sol y est pauvre et mince. Les alluvions forment un sol calcaire texturé dans les vallées sur une superficie d'environ . La côte Caspienne offre un sol forestier riche couvrant . Le sol brun des plateaux sur semi-désertiques permet l'établissement d'herbes. Les sols désertiques salins et alcalins se composent de quartz et d'autres minéraux. La géologie de l'Iran est particulièrement dotée en ressources naturelles, notamment la première réserve de gaz naturel et deuxième ou troisième de pétrole au monde. Le territoire comporte également des ressources de charbon, de chrome, de fer, de plomb, de manganèse, de zinc et de soufre. Environnement. L'Iran comporte cinq régions écologiques : les basses terres de la Caspienne, l'Elbourz-Khorassan, le plateau iranien, le Zafors et les basses terres du golfe Persique. La flore et la faune d’Iran, étant donné la grande quantité de biomes et de biotopes, accueillent de nombreuses espèces. La flore irano-turanienne couvre plus de 85 % du territoire. La flore semi-désertique se compose surtout de plantes halophiles alors que la steppe est dominée par l'armoise herbe blanche et l"Aristida plumosa". La zone substeppique accueille plusieurs herbacées dont les astéracées, lamiaciées, ombellifères, légumineuses, graminées et crucifères, et à son climax des forêts de pistachiers. Les essences à épines, notamment les astragales, poussent dans les zones de haute montagne. Un dixième de la superficie du pays est couvert de forêts, principalement dans la plaine caspienne. Les principales familles et essences y sont le chêne ("Quercus castaneifolia"), le parrotie de Perse, le hêtre, l'érable de Perse, l'orme du Caucase, le charme commun, le charme d'Orient, l'albizia, le févier de la Caspienne, le frêne élevé, le ptérocaryer du Caucase, l'aulne du Caucase, le , le noyer, l'ostryer de Virginie, l'aulne, le tilleuil et le figuier. Dans les forêts de l'ouest abondent le laurier-cerise, le laurier d'Alexandrie, "Buxus hyrcana", "Ilex spinigera", "Ruscus hyrcanus" et "". Les zones semi-désertiques accueillent des félins et des gazelles tels le lynx d'Eurasie, le chat de Pallas, la gazelle indienne, la gazelle à goitre ou encore l’onagre du désert. Certaines sont menacées d’extinction, comme le guépard iranien, dont il ne subsiste que . D’autres animaux sont endémiques aux régions iraniennes, comme le Tétraogalle de Perse ou le daim de Perse, qui sont aujourd’hui très rares ; une espèce de poisson de la famille des cichlidae ("Iranocichla hormuzensis", endémique de l'hormozgan et possédant un genre mono-typique — ne comprenant qu'une seule espèce). Les espèces d’oiseaux sont également très nombreuses en Iran : buse féroce, faucon crécerelle, aigle royal, gypaète barbu, ganga unibande dans les steppes, outarde houbara d’Asie dans les déserts. Dans les forêts de montagne se trouvent des sangliers, des ours, des cerfs et des bouquetins. Les principaux problèmes environnementaux en Iran sont : la pollution de l'air, particulièrement dans les zones urbaines, liée aux émissions des véhicules, aux opérations de raffinerie et aux effluves industriels ; la déforestation ; la désertification ; la diminution de la surface des marais à cause de la sécheresse ; la pollution par le pétrole dans le golfe Persique (due aux opérations d’extraction et de dégazage) ; la pollution de l'eau causée par les rejets industriels et les rejets non contrôlés des eaux usées. Le lac d'Ourmia et l'Arasbaran. La superficie du lac d'Ourmia, reconnu par l'UNESCO comme réserve de biosphère, régresse depuis la construction dans les années 1980 de nombreux barrages sur les rivières tributaires du lac afin de drainer les terres agricoles. Son taux de salinité augmente, la végétation et l'agriculture riveraines déclinent alors que le plancton se raréfie. La qualité de l’air constitue un problème important, particulièrement à Téhéran. L'Iran est le neuvième plus important émetteur de dioxyde de carbone au monde avec de mégatonnes en 2014. Le monoxyde de carbone représente une partie importante des de tonnes de produits polluants rejetés à Téhéran en 2002. La préservation de l’environnement en Iran est essentielle afin de réduire et de résorber les dommages causés à des écosystèmes très fragiles. Cela est une préoccupation dans les années 1950, à la suite des dégradations environnementales et de la surexploitation des ressources naturelles. L’Iran se dote d’une association iranienne de la vie sauvage en 1956, puis d’une organisation de la chasse et de la pêche en 1967 et d’un ministère de l’Environnement en 1971. Le but de ces organisations est la protection de l'environnement. Utilisation du territoire. Les terres agricoles occupent 30,1 % du territoire, dont 10,8 % en terre arable, 1,2 % en et 18,1 % en pâturage. Les forêts occupent 6,8 % du territoire et les autres espaces en forment 63,1 %. Les terres irriguées couvrent une superficie de (2011). La population se concentre dans le nord, le nord-ouest et l'ouest, dans les massifs de Zagros et de l'Elbourz. Les montagnes entourent plusieurs bassins ou plateaux où sont situés des centres agricoles et urbains. Typiquement, une ville domine un bassin et entretient des relations économiques complexes avec les centaines de villages à sa périphérie. Le développement des transports à travers les chaînes montagneuses atténue l'isolement de ces bassins. Dans les hauteurs des chaînes montagneuses délimitant les bassins, des groupes organisés de manière tribale pratiquaient la transhumance, déplaçant leurs troupeaux de moutons et de chèvres entre leurs pâturages traditionnels d’été et d’hiver. En l'absence de système fluvial d’importance et avec des chaînes montagneuses restreignant l’accès au golfe Persique et à la mer Caspienne, les échanges se font par transport terrestre et aérien. En dehors de certaines oasis très dispersées, les déserts sont inhabités. Les grandes villes d'Iran se sont développées dans les vallées formant des axes naturels de transport et de communication terrestre, dans plusieurs cas un secteur irrigué à la lisière d'une zone semi-désertique et d'une zone arborée ou steppique. La capitale Téhéran, qui regroupe plus de de personnes, se trouve dans une plaine au pied des monts Elbourz, dont l'essor serait à l'origine attribuable au commerce de fruits et légumes qui poussent dans les jardins de la ville, alimentés par les cours d'eau en provenance de l'Elbourz. Mechhed, Ispahan, Tabriz, Chiraz, Ahvaz, Karadj et Qom, qui comptent plus de un million d'habitants chacune, s'insèrent toutes dans des plaines, le plus souvent des vallées, dans leurs régions respectives du Khorassan, de la Perse classique, de l'Azerbaïdjan, du Zagros du Sud, du Khouzistan alors que les deux dernières sont à proximité de Téhéran. Transport et communications. Les principaux ports sont Assalouyeh, Bandar Abbas et Bandar-e Emam Khomeyni. Le port de Bandar Abbas transporte . Le réseau de pipeline comporte de gazoduc ainsi que d'oléoduc pour le pétrole brut et pour les produits raffinés. Le réseau téléphonique iranien fait l'objet d'une modernisation et d'une extension afin d'améliorer son efficacité, d'accroître sa capacité en milieu urbain et de rejoindre plusieurs collectivités rurales encore non desservies. Divisions administratives. L'Iran est subdivisé en . Celles-ci sont administrées depuis une ville centrale, généralement la plus grande ville de la province. Les gouverneurs de provinces sont nommés par le ministre de l’Intérieur. Chaque province ("Ostān") est divisée en préfectures ("Shahrestān"), elles-mêmes divisées en districts ("Bakhsh"), qui regroupent une ou plusieurs villes ("Shahr"). Les districts sont subdivisés en districts ruraux ("dehestān"), comprenant en général pour chacun d'entre eux plusieurs villages. En 2005, l’Iran comptait , , et . La structure administrative de l’Iran change périodiquement. Au début du , l'Iran compte douze provinces. En 1950, la division territoriale est réorganisée en dix provinces. Plusieurs provinces sont ensuite créées et en 1986, elles sont au nombre de 24. Dans les années 1990, les provinces d'Ardebil, du Golestan, de Qazvin et de Qom s'ajoutent. En 2004, la province du Khorassan est divisée en trois provinces : Khorassan septentrional, Khorassan méridional et Khorassan-e Razavi. En 2010, la région de Karadj est détachée de la province de Téhéran pour former la province d'Alborz. Histoire. L’Iran ou la Perse est l’une des civilisations continues les plus anciennes du monde. L’histoire de l'Iran couvre des milliers d’années, depuis les civilisations antiques du plateau iranien, la civilisation des Mannéens en Azerbaïdjan, de Shahr-e Sokhteh (« Ville brûlée ») dans la province du Sistan-et-Baloutchistan, et l’ancienne civilisation de Jiroft, suivie du royaume d’Élam, de l’empire Achéménide, des Parthes, des Sassanides jusqu’à l’actuelle République islamique. Cette histoire est marquée par des alternances de périodes de domination étrangère et de périodes d'essor du pouvoir étatique iranien, elles-mêmes segmentées par des changements constitutionnels majeurs. Préhistoire et protohistoire. Des vestiges d’occupation humaine remontant au Paléolithique inférieur ont été retrouvés au Baloutchistan, dont certains ont un âge estimé à . Au nord-ouest du pays, dans la région de la mer Caspienne, des vestiges datant du attestent de l’apparition d’une économie de production de biens au Mésolithique. Des études génétiques et des sites néolithiques attestent que la pratique de l’agriculture remonte à près de dans les monts Zagros et à 6 ou dans la vallée de Gorgan, à Turang Tepe, Yarim Tepe, et au centre du pays à Sialk (près de Kachan). Des objets de cuivre et des céramiques peintes remontant à l’âge du cuivre (il y a ), ont été retrouvés en Susiane (Khouzistan) et à Sialk. Des recherches archéologiques commencent à peine à faire connaître des civilisations très anciennes comme la civilisation de Jiroft qui bâtit des villes Antiquité. Le début du voit apparaître une forme d’écriture, probablement dérivée du système sumérien, à Suse. L’Empire Élamite (précédé par la civilisation proto-élamite) établit un nouveau pouvoir régional dans le sud-ouest de l’Iran, et concurrence les empires voisins de Babylonie et d’Assyrie. C’est au cours du second millénaire avant notre ère qu’arrivent sur le plateau iranien divers peuples iraniens, provenant d’Asie centrale. Au milieu du , les Mèdes, groupes de tribus établis au nord et au nord-ouest du pays, établissent leur pouvoir sur la région. À la fin de ce même siècle, les Mèdes et les Babyloniens se libèrent définitivement du joug assyrien en prenant Ninive en 610 av. J.-C.. C’est à la même période qu’apparaissent les premières sources mentionnant Cyrus, roi d’Anshan, petit-fils d’Achéménès, fondateur du premier Empire perse, celui des Achéménides. Les Achéménides construisent un immense empire s’étendant de l’Inde à l’Égypte, organisé en satrapies reliées entre elles par un immense réseau routier. Le cylindre de Cyrus est la première trace écrite d’une déclaration de liberté religieuse, datant de Cyrus le Grand. La dynastie achéménide établit des capitales à Pasargades, Persépolis, Suse et Ecbatane. Leur règne est marqué par les Guerres médiques les opposant aux Grecs. L’empire perse décline après le règne de Xerxès et chute en 330 av. J.-C., conquis par Alexandre le Grand, sous Darius III. Les généraux d’Alexandre établissent la dynastie des Séleucides, qui s’effondre à son tour en 60 av. J.-C., le dernier reliquat de l’empire, en Syrie étant transformé en province romaine par Pompée. L’empire Parthe (aussi appelé Arsacide), fondé par Arsace et Tiridate en 250 av. J.-C., leur succède jusqu’en 224, quand le roi Artaban IV est défait par un de ses vassaux perses. Une nouvelle dynastie naît : les Sassanides, qui donnent naissance au second empire perse (226-651). Les Sassanides sont les premiers à appeler leur empire "Iranshahr" ou "Eranshahr" . Il s’agit d’une des périodes les plus importantes de l’histoire de l’Iran : la civilisation perse s’accomplit dans de nombreux domaines, et influence considérablement le monde romain, les deux empires étant perpétuellement en guerre. L’influence culturelle atteint l’Europe occidentale, l’Afrique, la Chine et l’Inde, et continue durant la période islamique. Période islamique. La conquête musulmane de la Perse commence en 637, avec 'Umar. Après avoir occupé Ctésiphon, capitale de l’empire, les musulmans battent l’armée sassanide à Nahavand en 641-642. L’Iran est ensuite rapidement conquis. La conversion à l’islam est progressive jusqu’au . L’Iran a été islamisé, mais n’a jamais été arabisé, contrairement aux autres régions conquises par le califat. Les Persans ont même réussi à se distinguer au sein de l’islam, et l’apport culturel, politique et même religieux des Iraniens à cette religion est d’une importance fondamentale. Au , le Khorassan se rallie à la doctrine dissidente du chiisme et s’émancipe de la domination arabe. Une révolte renverse la dynastie Omeyyade, installant les Abbassides à Bagdad en 748. Le pouvoir des califes diminue progressivement, et plusieurs dynasties régionales émergent en Iran entre 820 et 1005, dont les Samanides. Ces derniers rivalisent avec Bagdad, et créent d’importants foyers de vie intellectuelle. Outre la culture arabe classique, ils favorisent l’éclosion de la littérature persane et accordent leur protection à des penseurs. En 962, la dynastie des Ghaznévides s’installe à Ghazna et règne du Khorasan au Pendjab. C’est sous le patronage de Mahmoud de Ghazni que Ferdowsi écrit en persan le "Shâh Nâmâ" (signifiant « Le livre des Rois »), poème épique qui recueille les histoires de la mythologie perse. Un groupe turc, les Seldjoukides, arrive dans la région au . Les Ghaznévides, puis les Samanides, sont défaits. L’Iran connaît une renaissance culturelle et scientifique. L’observatoire d’Ispahan est créé, où Omar Khayyam met au point un nouveau calendrier qui introduit l’année bissextile : le calendrier persan, encore utilisé aujourd’hui. Cette époque voit aussi une production artistique très riche : l’art des Seldjoukides d'Iran. Après les Seldjoukides, l’Iran est encore dirigé par des petites dynasties locales avant d’être envahi par les Mongols de Gengis Khan en 1219. Le pays est dévasté et l’invasion est désastreuse pour la population. La destruction de nombreux qanats (un système d’irrigation traditionnel performant) détruit le réseau d’habitat. Les villes sont détruites et remplacées par des oasis isolées, la démographie chute et le pays se tribalise. De petites dynasties locales se mettent en place après la fin de la première période mongole en 1335. Mais rapidement, le pays est de nouveau envahi : Tamerlan (ou Timur), d’origine turque ou mongole, conquiert la totalité de l’Iran et en devient l’empereur en 1381. L’empire Timouride dure jusqu’en 1507 : les Chaybanides prennent Samarcande tandis que les Safavides reconquièrent une bonne partie du territoire iranien à partir de l’Azerbaïdjan iranien. Époque moderne. L’Iran se convertit au chiisme duodécimain au , sous l’impulsion d’Ismail, premier souverain safavide. . La conversion des sunnites est obligatoire, sous peine de mort. L’apogée des Safavides est atteinte sous le shah Abbas. Le pays est pacifié, son territoire étendu et son administration centralisée. Le commerce et les arts connaissent un essor important, avec l'accueil de commerçants et d’artistes étrangers, le développement de la production de tapis et la construction d’Ispahan. L'invasion de l’Iran par des tribus afghanes met un terme à la dynastie des Safavides. La suprématie afghane est toutefois assez brève. Tahmasp Quli, un chef de tribu afchar, chasse les Afghans et prend le pouvoir en 1736 sous le nom de Nader Chah. Tout le territoire iranien est repris, depuis la Géorgie et l’Arménie jusqu’à l’Afghanistan. Des campagnes militaires sont même menées jusqu’à Delhi en 1739. Nâdir Shâh est assassiné en 1747 par d’autres chefs afchars. Le pays est ensuite l'objet de luttes tribales pour la conquête du pouvoir entre Afcharides, Afghans, Qajars et Zands. Karim Khan Zand réussit à réunifier presque tout le pays en 1750. Il refuse de prendre le titre de shah et préfère se nommer "Vakil ar-Ra’aayaa" (« Le Régent des paysans »). Sa mort en 1779 est encore suivie de luttes. Le kadjar Agha Mohammad Chah prend le pouvoir en 1794, établissant une dynastie qui dure jusqu’en 1925. Sous les règnes de Fath Ali Chah Qadjar, Mohammad Chah Qadjar, et Nassereddine Shah, le pays retrouve ordre, stabilité et unité. Les marchands ("bāzāris") et les Oulémas (chefs religieux) deviennent des membres importants de la société iranienne. Cependant, l’autorité centrale est plutôt faible, la classe dirigeante relativement corrompue et le peuple exploité par ses dirigeants. Les puissances coloniales russe et britannique tirent parti de cette situation : grâce à leur supériorité militaire et technologique, elles dominent le commerce de l’Iran et interfèrent dans les affaires internes du pays. Révolution constitutionnelle et État impérial. Les premières tentatives iraniennes de modernisation commencent sous le premier ministre de Nassereddine Shah, Amir Kabir. Le système fiscal est réformé, le contrôle central sur l’administration est renforcé, le commerce et l’industrie sont développés. L’influence du clergé chiite et des puissances étrangères se réduisent et la première école polytechnique a été créée. Mais les réformes d'Amir Kabir eurent des ennemis notamment parmi la classe aisée et en 1852 il fut assassiné. La montée de la colère populaire et une demande de réforme mènent le pays à la révolution constitutionnelle persane de 1906. L’Iran devient le premier pays moyen-oriental à faire une révolution et à se doter d’une constitution. La Première Guerre mondiale voit grandir l’influence des Britanniques, déjà intéressés par la découverte de pétrole dans le Khouzistan en 1908. Ils essaient d’imposer l’accord anglo-persan en 1919, qui est refusé par le parlement. Peu de temps après, un coup d’État fait changer le pouvoir de main, au profit d’un officier, Reza Khan, qui devient quatre ans plus tard Reza Shah Pahlavi. Au moyen d’un gouvernement centralisé et fort, il modernise l’Iran : développement d’industries lourdes, projets majeurs d’infrastructures, construction d’un chemin de fer national, création d’un système public d’éducation nationale, réforme de la justice (jusque-là contrôlée par le clergé chiite), création du code civil iranien, amélioration de l’hygiène et du système de santé. Les droits spéciaux accordés aux étrangers pendant l’époque Qajar sont annulés pour diminuer la dépendance vis-à-vis du Royaume-Uni et de la Russie. Le , la communauté internationale est officiellement sommée de ne plus utiliser le nom « Perse » mais « Iran » (nom local depuis les Sassanides, le nom officiel de la monarchie est « État impérial d'Iran »). Interdiction du port du voile pour les femmes et obligation de porter un habit « à l’occidentale » pour les hommes sont décrétés la même année. En 1941, Reza Shah déclare la neutralité de l'Iran et refuse l'expulsion des ressortissants allemands, alors que le Royaume-Uni a le contrôle de son pétrole. Les forces britanniques et soviétiques envahissent le pays et forcent Reza Shah à abdiquer en faveur de son fils Mohammad Reza Pahlavi. Il est alors envoyé en exil et meurt en 1944. L’occupation du pays est d'une importance stratégique majeure pour les Alliés. Ayant déclaré la guerre à l’Allemagne en 1943, l’Iran se rapproche des puissances occidentales. La même année, la conférence de Téhéran voit Churchill, Roosevelt et Staline réaffirmer leur engagement sur l’indépendance de l’Iran, qui devient rapidement membre des Nations unies. Pourtant, en décembre 1945, bénéficiant du soutien de l’Union soviétique, le Gouvernement du peuple d’Azerbaïdjan et la république de Mahabad déclarent leur indépendance dans les régions de l’Azerbaïdjan iranien et du Kurdistan iranien. Des parties du Khorassan, du Gorgan, du Mazandéran et du Guilan sont occupées par les troupes soviétiques : la crise irano-soviétique, première de la guerre froide, se termine en décembre 1946 avec l’effondrement des gouvernements républicains ayant perdu le soutien de l’URSS. En 1951, le premier ministre Mohammad Mossadegh nationalise l'Anglo-Iranian Oil Company (AIOC). Il est alors éloigné du pouvoir à la suite d’un complot orchestré par les services secrets britanniques et américains, l'opération Ajax. Après sa chute, Mohammad Reza Shah Pahlavi met en place un régime politique autocratique et dictatorial fondé sur l’appui américain. En 1955, l’Iran appartient au pacte de Bagdad et se trouve alors dans le camp américain pendant la guerre froide. Mohammad Reza Shah modernise l’industrie et la société grâce aux revenus très importants du pétrole et à un programme de réformes nommé la « révolution blanche ». L’Iran entre dans une période de prospérité fulgurante et de modernisation accélérée mais la société, bouleversée dans ses racines, souffre du manque de liberté. République islamique. En 1963 ont lieu les premières émeutes, au cours desquelles se fait remarquer un homme du nom de Khomeini. En 1971, le faste des cérémonies de célébration des de Persépolis irrite les pauvres et les paysans. En 1976, le calendrier islamique est remplacé par un calendrier solaire impérial. Après des mois de protestations populaires et de manifestations contre son gouvernement, Mohammad Reza Pahlavi quitte l’Iran le . Le , Rouhollah Khomeini revient en Iran après un exil de . Après la proclamation de la neutralité des forces armées dans la révolution, Khomeini déclare la fin de la monarchie le et met en place un gouvernement provisoire. Il existait une grande jubilation en Iran autour de la destitution du Shah, mais il existait aussi beaucoup de désaccords sur l'avenir de l’Iran. Alors que Khomeini était la figure politique la plus populaire, il existait des douzaines de groupes révolutionnaires, chacun ayant sa propre vue concernant l'avenir. Des factions libérales, marxistes, anarchistes et laïques, ainsi qu’un large panorama de groupes religieux cherchaient en effet à modeler ce dernier. Les théologiens sont les premiers à rétablir l’ordre dans le pays, avec l’aide des comités locaux. Connus sous le nom de Gardiens de la révolution à partir de mai 1979, ces groupes ont vite pris le pouvoir dans les gouvernements locaux dans tout l’Iran, et récupèrent ainsi la plupart des pouvoirs. Les tribunaux révolutionnaires mis en place permettent l’élimination de figures de l’ancien gouvernement et des opposants de tous bords. La République islamique est instituée par référendum les 30 et 31 mars 1979. Un second référendum adopte une constitution le 2 décembre suivant, conformément à laquelle le premier président élu au suffrage universel, le , est Abolhassan Bani Sadr, qui avait été ministre des Finances et ministre provisoire des Affaires étrangères pour résoudre la crise des otages de l’ambassade américaine de Téhéran, à laquelle il s’opposait. Il est élu avec 76 % des voix. Le candidat des religieux n'obtint que 4 % des voix. Le président est destitué par le parlement en juin 1981. Khomeini devient le Guide suprême. La crise des otages américains en Iran (occupation de l'ambassade des États-Unis à Téhéran entre le et le et prise en otage de son personnel) pousse l'administration Carter à rompre ses relations diplomatiques avec l'Iran, puis à imposer des sanctions économiques le . Le , profitant de la faiblesse des forces armées iraniennes qui subissent des purges du nouveau gouvernement islamique, l'Irak envahit l'Iran. La politique officielle des États-Unis cherche à isoler l'Iran. Ainsi, les États-Unis et leurs alliés fournissent des armes et de la technologie à Saddam Hussein, qui a pour objectif de s'emparer des champs de pétrole du Khouzistan. Ironiquement, des membres de l'administration Reagan vendent secrètement des armes et des pièces détachées à l'Iran dans ce qui est connu sous le nom de affaire Iran-Contra. L'Iran accepte de respecter le cessez-le-feu exigé par la résolution 598 du conseil de sécurité de l'ONU le . Le , Saddam Hussein accepte de revenir aux accords d’Alger de 1975 : retour à un "ante". Le bilan de la guerre est, selon les estimations de plusieurs centaines de milliers à plus d'un million de morts. Le « culte du martyre » qui a été l'un des moteurs de la mobilisation nationale durant la guerre, sera largement utilisé par la suite par le gouvernement comme « clé de voûte de l'action politique et de la raison d'État ». La fin de la guerre approchant, des milliers de prisonniers politiques présents dans les prisons sont exécutés durant l'été 1988 sur l'ordre de Khomeini. Après la mort de Khomeini le , l'Assemblée des experts choisit le président sortant Ali Khamenei comme Guide de la révolution. La constitution est modifiée à la suite de son arrivée au pouvoir. Pendant la deuxième guerre du Golfe en 1991, le pays reste neutre (il permet toutefois à l'aviation irakienne de se poser en Iran et aux réfugiés irakiens de pénétrer sur son territoire). La révolution et la guerre avec l'Irak ont beaucoup pesé sur l'économie du pays, ce qui conduit des pragmatiques comme Hachemi Rafsandjani à devenir président en 1989 puis 1993. L'échec des politiques économiques et de la modernisation de l'État iranien voit l'élection de Mohammad Khatami, un religieux modéré, en 1997. Celui-ci doit diriger le pays en tenant compte des exigences d'une société demandeuse de réformes et de l'influence d'un clergé très conservateur, qui souhaite garder la mainmise sur le pouvoir. Ce décalage atteint son paroxysme en juillet 1999, où des protestations massives contre le gouvernement ont lieu dans les rues de Téhéran. Khatami est réélu en mais, aussitôt, les éléments conservateurs du gouvernement iranien œuvrent pour déstabiliser le mouvement réformateur, bannissant les journaux libéraux et disqualifiant les candidats aux élections parlementaire et présidentielle. L'échec de Khatami à réformer le gouvernement cause une apathie grandissante parmi la jeunesse. Le maire ultra-conservateur de Téhéran, Mahmoud Ahmadinejad est élu président en 2005 (plus de 1000 candidatures sont invalidées par le Conseil des Gardiens). On observe alors un durcissement du discours nationaliste par le président, qui vise ainsi à asseoir la légitimité du programme nucléaire de l'Iran et les décisions de politique étrangère malgré l'opposition américaine. L'élection présidentielle iranienne de 2009 est marquée par la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad, ce qui donne lieu à des manifestations de masse d'opposition, probablement les plus importantes depuis la révolution de 1979. Ces manifestations pacifiques sont réprimées avec violence par le pouvoir islamique : même si leur nombre exact est encore inconnu à ce jour, des centaines de manifestants auraient été tués à l'instar de Neda Agha-Soltan par les milices pro-gouvernementales Basij ou les policiers antiémeutes faisant aussi de nombreux blessés, et plus de deux mille arrestations auraient été opérées selon Amnesty International. Le , Hassan Rohani, présenté comme le seul candidat modéré de la campagne présidentielle, est élu président de la république islamique d'Iran au premier tour, avec 50,7 % des suffrages exprimés. Après l'élection de Hassan Rohani à la présidence de la République iranienne en juin 2013 et son entrée en fonctions en août, l'Iran fait publiquement part de sa plus grande disposition à trouver un accord sur le nucléaire, alors que les sanctions prises par les pays occidentaux depuis plusieurs années portent leurs fruits. Fin novembre 2015, un accord est trouvé entre Téhéran et le groupe 5 + 1 (États-Unis, Royaume-Uni, France, Chine, Russie + l'Allemagne), qui prévoit un arrêt de l'enrichissement de l'uranium et une surveillance accrue de la part de l'AIEA, contre une levée partielle des sanctions occidentales. Le 16 septembre 2022, Mahsa Amini, une jeune femme iranienne de 22 ans, décède trois jours après avoir été arrêtée par la police de la moralité iranienne. Les autorités l'accusaient d'avoir enfreint le code vestimentaire strict en vigueur au pays, qui stipule que toutes les femmes doivent obligatoirement porter le hijab en public. La nouvelle de sa mort engendre une vague de contestations importante en Iran, qui donne lieu à de nombreuses manifestations dans les différentes villes du pays. En 6 semaines, au moins 122 personnes perdent la vie dans ces protestations à cause de la forte répression des manifestants par la police des mœurs. Le mouvement de contestation iranien s'est également répandu à l'international, donnant lieu à de nombreuses manifestations dans plusieurs pays. Face à l'extension de la révolte, le pouvoir durcit encore la répression, arrêtant des centaines de personnes dans tout le pays et prononçant des condamnations à mort lors de procès expéditifs. Démographie. Population. La population de l'Iran est estimée à (2016), ce qui en fait le pays le plus peuplé dans le monde, comparable à l'Égypte, la république démocratique du Congo, l'Allemagne ou la Turquie. La démographie iranienne a été complètement bouleversée au cours du . La population est à environ en 2010, alors qu’elle était de au début du siècle précédent. En 2015, on estime la population à . Cependant, il apparaît que l’Iran a récemment maîtrisé son très fort taux de fécondité grâce à une régulation des naissances efficace, passant de cinq enfants par femme en âge de procréer à la fin des années 1970 à 1,89 aujourd’hui. Toutefois, la population continue à croître à un rythme élevé (1 % par an) : en effet, de la faible proportion de personnes âgées résulte un faible taux de mortalité () ; la forte proportion de personnes en âge de procréer explique le taux de natalité soutenu (). À terme, le vieillissement de la population devrait tendre à faire baisser la natalité, de sorte que la population se stabiliserait au-dessus de d’habitants en 2050. Le solde migratoire est faible (-). La répartition géographique de la population a aussi connu un bouleversement : les urbains formaient environ 10 % de la population iranienne au début du , ils sont 70 % en 2010. L’urbanisation est continue : le taux de croissance démographique des villes est de 1,8 % par an tandis que les zones rurales perdent annuellement 0,7 % de leur population. Les plus grandes agglomérations urbaines d'Iran sont Téhéran, la capitale au centre-nord avec , Mechhed dans le Khorassan au nord-est (), Ispahan au centre (), Karadj () à l'ouest de Téhéran, Chiraz, au sud et centre historique de la Perse () et Tabriz, au nord-ouest, centre économique et culturel de l'Azerbaïdjan (). Le taux d’alphabétisation est de 80 % chez les plus de . La durée moyenne de scolarisation est de . Le taux de fécondité est de ce qui place l'Iran au mondial. Migration. La position géographique de l'Iran, sa démographie et sa situation économique en font à la fois un pays d'origine, de transit et de destinations pour les migrants. Bien que le pays accueille une des plus grandes populations de réfugiés au monde, il est aussi un pays d'émigration. L'Iran compte près d’un million de réfugiés, la plupart originaires d’Afghanistan et d’Irak. En 2001, le nombre de réfugiés afghans en Iran était de , et le nombre de réfugiés irakiens de . Cet afflux de réfugiés a lieu depuis le tout début des années 1980, causé par les guerres qui ont eu lieu aux frontières de l'Iran (en Afghanistan à partir de 1980), ou par des décisions prises par les pays voisins (la décision de Saddam Hussein d'expulser des irakiens d'origine iranienne vers l'Iran entre 1980 et 1981). La politique officielle du gouvernement vise à rapatrier ces réfugiés et près de l’ont été, pour une bonne part en coopération avec le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. La diaspora iranienne est estimée à environ de personnes, qui ont émigré en Amérique du Nord, en Europe de l’Ouest, en Australie, dans les pays du Golfe Persique ou en Israël, la plupart après la révolution de 1979. Le solde migratoire actuel est négatif, et correspond au départ d’environ par an. Les facteurs des migrations au départ de l'Iran peuvent être multiples : instabilité économique de l'Iran, instabilité de son régime politique, niveau d'éducation, attentes démocratiques, présence de famille dans le pays hôte, montant du salaire et taux de chômage. Cependant, il faut signaler que les données précises sur les phénomènes de migration en Iran ne sont pas toutes disponibles, il est donc difficile d'apprécier l'étendue du phénomène. Langues et groupes ethniques. Le persan ou farsi est la langue officielle de l'Iran. Le farsi est parlé en langue maternelle, ou seconde langue, par au moins 89 % des Iraniens., et environ 10 % d'autres ont des notions de la langue, surtout des personnes âgées. Le farsi est obligatoire à l'école, en Iran, et dans le système éducatif, en général, surtout depuis 1981. Les principales langues parlées sont le farsi, l'azéri, le kurde, le lori, le guilaki, le baloutchi, le mazandarani, le kachkaï et l'arabe. L’Iran est une mosaïque de plus de ethniques différents. Les deux origines principales des langues sont indo-européennes ou turques. La majorité des Iraniens parlent une langue du groupe iranien et ils comprennent le persan. Les principaux groupes ethniques sont : Société. Religion. La mythologie perse est à la fois très voisine et profondément différente de la mythologie de l’hindouisme. Elle en est très voisine parce que les Iraniens sont, de tous les peuples indo-européens, celui dont la langue a le plus d’affinités avec le sanskrit et aussi celui qui est resté avec les Aryens de l’Inde en relations les plus fréquentes. Elle en est profondément différente, parce que la religion des anciens Perses acquiert de bonne heure un caractère beaucoup plus moral que mythologique. Le nouvel an Iranien (Norouz) est célébré le 21 mars, premier jour du printemps. Norouz est reconnu en tant que patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO depuis 2009. L’islam chiite duodécimain est la religion officielle d’Iran à laquelle 89 % de la population appartient. L’Iran est, avec l'Azerbaïdjan, l'Irak et Bahreïn, un des seuls pays du monde musulman à avoir plus de la moitié de sa population majoritairement chiite. L’Iran a sur son territoire deux sites saints du chiisme : Mechhed, où est enterré l’imam Reza et Qom, où est enterrée Fatimah Ma’sumeh, sœur de Reza. Qom est de plus un des centres théologiques chiites les plus influents du monde, rivalisant avec Nadjaf en Irak. Qom compte de nombreux séminaires chiites, comme le "Howzeh ye Elmiyeh Qom" et est aussi le siège de nombreuses associations cléricales. C’est à partir des séminaires et universités religieuses de Qom qu’a eu lieu la consolidation du pouvoir du clergé en Iran depuis l’ouverture du "Howzeh ye Elmiye Qom" en 1922. Les sunnites (la branche majoritaire dans le reste du monde musulman) représentent 9 % de la population iranienne. Les autres minorités incluent les juifs, les baha’is, les chrétiens, les zoroastriens, les sabéens (ou mandéens) ou d’autres. Trois « religions révélées » autres que l’islam sont considérées comme officiellement reconnues par la constitution et disposent de leurs représentants au Parlement (Majles) : les chrétiens, les juifs et les zoroastriens. Les musulmans sunnites, minoritaires en Iran, ne disposent pas de sièges réservés. À la veille de la révolution islamique, l'Iran abrite la plus importante communauté juive du monde musulman avec, selon les estimations, entre . En 2015, il reste moins de juifs dans le pays qui sont néanmoins représentés par un député. La minorité sabéenne qui ne compte que quelques centaines de fidèles, et les plus de baha’is, durement persécutés sous tous les gouvernements iraniens, n’ont jamais été reconnus comme minorités religieuses. Depuis l’avènement de la République islamique en 1979, les baha’is d’Iran, sont considérés comme des « infidèles non protégés, (…) des non-personnes, et n’ont ni droits, ni protection », des "moins que rien", indique la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) dans son rapport de 2003 sur les discriminations religieuses en Iran. Selon l’article 14 de la constitution iranienne et conformément au Coran , le gouvernement se doit donc de respecter les droits humains des non-musulmans, tant qu’ils ne conspirent pas contre l'islam ou la république islamique d’Iran. Les représentants des minorités religieuses reconnues ont confirmé que l'enseignement de leur religion était assuré et respecté tant dans les écoles publiques que dans les écoles propres aux minorités. Cependant, peu après la révolution iranienne, le gouvernement a créé un bureau des minorités (religieuses) afin de les surveiller (et de les contrôler). En 1993, le Majles (parlement) adopte une loi rendant obligatoire la mention de la religion sur les cartes d’identité, ce qui permet au gouvernement de contrôler plus facilement les minorités. Une des conséquences est l'éviction des chrétiens des services publics, des écoles, de l'armée et d'autres institutions de l'État. D'après le rapport de Abdelfattah Amor, Fêtes et jours fériés. Les dates des fêtes sont basées sur le calendrier persan* (solaire) et le calendrier musulman (lunaire); la correspondance entre le calendrier grégorien et le calendrier persan (tous les deux, solaires) est régulière avec une variation probable d'un jour, d'une année sur l'autre. En revanche le calendrier lunaire (musulman) se déplace d'une dizaine de jours chaque année par rapport au calendrier solaire. Célébrations iraniennes Éducation. Un programme pré-primaire non obligatoire d’une durée d’un an est dispensé pour les enfants de cinq ans. L’éducation primaire ("dabestan") commence à l’âge de six ans et dure cinq ans. L’éducation secondaire de base, également connue sous le nom de cycle d’orientation ("Râhnamâï"), englobe la sixième à la huitième année. Le cycle d’orientation sert à déterminer les aptitudes à suivre des études générales ou professionnelles/techniques au niveau de l’éducation secondaire supérieure ("dabirestan"), qui est constituée d’un cycle de trois ans et n’est ni obligatoire ni gratuite. Les études secondaires supérieures sont subdivisées en trois filières : théorique, technique/professionnelle et pratique, elles-mêmes subdivisées en diverses spécialités. L’éducation supérieure est assurée par les universités, les universités technologiques, les universités de médecine, les établissements d’enseignement professionnel, les collèges et les centres de formation des professeurs, et des établissements privés. Les conditions requises pour l’accès à l’éducation supérieure sont d’avoir achevé les études secondaires supérieures et le programme d’un an de préparation à l’université et de réussir l’examen national d’entrée à l’université (concours). Les études supérieures délivrent plusieurs diplômes : "Fogh-Diplom" ou "Kârdâni" (équivalent à un grade de technicien supérieur) pour deux ans d’études supérieures, "Karshenasi" (également connu sous le nom de licence), sanctionnant quatre ans d’études supérieures. Deux ans après la licence, la "Fogh Licence" (maîtrise). Un examen d’entrée permet ensuite aux étudiants de commencer un programme doctoral. En 1999, les étudiants avaient été aux premiers rangs de la contestation du régime islamique, violemment réprimée. En 2004, l’Iran comptait plus de d’étudiants à l’université dont 60 % de filles. L’Iran a actuellement 54 universités d’État, et médicales d’État. Il existe également 289 universités privées. 6 % environ des établissements d’éducation secondaire supérieure sont des établissements privés, qui suivent le même programme que les écoles publiques et doivent se conformer aux directives du ministère de l’éducation, même si leurs dépenses sont payées par les frais de scolarité des élèves. En 2009, l'université de Téhéran a été au cœur de la contestation après la proclamation de la réélection du président sortant, l'opposition dénonçant les raids des forces de sécurité dans des dortoirs universitaires où « le sang a coulé et des jeunes ont été battus ». La première forme d'assurance sociale existant en Iran a été introduite en 1931 par le ministère des Routes pour les ouvriers travaillant à son service sous la forme d'un fonds de compensation ; deux années plus tard, le même type de fonds est introduit pour les ouvriers d'État des secteurs de l'industrie et des mines. Plusieurs fonds de compensation sont ensuite créés jusqu'à ce qu'une loi régulant la sécurité sociale des ouvriers soit votée en 1953 ("Bimehā-ye ejtemāi-e kārgarān"), par la suite étendue aux non-ouvriers en 1960, aux employés agricoles en 1963. En 1975, une loi est votée pour l'unification des statuts de sécurité sociale pour tous les travailleurs. L'État a tout d'abord pris en compte l'assurance maladie et les pensions de retraite étaient d'abord réservées au secteur public, et la loi de 1975 a étendu la loi sur l'assurance sociale au secteur privé. Après la révolution de 1979, plusieurs fondations sont créées pour aider les plus démunis (appelés "mostaz'afin") et améliorer leurs conditions de vie sous formes d'aides financières ou de pensions. Le Comité de secours de l'Imam Khomeini (CSIK), la fondation des martyrs ou la fondation du "15 khordad" sont des exemples de ces fondations qui disposent de moyens financiers importants (subventions de l'État, exemption de taxes et dons religieux). En 1986, la protection sociale est étendue aux travailleurs indépendants, qui doivent cotiser volontairement entre 12 et 18 % de leurs revenus selon la protection souhaitée. La protection sociale couvre les employés entre , et le financement est partagé entre l'employé (7 % du salaire), l'employeur (20 à 23 % de la masse salariale) et l'État (qui complète la contribution de l'employeur à hauteur de 3 % de la masse salariale). La sécurité sociale permet d'assurer les employés contre le chômage, la maladie, la vieillesse (pension de retraite), les accidents professionnels. L'Organisation de la sécurité sociale, gérée par le Ministère de la Protection sociale, délivre aussi des allocations familiales et de maternité dans certaines conditions. L'Iran n'a pas légiféré en faveur d'une protection sociale universelle, mais en 1996, le Centre des statistiques d'Iran estime que plus de 73 % de la population iranienne est couverte par une assurance sociale. Santé. Habituellement, les structures sanitaires iraniennes et les professionnels de santé ont un bon niveau. La situation a cependant changé depuis le durcissement des sanctions. « Si vous enlevez à un pays 40 % de ses recettes budgétaires en l’empêchant d’exporter son pétrole et son gaz, il est évident que l’efficacité de son système de santé en sera affectée », résume le 13 mars l’économiste Thierry Coville. Dans le contexte de crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19, Covid-19, l'ONU appelle à alléger les sanctions. Sécurité et criminalité. La criminalité y est faible et vise davantage les biens que les personnes. Dans un contexte d’augmentation du flux de touristes vers l’Iran, le fait que ces derniers voyagent souvent avec d’importantes sommes d’argent liquide accroît toutefois le risque de vols ou d’escroqueries diverses. L’attention des visiteurs est appelée sur le fait que certaines formes de tourisme comme le couchsurfing, - officiellement interdit, les randonnées dans des secteurs isolés, les circuits à moto dans des régions désertiques, exposent davantage au risque de vols ou d’incidents divers. Selon l'Office des Nations unies contre les drogues et le crime, l'Iran déplore un taux de 3 assassinats pour , se classant ainsi à la place devant la Turquie (3,3 pour ), les États-Unis et même les Antilles françaises (4,2 pour ), mais derrière la Suisse (0,7 pour ). Les crimes d'honneur sont particulièrement fréquents, par exemple le meurtre de Romina Ashrafi, âgée de en mai 2020, décapitée par son père dans son sommeil, pour avoir fugué avec son amoureux. Sciences. L’histoire des sciences en Iran remonte à l’Antiquité, avec des exemples comme l’académie de Gondichapour, premier hôpital d’enseignement connu. Suivant la conquête islamique de la Perse, le savoir de la Grèce antique, de l’Inde et d’Alexandrie a été traduit en arabe par des scientifiques d’origine perse et arabe, créant ainsi un des plus grands trésor scientifique du Moyen Âge. Des scientifiques iraniens très importants ont, lors de la période islamique, posé les bases de nombreuses disciplines : algèbre et mathématiques avec al-Khwârizmî, Nasir al-Din al-Tusi ou Ghiasseddin Jamshidi Kashani ; médecine avec Avicenne ou Abu Bakr Mohammad Ibn Zakariya al-Razi (dit Rhazes) ; chimie et physique avec Jabir ibn Hayyan ou Alhazen, astronomie avec Al-Biruni ou Omar Khayyam. Les sciences appliquées et les sciences fondamentales sont assez développées en Iran. Les physiciens et les chimistes sont régulièrement publiés dans des revues à fort facteur d’impact. Malgré les limites posées par les fonds, les installations et les collaborations internationales, les scientifiques iraniens ont été très productifs dans des domaines tels que la pharmacologie, la chimie pharmaceutique, et la chimie organique et analytique. Des scientifiques iraniens ont aidé à construire le Compact Muon Solenoid, un détecteur destiné au Large Hadron Collider du CERN, mis en opération en 2007. Des installations de RMN, de microcalorimétrie, de dichroïsme circulaire ou d’autres permettant d’étudier les protéines existent en Iran depuis des décennies. La recherche sur la réparation de tissu biologique émerge à peine dans les départements de biophysique. L’Iran est le bon exemple d’un pays qui a fait des avancées considérables en se concentrant sur l’éducation et la formation. Malgré les sanctions subies pendant les décennies passées, les scientifiques iraniens ont tout de même produit des recherches de très bonne qualité. Leur taux de publication dans les journaux internationaux a quadruplé durant la décennie passée. Bien que ce taux de publication soit toujours très bas par rapport aux pays développés, cela place l’Iran à la première place parmi les pays islamiques. L’Iran a multiplié par dix ses publications entre 1996 et 2004 et a été classé premier en termes de taux de croissance, suivi par la Chine. En 2022, l'Iran est classé en pour l'indice mondial de l'innovation. Sport. Le sport traditionnel iranien est le "Varzesh-e Pahlavani" (« sport des héros »), un art martial remontant à l’époque parthe ou sassanide. Ce sport consiste en une série de techniques de culturisme accompagnées de lutte. De plus, ce sport accorde une grande importance à l’esprit chevaleresque, à la courtoisie et à la bravoure. Le Varzesh-e Pahlavani est normalement pratiqué dans une Zurkhaneh où différents accessoires sont utilisés pour l’entraînement ( "Mīl, Kabbadeh, Sang" et "Takhteh Shena"). Les pratiquants de ce sport sont appelés des "Pahlavan" (littéralement « athlète »). L’Iran gagne sa première médaille olympique avec la médaille d’argent en lutte obtenue à Helsinki en 1952 par Gholamreza Takhti. Il gagne par la suite une médaille d’or à Melbourne en 1956 puis l’argent de nouveau à Rome. Le pays se distingue régulièrement dans des compétitions internationales en lutte et en haltérophilie. Hossein Reza Zadeh est actuellement (2006) détenteur du record du monde d’haltérophilie dans la catégorie des plus de , il est le premier Iranien à avoir remporté deux médailles d’or olympiques. Nassim Hassanpour a représenté l’Iran en tir au pistolet à aux Jeux olympiques de Sydney en 2004. Elle était la plus jeune et la seule représentante féminine de la délégation iranienne. L’équipe de football a participé à trois phases finales de Coupe du monde. Des joueurs comme Ali Daei, Vahid Hashemian, Ali Karimi, Andranik Teymourian et Javad Nekounam jouent ou ont joué à l’étranger dans des clubs de première division européens tels que le Bayern Munich, VfL Bochum, Hambourg SV, Osasuna Pampelune ou au Bolton Wanderers FC. Le ski est également un sport très prisé des classes aisées iraniennes, pratiqué dans nombre de stations de sports d’hiver comme Dizin, situé à proximité de Téhéran, ou Sepidan, dans le Fars. En 2002, les sports les plus pratiqués sont le football, le culturisme, les arts martiaux, la natation, les sports de montagne (alpinisme, ski, randonnée) et la lutte. Le tennis, le golf, le basket-ball, la gymnastique et le Varzesh-e Pahlavani sont pratiqués dans des proportions moindres. On note que les équipes de basket-ball iraniennes sont autorisées à disposer de deux joueurs américains maximum. Le pays se distingue également en volley-ball, notamment grâce aux victoires de l'équipe nationale dans le Championnat d'Asie et d'Océanie de volley-ball masculin en 2011 et 2013, ce qui place l'Iran à la place du classement mondial de volley-ball. En 2011, l'équipe nationale iranienne a remporté de nombreux podiums aux championnats du monde de Viêt Vo Dao à Ho Chi Minh Ville - Viêt Nam. Culture. L’Iran a une longue histoire artistique, philosophique, de traditions et d’idéologies. Beaucoup d’Iraniens pensent que leur culture est la seule et unique raison ayant permis à leur civilisation de survivre à des milliers d’années de perturbations. La quête de justice sociale et d’équité est une partie importante des caractéristiques de la culture iranienne. Le respect des anciens et l’hospitalité aux étrangers est aussi partie intégrante de cette étiquette iranienne. Littérature. Les travaux subsistants écrits en langues persanes (comme le vieux perse ou le moyen perse) remontent aussi loin qu’en 650 , date des plus anciennes inscriptions Achéménides retrouvées. L’essentiel de la littérature persane, cependant, remonte à la période de la conquête de l'Iran par l'Islam aux environs de 650 de notre ère. Après que les Abbassides furent arrivés au pouvoir (750), les Persans sont devenus les scribes et les bureaucrates de l’empire Islamique et aussi, de plus en plus, ses écrivains et poètes. Les Persans écrivaient à la fois en arabe et en persan ; le persan a ensuite prédominé dans les cercles littéraires successifs. Les poètes perses tels que Saadi, Hafez et Rûmi sont lus dans le monde entier et ont eu une grande influence sur la littérature dans de nombreux pays. La littérature persane contemporaine est peut-être moins connue. La littérature persane est notamment renommée pour sa poésie, qui peut être épique, historique, philosophique, amoureuse… Les principaux écrivains persans sont Ferdowsi, auteur du Shâh Nâmâ, la grande épopée iranienne, Nizami, auteur du "Khamsé" (ou « Cinq Poèmes »), Rûmi avec "Mesnâvi" et le "Chant des oiseaux", Sa’adi, Hafez, Omar Khayyam, Attar avec le "Mémorial des Saints", "La Conférence des oiseaux" et "Le Livre des secrets"… Parmi les écrivains et les poètes contemporains, on peut citer aussi Sadegh Hedayat, Ahmad Chamlou, 'Alî Sharî'atî, Fereydoun Moshiri, Forough Farrokhzad. Cinéma. Le cinéma n’est âgé que de cinq ans quand il arrive en Perse au début du . Le premier réalisateur iranien fut sûrement Mirza Ebrahim Khan Akkas Bashi, le photographe officiel de Mozaffareddine Chah, le Shah d’Iran (1896-1907). Après une visite à Paris en , Akkas Bashi obtint une caméra et filma la visite du Shah en Belgique. Le cinéma iranien d’après la révolution rencontre un important succès sur les forums internationaux pour son style distinct, ses thèmes, ses auteurs, son idée de nationalité et la manifestation de la culture. De nombreux réalisateurs iraniens de classe mondiale ont émergé, comme Abbas Kiarostami et Jafar Panahi. La présence régulière de films iraniens dans de prestigieux festivals internationaux comme le Festival de Cannes, la Mostra de Venise ou le Festival de Berlin ont attiré l’attention du monde entier sur des chefs-d’œuvre. Les films iraniens ont été régulièrement sélectionnés ou ont gagné des prix prestigieux tels que le "Lion d’Or" de la Mostra de Venise, la "Palme d’Or" du Festival de Cannes ou l"Ours d’argent ou d’or" de la Berlinale. En 2006, 6 films iraniens, de 6 styles différents, ont représenté le cinéma iranien au festival du film de Berlin. Cela a été considéré par les critiques comme un évènement remarquable pour le cinéma iranien. Musique et danse. La musique iranienne a une histoire plusieurs fois millénaire remontant au Néolithique, telles que peuvent l’attester les fouilles archéologiques à Élam, au sud-ouest de l’Iran. Il faut distinguer la science de la musique, ou musicologie ("Elm-e Musiqi") qui, en tant que branche des mathématiques, a toujours été très bien considérée dans le pays, et la performance musicale ("Tarab, Navakhteh, Tasneef, Taraneh" ou plus récemment "Muzik") qui a souvent eu une relation conflictuelle avec les autorités religieuses. La musique classique iranienne ("Musiqi Asil") est basée sur les théories acoustiques et esthétiques exposées par Farabi et Shirazi dans les premiers siècles de l’Islam. Ce genre musical préserve les formules mélodiques attribuées aux musiciens des Cours impériales de Khosro Parviz à la période Sassanide. Ces modes sont connus sous le nom de "dastgâh" et représentent un répertoire ("radif") dans lequel les autres genres musicaux iraniens puisent leurs idées et leur inspiration. La musique religieuse n’est pas un genre homogène. Les pièces de théâtre ("tazieh") représentant la passion de l’imam Hussein ont leur origine dans la musique martiale. D'une manière similaire, la musique des confréries soufies, par l’utilisation d'instruments mystiques "daf" et "tambûr" et la pratique de cérémonies rituelles ("zikr" et "jam"), possède une liberté de composition plus grande et est rythmiquement plus sophistiquée que la musique classique. La musique populaire et folklorique joue un rôle important dans la vie quotidienne des Iraniens ruraux, comme les chansons folkloriques du Kurdistan et du Khorasan, mais aussi des citadins car elle inspire la musique populaire et classique. L’Iran a développé sa propre musique pop dans les années 1970, utilisant des formes et des instruments indigènes et ajoutant de la guitare électrique et d’autres caractéristiques importées ; le musicien le plus populaire de cette époque était une chanteuse, Gougoush. La musique pop a cependant été bannie après la révolution de 1979 qui a lancé une renaissance dans la musique classique perse permettant l'émergence de célébrités nationales et internationales comme Mohammad Reza Lotfi, Hossein Alizadeh, Shahram Nazeri et Mohammad Reza Shadjarian. Toutefois, beaucoup d’Iraniens très conservateurs ne voyaient pas d’un bon œil même les mélodies et les paroles les plus simples. Ainsi fut-il interdit aux femmes de chanter en public ; elles peuvent toujours jouer d’un instrument. La danse en Iran possède une longue histoire et s’est développée depuis les temps datant de l’époque pré-achéménides. En effet, des fouilles durant ces 30 dernières années donnent accès à la preuve de son existence depuis l’apparition du culte de Mithra avant notre ère. Pour cette nation ancienne, la danse peut être envisagée comme un phénomène important et social et/ou un rituel religieux. Cependant, des restrictions politiques aux danses iraniennes et traditionnelles ont eu lieu après la révolution de 1979, la danse et la musique ont un temps été mal vues, voire interdites temporairement, mais cette histoire millénaire se perpétue toujours, parfois dans un cadre plus privé. La danse peut intervenir dans de nombreux contextes très différents : les événements sociaux, les rites de passage, les exorcismes et les cérémonies. Ces contextes peuvent être associés à des événements traditionnels ou historiques (fêtes nationales, jours religieux festifs, fêtes pré-islamiques, migrations tribales…) ou avoir lieu de manière improvisée. Miniatures. Les thèmes de la miniature persane sont pour la plupart liés à la mythologie perse et à la poésie. Les artistes occidentaux ont découvert la miniature persane au début du . Les miniatures persanes utilisent de la géométrie pure et une palette de couleurs vives. Il est difficile de tracer les origines de l’art de la miniature persane, qui a atteint son sommet pendant les périodes Mongoles et Timourides (). Les dirigeants mongols de l’Iran ont répandu le culte de la peinture chinoise et l’ont amené avec eux, comme un certain nombre d’artisans chinois. Le papier lui-même, est arrivé en Perse depuis la Chine en 753. L’influence chinoise est donc très grande sur cet art. La fonction la plus importante de la miniature était l’illustration. Elle donnait une image à un texte littéraire, le rendant plus agréable et facile à comprendre. La richesse poétique iranienne a permis l’émergence de nombreuses écoles importantes de la miniature, chacune possédant son style unique, et créant ainsi une grande diversité de peintures. C’est à travers ces écoles que la peinture miniature a atteint son apogée, à la fois en Iran et en Asie centrale. Les trois écoles ayant eu le plus d’influence sur la miniature étaient situées à Shiraz, Tabriz et Herat (actuel Afghanistan). Un des peintres les plus connus et ayant eu le plus d’influence dans l’école d’Herat était Kamaleddin Behzad. Les œuvres de Behzad ont influencé le développement ultérieur de l’art de la miniature. Le thème des miniatures est devenu plus limité au fur et à mesure que le temps passa. Au , les thèmes portaient principalement sur des scènes d’amour, des portraits et même des copies d’images européennes. Au apparut un nouveau genre faisant apparaître des fleurs et des oiseaux. Tapis. Probablement né à l'âge du bronze, le tapis persan est un élément essentiel de l’art et de la culture persane. Au , les Safavides en ont développé la production et en ont élevé le tissage au rang d'art. C'est aujourd'hui un mode d’expression artistique par la liberté qu’autorise notamment le choix des couleurs vives et des motifs employés. Les secrets de fabrication sont passés de génération en génération. Les artisans utilisaient les insectes, les plantes, les racines, les écorces et d’autres matières comme source d’inspiration. Cuisine. La cuisine d’Iran est diverse, chaque province ayant ses propres plats aussi bien que ses styles et traditions culinaires, distinctes selon les régions. Elle n’est pas épicée. Les herbes sont beaucoup utilisées, de même que les fruits tels que prunes, grenades, raisins, coings ou autres. La plupart des plats iraniens sont une combinaison de riz avec de la viande (poulet, agneau) ou du poisson et beaucoup d’ail, d’oignon, de légumes, de noix et de fines herbes. Dans son livre "La nouvelle nourriture de la vie", Najmieh Batmanglij écrit que la Politique et droit. Répartition des pouvoirs. L’Iran, depuis l’instauration de la République islamique, présente un système institutionnel très singulier. C'est le seul État officiellement chiite et un des rares pays à être une théocratie ; c’est-à-dire que le pouvoir, censé émaner de Dieu, réside dans les mains du clergé. Cette théocratie découle du concept de "velayat-e faqih", théorisé dans les années 1960 par l’ayatollah Rouhollah Khomeini, premier « guide de la révolution ». Le "velayat-e faqih" consiste en , notion notamment développée en France par la sociologue Amélie Myriam Chelly, consistant en une idéologisation du chiisme traditionnel, et donc en son détournement politique. Le chef suprême de la religion a droit de veto sur tout. Quand le chef religieux contrôle le pays, il choisit ce qui est bon ou non en fonction de sa religion. Cependant, il existe aussi une dimension représentative dans ce système, puisque la souveraineté populaire est reconnue et qu’un processus électoral permet l’élection du président de la République, des députés et des membres de l’Assemblée des experts. Ce système électoral s’inspire des démocraties populaires, mais le pluralisme politique n’existe pas ; les candidats appartiennent aux diverses factions islamiques. Le système politique de la République islamique est basé sur la Constitution de 1979 appelée "Qānun-e Asasi" (« Loi fondamentale »). Le système comprend plusieurs corps gouvernants intimement reliés, dont la plupart sont nommés par le guide (seuls le président, les membres du parlement et les membres de l’Assemblée des experts sont élus au suffrage universel). L’âge minimum requis pour voter est fixé à . Pouvoir exécutif. Le Guide de la révolution (aussi appelé « Guide suprême ») est responsable de la supervision des « politiques générales de la république islamique d’Iran ». Il est élu par l’Assemblée des experts pour une durée indéterminée. Le Guide de la révolution est commandant en chef des forces armées ; il contrôle le renseignement militaire et les opérations liées à la sécurité ; lui seul a le pouvoir de déclarer la guerre. C’est aussi la seule personne des institutions d’État obligatoirement religieuse. Il peut démettre le président de la République de ses fonctions, après que la Cour suprême a reconnu ce dernier coupable de violation de ses devoirs constitutionnels, ou après un vote du Parlement témoignant de son incapacité sur la base du principe 89 de la constitution. L’Assemblée des experts est responsable de la supervision du Guide suprême dans le cadre de l’exécution de ses devoirs légaux. Le Guide de la révolution actuel est l’ayatollah Ali Hossein Khamenei (désigné en 1989). La Constitution définit le président comme la plus haute autorité de l’État après le Guide de la révolution. Le président est élu au suffrage universel pour un mandat de quatre ans, renouvelable une fois. Les candidats à la présidence doivent être autorisés à se présenter par le Conseil des gardiens. Le président est responsable de l’application de la constitution et de l’exercice des pouvoirs exécutifs, à l’exception de ceux directement liés au Guide suprême. Le président nomme et supervise le Conseil des ministres, coordonne les décisions du gouvernement et sélectionne les politiques du gouvernement avant qu’elles soient transmises au parlement. Dix vice-présidents assistent le président, ainsi qu’un cabinet de 22 ministres, dont la nomination doit être approuvée par le parlement. Le président de la république islamique d'Iran est le chef du gouvernement d'Iran. Le premier titulaire a été Abolhassan Bani Sadr. Le président de la République actuel est Ebrahim Raïssi depuis le . Pouvoir législatif. La "Majles" (), dont le nom complet est « Assemblée consultative islamique » , est l’unique assemblée du système monocaméral iranien. Elle compte élus pour un mandat de quatre ans. La Majles ébauche la législation, ratifie les traités internationaux et approuve le budget national. Tout candidat à la législature doit être autorisé à se présenter par le Conseil des gardiens. En 2006, 5 sièges sont réservés pour les minorités religieuses. L’Assemblée des experts, qui siège une semaine par an, compte du clergé « vertueux et cultivés » élus au suffrage universel pour un mandat de huit ans. Comme pour les élections présidentielle et législatives, c’est le Conseil des Gardiens qui détermine l’éligibilité des candidats. L’assemblée élit le Guide suprême et a l’autorité constitutionnelle pour lui retirer le pouvoir à n’importe quel moment. On n’a cependant jamais vu de cas où cette assemblée s’opposait aux décisions du guide suprême. Le Conseil des gardiens de la Constitution compte dont 6 sont nommés par le Guide suprême. L’autre moitié est recommandée par le dirigeant du pouvoir judiciaire (lui-même nommé par le Guide de la révolution) et officiellement nommés par le parlement. Le conseil interprète la constitution et peut user de son droit de veto à l’encontre de la Majles : s’il juge une loi incompatible avec la "constitution" ou les principes de l’islam, il la renvoie au parlement pour réexamen. Dans l’exercice controversé de son autorité, le conseil se réfère à une interprétation stricte de la constitution afin de mettre son veto aux candidats au parlement. Le Conseil de discernement, composé de six membres religieux du Conseil des gardiens de la Constitution, des chefs des pouvoirs législatifs, judiciaires et exécutifs, du ministre concerné par l’ordre du jour auxquels s’ajoute une dizaine d’autres personnalités. Il a l’autorité pour faire la médiation des problèmes entre le parlement et le conseil des gardiens, et sert de corps consultatif au guide suprême ; en faisant ainsi un des organes de pouvoir les plus puissants du pays. Pouvoir judiciaire. Le guide de la révolution nomme le chef du pouvoir judiciaire (actuellement Mahmoud Hashemi Shahroudi), qui à son tour nomme le dirigeant de la cour suprême et le procureur en chef. Il existe différents types de tribunaux incluant les tribunaux publics qui sont chargés des cas civils et criminels, et les tribunaux révolutionnaires qui traitent différents cas, dont les crimes contre la sécurité nationale. Les décisions des tribunaux révolutionnaires sont finales et l’appel n’est pas possible. Le tribunal spécial clérical est chargé des crimes commis par les membres du clergé, bien qu’il se soit aussi chargé de cas impliquant des laïcs. Le tribunal spécial clérical fonctionne indépendamment du système judiciaire régulier et ne rend compte qu’au guide de la révolution. Les décisions de ce tribunal sont définitives et on ne peut y faire appel. Plusieurs religieux réformistes ont par exemple été jugés et condamnés sous des prétextes divers par le tribunal spécial du clergé, comme le montre l’exemple de l’Hojjat-ol-Eslam Abdollah Nouri, éditeur du journal "Khordad". Ce religieux réformateur, critique de la répression, est accusé d’insultes à Khomeini et de publications d’articles religieux puis condamné à cinq ans d’emprisonnement Jusqu'en février 2012, l'article 83 du code pénal iranien prévoyait que l'adultère serait puni de lapidation. Ce mode d'exécution a disparu du nouveau code, mais une disposition de la constitution permet aux magistrats de statuer en la matière d'après leur connaissance du droit islamique, ce qui leur laisse toute latitude pour appliquer ou non cette sanction. Les associations de défense des droits de l'homme estiment que cinq hommes et une femme ont été ainsi exécutés depuis 2006. Pouvoirs locaux. Les conseils locaux sont élus par un vote public pour des mandats de quatre ans dans toutes les villes et villages d’Iran. D’après l’article 7 de la constitution iranienne, ces conseils locaux, avec le parlement, sont « les organes administratifs et de décision de l’État ». Cette section de la constitution n’a pas été appliquée avant 1999, quand les premières élections de conseils locaux ont été tenues dans le pays. Les conseils ont différentes responsabilités comme élire les maires, superviser les activités des municipalités, étudier les besoins sociaux, sanitaires, économiques, culturels et éducatifs de leurs administrés. Ils planifient et coordonnent la participation nationale à l’implémentation des décisions sociales, économiques, culturelles, éducatives et autres. Politique intérieure. L'Iran est souvent considéré comme une dictature. Selon certaines sources, la majorité du peuple iranien serait insatisfaite du gouvernement. Même si le peuple élit ses représentants au suffrage universel, les personnes éligibles sont choisies par les instances islamiques. Amnesty International classe l'Iran dans les deux pays avec le plus fort taux d'exécution. Selon les organismes internationaux de défense des droits de l'homme, la torture et le viol par les Gardiens de la révolution islamique se produisent régulièrement. Amnesty International affirme aussi qu'il n'existe pas de liberté d'expression. Politique générale. L’État iranien, à part ces structures institutionnelles, possède d’autres particularités sur le plan politique. Il existe en effet des structures de dédoublement de l’appareil d’État. Ces structures, appelées structures révolutionnaires ("nahadha ye enqelāb"), dépendent directement du Guide de la révolution et prennent en charge des activités généralement sous le contrôle du gouvernement. L’Armée iranienne est ainsi doublée par les Gardiens de la révolution et les tribunaux par des tribunaux révolutionnaires. Dans chaque ministère et chaque province est nommé un représentant du guide. La politique est réservée aux factions islamistes, puisque tous les autres partis traditionnels sont interdits. Il existe deux tendances chez les islamistes : conservateurs et réformateurs. Tous deux veulent faire durer le système iranien, mais ils ne sont pas d’accord sur les moyens à employer. Les conservateurs s’opposent à tout changement, et sont pour la ligne dure en vigueur aux débuts de la révolution. Les réformateurs sont pour une certaine libéralisation politique. L’élection de Mohammad Khatami, un réformateur, en 1997, a montré la volonté de changement des Iraniens. Néanmoins, les difficultés créées par les conservateurs pour faire valider les lois des réformateurs ont empêché le moindre changement et ont permis aux conservateurs de revenir sur la scène politique. La perte de crédibilité a entraîné un fort taux d’abstention aux élections municipales en 2003, le retour de députés conservateurs au Majles en 2004, jusqu’à l’élection de Mahmoud Ahmadinejad en juin 2005. Ce dernier sera réélu en 2009 à l'issue d'un scrutin aux résultats très contestés par des millions d'Iraniens favorables à son principal concurrent réformateur l'ex-Premier Ministre Mir Hossein Moussavi de 1981 à 1989. Les catégories de la population les plus sensibles pour les autorités politiques sont les jeunes, les femmes et les intellectuels. La jeunesse iranienne vit une crise causée par les contraintes morales, le manque de perspectives d’avenir et le chômage. Les jeunes n’abandonnent pas pour autant leur quête de liberté sociale : liberté de choix vestimentaires, de rencontre entre sexes opposés dans les lieux publics, d’accès à la production culturelle et artistique du monde entier. Les revendications ayant trait à la condition de la femme en Iran n’ont rien perdu de leur vigueur. Bien que leur statut juridique soit inférieur, comme le montrent notamment l’obligation du port du voile et les mesures relatives à la mixité, les femmes participent à tous les aspects de la vie politique, sociale, économique, scientifique et artistique. Il existe aujourd’hui deux mouvements féministes en Iran : un courant féministe islamiste, se réclamant des valeurs religieuses et de la tradition, et un autre se réclamant de la laïcité. Les intellectuels (') sont eux aussi divisés en religieux et laïques. Ils ont changé leur vision entre les débuts de la République islamique et aujourd’hui, un quart de siècle après. Abdolkarim Soroush, un philosophe iranien tout d’abord partisan de la révolution, est aujourd’hui considéré comme un ' (« ceux qui pensent autrement ») ; il a développé une approche critique de l’islam : il distingue une version de la religion qui n’a son mot à dire que dans la sphère du sacré et une autre qui a son mot à dire sur tout, y compris la vie sociale et politique. De nombreux intellectuels pensent de manière similaire à Soroush et sont opposés à l’imbrication du politique et du religieux. Les laïques, bien que soumis à l’intimidation sont toujours actifs. Des débats réguliers ont lieu sur l’ouverture du système politique, le rôle de la société civile, la démocratie, l’espace public Les jeunes, les femmes, les intellectuels et les classes moyennes forment une société civile qui n’est pas dotée de structures d’encadrement, car l’appareil d’État a infiltré les institutions civiles. Des groupes existent néanmoins en dehors du contrôle de l’État, qui permettent d’organiser des manifestations, signer des pétitions. Des contacts ont aussi lieu avec la diaspora iranienne et l’extérieur du pays pour informer sur la situation nationale et internationale. Droits de la personne. La situation des droits de l'homme est jugée très préoccupante en Iran. Sous le règne du Chah, le non-respect des droits de l'homme avait été constaté et dénoncé par des ONG. Depuis l'instauration de la République islamique, la violation par le gouvernement iranien des droits civils et de la liberté d’expression politique est toujours dénoncée à travers le monde. L’Assemblée générale et la Commission des droits de l’homme de l’ONU se déclarent préoccupées par . Depuis l’établissement de la République islamique en 1979, les lois iraniennes sont basées sur une interprétation particulière de la "Charia". Toutes les relations sexuelles qui ont lieu en dehors du traditionnel mariage hétérosexuel sont illégales et aucune distinction légale n’est faite entre les relations consenties ou non consenties. Jusqu'en février 2012, l'article 83 du code pénal iranien prévoyait que l'adultère serait puni de lapidation. Ce mode d'exécution a disparu du nouveau code, mais une disposition de la constitution permet aux magistrats de statuer en la matière d'après leur connaissance du droit islamique, ce qui leur laisse toute latitude pour appliquer ou non cette sanction. Les associations de défense des droits de l'homme estiment que cinq hommes et une femme ont été ainsi exécutés depuis 2006. Le rapport du HCR de 2001 dit que la chirurgie de changement de sexe est fréquemment et ouvertement menée en Iran, et que les homosexuels et les travestis sont en sécurité tant qu’ils gardent profil bas. Le rapport déclare de plus qu’il n’est pas possible actuellement pour les individus transgenres de choisir de ne pas subir de chirurgie - si on leur accorde le droit de changer de sexe, il est attendu qu’ils le fassent immédiatement. Ceux qui ne veulent pas se faire opérer (ainsi que ceux qui se travestissent ou ne peuvent définir leur sexe) sont considérés comme étant de leur genre biologique, et, en tant que tels, peuvent être soumis à harcèlement pour le fait d’être homosexuels et sont donc sujets aux mêmes lois interdisant les actes homosexuels. Depuis son élection en 2005, la présidence de Mahmoud Ahmadinejad est marquée par la priorité donnée à la politique internationale. Le pouvoir se préoccupe plus de la position géostratégique du pays que des problèmes intérieurs. L’efficacité de l’action internationale sur les Droits de l’Homme en est affectée. Le dialogue avec l’Union européenne, rompu en 2004, n’a pas repris malgré une tentative de relance en 2005. L’association "Action des chrétiens pour l'abolition de la torture" note toutefois que, malgré des déclarations contradictoires, la position de l’Iran pourrait évoluer sur la question de l’application de la peine capitale aux mineurs. À l’opposé, Amnesty International craint que le nombre d’exécutions de mineurs depuis 2005 soit sous-évalué. L’association avait vu dans les promesses électorales de Mahmoud Ahmadinejad (amélioration des droits sociaux et économiques) une occasion de sensibiliser l’Iran au thème des droits humains. Elle note au contraire que . En 2003, Bernard Hourcade, iranologue au CNRS dressait un portrait optimiste de l’évolution politique et sociale de l’Iran. Il constatait une modernisation du pays dans les secteurs culturel, social, économique, politique, des relations internationales, et des échanges universitaires internationaux. De nombreux anciens Pasdarans qui occupent aujourd’hui des postes clefs sont allés étudier à l’étranger. Il notait que les notions de république, de démocratie ou de libertés s’ancrent de plus en plus dans la société iranienne et créent les conditions d’un changement profond ; changement dans lequel l’islam politique a une nouvelle place. Selon lui, . Si des oppositions bloquent encore les processus électoraux, ou la promulgation de lois, le pays a changé et a pris l’habitude de l’indépendance et de la liberté de parole, avant celle des actes. Certains experts de la région considèrent que le peuple est contre le gouvernement et a adopté le principe de démocratie depuis longtemps, sans que le gouvernement ne fasse aucun effort que ce soit pour l'écouter. D'ailleurs, la majorité des Iraniens ne penseraient pas qu'une « République islamique réformée » puisse les satisfaire. Amnesty International classe l'Iran comme ayant le plus fort taux d'exécutions sommaires, de violation des droits de l'homme et des libertés fondamentales en 2008 avec 317 exécutions sommaires. Selon les organismes internationaux de défense des droits de l'homme, la torture et le viol par les Gardiens de la révolution se produiraient régulièrement. Amnesty International constate aussi qu'il n'existe pas de liberté d'expression. Le 29 septembre 2022, le chanteur iranien Shervin Hajipour a été arrêté par des policiers de Téhéran pour avoir publié une chanson sur Instagram sur les manifestations antigouvernementales qui font rage à travers le pays. Sa chanson était basée sur l'effusion de la colère du public après la mort de "Mahsa Amini" en garde à vue le 16 septembre. Situation des femmes. Si les femmes en Iran bénéficient globalement de droits plus étendus que dans bon nombre d'États voisins du Moyen-Orient, un certain nombre de ces droits datant des années 1960 et 1970, ceux-ci ont été restreints depuis la révolution iranienne. Les femmes en Iran font face à une situation de discrimination vis-à-vis des hommes, comme le montre l'inégalité de leurs droits concernant le mariage. La loi islamique permet, en effet, aux hommes d'épouser quatre femmes à titre permanent et de prendre autant d'épouses « temporaires » par des contrats religieux qui peuvent durer de quelques heures à plusieurs années. Les femmes qui contractent des mariages temporaires sont des veuves ou des divorcées. Ce mariage temporaire chez les chiites est appelé mariage de plaisir et connu sous le nom de sigheh en Iran et rejeté comme prohibé par les sunnites. Par ailleurs, le port du foulard islamique est obligatoire pour toutes les femmes, y compris les touristes, en Iran. Plus de « mal voilées » ont reçu des « avertissements » délivrés par la police pour non-respect du strict code vestimentaire en 2007. Il est cependant fréquent de voir, en particulier dans les villes, des voiles défaits ou de larges mèches dépassant sur le front, des étoffes transparentes, voire une absence de voile. Ils sont nommés avec ironie "voile décapotable" car les jeunes femmes s’empressent de les repositionner à la vue de la police des mœurs. Ne respectant pas strictement le code vestimentaire (ses cheveux n’étaient pas entièrement couverts par son foulard), Mahsa Amini, une jeune femme âgée de est arrêtée le à Téhéran où elle est en visite avec sa famille. Elle décède à la suite de son arrestation par le police des mœurs ("Gasht-e Ershad") après trois jours de coma. Les femmes peuvent encourir jusqu'à trois mois de prison. À la suite de la mort de Mahsa Amini, des manifestations de protestation ont lieu dans les rues de Téhéran, dispersées par des jets de grenades lacrymogènes. Par solidarité et en signe de protestation, des femmes s'affichent sur les réseaux sociaux se coupant les cheveux ou brûlant leur voile islamique. Les manifestations se poursuivent les jours suivants. L'Union Européenne et la France manifestent leur vive émotion à l'égard de ce décès "inacceptable" et "choquant". La Haute Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, Nada Al-Nashif, fait part de " "au Kurdistan iranien durant lesquelles trois personnes sont tuées le . Depuis, la vague de colère se répand au Kurdistan, puis à Téhéran et dans d’autres régions en Iran. Les rassemblements s'étendent à une quinzaine de villes, gagnant également les universités de la capitale. Les manifestations couvrent l'ensemble du territoire iranien : sont à déplorer. Le site web de la présidence iranienne, l'agence de presse Fars affiliée au gouvernement et le centre de recherche médico-légale d'Iran figurent parmi les sites web piratés et rendus inaccessibles par les Anonymous, dans un geste de soutien aux manifestations nationales. Selon la journaliste Sara Saidi, « les Iraniennes sont les femmes les plus socialisées du Moyen-Orient : elles travaillent, conduisent librement, ont le droit de vote et d'éligibilité depuis 1963, contre 2015 en Arabie saoudite. » Les femmes sont également politisées et engagées, la société civile iranienne étant « très en avance sur les institutions qui la gouvernent », indique la sociologue Azadeh Kian. Le taux de scolarisation des filles est de 95 %. Problème identitaire. À cause du bouleversement révolutionnaire, l’Iran est confronté à la recomposition identitaire et à l’émergence de nouveaux territoires avec trois forces : le nationalisme, l’islam et l’insertion dans la mondialisation. Les Kurdes font l'objet de certaines discriminations : ils représenteraient en 2019 près de la moitié des prisonniers détenus pour atteinte à la sécurité nationale, sont condamnés à des peines jugées disproportionnées par l'ONU et.la langue kurde n'est pas enseignée dans les écoles. Surtout, les provinces peuplées à majorité de Kurdes sont lourdement touchées par la pauvreté. Bien que le gouvernement refuse de leur accorder un statut d'autonomie, ils disposent d'une relative tolérance en matière culturelle — certains médias sont diffusés en langue kurde et les traditions vestimentaires et musicales kurdes sont acceptées. Pour ces raisons, l'histoire des kurdes d'Iran a été marquée par plusieurs soulèvements, dont celui de la république de Mahabad quand, en 1946, des insurgés ont créé un État kurde indépendant avant qu’il ne soit détruit par l’armée iranienne. De nos jours, cinq groupes armés kurdes sont en activité :le Parti démocratique du Kurdistan d’Iran, le Parti pour une vie libre au Kurdistan, le Komala, le Parti de la liberté du Kurdistan et le Parti démocratique du Kurdistan (Iran). Des accords de cessez-le-feu de plus ou moins longue durée avec les militaires iraniens ont cependant permis d'éviter que le conflit ne gagne en intensité. À partir de 2017 notamment, le PDKI est approché par les États-Unis qui envisagent de l'utiliser afin de priver l'Iran du contrôle de sa frontière occidentale. Ainsi, en juin 2018, le secrétaire général du parti se rend à Washington à l’invitation des autorités américaines où il est reçu par des responsables du département de la défense, dont celui des questions iraniennes. En 2017, avant d’être nommé conseiller à la sécurité nationale, John Bolton appelait dans un éditorial l’administration américaine à se rapprocher des minorités ethniques d’Iran, en particulier les Kurdes, afin de créer un réseau d’alliés régionaux contre l’Iran. La même année, un rapport de l’influent "think tank" Center for Strategic and International Studies suggérait que les États-Unis soutiennent les Kurdes iraniens afin de déstabiliser la République islamique de l’intérieur. Le PDKI serait toutefois sceptique, jugeant notamment les États-Unis peu loyaux vis-à-vis de leurs alliés. Médias. Les médias existent depuis l’apparition du premier journal papier en 1835. Ils regroupent aujourd’hui plusieurs agences de presse officielles (dont l'Agence de presse de la République islamique ou IRNA), de très nombreux journaux et magazines, des chaînes de télévision officielles et libres (émettant depuis l’étranger), des stations de radio. L’explosion du phénomène des blogs s’observe aussi dans le pays, dans la mesure où ce média permet de s’exprimer librement et anonymement. La constitution de l’Iran accorde la liberté de la presse aussi longtemps que sont respectés les principes islamiques. On exige de chaque publicateur de journal ou magazine d’avoir une licence de publication valide. Toute publication perçue comme anti-islamique ne se voit pas attribuer cette licence. En pratique, le critère définissant le caractère anti-islamique englobe tous les supports qui présentent un sentiment anti-gouvernemental. En 1987, tous les journaux et magazines en circulation soutenaient les institutions de la république islamique. Après l’élection de Mohammad Khatami en 1997 et la libéralisation relative qui a suivi dans le pays, les publications se sont beaucoup développées, dont certaines réussissent à être plus critiques envers le gouvernement. Toutes les radios et télévisions émettant depuis l’Iran sont contrôlées par le gouvernement. C’est le Guide de la révolution qui nomme les directeurs des chaînes de télévision et des radios nationales. Des chaînes de télévision et des stations de radio existent à Téhéran et dans la plupart des grandes villes provinciales. Les chaînes de l’Azerbaïdjan iranien et du Kurdistan iranien sont autorisées à émettre des programmes en azéri et en kurde. Plusieurs groupes d’opposition émettent depuis l’Irak ou les républiques du Caucase. RFI, la BBC, ont des programmes d’actualité en persan émettant sur la bande FM en Iran. La censure qui s'applique aussi bien à l'actualité qu'à des travaux de fiction est la règle en Iran. Tout éditeur doit soumettre les œuvres qu’il souhaite publier. Quand le gouvernement a introduit Internet en Iran, les services étaient complètement ouverts. Cependant, le gouvernement a par la suite décidé de filtrer l’accès à Internet pour bloquer le contenu jugé inapproprié. Les sites pornographiques sont complètement filtrés, ainsi que la quasi-totalité des sites fournissant des outils permettant de contourner les filtrages. Certains blogs et sites d’information sont également bloqués, dans des proportions moindres. Le blocage et la restriction d’Internet sont rendus possibles par la loi iranienne sur la presse de 1986, qui définit les conditions d’accès à l’information par le public. La loi requiert aujourd’hui que les FAI installent des mécanismes de filtrage. Les peines prévues pour les violations des lois sur l’accès et la diffusion de l’information peuvent être très sévères. Après l’arrivée au pouvoir de Khatami en 1997 et l’émergence d’un mouvement réformateur (les réformistes, menés par Khatami, voulaient faciliter l’information du public), les conservateurs ont agi sur la presse et les mouvements se sont déplacés sur la toile. C’est à la même période qu’ont commencé à croître fortement le nombre de blogs en persan. En effet, les blogs représentent une fenêtre pour les jeunes qui veulent s’exprimer de manière plus libre que dans la société iranienne. Selon des statistiques non officielles, il y en aurait plus de régulièrement mis à jour en février 2005. La censure persiste et s'est durcie avec le gouvernement de Mahmoud Ahmadinejad. En , celui-ci a fait passer un décret forçant les "FAI" à limiter les vitesses de téléchargement à 128 kb/s pour tous les clients individuels et les cybercafés. Par ailleurs, une lutte sans merci a été menée par le gouvernement islamique pour éliminer les antennes paraboliques (une saisie de plus de antennes a été opérée à Téhéran en ) qui avaient fleuri sur les toits ces dernières années afin de permettre à des millions d'Iraniens de capter les chaînes de télévision étrangères par satellite. Politique étrangère. En Iran, le régime révolutionnaire mis en place par l’ayatollah Khomeini a amorcé des changements radicaux dans la politique étrangère qui était menée par le Shah, particulièrement en inversant l’orientation du pays vis-à-vis de l’Occident. Après l’idéalisme post-révolutionnaire initial, une politique étrangère dure et la Guerre Iran-Irak, le pays a engagé une politique étrangère plus rationnelle, basée sur des objectifs économiques. Cependant, celle-ci est occasionnellement occultée par la rhétorique idéologique. Dans les années récentes, l’Iran a fait de grands efforts pour améliorer ses relations avec ses voisins, particulièrement avec l’Arabie saoudite. Les buts régionaux de l’Iran sont d’essayer de ne pas être dominé en établissant son rôle de leader dans la région, de circonscrire l’influence américaine et des autres puissances extérieures et de construire des relations commerciales de qualité. En termes généraux, la politique étrangère de l’Iran se base sur trois idées principales : Malgré ses lignes directrices, les relations bilatérales sont fréquemment confuses et contradictoires, à cause de l’oscillation permanente de l’Iran entre des aspects pragmatiques et idéologiques. Le pays envisagerait d’entrer dans l’Association sud-asiatique pour la coopération régionale. Exportation de la révolution. Le concept de l"exportation de la révolution islamique" dérive d’une façon particulière de voir le monde, qui perçoit la révolution iranienne comme le combat politique à mener par les musulmans pour se libérer de l’oppression des « tyrans » ennemis de l'islam, lesquels ne serviraient en réalité que les intérêts de l’impérialisme international. Il en résulte la volonté de bâtir une sorte d'empire islamique régional, sinon mondial, dont l'Iran serait le cœur. L’article 11 de la constitution de la République islamique d'Iran affirme explicitement que « le gouvernement islamique a l’obligation de mener sa politique (étrangère) sur le principe de l’unité islamique et d’entreprendre une action suivie pour la réalisation de l’unité politique, économique et culturel du monde musulman. » C'est en cela que, pour Ali Khamenei, « l’exportation de la révolution est une responsabilité constante de la République islamique. » Il existe plusieurs courants de pensée quant aux moyens à mettre en œuvre pour exporter la révolution iranienne. En général, ceux qui sont pour l’exportation de la révolution seulement à travers l’éducation et l’exemple ont dominé le ministère des Affaires étrangères, alors que ceux en faveur d’une assistance active aux groupes révolutionnaires n’ont pas servi à de tels postes. Néanmoins, parce que ces soutiens à l’approche activiste sont aussi des dirigeants politiques influents, ils ont pu influencer certains domaines des relations étrangères. Cela est particulièrement vrai au sujet de la politique envers le Liban. En 1982, l’Iran déploie Gardiens de la révolution à Baalbek au Liban, pour organiser, fournir et entraîner le Hezbollah. L’Iran aurait diminué son aide au mouvement libanais, mais continue tout de même à armer le Hezbollah et l’encourage à maintenir une capacité militaire significative. De plus, Téhéran soutient des mouvements chiites en Irak, à Bahreïn, en Arabie saoudite, en Afghanistan. L'Iran a aussi soutenu, encadré et financé les mouvements islamistes en Algérie au début des années 1990, aussi bien le FIS que le GIA. Enfin, après la première guerre du Golfe de 1991, l’Iran a tissé des liens de soutien en Palestine auprès du Hamas et du Jihad islamique ainsi qu'à d’autres mouvements sunnites auxquels ils ont octroyé des financements restreints, en profitant du mécontentement croissant envers la politique étrangère des États-Unis. L’exportation de la révolution iranienne ne cadrant pas avec le désir d’ouverture exprimé durant la période de pouvoir des réformateurs autour du président Mohammad Khatami, certains auteurs ont pu penser que le concept d’exportation de la révolution s’était évanoui dès les premières années du gouvernement. Mais au lendemain de sa réélection contestée en 2009, Mahmoud Ahmadinejad, s'exprimant devant un cercle restreint de dignitaires religieux, a évoqué, sans aucune ambiguïté, une révolution destinée à l'islamisation du monde entier. Implication dans le conflit israélo-palestinien. L'Iran soutient activement le Hamas en lui procurant une aide militaire, financière et politique. Ils partagent la même idéologie concernant Israël avec l'objectif déclaré de vouloir la destruction de cet État. Le Hamas et le Jihad islamique, qui est aussi soutenu par l'Iran, sont considérés comme des proxy de l'Iran. L'ayatollah Khamenei rejette la solution à deux États et a déclaré que « la Palestine est indivisible » et la considère comme étant « sous occupation sioniste ». Implication dans la guerre civile syrienne. L'intervention de l'Iran dans la guerre civile syrienne commence dès son début en 2011 avec la réorganisation des combattants progouvernementaux, appuyées par le Hezbollah auxquels elle se joint et un soutien financier évalué entre de dollars par an par l'ONU. En octobre 2015, les forces iraniennes en Syrie représentent environ en plus des milliers de combattants du Hezbollah, soit de quinze à vingt mille hommes, ainsi que des miliciens chiites venus du Liban, d’Irak et d’Afghanistan recrutés, pour certains de force, et formés en Iran. Elles les équipent en armes légères et lourdes. En 2016, le général iranien Ali Arasteh annonce que des commandos de l'armée régulière iranienne ont été envoyés en Syrie comme « conseillers ». Confrontation israélo-iranienne en Syrie. Ce conflit est la résultante de l'opposition politique et religieuse à l'existence d'Israël du gouvernement iranien et à la lutte de l'État juif contre le terrorisme qui accuse l'Iran d'encourager, financer et armer le Hezbollah libanais ainsi que des organisations palestiniennes dans le cadre du conflit israélo-palestinien : le Hamas, le Jihad islamique palestinien et le Front populaire de libération de la Palestine-Commandement général installé Syrie. Au cours de la guerre civile syrienne en cours, Israël était soupçonné d'avoir perpétré des attaques contre le Hezbollah et des cibles iraniennes sur le territoire syrien. Le premier incident de ce type a eu lieu le 30 janvier 2013, lorsque des avions israéliens ont été accusés d'avoir frappé un convoi syrien transportant des armes iraniennes au Hezbollah. La première confrontation militaire directe entre les deux pays a lieu dans la nuit du 9 au 10 mai 2018, un lance-roquettes de la Force Al-Qods tire peu après minuit une vingtaine de roquettes de type Fajr et Grad vers une position frontalière de Tsahal sur le plateau du Golan. Tous les missiles sont tombés sur la partie syrienne du Golan, quatre ont été interceptés par une batterie du système israélien de défense aérienne mobile Dôme de fer. L'attaque ne fait ni victimes ni dégâts. Tsahal riposte par des raids sur une cinquantaine de bases iraniennes, dont des sites de renseignement, de logistique, de stockage et des postes d'observation en Syrie. Programme nucléaire iranien. Si la crise du nucléaire éclate entre l’Iran et la communauté internationale en 2003 pour s’apaiser seulement plus tard avec un accord de long terme conclu le 14 juillet 2015, l’histoire du nucléaire en Iran ne date pas d’hier. En effet, c’est sous le règne du Shah Mohammed Reza Pahlavi que le pays tente à se doter d’un programme en la matière dès la deuxième moitié des années 1950. Un accord de coopération civile dans le nucléaire est par ailleurs conclu entre l’Iran et les États-Unis en 1957. Au début du , le programme nucléaire de l'Iran est devenu une discussion politique à la fois en Iran et dans les pays occidentaux. Un profond fossé se creuse à ce chapitre entre les Iraniens et des Occidentaux. Le public iranien voit la puissance nucléaire comme un moyen de diversifier les sources d’énergie et d’affirmer son rôle politique international. Le public iranien, pratiquement tous les candidats politiques et le gouvernement actuel, sont unis sur ce point : l’Iran devrait développer son industrie nucléaire civile, car ils ne peuvent accepter que d’autres pays, comme Israël, l’Inde ou le Pakistan soient dotés de l’énergie atomique en dehors du cadre du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP). Les gouvernements occidentaux pensent que le programme nucléaire civil est mené avec des intentions cachées, dont celle de se doter d’armes nucléaires. En 1970, l’Iran a ratifié le TNP, ce qui l’engage à ne pas fabriquer d’armes nucléaires et à ne pas essayer de s’en procurer. L’Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) estime, depuis le début du , que la non-coopération iranienne rend impossible la conduite d’inspections afin de s’assurer que la technologie n’est pas détournée pour un usage militaire, comme l'a déclaré un rapport de son directeur général le 31 août 2006. Si Mohamed el-Baradei avait alors indiqué, le 19 octobre 2007, qu'aucune activité militaire n'était démontrée, des pourparlers étant même menés pour une inspection plus complète et permanente, . En effet, l'ex-directeur de l'AIEA a affirmé le 17 juin 2009 que son . Tandis que Téhéran prétend toujours que ce programme a une finalité strictement civile, Ali Khamenei a néanmoins déclaré le 14 mai 2009 que l’Iran, Depuis 2007, plusieurs scientifiques iraniens ont été assassinés ou ont disparu. Pour les observateurs et les experts, ces assassinats seraient commandés par le Mossad. Mais, pour la journaliste Dominique Lorentz, pas de doute, « l’Iran EST une puissance nucléaire. Elle le dit, personne ne le conteste. Son territoire est couvert d’équipements dont les applications sont exclusivement militaires et ce n’est pas pour produire des petits pois. La rhétorique de "peut-être que dans quelques années, l’Iran aura la bombe", c’est un emballage médiatique utilisé par les diplomaties occidentales. Les dirigeants iraniens, eux, ne s’en cachent pas. Bien sûr qu’ils ont la bombe ». Début mai 2018, Donald Trump annonce à la télévision que les États-Unis se retirent du programme sur le nucléaire iranien, affirmant que : Pendant un an, malgré le rétablissement des sanctions, l’Iran a proclamé son respect de l’accord et a demandé aux Européens de respecter leur engagement lié à celui-ci. L'Iran attendait des Européens qu'ils « résistent » à la pression américaine en maintenant leurs activités commerciales. Ceux-ci ont cependant cédé aux pressions et l’Iran a à son tour adopté des mesures contraires à l’accord – qui demeurent réversibles dans le cas où les Européens tiendraient leurs promesses et permettraient de compenser les sanctions américaines. Dès septembre 2022, les médias occidentaux soulignent le fait que de l'uranium à 20 % étant déjà acquis, il est alors plus facile d'obtenir de l'uranium enrichi, lorsque l'on se trouve au seuil des 60 % Relations avec Bahreïn. En 2016, à la suite de la déchéance de nationalité par le Bahreïn de la plus haute autorité chiite du pays, un responsable iranien affirme que « poursuivre une répression intense sur le peuple de Bahreïn va marquer le début d’une sanglante intifada ». Puissance militaire. Les forces armées iraniennes se sont modernisées et ont été organisées après la Première Guerre mondiale, surtout après la prise de pouvoir de Reza Shah en 1921. Sous le règne du dernier shah d’Iran, Mohammad Reza Pahlavi, l’armée iranienne a été entraînée et équipée par des armées étrangères. La mission militaire américaine en Iran était par exemple la plus importante du monde en 1978. Les ventes d’armes américaines à l’Iran se sont élevées à de dollars entre 1950 et 1979. Après la révolution iranienne et la prise de pouvoir du nouveau gouvernement, l’armée iranienne a perdu plus de 60 % de ses effectifs (désertions), alors que parallèlement, l’ayatollah Khomeini créait par décret le Corps des Gardiens de la révolution islamique le 5 mai 1979, avec pour objectif de défendre les intérêts de la révolution islamique. Les forces armées iraniennes sont organisées de la façon suivante : Les forces armées iraniennes peuvent aussi compter sur le corps appelé "Basij", une force d’intervention populaire rapide composée de volontaires (comparable à une milice civile). Les Basij ont été initialement créés pour permettre l’envoi de forces sur le front lors de la guerre Iran-Irak ; aujourd’hui, leur rôle est de faire respecter les préceptes islamiques. Ils comptent également des unités spéciales anti-émeutes et une forte présence dans les universités et parmi les étudiants. Leur nombre est difficile à estimer, entre selon leur commandant, et à un million selon d’autres sources. La constitution de l'Iran de 1979 désigne le Guide de la révolution comme commandant suprême des forces armées. La puissance militaire iranienne a été fortement amoindrie par la guerre Iran-Irak et par l’embargo auquel la république islamique d'Iran est soumise (malgré des livraisons d'armes américaines grâce à des intermédiaires israéliens, européens ou latino-américains au début des années 1980). À partir de 1988, les achats d'armes reprennent (notamment auprès de la Corée du Nord, de la Chine, de la Syrie, de la Russie, de la France, de l’Italie, et d'autres) et le pays décide de se doter d’une industrie militaire nationale. En 2006, l'Iran produit donc des aéronefs (par ex. l'hélicoptère "Panha Shabaviz 2-75"), des blindés (par ex. "Zulfiqar"), des missiles balistiques (par ex. "Shahab-3"). La réussite iranienne dans le domaine balistique est notable et confère à la république islamique d'Iran un pouvoir de dissuasion vis-à-vis des autres pays de l'aire régionale. Le pays possède en 2015 trois sous-marins d'origine russe et d'une marine peu étendue et vieillissante. D’après RAND Corporation, en 2003 le budget militaire de l'Iran est estimé à environ de dollars, et est plus destiné à la défense qu'à l'offensive. Cependant, ce budget a considérablement augmenté au cours des dernières années puisqu'il est passé à de dollars en 2009, à en 2010, pour arriver à en 2011. Ce budget reste en deçà des standards d'une puissance moyenne pour assurer un conflit conventionnel. Bien que l'Iran soit fréquemment représenté comme une menace par les politiciens et diplomates américains, Barack Obama reconnait quant à lui en 2015 que le budget militaire iranien s’élève à seulement un huitième de celui des alliés régionaux des États-Unis, et à un quarantième de celui du Pentagone. De manière générale, l'armée iranienne n'est pas en mesure de se projeter sur un théâtre d'opération extérieur et son dispositif militaire est essentiellement organisé dans une perspective défensive. En 2016, le budget militaire iranien (pasdarans compris) s'élève à . Un montant proche de celui de certains de ses voisins, comme la Turquie ou le Pakistan, mais très loin de l'Arabie saoudite (plus de ), son principal adversaire régional. Économie. Structure économique. L’Iran est un pays en développement marqué par une forte intervention de l’État et la domination du secteur pétrolier et gazier. L'économie bénéficie de certains atouts agricoles, industriels et maritimes. Le contrôle des prix, les subventions, l'inflation et les faibles taux d'intérêt freinent l'essor de l'économie, notamment le potentiel de croissance de l'entreprise privée. Le secteur privé comporte des petites entreprises en agriculture, fabrication et services, de même que des entreprises moyennes en construction, ciment, mines et métallurgie. Le chômage élevé amène plusieurs jeunes Iraniens à chercher de l'emploi à l'étranger. La croissance économique (augmentation du PIB réel de 4,5 % en 2016) fait apparaître l’économie iranienne sous un jour dynamique, malgré la stagnation observée en 2015 liée à la faiblesse des cours du pétrole. L'inflation demeure élevée à 8 % bien qu'ayant fortement diminué. La levée des sanctions économiques devrait permettre à moyen terme l'amélioration des conditions économiques. Les exportations s'élèvent à 87,5 G$US (2016) et sont générées à 80 % par le pétrole. Les principaux clients de l'Iran sont la Chine (22,2 %), l'Inde (9,9 %), la Turquie (8,4 %) et le Japon (4,5 %) (2016). Les importations, de l'ordre de 62,1 G$US, composées principalement de matériel industriel, de produits alimentaires et autres biens de consommation, se traitent surtout avec les Émirats arabes unis (39,6 %) et la Chine (22,4 %). Le niveau de vie iranien demeure inférieur à celui des années 1970, entre autres du fait du doublement de la population. Les sanctions économiques et la déficience de la gestion publique et des entreprises d'État amènent une récession en 2012-2013, la première depuis 1990 et la croissance demeure ténue depuis 2013, quoique l'inflation ait reculé de manière appréciable et malgré les efforts de relance et de détente du gouvernement Ruhahi. La consommation des ménages représente un peu plus (50,8 %) de la moitié du PIB, l'investissement des entreprises 33,2 %, les dépenses publiques 10 % et les exportations nettes 6,0 % (23,2 % pour les exportations contre 17,2 % en importations) (2016). Le pays souffre à la fois d'un chômage élevé, d'une pénurie de main-d'œuvre spécialisée et de l'exode de la jeunesse scolarisée. Les États-Unis imposent à partir de 2018 à l'Iran des sanctions particulièrement dures. Le projet américain est d’étouffer l’économie iranienne en stoppant ses échanges avec le reste du monde. Depuis lors, si une entreprise travaille avec l’Iran, elle n’a plus le droit de commercer avec les États-Unis. L’inflation, qui était tombée en-dessous de 10 %, est remontée au-dessus de 40 %. L’économie est en récession et le chômage connait une nouvelle hausse (il est estimé à au moins à 20 % en 2019). En septembre 2019, le gouvernement américain instaure de nouvelles sanctions visant notamment « la dernière source de revenus de la Banque centrale d'Iran », déjà sur la liste noire américaine, mais aussi le Fonds national de développement, « c’est-à-dire leur fonds souverain qui sera ainsi coupé » du système bancaire américain, selon le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin. D'après Donald Trump, il s'agit des « sanctions les plus sévères jamais imposées à un pays ». Secteurs d'activité. Le produit intérieur brut (PIB) de l’Iran est estimé à de dollars américains à parité de pouvoir d’achat (PPA) (2016). La part de l’agriculture dans la production nationale est relativement réduite pour un pays en développement : elle n’y contribue qu’à hauteur d'un peu plus de 9,1 %; l’industrie contribue pour 39,9 % et les services pour un peu plus de la moitié (51,0 %) du revenu national. En 2005, le secteur pétrolier a généré à lui seul de dollars et explique 80 % des exportations du pays. Le pays a perdu sa deuxième place au palmarès des producteurs OPEP pendant la décennie 2010, derrière l'Arabie saoudite et l'Irak, se plaçant troisième, juste devant les Émirats arabes unis. Ces déséquilibres économiques se retrouvent aussi dans la répartition des richesses. Alors qu’elle ne contribue qu’au dixième de la production nationale, l’agriculture occupe 25 % de la population employée, contre 31 % à l’industrie et 45 % aux services. Malgré un produit national brut (PNB) par habitant relativement correct de en PPA (contre 1390 à l’Égypte), 18 % des Iraniens vivent en dessous du seuil de pauvreté. En 2008, un peu plus de 12,5 % d’une population active de de personnes est au chômage, et 90 % de la population occupée est payée par l’État. L’âge légal du travail est fixé à , mais les principaux secteurs d’activité jouissent d’une exemption, rendant souvent légal le travail des enfants. L’agriculture iranienne est relativement diversifiée grâce à la multiplicité des climats à l’intérieur d’un pays pouvant produire de nombreuses céréales, du riz, une grande variété de fruits, du coton… Sa productivité demeure relativement faible. Alors qu’un tiers du territoire iranien est arable, seul un dixième est exploité, et moins d’un tiers des terres cultivées profitent d’un système d’irrigation performant. La plupart des exploitations sont inférieures à dix hectares. L’opposition entre propriétaires et ouvriers agricoles à partir des années 1970 a longtemps découragé les investissements et donc freiné les gains de productivité. L’engagement du gouvernement dans l’agriculture a toutefois permis, durant les années 1990, de se rapprocher de l’objectif d’autosuffisance alimentaire en agrandissant la surface irriguée et a réorienté certaines productions à l’exportation (dattes, fleurs, pistaches…). Le pays doit cependant compter avec des aléas climatiques comme la sécheresse, susceptible d’amoindrir les récoltes, comme entre 1999 et 2001. L’Iran profite par ailleurs de la richesse de la mer, pêchant de nombreuses espèces de poisson et étant un important producteur de caviar. La part de l’industrie pétrolière dans l’économie nationale s’est nettement réduite depuis les années 1970, en partie en raison des dégradations ou des destructions subies par l’appareil productif au cours des guerres. Avec une production de de barils par jour, soit la quatrième du monde, dont sont exportés elle reste toutefois largement prépondérante et assure près de la moitié des revenus de l’État. Elle profite actuellement de l’envolée du cours du pétrole et a permis au pays d’amasser d’importantes réserves de change. Cependant, le manque de raffineries fait que le pays importe un tiers de son carburant. Dans ce domaine de l’énergie, la volonté de l’Iran de développer son industrie nucléaire civile se heurte aux suspicions de la communauté internationale quant à ses objectifs militaires. Le reste de l’industrie connaît une croissance honnête d'environ 3 % par an. Elle est dominée par quelques secteurs comme le textile, les industries minières, les matériaux de construction, l'automobile, l'artisanat, l’agroalimentaire, et l’armement (le budget militaire était de de dollar en 2010). Dans le cas du textile, la réputation des tapis persans tissés à la main en fait une des premières activités exportatrices du pays et contribue de façon substantielle aux revenus des familles rurales. Le secteur tertiaire représente environ 40 % de la production nationale et occupe une part similaire de la population. L’activité touristique est largement handicapée par le régime politique. En , le gouvernement a annoncé le renforcement de la vigilance à l'égard du code vestimentaire, qui concerne également les touristes, rappelant l'obligation de porter un voile en public qui doit couvrir les cheveux et les épaules, ainsi que des jupes et robes longues masquant les chevilles. Selon le chef de la police de Téhéran, le général Hossein Sajedi-Nia, en cas de manquement à ces obligations, de sévères amendes sont prévues voire des peines de prison en cas de récidive. Une partie de la population est engagée dans une économie informelle. Depuis le début du , le dynamisme réel de l’économie procède de plus en plus de sa dimension informelle (la contrebande et la fraude impliquent désormais l’ensemble des provinces). Le secteur subventionné du commerce d'organes pour transplant est en pleine expansion du fait de la pauvreté poussant des milliers de jeunes iraniens à vendre leurs organes (essentiellement des reins) à une des 137 agences gouvernementales spécialisées. Un rein se négocie environ . Le tourisme en Iran, après avoir chuté à la suite de la révolution islamique de 1979 et de la guerre Iran-Irak de 1980-1988, connaît un renouveau depuis les années 2000, malgré les pressions internationales. En effet les autorités ont mis en place une politique de développement du tourisme avec la construction de nouvelles infrastructures. L'Iran avec ses nombreux monuments et ses lieux de culture (Ispahan, Chiraz, Téhéran, Persépolis, etc.), ainsi que ses possibilités de loisir (plages du golfe Persique et de la mer Caspienne et pistes de ski de l'Elbourz par exemple) offre une grande palette de découvertes. Le pays s'ouvre et se développe donc de plus en plus, l'élection du président modéré Hassan Rohani y ayant participé pour beaucoup ainsi que la levée des sanctions internationales à la suite de l'accord sur le nucléaire. Dirigisme étatique. D’après la Constitution de l’Iran, l’économie est divisée en trois secteurs : Bien qu’à la suite de la révolution islamique, la question des nationalisations et de l’intervention étatique ait été l’objet d’un débat traditionnel gauche-droite où les conservateurs défendaient la propriété privée, la guerre contre l’Irak a suscité un dirigisme croissant. À terme, il a donné à l’État un contrôle quasi total de toutes les activités économiques. De fait, les grandes entreprises du pays sont dirigées par l’administration publique, ainsi que l’activité pétrolière via le Ministère du Pétrole et la Compagnie pétrolière nationale iranienne. L’activité du secteur privé est généralement limitée aux petites structures, tels les ateliers artisanaux et les fermes agricoles. Malgré des velléités de réforme et de privatisation ayant pris quelques formes concrètes dans les années récentes, l’État conserve son monopole sur l’essentiel de l’économie. La législation d’inspiration islamique est, par ailleurs, extrêmement problématique pour les activités financières internationales. Aux termes de ces principes religieux, la rétribution d’intérêts en échange d’un prêt monétaire est illégale. Ces restrictions rendent virtuellement impossible la réalisation d’accords entre le pays et des institutions ou entreprises financières internationales, condamnant l’Iran à se satisfaire des sources internes de financement. Les banques islamiques ont remplacé l’usure par différents modes de partage du profit. L’activité principale des banques consiste donc à obtenir des fonds du public et à les offrir aux hommes d’affaires sur la même base. Le secteur coopératif est constitué de fondations religieuses, ou bonyads. Mis en place juste après la révolution iranienne, parfois sur la base de fondations royales existant auparavant, les bonyads ont été utilisés pour redistribuer les revenus du pétrole aux pauvres et aux familles des martyrs (morts lors de la guerre Iran-Irak). Aujourd’hui, les bonyads sont des consortiums de compagnies qui sont exemptées de taxes et qui rendent compte directement au Guide de la révolution. Malgré leur légalité, les syndicats sont absents en Iran. Les travailleurs sont généralement représentés par des institutions elles-mêmes dépendantes de l’État et qui ne s’opposent jamais à ses décisions. L’existence et la pratique du droit de grève n’empêche pas sa répression parfois violente par la police. Étant donné son emprise sur l’économie, le gouvernement iranien a une dette publique relativement faible (30 % du PIB), ce qui n’empêche pas l’existence d’une inflation importante (en moyenne autour de 15 %). Perspectives économiques. En conséquence de ses prises de positions sur la scène internationale, l’Iran subit de nombreuses sanctions économiques. Depuis 1996, les États-Unis ont imposé un embargo sur les importations de pétrole et d’autres produits iraniens, puis d’interdiction d’investissements des firmes américaines, et dans certains cas non américaines (loi d'Amato-Kennedy), vers l’Iran. Sous la présidence de Rafsandjani (1989-1997), le pays a dû entamer une nouvelle politique économique de privatisation et d’ouverture et d’encouragement des investissements étrangers en Iran. Pour financer ses projets, l’État iranien a même sollicité des emprunts de la part de ses partenaires étrangers ou des instances financières internationales. La baisse des subventions qui s’est ensuivie, et la mauvaise gestion de l’économie, a entraîné la hausse des prix et du chômage. Cependant, l’ouverture aux investissements extérieurs est parfois freinée par le nationalisme économique des députés du Majles. Du fait de l’importance de l’industrie pétrolière et de la dépendance extérieure du pays pour de nombreux produits, le taux d’ouverture (importations plus exportations en pourcentage du PIB) de l’Iran est cependant relativement élevé (54 %, soit un taux comparable à celui de l’Allemagne). Ses principaux partenaires commerciaux sont l’Allemagne, les Émirats arabes unis et la Chine, suivis par des pays européens (la France est le troisième fournisseur de l’Iran). La situation de l’Iran vis-à-vis de l’extérieur est donc celle d’une dépendance à ses exportations de pétrole et d’un handicap provoqué par les sanctions internationales. À court terme, les tensions actuelles sur la question nucléaire peuvent, selon le jeu diplomatique, tout à la fois provoquer l’allègement ou l’aggravation de ces sanctions. En 2006, les revenus du gaz et du pétrole ont été le moteur principal de l’économie et de la stabilité sociale précaire du pays. L’économie iranienne ne se développe toujours pas, et les revenus pétroliers représentent une bouée de sauvetage pour un pays possédant une économie administrée et inefficace. Les pays de l'Union européenne ont décidé le 23 janvier 2012 d'imposer un embargo pétrolier graduel sans précédent contre l'Iran, et de sanctionner sa banque centrale afin d'assécher le financement de son programme nucléaire controversé, des décisions vouées à l'échec selon Téhéran. Codes. L'Iran a pour codes :
Indice boursier Un indice boursier représente le taux de croissance, entre deux dates, de la juste valeur d'un portefeuille théorique d'actions cotées sur les marchés organisés appartenant à une liste d'entreprises sélectionnée par des choix raisonnés. Généralités. Un indice boursier désigne, quasiment toujours depuis la fin du , un nombre dont le taux de croissance, entre deux dates, est celui de la juste valeur d'un portefeuille théorique d'actions cotées sur les marchés organisés appartenant à une liste d'entreprises sélectionnée par des choix raisonnés. Cette liste est susceptible d'être remaniée au cours du temps par l'« homme de l'art » en utilisant cette même méthode non probabiliste à des dates dites « de révision de l'indice ». Tant que ce portefeuille n'est pas modifié, l'indice élémentaire de sa juste valeur à une date courante est également un indice synthétique des cours des titres qui le composent, susceptible d'être retenu pour résumer leur évolution relative d'ensemble depuis une date de base. Indices boursiers usuels. L'utilisateur interprète plus ou moins commodément les variations d'un indice boursier quand le portefeuille théorique de référence associé comprend, pour chaque entreprise sélectionnée, à sa construction puis lors de chacune de ses éventuelles révisions : Remarques : Utilité des indices. Les indices boursiers sont utilisés principalement : Les médias attachent beaucoup d'importance aux variations des indices qu'ils diffusent, sans se soucier de la variabilité habituelle des mesures et lient à tort les évolutions des indices boursiers des différentes places financières à la plus ou moins bonne santé des économies nationales. Sous-jacent à un fonds indiciel. Le portefeuille de référence théorique associé à un indice boursier destiné à être choisi comme sous-jacent à un fonds indiciel coté doit comprendre des titres suffisamment liquides de façon à pouvoir être calculé à tout instant de façon fiable et d'une taille raisonnable pour faciliter sa réplication. Benchmark. Le portefeuille théorique associé à un indice boursier susceptible d'être choisi comme "benchmark" (i.e. comme référence) pour juger de la rentabilité d'un portefeuille détenu par un investisseur (ou de celle d'un fonds géré par un organisme de placement collectif en valeurs mobilières) doit comprendre des titres appartenant à la même classe de risque que ceux composant le portefeuille réel (ou le fonds commun de placement). Indices de la juste valeur d'un portefeuille. Valeur de base. À quelques exceptions notables près (Dow Jones averages et Nikkei 225), la plupart des indices boursiers sont déduits des indices élémentaires de la juste valeur de portefeuilles de référence théoriques en appliquant un facteur d'échelle (un grossissement : ×100, ×, ×, ×, ×, etc.), appelé « valeur de base » dans le jargon statistique, suivi généralement d'un arrondi à la deuxième décimale ce qui fixe la précision des calculs. La variation relative de la juste valeur du portefeuille de référence entre deux dates s'obtient donc indifféremment, aux erreurs d’arrondis près, en calculant la variation relative de l'indice élémentaire de cette juste valeur ou celle de l’indice boursier publié, utilisant la valeur de base choisie par l'homme de l'art. Pour ne pas compliquer inutilement la lecture des formules utilisées dans les développements théoriques, il est d’usage de présenter ces indices boursiers en vraie grandeur, c’est-à-dire sans procéder à un changement d’échelle, on dira ci-après en « base 1 », ce qui a l'avantage de faire disparaître tout problème éventuel d’interprétation. Points d'indice. L'homme de l'art choisit souvent comme valeur de base (CAC 40, FTSE, DAX, etc.) mais pas toujours. Le CAC Next 20 et le CAC Mid 60 s'énoncent par exemple en base , le CAC Large 60 en base , le en base 100, le S&P 500 en base 10... Les indices élémentaires des justes valeurs des portefeuilles associés à ces indices boursiers pourraient donc se déduire des indices boursiers correspondants en les exprimant respectivement en « pour mille », « pour trois mille », « pour cinq mille », « pour cent », « pour dix » mais les médias en ont décidé autrement puisqu'ils ont choisi d’énoncer tous ces indices boursiers en utilisant d’illusoires et énigmatiques « points », comme s'il s'agissait d'une unité, générant ainsi de regrettables confusions auprès du public qui ne connaît pas nécessairement par cœur toutes les bases des indices boursiers proposés par les sociétés spécialisées. Bref, qu'on se le dise : le point d'indice est une chimère dont les professionnels doivent avoir appris à se méfier. Un « point » du CAC Large 60 n'a par exemple rien de commun avec un « point » du CAC 40 puisque les bases de ces deux indices ne sont pas les mêmes. Contrairement à la plupart des indices boursiers qui sont des nombres purs (i.e. qui n'ont pas d'unité), les Dow Jones Averages (cf. §6) et le Nikkei 225 sont égaux aux justes valeurs de portefeuilles de référence construits puis révisés en utilisant respectivement des titres cotés à New York et à Tokyo. Ils s'énoncent également avec deux décimales mais évidemment en dollars (et en cents) pour les premiers et en yens (et centièmes de yens) pour le second... Ces indices boursiers s'exprimant en unités monétaires, il n'y a aucun intérêt à les affubler d'une base pour les énoncer, c'est-à-dire à les multiplier par un facteur d'échelle. Indice nu, indice de rentabilité. Les financiers appellent respectivement indice de la « nue-propriété » (indice « nu » en abrégé) et « indice de rentabilité » d’un portefeuille de valeurs mobilières, l'indice élémentaire de la juste valeur du compte titres seul (sur lequel sont inscrits les différents titres) et celui de sa pleine propriété, qui tient compte également de l'éventuel usufruit (dividendes et coupons) crédité sur le compte courant bancaire associé puis éventuellement plus ou moins rapidement réinvesti en achetant de nouveaux titres. Les achats ou ventes étant comptabilisés à leurs justes valeurs, les frais liés à la détention et au négoce de valeurs mobilières (droits de garde, commissions, taxes, impôts, etc.) sont négligés. Indices nets et bruts. Un indice boursier est qualifié de « net » ou de « brut » selon qu’il est calculé après ou avant d’avoir tenu compte d’un prélèvement fiscal. Il existe ainsi par exemple trois CAC 40 de capitalisation. Interprétation statistico-mathématique de l'indice nu. Indice-chaîne. L'indice nu proposé par l'homme de l'art est presque toujours un indice-chaîne dans lequel chaque maillon est l'indice élémentaire de la juste valeur de la nue-propriété d'un portefeuille théorique bien précis dont la composition demeure inchangée au cours du temps entre deux dates de révision successives. Forme « développée ». Un statisticien-économiste analyse la construction du dernier maillon de la chaîne en développant sa formule, c'est-à-dire en écrivant l'indice élémentaire de la juste valeur du portefeuille de référence pour l'interpréter comme une moyenne d'indices élémentaires appelée « indice synthétique » des cours boursiers des valeurs mobilières des sociétés sélectionnées. L'indice élémentaire de la juste valeur d'un compte titres à l'instant « t » de la séance courante, base 1 à la date « r » de sa dernière révision, est en effet également une moyenne pondérée des indices élémentaires des cours formula_26, appelée sa « forme développée », à condition de choisir des coefficients de pondération formula_27 en conséquence. Plus précisément, si la moyenne utilisée est arithmétique (respectivement harmonique), ces coefficients sont les proportions de la juste valeur du portefeuille que représentent les différents titres à la date « r » de sa dernière révision (respectivement à l'instant « t » de la séance courante). Deux économistes allemands de la deuxième moitié du sont devenus célèbres pour avoir proposé de construire des indices synthétiques de prix à la consommation en utilisant pour pondération des coefficients budgétaires, le premier en effectuant une moyenne arithmétique et le second une moyenne harmonique d'indices élémentaires de prix. Coefficients budgétaires. Pour un statisticien-économiste, Si pour un statisticien, le choix de coefficients budgétaires est une préoccupation secondaire, il n'en est pas du tout de même d'un éventuel investisseur qui s'intéresse d'autant plus à un indice boursier qu'il est en mesure d'interpréter simplement l'évolution de la juste valeur du portefeuille théorique de référence (cf. §1.1). Pour construire le dernier maillon de son indice, l'homme de l'art retient le plus souvent, en pratique, une moyenne arithmétique d'indices élémentaires formula_30 des cours boursiers des titres des entreprises qu'il a sélectionnées formula_31, en utilisant l'un des trois systèmes de formula_32 suivants : L'interprétation de l'indice-maillon de la juste valeur du portefeuille de référence déduit des capitalisations (totales ou flottantes) des sociétés de l'échantillon retenu par l'homme de l'art peut ainsi sembler bien théorique voire ésotérique à un investisseur qui se propose de s'inspirer des pondérations d'un indice de capitalisation pour construire concrètement son compte titres! Indicateurs et indices boursiers. Quelques indicateurs boursiers sont appelés « indices boursiers » sans mesurer directement la variation relative d’une grandeur simple ou complexe entre deux dates : pour un statisticien ils ne sont donc ni « élémentaires » ni « synthétiques ». Il en est ainsi des "averages" publiés par le "Wall Street Journal", en particulier le Dow Jones Industrial Average (DJIA) (cf. §6.1) égal à la juste valeur en dollars de la nue-propriété d’un portefeuille-type théorique composé d’un même nombre fractionnaire d'actions de trente entreprises industrielles américaines choisies selon le bon vouloir du rédacteur en chef du "Wall Street Journal" parmi les plus réputées, cotées au NYSE ou au NASDAQ. D'autres indicateurs devraient être appelés « indices boursiers » mais ne le sont guère souvent. Arrondir le DJIA à la deuxième décimale puis l'énoncer en points est absurde puisque cet indice boursier possède une unité : le dollar. L'indice Value Line Geometric. Un indice boursier peut être synthétique sans être également l’indice élémentaire de la juste valeur d’un portefeuille-type. Il en est ainsi du Value Line Composite Index (VLG) égal à la moyenne géométrique simple des indices élémentaires de plus ou moins-value des actions d’un échantillon composé d'un peu moins de entreprises américaines (cotées aux États-Unis et au Canada). À l’aide de cette moyenne, la société new-yorkaise d'informations financières Value Line propose depuis de nombreuses années un classement des entreprises appartenant au portefeuille de référence : le groupe des plus performantes en rassemble une centaine (cf. Value Line Ranking System). Une formule de moyenne géométrique simple d'indices élémentaires a été proposée en 1863 par un Anglais, William Stanley Jevons, pour construire un indice synthétique des prix à la consommation. Propriétés des indices boursiers. Comparaisons à long terme. La propriété de transitivité (cf. §1.3.3) de l’indice élémentaire de la juste valeur d'un portefeuille de valeurs mobilières permet de calculer l’évolution de cette grandeur entre deux instants quelconques par une simple division des deux indices correspondants (base 1, au même instant « 0 » de référence). L’indice obtenu par la division de deux observations d'un indice-chaîne de cours boursiers ne permet pas d'effectuer aussi simplement des comparaisons de l'évolution de ces cours. L'interprétation de l'indice obtenu devient en effet d'autant plus discutable pour mesurer l'évolution d'ensemble des cours que le nombre de révisions de l'échantillon suivi a été important et que la dispersion des indices élémentaires des différents cours est plus grande entre les deux dates à comparer. Effet « distribution des dividendes ». Les distributions éventuelles de dividendes affectent plus les indices de plus ou moins-value des portefeuilles construits avec des actions françaises qu’anglo-saxonnes car les dividendes versés aux actionnaires sont majoritairement annuels en France alors qu’ils sont plus souvent trimestriels aux États-Unis et en Grande-Bretagne. C’est pourquoi, on observera des écarts plus importants entre les indices de rentabilité et ceux de plus ou moins-value aux mois traditionnels de distribution de dividendes en France (avril, mai et juin). Typologie des indices boursiers. Indices boursiers de capitalisation. Capitalisations. On appelle capitalisation boursière/CB d’une société, la juste valeur de ses actions inscrites à la cote. Cette capitalisation est qualifiée de flottante quand l’estimation précédente est limitée aux titres considérés comme réellement négociables sur le marché. Plus précisément, si formula_39 et formula_40 désignent respectivement le nombre de titres de l’entreprise « h » considérés par l'homme de l'art comme réellement négociables (en pratique de façon peu transparente) et celui inscrit à la cote à la date « r », la fraction formula_41, invariante jusqu'à la prochaine date de révision du portefeuille de référence, est appelée coefficient du « flottant » des actions de cette société. La « capitalisation totale » (respectivement la « capitalisation flottante ») d'un échantillon de sociétés sélectionnées par l'homme de l'art lors de la dernière révision d'un compte titres à la date « r » s’écrit en conséquence : formula_42 (respectivement formula_43, équation dans laquelle formula_44 désigne le cours de l'action formula_45, à cette date. La capitalisation totale (ou flottante) d'une société semble parlante à un économiste mais elle ne l'est pas du tout pour un financier ou un comptable car cette valeur est spéculative et ne peut donc être utilisée telle quelle par exemple pour estimer le prix d'une entreprise ni d'ailleurs celle de son actif net. Formules des indices boursiers de capitalisation. Les fournisseurs d'indices boursiers choisissent presque systématiquement de nos jours, de construire leurs indices en calculant une moyenne arithmétique des indices élémentaires pondérée par des coefficients proportionnels aux capitalisations boursières, éventuellement flottantes, des entreprises d'un portefeuille de référence, évalué lors de la création de l'indice puis lors de ses éventuelles révisions périodiques. Cette pondération n'est pourtant pas la panacée même si elle est souvent présentée à tort comme telle par les fournisseurs d'indices qui ont réussi à les imposer aux médias. Par ailleurs, ces indicateurs intéressent évidemment les détenteurs de plus en plus nombreux de fonds dont ces indices sont les sous-jacents... L'indice nu de la capitalisation flottante à l'instant « t » de la séance courante possède les qualités requises pour intéresser des utilisateurs (cf. §1.1) à condition de raisonner sur des périodes pendant lesquelles les indices élémentaires des cours boursiers des différents titres composant le portefeuille de référence ne soient pas trop dispersés. Il s'écrit : Indices CAC. Ces indices boursiers sont des . Les échantillons d’entreprises retenus pour construire les portefeuilles de référence associés aux indices CAC sont choisis après avoir sélectionné celles dont les titres s’échangent, sur le marché réglementé d'Euronext-Paris en nombre suffisant pendant l’année qui précède chaque révision, et après avoir dressé un classement par ordre décroissant des capitalisations flottantes de ces sociétés. Pour limiter l'effet des pondérations jugées trop importantes, le gestionnaire des indices CAC a décidé depuis le d'appliquer un coefficient de réduction (inférieur ou égal à 1), appelé « facteur de plafonnement », aux capitalisations des différentes sociétés composant les différents portefeuilles suivis de telle sorte que la proportion de la capitalisation flottante et plafonnée demeure inférieure ou égale à 15 % dans chacun des indices. L'indice CAC 40 nu à l'instant « t » de la séance courante, base le , peut se calculer de la manière suivante : formula_51, équation dans laquelle formula_52 et formula_53 désignent, à la date « r » de la dernière révision du portefeuille de référence, respectivement le coefficient de plafonnement attribué à la société « h » et le diviseur de l'indice (en euros), qui demeure inchangé jusqu'à la date de la prochaine révision. Les coefficients formula_54 du flottant ne sont révisables qu'une fois l’an, le troisième vendredi du mois de septembre. Deux versions du CAC 40 avec dividendes réinvestis sont disponibles : le « CAC 40 Gross total Return/GR » ne tient pas compte de la fiscalité ; depuis le , le « CAC 40 Net total Return/NR » tient compte d’une retenue fiscale forfaitaire à la source. Un financier averti lira les règles des indices CAC ainsi que celles du comité de pilotage avec beaucoup de... détachement. Les règles actuelles précisent en effet qu’un conseil dit « scientifique » . Or cette indépendance vis-à-vis de NYSE Euronext a été mise en cause par la démission de l’un de ses membres qui contestait à juste raison l’entrée de la société belge Solvay dans l’échantillon retenu en pour calculer l'indice CAC 40. Cet expert a considéré qu'une société dont les titres s’échangent majoritairement sur Euronext Bruxelles et non sur Euronext Paris ne pouvait pas faire partie du portefeuille de référence... compte tenu des règles en vigueur. L'ancienne définition de l'« Univers de l'indice » et la « Règle d'éligibilité » font l'objet d'une nouvelle rédaction pour se plier au "desiderata" de la société Euronext. Même si l'essentiel des échanges quotidiens à la bourse de Paris concerne les actions des entreprises du CAC 40, cet indice n'est qu'une simple référence et ne peut d'une quelconque manière être considéré comme le reflet de l'économie française... Indices boursiers équipondérés. Les fournisseurs d’indices boursiers ont diversifié leur offre déjà pléthorique en proposant des indices dits « équipondérés » parfois associés aux indices boursiers de capitalisation les plus suivis (CAC 40, S&P 500, etc.). Un indice nu « équipondéré » s'écrit à l'instant « t » de la séance courante, base 1 à la date « r » de la dernière révision du portefeuille de référence, de la manière suivante : formula_55 et possède les qualités requises pour intéresser des utilisateurs (cf. §1.1) à condition de raisonner sur des périodes pendant lesquelles les indices élémentaires des cours boursiers des différents titres composant le portefeuille de référence ne soient pas trop dispersés. On dit qu’un compte titres est « équipondéré » à une date donnée si les justes valeurs de la nue-propriété des valeurs mobilières de chacune des entreprises faisant partie de l’échantillon retenu sont égales à cette date. Dans ce cas le dernier maillon de l’indice nu de la juste valeur du portefeuille de référence est également un indice synthétique obtenu en effectuant une moyenne arithmétique simple des indices élémentaires des cours boursiers, base 1 lors de la dernière révision. Comparée à la stratégie de gestion du portefeuille de référence associé à un indice de capitalisation (le CAC 40 nu par exemple), celle de l'indice équipondéré correspondant (le CAC 40 EW nu) consiste à « vendre haut et acheter bas ». Pour rééquilibrer le portefeuille-type associé à l’indice équipondéré lors de sa révision trimestrielle, il faut en effet vendre les actions qui ont le plus augmenté et acheter celles qui ont le plus baissé. On notera que la pondération des 4 plus grosses capitalisations du CAC 40 nu (soit 10 % des 40 entreprises) est d’environ 33 %, alors qu’elle n’est évidemment que de 10 % pour ces mêmes entreprises dans le CAC 40 EW. Plusieurs indices boursiers français étaient autrefois calculés en effectuant une moyenne simple d'indices élémentaires. Une formule de moyenne simple d’indices élémentaires a été proposée en 1764 par un Italien, Gian Rinaldo Carli, pour construire un indice des prix à la consommation. Indices boursiers pondérés par les cours. Les financiers qualifient ainsi l’indice élémentaire de la juste valeur de la nue-propriété d’un portefeuille-type composé d’un même nombre (éventuellement fractionnaire) d’actions de chacune des entreprises de l’échantillon retenu lors de sa dernière révision. Un indice nu « pondéré par les cours » s'écrit à l'instant « t » de la séance courante, base 1 à la date « r » de sa dernière révision, de la manière suivante : formula_59 et possède les qualités requises pour intéresser des utilisateurs (cf. §1.1) à condition de raisonner sur des périodes pendant lesquelles les indices élémentaires des cours boursiers des différents titres composant le portefeuille de référence ne soient pas trop dispersés (ce qui entraîne en pratique une relative stabilité des coefficients de pondération). D'un point de vue numérique, cet indice élémentaire de la juste valeur du portefeuille de référence est également un indice synthétique des cours boursiers des titres des entreprises sélectionnées puisqu'il s'écrit comme une moyenne arithmétique pondérée d'indices élémentaires dont les coefficients sont proportionnels à ces cours. Une formule de moyenne arithmétique d’indices élémentaires des prix pondérée par des coefficients proportionnels à ces prix a été proposée en 1738 par un Français, Nicolas Dutot, pour construire un indice des prix à la consommation. Les « moyennes » du "Wall Street Journal". Comme l'atteste un court article intitulé « "Average Movement of Prices." » (cf. §6.2), paru le à la une du premier numéro du "Wall Street Journal", l'analyse de la chronique des moyennes journalières des cours des actions d'entreprises de transport cotées à New York menée par son auteur est celle d'un conjoncturiste des temps modernes qui tente d'isoler les « retournements » (dits conjoncturels) du marché (à des dates plus ou moins précises) pour présenter son évolution comme une succession de phases haussières et baissières. On observera que l'objectif de l'auteur de l'article est bien plus ambitieux que celui qui consiste à estimer une variation d'ensemble de cours boursiers entre telle et telle autre date. "Industrials". Naissance du « "12 Industrials" ». Pour commenter la conjoncture des cours des titres des entreprises industrielles cotés au NYSE à l'aide d'une statistique suffisamment fiable, un journaliste financier Charles Dow de la fin du , persuadé de l'avenir prometteur réservé à ce marché, dû attendre que les actions d'un nombre significatif d'entreprises de ce type soient inscrites en bourse. C'est ce qu'il a fait le en publiant pour la première fois dans le "Wall Street Journal" une moyenne arithmétique simple des cours des titres de toutes les entreprises cotées au NYSE qui n'étaient ni ferroviaires ni de services, qualifiées, à tort ou à raison d'« industrielles ». Au début de l'année 1896, l'essentiel des actions cotées à la bourse de New York étaient celles d'entreprises ferroviaires : cinquante-sept appartenaient à cette catégorie, six à celles de sociétés de services et douze seulement n'étaient ni ferroviaires ni de services. Problèmes de maintenance. La première moyenne publiée dans le "WSJ" à l'aide des titres de ces douze entreprises étant égale à , on en déduit qu'à la date de sa première publication, la juste valeur d'un portefeuille comprenant une action de chacune de ces sociétés était égale à : 40,94x12=. De façon équivalente, on peut dire que cette moyenne est la juste valeur (en dollars) d'un portefeuille de référence théorique composé d'un même nombre fractionnaire d'actions égal à : 1÷12=0,08333... de chacune des douze entreprises. Pour prendre en compte les opérations sur titres de ces douze sociétés, Charles Henry Dow a appliqué les décisions des actionnaires des entreprises concernés aux titres appartenant au portefeuille de référence associé à sa moyenne. Les coefficients de pondération initialement tous égaux entre eux sont ainsi devenus de plus en plus différents les uns des autres au fur et à mesure des modifications apportées aussi bien à la liste des entreprises qu'aux nombres d'actions résultant des opérations sur les titres des douze sociétés. Peu à peu cette moyenne a fait l'objet de critiques de plus en plus justifiées car ses variations se révélaient trop dépendantes de celles des cours des actions ayant le plus augmenté, générant ainsi un problème de représentativité. En portant de douze à vingt la taille de l'échantillon de titres des sociétés du portefeuille de référence le , les successeurs de Charles Dow n'ont fait que remettre la résolution du problème à plus tard. Naissance du DJIA. Le "Wall Street Journal" s'est finalement résigné le à changer la méthodologie utilisée jusqu'alors pour tenter de rétablir la bonne réputation de son indice vedette devenu très célèbre et faire taire les critiques. Une première modification, similaire à celle prise mercredi qui avait déjà augmenté le nombre de titres des entreprises du portefeuille de référence de douze à vingt, quinze ans après la disparition de Charles Dow, l'a fait passer à trente, sa taille actuelle ; plus précisément quatorze titres des sociétés de la liste précédente ont été conservées et seize ont été rajoutées le . Et une deuxième modification, toujours en vigueur de nos jours, a modifié la façon de prendre en compte les révisions de la liste des titres du portefeuille de référence et des opérations sur titres. À compter du , la formule adoptée par Charles Dow et utilisée pendant plus de trente ans a été purement et simplement abandonnée. Le changement consiste à s'intéresser à l'évolution de la juste valeur d'un portefeuille de référence théorique composé systématiquement d'un même nombre d'actions de chacune des entreprises sélectionnées et non à revenir à celle d'un portefeuille fixe du passé modifié sous l'effet des différentes révisions décidées par l'homme de l'art et des opérations sur titres votées par les actionnaires. Plus précisément, le nouvel indicateur, appelé « Dow Jones Industrial Average » (DJIA) à partir de cette date, devient égal à la juste valeur (en dollars) d'un portefeuille composé d'un même nombre fractionnaire d'actions de chacune des 30 entreprises retenues. Pour fixer les idées, ce nombre valait à peu près 0,06 le , 0,50 le , 1,0 le , 3,0 le , 4,0 le , 5,0 le , 6,14 le ; 6,67 le , 6,85 le . Cette nouvelle méthodologie s'est révélée si efficace qu'elle a décidé de la forme de plusieurs autres indicateurs publiés par le "Wall Street Journal", appelés abusivement « Averages ». Le "Wall Street Journal" a préféré choisir l'inverse de ce nombre fractionnaire d'actions, appelé « diviseur », pour écrire la nouvelle formule de calcul de son indice vedette sous la forme d'une pseudo-moyenne de cours boursiers : formula_60. Dans cette équation formula_61 et formula_62, équation dans laquelle <math>\scriptstyle
Intel Intel Corporation est une entreprise américaine fondée le par Gordon Moore, Robert Noyce et Andrew Grove. Elle est le second fabricant mondial de semi-conducteurs après Samsung si on se fonde sur le chiffre d'affaires. Elle fabrique des microprocesseurs — c'est d'ailleurs elle qui a créé le premier microprocesseur x86 —, des cartes mères, des mémoires flash et des processeurs graphiques notamment. Intel est cotée au Nasdaq sous le sigle INTC. Sa capitalisation boursière s'élève à de dollars (en date de février 2019) avec pour principal concurrent Advanced Micro Devices (AMD). À compter de février 2021, l'entreprise est dirigée par Pat Gelsinger, jusqu'alors PDG de VMWare. Histoire. Le , Gordon Moore, Robert Noyce et Andrew Grove, trois docteurs en chimie et en physique issus du monde de l'électronique numérique, décident de quitter leur précédente entreprise Fairchild Semiconductor (société de conception et fabrication de circuits intégrés inventés par Robert Noyce) pour cofonder la société Intel à Santa Clara. En 1971, trois ans à peine après sa fondation, Intel invente pour son premier gros client japonais, le fabricant de calculatrices Busicom, le microprocesseur (l'Intel 4004 de Marcian Hoff, et 2300 transistors). En 1974, Intel ouvre son premier centre de design et développement à l'extérieur des États-Unis à Haïfa, en Israël, devenant par la suite le principal employeur privé du pays. Le fondeur, par sa démarche, commence à intéresser des constructeurs réfléchissant à des machines moins coûteuses et moins encombrantes face au quasi-monopole IBM sur les mainframes (IBM n'était alors menacé que sur le segment de marché moins important des mini-ordinateurs). A partir de 1978, Intel commercialise la série des microprocesseurs dite x86, utilisée par les compatibles PC depuis 1981. Avec pour produit le plus vendu la série des Pentium. En 1985, le premier complexe Intel (FAB8) de fabrication de microprocesseurs et mémoires à l'extérieur des États-Unis devient opérationnel à Har Hotzvim à Jérusalem. En 1977, lors d'une école d'été de l'AFCET, François Anceau explique qu'Intel, qui a d'abord utilisé à son profit, puis éliminé commercialement à partir du 80386 les secondes sources de ses processeurs possède tout pour devenir un géant de l'envergure d'une IBM Pendant les années 1980, Intel n'était pas le géant qu'on connaît en 2015. Il n'était, par exemple, que le grand fabricant de circuits intégrés en 1987, loin derrière l'industrie japonaise avec à leur tête NEC Semiconductors. C'est dans les années 1990 qu'elle devient le plus gros fabricant de microprocesseurs et de circuits intégrés avec l'avènement du marché des micro-ordinateurs compatibles PC à base de microprocesseurs x86 pentium puis la gamme des Pentium. Intel devient alors en développement et industrialisation de microprocesseurs et contribue par ses produits à la de la seconde partie des années 1990. En mars 2003, Intel crée la plateforme Centrino (aussi appelé « Centrino Mobile Technology »). Après plusieurs évolutions liées essentiellement à l'évolution des processeurs, Intel lance la plateforme Centrino 2 en . Le , Apple munit sa gamme iMac de microprocesseurs Intel Core Duo. Le , Intel lance le label Viiv conçue pour simplifier l'accès et la gestion des nouveaux contenus numériques : jeux, photos, musiques, film et télévision. Sur compatible PC, elle fonctionne en association avec Windows Media Center. Viiv constitue un ensemble de recommandations qui vont donner droit à un logo, que les constructeurs pourront placer sur leurs machines afin que les utilisateurs sachent que celles-ci sont bien adaptées à une utilisation multimédia. Toutefois, ce logo est à double tranchant, car il signifie aussi que la gestion des droits numériques (DRM) et la technologie NGSCB (ex-Palladium) qui l'accompagne (qui permet un effacement automatique des contenus et logiciels non autorisés) sont également présents, ce qui peut prohiber l'usage, voire la simple conservation sur son disque dur, de logiciels ou contenus de source hasardeuse, le tout sans préjudice de sanctions ultérieures éventuelles ; ce qui explique sans doute une des raisons de l’échec commercial de ce label. Le , Apple équipe ses iMac de "Core 2 Duo". Le , Intel annonce l'acquisition de Wind River éditeur du système d'exploitation temps réel VxWorks, au coût d'environ USD. Le , Intel rachète l'entreprise de sécurité McAfee pour USD ( d'euros). Le , Intel lance officiellement AppUp, une plate-forme stockant des applications pour les ordinateurs équipés de puces Atom. Intel annonce, le , 6 à d'investissements dans des sites de production de nouvelle génération. En 2013, Intel prend la dans le classement des entreprises mondiales les plus innovantes par Booz & Company car l'entreprise a dépensé de dollars en 2013 en Recherche et développement, soit environ 19 % de son chiffre d'affaires. En avril 2014, Intel annonce un investissement de d'euros pour moderniser son usine de microprocesseurs à Kiryat Gat (sud d’Israël). En , Intel annonce un investissement d' de dollars sur dans son usine de Chengdu. L'objectif pour l'entreprise est de se positionner sur le marché du mobile. En , Intel engage de dollars dans l'entreprise de lunettes connectées Vuzix, poursuivant ainsi son investissement dans l'informatique portable. Le , Intel annonce le rachat de l'entreprise américaine Altera, employant , spécialisée dans les composants électroniques reprogrammables, pour de dollars. En , Intel acquiert les microprocesseurs pour mobile de VIA Technologies pour un montant estimé à de dollars. En avril 2016, Intel annonce d'ici à 2017 dans le cadre d'une restructuration visant à diversifier son activité. En , Intel annonce qu'il va produire des puces d'architecture ARM dans ses propres usines de fabrication grâce à un accord avec ARM Ltd. Ceci confirme l'échec de sa propre gamme de produits à destination des smartphones. En , Intel fait l'acquisition de Movidus spécialisé dans l’analyse d’image en temps réel afin de renforcer sa position dans le secteur de la réalité virtuelle de haute technologie. Le même mois, Intel annonce la vente d'une participation de 51 % dans McAfee au fonds d'investissement TPG pour un montant débattu, mais estimé à de dollars, soit une importante moins-value par rapport à son acquisition de McAfee en 2010 pour environ de dollars. En 2017, Intel a annoncé le rachat de la société israélienne Mobileye, spécialisée dans les capteurs intelligents pour l'automobile, pour un montant de d'euros. En , Micron annonce l'acquisition de sa coentreprise IM Flash Technologies qu'il détenait à parts égales avec Intel, pour de dollars, en plus d'une reprise de dette de . En , Intel lance une offre d'acquisition sur l'entreprise israélienne Mellanox, entreprise de semi-conducteur spécialisée dans les serveurs, pour de dollars, mais son offre est battue par celle de Nvidia. En , Intel annonce la vente de sa division de puces modem pour mobile et ses pour de dollars. En , Intel annonce l'acquisition de Habana Labs, une entreprise israélienne spécialisée dans les puces pour l'intelligence artificielle, pour de dollars. En 2020, Intel s'associe à la start-up Lightbits Labs pour améliorer les performances des systèmes de stockage dans les centres de données. En octobre 2020, Intel annonce la vente de ses activités dans les mémoires flash NAND à SK Hynix pour de dollars. Le ,Intel est condamnée à payer une amende de de dollars pour avoir enfreint des brevets sur les technologies de fabrication de puces électroniques. En février 2022, Intel annonce l'acquisition de Tower Semiconductor, une entreprise israélienne de fonderie de semi-conducteur spécialisée notamment dans les semi-conducteurs analogiques, pour de dollars. Site et siège social. Le siège social qui porte le nom de Robert Noyce est basé à Santa Clara dans la Silicon Valley en Californie aux États-Unis. Intel possède ses propres usines contrairement à son principal concurrent, AMD. Intel possède 6 usines de fabrication de Wafer (en Arizona, au Nouveau-Mexique, en Oregon, en Irlande, en Israël et en Chine) et 3 usines d'assemblage final et de test (en Chine, au Viêt Nam et en Malaisie). Produits. Historique des microprocesseurs produits. La marque Pentium est utilisée depuis 1993 (chose ironique , les pentiums étaient le haut de gamme de Intel dans les années 90 alors qu'aujourd'hui c'est devenu l'entrée de gamme ). La marque Celeron est utilisée depuis 1998 pour les microprocesseurs d'entrée de gamme. La marque Xeon est utilisée depuis 1998 pour les microprocesseurs destinés aux serveurs et stations de travail. Le , Intel met un terme à la marque Pentium, apparue en 1993, pour laisser place au "Core". Lequel sera décliné en "Solo" pour les processeurs simple cœur et "Duo" pour les puces double cœurs. La marque Pentium a été reprise avec les Pentium E (Conroe), sortis le . En mars 2006, Intel annonce la sortie début 2007 d'un processeur quadri-cœurs : le "Clovertown". Le , Intel lance ses nouveaux processeurs basés sur la nouvelle "Intel Core Architecture" : les "Core 2 Duo". Les processeurs à cœurs Conroe pour les ordinateurs de bureau, à cœurs Merom pour les ordinateurs portables et à cœurs Woodcrest pour les stations de travail et serveurs. Avec cette architecture Intel met fin aux problèmes de surchauffe connus avec Prescott. Fin , Intel commercialise son premier quadri-cœurs. Ce nouveau processeur apparaîtra sous le nom de Core 2 Quad QX6700. D'autres quadri-cœurs arriveront début 2007. En janvier 2007, Intel annonce sa nouvelle famille de processeurs du nom de Penryn, qui consiste en un "die-shrink" de l'architecture Conroe des Core 2 Duo, prévu pour sortir dans le courant de l'année, et annonce que son prochain grand saut d'architecture aura lieu en 2008 avec sa prochaine architecture au nom de Nehalem. Cette dernière fera de nouveau appel à l'Hyper threading. En , Intel présente sa nouvelle génération pour plate-forme mobile Centrino appelé Santa Rosa. Cela apporte plusieurs améliorations comme le passage du FSB des Merom à , ainsi que de nouveaux systèmes conçus par Intel, visant à augmenter l'autonomie des ordinateurs portables. Fin 2007 apparaît la première génération de puces à 45 nm : Wolfdale héritera de l'architecture Conroe double cœur ("die shrink") avec un cache de augmenté à (ainsi que de la nouvelle instruction SSE4). Le "Yorkfield" sera un die shrink du Kentsfield avec de cache de . Au premier , Intel annonce faire le ménage parmi ses marques. "Core 2 Quad" et "Core 2 Duo" deviennent "Core 2", les Pentium D et Pentium Dual Core deviendront "Pentium". Par ailleurs, la marque Atom est utilisée depuis 2008 pour les microprocesseurs destinés aux netbooks, nettops, tablettes électroniques et mobiles multifonctions. La marque Core M est utilisée depuis 2014 pour les microprocesseurs destinés aux ultrabooks. La firme annonce ensuite : Stratégies tic-tac et processus-architecture-optimisation. La stratégie tic-tac (en anglais ") est utilisée entre 2007 et 2016, et est rétroactivement appliquée aux processeurs de 2006 (). Elle consiste à alterner les nouvelles microarchitectures (tac) à finesse de gravure inchangée et les nouvelles finesses de gravure (tic) à architecture théoriquement inchangée, bien qu’en pratique les die shrink ne sont pas exempts de nouvelles fonctions. Cette stratégie connaît une première entorse en 2014, avec deux « rafraîchissements » (en anglais "") de la microarchitecture Haswell avant application du tic. Le tac suivant (Skylake) sera, lui aussi, suivi d’optimisations (en anglais ') et marquera le remplacement du modèle tic-tac à deux étapes par le modèle processus-architecture-optimisation à trois étapes (en anglais '), annoncé par Intel en . L’étape processus correspond à l’étape tic (die shrink), l’étape architecture correspond à l’étape tac (nouvelle microarchitecture), et l’étape optimisation officialise l’étape rafraîchissement inattendue de 2014. Cartes mères. Intel produit des cartes mères à base de ses chipsets. En , Intel annonce l'arrêt de ses ventes de cartes mères pour ordinateur de bureau. Mémoire flash. En , Intel et Micron créent une coentreprise, , dans le but d'unir leurs forces de développement et de production de mémoire NAND (mémoire flash). Aujourd'hui, IMFT est l'une des entreprises les plus puissantes et innovantes dans ce domaine. Logos. Le premier logo Intel est resté inchangé pendant . À partir de 1991, malgré l'apparition du slogan « Intel Inside », il est encore le logo de la société. Ce dernier ne sera redessiné et présenté que le . Puis également lors de la sortie de Tiger Lake en 2020. Polémiques et controverses. Concurrence. Intel domine très largement le marché des processeurs pour serveurs, avec une part de marché qui dépasse en 2015, les 95 % bien que celles-ci sont descendues à 82,4% en fin 2022. Le principal concurrent d'Intel est AMD, autre entreprise concevant et construisant des microprocesseurs. Les processeurs d'AMD sont compatibles avec les processeurs Intel puisqu'ils utilisent le même jeu d'instructions : un programme conçu pour fonctionner sur un processeur Intel fonctionne également avec un processeur AMD et inversement. Ces deux entreprises se partagent presque totalement le marché des processeurs x86. La relation entre les deux entreprises est complexe : en 1982, Intel a accordé à AMD une licence pour produire les processeurs 8086 et 8088, afin de renforcer la position de son architecture sur le marché. À la suite d'une bataille légale, AMD obtient en 1995 le droit de produire des processeurs basés sur l'architecture IA-32, initialement développée par Intel. AMD conçut en 2003 l'architecture , totalement compatible avec l'IA-32, ce qui lui permit d'atteindre une part de près de 25 % sur le marché des microprocesseurs x86. Cette architecture fut adoptée par Intel quelques années plus tard après le demi-échec de sa propre formule 64 bits Itanium, incompatible avec IA-32. En , la part de marché d'AMD dans ce marché s'élevait à environ 19 %, celle d'Intel à 80 %. D'autres entreprises ont produit des processeurs compatibles Intel, notamment VIA Technologies. Durant les années 2010, les processeurs ARM concurrencent les processeurs Intel par le bas, basse puissance de calcul et basse consommation électrique. Dans l'électronique embarquée des smartphones par exemple, ces puces chauffant peu sont très utilisées. Par ailleurs, les géants d'Internet (Google, Facebook, Amazon, Alibaba...) lancent depuis 2015 des initiatives afin d'amoindrir leur dépendance à Intel. Abus de position dominante. Intel fut plusieurs fois poursuivi pour abus de position dominante, notamment au Japon en 2005 et en Corée du Sud en 2006 pour être finalement condamnée à une amende d' par la Commission européenne en . Le , le ministre de la justice de l'État de New York, Andrew Cuomo, a annoncé qu'il poursuivait le numéro un des micro-processeurs Intel pour pratiques anticoncurrentielles, l'accusant d'exercer des pressions sur les fabricants d'ordinateurs pour que ceux-ci utilisent ses produits. Le procureur général de New York a déposé une plainte contre Intel, l'accusant de « corruption et de coercition pour maintenir sa position sur le marché ». Le procureur affirme notamment que des fabricants (Dell, HP...) ont reçu des commissions pour ne pas commercialiser de PC utilisant des puces d'AMD, le concurrent d'Intel. Hewlett Packard a, par ailleurs, subi des pressions lorsqu'il a évoqué l'idée de promouvoir des produits AMD. Afin d'éviter toute nouvelle attaque, Intel concède à payer à AMD de dollars en 2009 afin que le CO de AMD (Leonardo Travassos) n'engage pas de nouveaux procès antitrust dans le monde. Meltdown et Spectre. Début 2018, des failles de sécurité touchant en particulier les processeurs Intel sont révélées. Elles sont nommées Meltdown et Spectre, et peuvent conduire à l’interception des données en mémoire par des programmes malveillants. Des correctifs sont en préparation pour Windows, Linux et macOS, qui réduisent cependant les performances des ordinateurs concernés. Leur distribution est prévue pour le mois de janvier 2018. Sponsoring et marketing. Le , Intel devient sponsor (commanditaire) du FC Barcelone après avoir passé un accord de d'euros par an jusqu'en 2018. En 2016, Intel collabore avec Lady Gaga pour créer une performance scénique (alliant face mapping, projection 3D et détection de mouvements) pour rendre hommage à David Bowie lors des Grammy Awards.
Internet Protocol (protocole internet, abrégé en IP) est une famille de protocoles de communication de réseaux informatiques conçus pour être utilisés sur Internet. Les protocoles IP sont au niveau 3 dans le modèle OSI. Les protocoles IP s'intègrent dans la suite des protocoles Internet et permettent un service d'adressage unique pour l'ensemble des terminaux connectés. Fonctionnement. Lors d'une communication entre deux postes, le flux de données provenant de la couche transport — niveau 4 du modèle OSI — (par exemple des segments "TCP") est encapsulé dans des paquets par le protocole IP lors de leur passage au niveau de la couche réseau. Ces paquets sont ensuite transmis à la couche liaison de données — niveau 2 du modèle OSI — afin d'y être encapsulés dans des trames (par exemple Ethernet). Lorsque deux terminaux communiquent entre eux "via" ce protocole, aucun chemin pour le transfert des données n'est établi à l'avance : il est dit que le protocole est « non orienté connexion ». Par opposition, pour un système comme le réseau téléphonique commuté, le chemin par lequel va passer la voix (ou les données) est établi au démarrage de la connexion : le protocole est « orienté connexion ». Services délivrés. Les protocoles IP assurent l'acheminement au mieux (") des paquets. Ils ne se préoccupent pas du contenu des paquets, mais fournissent une méthode pour les mener à destination. Fiabilité. Les protocoles IP sont considérés comme « non fiables ». Cela ne signifie pas qu'ils n'envoient pas correctement les données sur le réseau, mais qu'ils n'offrent aucune garantie pour les paquets envoyés concernant les points suivants : En termes de fiabilité, le seul service offert par un protocole IP est de s'assurer que les en-têtes de paquets transmis ne comportent pas d'erreurs grâce à l'utilisation de somme de contrôle ("). Si l'en-tête d'un paquet comprend une erreur, sa somme de contrôle ne sera pas valide et le paquet sera détruit sans être transmis. En cas de destruction d'un paquet, aucune notification n'est envoyée à l'expéditeur (encore qu'un paquet "ICMP" puisse être envoyé). Les garanties non offertes par un protocole IP sont déléguées aux protocoles de niveau supérieur. La raison principale de cette absence de gestion de la fiabilité est la volonté de réduire le niveau de complexité des routeurs et ainsi de leur permettre de disposer d'une plus grande rapidité. L'intelligence est alors déportée vers les points d'extrémité du réseau. Historique des versions. IPv4 est le protocole le plus couramment utilisé en 2012, sur Internet tout comme sur les réseaux privés. IPv6 est son successeur. IPv4 utilise des adresses codées sur (soit en théorie adresses possibles) tandis qu'IPv6 les code sur (soit en théorie ). Le premier champ d'un paquet d'un protocole IP est composé de 4 bits qui indiquent la version du protocole utilisé. La valeur 0100 (4 en binaire) est utilisée pour IPv4, 0110 (6 en binaire) pour IPv6. La valeur 0101 (5 en binaire) est utilisée pour le protocole "Internet Stream Protocol", la valeur 0111 (7 en binaire) pour TP/IX (), 1000 (8 en binaire) pour PIP () et 1001 (9 en binaire) pour TUBA (« "TCP and UDP with Bigger Addresses" », ). Épuisement des adresses IPv4. La transition vers le protocole IPv6 permet de contourner une pénurie d'adresses publiques, ce qui aurait pu freiner la croissance du nombre de terminaux reliés à Internet. En attendant, les opérateurs envisagent le recours à des traducteurs d'adresses réseaux à grande échelle pour prolonger le fonctionnement d'IPv4. Historique complet. En , l'Institut des ingénieurs électriciens et électroniciens (IEEE) publie un document intitulé « A Protocol for Packet Network Intercommunication ». Les auteurs de ce document, Vint Cerf et Bob Kahn, y décrivent un protocole qui permet d'interconnecter des réseaux de différents types pour construire un réseau global de très grande taille. Ce protocole doit permettre de partager des ressources en utilisant la commutation de paquets à travers des nœuds réseau. Un composant central de ce nouveau modèle est un programme monolithique ("Transmission Control Program") dont les deux fonctions principales seront scindées plus tard et donneront naissance aux spécifications des protocoles TCP et UDP. Avec son adoption par le département de la défense des États-Unis ("Department of Defense Four Layers Internet Model" ou "Suite des protocoles Internet", il se fait plus largement connaître sous l'acronyme "TCP/IP". Versions du protocole. En anglais, "Internet Protocol Version" ou "IPv". Versions 1 à 3. Les versions 1 à 3 (IPv1, IPv2 et IPv3) du protocole sont restées expérimentales. Elles ont été utilisées entre 1977 et 1979. Des notes IEN (Internet Experiment Note) décrivent ces versions du protocole antérieures à la version moderne IPv4. Version 4. La version 4 (IPv4) du protocole est une version qui a été très largement utilisée. Le nombre 4 est le numéro de version du protocole porté par les datagrammes IP qui l'utilisent. IPv4 est défini dans la RFC de 1981. Version 5. La version 5 (IPv5) du protocole est une version expérimentale utilisée dans le cadre de l'étude du Internet Stream Protocol, protocole lui-même expérimental. Version 6. Le successeur officiel du protocole IPv4 est IPv6. Ce protocole est le résultat de plusieurs années d'expérimentation et d'échanges au cours desquels plusieurs protocoles ont été proposés comme TP/IX (), PIP () et TUBA (TCP and UDP with Bigger Addresses, ). Mais ce sont les spécifications du protocole actuel qui ont été retenues. Version 7. Des études sont en cours afin d'apporter des améliorations notamment en apportant des fonctionnalités X25 pour les migrations N2/N3. Travaux en cours chez OLABS (T.Rosselet/N.Dublinec). Version 8-9 ? D'autres propositions de protocoles nommées "IPv8" et "IPv9" peuvent être rarement rencontrées, mais AUCUNE affiliation n'est possible actuellement avec les standards internationaux. Toutefois, le , l'IETF publiait un poisson d'avril relatif à IPv9.
Parallel ATA La norme (PATA) décrit une interface de connexion pour mémoires de masse (disque dur, lecteur de CD-ROM...). Elle a été conçue à l'origine par Western Digital sous le nom ou IDE. Elle est gérée par le comité T13 d'INCITS. Cette norme utilise les normes ATA (') et ATAPI ('). En pratique, l'ATAPI qui étend ce standard de communication à des périphériques différents des disques durs, sert à faire passer des commandes SCSI sur la couche physique de l'ATA. La norme SATA (Serial ATA), qui l'a remplacée, utilise un bus série, permettant un câble plus fin et plus flexible tout en permettant des débits supérieurs. Présentation. Les périphériques (disques, lecteurs de CD) sont reliés à la carte mère par une nappe souple comportant des connecteurs , parfois munis d'un détrompeur. Ces nappes étaient par le passé munies de , mais depuis l'apparition de l’, les nappes à deviennent monnaie courante. La largeur standard des nappes est de . ATA et ATAPI. La connexion IDE tire parti des protocoles ATA/ATAPI. ATAPI (ATA with Packet Interface extension) est une extension de ATA (AT Attachement). Ce dernier est le protocole utilisé par les disques durs IDE tandis qu'ATAPI est plutôt utilisé par les lecteurs et graveurs de CD-ROM et DVD-ROM ainsi que par quelques lecteurs de disquettes spéciales de type ZIP par exemple. La principale différence entre les deux protocoles réside dans l'existence, dans ATAPI, de l'extension "Packet Interface" qui implémente le jeu d'instructions "Packet". De plus, de nombreuses commandes ATA sont interdites si ce jeu d'instructions est présent. Dans les sections suivantes, les commandes réservées à ATA ou à ATAPI seront indiquées. Les commandes communes aux deux protocoles ne porteront pas de mention spéciale. Les différents standards. Jeu d'instructions "Packet". Ce jeu d'instructions constitue la principale différence entre ATA et ATAPI. Il implémente les deux commandes suivantes : Ces commandes servent d'interface à un jeu d'instructions spéciales spécifiques au type de périphérique (CD-ROM, CD-R/RW, DVD…). Ces commandes ne sont pas définies par le protocole ATAPI. Dans le cas des CD-ROM et des DVD, ces commandes sont définies par le T10 (Technical Committee T10, dépendant de NCITS (National Committee for Information and Technology Standards) chargé de SCSI) dans les MMC (Multimedia Commands 1, 2 et 3 actuellement). "Note : Ces commandes étaient, pour les CD-ROM, définies dans le document SFF-8020i, maintenant obsolète." Tout système digne de ce nom doit impérativement supporter un protocole soit par le biais d'un pilote soit par celui du BIOS qui fournit déjà des fonctions d'accès aux disques durs (interruption 13h) mais ces fonctions sont limitées, lentes, et parfois buguées. Se baser sur le BIOS ne permet donc pas d'avoir un système fiable sans compter qu'en mode protégé, cela est impossible. C'est pourquoi il faut réécrire les routines d'accès aux disques pour avoir un "pilote" satisfaisant. Quelques-unes des commandes de base sont décrites dans ce document Fonctions plus avancées. "" (LBA). Présentation. Le mode CHS permet d'adresser un secteur du disque en indiquant son numéro de secteur, le numéro du cylindre où il se trouve ainsi que le numéro de la tête. Malheureusement, ce mode ne permet d'adresser que , et soit formula_1octets, un peu moins de , ce qui est peu de nos jours (quoique certains disques supportent des adresses CHS supérieures à cette limite). Au contraire, le mode LBA utilise une adresse logique sur : le 1e secteur a l'adresse 0, le l'adresse 62, le 1e secteur du cylindre l'adresse 63 (s’il y a 63 secteurs par cylindres) et ainsi de suite. Le mode LBA permet donc d'adresser 2^28*512=137438953472 octets soit 128 Go. Utilisation, différences par rapport au mode CHS. L'utilisation du mode LBA n'est pas beaucoup plus compliquée que le mode CHS, les différences peuvent être résumées de la manière suivante : Pour le reste, tout est identique. Conversion d'une adresse CHS en adresse LBA et inversement. adresse logique = (numéro de secteur - 1) + (numéro de tête * nombre de secteurs par cylindre) + (numéro de cylindre * nombre de secteurs par cylindre * nombre de têtes) Considérons lba l'adresse logique, c le cylindre, h la tête, s le secteur, H le nombre de têtes et S le nombre de secteurs par cylindre, voici les mêmes formules dans une syntaxe de style C (types entiers) : Évolution du standard. Depuis 2003, le standard d'interface de connexion des mémoires de masse évolue peu à peu de l'IDE vers le Serial ATA aussi appelé S-ATA ou SATA.
Bus ISA (Informatique) Le bus ISA, de l'anglais , généralement abrégé en ISA, est un standard de bus informatique interne utilisé pour connecter des cartes d'extension à la carte mère d'un ordinateur. C'est un bus de largeur 16 bits, avec une fréquence d'horloge de . Il permet le "bus mastering" sur les seize premiers mégaoctets. Historique. Le bus ISA fut développé par IBM dans le cadre de la création du PC en 1981. À l'origine d'une largeur de 8 bits, celle-ci passe à en 1984, d'abord sous le nom bus AT. Pendant une dizaine d'années, le bus ISA est le bus standard des compatibles PC. Dans les années 1990, il disparaît des nouvelles cartes mères au profit du "" (PCI). Utilisation actuelle. Le bus ISA est toujours utilisé pour certaines applications industrielles. Il est aussi très souvent utilisé en interne pour certaines fonctionnalités des PC modernes comme les capteurs de température et de tension. Le connecteur ISA a par contre totalement disparu des ordinateurs conventionnels.
IAM IAM (prononcé en anglais : , ) est un groupe de hip-hop français originaire de Marseille (Bouches-du-Rhône). Formé en 1989, il se compose à l'origine d'Akhenaton (Philippe Fragione) et Shurik'n (Geoffroy Mussard) au chant, de Kheops (Éric Mazel), Imhotep (Pascal Perez), Kephren (François Mendy) aux platines, et anciennement de Freeman (Malek Brahimi). En 1990, IAM publie "Concept", son premier album, sous forme d'une cassette enregistrée en autoproduction. Un an après, le groupe enchaîne avec son deuxième album : "… De la planète Mars." L'album bénéficie d'un certain écho et IAM connaît un début de médiatisation. Le groupe fait plusieurs apparitions dans l'émission française "RapLine" (dont il avait d'ailleurs composé quelques mois plus tôt le générique). En 1993, IAM publie son troisième album, "Ombre est lumière," qui contient la chanson "Je danse le mia –" n°1 des hit-parades durant huit semaines en 1994. "Ombre est lumière" permet au groupe de gagner en popularité. Il est suivi par "L'École du micro d'argent" (1997) qui remporte deux récompenses aux Victoires de la musique et est certifié disque de diamant. IAM est de retour en 2003 avec son cinquième album : "Revoir un printemps." Si l'accueil est d'abord mitigé, avec le recul, "Revoir un printemps" peut être perçu comme un des projets les plus aboutis du groupe. "Saison 5", sixième album d'IAM, est publié en . Six ans plus tard (avril 2013) le groupe donne naissance à son septième album studio : "Arts martiens". Il est suivi la même année de l'album titré "...IAM". En 2017, le groupe sort l'album "Rêvolution", suivi deux ans plus tard par "Yasuke" ; il s'agit du dixième album d'IAM. Leur onzième album, "Rimes essentielles", est publié le et regroupe les EPs "Première Vague", "Deuxième Vague", "Troisième Vague" et "Quatrième Vague". IAM comme l'un des pionniers du hip-hop français et l'un des meilleurs groupes de son histoire. Origine du nom. À l'époque de la lutte pour les droits civiques aux États-Unis, les manifestants défilaient avec des pancartes "I AM A MAN". IAM en est la contraction. IAM a plusieurs significations données par le groupe par amusement : "Imperial Asiatic Men", "Indépendantistes Autonomes Marseillais" ou encore "Invasion Arrivant de Mars". Akhenaton, dans son autobiographie (), explique que . Biographie. Formation. En 1985, Philippe Fragione et Éric Mazel rejoignent l'équipe de "Vibration", une émission créée par Philippe Subrini sur Radio Sprint. Un premier groupe se forme en 1986 et adopte le nom de Lively Crew. Lively Crew compte cinq membres : Akhenaton, DJ Kheops, Nasty Mister Bollocks (Laurens), MCP One (Philippe), Sudio (Didier). Leur premier concert a lieu le à la MJC Corderie à Marseille, lors d'un festival ragga-reggae sur invitation du Massilia Sound System. Sur scène, seuls trois membres se produisent : Kheops, Akhenaton (qui rappe en anglais) et Sudio. À partir de là, Akhenaton et Kheops voyagent plusieurs fois à New York, et pour Kheops . Akhenaton et Kheops forment un nouveau groupe, B-Boy Stance, en novembre 1986 et Shurik'n les rejoint en 1987. En 1988, ils prennent le nom "IAM", Imhotep intègre alors le groupe suivi de Freeman et Kephren vers 1989. Débuts. En janvier 1990, ils sortent leur premier album uniquement au format cassette intitulé "Concept" avec le label indépendant Ròker Promocion du groupe de reggae Massilia Sound System. Cette parution leur permet d'intégrer le label Labelle Noire (intégré plus tard au label Delabel), une subdivision de Virgin. Entre-temps, IAM se fait connaître en se produisant en première partie des Rita Mitsouko, de Public Enemy, de KRS One et surtout de Madonna à Bercy. Le groupe publie un premier maxi intitulé "Red, Black and Green", puis leur deuxième album studio, "… de la planète Mars" en 1991, qui bénéficie d'un certain écho. IAM commence à être diffusé dans les médias (radio, télé...) dont l'émission "RapLine". La formation marseillaise rejoint ainsi d'autres artistes de la scène rap française qui commencent à connaître eux aussi, en ce tout début des années 1990, un certain succès, tels que NTM et MC Solaar. "Ombre est lumière" (1993). Sorti en novembre 1993, l'album "Ombre est lumière" permet à IAM d'accroître encore un peu plus sa notoriété. Alors que les textes sont écrits principalement en 1992 dans un espace de travail de la Friche de la Belle de Mai, l’enregistrement de l’album a lieu en mai-juin 1993 à Aix-en-Provence et le mixage à New York. Salué à sa sortie, "Ombre est lumière" est suivi de "Je danse le mia" en single . Le groupe connaît alors un succès considérable. L’album se compose d’une quarantaine de pistes, comprenant des morceaux aux textes engagés, humoristiques ou encore spirituels et où les références sont historiques, mythologiques, scientifiques, sociales, politiques. Tandis qu’Akhenaton le considère comme , Le , IAM est élu Groupe de l'année des Victoires de la musique. Cette même année, Akhenaton publie son premier album solo, "Métèque et mat". "L’École du micro d’argent" (1997). Le plus grand succès commercial du groupe reste son album suivant, le quatrième : "L'École du micro d'argent" est publié en 1997 et couronnée de deux récompenses aux Victoires de la musique. Certifié disque d'or en seulement deux jours, il se vend au total à plus d'un million et demi d'exemplaires, atteignant le statut de disque de diamant en 2005. Le groupe américain Sunz of Man, en featuring sur l'album, participe probablement au succès de "L'École du micro d'argent" en Amérique du Nord. Les chansons "Petit frère", "Nés sous la même étoile", "La Saga" (en featuring avec Sunz of Man) et "Demain, c'est loin" deviendront des classiques du rap français. Le milieu du rap français le considère dès sa sortie comme un album d'un niveau exceptionnel avec des textes d'une intelligence rare : Après le succès colossal de "L'École du micro d'argent", les membres du groupe décident de se concentrer sur leurs carrières solos et mettent le groupe en suspens. "Revoir un printemps" et "Saison 5" (2003-2012). 2003 marque le grand retour du groupe avec son cinquième album, "Revoir un printemps". Ce dernier est diversement accueilli par la critique malgré la richesse musicale déployée (ambiances variées avec cellules orchestrales sur certains instrumentaux) et la densité d'écriture qu'il cristallise. L'année suivante, IAM sort sa première compilation rétrospective : "Anthologie (1991-2004)". L'un de ses titres inédits, "Où va la vie ?", sort en single et se vend plutôt bien. Début 2007, le groupe publie "Official Mixtape," mixée par DJ Kheops et Cut Killer, en guise de bande-annonce pour leur nouvel album : "Saison 5". "Official Mixtape" accueille la collaboration de plusieurs groupes tels que Chiens de paille, Psy 4 De La Rime ou encore MC Arabica. "Saison 5", le sixième album du groupe, est publié le 2 avril 2007. Il débute directement à la deuxième place dans les charts, prouvant qu'IAM n'a rien perdu de sa popularité dix-neuf ans après les commencements. Afin de fêter les 20 ans du groupe, IAM donne un concert exceptionnel au pied des Pyramides de Gizeh le 14 mars 2008. En résulte l'album live "Retour aux pyramides" qui sort le 26 mai 2008 uniquement sur les sites de téléchargement légaux. Le 30 mai 2008 sort le DVD "IAM 20", comprenant la vidéo du concert à Gizeh, le documentaire "Encore Un Printemps" sur le groupe ainsi que le CD "Retour aux pyramides" en bonus. Pendant l'été 2008, Freeman quitte le groupe. La séparation est officialisée dans une interview accordée au magazine "Orbeat" sur son blog puis reprise par "la Provence." Freeman y adresse une série de reproches au groupe, en particulier à Akhenaton qui lui répond quelques jours plus tard sur le même site, soutenu par le reste d'IAM. En 2020, le groupe écrit « garder de très bons souvenirs de ces deux décénnies au cours desquelles [Freeman] a fait partie de notre famille ; comment aurions-nous pu vivre ensemble aussi longtemps s'il n'en avait été autrement ? » Et d'ajouter : « Nos conceptions de la vie, de notre musique, de comment la concevoir et la diffuser ont petit à petit divergé jusqu'à devenir trop différentes. » Fin 2011, le groupe annonce la sortie d'un nouvel album, "IAM Morricone", « collaboration » avec le célèbre compositeur de musiques de film italien Ennio Morricone. Initialement prévu pour 2012, le projet est abandonné en raison de droits d'auteurs trop élevés. Par ailleurs, le groupe quitte AZ pour la division française de Def Jam. En et sortent deux mixtapes : "Assassins Scribes Vol 1&2", produites par DJ Daz et proposant, quant au premier volume, des inédits, featurings et versions US, et, pour le second, un mix des singles. "Arts martiens" et "…IAM" (2013-2016). Le sixième album studio du groupe, "Arts martiens", est publié le 22 avril 2013. Il atteint la première place des classements le jour de sa sortie et surclasse Daft Punk dans le Top Albums sur iTunes. Durant la première semaine après sa mise en vente, "Arts martiens" conserve la première place des charts français en écoulant quelque dont physiques et . IAM se produit le au Stade de France pour le concert "Urban Peace 3," qui rassemble également Orelsan, Sexion d'Assaut, Maître Gims, Youssoupha, La Fouine, Psy 4 de la Rime et Stromae. Une réédition de l'album "L'École du micro d'argent" sort le 30 septembre 2013. Outre l'opus original, elle comprend nombre de bonus : des remixes, des versions instrumentales, divers projets auxquels le groupe a participé, un DVD et un livre de 96 pages. Le , le groupe annonce la sortie d'un nouvel album, intitulé "...IAM", prévue pour le . Le lendemain, une annonce officielle révèle que ce sera le dernier album du groupe. Le , Akhenaton explique qu'IAM reste soudé mais que ce futur album est supposé être le dernier. "...IAM" sera composé de titres non retenus de la session d'enregistrement d"Arts martiens". Le premier single, "Si j'avais 20 ans," sort fin suivi de "CQFD". Début , le label Def Jam Recordings France annonce sur Facebook qu'il prolonge le contrat pour deux nouveaux albums du groupe. Le , lors de la des Victoires de la Musique, IAM reçoit une Victoire honorifique au titre de sa contribution au rap français. "Rêvolution", "Yasuke" et "Rimes essentielles" (2017-2021). Le , IAM annonce sur les réseaux sociaux la sortie de son neuvième album studio, "Rêvolution", pour le . Le clip du premier single, "Monnaie de singe", est dévoilé le 20 janvier suivant. Un deuxième single, "Grands rêves, grandes boîtes", est publié le . Réalisé par Didier D. Daarwin et Akhenaton, le clip qui l'accompagne met en scène Alejandra Gutierrez, une athlète qui rêvait de remporter une médaille olympique mais qui, après son échec, s'est engagée dans l'armée. Le groupe part ensuite en tournée pour célébrer les 20 ans de la sortie de l'album "L'École du micro d'argent". En , IAM publie son dixième album : "Yasuke". Une semaine après sa sortie, l'album s'est écoulé à 10 546 exemplaires. En octobre 2020, IAM publie son premier livre, "Entre la pierre et la plume", coécrit avec le journaliste Baptiste Bouthier. Le livre, qui retrace les trente ans de carrière du groupe, est organisé par . Dans le même temps, le Shurik'n et Akhenaton participe au projet collectif marseillais "13'Organisé", regroupant une cinquantaine de rappeurs de la ville, à l'initiative de Jul. L'album sera certifié disque de platine. En juin 2021, le groupe publie un EP de six titres, "Première Vague". Le premier single est "Feeling". Ils sortent ensuite dans les mois suivants, trois nouveaux EP de 6 titres, intitulés "Deuxième Vague", "Troisième Vague" et "Quatrième Vague", titres sous forme de clin d'œil à la situation sanitaire liée au Covid. Ces 24 morceaux sont ensuite regroupés sous le titre "Rimes essentielles", dans un format double-disque ainsi qu’un coffret de quatre vinyles. L’album est publié en indépendant et la pochette compile celles des autres albums d'IAM, avec celle de "Concept" au centre.
Instrument de musique Un instrument de musique est un objet pouvant produire un son contrôlé par un musicien — que cet objet soit conçu dans cet objectif, ou bien qu'il soit modifié ou écarté de son usage premier. La voix ou les mains, même si elles ne sont pas des objets à proprement parler, sont considérées comme des instruments de musique dès lors qu'elles participent à une œuvre musicale. Hector Berlioz commence son "Traité d'instrumentation et d'orchestration" (1843) en déclarant que . L'ensemble des instruments utilisés pour une œuvre mais aussi, et surtout, dans une société donnée ou une époque est appelé « instrumentarium ». L'étude académique des instruments de musique est appelée organologie et prend le plus souvent ses sources dans l'ethnomusicologie. Histoire. Les plus vieux instruments de musique connus, sont des de type quena à 5 trous datant d'au moins ans. Elles ont été retrouvées dans des grottes du Jura Souabe, région située au sud-ouest de l'Allemagne. Dans la mesure où ces flûtes sont déjà techniquement évoluées et si on se base sur la prise en main complexe des quenas modernes, elles impliquent très certainement un savoir-faire musical bien antérieur. Tous les instruments de musique dont on a retrouvé la trace archéologique jusqu'à aujourd'hui sont le fait d'Homo sapiens. Il existe plusieurs lieux dans le monde dans lesquels des instruments de musique ont été trouvés ; par exemple, un triton nodifer a été trouvé à la Font Aux Pigeons (Châteauneuf-les-Martigues). On sait qu'il servait de trompe dans les régions de Grèce aux bergers pour appeler les troupeaux. Des flûtes percées paléolithiques ont aussi été trouvées au Pays basque dans la grotte d'Isturitz. Un autre instrument, le rhombe (instrument à vent) pouvait être en os, en bois de cervidé, en ivoire ou en bois. Cet instrument, à la forme foliacée, avait des extrémités percées ; ces perforations permettaient d'attacher un objet et de le faire tournoyer afin d'obtenir un son plus fort. Classification. Par son mode d'attaque, par la forme et la matière de sa caisse de résonance, par le soutien ou non de sa vibration, l'instrument de musique détermine le timbre — l'une des quatre caractéristiques du son avec la hauteur, la durée et l'intensité. Les progrès de l'acoustique musicale permettent de mieux comprendre les composantes du spectre harmonique spécifique à chaque source sonore. Un instrument de musique comporte souvent deux parties distinctes : Peu importe leur matière, les instruments sont classés par leur méthode de production du son : l'organologie est l'étude détaillée de ces outils faiseurs de musique et de leurs différentes catégorisations. Le timbre de ces instruments peut être parfois transformé par un accessoire comme les sourdines pour les cordes et les cuivres, ou un kazoo pour la voix. Pour un son donné, la vibration peut provenir d'une corde, d'une colonne d'air ou d'une percussion ; des instruments peuvent combiner plusieurs systèmes, les plus récents vont de l'électromécanique jusqu'au virtuel. Instruments à cordes. Les instruments à cordes sont également appelés « cordophones ». De matière, de grandeur et de grosseur variées, les cordes peuvent être frottées, pincées ou frappées. La classification traditionnelle distingue par conséquent : Instruments à vent. Les instruments à vent, également appelés « aérophones », mettent en jeu une colonne d'air. Celle-ci peut être produite par le souffle du musicien, par une soufflerie mécanique ou par une poche d'air. On distingue : N.B. Contrairement à ce que cette classification pourrait laisser penser, ce n'est pas la matière utilisée dans la facture instrumentale qui est déterminante, mais bien la manière de produire le son. Ainsi, s'il existe des flûtes et des clarinettes en métal et en bois, toutes font partie des « bois ». Le saxophone construit en cuivre est un « bois » car il est muni d'un bec à anche battante. Il existe également des « cuivres » fabriqués en bois, comme les cornets à bouquin et le serpent, et à l'origine, le cor est un olifant en corne ou fabriqué dans une défense d'éléphant. Instruments de percussion. Les instruments de percussion — à hauteur déterminée ou non — englobent tout instrument par lequel un corps en frappe un autre. Cette catégorie d'instruments a été subdivisée par les théoriciens en membranophones et idiophones. Le développement de cette famille nombreuse au (plus de 500), particulièrement des instruments à claviers ou à lamelles, a imposé une nouvelle catégorisation autant pour les percussionnistes que pour les enseignants. À l'orchestre ou dans les classes de percussion, la distinction est faite entre : Instruments de combinaison. Les instruments de combinaison associent plusieurs modes de mise en vibration. On distingue : Musées. Allemagne. Le Musikinstrumenten-Museum, musée des instruments de musique à Berlin ; il rassemble environ 3500 instruments. Belgique. Le Musée des Instruments de musique (MIM), créé à Bruxelles en 1877, réunit dans les locaux d'un superbe immeuble Art nouveau une collection de plus de instruments : instruments occidentaux mécaniques, électriques et électroniques, instruments traditionnels européens, instruments du monde. Burkina Faso. En 1999, fut ouvert à Ouagadougou (Burkina Faso), le Musée de la musique qui réunit une collection d'instruments de musique traditionnels des terroirs ethnoculturels du pays. Italie. Le Musée national des instruments de musique de Rome ouvert à Rome en 1964, rassemble une collection exceptionnelle de instruments, de l'Antiquité jusqu'à nos jours, couvrant tous les genres musicaux. Suisse. Le Musée de la musique de Bâle (Musikmuseum en allemand) situé dans l’ancienne prison "Lohnhof" depuis l’an 2000. Tchéquie. Le Musée national de la musique (České muzeum hudby) à Prague est installé dans l’ancienne église Sainte-Marie-Madeleine de style baroque. Il est situé à Malá Strana. Plus de 400 instruments de musique d'époque y sont exposés.
Isis Isis est une reine mythique et une déesse funéraire de l'Égypte antique. Le plus souvent, elle est représentée comme une jeune femme coiffée d'un trône ou, à la ressemblance d'Hathor, d'une perruque surmontée par un disque solaire inséré entre deux cornes de vache. L'astucieuse Isis est l'une des divinités de l'Ennéade d'Héliopolis. Elle est la sœur et l'épouse du roi Osiris, un être généreux qui plaça son règne sous le signe de l'harmonie cosmique. Ce temps heureux prend subitement fin avec l'assassinat d'Osiris lors d'un complot organisé par son frère Seth, un dieu violent et jaloux. Isis retrouve le corps d'Osiris et le cache dans les marécages de Chemnis. Lors d'une partie de chasse, Seth trouve le cadavre et, fou de colère, le dépèce en plusieurs lambeaux. Durant une longue quête, Isis, secondée par Nephtys, Thot et Anubis, retrouve les membres disjoints et reconstitue le corps d'Osiris en le momifiant. Après avoir revivifié Osiris, Isis fait de lui le souverain éternel de la Douât, un monde paradisiaque peuplé d'esprits immortels. Pour assurer sa protection, elle le place sous la garde attentive du dieu canin Anubis, son fils adoptif. Isis sous la forme d'un oiseau rapace s'unit à la momie de son époux et conçoit Horus. Élevé dans les marais de Chemnis et fortifié par le lait maternel d'Isis, Horus parvient à l'âge adulte. Durant de nombreuses décennies Horus et Isis combattent Seth soutenu par Rê assez mal disposé envers Horus. Après de nombreuses péripéties, Horus réussit à se faire reconnaître comme le successeur légitime de son père, devenant ainsi le modèle du pharaon idéal. Le culte d'Isis apparaît à la fin de l'Ancien Empire aux alentours du avant notre ère. D'abord cantonnée au domaine funéraire, Isis devient, durant le premier millénaire avant notre ère, une déesse très populaire à la puissance universelle. La dévotion des pharaons ptolémaïques dote la déesse Isis de deux lieux de cultes grandioses ; l'Iséum en Basse-Égypte et Philæ en Nubie. Entre la fin du avant notre ère et la fin du de notre ère, le culte d'Isis se répand à travers le bassin méditerranéen et un nombre important de sanctuaires lui sont élevés en Grèce et en Italie. En ces nouveaux lieux, s'opère un syncrétisme où les rites égyptiens voués à la déesse sont adaptés à la pensée religieuse gréco-romaine. L'iconographie et le culte d'Isis s'hellénisent, et, par un rapprochement avec la quête de Perséphone par Déméter (Mystères d'Éleusis), se créent les Mystères d'Isis organisés sous la forme d'un cérémonial initiatique, progressif et secret. Face à la montée du christianisme, le culte d'Isis périclite puis disparaît au tournant des de notre ère. Toutefois, le souvenir d'Isis ne disparaît pas car il est entretenu par la scolastique monacale et universitaire. La lecture des hiéroglyphes étant perdue, son image est cependant biaisée car uniquement perçue à travers le filtre des auteurs grecs et latins de l'Antiquité tardive. Vers la fin du Moyen Âge, Isis devient un objet de curiosité de la part des érudits laïcs. Ce phénomène s'accentue durant la Renaissance. Nombreux sont alors les humanistes qui intègrent Isis à leurs objets d'études en élaborant des mythographies historicisantes à son propos. Le mythe d'Isis se fond dans celui de la nymphe Io transformée en vache par Héra et l'aspect d'Isis est confondu avec celui de l'Artémis "multimammia" d'Éphèse. Au cours du siècle des Lumières, certains philosophes francs-maçons épris d'égyptomanie portent leur attention sur les Mystères d'Isis et tentent de les réinventer dans le cadre des rituels de leurs loges initiatiques. Les artistes et les poètes, quant à eux, ont sans cesse spéculé sur l'image de la déesse voilée et fait d'Isis le symbole des lois cachées de la Nature. Depuis le déchiffrement des hiéroglyphes et la mise en place de la science égyptologique au , les aspects purement égyptiens de la déesse ont été redécouverts et vulgarisés par les savants auprès du grand public. La personnalité d'Isis ne s'est toutefois pas entièrement débarrassée de son aura ésotérique longuement élaborée depuis le par les alchimistes et les mystagogues européens. Isis reste ainsi l'objet de réflexions théologiques et hermétiques au sein de cercles confidentiels. Depuis les années 1950, aux États-Unis surtout, Isis est particulièrement vénérée auprès des convents kémitistes de la Wicca où un culte païen moderne lui est adressé en tant que grande déesse originelle, maternelle et lunaire. Déesse égyptienne. Isis est l'une des déesses les plus populaires du panthéon égyptien. On ne sait rien d'elle pour les plus hautes époques. Elle semble apparaître à la fin de l'Ancien Empire aux alentours du avant notre ère. Rusée, grande magicienne et épouse exemplaire, elle revivifie Osiris, son bien-aimé, après son assassinat et son démembrement ; mère aimante, elle élève son fils Horus et le protège des assauts de Seth. Le culte d'Isis est actif tout au long de l'histoire de l'Égypte antique et ne s'éteint qu'au cours des ; le dernier bastion de la croyance étant la région nubienne située autour du temple de Philæ. Dénomination. Hiéroglyphes. ! scope="col" | Transcription ! scope="col" | Hiéroglyphe ! scope="col" | Traduction Le théonyme "Isis" est la transcription en alphabet latin de la forme hellénisée "" issue de l'égyptien ancien ("Aset" ,Iset, Eset, Iouset, Ese). Le théonyme d'Isis, à l'instar de celui d'Osiris son époux, est basé sur le hiéroglyphe du « trône » ("set" en langue égyptienne). Ce siège est figuré assez haut, pourvu d'un dossier et reposant sur un piédestal. Par rapport à d'autres divinités, telles Neith ou Anubis, Isis apparaît relativement tard dans l'histoire égyptienne, vers la fin de l'Ancien Empire, au cours du . En l'état actuel des connaissances, les premières mentions certaines de la déesse figurent dans les textes de la pyramide d'Ounas, un roi de la . À cette époque, le nom d'Isis est majoritairement écrit uniquement avec le symbole du trône sans aucun signe phonétique complémentaire. L'égyptologue Peter Kaplony a relevé des noms théophores basés sur le hiéroglyphe du « trône » portés par des notables et datés de la période archaïque (3000 à 2700 avant notre ère). Il semble toutefois que l'on ne puisse pas les attacher à la déesse car dans ces occurrences, ils ne semblent désigner que le siège royal. L'Allemand Hermann Kees a pensé pouvoir traduire le nom "Hem-set" figurant sur un relief du temple solaire du roi Niouserrê (vers -2389) par « Serviteur d'Isis ». Très vite, son compatriote Hermann Junker a rejeté cette traduction en avançant que l'on ne pouvait pas la lier à la déesse et traduisit plutôt par « Serviteur du Trône ». Étymologie. Dès les débuts de la science égyptologique, des universitaires se sont efforcés d'avancer une explication raisonnée du nom de la déesse en établissant son étymologie. La plus ancienne analyse remonte à l'Allemand Kurt Sethe, professeur à l'université de Göttingen, qui voyait en la déesse une personnification du trône royal "set". Ses arguments majeurs sont que la déesse est le plus souvent représentée avec le sigle du trône sur la tête et qu'un passage des "Textes des pyramides" (chapitre 511) semble évoquer cette personnification. En 1974, Jürgen Osing, professeur à l'université libre de Berlin remet en question cette vision et fait remarquer que dans le texte en question, Isis n'est probablement pas identifiée au trône. En partant de la forme phonétique du nom "Aset" (courante durant le Moyen Empire), de la graphie "Iouset" (rare mais attestée sous ), du dérivé copte "Mse", des formes grec "Isis" et méroïtique "Wosh / Wosa", Jürgen Osing pense que le théonyme de la déesse est un dérivé féminin de la racine égyptienne "as" / "asi" / "asou" / "ouasi", le mot "as" signifiant « mésentère (repli du péritoine) », "ouas" « avoir du pouvoir » et "ouasi" « périr / expirer ». D'après lui, Isis exprime le concept de la puissance seigneuriale et traduit son nom par « Celle du pouvoir / Celle à la puissante influence ». Cette réflexion ne recueillit pas l'approbation de tous les spécialistes et ouvrit la voie à de nouvelles études. En 1978, Winfried Barta envisage plutôt de s'appuyer sur la racine "as" « viscères / intestins » et de traduire le nom d'Isis par « Celle qui appartient à l'utérus ». Selon une réflexion menée en 1999 par l'Allemand Hartwig Altenmüller, professeur à Hambourg, les noms d'Isis et de Nephtys, "Aset" et "Nebet-Hout" en langue égyptienne, ne seraient à l'origine que de simples épithètes servant à identifier les deux principales pleureuses assignées à la protection du défunt. L'épithète « Aset » devait désigner originellement la pleureuse assignée à la tête du défunt. Cette dernière se postait devant le cadavre durant la momification, puis devant la momie lors de l'acheminement vers la nécropole. Il est probable que ce rôle rituel tire son origine du cérémoniel funéraire des premiers souverains égyptiens. Dans ce cadre, l'épithète « Aset » pourrait signifier « Celle de l'appui-tête », le terme égyptien "Aset" pouvant être une déformation du mot "ouresit" « appui-tête / repose-tête / chevet ». Sa partenaire "Nebet-Hout" est quant à elle assignée aux pieds du défunt. La signification de son nom est « Dame de la maison », la maison en question étant le lieu de la momification et non pas le palais royal comme il est généralement admis par les égyptologues. Il est probable que ces deux pleureuses, durant leurs activités dans la salle de momification, intervenaient dans un drame sacré joué lors du rituel. Il semble alors que la pleureuse « Isis » soit liée à Hathor tandis que la pleureuse « Nephtys » soit assimilée à Neith, ces deux anciennes déesses ayant des caractères funéraires attestés dès la . Chaque pleureuse devait être une prêtresse recrutée auprès du corps sacerdotal des deux divinités. Avec les progrès de la momification durant la et de sa diffusion auprès des notables, les épithètes "Aset" et "Nebet-Hout" se seraient autonomisées durant la et, avec l'apparition du dieu Osiris, auraient été anthropomorphisées et érigées en déesses à part entière. Iconographie. Représentations. Dans l'art égyptien (peintures murales, statues et statuettes, bas-reliefs, amulettes), Isis est essentiellement figurée comme une déesse anthropomorphe, dépeinte comme une femme à la poitrine dénudée et vêtue d'une longue robe moulante à bretelles, avec la tête couronnée par le signe hiéroglyphique du trône royal. Comme d'autres divinités, Isis peut tenir dans une main le hiéroglyphe Ânkh, symbole du souffle de vie et, dans l'autre main, le sceptre Ouas, symbole de la puissance divine. Sous le Nouvel Empire, après assimilation des aspects de la déesse Hathor, la coiffe d'Isis est souvent remplacée par celle d'Hathor, consistant en un cimier représentant un vautour femelle (symbole de l'amour maternel), surmontée de deux longues cornes de bovidé entourant un disque solaire (symbole de la naissance du dieu créateur) avec, dans une main, le sistre et, à son cou, le lourd collier "ménat". La déesse peut aussi revêtir des formes animales. Dans le contexte funéraire, Isis prend l'aspect d'un milan, un oiseau rapace de taille moyenne en train de voleter auprès de la momie d'Osiris. Les images d'Isis peuvent aussi combiner les aspects humains et animaliers, tels une femme aux bras pourvus d'ailes d'oiseau ou une femme à tête de vache. Dans le "Livre des Portes", lors de la douzième heure de la nuit, la déesse prend l'aspect d'un terrible serpent uræus chargé de défendre le dernier portail de l'au-delà. Ailleurs, dans le "Livre de l'Amdouat", à la cinquième heure, la tête d'Isis surmonte une colline abritant la caverne de Sokar où Rê se régénère auprès de la momie d'Osiris. Nœud Tyet. Le nœud-"Tyet" (nœud-"Tit" ou nœud d'Isis) ressemble au nœud Ânkh sauf que ses deux boucles latérales ne sont pas ouvertes mais aplaties et pointent vers le bas comme deux bras ramenés le long du corps. Le "Tyet" est une amulette funéraire considérée comme sacrée depuis l'Ancien Empire. Il ne devient toutefois un symbole en lien avec Isis et son sang menstruel que sous le Nouvel Empire. D'après le chapitre 156 du "Livre des Morts", ce symbole doit être confectionné en jaspe rouge. Les exemplaires retrouvés au cours des fouilles archéologiques montrent cependant, que le plus souvent, le matériau fut moins noble, en bois, en pierre ou en faïence mais peint en rouge (ou brun-rouge) pour rappeler la symbolique du sang d'Isis. L'amulette doit être suspendue au cou de la momie le jour de l'enterrement grâce à un fil en fibre de sycomore, un arbuste lié au dieu Osiris. Le but est d'inciter la déesse Isis et son fils le dieu Horus à protéger magiquement le corps momifié en faisant appel à la fidélité maternelle de la première et à la fureur filiale et vengeresse du second : Épisodes mythologiques. Contrairement aux Anciens Grecs et Romains, les Égyptiens n'ont laissé derrière eux que très peu de récits fabuleux se déroulant dans un monde imaginaire peuplé de puissantes divinités. Toutefois, les textes égyptiens, qu'ils soient sacrés, magiques ou profanes, fourmillent d'allusions aux dieux et à leurs hauts faits. Grâce aux auteurs gréco-romains tardifs ayant visité l'Égypte et ses temples, il est toutefois possible d'entrecroiser les différentes sources et de restituer une partie de la pensée mythologique égyptienne, principalement axée sur les figures du dieu solaire Rê et de ses descendants Osiris, Isis, Horus et Anubis. Vol du nom secret de Rê. Dans la pensée des Anciens Égyptiens, le nom d'un dieu ou d'un humain est intimement lié au Ka et participe activement à l'existence de son possesseur. Aussi, toute pratique magique repose sur l'utilisation bénéfique ou maléfique du nom de la personne visée. Dans les rituels d'envoûtement, la destruction symbolique du nom revient à détruire l'âme et la personnalité même de son possesseur, fût-il un dieu. Un mythe consigné sur un des "Papyrus magiques de Turin", et traduit pour la première fois en 1883 par l'égyptologue français Eugène Lefébure, expose la plus audacieuse et impertinente ruse d'Isis. La victime est le dieu solaire Rê contraint par elle à lui révéler son nom secret, la possession de ce mystérieux théonyme permettant à la déesse de bénéficier de ses pouvoirs vivificateurs et créateurs. Par la suite, la déesse utilisera cette puissance magique pour redonner la vie à son époux Osiris et pour guérir son fils Horus des nombreuses blessures causées par son rival Seth. L'action du mythe se déroule en un temps lointain où le dieu Rê vivait encore sur terre auprès des divinités et des humains, qui ne formaient alors qu'un seul et même peuple. À cette époque, le dieu solaire ne bénéficiait pas encore de ses séjours nocturnes et souterrains dans la Douât, gage de ses perpétuelles renaissances matinales. Son corps s'affaiblissait et le dieu sombrait dans la sénilité. Un jour, . Discrètement, Isis récupéra le filet de salive et avec un peu de terre en fit un serpent venimeux. Elle plaça le reptile près du palais royal et, lors d'une promenade, le dieu solaire fut sévèrement mordu par le serpent. Empoisonné, faible et fiévreux, Rê ne sut que faire. Il fit venir auprès de lui les autres divinités afin qu'elles lui viennent en aide. Isis se présenta devant sa victime avec un air innocent et inquiet : Le pauvre Rê expliqua ses souffrances à la déesse, qui aussitôt lui répliqua en disant : Le malade s'empressa de dire ses noms et principaux titres de gloire, mais ne se trouva pas rétabli. . Adultère d'Osiris avec Nephtys. Le plus ancien récit continu et complet du mythe d'Osiris ne nous est pas parvenu par un document égyptien mais par un texte grec, le traité moral "Sur Isis et Osiris" rédigé au de notre ère par Plutarque. D'après cet auteur, relativement bien renseigné par des prêtres égyptiens de son époque, le dieu Osiris aurait régné en tant que roi sur le peuple égyptien et lui aurait apporté les bienfaits de la civilisation. Osiris et Isis étaient amoureux l'un de l'autre avant même leur naissance. Déjà dans le ventre de leur mère Nout, le couple s'aimait tendrement. Plutarque rapporte qu'Osiris, Seth, Isis et Nephtys sont respectivement nés le premier, le troisième, le quatrième et le cinquième des jours épagomènes institués à l'aube des temps par Thot ; Horus l'Ancien, né le deuxième jour, serait l'enfant issu de cette relation intra-utérine. Un jour, Isis apprit qu'Osiris avait eu, par méprise, en la prenant pour Isis elle-même, une relation sexuelle avec Nephtys sa sœur. La preuve de cette union fut la découverte d'une couronne de mélilot laissée par Osiris auprès de Nephtys. Cette dernière donna naissance à Anubis mais l'abandonna le jour de sa naissance dans la crainte d'une fureur de Seth, son époux. Émue par le sort malheureux d'Anubis, Isis l'adopta et l'éleva comme son propre enfant. Une formule magique, inscrite dans un grimoire en écriture grecque trouvé dans la région thébaine et daté du début du de notre ère, expose le désarroi d'Isis après avoir constaté la trahison d'Osiris : Meurtre d'Osiris. Un jour, le dieu Seth voulut se débarrasser d'Osiris dont il était jaloux après l'histoire de l'adultère avec Nephtys. Il fit construire un coffre en bois précieux et déclara au cours d'un banquet qu'il l'offrirait à celui dont le corps s'ajusterait exactement à ses dimensions. Osiris, qui était très grand, s'y installa, et aussitôt Seth, aidé de soixante-douze complices referma le lourd couvercle sur lui et le scella avec des clous et du plomb fondu. Puis Seth et ses complices portèrent le coffre vers la branche tanitique du Nil d'où il dériva jusqu'à la mer Méditerranée. Cet événement se serait déroulé le 17 du mois d'Athyr (19 novembre) en la vingt-huitième année du règne d'Osiris. La déesse Isis fut informée de l'assassinat alors qu'elle se trouvait dans la ville de Coptos. Elle prit le deuil et se mit à rechercher le corps du défunt. Durant cette quête, Isis apprit par des enfants que le coffre d'Osiris, porté par les courants, se situait en Phénicie, à Byblos, où il s'était encastré dans le tronc d'un tamaris géant. Isis partit alors en barque à la recherche de son époux et arriva jusqu'à Byblos. S'étant fait connaître auprès du roi Malcandre, Isis se fit donner le tronc avec le cercueil et retourna en Égypte. Là, elle cacha la dépouille dans les environs de Bouto dans les marais du delta. Mais, alors qu'il chassait au clair de Lune, Seth retrouva le corps, qu'il coupa en quatorze morceaux, qu'il dispersa de tous côtés. Isis remonta alors sur sa barque de papyrus à la recherche des morceaux du corps de son bien-aimé, à travers le labyrinthe du marais. Chaque fois qu'elle découvrit un élément, elle fit édifier un tombeau où des prêtres furent chargés d'honorer la mémoire d'Osiris. La seule partie introuvable, malgré tous les efforts d'Isis, fut le membre viril car il avait été mangé par des poissons. Toutefois il avait eu le temps de donner au fleuve sa force fécondante. Quête d'Isis. Rédigé dans la région d'Héliopolis durant le règne de , le "Papyrus Brooklyn" est un texte qui recense les mythes égyptiens des villes et régions du delta du Nil. Plusieurs courtes notices relatent le transport des lambeaux du corps d'Osiris. Dans l'une d'elles, le taureau Mnévis porte sur son dos un paquet où sont rassemblés le foie, les poumons, la rate et les intestins du dieu assassiné. Une autre, malheureusement lacunaire par endroits, nous renseigne sur le transport d'autres reliques vers la nécropole de Kher-âha (Le Caire). Le paquet est placé sur le dos d'un âne et le voyage s'effectue sous la surveillance des déesses Isis et Nephtys : Dès les "Textes des pyramides" () une allusion rapporte que Seth, l'assassin d'Osiris, est condamné à porter sur son dos la dépouille de sa victime et qu'il ploie sous la lourde charge. L'âne est généralement considéré comme un animal séthien et, à ce titre, sacrifié lors de célébrations en l'honneur d'Osiris (mois de Khoiak à Edfou). Dans l'épisode relaté par le "Papyrus Brooklyn", l'animal n'est pas présenté comme étant maudit. Lorsqu'il défaille sous son fardeau, Isis et Nephtys s'occupent de lui. Elles lui font retrouver ses forces et sa vigueur sexuelle en soulevant leur robe et en exhibant leur intimité sous ses narines. Au , ce rituel génésique est évoqué par Diodore à l'occasion de l'investiture du nouveau taureau Apis : ("Bibliothèque historique", , 85). L'exhibition n'est pas tant destinée à l'animal qu'à l'âme d'Osiris qu'il véhicule. De par son meurtre, le dieu est tombé en langueur et il s'agit de le réveiller en stimulant ses pulsions sexuelles. Cet appel à la vie est probablement inspiré par l'observation du comportement animalier (équidés, bovidés, caprins). Lorsqu'une femelle est en chaleur elle produit des phéromones spécifiques que le mâle détecte en humant les urines ou l'air (ces odeurs peuvent être transportées à plusieurs kilomètres à la ronde) en retroussant la lèvre supérieure afin de se servir de l'organe voméro-nasal situé sous la surface intérieure du nez (attitude du flehmen). Lamentations funéraires. Dans l'Égypte antique, les pleureuses, par leurs cris, leurs lamentations et leurs chants, rythment le transport de la dépouille vers sa dernière demeure. Cette coutume, instituée en l'honneur du défunt, est une pratique qui remonte à la plus haute antiquité. La mort est généralement perçue comme un ennemi impitoyable qui sème la confusion et la douleur. Elle provoque, lors des funérailles, de longues lamentations à la fois sincères et surjouées, surtout de la part de professionnelles engagées pour l'occasion. Dans les "Textes des pyramides", des écrits funéraires destinés aux monarques des et s (vers -2200), les déesses Isis et Nephtys forment le plus souvent une paire. Dans de nombreuses mentions, elles trouvent ensemble le cadavre de leur frère Osiris, le pleurent, s'occupent de lui, exultent après sa momification, l'escortent vers son tombeau et l'accueillent dans l'Au-delà : Les lamentations des deux sœurs sont aussi mises en scène lors de grandes festivités religieuses consacrées à la renaissance d'Osiris. Dans la ville d'Abydos, haut lieu de la croyance osirienne, se tenait ainsi chaque année, au sein du temple, un drame sacré mettant en scène deux jeunes vierges chargées de tenir les rôles d'Isis et Nephtys. Entre le 22 et le 26 du mois de Khoiak (en novembre), les deux actrices chantaient au son du tambourin, accompagnées d'un prêtre. Le plus souvent, la représentante d'Isis chante seule mais, très régulièrement, elle entonne un duo avec Nephtys. Le chant est une longue plainte qui évoque la tristesse de la séparation, mais il s'agit aussi d'un appel exhortant le dieu absent à revenir auprès des éplorées : Naissance d'Horus, fils d'Isis. Dès les "Textes des pyramides" de l'Ancien Empire, il est formellement attesté que le dieu faucon Horus est le fils du couple que forment Osiris et Isis. La conception d'Horus s'inscrit dans une dimension astrale, son père étant comparé à la constellation d'Orion, "Sah" en égyptien, c'est-à-dire « L'Orteil » ou « Le Parcoureur », tandis que sa mère, la déesse Isis, est perçue comme étant la personnification de la constellation du Grand Chien, "Sopedet" en égyptien, « L'Efficace ». Cette naissance est ensuite réinterprétée et présentée comme une union charnelle posthume où Isis transformée en oiseau-"djeryt" (ou « milan », une espèce de rapace de taille moyenne) s'accouple avec la momie d'Osiris en se posant sur son phallus. Cet épisode est représenté pour la première fois au Nouvel Empire dans le temple funéraire du roi , à Abydos. Cette scène est ensuite reprise jusqu'à l'occupation romaine de l'Égypte, par exemple dans la chapelle osirienne située sur le toit du temple d'Hathor, à Dendérah. Dans le "Grand Hymne à Osiris" de la stèle d'Amenmès, datée de la et conservée au Musée du Louvre, la déesse Isis est décrite comme une femme dont les deux bras sont comme des ailes d'oiseau. Elle bat des ailes et la légère brise produit un souffle vivificateur qui fait s'animer l'âme d'Osiris ; Osiris revigoré, le couple conçoit Horus, le juste héritier de la charge pharaonique : Les sept scorpions. La "stèle de Metternich", datée du règne de et conservée au Metropolitan Museum of Art de New York est une pièce archéologique découverte dans l'enceinte du temple de Mnévis, à Héliopolis. Toute sa surface est entièrement recouverte d'images divines et d'inscriptions magiques destinées à soigner les piqûres de scorpions et les morsures de serpents. L'une des formules met en scène un épisode mythologique raconté par la déesse Isis elle-même. L'action se déroule après la mort d'Osiris. Isis réussit à fuir hors de la maison où Seth l'avait assignée à résidence. Le dieu Thot vient à sa rencontre et lui conseille de se cacher avec Horus afin qu'il puisse avoir une chance de grandir et de monter sur le trône d'Égypte. Isis chemine à travers le pays, escortée par sept dangereux scorpions : Isis arrive devant une belle demeure. Une noble dame se présente à la porte, mais elle lui ferme la porte effrayée par les sept scorpions. Vexés, les sept scorpions se concertent et réunissent ensemble leurs venins sur le dard de Tefen. Une servante ouvrit la porte pour laisser entrer Isis mais Tefen se glissa dans la maison jusqu'à la chambre du fils de la dame pour le piquer douloureusement. La violence du poison était si forte qu'un incendie se déclara dans la maison. Miraculeusement, la pluie se mit à tomber pour éteindre le feu. Voyant le désespoir de la noble dame, le cœur d'Isis s'émut et fut pris de pitié. La déesse étendit les mains sur l'enfant qui se mourait et conjura le poison : Après quelques autres paroles magiques, le garçon retrouva la santé, la pluie cessa et l'incendie s'éteignit. Désolée d'avoir été acariâtre, la noble dame embrassa Isis et combla la déesse et la servante de magnifiques présents. Horus ou l'enfance menacée. Depuis les débuts de l'égyptologie de nombreux récits ayant trait à l'enfance d'Horus ont été récoltés, le plus souvent sur des statues magiques ou dans des grimoires destinés à éloigner les esprits malfaisants responsables de terribles maladies. Dans les marais de Chemnis situés autour de la ville de Bouto, Horus, caché du terrible Seth et délaissé par sa mère Isis occupée à trouver des moyens de subsistance, est la victime de piqûres de scorpions, de morsures de serpents, de fièvres, de diarrhées, de mutilations, etc. Ces nombreuses mésaventures font du petit dieu le prototype de l'enfant malingre, frêle, innocent et sans défense. Toutefois, il apparaît aussi comme un jeune être qui arrive à surmonter chacune de ses souffrances, les autres divinités agissant toujours magiquement en sa faveur, Isis et Thot en premier lieu. Une formule magique de la "stèle de Metternich" rapporte qu'un jour la déesse Isis laissa seul le petit Horus pour partir mendier de la nourriture auprès des habitants de Bouto. Le soir, elle retrouva son fils inanimé proche de la mort. Désespérée, Isis chercha de l'aide auprès des Égyptiens. Personne ne parvint à le guérir mais une vieille femme lui dit qu'il ne s'agissait pas d'une attaque de Seth, mais que son fils avait été piqué par un scorpion. Les plaintes d'Isis firent accourir Nephtys et Selkis. Cette dernière conseilla aussitôt la mère en détresse de faire appel à Rê. Ému par le désespoir d'Isis, le dieu solaire arrête sa course, s'immobilisa dans le ciel et envoya Thot auprès du jeune agonisant. Après de nombreuses paroles incantatoires, Thot réussit à évacuer le poison du corps d'Horus qui aussitôt retourna à la vie. Ceci fait, Thot ordonna aux habitants de Bouto de veiller constamment sur le jeune dieu en l'absence d'Isis. Il retourna ensuite auprès de Rê dans le ciel et annonça à son maître que la course solaire pouvait à présent se poursuivre normalement. Décapitation d'Isis par Horus en colère. La décapitation d'Isis est un épisode mythologique attesté dès le Moyen Empire par trois allusions figurant dans le chapitre 80 des textes des sarcophages, un corpus de textes funéraires utilisé par les notables de la Moyenne-Égypte : Par la suite, à partir du Nouvel Empire, le mythe s'expose dans de véritables récits ; le plus fameux est "Les Aventures d'Horus et Seth" consigné sur le "Papyrus Chester Beatty 1". Pour savoir qui des deux est le plus apte à succéder à Osiris, le vigoureux Seth lance un défi au jeune Horus. Les deux dieux prennent l'apparence d'hippopotames puis plongent dans les eaux du Nil afin de s'affronter en un duel à mort. Si l'un d'eux émerge hors des flots avant trois mois pleins, celui-là n'est pas digne de la fonction royale. Cet affrontement est aussi consigné sur le calendrier du "Papyrus du Caire ". D'après ce dernier document, l'affrontement se déroula le vingt-sixième jour du premier mois de la saison d'Akhet (le premier mois de l'année égyptienne) situé au début de la crue du Nil vers les mois de juillet-août. La déesse Isis, restée sur le rivage du fleuve, prend peur et craint pour la vie de son fils Horus. Très vite, elle confectionne un harpon magique qui atteint tout seul sa proie : Tête de vache. La décapitation d'Isis par Horus, consignée dans le papyrus des "Aventures d'Horus et Seth", n'indique pas comment la déesse a recouvré la vie ni comment elle s'est retrouvée avec une nouvelle tête sur ses épaules. Au de notre ère, le grec Plutarque dans son traité "Sur Isis et Osiris", mentionne de manière déguisée cet épisode, en prévenant toutefois le lecteur que les Égyptiens, eux, ne répugnent pas à narrer des épisodes mythiques mettant en scène le démembrement d'Horus et la décapitation d'Isis : À l'époque gréco-romaine, ces données mythologiques apparaissent d'une manière plus explicite dans le "Papyrus Jumilhac", une monographie religieuse consacrée aux légendes de la Cynopolitaine, une région égyptienne placée sous la protection active d'Anubis, le fils adoptif d'Isis. Ici, le mythe mêle différentes traditions. Le coupable de la décapitation est le dieu faucon Anty assimilé à Horus et à Anubis, tandis que la victime est la déesse Hathor, assimilée à Isis et à la vache Hésat. Anty ayant décapité Hathor-Isis (Jumilhac , 1 et , 22) dans la ville d'Atfieh (Aphroditopolis), le dieu soleil Rê le condamne à mort par écorchement, le bourreau étant le dieu Thot. Mais la vache Isis-Hésat, qui entre-temps a retrouvé la vie et émue par le triste sort de son assassin, fait revivre Anty-Horus en plaçant ses os dans sa peau (telle une nébride) et en aspergeant le tout de son lait maternel : Un autre passage du "Papyrus Jumilhac" indique que la déesse retrouva la vie dans la ville de "Niout-net-ihet", c'est-à-dire la « Ville de la Vache ». L'archéologie n'a pas encore découvert cette localité, mais il faut probablement la situer sur une île qui existait près de Tehnéh. Le dieu Thot coupa la tête d'une vache et la plaça sur le corps décapité d'Isis. Après plusieurs incantations, la déesse se mit à revivre : Lieux de cultes. Tout au long de l'histoire de l'Égypte antique, la déesse Isis a bénéficié de nombreux lieux de culte, grands ou petits, disséminés le long de la vallée du Nil. Les hauts lieux de la croyance ont été le temple de la ville de Per-Hebyt ( en grec ; en arabe) et le temple de l'île de Philæ. Si le premier n'est plus qu'une ruine de blocs épars, le second a admirablement résisté au temps. Culte national. Basse-Égypte. La plus ancienne mention d'un sanctuaire dédié à Isis remonte à l'époque de l'Ancien Empire et se trouve dans les "textes des pyramides" selon lesquels un temple se trouverait dans la ville de Netjerou dans le de Basse-Égypte. Il s'agit probablement de l'actuelle localité de Behbeit el-Hagar située non loin de Bousiris, cité majeure du consacré à Osiris. Durant le Moyen Empire, Behbeit el-Hagar est probablement le principal lieu de culte d'Isis. Son culte est toutefois aussi attesté dans le où elle est associée à la déesse chatte Bastet. Les prêtres d'Héliopolis, ville du dieu solaire Atoum-Rê l'intègrent dès la à leur croyance en faisant d'elle l'une des neuf divinités de l'Ennéade. À la même époque, la présence d'Isis est aussi attestée dans le et plus particulièrement à Memphis, la capitale du pays. À Gizeh, à partir de la , la chapelle de la pyramide de Hénoutsen, épouse de Khéops est modifiée et dédiée à « Isis, Maîtresse de la Pyramide ». Haute-Égypte. En Haute-Égypte, le culte d'Isis est omniprésent. Dans le , elle est vénérée à Akhmîm (Panopolis), la ville du dieu ithyphallique Min. Dans le , à Abydos, haut lieu du culte osirien, Isis est naturellement présente. Sous la , le réserve à Isis l'une de ses sept chapelles intérieures. Dans le , à Dendérah, Isis est assimilée à la sensuelle Hathor. Sous la domination romaine (règne d'Auguste), un petit sanctuaire à Isis est édifié pour commémorer sa naissance : le "Mammisi" ou "Iséum de Dendérah". Dès l'Ancien Empire, Isis est aussi révérée dans les villes de Qûs et Coptos du . À partir du Moyen Empire, son culte est aussi attesté à Nekhen () et à Edfou (). Le temple le plus considérable se trouve dans le , à Philæ actif à partir de la . En amont de l'Égypte, en Nubie, la déesse Isis apparaît aux côtés d'autres divinités égyptiennes dans une série de temples édifiés le long du Nil ou creusés dans les falaises à partir du Nouvel Empire, à Debod, à Bouhen, à Abou Simbel, etc. Son culte est aussi adopté par les rois africains de Kerma et Méroé, indépendants après la . Isiospolis. Splendeur disparue. Dans le nord de l'Égypte, au cœur du delta du Nil se trouvait le temple d'Isis de l'antique ', la « Ville d'Isis », située entre les localités de Mansourah et Samanoud (Sebennytos). Cette cité est maintenant connue sous le nom de (« Behbeit-les-Pierres »). La bourgade doit son nom arabe au toponyme égyptien ' « la demeure de la fête », souvent abrégé en ' et attesté depuis le règne d' (). Son patrimoine antique est aujourd'hui très dégradé ; ' « les Pierres » provient des nombreux et énormes blocs de granite gris et rose d'Assouan qui s'amoncellent sur le site et seuls restes du temple écroulé. Il est fort probable que le temple ait été construit avec ce matériau pour le lier à la cataracte d'Assouan où Isis et Osiris étaient respectivement vénérés sur les îles de Philæ et Biggeh. Iséum. Le temple d'Isis de Behbeit el-Hagar, aussi connu sous le nom latin d', est un édifice tardif entièrement bâti en pierres granitiques. Ce lieu saint n'existe plus mais ses vestiges sont conservés sur un site archéologique de près de de superficie. D'après les relevés de l'égyptologue française Christine Favard-Meeks, les dimensions du temple étaient d'environ de long sur de large. Le sanctuaire était précédé d'un pronaos (ou salle hypostyle) d'une dizaine de colonnes ; plus aucune n'est intacte mais leur diamètre peut être estimé à . On suppose aussi l'existence d'un pylône d'entrée monumental. Le temple et ses dépendances (administration et entrepôts) étaient enserrés dans une vaste enceinte. Cette muraille était construite en brique crue à assises ondulées typique du règne de . D'après les cartouches royaux gravés sur les blocs de pierres, le temple a été édifié au cours des par , dernier souverain indigène, et par les pharaons lagides et . Le temple a été très tôt réduit à l'état de ruine, peut-être à la suite d'un séisme ravageur car plus aucune attestation n'est ultérieure au règne de . Il est cependant probable que le temple écroulé ait continué à bénéficier de la visite de pèlerins et de dévots après sa destruction. Un de ses blocs a ainsi été envoyé en Italie pour servir de relique dans le temple d'Isis édifié au à Rome, la capitale de l'Empire romain. Renaissance osirienne. L'examen des vestiges de l""' de Behbeit el-Hagar montre que la théologie locale imaginait Isis comme une puissante divinité primordiale et universelle égalant en puissance le dieu créateur Atoum. Isis est plus particulièrement chargée de protéger et de vivifier la momie de son frère Osiris et, partant de là, tous les pharaons défunts. Osiris occupe par conséquent une place de choix dans le temple. Plusieurs chapelles lui sont consacrées au fond du temple, derrière le saint des saints, ainsi que sur le toit auquel on pouvait accéder grâce à un escalier monumental. Chaque chapelle osirienne rendait un culte à une forme particulière du dieu ; celle dédiée à « Osiris qui s'éveille bien portant » condensait des croyances issues de tout le Delta, la religion égyptienne s'organisant autour de croyances locales et d'épisodes mythiques aux nombreuses variantes. Philæ. Sauvé des eaux. Dans le sud de l'Égypte, en territoire nubien, l'ancienne île de Philæ, longue de et large de , est à présent submergée sous les eaux du lac Nasser. Elle était située à cinq kilomètres au sud de la ville d'Assouan et près de la première cataracte du Nil où le cours du fleuve est encombré d'îles et d'îlots granitiques. Le temple d'Isis édifié en ce lieu sous la dynastie lagide et durant l'occupation romaine a failli disparaître définitivement à la suite de la montée des eaux causée par l'édification de l'ancien barrage d'Assouan. Sous le patronage de l'UNESCO, ses monuments ont été déménagés dans les années 1960-1970, à quelque au nord du lieu originel, sur l'île d'Aguilkia, plus haute de sept mètres. Temple. Selon toute vraisemblance, le premier édifice religieux à avoir été construit sur Philæ remonte à la sous la forme d'un petit kiosque à huit colonnes, sans doute pour commémorer en - 595 une victoire du roi sur les Nubiens. Un quart de siècle plus tard, le roi fait édifier, sur une petite butte rocheuse, un petit temple d'Isis à trois salles en enfilade. Sous la , fait édifier un kiosque à dix-huit colonnes qui sera ultérieurement déménagé vers le sud de l'île au cours du règne de . La construction de l'actuel sanctuaire d'Isis ne débute qu'au début du sous à l'arrière du temple d'Amasis qui sera par la suite rasé pour laisser la place à un pronaos de dix colonnes fermé par un pylône. poursuit l'œuvre en faisant établir un mammisi devant la tour occidentale du pylône. Cet édifice est ensuite agrandi sous . La période de construction du pylône d'entrée par devant le mammisi n'est pas connue. On admet toutefois que la cour entre les deux pylônes a été fermée à l'est sous par une colonnade qui forme un portique pour un bâtiment à quatre salles. Le temple d'Isis proprement dit est entouré par une série d'autres sanctuaires : le temple d'Harendotès (Horus) à l'ouest, le temple d'Imhotep (l'architecte de la première pyramide) et les temples de Mandoulis et d'Arensnouphis (deux dieux nubiens) sur le parvis méridional, le temple d'Hathor et le kiosque de Trajan à l'est et le temple d'Auguste au nord. Hymnes à Isis. D'après la dizaine d'hymnes gravée sur les murs du temple de Philæ, il apparaît que les prêtres locaux ont élaboré une théologie propre à l'endroit où Isis assure quatre grandes fonctions. La déesse est avant tout la protectrice du cadavre de son frère Osiris, censé reposer dans l'Abaton, la place pure inaccessible de l'île voisine de Biggeh. Tous les dix jours, la statue d'Isis sortait en procession hors du temple portée par des prêtres. Elle se rendait ensuite en barque auprès du tombeau de son époux pour lui faire une libation de lait et une fumigation d'encens. Ce rituel revivifiait Osiris, lui permettait de vivre dans l'au-delà et provoquait la crue annuelle du Nil. La deuxième fonction fait d'Isis la mère du faucon Horus qui unit en sa personne la fonction de protecteur du roi défunt et la charge royale du souverain régnant. Le troisième rôle de la déesse est celui d'être le serpent uræus chargé de défendre le dieu solaire Rê contre Apophis lors de son voyage dans le monde inférieur. Mises ensemble, ces trois fonctions font d'Isis, quatrièmement, la déesse bienfaitrice de l'Égypte, une divinité aux pouvoirs démiurgiques et présidant à toutes les villes du pays. Mystères osiriens. Rituels du mois de Khoiak. En Égypte antique, le premier millénaire avant notre ère se caractérise par de profondes évolutions dans le domaine des croyances religieuses. L'une des mutations les plus importantes, en germe dès le Nouvel Empire est la montée en puissance du culte d'Osiris et Isis durant la Basse époque et la Période ptolémaïque. Osiris devient la figure tutélaire du pouvoir monarchique et son mythe est mis en avant par les pharaons et leurs proches pour constituer une nouvelle idéologie royale. L'importance des rites osiriens ne cesse de croître en particulier ceux exécutés lors du mois de Khoiak (octobre-novembre). Chaque grand sanctuaire se voit doté d’un "Osiréion", à savoir un complexe cultuel composé de chapelles dédiées à la renaissance d'Osiris, assassiné et démembré par Seth. Chaque année s'y répètent les mêmes rituels calqués sur les gestes magiques et funéraires accomplis dans le mythe par Isis. Par le truchement de petites figurines sacrées, les prêtres reconstituent symboliquement le corps du dieu martyrisé. Ceci fait, les figurines sont conservées durant douze mois puis sont inhumées au sein de nécropoles spécialement dédiées à cet effet. Cette régénération est symboliquement placée sous le patronage du pharaon qui dans l'iconographie ouvre une procession de quarante-deux divinités qui accourent vers Isis la veuve éplorée. Chaque divinité symbolise l'un des quarante-deux nomes du pays et l'un des quarante-deux lambeaux dispersés par le meurtrier à travers l'Égypte. La recomposition annuelle du corps d'Osiris par le moyen de ces figurines est ainsi érigée en processus de réunification politique accomplie par Pharaon dans un pays en proie à diverses difficultés (crises dynastiques, invasions étrangères, révoltes populaires). Chentayt, la veuve éplorée. Lors des rituels de Khoiak, Isis apparaît sous les traits de la déesse Chentayt dont le nom signifie « Celle qui souffre », une désignation de la veuve éplorée. Durant le Nouvel Empire, Chentayt fait à la fois partie du panthéon local d'Abydos et de Busiris, les deux villes majeures du culte d'Osiris. Dans l'iconographie, la déesse se dédouble ainsi en une Chentayt d'Abydos avec la coiffure d'Isis (trône) et en une Chentayt de Busiris avec la coiffure de Nephtys sœur d'Isis. Plus tardivement, Nephtys apparaît sous la forme de la déesse Merkhetes « Celle dont la flamme est douloureuse » afin de donner à Isis-Chentayt une vraie contrepartie féminine. Le rôle des deux déesses est défini par une inscription du temple d'Edfou, Le rôle de Chentayt est essentiel durant les rituels de Khoiak car il apparaît que ces mystères religieux se déroulent dans le "Per-Chentayt" ou « Demeure de Chentayt ». Cette dénomination sert, entre autres, à désigner les chapelles osiriennes situées sur le toit-terrasse des temples de Dendérah et de Philæ. Là, les prêtres confectionnaient les statuettes momiformes d'Osiris. Dans une chapelle de Dendérah, Chentayt est représentée agenouillée devant une balance en présence de Khnoum et Ptah les dieux primordiaux qui ont façonné la chair des humains. Elle s'apprête à peser les ingrédients apportés par tous les dieux du pays. La statuette de l'« Osiris végétant » est constituée d'un mélange de céréales (blé ou orge), de terre et d'eau. Chentayt est celle qui . Le blé et l'or sont dans la langue égyptienne deux mot à la prononciation similaire ("neb") et une comparaison poétique s'est mise en place entre la couleur des blés et celle du métal précieux considéré comme la peau des divinités. Diffusion isiaque. Durant plus de sept siècles, entre la fin du avant et la fin du de notre ère, les cultes d'Isis, de son parèdre Sarapis (forme hellénisé d'Osiris), de leur fils Harpocrate et Anubis (le dieu chacal) se sont diffusés hors d'Égypte tout autour du bassin méditerranéen et même au-delà, en Arabie, dans l'Empire kouchan (Inde), en Germanie et en Bretagne. Ce phénomène religieux est l'un des plus remarquables des époques hellénistique et romaine. La déesse Isis est la figure centrale de ce panthéon. De nombreuses cités grecques et romaines lui ont voué un culte officiel. Dans la littérature scientifique moderne, cette diffusion de la croyance égyptienne prend les noms de « cultes égyptiens », « cultes alexandrins », « cultes nilotiques » ou « cultes isiaques ». Les spécialistes comme Laurent Bricault distinguent les cultes d'Isis qui précèdent la diffusion du culte de la déesse à l'époque ptolémaïque, des cultes isiaques qui correspondent à la nouvelle religion égypto-hellénistique établie par les Ptolémée sous les auspices du dieu Sarapis à Alexandrie, et qui sera enrichie dans son périple méditerranéen par les apports du monde gréco-romain. Territoires grecs. Premiers fidèles. À partir de la fin du avant notre ère, le culte de la déesse Isis est attesté sur le sol grec. Dans un premier temps, la croyance est diffusée par des Égyptiens expatriés, sans doute des marchands, qui désirent vénérer, hors d'Égypte, une divinité qui leur est chère. La plus ancienne mention remonte à -333 dans un décret qui rappelle que l'assemblée athénienne avait accordé à des Égyptiens le droit d'édifier un temple d'Isis dans la ville portuaire du Pirée. Un des premiers prêtres expatriés est un certain Ouaphrès (Ouahibparê) né à Bousiris en Basse-Égypte et décédé vers -250 à Démétrias en Magnésie. Un autre de ces personnages est le prêtre Apollônios de Memphis qui a fondé, au début du , le culte de Sarapis et Isis sur l'île sainte de Délos alors réputée pour être le lieu de naissance du dieu Apollon. Autour des décennies 230-220 d'avant notre ère, Isis et Sarapis possèdent des temples en Attique (Pirée, Athènes, Rhamnonte), en Béotie (Orchomène, Chéronée), en Macédoine (Thessalonique), en Thrace (Périnthe), en Carie (Halicarnasse, Kéramos, Stratonicée), dans les îles du Dodécanèse, des Cyclades. Cultes officiels. Au , des universitaires ont tenté d'expliquer la rapide diffusion du culte d'Isis en terres grecques. Selon le Belge Franz Cumont (1868-1947), cette diffusion est la marque d'une décision impérialiste de la dynastie lagide, opinion contestée en 1960 par l'Anglais Peter Marshall Fraser pour qui ce phénomène est peut-être causé par des mercenaires grecs de l'armée lagide revenant d'Égypte. D'autres comme Richard Harder ont défendu l'idée d'une propagande orchestrée par le clergé égyptien. Il semble cependant que l'on ne puisse pas intégrer la diffusion isiaque dans un schéma cohérent et homogène. La fondation de lieux de cultes est avant tout le fait d'individus ou de groupes d'individus désirant pratiquer leur religion là où ils se trouvent. Les débuts du culte sont généralement modestes et pratiqués chez des particuliers. Dans un deuxième temps, avec l'augmentation du nombre des fidèles et le recrutement auprès des citoyens aisés, les cultes égyptiens se sont intégrés politiquement dans la vie des cités grecques. D'abord méfiantes, les autorités ont ensuite pris en main l'organisation du culte pour mieux le contrôler, pour édifier des sanctuaires publics et pour payer les prêtres comme à Délos, à Athènes, à Priène ou à Rhodes. Cette installation officielle fait parfois suite à une demande d'autorisation auprès des dieux grecs. Au milieu du , les Istriens ont ainsi interrogé l'oracle d'Apollon de Chalcédoine à propos de l'opportunité d'introduire un culte officiel à Sarapis en leur ville. Arétalogie d'Isis. L'introduction du culte d'Isis ou de Sarapis dans une ville grecque peut être précisée grâce à des témoignages écrits laissés par les dévots eux-mêmes. L"'Arétalogie d'Isis" est un texte aux aspects prosélytes connu par de nombreuses copies et variantes. Il s'agit d'une longue litanie qui recense les multiples pouvoirs de la déesse : souveraine, législatrice, démiurge, etc. Le texte original semble avoir été rédigé en Égypte par des prêtres de Memphis au cours du peut-être pour s'affirmer comme un allié fidèle du pouvoir royal lagide installé en Alexandrie face au puissant clergé thébain prompt à l'insoumission et à la rébellion armée. On ne sait cependant pas si l'Arétalogie est un texte de propagande diffusé par un pouvoir religieux ou politique organisé ou s'il s'agit d'un texte très populaire auprès de dévots enthousiastes : Monde romain. Italie. À partir de la fin du avant notre ère, le culte d'Isis se répand largement en Italie et autour de la méditerranée occidentale. L'introduction de la croyance égyptienne en terres italiennes débute probablement par les régions de Campanie et de Rome grâce à de riches marchands italiques chassés de l'île de Délos lors des guerres mithridatiques. Dans l'intérieur des terres, Isis est aussi mentionnée à Nursia et à Tusculum. Très tôt, la déesse est aussi fortement implantée en Sicile, dès la fin du , grâce aux fortes relations diplomatiques entretenues par le roi avec les pharaons lagides. La diffusion de la croyance se réalise à partir de grands centres urbains comme Puteoli, Pompéi, Rome, Aquilée et Ostie. Dans cette dernière ville, le port aménagé par l'empereur Trajan attire de nombreux marchands égyptiens et adorateurs de la déesse. Dès l'époque d'Auguste, à Industria en Ligurie, le culte est introduit et entretenu financièrement par deux riches familles (connues à Délos avant son pillage en l'an -88), les "Avilli" et les "Lollii". Sous Tibère et Hadrien, Industria est connue pour son "Iséum" et sa fabrique d'objets de culte en bronze de style égyptisant. Au , à Pompéi, les isiaques semblent former une communauté prospère. Le tremblement de terre qui secoue la ville en l'an 62 de notre ère détruit le temple d'Isis. Celui-ci est cependant reconstruit par Numérus, un riche particulier. En échange, les autorités acceptent son jeune fils au sénat local. Le nouveau temple, détruit en 79 par l'éruption du Vésuve, est redécouvert en 1764 lors de fouilles. Empire romain. Dès le avant notre ère, le culte d'Isis se répand en dehors de la péninsule italienne vers le reste de l'occident européen par les routes alpines et vers l'Orient grâce aux marins et marchands égyptiens et syriens. Le culte s'implante à Rome malgré la résistance du Sénat romain et malgré des persécutions religieuses sous les règnes d'Auguste et de Tibère. L'officialisation date du règne de Caligula qui décide de faire construire un temple d'Isis sur le Champ de Mars. En Gaule, en Germanie et en Bretagne, l'implantation du culte d'Isis est la conséquence de la colonisation romaine et la pénétration du culte correspond aux grands axes marchands, principalement la vallée du Rhône et dans une moindre mesure celle du Rhin. Dans les provinces danubiennes (Dacie, Pannonie), les colonies où s'édifient les temples isiaques sont souvent aussi des centres du culte impérial. En Afrique du Nord, la présence de la déesse reste modeste et se cantonne le long des côtes dans la région de Carthage. En Ibérie, sa présence se remarque dans quelques vallées fluviales (Guadiana et Douro). Vers la fin du règne de Commode, Sarapis et Isis deviennent les protecteurs de l'Empereur et de l'Empire. Au , la période sévérienne marque l'apogée du culte d'Isis dans le monde antique. Durant le , malgré la nette progression du christianisme, la croyance en Isis persiste. Jusqu'à la fin du , l'aristocratie romaine qui reste attachée à la défense du paganisme, maintient le culte d'Isis malgré les nombreuses attaques polémiques des cercles chrétiens. Provinces gauloises. Les hasards des découvertes archéologiques n'ont pas encore permis de découvrir les vestiges d'un sanctuaire d'Isis sur le territoire français. La présence de son culte est toutefois attestée par de nombreuses sources épigraphiques (inscriptions sur des stèles ou sur des statues). La Narbonnaise est la région gauloise qui fournit le plus grand nombre de témoignages de ce genre. Les principaux secteurs sont la vallée de la Garonne, les environs de Toulouse ('), de Narbonne (') et la vallée du Rhône depuis le delta et jusqu'aux villes de Lyon (') et Vienne ('). La croyance a sans doute été introduite en Gaule par l'entremise des villes côtières fréquentées par des Grecs, des Orientaux hellénisés et des Italiques (Campaniens) pratiquant le commerce maritime. La présence d'un temple d'Isis est attestée à Nîmes ('), une ville fondée par Auguste pour des vétérans militaire revenus d'Égypte. Ce fait a été commémoré par des pièces de monnaie frappées d'un crocodile enchaîné à un palmier (ce motif figure sur les armoiries de la ville depuis 1535). Nîmes est aussi connue pour sa confrérie des Anubiaques vouées au culte du chacal Anubis. Les villes de Marseille (') et Arles (') disposaient elles aussi de temples d'Isis. Celui de la cité de Lyon (') se situait probablement sur la colline de Fourvière où une inscription dédiée à "" a été découverte sur une statue de . Depuis cette ville, le culte d'Isis s'est propagé vers les vallées de la Loire, de l'Allier et de la Saône. Des statuettes égyptiennes ou de style égyptisant ont été sporadiquement découvertes sur l'ensemble du territoire gaulois. Tel est le cas à Strasbourg ("Argentoratum"). Dans cette ville militaire, le culte d'Isis ne semble toutefois pas avoir bénéficié d'un temple, contrairement à Mithra ( de ). À Paris, les témoignages sont tout aussi maigres et discutables. On peut toutefois signaler la découverte en août 1944 d'artefacts égyptiens (fragments de statuettes en céramique, restes de papyrus du "Livre des Morts") dans les vestiges d'un bâtiment que l'on pourrait interpréter comme étant une bibliothèque dépendant d'un sanctuaire isiaque (quartier latin, non loin des thermes de Cluny). Réinterprétations. Statuaire. L'image la plus fréquente dans la sculpture gréco-romaine représente Isis debout le poids du corps porté sur une seule jambe, un sistre brandi dans la main droite et une situle (petit vase avec une anse) dans la main gauche pendante. Ce mode de figuration semble apparaître au de notre ère. Auparavant, dans les cercles hellénisés, dans l'Égypte des Ptolémées ou dans les nouveaux territoires grecs acquis à la déesse, Isis est figurée avec une corne d'abondance dans la main gauche et une patère (coupe à boire évasée) dans la main droite. Ce type doit remonter au avant notre ère et se rencontre à Alexandrie, à Délos ou gravé sur des lampes à huile découvertes à Pompéi. Un second type fait voir la déesse tenir une situle dans la main gauche baissée et un Uræus (serpent) dans la main droite levée vers l'avant. Originaire d'Alexandrie vers le , un type de statuaire montre la déesse vêtue d'une fine tunique, le "chiton" et d'un lourd manteau à franges, l"'himation" dont les extrémités sont nouées entre les seins. Rapprochements mythologiques. Même si Isis est adoptée par les peuples gréco-romains, la déesse reste largement perçue comme une divinité étrangère. De nombreuses épithètes signalent son origine égyptienne : ' (l'Égyptienne), ' d'après l'antique nom de la ville côtière d'Abousir (située à l'ouest d'Alexandrie), ' (Memphis), ' (Mont Casion près de Péluse). Les phénomènes de l’Interpretatio Graeca et du syncrétisme ont fait qu’Isis a été assimilée ou confondue avec des déesses grecques comme Aphrodite, Tyché, Déméter, Hygie. En Italie, la déesse a pris les aspects de la déesse Fortuna adorée à Préneste, une divinité de l'agriculture, de la fécondité et de l'amour. Ces nombreuses associations ont fait d'Isis la déesse aux dix mille noms "" : Voile d'Isis. Au , dans son traité "Sur Osiris et Isis", le grec Plutarque s'est efforcé de donner une explication philosophique au mythe égyptien. D'après lui, le peuple égyptien est détenteur d'un très ancien savoir réservé à un petit groupe de prêtres et d'initiés. Cette vérité est dissimulée derrière des symboles et chaque pharaon, lors de son intronisation, est . Pour démontrer cette dissimulation, Plutarque met en avant trois exemples : les sphinx, qui suggèrent la présence dans les temples d'une énigmatique sagesse, le nom du dieu Amon qui signifie « Celui qui est caché » et une inscription gravée sur une statue de Neith vénérée à Saïs et assimilée à Athéna et à Isis : L'inscription de Saïs est évoquée, une seconde fois, au , par le grec Proclus dans son "Commentaire du Timée" de Platon, mais sous une forme différente et plus développée : L'expression « aucun mortel n'a jamais soulevé mon voile » qu'adopte Plutarque prête à confusion. Il est tentant d'imaginer une statue d'Isis, le visage caché sous un châle que l'initié soulève tel un époux le jour des noces lorsque se présente à lui son épouse voilée, le dévoilement signifiant la découverte des mystères cachés. Cette interprétation est peu crédible, les Égyptiens ne voilant pas leurs déesses. Plutarque parle plutôt d'une tunique, le "péplos" étant un lourd vêtement en laine, tandis que le soulèvement de la robe et le dévoilement du sexe féminin d'Isis (ou des déesses qui lui sont identifiées) est un motif mythique et iconographique attesté en Égypte. Voyages de la vache Io - Isis. Le personnage de Io, prêtresse grecque transformée en génisse a très vite été rapproché d'Isis, la déesse égyptienne aux aspects bovins. D'après un mythe grec connu au moins depuis Eschyle, Zeus remarqua Io et la belle devint rapidement une de ses nombreuses maîtresses. Leur relation continua jusqu'à ce que Héra, l'épouse de Zeus, les eût presque surpris. Zeus parvint à échapper à cette situation en transformant Io en une magnifique génisse blanche. Cependant, Héra ne fut pas dupe et exigea de Zeus qu'il la lui donnât comme présent. Héra confia la génisse à la garde d'Argos, aux cent yeux, pour qu'il la maintienne à l'écart de Zeus. Ce dernier demanda alors à son fils Hermès de tuer Argos. Ce geste accompli, Héra se vengea en envoyant sur Io un taon chargé de la piquer sans cesse. Celle-ci, affolée et rendue furieuse, s'enfuit et parcourut de nombreux pays. Elle traversa à la nage plusieurs mers d'Europe et d'Asie pour arriver finalement en Égypte où Zeus lui fit retrouver sa forme humaine. Elle y épousa le roi Télégonos et leurs descendants régnèrent sur le pays. À partir de cette histoire, les auteurs latins ont multiplié les rapprochements entre Isis et Io, tel l'écrivain Ovide qui, dans ses "Métamorphoses" (, 686-694), désigne Isis comme étant la fille d'Inachos, le dieu-fleuve réputé être le père de Io. Au , Apollodore le Mythographe résume le mythe de Io dans son ouvrage la "Bibliothèque" (, 7-9), en assimilant la déesse grecque à Isis : Mystères d'Isis. La rencontre des cultures grecques et égyptiennes durant la période ptolémaïque a donné naissance aux Mystères d'Isis, un culte de la déesse basé sur des événements festifs publics et sur des cérémoniels plus confidentiels. Ces derniers ne sont accessibles qu'aux individus ayant entrepris un enseignement spirituel inauguré par une initiation aux mythes et symboles de la croyance en Isis, durant des épreuves, nocturnes et secrètes, tenues dans l'enceinte des temples isiaques. Fêtes publiques. De nombreux documents gréco-romains attestent de l'existence de journées festives destinées à rendre grâce à Isis. Ces dates rappellent les principaux exploits mythiques de la déesse et structurent la vie communautaire de ses adorateurs. D'une manière générale, une fête commence par une procession destinée à présenter les statues divines à la foule. La manifestation se poursuit par des prières, des libations et des sacrifices, pour s'achever par un banquet dans l'aire du temple. D'après le "Calendrier de Philocalus", daté de l'an 354, les journées isiaques sont la Navigation d'Isis (') le 5 mars, les fêtes de Péluse (') du 20 mars, la fête de Sarapis (') du 25 avril, la fête des lampes (') du 12 août, les fêtes d'Isis (') du 28 octobre au , et les réjouissances (') du 3 novembre. La navigation d'Isis célèbre la déesse en tant que protectrice des bateaux et des navigateurs, à l'occasion de la réouverture de la navigation en mer après l'arrêt hivernal. L'écrivain Apulée de Madaure nous a laissé une description pittoresque de cette manifestation ("Métamorphoses" ou "Âne d'or", ). Une autre célébration en lien avec la mer est la fête du ' (avril), destinée à protéger les convois de blé entre Alexandrie et Rome. Les ' sont des fêtes agricoles qui correspondent à des célébrations égyptiennes du 30 Pharmouti. Il est probable que les ' sont en rapport avec le jeune dieu Harpocrate, fils d'Isis. À l'automne, la semaine des ' célèbre la passion d'Osiris ; elle commence le 28 octobre par la mort du dieu et s'achève le 3 novembre par sa résurrection. Ces journées transposent en terres gréco-romaines les célébrations égyptiennes du mois de Khoiak où, lors de rituels secrets et publics, des officiants rejouaient la quête d'Isis et reconstituaient le corps d'Osiris sous la forme de figurines. Initiation. Dans l'esprit de nombreux Grecs, l'être humain peut échapper à la mort et survivre aux limites fixées par la vie et le destin. Cette idée est pleinement vécue et intégrée dans les Mystères d'Éleusis et dionysiaques. Là, dans le cadre d'un rituel secret et initiatique, le myste prend conscience de la signification profonde des mythes et reçoit le réconfort d'un bonheur spirituel. Très peu de documents parlent des Mystères d'Isis, les initiés ayant l'obligation du secret. L"'Arétalogie d'Isis" fait dire à la déesse qu'elle a enseigné aux hommes les initiations, ce qui implique qu'il devait exister, dans le cadre de son culte, la révélation d'un enseignement caché à ceux qui lui en faisaient la demande. Cette révélation devait sûrement être accompagnée de rites destinés à tester la détermination, les capacités et le courage du candidat, mais aussi à l'intégrer dans le petit groupe des bénéficiaires du savoir. Un hymne du avant notre ère, mis au jour à Maronée en Thrace, loue Isis pour avoir . L'existence de groupes d'initiés est très peu attestée mis à part quelques allusions sur des stèles funéraires des exhumées en Bithynie, à Rome et à Brindisi. Origines des Mystères d'Isis. Secrets égyptiens. Selon une tradition grecque qui remonte à l'historien Hérodote, les dieux hellènes et leurs cultes à mystères ont des origines égyptiennes ("Histoire", , 49-50). Cette affirmation n'a cependant aucun fondement crédible. Par ailleurs, Hérodote évoque ces cérémoniels égyptiens accomplis en l'honneur d'Osiris. Il rapporte que l'on donne, de nuit, sur le lac sacré du temple de Saïs, . Il rapproche cette fête des mystères éleusiens de Déméter, mais ne donne guère de détails, préférant garder un pieux silence sur ces deux rites ("Histoire", , 170-171). En l'état actuel des connaissances, il semble toutefois qu'il n'existait pas en Égypte des mystères dans le sens où l'entendaient les Grecs, à savoir des rites d'initiation à des secrets religieux. Le témoignage d'Hérodote se réfère plutôt à une mise en scène théâtralisée des principaux épisodes du mythe osirien, un jeu sacré où le personnage d'Isis tenait une grande place. Dans le cas égyptien, le secret évoqué par Hérodote tient au mutisme auquel les prêtres s'astreignaient au sujet du meurtre d'Osiris. Le silence s'exerçait aussi à propos des saintes reliques déposées dans les sépultures fondées par Isis lors de sa quête des membres épars. Rituel grec. Si les mystères d'Isis ne découlent pas de traditions égyptiennes, il est alors probable que les Mystères de Déméter, célébrés à Éleusis, près d'Athènes, soient à l'origine de cette manifestation de piété isiaque. Il est avéré que dès le , les deux déesses, Isis et Déméter, ont été assimilées l'une à l'autre dans la pensée grecque. Hérodote affirme ainsi que ("Histoire", , 59). À l'époque ptolémaïque, les prêtres égyptiens du Fayoum ont eux-mêmes popularisé ce rapprochement à l'attention des colons grecs. Dans un hymne à Isis gravé en caractères grecs sur le temple du village de Narmouthis, il est ainsi affirmé que la déesse est , le dernier théonyme se rapportant évidemment à Déméter, la « Terre Mère ». Les mystères de Déméter et Perséphone (sa fille) ont peut-être été célébrés en Égypte-même, un faubourg d'Alexandrie ayant pris le nom d'Éleusis. Au , un hymne vantant les vertus d'Isis, l’"Arétalogie de Maronée" lie clairement la déesse égyptienne au sanctuaire athénien d'Éleusis : Enseignement secret. Le récit d'Apulée de Madaure au des "Métamorphoses" est la seule source antique décrivant le déroulement de l'initiation aux Mystères d'Isis. La déesse n'y occupe pas la place centrale et sert plutôt de médiatrice. Lucius, le héros du roman apuléen, après avoir vu en songe la déesse, se décide à subir l'initiation. Elle est décrite comme une mort volontaire et un salut obtenu par la grâce divine. Le myste accomplit une descente aux enfers où il voit briller le soleil en pleine nuit : L'initié a été conduit dans les cryptes du temple suggérant la Douât, le royaume des morts égyptiens. Dans l'Égypte antique, le défunt accède à la vie éternelle en étant assimilé à Osiris. Durant le Nouvel Empire, les pharaons bénéficient dans leurs tombeaux d'une littérature funéraire réservée à eux seuls ; les "Livres du monde souterrain" présentent, heure par heure, le parcours nocturne de la barque solaire. Dans les Mystères d'Isis, il semble que l'initié bénéficie de son vivant de ce voyage secret. Au milieu de la nuit, il s'identifie à Osiris et naît le matin comme Rê, le soleil régénéré. Ce voyage mystique est placé sous la protection d'Isis. En échange de cette révélation, l'initié est tenu à des obligations de piété, de pureté et d'obéissance. La cérémonie l'ouvre à une vie nouvelle ; sa connaissance du sens profond du mythe lui permet de participer, en tant que prêtre, au culte de la déesse. Vêtement initiatique. Lors de l'initiation de Lucius aux Mystères d'Isis ("Métamorphoses", ), Apulée mentionne le port de douze tuniques-"stolæ". Ces vêtements évoquent les douze heures de la nuit et les douze régions de l'au-delà traversées par Rê lors de son voyage souterrain : . D'autres sources rapportent l'existence d'initiés "" porteurs de sept tuniques à l'imitation de la déesse Isis. Les sept habits évoquent les sept planètes astrologiques (Soleil, Lune, Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne) sur lesquelles la déesse Isis exerce son pouvoir divin en tant que reine du ciel "regina caeli". D'après le Pseudo-Hippolyte de Rome dans son ouvrage "Contre les hérésies" (), les Mystères d'Isis sont pour les Égyptiens . D'après Plutarque, . Lorsque Lucius reçoit en songe la visite d'Isis celle-ci ne porte pas les sept robes astrologiques mais une tunique lumineuse, symbole du jour et un manteau noir symbole du ciel nocturne : . Une tunique en lin d'époque romaine (), trouvée en 1922 dans une tombe de Saqqarah, est sans doute un vêtement porté lors d'une séance initiatique. Chaque côté est orné de deux scènes. À l'avant, le registre inférieur montre un groupe de divinités. Isis est représentée au centre, agenouillée dans un fourré de papyrus. Elle est vêtue d'une longue robe égyptienne parsemée d'étoiles. Elle tient à la main un serpent couronné de l'atef et semble lui donner un baiser. Cette scène évoque probablement l'union d'Isis et d'Osiris, le serpent devant figurer l'époux de la déesse. Isis face au christianisme. Fin du paganisme. Dès le , des groupes chrétiens se montrent actifs en Égypte. Mais, jusque tard dans le , il ne s'agit que d'une très faible minorité ; la nouvelle religion peine à se diffuser, hors des villes, dans les campagnes. Il est probable que, sous le règne de l'empereur , la religion païenne conserve sa supériorité numérique. Le christianisme ne commence à montrer sa puissance que vers la fin du , encouragé par une politique impériale très favorable. Sous , la destruction du Sérapéum (temple de Sarapis) d'Alexandrie en 391 est le signal des très durs affrontements qui vont secouer l'Égypte durant tout le . Après 450, la victoire du christianisme est manifeste. La situation demeure pourtant confuse, beaucoup de païens se convertissant pour éviter des persécutions, tout en gardant les anciennes divinités égyptiennes dans leur cœur. En 485-487 le temple d'Isis du village de Ménouthis, situé à quelques kilomètres à l'est d'Alexandrie, est encore en pleine activité. Durant le , la déesse Isis reste populaire en Haute-Égypte où les païens locaux s'allient aux forces Blemmyes (des nomades) pour piller les monastères chrétiens situés aux portes du désert. Durant les , sur l'île de Philæ, des prêtres continuent à exercer le culte d'Isis au profit des peuples Noubades et Blemmyes. La pratique réussit à se maintenir après l'an 453 au terme d'une trêve politique conclue entre les Byzantins chrétiens et les Nubiens païens. Selon l'historien Procope de Césarée, ces païens furent privés du temple de Philæ lorsque l'empereur Justinien décida d'y envoyer une armée aux ordres du général Narsès, aux alentours des années 535-537 : Selon l'égyptologue Jitse Dijkstra, l'affirmation de Procope est à l'évidence une exagération. Le temple de Philæ est l'un des mieux conservés d'Égypte, il n'a donc pas été détruit. Tout au plus, les militaires ont-ils été réquisitionnés afin de marteler quelques bas-reliefs représentant les divinités honnies. Il est fort douteux que le culte d'Isis fût encore très florissant à Philæ durant la décennie 530. Les témoignages épigraphiques laissés par les pèlerins sont encore nombreux au mais commencent à s'épuiser au . Quant aux dernières mentions, elles ne dépassent pas les années 456-457 et n'ont été laissées que par des prêtres isolés issus d'une même fratrie. Depuis la fin du , l'île est le siège d'un évêché. Entre 525 et 577, son évêque est un certain Théodore qui fit placer, après le passage des soldats, un portrait de saint Étienne au sein d'un temple converti en église copte. Dans les décennies suivantes, les trois royaumes nubiens se convertissent au christianisme, en l'an 543 pour la Nobatie, en 550 pour la Makurie et vers 570 pour l'Alodie. D'Isis à la Vierge Marie. Durant les quatre premiers siècles de l'ère chrétienne, les figures maternelles d'Isis, mère d'Horus et de Marie, mère de Jésus ont coexisté. Tant en Égypte qu'autour de la mer Méditerranée, le culte d'Isis est florissant jusqu'au et ses figurations sont très répandues. La plus ancienne représentation connue de la mère du Christ est une peinture de la catacombe de sainte Priscille à Rome qui pourrait être datée du . La Vierge est assise et elle allaite son fils, tandis qu'un personnage montre du doigt une étoile située au-dessus de sa tête. La chrétienté a pris naissance dans le milieu juif, où l'interdit des images divines est très fort, (Exode, 20, 4). Les premiers croyants chrétiens n'ont donc pas disposé d'une tradition picturale monothéiste. Par conséquent, il est fort possible qu'ils aient puisé dans le répertoire polythéiste. Or, l'iconographie d'Isis montre très souvent la déesse assise sur un trône en train d'allaiter le très jeune Horus. L'emprunt aux cultes isiaques est d'autant plus probable que la culture gréco-romaine n'offre pas d'autre modèle de déesse allaitante. Imaginaire européen. Malgré la disparition du culte d'Isis en Égypte et en Europe, balayé par la croyance en Jésus-Christ, la déesse égyptienne est restée dans la mémoire des lettrés et érudits européens en tant qu'objet de curiosité intellectuelle, artistique et savante. Entre la fin du Moyen Âge et le déchiffrement des hiéroglyphes en 1822, les érudits n'ont cessé de se pencher sur le phénomène de la présence d'Isis en Europe. De nombreuses théories historiques et étymologiques ont ainsi été élaborées. Tenues pour vraies en leur temps, la plupart de ces réflexions ont depuis été invalidées par les sciences modernes (égyptologie, archéologie, philologie, etc.). Moyen Âge tardif. Une dame de renom. Dans la littérature scolastique avec ses encyclopédies savantes et ses recueils grammaticaux, les allusions aux dieux égyptiens sont nombreuses. La connaissance de la langue égyptienne s'étant perdue, leurs mythes ne sont cependant plus perçus qu'à travers le prisme des auteurs latins tardifs et transformés en paraboles pieuses. L'histoire d'Isis-Io est ainsi régulièrement reprise et commentée entre les . Dans sa "Généalogie des Dieux" et dans ses "Dames de Renom", le toscan Jean Boccace, est le premier érudit à se dégager des préjugés de la théologie chrétienne. Chez cet auteur, Isis, Apis et Thot/Mercure sont complètement grécisés. Identifiée à la déesse Io, Isis passe pour être la fille d'Inachos, une tradition qu'il juge inaugurée par le latin Ovide. Boccace interprète les errances de la génisse piquée par un taon d'une manière double. En s'inspirant de Macrobe, il donne à la légende une explication naturelle et physique en disant qu'Isis/Io est la Terre, Jupiter/Zeus le Soleil, Junon/Héra la Lune et le géant Argos la Raison. Boccace s'inscrit toutefois aussi dans une tradition évhémériste et fait de ces personnages des héros historiques. Il les inscrit dans une chronologie humaine en leur donnant des origines généalogiques grecques. En s'inspirant d'un passage tiré de Clément d'Alexandrie, Boccace fait d'Isis la fille de Prométhée. Dans cette seconde interprétation, Isis est en guerre contre Argos, le roi des Argiens. Ce dernier fait d'elle sa prisonnière et Jupiter suggère alors à Mercure, fils de Nilus d'assassiner le geôlier. L'assassinat accompli, Isis prend alors la fuite dans un bateau qui a pour pavillon et enseigne une vache. Elle navigue jusqu'en Égypte où elle épouse le roi Apis. Boccace note aussi une certaine contradiction dans l'œuvre d'Eusèbe de Césarée (). Selon ce dernier, Io fille d'Inachos serait soit née en l'an 3397 du monde soit en l'an 3547, tandis qu'Isis censée être la même personne ne serait née qu'en l'an 3783. Dans sa nouvelle patrie, Isis enseigne aux Égyptiens l'écriture, à vivre ensemble sous le règne de la loi, leur apprend les travaux agricoles et à faire du pain. En remerciement, ils la hissèrent au rang de déesse et instituèrent son culte : Allégorie théologique. Vers 1400, la poétesse française Christine de Pisan, dans son "Épitre d'Othéa", utilise le mythe d'Isis-Io pour inciter les hommes à la foi chrétienne. Les deux déesses sont traitées séparément comme deux allégories, l'une ayant trait aux Saintes Écritures, l'autre à la Conception du Christ. La transformation d'Io en vache et l'invention de l'écriture hiéroglyphique une fois arrivée en Égypte doit être comprise métaphoriquement par le chrétien comme une incitation à se délecter de la lecture des Évangiles : L' se base sur la tradition gréco-romaine qui fait d'Isis l'incarnation de la terre fertile et l'inventrice de l'agriculture. La déesse est aussi celle qui sema pour la première fois les blés et qui, chaque année, fait fructifier les arbres. Cette image de la fertilité doit inviter le chrétien à cultiver en son esprit les graines de la connaissance : Christine de Pisan inaugure aussi une nouvelle idée en faisant d'Isis la préfiguration de la Vierge Marie. La fertilité d'Isis qui fait naître les plantes est une métaphore de la conception de Jésus-Christ : Renaissance. Reine d'Italie. Au début de la Renaissance, le vif intérêt des érudits pour la mythologie égyptienne se manifeste le plus spectaculairement en la personne de Giovanni Nanni dit « "Annius de Viterbe" », véritable érudit et faussaire de génie. En 1498, il publie un recueil connu en langue française sous le titre des "Antiquités d’Annius". Dans cette anthologie commentée se trouvent rassemblés des écrits attribués à des auteurs de l'Antiquité, tels Bérose ou Manéthon de Sebennytos. Ces textes sont des faux, sans doute fabriqués par Annius lui-même, car ils sont manifestement influencés par les travaux de Jean Boccace. Il n'en reste pas moins qu'Annius a grandement influencé ses contemporains. En s'appuyant sur Diodore de Sicile plus que sur Ovide, son principal apport fut d'avoir scindé en deux les mythes d'Isis et de Io, jusqu'alors intimement unifiés dans la pensée européenne. D'après son pseudo-Bérose, Annius élabore une chronologie où les personnages mythologiques sont des héros divinisés (, "Antiquités babyloniennes") et où sont résumés les évènements marquants des règnes de dix-sept rois babyloniens. Annius insère dans ce cadre temporel les hauts faits du couple égyptien. Osiris serait né de Rhéa la vingtième année du règne de Nino, troisième roi de Babylone. Sous la quarante-troisième année, il aurait été adopté par Dionysos le fils d'Ammon et intronisé roi d'Égypte. Sa sœur et épouse Isis, quant à elle, serait née la première année du règne de la reine Sémiramis et aurait inventé le jardinage et la culture des céréales sous Zaméa, cinquième roi de Babylone. En s'inspirant des pérégrinations d'Osiris narrées par Diodore ("Bibliothèque historique", , 20), Annius relate un voyage d'Osiris et Isis en Europe. Durant ce séjour, le héros s'attarde plus particulièrement en Italie où il est occupé à batailler contre des géants durant dix longues années. Après la mort d'Osiris en Égypte, Isis retourne en Italie où elle poursuit son œuvre civilisatrice (sous le nom de Cérès) et où, selon Annius, la déesse aurait cuit du pain pour la première fois (à Viterbe). Ce dire s'inspire de Pline l'Ancien ("Histoires naturelle", , chap. 57, 1) qui rapporte que la déesse a remplacé les glands par les céréales pour nourriture des humains en Attique et en Sicile. Plafond peint de Pinturicchio. Proche du pape , le mythographe Giovanni Nanni influença l'artiste Pinturicchio quant à la mise en scène du mythe d'Osiris sur le plafond de l'Appartement Borgia, situé dans le palais du Vatican à Rome. Cette version peinte rompt avec la traditionnelle version de Isis-Io maîtresse de Jupiter. On y voit six épisodes successifs, le mariage d'Isis et d'Osiris, le couple enseignant les savoirs agricoles, le meurtre d'Osiris par Typhon et les Géants, Isis cherchant le corps démembré d'Osiris et ses funérailles, l'apparition du taureau Apis devant la tombe d'Osiris (imaginée comme un objet d'orfèvrerie pyramidal), et le triomphe final d'Apis. La dernière scène montre une procession où le bœuf sacré est porté à l'intérieur d'un tabernacle portatif. Cet ultime épisode est une invention de Giovanni Nanni destinée à glorifier le pape dont l'emblème familial est le taureau. La famille des Borgia aurait en effet une origine fabuleuse et descendrait en ligne directe de l'Hercule égyptien, fils d'Isis et d'Osiris. Fille du Trismégiste. Durant la Renaissance, les lettrés européens redécouvrent le Corpus Hermeticum, un ensemble hétéroclite de textes philosophiques basés sur un enseignement mystique et ésotérique attribué à Hermès Trismégiste, le « Trois fois grand ». Derrière ce maître, se cache le fameux dieu égyptien Thot assimilé aux figures divines de Hermès et de Mercure. Déjà lors de la période médiévale, les clercs chrétiens ont été intrigués par le savant Trismégiste et ont tenté de cerner sa personnalité. La question était alors de savoir si ce dernier devait être considéré comme un antique dieu ou seulement comme un sage qui avait perçu certains mystères divins. Une des solutions fut de reconnaître en lui un homme réel, un héros divinisé dans les temps obscurs de l'histoire humaine. Certains ont vu en lui le valeureux Mercure qu'envoya Jupiter pour endormir et tuer Argos, le geôlier de Io-Isis. Influencé par les "Arétalogies d'Isis" qui font dire à la déesse qu'elle a été engendrée par Hermès et que tous deux ont inventé l'écriture, les personnages d'Isis et de Trismégiste ont été considérés comme des contemporains historiques de Moïse, voire des annonciateurs ou des rivaux de ce prophète, connu et reconnu comme l'inventeur des lois juives et comme le précurseur du christianisme. Voyages germaniques. À partir du Moyen Âge tardif, la déesse Isis connaît un nouvel intérêt de la part des érudits grâce à l'étude attentive des auteurs de l'Antiquité et aussi par les nombreuses découvertes de statues et figurines égyptiennes ou égyptisantes laissées par les adeptes des antiques cultes isiaques. La Renaissance est une époque où nombre de savants croient pouvoir affirmer la présence, un peu partout, d'anciens temples d'Isis : à Paris, à Augsbourg, à Soissons, à Tournai, etc. Les progrès des sciences historiques, durant le , ont démontré que la plupart de ces affirmations se sont montrées abusives et sans réels fondements sérieux. Attestations antiques. Deux auteurs gréco-romains rapportent la présence des dieux Osiris et Isis en Europe. Selon Tacite, sénateur et historien romain du , les Anciens Germains auraient porté un culte à la déesse égyptienne : La présence d'Osiris en Europe centrale est attestée par Diodore de Sicile, historien grec du , qui rapporte une inscription lapidaire censée avoir été gravée sur une colonne commémorative à Nysa en Arabie : Mythographes allemands. À l'image des Italiens, les érudits allemands ont eux aussi porté leurs réflexions sur le mythe d'Isis et Osiris. En s'inspirant de Tacite et de Diodore, Johann Turmair publie en 1554 à Ingolstadt une chronique très détaillée du voyage en Allemagne du couple Oryz et Eysen (Osiris et Isis). De nombreux détails sont puisés, sans retenue ni esprit critique, dans l'œuvre du faussaire viterbois Giovanni Nanni, comme la mention de l'expédition guerrière d'Osiris en Italie, son règne de dix ans en cette contrée, le retour d'Isis en Europe après le meurtre de son époux ou l'existence d'une stèle osirienne à Viterbe — en réalité un faux grossier prétendument découvert par Nanni en sa ville natale. Le mythographe allemand situe l'expédition égyptienne vers l'an 2200 du monde et en présentant le couple comme des humains héroïques déifiés après leur mort : Si Johann Turmair place le voyage d'Isis sous le règne du mythique Marsus, cinquième roi d'Allemagne, d'autres comme Konrad Peutinger, Andreas Althamer ou Burckard Waldis, placent ce voyage sous le règne de son successeur le fameux roi Gambrinus : Eysen ou Isis en Germanie. Entre le et le , les humanistes et historiens allemands n'ont cessé de s'intéresser au personnage d'Isis et de gloser sur les citations de Tacite et de Diodore de Sicile qui affirment la présence d'un culte d'Isis en Germanie antique (lire plus haut). En 1506, Konrad Peutinger croit pouvoir relier la fondation de sa ville d'Augsbourg au culte d'Isis. En se basant sur une chronique du qui affirme que les Suèves vénéraient la déesse Zisa (Cisa) avant l'arrivée des Romains et sur Tacite qui prétend qu'il s'agit d'Isis, Peutinger écrit . Selon Andreas Althamer, la ville de Eisenach (Isenac) en Thuringe a reçu son nom d'Isis car . La ville d'Eisleben (Islebia) en Saxe, patrie de Martin Luther, a elle aussi été associée à ce culte. La question s'est vite posée de savoir si ces étymologies reposent vraiment sur le nom d'Isis (baptisé Eysen par Johann Turmair) ou sur le mot « fer », "Eisen" en allemand. La question fut rondement tranchée par Georg Fabricius pour qui seuls les incultes pouvaient s'opposer à l'explication mythologique ; les Souabes ayant baptisé le fer d'après le nom de la déesse pour la remercier de leur avoir enseigné l'art de forger le métal. Selon Sebastian Münster, le roi Dagobert fit construire un château à Rouffach en Alsace et . De semblables explications sont avancées pour un nombre considérable de villes, villages, ruisseaux, rivières et autres lieux-dits, par exemple pour Issenheim près de Colmar ou pour l'Isenberg, une montagne dans le canton suisse de Zurich. Paris, auprès d'Isis. Statue d'Isis de Saint-Germain-des-Prés. Plusieurs histoires fabuleuses ont été élaborées à propos de la fondation de la ville de Paris. Selon Giovanni Nanni, la ville aurait été fondée après le Déluge (vers l'an 1440 avant notre ère), par le prince Paris fils du roi des Gaulois. L'humaniste et poète italien Battista Mantovano allègue, lui, que la cité a pour origines le peuple grec des Parrasiens venu en Gaule à la suite du dieu Hercule. À ces spéculations savantes de la Renaissance, précède toutefois une thèse isiaque élaborée par les clercs de l'abbaye royale de Saint-Germain-des-Prés. Selon eux, leur abbaye a été fondée en un lieu où se situait un temple d'Isis. La plus ancienne mention connue de cette thèse est une notule ajoutée à la chronique "" du moine Aimoin (). Cet ajout est difficilement datable, des et s ou peut-être plus précisément du règne de ; il y est dit que : La notule mentionne la présence d'une statue d'Isis au sein de l'abbaye. L'affirmation n'est pas surprenante en soi, car, jusqu'au , nombres d'édifices religieux abritaient d'antiques statues : une Artémis "multimammia" en l'église Saint-Étienne de Lyon, un Hercule en la cathédrale de Strasbourg, etc. D'après la description de l'écrivain et éditeur Gilles Corrozet, dans son guide, "Les Antiquitez et Singularitez de Paris" : . En acceptant ce témoignage, il est bien peu probable qu'il s'agissait réellement d'une figuration d'Isis : la nudité de la statue et les habits à ses pieds font plus penser à une déesse gréco-romaine célibataire de type Vénus ; les déesses mariées comme Isis ou Junon ne sont généralement pas représentées entièrement dévêtues. Étymologies isiaques. Entre la fin du Moyen Âge et le milieu du , les érudits français et européens ont massivement accepté et diffusé l'idée que la fondation de la ville de Paris est en lien avec le culte de la déesse Isis. À partir de la légendaire statue d'Isis de Saint-Germain-des-Prés, s'est élaborée une étymologie qui fait de Paris la ville située près de l'Isis de Saint-Germain ; le mot latin de "Parisis" devant être issu de l'expression "Para Isis" « qui jouxte, qui est près (du temple) d'Isis ». Cette explication est cependant concurrencée par une étymologie alternative qui présente la ville de Melun comme un ancien lieu dédié à la déesse, sous le nom d'Iséos : "Parisis" serait alors "quasi par Isis" c'est-à-dire « pareil à Iséos », les villes de Paris et de Melun/Iséos étant toutes deux situées sur une île de la Seine, Paris autour de l'Île de la Cité et Melun autour de l'Île Saint-Étienne. Sous le Premier Empire, des Lettres patentes signées le 20 janvier 1811 par accordent à la municipalité de Paris la possibilité de se doter de nouvelles armoiries inspirées par le culte d'Isis. Sur proposition d'une commission d'experts, le blason municipal pré-révolutionnaire portant le vaisseau de la corporation des Nautes (mariniers) est réinterprété comme étant le symbole de la déesse Isis, perçue durant l'époque gréco-romaine comme la protectrice des marins. La proue du vaisseau est surmontée d'une figure d'Isis assise sur un trône (""proue isis" ou "parisis", Paris") inspiré par le motif central de la de Turin. Le blason est abandonné en 1814 avec le rétablissement de la monarchie. Grand Siècle. Allégorie alchimique. À partir du , Isis apparaît dans les réflexions et les spéculations des philosophes pratiquant l'alchimie. En tant que déesse symbolisant la Nature et ses mystères, Isis devient la « Mère alchimie » qui préside au Grand Œuvre et à la transmutation des métaux (plan physique) et des âmes (plan psychique). En 1672-73, dans un chapitre de la "Bibliothèque des Philosophes chimiques" publiée par William Salmon, Esprit Gobineau de Montluisant, gentilhomme à Chartres, disserte sur la symbolique cachée de la cathédrale Notre-Dame de Paris, sur les origines isiaques de la capitale française et sur le symbolisme des antiques statues de la déesse Isis. Selon lui, Isis et Osiris forment un couple alchimique où la femme représente la nature et l'humide, tandis que l'homme est le feu solaire et la chaleur naturelle. L’"Isis" de Lully et Quinault. Le 5 janvier 1677, Jean-Baptiste Lully présente au roi une tragédie lyrique intitulée "Isis" d'après un livret de Philippe Quinault. L'histoire s'inspire du mythe gréco-romain de la nymphe Io, maîtresse de Jupiter devenue déesse en Égypte sous le nom d'Isis. Cet opéra, baptisé aussi l'opéra des musiciens, du fait d'une écriture harmonique particulièrement riche, se caractérise par un prologue triomphant avec trompettes, timbales et tambours afin de célébrer la gloire de après ses victoires aux Pays-Bas. Un des passages les plus remarquables est le chœur des trembleurs (, scène 1) qui se déroule dans l'endroit le plus glacé de Scythie après que Io y a été envoyée par une furie aux ordres de Junon, l'épouse jalouse de Jupiter. L'opéra s'achève en Égypte avec le pardon de Junon envers Io et l'apothéose de cette dernière, sa transformation en divinité éternelle et son acceptation parmi les dieux du ciel au titre de déesse révérée par les peuples du Nil (, scène 3) : Fille de l'Atlantide hyperboréenne. Dans les pays de langues germaniques, le nom d'Isis a surtout été rapproché du mot "Eisen"-fer. Toutefois, sa consonance avec le mot "Eis"-glace a permis au suédois Olof Rudbeck, figure emblématique des théories gothicistes, d'intégrer la déesse égyptienne dans son système visant à faire de la Scandinavie le berceau de la civilisation européenne. Entre 1679 et 1702, il publie les quatre volumes de son "" où, pensant trouver des liens entre les personnages des sagas nordiques avec ceux des mythes grecs, il arrive à situer le pays des Hyperboréens et le continent englouti de l'Atlantide, deux contrées fabuleuses, sur le territoire de l'actuelle Suède. En se basant sur une citation de Plutarque, , Rudbeck croit déceler un lien théologique entre Téthys l'emblème grec de la fécondité marine et Isis, la glace-"Eis", première substance solide de l'univers, la terre et la vie étant issu de cette eau glacée primordiale. En suivant le mythe de la nymphe grecque Io baptisée Isis par les Égyptiens, Rudbeck donne au roi Inachos, le père de Io, une origine nordique, son nom devant signifier d'après une étymologie germanique "Jonchor" ou "Jonätor" (Pays de la Vache) décomposé en "Jon / Jona" (terre) et "Kor" (vache), Isis-Io ayant été transformé en vache en une certaine contrée. Les origines de la déesse égyptienne sont ainsi entièrement inversées. Le culte d'Isis ne provient pas du chaud pays d'Afrique mais du Grand Nord enneigé et Io-Isis serait descendue en Égypte, non pas à partir de la Grèce mais depuis la Scandinavie. Siècle des Lumières. Franc-maçonnerie. La franc-maçonnerie, apparue vers la fin du en Grande-Bretagne, s'inspire avant tout du mythe d'Hiram, l'architecte du temple de Salomon, et des textes des Anciens devoirs (les corporations des constructeurs des cathédrales). Toutefois, vers la fin du , le mythe d'Isis et ses mystères deviennent un autre aspect fondamental de cet enseignement ésotérique et élitiste. En 1783, le grand maître anglais George Smith voit dans le couple d'Osiris et Isis une représentation mythique de l'Être suprême dont l'influence s'étend sur la nature à travers les deux luminaires (Soleil et Lune). En 1784, le comte Cagliostro, un célèbre imposteur, profite de la fascination de la bonne société envers l'Antiquité et ses mythes pour créer à Paris la "Mère Loge de l'Adaptation de la haute maçonnerie égyptienne" où il officie en tant que grand-prêtre dans un temple d'Isis. En 1812, lors d'un convent philosophique, le français Alexandre Lenoir, médiéviste et franc-maçon, considère l'Égypte antique comme la véritable source et l'inspiratrice de la tradition maçonnique. Cette thèse est à présent démentie par les historiens contemporains mais continue à être entretenue dans certaines loges, en particulier par celles qui suivent les rites de Memphis et de Misraïm. Lors de son initiation, le nouvel adepte apprend que les maçons se désignent sous l'expression des « enfants de la Veuve ». L'institution maçonnique est généralement interprétée comme étant la « Veuve » d'Hiram, une communauté constituée par les fils et filles spirituels d'Hiram, le fondateur mythique assassiné par trois de ses ouvriers avides de ses secrets. Cependant, la « Veuve » maçonnique peut aussi être perçue comme une reformulation du mythe d'Osiris, assassiné par Seth, pleuré et régénéré par Isis. En assimilant Hiram à Osiris, la Maçonnerie peut alors considérer Isis comme la personnification de la loge et Horus, fils d'Osiris comme le premier franc-maçon, l'initié primordial. L'enseignement étant progressif, l'initié passe par une structure philosophique et rituelle constituée de multiples grades. Dans sa forme la plus élaborée, le rite de Memphis-Misraïm compte quatre-vingt-dix-neuf grades ; le s'intitulant « Patriarche d'Isis ». Dans un rituel remanié en 1862 et réduit au tiers, il s'agit du sur un parcours initiatique qui en compte trente-trois (Grand Ordre Égyptien du Grand Orient de France). "La Flûte enchantée" de Mozart et Schikaneder. Dans l'Europe du , il est un lieu commun de considérer l'Égypte comme le pays des enseignements secrets, des mystères religieux et des pratiques initiatiques. Cette vision se reflète le plus parfaitement dans l'opéra en deux actes "La Flûte enchantée". Cette œuvre fut jouée pour la première fois à Vienne, en 1791, la musique est une composition de Wolfgang Amadeus Mozart et le livret est d'Emanuel Schikaneder. Même si l'action n'est pas explicitement située en Égypte, l'utilisation du thème des Mystères d'Isis est flagrante (). Une prétendue version française a d'ailleurs été donnée à Paris en 1801, sous le titre "Les Mystères d'Isis". Une des sources d'inspiration est le roman français "Séthos", de l'abbé Jean Terrasson, paru en 1731 et traduit en allemand en 1732 et 1777, qui donne la part belle aux descriptions des rites initiatiques égyptiens (ou plutôt tels que l'on se les imaginait à l'époque). L'opéra est sans doute aussi influencé par les activités maçonniques de Mozart et Schikaneder, membres de la Loge "Zur Wahren Eintracht" fondée en 1781 à Vienne. Entre 1782 et 1786, la loge est dirigée par Ignaz von Born qui s'attachait, entre autres, à étudier les cultes à mystères. "La Flûte enchantée" peut donc être considérée comme un opéra maçonnique décrivant une religion double où les secrets divins ne sont réservés qu'à une élite d'initiés, tandis que le peuple est laissé dans l'ignorance. Deux puissances s'opposent : d'un côté, les ténèbres sont incarnées par la Reine de la Nuit et, de l'autre, la lumière personnifiée sous les traits de Sarastro, grand-prêtre du Royaume du Soleil et chef de la communauté des prêtres d'Osiris et d'Isis. Quand le prince Tamino apprend que sa bien-aimée Pamina, fille de la Reine de la Nuit, est retenue prisonnière par Sarastro, pour son bien et non pour lui nuire, le couple Tamino et Pamina décide de subir les épreuves de l'initiation à travers les quatre éléments . Sarastro et le chœur des prêtres entonnent alors une supplique aux dieux égyptiens : Isis ou la Nature dévoilée par les Sciences. Depuis l'Antiquité, la pensée européenne est traversée par l'idée du secret de la Nature. Cette idée est formulée pour la première fois sous l'aphorisme : par Héraclite d'Éphèse, un philosophe grec de la fin du avant notre ère. Dans l'art, ce secret est fréquemment personnifié sous les traits de la mystérieuse Isis qui, selon Plutarque, ne se laisse point dévoiler par les mortels. Entre la fin de l'Antiquité et le début du , Artémis et Isis sont volontairement confondues pour personnifier la générosité de la Nature. Cette confusion fait ainsi dire à Macrobe, au , qu'. Au début du , les artistes de la Renaissance s'approprient cette description, et, très souvent, la Nature (Isis) prend les traits de l'Artémis "multimammia" « aux multiples seins » figurée comme une femme couronnée et voilée, les jambes étroitement gainées et dont la poitrine porte de nombreux seins. Avec le développement de la pensée scientifique aux , l'esprit humain tente de percer les secrets de la Nature et, métaphoriquement parlant, de soulever le voile d'Isis. De nombreux ouvrages scientifiques, de botanique ou d'anatomie par exemple, s'ornent alors d'un frontispice montrant le dévoilement de la Nature. Plusieurs types de représentations existent. La plus fréquente consiste en une réinterprétation de l'Artémis "multimammia" figurée sous les traits d'une jeune femme vivante portant plusieurs seins, où le geste du dévoilement est amplement mis en valeur. Une des plus anciennes figure dans le traité ', publié en 1681 par le néerlandais Gerhard Blasius, où l'on voit la Science dévoiler la Nature. En 1687, dans le ' d'Antonie van Leeuwenhoek, Isis se dévoile elle-même, mais aidée par le vieillard du Temps devant la Philosophie et la Recherche scientifique. En 1793, un Philosophe dévoile Isis en ouverture du livre "De la Nature et de ses lois" de François Peyrard. En 1899, la métaphore du dévoilement d'Isis reste d'actualité grâce au sculpteur Louis-Ernest Barrias, qui dote les facultés de médecine de Paris et Bordeaux d'une figuration où une Isis, portant un scarabée entre ses deux seins, se dévoile elle-même. L'exemplaire parisien de cette "Nature se dévoilant devant la Science" est désormais conservé au Musée d'Orsay. Être Suprême. Vers la fin du , la figure d'Isis en tant que personnification de la Nature connaît une évolution très nette et, désormais, les dangers du dévoilement sont mis en avant. Sous l'influence de la franc-maçonnerie, les idéaux des Lumières et de la philosophie se répandent dans la société. Le mouvement franc-maçon, épris d'égyptomanie, se proclame comme étant l'héritier des cultes à mystères de l'Antiquité. Dans ce cadre, la figure d'Isis va, peu à peu, jouer un rôle éminent. À Vienne, dans la Loge maçonnique ', s'élabore une nouvelle interprétation de l'Isis-Nature. En 1787, le philosophe Karl Leonhard Reinhold disserte sur les mystères hébraïques (Kabbale) et prend la suite de John Spencer et William Warburton, en voulant démontrer que la Révélation de Dieu à Moïse n'est qu'un emprunt à l'antique sagesse des Égyptiens. D'une manière forcée, il assimile les paroles d'Isis « Je suis tout ce qui a été, qui est et qui sera » à celles que Yahvé prononça devant Moïse lors de l'épisode du Buisson ardent « Je suis qui je suis (YHWH) » (Exode 3:13-14). Toutefois, si Isis affirme qu'elle est tout, à savoir la « Nature », Yahvé s'affirme quant à lui comme étant « Celui qui Existe ». En étant comparée à Yahvé, la déesse Isis-Nature devient la divinité suprême des cercles francs-maçons. Cette identification panthéiste s'inscrit aussi dans la mouvance des philosophes qui se réclament de Baruch Spinoza, pour qui Dieu et Nature sont d'autres appellations de l'Être éternel ('). Isis étant Dieu et la Nature, l'Un et le Tout, Dieu et le Cosmos, la déesse doit inspirer au philosophe terreur, respect et vénération. Entourée d'une aura de mystère et d'indicible, Isis ne peut pas être atteinte par le raisonnement et le cheminement scientifique. Le philosophe ne peut l'atteindre que par la voie contemplative et seulement au terme d'un long cheminement initiatique graduel. Influencés par la pensée maçonnique, les Révolutionnaires français ont tenté de restreindre l'influence du christianisme sur la société, entre autres, en mettant en avant le culte de l'Être suprême. Lors de la "Fête de l’Unité et de l’indivisibilité" du 10 août 1793, la déesse Isis-Nature, en tant que symbole visible de l'Être suprême, a été l'objet d'une cérémonie symbolique. Pour l'occasion, une imposante Fontaine d'Isis fut édifiée sur les ruines de la Bastille. La déesse apparaissait sous la forme d'une statue assise sur un trône, flanquée de deux lions assis, et qui faisait jaillir de l'eau régénératrice de ses seins : Époque du Romantisme. Goethe ou Isis sans voile. À la fin du et au début du , Isis reste dans l'imaginaire européen la déesse voilée, et l'inscription de Saïs rapportée par Plutarque « Je suis tout ce qui est, qui fut et qui sera, et nul mortel n'a soulevé mon voile » est sans cesse reprise par les poètes ; en particulier par les Romantiques allemands qui se posent la question s'il faut ou non dévoiler la déesse. Pour Goethe, les sciences expérimentales ne doivent pas arracher par des moyens violents les secrets à l'Isis-Nature. Pour lui, seuls les poètes et les artistes sont aptes, par des moyens affectifs, à s'approcher de ces secrets. La Nature se tient sous les regards et seuls les sens humains peuvent l'apercevoir, Isis est sans voile et se montre à celui qui veut bien l'admirer. Mais Goethe, s'il s'oppose aux expérimentations scientifiques comme celles qu'Isaac Newton mena sur la réfraction de la lumière, se montre aussi réticent face à l'approche symboliste de Georg Friedrich Creuzer, pour qui les mythes ont nécessairement un sens caché. "L’Image voilée de Saïs" de Schiller. En 1795, Friedrich von Schiller s'empare du thème de l'initiation isiaque dans son poème intitulé "L’image voilée de Saïs", où la déesse se montre terrifiante pour qui ose s'approcher d'elle en forçant les étapes de ses mystères. Dans cette composition, la déesse représente la Vérité au sujet de la Nature, mais aussi la Vérité au sujet de l'Homme. Un jeune homme entre dans le temple de la ville de Saïs afin d'entreprendre un parcours initiatique. Une nuit, impatient et désireux de s'approcher au plus près de l'entière Vérité, le jeune homme soulève le voile de la déesse. La terreur et l'effroi se saisissent de lui ; il tombe inanimé, perd sa joie de vivre et meurt dans les jours qui suivent : Lilith-Isis de Victor Hugo. Pour Victor Hugo, l'Égypte ancienne est une civilisation vouée à la mort et Isis est une déesse noire, obscure, dangereuse car liée aux enfers. Dans le poème "Tristesse du philosophe", la déesse est une prostituée, métaphore de l'enseignement catholique payant, et, aux ordres du régime tyrannique de : En 1854, dans "La Fin de Satan", Isis est un être monstrueux en lien avec Lilith, un démon femelle de la tradition hébraïque et considérée comme la première femme d'Adam avant la création d'Ève. Par elle, le Mal se transmet au monde et, sans cesse, elle s'abat sur l'humanité. Cependant, Hugo s'inscrit aussi dans la tradition littéraire qui fait d'Isis la lumineuse incarnation des secrets de la Nature, une puissance qui collabore à l'enseignement et à la connaissance. Comprendre la Vérité, dévoiler la déesse, c'est comme déshabiller sensuellement une femme : Période contemporaine. Durant la fin du et le , Isis s'est révélée être très populaire auprès d'une multitude de cercles confidentiels pratiquant de nouvelles religions syncrétiques. Certains d'entre eux ont même reconstitué le culte d'Isis en s'inspirant plus ou moins des pratiques cultuelles des Anciens Égyptiens révélées par les avancées de la science égyptologique. En parallèle, Isis continue à fasciner les artistes tels les sculpteurs, les romanciers ou les auteurs de bandes dessinées. Nouvelles religions. Occultisme. Depuis le déchiffrement de l'écriture hiéroglyphique égyptienne par Jean-François Champollion en 1822, la littérature religieuse et funéraire de l'Égypte ancienne a été abondamment traduite et publiée dans les langues modernes (français, allemand, anglais, etc.). Des écrits comme les "Textes des pyramides", les "Textes des sarcophages" ou le "Livre des Morts" sont largement diffusés auprès du grand public grâce à des traductions complètes ou partielles. De nombreux ouvrages de vulgarisation rendent compte des progrès de la science égyptologique et la vision théologique des Anciens Égyptiens est amplement exposée et commentée dans des ouvrages de référence aisément compréhensibles. Malgré ce fait, de nombreuses sociétés occultes continuent à spéculer autour de prétendus « mystères » et « secrets » égyptiens. La fondatrice de la Théosophie moderne, la russe Helena Blavatsky, publie en 1877 son ouvrage majeur "Isis dévoilée" (titre anglais : ') où elle cherche à faire la synthèse de multiples anciens savoirs (Égypte, Inde, Tibet). Mais, en fin de compte, à propos d'Isis, cette auteure s'inscrit dans une vision assez traditionnelle et ne fait de la déesse qu'un simple symbole de la Nature. Pour l'autrichien Rudolf Steiner, le fondateur de l'Anthroposophie, l'Isis des Égyptiens, la Marie des chrétiens, la Shekhina des kabbalistes juifs et la Sophia des gnostiques ne sont que des formes différentes d'un même féminin sacré. Le mage anglais Aleister Crowley, d'abord membre du temple Isis-Urania de l'Ordre hermétique de l'Aube dorée, élabore, après son exclusion, une démarche initiatique propre où la magie sexuelle a une grande place. Dans son poème « "Le chant d'Isis" », intégré dans la pièce ' consacrée au voyage de l'âme, la déesse égyptienne assimile l'érotisme et la sensualité des déesses Hathor et Vénus. Cette puissance syncrétique est ambivalente, à la fois porteuse de vie et de mort, de ténèbres et de lumière. Néopaganisme. Dès la fin du , la société secrète anglaise du Golden Dawn (Aube dorée) vénère Isis comme une déesse de la fertilité, de la magie, de la maternité et comme une incarnation mythique de la régénération. Depuis les années 1950, Isis est une des divinités majeures de la Wicca (du vieil anglais : "wiccacraeft", sorcellerie) en tant que manifestation de la grande Déesse mère et du féminin sacré. Cette mouvance religieuse, fondée par Gerald Gardner, regroupe quelque aux États-Unis au début du . La Wicca se rattache, dès ses origines, au néopaganisme et s'inspire du druidisme, du chamanisme et des mythologies slave, germanique, gréco-romaine et égyptienne. Depuis les années 1970, la Wicca s'est augmentée des valeurs de la contreculture Hippie, du féminisme, de l'écologisme et du New Age. Pour les groupes qui se rattachent plus spécialement à l'Égypte antique et au Kémitisme (reconstruction du paganisme égyptien), Isis est le symbole de l'énergie magique féminine, de la nuit, de l'eau et sa puissance se manifeste principalement dans les phases de la Lune. Parmi les mouvances pratiquant de pseudo-rites égyptiens, on peut citer le groupe de la ' (Confrérie d'Isis), fondé en 1976 par la grande prêtresse Olivia Robertson, à Clonegal en Irlande. Ce groupe revendique en 2002 près de à travers le monde. L'une des disciples, Tamara Siuda, fonde à Chicago en 1988 la ' (Orthodoxie khémite), enregistrée en 1993 comme association cultuelle dans l'Illinois sous le nom de "". Sculpture. L’"Isis" de Georges Lacombe. Vers 1893-1895, l'artiste postimpressionniste Georges Lacombe, attaché au mouvement des Nabis, sculpte un panneau en bois d'acajou rouge montrant Isis. L'artiste ne cherche aucunement à rappeler le passé pharaonique de la déesse en reprenant les canons esthétiques de l'art égyptien ou en s'inscrivant dans un style orientaliste alors en vogue dans les milieux académiques. La déesse est représentée à l'image d'une figure féminine nue, aux formes généreuses, debout et juchée sur un crâne. La déesse personnifie une Nature bienveillante et régénératrice telle qu'elle est perçue dans la pensée théosophique, un mouvement ésotérique aux multiples influences (Égypte antique, Inde, alchimie) dans lequel les adeptes tentent de connaître le Divin et les mystères de la Vérité. Influencé par cette philosophie, l'artiste choisit un mode représentatif symboliste. La chevelure d'Isis devient les racines des arbres qui couronnent sa tête tandis que de ses seins, qu'elle presse, jaillit un fleuve de lait perpétuel. Ce flot, d'un rouge ardent telles des flammes de feu, naît des fleurs à cinq pétales, symboles de vie. "Le Réveil de l'Égypte" de Mahmoud Mokhtar. En 1920, l'artiste égyptien Mahmoud Mokhtar, alors étudiant en sculpture à Paris, gagne un prix pour la première version de son œuvre "Le Réveil de l'Égypte" (en arabe ', en anglais ' ou ""). La composition s'inspire des premières manifestations survenues en 1919 en faveur de l'indépendance du pays alors sous protection coloniale britannique. La sculpture représente deux figures tournées vers le même horizon. À droite, un sphinx couché, les griffes vigoureusement ancrées dans le sol, symbolise l'histoire plurimillénaire de la nation égyptienne. À gauche, une paysanne debout qui soulève son voile est une référence implicite au dévoilement d'Isis. Le dévoilement de la femme symbolise l'avenir et la modernisation du pays tourné vers les lumières de la science. Après l'indépendance, une souscription est ouverte par les nationalistes égyptiens pour une réalisation monumentale de l'œuvre en granit rose d'Assouan. En 1928, la sculpture est achevée et inaugurée devant la gare de chemin de fer du Caire. Après la révolution de 1952, qui conduisit à l'instauration de la république, l'œuvre est déménagée vers l'extrémité de l'avenue qui mène à l'université du Caire. "Isis déesse de la vie" d’Auguste Putemanns. Depuis 1939, une statue d'Isis en bronze est installée à West Branch, une petite localité de l’Iowa, devant la maison natale de Herbert Hoover, président des États-Unis d'Amérique entre 1929 et 1933. La statue est l'œuvre du sculpteur belge Auguste Puttemans, connu pour son engagement franc-maçonnique. Elle a été offerte en 1922 par un comité belge de victimes de guerre à Herbert Hoover en remerciement pour son engagement humanitaire lors de la Première Guerre mondiale. Entre 1922 et 1939, elle est d'abord installée sur le campus de l'université californienne de Stanford. Elle trouve sa place définitive en 1939 lorsque la propriété familiale des Hoover devient un mémorial dédié aux années de présidence. La déesse est représentée assise sur un trône dont les accoudoirs sont deux faucons, rappels du dieu Horus dont elle est la mère. Isis est liée à la sphère céleste par une frise circulaire, située entre les quatre pieds du siège, qui montre les symboles astrologiques du zodiaque. Les pieds d'Isis sont calés sur le symbole du bélier, animal lié à Amon, le dieu suprême et créateur de l'univers (pouvoir cosmique éternel). La déesse est vêtue d'une tunique à la mode grecque ornée d'étoiles, sa tête porte le némès, la coiffe des pharaons (pouvoir terrestre). Le visage d'Isis est voilé par un châle à franges, allégories des mystères de la Nature. Le socle du trône porte l'inscription en langue française : . Isis tient dans sa main gauche la croix Ânkh, le symbole de la vie, et l'index est pointé vers le bas (sphère humaine). Sa main droite tient en avant un brûle-parfum à trois flammes, symboles du passé, du présent et de l'avenir (sphère divine). Culture de masse. Bandes dessinées. En 1975, la déesse Isis devient un personnage des éditions Marvel Comics (magazine "Thor", , octobre 1975) surtout connues pour ses célèbres Spider-Man, X-Men, Hulk, Thor, Captain America, Iron Man, etc. Voulant régner sans partage sur l'Héliopolis céleste (située dans une autre dimension), Seth enferme Isis, Osiris et Horus dans une pyramide. Mais, en contactant Odin, roi des dieux d'Asgard, les captifs parviennent à faire apparaître la pyramide aux États-Unis. Le personnage d'Isis possède différentes capacités surhumaines. Elle est capable de soulever environ , de courir et se déplacer à grandes vitesses. Peu sujette à la fatigue, elle peut se dépenser à pleine capacité pendant plusieurs jours. Le corps d'Isis est très résistant aux dommages corporels. Isis est tout à fait capable de supporter de grandes forces d'impact, des températures et des pressions extrêmes, et subit sans préjudices les explosions d'énergie les plus puissantes. Comme tous les membres de sa race, Isis est capable de guérir très rapidement ou de régénérer des membres ou des organes manquants, ce qui la rend en pratique immortelle : à l'abri du vieillissement, elle n'a pas vieilli depuis qu'elle a atteint l'âge adulte et est immunisée contre toutes les maladies et les infections terrestres connues. En 2002, Darren G. Davis lance les aventures d'une Isis guerrière représentée sous les traits d'une plantureuse rousse, à forte poitrine, vêtue d'un pagne minimaliste inspiré des maillots bikini et cachant peu de son physique avantageux. Prise au piège durant , Isis réapparaît au dans la ville de Los Angeles. Non sans difficultés, Isis doit s'adapter à sa nouvelle vie et protéger le monde du mal qui le menace. Très vite, elle se lie d'amitié avec le policier Scott Dean et sa fiancée Crystal Van Howe, naturellement jalouse. Le policier lui crée une nouvelle identité sous le nom de Jessica Eisen pour lui permettre de travailler dans un musée exposant de nombreux objets anciens du monde entier ; la spécialité d'Isis est, bien sûr, la culture égyptienne. Isis fait partie des nombreux dieux cités dans la série de bande dessinée "Astérix". Mona L’Isa. En 2003, l'écrivain américain Dan Brown développe dans le roman "" ( d'exemplaires vendus en 2010), la thèse d'un secret vieux de caché par l'Église catholique. Jésus aurait été marié à Marie Madeleine. Après la crucifixion, elle se serait installée dans le sud de la France afin de protéger leur fille Sarah de la persécution romaine. Depuis 1099, les membres du Prieuré de Sion, fondé par Godefroy de Bouillon, seraient chargés de protéger les descendants de Sarah c'est-à-dire le "Saint Graal" ou "Sang Réel". Ces initiés maintiennent aussi vivace l'enseignement ésotérique du culte de la Déesse Mère dont Marie Madeleine serait une incarnation. Le peintre Léonard de Vinci, en son temps chef du prieuré, aurait mis dans ses peintures des symboles codés de ce secret. La déesse Isis, autre incarnation de cet Éternel féminin, est citée çà et là au cours de l'intrigue. Le tableau "La Joconde" serait une représentation d'Isis. Mona Lisa porterait au cou un pendentif, seulement visible par rayon X, représentant Isis (chapitre 40). De plus, le nom "Mona Lisa" serait l'anagramme de "Amon L'Isa", une expression qui révélerait que le dieu égyptien Amon a pour contrepartie féminine Isa, variante pictographique d'Isis (chapitre 26). Dan Brown cite aussi la légende de la pseudo-statue d'Isis de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés détruite en 1514 (chapitre 19). Toutefois, pour les besoins de l'intrigue, l'église où cette statue était vénérée n'est pas l'abbaye mais l'église paroissiale de Saint-Sulpice qui a pour pittoresque avantage de renfermer, depuis 1743, un gnomon dont la forme s'inspire des obélisques égyptiens. Il est à noter qu'un petit opuscule pseudo-scientifique rédigé en 2011 par Thierry Gallier reprend le thème de l'inspiration égyptienne de la Joconde. Le tableau raconterait par d'ingénieux artifices picturaux le mythe d'Isis et d'Osiris. Billet de banque. La déesse Isis est représentée simplement par son visage, tel qu’il apparaît au Musée public national de Cherchell, sur le billet de banque d’une valeur de émis en Algérie en 1948.
IP Patronyme ou toponyme. Ip peut faire référence à :
Isaac Asimov Isaac Asimov « Aïzek Azimov », né vers le à Petrovitchi, en Russie, et mort le à New York, aux États-Unis, est un écrivain américain et un professeur de biochimie à l'Université de Boston, surtout connu pour ses œuvres de science-fiction et ses livres de vulgarisation scientifique. Écrivain prolifique, Asimov a écrit ou édité plus de et répondu à environ et cartes postales. Ses livres ont été publiés dans 9 des 10 grandes catégories de la classification décimale de Dewey. L'œuvre la plus célèbre d'Asimov est la série "Fondation" ("Foundation"), dont les trois premiers livres ont remporté l'unique prix Hugo de la « Meilleure série de tous les temps » en 1966. Ses autres séries majeures sont le "cycle de l'Empire" ("Galactic Empire") et le "cycle des robots" ("Robot series"). À ce titre, il fait partie, avec Arthur C. Clarke et Robert A. Heinlein, des « Trois Grands » ("Big Three") auteurs de science-fiction de langue anglaise. Il a également écrit des ouvrages ayant pour thèmes la fiction mystérieuse et la fantasy, ainsi que de nombreux ouvrages de non-fiction. La plupart de ses livres de sciences populaires expliquent les concepts de manière historique, remontant aussi loin que possible à une époque où la science en question était à son stade le plus simple. Des exemples incluent le ', la série en trois volumes ', et "Asimov's Chronology of Science and Discovery". Il a écrit sur de nombreux autres sujets scientifiques et non scientifiques, tels que la chimie, l'astronomie, les mathématiques, l'histoire, l'exégèse biblique et la critique littéraire. En 1959, sur invitation de son ami le chercheur Arthur Obermayer, il participe à des séances de recherches créatives organisées par une filiale du MIT pour améliorer l'armement américain. Suite à cette expérience, il rédige un court essai intitulé "On Creativity". Il y donne des recommandations précises considérées parfois comme une des bases du brainstorming. Asimov a été président de l'American Humanist Association. Un cratère sur la planète Mars, une école primaire à Brooklyn et un prix littéraire () sont nommés en son honneur. Biographie. Enfance russe. Issu d'une famille juive, fils de Judah Asimov et de Anna Rachel Berman, Isaac naît à Petrovitchi à une date inconnue, entre le et le (date à laquelle il célébrait son anniversaire à l'âge adulte). Pour des raisons mal définies et sur invitation de Joseph Berman, demi-frère de la mère d'Asimov, sa famille émigre aux États-Unis au début de l'année 1923, alors qu'il a trois ans. Sa sœur cadette, prénommée Rachel, choisit de se faire appeler Marcia ultérieurement, souhait qu'Asimov respecte quand il la mentionne plus tard dans son autobiographie. Éducation et carrière professionnelle. À la maison, à Brooklyn, les parents ne parlaient russe que quand « ses grandes oreilles ne devaient pas entendre » : il n'apprit donc jamais la langue. Le yiddish est sa langue maternelle. Asimov se définit comme un enfant prodige. Ses parents qui, en Russie, étaient loin d'être illettrés, ne lisaient pas l'anglais ; il demanda l'aide d'enfants du voisinage et savait déjà lire à son entrée à l'école en . Il est naturalisé Américain en 1928. Il passe sa jeunesse à travailler dans le magasin familial, où il a l'occasion de lire les magazines de science-fiction que ses parents vendaient. Vers l'âge de onze ans, il commence à écrire ses premières nouvelles (il aurait déclaré avoir commencé à écrire pour enfin pouvoir conserver des livres sans que son père libraire ne les vende). Ses études sont assez brillantes pour lui permettre, grâce à une bourse, d'entrer à l'université Columbia. Il passe d'abord une licence en sciences (1939) avant d'obtenir une maîtrise en chimie (1941) et, finalement, un doctorat en biochimie (1948), puis il obtient un poste de chargé de cours à l'école de médecine de l'université de Boston (1951). Entre-temps, il accomplit son service militaire, au cours duquel il est nommé caporal. Parallèlement, il commence à écrire de la science-fiction et voit sa première nouvelle, ' ("Au large de Vesta"), publiée en 1939. John W. Campbell, alors rédacteur en chef de la revue ', n'aura de cesse de l'encourager à écrire. Dès lors, il est régulièrement publié, et quinze nouvelles voient le jour jusqu'en 1941. Carrière d'écrivain. Lors de la Seconde Guerre mondiale, Asimov est déjà considéré comme un auteur de science-fiction majeur. Son licenciement de l'université de Boston en 1958 lui fit prendre un tournant dans sa carrière. Il se consacra ensuite pleinement à l'écriture. Prolifique, il travailla sans relâche car c'est là qu'il prenait du plaisir. La suite de la vie d'Asimov est celle d'un auteur à succès, presque entièrement consacrée au travail d'écriture et aux conférences. Il laisse derrière lui plus de 500 livres (dont 116 anthologies qu'il a lui-même constituées et préfacées). On y trouve des ouvrages de science-fiction et de vulgarisation scientifique, des romans policiers, des romans pour la jeunesse et même des titres plus étonnants comme "La Bible expliquée par Asimov" ou encore "Le Guide de Shakespeare d'Asimov". Son dernier livre est un essai autobiographique, plus thématique que chronologique, paru en français sous le titre "Moi, Asimov" (Paris, Denoël, coll. Présences, 1996). L'épilogue a été écrit par sa seconde épouse, après le décès de l'auteur. Mort. Isaac Asimov meurt le d'une insuffisance cardiaque et rénale consécutive à son infection par le VIH (détecté en 1989). Asimov avait été infecté lors d'une transfusion sanguine pour un pontage aorto-coronarien en 1983. Cette information n'a été révélée qu'en 2002, dans une version de l'autobiographie d'Asimov revue par Janet Asimov, sa veuve. Selon elle, Asimov avait souhaité rendre sa maladie publique, mais en aurait été dissuadé par ses médecins et par la crainte des préjugés dont sa famille aurait pu souffrir. Après son décès, la famille garda le silence, notamment en raison des controverses auxquelles donna lieu la maladie d'Arthur Ashe, le tennisman. Ce n'est qu'après le décès des médecins d'Asimov que sa seconde épouse et sa fille Robyn décidèrent de révéler la vérité. Vie privée. Isaac Asimov épouse le Gertrude Blugerman (1917–1990). De ce premier mariage naissent deux enfants : David (né en 1951) et Robyn Joan (née en 1955). Après leur séparation en 1970, puis leur divorce en 1973, il épouse la psychiatre et romancière Janet Opal Jeppson le . Personnalité. Bien que de tradition familiale juive, Isaac Asimov se déclare athée et rationaliste, ce que suggère aussi sa nouvelle "Reason" dans le "cycle des robots". Il fut un ami proche de Gene Roddenberry, le créateur de l'univers de "Star Trek". Concernant la « psychohistoire » d'Asimov, qui sert de fil conducteur à la série "Fondation", outre la théorie cinétique des gaz explicitement mentionnée, elle semble s'inspirer de la cybernétique, de la psychologie ainsi que du matérialisme historique. Le tout est mâtiné de la loi des grands nombres telle qu'on la concevait alors, avant que Benoît Mandelbrot ne mette en évidence les formes fractales, même si le personnage du "Mulet" réintroduit opportunément un facteur humain important (voir effet papillon). Membre de l'association Mensa, Asimov en a été un moment le vice-président (le président étant alors un autre passionné du futur, l'architecte Richard Buckminster Fuller). Il a plus tard quitté l'association. Asimov voyageait rarement en dehors de New York, principalement parce qu'il n'aimait pas cela, mais aussi par manque de temps, étant absorbé par ses travaux d'écriture. Attitude déplacée à l'égard des femmes. Dans un livre paru en , Alec Nevala-Lee affirme qu'Isaac Asimov était connu pour harceler les femmes de son entourage à tel point qu'il aurait été surnommé, selon Judith Merril, . Certains témoignages tels celui de Judith Merril rendent compte de ses comportements déplacés. Œuvre. Isaac Asimov, en dehors d'une inventivité débordante, se caractérise par la simplicité de son écriture. Pour lui, comme pour nombre d'auteurs anglo-saxons, les styles tourmentés ne font que rebuter le lecteur. C'est donc l'histoire, et elle seule, qui est mise en avant. Il fonde ses livres sur des dialogues entre protagonistes. C'est avec la nouvelle "Quand les ténèbres viendront" ("", 1941), écrite à 21 ans, que la carrière littéraire d'Asimov a véritablement débuté. Jusqu'alors il n'avait connu que des publications occasionnelles dans les magazines auxquels il proposait ses histoires. John Campbell fut si enthousiasmé par "Quand les ténèbres viendront" qu'il envoya à son auteur un chèque plus important que prévu : au lieu de 120. On payait à l'époque un "cent" par mot, et la nouvelle en compte … "Quand les ténèbres viendront" est très vite devenu un du genre. Asimov a ensuite écrit de nombreuses autres nouvelles, policières ("Mortelle est la nuit"), humoristiques ("À Port Mars sans Hilda", "L'amour, vous connaissez ?") et évidemment de science-fiction, notamment sur les robots ("L'Homme bicentenaire"). Il y met à l'épreuve l'esprit hypothético-déductif du lecteur et y montre la fantaisie dont il est capable (par exemple, dans "Le Plaisantin"). Dans l'une d'elles, "Menteur !", Asimov invente un nouveau mot qui allait passer dans le langage courant : la robotique. Certaines, telles "Profession" ou "La Dernière Question", ont une portée philosophique indéniable et d'autres, telles "Le Petit Garçon très laid", sont très émouvantes. Asimov a principalement traité deux grands thèmes : les robots et la psychohistoire. André-François Ruaud et Vivian Amalric considèrent pour leur part que le style d'Isaac Asimov est plutôt médiocre, froid, cérébral et sa prose truffée de répétitions. Les traductions françaises auraient paradoxalement plutôt gommé ces imperfections qui alourdissent les œuvres originales. Les robots et le "Cycle des robots". L'œuvre d'Asimov sur les robots regroupe de très nombreuses nouvelles et plusieurs romans : L'ensemble forme une seule grande histoire, le "cycle des robots", qui s'étale sur plusieurs millénaires. En France, toutes les nouvelles de robotique publiées par l'auteur ont été regroupées dans un recueil composé de deux tomes nommé "Le Grand Livre des robots". Le premier tome ("Prélude à Trantor") contient "Nous les robots", "Les Cavernes d'acier" et "Face aux feux du soleil". Le second tome ("La Gloire de Trantor") regroupe "Les Robots de l'aube", "Les Robots et l'Empire", "Les Courants de l'espace", "Poussière d'étoiles" et enfin "Cailloux dans le ciel" (ces trois derniers ouvrages composant le cycle de l'Empire). Il renouvelle complètement ce thème en inventant des gouvernés par trois lois protégeant les êtres humains et, "a priori", parfaites et inviolables. Le jeu d'Asimov consiste à imaginer des situations révélant des failles de ces lois (exemple : un robot peut-il, restant passif, laisser un humain "fumer une cigarette" ?) et des bizarreries de comportement de robots qui "semblent" les enfreindre, puis à faire découvrir au lecteur comment cela est possible, à la manière d'une enquête policière. Les trois lois sont : Deux robots exceptionnels, R. Daneel Olivaw et R. Giskard Reventlov, en viennent à ajouter une Loi Zéro, qui précise qu'un robot ne peut porter atteinte à l'humanité dans son ensemble, même pour protéger un être humain : "Un robot ne peut ni nuire à l'humanité ni, restant passif, permettre que l'humanité souffre d'un mal". Cette loi est apparue dans "Les Robots et l'empire" (chapitre LXIII). Asimov laissa l'un de ses amis, Lester del Rey, écrire lui aussi une histoire utilisant les trois lois de la robotique : "Une Morale pour Sam". Cette histoire constitue une moquerie gentille sur la viabilité réelle des trois lois. Le thème des robots, tel que traité par Asimov, constitue aussi un plaidoyer antiraciste "discret, mais sûr" : les robots, de plus en plus perfectionnés et dotés d'aspects de plus en plus humains, deviennent méprisés, voire haïs, par bien des êtres humains — d'autant que les trois lois les mettent à l'abri de défauts qu'on pourrait leur reprocher. "L'Homme bicentenaire" évoque cette question. En , l’"" a annoncé la prochaine publication d'une trilogie de romans centrée sur Susan Calvin et écrite par l'auteur de fantasy . En 2019, une équipe de chercheurs s'inspire d'Asimov et publie dans la revue "Science" une étude dans laquelle ils proposent des algorithmes dits « seldoniens » qui intègrent les trois lois de la robotique. La psychohistoire et le "Cycle de Fondation". Dans le "Cycle de Fondation" (qui a reçu, en 1966, le prix Hugo de « la meilleure série de science-fiction de tous les temps »), Asimov imagine l'avenir de l'humanité. Il commence avec l'effondrement d'un empire galactique qui se décompose. Un savant, Hari Seldon, invente une nouvelle science, la psychohistoire, fondée sur la loi des grands nombres et le calcul des probabilités qui permet de , ou, plus exactement, de calculer les probabilités de différents avenirs. Le scénario est d'autant plus aisément assimilé par le lecteur qu'il lui rappelle des repères connus : l'émiettement du pouvoir des empires romain et ottoman, d'une part, en ce qui concerne l'empire de Trantor, l'ascension de personnalités charismatiques comme Alexandre le Grand, Jules César ou Napoléon Bonaparte, d'autre part, en ce qui concerne le personnage du "Mulet", qui manipule à ses propres fins les émotions de son entourage. Le roman "Fondation" forme le du cycle et peut être lu isolément. En y ajoutant "Fondation et Empire" et "Seconde Fondation", on obtient la trilogie de "Fondation", qui constitue elle aussi une histoire à part entière. Cela correspond à l'ordre d'écriture des romans. D'autres romans, comme "Prélude à Fondation" et "L'Aube de Fondation" ou "Fondation foudroyée" et "Terre et Fondation" , se sont par la suite greffés à la trilogie, pour constituer le "Cycle de Fondation". L'histoire du futur selon Asimov. Après avoir publié ses deux grands cycles, l'éditeur d'Asimov lui a demandé pour son public de les relier pour construire une « histoire du futur » cohérente. Il a alors écrit des ouvrages intermédiaires pour faire le lien entre les deux cycles. L'ensemble final incluant les nouvelles est composé de dix-sept ouvrages que l'on peut subdiviser en cinq parties, ou cycles, qui peuvent se lire séparément les uns des autres et qui sont ici classés par ordre chronologique. À cela on peut ajouter "La Fin de l'Éternité", roman à part, qui prend cependant sa place dans l'ensemble comme point de départ vers l'empire galactique. On pourrait également ajouter "Némésis" juste après ce prélude, puisque l'histoire, qui se déroule dans le futur, est mentionnée dans le cycle de "Fondation". Cycle de David Starr. Le "cycle de David Starr", écrit sous le pseudonyme de Paul French, est composé de six romans écrits dans les années 1950. David Starr est chargé par le Comité Scientifique Terrestre d'enquêter sur les planètes du système Solaire, récemment colonisées, pour y résoudre des énigmes. Dès le premier tome, il est aidé par un petit homme natif de Mars, John Bigman Jones, et par une étrange rencontre avec des entités martiennes, qui se cachent des humains. Les autres tomes le voient explorer les lieux les plus emblématiques du système Solaire : les Astéroïdes, Vénus, Mercure, les lunes de Jupiter (qui, par son gigantisme, empêche toute colonisation), les anneaux de Saturne. Recueils de nouvelles policières et autres nouvelles policières. Le "Cycle des veufs noirs" ("") constitue une sorte de reprise du "Club du mardi" d'Agatha Christie. Il s'agit d'un groupe se réunissant périodiquement autour d'un bon dîner. Ni forcément veuf, ni forcément célibataire, chacun des six membres, à tour de rôle, doit venir accompagné d'un invité. Une anecdote racontée par ce dernier sert généralement de point de départ à la nouvelle. Beaucoup de personnages sont inspirés d'écrivains proches d'Asimov. C'est toujours le serveur du restaurant qui résout l'énigme ou du moins présente la solution la plus plausible. Les veufs noirs ne se déplacent pas, n'examinent pas des indices matériels : tout se fait par discussion autour d'un repas. En France, plusieurs nouvelles du cycle sont d'abord parues dans "Mystère magazine." Les cinq premiers recueils du cycle ont été regroupés et réédités en un tome chez Omnibus (2010). Isaac Asimov a également publié quelques nouvelles policières n'appartenant pas au "Cycle des veufs noirs". Certaines font partie du recueil "Histoires mystérieuses", d'autres ont été réunies dans le recueil "" paru en 1985 et jamais traduit en français Vulgarisation. Isaac Asimov a écrit plusieurs dizaines d'ouvrages de vulgarisation, principalement sur des sujets scientifiques, mais également sur des sujets aussi divers que la Bible ou Shakespeare. Voici une liste non exhaustive (portant notamment sur l'astronomie) : Influence. Paul Krugman (récipiendaire du prix Nobel d'économie 2008) est devenu économiste en partie grâce aux livres d'Asimov, l'économie étant selon Krugman ce qui existe de plus proche de la psychohistoire. Série télévisée inspirée de l'œuvre d'Isaac Asimov. "Foundation" est une série télévisée américaine créée par David S. Goyer et Josh Friedman. Sa diffusion a débuté le 24 septembre 2021 sur Apple TV+. La série est basée sur le Cycle de Fondation d'Isaac Asimov. La première saison comporte 10 épisodes et une deuxième saison est en préparation. Si David S. Goyer prend de larges libertés avec l'œuvre originale d'Isaac Asimov, sa fille Robyn Asimov (productrice exécutive de la série) se montre en parfait accord avec la direction prise : « La série transpose à l’écran la philosophie et les idées de mon père mieux qu’il n’aurait pu le faire, sans rien trahir de son œuvre »
ISP ISP est un sigle qui peut signifier : en français en anglais ISP est une abréviation qui peut signifier :
Infogrames Entertainment Infogrames Entertainment SA (ou Infogrames, ou IESA) était une société française de développement, d'édition et de distribution de jeux vidéo, fondée en 1983 par Bruno Bonnell et Christophe Sapet. Infogrames Entertainment SA est devenue Atari SA en 2009. Histoire. Au départ, les fondateurs voulaient baptiser la société « Zboub Système », mais en ont été dissuadés par leur conseiller juridique. Ils ont donc choisi Infogrames. Dans une interview diffusée à la télévision française en 1994, Bruno Bonnell a expliqué que le nom de la société avait été créé en associant deux mots « Informatique » et « programmes » (un des « m » de programmes étant supprimé). Christophe Sapet aurait écrit un programme pour générer un nom de société au hasard. De 1983 à 1989, la société édite plus de 75 jeux pour les ordinateurs Thomson mais aussi Amstrad CPC, MSX, Atari ST et Amiga. Outre les jeux, elle a également commercialisé un temps des composeurs de page vidéotex sur PC pour les services Minitel, chassant au passage les onéreux appareils spécialisés FIET qui étaient utilisés pour cette fonction. Gilles Lioret fut chargé du développement de cette activité. À partir de la fin des années 1980, Infogrames, en partenariat avec le studio espagnol Bit Managers, se fait une spécialité de l'adaptation en jeu vidéo de célèbres séries de bande dessinée franco-belge, avec des titres tels que "Astérix", "Tintin au Tibet", "Spirou", "Les Schtroumpfs", "North and South" (d'après "Les Tuniques bleues"), ou encore Bobo. Au milieu des années 1990, Infogrames se lance dans une importante politique d'acquisitions : rachat des sociétés britanniques Ocean Software et Gremlin, et des sociétés américaines Accolade, GT Interactive, Paradigm Entertainment, Hasbro Interactive et Shiny Entertainment. La société acquiert par ailleurs le studio français Eden Games en 2002. Ces achats font augmenter fortement la dette du groupe, qui atteint 580 millions d'euros en 2002. La charge de cette dette rend déficitaires tous les exercices comptables suivants, faisant chuter le cours de l'action en bourse de en juin 2000 à 0,80 euros en 2012. Une grande partie des actifs d'Infogrames doit être revendue. Avec l'achat d'Hasbro Interactive, le , Infogrames est associé au nom d'Atari, commercialement plus parlant sur le continent américain. Le , à l'issue de l'assemblée générale, le plan de recapitalisation qui prévoit une augmentation de capital de 74 millions d'euros, suivie d'une offre publique d'échange visant les obligations convertibles ou échangeables en actions nouvelles ou existantes (Océanes) qui représentent un encours de 124,3 millions d'euros, est accepté (réduction de la dette d'Infogrames). Le fonds d'investissement britannique BlueBay détient 20 % du capital. Il est, de très loin, le premier actionnaire et a deux sièges d'administrateurs. Le , le conseil d'administration d'Infogrames décide du départ de Bruno Bonnell en tant que PDG. Il est remplacé par Patrick Leleu puis par David Gardner, ex-vice-président d'Electronic Arts. Le , Phil Harrison, ex-responsable des studios Sony pour les consoles PlayStation, devient directeur général délégué. Depuis le , Infogrames change définitivement sa dénomination officielle en Atari SA, entreprise américaine qu'elle a acquise en 2001, par le biais du rachat d'Hasbro Interactive. En raison des pressions économiques continues sur l'entreprise et de la difficulté à trouver des investisseurs, l'entreprise est placée en cessation des paiements dans le cadre de la loi française en . Ses filiales américaines obtiennent la protection du chapitre 11 de la loi sur les faillites des États-Unis. Depuis , Atari SA et ses trois filiales sont sorties de la faillite et mènent une campagne de redressement. Logo, signification et évolution. Infogrames a choisi comme logo publicitaire un tatou à cause de la pérennité de cet animal, comme l'explique Bruno Bonnell : . Ce logo, fixe aux débuts de la société, est présenté en 3D et en rotation sur ses productions récentes.
Intensité d'un courant électrique
Imprimante Une imprimante est un appareil permettant d'obtenir un document sur papier à partir d'un modèle informatique du document. Par exemple, un texte écrit "via" un logiciel de traitement de texte sur ordinateur pourra être imprimé pour en obtenir une version papier (c'est un changement du support d'information). Les imprimantes ont été conçues dès l’apparition des premiers ordinateurs, pour permettre la consultation et la conservation sur support papier des résultats produits par les programmes informatiques. En effet, à l’époque des premiers calculateurs, les écrans n’existaient pas encore et les méthodes de stockage de l’information étaient très rudimentaires et très coûteuses. Avec le temps, les imprimantes ont énormément évolué dans leur méthode d’impression et de traction du papier, mais également dans leur qualité d’impression, leur encombrement et leur coût. L’informatisation massive des entreprises, les projets de « dématérialisation », et les économies escomptées par le « zéro papier » n’ont pas supprimé les imprimantes et l’usage du papier comme support d’information. Histoire. Les imprimantes d'avant la mécanographie (Xylographie par exemple) n'étaient pas automatisées et chaque page devait être préparée manuellement, avant d'imprimer à la chaine ce qu'on a spécialement préparé. Dans le monde de la mécanographie qui a précédé l’informatique, la fonction d’impression était assurée par l’imprimante incluse dans la tabulatrice. Les premières imprimantes sont inventées par Powers en 1914, et par Hollerith en 1921. Il s’agissait d’imprimantes impact à barres porte-caractères permettant d’imprimer au départ uniquement des chiffres. L’introduction d’imprimantes à roues, à tambour ou à chaîne va permettre d’accroître la vitesse d’impression ( par minute pour l’AN7 de CMB, record qui tient de 1934 à 1951) et surtout d’imprimer des caractères alphanumériques (uniquement des majuscules ) à partir de 1931. La synchronisation correcte entre l’imprimante et l’avancement du papier est assurée à partir de 1933 par les « bandes Caroll », bandes perforées situées de part et d'autre de la liasse d'impression, entraînées par des roues à picots. Dans les années 1950 et 1960, les ancêtres des imprimantes étaient appelées en français des « tireuses ». L'impression en couleur apparaît dans les années 1960. Ce n’est qu’avec l’émergence de l’informatique au début des années 1970 que les imprimantes deviennent des machines périphériques autonomes découplées de la fonction tabulatrice. En 1971, Xerox, un laboratoire, invente l’imprimante laser. Caractéristiques. Imposition. L'imposition, terme désigne la manière dont les pages composées sont placées sur le papier. Recto seul. La désignation « mode simplex » est parfois utilisé pour le fait d'imprimer sur une seule face. Recto-verso. Le mode recto-verso, appelé aussi mode duplex, permet d’imprimer sur les deux côtés d’une feuille. Il existe le mode recto-verso manuel et le mode recto-verso automatique. Le mode manuel consiste à repositionner le papier de la manière indiquée pour imprimer sur le second côté. Le mode automatique n’a besoin d’aucune manipulation mais dépend des capacités de l’imprimante, il n’est donc pas valable sur toutes les imprimantes. Il existe également les dénominations Tumble et NoTumble, elles correspondent respectivement, à imprimer en recto-verso de manière à obtenir une lecture en tournant les pages comme un bloc-notes, et comme un livre normal. Mode livret. Il permet d’imprimer en recto-verso et de manière que chaque côté d’une feuille contienne deux pages Méthodes de traction du support. Feuille à feuille. Depuis l’apparition des premières imprimantes à laser, le papier à bandes Caroll a petit à petit disparu : la traction du papier se fait dorénavant par des rouleaux qui enserrent et guident le papier tout au long de son chemin dans l’imprimante. Néanmoins, si cette méthode permet l’utilisation de papier normal, elle ne garantit pas toujours un cadrage parfait du papier, et est davantage sujette aux "bourrages". Bobine. Une part des imprimantes industrielles n'utilisent pas le feuille à feuille mais le mode continu. Ce sont des bobines de papier, qui se présentent comme de gros rouleaux, qui alimentent ces machines. Ce mode est plus rapide et plus sûr que le feuille à feuille. Comme il provoque une gâche importante en début et en fin d'impression et qu'il exige un massicotage en sortie, ce mode convient à de grosses productions avec beaucoup de tirages (comme les journaux, magazines, supports publicitaires, emballages et étiquettes, livres, cahiers, carnets, agendas, etc.) et sur différents supports plats (papier, carton fin, films plastiques). Il ne convient pas pour les supports non flexibles (comme le carton ondulé ou les emballages plastiques, qui seront plutôt imprimés ou sérigraphiés par transfert). Techniques d'impression. Les imprimantes peuvent être classées en deux catégories distinctes selon qu’elles utilisent une frappe mécanique (imprimante impact) ou non (imprimante non-impact ou NIP). Imprimante à impact. Les imprimantes à impact marchent en « tamponnant » le papier avec le caractère et un ruban encreur, comme une machine à écrire. Cette technologie permet d’imprimer sur des liasses carbonées permettant d’avoir un double immédiat du document. Elle reste donc utilisée à cette fin dans certaines entreprises, particulièrement celles du transport. Imprimante à marteaux ou imprimante à chaîne. Utilisé surtout sur les gros ordinateurs centraux, leur mécanisme d’impression consistait en une chaîne sur laquelle étaient fixés tous les caractères imprimables. Cette chaîne, entraînée par deux axes - telle une chaîne de vélo - était constamment en mouvement rapide au-dessus de la ligne à imprimer. Le long du parcours de la chaîne étaient disposés des marteaux (autant que de caractères par ligne – par exemple 132). Au passage du caractère à imprimer, le marteau de la colonne concernée le frappait pour l’imprimer sur la page. Ce système d’impression était assez rapide (il existait d’ailleurs des imprimantes qui contenaient toute une série de chaînes les unes au-dessous des autres, ce qui permettait d’imprimer une page entière d’un seul coup). Mais le jeu de caractères était limité, et bien entendu, il n’était pas question de "changer de police" rapidement, ou d’imprimer des graphiques. Par ailleurs ces imprimantes étaient extrêmement bruyantes (elles existent encore à l’heure actuelle par exemple pour les remises de chèques). Imprimante à aiguilles ou imprimante matricielle. Sur les imprimantes à aiguilles, la tête d’impression est constituée d’une série d’aiguilles, alignées verticalement de façon à couvrir la hauteur d’une ligne de texte et propulsée par des électroaimants. Le nombre d’aiguilles peut varier d’une imprimante à l’autre (de 9 à 32 en général, 9 et 24 étant les valeurs les plus courantes), la qualité d’impression est proportionnelle au nombre d’aiguilles. Cette tête se déplace le long de la ligne à imprimer. L’encre est fournie par un ruban encreur, similaire aux rubans de machines à écrire (tissu imprégné d’encre), qui circule en boucle entre la tête d’impression et la feuille de papier. Chaque aiguille permet d’imprimer un minuscule point sur la feuille ; chaque caractère est donc constitué de multiples points. Imprimante à sphère, à roue ou imprimante à marguerite (obsolète dès 1988). À l'origine, IBM International Business Machines Corporation crée pour ses machines à écrire une solution avec une sphère comportant un seul jeu de caractères, qui nécessitait le changement de sphère pour changer de police. Cette solution a aussi été utilisée quelques années sur ses imprimantes. Inspirée des machines à écrire, la tête d’impression dite à marguerite est constituée d’une rosace de pétales, à la périphérie desquelles sont fixés les différents caractères imprimables, tels les pétales d’une marguerite… Cette rosace tourne sur un axe motorisé. Le système se déplace le long de la ligne à imprimer. Pour chaque caractère à imprimer, la rosace effectue une rotation pour présenter le caractère demandé devant un marteau, lequel frappe le caractère sur la page, au travers d’un ruban encreur. Ce système est assez lent et ne présente qu’un jeu de caractères restreint. Il est cependant possible de changer la police en changeant la marguerite. Imprimante à tulipe (obsolète). Dérivée de l’imprimante à marguerite, l’imprimante à tulipe utilise une roue dont les « pétales » sont pliés à 90°. Il s’ensuit une plus grande compacité de l’ensemble et la possibilité de mettre au bout de chaque pétale (un seul sur une marguerite), le passage de l’un à l’autre des caractères d’un même pétale se faisant par montée et descente de la tête d’impression. Comparativement à la marguerite, l’impression avec une tulipe est plus rapide et le nombre de caractères par roue est plus important. Comme pour la marguerite, il est possible de remplacer la tulipe en cas de casse ou simplement pour changer de type de caractère. Ce système marque la fin de l’évolution des imprimantes à impact qui seront supplantées à partir des années 1990 par l’arrivée des imprimantes sans impact. Imprimante sans impact. Imprimante thermique directe. Ce mode d’impression nécessite un papier sensible à la chaleur. Le texte et les graphiques sont transférés sur le papier qui se déplace devant une rangée (la largeur du papier) de minuscules résistances électriques chauffantes. Ce procédé présente plusieurs inconvénients : A contrario, le fait de ne pas utiliser de réservoir d’encre ou de film d’encrage fait que le système est simple à mettre en œuvre (la seule maintenance nécessaire étant le remplacement des rouleaux de papier vides). Ce type d’impression a longtemps été très présent dans les télécopieurs mais aussi sur les distributeurs de billets, les balances des supermarchés, la billetterie informatisée Plus récemment ce procédé a permis la création de petite imprimantes portables permettant l'impression de photos et d'étiquettes. Imprimante à tête thermique. Ce mode de thermo-impression nécessite un film sensible à la chaleur. Les graphiques venant du RIP (Raster Image Processor : système transformant les données brutes en mode « raster/point ») sont transférés sur le film qui se déplace devant une rangée (la laize du film) de minuscules résistances électriques chauffantes. L’avantage de ce type de flashage thermique équivalent au flashage CTF (Computer To Film) « argentique » est d’éviter toutes les chimies et leurs éliminations. Imprimante à transfert thermique. Comme pour le thermique direct, on retrouve une tête d’impression constituée d’une série de petites résistances chauffantes. Ici, ce n’est pas un papier spécial qui est utilisé mais un film d’encrage sensible à la chaleur. Au moment de l’impression l’encre passe intégralement sur le support et le ruban n’est donc utilisable qu’une seule fois (voir toutefois l’application ticket qui utilisait un ruban spécial multipasse). Le film d’impression est habituellement noir mais peut être décliné en une multitude de teintes. Il existe même des rubans bicolores (impression en rouge et noir) et une technique, désormais abandonnée, utilisait des rubans tri ou quadrichromie. La gamme des supports imprimables est grande puisque l’on peut imprimer sur des papiers mats ou brillants, des films d’emballage, des textiles Les diverses applications sont les suivantes : À l’exception des impressions de tickets, ce type d’impression est de grande qualité, au prix d’un coût de revient assez élevé et d’une vitesse assez faible, mais dans un grand silence. Elle est réservée à des applications industrielles et n’est pas proposée au grand public à l’exception de quelques télécopieurs. Cependant la nouvelle gamme de petites imprimantes portatives d'étiquettes utilise cette technique. Imprimante à jet d'encre. Les têtes d’impression des imprimantes à jet d’encre utilisent de l’encre liquide contenue dans un réservoir dite cartouche d’encre. La tête proprement dite est percée de fins canaux remplis d’encre, et un système piézo-électrique ou de chauffage électrique produit des variations de pression qui expulsent des gouttelettes sur la feuille, formant des points. Comme avec les têtes à aiguilles, les caractères sont formés par des concentrations de points, et l’impression se fait donc ligne par ligne. Néanmoins, la finesse de ces gouttelettes est contrôlable, et la technologie permet un mélange des couleurs, si bien que les imprimantes jet d’encre permettent des impressions de qualité photo. La technologie du jet d'encre est utilisée pour les particuliers comme pour les professionnels. Il existe des imprimantes grand format avec une laize (largeur d'impression) de . Une imprimante grand format sur bâche est utilisée pour la publicité, pour l'affichage, la décoration, les stands expositions et pour les musées. Il existe deux types de cartouches d'encre, les cartouches avec têtes d'impression intégrées et les cartouches sans têtes d'impression (dans ce cas, les têtes d'impression sont fixées à l'imprimante). Les premières sont plus chères mais permettent de limiter les conséquences de têtes d'impression bouchées (un problème affectant parfois certaines imprimantes restées inactives plusieurs mois). Imprimante à sublimation. La sublimation est le passage direct d'un corps de l'état solide à l'état gazeux sans passer par l'état liquide. Dans une imprimante à sublimation thermique, la cire pigmentée, qui remplace l'encre, est chauffée à près de par des microrésistances réparties sur la tête d'impression, puis passe ainsi instantanément de l'état solide à l'état gazeux. Enfin, projetée sur la feuille, elle refroidit à son contact et redevient solide. Ce procédé exploite les propriétés de transparence de la cire. Ainsi, pour imprimer un point d'une couleur donnée, l'imprimante superpose trois couches de cire de densités variables (jaune, magenta et cyan), qui ensemble composent la teinte recherchée, dans une palette de de couleurs. Avec la sublimation thermique, un point de couleur sur l'image numérique correspond à un point de couleur sur la photo imprimée. Contrairement aux impressions à jet d’encre ne dépassant pas 300 dpi, les imprimantes à sublimation thermique affichent des résolutions qui peuvent atteindre ppp (points par pouce). En effet, la technologie jet d’encre ne fait que reproduire par effet optique un point de la couleur recherchée alors que, dans l’impression par sublimation, un point de couleur à imprimer égale un point de couleur imprimé. L'image numérique correspond alors à une nuée de points de couleur sur la photo imprimée. Cette tricherie optique, utilisée par les imprimantes à jet d'encre ou laser, est parfois visible à l'œil nu, sous forme de trame ou de points apparents ; un défaut absent des impressions par sublimation thermique. Par ailleurs, les photos obtenues par sublimation ne souffrent d’aucune bavure, le passage direct de la cire de l'état solide à l'état gazeux puis, inversement, du gaz au solide, permettant d'éviter ce problème. Seul inconvénient de cette technologie : l'impossibilité d’obtenir un noir net, la couleur noire étant obtenue par superposition des trois couleurs en densité maximale. Ce type d'impression est donc inadapté aux impressions en noir et blanc. Imprimante à transfert magnétographique. Ces imprimantes utilisent de l’encre noire magnétique. Elles impriment uniquement en noir et blanc. Les informations sont enregistrées sur un tambour magnétique (un gros cylindre métallique). Chaque point est placé magnétiquement sur le tambour grâce à des têtes d’écriture. À ce stade, il n’y a rien sur le substrat. Ensuite, l’encre à particule magnétique est attirée sur le substrat par le tambour. Le substrat passe donc à proximité du tambour et du toner. Ensuite, l’encre est fixée au substrat par un flash qui la fond à . L’encre est définitivement fixée sur le substrat. La caractéristique de ce système d’impression est la diversité des substrats utilisables. Ces imprimantes impriment sur du papier (couché ou non), du plastique, du carton plastifié, et elles peuvent également imprimer sur plusieurs couches de papier, sans utiliser la technique classique du carbone. Une substance chimique permet de reporter le motif d’impression sur des couches inférieures. La qualité d’impression peut monter jusqu’à . La vitesse peut atteindre . Avec un système adapté, deux machines peuvent imprimer recto-verso, l’un à la suite de l’autre. On peut alors doubler la capacité d’impression en pages imprimées par minute (soit plus de A4/min.). BULL développa ce procédé dans les années 1960 avec sa gamme d’imprimantes Matilde (6060, 6080…) et c’est Nipson qui poursuit ses avancées. Imprimante laser. Sur ce système, l’encre se présente sous la forme d’une poudre extrêmement fine, le toner. Lors de l’impression, un laser dessine sur un tambour photo-sensible rotatif la page à imprimer, un dispositif électrique polarisant en fait une "image magnétique". Sur ce tambour, l’encre en poudre polarisée inversement vient alors se répartir, n’adhérant qu’aux zones marquées par le laser. Une feuille vierge, passe entre le tambour et une grille elle-même chargée électriquement, est appliquée au tambour encré, récupérant l’encre. La fixation de l’encre sur la feuille se fait ensuite par chauffage et compression de la feuille encrée dans un four thermique. Cette technique, bien que sophistiquée, permet une impression rapide (non plus ligne par ligne, mais page par page) très fine et très souple (impression de tous types de textes, de graphismes, de photos…) avec une qualité irréprochable pour le noir et blanc. Cependant, elle est peu adaptée aux niveaux de gris, et de ce fait, à l’impression en couleur. Les évolutions technologiques et des techniques du début du ont permis d’adapter la couleur à ce système d’impression. L’imprimante laser permet d’obtenir des tirages papier de qualité, à faible coût et avec une vitesse d’impression élevée. Le coût d’acquisition d’une imprimante laser est en chute libre depuis quelques années. Cette technologie d’impression est directement dérivée de celle utilisée autrefois dans les photocopieurs. À cela près qu’auparavant, c’est la lumière réfléchie par la page à dupliquer qui déchargeait le tambour. Depuis 2000, la grande majorité des photocopieurs sont en fait des imprimantes laser surmontées d’un scanner et sont utilisés comme imprimante. Le système employé pour charger les différents éléments d'électricité statique était avant 1992 constitué par un fil conducteur placé à un potentiel de plusieurs milliers de volts, ce système était nommé « corona » en référence à l'effet corona. Son principal inconvénient était un dégagement d'ozone au cours de l’impression. Le corona faisait réagir l’oxygène en le transformant en ozone. Les imprimantes étaient alors dotées d’un filtre piège à ozone, pas toujours remplacé, n’ayant pas d’incidence sur la qualité des impressions. Ce défaut de maintenance pouvait poser problème surtout dans les locaux mal ventilés, l’ozone s’y accumulant, ce qui donnait à ces locaux leur odeur caractéristique (l'exposition prolongée à l'ozone pose également un problème sanitaire sérieux du fait de son caractère très oxydant, mais il est accru par le fait du dégagement gazeux des solvants toxiques présents dans l'encre et parfois aussi dans le papier soumis même de façon brève à des températures élevées). À partir de 1992, le fil corona a été remplacé par un rouleau souple et conducteur nommé rouleau de transfert, directement en contact avec le papier. Dès lors il n'y a plus de production d'ozone significative, le filtre à ozone n'est plus requis. Imprimantes laser couleur. On distingue deux technologies pour les imprimantes laser en couleurs : « carrousel » (quatre passages) ou « tandem » (monopasse) : Sous la pression du gouvernement américain, la grande majorité des modèles impriment systématiquement leur numéro de série sous forme de points colorés invisibles à l’œil nu et permettant ainsi de retrouver l’origine d’une reproduction et d’éviter les contrefaçons. Imprimante à DEL. D’une technologie similaire aux imprimantes laser, les imprimantes à DEL (diodes électroluminescente ou LED en anglais), utilisaient une barrette de DEL pour insoler le tambour photo-sensible. Comparativement aux imprimantes laser, le coût de mise en œuvre était plus faible, "a contrario", la finesse ne dépassait pas les par pouce (ppp) ce qui, à terme, a fait que cette technologie a été abandonnée par la plupart des marques. Autres catégories d'imprimante. Imprimante en réseau. Une imprimante en réseau est une imprimante accessible à travers un réseau informatique sur lequel est connecté un client d'impression. Imprimante virtuelle. Pour baisser les coûts d'impression ou tester la fonction d'impression d'un logiciel, il est possible d'utiliser des imprimantes virtuelles telles que PDFCreator. Dans ce cas, au lieu d'imprimer sur un support physique (par exemple, le papier), l'impression est dirigée sur un support virtuel (par exemple, un fichier PDF). Imprimante 3D. Ces dernières années ont vu la démocratisation de l'Impression 3D qui permet de passer d'une modélisation virtuelle en 3D à un objet réel construit par superposition de couches de matières. Bien que le résultat d'impression ajoute une dimension supplémentaire, les techniques restent globalement similaires. Langage d'impression. Chaque fabricant d'imprimante utilise un langage pour permettre à l’ordinateur de communiquer avec celle-ci. Les imprimantes à aiguilles ont longtemps utilisé un langage codant en réalité une succession de pixels binaires sur une matrice rectangulaire ou . Au cours des années 1970, la société Hewlett-Packard a mis au point un langage interprété structuré en commandes, le , ou HP-GL. Avec ce langage, un fichier dessin était pour la première fois un fichier formaté, qu’un utilisateur averti pouvait modifier avec un éditeur, sans passer par un programme de dessin ou un langage graphique avec un pilote spécifique. Ce langage était encore utilisé pour les imprimantes laser de ce fabricant à la fin des années 1980. Au milieu des années 1980, IBM a également spécifié son langage de mise en forme de document : le langage AFP permet un excellent rendement en termes de vitesse d'impression, il est majoritairement utilisé dans un contexte où le nombre de pages à imprimer est important. À partir de 1989, ce langage fut rapidement amélioré, compte tenu de l’émergence et bientôt de la quasi-suprématie, de PostScript : cette amélioration déboucha sur . Ce dernier langage comportait la possibilité, comme son rival d’Adobe Systems, de créer des sous-programmes, et intégrait l’algorithme du peintre pour la détermination des surfaces cachées, mais il était bridé en termes d’évolution car trop lié à un fabricant. En particulier, il n’intégrait que les polices disponibles sur les imprimantes Hewlett-Packard. Pour rompre avec cette limitation Hewlett-Packard a créé le langage PCL-5. Le langage PostScript de la société Adobe (1987) s’était trouvé d’emblée adapté aux possibilités des imprimantes laser, et, quoique "langage propriétaire" il s’imposa comme un standard du marché de l'impression. Postscript, PCL et AFP sont aujourd’hui les trois langages standard de l'industrie.
ISDN
Informatique au Mexique
IMac L'iMac est la gamme d’ordinateurs tout-en-un grand public d’Apple depuis 1998. Les premiers modèles, à écran cathodique, ont relancé la marque Apple à la fin des années 1990. Neuf générations de cet ordinateur de bureau ont été commercialisées en quatorze ans, du premier modèle coloré aux formes rondes, jusqu’au tout-en-un à écran plat 16:9 (24 pouces), aujourd'hui en vente. Les appareils sont animés par les systèmes d'exploitation Apple : Mac OS 9 pour les premières générations, puis macOS. Dénomination. Le nom « iMac » comprend « Mac », contraction de l'appellation Macintosh utilisée pour les ordinateurs de la marque depuis 1984, précédé de la lettre (minuscule) « i ». Dans la présentation du premier iMac par Steve Jobs le , le « i » évoque à la fois « internet », « "individual" », « "instruct" », « "inform" » et « "inspire" ». Design. Sculpté par Jonathan Ive, l'iMac première version (1998) a créé un véritable choc dans l'industrie informatique, en mettant en avant l'utilisation du design dans ce secteur. Tout d'abord, l'esthétisme joue à la fois sur la forme ronde, les couleurs chaudes, les plastiques doux et dont la couleur ne passe pas avec le temps. Clavier et souris sont assortis à la couleur de l'iMac ; le clavier est réduit à , afin de ne pas être plus large que l'écran. Design au sens plein du terme, l'esthétisme accompagnant des fonctions ergonomiques : format monobloc facilitant la prise en main, poignée pour le transport, ouïes pour l'aération, emplacements du processeur, de l'alimentation et de la carte graphique (principales sources de chaleur) choisis sur la carte mère pour permettre une évacuation optimale (à la verticale) de la chaleur, et donc la suppression, dans les trois dernières versions, des ventilateurs, sources de bruit. Les branchements sont tous regroupés à portée de la main, sur le côté droit de l'ordinateur (quand on le regarde), donc accessibles pour un droitier : ports USB, Ethernet, modem, entrée et sortie son, puis ajout de ports FireWire ; en façade, deux prises casques supplémentaires permettent un usage à deux d'un logiciel éducatif, par exemple, ce qui ajoute encore une note de convivialité à l'usage de cet ordinateur. L'iMac première version est un des premiers ordinateurs à avoir intégré le port USB qui, à l'époque, venait d'être spécifié, et qui deviendra par la suite très populaire. L'iMac marque aussi une rupture technologique en n'intégrant pas délibérément de lecteur de disquette, ce qui amorcera le déclin de ce format de stockage. Modèles. L'iMac G3. L'iMac G3 est le premier modèle d'iMac. Il combine, dans un seul et même boîtier, un écran de et une unité centrale. Initialement uniquement disponible en bleu bondi, il est plus tard disponible en d'autres couleurs. L'iMac G3 est livré avec un clavier et une souris (branchée sur le clavier), s'accordant avec la couleur du boîtier. Lancé le à Cupertino comme le premier Macintosh, il est commercialisé entre et , avant d'être remplacé par l'iMac G4. iMac G4 (tournesol). En 2002, Apple sort l'iMac G4, équipé d'un processeur PowerPC G4, avec un design encore plus évolué et une puissance toujours plus grande, le tout étant concentré dans une base hémisphérique d'un diamètre de , surmontée d'un écran plat orientable grâce à un bras articulé, ce qui lui a valu son surnom de "tournesol". Le modèle haut de gamme possède un graveur de DVD. Doté à l'origine d'un écran 4:3 de , la gamme s'est étoffée progressivement avec la sortie de modèles à écran 16:10 de 17, puis . iMac G5. Le , à l'Apple Expo de Paris, Phil Schiller annonce l'iMac de troisième génération. Celui-ci est doté d'un design encore plus compact : l'ordinateur tient dans ce qui semble n'être que l'écran, plat de surcroit. Cela est rendu possible par l'usage de composants d'ordinateurs portable, ce qui rappelle le Twentieth Anniversary Macintosh ; l'ensemble ne fait pas plus de d'épaisseur, et est porté par un pied unique, permettant l'ajustement vertical de l'écran. Le slogan jouait sur la confusion que pouvait ressentir une personne croyant n'avoir que l'écran en face d'elle et cherchant l'unité centrale. L'iMac G5 est doté d'un processeur PowerPC G5, d'un écran plat 16:10 de 17 ou et d'un graveur de CD-ROM ou de DVD-ROM à fente (« mange-disque ») positionné sur sa tranche. iMac Intel. Lancés en , les iMac Intel sont les premiers Macintosh utilisant un processeur Intel. Ils marquent avec le MacBook Pro le coup d'envoi de la transition progressive du PowerPC vers Intel effectuée par Apple. Utilisant d'abord des processeurs Intel Core Duo, une mise à jour fin 2006 remplace ces Core Duo par son successeur l'Intel Core 2 Duo qui ouvre la voie aux iMac Dual Core (2 cœurs) puis Quad Core (4 cœurs) avec l'apparition des premiers Core iX. Son aspect est directement hérité de l'iMac G5, avec un boîtier en polycarbonate blanc, et un écran de format 16:10. iMac aluminium. Au mois d', Apple met à jour l'aspect de ses iMac. Le boîtier est désormais en aluminium avec une dalle en verre pour protéger l'écran (toujours 16:10). Ils sont toujours équipés de processeurs Intel, mais ceux-ci sont plus véloces rendant la machine plus puissante. Deux autres mises à jour suivent en et , celles-ci modifiant principalement les caractéristiques techniques de la machine (on peut les reconnaître au pied plus fin sur le bord avant), et introduisant notamment les premiers processeurs Quad-Core (iMac i5 ). iMac 16:9 Unibody (fin 2009). En est présenté un tout nouvel iMac, avec un écran au format 16:9 et une vision à (IPS). Le style aluminium et verre de la génération précédente est conservé, tout en étant remis au goût du jour. Les formats sont aussi modifiés, passant du 20 (1680 x 1050 pixels) et (1920 x 1200 pixels) au 21,5 (1920 x 1080 pixels) et (2560 x 1440 pixels). iMac 2012. Fin , Apple présente un nouveau modèle d'iMac, presque identique au précédent, avec des bords plus fins. Cet iMac est le premier dans lequel il est possible de rajouter un Fusion Drive ou un SSD de grande capacité. Autre nouveauté : le SuperDrive et le port FireWire ne sont plus présents dans ce Mac. L'appareil perd, par contre, son lecteur enregistreur optique (CD/DVD), situé sur la tranche latérale dans les modèles précédents et désormais considéré comme une technologie obsolète par Apple. iMac 2013. Début , Apple présente de nouveaux modèles pour sa gamme d'iMac. Sans changement majeur, c'est surtout une mise à jour des composants internes qui est effectuée. iMac Retina. Au mois d', Apple présente un nouveau modèle d'iMac 27 pouces équipé d'un écran Retina 5K d'une résolution de × pixels, supérieure au standard 4K ( × ). C'est un modèle à part de la gamme iMac, qui, d'ailleurs, n'a pas été renouvelée lors de cette présentation. Ce modèle intègre de meilleurs processeurs Intel Core i5 (ou i7 en option) ainsi qu'une carte graphique AMD, à la différence des autres iMac qui possèdent des puces nVidia. C'est également le seul modèle qui intègre le système Fusion Drive en standard, avec une capacité de . En , le Magic Keyboard 2 et la Magic Mouse 2 sont inclus dans l'iMac 5K. Au mois d', Apple sort un modèle 4K pour l'iMac 21,5 pouces. L'iMac 4K est fourni avec de nouveaux périphériques de saisie, la Magic Mouse 2 et le Magic Keyboard. La Magic Mouse 2 intègre désormais une batterie que l'on peut recharger via son port Lightning. Ce modèle intègre des processeurs Intel Core i5 (ou i7 en option). Fin 2020 subsistent un seul modèle 1080p (2,3 GHz, SSD 256 Go), 2 versions 21.5" 4K et 3 versions 27" 5K. iMac (Apple Silicon). Le , Apple annonce un nouvel iMac 24" Apple Silicon basé sur la puce M1 avec un tout nouveau design remplaçant l'iMac Intel 21,5". Claviers. Au fil du temps, avec les différents designs qu'ont connus les iMac, Apple a aussi à plusieurs reprises changé le design de ses claviers, afin qu'ils s'adaptent à celui des iMac.
IBook LiBook est une famille d'ordinateurs portables d'Apple vendus entre 1999 et 2006. Ils étaient destinés au grand public ainsi qu'aux marchés de l'éducation, à un prix et spécification inférieurs aux PowerBooks, les ordinateurs portables haut de gamme d'Apple. Durant leur existence, les iBook ont connu trois designs différents. Le premier d'entre eux, connu sous le nom de « palourde » ( en anglais), se distingue des autres ordinateurs portables de la même époque par sa forme, ses couleurs vives, la présence d'une poignée et ses connexions sans fil. Deux ans plus tard, ils abandonnent cette forme si particulière pour un aspect rectangulaire plus conventionnel. En , une troisième génération apporte un processeur PowerPC G4 et un lecteur CD mange-disque. En , Apple remplace les iBook par les MacBook, lors de la transition à Intel. iBook G3. À la fin des années 1990, Apple refond ses familles d'ordinateurs, passant d'une déconcertante variété de modèles avec les Performa, Les LC, les Quadra, les Power Macintosh et les PowerBook à une stratégie simplifiée avec quatre gammes : les portables et les ordinateurs de bureau, l'un et l'autre à destination du grand public ou des professionnels. Avec l'arrivée de l'iMac en tant qu'ordinateur de bureau grand public, il ne manquait à Apple qu'un ordinateur portable grand public. Cela donna lieu à de nombreuses rumeurs et potentiels concepts sur Internet. En présentant l', le à la , Steve Jobs met fin aux rumeurs. Le design de l'iBook est grandement inspiré de l', Apple le présentant même comme , iMac à emporter. La forme palourde rappelle quant à elle, l'eMate. Pour l'iBook, Apple a continué d'utiliser des plastiques transparents et colorés, à son lancement il est disponible en de nombreux coloris. Tout comme l'iMac, l' dispose d'un processeur , et aucun connecteur conçu par Apple. L'USB, l'Ethernet, un modem et un lecteur de disque sont présents en standard sur l'ordinateur. L'iBook se démarque aussi par l'absence de verrou pour bloquer l'écran en position fermée et la présence d'une poignée pour le porter. Il est aussi le premier ordinateur grand public à disposer du Wi-Fi intégré par défaut. En , Apple le remplace par l'iBook « ». iBook G3 Dual USB. Apple présente sa seconde génération d' lors d'une conférence de presse à Cupertino, le . Les couleurs vives sont abandonnées, tout comme la poignée et l'absence de verrou. L'iBook résultant est uniquement disponible en blanc avec un boitier en polycarbonate. Il est 30 % plus léger et moitié moins volumineux que son prédécesseur, étant plus petit dans les trois dimensions. Malgré cela, il comporte un port USB supplémentaire et une plus grande définition d'écran. Avec cette mise à jour, Apple commence sa transition d'ordinateur coloré vers des ordinateurs avec des boitiers en polycarbonate blanc, comme ça sera le cas avec l' ou l'eMac. Par opposition, les produits orientés professionnels arborent, eux, une finition en aluminium anodisé. iBook G4. Apple apporte le PowerPC G4 aux iBook le , mettant ainsi fin à l'utilisation des processeurs PowerPC G3 par Apple. Le lecteur optique à tiroir est remplacé par un lecteur mange disque. Des problèmes de qualité sur certains modèles. À partir de , certains utilisateurs de iBook G3 rapportent des problèmes qui concernent l'écran. Certains plaignants ont même pensé à lancer une Class action contre Apple. En réponse à ces problèmes, Apple lance en janvier 2004 l"'iBook Logic Board Repair Extension Program" qui couvre les coûts de réparation des iBook sur 3 ans. Pas plus d'un an après le lancement de l'iBook G4, il s'est avéré que ce dernier souffrait des mêmes problèmes que son prédécesseur. Cependant, l"'iBook Logic Board Repair Extension Program" ne couvrait pas les problèmes apparus sur l'iBook G4, ce qui fit perdre à Apple un certain nombre de clients, à cause des réparations très coûteuses et du nombre de machines en panne. En une nouvelle « class action » fut lancée. Un forum de discussion a avancé la thèse selon laquelle les problèmes des iBook seraient dus à une perte de contact entre le GPU et la carte mère. L'utilisation d'une cale entre la coque en plastique et le GPU résolvait le problème. Apple utilisa la même solution pour résoudre ces problèmes. Il est possible de retrouver temporairement une image correcte à l'écran en pressant sur la coque à mi-chemin entre le trackpad et le bord gauche de la coque.
Image numérique L'appellation d'image numérique désigne toute image (dessin, icône, photographie…) "acquise", "créée", "traitée" et "stockée" sous forme binaire : Types d'images. Image matricielle (ou image bitmap). Elle est composée d’une matrice (tableau) de points à plusieurs dimensions, chaque dimension représentant une dimension spatiale (hauteur, largeur, profondeur), temporelle (durée) ou autre (par exemple, un niveau de résolution). Images 2D. Dans le cas des images à deux dimensions (le plus courant), les points sont appelés pixels. D'un point de vue mathématique, on considère l'image comme une fonction de formula_1 dans formula_2 où le couplet d'entrée est considéré comme une position spatiale, le singleton de sortie comme un codage. Ce type d'image s'adapte bien à l'affichage sur écran informatique (lui aussi orienté pixel) ; il est en revanche peu adapté pour l'impression, car la résolution des écrans informatiques, généralement de 72 à 96 ppp (« points par pouce », en anglais "dots per inch" ou "dpi") est bien inférieure à celle atteinte par les imprimantes, au moins 600 ppp aujourd'hui. L'image imprimée, si elle n'a pas une haute résolution, sera donc plus ou moins floue ou laissera apparaître des pixels carrés visibles. Images 2D + t (vidéo), images 3D, images multi-résolution. Ces cas sont une généralisation du cas 2D, la dimension supplémentaire représentant respectivement le temps, une dimension spatiale ou une échelle de résolution. D'un point de vue mathématique, il s'agit d'une fonction de formula_3 dans formula_2. Images stéréoscopiques. Il s'agit d'un cas particulier dans lequel on travaille par couples d'images, ces derniers pouvant être de n'importe lequel des types précédents. Il existe un grand nombre de sortes d'images stéréoscopiques, et un encore plus grand nombre de moyens pour les observer en relief, mais le codage recommandé par les organisations internationales de stéréoscopie est désigné comme « jps », c'est-à-dire un format jpg dans lequel les deux vues gauche et droite sont juxtaposées dans un même fichier, le plus souvent × 768, chacune des deux vues étant inscrite dans un rectangle × 768 et, si son rapport largeur/hauteur n'est pas 4/3, chaque vue est complétée dans ce rectangle par deux bandes noires symétriques, soit en haut et en bas, soit à gauche et à droite. Images vectorielles. Le principe est de représenter les données de l'image par des formules géométriques qui vont pouvoir être décrites d'un point de vue mathématique. Cela signifie qu'au lieu de mémoriser une mosaïque de points élémentaires, on stocke la succession d'opérations conduisant au tracé. Par exemple, un dessin peut être mémorisé par l'ordinateur comme « une droite tracée entre les points (x1, y1) et (x2, y2) », puis « un cercle tracé de centre (x3, y3) et de rayon 30 de couleur rouge ». L'avantage de ce type d'image est la possibilité de l'agrandir indéfiniment sans perdre la qualité initiale, ainsi qu'un faible encombrement. L'usage de prédilection de ce type d'images concerne les schémas qu'il est possible de générer avec certains logiciels de DAO (Dessin Assisté par Ordinateur) comme AutoCAD ou CATIA. Ce type d'images est aussi utilisé pour les animations Flash, utilisées sur Internet pour la création de bannières publicitaires, l'introduction de sites web, voire des sites web complets. Étant donné que les moyens de visualisation d'images actuels comme les écrans d'ordinateur reposent essentiellement sur des images matricielles, les descriptions vectorielles (Fichiers) doivent préalablement être converties en descriptions matricielles avant d'être affichées comme images. Définition et résolution. Les images matricielles sont également définies par leur définition et leur résolution. La définition d'une image est définie par le nombre de points la composant. En image numérique, cela correspond au nombre de pixels qui composent l'image en hauteur (axe vertical) et en largeur (axe horizontal) : "200 pixels par 450 pixels" par exemple, abrégé en « 200 × 450 ». La résolution d'une image est définie par un nombre de pixels par unité de longueur de la structure à numériser (classiquement en ppp). Ce paramètre est défini lors de la numérisation (passage de l’image sous forme binaire), et dépend principalement des caractéristiques du matériel utilisé lors de la numérisation. Plus le nombre de pixels par unité de longueur de la structure à numériser est élevé, plus la quantité d'information qui décrit cette structure est importante et plus la résolution est élevée. La résolution d'une image numérique définit le degré de détail de l’image. Ainsi, plus la résolution est élevée, meilleure est la restitution. Cependant, pour une même dimension d'image, plus la résolution est élevée, plus le nombre de pixels composant l'image est grand. Le nombre de pixels est proportionnel au carré de la résolution, étant donné le caractère bidimensionnel de l'image : si la résolution est multipliée par deux, le nombre de pixels est multiplié par quatre. Augmenter la résolution peut entraîner des temps de visualisation et d'impression plus longs, et conduire à une taille trop importante du fichier contenant l'image et à de la place excessive occupée en mémoire. Représentation des couleurs. Il existe plusieurs modes de codage informatique des couleurs, le plus utilisé pour le maniement des images est l'espace colorimétrique rouge, vert, bleu (RVB ou RGB - "red green blue"). Cet espace est basé sur une synthèse additive des couleurs, c'est-à-dire que le mélange des trois composantes R, V, et B à leur valeur maximum donne du blanc, à l'instar de la lumière. Le mélange de ces trois couleurs à des proportions diverses permet de reproduire à l'écran une part importante du spectre visible, sans avoir à spécifier une multitude de fréquences lumineuses. Il existe d'autres modes de représentation des couleurs : Les images bitmap en couleurs peuvent être représentées soit par une image dans laquelle la valeur du pixel est une combinaison linéaire des valeurs des trois composantes couleurs, soit par trois images représentant chacune une composante couleur. Dans le premier cas, selon le nombre de bits (unité d’information élémentaire qui peut prendre deux valeurs distinctes) alloués pour le stockage d'une couleur de pixel, on distingue généralement les différents types d'images suivants : Images 24 bits (ou « couleurs vraies »). Le codage de la couleur est réalisé sur trois octets, chaque octet représentant la valeur d'une composante couleur par un entier de 0 à 255. Ces trois valeurs codent généralement la couleur dans l'espace RVB. Le nombre de couleurs différentes pouvant être ainsi représenté est de 256 × 256 × 256 possibilités, soit environ 16,7 millions de couleurs. Comme la différence de nuance entre deux couleurs très proches mais différentes dans ce mode de représentation est quasiment imperceptible pour l'œil humain, on considère commodément que ce système permet une restitution exacte des couleurs, c'est pourquoi on parle de « couleurs vraies ». Les images bitmap basées sur cette représentation peuvent rapidement occuper un espace de stockage considérable, chaque pixel nécessitant trois octets pour coder sa couleur. Images à palettes, images en 256 couleurs (8 bits). Pour réduire la place occupée par l'information de couleur, on utilise une "palette de couleurs" « attachée » à l'image. On parle alors de couleurs indexées : la valeur associée à un pixel ne véhicule plus la couleur effective du pixel, mais renvoie à l'entrée correspondant à cette valeur dans une table (ou palette) de couleurs appelée "look-up table" ou LUT en anglais, dans laquelle on dispose de la représentation complète de la couleur considérée. Selon le nombre de couleurs présentes dans l'image, on peut ainsi gagner une place non négligeable : on considère en pratique que 256 couleurs parmi les 16 millions de couleurs 24 bits sont suffisantes. Pour les coder, on aura donc une palette occupant 24 bits × 256 entrées, soit 3 × 256 octets, et les pixels de l'image seront associés à des index codés sur un octet. L'occupation d'une telle image est donc de 1 octet par pixel plus la LUT, ce qui représente un peu plus du tiers de la place occupée par une image en couleurs 24 bits (plus l'image contient de pixels, plus le gain de place est important, la limite étant le tiers de la place occupée par l'image en couleurs vraies). Une autre méthode existante consiste à se passer de palette, et de coder directement les trois couleurs en utilisant un octet : chaque composante couleur est codée sur deux bits, le bit restant peut servir soit à gérer plus de couleurs sur une des composantes, soit à gérer la transparence du pixel. Avec cette méthode, on obtient des images bitmap avec un codage couleur effectivement limité à 8 bits, bien que la plage des couleurs possibles soit très réduite par rapport à celle qu'offre la méthode utilisant une palette. Dans le cas des images en couleurs indexées, il est possible de spécifier que les pixels utilisant une des couleurs de la palette ne soient pas affichés lors de la lecture des données de l'image. Cette propriété de "transparence" est très utilisée (et utile) pour les images des pages web, afin que la couleur de fond de l'image n'empêche pas la visualisation de l'arrière-plan de la page. Images en teintes (ou niveaux) de gris. On ne code ici plus que le niveau de l'intensité lumineuse, généralement sur un octet (256 valeurs). Par convention, la valeur zéro représente le noir (intensité lumineuse nulle) et la valeur 255 le blanc (intensité lumineuse maximale) : Ce procédé est fréquemment utilisé pour reproduire des photos en noir et blanc ou du texte dans certaines conditions (avec utilisation d'un filtre pour adoucir les contours afin d'obtenir des caractères plus lisses). Ce codage de la simple intensité lumineuse est également utilisé pour le codage d'images couleurs : l'image est représentée par trois images d'intensité lumineuses, chacune se situant dans une composante distincte de l'espace colorimétrique (par exemple, intensité de rouge, de vert et de bleu). Images avec gestion de la translucidité. On peut attribuer à une image un canal supplémentaire, appelé canal alpha, qui définit le degré de transparence de l'image. Il s'agit d'un canal similaire aux canaux traditionnels définissant les composantes de couleur, codé sur un nombre fixe de bits par pixel (en général 8 ou 16). On échelonne ainsi linéairement la translucidité d'un pixel, de l'opacité complète à la transparence. Autres formats. D'autres formats originaux furent utilisés : Formats d'image. Définition. Un format d'image est une représentation informatique de l'image, associée à des informations sur la façon dont l'image est codée et fournissant éventuellement des indications sur la manière de la décoder et de la manipuler. Structuration, utilisation de métadonnées. La plupart des formats sont composés d'un en-tête contenant des attributs (dimensions de l'image, type de codage, LUT, etc.), suivi des données (l'image proprement dite). La structuration des attributs et des données diffère pour chaque format d'image. De plus, les formats actuels intègrent souvent une zone de métadonnées ("metadata" en anglais) servant à préciser les informations concernant l'image comme : Ces métadonnées sont par exemple largement utilisées dans le format Exif (extension du format JPEG), qui est le format le plus utilisé dans les appareils photo numériques. Précautions à prendre. Quelques précautions à prendre concernant les formats d'images : Formats propriétaires. Le format TIFF est considéré comme un format propriétaire, le brevet étant contrôlé par la firme Aldus qui a fusionné avec Adobe en 1994. Dans le passé, le format GIF était soumis au brevet Unisys contrôlé par la société CompuServe, c'était donc un format propriétaire. Mais les brevets d'Unisys sont arrivés à expiration. Ce format est donc devenu depuis un format libre de droits. Image numérique et droits d'auteur. Pour tenter de faire respecter le droit d'auteur (en France) et le copyright (dans presque tous les autres pays), il existe des techniques de marquage numérique d'une image. Ces techniques, que l'on nomme empreinte, sont de plus en plus utilisées. L'empreinte est supposée conserver une preuve de l'origine de l'image, sous la forme d'une signature visible ou invisible, qui doit résister aux traitements susceptibles d'être appliqués à l'image. Ce « tatouage » peut se faire selon deux méthodes, généralement désignées par le même terme de "filigrane". Protection par signature visible. Cette technique consiste à intégrer une indication sur l'image, par exemple l'organisme ou l'auteur à qui appartient l'image, afin de dissuader les pirates de s’en servir. L'inconvénient de cette méthode est qu'il est très facile d'éliminer ce type de tatouage avec un outil de traitement d'images, puisque le tatouage est visible. Protection par tatouage invisible. Cette technique consiste à cacher le tatouage dans les données de l'image. Cette approche a l'avantage de ne pas gêner la lecture de l'image par le simple spectateur tout en permettant une facile identification. L'auteur en tire un avantage complémentaire : l'éventuel pirate inattentif ne sera pas tenté de retirer ou modifier la signature ; le pirate plus volontaire verra son activité illégale rendue un peu plus difficile ou facilement prouvable (par la seule présence du tatouage).
Imhotep Imhotep (« Ἰμούθης » en grec) dont le nom signifie « celui qui vient en paix », est un personnage historique emblématique de l'Égypte antique. Ayant vécu au troisième millénaire avant notre ère, il fut un homme aux multiples talents. Vizir et architecte du roi Djéser (), on le dit également médecin et philosophe. Sur le socle d'une statue du roi Djéser (aujourd'hui au Musée du Caire), il est présenté comme . Biographie. Peu d'éléments directs demeurent sur l'existence d'Imhotep. Ses liens familiaux restent hypothétiques, aucun portrait n'est parvenu jusqu'à notre époque, et sa tombe n'a pas été retrouvée. L'unique trace directe est une inscription portée sur un fragment de statue du roi Djéser () qui cite Imhotep et le présente de la manière suivante : Des écrits datant du avant notre ère le désignent comme le « Fils de Ptah » ; sa mère est parfois assimilée à Sekhmet. Architecture. Son œuvre architecturale la plus connue est sans conteste le complexe funéraire qu'il édifie à Saqqarah (près du Caire) pour Djéser et plus particulièrement la plus ancienne pyramide à degrés du monde. Imhotep apporte à l'Égypte quelques innovations : Médecine. Imhotep est considéré comme le fondateur de la médecine égyptienne et l'auteur présupposé d'un traité médical, le papyrus Ebers (même si le document a été probablement rédigé postérieurement vers -1700 d'après une datation au carbone, avec des écrits complémentaires de plusieurs médecins). Ce texte décrit en détail des observations anatomiques, l'examen, le diagnostic, le traitement et le pronostic de nombreuses blessures. Les traitements sont associés aux formules magiques. En 2017, la momie de l'un de ses disciples, Nespamedou, est radiographiée et son visage reconstitué. Religion. Il réforme la religion égyptienne et introduit le mythe osirien. Personnage historique de la , il est ensuite associé à Thot, dieu de la connaissance et de l'écriture. Dès le règne d', les scribes offrent des libations au défunt Imhotep. À la Basse époque, il est divinisé et adoré au temple de Deir el-Bahari. Il connaît son apogée à Memphis où il détrône Néfertoum pour être le fils du puissant Ptah. Plus tard encore, il finit par le surpasser et reçoit le titre de dieu memphite, reléguant Ptah à la seconde place. Le culte se répand dans toute l'Égypte et même, associé au dieu grec Asclépios foudroyé par Zeus pour avoir ressuscité les morts, son influence se répand également dans le bassin méditerranéen. À Philæ, un temple lui est consacré près de celui de la déesse Isis.
Iaidō L’ est un art martial d'origine japonaise basé sur l'action de dégainer le sabre et de frapper (de taille ou d'estoc) en un seul geste. Plus exactement, le but est d'exécuter une technique, avant l'adversaire, choisie en fonction du lieu et du contexte de la situation. Tout comme pour les autres "budō", cette discipline se focalise principalement sur la perfection des mouvements et la démarche spirituelle (influence du zen), l'efficacité technique, quant à elle, devient de plus en plus importante au fur et à mesure que le pratiquant augmente en grade. Depuis quelques années, certains "sensei" japonais prônent une démarche plus offensive, dirigée vers un "iaidō" de « combat », plus proche du "iaijutsu". Description. Le terme est composé de trois kanjis signifiant approximativement : "Iaidō" peut donc se traduire par « la voie de la vie en harmonie », ou « exister en union avec la voie ». Le préfixe « i » peut aussi être interprété par le chiffre 1, l'unité : « la voie de l'unité de l'individu », en lui-même pour être en harmonie avec soi et avec les autres. Nakamura Taisaburō "hanshi", , en dit ceci : "Iai to wa, hito ni kirarezu, hito kirazu". » « Le "iai", c'est ne pas tuer les autres et ne pas se faire tuer par eux à la fois. "Jiko no renma ni, shuyou no michi". » « L'entraînement, le polissage des aptitudes, la voie de la discipline, c'est se cultiver soi-même. L'essentiel de la pratique du "iaidō" consiste en l'apprentissage et l’exécution de katas (séquences de mouvements précis), s'exécutant la plupart du temps seul et correspondant à un scénario. Ils démarrent soit debout ("tachi iai"), soit à genoux au sol ("seiza"), soit dans une position avec un seul genou au sol ("tate hiza"). Ces formes constituent autant de supports à l'enseignement et permettent la transmission de l'ensemble des techniques d'une école. Ces katas se composent à la base des quatre mêmes étapes : On distingue aussi une partie importante propre à de nombreux katas selon les écoles : "furikabutte", l’action de « brandir le sabre ». De nombreuses variantes, coupes, frappes d’estoc, frappes avec la poignée du sabre, sont ajoutées dans certains katas. Ces katas doivent être « habités » par le pratiquant, et induisent des notions fondamentales propres à tous les "budō" : Histoire. Avant le. Autour de la pratique du sabre des samouraïs existaient deux types de "koryū" (écoles anciennes) complémentaires, les "ken-jutsu" ou techniques de maniement du sabre, et les "iai-jutsu", techniques consistant à trancher en dégainant. L’"iai" a été codifié à la fin du par Hayashizaki Jinsuke Shigenobu, et rapidement répandu à travers les écoles traditionnelles. Shigenobu serait le nom d’une personne née à Sagami (actuellement Kanagawa), en Tenmon 17, soit en 1549. Selon des récits plus anciens, les techniques de Shigenobu ont porté différents noms: "hayashisaki", "shinmei musō", "shin musō", "shigenobu". Il existe de nombreuses variations dans la biographie de Shigenobu et il est difficile, parmi tous ces récits, d’établir une certitude. Mais on peut dire qu’ils ont pour point commun de désigner Shigenobu comme celui qui est à l’origine des différents styles de "iaido". Parmi ceux-ci, on compte Tamiya Heibei Narimasa (style "Tamiya"), Katayama Hoki Morinaga Yasu (style "Hoki"). Le sanctuaire du "iai hayashisaki" se trouve à Murayama, Yamagata ken. Miyamoto Musashi créa une "koryū", nommée tout d'abord Niken ryū (« École des deux sabres »), puis Niten ryū (« École des deux cieux »), et enfin Niten ichi ryū (« École des deux ciels comme une terre »), mais ayant un style hors du commun (utilisation simultanée de deux sabres, l'un court, l'autre long) et peu d' auprès de l'empereur. Son apport tant technique que stratégique (positionnement lors d'attaques multiples, prise en compte du terrain, de l'environnement, des conditions météo) fut considérable pour les kendokas (ou "kenshi") et "iaidoka" modernes. Il fit du "bokken" une arme à part entière, aussi létale qu'un katana ; il fut le lien entre le combat d'extérieur avec katana et "wakisashi" ou katana seul et du combat d'intérieur avec uniquement le "wakisashi", à cause de l'encombrement du katana trop long pour être efficace dans les demeures du Japon d'alors. Ses duels les plus emblématiques sur une soixantaine au total, sont décrits dans "La Pierre et le Sabre" et "La Parfaite Lumière". Son style, très individuel, s'apparente plus au duel tel qu'on le connaît en Occident (comme au temps du roman de cape et d'épée, de l'escrime et des bretteurs). La survivance de son style est assurée par une lignée de maîtres qui descendent directement des disciples de Musashi. Cette école est la Hyōhō niten ichi ryū (« Première École des deux cieux »). Le "hyōhō" (« stratégie ») y occupe une place capitale. Elle est dirigée aujourd'hui par le de Miyamoto Musashi, Iwami "sōke". Ce n'est qu'au que le terme "iaidō" fait son apparition, et devient un art plus philosophique, consacré à la recherche du geste pur et à l'éveil spirituel. Un nom important à citer pour cette évolution est Nakayama Hakudo (entre autres "sōke" de Musō shinden ryū iaidō, "sōke" de Shinto musō ryū jodo). Les katas enseignés par les "koryū" répertorient les gestes et situations courantes de combat. Leur pratique permet un apprentissage conduisant à une fluidité des mouvements et une réponse rapide dans ces situations de combat. Les deux "koryū" qui recensent le plus d’élèves dans le monde sont "Musō jikiden eishin ryū" et "Musō shinden ryū". Comme la très grande majorité des écoles d’"iai", elles sont issues de "hayashizaki ryū", style proposé par le fondateur qui s'est ensuite subdivisé en de multiples "koryū". Bien qu'issues d'une seule et même école, les deux enseignements se sont séparés en 1936. Il existe donc également de nombreuses autres "koryū" actives, certaines n'enseignant que l’"iai" comme Hoki ryū, d'autres pluri-disciplinaires comme Katori shintō ryū, Suiō-ryū, Take no uchi, Kashima shinto ryū. La tradition de ces "koryū" s'est perpétuée sans interruption d'enseignement parfois depuis plusieurs siècles. Liste des "koryū" de "iaijutsu" de la Nihon Kobudo Kyokai établie par Guy Buyens en : Avec les "koryū" qui intègrent le "iaïjutsu" dans leur curriculum : La fédération japonaise de kendo (Zen nihon kendō renmei, dite ZNKR) propose une série de douze katas (formes) nommée "zen ken ren iai" ou "seitei iai". À l'origine, les dirigeants des différentes "koryū" souhaitaient faire en sorte que leurs cadres acquièrent une certaine pluridisciplinarité. Cette série de katas, provenant de plusieurs "koryū", devait permettre — c'était presque un passage obligé à partir du — aux pratiquants de haut niveau d'avoir un aperçu du "iai". Aujourd'hui, cette série offre aux pratiquants de kendo et aux débutants dans l’"iaidō" un ensemble cohérent donnant un aperçu des techniques d’"iai" sans pour autant s'engager dans une "ryū". Il s'agit de révéler un « panorama » des katas anciens. Pour certains puristes, elle est considérée comme un amalgame des divers éléments. Sur la longue durée, les katas d'origines différentes et conçus avec des ambitions différentes perdraient leurs qualités distinctives et de leur richesse plurielle. Il deviendrait difficile de retrouver l'esprit originel qui fait que chaque kata vit pour celui qui tient le sabre. Comportant à sa création, en 1968, sept katas, issus essentiellement des "koryū" Musō shinden ryū et Musō jikiden eishin ryū, la série s'est enrichie en 1980 de trois formes supplémentaires puis, en 2001, de deux nouvelles. Cette série permet la rencontre des écoles autour d'un style qui, pour « artificiel » et contemporain qu'il soit, est commun à de nombreux pratiquants. Elle offre également la possibilité de passages de grades fédéraux, qui sont les seuls actuellement reconnus par l’International Kendo Federation (IKF) et les ministères nationaux appropriés, comme celui de la Jeunesse et Sports en France (grade reconnu au niveau international par l'IKF). Le "iaidō" et le "iaijutsu". Deux termes sont proposés pour désigner l'enseignement des techniques de sabre depuis le fourreau : le "iaidō" et le "iaijutsu". Si, en règle générale, le terme "iaidō" est logiquement préféré pour l'usage courant dans la mesure où, aujourd'hui, toutes les pratiques ont la vocation du "dō" (de l'épanouissement personnel), la connaissance de cette notion "jutsu" est essentielle pour la bonne compréhension des écoles historiques, ou "koryū" pétris par essence de cette notion. Pratiquer "Musō shinden ryū" (école de "iadō") avec l’esprit "jutsu" n'a pas plus de sens qu'exécuter des katas de Katori shinto ryū (école de "iai-jutsu") sans l’idée "jutsu", composante essentielle de cette école, leurs katas spécifiques perdant alors une bonne partie de leur substance technique et historique. Le "iaidō" (de "dō, michi", « voie ») insiste sur la fluidité et la justesse du mouvement. Le "iaijutsu" (de "jutsu", « technique ») met l'accent sur la vitesse et le réalisme de la coupe. Respecter ces notions dans la pratique provoque des gestes, des saisies de sabre et des attentions différentes. Le "dō" privilégie fluidité, esthétique, sobriété, le "jutsu" justesse et efficacité. De nos jours, la plupart des enseignants admettent cette distinction tout en lui reconnaissant peu de pertinence, car "jutsu" implique la notion d'efficacité martiale (se débarrasser au plus vite de son ennemi). Enfin, ces "koryū", ou écoles anciennes, respectueuses de la tradition et la transmission historique, nomment elles-mêmes leur pratique "iai jutsu". De telles résiliences de tradition "jutsu" qui ne font aucune concession à une quelconque modernité constituent un des principaux dénominateurs communs des "budō". Par ailleurs, on constate la même différenciation en judo et jujutsu, "jōdō" et "jojutsu" et l’extrême de distance est donnée par les disciplines, qui ont divergé de manière encore plus radicale pour autoriser la compétition. Par exemple, le "kenjutsu" enseigne comment toucher l'adversaire aux points faibles de l’armure, alors que le kendo accorde des points pour des « touches » aux points forts de celle-ci, sécurisant ainsi les compétitions. Technique. Tenue du sabre. Le sabre se porte et se tient de la même façon que l'on soit droitier ou gaucher. La main droite et la main gauche ont chacune un rôle particulier qui n'est pas directement lié au fait que ce soit la main dominante ou non. Il existe d'ailleurs des sabreurs gauchers : par exemple Saitō Hajime. La coupe en "iai" est perçue comme rapide car le peu de force apparente que nécessite le retrait du sabre tout au long du "saya" (ou fourreau) augmente la vitesse. L"'iaidō" ne nécessite pas ou peu de force, si ce n'est celle nécessaire au maintien du sabre, car la longueur du katana ou "shinken" (lame d'environ ) ajoutée à la longueur d'un bras font que l'extrémité de la lame se déplace très vite et c'est cette extrémité (le dernier 1/3) qui sert à trancher. Or, le katana pèse entre 1 et 1,5 kilogramme et se déplace à grande vitesse, il faut donc le maintenir assez fermement pour que l'inertie ne le fasse pas partir. La main exerce une prise « au-dessus » du sabre (le pratiquant est toujours derrière son sabre, seul rempart contre une attaque), les doigts servant au « déroulé » et au maintien; un yakuza ayant failli, se coupait une phalange de l'auriculaire droit en expiation et l'offrait à son patron, il lui devenait donc extrêmement difficile de se battre, ce doigt étant extrêmement important pour saisir un objet (en l'occurrence la poignée du sabre, cependant cela est valable pour tout manche d'outil). Ce rituel d'automutilation se nomme "yubitsume" ou "otoshimae". À l'origine, le "yubitsume" était une coutume des tenanciers de tripots et autres casinos clandestins pour punir un mauvais client (entre autres). Les samouraïs qui jouaient de l'argent craignaient donc le "yubitsume", non seulement car il les pénalisait au sabre, mais également parce qu'il exposait leur vice aux yeux de la société, entraînant ainsi une double humiliation. Entrainement. L’entraînement au "iaidō" peut se qualifier de pratique « individuelle / collective ». Individuelle car sans partenaire direct, hormis dans la situation virtuelle du kata. Intellectuellement, c'est principalement un travail approfondi sur la concentration. Physiquement, sous des aspects souvent calmes, l'entraînement — surtout pour les départs en "seiza" (à genoux) ou "tate hiza" (un genou au sol, assis sur le talon de la même jambe) — fait intervenir des muscles puissants des jambes — fessiers, adducteurs, psoas iliaque, jumeaux, ischio-jambiers gourmands en énergie —, ainsi que toute la ceinture abdominale, à partir de positions en flexion maximum, et fournit un effort propre à l'endurance et la puissance (force-vitesse). Cette pratique bien menée ne provoque aucun traumatisme et peut se poursuivre sans problème jusqu'à un âge avancé, avec toutefois une réserve pour les genoux. On note en effet que certaines écoles exigent le port de protections de type genouillères, lors de la pratique des katas notamment. Collective, car l'exercice d'apprentissage demande un rythme spécifique pour chaque niveau d'étude et pour chaque école. Ce rythme, ce déploiement collectif d'énergie, appelé "ki awase", « porte » le pratiquant, bien au-delà du stade où il aurait arrêté s'il était seul. De plus, l'exercice consistant à suivre exactement le rythme du professeur ou d'un élève avancé, fait partie de l'étude dans l'objectif de la mise en harmonie instantanée indispensable lors d'un duel ("i", « unité » et "ai", « harmonie »). Matériel. L'entrainement se fait avec un "iaito" ou un "bokken" afin de ne pas abîmer son katana ou son "shinken". En effet, l'utilisation d'un katana peut provoquer un accident chez les débutants (un proverbe japonais prétend que si l'on approche ses doigts du fil d'un katana, ceux-ci seront instantanément découpés…). Le "wakizashi" et le katana forment le "daisho". Le "wakizashi" est un sabre court manié d'une seule main, il servait d'arme secondaire et sa présence était donc salutaire pendant les mêlées les plus intenses. Dans le Japon médiéval, une fois au corps à corps (moins d'un mètre), un sabre de petite taille était en effet préférable à un grand pour, comme avec une dague, achever un ennemi à terre, viser les points faibles de l'armure et lui trancher la gorge ou le décapiter. Cependant, le "iaidō" se pratique essentiellement avec un katana. Le "keikogi" du "iaidōka" est composé d'un "gi" en coton, d'un "hakama", d'un obi (d'une largeur de 13 à ) ; on peut porter des "tabi". La couleur « historique » est le blanc, couleur du deuil et de la mort au Japon. Beaucoup de "iaidōka" portent de l'indigo car ils pratiquent également le kendo (la tenue du kendo est indigo). Le noir est aussi utilisé ainsi que le panachage de ces trois couleurs ; toutefois le gris, le marron, le vert ainsi que les obis rouges et blancs (dans ce cas très larges > ), sont réservés par tradition aux "sensei" japonais. La règle étant d'afficher une tenue cohérente ("hakama" blanc et "iaidogi" blanc, "hakama" noir et "iaidogi" noir, etc.). Il n'y a aucune notion de grade (kyu et dan) dans le choix des couleurs. Voir aussi. Articles connexes. Certaines "koryū" dispensent un enseignement du "iaido" et du "iaijutsu". Voir ci-dessous.
Ikebana L’, également connu sous le nom de , « la voie des fleurs » ou « l'art de faire vivre les fleurs », est un art traditionnel japonais fondé sur la composition florale. Ikebana et représentation. Au contraire de la forme décorative des arrangements floraux dans les pays occidentaux, l’arrangement floral japonais crée une harmonie de construction linéaire, de rythme et de couleurs. Alors que les Occidentaux tentent d'accentuer la quantité et les couleurs des fleurs, portant leur attention essentiellement sur la beauté de la fleur, les Japonais accentuent l'aspect linéaire de l’arrangement. Ils ont développé un art qui valorise aussi bien le vase, les tiges, les feuilles et les branches que la fleur elle-même. La structure complète de l'arrangement floral japonais est axée sur trois points principaux symbolisant le ciel, la terre et l’humanité à travers les trois piliers, asymétrie, espace et profondeur. Histoire et origines. En Occident, des fresques égyptiennes, des vases grecs et des mosaïques sumériennes figurent des arrangements floraux pouvant indiquer que l’histoire de la composition florale remonterait à plus de . En Asie de l'Est, durant la période des « Six Dynasties » (), l’art floral serait apparu en Chine comme un élément de rites religieux. Il s'est ensuite développé sous la dynastie Tang (618-907), atteignant son âge d'or sous la dynastie Song (960-1279). Il est introduit au Japon au , par des moines bouddhistes. Dans les temples bouddhiques, les bonzes élaboraient de , suivant les règles d'un art religieux appelé "rikka" ou "tatebana". Le "rikka" reflète la splendeur de la nature et l’expose. Les branches de pin, par exemple, symbolisent les pierres et les rochers, et le chrysanthème blanc symbolise une rivière ou un petit ruisseau. De nos jours, il est perçu comme une forme antique d’arrangement floral, et est rarement pratiqué. Le terme « "ikebana" » est forgé au début du , lorsqu'il est devenu une pratique artistique codifiée et répandue parmi la noblesse, avec ses spécialistes et ses diverses écoles. Le changement le plus significatif dans l'histoire de l’ikebana advient au , lorsque le shōgun Ashikaga Yoshimasa (1436-1490) dirigeait le Japon. Yoshimasa fit bâtir de larges constructions et de petites maisons pour exprimer son amour de la simplicité. Celles-ci contenaient un "tokonoma" (alcôve), où les gens pouvaient placer des objets d’art ou des arrangements floraux. Ce fut à cette période que les règles de l’ikebana furent simplifiées afin que toutes les classes sociales puissent jouir de cet art. D’autres développements majeurs eurent lieu à la fin du . Un style plus simple d'arrangement floral appelé "nageire" vit le jour et fut intégré dans la cérémonie du thé. Dans ce style, les fleurs sont arrangées dans un vase aussi naturellement que possible et quels que soient les matériaux utilisés. Du fait de cette association avec la cérémonie du thé, ce style est aussi appelé "chabana". Dans les années 1890, peu après la constitution Meiji, qui conduisit à la modernisation et à l’occidentalisation du Japon, fut développé un nouveau style d’ikebana appelé "moribana". Ce style apparaît, d'une part, du fait de l’introduction de fleurs occidentales et, d’autre part, du fait de l'occidentalisation du mode de vie japonais. Le style "moribana", qui crée une nouvelle forme de liberté dans l'arrangement floral, est utilisé pour les jardins. C'est un style que l'on peut apprécier quel que soit son emplacement et qui peut être adapté à la fois aux situations officielles (cérémonies) qu’aux situations non formelles. En France, la pratique et l'enseignement de l'ikebana furent introduits par Kikou Yamata, écrivaine franco-japonaise qui en fit les premières démonstrations à Paris en 1930, au Salon d'automne. Au même titre que la cérémonie du thé et la calligraphie, l’ikebana était un des arts que les femmes étudiaient traditionnellement à l’école en vue de se marier. Aujourd'hui, les arrangements floraux sont considérés comme l'un des trois arts traditionnels japonais (avec le "kōdō" et la cérémonie du thé). L'ikebana est pratiqué en de nombreuses occasions, comme les fêtes et les cérémonies, et son enseignement n'a cessé de se répandre chez nombre de nos contemporains, intéressés par la tradition, l'art et la culture du Japon. Écoles d'ikebana. Il existe de très nombreuses écoles d'ikebana au Japon qui représentent autant de courants et de styles différents. Mary Averill, dans un livre intitulé "Japanese flower arrangement, Ikebana applied to western needs", (1913) donne un aperçu des nombreuses écoles d'ikebana. Une école est normalement dirigée par un iemoto, souvent transmis au sein d'une famille d'une génération à l'autre. En France, les écoles les plus répandues sont : Styles d'ikebana. À l'origine, l'arrangement floral de l'ikebana était très simple, composé à partir de quelques tiges de fleurs et de branches au feuillage persistante. Cette première forme d'ikebana était appelée kuge (供華). Les motifs et les styles ont évolué et, à la fin du XVe siècle, les arrangements étaient suffisamment courants pour être appréciés par les gens ordinaires et plus seulement par la famille impériale et ses serviteurs : en effet, les styles d'ikebana ont changé durant cette période, transformant la pratique en une forme d'art avec des instructions établies. Des livres ont été écrits sur cet art, notamment le "Sedensho", le plus ancien d'entre eux, couvrant les années 1443 à 1536. L'Ikebana devint une partie importante des festivals traditionnels et des expositions étaient organisées ponctuellement. Les premiers styles se caractérisaient par une tige centrale haute et droite accompagnée de deux tiges plus courtes. Pendant la période Momoyama (1573-1603), un certain nombre de châteaux fastueux ont été construits et les nobles et les serviteurs royaux ont réalisé de grandes compositions florales de style rikka, considérées comme une décoration appropriée pour les châteaux. De nos jours, chaque école (Sogetsu, Ohara, Senshin Ikenobo sont les principales en France) a ses styles propres et certains styles classiques se retrouvent dans plusieurs écoles, mais avec des noms différents.
Intelligence artificielle L'intelligence artificielle (IA) est un . Elle englobe donc un ensemble de concepts et de technologies, plus qu'une discipline autonome constituée. Des instances, telle la CNIL, notant le peu de précision de la définition de l'IA, l'ont présentée comme . Souvent classée dans le groupe des mathématiques et des sciences cognitives, elle fait appel à la neurobiologie computationnelle (particulièrement aux réseaux neuronaux) et à la logique mathématique (partie des mathématiques et de la philosophie). Elle utilise des méthodes de résolution de problèmes à forte complexité logique ou algorithmique. Par extension, elle comprend, dans le langage courant, les dispositifs imitant ou remplaçant l'homme dans certaines mises en œuvre de ses fonctions cognitives. Ses finalités et enjeux ainsi que son développement suscitent, depuis l'apparition du concept, de nombreuses interprétations, fantasmes ou inquiétudes s'exprimant tant dans les récits ou films de science-fiction que dans les essais philosophiques. Si des outils relevant d'intelligences artificielles spécialisées ont fait leurs preuves, la réalité semble encore tenir l'intelligence artificielle généraliste loin des performances du vivant ; ainsi, l'IA reste encore bien inférieure au chat dans toutes ses aptitudes naturelles. Définition. Le terme « intelligence artificielle », créé par John McCarthy, est souvent abrégé par le sigle « IA » (ou « AI » en anglais, pour ""). Il est défini par l’un de ses créateurs, Marvin Lee Minsky, comme . On y trouve donc le côté « artificiel » atteint par l'usage des ordinateurs ou de processus électroniques élaborés et le côté « intelligence » associé à son but d'imiter le comportement. Cette imitation peut se faire dans le raisonnement, par exemple dans les jeux ou la pratique des mathématiques, dans la compréhension des langues naturelles, dans la perception : visuelle (interprétation des images et des scènes), auditive (compréhension du langage parlé) ou par d'autres capteurs, dans la commande d'un robot dans un milieu inconnu ou hostile. Même si elles respectent globalement la définition de Minsky, certaines définitions de l'IA varient sur deux points fondamentaux : Historique. Création et développement. Historiquement, l'idée d'intelligence artificielle semble émerger dans les années 1950 quand Alan Turing se demande si une machine peut « penser ». Dans l'article « ' » (', ), Turing explore ce problème et propose une expérience (maintenant dite test de Turing) visant à trouver à partir de quand une machine deviendrait « consciente ». Il développe ensuite cette idée dans plusieurs forums, dans la conférence « L'intelligence de la machine, une idée hérétique », dans la conférence qu'il donne à la BBC le « Les calculateurs numériques peuvent-ils penser ? » ou la discussion avec M.H.A. Newman, Sir Geoffrey Jefferson et R.B. Braithwaite les 14 et sur le thème « Les ordinateurs peuvent-ils penser ? ». Une autre origine probable est la publication, en 1949, par Warren Weaver d'un mémorandum sur la traduction automatique des langues qui suggère qu'une machine puisse faire une tâche qui relève typiquement de l'intelligence humaine. Le développement des techniques informatiques (augmentation de la puissance de calcul) aboutit ensuite à plusieurs avancées : Les bornes de ce domaine varient, ainsi optimiser un itinéraire était considéré comme un problème d'intelligence artificielle dans les et n'est plus considéré aujourd’hui que comme un simple problème d'algorithmie. Vers 2015, le secteur de l'intelligence artificielle cherche à relever quatre défis : la perception visuelle, la compréhension du langage naturel écrit ou parlé, l'analyse automatique du langage et la prise de décision autonome. Produire et organiser des données nombreuses et de qualité, c'est-à-dire corrélées, complètes, qualifiées (sourcées, datées, géoréférencées…), historisées est un autre enjeu. La capacité déductive et de généralisation pertinente d'un ordinateur, à partir de peu de données ou d'un faible nombre d'évènements, est un autre objectif, plus lointain. Entre 2010 et 2016, les investissements auraient été décuplés, atteignant une dizaine de milliards de dollars en 2016. Précurseurs. Si les progrès de l’intelligence artificielle sont récents, ce thème de réflexion est tout à fait ancien, et il apparaît régulièrement au cours de l’histoire. Les premiers signes d’intérêt pour une intelligence artificielle et les principaux précurseurs de cette discipline sont les suivants. Automates. Une des plus anciennes traces du thème de « l’homme dans la machine » date de 800 avant notre ère, en Égypte. La statue du dieu Amon levait le bras pour désigner le nouveau pharaon parmi les prétendants qui défilaient devant lui, puis elle « prononçait » un discours de consécration. Les Égyptiens étaient probablement conscients de la présence d’un prêtre actionnant un mécanisme et déclarant les paroles sacrées derrière la statue, mais cela ne semblait pas être pour eux contradictoire avec l’incarnation de la divinité. Vers la même époque, Homère, dans "L'Iliade" (XVIII, 370–421), décrit les automates réalisés par le dieu forgeron Héphaïstos : des trépieds munis de roues en or, capables de porter des objets jusqu’à l’Olympe et de revenir seuls dans la demeure du dieu ; ou encore, deux servantes forgées en or qui l’assistent dans sa tâche. De même, le Géant de bronze Talos, gardien des rivages de la Crète, était parfois considéré comme une œuvre du dieu. Vitruve, architecte romain, décrit l’existence entre le et le avant notre ère, d’une école d’ingénieurs fondée par Ctesibius à Alexandrie, et concevant des mécanismes destinés à l’amusement tels des corbeaux qui chantaient. Héron L'Ancien décrit dans son traité « Automates », un carrousel animé grâce à la vapeur et considéré comme anticipant les machines à vapeur. Les automates disparaissent ensuite jusqu’à la fin du Moyen Âge. On a prêté à Roger Bacon la conception d'automates doués de la parole; en fait, probablement de mécanismes simulant la prononciation de certains mots simples. Léonard de Vinci a construit en 1515 un automate en forme de lion pour amuser le roi de France, . Gio Battista Aleotti et Salomon de Caus, eux, ont construit des oiseaux artificiels et chantants, des flûtistes mécaniques, des nymphes, des dragons et des satyres animés pour égayer des fêtes aristocratiques, des jardins et des grottes. René Descartes, lui, aurait conçu en 1649 un automate qu’il appelait « ma fille Francine ». Il conduit par ailleurs une réflexion d’un modernisme étonnant sur les différences entre la nature des automates, et celles d’une part des animaux (pas de différence) et d’autre part celle des hommes (pas d’assimilation). Ces analyses en font le précurseur méconnu d’un des principaux thèmes de la science-fiction : l'indistinction entre le vivant et l’artificiel, entre les hommes et les robots, les androïdes ou les intelligences artificielles. Jacques de Vaucanson a construit en 1738 un . Il était possible de programmer les mouvements de cet automate, grâce à des pignons placés sur un cylindre gravé, qui contrôlaient des baguettes traversant les pattes du canard. L’automate a été exposé pendant plusieurs années en France, en Italie et en Angleterre, et la transparence de l’abdomen permettait d’observer le mécanisme interne. Le dispositif permettant de simuler la digestion et d’expulser une sorte de bouillie verte fait l’objet d’une controverse. Certains commentateurs estiment que cette bouillie verte n’était pas fabriquée à partir des aliments ingérés, mais préparée à l’avance. D’autres estiment que cet avis n’est fondé que sur des imitations du canard de Vaucanson. L’incendie du musée de Nijni Novgorod en Russie, vers 1879, a détruit cet automate. Les artisans Pierre et Louis Jaquet-Droz fabriquèrent parmi les meilleurs automates fondés sur un système purement mécanique, avant le développement des dispositifs électromécaniques. Certains de ces automates, par un système de cames multiples, étaient capables d'écrire un petit billet (toujours le même). Enfin, Les Contes d'Hoffmann (et ballet) "L'Homme au sable" décrit une poupée mécanique dont s'éprend le héros. Pensée automatique. Une des premières tentatives de formalisation de la pensée connue est le zairja, mécanisme qu'utilisaient les astrologues arabe pour générer des idées supposées logiques, dont l'invention est attribuée à Abu al-Abbas as-Sabti au . Raymond Lulle s'en est probablement inspiré pour mettre au point son Ars Magna. Missionnaire, philosophe, et théologien espagnol du , il essaya lui aussi de générer des idées grâce à un système mécanique. Il combinait aléatoirement des concepts grâce à une sorte de règle à calcul, sur laquelle pivotaient des disques concentriques gravés de lettres et de symboles philosophiques. Il fondait sa méthode sur l’identification de concepts de base, puis leur combinaison mécanique soit entre eux, soit avec des idées connexes. Raymond Lulle l'appliqua à la métaphysique, puis à la morale, à la médecine et à l’astrologie. Mais il n’utilisait que la logique "déductive", ce qui ne permettait pas à son système d’acquérir un apprentissage, ni davantage de remettre en cause ses principes de départ : seule la logique inductive le permet. Gottfried Wilhelm Leibniz, au , a imaginé un calcul pensant ("calculus rationator"), en assignant un nombre à chaque concept. La manipulation de ces nombres aurait permis de résoudre les questions les plus difficiles, et même d’aboutir à un langage universel. Leibniz a toutefois démontré que l’une des principales difficultés de cette méthode, également rencontrée dans les travaux modernes sur l’intelligence artificielle, est l’interconnexion de tous les concepts, ce qui ne permet pas d’isoler une idée de toutes les autres pour simplifier les problèmes liés à la pensée. George Boole a inventé la formulation mathématique des processus fondamentaux du raisonnement, connue sous le nom d’algèbre de Boole. Il était conscient des liens de ses travaux avec les mécanismes de l’intelligence, comme le montre le titre de son principal ouvrage paru en 1854 : "Les Lois de la pensée" ("The laws of thought"), sur l’algèbre booléenne. Gottlob Frege perfectionna le système de Boole en formalisant le concept de prédicat, qui est une entité logique soit vraie, soit fausse (toute maison a un propriétaire), mais contenant des variables non logiques, n’ayant en soi aucun degré de vérité (maison, propriétaire). Cette formalisation eut une grande importance puisqu'elle permit de démontrer des théorèmes généraux, simplement en appliquant des règles typographiques à des ensembles de symboles. La réflexion en langage courant ne portait plus que sur le choix des règles à appliquer. Par ailleurs, l’utilisateur joue un rôle important puisqu'il connaît le sens des symboles qu’il a inventés et ce sens n'est pas toujours formalisé, ce qui ramène au problème de la signification en intelligence artificielle, et de la subjectivité des utilisateurs. Bertrand Russell et Alfred North Whitehead publièrent au début du un ouvrage intitulé "Principia Mathematica", dans lequel ils résolvent des contradictions internes à la théorie de Gottlob Frege. Ces travaux laissaient espérer d’aboutir à une formalisation complète des mathématiques. Kurt Gödel démontre au contraire que les mathématiques resteront une construction ouverte, en publiant en 1931 un article intitulé « "Des propositions formellement indécidables contenues dans les "Principia mathematica" et autres systèmes similaires" ». Sa démonstration est qu’à partir d’une certaine complexité d’un système, on peut y créer plus de propositions logiques qu’on ne peut en démontrer vraies ou fausses. L’arithmétique, par exemple, ne peut trancher par ses axiomes si on doit accepter des nombres dont le carré soit -1. Ce choix reste "arbitraire" et n’est en rien lié aux axiomes de base. Le travail de Gödel suggère qu’on pourra créer ainsi un nombre arbitraire de nouveaux axiomes, compatibles avec les précédents, au fur et à mesure qu’on en aura besoin. Si l"arithmétique" est démontrée incomplète, le "calcul des prédicats" (logique formelle) est au contraire démontré par Gödel comme "complet". Alan Turing invente des machines abstraites et universelles (rebaptisées les machines de Turing), dont les ordinateurs modernes sont considérés comme des concrétisations. Il démontre l’existence de calculs qu’aucune machine ne peut faire (un humain pas davantage, dans les cas qu'il cite), sans pour autant que cela constitue pour Turing un motif pour douter de la faisabilité de machines pensantes répondant aux critères du test de Turing. Irving John Good, Myron Tribus et E.T. Jaynes ont décrit de façon très claire les principes assez simples d’un "robot à logique inductive" utilisant les principes de l’inférence bayésienne pour enrichir sa base de connaissances sur la base du Théorème de Cox-Jaynes. Ils n’ont malheureusement pas traité la question de la façon dont on pourrait stocker ces connaissances sans que le mode de stockage entraîne un "biais cognitif". Le projet est voisin de celui de Raymond Lulle, mais fondé cette fois-ci sur une logique inductive, et donc propre à résoudre quelques problèmes "ouverts". Des chercheurs comme Alonzo Church ont posé des limites pratiques aux ambitions de la raison, en orientant la recherche (Herbert Simon, Michael Rabin, Stephen Cook) vers l’obtention des solutions en temps fini, ou avec des ressources limitées, ainsi que vers la catégorisation des problèmes selon des classes de difficulté (en rapport avec les travaux de Cantor sur l’infini). Faits marquants depuis les années 2000. L'intelligence artificielle est un sujet d'actualité au . En 2004, l'Institut Singularity a lancé une campagne Internet appelée « Trois lois dangereuses » : « » (en lien avec les trois lois d'Asimov) pour sensibiliser aux questions de la problématique de l'intelligence artificielle et l'insuffisance des lois d'Asimov en particulier. (Singularity Institute for Artificial Intelligence 2004). En 2005, le projet Blue Brain est lancé, il vise à simuler le cerveau des mammifères. Il s'agit d'une des méthodes envisagées pour réaliser une IA. Ils annoncent de plus comme objectif de fabriquer, dans dix ans, le premier « vrai » cerveau électronique. En , le gouvernement sud-coréen annonce que plus tard dans l'année, il émettrait une charte sur l'éthique des robots, afin de fixer des normes pour les utilisateurs et les fabricants. Selon Park Hye-Young, du ministère de l'Information et de la communication, la Charte reflète les trois lois d'Asimov : la tentative de définition des règles de base pour le développement futur de la robotique. En , en Californie une conférence organisée par l'Association for the Advancement of Artificial Intelligence (AAAI), où un groupe d'informaticiens se demande s'il devrait y avoir des limites sur la recherche qui pourrait conduire à la perte de l'emprise humaine sur les systèmes informatiques, et où il est également question de l'explosion de l'intelligence (artificielle) et du danger de la singularité technologique conduisant à un changement d'ère, ou de paradigme totalement en dehors du contrôle humain. En 2009, le Massachusetts Institute of Technology (MIT) a lancé un projet visant à repenser la recherche en intelligence artificielle. Il réunira des scientifiques qui ont eu du succès dans des domaines distincts de l'IA. Neil Gershenfeld déclare . En , l'US Air Force cherche à acquérir pour utiliser le processeur cell à qu'elle contient dans le but d'augmenter les capacités de leur superordinateur constitué de (total théorique en double précision). Le nombre sera réduit à le . Le projet vise le traitement vidéo haute-définition, et l'« informatique neuromorphique », ou la création de calculateurs avec des propriétés/fonctions similaires au cerveau humain. Années 2010. Le , l'US Air Force demande l'aide de l'industrie pour développer une intelligence avancée de collecte d'information et d'aide rapide à la décision, pour aider les forces américaines à rapidement repérer les vulnérabilités de leurs ennemis. Lee raisonnement ontologique, les procédures informatique basées sur la connaissance, et d'autres traitements de données avancés pourront être utilisés pour cela. Et avant 2020, plus de mille bombardiers et chasseurs F-22 et F-35 de dernière génération, parmi plus de militaires, commenceront à être équipés de sorte que, d’ici 2040, tous les avions de guerre américains soient pilotés par intelligence artificielle, en plus des terrestres et des aériens commandés d'ores et déjà à distance. Le , Watson, le superordinateur conçu par IBM, remporte deux des trois manches du jeu télévisé "Jeopardy!" en battant largement ses deux concurrents humains en gains cumulés. Pour cette IA, la performance a résidé dans le fait de répondre à des questions de culture générale (et non un domaine technique précis) dans des délais très courts. En , l'artiste et designer Aaron Siegel propose de faire de Watson un candidat à l'élection présidentielle américaine afin de lancer le débat sur . En , Google ouvre un laboratoire de recherches dans les locaux de la NASA. Grâce à un super calculateur quantique conçu par D-Wave Systems et qui serait d'après cette société plus performant qu'un ordinateur actuel (de 2013), ils espèrent ainsi faire progresser l'intelligence artificielle, notamment l'apprentissage automatique. Raymond Kurzweil est engagé en par Google afin de participer et d'améliorer l'apprentissage automatique des machines et des IA. Entre 2014 et 2015, à la suite du développement rapide du "deep learning", et à l'encontre des penseurs transhumanistes, quelques scientifiques et membres de la communauté high tech craignent que l'intelligence artificielle ne vienne à terme dépasser les performances de l'intelligence humaine. Parmi eux, l'astrophysicien britannique Stephen Hawking, le fondateur de Microsoft Bill Gates et le PDG de Tesla Elon Musk. Les géants de l'Internet s'intéressent de plus en plus à l'IA. Le , le patron de Facebook, Mark Zuckerberg, s’est donné pour objectif de l’année de . Il avait déjà créé en 2013 le laboratoire Facebook Artifical Intelligence Research (FAIR) dirigé par le chercheur français Yann Le Cun et ouvert un laboratoire de recherche permanente dans le domaine à Paris. Apple a de son côté récemment acquis plusieurs start-up du secteur (Perceptio, VocalIQ, Emotient et Turi). En , des modèles d'intelligence artificielle développés par Microsoft et Alibaba réussissent chacun de leur côté à battre les humains dans un test de lecture et de compréhension de l'université Stanford. Le traitement du langage naturel imite la compréhension humaine des mots et des phrases et permet maintenant aux modèles d'apprentissage automatique de traiter de grandes quantités d'informations avant de fournir des réponses précises aux questions qui leur sont posées. En , l'institut de recherche OpenAI annonce avoir créé un programme d’intelligence artificielle capable de générer des textes tellement réalistes que cette technologie pourrait être dangereuse. Si le logiciel est utilisé avec une intention malveillante, il peut générer facilement des fausses nouvelles très crédibles. Inquiet par l'utilisation qui pourrait en être faite, OpenAI préfère ne pas rendre public le code source du programme. En France. En France, les pionniers sont Alain Colmerauer, Gérard Huet, Jean-Louis Laurière, Claude-François Picard, Jacques Pitrat et Jean-Claude Simon. Un congrès national annuel, , est créé en 1979 à Toulouse. En lien avec l'organisation de la conférence International Joint Conference on Artificial Intelligence à Chambéry en 1993, et la création d'un GRECO-PRC « intelligence artificielle », en 1983, il donne naissance à une société savante, l'Association française pour l'intelligence artificielle (AFIA) en 1989, qui, entre autres, organise des conférences nationales en intelligence artificielle. Le , le fonds de capital risque Serena Capital lance un fonds de d’euros destiné à l’investissement dans les start-ups européennes du big data et de l'intelligence artificielle. Le , une audition se tient au Sénat : « L'intelligence Artificielle menace-t-elle nos emplois ? ». Le , Axelle Lemaire entend valoriser les potentiels scientifiques et industriels français grâce au projet « France IA ». En , dans le cadre de sa mission de réflexion sur les enjeux éthiques et les questions de société soulevés par les technologies numériques, la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) annonce l'organisation d'un débat public sur les algorithmes et l'intelligence artificielle. Le , à l'issue d'un débat ayant mobilisé 60 partenaires (institutions publiques, associations, entreprises, acteurs du monde de la recherche, société civile), elle publie son rapport « Comment permettre à l'Homme de garder la main ? » comprenant des recommandations pour la construction d'un modèle éthique d'intelligence artificielle. En , Cédric Villani, premier vice-président de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), est chargé de mener une consultation publique sur l'intelligence artificielle. Il rend son rapport le , à la veille d'une intervention du président de la République Emmanuel Macron au Collège de France pour annoncer la stratégie de la France dans ce domaine. Il y dévoile un plan de d'euros sur l'ensemble du quinquennat, ainsi qu'une évolution de la législation française pour permettre la mise en application de l'intelligence artificielle, en particulier concernant la circulation des véhicules autonomes. Parallèlement à ces annonces, il est interviewé par "Wired", magazine de référence pour la communauté mondiale des nouvelles technologies, et y exprime sa vision de l'intelligence artificielle, à savoir que les algorithmes utilisés par l'État doivent être ouverts, que l'intelligence artificielle doit être encadrée par des règles philosophiques et éthiques et qu'il faut s'opposer à l'usage d'armes automatiques ou de dispositifs prenant des décisions sans consulter un humain. En , Microsoft France lance l'École IA Microsoft, inaugurée par son président Carlo Purassanta, une formation ouverte aux décrocheurs scolaires et aux personnes éloignées de l'emploi, en partenariat avec Simplon.co. Dix écoles sont lancées en un an à partir de . Microsoft France mise sur le développement de l'intelligence artificielle comme nouveau vecteur d'inclusion professionnelle En , le site ActuIA annonce le lancement du premier magazine papier consacré à l'intelligence artificielle. Intelligence artificielle forte. Définition. Le concept d’intelligence artificielle forte fait référence à une machine capable non seulement de produire un comportement intelligent, notamment de modéliser des idées abstraites, mais aussi d’éprouver une impression d'une réelle conscience, de « vrais sentiments » (quoi qu’on puisse mettre derrière ces mots), et « une compréhension de ses propres raisonnements ». L’intelligence artificielle forte a servi de moteur à la discipline, mais a également suscité de nombreux débats . En partant du principe, étayé par les neurosciences, que la conscience a un support biologique et donc matériel, les scientifiques ne voient généralement pas d’obstacle théorique à la création d'une intelligence consciente sur un support matériel autre que biologique. Selon les tenants de l'IA forte, si à l'heure actuelle il n'y a pas d'ordinateurs ou d'algorithmes aussi intelligents que l'être humain, ce n'est pas un problème d'outil mais de conception. Il n'y aurait aucune limite fonctionnelle (un ordinateur est une machine de Turing universelle avec pour seules limites celles de la calculabilité), seulement des limites liées à l'aptitude humaine à concevoir les logiciels appropriés (programme, base de données…). Estimation de faisabilité. Comparer la capacité de traitement de l'information d'un cerveau humain à celle d'un ordinateur peut aider à comprendre les ordres de grandeur pour estimer la possibilité pratique ou non d'une intelligence artificielle forte, de même qu'un simple calcul de puissance en kW permet "grosso modo" de dire qu'un camion donné pourra espérer transporter commodément telle ou telle charge ou si cela lui sera impossible. Voici quelques exemples d'ordres de grandeur en traitement de l'information : Cette puissance n'est pas à prendre au pied de la lettre. Elle précise surtout les ordres de grandeur en présence et leur évolution relativement rapide (jusqu'en 2018). L'intelligence artificielle n'avait donné que des résultats mitigés sur les ordinateurs typiques de 1970 effectuant logiques par seconde. Le cerveau humain, formé de ne pouvant chacun commuter plus de 100 fois par seconde en raison de leur temps de relaxation permettait beaucoup plus de traitements logiques par unité de temps ( logiques par seconde). Ce handicap technique précis n'existe plus sur les ordinateurs depuis les années 2000, travaillant en et avec des horloges cadencées à environ, pour des processeurs destinés aux particuliers. Concernant des supercalculateurs comme Summit ou Fugaku 415-PFLOPS, le rapport du nombre de comparaisons par seconde entre ordinateur et cerveau a même complètement changé de sens. Le matériel serait donc maintenant disponible, toutefois l'IA souligne la difficulté à "expliciter" toutes les connaissances utiles à la résolution d'un problème complexe. Certaines connaissances dites implicites sont acquises par l'expérience et mal formalisables. L'apprentissage de ces connaissances implicites par l'expérience est exploitée depuis les années 1980 (voir Réseau de neurones). Néanmoins, un autre type de complexité apparaît : la complexité structurelle. Comment mettre en relation des modules spécialisés pour traiter un certain type d'informations, par exemple un système de reconnaissance des formes visuelles, un système de reconnaissance de la parole, un système lié à la motivation, à la coordination motrice, au langage, etc. En revanche, une fois un système cognitif conçu et son apprentissage par l'expérience réalisé, l'« intelligence » correspondante peut être distribuée en un grand nombre d'exemplaires, par exemple sur les portables d'actuaires ou de banquiers pouvant ainsi, comme le rappelle un slogan, "dire oui ou non, mais le dire tout de suite" grâce à des applications dites de "credit scoring". Diversité des opinions. Les principales opinions soutenues pour répondre à la question d’une intelligence artificielle forte (c'est-à-dire douée d'une sorte de conscience) sont les suivantes : Des auteurs comme Douglas Hofstadter (mais déjà avant lui Arthur C. Clarke ou Alan Turing ; voir le test de Turing) expriment par ailleurs un doute sur la possibilité de faire la différence entre une intelligence artificielle qui éprouverait réellement une conscience, et une autre qui simulerait exactement ce comportement (voir Zombie (philosophie)). Après tout, nous ne pouvons même pas être certains que d’autres consciences que la nôtre, y compris chez des humains, éprouvent réellement quoi que ce soit, si ce n'est par une pétition de principe qui spécule que chaque humain se retrouve à l'identique chez tous les autres. On retrouve là le problème connu du solipsisme en philosophie. Travaux complémentaires. Le mathématicien de la physique Roger Penrose pense que la conscience viendrait de l'exploitation de phénomènes quantiques dans le cerveau (voir microtubules), empêchant la simulation réaliste de plus de quelques dizaines de neurones sur un ordinateur normal, d’où les résultats encore très partiels de l’IA. Il restait jusqu’à présent isolé sur cette question. Un autre chercheur, Andrei Kirilyuk, a présenté depuis une thèse de même esprit quoique moins radicale. Distinction entre intelligence artificielle forte et intelligence artificielle généralisée. L'intelligence artificielle généralisée ("" ou AGI) désigne tout système capable d'apprendre et d'effectuer n'importe quelle tâche qu'un humain serait capable de faire. Si certains utilisent le terme d'intelligence artificielle forte pour désigner ces systèmes, d'autres sources académiques préfèrent réserver ce terme aux systèmes susceptibles d'être conscients (quoiqu'une définition de la conscience pour une IA ne fasse pas consensus, comme exposé ci-dessus). Malgré les progrès réalisés au début du , les systèmes restent éloignés d'une éventuelle AGI et purement spéculatifs. Intelligence artificielle faible. La notion d’intelligence artificielle faible constitue une approche pragmatique d’ingénieur : chercher à construire des systèmes de plus en plus autonomes (pour réduire le coût de leur supervision), des algorithmes capables de résoudre des problèmes d’une certaine classe, etc. Mais, cette fois, la machine simule l'intelligence, elle semble agir comme si elle était intelligente. On en voit des exemples concrets avec les programmes conversationnels qui tentent de passer le test de Turing, comme ELIZA. Ces logiciels parviennent à imiter de façon grossière le comportement d'humains face à d'autres humains lors d'un dialogue. Joseph Weizenbaum, créateur du programme ELIZA, met en garde le public dans son ouvrage "Computer Power and Human Reason" : si ces programmes « semblent » intelligents, ils ne le sont pas : ELIZA simule très grossièrement un psychologue en relevant immédiatement toute mention du père ou de la mère, en demandant des détails sur tel élément de phrase et en écrivant de temps en temps « Je comprends. », mais son auteur rappelle qu'il s'agit d'une simple mystification : le programme ne comprend en réalité rien. Les tenants de l'IA forte admettent que s'il y a bien dans ce cas simple simulation de comportements intelligents, il est aisé de le découvrir et qu'on ne peut donc généraliser. En effet, si on ne peut différencier expérimentalement deux comportements intelligents, celui d'une machine et celui d'un humain, comment peut-on prétendre que les deux choses ont des propriétés différentes ? Le terme même de « simulation de l'intelligence » est contesté et devrait, toujours selon eux, être remplacé par « reproduction de l'intelligence ». Les tenants de l'IA faible arguent que la plupart des techniques actuelles d’intelligence artificielle sont inspirées de leur paradigme. Ce serait par exemple la démarche utilisée par IBM dans son projet nommé Autonomic computing. La controverse persiste néanmoins avec les tenants de l'IA forte qui contestent cette interprétation. Simple évolution, donc, et non révolution : l’intelligence artificielle s’inscrit à ce compte dans la droite succession de ce qu’ont été la recherche opérationnelle dans les années 1960, la supervision (en anglais : "process control") dans les années 1970, l’aide à la décision dans les années 1980 et l’exploration de données dans les années 1990. Et, qui plus est, avec une certaine "continuité". Il s'agit surtout d'intelligence humaine reconstituée, et de programmation "ad hoc" d'un apprentissage, sans qu'une théorie unificatrice n'existe pour le moment (2011). Le théorème de Cox-Jaynes indique toutefois, ce qui est un résultat fort, que sous cinq contraintes raisonnables, tout procédé d'apprentissage devra être soit conforme à l'inférence bayésienne, soit incohérent à terme, donc inefficace. Distinction avec « "" ». Si le terme "intelligence artificielle" peut désigner un système capable de résoudre plusieurs problèmes de façon relativement autonome tout en ne faisant que simuler le principe d'intelligence, il peut aussi désigner des systèmes capables de résoudre uniquement un type de problème pour un jeu de données prédéfini. On peut donner pour exemple un système entrainé à reconnaitre des chiffres écrits à la main, comme ceux utilisés par La Poste, qui malgré sa grande performance sur sa tâche, serait incapable de fonctionner sur un problème sortant de ce pour quoi il a été conçu. Ces intelligences artificielles, nommées « "" » (« intelligence artificielle étroite »), sont conçues spécifiquement sur une tâche, sans développement particulier pour la généraliser comme le ferait une IA forte. Elles n'en gardent pas moins leur utilité, et restent très utilisées dans l'industrie, étant les seuls systèmes d'IA utilisables jusqu'à ce qu'une IA forte soit accessible et commercialisée. Test de Turing. À l’orée des années 1950, entre la naissance de la cybernétique et l’émergence quelques années plus tard de l’intelligence artificielle, alors que les meilleurs esprits du temps s’interrogent sur la possibilité de construire des machines pensantes, Alan Turing propose, dès le début d’un article demeuré célèbre, un test pour déterminer si une machine peut être définie comme « consciente »<ref name="cnrs.fr/ins2i">.</ref>. Définir l’intelligence est un défi et il n’est pas certain qu’on puisse y arriver un jour d’une façon satisfaisante. C’est cette remarque qui poussa le mathématicien britannique Alan Turing, en 1950, à proposer « le jeu de l’imitation » qui fixait un objectif précis à la science naissante des ordinateurs que l'on n'appelait pas encore informatique en francophonie. Ce « jeu de l'imitation » suggérait qu'un juge fictif puisse dialoguer d'une part avec une machine et d'autre part avec un humain à l'aide d'un terminal sans pouvoir les discriminer. Jusqu'à ce jour, aucun logiciel n'a encore réussi ce test, à savoir se comporter de façon à ne pas être discriminé d'un humain, malgré de nombreuses tentatives. Devant la persistance de ces échecs, certains spécialistes comme Jean-Gabriel Ganascia pensent que mettre au point un programme aussi complexe ne démontrera pas l'intelligence des programmes ni leur capacité à penser. De nos jours, une machine peut certes réviser et faire évoluer des objectifs qu’on lui a attribués. Une machine peut même être programmée pour pouvoir restructurer sa connaissance initiale à partir d’informations reçues ou perçues. Mais la machine d’aujourd’hui ne pense pas à proprement parler, car elle n’a pas conscience d’elle-même (et en particulier de ses limites), elle ne peut pas ultimement décider de ses buts ni imaginer de nouvelles formes de représentations du monde. Estimation de faisabilité. Le sémanticien François Rastier, après avoir rappelé les positions de Turing et de Grice à ce sujet, propose six « préceptes » conditionnant un système de dialogue évolué, en précisant qu'elles sont déjà mises en œuvre par des systèmes existants : Il suggère aussi que le système devrait être en mesure de se faire par lui-même une représentation de l'utilisateur auquel il a affaire, pour s'adapter à lui. De son côté, l'utilisateur a tendance à s'adapter au système à partir du moment où il a bien compris qu'il s'adresse à une machine : il ne conversera pas de la même manière avec un système automatisé qu'avec un interlocuteur humain, ce qui présente pour le concepteur l'avantage pragmatique de simplifier certains aspects du dialogue. Autres tests notables. D'autres tests ont également été développés pour évaluer la performance d'une intelligence artificielle : Personnalités de l'intelligence artificielle. Prix Turing. Plusieurs prix Turing (ACM Turing Award) ont été attribués à des pionniers de l'intelligence artificielle, notamment : Courants de pensée. La cybernétique naissante des années 1940 revendiquait très clairement son caractère pluridisciplinaire et se nourrissait des contributions les plus diverses : neurophysiologie, psychologie, logique, sciences sociales… Et c’est tout naturellement qu’elle envisagea deux approches des systèmes, deux approches reprises par les sciences cognitives et de ce fait l’intelligence artificielle : une approche par la décomposition (du haut vers le bas) et une approche contraire par construction progressive du bas vers le haut. Ces deux approches se révèlent plutôt complémentaires que contradictoires : on est à l'aise pour décomposer rapidement ce que l'on connaît bien, et une approche pragmatique à partir des seuls éléments que l'on connaît afin de se familiariser avec les concepts émergents est plus utile pour les domaines inconnus. Elles sont respectivement à la base des hypothèses de travail que constituent le cognitivisme et le connexionnisme, qui tentent aujourd'hui (2005) d'opérer progressivement leur fusion. Le guide pratique de Linux sur l'intelligence artificielle v3.0, révisé le , adopte pour la commodité du lecteur la taxinomie suivante : Cognitivisme. Le cognitivisme considère que le vivant, tel un ordinateur (bien que par des procédés évidemment très différents), manipule essentiellement des symboles élémentaires. Dans son livre "La société de l’esprit", Marvin Minsky, s’appuyant sur des observations du psychologue Jean Piaget, envisage le processus cognitif comme une compétition d’agents fournissant des réponses partielles et dont les avis sont arbitrés par d’autres agents. Il cite les exemples suivants de Piaget : Au bout du compte, ces jeux d’enfants se révèlent essentiels à la formation de l’esprit, qui dégagent quelques règles pour arbitrer les différents éléments d’appréciation qu’il rencontre, par essais et erreurs. Connexionnisme. Le connexionnisme, se référant aux processus auto-organisationnels, envisage la cognition comme le résultat d’une interaction globale des parties élémentaires d’un système. On ne peut nier que le chien dispose d"une sorte de connaissance" des équations différentielles du mouvement, puisqu’il arrive à attraper un bâton au vol. Et pas davantage qu’un chat ait aussi "une sorte de connaissance" de la loi de chute des corps, puisqu’il se comporte comme s’il savait à partir de quelle hauteur il ne doit plus essayer de sauter directement pour se diriger vers le sol. Cette faculté qui évoque un peu l’intuition des philosophes se caractériserait par la prise en compte et la consolidation d’éléments perceptifs dont aucun pris isolément n’atteint le seuil de la conscience, ou en tout cas n’y déclenche d’interprétation particulière. Synthèse. Trois concepts reviennent de façon récurrente dans la plupart des travaux : Différentes facettes. On peut considérer différents dispositifs intervenant, ensemble ou séparément, dans un système d’intelligence artificielle tels que : Les réalisations actuelles de l’intelligence artificielle peuvent intervenir notamment dans les fonctions suivantes : Conception de systèmes. Au fil du temps, certains langages de programmation se sont avérés plus commodes que d’autres pour écrire des applications d’intelligence artificielle. Parmi ceux-ci, Lisp et Prolog furent sans doute les plus médiatisés. ELIZA (le premier agent conversationnel, donc pas de la « véritable » intelligence artificielle) tenait en trois pages de SNOBOL. On utilise aussi, plus pour des raisons de disponibilité et de performance que de commodité, des langages classiques tels que C ou C++. Lisp a eu pour sa part une série de successeurs plus ou moins inspirés de lui, dont le langage Scheme et les langages typés de la programmation fonctionnelle comme Haskell ou OCaml. Aujourd'hui, ce sont Python et R qui fournissent les outils les plus riches dans ce domaine. Des plateformes comme TensorFlow et ses bibliothèques haut niveau ont démocratisé et accéléré le développement d'intelligences artificielles. Distinction entre intelligence artificielle, "machine learning" et "deep learning". Il y a une confusion fréquente dans le débat public entre « intelligence artificielle », apprentissage automatique ("machine learning") et apprentissage profond ("deep learning"). Pourtant, ces notions ne sont pas équivalentes, mais sont imbriquées : Domaines d’application. L'intelligence artificielle a été utilisée (ou intervient) dans une variété de domaines. Finance et banques. Certaines banques font appel à et développent des systèmes experts d'évaluation de risque lié à l'octroi d'un crédit ("credit-scoring"), notamment en utilisant ces systèmes pour la vérification des informations fournies, ou leur récupération et traitement de façon automatisée. Un exemple est le score FICO. Plusieurs grands noms de la finance se sont montrées intéressées par de telles technologies, avec des projets comme ceux de Bridgewater Associates où une intelligence artificielle va gérer entièrement un fonds ou encore la plateforme d'analyse prédictive Sidetrade. Sont également développés des systèmes de trading algorithmique, dont les gains de vitesses permis par l'automatisation peuvent leur donner un avantage par rapport à des traders humains, en particulier grâce au trading à haute fréquence. Militaire. Le domaine militaire utilise des systèmes tels que les drones, les systèmes de commandement et d'aide à la décision. L’utilisation des intelligences artificielles dans le domaine militaire est devenu de plus en plus important. Les États-Unis ont dépensé de dollars pour trois années de recherches dans tous les domaines requis à l’automatisation de l’armement militaire. Une course aux armements à base d'IA est en cours, telle qu'illustrée par le projet Maven aux États-Unis. Jean-Christophe Noël, expert de l'Institut français des relations internationales (IFRI), rapporte qu'une IA, surnommée ALPHA, a fait ses premières classes en en . En , la force opérationnelle IA du ministère des Armées français rend un rapport détaillant la stratégie de l'armée face à cette technologie, notamment la création d’une unité consacrée à l’intelligence artificielle au sein de l'Agence de l'innovation de défense (AID), ainsi qu'une Cellule de coordination de l’intelligence artificielle de défense (CCIAD). La loi de programmation militaire prévoit un budget de 700 millions d'euros pour les missions en faveur de l'IA, soit une moyenne de 100 millions par an. Médecine. La médecine a aussi vu de grands progrès grâce à l'utilisation de systèmes d'aide au diagnostic ou de diagnostic automatisé. En 2018, Google DeepMind, filiale de Google spécialisée dans la recherche avancée en intelligence artificielle, a publié les résultats d'une expérimentation d'intelligence artificielle pouvant détecter les maladies oculaires. Les résultats indiquent que l'IA le fait avec une marge d'erreur plus faible que les ophtalmologues. La France crée en 2019 le Health Data Hub afin de simplifier et encadrer l'utilisation des données de santé. Plusieurs systèmes intelligents ont pu être utilisés pour lutter contre la pandémie de Covid-19, notamment avec le superordinateur Fugaku 415-PFLOPS. Renseignement policier. Un usage de l'IA se développe dans le domaine de la prévention des crimes et délits. La police britannique, par exemple, développe une IA de ce genre, annoncée comme pouvant être opérationnelle dès . Baptisée (Solution nationale d'analyse de données ou NDAS), elle repose sur l'IA et des statistiques et vise à estimer le risque qu'une personne commette un crime ou en soit elle-même victime, pour orienter les services sociaux et médicaux qui peuvent la conseiller. L'usage d'outils de prédiction des crimes à partir des données préalablement existantes est toutefois l'objet de controverses, compte tenu des biais sociaux (notamment raciaux) qu'il comporte. En effet, la logique d'identification de schémas propre à ces technologies joue un rôle de renforcement des préjugés déjà existants. Droit. Le droit fait appel à l'IA dans la perspective de prédire les décisions de justice, d'aider à la décision et de trancher les cas simples. L'Estonie a par exemple développé une intelligence artificielle capable de prendre des décisions de justice sur des délits mineurs. Les États-Unis utilisent par ailleurs dans certaines juridictions le système ('), un système d'aide de prise à la décision pour les juges. Plusieurs "startups" se sont spécialisées dans ce créneau, créant le domaine de la '. Logistique et transports. Le domaine de la logistique a vu certains projets utilisant de l'intelligence artificielle se développer notamment pour la gestion de la chaîne logistique ("supply chain") ou des problématiques de livraison telle celle du dernier kilomètre. L'intelligence artificielle est également fortement utilisée dans le domaine des transports en commun, car elle permet de faciliter la régulation et la gestion du trafic au sein de réseaux de plus en plus complexes, comme le système UrbanLoop actuellement en cours d'étude dans la ville de Nancy. Même si les problèmes d'optimisation de temps de trajet ou de transports font partie des plus anciennes applications de solutions à base d'intelligence artificielle (voir le problème du voyageur de commerce ou l'algorithme de Dijkstra), les avancées récentes, notamment en apprentissage profond, ont permis des progrès significatifs en matière de précision. Certains projets comme Google Maps utilisent par exemple des systèmes d'IA en milieu urbain pour compenser la réflexion du signal GPS sur les immeubles avoisinant, ou pour cartographier des zones où peu d'informations sont disponibles. Plusieurs entreprises ont par ailleurs annoncé avoir développé des programmes de recherche en voiture autonome, notamment Google à travers sa filiale Waymo, l'entreprise française Navya ou encore Tesla. Industrie. Les systèmes intelligents deviennent monnaie courante dans de nombreuses industries. Plusieurs tâches peuvent leur être confiées, notamment celles considérées comme trop dangereuses pour un humain. Certains applications se concentrent sur les systèmes de maintenance prédictive, permettant des gains de performance grâce à une détection des problèmes de production en amont. Robotique. La robotique a recours à l’intelligence artificielle à plusieurs égards. Notamment pour la perception de l'environnement (objets et visages), l'apprentissage et l'intelligence artificielle développementale. L'interaction homme-robot manque encore souvent de naturel et est un enjeu de la robotique. Il s'agit de permettre aux robots d'évoluer dans le monde dynamique et social des humains et d'échanger avec eux de façon satisfaisante. L'échange nécessite également, à l'inverse, une évolution du regard que les humains portent sur les robots ; selon Véronique Aubergé, chercheuse à l’Université Grenoble-Alpes . D'ores et déjà, travers les robots dotés d'intelligence artificielle, tel Google Home, les utilisateurs combleraient un isolement social. Jeux vidéo. L'intelligence artificielle est par exemple utilisée pour animer les personnages non-joueurs de jeux vidéo, qui sont conçus pour servir d'opposants, d'aides ou d'accompagnants lorsque des joueurs humains ne sont pas disponibles ou désirés. Différents niveaux de complexité sont développés, d'une simple assistance à un comportement complexe imitant (ou dépassant) les meilleurs joueurs humains. Art. Dès la fin des années 1980, des artistes s'emparent de l'intelligence artificielle pour donner un comportement autonome à leurs œuvres. Les Français Michel Bret, Edmond Couchot et Marie-Hélène Tramus sont des pionniers, ainsi qu'en témoignent des œuvres comme "La Plume" et "Le Pissenlit" (1988), puis "La Funambule" (2000), animée par un réseau de neurones. L’Américain Karl Sims, en partenariat avec la société Thingking Machines, crée en 1993 "Genetic Images", machines incorporant des algorithmes génétiques. Le couple franco-autrichien Christa Sommerer et Laurent Mignonneau crée depuis le début des années 1990 de nombreuses œuvres dans le champ de la vie artificielle, parmi lesquelles "Interactive plant growing" (1992) ou "A-Volve" (1994). Le Français Florent Aziosmanoff propose quant à lui de considérer que l’emploi de l’intelligence artificielle dans l’art conduit à l’émergence d’une nouvelle discipline d’expression, qu’il nomme le Living art. À partir de 2009, l'artiste Grégory Chatonsky utilise des réseaux récursifs de neurones pour générer la musique du groupe fictif Capture, qui donne lieu à un projet de recherche-création financé par le FQRSC. Il poursuit l'utilisation des réseaux de neurones dans un séminaire de recherche sur l'imagination artificielle à l'ENS et dans divers projets et, en particulier en 2019 avec Terre Seconde exposé au Palais de Tokyo. Il publie en août 2022 "Internes", le premier roman en langue française co-écrit avec une intelligence artificielle. En , l'artiste Joseph Ayerle publie la vidéo d’art intitulée "", dans laquelle il met en scène une Ornella Muti virtuelle, recréée par une intelligence artificielle. Après seulement quelques jours d’entraînement, l’intelligence artificielle est capable d’animer le visage de l’actrice italienne pour réaliser des scènes qu’elle n’a jamais jouées. Le , la société de vente aux enchères Christie's met en vente le tableau "Portrait d'Edmond de Belamy" réalisé par une intelligence artificielle à l'aide de réseaux antagonistes génératifs. La peinture est signée par la formule mathématique à l'origine de sa création (« Min (G) max (D) Ex [log (D(x))] + Ez [log(1-D(G(z)))] »). Cette vente soulève de nombreux débats sur son statut de création artistique et sur l'auteur de l'œuvre : il peut être l'intelligence artificielle elle-même ou les trois créateurs qui l'ont programmée. L'œuvre est achetée pour . Cette vente peut être considérée comme une reconnaissance du GAN-isme (l'abréviation de Generative Adversarial Networks, « réseaux antagonistes génératifs » en français), un mouvement artistique qui utilise l’intelligence artificielle dans la création d'une œuvre picturale. L'artiste numérique Solimán López utilise l'intelligence artificielle comme outil pour créer des interactions inédites avec d'autres médias, outils et concepts. En 2019, dans "High Meshes", il invente des micro-communautés de personnes réelles scannées en 3D par photogrammétrie. Ces données alimentent un logiciel d'intelligence artificielle qui rassemble les corps en fonction de leurs informations purement numériques sans tenir compte des questions raciales, sexuelles, religieuses, politiques ou culturelles. Dans le projet "D.A.I", en 2018, des cartes d'identités de multiples pays sont analysées par une intelligence artificielle et aboutissent à de nouveaux papiers, symbolisant un monde sans frontières. En 2022, le logiciel d'intelligence artificielle DALL-E (ou DALL·E) est capable de créer des images à partir de descriptions textuelles. Autres domaines. La domesticité, avec des robots employé de maison, ou pour certaines tâches précises comme en domotique. En programmation informatique, notamment pour la maintenance prédictive, l'autocomplétion ou l'aide au développement. En journalisme : des IA (appelées improprement « robots journalistes ») pourraient à terme aider les journalistes en les débarrassant de certaines tâches, notamment la veille, le bâtonnage de dépêches ou la vérification des "fake news". La Corée du Sud propose la toute première animatrice télé virtuelle en lors d'un JT. En design : la conception assistée par ordinateur fait depuis longtemps appel à des algorithmes d'optimisation. En 2019, le créateur Philippe Starck lance ainsi une chaise développée en collaboration avec la société Autodesk, la « A.I.chair ». Réglementation. Jusqu'à présent, l'intelligence artificielle n'est pas officiellement réglementée en Occident. Toutefois, tant les algorithmes que les données personnelles utilisées sont soumis aux règles du RGPD. Le , le groupe d'expert de haut niveau sur l'intelligence artificielle de l'Union européenne publie un document contenant des lignes directrices en matière d'éthique de l'intelligence artificielle. Politique. En 2017, les Émirats arabes unis sont le premier pays au monde à se doter d'un ministre dédié à l'intelligence artificielle : Omar Sultan Al Olama. Questionnements. Les succès en IA encouragent les spéculations. Dans les milieux technophiles, on verse en général dans l'enthousiasme, le mouvement transhumaniste en est la meilleure expression. Au contraire, d'autres s’inquiètent et sont portées par des interrogations, parfois alarmistes, y compris dans la sphère de la haute technologie. Ainsi, des figures réputées telles que Bill Gates pensent qu'il faut rester très prudent quant aux développements futurs de ces technologies, qui pourraient devenir liberticides ou dangereuses. Le développement de l'intelligence artificielle suscite un grand nombre de questions, notamment celle relative à la possibilité pour les IA ou algorithmes d'accéder un jour à la conscience, d'éprouver des émotions et finalement se substituer aux humains. Certaines de ces réactions sont ouvertement optimistes, d'autres sont au contraire pessimistes. En 2016, l'INRIA publie un premier Livre blanc consacré à l'IA. Question de l'intelligence. La définition du terme « intelligence artificielle » pose une question fondamentale : Qu'est-ce que l'intelligence ? Le chercheur en IA Yann Le Cun avance que le noyau de l'intelligence est la faculté de "prédire". En effet, les bases de la programmation des premiers systèmes experts supposent de . Le philosophe John Searle considère quant à lui que la faculté de "comprendre" est plus importante dans la définition de l'intelligence. Il démontre la faiblesse des systèmes d'intelligence artificielle et les limites du test de Turing, par son expérience de la chambre chinoise, d'où sa conclusion : . Espoirs et enthousiasme. Une description d’un possible avenir de l’intelligence artificielle a été faite par le statisticien anglais Irving John Good : La mutation qu'évoque Good correspond à un changement « qualitatif » du principe même de progrès, que certains nomment « singularité ». Ce concept est central pour de nombreux transhumanistes, qui s'interrogent sur les dangers ou les espoirs d'un tel scénario, certains allant jusqu'à envisager l'émergence d'un « dieu » numérique appelé à prendre le contrôle du destin de l'humanité, ou à fusionner avec elle. Good estimait à un peu plus d'une chance sur deux la mise au point d'une telle machine avant la fin du . La prédiction ne s’est toujours pas réalisée, en 2012, mais elle a imprégné le public à l'époque, notamment lors de la victoire de Deep Blue sur Garry Kasparov. Une partie du grand public était en effet persuadée qu’IBM venait de mettre au point le vecteur d’une telle "explosion de l’intelligence" et que cette compagnie en tirerait profit. L’espoir a été déçu : une fois sa victoire acquise, Deep Blue, simple calculateur évaluant de positions à la seconde, sans conscience du jeu lui-même, a été reconverti en machine classique utilisée pour l'exploration de données. Le développement de l'intelligence artificielle suscite l'enthousiasme des transhumanistes, notamment celui de l'ingénieur américain Ray Kurzweill, selon qui il est évident qu'à plus ou moins long terme, l'intelligence deviendra progressivement non-biologique et considérablement plus puissante au point que des cyborgs remplaceront les humains, cela en vertu de ce qu'il appelle le « principe de singularité ». Critiques et inquiétudes. Le développement de l'intelligence artificielle génère de l'enthousiasme, mais aussi de vives inquiétudes. Certains auteurs de science-fiction, tels Isaac Asimov, William Gibson ou Arthur C. Clarke, sur le modèle du récit de "L'Apprenti sorcier", décrivent le risque d'une perte de contrôle des humains sur le processus technique. Dans les années 2000, différents intellectuels ont également pris position. Ainsi de l'astrophysicien Stephen Hawking, selon qui le risque est réel que des machines deviennent un jour plus intelligentes que les humains et finissent par les dominer, voire se substituer à eux, de la même façon que les humains ont exterminé certaines espèces animales. Il pose en au salon technologique Web Summit de Lisbonne la question suivante « Serons-nous aidés par l’intelligence artificielle ou mis de côté, ou encore détruits par elle ? ». Dans le milieu de la haute technologie, certains expriment publiquement des craintes similaires. C'est ainsi le cas, en 2015, de Bill Gates, Elon Musk et Bill Joy. Selon le spécialiste américain de l'informatique Moshe Vardi, l'intelligence artificielle pourrait mettre 50 % de l'humanité au chômage. . Hilary Mason, directrice de la recherche à Cloudera, critique le sensationnalisme entourant l'intelligence artificielle et prône une vision utilitariste et technique de cette technologie. Maitrise de la technologie. Certains industriels prennent ces risques au sérieux. Ainsi, en 2016, Google pose la question de la perte de contrôle potentiel d'agents apprenants qui pourraient apprendre à empêcher leur interruption dans une tâche. C'est dans ce sens que la firme développe un « bouton rouge » intégré en bas niveau dans les IA permettant de désactiver les intelligences artificielles, sans possibilité de contournement par celles-ci (au-delà de simplement « tuer » l'IA, l'objectif de ce « bouton rouge » est aussi de la geler dans son process, en évitant de l'arrêter, et éviter ainsi une remise à zéro des apprentissages ou des calculs en cours). Selon Roman V. Yampolskiy, professeur de science informatique à Université de Louisville, évoque pourquoi et comment une IA obtient un résultat, pour s'assurer qu'il corresponde bien à l'attendu, sans biais : . Enjeux sociétaux. Ce risque est aussi considéré sur le plan juridique. Ainsi, le Parlement européen a demandé à une commission d'étudier la possibilité qu'un robot doté d'une intelligence artificielle puisse être considéré comme une personne juridique. Advenant un dommage causé à un tiers par une intelligence artificielle, celle-ci pourrait être condamnée à réparer ce dommage. Il serait envisageable de conférer une personnalité électronique à tout robot prenant des décisions autonomes ou interagissant de manière indépendante avec des tiers, au même titre qu'une personne morale et physique. Aux États-Unis, Anthony Levandowski, le père de la voiture autonome, a fondé une organisation religieuse qui fait la promotion d’une « divinité » reposant sur une intelligence artificielle. Cette organisation, appelée « Way of the Future » (« La voie de l’avenir ») existerait depuis . Enjeux environnementaux. Un autre problème est l'énorme quantité de ressources rares, de serveurs et d'énergie consommée par l'informatique sous-jacente à l'IA. Critique de la technique et de la technologie. Comme l'explique l'historien François Jarrige, la critique de l'intelligence artificielle trouve son origine dans celle - plus ancienne et plus générale - des techniques et de la technologie, dont Lewis Mumford (aux États-Unis), Jacques Ellul (en France) et Günther Anders (en Allemagne) sont au les principaux instigateurs, et qui inspire aujourd'hui différents cercles militants (en France, par exemple : "Pièces et Main d'Œuvre" et "Technologos"). Selon Jarrige, leurs thèses restent peu connues ou controversées du fait que le « progrès » et l'« État » restent encore largement surestimés. Ainsi, reprenant les analyses d'Ellul, les animateurs du groupe "Technologos" estiment que l'État est de loin le moins qualifié pour enrayer l'autonomisation du processus technicien et qu'il appartient aux individus de briser les mythes de l'État-providence et du progrès technique : « Ce n'est pas la technique qui nous asservit mais le sacré transféré à la technique (…). Ce n'est pas l'État qui nous asservit, c'est sa transfiguration sacrale ». Dans un rapport en date de intitulé "The Malicious Use of Artificial Intelligence" 26 experts spécialistes en intelligence artificielle mettent en garde contre les dangers d'un usage criminel de l'IA : augmentation de la cybercriminalité, conduire à des utilisations de drones à des fins terroristes, manipulation de masse. Appels à des règles éthiques pour l'IA, et à un moratoire. Le , les géants du secteur de l'intelligence artificielle mettent en place un « partenariat pour l'intelligence artificielle au bénéfice des citoyens et de la société ». L'année suivante, Google DeepMind se dote d'une unité en interne pour aborder les questions éthiques. Le , , ingénieurs et personnalités du secteur de l'intelligence artificielle signent une lettre ouverte, s'engageant à . La lettre précise notamment que « La décision de prendre une vie humaine ne devrait jamais être déléguée à une machine. ». Parmi les signataires, se trouvent Elon Musk, les dirigeants de Google DeepMind, Stuart Russell, Yoshua Bengio ou encore Toby Walsh. Fin 2020, l'UNESCO a rejoint (en tant qu'observateur, comme l'OCDE) le Conseil et le Comité directeur du Partenariat mondial sur l'Intelligence Artificielle, avec la possibilité de participer activement aux travaux de ces organes. Fin 2022 (9 décembre) « "premier forum mondial sur l'éthique de l'IA" » (réunion ministérielle internationale ) a été réuni à Prague, sous l'égide de l'UNESCO. Début 2023, l'apparition de ChatGPT suscite une grande curiosité, de l'enthousiasme, mais aussi des craintes sérieuses : affirment Elon Musk, Steve Wozniak (cofondateur d'Apple) et des centaines d'experts. Le 29 mars 2023, ces derniers, invoquant des , ont signé une pétition qui appelle le monde à un moratoire d'au moins six mois sur ces recherches, jusqu'à la mise en place de systèmes de sécurité, incluant : la création d'autorités réglementaires dédiées, des moyens pour efficacement surveiller des IA et des systèmes les utilisant, la mise à disposition de techniques permettant de mieux différentier le réel de l'artificiel, et la création d'institutions pouvant limiter les . Cet appel a été publié la veille du jour (30 mars 2023) où l'Unesco, estimant que a publié un communiqué demandant à tous les États de mettre en œuvre une recommandation, rédigée par 24 experts, adoptée le 23 novembre 2021, et publiée en 2022 visant à construire un cadre législatif et éthique pour l'intelligence artificielle (IA). Il ne s'agit pas de se priver de l'IA, mais de ne l'utiliser que quand les atouts qu'elle peut offrir sont bien identifiés, et que quand on peut éviter, limiter/réparer les risques qui lui sont associés (en particulier lors d'usages non-pacifiques, malveillants et/ou aggravant les inégalités et des clivages) ; l'ONU, via cette recommandation invite à ne pas utiliser l'IA quand elle met en péril la protection des données (tous les individus devraient pouvoir accéder aux enregistrements de leurs données personnelles, et même les effacer, et la capacité des organismes de réglementation du monde entier à faire respecter ces dispositions doit être renforcée). Il s'agit aussi d'interdire la notation sociale et la surveillance de masse, contraires aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales, et elles sont utilisées de manière généralisée. . Les IA doivent être évaluées du point de vue de leurs impacts éthiques sur les individus, la société et l’environnement en créant une infrastructure juridique et technique ad hoc, et en créant un responsable (indépendant) de l’éthique de l’IA ou d'autre mécanisme pour surveiller les IA. Ceux qui créent des IA devraient pour en faire un outil dans la lutte contre le changement climatique et la dégradation de l'environnement. Les gouvernements sont invités, lors du cycle de vie du système d’IA à analyser son , tout en cherchant à diminuer l’impact environnemental du numérique, dont en investissant dans les technologies vertes. . Cette recommandation qui avait été adoptée, à l'unanimité, par les 193 États-membres, faisait suite à 3 ans de travail préparatoire ; et en 2023 il est devenu a commenté Audrey Azoulay (directrice générale de l'Unesco). L'ONU appelle ainsi les États qui ne l'ont pas déjà fait à rejoindre les plus de 40 pays « de toutes les régions du monde » qui ont commencé à créer de tels garde-fous, pour notamment créer un outil législatif capable d'encadrer et de surveiller les IA, tout en veillant à la protection des données personnelles et sensibles, et en sensibilisant la population mondiale à un usage responsable de l'IA. IA et création artistique. Midjourney, Dall-E, Stable Diffusion... Les outils de création artistique utilisant l'intelligence artificielle se multipliant, les craintes augmentent sur un détournement de leur usage : artistes spoliés, "deepfakes", manipulation de l'opinion, de plus en plus de voix s'élèvent pour que leur usage soit contrôlé et réglementé. IA et emploi. L'inquiétude du remplacement du travail humain par des machines n'est pas nouveau, et cette question est déjà présente chez certains économistes du comme , ou [[David Ricardo]] dans le premier chapitre "[[Des principes de l'économie politique et de l'impôt]]". En 1995, Jeremy Rifkin publie "End of Work: The Decline of the Global Labor Force and the Dawn of the Post-Market Era" (en français : « La fin du travail : Le déclin de la force globale de travail dans le monde et l'aube de l'ère post-marché »). Les prédictions de la fin du travail sont donc courantes et accompagnent presque systématiquement les « grappes d'innovations ». Le , deux chercheurs d'Oxford, et Michael A. Osborne, publient un rapport prospectif sur les impacts de l'intelligence artificielle et de la robotisation sur l'emploi : "The Future of Employment: How Susceptible Are Jobs to Computerisation?". Ils y prédisent que 47 % des emplois pourraient être automatisés d'ici 2030. Ce rapport connaît un grand retentissement dans le monde académique et nourrit les inquiétudes autour de l'impact de l'intelligence artificielle sur l'emploi. Des critiques de ce rapport se sont formées. Tout d'abord, Osborne et Frey raisonnent en emploi constant, or selon [[Joseph Schumpeter]] et son principe de [[destruction créatrice]], si certaines innovations détruisent des emplois, elles en créent aussi par ailleurs. [[David Autor]], dans son article « "Why Are There Still So Many Jobs? The History and Future of Workplace Automation" » publié en 2015, nuance les prédictions de Frey et Osborne et s'interroge ainsi plutôt sur les modifications de la structure du marché de l'emploi due à l'intelligence artificielle. Intelligence artificielle et travail numérique. Malgré les progrès importants de l'intelligence artificielle ces dernières années, l'hypothèse de la fin du travail ne semble pas encore réalisée. Cependant, la structure du marché de l'emploi connaît de grands changements à cause de l'intelligence artificielle. Selon le sociologue [[Antonio Casilli]], les différentes formes d'activités humaines nécessaires à la production d'intelligence artificielle, ou (), concept forgé dans les années 2000 pour désigner l'ensemble des activités en ligne, créatrices de valeurs, le plus souvent captées par les grandes plateformes numériques, est consubstantiellement lié à la production des intelligences artificielles et peut être analysé en trois catégories : Malgré les craintes qui règnent autour de l'hypothèse de la fin du travail, cette idée semble actuellement relever du fantasme. Le travail humain demeure essentiel à la phase d'apprentissage des intelligences artificielles. Même entraînée et fonctionnelle, une intelligence artificielle nécessite souvent des vérifications humaines afin d'assurer son bon fonctionnement. L'exemple le plus notoire dans le domaine est celui des assistants vocaux, [[Amazon (entreprise)|Amazon]] assume écouter les conversations des utilisateurs d'[[Amazon Alexa|Alexa]] afin « d'améliorer l'expérience utilisateur », or ce sont bien des humains qui sont derrière ces écoutes. De même les voitures dites autonomes d'[[Uber (entreprise)|Uber]] ne peuvent pas fonctionner sans opérateur de conduite, qui n'est pas au volant, mais qui doit guider le véhicule en participant à la reconnaissance d'images fournis par les caméras en direct. [[Uber (entreprise)|Uber]] a d'ailleurs décidé de doubler le nombre de ces opérateurs de conduite après le premier accident mortel de début 2018. L'analyse du "digital labour" met en lumière toute l'ambivalence actuelle de l'intelligence artificielle. Lorsque les grandes plateformes du numérique et les ingénieurs annoncent le remplacement de l'homme par les machines, une étude sociologique concrète nous montre que pour l'instant, le travail humain est essentiel pour combler les lacunes de l'intelligence artificielle. Il semble donc que derrière les promesses d'automatisation, se cache finalement une précarisation du statut des travailleurs (dans le cas du travail à la demande), un parcellisation extrême des tâches (dans le cas du [[micro-travail]]) et une invisibilisation du travail (dans le cas du travail social en réseau). Perspectives et projections dans le futur. Des chercheurs de l’Institut de l’avenir de l’humanité de l’[[université d'Oxford]], de l’[[Université Yale]] et d’AI Impact ont sondé 352 experts en apprentissage par machine pour prévoir les progrès de l’IA au cours des prochaines décennies. Les experts ont été interrogés sur le calendrier des capacités et des professions spécifiques, ainsi que leurs prédictions quant à savoir quand l’IA deviendra supérieure aux humains dans toutes les tâches. Et quelles en seraient les implications sociales également. Les chercheurs ont prédit que les machines seront meilleures que les humains dans le domaine de la traduction de langues d’ici 2024. Elles seraient capables de rédiger des essais d’ici 2026. De conduire des camions d’ici 2027 et travailler dans le commerce et la vente en 2031. D’ici 2050, elles pourront écrire des best-sellers ou exécuter des travaux de chirurgiens. Selon les chercheurs, il y a 50 % de chance pour que l’intelligence artificielle dépasse les humains dans tous les domaines en seulement . Et, selon la même probabilité, les machines pourraient prendre en charge tous les emplois humains en . Certains chercheurs prévoient même que cela pourrait se produire plus tôt. Dans la science-fiction. [[Fichier:Stanley Kubrick The Exhibition - Krakow - 2001 A Space Odyssey (14961415868).jpg|vignette|redresse=0.9|[[HAL 9000]].]] Une machine ayant une conscience et capable d’éprouver des sentiments est un grand thème classique de la [[science-fiction]], notamment des romans d’[[Isaac Asimov]] sur les [[robot]]s. Ce sujet a toutefois été exploité très tôt, comme dans le récit des aventures de [[Pinocchio]], publié en 1881, où une marionnette capable d’éprouver de l’amour pour son créateur cherche à devenir un vrai petit garçon, ou dans "L'Homme le plus doué du monde", une nouvelle de l'Américain [[Edward Page Mitchell]] où le cerveau d'un simple d'esprit est remplacé par un ordinateur inspiré des recherches de [[Charles Babbage]]. Le roman "Le Miroir flexible" de [[Régis Messac]] propose quant à lui le principe d'une intelligence artificielle faible, mais évolutive, avec des automates inspirés de formes de vie simples, réagissant à certains stimuli tels que la lumière. Cette trame a fortement inspiré le film "[[A.I. Intelligence artificielle]]" réalisé par [[Steven Spielberg]], sur la base d'idées de [[Stanley Kubrick]], lui-même inspiré de [[Brian Aldiss]]. L'œuvre de [[Dan Simmons]], notamment le cycle d"[[Hypérion (Simmons)|Hypérion]]", évoque l'intelligence artificielle. "[[Destination vide]]", de [[Frank Herbert]], met en scène de manière fascinante l'émergence d'une intelligence artificielle forte. Plus récemment, l'écrivain français [[Christian Léourier]] a placé une intelligence artificielle au cœur de son roman court "[[Helstrid]]" (2018), dans lequel cette IA laisse un être humain mourir, contrevenant ainsi aux [[trois lois de la robotique]] instaurées par Isaac Asimov près de quatre-vingts ans plus tôt. Les [[androïde]]s faisant preuve d'intelligence artificielle dans la fiction sont nombreux : le personnage de [[Data (Star Trek)|Data]] de la série télévisée "[[Star Trek : La Nouvelle Génération|Star Trek : The Next Generation]]" est un être cybernétique doué d'intelligence, avec des capacités importantes d'apprentissage. Il est officier supérieur sur le vaisseau "[[Enterprise (NX-01)|Enterprise]]" et évolue aux côtés de ses coéquipiers humains qui l'inspirent dans sa quête d'humanité. Son pendant cinématographique est Bishop dans les films "[[Aliens, le retour|Aliens]]" (1986) et "[[Alien 3]]" (1992). Dans le [[manga]] "[[Ghost in the Shell]]", une androïde s’éveille à la conscience. Dans la saga "[[Terminator (série de films)|Terminator]]" avec [[Arnold Schwarzenegger]], le [[T-800]] reprogrammé, conçu initialement pour tuer, semble dans la capacité d'éprouver des sentiments humains. Par ailleurs, les Terminators successifs sont envoyés dans le passé par [[Skynet (Terminator)|Skynet]], une intelligence artificielle qui a pris conscience d'elle-même, et du danger que représentent les humains envers elle-même. Utilisation dans les jeux. Les jeux, notamment les [[jeux de stratégie]], ont marqué l’histoire de l’intelligence artificielle, même s’ils ne mesurent que des compétences particulières, telles que la capacité de la machine en matière de calcul de [[probabilités]], de prise de décision mais aussi d’[[Apprentissage automatique|apprentissage]]. [[Hans Berliner]] (1929-2017), docteur en science informatique à l'[[université Carnegie-Mellon]] et joueur d'[[échecs]], fut l'un des pionniers de la [[Programmation informatique|programmation]] pour les ordinateurs de jeu. Ses travaux commencèrent par un [[Programme informatique|programme]] capable de battre un humain professionnel au [[backgammon]], puis, à partir des années 1960 et avec l'aide d'[[IBM]], il fit des recherches pour créer un programme capable de rivaliser avec des [[grand maître international|grands maîtres]] du [[Échecs|jeu d'échecs]]. Ses travaux contribuèrent quelques décennies plus tard à la réalisation du supercalculateur [[Deep Blue]]. Outre la capacité des jeux à permettre de mesurer les performances de l'intelligence artificielle, que ce soit au travers un score ou un affrontement face à un humain, les jeux offrent un environnement propice à l'expérimentation pour les chercheurs, notamment dans le domaine de l'[[apprentissage par renforcement]]. Othello. Dans le jeu [[Othello (jeu)|Othello]], sur un plateau de 8 cases sur 8, chaque joueur place tour à tour des pions de sa couleur (noir ou blanc). Le vainqueur est celui qui possède les pions de la couleur dominante. L'une des premières intelligences artificielles pour l'Othello est IAGO, développée en 1976 par l'université [[California Institute of Technology|Caltech]] de [[Pasadena]] (Californie), qui bat sans difficultés le champion japonais Fumio Fujita. Le premier tournoi d'Othello hommes contre machines est organisé en 1980. Un an plus tard, un nouveau tournoi de programmes regroupent 20 systèmes. C'est entre 1996 et 1997 que le nombre de programmes explose : "Darwersi" (1996-1999) par Olivier Arsac, "Hannibal" (1996) par Martin Piotte et Louis Geoffroy, "Keyano" (1997) par Mark Brockington, "Logistello" (1997) par Michael Buro Échecs. [[Fichier:Deep Blue.jpg|vignette|redresse=0.8|Un [[supercalculateur]] [[IBM]] similaire à [[Deep Blue]], qui a battu le [[championnat du monde d'échecs|champion du monde d'échecs]] en titre [[Matchs Deep Blue contre Kasparov|dans un match]] en 1997.]] En 1968, le [[maître international]] anglais [[David Levy (joueur d'échecs)|David Levy]] lança un défi à des spécialistes en intelligence artificielle, leur pariant qu'aucun [[programme informatique]] ne serait capable de le battre aux [[échecs]] dans les dix années à venir. Il remporta son pari, n'étant finalement battu par [[Deep Thought (ordinateur d'échecs)|Deep Thought]] qu'en 1989. En 1988, l'ordinateur [[HiTech]] de [[Hans Berliner]] est le premier programme à battre un [[Grand maître international|grand maître]] du jeu d'échecs, [[Arnold Denker]] () en match (3,5-1,5). Par la suite, de forts joueurs furent battus, comme le grand maître [[Bent Larsen]] (alors classé à ), vaincu en 1988 par Deep Thought dans un tournoi en Californie. En , à [[Munich]], le programme [[Fritz 3]], tournant sur un [[ordinateur]] avec un [[Processeur|monoprocesseur]] [[Pentium (microprocesseur)|Pentium]] à , gagne une partie de [[Blitz (échecs)|blitz]] (partie de moins de dix minutes par joueurs) dans un tournoi contre le [[championnat du monde d'échecs|champion du monde d'échecs]], le Russe [[Garry Kasparov]]. En , lors du premier tour du Grand Prix [[Intel]] de [[Londres]], le champion du monde affronte [[Chess Genius]] 2.9 (tournant sur un Pentium à ) en jeu [[Échecs rapides|semi-rapide]] ( la partie) et perd sur le score de 0.5-1.5 (une nulle et une défaite). En 1997, le [[superordinateur|supercalculateur]] conçu par [[IBM]], [[Deep Blue]] (surnommé "Deeper Blue" lors de ce [[Matchs Deep Blue contre Kasparov#Match revanche (1997)|match revanche]]), bat Garry Kasparov (3,5–2,5) et marque un tournant : pour la première fois, le meilleur joueur humain du jeu d'échecs est battu en match (et non lors d'une partie unique) par une machine. En , le supercalculateur [[Hydra (ordinateur d'échecs)|Hydra]] gagne face au grand maître [[Michael Adams]] par 5 victoires, une nulle et aucune défaite. En , [[Deep Fritz]] gagne un match en six parties face au champion du monde [[Vladimir Kramnik]], sur le score de 2 victoires, 4 nulles et aucune défaite, plaçant notamment dans la deuxième partie un [[échec et mat]] élémentaire (mat en un coup), que Kramnik ne vit pas. En 2010, l'ancien champion du monde [[Veselin Topalov]] confirme utiliser pour sa préparation au [[championnat du monde d'échecs 2010]] le superordinateur [[Blue Gene (superordinateur)|Blue Gene]]/P, alors équipé de . En , une version généraliste d'[[AlphaGo Zero]] (le successeur du programme [[AlphaGo]] de [[DeepMind]]) nommée [[AlphaZero]], est développé pour jouer à n'importe quel jeu en connaissant seulement les règles, et en apprenant à jouer seul contre lui-même. Ce programme est ensuite entraîné pour le [[Go (jeu)|go]], le [[shogi]] et les échecs. Après 9 heures d’entraînement, AlphaZero bat le programme d'échecs [[Stockfish (programme d'échecs)|Stockfish]] (leader dans son domaine), avec un score de 28 victoires, 72 nulles et aucune défaite. Il faut cependant noter que la puissance de calcul disponible pour AlphaZero (4 [[Tensor Processing Unit|TPU]] v2 pour jouer, soit une puissance de calcul de 720 [[FLOPS|Teraflops]]) était infiniment supérieure à la puissance disponible de Stockfish pour ce match, ce dernier tournant sur un ordinateur équipé de seulement 64 [[Microprocesseur multi-cœur|cœurs]] [[Intel]]. AlphaZero a également battu (après apprentissage) le programme de shōgi . Go. En 2015, l'IA réalise des progrès significatifs dans la pratique du [[Go (jeu)|go]], plus complexe à appréhender que les [[échecs]] (entre autres à cause du plus grand nombre de positions : 10170 au go, contre 1050 pour les échecs, et de parties plausibles : 10600 au go, contre 10120 pour les échecs). En , [[AlphaGo]], un logiciel d'IA conçu par [[DeepMind]], filiale de [[Google]], bat pour la première fois [[Fan Hui]], le triple champion européen de go et ainsi relève ce qu'on considérait comme l'un des plus grands défis pour l'intelligence artificielle. Cette tendance se confirme en quand AlphaGo [[Match AlphaGo - Lee Sedol|bat par trois fois consécutives]] le champion du monde de la discipline, [[Lee Sedol]], dans un duel en cinq parties. Lee Sedol a déclaré au terme de la seconde partie qu'il n'avait trouvé chez l'ordinateur et que sa défaite était . Jeopardy! [[Fichier:IBM Watson w Jeopardy.jpg|vignette|redresse=1|Réplique de [[Watson (intelligence artificielle)|Watson]], lors d'un concours de "[[Jeopardy!]]"]] En 2011, l'IA [[Watson (intelligence artificielle)|Watson]] conçue par [[IBM]] bat ses adversaires humains au [[jeu télévisé]] américain "[[Jeopardy!]]". Dans ce jeu de questions/réponses, la [[Compréhension du langage naturel|compréhension du langage]] est essentielle pour la machine ; pour ce faire, Watson a pu s'appuyer sur une importante [[base de données]] interne lui fournissant des éléments de [[culture générale]], et avait la capacité d'apprendre par lui-même, notamment de ses erreurs. Il disposait néanmoins d’un avantage, la capacité d’appuyer instantanément (et donc avant ses adversaires humains) sur le [[buzzer]] pour donner une réponse. Poker. En 2007, Polaris est le premier [[programme informatique]] à gagner un tournoi de [[poker]] significatif face à des joueurs professionnels humains. Depuis, les efforts pour améliorer ce résultat n'ont pas cessé. En 2017, lors du tournoi de poker « ' » (« Cerveau contre Intelligence Artificielle : on monte la mise ») organisé dans un [[Casino (lieu)|casino]] de [[Pennsylvanie]], l’intelligence artificielle [[Libratus]], développée par des chercheurs de l'[[université Carnegie-Mellon]] de [[Pittsburgh]], est confrontée à des adversaires humains dans le cadre d'une partie marathon étalée sur . Les joueurs humains opposés à Libratus, tous professionnels de poker, affrontent successivement la machine dans une partie en face à face (') selon les règles du « » (" signifiant que les mises ne sont pas plafonnées), la version alors la plus courante du poker. Les parties sont retransmises en direct et durant huit heures par jour sur la plateforme . Au terme de plus de jouées, Libratus remporte tous ses duels face aux joueurs humains et accumule (virtuels). Le joueur humain ayant perdu le moins d'argent dans son duel face à la machine, Dong Kim, est tout de même en déficit de plus de . Dans leurs commentaires du jeu de leur adversaire, les joueurs humains admettent que celui-ci était à la fois déconcertant et terriblement efficace. En effet, Libratus « étudiait » chaque nuit, grâce aux ressources d'un supercalculateur situé à Pittsburgh, ses mains jouées durant la journée écoulée, utilisant les d’heures-processeur de calculs du supercalculateur. La victoire nette et sans bavure de la machine marque une nouvelle étape dans le développement de l'intelligence artificielle et illustre les progrès accomplis dans le traitement par l'IA des « informations imparfaites », où la réflexion doit prendre en compte des données incomplètes ou dissimulées. Les estimations du nombre de possibilités d'une partie de poker sont en effet d'environ 10 dans la variante " en face à face. Auparavant, en 2015, le joueur professionnel a remporté la première édition de cet évènement contre une autre IA, baptisée . Bridge. Le connu actuellement est celui de la société Will-Bridge, qui a réussi en 1987 à faire jouer un ordinateur au plus haut niveau des performances humaines par l'utilisation de systèmes experts avec la création de plusieurs concepts nouveaux, comme les systèmes experts bimoteurs, pour traiter le problème de l' et les systèmes experts hybrides, qui permettent de traiter des problèmes de non-connaissance. Annexes. Bibliographie. Aspects techniques Aspects prospectifs Aspects philosophiques Fondements cognitifs, psychologiques et biologiques Aspects linguistiques Histoire Vulgarisation Politique, relations internationales Articles connexes. Aspects juridiques Notions générales Notions techniques Chercheurs en intelligence artificielle (espace anglophone) Chercheurs en intelligence artificielle (espace francophone) Laboratoires et projets renommés de recherche en intelligence artificielle Liens externes. Réflexions [[Catégorie:Intelligence artificielle| ]] [[Catégorie:Concept de la science-fiction]] [[Catégorie:Transhumanisme]] [[Catégorie:Terminologie du jeu vidéo]] [[Catégorie:Systémique]]
Instructif (cas) En linguistique, l'instructif est un cas grammatical utilisé par certaines langues, exprimant la manière dont s'accomplit le procès exprimé par le verbe. Finnois. En finnois, l'instructif a le sens fondamental de « au moyen de ». C'est un cas relativement rarement utilisé, bien qu'on le retrouve dans certaines expressions couramment utilisées, telles que "omin silmin" → « de ses propres yeux ». Il est marqué par un suffixe "-n" (qui provoque une alternance consonantique) : "jalka" « pied » → "tulin jalan" « je suis venu à pied ». Lorsque la racine d'un verbe se termine par e, elle devient i dans la flexion, par exemple "lukea" → "lukien" ; "itkeä" → "itkien". En finnois moderne, nombre de ses utilisations instrumentales sont remplacées par le cas adessif, comme dans "minä matkustin junalla" → « J'ai voyagé en train ». L'instructif est également utilisé avec les seconds infinitifs verbaux finnois pour signifier « par ...ant », par exemple dans "lentäen" → « en volant », « en avion » (de "lentää" = « voler »). Estonien. En estonien, le cas instructif (estonien : "viisiütlev") existe aussi, mais seulement pour quelques mots. (par exemple : "jalgsi" → « à pied » (de "jalg" = « pied ») Turc. En turc, le suffixe -le est utilisé à cette fin, par exemple dans "Trenle geldim" → « Je suis venu en train ».
Inférence statistique L'inférence statistique est l'ensemble des techniques permettant d'induire les caractéristiques d'un groupe général (la population) à partir de celles d'un groupe particulier (l'échantillon), en fournissant une mesure de la certitude de la prédiction : la probabilité d'erreur. Introduction. Strictement, l'inférence s'applique à l'ensemble des membres (pris comme un tout) de la population représentée par l'échantillon, et non pas à tel ou tel membre particulier de cette population. Par exemple, les intentions de vote indiquées par l'échantillon ne peuvent révéler l'intention de vote qu'a tel ou tel membre particulier de la population des électeurs de la circonscription électorale. L'inférence statistique est donc un ensemble de méthodes permettant de tirer des conclusions fiables à partir de données d'échantillons statistiques. L'interprétation de données statistiques est, pour une large part, le point clé de l'inférence statistique. Elle est guidée par plusieurs principes et axiomes. Histoire. L'union entre les méthodes statistiques rudimentaires de Pierre-Simon de Laplace et de Carl Friedrich Gauss, confinées à l'astronomie, et la science de l'État, circonscrite à la démographie et aux sciences sociales naissantes, a lieu à la charnière des et , dans le domaine intermédiaire de la biologie, lorsque l'évolution fut reformulée en tant que problème statistique grâce à l'influence de l'eugénisme et de la biométrie. Les méthodes d'inférence statistiques ont connu deux grandes phases de développement. La première commence à la fin du , avec les travaux de K. Pearson, R. Fisher, Jerzy Neyman, Egon Pearson et Abraham Wald qui dégagent les notions fondamentales de vraisemblance, de puissance des tests d'hypothèse et d’intervalle de confiance. La seconde période, qui perdure aujourd'hui, a été rendue possible grâce à la puissance de calcul des ordinateurs et à la banalisation de l'outil informatique à partir de la fin des années 1940. Ces calculateurs ont permis de dépasser les hypothèses traditionnelles d'indépendance et de normalité, commodes du point de vue mathématique mais souvent simplistes, pour donner toute leur fécondité à des concepts même anciens comme l’hypothèse bayésienne. L'informatique a permis aussi l'explosion des techniques de simulation par application des techniques de rééchantillonnage : méthode de Monte Carlo, bootstrap, jackknife etc. imaginées par John von Neumann, Stanislas Ulam, Bradley Efron, Richard von Mises. Notes et références. Notes.
Ivan Krylov Ivan Andreïevitch Krylov (en ), né le à Moscou et mort le à Saint-Pétersbourg, est un écrivain et fabuliste russe. Après avoir débuté par des drames et des comédies satiriques, il publie, en 1809, un premier recueil de fables. Celui-ci sera suivi de plusieurs autres recueils, qui vaudront à leur auteur une immense popularité. Les fables de Krylov empruntent souvent leur sujet à celles d'Ésope et de Jean de La Fontaine. Biographie. Premières années. Le père d'Ivan Krylov, Andreï Prokhorovitch Krylov (1736-1778), était un soldat, puis officier du rang d'un régiment de dragons qui se distingua en 1772 à Yaïtsk (aujourd'hui Oural, et qui prit le nom d'Ouralsk de 1775 à 1991) contre les révoltés de Pougatchev. Il devint ensuite substitut à la magistrature de Perm, où il mourut, laissant une veuve avec deux jeunes enfants. Le jeune Krylov fut très tôt attiré par la bibliothèque paternelle et apprit le français. Il fut d'abord éduqué à la maison et enregistré comme petit fonctionnaire au tribunal, mais ce poste était largement nominal, puisqu'il était mineur. Sa mère tenta avec lui de recouvrer une pension d'orphelin en 1782 à Saint-Pétersbourg, mais finalement il se fit accepter comme fonctionnaire de la cour des comptes, poste dont il démissionna en 1788, à la mort de sa mère. Il avait déjà commencé à écrire et, lors de son arrivée à Saint-Pétersbourg, avait réussi à obtenir des livres de Racine, Boileau, Molière (pour un montant de soixante roubles) en échange d'une comédie en vers "La Vendeuse de café" écrite d'après un thème de Nikolaï Novikov, auprès d'un libraire-imprimeur d'origine allemande du nom de Breitkopf. Cette comédie, plutôt maladroite, ne fut publiée qu'en 1868. Ensuite, en 1785, Krylov composa une tragédie, "Cléopâtre", aujourd'hui disparue, qui lui attira l'attention du grand tragédien de l'époque, . L'année suivante, il composa une autre tragédie, "Philomène", dans le goût classique à la mode, mais sans originalité. Par la suite, il se lance dans l'écriture de livrets d'opéras-bouffe, inspirés d'auteurs français, à l'époque de la mort de sa mère qui lui laissait un petit frère, Léon, dont il se considéra toute sa vie, comme un véritable père. Il écrit alors une œuvre inspirée de , dramaturge classique prisé des cercles littéraires, qui le brouille définitivement avec le milieu théâtral. Éditorialiste. Krylov trouve alors sa voie à l'âge de vingt ans, lorsqu'il écrit dans une revue mensuelle fondée par lui et à laquelle participe Alexandre Radichtchev, "Le Courrier de l'esprit", des satires et des critiques littéraires. La revue ne parut que huit mois, de janvier à , n'ayant eu que quatre-vingts abonnés. En 1790, il écrit et imprime une ode à la paix avec la Suisse. Devenu propriétaire de l'imprimerie, il édite alors à partir de 1792 une nouvelle gazette, "Le Spectateur", où il fait paraître ses écrits satiriques et ses contes philosophiques. Il parvint à attirer 170 abonnements, ainsi que l'attention de Karamzine avec qui il polémiqua. Une année plus tard, "Le Spectateur" fusionna avec une autre gazette imprimée par Krylov et son associé Klouchine, "Le Mercure de Saint-Pétersbourg". Il lui donna alors un accent plus littéraire et plus artistique, tentant de s'introduire dans les cercles cultivés de la capitale, avec de nouvelles pièces écrites par lui. Cependant "Le Mercure" n'eut pas de succès et cessa de paraître au bout d'un an. Krylov partit alors pour Moscou et fit la connaissance en 1797 du prince qui l'engagea comme secrétaire particulier et précepteur de ses enfants. Krylov était autodidacte, il parlait en plus du français, l'italien et savait jouer du violon. Il écrivit pour le prince une pièce tragi-comique "Le Triomphe", parodie d'une tragédie classique qui ne manquait pas de sel. Golitsyne fut nommé gouverneur-général de Livonie en 1801 et Krylov se dévoua entièrement à lui. Il écrivit d'autres pièces comiques et en 1803 donna sa démission. On ne sait pas ce qui se passa pendant les deux années suivantes. Sans doute s'adonna-t-il, d'après certains témoignages, à la vie facile et au jeu. Fabuliste. Les premières fables de Krylov, inspirées d'Ésope et de La Fontaine, parurent au nombre de 23 en 1809. Il connut enfin une certaine reconnaissance. En 1811, il devient académicien et reçoit une médaille d'or pour ses fables. En 1838, on organise pour lui une grande réception jubilaire et l'empereur Nicolas lui octroie une pension à vie. Il est en pleine gloire. À sa mort en 1844, sa popularité est grande dans tout l'Empire : ses dernières venaient de paraître. Les familles prisaient son mélange d'humour et de sagesse. Sa langue est idiomatique, simple, directe et de qualité. Sa fable "Le cochon sous le chêne" ("Свинья под дубом") marqua la romancière et philosophe d'origine russe Ayn Rand qui y fait allusion dans son essai "Philosophical Detection" en 1974. C'est encore aujourd'hui un auteur incontournable pour la jeunesse russophone. Bibliothécaire. Ivan Krylov a servi comme bibliothécaire à la Bibliothèque publique russe (maintenant la Bibliothèque nationale russe) pendant près de trente ans. Son activité professionnelle a exercé une grande influence sur le développement de la bibliothéconomie en Russie. Ivan Andreïevitch a commencé à la bibliothèque en tant qu'aide-bibliothécaire en 1813, lorsqu’un dossier officiel est apparu à la chancellerie d'État "sur proposition du directeur de la Bibliothèque publique, A. N. Olénine, concernant la nomination de "... le conseiller titulaire Krylov en tant que bibliothécaire-adjoint". Il nous reste quelques notes de service de Krylov "à son Excellence Monsieur le Directeur de la Bibliothèque Impériale, membre du Conseil d'État, Conseiller intime actuel et Chevalier A. N. Olénine, de la part du bibliothécaire Conseiller de collège Krylov". En 1816, Krylov a assumé le poste de chef du département russe de la Bibliothèque publique, où il a travaillé jusqu'à sa retraite en 1841. En 1814, pour la première fois en Russie, Krylov a introduit la description des livres sous un auteur collectif. La description sous le nom de l'institution a grandement facilité le travail des lecteurs et des bibliothécaires. En 1815, c’est Krylov qui a établi des règles spéciales pour l'utilisation des livres dans la salle de lecture publique, dont certaines dispositions ont survécu jusqu'à ce jour. Ces règles ont été publiées en 1921 sous le nom de « Note de Krylov ». Le bibliothécaire a insisté sur la nécessité d'une meilleure organisation des catalogues, soutenait leur transparence et accessibilité pour le public. Ainsi, Krylov avait élaboré un système de chiffrement qui 20 ans plus tard a été introduit à la Bibliothèque nationale russe. Krylov a personnellement compilé des catalogues (avec Sopikov). Puis, Krylov a également introduit un catalogue topographique simplifié dans son département. Selon lui, toutes les fiches de catalogue avaient leur propre numéro, qui était inscrit dans un "livre de numérotation" spécial. Selon ce numéro, dans une autre colonne, le bibliothécaire a trouvé une indication du numéro de la pièce, de l'armoire, de l'étagère et du numéro du livre sur l'étagère (avant on croyait que le chiffre devait être un secret pour le lecteur). Krylov a personnellement peint les copies requises sur les cartes. Ensuite, ces informations ont été transférées par des scribes dans des livres de catalogue. Krylov a également mené de nombreux travaux bibliographiques, compilé toutes sortes de listes de lecteurs, d'index et effectué des références bibliographiques. Enfin, c'est Krylov qui a changé les principes d'organisation des fonds et de service aux lecteurs. Pour ranger les publications de petit format, il invente des étuis en carton sous forme de livres épais, dans lesquels les livres étaient rangés selon l'ordre alphabétique. Les "signets" de Krylov dans les livres qui ont été envoyés du fonds à la salle de lecture existent toujours. Le Département des manuscrits de la Bibliothèque nationale russe stocke les "index alphabétiques écrits par Ivan Andreïevitch Krylov" Le rôle dans la création de fonds russe. La tâche principale de la Bibliothèque publique dans le premier quart du XIXe siècle était la création d'un fonds russe. Le 10 octobre 1811, Alexandre Ier (empereur de Russie) approuva le «Règlement sur la gestion de la Bibliothèque publique impériale» rédigé par A. N. Olénine, qui prévoyait l'envoi obligatoire à la Bibliothèque de deux exemplaires des publications imprimées de chaque imprimeur. Toutefois, les éditeurs des livres ne se conformant pas toujours à cette disposition. Ivan Krylov est intervenu dans l'affaire. C'est grâce à lui que la Fondation du livre russe a été créée. Si en 1812 le fonds de la littérature nationale ne comprenait que 4 livres russes, en 1814 - 2,3 milles livres, et en 1836, grâce au succès des activités des Krylov - déjà 20 000 livres, et à la fin de son service - environ 30 000 exemplaires. Les méritées. Pour son travail à la Bibliothèque publique et la compilation des catalogues, Krylov a été décerné par Ordre de Saint-Vladimir, en 1820. En outre, il a reçu Ordre de Sainte-Anne en 1829 et Ordre de Saint-Stanislas en 1838. De plus, à sa retraite, il a gagné 8 700 roubles supplémentaires par an en plus de sa pension (l'équivalent de son salaire annuel de bibliothécaire). Les activités littéraires et bibliothécaires de Krylov ne se contredisaient pas, mais se complétaient. Ivan Andreïevitch lui-même a beaucoup apprécié son métier ayant dit: « Je ne changerais pas mon poste pour un autre. Dans la bibliothèque, vous devez être une personne qui travaille... par amour ».
Inessif L'inessif est, en linguistique, un cas grammatical indiquant le lieu dans lequel se déroule le procès exprimé par le verbe. Il correspond à la préposition française "dans". Langues agglutinantes. Dans les langues agglutinantes, ce cas est souvent exprimé par un affixe, par exemple : Langues flexionnelles. Dans les langues flexionnelles il s'exprime généralement une préposition et, éventuellement, une flexion : Dans un certain nombre de langues indo-européennes, l'utilisation d'une flexion permet d'opposer l'inessif et l'illatif, qui utilisent souvent la même préposition : Dans d'autres langues de cette famille, dont le français, cette opposition est donnée uniquement par le contexte, par exemple par un verbe indiquant le déplacement (aller) ou l'immobilité (être).
Inuits Les Inuits sont un groupe de peuples autochtones partageant des similitudes culturelles et une origine ethnique commune vivant dans les régions arctiques de l'Amérique du Nord. Il y a environ vivant au Groenland, au Canada et aux États-Unis. Bien que le Conseil circumpolaire inuit regroupe également les Yupiks de l'Alaska et de la Sibérie, ceux-ci ne sont pas des Inuits dans le sens d'une descendance thuléenne. Les Inuits ne sont pas considérés comme des Amérindiens puisque leurs ancêtres seraient venus en Amérique plusieurs millénaires après l'arrivée des Paléoasiatiques, les ancêtres des Amérindiens. En fait, les Inuits sont davantage similaires aux peuples habitant les régions arctiques asiatiques qu'aux peuples amérindiens. Il ne faut pas non plus confondre les Inuits avec les Innus qui sont un peuple amérindien vivant dans la forêt boréale canadienne du Nord-Est du Québec et du Labrador. Historiquement, les Inuits étaient un peuple de chasseurs nomades. De nos jours, si la plupart des Inuits sont devenus sédentaires, une grande partie vit encore de la chasse et de la pêche. Plusieurs questions politiques se posent au sujet des Inuits, principalement des revendications territoriales. Au Canada, ils sont représentés par l'Inuit Tapiriit Kanatami. En fait, le plus important processus de revendication territoriale dans l'histoire du Canada a mené, en 1999, à la création du Nunavut, un nouveau territoire conçu comme patrie d'une grande partie des Inuits du Canada et dont le nom signifie en inuktitut, la langue principale des Inuits canadiens. De plus, afin de répondre aux revendications des Inuits de la région du Nunavik dans le Nord-du-Québec, le gouvernement québécois a créé l'Administration régionale Kativik dans le cadre de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois. Étymologie. Le terme ' signifie « gens », « humains » ou « personnes » en inuktitut et en groenlandais. Puisque ce sont les deux langues inuites les plus parlées, c'est le terme qui a été retenu. Il s'agit en fait d'un nom pluriel dont la forme singulière est ' et la forme duelle est '. Cependant, en français, tel que recommandé par l'Office québécois de la langue française, on utilise seulement le mot « inuit » et on l'accorde en genre et en nombre comme un mot français, c'est-à-dire un « Inuit », une « Inuite », des « Inuits » et des « Inuites ». En français, le mot « inuit » est également utilisé en tant qu'adjectif et accordé de la même façon. Les autres langues inuites ont un terme ayant la même racine étymologique pour ce mot, par exemple inughuit en tunumiit et ' en tunumiisut. Certains peuples des régions arctiques étaient auparavant communément désignés sous le nom d'Esquimaux (' en anglais). Ce terme ne désigne pas exclusivement l'ethnie inuite puisqu'il inclut également un autre peuple autochtone vivant dans l'Arctique : les Yupiks. Les Inuits de l'Alaska sont appelés Iñupiat. En Alaska, le terme ', littéralement « natifs d'Alaska », est préféré pour désigner l'ensemble des peuples autochtones de la région incluant les Iñupiat et les Yupiks puisque ces derniers n'appartiennent pas à l'ethnie inuite. Les eskimologues, aujourd'hui inuitologues, ont adopté au , le terme « eskimo », invariable dans l'orthographe danoise, pour désigner traditionnellement le groupe linguistique. Depuis la fin du , en français, le terme « Inuits » est généralement préféré à celui d'« Esquimaux », surtout au Canada, où ce dernier peut même être considéré comme péjoratif. Cette perception très répandue s'explique par le fait que dans les langues algonquiennes le terme "Eskimau" est censé signifier alors que, en fait, ce terme proviendrait d'une langue proto-algonquienne signifiant . Le terme "Inuit" est l'autonyme par lequel ce peuple se désigne aujourd'hui : il signifie "le peuple". La forme au singulier est "Inuk". Le Renvoi sur les Esquimaux de la Cour suprême du Canada de 1939 a déterminé que les "inuits" étaient légalement "Indiens", ce qui permit de combler différents vides juridiques quant à leur statut constitutionnel. Au Groenland, les Inuits se désignent comme Groenlandais ou "Kalaallit" en groenlandais. L'ethnologue danois William C. Thalbitzer a rapproché les Inuits et leur nom des Aïnous, une ethnie du Japon et de la Russie, et de leur nom sur le radical "innu", d'autant que les mythes fondateurs des deux communautés sont très semblables. Préhistoire. Cultures néolithiques du Nord-Est de la Sibérie. Vers 8000 et durant les qui ont suivi, au moment où le détroit de Béring était envahi par la banquise, des petits groupes de chasseurs arrivent en Alaska. Il y a de fortes chances que ces gens l'aient traversé sur la banquise pour aller de l'Ancien au Nouveau Monde. Dans cette partie du détroit de Béring, d'après la situation géographique des îles Diomède, il n'y a qu'une vingtaine de kilomètres tout au plus entre deux terres. Donc, seulement trois ou quatre jours de marche ont été nécessaires pour faire le voyage. D'après les fouilles des plus vieux sites alaskans, ces gens étaient de la tradition microlithique de l'Arctique qui est très similaire aux groupes du Néolithique de Sibérie. Ces chasseurs n'ont jamais atteint la côte sud de l'Alaska et les îles Aléoutiennes. Ils se sont plutôt répandus rapidement dans l'Arctique canadien et au Groenland à la poursuite de bœufs musqués et de mammifères marins. Ils apportèrent avec eux une technologie d'outils en pierre taillée qui était totalement inconnue en Amérique, principalement des micro-lames qui sont des petites lamelles de pierre obtenues par percussion. De plus, de minuscules lames triangulaires servant de pointes de projectile constituaient très probablement le premier indice de l'usage de l'arc et de la flèche en Amérique du Nord. L'origine des peuples anciens peut être retracée par l'étude des langues utilisées par ces derniers et par les caractéristiques physiques des populations concernées. Tous les groupes d'Inuits nord-américains ont des langues apparentées. De plus, les langues inuites ont d'importantes affinités avec celle des Aléoutes, laissant croire qu'elles ont possiblement une même origine. De plus, les langues inuites et aléoutiennes ont un lointain lien de parenté avec les Tchouktches, les Koriaks et les Kamtchadales du Nord-Est de la Sibérie. Les Esquimaux et les Aléoutes ont des phénotypes similaires avec les gens des péninsules Tchoukotka et Kamtchatka. Ils sont désignés comme étant des . Le terme est employé pour identifier ces groupes de chasseurs d'un lointain passé, mais la relation de descendance avec les diverses cultures inuites qui ont suivi n'est pas aussi claire que ce qui était cru lors des premières découvertes archéologiques. Il semble que plusieurs nappes de peuplement venues d'Asie se soient succédé ou se soient côtoyées en Amérique boréale. Ainsi, les des cultures de Saqqaq et de l'Indépendance I, documentés par des vestiges archéologiques dans le Nord du Canada et du Groenland, représentent la plus ancienne expansion humaine dans l'extrême Nord du Nouveau Monde. Toutefois, leur origine et leur relation génétique avec les cultures postérieures ne sont pas connues. Un génome mitochondrial d'un Paléoesquimau a été séquencé en utilisant des cheveux gelés âgés de à excavés d'une installation saqqaq du Groenland. L'échantillon est distinct de ceux des Amérindiens et des Esquimaux modernes. Ce résultat suggère que les premiers migrants dans l'extrême Nord du Nouveau Monde provenaient des populations dans la zone de la mer de Béring et n'étaient pas directement liés aux Amérindiens ou Esquimaux postérieurs, qui les ont remplacés ». L'échantillon paraît par contre très proche de celui des Aléoutes de la région du détroit de Béring et des de Sibérie. Paléoesquimaux anciens. D'après les dates d'ancienneté analogues des sites de la Tradition des outils microlithiques, allant de l'Alaska au Groenland, il est supposé que les Paléoesquimaux anciens ont envahi les territoires polaires avec rapidité. Ils étaient habiles à exploiter un nouveau territoire au-delà des migrations saisonnières. Ces derniers étaient des chasseurs des forêts nordiques de la Sibérie qui se sont adaptés aux régions de toundra et de banquise. C'était la première phase d'extension territoriale d'une bonne partie de l'Arctique canadien et du Groenland, encore inhabité à cette époque. La similarité de la technologie du Paléoesquimau ancien est frappante d'une région à l'autre. Un degré de cohésion culturelle et de conservatisme est remarqué dans le temps et dans l'espace. Les Paléoesquimaux anciens ont été les premiers à réussir une certaine adaptation malgré les contraintes climatiques de l'Arctique nord-américain, c'est-à-dire un froid glacial, une pauvreté en nourriture d'origine végétale, une disponibilité saisonnière des protéines animales, un nombre limité d'espèces disponibles ainsi qu'une rareté du combustible et des matières premières essentielles. Au départ, ils ont peut-être été attirés par les troupeaux de caribous et, une fois sur place, ils auraient découvert les bœufs musqués et les phoques des côtes arctiques. La défensive en ligne ou en cercle utilisée par ces bêtes se transformait en avantage pour des chasseurs qui possédaient des chiens. L'immobilité du troupeau ainsi pris au piège permettait aux hommes de s'approcher des bêtes, facilitant l'utilisation de l'arc ou de la lance. Une fois la viande débitée, elle était empaquetée dans les peaux et transportée vers les campements. En fait, la chasse au bœuf musqué était très possiblement beaucoup plus facile que la chasse à la baleine et au morse. Durant l'été, la diète était complétée avec des oiseaux migrateurs, des œufs, des lièvres arctique et des poissons anadromes. Rien ne laisse croire qu'ils possédaient des bateaux et des traîneaux à chien, ils se seraient donc déplacés à pied sur cet immense territoire de d'ouest en est et du sud au nord. De plus, l'igloo et la lampe à huile en stéatite (pierre à savon) étaient absents à cette époque, ce qui devait rendre la vie assez rude et précaire. Les outils de pierre retrouvés dans les campements de la Tradition microlithique de l'Arctique sont des produits de facture complètement différentes des traditions antérieures de l'Alaska mais très similaires à ceux des Néolithiques de Sibérie. Tout cet outillage était extrêmement petit. Il comprenait des micro-lames, des burins pour le découpage des os, de minuscules lames triangulaires servant de pointes de harpon et de flèche. Des rencontres possibles avec des Indiens de l'Archaïque maritime du Labrador leur ont permis de découvrir le harpon à tête détachable qui est très efficace pour la chasse au phoque et au morse. Cette nouveauté se répandit d'un bout à l'autre de l'Arctique et améliora de façon tangible les activités de subsistance. Des recherches par des archéologues danois démontrent que les trois formations de cette époque, Indépendancien, Saqqaquien et Prédorsétien, sont en réalité trois cultures régionales, légèrement décalées dans le temps mais provenant d'une même culture microlithique. Trois variantes de la Tradition microlithique de l'Arctique ont été découvertes dans le Grand Nord canadien et groenlandais : l'Indépendance I du Haut-Arctique, les Saqqaqiens du Groenland et la culture prédorsétienne des îles et des côtes du Bas-Arctique. Culture de l'Indépendance. Dans l'extrême Nord de la calotte glaciaire du Groenland, sur les rives du fjord Indépendance (Terre de Peary), Eigel Knuth, en 1948, découvre les restes de la population la plus septentrionale du globe qui vivait dans la région la plus isolée et désolée de tout l'Arctique. Ces vestiges de campements, situés sur les paliers de plage les plus hauts, donc les plus anciens, remonteraient selon la datation au radiocarbone entre 2000 et On a retrouvé plus tard des sites d'occupations semblables dans d'autres endroits du Nord du Groenland ainsi que sur les îles d'Ellesmere, Devon et Cornwallis dans le Haut-Arctique canadien. Dans le Nord du Groenland et sur l'île d'Ellesmere, les gens de l'Indépendance I semblent avoir chassé le bœuf musqué principalement. En revanche, sur l'île Devon, on a trouvé de bonnes quantités d'os de phoque, de morse et d'ours polaire. Comme les Esquimaux polaires du , les gens d'Indépendance I ne chassaient que très peu le caribou. À cause de cette particularité, on pense que leurs vêtements étaient plutôt confectionnés de peaux de bœuf musqué, d'ours polaire, de renard, de lièvre ou d'oiseaux. À titre d'exemple, le caribou étant totalement absent des îles Belcher à l'arrivée des premiers étrangers, les habitants de Sanikiluaq s'habillaient d'anoraks confectionnés entièrement de peaux d'oiseaux. Les campements sont formés de une à quatre tentes familiales, munies d'un foyer ouvert au centre avec des espaces de couchage de chaque côté. Chaque tente pouvant abriter quatre à six personnes, un village regroupait donc vingt à trente résidents. Les petites quantités de charbon de bois (saule arctique et bois flotté) et d'os carbonisés laissent croire que le feu était un luxe très occasionnel. Ils ne construisaient pas d'igloo et ne possédaient pas de lampe à huile. Leurs tentes étaient probablement couvertes de lourdes peaux de bœuf musqué soutenues par des poteaux de bois flotté. Les outils fabriqués d'éclats de pierre, les micro-lames, les burins pour travailler l'andouiller et l'ivoire, les grattoirs pour préparer les peaux et les pointes de projectiles sont vraiment de facture néolithique. Il n'y a aucune ressemblance avec l'outillage inuit plus récent. Ils ne connaissaient pas le traîneau à chiens et ne fabriquaient pas d'embarcations pour se déplacer. En conclusion, bien que l'on sache peu de chose sur la vie des petits groupes de l'Indépendance I, il est supposé qu'ils ont sûrement eu une vie très difficile où la famine revenait régulièrement durant les longues nuits polaires et le froid intense de l'extrême Nord du Canada et du Groenland. La majorité des matières premières retrouvées dans les sites d'occupation est de provenance locale. Il y a peut-être une exception avec des os de morse échangés avec des gens vivant sur les rives entourant la polynie du Nord. Culture prédorsétienne. L'occupation des premières populations de la Tradition microlithique de l'Arctique se concentre principalement dans la région au nord de la baie d'Hudson, sur la rive nord du détroit d'Hudson et autour du bassin de Foxe. Les régions méridionales de l'archipel Arctique étaient beaucoup plus riches en ressources alimentaires que le Haut-Arctique. Dans la région d'Igloulik, un site daté au radiocarbone indique qu'il est vieux de . C'est en 1000 , que les Prédorsétiens traversent dans l'arctique québécois (Nunavik) par les îles Nottingham et Salisbury pendant que les Dorsétiens occupent les îles du Haut-Arctique et la côte nord-ouest du Groenland. Bien qu'il y ait plusieurs similitudes entre l'outillage des Prédorsétiens et ceux de l'Indépendance I, la ressemblance est encore plus prononcée avec les groupes microlithiques de l'Alaska. Ces derniers auraient quitté leurs territoires alaskains pour se répandre dans une grande partie du Bas-Arctique oriental, quelques siècles après les groupes d'Indépendance I. À l'inverse de ces derniers, les campements des Prédorsétiens semblent avoir été utilisés sur plusieurs générations. On y a même trouvé lors de fouilles, de petites lampes à huile qui devaient servir à brûler de la graisse pour donner de la lumière et un peu de chaleur. On a aussi trouvé des cercles de détritus qui permettent de penser qu'ils se construisaient des igloos bien qu'aucun couteau à neige n'ait encore été trouvé. Ils avaient également des chiens sans le traîneau et que l'arc et la flèche faisaient partie des armes de chasse. Culture Saqqaq du Groenland. Le Saqqaquien est la culture que l'on retrouve principalement dans la région de Saqqaq et Sermermiut sur la côte ouest et sud-est du Groenland. Le territoire s'étend du district de Thulé au nord jusqu'au district de Nanortalik au sud. Du côté est, de la pointe sud de l'île jusqu'à la vers le nord. Il semblerait qu'un nombre assez important d'individus ont occupé cette riche région côtière du Groenland. Leur mode de subsistance reposait principalement sur le caribou et les petits mammifères marins. Les fouilles démontrent qu'ils exploitaient toutes les niches écologiques disponibles. Des ossements d'au moins de vertébrés ont été retrouvés ainsi que les restes de mollusques. Par l'examen des outils, ils chassaient la baleine, le phoque, les mammifères terrestres, les oiseaux en grand nombre et le poisson en y incluant la morue et l'omble chevalier. Les sites archéologiques saqqaquiens démontrent qu'il existait un large éventail d'habitations allant de la double maison semi-souterraine avec passage commun jusqu'à la simple tente. Pour la fabrication de l'outillage, ils utilisaient plusieurs sortes de pierres locales, du bois, des os, des andouillers, de l'ivoire et des peaux. Les pierres de taille étaient sûrement la matière première d'échange entre les Saqqaquiens. Le bois de dérive, les andouillers et l'ivoire ont aussi été objets de commerce entre les diverses régions habitées de ce groupe culturel. Lorsque les Saqqaquiens disparaissent du Groenland, ils sont remplacés par les gens d'Indépendance II. Culture de Denbigh en Alaska. Les gens de Denbigh vécurent dans le Nord de l'Alaska, il y a (A.A.). Ils vivaient dans la toundra à la poursuite d'animaux pour la nourriture, les vêtements et les abris. En 1948, l'archéologue américain Louis Giddings excave au Cap Denbigh (Alaska), sur la côte de la mer de Béring, des microlames de chaille et d'obsidienne qui ressemblaient à celles trouvées précédemment dans le désert de Gobi (Paléo et mésolithique asiatique). Giddings remarque également que les pointes de projectiles ont des similitudes avec celles des Paléoindiens et des cultures archaïques du Nouveau Monde. Le nom de cette culture, comme beaucoup d'autres d'ailleurs, vient donc de la situation géographique de cette première découverte.Ils passaient l'été sur les côtes de la mer de Béring et durant les autres saisons, à l'intérieur des terres à la recherche de caribou et de poissons anadromes. Ce groupe culturel est connu pour ses outils de pierre taillée comme les grattoirs, les pointes de projectile, les outils pour le travail de l'os, les lames et les gouges. Le Denbighien est très proche culturellement des trois autres entités nommées les Paléoesquimaux anciens précédemment décrits. Les origines exactes de cette culture ne sont pas très bien connues. La technologie microlithique a sûrement pris racine dans la tradition paléolithique de l'Alaska et plus sûrement dans la culture paléosibérienne. Toutefois, les Denbighiens sont les ancêtres de toute une série de cultures alaskaines : Baleinières anciennes, Choris et Norton. Paléoesquimaux moyens. Le terme est utilisé comme expression générique regroupant plusieurs cultures régionales s'étendant de l'île d'Ellesmere à Terre-Neuve et du delta du fleuve Mackenzie jusqu'au Groenland. Ce sont les Paléoesquimaux moyens qui ont envahi l'Arctique, une fois de plus. Une différence majeure entre les Paléoesquimaux anciens et moyens a été l'abandon des territoires de l'intérieur des terres de l'Alaska et du Kivalliq. Ils délaissèrent la chasse au caribou et intensifièrent la chasse aux mammifères marins sur la banquise. Le refroidissement climatique de l'époque a sûrement eu un effet négatif sur les populations de caribou. Le plus grand impact que le refroidissement du climat a eu sur les gens s'est surtout manifesté par la manière avec laquelle il a influencé les conditions de banquise et les plans d'eau libre de glace que sont les polynies. Les abris des Paléoesquimaux moyens vont de la tente de peaux à des structures rectangulaires semi-souterraines avec foyer central. Les groupes familiaux étaient sûrement petits et très mobiles, vraisemblablement organisés en bandes locales, qui à leur tour, étaient apparentées par le sang avec les bandes voisines. Les outils en pierre ont une taille typiquement minuscule et ils étaient façonnés avec un soin méticuleux. On compte une grande variété de burins, la plupart comportant un tranchant poli. Ces derniers semblent avoir servi à une grande variété de fonctions : couper, creuser, graver et, comme ils étaient toujours façonnés de pierre très dure comme le chert(?) et la néphrite, ils étaient idéalement appropriés pour la fabrication d'instruments en ivoire, en andouiller et en os. Les microlames peuvent ne pas être présentes ou abondantes dans les sites du Paléoesquimau moyen. Dans les endroits comportant des conditions favorables à la conservation du bois, des micro-lames ont été trouvées insérées dans des manches. Leur fonction principale aurait été de servir de couteaux pour trancher la viande ou tailler les peaux pour les vêtements. On croit généralement que les pointes trouvées sur place ont pu servir sur des têtes de harpon plutôt que sur des flèches. Il y avait une grande variété de grattoirs, de couteaux et d'herminettes. Les instruments importants en os et en ivoire sont les aiguilles avec un chas creusé au lieu d'être perforé à la mèche et une variété de harpons à tête basculante. Des objets d'art en ivoire, en os, en bois et en stéatite sont présents en nombre croissant. Le chamanisme pratiqué par ces gens se reflète fortement dans la sculpture de l'ivoire de morse, de l'andouiller de caribou, de l'os, de la stéatite et du bois. Culture de l'Indépendance. Les terres dénudées du Nord du Groenland et du Haut-Arctique canadien avaient été abandonnées par le groupe d'Indépendance I vers 1700 Ce n'est que plus tard, vers 1000 , qu'une deuxième culture que l'on nommera Indépendance II arrive dans ces régions. Sur la Terre de Peary, le bœuf musqué était le principal mammifère terrestre disponible, le caribou en était totalement absent. Il ne faut pas oublier que cette région très nordique est un rude désert de pierres. Dans les lacs de l'intérieur, des ombles chevaliers pouvaient être capturés et de nombreux oiseaux migrateurs visitaient la région durant la belle saison. Sur la côte du fjord Indépendance, on pouvait trouver quelques ours polaires, des morses, des phoques annelés et parfois des narvals. Les habitations des Indépendanciens II sont principalement des tentes de peaux. Il n'y a pas de structures solides et aucune lampe en stéatite pour le chauffage et l'éclairage n'a été trouvé. L'espace à l'intérieur des tentes est conçu pour quatre à six personnes et une tendance indique qu'un rassemblement de quatre à six tentes formait un clan. On peut affirmer que vingt à quarante personnes voyageaient et chassaient ensemble. Considérant la pauvreté en ressources de la région, il ne semble pas y avoir eu beaucoup de commerces ou d'échanges. D'après la disposition en chapelet des campements sur les plages et la forme des habitations, il y a de grandes similitudes entre Indépendance I et II. C'est dans les pointes de harpon et autres outillages lithiques qu'on remarque une différence notable. Ces objets de pierre taillée ressemblent plutôt à ceux des Prédorsétiens des îles Cornwallis, Bathurst, Devon et Ellesmere qu'à ceux d'Indépendance I de la Terre de Peary. En résumé, on peut facilement penser qu'il y a eu une double influence (Prédorsétien et Indépendance I) dans la culture des gens d'Indépendance II. Culture dorsétienne. Le monde des Dorsétiens s'étendait à l'ouest de l'île Banks jusqu'à Ammassalik (Groenland) à l'est et du district de Thulé (Groenland) au nord à Saint-Pierre-et-Miquelon au sud. Des sites d'occupations ont été découverts autour de la baie d'Hudson, au Labrador et à Terre-Neuve. La culture dorsétienne avait atteint son apogée entre 500 et 1000 , au moment où elle occupait la plupart des régions nordiques et que son art unique avait acquis un très haut niveau de développement artistique. Les Dorsétiens ont disparu de l'île de Terre-Neuve entre 500 et 1000 , dans le Haut-Arctique, c'est vers l'an 1000 tandis que dans l'Arctique québécois, on a retrouvé des sites datés jusqu'à 1400 C'est Diamond Jenness, un ethnologue des Musées nationaux du Canada qui identifia certains s en provenance de Kinngait (Nunavut) comme étant différents des objets thuléens. Il donna donc le nom de Dorset à cette nouvelle culture encore inconnue à cette époque (1924). L'étude des sites dorsétiens démontre, sans l'ombre d'un doute, que ces derniers étaient beaucoup mieux adaptés à leur environnement que leurs ancêtres Prédorsétiens. Ils passaient le printemps et l'été à chasser les morses qui s'aventurent sur la grève, à harponner le phoque depuis la banquette côtière ou sur l'eau, à l'aide de kayaks. Plus tard, ils se rassemblaient en groupes dans les endroits où l'on trouvait en grand nombre l'omble chevalier et le caribou dans leurs migrations annuelles. Ensuite, ils devaient passer l'automne dans des maisons semi-souterraines en attendant que la glace se forme. Certaines familles demeuraient dans ces maisons de terre pour le reste de l'hiver, mais la plupart des Dorsétiens se rassemblaient dans des villages d'igloos sur la banquise où ils chassaient le phoque près des trous de respiration. Entre 1000 et 500 , de nouveaux types d'habitations voient le jour, l'usage des microlames se répand, les couteaux et les pointes d'armes en silex possèdent des encoches latérales pour fixer un manche, de plus, les bols et lampes en stéatite font leur apparition. Les couteaux à neige et les dessous de patins de traîneau en ivoire indique qu'une nouvelle technique de chasse sur la banquise devient plus commune. Pour ce qui est des habitations semi-souterraines qu'ils construisaient, elles s'enfonçaient de plusieurs centimètres dans le sol. De forme rectangulaire, elles étaient parfois assez grandes pour loger jusqu'à quatre petites familles. Une aire de travail au centre, bordée de deux banquettes de couchage, était la disposition intérieure usuelle. Les murs et le toit étaient supportés par une charpente de bois de flottage, de côtes de baleine et d'andouiller de caribou recouverts de peaux usagées, de mottes de tourbe, de terre et de pierre. Quant aux tentes d'été, elles auraient eu également une forme rectangulaire et l'aménagement intérieur était très semblable aux maisons de terre. Contrairement aux Prédorsétiens, les populations de la culture dorsétienne construisaient des méga-structures (maisons longues) pouvant abriter de vingt-cinq à deux cents personnes pendant certaines périodes de l'année, principalement l'été et l'automne. Ces rassemblements servaient sûrement à créer une identité commune aux divers groupes qui vivaient habituellement séparés. Il semble que la principale matière d'échanges étaient certaines pierres qui servaient à la fabrication de l'outillage. Il faut savoir que toutes les régions du Nord ne sont pas pourvues uniformément en matériel lithique et minéral. À titre d'exemple, la côte nord-ouest du Groenland possédait du fer météorique et du fer tellurique tandis que la région de Coppermine, du cuivre natif. Parmi les diverses hypothèses de l'extinction des Dorsétiens, on peut citer la famine causée par le réchauffement climatique du , le meurtre par les nouveaux arrivants que sont les Thuléens ou bien, la possibilité d'une assimilation totale avec ces derniers, puis finalement, l'arrivée des Norrois, avec leurs lots de microbes européens. C'était la fin des Tuniits, nom donné aux Dorsétiens par les Thuléens qui les ont remplacés. Cultures inuites d'Alaska. Pendant que les Paléoesquimaux développaient leur culture dans le Canada arctique et au Groenland, une évolution fort différente se poursuivait en Alaska dans la région du détroit de Béring. De son côté, les îles Aléoutiennes ont connu un développement graduel qui a débouché sur la culture des Aléoutes d'aujourd'hui. La côte pacifique de l'Alaska, quant à elle, a connu une évolution technologique basée sur l'ardoise polie qui a pu être à l'origine des cultures esquimaudes de cette région. Les côtes nord et ouest étaient occupées par des gens de la Tradition des outils microlithiques de l'Arctique, la même culture que ceux de l'Arctique canadien. Vers 1000 , il y a un arrêt de plusieurs siècles dans l'activité humaine en Alaska. Après cette pause, apparaît une série de groupes comme les cultures Baleinières anciennes, Choris et Norton qui sont un complexe mélange de microlithisme de l'Arctique, de culture de la côte du Pacifique et de groupes du Néolithique de la Sibérie orientale de la même époque. Cultures baleinières anciennes. Nous savons très peu de choses sur les cultures baleinières anciennes. En fait, il n'y a qu'un seul village de cinq maisons qui a été découvert au cap Krusenstern, au nord du détroit de Béring. Il y avait des os de phoque dans les maisons et des os de baleine étendus sur les plages environnantes. On peut considérer cette culture comme une tentative éphémère de mixité, des Aléoutes peut-être, des Inuits ou des Amérindiens. Culture de Choris. Les gens de la culture de Choris vivaient dans de grandes maisons semi-souterraines ovales et chassaient le phoque et le caribou. Ils fabriquaient aussi des outils de pierre taillée qui rappellent passablement ceux de la Tradition microlithique de l'Arctique. Comme pour les cultures baleinières anciennes, l'origine des gens de Choris reste nébuleuse pour l'instant. Ces petits groupes de chasseurs étaient peut-être des Esquimaux du Sud de l'Alaska, ou des Aléoutes qui migrèrent vers le nord, ou des Amérindiens qui avaient adopté des coutumes esquimaudes, voire des immigrants sibériens. Culture de Norton. Encore ici, on sent un curieux mélange de Tradition des outils microlithiques de l'Arctique et de cultures néolithiques sibériennes. Comme il est possible de suivre les traces de la culture de Norton jusqu'à aujourd'hui, il est certain que les Nortoniens étaient des Esquimaux. En réalité, ce sont les ancêtres des Inuits historiques et modernes de l'Alaska, du Canada et du Groenland. Culture béringienne ancienne. Le développement le plus connu de la culture de Norton est la culture béringienne ancienne qui est apparue sur la côte orientale de la péninsule de Tchouktka (Sibérie) et sur l'île Saint-Laurent (Alaska). L'invention majeure de cette culture fut le harpon à flotteur. Grâce à ce dernier, les populations de la culture béringienne ont pu chasser de plus gros mammifères marins à bord de leurs embarcations ("kayak" et "oumiak"). Le flotteur ("avataq"), fait d'une peau de phoque gonflée, permettait d'épuiser l'animal et l'empêchait de couler, une fois mort. Le phoque et le morse semblent avoir été la nourriture principale de ces Esquimaux. À noter que l'ivoire de morse constituait la matière de base d'une grande partie de leur technologie. Ils en fabriquaient des lunettes à neige, des crampons à glace, des imitations de nageoires de phoque pour attirer l'animal, des arcs, des pointes de flèche et l'important bouchon du flotteur. Dès cette époque, de nouveaux villages permanents voient le jour le long des côtes de la mer de Béring. Ils sont constitués de maisons semi-souterraines recouvertes de peaux et de plaques de gazon. Elles étaient munies d'un porche coupe-froid et étaient chauffées par des lampes à huile en poterie. Ils cuisinaient également dans des marmites de céramique. En résumé, ces gens disposaient d'une technologie assez développée pour leur assurer une relative abondance alimentaire et un certain confort dans leurs maisons très bien isolées et chauffées. Culture de Punuk. La grande majorité des outils en pierre taillée avait été remplacé par de l'ardoise polie. La principale innovation technique de la culture de Punuk est la grande tête de harpon pour la chasse à la baleine. La carcasse d'une baleine boréale pouvait fournir à une communauté tout entière plusieurs tonnes de viande et de graisse. Dès ce moment, il y eut un important accroissement démographique dans la partie septentrionale de l'Alaska. C'est la culture béringienne ancienne qui donna naissance à la culture de Punuk. Ces derniers ont perpétué la tradition et l'ont même améliorée aux contacts des peuples de la Sibérie de l'Âge du fer. Ces grands chasseurs de baleine sont les ancêtres immédiats de tous les Inuits de l'Arctique canadien et du Groenland. Culture thuléenne (1000 à 1600). Vers 1000 apr. J.-C., des chasseurs de baleine (Punuk) du Nord de l'Alaska se déplacent vers l'est. Ils voyagent probablement en "oumiak" (grand bateau fait de peaux cousues) et atteignent le Groenland par le Haut-Arctique en très peu de temps. On considère les Thuléens comme étant les représentants de la troisième et dernière vague de migrations de populations de l'Arctique canadien et du Groenland. Ces importants déplacements sont très possiblement liés au réchauffement climatique (réchauffement médiéval) qui affecta tout l'Arctique à cette époque. En poursuivant la baleine boréale, en plus du Groenland, les Thuléens se sont répandus dans l'ensemble de l'archipel arctique et autour de la baie d'Hudson. Cette culture porte ce nom parce que c'est sur la côte nord-ouest du Groenland, près de la communauté de Thulé que l'on a identifié pour la première fois de vieilles maisons de type thuléen. Comme énoncé précédemment, la baleine boréale de l'Alaska (Ouest) et celle du Groenland (Est) étaient la ressource principale de ces populations. Cependant, elles utilisaient également le phoque, le caribou ainsi que le poisson comme ressources alimentaires. Dans la région d'Igloulik, ils firent aussi la découverte de nombreux troupeaux de morses. En réalité, ces grands chasseurs de baleine sont devenus, au cours de leurs migrations vers l'est, des chasseurs polyvalents. Malgré tout, la baleine demeurait la principale source de nourriture et de combustible. Ces grands mammifères marins permirent aux Thuléens de mener une vie passablement sédentaire de sorte que les populations ont rapidement augmenté. De plus, pour des raisons diverses, une scission pouvait survenir dans un groupe et un nouveau campement apparaissait en quelques jours seulement. C'est ce qui expliquerait la rapide extension de leurs territoires d'occupation. Pour se nourrir et se vêtir, les Thuléens chassaient aussi des animaux terrestres comme le caribou et le bœuf musqué. Quant à lui, le poisson était pêché au trident (karkivak). Les prises étaient dépecées à l'aide d'un couteau d'ardoise, en forme de demi-lune, que l'on appelle . En plus de la viande et de la graisse, les baleines fournissaient aux Thuléens leurs os comme matériau de construction. Pour construire des habitations de terre semblables à celles de l'Alaska, les Thuléens devaient utiliser les os, principalement les côtes et maxillaires de baleine, comme armature pour le toit. L'ensemble était recouvert de peaux et d'une épaisse couche de tourbe et de terre. Ces maisons d'hiver semi-permanentes, très bien isolées et chauffées, devaient être passablement confortables. La nourriture et le combustible pour les lampes venaient des caches environnantes, recouvertes de lourdes pierres pour protéger son contenu des chiens, des loups, des renards et des ours. Pendant l'été, tout le groupe emménageait dans des tentes de peaux. De plus, ces gens construisaient un autre type d'habitation hivernale complètement inconnu en Alaska : l'igloo. Ils auraient inventé cette technologie mais auraient emprunté aux Dorsétiens l'utilisation de la stéatite dans la fabrication des lampes à huile. Ils ont également perfectionné l'usage et la construction des traîneaux. Des harnais pour chiens apparaissent dans les sites thuléens du Canada à cette époque. Les villages des premiers Thuléens comptaient seulement quelques maisons d'hiver et moins d'une cinquantaine d'occupants. Cette organisation de la société thuléenne devait se regrouper autour d'un vieil homme qui possédait le savoir et l'expérience. Le reste du groupe comprenait les fils du vieil homme et leurs familles, les familles d'autres parents masculins et parfois, les familles de ses filles. En résumé, on peut aujourd'hui affirmer que l'économie des Thuléens était basée sur la chasse aux mammifères marins comme la baleine et le phoque. Certains éléments de technologie issus de la culture dorsétienne laissent penser qu'il y a eu certains contacts entre ces deux groupes. En revanche, plusieurs légendes inuites racontent qu'il y a eu combat avec les Tuniits (Dorsétiens) et qu'ils ont été chassés des meilleurs territoires de chasse. C'est dans le Québec arctique que sont retrouvés les sites dorsétiens les plus récents (1400 ) et c'est cette même région qui connut l'arrivée la plus tardive des groupes de Thuléens. Après plusieurs fouilles de sites thuléens, il est prouvé qu'au Groenland, ces populations faisaient commerce avec les populations résidentes en provenance des pays nordiques et qu'au Labrador, des échanges se faisaient avec les baleiniers basques, écossais et américains ainsi qu'avec les missionnaires. L'archéologie confirme que les Thuléens sont les derniers arrivants de l'Arctique canadien et du Groenland et que leurs ancêtres, il y a deux ou trois mille ans, vivaient sur les côtes de l'Alaska et de la Sibérie. Les Thuléens sont considérés, sans l'ombre d'un doute, comme étant des Inuits. Il est presque certain que ces gens parlaient l'inuktitut, un dialecte esquimau très semblable à celui utilisé encore aujourd'hui par les autochtones du Grand Nord. Cependant, il semble que les us et coutumes thuléens d'origine semblent avoir été plus riches, plus sophistiqués et plus uniformes que les cultures inuites subséquentes. Changements climatiques et culturels. Le petit âge glaciaire (1600 à 1850) a forcé les Thuléens à se diviser en de multiples cultures locales s'adaptant au nouvel environnement des différentes régions arctiques. L'occupation du Labrador par les Inuits remonte au . Dès cette époque, ils rencontrèrent des chasseurs amérindiens et des pêcheurs européens qui exploitaient déjà la partie méridionale de cette côte. En 1770, lorsque les Moraves arrivèrent au Labrador, ces derniers relatent que les Inuits locaux chassaient encore la baleine. Les mauvaises conditions climatiques se faisaient possiblement moins sentir dans cette région relativement plus au sud que les autres régions nordiques. Quant à eux, les gens qui habitaient le Sud et l'Est de l'île de Baffin ont continué à vivre la culture thuléenne jusqu'à l'arrivée des baleiniers américains et écossais au cours du . Toutefois, il est bon de signaler que les Inuits du Sud de Baffin comme ceux du Labrador et du Québec ont quitté leurs maisons individuelles pour de grandes maisons multifamiliales. Plus on s'approche de l'Arctique central, plus on découvre des groupes culturels différents de leurs ancêtres thuléens. C'est au cours de la petite période glaciaire que les Inuits d'Igloolik (Igloolik veut dire : là où il y a des maisons) quittèrent leurs maisons de terre permanentes pour s'installer sur la banquise dans des villages d'igloos. L'été, ils retournaient sur la côte pour chasser les mammifères marins à l'aide de kayaks et à l'intérieur des terres pour la chasse au caribou ou pour pratiquer la pêche à l'omble chevalier. Quant aux Barren Grounds, à l'ouest de la baie d'Hudson, ces territoires étaient occupés par des Inuits qui subsistaient grâce au caribou et au poisson. En résumé, ils accaparèrent les terres abandonnées par les Tchipewyans à la suite d'une épidémie en 1780. Avant cette date, les Inuits du caribou d'aujourd'hui étaient de culture maritime comme celle des Thuléens d'autrefois. Entre 1200 et 1500, les Thuléens arrivent dans la région de la baie Pelly et des golfes Dolphin et Union. Vu l'absence de grands mammifères marins dans cette région, ils n'ont d'autres choix que de s'adapter à la chasse aux phoques sur la banquise. Pour les Inuits du cuivre (Kugluktuk), ils continuèrent de passer l'hiver dans des habitations de pierre, de terre et de bois flotté semblables à celles de leurs ancêtres. En résumé, la technologie des Inuits de l'Arctique central semble simpliste, rustique et adaptée à une nouvelle vie de nomade. Pour ce qui est de la mer de Beaufort et du fleuve Mackenzie, les gens de l'endroit avaient un mode de vie semblable aux gens du Nord de l'Alaska. L'hiver, ils s'abritaient dans de grandes maisons de bois flotté, ils se servaient de lampes à huile, portaient des labrets aux lèvres et aux joues et se déplaçaient en "oumiak". Dans ce coin de l'Arctique de l'Ouest, les changements environnementaux et culturels ont été moins perceptibles qu'ailleurs. Pour terminer, le Haut-Arctique avait été abandonné durant le refroidissement. Les groupes de la région ont dû mourir de faim ou sont partis rejoindre leurs parents sur la côte nord-ouest du Groenland. Il est certain que les Inuits d'aujourd'hui ont hérité du patrimoine génétique et culturel des Thuléens. Les premiers explorateurs de l'Arctique décrivent que les Inuits rencontrés n'étaient pas de culture maritime mais plutôt une multitude de groupes culturellement différents d'une région à l'autre. La véritable culture thuléenne avait disparu. Il semble que toutes ces mutations ont été provoquées par d'importants changements environnementaux lors de la petite période glaciaire. L'isolation pendant plus de trois mille ans, combinée à un environnement des plus extrêmes a produit une culture humaine unique. Arrivée des Européens. À partir du , les armes à feu bouleversent les pratiques de chasse. Les missionnaires tentent de convertir les Inuits au catholicisme ou au protestantisme tout en cherchant souvent à les sédentariser. Avec d'autres peuples premiers, les Inuits et populations du Nord de l'Europe cherchent à retrouver une certaine autonomie, au Canada, en partie accordée. Mais l'introduction de l'alcool, des maladies microbiennes jusqu'alors inconnues sous ces latitudes et de la radio, l'accès au commerce global, de la télévision et du motoneige sont après quelques décennies, causes de bouleversements sociaux, culturels et du mode de vie. Statut des Inuits au Canada et au Québec. Au début des années 1920, le problème sur le statut des Inuits refait surface lorsque O. S. Finnie, le directeur du département de l'Intérieur des Territoires du Nord-Ouest et du Yukon annonce que des obligations sont liées aux droits territoriaux et que le gouvernement canadien ne devrait pas transférer ces responsabilités en éducation et en soins de santé aux commerçants et aux missionnaires. Finnie avait auparavant été choqué par les propos que l'explorateur danois Knud Rasmussen avait tenus au retour de son expédition de 1921 - 1923 sur la côte occidentale de la baie d'Hudson. Il avait déploré les misérables conditions de vie des Esquimaux de cette région. À la suite de ce constat, Finnie demande alors que cette responsabilité soit transférée au département des Affaires indiennes en proposant un amendement à la loi sur les Indiens pour pouvoir y inclure les Esquimaux. Cet amendement, très controversé à l'époque, a été l'objet d'intenses débats à la Chambre des Communes au point où Finnie dut prendre sa retraite prématurément. Arthur Meighen, un député de l'opposition conservatrice en 1924, déclare à la Chambre que la meilleure attitude que le gouvernement pourrait avoir face aux Esquimaux . Après de nombreuses discussions, le gouvernement libéral de l'époque, en accord pour une fois avec l'opposition, annonce que la loi sur les Indiens n'est pas applicable aux Inuits. "Laisser les Esquimaux seuls" était le slogan à la mode dans les années 1920 et 1930, mais dans la réalité, l'Arctique était envahi par les commerçants de fourrures, les missionnaires, les baleiniers, les prospecteurs et autres. On venait de découvrir d'importants gisements pétroliers dans la région de Norman Wells, dans l'Arctique de l'Ouest. L'attention était focalisée sur le développement économique, sans assumer les responsabilités et les conséquences qui en découlent. À cette époque, la Compagnie de la Baie d'Hudson, la comme la surnommaient certains Inuits, avait instauré depuis un certain temps tout un système de crédit avec les autochtones. Cette façon de faire leur assurait la dépendance et un certain monopole auprès des trappeurs indiens et inuits. Devant la menace de ce transfert de responsabilités, la compagnie refusa sur le champ et déclara qu'assumer les besoins de base chez les Inuits est une obligation du gouvernement canadien. Lorsque l'administration des affaires inuits a été transférée des affaires indiennes au bureau du commissaire des Territoires du Nord-Ouest en 1927, la question du statut juridique des Inuits du Québec avait refait surface. Le commissaire écrivit alors immédiatement un mémo indiquant que les Inuits du Québec et du Manitoba ne sont pas sous son autorité. Le département des Affaires indiennes n'eut d'autre choix que d'accepter de couvrir les frais de ce groupe d'Inuits, mais seulement pour l'année 1928-29. Il transféra cette responsabilité aux provinces concernées. Le gouvernement du Québec accepte alors que les Esquimaux qui vivent sur son territoire soient perçus comme des citoyens du Québec à part entière et insiste sur le fait qu'il assumera sa part de responsabilité face aux besoins de ces derniers, mais qu'il ne veut pas payer pour les dépenses antérieures faites par le département de l'Intérieur. Mais le fédéral continue à vouloir donner ses services aux Inuits du Québec et à envoyer la facture à la province. Selon Rowat du département de l'Intérieur, l'aide devrait être distribuée par les missionnaires, les commerçants et la Gendarmerie royale. Ces dépenses seront assumées par le fédéral, puis la facture renvoyée aux autorités provinciales pour qu'elles puissent payer leur part. Le gouvernement fédéral croit qu'il est plus habile à s'occuper des affaires esquimaudes. En 1931, en pleine Grande Dépression, le gouvernement fédéral veut que le Québec assume sa pleine responsabilité sur les Inuits de la province. Québec refuse sur le champ, il a aussi des problèmes financiers. Ce dernier envoie alors une lettre au gouvernement du Canada lui demandant comment il en arrive à décider que les Inuits du Québec n'auraient que le statut de citoyens du Québec. La réponse ne se fit pas attendre. Rowat, du département de l'Intérieur, écrit que les Inuits ne sont pas classés avec les Indiens définis à l'Acte de l'Amérique du Nord britannique et que la loi sur les Indiens ne s'applique pas aux Esquimaux. Ils sont des citoyens comme n'importe quels citoyens canadiens, sans statut particulier. . Le Québec réplique aussitôt que l'article 91 de l'Acte de l'Amérique du Nord britannique inclut tous les aborigènes du Canada. Rowat réplique alors que le département de la Justice n'interprète pas le terme "indien" comme le fait le Québec. Il annonce dans la même lettre que le bateau de la Compagnie de la baie d'Hudson sera bientôt à Wakeham Bay (aujourd'hui appelé Kangiqsujuaq) qu'il transporte les représentants officiels du gouvernement fédéral et c'est le dernier endroit où l'on pourra communiquer avec eux. Il veut connaître immédiatement la position du Québec face aux Inuits résidant dans la province. Et cette réponse arriva : . Les positions devenaient irréconciliables. Le fédéral continuait à chaque année de réclamer au provincial, le remboursement des dépenses encourues pour les Inuits du Québec. Encore en 1933, le gouvernement fédéral envoie une autre lettre au Québec lui signifiant qu'il n'accepte aucune responsabilité sur les Esquimaux du Québec. Le Québec paie alors le compte de 1930–31 à la Compagnie de la baie d'Hudson et annonce du même coup que c'est son dernier paiement. La compagnie répond avec empressement qu'elle ne peut prendre aucune responsabilité des aides apportées aux Inuits du Québec, mais que d'un autre côté, il ne faut pas que des êtres humains meurent de faim parce qu'il y a divergence de vue entre les deux gouvernements. Pris entre l'arbre et l'écorce, la Compagnie de la baie d'Hudson demande des garanties pour continuer le ravitaillement des postes sur la rive occidentale de la baie d'Hudson. Taschereau, le premier ministre du Québec de l'époque, répond à la compagnie que le gouvernement du Québec prendra bientôt les actions nécessaires, devant la Cour suprême du Canada, pour régler ce problème de juridiction. La Compagnie de la baie d'Hudson continuera alors à faire crédit aux Inuits du Québec pour les besoins de première nécessité comme la farine. Que ce soit le gouvernement fédéral, le gouvernement provincial, la Compagnie de baie d'Hudson, tous jouent au poker avec le bien-être des Inuits du Québec. Le 2 avril 1935, le drame se déplace alors en Cour suprême. Il faut que cette dernière réponde à la question posée par le Québec : . La réponse affirmative dans un jugement unanime de tous les juges arrivera le 5 avril 1939, et comme c'est le cas pour plusieurs décisions juridiques, cela apporta plus de problèmes que ça n'en régla. La première réaction du fédéral fut d'en appeler de ce jugement devant le Conseil privé de Londres. Des élections fédérales furent déclenchées, puis l'Allemagne envahit l'Europe, déclenchant la Seconde Guerre mondiale ; on fit en sorte que la cause ne soit jamais rendue jusqu'à Londres. Durant tout ce temps, la situation légale des Inuits du Québec ne s'était pas clarifiée pour autant. Les administrateurs fédéraux séparaient la juridiction d'un côté et la responsabilité de l'autre. Il ne fallait surtout pas que les Inuits obtiennent un statut particulier comme les Indiens. Ce sont des citoyens libres et responsables. On s'occupe d'eux mais sans privilège particulier. De toute façon, que ce soit pour les Inuits ou pour les Indiens, le but était le même : l'assimilation, dans les plus brefs délais, à la culture dominante. Si jamais les administrateurs fédéraux pour l'Arctique avaient eu à écrire une loi sur les Esquimaux, voici l'esprit qui les animait à cette époque : . Et ironiquement, c'est cette façon de penser qui a servi au gouvernement du Québec dans les années 1960 lorsqu'il a changé sa position pour ce qui avait trait à sa responsabilité face aux Inuits de la province. Tout à coup, le Nord-du-Québec et ses habitants devenaient intéressants pour le gouvernement provincial. C'était René Lévesque, député libéral à l'époque, qui était chargé des affaires du Nord pour le Québec. Il ne faut pas oublier qu'il était aussi le ministre des ressources naturelles et qu'il est le père de la nationalisation de l'électricité. Les élus provinciaux de l'époque découvraient les énormes potentiels de développement hydroélectrique à la baie James et dans le Nord québécois. Les intérêts économiques dépassaient une fois de plus les intérêts philanthropiques. Après toutes ces années de dispute, le gouvernement fédéral a accueilli très favorablement ce transfert de responsabilité vers la province. Le premier ministre Pearson expliqua que la politique gouvernementale, après une période transitoire, était d'intégrer les Autochtones du Canada aux programmes fédéraux et provinciaux normaux pour tous les Canadiens. Ainsi, il sera plus facile pour les Canadiens d'accepter que les Autochtones soient égaux socialement parlant. C'est avec cette même philosophie que Trudeau arriva avec son Livre blanc de 1969 sur les Premières Nations. Comme vu précédemment, les Indiens l'ont refusé sur le champ et il a dû le mettre de côté. Mais les Inuits du Québec n'étaient pas du tout d'accord avec ce changement d'autorité. Certains résidents de la baie d'Hudson ont même menacé de déménager sur les îles Belcher. Les coopératives inuits du Québec ont passé à deux cheveux de se dissoudre et d'aller se reformer à Sanikiluaq. Mais les autorités québécoises leur ont assuré qu'elles assumeraient toutes leurs responsabilités de juridiction provinciale. Mais le Québec ne voulait plus que ces services soient assurés par des agents fédéraux. La Direction générale du Nouveau-Québec était alors fondée et pendant les dix ans qui ont suivi, tous les services ont été disponibles en double. Le pendule de la juridiction était donc revenu à la même place qu'au début des années 1920. En résumé, les Inuits du Canada ne sont toujours pas inclus dans la loi sur les Indiens, donc n'ont toujours pas de statut juridique particulier. Assimilation par la déculturation. Les réinstallations étaient considérées comme une solution à certains problèmes perçus par le gouvernement ou d'autres organismes. Dans certains cas, la réinstallation accompagnait d'autres changements touchant la vie des Autochtones, changements qui résultaient souvent eux-mêmes de politiques gouvernementales. L'analyse révèle que si les motifs utilisés pour justifier les réinstallations sont nombreux et difficiles à déterminer, on peut classer les réinstallations en deux grandes catégories : celles qui étaient d'ordre administratif et celles qui étaient liées au développement. Les réinstallations d'ordre administratif sont des déplacements de populations destinées à faciliter les opérations du gouvernement ou à répondre à des besoins qu'on percevait chez les Autochtones. Comme exemple, peuvent être cité : les Micmacs (Nouvelle-Écosse), les Inuits de Hebron (Labrador), les Dénés Sayisi (Manitoba) et certaines Premières Nations du Yukon. Pour remettre les autochtones en contact avec la nature pour favoriser l'autosuffisance et les éloigner des influences négatives des établissements non autochtones, il y a les Inuits de l'île de Baffin vers l'île Devon et les multiples déplacements des Inuits du Keewatin et au Québec. Le développement a souvent été utilisé pour justifier les déplacements, et ce partout dans le monde. Les réinstallations sont alors la conséquence de politiques nationales de développement dont le but avoué est principalement le bien des réinstallés ou encore l'implantation de projets industriels. Pour la récupération de terres à des fins agricoles, comme exemple : les Ojibwas (Ontario) et les Métis de Sainte-Madeleine (Manitoba). Pour la récupération de terres pour l'urbanisation, il y a les Songhees (Colombie-Britannique). Pour la construction de barrages hydroélectriques, par exemple les Cheslattas T'en (Colombie-Britannique), les Cris Chemawawin (Manitoba) et de Fort-George (Québec). Réinstallations d'ordre administratif. Dans les années 1950, tout comme les Micmacs de Nouvelle-Écosse, les Inuits de Hebron et de Nutak au Labrador ont vécu une centralisation forcée. Parce que les gouvernements n'avaient pas le choix de fournir des services à tous les Autochtones, même ceux des régions éloignées, les politiciens décidèrent de regrouper ces populations dans les petites communautés existantes du Sud du Labrador. Bien que l'économie de prédation leur fournissait depuis toujours, tout le nécessaire à une vie heureuse et communautaire, ces Inuits n'eurent d'autres choix que de tenter de s'adapter à la vie des collectivités du Sud. On a même séparé les familles en provenance d'un même village. Cinq familles de Hebron iraient à Nain, 10 à Hopedale et 43 à Makkovik. Cette façon désordonnée de faire les choses a été extrêmement douloureuse pour ces Hebronimiuts. Comme en Nouvelle-Écosse, lors des déménagements, la plupart des nouvelles maisons n'étaient pas encore construites dans les villages d'accueil. Plusieurs familles n'ont eu d'autres choix que de s'entasser dans des logements de piètre qualité. Comme pour toutes réinstallations, peut-être la chose la plus importante, les fonctionnaires n'ont pas tenu compte des liens qui unissent les Inuits au territoire. Paulus Nochasak a très bien résumé la situation : . La Commission royale sur le Labrador de 1974 a conclu que le programme de réinstallation dans le Nord avait été une opération futile et inconsidérée ayant causé injustices et souffrances aussi bien aux Inuits qu'aux résidents des collectivités d'accueil. Elle a conclu que les programmes gouvernementaux de réinstallation au Labrador avaient été considérés par le gouvernement comme une fin en soi et non comme un élément d'un processus de développement. D'autres erreurs fondamentales ont été commises du fait que l'on n'a pas pris en compte ou cherché à connaître les souhaits et les aspirations de tous ceux touchés par la réinstallation, et aussi du fait que la planification était d'une très grande médiocrité. C'est avec une idéologie d'intervention minimaliste auprès des populations inuites que les administrateurs du Nord entreprirent un vaste plan de colonisation des territoires vierges des îles Baffin et Devon. Diverses recherches ont toutefois révélé plus tard que des motifs de souveraineté du territoire arctique étaient aussi derrière cette décision d'aller de l'avant avec "le premier projet officiel de réinstallation des Esquimaux". En 1934, , femmes et enfants de Pangnirtung, Pond Inlet et Cape Dorset, avec 109 chiens, traîneaux, kayaks et bateaux furent déménagés sur l'île Devon (Dundas Harbour). Après deux années passées sur cette contrée déserte, les très mauvaises conditions climatiques et de glace ont finalement convaincu les Inuits de vouloir rentrer chez eux. La prétendue expérience destinée à éprouver la capacité des Inuits à s'adapter à cet endroit, s'est soldée par un échec total. Les gens de Pangnirtung furent rapatriés chez eux, en 1936. Par contre, ceux de Cape Dorset et de Pond Inlet ont appris avec stupeur qu'ils seraient plutôt déplacés à Arctic Bay où un poste de traite était sur le point d'ouvrir. Tout juste un an plus tard (1937), ces familles furent de nouveau déplacées à Fort Ross (île Somerset). Durant dix ans, en raison des problèmes chroniques d'approvisionnement par bateau à cet endroit, les Inuits vécurent presque exclusivement de thé, de biscuits de ration et de farine. On peut lire dans un rapport de 1943, que les réinstallés entretenaient toujours la "folle idée" de retourner à Cape Dorset. En 1947, on les transféra pour la quatrième fois, à Spence Bay (Taloyoak aujourd'hui) cette fois. On trouve encore aujourd'hui des descendants de ce petit groupe d'Inuits dans ce village. C'est probablement dans l'épisode de l'île Devon que s'illustre le plus clairement l'analogie qui consiste à déplacer des humains comme des pions sur l'échiquier de l'Arctique. En effet, un petit groupe d'Inuits a fait l'objet de transplantations successives dans quatre lieux différents, au gré des intérêts économiques changeants de la Compagnie de la Baie d'Hudson et avec pour toile de fond les intérêts géopolitiques de l'État. Malgré l'échec de ce premier plan de réinstallations, dans les années 1950, un administrateur du ministère des Affaires indiennes et du Nord rédige une longue note sur une nouvelle idée de déménagements des populations de l'Arctique. Pour cet auteur anonyme, la solution serait de les déplacer tous, dans deux ou trois villes du Sud du Canada. On pensa en effet, à l'implantation d'un village inuit à Hamilton (Ontario), un autre à Winnipeg (Manitoba) et un dernier près d'Edmonton (Alberta). Ce plan permettrait une meilleure gestion des besoins de ces gens au lieu de les laisser disséminés le long des de côtes de l'océan Arctique. "Quant à leur civilisation, il convient de s'y opposer implacablement, en raison du peu d'espoir de la voir évoluer". Voilà un bel exemple d'une certaine idéologie raciste qui régnait parmi les fonctionnaires et les politiciens de l'époque. Heureusement, cette idée que l'on peut qualifier d'ethnocentriste, n'a jamais été mise en application. Pendant que les fonctionnaires préparaient la relocalisation des Inuits vers le sud, les projets visant à multiplier les réinstallations dans l'Extrême-Arctique allaient bon train. Encore pour des raisons non avouées de souveraineté sur l'archipel arctique, le gouvernement du Canada préparait l'une des plus tragiques histoires des régions nordiques. Il fallait trouver une solution au "problème esquimau" de l'époque et ces déménagements devaient être présentés comme spectaculaires auprès de la population canadienne du Sud. Une fois de plus, il y avait eu promesse de jour meilleur de la part du gouvernement canadien auprès de ces migrants forcés. Le 25 juillet 1953. Trente-quatre personnes (sept familles) de Port Harrison (Inukjuak) embarquent sur le navire C. D. Howe en direction de l'île d'Ellesmere et Cornwallis dans le Haut-Arctique. Trois jours plus tard, trois familles (seize personnes) de Pond Inlet les rejoignent sur le pont d'acier du navire gouvernemental. Le lendemain, le C. D. Howe arrive à Craig Harbour (île Ellesmere) pour y débarquer cinq familles. Henry Larsen, un officier supérieur de la Gendarmerie royale du Canada, les a décrit comme suit : . Les autres, restés sur le bateau, sont transférés sur le brise-glace Iberville qui tentera vainement de rejoindre Alexandra Fiord un peu plus au nord. Après cette tentative avortée, le brise-glace revient à Craig Harbour pour y débarquer deux autres familles. Les dix-huit Inuits restants, seront amenés quelques jours plus tard à Resolute Bay. Sans avertissement aucun, des familles se trouvaient ainsi séparées. L'un des exilés dira plus tard : . Un an plus tard, ceux de Craig Harbour seront déménagés une seconde fois, à cent kilomètres plus à l'ouest, soit à Grise Fiord. Le caporal Glenn Sargent de la gendarmerie, un an après l'arrivée des Inuits à Craig Harbour informait ses supérieurs en écrivant : . Il écrivait aussi que les Inuits avaient beaucoup de succès à la chasse, en réalité, c'était exactement le contraire. À ces latitudes si nordiques, le gibier se fait rare. Dans la nuit polaire qui dure quatre mois, un chasseur avait même passé de longues heures à attendre un phoque au-dessus de son trou de respiration, mais en réalité, ce point noir n'était qu'une crotte de renard. Entre 1953 et 1960, la majorité des enfants de Resolute étaient devenu orphelins. Les parents étaient décédés de désespoir, de maladies et de conditions trop extrêmes. Un célèbre politicien de l'époque a même déclaré : . Ce n'est qu'à la fin des années 1990, que le gouvernement fédéral accepta de dédommager les familles qui furent déplacées. Cependant, il a toujours refusé de s'excuser et d'avouer les vraies raisons de ces réinstallations catastrophiques. Vulnérabilité sanitaire et environnementale. Ce constat de plombémie excessivement élevée a été confirmé au début des années 2000 côté Groenland. Pour mieux comprendre ce phénomène une étude récente (2005) a comparé le plomb contenu dans des échantillons de foie d'Inuits et de caucasiens danois décédés de diverses causes. À âge et sexe égal, les différences sont remarquables : les foies d'Inuits se sont montrés beaucoup plus chargés de plomb, et chez les hommes plus que chez les femmes (alors que les femmes accumulent plus de mercure). La différence Homme-Femme entre taux de plomb dans le foie était nette chez les Inuits, et à peine marquée chez les Danois. 81 1 % des échantillons danois étaient sous la limite de détection du plomb, alors que tous les foies d'Inuits étaient au-dessus. Dans les deux cas (Inuits et Danois, le plomb était d'autant plus présent dans le foie que la personne était âgée, ce qui montre une exposition chronique et bioaccumulative. La teneur médiane (percentile 5-95) était de de foie sec (4,83 à 74,80) chez les Inuits, et inférieure à de foie sec (moins de 0,05 à 29,44) chez les Danois. Toutes les Inuits avaient des teneurs en plomb du foie dessus de la limite de détection, alors que 60 Danois (81 %) avaient la teneur en plomb du foie en dessous de la limite de détection. Selon les auteurs de ces études, l'explication la plus plausible de cette plombémie est (comme pour les Inuits du Canada) la consommation d'oiseaux atteints de saturnisme aviaire à la suite de l'ingestion de grenaille de plomb, laquelle peut se poursuivre longtemps après l'interdiction du plomb, tant que la grenaille tombée au sol reste exposée aux oiseaux qui la recherchent comme gastrolithes, les oies et eiders par exemple. De manière générale, la chasse au fusil et la consommation traditionnelle d'animaux situés en haut de la chaîne alimentaire exposent les Inuits à des taux élevés de mercure et autres polluants bioaccumulables. Ainsi les taux de mercure (issu de la chair d'animaux arctiques consommés comme nourriture) et de cadmium (surtout attribuable au tabagisme) sont anormalement et excessivement élevés dans les échantillons sanguins de nombreux Inuits, avec toutefois une nette amélioration de la concentration sanguine moyenne de 1992 à 2004 (descendue à , soit une diminution de 32 % en douze ans), avec toutefois de fortes différences selon l'âge et selon la consommation de viande de mammifères marins (phoques, morses, cétacés…) qui constituent la première source de mercure chez les Inuits. Le mercure sanguin est statistiquement plus élevé chez les adultes de 45 à 74 par rapport aux jeunes, comme on l'a observé en 1992 et dans d'autres études. Le mercure n'étant pas (à la différence du plomb) connu pour s'accumuler dans les tissus humains, ces différences laissent penser que les jeunes adultes dans les années 2000 consomment beaucoup moins d'aliments traditionnels (mammifères marins, oies, canards…) que les plus âgés, ce que les enquêtes alimentaires confirment. D'ailleurs, les études montrent aussi que les résidents de la baie d'Hudson restent – en moyenne – plus contaminés par le mercure que ceux de la Baie d'Ungava où la nourriture est moins traditionnelle. On avait déjà démontré en 1992 que les taux de mercure étaient plus élevés chez les Inuits plus âgés consommant plus de phoque et de béluga (foie en particulier). Les enquêtes alimentaires montrent que la portion moyenne quotidienne de viande de mammifère marin est passée de en 1992 à en 2004 (-40 % en douze ans), et des aliments moins contaminés (omble chevalier par exemple) sont plus souvent mangés. Cependant la charge corporelle de mercure ( en moyenne) est encore près de quatorze fois plus élevée au Nunavik que dans la population générale québécoise () et elle est plus du double de celle observés chez les "Cris" d'Oujé-Bougoumou (, moyenne calculée pour ) et bien plus élevée que celle des Nemaska (, moyenne calculée pour ) au Québec, sans toutefois atteindre les taux très élevés mesurés chez les grands consommateurs de poisson de luxe (marlin, espadon…) de San Francisco, ou des indiens amazoniens exposés au mercure de l'orpaillage. Les Inuits canadiens présentent en outre des taux de mercure moins élevés que celles du Groenland. les progrès fait depuis 1992 ( de mercure par litre de sang en 2004) ont permis qu'en moyenne et pour le mercure, le seuil de établi par Santé Canada pour la population générale adulte ne soit pas dépassé. Néanmoins, chez certaines personnes, des taux de mercure sanguin atteignant étaient encore relevés en 2004 (douze fois le seuil maximal recommandé au Québec), et 28 % de la population générale du Nunavik dépassaient en 2004 ce seuil, et ce sont 72 % des femmes en âge de procréer qui dépassaient le seuil fixé pour limiter les risques pour l'embryon ( au Canada). Chez les enfants exposés in utero, de bas taux de contamination peuvent avoir des effets psychomoteurs et sur le développement du cerveau. Des progrès spectaculaires ont aussi été constaté de 1992 à 2004 pour le plomb, avec une plombémie moyenne redescendue à (soit une diminution de 55 % en douze ans). Les plus âgés conservant toutefois des plombémies plus élevées. Le cadmium sanguin a également diminué durant la même période (-22 %) et les analyses sanguines montrent que l'origine de ce cadmium est en grande partie due au tabagisme (les données stratifiées selon l'usage du tabac montrent des moyennes variant de par litre de sang chez les Inuits n'ayant jamais fumé, à chez les fumeurs). L'autre source identifiée, mais de moindre importance est le foie et les reins du caribou, deux organes de détoxication connus chez d'autres espèces pour bioaccumuler le cadmium). Ces progrès sont attribués aux campagnes de sensibilisation sur l'alimentation, le passage aux cartouches sans plomb, mais les auteurs pointent le besoin de sensibiliser aux risques du tabagisme. Bien que partiellement protégée grâce à une nourriture riche en Omega, les Inuits restent plus vulnérables que la moyenne à ces contaminants environnementaux. Les énergies Tarquti. Tarquti est une entreprise québécoise spécialisée dans l’énergie renouvelable. Entreprise détenue à 100 % par les communautés inuites du Nunavik, dans le Nord-du-Québec. Elle développe des projets d’énergie renouvelable pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Contexte arctique. Les communautés inuites du Québec sont isolées du réseau électrique principal d’Hydro-Québec. Chaque communauté est son propre réseau autonome, historiquement alimenté entièrement au diesel, une énergie fossile à l’origine des changements climatiques. En développant de l’énergie renouvelable dont la propriété réside chez les communautés autochtones du Nunavik, Tarquti permet le développement durable de ces collectivités. Énergie renouvelable en milieu arctique. L’exemple de la Mine Raglan, où une éolienne développée par Tugliq est en fonction depuis 2015, montre que cette forme d’énergie est adaptée au milieu arctique car elle permet de produire par temps froid, malgré la neige, et la nuit, des moments où l’électricité est particulièrement en demande dans ces latitudes. Tarquti a annoncé en 2022 un partenariat avec Hydro-Québec pour le verdissement des réseaux autonomes de 12 des 14 communautés inuites du Nunavik, soit toutes sauf Kuujjuarapik-Whapmagootsui et Inukjuak, qui seront dotées, dès 2022, d’une installation hydroélectrique détenue en partie par la communauté. L’énergie solaire photovoltaïque est également étudiée en milieu arctique, comme dans d’autres communautés situées encore plus au nord, comme au Yukon. L’énergie renouvelable comme levier de développement durable. La transition énergétique vers l’énergie renouvelable pour les communautés du Nunavik crée des opportunités pour permettre aux peuples autochtones de développer des emplois et des entreprises qui ne seraient pas viables écologiquement ou économiquement si elles sont alimentées exclusivement à l’énergie fossile. Ainsi, des projets de serres en milieu arctique sont envisagées afin de d’améliorer l’offre alimentaire. Le savoir-faire inuit en énergie renouvelable pourra également offrir des alternatives moins polluantes aux sociétés minières, par exemple. D’ailleurs, afin de soutenir les efforts de décarbonation du Québec dans son ensemble, les initiatives inuites permettront de réduire encore les émissions de GES due à l’électricité, avec l’objectif de porter à 80 % l’approvisionnement des réseaux autonomes en énergie renouvelable d’ici 2030. Divers polluants organiques, tels qu'organophosphorés, HAP, PCB, dioxines, furanes… se concentrent dans la chaine alimentaire. Les Inuits qui consomment traditionnellement beaucoup de graisses animales y sont plus exposés que la moyenne, avec des troubles neurologiques possibles pour les enfants qui y ont été exposés in utero. Divers contaminants environnementaux (dont le mercure et le plomb, même à très faible dose) sont des causes suspectées ou avérées de TDAH () voire de retard mental et de diminution de la taille du cerveau. L'analyse du sang de cordon de 279 bébés inuits du Nunavik a confirmé de taux de mercure excessifs pour l’embryon et le fœtus dans cette région. Un suivi épidémiologique de ces enfants a montré chez eux un triplement du risque de TDAH (tels que définis aux États-Unis). Le mécanisme toxicologique serait une perturbation du système dopaminergique induite par le mercure. L’étude confirme aussi un risque similaire chez les enfants dont le sang (mais non le sang de cordon) est le plus concentré en plomb (lequel peut altérer le développement du cortex préfrontal impliqué dans le contrôle des émotions et de l’impulsivité). Les toxicologues précisent que les PCB (présents dans le sang de ces enfants ou dans le sang de cordon) ne semblent pas ici en cause (mais d’autres études laissent penser qu'ils sont aussi un facteur de risque de TDAH). Le taux de mercure sanguin du cordon dépasse souvent le seuil critique de 11,4 microgrammes (µg), seuil rarement dépassé au Canada ou aux États-Unis. Et pour le plomb, des effets de type TDAH sont observés dès de sang, soit très en dessous du seuil de retenu pour l’exposition in utero, ce qui . Vie et culture dans l'Arctique. Économie. Le mode de vie traditionnel des Inuits est adapté à des conditions climatiques extrêmes. Leur survie dépend principalement de la chasse et du trappage, ainsi que de la fabrication d'abris et de vêtements chauds. Comme l'agriculture est impossible dans les millions de kilomètres carrés de la toundra et les côtes glacée de l'Amérique du Nord et du Groenland, la chasse est au cœur de la culture et de l'histoire des Inuits. Avec des harpons, des arcs et des flèches, ils sont à même de saisir des animaux de toute taille. Dans les villages modernes établis depuis quelques dizaines d'années, la vie quotidienne continue à refléter une culture multimillénaire de la chasse qui leur a permis de peupler l'Arctique depuis cinq mille ans. Environ 80 % de la population inuite pratique encore la chasse et la pêche. La chasse leur fournit leur alimentation et joue un rôle important dans leur économie, surtout par la vente de la viande, de peaux et quelquefois de graisse. Depuis des siècles, les caribous jouent un rôle essentiel chez les Inuits, tant pour la nourriture que pour l'habillement : leur viande est centrale dans le régime alimentaire inuit et leur fourrure aux qualités isolantes exceptionnelles en fait un bien précieux lors des rudes hivers. Le commerce des fourrures, qui fournit l'essentiel des revenus, a beaucoup souffert quand, au début des années 1980, des campagnes de défense des animaux ont eu un impact marquant. De nos jours, les Inuits ont un quota à respecter. Ce n'est que tout récemment que les Inuits ont commencé à considérer la chasse comme un travail à temps partiel, beaucoup d'entre eux ayant maintenant un emploi salarié, notamment dans l'industrie minière, gazière ou encore pétrolière. Langues inuites. Les Inuits parlent des langues de la famille linguistique eskimo-aléoute. La langue inuite est essentiellement orale. De génération en génération les mythes, récits, chants et formules chamaniques étaient transmis oralement. La langue devient écrite au et au avec l'arrivée des missionnaires au Canada afin de faciliter son adhésion au christianisme. Elle est transcrite en caractères latins dans les Territoires du Nord-Ouest et au Labrador. Au Nunavut et au Nunavik, la transcription se fait en caractères syllabiques. Actuellement, les caractères latins étant majoritaires, un projet veut imposer un système unique pour l'ensemble des Inuits. Au Nunavut, l'inuktitut (la langue officielle) est transcrite en caractères syllabiques. Elle est aujourd'hui un symbole identitaire. C'est aussi la langue d'enseignement jusqu'à la troisième année scolaire du primaire. Au Nunavik, l'inuktitut n'est pas langue officielle mais il est toutefois reconnu dans l'administration. Il est enseigné jusqu'à la seconde année scolaire du primaire. Ensuite, les élèves choisissent une seconde langue d'enseignement. Mythologie inuite. La mythologie inuite connaît plusieurs similitudes avec certaines religions d'autres régions polaires. Des pratiques en matière religieuses traditionnelles des Inuits pourraient être très brièvement récapitulées comme une forme de chamanisme basée sur des principes animistes. La croyance en une « Terre-Mère spirituelle et nourricière » permet de parler d'une conception du monde holiste, où êtres humains et éléments naturels ne sont pas considérés comme des catégories de pensée distinctes. Il est difficile d'aborder leur histoire de manière explicite et structurée car le peuple Inuit a une tradition orale, et non écrite. Les mythes sont retranscrits de génération en génération, de bouche à oreilles, à travers des rites, des histoires mythifiées et des prescriptions. Art. L'inuksuk, un repère directionnel formé par un empilement artificiel de pierres (ou cairn), est devenu un des thèmes de l'art inuit, entre l'abstrait et le figuratif. L’inuksuk n’est pas la seule forme d’art pratiquée par le peuple Inuit. En effet, il est possible de déterminer cinq grandes périodes distinctes qui définissent les courants d’art inuit. La période pré-Dorset (2000 av. n. è. à 700 av. n. è.) : Les outils du quotidien comme les harpons, sont fabriqués avec une attention aux détails et à l’esthétisme. La période Dorset (700 av. n. è. à 1000) : Cette période est caractérisée par l’influence des croyances sur l’art. On y retrouve des masques miniatures en ivoire Tyara ainsi que des figurines. La période Thulé (1000 à la fin du XIXe siècle) : La femme devient une source d’inspiration pour les artistes qui fabriquent pour elles divers objets d’art (peigne, bijoux, etc.). La période historique (début du XIXe siècle au milieu du XXe siècle) : On voit l’apparition de jouets et de sculptures animalières. Les objets sont davantage mercantiles et perdent ainsi leur aspect mystique. La période contemporaine (milieu du XXe siècle à aujourd’hui) : Durant cette période, la sculpture et la gravure deviennent des formes d’arts importantes. Ces techniques amènent l’apparition d’artistes ayant un style unique comme par exemple Kenojuak Ashevak. Musique. La musique traditionnelle se caractérise par un chant récitatif à ambitus restreint (d'une sixte), une mélodie favorisant les tierces et une rythmique complexe. On y distingue une musique vocale "katajjaq" et une musique à danser, toujours accompagnées de tambours. Ces productions musicales sont liées au chamanisme (cérémonie pour la chasse ou le jeu) ou à des considérations pratiques (berceuses). Alimentation, cuisine. La cuisine inuite traditionnelle est surtout composée d'aliments crus d'origine animale, provenant de la pêche et de la chasse et préparés dans le milieu naturel. On peut cependant cuisiner du bouillon de renne, de l'intestin de Caribou ou de la viande d'ours polaire, phoque, baleine et, en fonction de ce qu'offre le milieu de vie (banquise, forêt). Sont aussi confectionnées des galettes (banniques) faites de farine, de levain et de graisse de phoque.. Des insectes peuvent enrichir le menu. L'alimentation traditionnelle crue tend à disparaitre dans la plupart des communautés, et elle contredit les recommandations alimentaires classiques autant que les systèmes alimentaires industriels modernes mais elle a fait ses preuves dans ce milieu. En particulier elle conférait une grande biodiversité au microbiote des inuits. <br>Une étude a récemment commencé à cartographier le microbiote d'une partie du gibier inuit (bœuf musqué, viande de caribou séchés, rumen et contenu intestinal du caribou, parasites larvaires des peaux de caribou...). Ce travail (qui a bénéficié des progrès de l'analyse de l'ADN environnemental) a montré que le froid et la dessiccation traditionnelles des viandes limitent efficacement la croissance microbienne sur les aliments conservés, et que le rumen de caribou est une source hautement diversifiée de microbes (biodégradant les lichens et les plantes notamment) et de sous produits d'origine microbienne, vitamines notamment. Il a ainsi été montré que le rumen de rennes norvégien contient jusqu'à /ml de n-butyrate (moyenne /ml pour 6 rumens analysés). La coprophagie de matières fécales issues d'herbivores, encore décrite par les ethnographes des années 1920 comme faisant partie du régime alimentaire traditionnel des Inuits au Groenland, pourrait avoir été une stratégie d'apports nutritifs et microbiens supplémentaire. Les Inuits ont donc consommé des microbes adaptés à la bonne digestion de biomasse végétale quand ils mangeaient le rumen (l'un des rares aliments à base de plantes du régime traditionnel au Groenland). Le rumen fermenté du caribou est une matière végétale prédigérée, riche source de fibres végétales, de « bons microbes », et de nutriments pour les Inuits. L'intestin de caribou est aussi riche en protéines, graisse et fer. L'alimentation des populations Nunamiut d'Alaska a longtemps dépendu (à 80% environ) qui reste un gibier estival très apprécié, source de viande séchée pour l'hiver au Groenland. Les larves de mouches Oestridae récoltées en tant que parasites des peaux de caribou étaient mangées lors du dépeçage du caribou. Divers parasites sont également ingérés, provenant de l'environnement naturel. Depuis la généralisation des armes à feu, un risque de saturnisme augmente (dû à l'ingestion de plomb directement ou indirectement (saturnisme animal) issu des munitions toxiques) Dans le monde. Alaska. Le 18 décembre 1971, les autochtones de l'Alaska saluaient le début d'une nouvelle ère. En effet, avec l'accord et la signature du président des États-Unis, les Inuits d'Alaska devenaient les heureux propriétaires de seize millions d'hectares et bénéficiaient d'une puissance économique considérable (le sous-sol étant rempli de richesses minières). Actuellement, la population des Inuits d'Alaska est d'environ , principalement Yupiks et Inupiaqs. En Alaska, les populations inuites se sont très vite adaptées au mode de vie des Américains vivant en Alaska, appelés . Canada. La population inuite du Canada est composée d'environ . Dans le Grand Nord canadien, des Inuits ont réussi à créer à Kinngait une communauté aussi originale que prospère : ils y vivent de l'art. Naguère nomades, aujourd'hui sédentarisés, hommes et femmes esquimaux témoignent ainsi de la vitalité de leur peuple à travers sculptures et dessins que des musées exposent désormais des deux côtés de l'océan Atlantique. Québec vers 1980. En 1980, les Inuits du Québec habitent presque tous au Nunavik. C’est le territoire couvrant le nord du Québec. Le Nunavik correspond au tiers de la superficie de la province et il compte plusieurs grands cours d'eau. La majorité des communautés sont situées près des rives de la baie d’Hudson, du détroit d’Hudson ou de la baie d’Ungava. on y trouve 14 villages inuits dans cette grande région. Kuujjuaq est l'un des plus grands villages. La population inuite est très jeune, 64 % des Inuits ont moins de en 1980. Chez les Inuits, ce sont les aînés qui sont responsables de transmettre la langue et la culture aux plus jeunes. Les personnes âgées représentent moins de 3% de la population en 1980, elles sont connues par leur sagesse. Les Inuits écrivent très peu, et ce sont les aînés qui gardent la tradition orale. ils transmettent les valeurs et les traditions inuites à travers les histoires et les légendes qu’ils racontent aux plus jeunes. Au Nunavik, la langue est l’inuktitut, ainsi que le français et l'anglais, mais l'inuktitut demeure la langue maternelle des Inuits qui forment la majorité de la population. Cette langue fait partie de la grande famille linguistique esquimaude- aléoute qui rassemble plus de 20 dialectes au Canada. Groenland. Le Groenland est le principal fief inuit, avec . La majeure partie de la population se trouve dans l'Ouest du Groenland. Les Inuits du Groenland sont les Inuits les plus connus, et les plus observés. Leur population est en croissance et leur niveau de vie augmente. Savoirs vernaculaires dans la géographie. Les Inuits sont, avant tout, une population nomade depuis le millénaire Les déplacements et l'occupation des différentes parties du territoire étaient liés aux variations saisonnières de la zone polaire (températures, luminosité, précipitations). De ces conditions météorologiques, dépend l'activité de chasse essentielle à l'alimentation des Inuits : au cours des périodes d'été, la distance parcourue peut être plus longue, au cours de la période sombre, les déplacements sont limités. Les Inuits circulent sur des dizaines de milliers de kilomètres, disposant de leur propre système toponymique ; on enregistre la traduction de 750 mots différents dont 713 ont pu être traduits en anglais puis en français à partir de l"'innuinnaqtun", langue des Inuits. Les Inuits parcourent un ensemble caractérisé par des couloirs de circulation fréquentés tout au long de l'année, en fonction des ressources disponibles. Durant chaque trajet, les Inuits évaluent les distances et mémorisent le trajet pour éviter de se perdre. Ils maîtrisent les différentes notions du paysage et les utilisent comme point de repère. Les noms de lieux sont essentiels aux Inuits et par cette opération, ils baptisent le terrain. Les toponymes assurent la pérennité et l'humanisation de l'espace, ils occupent alors une place prépondérante dans la relation entre les Inuits et le territoire. Ces toponymes sont liés aux éléments géographiques et décrivent des caractéristiques pouvant être à la fois physiques ou humaines. Cette charge est un symbole de la culture inuite, car ils séparent le monde nommé et ce qui ne l'est pas. On constate que le savoir géographique vernaculaire est de moins en moins mobilisé et difficilement transmissible, la sédentarisation remplace le mode de vie nomade et l'oubli de ces savoirs vernaculaires s'effectue de façon volontaire. La géographie vernaculaire est sur le point d'être effacée. Les relais de transmission que constituaient la langue inuite et cette culture ancestrale sont sur le point d'être abandonnés, provoquant une perte de repères pour la jeune génération inuite. L'école se calque sur le modèle occidental, elle joue un rôle moteur dans l'acquisition des connaissances, qui sont cependant limitées par le faible niveau de scolarisation. Ces derniers temps, on assiste à un regain d'intérêt pour le territoire ; cependant, il ne consiste qu'à un bref épisode de communion et non pas un retour à l'ancien mode de vie. Le lien avec le territoire est alors maintenu, mais c'est un lien très distendu. Hommage. Un inuksuk a été inauguré le 24 octobre 2002 sur la place de l'Assemblée nationale, à Québec, . L'œuvre d'art, de de hauteur a été réalisée en assemblant de grosses pierres en provenance des quatre coins du Nunavik.
Illatif En linguistique, l'illatif (abréviation ) est un cas grammatical exprimant le lieu vers l'intérieur duquel se produit un déplacement. Il existe en lituanien et dans les langues de la famille finno-ougrienne. L'illatif est un locatif, c'est-à-dire un cas qui exprime un lieu ou un mouvement "vers"non pour tous les locatifs un lieu.
Inuktitut L’inuktitut (en syllabaire inuktitut : , ), aussi appelé inuktitut de l'Est canadien, est une des principales langues inuites du Canada. Elle est parlée dans toutes les zones au nord de la limite des arbres, y compris dans des zones de Terre-Neuve-et-Labrador, du Québec, des Territoires du Nord-Ouest et au Nunavut. C’est une des langues écrites à l’aide du syllabaire autochtone canadien. Il s’agit d’un des quatre grands ensembles dialectaux des langues inuites, les trois autres ensembles étant l’inupiaq, parlé en Alaska, l’inuvialuktun, parlé dans le Nord-Ouest canadien, et le groenlandais, parlé au Groenland. En 2016, Statistique Canada recense , ce qui fait de l’inuktitut la deuxième langue autochtone la plus parlée du Canada. Dans le recensement de la population 2021, déclarent que l'inuktitut est leur langue maternelle. L’inuktitut est une des quatre langues officielles du Nunavut, où il est la principale langue maternelle. C’est aussi une des onze langues officielles des Territoires du Nord-Ouest. Phonologie. Voyelles. L'inuktitut a trois voyelles de base : , et , qui peuvent être courtes ou longues. Le système phonologique comprend donc six phonèmes vocaliques. Écriture. D’abord traditionnellement orale, cette langue a la particularité d’avoir été transcrite à partir du dans un système de notation syllabique, contrairement aux autres langues traditionnellement orales qui sont généralement transcrites en caractères latins. Des missionnaires venus d’Europe incitèrent les peuples de l’Arctique à adopter un système d’écriture afin de les initier au christianisme et à la Bible. Les Inuits de l’Arctique canadien utilisent soit l’alphabet latin () soit les caractères syllabiques (). Le premier système d’écriture utilisé parmi les Inuits utilisait l’alphabet latin, au Groenland, au cours des années 1760. Il s’agit d'une adaptation, dans les années 1880, de l’écriture mise au point pour le cri par le révérend Evans vers la fin des années 1830. Cette écriture n’est donc pas propre à l’inuktitut : elle note aussi d’autres langues amérindiennes, comme le naskapi, mais en revanche elle ne note pas tous les parlers eskimos ; en pratique, l’usage de ce syllabaire est limité à l’inuktitut. Le groenlandais, le dialecte le plus important avec près de et le plus solidement implanté, a adopté une orthographe normée en caractères latins. Les Yupiks et les Inupiat de l’Alaska et les Yupik de la Sibérie employaient également les caractères latins. Par contre, les Netsilik de Pelly Bay et l’île de Baffin ont adopté l’écriture syllabique au cours des années 1920 quand ils sont devenus les derniers peuples nordiques à rencontrer les missionnaires. Ce système de notation est également exceptionnel en ce qu’il présente des séries de correspondances terme à terme entre la configuration du signe graphique et la forme du signe phonétique (le signe graphique est systématiquement orienté dans une direction précise en fonction de la nature de la voyelle centrale de la syllabe). Pour être plus précis, le graphème pour une syllabe contenant "u" pivote de 90° à droite ou de 180° par rapport au graphème représentant la syllabe contenant "i", et pour "a" le graphème est le symétrique du graphème "u". La partie en haut à gauche du graphème, – pour les quelques graphèmes composés à consonne initiale "q", "ng" –, reste toujours invariable. Ce syllabaire fait maintenant partie intégrante de la société inuit, qui y voit une marque de son identité. Les Inuits le considèrent même comme un don de Dieu, par allusion au fait que c’est un missionnaire qui le leur a transmis. Dialectes. Au Canada, il y a six dialectes de l'inuktitut : Un dialecte est parlé au nord du Groenland : Prénoms inuktituts. Les prénoms prennent souvent ancrage dans la nature qui les entoure, dans les forces surnaturelles qu’ils perçoivent, dans les qualités des personnes, ou bien dans d’autres événements de la vie, souvent liés à la naissance. Tout comme les prénoms des peuples nord-amérindiens dont l’étymologie est similaire.
Interlinguistique Linterlinguistique est une branche de la linguistique qui se définit comme l'étude de la communication linguistique internationale entre des personnes qui ne parlent pas la même langue maternelle. Elle s'intéresse entre autres au multilinguisme et à la structure et au fonctionnement des langues planifiées, notamment l’espéranto, langue construite devenue par la suite langue vivante internationale, mais aussi d'autres langues construites comme l'ido, l’interlingua ou le pandunia. Le terme d'interlinguistique a été proposé premièrement en français dans une revue rédigé par l'espérantiste belge Jules Meysmans, qui était lui-même interlinguiste et surtout connu en Belgique pour l'invention de son système de sténographie.
Ingrie L’Ingrie (, ou Ингерманландия, "Ingermanlandija", , ou "Ingerimaa", ) est une région historique située dans le nord-ouest de la Russie actuelle, au bord du golfe de Finlande, entre le sud du lac Ladoga et le fleuve Narva. Administrativement, elle se trouve actuellement dans l'oblast de Léningrad et contient la ville de Saint-Pétersbourg. Étymologie. Les Suédois appelaient "Ingermanland" le territoire de Lod, qui appartenait à la république de Novgorod. "Ingermanland" proviendrait d'Ingigerd Olofsdotter, fille du roi de Suède Olof Skötkonung. Lors de son mariage avec Iaroslav le Sage, en 1019, elle reçut cette terre en dot. Histoire. Le Moyen Âge. Durant l'âge des Vikings, l'Ingrie était une tête de pont sur la route commerciale des Varègues qui se rendaient dans l'Est de l'Europe. L'Ingrie était alors administrée par des jarls suédois, comme Ragnvald Ulfsson, sous la souveraineté de la république de Novgorod. Au , l'Ouest de l'Ingrie fut absorbé par cette république. Durant les siècles qui suivirent, elle fut le théâtre de nombreuses guerres, impliquant principalement la Suède et la Russie, mais aussi le Danemark et les chevaliers teutoniques. Ces derniers établirent d'ailleurs une forteresse dans la ville de Narva. Les Russes firent de même en 1492 sur la rive opposée du fleuve Narva, en construisant le château d'Ivangorod. L'Ingrie suédoise. L'Ingrie, nommée "Ingermanland" en suédois, est une possession suédoise de 1580 à 1595 lorsqu'elle revint à la Russie au traité de Teusina, puis de nouveau suédoise après le temps des troubles, la Guerre d'Ingrie (1610-1617) et le traité de Stolbovo de 1617, jusqu'en 1702, date à laquelle elle est reconquise par la Russie. Elle est officiellement cédée à la Russie par le traité de Nystad en 1717. L'intérêt de la Suède pour ce territoire est alors stratégique : il s'agit d'une zone tampon contre les attaques russes sur l'isthme de Carélie ; par ailleurs, le commerce russe est alors obligé de passer par le territoire suédois. L'Ingrie est enfin le lieu de relégation des déportés suédois. L'Ingrie suédoise comprend la zone située le long de la rivière Neva, entre le golfe de Finlande, la Narva, le lac Peipsi et le lac Ladoga. Elle est voisine de la Carélie suédoise. Elle reste peu peuplée : selon un recensement de 1664. Les tentatives suédoises d'y introduire le luthéranisme se heurtent à l'hostilité de la paysannerie russe orthodoxe. Des terres et des réductions d'impôt sont offertes aux personnes qui se convertissaient, mais le luthéranisme est surtout adopté par les colons finnois en provenance de Savonie et de Carélie, qui vont devenir les Finnois d'Ingrie. L'Ingrie est offerte en fief à des nobles militaires et à des officiers d'état qui amenèrent leur propres travailleurs et domestiques luthériens. L'Ingrie russe. Au début des années 1700, la zone fut reconquise par la Russie lors de la grande guerre du Nord, après un siècle d'hégémonie suédoise. En 1703, la nouvelle capitale russe Saint-Pétersbourg fut fondée à l'emplacement de la ville suédoise de Nyenskans. Pierre le Grand éleva l'Ingrie au rang de duché, avec le prince Menchikov comme premier (et dernier) duc. En 1710, elle est intégrée au gouvernement de Saint-Pétersbourg. La république russe issue de la révolution russe de février 1917 est renversée la même année par la révolution d'Octobre, qui instaure un régime de « terreur rouge » : pour y échapper, une république auto-proclamée d'Ingrie du Nord déclare son indépendance, avec le soutien de la Finlande, dans le but d'être rattachée à ce pays. Les bolcheviks s'en emparent aussitôt et la transforment en une République soviétique autonome qui dure jusqu'en 1920, avant d'être réintégrée à la Russie à la suite de la signature du traité de Tartu. En 1927, le gouvernement de Saint-Pétersbourg fut renommé « oblast de Léningrad » et bien que la ville de Leningrad ait retrouvé son nom de Saint-Pétersbourg en 1991, l'oblast a gardé le nom d'oblast de Leningrad. La Seconde Guerre mondiale. L'Ingrie fut envahie par la Wehrmacht au cours de l'automne 1941 dans le cadre de l'opération Barbarossa. Les dirigeants nazis projetaient de coloniser l’Ingrie. Le Generalplan Ost prévoyait d’implanter dans l’Ingermanland des Allemands dans des « marches du Reich » (colonisées à 50 %) et des « bases de colonies » (colonisées à 25 %). Une grande partie de la population aurait été déportée pour faire place aux colons. Population. Les deux peuples autochtones de l'Ingrie sont les Ingriens et les Votes, de langues finno-ougriennes. Après la conquête suédoise, les Finnois venus de Savonie et de Carélie devinrent majoritaires, mais Ingriens, Votes et Russes restèrent présents. À son apogée dans les années 1920, la minorité finnoise d'Ingrie comptait environ , avec environ 300 écoles et dix journaux de langue finnoise, mais la majorité de la population était russe. Suspects de sympathies envers la Finlande, les Finnois d'Ingrie, les Ingriens et les Votes ont été presque tous déportés au Goulag durant la période soviétique. Soixante-trois mille d'entre eux fuirent en Finlande durant la Guerre d'hiver. À la fin de la guerre, Staline exigea leur retour et la Finlande vaincue dut s'exécuter, même si elle n'en livra qu'un petit nombre. Staline exécuta ou exila la plupart d'entre eux. Après la dislocation de l'Union soviétique en 1991, les Finnois d'Ingrie survivants et leurs descendants russifiés furent autorisés à émigrer en Finlande. Ils ont donné naissance à une minorité russophone en Finlande.
Inox
Ihi Dans la mythologie égyptienne, Ihi (ou Ihy) est le dieu enfant de la joie, fils de la déesse Hathor (et du dieu Horus ?). Il est représenté nu portant une cape et portant la mèche de l'enfance (mèche que l'on ne coupait qu'au passage à l'âge adulte) et jouant du sistre (son objet symbolique) ou l'index pointé vers la bouche (signe de l'enfance). On trouve ses représentations sur les murs du temple d'Hathor à Dendérah. On trouve aussi parfois des mentions de Ihi dans le livre des morts et les textes des sarcophages. Faisant partie de la dernière génération de dieux, celle-ci n'est pas très populaire parmi le peuple. Ainsi il fut toutefois adoré à Dendérah où sa mère et lui attendaient chaque année la venue de l'Horus d'Edfou.
Impulsion spécifique L'impulsion spécifique, généralement notée formula_1, est une grandeur utilisée pour mesurer l'efficacité de moteurs à réaction et des moteurs-fusées. Elle mesure la force exercée par l'engin en fonction de la quantité de carburant consommé par unité de temps. Dans le domaine de l'astronautique, elle est le quotient de deux grandeurs, dont l'une est la poussée d'un propulseur, et l'autre le produit du débit massique de propergol par la valeur normale de l'accélération de la pesanteur (ou débit-poids du propergol éjecté). L'impulsion spécifique permet de comparer l'efficacité d'un système de propulsion : plus elle est grande, plus le système est efficace. Définition. L'impulsion spécifique, homogène à un temps, s'exprime en unités de temps (le plus souvent en secondes). Elle indique la durée pendant laquelle un kilogramme de propergol produit la poussée nécessaire pour soulever une masse d'un kilogramme dans le champ gravitationnel terrestre (soit une force d'environ ) : où formula_3 désigne la poussée (en N), formula_4 le débit massique d'éjection des gaz (en kg/s) et formula_5 l'accélération de la pesanteur (en m/s ou N/kg). Attention, la quantité de mouvement est divisée par la masse de carburant emporté, les turboréacteurs ont donc une impulsion spécifique plus élevée parce qu'ils prennent appui sur une masse extérieure qui n'est pas emportée et leur impulsion spécifique n'est plus proportionnelle à la vitesse de sortie des gaz (pour un moteur-fusée il suffit de multiplier l'impulsion spécifique par 9,81 pour obtenir la vitesse de sortie). À poussée égale, plus l'impulsion spécifique d'un propulseur est grande, moins il consomme d'ergols. Le couple dihydrogène liquide (LH2)/dioxygène liquide (LOX), utilisé sur l'étage principal (EPC) de la fusée Ariane 5, a une impulsion spécifique d'environ . Impulsion spécifique des moteurs-fusées. L'impulsion spécifique des moteurs-fusées est beaucoup plus faible que celle des moteurs à réaction car la quantité d'énergie consommée pour éjecter les gaz est plus forte (leur vitesse est plus élevée) et le moteur-fusée doit embarquer son comburant. En pratique les moteurs-fusées ont une impulsion spécifique qui plafonne à environ 500 secondes pour les mélanges carburant/comburant les plus efficaces tandis que les moteurs à réaction peuvent atteindre 6 000 secondes. Pour les moteurs-fusées, la vitesse d'éjection des gaz vaut 9,81 fois l'impulsion spécifique ce qui permet d’appliquer facilement l'équation de Tsiolkovski.